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Podcast audio sur l’anti-catholicisme dans les dessins animés des années 1980 en France

Voici un podcast de décryptage des dessins animés des années 1980 diffusés sur les chaînes de télé françaises (Youpi l’école est finie ! sur La Cinq, Récré à deux sur Antenne 2, Amuse trois sur FR3, Le Club Dorothée sur TF1, etc.), avec l’angle insolite du catholicisme : « L’anti-catholicisme dans les dessins animés des années 80 ».
 

 

Philippe Ariño vous démontre que cela fait au moins 40 ans que les dessins animés jeunesse nous poussent à mépriser Jésus et la religion catholique, au profit de la religion énergétique.

 

Ce podcast se découpe en 3 parties :

1 – Les dessins animés clairement anti-catholiques

2 – Les dessins animés de la Nouvelle Religion mondiale, fondés sur l’Énergie et l’Or

3 – Les rares dessins animés « cathos-friendly » voire carrément cathos.

 

Vous pouvez retrouver d’autres podcasts de décryptages de Philippe, sur Youtube, comme par exemple celui sur les goûts musicaux homosexuels, celui sur la série Manifest, celui sur la série Sex Education ou encore celui du discours alchimique du Cardinal Sarah.
 

Code n°15 – Attraction pour la « foi » (sous-codes : Bouddhisme / Faux croyants / Religiosité de bazar / Églises « protestantes »)

attraction foi

Attraction pour la « foi »

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Le Pharisianisme rainbow

 

« On ne croit plus en Dieu mais on fait comme si. » (Philippe Muray, Festivus festivus, 2005)

 

Foi, ça vient de « fides » en latin, qui signifie « fidélité ». À partir de là, comment peut-on croire la majorité des personnes homosexuelles quand elles soutiennent mordicus qu’elles ont la foi (voire encore plus que les cathos pratiquants) alors même que tous les sondages et les discussions interpersonnelles prouvent qu’elles ne croient pas en la fidélité, en l’amour unique et éternel d’une vie, et encore moins en l’Église-Institution catholique ? (cf. Une étude BienEtreGay et le club TBM, réalisée auprès d’un panel de 1500 hommes gays en France – dont 16,4% interviewés sont en couple – en 2011, montre que 75% des gays ne croient pas au couple et à la fidélité) Bien entendu, seul Dieu sonde les cœurs et appelle chacun là où il est. Mais cela requiert un minimum de liberté, de choix et de cohérence. Dieu ne s’imposera jamais à nous.

 

Quand l’être humain cherche à aimer Dieu sans les hommes qui vont avec, ou bien les Hommes sans Dieu qui va avec, parce qu’il ne croit pas en l’hallucinante incarnation de Dieu en Jésus, il se coupe ET de Dieu ET des Hommes, pour devenir un pharisien, un croyant révolté ou planant. Les membres de la communauté homosexuelle, de par leur rejet quasi généralisé de l’Église-Institution catholique (= l’Incarnation et le prolongement même de Jésus), et de par leur déni du Réel et des Hommes (la plupart d’entre eux n’accueillent pas, une fois qu’ils se mettent en couple homo ou en recherche de couple, le roc principal du Réel qu’est la différence des sexes), deviennent alors, quand ils rentrent sincèrement dans une pratique religieuse occasionnelle, des parodies de croyants, ayant une foi superstitieuse et sensibleriste qui part dans tous les sens (cela peut aller de l’extase panthéiste dénuée de sens, au relativisme spirituel mettant toutes les religions sur le même plan, à l’animisme, à la sorcellerie, à l’occultisme, à l’idolâtrie pour l’art, à la voyance, à l’adhésion à une secte, à la création d’une Gay Church, au louvoiement avec les protestantismes modérés, à une religiosité matinée de psychologie, à l’art de vivre New Age ou bio, à la « bobo spiritualité » sans Dieu ni maître, en passant par la confusion entre art et foi ou entre sexe et foi, etc.), foi qui se retourne généralement violemment contre Dieu et contre les vrais croyants – jugés « hypocrites » et « prétentieux » – au moment où on s’y attend le moins. Les ennemis de l’Église sont bien à l’extérieur (le vers n’est pas dans le Fruit), mais le plus souvent, jouent à (se) faire croire qu’ils sont à l’intérieur (cf. je vous renvoie aux codes « Blasphème » et « Curé gay » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) et qu’ils sont même plus authentiques que les « pratiquants officiels ».

 

Comme la majorité des personnes homosexuelles, par peur de renoncer à certains actes et plaisirs de la chair auxquels leur désir homosexuel les appelle, n’obéissent pas concrètement à Dieu et à son Église, elles s’inventent des dérivatifs, des rituels vaguement religieux, des associations d’obédience chrétienne ou spirituelles (club de massage, groupes de parole, club de rencontres où l’on « prie Jésus », etc.) ou des couples dans lequel le nom de Dieu est invoqué, mais de manière suffisamment « light » pour que les modes de vie homosexuelle et les amours ne soient pas remis en cause.

 

Or, pour être un croyant authentique, l’important n’est pas de s’époumoner en criant vers Dieu, des larmes plein les yeux, « Seigneur ! Seigneur ! Je crois en Toi ! Je t’aime et je prie ! » sans bouger de son siège, mais d’aller concrètement vers Lui, de suivre Ses commandements, et de L’aimer non seulement Lui mais aussi à travers toute son humanité institutionnelle, communautaire, exigeante, fragile, défaillante, hypocrite parfois, infidèle parfois, incarnée, apostolique, catholique et romaine, bref, ecclésiale. Dieu ne se trouve pas que dans les étoiles ! Celui qui dit qu’il aime Dieu, qu’il est croyant, et qu’il aime les Hommes sans être pratiquant et sans aimer l’Église-Institution (y compris le Pape, les prêtres, et les fidèles catholiques), celui-là, j’ai maintes fois l’occasion de le constater, est un rêveur misanthrope, un menteur, un hypocrite, un faux humaniste, et un faux croyant. On n’est véritablement croyant que si on est pratiquant, et qu’on a choisi sa préférence confessionnelle. Non, je regrette, toutes les religions ne se valent pas. Ce n’est pas parce que beaucoup d’entre elles sont des reflets bénéfiques du Soleil que toutes Le laissent passer pareil/au mieux, et que le Soleil cesse d’être Un à travers l’une d’entre elles en particulier. Le problème est que beaucoup de relativistes religieux (prophètes de leur idée d’« œcuménisme » et du « dialogue inter-religieux ») diabolisent la préférence, en la présentant comme un fondamentalisme qu’elle n’est pas (tendre et croire en LA Vérité unique n’est certainement pas prétendre La détenir ; et choisir une religion en particulier, parce qu’on la juge meilleure, n’est pas exclure ni mépriser toutes les autres), parce qu’en réalité ce sont eux les fondamentalistes – de la neutralité, du non-choix – et qu’au fond ils souhaitent justifier leur propre dispersion et leurs fantasmes inavoués de possession de la Vérité.

 

La clé, pour une personne homosexuelle, pour s’accepter telle qu’elle est vraiment, en prenant en compte son désir homosexuel tout en restant fidèle à Dieu et à l’Église, c’est la continence. L’Église catholique la demande. Toutes les personnes homosexuelles que je connais qui ne la vivent pas, et qui restent dans l’illusion d’un parfait compromis, d’une solution intermédiaire (= « Je peux mettre Dieu au centre de mon couple, sans que ça n’altère ni mon amour pour mon conjoint, ni mon amour pour Dieu et son Église »), finissent par mettre l’Église-Institution à la trappe ou en veilleuse, par ne plus rayonner pleinement, et par être déchirées intérieurement. Personnellement, j’ai essayé, à une période de ma vie, de vivre ce « moyen terme » entre vie de couple homosexuel et vie de foi. Et je me suis rendu compte que, autant la reconnaissance de son désir homosexuel me paraît totalement compatible avec le don entier de sa personne à Dieu et au catholicisme, autant le désir homosexuel actualisé sous forme de couple ou de désir de couple n’est pas compatible avec l’accueil plein de l’Amour de Jésus. On ne peut pas servir deux maîtres. À un moment donné, il faut choisir, et mettre l’Église catholique et Jésus en premier !

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Blasphème », « Se prendre pour Dieu », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Curé gay », « Magicien », « Planeur », « Voyante extralucide », « Milieu homosexuel paradisiaque », « Artiste raté », à la partie « Sorcières » du code « Carmen », et à la partie « Bourgeoise-prostituée rentrant dans une église » du code « Bourgeoise », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

 

FICTION

 

a) Foi et homosexualité ont l’air de faire bon ménage :

Film "Avril" de Gérald Hustache Mathieu

Film « Avril » de Gérald Hustache Mathieu

 

Beaucoup de fictions traitant d’homosexualité abordent directement la question de la religion. En effet, un certain nombre de héros homosexuels montrent un attrait pour la « chose religieuse » : cf. le film « A Very Natural Thing » (1974) de Christopher Larkin (avec l’ex-séminariste homosexuel), l’opéra Litanies à la Vierge noire (1936) de Francis Poulenc, la B.D. Journal (1) (1997) de Fabrice Neaud, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le roman Moïra (1950) de Julien Green, le roman A Visitation Of Spirits (1989) de Randall Kenan, le film « Nos Vies heureuses » (1999) de Jacques Maillot (avec le héros homosexuel qui part aux JMJ et qui s’engage au Secours Catholique), le film « Bloody Mallory » (2002) de Julien Magnat, les chansons « Post Vacant » et « Ave Maria » de David Jean, la chanson « Prière païenne » de Céline Dion, le film « Nazarín » (1959) de Luis Buñuel, le film « L’Homme de désir » (1969) de Dominique Delouche (avec le personnage d’Étienne), le film « Maurice » (1987) de James Ivory (avec le personnage homosexuel de Maurice, déchiré entre sa foi et son homosexualité), le film « Sacré Cœur ! » (2008) de Baptiste Lamy, le film « Innocenti » (2008) de Jean-Baptiste Erreca, le film « Alleluia » (2008) de Stéphane Marti, le film « Molinier Is My Revolution » (2008) de Tom de Pékin, le film « Miracle de la chute » (2008) de Denis Guéguin, le film « Makwan, une lettre du paradis » (2008) de Roberto Malini et Dario Picciau, le film « Dev’nir prêtre » (2008) de Mino D.C., le film « Nue jamais » (2008) d’Awatef Fettar, le film « Marie » (2007) de Pascal Lièvre, le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine (avec le couple Fabrice/Bruno qui se rencontre pour la première fois dans une église), le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa (avec Steven qui fait du chant gospel), la pièce Cachafaz (1993) de Copi (avec Raulito en « homme-bonne-sœur »), le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, le film « 7e ciel » (2013) de Guillaume Foirest, le film « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls (avec le héros nu sous la douche, et qui porte une croix du Christ), le one-man-show Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau (où Bénureau chante le Christ-Roi), le vidéo-clip de la chanson « Perfect World » de Gossip, le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon (avec Paul, le héros homo, faisant preuve de piété dans une église), le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco (avec Jézabel, l’héroïne bisexuelle born again), la série Chappelle’s Show (2003) de Neal Brennan, le vidéo-clip de la chanson « Take Me To Church » d’Hozier, la chanson « Prière » de Mylène Farmer, le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion (avec le chœur de pédales chantant « Alléluia »), etc.

 

"Priscilla, folle du désert" de Stephan Elliott

« Priscilla, folle du désert » de Stephan Elliott

 

Par exemple, dans le film « Mon arbre » (2011) de Bérénice André, Marie, la « fille » de deux couples homosexuels, vit une dévotion mystique précoce pour la Vierge : elle voit des apparitions mariales dans sa chambre (d’ailleurs, sainte Marie a parfois des réactions de mère-fouettarde autoritaire), va à Lourdes, demande le baptême. Dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, Marie-Muriel est la caricature vivante de la grenouille de bénitier bourgeoise, coincée et sotte : elle chante « Jésus revient. » Et Max, le campeur homosexuel, a des visions mystiques : il voit la Vierge en Marie-Pierre, aperçoit Moïse et saint Pierre. Le roman Jours de mûres et de papillons (2014) de Marie Evkine, la narratrice lesbienne se retire dans un monastère. Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, Adineh l’héroïne transsexuelle F to M prie le chapelet musulman. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, a pour amant Palomino Cañedo, un instructeur en étude comparative des religions. Ce dernier va lui proposer de le sodomiser, de mettre en place « une cérémonie d’initiation ». Dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le héros homosexuel, fait résonner l’Alleluia de Haendel au moment de son coming out. Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Arthur, le héros homosexuel, chante du gospel en faisant la tournée des églises. Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Éric, le héros homo, chante à la chorale de son église protestante américaine. Il possède un cadre de Jésus au-dessus de son lit, que Lily, une de ses meilleures amies, trouve « sexy ». Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Xavier, héros homosexuel très efféminé, porte en pendentif une croix du Christ.

 

Les grenouilles de bénitier frustrées et superstitieuses ne manquent pas dans la fantasmagorie homosexuelle : cf. le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, le film « Nazarín » (1959) de Luis Buñuel, le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache, le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick, le film « La Ley Del Deseo » (« La Loi du désir », 1987) de Pedro Almodóvar (avec le personnage très dévot de Tina), le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar, la chanson « I Have A Dream » du groupe ABBA (« I believe in angels… »), etc.

 

Vidéo-clip de la chanson "Perfect World" de Gossip

Vidéo-clip de la chanson « Perfect World » de Gossip

 

Le héros homosexuel formule plus souvent qu’on ne pourrait le penser sa profession de foi à Dieu : « Je crois en toi, Dieu ! et je sais que tu crois en moi ! » (Claude dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; « Libérée de ce passé, elle [Gabrielle, l’héroïne lesbienne] s’aperçoit qu’elle croit encore aux miracles : retour de vigueur, espoir insensé. Elle croit à la naissance d’autres mots, d’autres émois. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 124) ; « There was a time that I pray to Jesus Christ. » (cf. la chanson « Mother & Father » de Madonna) ; « À l’époque, j’étais puceau et mystique. Je récitais des chapelets, à genou en prière. » (Guillaume, le héros homosexuel, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; « J’ai très bien connu Michael… bibliquement. » (Guillaume parlant de son amour de jeunesse à 15 ans, idem) ; etc.

 

Dans le biopic « Noureev, le Corbeau blanc » (2019) de Ralph Fiennes, Rudolf Noureev, le danseur et chorégraphe homosexuel, en visitant la Sainte Chapelle de Paris, déclare : « J’aimerais vivre ici. » Son ami Pierre lui dit que c’est impossible : « Rudi, ce n’est pas si simple de vivre dans une église… » Mais Noureev insiste : « Je suis sérieux. ».
 

Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, le père Raymond, pourtant catholique, est en faveur de l’ordination des femmes. Et son « couple homo » (Bryan et Tom) de paroissiens cherche à le faire fléchir pour qu’il les marie… ce qu’il finira par faire : « C’est l’Amour de Dieu qui est là entre deux êtres qui s’aiment. ». Les héros homosexuels de cette pièce essaient de faire « évoluer » l’Église et d’avoir le beurre et l’argent du beurre : « Il s’agit d’une transition nécessaire. » ; « J’aime l’Église et je suis amoureux de Bryan. » (Tom) ; « On ne peut pas rajouter quelque chose à l’obéissance ? » (Tom ne parlant pas d’annuler l’obéissance à l’Église) ; etc. Ils sont même présentés/se présentent comme des croyants plus authentiques que les croyants traditionnels : « Bryan est le meilleur catholique que j’aie jamais rencontré ! » (Irène, la sœur gay friendly de Bryan, s’adressant au père Raymond) ; « J’avais tout organisé : l’avenir de l’Église. » (Bryan se prenant pour le pape) ; « Comme vous savez, on est tous les deux très croyants. On va à la messe tous les dimanches. On est des catholiques à la carte… » ; etc. Ils voient le coït homosexuel comme une célébration tout aussi catholique que les sacrements : « Pour Bryan, faire l’amour, c’est le huitième sacrement. » (Tom parlant de son amant « catho » avec qui il couche) ; « Je pense que faire l’amour c’est le huitième sacrement. » (Tom s’adressant au père Raymond) ; etc. À la fin, quand Tom met sa foi au second plan par rapport à l’acte homo, il fait son mea culpa auprès de Bryan : « Tu me pardonnes d’avoir cru en l’Église plus qu’en toi ? »
 
 

b) La religiosité de bazar : adolescente, superstitieuse, sectaire

Film "Entre Tinieblas" de Pedro Almodovar

Film « Entre Tinieblas » de Pedro Almodovar


 

Mais cette attraction vers la foi, observable chez beaucoup de personnages homosexuels, semble très passionnelle, excessive et éphémère. « Il était très vrai que les invertis étaient souvent religieux, mais aller à l’église était chez eux une forme de faiblesse ; ils devaient se faire, d’eux-mêmes, une religion s’ils en ressentaient un véritable besoin. Quant aux bénédictions, elles ne profitaient sans doute qu’aux églises et, pour le reste, n’étaient qu’affaire de superstition. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 532) ; « L’horoscope, ça ne peut être que moi. » (Yoann, le héros homosexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Moi, j’y crois, aux signes ! » (Carole, l’héroïne lesbienne supersticieuse, dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini) ; etc. Ils se donnent l’illusion qu’ils suivent à la lettre les commandements de la Loi évangélique, mais il leur manque l’Esprit de gratuité, un peu à l’image du jeune homme riche de la Bible qui obéit scolairement aux commandements de Jésus sans Lui donner entièrement sa personne. Par exemple, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, Fabien adopte une vision superstitieuse et clientéliste de l’Église catholique : il la prend pour une « grande magicienne » (p. 132) : « Sa vie était pure, mais d’une pureté aride et revêche, excluant toute charité […] » (p. 139) Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien, l’un des héros bisexuels, se dit pathologiquement superstitieux : « Je suis superstitieux. Dorénavant, il va falloir que je passe sous ce putain d’échaffaudage pour sortir de chez moi ! » ; « C’est pathologique chez moi. C’est ma mère qui m’a refilé cette superstition, avec son théâtre ! » Il croit aux horoscopes. Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Marcy, l’héroïne lesbienne, fait une lecture très personnelle et intéressée de la Bible en reprenant à son compte les Dix Commandements pour leur faire dire n’importe quoi ; et dès qu’elle a un souci, elle considère la Bible comme son prozac : « Vite ! Ma Bible ! » Dans son roman La Cité des Rats (1979), Copi propose une version totalement revisitée de la Genèse (p. 88). Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon présente son stand-up comme un « mestacle », c’est-à-dire un mélange entre « messe » et « spectacle ». Dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, Mona, femme lesbienne mariée, va voir une rebouteuse pour avoir un enfant.

 

Bien souvent, le héros homosexuel a un rapport de consommateur possessif, d’esthète, par rapport à Dieu : « J’attends Dieu avec gourmandise. » (la voix narrative du poème « Une Saison en enfer » (1873) d’Arthur Rimbaud) ; « Laurent est plus fidèle à son coiffeur qu’à la messe. » (cf. le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; etc. S’il n’est pas rassasié tout de suite par Celui qu’il appelle son « énergie vitale », il panique. Il change très vite de crémerie dès qu’il n’obtient pas les miracles visibles instantanés qu’il a réclamés. Il se raccroche fiévreusement à des signes spectaculaires qu’il trouve dans les sciences occultes, les superstitions populaires, la magie noire, la sorcellerie, l’astrologie : « Je suis superstitieux ? Superficiel ?? Je sais. » (le héros homosexuel métamorphosé en vitre, dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont) ; « Je suis très superstitieux. » (Frankie, le héros homosexuel du film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson) ; etc.

 
 

Khalid – « Tu me connais, Omar, je suis un peu superstitieux, un peu bizarre.

Omar – Pas plus que moi.

Khalid – Non, non, je le suis beaucoup plus que toi. »

(Khalid et Omar, les deux amants du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 131)

 
 

Par exemple, dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Angelo, l’un des héros homos (latents), est superstitieux et a peur de la série Paranormal Activity. Dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, Mona, l’une des héroïnes lesbiennes, pratique le spiritisme. Dans son one-man-show Elle est pas belle, ma vie ? (2012), Samuel Laroque exhibe une religiosité syncrétique qui part un peu dans tous les sens… ou plutôt dans le sens de la consommation, de la religion télévisuelle profane, de la superstition (« J’suis tellement dans la merde que du coup, j’suis allé voir une voyante, madame Moufassa. »). Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar adore un marabout qui pratique « la magie originelle » (p. 40). Dans la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks, l’astrologue d’Elisabeth est une grande tapette. Dans le film pornographique « New York City Infierno » (1978) de Jacques Scandelari, un devin/marchand d’encens invite Paul à coucher avec lui : « Vous aimeriez savoir quelque chose sur votre avenir ? » Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, Nono s’est fait tirer les cartes au lycée ; et Vivi pratique les sciences occultes et va voir un marabout « pour se rassurer ». Dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Marie-Ange, l’héroïne gay friendly, mêle prière et psychologie de bas étage. Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, les personnages sont des gardiens, des messagers mystérieux, des esprits : le gardien, la directrice, etc.

 

Beaucoup d’auteurs homosexuels jouent avec les codes de la superstition populaire (les sorcières, la voyante, les chats noirs, les échelles, les miroirs cassés, la numérologie, etc.) : cf. la pièce La Tour de la Défense (1981) de Copi (la scène se passe au 13e étage). Les lieux religieux où se déroulent des apparitions et des miracles non-encore reconnus font les délices de certains artistes homosexuels athées mais en quête de spirituel : cf. la chanson « San Damiano » de Jann Halexander.

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, le héros et maître de cérémonie, Michael, incarne le catho homo déchiré, qui culpabilise tous ses amis homos (parce qu’il les imite amoureusement et sexuellement sans se l’avouer à lui-même), qui « pratique religieusement » comme on va se soulager la conscience de continuer à mal agir parallèlement à la messe dominicale. Il a un discours assez ambigu vis à vis de Dieu : « J’ai trouvé Dieu. » dit-il à l’un de ses amis homos, Donald, qui lui répond : « Ou alors Dieu est mort ? », ce à quoi Michael lui rétorque « Oui, Dieu merci ! ». Harold, son colocataire, lui fait remarquer son incohérence : « Tu ne sais pas dans quel camp tu es. Si on dit un truc religieux, tu critiques. Si on nie Dieu, tu critiques. Tu sembles avoir des problèmes dans ce domaine. Tu ne peux vivre ni avec, ni sans. Tu t’accroches à cette compagnie d’assurances qu’est l’Église. » Michael lui répond : « Oui, je crois en Dieu. S’il n’existe pas, je n’ai rien perdu. S’il existe, je suis couvert. Je suis catho qui pèche la nuit et va à l’église le lendemain. […] Tu es un homme triste et pathétique. Tu es homosexuel et tu ne veux pas l’être. Mais tu ne peux rien y faire. Toutes les prières du monde, toutes les analyses n’y changeront rien. Tu sauras peut-être un jour ce qu’est une vie d’hétérosexuel, si tu le veux vraiment, si tu y mets la même volonté que celle de détruire. Mais tu resteras toujours un homo. Toujours Michael. Toujours. Jusqu’à ta mort. » Michael finit par nous offrir dans les dernières minutes du film une belle crise pédaloïde d’hystérie larmoyante, crise pédaloïde pseudo « catho » (je dis « pseudo catho », car dans les faits, la foi catholique vraiment vécue ne fait absolument pas déprimer par rapport à l’homosexualité : plutôt le contraire !) : « Donald !!! Donald !!! Qu’est-ce que j’ai fait ?? Qu’est-ce que j’ai fait ? Ça commence. L’angoisse. Je la sens. [Les yeux au Ciel] Seigneur, je n’y arriverai pas !! Je vais mourir. Je me sens si mal. » (Michael, icône de la culpabilité catho) Il termine sa soirée d’anniversaire par une messe de Minuit, pour prendre sa dose d’« opium du Peuple » : « Ça chassera peut-être mon angoisse… » Il n’a rien compris de l’Église puisqu’il s’en sert comme une solution-sparadrap sans lui obéir pleinement.

 

Michael et Donald à la fin du film "Les Garçons de la bande" de William Friedkin

Michael et Donald à la fin du film « Les Garçons de la bande » de William Friedkin


 

L’obsession spirituelle pour Dieu entraîne parfois le héros homosexuel à rentrer dans une secte, ou à être en contact avec des gens embrigadés dans des sectes. Les liens fictionnels entre homosexualité et sectes ne manquent pas : cf. la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner (avec les Mormons), le film « Family Fundamentals » (2002) d’Arthur Dong, le film « Prayers For Bobby » (« Bobby : seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy, le film « Hate Crime » (2005) de Tommy Stovall (avec le chrétien extrémiste), le roman My Guru And Myself (1980) de Christopher Isherwood, le film « Kaboom » (2011) de Gregg Araki, le roman Le Contenu du silence (2012) de Lucía Etxebarría, etc. « Il [Le prince Koulotô] était le chef spirituel de deux cents millions d’âmes extrêmement pieuses qui lui faisaient cadeau tous les vendredis de son poids en diamants et d’un oiseau en papier, l’emblème de sa dynastie. » (cf. la nouvelle « Les vieux travelos » (1978) de Copi, p. 93) ; « C’est vrai que ce phénomène [culpabilité par rapport à l’homosexualité] touche beaucoup de Mormons. » (Michael, le héros homo du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « La culpabilité. En général, ça nous prend le dimanche. » (Océane Rose-Marie, l’héroïne lesbienne du one-woman-show Chaton violents, 2015) ; etc. Par exemple, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, l’assistante appartient à la secte Moon. Dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, Smith, le héros homosexuel, est pris pour le Messie, l’Élu, et son père, le Suprême, est à la tête d’une secte hippie underground Le Nouvel Ordre. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Jim, l’un des jeunes héros homosexuels, est très catholique pratiquant ; mais il commence à « sécher » la messe dominicale dès qu’il va nager avec Doyler et tomber homosexuellement amoureux de lui. Le couple homosexuel plus âgé qu’eux, Anthony et Scrotes, essaie de les initier à la vénération d’une religion de substitution, la Phalange sacrée de Thèbes, mythe qu’Anthony raconte à Jim.

 
 

c) La tentation narcissico-pacifico-artistico-égocentrico amoureuse du bouddhisme (« Cause à un arbre ») :

L’attachement du héros homosexuel à une foi consumériste et narcissique anti-catholique prend souvent le visage de l’innocence, du flou artistique world, et de l’envolée lyrique vers le « Cosmos » et les pauvres-du-bout-du-monde : « J’ai prié, même si je ne crois plus en Dieu, mais plutôt à une sorte de grand tout englobant toutes les religions, la sagesse des anciens, le mystère de la vie, la beauté de la nature, la pureté de l’enfant qui naît. » (Cécile, une des héroïnes lesbiennes du roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 136) Par exemple, quand les personnages de Copi prient, ils invoquent le « Dieu du Monde » (Martin dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi).

 

Il est fréquent que le héros homosexuel choisisse l’art ou la Nature comme religions de substitution, comme voies de transcendance où ses émotions égocentriques vont pouvoir « s’éveiller » : « Écrire : c’est un sacerdoce, une entrée en religion. » (le narrateur homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 106) ; « Ma musique est une religion. » (la figure de Wagner dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; etc.

 

Pas étonnant que le personnage homosexuel trouve dans l’individualisme « universaliste », « humaniste » et coloré du bouddhisme – la « Religion de l’Ego » par excellence, la spiritualité de l’extinction du désir, de la liberté, de la notion de vie éternelle et unique – un nouveau moyen de se vouer un culte à lui-même sous prétexte de s’ouvrir aux autres. Le bouddhisme zen est pratiqué par de nombreux héros homosexuels : cf. la pièce L’Anniversaire (2007) de Jules Vallauri, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (avec le personnage homosexuel de Sébastien), le film « Pas de repos pour les braves » (2003) d’Alain Giraudie (avec le personnage de Basile Matin), le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (avec les héros homosexuels fumant le calumet de la paix, dans une ambiance très New Age), la chanson « Heures hindoues » d’Étienne Daho, la chanson « Zen » de Zazie, la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne (avec Maître Dong, le père spirituel de France, l’héroïne lesbienne), la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, le film « Bouddhi Bouddha » (2012) de Sophie Gallibert, le film « Bouddhi Bouddha » (2012) de Sophie Galibert (avec la séance de méditation bouddhiste qui dérape en sexe lesbien), le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic, etc. « Le bouddhisme, c’est mon dada. » (Olivier, un des héros homosexuels de la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc.

 

Par exemple, le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest présente la réincarnation comme une « réalité » (p. 303) ; et toute l’intrigue repose sur les « réincarnations passées » du peintre Jioseppe Campi. Dans le film « Une Petite zone de turbulence » (2009) d’Alfred Lot, Jean-Pierre pratique le « détachement bouddhiste ». Dans le film « Partisane » (2012) de Jule Japher Chiari), il y a énormément de sculptures bouddhistes dans la chambre de Mnesya : l’héroïne lesbienne fait ses exercices de méditation bouddhiste. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, la théorie du ying et du yang sert à justifier la supposée attraction homosexuelle entre les deux amis Schmidt et Jenko. Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, Orphée est le nouveau Christ des Cités, un peu Jésus, un peu Bouddha (car il parle de « briser le cercle des réincarnations »)… Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Sonia, l’héroïne lesbienne, pratique le taï-chi sur la plage. Dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin, Antoine, le héros homo, dans son boulot de publiciste, est chargé de faire un dossier sur le bouddhisme khmer. Dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, Paul, l’amant de George, suit des cours de yoga. Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le père du héros homosexuel pratique le bouddhisme. Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel allait proposer d’écrire Le Yoga pour les nuls avant de se lancer finalement dans la rédaction des Gays pour les nuls.

 

La louange du bouddhisme par bon nombre de personnages homosexuels rentre dans ce totalitarisme du neutralisme, de l’abandon du désir et de la liberté, de la mégalomanie pseudo minimaliste et pauvre, de l’indifférence à la souffrance des autres et à sa propre souffrance, du relativisme, dont ils se font les orgueilleux porte-parole : « Le bouddhisme, c’est précisément la neutralité. » (Japhy Ryder dans le roman Les Clochards célestes (1963) de Jack Kerouac, p. 75) La glorification du vide, du néant, et des bonnes intentions du libéralisme économique le plus matérialiste et individualiste, en somme.

 

Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi, le héros bisexuel, porte un sweat du Che Guevara, se dit attiré par le bouddhisme et les philosophies orientales. Quant à son ami Damien, il prend des cours de taï-chi… mais il évite de s’entraîner à l’hôpital où il travaille comme infirmier, car ça a rouvert une plaie d’un de ses jeunes patients.
 

Le héros homosexuel ne croit pas, mais « fait comme si ». Parce que ça fait esthétique. « Je ne me définis pas vraiment comme athée. Je dirais que je suis un musulman laïc. Je me sens complètement intégré à la République française, laïque, tout ça pour ça. Mais la religion, c’est un truc trop profondément ancré dans l’histoire de notre civilisation. C’est plus culturel que religieux, en fait. Je pense que je ne crois plus du tout en Dieu, pour tout te dire. En même temps, j’ai gardé comme une nostalgie de ça. Les rites. Les fêtes. La rupture du jeûne, par exemple, quand on fait le ramadan en famille. C’est un mouvement tellement convivial. Ça me manque vraiment. » (Mourad, l’un des personnages homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 354-355) ; « Là-dessus, le bon sens et la religion sont tombés d’accord. Et parfois, elle [Ronit, la protagoniste lesbienne] sacrifie au rituel. Quand ça lui chante. Elle prépare des soupers du shabbat, chez elle, allume des bougies dans les immenses chandeliers en argent, fait rôtir un poulet. Il lui arrive même de prier. Bien qu’elle appelle ça ‘discuter avec Dieu’ et qu’il ne soit pas évident que ce soit une leçon d’humilité pour son âme. Elle part en vacances dans le sud des États-Unis et s’émerveille de la quantité de ciel qui s’offre à elle, chaque fois qu’elle décide de lever la tête. Elle a cette pensée : que l’on regarde en haut, en bas, le ciel est là, partout où nous allons. Nous pouvons choisir de le regarder ou non, mais quoi que nous fassions, il sera toujours présent, un objet de beauté et de lumière. Elle en éprouve un étrange réconfort. » (Ronit, l’une des deux héroïnes lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 303)

 

Il n’a pas compris que la foi n’était pas un joli refuge contre la souffrance et la peur humaine de la mort, mais un chemin de Vie : celui de la Croix. Il pense qu’il lui suffit de pénétrer dans un lieu saint (hors des temps d’office, de préférence), de susurrer une petite prière improvisée du bout des lèvres, d’apprécier la beauté de la liturgie catholique, de donner une pièce au mendiant du coin de la rue, pour s’assurer un Salut confortable et s’étiqueter « croyant » : « Ça va aller. J’ai la foi. » (Ronit, l’une des deux héroïnes lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 305) Il vivote d’espoir et d’optimiste, à défaut de (re)connaître l’Espérance, Celle qui sous-tend la réalité de la Résurrection, de la victoire définitive de la Vie sur la mort.

 
 

d) L’homosexualité décrétée « don de Dieu » (« Dieu m’aime comme ça et m’a donné mon compagnon ») :

Toile "Requiem" de Steve Walker

Toile « Requiem » de Steve Walker


 

Comme le héros homosexuel a tendance à confondre ses désirs ou ses sensations épidermiques avec Dieu, il finit fatalement par interpréter ses pulsions homosexuelles comme des signes du Ciel. À l’entendre, son homosexualité serait un don de Dieu, irréfutable, divinement justifié, une citadelle inattaquable. « J’ai réfléchi à ces deux états – être homosexuel, être juif. Ils ont beaucoup de points communs. » (Ronit, l’une des deux héroïnes lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 303) Il fait parler Dieu à sa place, et Lui attribue son désir homosexuel : « Je sais désormais que Dieu aime ce que nous sommes. N’en déplaise à tous ces frustrés de l’Église qui ont érigé la chasteté en valeur suprême ! » (Adrien, le héros homosexuel dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 105) ; « Dieu aime ma liberté au point, je crois, qu’Il accepte de ne pas regarder où elle me mènera. » (idem, p. 36) ; etc.

 

Ce serait même Dieu qui lui aurait donné son amant homosexuel, et qui bénirait leur union bien plus directement et plus profondément que les hautes instances du Clergé catholique. Dans son discours, on perçoit souvent une totale confusion entre Dieu et le sexe, entre Dieu et l’amant homosexuel. « Je crois qu’Il approuve. » (Paul en parlant de Dieu, face à son couple dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Vous êtes une fille étrange. Tombée du ciel. » (Carol, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Thérèse, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; « Mon ange. Tombé du ciel. » (idem) ; etc. Son adhésion à la foi semble davantage obéir à des critères esthétiques et pulsionnels qu’à une vraie ferveur gratuite, dépassant le sensible : « Moi qui suis chrétien, je trouve ça beau d’aimer les corps : aimer la chair c’est aimer l’Homme. » (Chris s’adressant à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 127) ; « Pierre, on dirait un gros bouddha en mousse, sauf dans les moments où il pique ses crises et me casse des objets sur la tête. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 68) ; « Mea culpa. Et sur mes lèvres les sourires de Pierre, de Jean, de Casimir. » (cf. la chanson « Ce je ne sais quoi. » du Beau Claude) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Joyeuses Funérailles » (2007) de Franz Oz, à l’occasion de la cérémonie d’enterrement du père (homosexuel) de Daniel, on a droit à la lecture du passage de l’Ancien Testament sur l’amitié entre David et Jonathan. Dans le film « Contra-corriente » (2011 de Javier Fuentes-León, Santiago compare son amant Miguel à Jésus, et la toile qu’il a peinte de lui au « Corps du Christ ». Plus tard, le visage du curé et de Santiago se superposent à l’écran. Lors de l’enterrement de Santiago (désolé de vous raconter la fin…), Miguel porte la dépouille de son amant comme une croix, et on assiste à un via crucis « New Generation ». Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adam tombe amoureux de Lukacz qui a tout physiquement du Christ ; et inversement, Lukacz met la main sur le jeune prêtre. Le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino ne réunit que des couples homos juifs : Mounir et son amant Isaac, Oliver et Elio.

 

Le héros homosexuel attribue à Dieu l’amour homosexuel qu’il porte à son amant (cf. le code « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Et je prie… » (cf. la fin de la chanson « C’est lui » de Fred Actone ; s’il vous plait, on ne rigole pas…)

 

 

Il semble aimer la foi catholique pour les mauvaises raisons : « J’ai toujours gardé au fond du cœur une admiration pour Jésus, ce barbu au corps crucifié… Je ne veux pas blasphémer mais je ne peux pas non plus cacher mes fantasmes. » (Bjorn, un des personnages homosexuels du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 168) Par exemple, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon Alexandra, la narratrice lesbienne, cherche à draguer une nonne dans un train. Dans le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, Deusto, le personnage homosexuel, tombe amoureux du prêtre Pedro Miguel qui lui vient en aide.

 

Le héros homosexuel donne à ses pulsions sexuelles la valeur sacrée d’une foi religieuse exceptionnelle (car « en temps normal, assure-t-il, il ne croit ni Dieu ni en l’Amour ») : « Je n’ai jamais été quelqu’un de religieux, mais j’ai le sentiment qu’une puissance qui dépasse le seul hasard a réuni nos vies. » (Bob à son amant Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 237) ; « Est-ce que tu crois à la réincarnation ou aux rêves prémonitoires ? Moi non, mais aujourd’hui je ne peux que douter. » (Randall à son amant Ernest, op. cit., p. 239)

 

Le bobo homosexuel aime bien spiritualiser ses vils instincts sexuels par la poésie métaphysique, pour les blanchir à la dernière minute. Il a le culot sincère de dire que s’il veut coucher avec son prétendant, « ce n’est même pas sexuel » : ça pourra même être ascétique et chaste les premières fois ! Leur coït aura la gratuité et la sobriété d’une prière silencieuse dans une chapelle ! « Ce sont des silences religieux, je veux dire : des silences comme ceux des églises. Nous avons la ferveur des communiants, leur gravité. » (Arthur et son amant Vincent, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 119) L’hypocrisie pharisianiste dans toute sa splendeur ! Ce que le héros homosexuel appelle « la foi », c’est en réalité sa croyance superstitieuse aux « coups de foudre », son narcissisme esthétisant pseudo « sobre », sa sensiblerie, sa propre défaillance face à ses pulsions. Et bien sûr, toujours à la lueur d’une petite bougie… (cf. la partie « Bougie » du code « Bobo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Si on l’écoute, le héros homosexuel vivrait un sacrifice rédempteur même en se donnant sexuellement à n’importe qui, dans des lieux de débauche totale. Selon lui, on peut aller dans une backroom comme on rentre au couvent : cf. le vidéo-clip de la chanson « Jesus Is Gay » de Gaël, la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard (où le protagoniste a pour livre de chevet Itinéraire d’un enfant trop gâté : Des jésuites aux backroom), etc.

 

Pièce "L’Opération du Saint-Esprit" de Michel Heim

Pièce « L’Opération du Saint-Esprit » de Michel Heim


 

Dans les œuvres homo-érotiques, on assiste souvent à des détournements libertins – à la fois provocateurs et sincères – des sacrements religieux. Par exemple, dans le roman Sperme (2011) de Jacques Astruc, le narrateur homosexuel donne au sperme une dimension sacrée. Dans la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim, on retrouve la thèse de l’amour homosexuel entre saint Jean et le Christ. À chaque fois que dans les fictions homosexuelles le génital et le spirituel se rencontrent, on est très proche du blasphème (cf. je vous renvoie au code « Blasphème » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), mais avec, en plus, la volonté d’honorer et d’immortaliser ce qu’on détruit. « Ces chapelets de capotes enfilées inopinément par l’auteur de ce mauvais pastiche de Proust sur ces pines à peine pubères, faisaient capoter son plaisir. » (cf. la nouvelle « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 96) ; « Rien ne semble pouvoir briser le cycle monotone du quotidien mélancolique de Maria qui vit et travaille à Paris. Jusqu’au jour où cette prostituée anglaise, esseulée, sera élue et révélée par l’Annonciation. » (cf. la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris)

 
 

e) La Communauté homosexuelle décrétée « Église véritable » par rapport à la Curie romaine (« Malgré les apparences, on est des croyants plus authentiques que les ‘officiels’ ») :

ATTRACTION Foi
 

L’homosexualisation de la religion ne s’arrête pas à la sphère individuelle. Quelquefois, le héros associe le « milieu homosexuel » à une nouvelle fraternité religieuse, à un ordre monastique plus solide et profond que ne le serait l’Église catholique, à une communauté plus solidaire et justicière (elle lutterait contre le suicide des jeunes, les injustices sociales, le Sida, etc.) : « J’avais cru deviner à sa façon de parler qu’il était de la confrérie. » (Jean-Marc, l’un des personnages homosexuels dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 73) ; « De là à dire que nous les homos nous vivons dans le péché… Nous suivons bien mieux les Dix Commandements : Aimez-vous les uns les autres, Tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin, etc. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc. Par exemple, à la fin de son one-man-show Elle est pas belle, ma vie ? (2012), Samuel Laroque sombre dans l’émotionnel spiritualiste : il demande sincèrement à son public de se faire un baiser de paix, « comme à l’église ». Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, lorsque Polly, l’héroïne lesbienne, lui demande de faire une pub de prévention contre le Sida, Mike, son pote homo, ironise : « Pour le Saint Sida ? » (p. 62)

 

Dans beaucoup de films ou vidéos-clips traitant d’homosexualité, les héros homosexuels jouent à la messe ou au mariage à l’église (mariage de fortune présidé bien sûr par le bon pote hétéro gay friendly) : le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, le vidéo-clip de la chanson « The Edge Of Glory » de Lady Gaga, le vidéo-clip de la chanson « Je te rends ton amour » de Mylène Farmer, etc. « Pietro s’est décidé à changer définitivement de sexe, il veut devenir carmélite. » (le narrateur homosexuel parlant de son amant, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 146)

 

Film "La Mala Educacion" de Pedro Almodovar

Film « La Mala Educacion » de Pedro Almodovar


 

Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), le travesti M to F David Forgit reprend tous les symboles religieux pour les associer au libertinage et à la prostitution : il porte un pendentif en forme de croix christique, ou porte une grande croix de bois. Il fait même dire à un des personnages qu’il incarne (Mémé Huguette) : « Comment ça se fait qu’on soit les seuls vrais bons catholiques ? » À la fin du film « In & Out » (1997) de Frank Oz, on nous fait croire que Peter et Howard se préparent à leur propre mariage à l’église, avant que le spectateur découvre qu’il s’agit du mariage tardif de la mère d’Howard avec son compagnon.

 

Afin de se donner l’illusion qu’il est un vrai croyant plus authentique que les croyants officiels, le héros homosexuel se met esthétiquement en marge (un peu mais pas trop) de l’église-bâtiment, pendant des messes ou des cérémonies religieuses publiques (genre le personnage homosexuel de Leo dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, au moment de l’enterrement de son amant Luca). Il prend la place de l’outsider incorrect-pécheur-et-caché, du Zachée sur la route, soi-disant plus saint que ces croyants bourgeois bien propres sur eux, qui occupent les premiers bancs de l’église, qui jouent leur « mascarade sociale de la foi ». « Les derniers seront les premiers » (c’est sainte Céline Dion qui l’a dit). On retrouve souvent cet orgueil puant de la spiritualité marginale et anti-institutionnelle chez les icônes gay que la communauté homosexuelle s’est choisies (cf. les chansons « Au diable nos adieux » de Zazie, « La Petite Cantate » de Barbara, « Les Champs de peine » d’Anggun, « Ave Maria » de Noa dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris de Luc Plamondon, etc.), ainsi que dans la mise en scène de la prostituée rentrant dans une église (cf. la partie « Bourgeoise-prostituée rentrant dans une église » du code « Bourgeoise » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 
 

f) La séduction, la facilité, et l’excuse du protestantisme modéré :

Comme le personnage homosexuel veut quand même suivre une activité spirituelle et pieuse tout en ne perdant pas ses habitudes homosexuelles, il se rabat, en plus du bouddhisme, sur la branche du christianisme qui semble (je dis bien « qui semble ») la plus malléable et la moins claire sur la question de l’homosexualité, à savoir le protestantisme modéré. « On est de souche protestante. » (cf. la chanson « Chroniques d’une famille australienne » de Jann Halexander) ; « Nous lisions ou regardions la télévision. Sylvia aimait lorsque nous nous caressions devant le petit écran sous l’œil tristement compréhensif du prêtre ou du pasteur chargé de clore les émissions de la journée. » (Laura dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 42) ; « Un temps, j’avais été tenté par la scientologie, la méditation, la réflexion, le jeûne. » (Bjorn, l’un des héros homosexuels attaché aux protestants et à son pasteur le père Elvström, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 168)

 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, nombreux sont les héros qui se rapprochent de près ou de loin aux Églises réformées light (ou au contraire trop hard) : cf. le film « Elena » (2010) de Nicole Conn, le film « But I’m A Cheer Leader » (1999) de Jamie Babbit, la pièce Jeffrey (1993) de Paul Rudnick (avec le télévangéliste), le film « Ô Belle Amérique ! » (2002) d’Alan Brown, le film « When Night Is Falling » (1995) de Patricia Rozema, le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody, le film « The Prom’s Queen » (« La Reine du bal », 2004) de John L’Écuyer, le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky (avec Phil, le fondamentaliste évangéliste), le vidéo-clip de la chanson « Que mon cœur lâche » de Mylène Farmer (avec le Dieu-businessman), la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim (avec le Dieu chef d’entreprise), le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, le roman Sapphistry (1980) de Pat Califia, le roman Oranges Are Not The Only Fruit (1985) de Jeannette Winterson, le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier, le film « Les Oranges ne sont pas les seuls fruits » (1989) de Beeban Kidron, le film « L’Ultime Souper » (1996) de Stacy Title, le film « Une Ville trop tranquille » (1997) de David DeCoteau, le film « L’Affaire Matthew Shepard » (2001) de Roger Spottiswoode, la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier (avec la télé-évangéliste), la pièce The Importance Of Being Earnest (L’Importance d’être constant, 1895) d’Oscar Wilde (avec le Révérend Chasuble, très à cheval sur « l’Église primitive »… mais aussi sur Miss Prism), la pièce Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman, etc.

 

Par exemple, dans le film « Children Of God » (2010) de Kareem Mortimer, Lena est la femme d’un pasteur (Ralph) secrètement homosexuel. Le film « Elena » (2010) de Nicole Conn nous présente une ribambelle de faux croyants : des cul-bénis ressemblant à des protestants évangéliques, des gourous de l’ésotérisme contemporain (avec notamment Tyler Montague, auteur de livres sur la « symétrie des âmes », surnommé d’ailleurs « le gourou de l’Amour » parce qu’il promeut l’amour universel bisexuel asexualisant/désexualisé), des pseudo artistes lesbiennes qui voient dans l’art une transcendance qui se substitue à l’Amour même. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Henri allait à la messe avec ses costumes gothiques quand il était jeune ; et Edmond, le père d’Henri, réellement homosexuel pour le coup, s’est protestantisé, version charismatique. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, une sorte de pasteur célèbre le mariage de Ben et Georges : il parle de l’amour comme d’une « énergie ». Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, les deux héroïnes lesbiennes, Idgie et Ruth, évoluent dans l’univers très puritain et moraliste de l’Église baptiste (Ruth est d’ailleurs fille du Pasteur). Dans l’épisode 7 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, le pasteur de l’église évangélique que fréquente Éric le héros homo sort une prêche que le jeune garçon interprète comme gay friendly et comme un encouragement à pratiquer son homosexualité : « Nous devons tous apprendre à nous aimer nous-même avant de sincèrement aimer les autres. »

 

Dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, un flou est volontairement entretenu autour de l’appartenance religieuse des personnages homos (tout ça pour discréditer l’Église catholique et l’amalgamer avec d’autres mouvements beaucoup moins solides…) : on finit par découvrir que l’un des protagonistes (l’amant d’Eddie) a des parents mormons, et qu’il est lui-même mormon ; quant aux parents d’Eddie, ils sont baptistes et pas du tout catholiques.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Foi et homosexualité ont l’air de faire bon ménage :

Beaucoup de personnes homosexuelles dénigrent la religion, alors que leur désir de foi occupe paradoxalement une part importante de leur identité de femmes et d’hommes. « Il a une âme essentiellement religieuse et le sacré fait l’objet permanent de son souci. » (Jean-Paul Sartre en parlant de Jean Genet, dans sa biographie Saint Genet (1952), p. 205) Seul ce que nous idolâtrons et aimons mal en croyant l’aimer follement peut nous trahir, et donc mériter à nos yeux notre vengeance. Ce qu’écrit Marguerite Radclyffe Hall dans The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) est, pour cette raison, d’une étonnante actualité : « De nombreux invertis étaient profondément religieux et c’était sûrement l’un de leurs plus amers problèmes. » (p. 589)

 

Julien Green

Julien Green


 

Durant leur vie, certaines montrent un désir ardent de foi : pensons à Jean-Michel Othoniel, Maryse Choisy, Julien Green, Edward Carpenter, Randall Kenan, James Dean, Néstor Perlongher, Javier Gómez, Ernesto Jiménez, Julio Mariscal, Jean Delannoy, Gerard Reve, Nicolas Vitiello (qui a campé le personnage de l’Abbé Pierre au théâtre), Antoine Méry, etc. Par exemple, Andy Warhol allait tous les dimanches à la messe. Dans son film « Le Cimetière des mots usés » (2011), François Zabaleta filme longuement des images réelles de la grotte de Lourdes, en plan fixe, sans musique. Christophe Moulin, lors de son concert Petits Secrets (2007) au Palais des Glaces à Paris, dit son attrait pour Dieu.

 

Mais en général, les personnes homosexuelles aiment Dieu sans son incarnation, sans son Institution, sans sa matérialité humaine. « Aujourd’hui, je revendique le religieux. […] Il va de soi qu’il n’est lié à aucune pratique institutionnalisée. » (Gina Pane, Lettre à une inconnue (2003), p. 114) Elles ignorent ou bien oublient qu’« être croyant », ce n’est pas seulement « aider son prochain » et « avoir des valeurs », de jolis « principes humanistes ». C’est avant tout suivre Quelqu’un, Jésus. Un homme incarné qui nous a appris que son corps était l’Église-Institution catholique et romaine.

 

Comme elles ne voient l’Église que de loin, leur passion inavouée pour l’« Ennemi catholique » se traduit en général chez elles par une imitation inconsciente et volontaire des caricatures qu’elles se font de lui. Elles adoptent souvent de l’Église une version kitsch en ne choisissant de portraiturer que des grenouilles de bénitiers frustrées et superstitieuses auxquelles elles s’identifient, parce que ces grenouilles, ce sont partiellement elles quand elles obéissent à leur désir homosexuel : la bourgeoise-prostituée pénétrant dans une église après s’être fait violée est une icône gay classique (cf. la partie « Bourgeoise-prostituée rentrant dans une église » du code « Bourgeoise » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Les œuvres de José Pérez Ocaña, d’Antonio Roig, de Ronald Firbank, de Pedro Almodóvar, d’Alberto Cardín, de Nazario, de Pierre et Gilles, etc., empruntent abondamment à l’imagerie catholique pour la louer/la pervertir à la sauce kitsch et camp. Les personnes homosexuelles reprennent dans leurs écrits les thèses libertines traditionnelles – telles que l’union homosexuelle de Jésus et de saint Jean, la liaison entre Marie-Madeleine et Jésus, l’amitié biblique entre David et Jonathan, ou entre Ruth et Noémie, l’homosexualité de saint Paul, etc. –, regorgent de symboles christiques, fondent des congrégations – notamment les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (je vous parle tout de suite après) –, suivent fidèlement le Pape dans tous ses déplacements (l’Europride à Paris en 1997 juste après les Journées Mondiales de la Jeunesse ; la première Worldpride à Rome, toujours après les JMJ de Rome en 2000 ; la Worldpride de Jérusalem en 2005 ; la présence d’un groupe de militants homosexuels aux JMJ de Cologne en 2005 ; etc.), font de leurs rassemblements ou de leurs concerts de grandes messes-show. Elles réemploient (sans s’en rendre compte ?) le langage étiqueté religieux de leurs supposés ennemis, pour le détourner à leurs fins (on peut entendre des sujets transgenres dire avec une conviction grave qu’il nous faut « suivre le Droit Chemin de l’homosexualité » : cf. phrase de conclusion de l’exposé de l’homme transsexuel M to F Natacha aux Journées Annuelles de Réflexion (JAR) de l’association David et Jonathan au Mont Dore, en 2004). Elles ne font que reproduire ce qu’elles jugent aliénant chez les croyants pratiquants. « La naissance de Zohia est comme un miracle. » (la voix-off commentant l’arrivée au monde d’une petite fille obtenue par GPA au sein d’un couple lesbien, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy, diffusée dans l’émission Tel Quel, sur la chaîne France 4, le 14 mai 2012) ; « Et beaucoup plus tard, j’ai reconstitué ce que j’avais vécu naïvement, sans la moindre arrière-pensée, le schéma relationnel de cette communauté liée par un pacte dont le secret était l’érotisme masculin ou, pour m’exprimer sans voile, les relations homosexuelles qu’entretenaient les membres de son équipe de base, au centre de laquelle se trouvait le guide charismatique de base, le Männerheld – le héros des hommes. » (Nicolaus Sombart par rapport aux Wandervogel allemands, dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 124) ; etc.

 
 

b) La religiosité de bazar : adolescente, superstitieuse, sectaire

La différence entre sensibilité à Dieu et sensiblerie, c’est que la seconde est égocentrée et peu tournée vers l’autre, le Tout Autre, alors que la première est aride, grave, pauvre, exigeante, réaliste et durable. Dieu nous demande de venir à Lui avec un « cœur d’enfant », certes, mais non pour autant un cœur de niais béat et capricieux, de diva pleurnicheuse en quête de sensations, d’adolescent pacifiste fuyant le monde et les autres, d’imbécile heureux anesthésié. Il nous veut attachés au Réel !

 

Or la foi de beaucoup de personnes homosexuelles a le goût de la bonne intention qui se fige en esthétisme, de la religiosité qui se disperse en syncrétisme métaphysique et artistique sans unité. Par exemple, dans son autobiographie Impotens Deus (2006), Michel Bellin avoue avoir une « piété pubère » (p. 79). Dans la biographie Federico Y Su Mundo (1980) que Francisco García Lorca dédie à son frère homosexuel Federico, il est bien dit que la croyance en Dieu de Federico García Lorca se limite à « une passion amoureuse religieuse où s’entremêlent le désir mystique, l’immersion dans un vague monde musical, le pathétisme et le désespoir, la sensibilité blessée, le panthéisme, la poésie, fondus en un accord exalté » (pp. 87-88) Une foi de midinette bien gentille… qui a parfois le goût de l’inceste ou du viol : « Au départ de presque toutes ces lamentables existences, il y a les mères. Les petites vies étriquées de ces êtres qui vivent à deux ou se contentent des sordides aventures d’urinoirs sont les résultats de la bonne éducation, les fruits de leçons trop bien suivies sur la crainte du péché, les dangers de la femme, tout ce qui fait la honte d’une religion mal comprise. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 104) ; « Pour m’éviter de sombrer dans un chagrin qui risquait d’éveiller de nombreux souvenirs, il [le père Basile] se contentait de marquer une priorité par des prières. […] Inconsciemment nos rapports se fortifiaient par le pouvoir infini de Dieu. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 38) ; etc. C’est comme si les personnes homosexuelles utilisaient Dieu comme un magicien pour en plus lui faire justifier leur homophobie, leur haine d’elles-mêmes : « Si Dieu voulait transformer un homo en hétéro, Il aurait le pouvoir de le faire, j’en suis certain. » (Alexander, homosexuel, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi)

 

Par exemple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz sont filmés des témoins homosexuels, dont certains sont issus de famille de tradition catholique, mais ils se sont éloignés eux-mêmes de la foi (c’est le cas de Pierre, qui projette ensuite sur ses proches son propre jugement de ses actes : « J’étais dans le péché. ») ; d’autres jouent encore à être croyants pratiquants et s’imaginent déjà le jour de leur mariage religieux, tandis qu’ils pénètrent dans une église abandonnée en plein cœur d’une forêt : « Ce sera bien pour se marier, comme chapelle ! On viendra là ! Adjugé ! » (Yann s’adressant à son compagnon Pierre) D’ailleurs, Yann et Pierre racontent que la première question qu’ils se sont posées l’un à l’autre lors de leur première rencontre amoureuse, c’était « Quel est ton signe zodiacal ? ». Ça commençait fort !

 

Aleister Crowley

Aleister Crowley


 

Pas mal de personnes homosexuelles sont portées sur l’ésotérisme, les spiritualités de supermarché, la religion à la carte. « Marie s’était entichée d’ésotérisme indien. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 99) ; « Notre communion spirituelle était précieuse à mes yeux. Tu croyais aux mêmes choses que moi. Les saints. Les djinns. La sorcellerie. La superstition. Les encens. » (Abdellah Taïa écrivant à son ex-amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 116) ; « Christine n’est pas particulièrement dévote. C’est davantage une soif de culture qui l’anime. » (la biographe Marie-Louise Rodén parlant de la Reine Christine, pseudo « lesbienne », dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; « Benoît Berthe bouquine le cinquième tome de la saga ‘Harry Potter’ qui le passionne en ce moment. » (Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre, Dieu est amour, Éd. Flammarion, Paris, 2019, p. 30) ; etc. Ce qui les attire dans la foi, c’est en général l’émotionnel collectif, la sensiblerie, la superstition, la magie, le spectaculaire, la sensation de bien-être (comme si on aimait Dieu « pour quelque chose » !), le refuge contre les épreuves de la vie, le recentrement sur soi, le côté « strict » ou « mise en scène »… bref, tout ce que la foi authentique n’est pas mais qu’elles prennent pour la foi réelle et qu’elles attribuent aux « mauvais croyants » (parce que le pire, c’est que beaucoup d’entre elles se prennent pour les seuls bons croyants !). Leur fascination pour la religiosité-loisir, l’occultisme, le paranormal, les bondieuseries, les miracles, les philosophies New Age, les messes noires, etc., est connue. Par exemple, Pavel Tchelitchew s’intéressa à l’occultisme. Le baron Friedrich Alfred Krupp était amateur de littérature sataniste et des « messes noires ». Charles Nebster Leadbeater pratiqua l’occultisme ; en 1883, il rejoignit à Londres la Lodge of the Theosophical Society ; il voyagea en Inde et au Sri Lanka où il assimila un nouvel enseignement de la magie. Érik Satie aimait beaucoup l’ésotérisme. Il est également étonnant de rencontrer un certain nombre de personnes homos dans la franc-maçonnerie. Et parmi mes amis homosexuels, j’en connais beaucoup qui consultent des voyantes et des astrologues. Par exemple, la romancière bisexuelle Lucía Etxebarría dit être fascinée par les sciences occultes. Nicolas Fraisse est homosexuel et magnétiseur. Par ailleurs, beaucoup de personnes homosexuelles font partie de la franc-maçonnerie.

 

Vidéo-clip de la chanson "Losing My Religion" de R.E.M.

Vidéo-clip de la chanson « Losing My Religion » de R.E.M.


 

L’obsession spirituelle pour Dieu entraîne parfois les individus homosexuels à rentrer dans une secte, ou à être en contact avec des gens embrigadés dans des sectes : « La plantureuse voisine avait trouvé une autre solution, une autre religion, proposée par une secte qui, selon la Chola, s’appelait l’‘Église scientifique’. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 187-188) Par exemple, le poète homosexuel argentin Néstor Perlongher a adhéré à la secte religieuse du Santo Daime au Brésil. Aleister Crowley se consacra à la magie noire et fonda une confrérie, l’Aurore Dorée. Schiller écrit Die Malteser, Les Maltais – et maintes rumeurs courent sur les relations entre l’Ordre de Malte et l’homosexualité. Dans le documentaire « Ma très chère sœur Olivia » (2012) de Pierre-Clément Julien, Olivia C., un transsexuel M to F, est franc-maçonne. J’ai rencontré pour ma part plein d’ex-Témoins de Jéhovah dans le « milieu homosexuel ». Et ça ne m’étonnerait pas qu’il y ait énormément de personnes homosexuelles chez les Mormons, les Scientologues, et autres membres de sectes. D’ailleurs, à Paris, juste en rentrant dans le quartier gay du Marais, non loin de la rue Sainte Croix de la Bretonnerie, on tombe comme par hasard sur le Centre mormon, juxtaposant les bars homos… (dingue, non ?) Quand j’ai étudié, en 2001, la question des sectes pentecôtistes au Guatemala (cf. Philippe Ariño, El Indio Ultramoderno. Las Sectas Pentecostales En Guatemala, 2002), j’ai été frappé de voir les similarités entre ces deux mondes que l’opinion publique oppose bêtement. J’ai eu l’impression que d’étudier les sectes, c’était exactement comme étudier les fonctionnements internes de la communauté homosexuelle !

 
 

c) La tentation narcissico-pacifico-artistico-égocentrico amoureuse du bouddhisme (« Cause à un arbre ») :

Documentaire "We Were Here" de David Weissman

Documentaire « We Were Here » de David Weissman


 

L’attachement des personnes homosexuelles à une foi consumériste et anti-catholique prend souvent le visage de l’innocence, du flou artistique world, et de l’envolée lyrique vers le « Cosmos » et le pauvre-du-bout-du-monde : « L’extase est sacrée. Tout Homme est un ange. » (Allen Ginsberg dans le film « Howl » (2010) de Rob Epstein) Le narcissisme New Age du bobo homosexuel se veut altruiste en théorie, « universel »… mais en pratique, son relativisme mou cache une vision très déçue, déterministe, pessimiste, manichéenne et misanthrope de l’Amour et du genre humain. Car si l’Amour était soi-disant « partout », même dans la guerre, la souffrance et le mal, si l’Amour, pour exister et devenir complet, avait absolument besoin du mal comme d’une moitié androgynique qui L’équilibrerait (Eros et Thanatos, le « Yin » et le « Yang », tous ces concepts manichéens…), Il ne serait plus Lui-même, plus aimant ; car l’Amour n’est qu’Amour !

 

Il est fréquent que les personnes homosexuelles choisissent l’art ou la Nature comme religions de substitution, comme voies de transcendance où leurs émotions égocentriques vont pouvoir « s’éveiller » (s’engouffrer, plutôt !). Par exemple, l’artiste performer lesbienne Gina Pane a suivi des études dans un atelier d’art sacré. Jean Cocteau, dans sa vie, a décoré de nombreuses chapelles.

 

Elles se piquent au jeu d’un holisme qui spiritualise les végétaux, les paysages naturels, les objets, les médias : « Je courais pour rencontrer le cinéma, entrer la bouche ouverte dans sa religion et ses images. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 31) ; « Sur le chemin, un cinéma populaire, Royal El-Guidida, s’est présenté devant moi. Sans réfléchir j’ai acheté un billet et j’y suis entré célébrer ma nouvelle vie, au milieu d’une salle remplie d’hommes de tous âges qui se donnaient les uns aux autres sans complexe, sans se cacher, non loin des agents de police qui surveillaient l’entrée. Retrouver ma première religion. Mon rêve de toujours. Le cinéma par la peau. La transgression naturelle. Les corps dans l’intensité sexuelle. Des va-et-vient entre la salle immense avec orchestre et balcon et les toilettes. Un film. Deux films. Des stars. Adil Imam. Yousra. Nour Cherif. Leïla Eloui. » (idem, pp. 98-99) ; « À l’Opéra, on s’est convertis. » (le couple homo de la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy)

 

Pas étonnant qu’un certain nombre d’individus homosexuels trouvent dans l’individualisme « universaliste », « humaniste » et coloré du bouddhisme – la « Religion de l’Ego » par excellence, la spiritualité de l’extinction du désir, de la liberté, de la notion de vie éternelle et unique – un nouveau moyen de se vouer un culte à eux-mêmes sous prétexte de s’ouvrir aux autres. Le bouddhisme zen est pratiqué par de nombreuses personnes homosexuelles : Pier Paolo Pasolini, Allen Ginsberg, Jacques Adelsward, Laurent Dispot, Guy Hocquenghem, Néstor Perlongher, Michel Foucault, Alain Daniélou, Jack Kerouac, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Yukio Mishima, etc. Mylène Farmer a lu le Livre tibétain de la Vie et de la Mort (2005) de Sogyal Rinpoché. J. R. Ackerley a été attiré par l’expérience hindoue (cf. Journal hindou en 1932). Dans sa photographie Autoportrait (1927), Claude Cahun se déguise en statue de Bouddha. Lors de ses voyages, Yves Saint-Laurent achetait des statues énormes de Bouddha. Je vous renvoie également au film « Better Sex Through Yoga For Gay Men » (2003) d’Aaron Star.

 

Documentaire "Hot Nude Yoga" d'Aaron Star

Documentaire « Hot Nude Yoga » d’Aaron Star


 

La louange du bouddhisme par bon nombre de sujets homosexuels rentre dans cette focalisation nombriliste sur la conscience individuelle, dans ce totalitarisme du neutralisme, de l’abandon du désir et de la liberté, de la mégalomanie pseudo minimaliste et pauvre, de l’indifférence à la souffrance des autres et à sa propre souffrance, du relativisme, dont ils se font les orgueilleux porte-parole. Bref, la glorification du vide, du néant, et des bonnes intentions engendrées par le libéralisme économique le plus féroce.

 

Documentaire "Yoga Secrets"

Documentaire « Yoga Secrets » de Raymond Lewis


 

Beaucoup de personnes homosexuelles ne croient pas, mais « font comme si ». Parce que ça fait esthétique. « Tu aimais aller à la mosquée de temps en temps. Tu disais que tu aimais la gymnastique de la prière, être au milieu des inconnus en prière, dans la parole simple et directe avec Dieu. Dès qu’on s’est rencontrés, tu as arrêté de le faire. Tu n’osais plus. Notre lien est sacrilège aux yeux de l’islam. Tu n’arrivais pas à te débarrasser de ce sentiment. Je n’ai pas essayé de te faire changer d’avis. Moi-même je vivais dans cette contradiction. Moi-même j’avais besoin de croire. Je voulais croire. On a fini par trouver une solution. Je t’ai emmené à l’église Saint-Bernard et on a regardé les autres prier. Les églises, ce n’était pas nous à l’origine, cela ne représentait rien dans notre mémoire spirituelle. Rien ne nous attachait à elles et, pourtant, nous y sommes retournés plusieurs fois et nous avons fini par y découvrir une nouvelle spiritualité. Nous l’avons inventée ensemble, cette religion, cette foi, cette chapelle, ce coin sombre et lumineux, ce temps en dehors du temps. Ce christianisme non loin de Barbès. » (Abdellah Taïa écrivant à son ex-amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 118)

 

Elles n’ont pas compris que la foi n’était pas un joli refuge contre la souffrance et la peur humaine de la mort, mais un chemin de Vie : celui de la Croix. Elles pensent qu’il leur suffit de pénétrer dans un lieu saint (hors des temps d’office, de préférence), de susurrer une petite prière improvisée du bout des lèvres, d’apprécier la beauté de la liturgie catholique, de donner une pièce au mendiant du coin de la rue, pour s’assurer un Salut confortable et s’étiqueter « croyant ». Elles vivotent d’espoir et d’optimiste, à défaut de (re)connaître l’Espérance, Celle qui sous-tend la réalité de la Résurrection, de la victoire définitive de la Vie sur la mort.

 
 

d) L’homosexualité décrétée « don de Dieu » (« Dieu m’aime comme ça et m’a donné mon compagnon ») :

Comme les personnes homosexuelles ont tendance à confondre leurs désirs ou leurs sensations épidermiques avec Dieu, elles finissent parfois par interpréter leurs pulsions homosexuelles comme des signes du Ciel. À les entendre, leur homosexualité serait un don de Dieu, irréfutable, divinement justifié. Leurs grandes prêtresses télévisuelles les encouragent d’ailleurs à cela : « Laissez votre identité être votre religion. » (Lady Gaga citée dans le journal Métro, n°2008, mardi 17 mai 2011, p. 3) ; « Rupaul est une sorte de gourou, de Dalaï Lama pour la communauté homo. Mais il y a beaucoup d’hétéros qui regardent aussi. » (Rich Juzwiak, homosexuel, parlant de l’émission de télé-réalité transsexuelle aux USA Rupaul’s Drag Race, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel)etc.

 

Certains curés défroqués, vivant (depuis leur sortie de l’Église) leur homosexualité au grand jour, jouent les prophètes de ce qui, selon eux, est le « Véritable Évangile », l’Évangile « humaniste », plus proche des gens et de leurs réalités temporelles que l’Évangile du « Clergé d’en haut », en décrétant que « les homos » sont des créations de Dieu. Ils essentialisent, via une théologie de comptoir, l’homosexualité sous des prétextes divins, quitte à s’exprimer à la place de Dieu : « Moi, je voulais annoncer cette Bonne Nouvelle […] : Dieu nous aime ainsi, (homosexuels), parce que c’est ainsi qu’Il nous a créés, et Il l’a fait par pur amour. […] Et j’avais besoin de transmettre cette merveilleuse joie (‘Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile’, disait Pierre de Tarse) à mes frères, à la société et au monde. » (cf. l’article « Doce Días De Febrero » de José Mantero, dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 190) ; « Je crois que dieu m’a fait comme je suis. » (Hezra, femme musulmane lesbienne, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc. Les beaux principes de la Bible sont parfois assez vite détournés, comme le démontrent ces propos d’Antonio Toig, ex-carmélite : « Mon engagement personnel consistait à m’accepter tel que je suis. Je ne pouvais pas me retenir davantage : je ne pouvais pas vivre dans le mensonge, je devais être libre et ce principe de liberté est celui qui se trouve dans la Bible. » (Antonio Toig dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, pp. 297-298)

 

Il existe même des prêtres catholiques gays friendly qui dénaturent le message de leur Église en disant qu’on peut être pleinement cathos et pleinement homos (sous-entendu « en couple »), pour faire croire qu’ils sont plus ouverts que le Vatican classique (cf. le documentaire « Monsieur le Curé de Saint-Eustache » (2001) de François Chilowicz, l’ouvrage collectif Dieu les aime tels qu’ils sont : Pastorale pour homophiles (1968) du pasteur baptiste Joseph Doucé, le livre Qui suis-je pour juger ? (2013) de Frigide Barjot détournant le sens complet des propos du Pape François, etc.). Par exemple, dans l’émission Infra-Rouge « Et Dieu dans tout ça ? » (2011) de Philomène Esposito, le curé de saint Merry (église parisienne accueillant l’association Devenir Un En Christ pour qu’elle puisse « fêter Dieu »), le père Jacques Mérienne, en appelle à la compromission : « Il faut créer un consensus. »

 

Et beaucoup d’individus homosexuels croyants reprennent à leur compte ce discours identitariste/amoureux simpliste mais aussi déculpabilisant : « Dieu nous a créés comme ça. » (les témoins homos ougandais dans le documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin) ; « Nous rejetons formellement tout a priori de péché en ce qui concerne l’homophilie… Les pulsions échappent à notre volonté; elles viennent de Dieu, notre Créateur. » (cf. phrase du premier bulletin de création de l’association David et Jonathan, en novembre 1983) ; « Ce n’est pas de leur faute, Allah les a créés comme ça. S’Il ne l’avait pas voulu, l’homosexualité n’existerait pas. » (la mère musulmane de Brahim Naït-Balk, dans l’autobiographie de ce dernier, Un Homo dans la cité (2009), p. 89) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta, diffusée en juin 2011 sur la chaîne espagnole Play Cuatro, Vicente dit que c’est Dieu qui l’a voulu gay, et tous les témoins pensent avec lui que « Dieu les aime tels qu’ils sont » (comprendre « pleinement homosexuels pratiquants »).

 

Ce serait même Dieu qui leur aurait donné leur partenaire amoureux/sexuel, et qui bénirait leur union bien plus directement et plus profondément que les hautes instances du Clergé catholique : « Quand je suis revenue à moi, j’ai vu Jackie, assise là, tel un ange. […] Même si j’ai voué ma vie à l’Église et au catholicisme, j’ai su que mon Dieu aimait Jackie, et qu’Il m’aimait de l’aimer, elle. » (une femme lesbienne à sa copine, témoignant dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « Pierre, c’est un don du Ciel. » (Bertrand parlant de son amant Pierre dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; « Juste comme vous, mes juges, qui avaient un droit d’aimer les femmes, moi aussi j’ai le droit d’aimer les hommes. Vous comme moi tenons ce droit de Dieu. Si vous refusez de reconnaître ce droit, allors vous attaquez la justice de Dieu, qui a mis ce besoin d’amour dans mon cœur, comme dans le vôtre. Vous avez le pouvoir de me condamner. Je dois vous contester le droit de le faire. » (Fritz Feldtmann, le directeur du théâtre de Brenne, arrêté par la police pour homosexualité, le 3 octobre 1867) ; etc.

 

Dans leur discours, on perçoit souvent une totale confusion entre Dieu et le sexe/l’amant homosexuel. Leur adhésion à la foi semble davantage obéir à des critères esthétiques et pulsionnels qu’à une vraie ferveur gratuite, dépassant le sensible : « Notre neveu [Alfredo] avait beaucoup aimé le pompier qui faisait le Christ sur la croix. » (les tantes d’Alfredo Arias, dans l’autobiographie de ce dernier Folies-Fantômes (1997), p. 141) ; « Ernestito tomba à genoux devant Nacho comme il aurait pu le faire devant un saint d’une religion inconnue. » (Alfredo Arias, op. cit., p. 260) ; « J’ai accueilli son sperme tiède dans ma bouche avec extase, comme une hostie. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 96) ; etc.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles, y compris celles qui se disent « athées » (surtout celles qui se disent athées, d’ailleurs !), donnent à leurs pulsions sexuelles la valeur sacrée d’une foi religieuse exceptionnelle (car « en temps normal, assurent-elles, elles ne croient ni Dieu ni en l’Amour »). Le mot « amour » étant pour elles plus sacré que la réalité qu’il recouvre, les personnes homosexuelles bobos vont se mettre à voir l’Amour partout et nulle part en même temps, surtout dans l’abstrait, loin de l’humain et des institutions ecclésiales (et toujours dans un discours saupoudré d’anglais et de références musicales vintage… « Tree Of Life », quand tu nous tiens…) : « L’amour de Dieu s’applique parfaitement dans l’amour d’un homme (cf. le passage du gospel à la soul séculaire), que le contact avec Dieu n’est jamais plus beau que quand on l’établit seul, selon sa propre inspiration, hors des dogmes… Dieu, il [ton « ex »] peut le trouver en allant se perdre dans les champs, en se recueillant sous un arbre. Les catholiques sont en fait trop peu entraînés à la méditation, trop engoncés par les règles de la prière, la liturgie. Invite-le à se perdre une fois de plus dans cette nature qui t’entoure, laisse-le, attends-le dans la maison… Hold on ! Le rapprochement de Dieu est presque un leurre. ‘Plus prés de toi Seigneur’… Dieu est partout, on n’est jamais aussi prés de lui qu’à chaque seconde, pour peu que l’on ait la Foi… Le séminaire est une voie respectable, mais c’est un choix dont l’explication engage d’autres considérations que la seule Foi (talk about it)… J’ai du mal à comprendre le choix de cet homme… En t’aimant , comme tu le racontes, il commet un acte sacré, et sa foi dans votre couple est induite par sa Foi en Dieu et la prolonge (il ne s’agit pas de te mettre sur un piédestal)… My prayers go to you two guys… » (cf. un certain « Anonyme », le 9 mai 2012, en réponse à l’article « Moi vs le Roi des rois » de Didier Lestrade, où ce dernier raconte sur son blog sa rupture avec un amant catholique qui l’a quitté pour suivre entièrement Jésus)

 

Certaines personnes homosexuelles sont même prêtes à tomber amoureuses d’un croyant pratiquant catho, et à épouser intellectuellement/esthétiquement la foi de ce dernier (« Même si je ne suis pas croyant, je te trouve très beau quand tu pries… »), pour « croire par procuration » (mais surtout pas par elles-mêmes, pleinement, avec leur cœur ! Ça ferait trop mal ! Ce serait trop demandé…), pour se justifier de ne pas pratiquer institutionnellement et d’être « athées » (« C’est riche, la diversité des croyances et des points de vue »…), pour cracher sur l’Institution catho quand même, du simple fait qu’elles auraient « le droit » de le faire puisqu’elles aimeraient vraiment un catho et qu’elles auraient le recul nécessaire pour connaître la réalité de l’Église de près, pour se persuader qu’elles sont de vrais croyants quand même, des « saints de l’ombre », d’humbles esprits pieux anonymes ! Le pastiche misérabiliste (mais ô combien prétentieux et pharisien !) de la veuve de l’Évangile qui donne son trésor de trois piécettes…

 

Pier Paolo Pasolini

Pier Paolo Pasolini


 

Quelquefois, la bondieuserie homosexuelle va même jusqu’à la louange d’une forme d’ascétisme, de discours où le corps et la sexualité-génitalité n’existeraient plus… mais c’est oublier que les individus qui le profèrent s’abaissent et s’adonnent à l’acte sensuel et génital homosexuel bien plus que de raison, alternent les moments de remords ascétiques et les phases de gourmandise sexuelle intense. Les bobos homosexuels aiment bien spiritualiser leurs vils instincts sexuels par la poésie métaphysique, pour les blanchir à la dernière minute. Ils ont le culot sincère de dire que s’ils veulent coucher avec leur prétendant, « ce n’est même pas sexuel » : ça pourra même être ascétique et chaste les premières fois ! Leur coït aurait la gratuité et la sobriété d’une prière silencieuse dans une chapelle, la beauté transcendante et artistique d’un massage trantrique, aryuvédique ! L’hypocrisie pharisianiste dans toute sa splendeur ! Ce qu’ils appellent « la foi », c’est en réalité leur croyance superstitieuse aux « coups de foudre », leur narcissisme esthétisant pseudo « sobre », leur sensiblerie, leur propre défaillance face à leurs pulsions et à la luxure. Mais attention ! Toujours à la lueur d’une petite bougie (cf. la partie « Bougie » du code « Bobo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Si on les écoute, ils vivraient un sacrifice rédempteur même en se donnant sexuellement à n’importe qui, dans des lieux de débauche totale. Selon eux, on peut très bien aller dans une backroom comme on rentre au couvent : « J’étais au bordel comme au cloître. » (Olivier Py, L’Inachevé (2003), p. 41)

 

Par exemple, lorsque j’ai assisté à la visite guidée du cimetière du Père Labaise… pardon… Lachaise, à Paris, le 8 février 2012, le guide, lui-même homosexuel, m’a montré les « chapelles d’amour » où se rencontrent les garçons pour faire l’amour ensemble. Ce haut lieu de la vie homosexuelle parisienne clandestine a été le théâtre de drôles de pratiques occultes : messes noires, magie noire, spiritisme… Aujourd’hui, la « Chapelle des sucres Beghin Say » est une backroom fermée. Mais le cimetière demeure un lieu d’activité homosexuelle intense.

 
 

e) La Communauté homosexuelle décrétée « Église véritable » par rapport à la Curie romaine (« Malgré les apparences, on est des croyants plus authentiques que les ‘officiels’ ») :

La religion sécuritaire pour Saint Sida

La religion sécuritaire pour Saint Sida


 

L’homosexualisation de la religion ne s’arrête pas à la sphère individuelle. Quelquefois, les personnes homosexuelles associent le « milieu homosexuel » à une nouvelle fraternité religieuse, à un ordre monastique plus solide et profond que ne le serait l’Église catholique, à une seconde famille spirituelle qu’elles auraient la chargent de sanctifier : « Je me piquai le doigt avec la pointe du compas qui traînait sur mon bureau. Je traçai avec mon sang au dos de l’image : ‘Seigneur, je te donne ma vie, pour toutes les personnes homosexuelles du monde entier.’ » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 51)

 

Certains membres de la communauté homosexuelle voient en la Gay Pride, dans les ambiances de discothèque, et dans l’engagement politique militant, une nouvelle religion. La puissance communionnelle qui s’y vit/vivrait, pourtant inhérente à tout rassemblement humain un peu conséquent et amical, est comparée très sincèrement à une « émotionnante » Gay Church : « Malgré la nudité de tous et de toutes, l’ambiance était, selon ce qu’on décrit ceux qui étaient présents ce soir-là, aussi spirituel que celui d’une église. […] La Licorería’ est devenue avec le temps un sanctuaire, où certaines nuits, en préparation d’une révolution mondiale future, ont lieu de mystérieux rites. » (cf. l’article « Crónica Auténtica De Lo Acontecido En Un Pub De Chueca Una Noche De Verano » de J. A. Herrero Brasas, dans son essai Primera Plana (2007), pp. 123-124)

 

Comme la majorité des personnes homoexuelles ne veulent pas s’attacher à une institution ecclésiale en particulier, elles se plient en général à un fondamentalisme athée – elles disent « humaniste » –, à une religion qui n’est pas encore clairement cataloguée socialement comme telle, mais qu’elles pensent être la seule juste. Nous pourrions la baptiser comme on veut : « Home-made Gay Religion », ou bien « Culte de l’Être suprême (= l’androgyne) », « Spiritualités plurielles et cosmiques », « Religion désincarnée », « Individualisme hédoniste et universaliste », « Secte des Cultures homosexuelles », « Gay Church », etc. Par exemple, dans son essai Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005), Philippe Muray parle à juste titre des « sectes homosexuelles » (p. 51), religieuses pour une minorité d’entre elles, non-confessionnelles pour la majorité.

 

Comme certains protestants, beaucoup de personnes homosexuelles prétendent être plus croyantes et authentiques que leurs prédécesseurs catholiques : « Au bout du compte, je crois que les gays sont les gens les plus dévots. Ils devraient créer un saint gay. » (Víctor, témoin homosexuel s’exprimant dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta, diffusée en juin 2011 sur la chaîne espagnole Play Cuatro)

 

Le plus sérieusement du monde, certaines composent une parodie ecclésiale censée faire contrepoids à la réalité religieuse qu’elles ne connaissent pas – ou de trop près –, et qu’elles ont diabolisée à force de l’idéaliser. Par exemple, Michel Journiac, qui est passé à 18 ans par le petit et le grand séminaire, a organisé deux « Messes » en 1969 et 1975, c’est-à-dire deux « performances », intitulées Messes pour un corps ; il est allé jusqu’à faire communier son public au Corps du Christ avec du boudin qu’il avait confectionné avec son propre sang !

 

Loin de parler de rejet de la communauté homo par rapport à l’Église catholique, on pourrait dire qu’il s’agit plutôt d’une adoration inversée. Beaucoup de personnes homosexuelles construisent une version transversale de la religion pour se convaincre ensuite que la caricature nouvellement créée est fidèle à la vraie religion, et pour rejeter ouvertement devant les autres et la vraie religion et sa caricature… comme cela, elles se gargarisent de faire d’une pierre deux coups.

 

Dans le documentaire « Et ta sœur ! » (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, on voit bien que la caricature de croyants pratiquants reproduite par les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (mouvement associatif homosexuel créé à Castro en 1979, faisant de la prévention Sida en se déguisant en nonnes travesties ultra-maquillées) est tout sauf caricaturale dans l’esprit de ceux qui la construisent ou qui l’adulent (j’ai vu de mes propres yeux une salle de cinéma entière se lever pour ovationner le « courage » et la « sainteté profane » des Sœurs après la projection de leur documentaire, le 15 octobre 2011 au Forum des Images de Paris). Il s’agit bien, selon les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, de réactualiser le cliché vieillot de l’Église catholique « avec sérieux et avec dérision » : « Nous sommes un ordre agnostique. » ; « Nous sommes profondément sérieux. » Leur détournement des formules religieuses indique un attachement à ce qu’elles prétendent déformer (« Amen and the women ! »). Dans leur esprit, le déguisement prend le pas sur le Réel. « On n’est pas une parodie de bonnes sœurs. » (Sœur Belphégor) La dérision et le militantisme ne sont que les couvertures de leur schizophrénie spiritualiste. Une schizophrénie bien-intentionnée, qui prétend ne pas faire de mal à l’Église catho, voire même parfois L’honorer : « Je ne le fais pas par provocation. Même pas pour tirer sur l’Église. Si on voulait L’attaquer, l’Église, aujourd’hui, c’est comme tirer sur une ambulance ! » (Sœur Belphégor). Il y a de fortes chances que les Sœurs de la Perpétuelle Indulgente pensent qu’elles sont plus humanistes, et quelque part plus vraies, que les croyants pratiquants réels : « Nous apportons beaucoup de joie et de paix spirituelle. » Elles font apparemment tout comme eux : elles ont leurs « messes », c’est-à-dire des moments de présentation des actions de l’association, qu’elles affichent comme des moments « forts » et « profonds » (« J’ai vu la ‘messe’. Ça a été comme un électrochoc. »). Elles organisent des « ressourcements », comme dans les retraites monastiques classiques, pour que chacun de leurs membres et sympathisants puisse se « réapproprier son corps » Elles accueillent dans leurs rangs des curés défroqués (« J’avais un deuil. Car j’avais été moine pendant 3 ans » déclare Sœur Quéquette dans le reportage). En s’éloignant de l’Église catholique, elles font leur petite cuisine spirituelle pseudo engagée… mais en réalité, cela équivaut à la « militance de l’indifférence » digne d’une Miss France, celle qui donne de « l’espoir » et de « l’optimisme » au lieu de l’Espérance, celle qui « célèbre l’amour et la joie » (et la paix dans le monde…), celle qui ne donne pas de clés vraiment solides pour trouver l’amour, et qui laisse les gens livrés à eux-mêmes (« On n’a pas à orienter. On a à écouter et à pacifier les gens. C’est ça, le travail des Sœurs : l’écoute, l’amour. »), celle qui « fait du bien » sans tendre vers le Meilleur (« Ça fait du bien. Ça nous donne de l’espoir. Ça donne envie de vivre. » déclare un témoin ayant vécu les « ressourcements » des Sœurs).

 

Au sein du « milieu homosexuel » international, on trouve un certain nombre d’organismes religieux homosexuels beaucoup plus sérieux que les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, qui ne sont pas des associations d’Église à proprement parler (sauf Courage, survenue à la demande du cardinal Terence Cooke, archevêque de New York, à la fin des années 1970, et qui est la seule œuvre apostolique de l’Église catholique romaine, reconnue par le Saint-Siège), mais qui essaient de se faire entendre de Rome, tout en se défendant d’être des Gay Church : par exemple l’association Dignity (créée en 1969 aux États-Unis par le jésuite John McNeill), Catholics for equality (revendiquant actuellement l’introduction du mariage homosexuel aux États-Unis), Torrents de vie (une association protestante, mais qui n’est pas spécifiquement tournée vers le public homosexuel). David et Jonathan (créée en France en 1983, et qui est l’association chrétienne la plus rassemblante et fréquentée à l’heure actuelle), etc.

 

En règle générale, les associations chrétiennes d’accueil des personnes homosexuelles se montrent en théorie ouverte au dialogue avec l’Église-Institution, mais en pratique, elles restent encore fermées à Elle, étant donné qu’elles ne veulent pas encore poser de discours clair sur la question du couple homosexuel ni sur celle de l’appel ecclésial à la continence. En France, le statut quo est particulièrement visible avec David et Jonathan, qui reste campée sur ses positions par rapport à sa justification de l’identité homosexuelle et de la beauté du couple homosexuel, et qui marche au diapason du militantisme homosexuel profane. L’opposition à la Curie romaine est moins marquée chez des organismes LGBT chrétiens tels que Devenir Un En Christ (DUEC), la Communion Béthanie (créée par Jean-Michel Dunand, qui est une structure d’accueil et de prière qui veut se garder de tout discours interprétatif sur l’homosexualité), Aelred (à mon sens l’association homosexuelle catholique la plus solide qui existe en France, même si elle prône un ambigu « amour d’amitié », où l’amour platonique se mêle à un étrange brouillage de la frontière entre amitié et amour, quand bien même le passage à l’acte sexuel et au couple ne soit pas encouragé). Je ne dis que ces trois organismes ne sont pas encore clairs sur leur positionnement par rapport à l’Église, non du fait qu’ils se prononceraient « pour » le couple homosexuel (ils font déjà « moins pire » que David et Jonathan, et ont le mérite d’exister en tant que structures d’accueil chrétien), non du fait qu’ils s’opposeraient à l’Église-Institution (puisque ce n’est pas le cas), mais uniquement parce qu’ils ne se prononcent pas sur le couple homosexuel, et qu’ils ne proposent pas ouvertement la continence comme le meilleur chemin possible pour toute personne homosexuelle.

 
 

f) La séduction, la facilité, et l’excuse du protestantisme modéré :

Un peu après le bouddhisme, la confession religieuse qui a l’air de mieux « coller » avec la justification de la pratique homosexuelle conjugale, est le protestantisme. Je vous renvoie aux documentaires « Oranges Are Not The Only Fruit » (1989) de Melanie Chait et « Better Dead Than Gay » (1995) de Christopher O’Hare, au docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, ainsi qu’à la publicité « Love For All » pour la marque de vêtements Björn Borg (dans laquelle le spectateur découvre progressivement que le mariage religieux auquel l’assemblée va assister ne se fait pas entre un homme et une femme, mais entre deux prêtres devant une femme pasteure). Dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein » (« Tu ne seras pas gay », 2015) de Marco Giacopuzzi, on entend beaucoup d’interviewés homosexuels faisant partie du protestantisme : Alexander, Thomas, Sven (pasteur homo en couple avec Alexander)…

 

 

Pourquoi cela ? Parce que le protestantisme, contrairement au catholicisme, manque de docilité, d’unité, de chef clairement identifiable, de fermeté, mais aussi d’attaches au Réel et à l’Incarnation sacramentelle (cela me semble principalement dû au fait qu’il refuse de reconnaître la présence réelle de Jésus dans le Corps du Christ – autrement dit la transsubstantiation –, ce qui a forcément des conséquences sur son rapport au Réel, un rapport encore lointain, désincarné, livresque). Mais cette tolérance des Églises protestantes vis à vis du couple homosexuel n’est qu’un mirage que seuls les plus protestataires des protestants sont prêts à croire. Car si on écoute le protestantisme traditionnel (le plus nombreux), son refus de l’homosexualité pratiquée est identique à celui du catholicisme. J’ai entendu dire un jour que par rapport aux actes homosexuels, l’Église catholique formulait un « Non… mais… », alors que le protestantisme se situait plutôt dans le registre du « Oui… mais… », ce qui revient donc quasiment au même ! La majorité des Évangéliques, s’attachant littéralement aux écrits bibliques condamnant fermement les pratiques homosexuelles, se positionnent contre les bénédictions et le mariage des couples de même sexe. Pensons aux refus actuels de la bénédiction des couples homosexuels – et encore plus du mariage entre personnes de même sexe – de la part notamment de la Church of Scotland (Église presbytérienne d’Écosse, dite aussi The Kirk), de l’United Reformed Church (Église Réformée Unie, unissant les courants presbytérien anglais et congrégationnalistes britanniques), de la Fédération protestante de France et de l’Alliance évangélique, des Églises protestantes africaines (notamment nigérianes et rwandaises), de la Communion anglicane, de l’Église épiscopale des États-Unis, de l’Evangelical Lutheran Church in America (ELCA, Église luthérienne évangélique en Amérique, formée de quelques 10 000 congrégations totalisant 4,6 millions de fidèles), de l’United Methodist Church (UMC, Église méthodiste unie, deuxième plus grande Église protestante aux États-Unis avec 8 millions de fidèles), etc.

 

Seuls quelques groupuscules et Églises protestantes isolées donnent leur aval au couple homosexuel. Par exemple, aux États-Unis, les Églises Unitariennes-Universalistes bénissent des couples du même sexe depuis les années 1970. Les fameuses Metropolitan Community Churches (MCC), dont les membres sont majoritairement homosexuels, trouvent leur origine dans la première Église MCC fondée à Los Angeles par le révérend Troy Perry (lui-même homosexuel), avant les émeutes de Stonewall de 1969. Les MCC représentent, en 2003, plus de 300 églises à travers le monde, et plus de 40 000 membres répartis en 18 pays. Elles constituent également le lieu de naissance de douzaines d’organisations gay et lesbiennes ou de projets de justice sociale. Elles ont procédé à l’union de plusieurs couples de même sexe lors de la Gay/lesbien/bisexual Pride de New York en 1994, marche qui commémorait le 25e anniversaire de Stonewall. Un peu plus haut, l’Église Unie du Canada célèbre des mariages depuis que la loi le permet (2003). Des évêques anglicans canadiens ont béni en 2003 des unions de personnes du même sexe. En novembre de la même année, Gene Robinson qui vit ouvertement une relation homosexuelle durable, est élu évêque épiscopalien du New Hampshire. Mary Glasspool femme prêtre homosexuelle, élue en décembre 2010 évêque assistante du diocèse de Los Angeles, est ordonnée évêque le 15 mai 2010. Aux Pays-Bas, en 1986, la Remonstrantse Broedershap (Fraternité remonstante), la plus ancienne des Églises néerlandaises, fut la première Église européenne à accepter la bénédiction de couples non-mariés. Au début de 1997, le synode de l’Église Protestante du Nord de l’Allemagne (S.E.K.) décida de bénir des unions homosexuelles. Ce fut le cas, également, la même année, de Den Danske Folkekirke ou Folkekirken, l’Église évangélique-luthérienne nationale du Danemark. En octobre 2009, laSvenska kyrkan, l’Église évangélique luthérienne de Suède, approuva lors de son synode le mariage des couples homosexuels à l’église, autorisé par la loi suédoise depuis le 1er mai 2009. En 1998, au sein de la Confédération suisse, l’union synodale Berne-Jura, ainsi que la majorité des Églises cantonales alémaniques, acceptèrent la possibilité de bénir les couples homosexuels, sous condition de l’accord des communautés locales, et sans franchir le pas du mariage. En France, le pasteur baptiste (excommunié) Joseph Doucé célébrait les premières bénédictions d’unions homosexuelles en 1974, et créa le 10 octobre 1976 le Centre du Christ libérateur à Paris. En 2000 en Italie, la Chiesa Evangelica Valdese (Église évangélique vaudoise) accueillit favorablement l’organisation de la World Gay Pride, à Rome. Dernièrement, fin août 2010, le synode commun aux protestants vaudois et méthodistes italiens, réuni à Torre Pellice dans les vallées vaudoises italiennes, décida d’autoriser les bénédictions de couples homosexuels à l’église. En Grande-Bretagne, la Religious Society of Friends (Société religieuse des Amis ou Quakers) reconnaît en 2008 les partenariats homosexuels.

 

Il est logique que l’Église protestante, de par sa structure dispersée (que les plus optimistes appelleront plutôt « chance » et « ouverture à la diversité »), séduise davantage la communauté homosexuelle que l’Église catholique. La première offre davantage les brèches dont les personnes homosexuelles « croyantes », soucieuses de la reconnaissance religieuse de leurs unions amoureuses, rêvent pour justifier la « solidité sacrée » du désir homosexuel. Je connais un certain nombre d’amis homosexuels qui quittent précisément le catholicisme pour rejoindre le protestantisme modéré, voire le bouddhisme, parce qu’ils ont compris que l’Église catholique gardera fidèlement son cap, et ne justifiera jamais leur idéologie de l’identité homosexuelle éternelle, ou de l’amour homosexuel « sacré ». Néanmoins, ils se trompent en pensant que l’ouverture protestante à l’homosexualité ne soit pas homophobe : une grande majorité de protestants blesse et casse les personnes homosexuelles par un discours à la fois laxiste et rigide. Par exemple, dans l’émission Temps présent spéciale « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne, diffusée sur la chaîne RTS le 24 juin 2010, Alexandre, jeune témoin homo suisse de 24 ans, a été interné par des mouvements évangéliques : « Ils l’ont mis dans une clinique psychiatrique. » (le père d’Alexandre) Le pasteur de l’Église qu’il a fréquentée aux États-Unis lui a dit : « Tu es homosexuel. Tu es malade. Tu pourrais contaminer les autres. » Il lui a proposé une guérison.

 

 

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Code n°18 – Blasphème

blasphème

Blasphème

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La haine jalouse de l’Église

 

Madonna en concert sur sa croix disco

Madonna en concert sur sa croix disco


 

Voici un code intrigant car il traite de toute la haine que les personnes homosexuelles pratiquant les actes homosexuels ont pour l’Église catholique… même si paradoxalement elles prennent très sincèrement leurs destructions pour un hommage.

 

Les dissensions entre la grande majorité des personnes homosexuelles et l’Église catholique ne datent pas d’hier. Lorsque les artistes homosexuels abordent iconographiquement le sujet religieux, ils choisissent presque toujours en toile de fond la perte de la foi et le blasphème. Mais parfois, la frontière entre agression picturale envers le clergé et agression réelle est franchie, et ceci, de plus en plus ouvertement et impunément (cf. l’interruption de la messe de Notre-Dame de Paris en 1991 par Act-Up, le mépris quasi systématique des ecclésiastiques ou des théologiens moralistes lors des débats télévisés, les pillages et provocations des Femen depuis 2013 en France et partout en France, etc.). Beaucoup de personnes homosexuelles dénigrent la religion, alors que leur désir de foi occupe paradoxalement une part importante de leur identité de femmes et d’hommes. Seul ce que nous idolâtrons et aimons mal en croyant l’aimer follement peut nous trahir, et donc mériter à nos yeux notre vengeance. Ce qu’écrit Marguerite Radclyffe Hall dans The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) est, pour cette raison, d’une étonnante actualité : « De nombreux invertis étaient profondément religieux et c’était sûrement l’un de leurs plus amers problèmes. » (p. 589)

 

L’Église catholique en veut-elle vraiment aux personnes homosexuelles ? Vu ce qu’en montrent certains médias, elles ont apparemment toutes les raisons de le croire. Et dans les faits, quelques-unes ont fait l’objet de réels rejets de la part d’ecclésiastiques et de certains fidèles à une époque où elles cherchaient une main tendue. Par conséquent, elles en déduisent que foi et homosexualité sont totalement incompatibles. Pourtant, leur déchaînement de haine anticléricale ne repose quasiment que sur leurs propres fantasmes cinématographiques (puisqu’elles n’ont pas mis les pieds à l’église depuis des lustres), sur leur mauvaise application (sincère et jalouse) des préceptes aimants et justes de l’Église catholique (Église qui les aime concrètement : je suis bien placé pour en témoigner !), et sur une violence à sens unique (cette violence hystérique qui les guide et qui reste totalement impunie par nos gouvernements occidentaux). Étonnant paradoxe : ceux qui condamnent les cathos de « fachos ! » sont les personnes les plus susceptibles d’agir en fachos.

 
 

 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Attraction pour la ‘foi’ », « Focalisation sur le péché », « Vampirisme », « Mort », « Se prendre pour le diable », « Se prendre pour Dieu », « Curé gay », à la partie « Viol de la vierge » du code « Vierge », et à la partie « Bourgeoise-prostituée pénétrant dans une église » du code « Bourgeoise », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) L’attaque anticléricale frontale :

En général, le personnage homosexuel des fictions homo-érotiques ne porte pas Jésus, son Père et l’Esprit-Saint, et leur Église, dans son cœur. « Du haut de ta croix, tu fais moins le malin ! » (Didier Bénureau s’adressant à Jésus en ricanant, dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau) ; « Il n’y avait plus de place pour Dieu, je l’ai chassé, il en avait trop pris pendant toutes ces années d’obscurantisme. » (Cécile après sa rencontre amoureuse avec Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 42) ; « Surtout pas. J’ai horreur de ce mot ‘au-delà’. ‘Au-delà’, c’est la mort. » (Thierry, le héros homosexuel de la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche ; épisode 8, « Une Famille pour Noël ») ; « Tant pis pour la Bible. Je veux mettre ma dent dans la pomme d’Adam. J’aime les filles et les garçons, j’aime tout ce qui est bon. Je suis bi-zarrement faite. » (Anne Cadilhac dans son concert Tirez sur la pianiste, 2011) ; « Tu oublies mon enfance athée ? » (Lou, l’héroïne lesbienne s’adressant à sa mère Solitaire, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Dieu a-t-il les oreilles décollées ? » (Nicolas Bacchus pendant son concert Chansons bleues ou à poing, 2009) ; « Il n’aime ni Collins ni moi. Il veut garder pour Lui toute la douleur ; Il ne veut pas la partager ! » (Stephen, l’héroïne lesbienne jalousant Jésus sur la Croix, dans le roman dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 43) ; « Stephen s’obstinait à crier en parlant au Seigneur, dans une sorte d’impuissant défi. » (idem, p. 51) ; « Dieu pourri ! » (Cachafaz, le héros homosexuel de la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Bien parlé ! On va bouffer Dieu ! Ainsi s’achèvera le schisme entre curés et athéisme. »  (Raulito s’adressant à son amant Cachafaz, idem) ; « Je me suis mise à croire en Dieu. Quitte à croire à des conneries, autant y aller jusqu’au bout ! » (Karine Dubernet dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate !, 2011) ; « Tu m’as fait gay ! » (un personnage s’adressant à Dieu, dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « C’est un connard, vulgaire, raciste. » (Pretorius, le vampire homosexuel parlant de Dieu, dans la pièce Confessions d’un Vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « Je me fous de Jésus. » (Frank, le héros homosexuel de la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; « Croire au Big Boss providentiel, dieu de carton, pâte à modeler. » (cf. la chanson « Les Chiens perdus » du Beau Claude) ; « La messe est un spectacle. On raconte de la merde, ça rapporte de l’argent. » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « J’ai cessé de détester Dieu. J’ai fait une sorte de pèlerinage. » (Jimmy, un des héros homosexuels, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc.

 

Le personnage homosexuel ne se contente pas d’ignorer Jésus et son Église. Vexé de ne pas rester fidèle à son identité d’Enfant de Dieu, à sa royauté et à la pratique qu’induit celle-ci, il se montre particulièrement agressif envers les membres du Clergé, qu’il ridiculise : cf. le roman L’Agneau carnivore (1975) d’Agustín Gómez Arcos, le vidéo-clip de la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer (avec la statue de la vierge qui se brise au sol), le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier, le film « Le Quatrième Homme » (1983) de Paul Verhoeven, le film « Nazarín » (1959) de Luis Buñuel, le film « Niqâb, ni choix, ni kippa, ni Bouddha » (2008) de Laurence Chanfro et Hervé-Joseph Lebrun, le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, le one-man-show Petit cours d’éducation sexuelle (2009) de Samuel Ganes (attaquant la Bible), la performance Golgotha (2009) de Steven Cohen (avec la croix détruite par un espèce de mutant de l’Espace), la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel (avec des attaques gratuites contre l’Église), la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré (avec le mépris affiché des protagonistes pour les paroissiens catholiques réguliers, qui ne donnent rien aux mendiants en sortant de la messe), film « Jesús, petit criminel » (2016) de Fernando Guzzoni, etc.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Il est fréquent que le héros homosexuel présente Dieu et son Église comme de grands méchants ou des gens ennuyeux et inexistants qui ont la perversion/l’hypocrisie de se faire passer pour l’Amour : cf. le film « A Hard God » (1981) de William Fitwater, le film « Le Messie sauvage » (1972) de Ken Russell et Derek Jarman, le film « Bloody Mallory » (2002) de Julien Magnat, etc. « La religion m’inspirait une horreur instinctive. » (Roger dans le roman L’Autre (1971) de Julien Green, p. 41) ; « Dieu est cruel. » (Mrs Venable, la mère de Sébastien, dans le film « Suddenly Last Summer », « Soudain l’été dernier » (1960) de Joseph Mankiewicz) ; « Where are you, God of the Death ? » (Didier Bénureau s’adressant à Jésus en ricanant, dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau) ; « J’aime le Seigneur, mais Il ne m’aime pas. Il n’aime pas que je sois gay. Et Il ne m’aimera pas tant que je ne changerai pas. » (Steve, l’un des héros homos, dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Laetitia, je suis parvenu à la conclusion que l’Église primitive était dans l’erreur sur certains points. Il semble que des interprétations hérétiques se soient glissées dans le texte. Je sollicite l’honneur de vous demander votre main. » (Dr Chasuble dans la pièce The Importance To Being Earnest, L’Importance d’être Constant (1895) d’Oscar Wilde) ; « Qu’est-ce que j’ai à faire de votre religion, moi, déesse de la mienne ? » (la Reine s’adressant au Jésuite, dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « J’ai été élevée dans l’orthodoxie juive, moi, et parfois, j’ai besoin d’afficher un symbole clair de rébellion. […] J’ai commencé à marcher, en femme indépendante que je suis. » (Ronit, l’héroïne lesbienne, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 91) ; « Le pape, dont le vrai nom est Mister Puppy, est en réalité un dangereux trafiquant de blanches. » (le narrateur homosexuel dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 62) ; « Je m’étais toujours moqué de la religion comme d’une béquille destinée aux masses. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 27) ; « Finalement, la seule chose qui a définitivement crevé en moi, au cours de cette crise, ça a été ma foi. Je me suis réveillé affamé d’une bonne faim, assoiffé d’une bonne soif, et réconcilié avec la vie. Je ne croyais plus en Dieu. Je ne croyais plus qu’à la force de mon amour. » (Mourad, le héros homosexuel, au moment de s’assumer en tant qu’homo, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 339) ; « Il fait froid là-dedans. Je n’y comprends rien et ça n’apporte rien. » (Bryan, le héros homosexuel rentrant dans une église, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 378) ; « C’est un peu contraire à mes principes, les trucs religieux. » (Hugo, le héros homosexuel de la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) ; « Ma mère, elle m’a rejeté. Elle est croyante. » (Geth dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « Le clocher se dressait, haut et menaçant, au-dessus des tombes, tel un instrument de vengeance. Il ne manquait qu’une fille terrifiée courant dans l’allée en chemise de nuit pour la transformer en véritable affiche de film d’épouvante. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 72) ; « Jane n’arrivait pas à croire en Dieu et elle n’avait jamais vraiment été douée en sciences. » (idem, p. 86) ; « Au-dessus, Jésus levait les yeux au ciel depusi sa croix, avec l’air de vouloir maudire ce père qui l’avait cloué là. » (idem, p. 199) ; « Le père Walter leva la main droite et il redevint l’illusionniste qui avait hypnotisé les fidèles pour leur faire croire que leur dieu était parmi eux. » (idem, p. 209) ; « ’L’enfer n’existe pas’, dit Jane. ‘Avant, je faisais des cauchemars à propos des Russes, et après, j’ai fait des cauchemars dans lesquels Greta Mann m’attirait à une fête avec le diable. Parfois, les rêves se mélangeaient et les Russes étaient là avec Greta, en train de m’attendre. » (Frau Becker et Jane, idem, p. 215) ; « Ils ont trouvé le père Walter dans le cimetière avec les poignets tailladés. » (idem, p. 224) ; « Je ne sais pas ce qu’il y a de pire : l’Église ou la taule… » (Idgie, l’héroïne lesbienne du film « Fried Green Tomatoes », « Beignets de tomates vertes » (1991) de John Avnet) ; etc.

 

BLASPHÈME Caves du Vatican

 

Par exemple, dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, Dieu est « le Dieu des Hommes », à savoir une pure invention humaine, qui ne mourra pas « tant qu’il sera dans les mémoires » (p. 89). Dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Kyril, le dandy anarchiste efféminé, scande qu’il ne veut « plus de religion ! ». Dans son roman Les Caves du Vatican (1914), André Gide décrit le Pape comme un imposteur, un usurpateur diabolique. Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Kanojo, l’héroïne lesbienne, tourne en dérision la « récitation des curés ». Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, Vicky affirme que c’est Dieu qui est l’auteur de l’attentat qui l’a défigurée ; elle Le voit comme un extra-terrestre dans sa soucoupe volante : « Dieu périclite ». Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, les parents de Guillaume, pour le viriliser, l’envoient dans un pensionnat tenu par les Frères des Écoles Chrétiennes : il dit qu’il y vivra un calvaire. Dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi, l’image du clergé catholique (et soi-disant homosexuel refoulé) est affligeante : les curés sont infantilisants, tyranniques et pervers. Dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, Lacenaire soutient que « Dieu tue tout le monde ». Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand présente le film « Des hommes et des dieux », mais aussi la vie de monastère, comme rasoir. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, dans l’établissement scolaire où George travaille (Saint Grace), le prêtre catholique qui connaît George depuis 12 ans, licencie ce dernier à cause de son récent mariage gay. La décision du prêtre semble motivée uniquement par l’image, la peur du scandale, le qu’en dira-t-on, et la bondieuserie (puisqu’il propose à la fin de l’échange de rupture avec George de « prier » : « Je crois toujours en Jésus-Christ notre Sauveur. Mais je préfère prier tout seul. » rétorque George à son confesseur. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Todd et Frankie, les amants homos, se lâchent contre les cathos. Frankie dit que sa mère « ne se saoule qu’au vin de messe ». Et Todd déverse sa haine plus franchement : « Saletés de cathos ! » Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Delphine et Carole, les amantes lesbiennes, participent à des opérations-commando contre des conférenciers pro-Life réunis dans des églises. Plus tard, Carole se débarrasse de la croix du Christ qui se trouve sur la table de chevet de sa chambre, en la rangeant dans le tiroir. Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien se moque de la foi chrétienne de son ami Rémi : « Quand t’étais petit, tu gobais un peu n’importe quoi ! » Dans le film « Dieu, ma mère et moi » (2016) de Federico Veiroj, Gonzalo, le héros homo, décide de se faire débaptiser (ce film fait l’éloge de l’apostasie). Dans le film « La Passion d’Augustine » (2016) de Léa Pool, Augustine, religieuse directrice d’un couvent-conservatoire, est féministe (elle rêve d’une « Papesse), désobéit à ses supérieurs, a vécu une fausse couche, délaisse l’habit religieux puis carrément ses vœux. Dans le film « Thelma » (2017) de Joachim Trier, la belle Anja va attirer dans ses filets la jeune et timide Thelma. Leur liaison donne lieu à des phénomènes physiques (crises d’épilepsie d’une grande violence pour Thelma) mais également surnaturelles, de nature démoniaque. La famille catholique et l’Église sont attaquées comme des repères sataniques du non-dit. Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, le pasteur catholique de la paroisse des deux héroïnes lesbiennes Kena et Ziki est fortement homophobe et fait des prêches anti-mariage-pour-tous. Par ailleurs, Mercy, la mère de Kena l’héroïne lesbienne, est très croyante et catholique : on dirait même qu’elle est possédée. Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Éric, le héros homo noir, « ne croit plus en Dieu. » (dans l’épisode 3 de la saison 1). Il refuse le bénédicité et ne donne pas la main aux membres de sa famille (dans l’épisode 6 de la saison 1). Il ne veut plus se rendre au culte évangélique protestant (« Tu sais très bien que maintenant je ne vais plus à l’église, maman. », c.f. épisode 7)… même s’il finit quand même par y aller en traînant les pieds.

 

Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Bram, le héros homo juif, déplore « sa triste tradition familiale ». Il voit la religion comme un terrible carcan qui l’empêche d’aimer : « On va devoir faire toutes nos traditions horriblement gênantes. » Le message-phare du film, c’est que l’homophobie vient des religions. Un autre personnage homo du film, Eytan, a lui aussi des soucis avec les résistances catholiques de ses parents et grands-parents « pratiquants ».
 

Dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015), Pierre Fatus pointe du doigt toutes les confessions religieuses comme autant de fondamentalistes du capitalisme spirituel mondialisé. L’ennemi, c’est clairement les religions, qui créeraient des guerres et qui agressent le narrateur par leur diversité.
 

Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, le curé Mgr Lanu, qui est censé présider l’enterrement est un homme invisible, que le public n’entend qu’en voix-off, se prend toutes les critiques des autres personnages : « On se tape Lanu à cause de toi ![…] On va devoir se frapper deux messes ! » (Franck s’adressant à Nicolas, le héros homo). Mgr Lanu est présenté comme un prêtre fouineur, démissionnaire, pervers, homosexuel.
 

Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, Tom et Bryan, le couple homo « catho », s’en prennent à leur curé pour le forcer à les marier. La sœur de Bryan y va plus franco : « Nique l’Église ! » Bryan refuse de parler à sa mère bigote qui met des cierges à l’église pour qu’il cesse d’être homo. C’est l’Église-Institution qui est mise au pilori : « Il faut que le père Raymond soit attaqué de tous les côtés ! » (Irène, la sœur gay friendly de Bryan) Tous les croyants pratiquants de la pièce sont présentés comme des doux rêveurs, des bébés, des gens frustrés et tétanisés par le corps, le sexe : « C’est l’Église qui vit dans un rêve. » (Irène s’adressant au père Raymond) Et le père Raymond est porté responsable de la rupture entre Bryan et Tom quand il les appelle à la « chasteté ». En revanche, la désobéissance à l’Église est montrée comme une sainteté : « Obéir, on va peut-être pas le garder, ce mot-là… » (Tom s’adressant à son amant Bryan) ; « On ne peut pas rajouter quelque chose à l’obéissance ? » (Tom s’adressant au père, et ne parlant pas d’annuler l’obéissance à l’Église) ; etc.
 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael, le héros homosexuel catholique, est bourré de contradictions vis à vis de sa foi. Tandis qu’il pratique et va à la messe, à côté il fait les 400 coups ; il est capable, dans un même mouvement, de déclarer « J’ai trouvé Dieu. » et « Dieu est mort. Dieu merci ! » Rien d’étonnant qu’il soit alors présenté par son groupe de potes gays comme l’allégorie de la culpabilité mal vécue, de la soi-disant contradiction/hypocrisie religieuse : « Tu culpabilisais  parce que tu étais catho. C’est tout. » (Donald) ; « Tu ne sais pas dans quel camp tu es. Si on dit un truc religieux, tu critiques. Si on nie Dieu, tu critiques. Tu sembles avoir des problèmes dans ce domaine. Tu ne peux vivre ni avec, ni sans. Tu t’accroches à cette compagnie d’assurances qu’est l’Église. Tu es un homme triste et pathétique. Tu es homosexuel et tu ne veux pas l’être. Mais tu ne peux rien y faire. Toutes les prières du monde, toutes les analyses n’y changeront rien. Tu sauras peut-être un jour ce qu’est une vie d’hétérosexuel, si tu le veux vraiment, si tu y mets la même volonté que celle de détruire. Mais tu resteras toujours un homo. Toujours Michael. Toujours. Jusqu’à ta mort. » (Harold, le colocataire de Michael) Cyniquement et sans conviction, Michael les conteste à peine : « Oui, je crois en Dieu. S’il n’existe pas, je n’ai rien perdu. S’il existe, je suis couvert. Je suis catho qui pèche la nuit et va à l’église le lendemain. »

 

Et plus spécifiquement sur l’homosexualité, l’Église, dans la fantasmagorie homosexuelle, est désignée comme une cruelle institution homophobe, qui ferait semblant d’accueillir ses fidèles homosexuels pour mieux les étouffer et les pousser au suicide : cf. le téléfilm « Prayers For Bobby » (« Bobby, seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy, le film « Prom Queen » (« La Reine du Bal », 2004) de John L’Ecuyer, etc. « S’ils étaient intelligents, et charitables, et réalistes ! » (Pierre, le héros homosexuel à propos des catholiques, dans la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener) ; « Il faudrait que l’Église l’accepte. Un point c’est tout ! » (Pierre, idem) ; « Je suis normal. Tu es normal. Ce sont eux qui ne sont pas normaux de nous condamner ainsi ! » (Julien à son amant Pierre, idem) ; « Je ne changerai pas pour vous, mon Dieu. Je veux que vous m’aimiez tel quel. » (Steve, l’un des héros homos, dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Essobal ne luttera jamais assez contre ce pape rétrograde et opposé à l’usage des préservatifs dans le tiers monde, et contre l’Église catholique dont on sait tout le mal que depuis des siècles elle a causé à la civilisation et à la pensée occidentales, qui sans elle pourraient rivaliser avec les plus grandes cultures. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Une Vie de lutte » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 170) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Paresse » (2000) de Frank Mosvold, pour prouver que l’Église ne comprend pas les personnes homosexuelles, on nous montre un curé relativement jeune, campé sur ses positions, simulant la compassion, mais qui au final opère un chantage aux sentiments inhumain, et pousse ses ouailles à se haïr eux-mêmes, à refouler leur homosexualité. Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Anne-Lise attribue au Pape des paroles qu’il n’a jamais prononcées : « Je vous signale que le Pape qualifie encore l’homosexualité d’aberration. » Dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, Eve et Adam sont caricaturés comme un couple hétéro jaloux des homos et qui, par leur « invention » de la Bible, décident d’« apprendre à leurs descendants à haïr les gays » pour des millénaires. Dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm, Jocelyn, l’étudiant roux ultra-anticlérical et pro-«laïcité» qui veut virer le groupe de séminaristes intégré aux cours réguliers de philo à la fac, se trouve être précisément homosexuel.

 

Au départ, le blasphème opéré par le héros homosexuel ne se traduit pas directement par l’attaque du Clergé mais par la (simulation de) destruction de ses symboles religieux (statues, cimetières, lieux de culte, etc.). C’est souvent que les personnages homosexuels pratiquent des actes de vandalisme à l’intérieur des églises : cf. le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine (avec le vol de bougies), le film « Unveiled » d’Angelina Maccarone (avec l’héroïne lesbienne dérobant des cierges), le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon (on pisse dans le bénitier…), le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec le caniche et le fox-terrier urinant contre l’autel de la Sainte-Chapelle), le vidéo-clip de la chanson « Alejandro » de Lady Gaga, etc. « J’irai cracher sur vos tombes » (cf. la chanson « Rêver » de Mylène Farmer) ; « Si j’étais un bon pédé, je jetterais des capotes à la tête du Pape. » (Frank, le héros homosexuel de la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; etc. Par exemple, dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Floriane offre sa médaille de baptême en pendentif à son amante Marie : « De toute façon, je n’y crois plus. T’y crois, toi ? » « Non » lui répond Marie.

 

L’étau peu à peu se resserre autour des héros prêtres ou bien croyants catholiques. Les injures verbales fusent. « Ta gueule, China ! Ne prie pas en ma présence, vu ! » (Venceslao s’adressant à sa fille China, dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) Par exemple, dans la pièce Entre vos murs (2008) de Samuel Ganes, Pierre, le héros homosexuel interné dans un camp de concentration, attaque l’Église avec virulence. Dans le one-man-show Chroniques d’un Homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Didier s’en prend à un ami prêtre et le force au silence. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, pendant le cours de français d’Adèle (l’héroïne homosexuelle), les catholiques sont associés à la bien-pensance et à une censure de la pensée. Dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, Patty qualifie les catholiques de « poivrots ». Dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, la bonne du curé congédie son amant prêtre : « Ne m’appelez plus Marie-France ! La Marie-France, vous l’avez laissée tomber ! »

 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Nathan, le héros homosexuel, fait croire à son futur amant Jonas qu’il a été abusé dès la classe de CM1 dans son école catholique de Saint Cyprien par un prêtre, qui l’aurait forcé à lui faire une fellation et qu’il aurait mordu au sexe : « Tu veux la suite ? Eh bien je l’ai mordu. J’étais comme un chien avec son os, tu vois ce que je veux dire ? » Et ce prêtre, en représailles, lui aurait donné un coup de calice coupant sur le visage : « Du coup, il a pris la coupe qui était posée sur l’autel. Schlaaa… Il m’a fait ça. » On découvrira plus tard que la balafre que Nathan porte sur sa joue ne vient pas du prêtre (« T’y avais quand même pas cru à cette histoire de curé ? ») mais d’un lynchage collectif qu’il a subi aux autos tamponneuses à l’âge de 9 ans dans un parc d’attractions appelé Magic World. Nathan n’est pas le seul personnage à manquer de respect à la religion : son jeune frère, Léonard, a placé une figurine sur ressorts ridicule de Jésus sur la plage avant de sa voiture, sous le pare-brise.
 

Et puis parfois, le blasphème vire au cauchemar. Certains héros homosexuels finissent par violer ou abattre les curés et les religieuses : cf. la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan (avec le prêtre défenestré). « Les bons apôtres, je les mange. » (cf. la chanson « C’est dans l’air » de Mylène Farmer) ; « Tu parles du Sacré-Cœur ! Ici, c’est la Sacrée-Queue et tu vas me la sucer ! » (Mimi s’adressant à Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je me précipite sur lui et je lui tord le nez jusqu’à le faire saigner. » (le narrateur homosexuel avec le Pape, dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 57) ; etc.

 
 

 

b) Le blasphème par le pastiche provocateur :

Vidéo-clip de la chanson "Que mon coeur lâche" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Que mon coeur lâche » de Mylène Farmer


 

Le pire, c’est que l’acte de destruction de l’Église par le héros homosexuel se veut paradoxalement un hommage, un mimétisme qui prétend faire mieux qu’Elle (cf. je vous renvoie au code « Attraction pour la ‘foi’ » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). La sincérité de l’Homme qui obéit au mal va jusque-là : il singe un respect de façade pour l’Église (il y reste, d’ailleurs) afin de masquer sa jalousie de ne pas être aussi humble, doux et miséricordieux qu’Elle ; et surtout, afin, aux yeux du monde, de s’attribuer à lui seul les fruits positifs de l’Église. Le premier des blasphèmes, c’est bien celui de se substituer à Dieu ! Les pastiches homosexuels de l’Église (à la sauce libertine dix-huitièmiste) sont légion dans les œuvres homosexuelles : cf. le film « La Religieuse » (1966) de Jacques Rivette, le vidéo-clip de la chanson « Losing My Religion » du groupe R.E.M., la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, le film « Children, Madonna And Child, Death And Transfiguration » (1983) de Terence Davies, le film « Dogma » (1999) de Kevin Smith, le film « La Bible de Néon » (1995) de Terence Davies, le film « La Sonde urinaire » (2006) de Camille Ducellier, l’opéra La Passion selon Sade (1965) de Sylvano Bussotti, le film « Les Diables » (1971) de Ken Russell et Derek Jarman, le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky (avec Mona pratiquant le spiritisme), le film « Good As You » (2012) de Mariano Lamberti, le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André (avec le Christ crucifié féminisé), le film « Totò Che Visse Due Volte » (« Toto qui vécut deux fois, 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto, la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado (avec la reprise d’un chant pseudo religieux qui n’est en réalité qu’une ode à la « masturbation » et à l’« orgasme », qu’Aldebert, le maître de cérémonie, veut que tout le public reprenne en chœur, comme à la messe), la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis, etc.

 

B.D. "Le Monde fantastique des Gays" de Copi (planche "Prie-Dieu")

B.D. « Le Monde fantastique des Gays » de Copi (planche « Prie-Dieu »)


 

« Je voulais ma nuit avec une femme, comme l’on veut sa naissance. Une nuit de noces, comme celle où je perdis ma virginité et décidai, pour cette occasion, de me choisir un nouveau prénom… Alexandra. Ce serait désormais par ce choix secret que je marquerais ma différence, comme l’avant et l’après du baptême. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 56-57) ; « J’ai vu Dieu dans ton cul. » (Yanowski et Fred Parker, Le Cirque des Mirages, 2009) ; « J’ai branlé ce qu’il fallait pour obtenir le saint chrême et j’en ai déposé trois gouttes sur ses lèvres. » (Vincent Garbo en parlant de son amant Emmanuel, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 199) ; « J’avais une ribambelle de godes : ‘I believe in you ! » (Nathalie Rhéa dans le one-woman-show Wonderfolle Show, 2012) ; « La Jean-Paul II, la Pie XII, la Paul VI. La Benoît XVI, c’est différent : c’est une pédophile. » (cf. une réplique d’un des personnes homos de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Onze mille cierges, alcool et barbiturique. Je flotte dans les rues comme sous analgésique. Mon costume souillé de larmes et de suie, de la rue des Saints Pères à Soho tu me poursuis. » (cf. la chanson « Onze mille vierges » d’Étienne Daho) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, Wagner réutilise les éléments religieux à sa sauce en le présentant comme une religion : « Ma musique est une religion. » Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Marcy, l’héroïne lesbienne (qui a sa phase de grenouille de bénitier) revisite la Bible en faisant dire aux Dix Commandements ce qui arrange ses fantasmes. Dans son spectacle Madame H. raconte la saga des transpédégouines (2007), Madame H. (travesti M to F) nous fait une relecture biaisée de la Bible. Dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, Luca, le héros homosexuel, mêle libertinage et religiosité d’apparat : on le voit asperger les tombes de son sperme (« Sur vos tombes, j’irai cracher. Chacun, je les souillerai de mes déjections de pédé. »), se balader dans des monastères enflammés, vivre ses coïts homosexuels comme des messes (« Pour tes regards éperdus, mon sperme s’est répandu. » dit-il en prenant la position du Crucifié), insulter la morale (« La morale est une vermine. »). Dans le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André, le jeune Marie (qui a 4 « parents : deux couples formés de 2 hommes homos et de 2 femmes lesbiennes) fait une bataille d’eau bénite de Lourdes avec une de ses mères, « Mamoune » ; et Jean-Paul, l’un des deux « papas », s’auto-flagelle parodiquement : « Blasphème ! Blasphème ! » pour surjouer ironiquement l’indignation. Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Emmanuel et un Noir sont en train de copuler pendant qu’ils se font lire un texte épiscopal ( = d’un évêque).

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Beaucoup de héros homosexuels, par provocation adolescente, ricanent en travestissant les gens d’Église, ou en s’imaginant faire l’amour avec Jésus ou un religieux : cf. le film « Le Cavalier noir » (1961) de Roy Ward Baker (où le personnage homo tombe amoureux du curé qui lui vient en aide), etc. « Appelle-moi Dieu. Appelle-moi Gode. » (cf. une réplique de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Mimile se souleva la soutane et nous montra son postérieur. » (le narrateur homosexuel parlant de Mimile, déguisé en faux curé, dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 115) ; « Quand je lis ma Bible, je pète. » (Claudia dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet) ; « Ces chapelets de capotes enfilées inopinément par l’auteur de ce mauvais pastiche de Proust sur ces pines à peine pubères, faisaient capoter son plaisir. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 96) ; « Ce n’était pas l’avis de Sa Satiété la Pipesse Jeanne-Paul II qui, cessant selon le principe d’Onan de sucer un vieux rabbin vierge et intégriste bien que circoncis, protesta que le préservatif, sous quelque avatar qu’il se présentât, constituait une offense à Dieu tout puissant, lequel n’avait pas eu besoin de ce vil ustensile pour engrosser Marie tout en la laissant impollué et séronégative. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « L’Apocalypse des gérontes » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 130) ; « Oh je n’ai fait que prendre exemple sur Jésus… mais si vous voyez… Jésus (elle mime une folle sur la Croix – mime les clous, la couronne, la chaleur) » (Lise, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Dieu et le rat : ne forniquez pas sur l’antenne ! Nous sommes sujets à la censure interplanétaire. » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Tchaïkovski fait une bonne sodomie à Jean Réno dans un presbytère. » (Rodolphe Sand dans le one-man-show Tout en finesse, 2014) ; etc.

 

Parfois, leur plaisir du blasphème passe par la tentative d’entraîner une âme consacrée à Dieu dans leur chute : « La religieuse était pleine de vie et, bien qu’elle ne fût pas jolie, je fus attirée par elle. […] J’étais insensiblement attirée et sous le charme de la sœur. […] Je concentrai mon esprit sur les pensées choquantes qui me traversaient l’esprit. Je l’imaginais déshabillée et en situation de me donner ce que j’aurais voulu d’elle sur l’instant. […] J’avais souvent pensé que dans les couvents, parmi ces femmes enfermées, certaines devaient entre elles trouver un peu de satisfaction… […] Face à cette fille sans coquetterie, je me voyais dans la peau d’un diable venu pour la tenter. […] Sachant qu’elle allait partir, avec une énergie et une détermination qui m’étonnèrent moi-même, je me précipitai pour lui prendre un baiser. Elle n’en fut pas surprise et se laissa faire, mais sans participer en rien. Aussi furtif que fût ce baiser, je compris qu’elle n’avait jamais embrassé personne avant moi. J’en ressentis instantanément comme une sorte de tristesse et j’eus le sentiment qu’il émanait d’elle une pureté à jamais inaccessible. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 221-224)

 

 

On retrouve la thèse de l’amour homosexuel entre saint Jean et le Christ dans la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim. Dans le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, Deusto, le personnage homosexuel, tombe amoureux du prêtre Pedro Miguel. Dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, le bel héros homosexuel, pousse un prêtre qu’il séduit, à la débauche, par pure provocation et défi.

 

BLASPHÈME Aime

Film « W…imie » de Malgorzata Szumowska


 

Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adam, le prêtre homosexuel refoulé, tombe amoureux du jeune et beau barbu Lukasz qui a tout du Christ physiquement ; et inversement, Lukasz drague le représentant du Christ qu’est Adam. Chez Adam, l’arrivée de l’homosexualité active qui pervertit son ministère arrive subrepticement à petits pas : d’abord, il se masturbe dans son bain ; puis, par accident, il surprend deux de ses gars dont il a la charge dans son centre de jeunes adultes, en train de se sodomiser (il tombe dans les filets du chantage diabolique d’Adrian) ; il se met à nier en boutade et en public la force du message christique (« Vous pensez que Jésus a parlé à quelqu’un d’autre qu’à lui-même ? »), en étant presque pris au sérieux ; et une fois saoul comme un Polonais, il danse la valse avec le portrait de Benoît XVI, dans une scène qui se veut à la fois touchante et pathétique. L’image de Dieu donnée dans ce film se veut a priori respectueuse et pudique ; mais au final, les protagonistes ne Le suivent pas, fuient Son Église, n’en font qu’à leur tête « par amour », et propagent l’idée d’un Jésus censeur et incompris par Ses scolaires suiveurs hétérosexuels : « Le Seigneur est tout près. Garde le silence. » indique un écriteau.

 

Le blasphème gay friendly des héros homosexuels est pétri de bonnes intentions, de spiritualité de bas étage, de bons sentiments. Par exemple, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche (épisode 8, « Une Famille pour Noël »), la jeune Sandrine allume une bougie dans une église, devant la statue de saint Antoine de Padoue, afin que son père revienne avec sa mère, que leur famille soit à nouveau unie, et que son papa abandonne sa récente vie homosexuelle ; Joséphine ange-gardien la voit faire, et une fois qu’elle est partie, elle arrive devant saint Antoine, éteint la flamme de la bougie, et, en gros, essaie de briser l’union de prière entre Sandrine et le saint : « De toute façon, on ne peut pas être deux sur le même coup. Joyeux Noël quand même, mon Toinou. » Comme quoi : il existe bien des anges diaboliques (qui se font passer pour des justiciers blancs)…

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) L’attaque anticléricale frontale :

En général, les personnes homosexuelles pratiquant les actes homos et croyant en l’« identité homo éternelle » ne portent pas Jésus, son Père et l’Esprit-Saint, et leur Église, dans leur cœur.

 
BLASPHÈME Fourest
 

« Je suis né comme ça. Je suppose. Je ne me pose pas la question. […] C’est, je pense, l’intérieur qui commande. […] Il s’agit d’aimer. […] Dieu, c’est rien. » (Pierrot, homosexuel de 83 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Dans mon affreuse solitude, je ne pensais pas retourner à l’église ; il serait trop facile d’employer l’hostie comme un remède et de prendre à la Sainte Table un ressort négatif, trop facile de nous tourner vers le ciel chaque fois que nous perdons ce qui nous enchantait sur la terre. » (Jean Cocteau dans le Livre blanc, 1928) ; « C’est à cette époque que je suis devenue ce que je suis, à savoir agnostique, pour ne pas écrire franchement athée. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 70) ; « Je pensais que Dieu était un menteur. Je voulais qu’il meure. » (Dan, homme homosexuel converti au catholicisme, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; « Michel Foucault s’amusait, non des ridicules de chacun, mais des illusions de tous : aux yeux de cet incroyant qui regrettait peut-être la foi de son enfance, rien ni personne ne paraissait être sérieux en ce bas monde. Serein en toutes circonstances, il était persuadé de la médiocrité de toutes choses. Il n’en avait pas moins le sens de l’engagement, comme on verra ; le scepticisme n’a jamais empêché les prises de parti les plus résolues. » (Paul Veyne, Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), pp. 67-68) ; « Il n’y a pas de problème de l’homosexualité. Notre problème, c’est les autres. En pays chrétien, bien entendu. Ce problème, il n’existe que dans les pays judéo-chrétiens. En dehors de cela, il n’existe pas. » (Nedra, homme homosexuel, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; « Combien de milliers d’homos j’ai vus pour qui la foi était une angoisse démesurée ! Au confessionnal, on leur dit : ‘Tu es LE pécheur.’ Pas ‘un’ pécheur. LE pécheur, qui peut se relever, avoir la Grâce divine’. Non ! Tu es le pécheur, pour l’éternité. Tu ne t’admets pas !’ Et c’est ainsi encore maintenant. » (André Baudry, homosexuel, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; « On m’a virée de l’Église. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Par exemple, pendant le concert Météor Tour du groupe Indochine à Bercy le 16 septembre 2010, les images d’un gros « FUCK GOD » inscrit sur le synthétiseur étaient projetées sur les trois écrans géants en gros plan. Dans la chanson « Les Mantes religieuses » de Jann Halexander, il est question de « Dieu insecticide ». La Gay Pride de São Paulo (Brésil) en 2015 a battu tous les records de vulgarité blasphématoire en affichant des Christs crucifiés.

 

Action d'Act-Up au Sacré-Coeur (Paris)

Action d’Act-Up au Sacré-Coeur (Paris)


 

La majorité des personnes homosexuelles ne se contentent pas d’ignorer Jésus et son Église. Vexées de ne pas rester fidèles à leur identité d’Enfants de Dieu, à leur royauté et à la pratique qu’induit celle-ci, elles se montrent particulièrement agressives envers les membres du Clergé : cf. l’essai Pamphlet contre les Catholiques de France (1924) de Julien Green, tous les films et propos du réalisateur espagnol Pedro Almodóvar (apparemment traumatisé par son passage scolaire chez les Jésuites…), l’essai Vidente En Rebeldía : Un Proceso En La Iglesia (1978) d’Antonio Roig, l’autobiographie Libre : De la honte à la lumière (2011) de Jean-Michel Dunand (avec la critique de l’habit monastique, p. 55), etc. Par exemple, Magnus Hirschfeld est connu pour son anticléricalisme et son rejet de l’ascétisme chrétien. Sergueï Eisenstein, le cinéaste russe homosexuel, a fait des dessins obscènes de la crucifixion. Le couturier Yves Saint-Laurent, avec La Vilaine Lulu, a également versé dans le satanisme « naïf ».

 

« Je bouffe du curé. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 23) ; « Les prêtres, on les trouve tels des mouches, aussi bien posés sur les uniformes de militaires que sur le caca des torturés politiques, courtisant riches et pauvres pour gonfler les caisses de leurs innombrables affaires en Éternelle Faillite. Ils sont influents dans toutes les couches de la population. Tout homme politique, syndicaliste ou militaire a un discret confesseur ou ami curé à travers lequel il règle ses affaires avec l’Église. Le confesseur du général Camps, tristement célèbre, a été inculpé récemment pour avoir participé à des tortures sur des prisonniers. Il n’est pas le seul prêtre dans sa situation. Si le vieux fantôme de Marx mettait jamais un pied en Argentine, c’est la classe du clergé qui s’accommoderait le plus vite d’une situation à la russe. L’Église est argentine, elle n’est pas séparée de l’État ! Le divorce n’existe pas, la contraception et l’avortement sont interdits. » (Copi à Paris en août 1984) ; « Je peux vous dire que j’insulte tous les jours le tout-puissant de cette merde qu’il a implantée en moi, moi qui est idolâtré sexuellement, attendant avec impatience mon premier rapport sexuel avec ces douces créatures qui sont les femmes. J’ai la rage. Je me dis quelquefois que je vais me faire sauter le caisson pour aller régler mes comptes là-haut, qu’il n’y a pas d’amour sans femme et que je mourrai sans leur amour. J’injure le seigneur car c’est lui qui nous a programmé ainsi, et si c’est son choix, Il ne peut pas s’amuser avec nous de la sorte. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu le juin 2014) ; etc.

 

Par exemple, lors de sa conférence au Centre LGBT de Paris à l’occasion de la sortie de son essai Délinquance juvénile et discrimination sexuelle en janvier 2012, le « sociologue » Sébastien Carpentier critique sévèrement les désastres humains que la psychiatrie et l’Église auraient engendrés depuis des siècles. Dans son roman autobiographique Par d’autres chemins (2009), Hugues Pouyé, prêtre défroqué ayant fait son coming out, règle ses comptes avec « la théologie et son lourd contenu dogmatique », avec l’Église et « ses données figées en vérités éternelles » (p. 31) : « L’Église a raté un tournant. Elle n’aime pas franchement le monde qui l’entoure. L’époque moderne lui fait peur. » (p. 74)

 

Et plus spécifiquement sur l’homosexualité, l’Église est désignée par les communautaires homosexuels comme une cruelle institution homophobe, qui ferait semblant d’accueillir ses personnes homosexuelles pour mieux les étouffer et les pousser au suicide : cf. le documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin, le documentaire Les Règles du Vatican (2007) d’Alessandro Avellis (sa projection à la Médiathèque Fafala de Reims le 15 mai 2010, suivie d’un débat « Religions et Homophobie », a été prétexte à un déchaînement anticlérical), etc. « Pour moi, toute religion, quelle qu’elle soit, est synonyme d’obscurantisme, de conformisme, de conservatisme, de misogynie et d’homophobie. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 71) Il n’y a qu’à voir, sur Twitter, toutes les accusations infondées dont je fais les frais simplement parce que j’explique l’homosexualité avec un regard catholique (je pousserais les jeunes au suicide par mes conférences dans les établissements scolaires !).

 

Dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein » (« Tu ne seras pas gay », 2015) de Marco Giacopuzzi, Gaalh, la star norvégienne de dark metal, ouvertement homosexuel, explique que l’origine du mal ce sont les religions, et que pour cette raison « elles méritent d’être combattues » : « Il est important de se battre contre les religions pour faire comprendre au grand public qu’elles fonctionnent sur la séduction. » Toutes les Églises institutionnelles sont pointées du doigt dans ce documentaire… et tout le monde y passe : Dieu et ses prophètes ! : « Je me suis senti abandonné de Dieu. Je me suis souvent disputé avec lui. Dans ma chambre, face à la Croix. Je l’ai même traité un peu de tous les noms, parce que je ne savais plus ce qu’il attendait de moi. » (Daniel Bühling, jeune prêtre défroqué) ; « Qu’est-ce qu’un théologien ou un prêtre peut avoir à me dire sur ma sexualité ? et même sur la sexualité en général ?[…] Il faut que les non-croyants s’organisent. » (Ralf König, le dessinateur homosexuel) ; « Tout ça, au fond, c’est de la faute de saint Paul. Sa morale rigide est la source de nombreuses incompréhensions. » (la voix-off du documentaire) ; « C’était un type coincé qui n’a même pas connu Jésus. » (le dessinateur homosexuel Ralf König parlant de Saint Paul, idem)
 

De plus en plus de films actuels traitant du thème homosexuel pointent du doigt un unique ennemi au « bonheur » homo : l’Église Catholique (et un peu après, « les religions »). J’ai vu « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer. Et c’est d’autant plus vrai avec le film « Come as you are » (2018) de Desiree Akhavan, qui présente clairement la foi catholique comme la grande méchante. La propagande anti-catholique et gay friendly resserre son étau sur nous catholiques, désignés comme les principaux homophobes que la terre ait comptés (plus encore, même, que les Juifs et les Musulmans).
 

Globalement, l’Église est jugée d’office comme « dangereuse » pour les personnes homosexuelles. Par exemple, le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta, diffusée en juin 2011 sur la chaîne espagnole Play Cuatro, attaque le Pape qui n’accepterait pas « les » homos. Dans l’émission Infra-Rouge intitulée « Et Dieu dans tout ça ? » (2011) de Philomène Esposito, l’essayiste homosexuel Henri de Portzamparc traite le Pape Benoît XVI de « Benoît treize et trois » : « L’Église est obligée de se moderniser et de s’adapter aux réalités du monde ! […] Ce que dit le Pape, c’est une abomination pour nous ! ». Par ailleurs, dans le même reportage, le père Jacques Mérienne, le curé de saint Merry, à Paris, très branché David et Jonathan et Devenir Un En Christ, en appelle à la compromission : « Il faut créer un consensus. »

 

Agression de Mgr Léonard par les Femen à Bruxelles

Agression de Mgr Léonard par les Femen à Bruxelles


 

Au départ, le blasphème chez la plupart des personnes homosexuelles ne se traduit pas directement par l’attaque du Clergé mais par la (simulation de) destruction de ses symboles religieux (statues, cimetières, lieux de culte, etc.) : cf. le vidéo-clip de la chanson « Je te rends ton amour » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « Que mon cœur lâche » de Mylène Farmer, etc. Par exemple, dans la scène de la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, il y a une affiche « Dieu m’énerve ! » dans l’appartement de Pierre, le héros homosexuel. Dans l’émission Homo-Micro diffusée sur Radio Paris Plurielle le 15 mai 2006, Loïc, le régisseur, donne carrément à l’antenne la marche à suivre pour l’apostasie (= se faire débaptiser).

 

C’est souvent que les personnes homosexuelles – qui se gardent bien de dévoiler leur homosexualité – pratiquent des actes de vandalisme à l’intérieur des églises. Le phénomène iconoclaste hyper violent des Pussy Riot ou des Femen (ces prostituées ukrainiennes débarquant dans les églises et sciant des croix de calvaire à la tronçonneuse) n’aura échappé à personne ces dernières années.

 

Femen à ND de Paris le 12 février 2013

Femen à ND de Paris le 12 février 2013 (et toujours impunies par la loi française)


 

On voit bien que depuis une dizaine d’années (je ne vous remonterai pas jusqu’à la Révolution Française…), l’étau peu à peu se resserre autour des croyants catholiques et des prêtres. Les injures verbales fusent, dans une impunité totale et une indifférence quasi générale. « C’est fini, les familles hétéros, blanches et catholiques !!! » (Sergio Coronado sur la chaîne LCI le 3 février 2014 au Journal de 23 heures de Damien Givelet et Katherine Colley) À 16 ans, quand Arthur Rimbaud écrivait dans les jardins publics, il blasphémait tout haut « Merde à Dieu ! ». Aujourd’hui, les catholiques se font insulter à tour de bras (de « fascistes », d’« hétéros », d’« homophobes », d’« extrémistes », de « criminels »), et le pire, c’est que personne ne semble réaliser que l’insulte, la violence et l’homophobie ne se trouve quasiment que du côté de ceux qui prétendent les combattre. Les mass medias sont d’ailleurs en grande partie complices de cette désinformation sur l’origine des violences, en faisant croire qu’elles seraient réparties de manière équitable dans les deux camps qu’ils caricaturent, et que donc les « casseurs de cathos » ont bien le droit de se venger. Mais de se venger de qui et de quelles attaques, au juste ? Pour l’instant, la violence concrète, je l’ai surtout vue du côté des anti-cathos et des pro-mariage-pour-tous ; quasiment jamais chez les catholiques.

 

 

Et puis parfois, le blasphème vire au cauchemar : certaines personnes homosexuelles vont jusqu’à violer, maltraiter des prêtres et des moniales (cf. je vous renvoie au code « Violeur homosexuel » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « Dans ma prochaine nouvelle, j’me tape des curés dans la grotte de Lourdes. » (l’écrivain Ron l’Infirmier dans l’émission Homo Micro le 12 février 2007) Par exemple, Monseigneur Léonard (évêque belge) a souffert pas moins de 4 entartages ; des groupes commando perturbent les conférences des personnalités cathos telles que Christine Boutin ; mes interventions en « milieu scolaire » pour informer sur ce que sont vraiment l’homosexualité et l’homophobie sont censurées (et les établissements scolaires qui m’invitent reçoivent de nombreuses menaces) ; les Femen débarquent dans la rue pour gazer ceux qu’elles affublent de la réputation de « terroristes catholiques d’extrême droite » (cf. la « Manif de Civitas » le 18 novembre 2012 à Paris). En Italie, Rocco Buttiglione, député catho, est accusé en 2004 d’homophobie, tout comme le député Christian Vanneste en France, qui en 2007 a été attaqué en justice.

 

Les Femen sont des "victimes" selon Caroline Fourest, et sont "touchantes" selon Anne Hidalgo...

Les Femen sont des « victimes » selon Caroline Fourest, et sont « touchantes » selon Anne Hidalgo…


 
 

b) Le blasphème par le pastiche provocateur :

Le pire, c’est que l’acte de destruction de l’Église par les personnes homosexuelles pratiquant leur homosexualité se veut paradoxalement un hommage, un mimétisme qui prétend faire mieux qu’Elle (cf. je vous renvoie au code « Attraction pour la ‘foi’ » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, Aleister Crowley se consacre à la magie noire et fonde une confrérie, l’Aurore Dorée. Pavel Tchelitchew s’intéresse à l’occultisme. Le baron Friedrich Alfred Krupp est amateur de littérature sataniste et des « messes noires ». « Aujourd’hui encore, certains groupuscules néonazis entretiennent une forme d’ambiguïté. De nombreuses histoires circulent, sur fond de messes noires ou de satanisme. Dans leur esprit, nazisme et homosexualité participent de la même ambiance, d’une même esthétique. » (Philippe Broussard, Le Monde, 18 juin 1997) Charles Nebster Leadbeater pratique l’occultisme. En 1883, il rejoint à Londres la Lodge of the Theosophical Society. Il voyage en Inde et au Sri Lanka où il assimile un nouvel enseignement de la magie.

 

La sincérité de l’Homme qui obéit au mal va jusque-là : il singe un respect de façade pour l’Église (il reste à proximité d’Elle, d’ailleurs) afin de masquer sa jalousie de ne pas être aussi humble, doux et miséricordieux qu’Elle ; et surtout, afin, aux yeux du monde, de s’attribuer à lui seul les fruits positifs de l’Église. Le premier des blasphèmes, c’est bien celui de se substituer à Dieu ! « Laissez votre identité être votre religion. » (Lady Gaga dans le journal Métro, n°2008, le 17 mai 2011, p. 3) ; « Je ne pouvais plus me contenter de ce Dieu d’amour qui faisait toujours le bien. Je voulais connaître le vrai dieu, le dieu couroucé qui punit. C’est pour ça que j’ai choisi la Fraternité Saint Pie X. » (David Berger, homosexuel attiré par le sadomasochisme et ancien clerc, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc. Les pastiches homosexuels de l’Église (à la sauce libertine dix-huitièmiste) sont légion dans les discours et dans le monde artistico-médiatique LGBT. Dans leurs œuvres, José Pérez Ocaña, Antonio Roig, Ronald Firbank, Pedro Almodóvar, Alberto Cardín, Nazario, utilisent abondamment l’imagerie catholique pour la pervertir à la sauce kitsch et camp. Le meilleur exemple de détournement blasphématoire mimétique (et sincère), c’est quand même à ce jour la congrégation des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, ces religieuses gays très maquillées qu’on voit souvent aux Marches des Fiertés. Cette confrérie parodique été créée à Castro en 1979 : les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence se sont auto-ordonnées, et se présentent comme les prêtresses travesties d’une religion profane anti-cléricale : « Nous sommes un ordre agnostique. » (une Sœur de la Perpétuelle Indulgence, dans le documentaire Et ta sœur (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin) ; « Par les pouvoirs que nous nous sommes octroyés » (les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, idem).

 

Une Soeur de la Perpétuelle Indulgence

Une Soeur de la Perpétuelle Indulgence


 

Les exemples de pastiches provocateurs de l’Église catholique fleurissent dans les festivals de cinéma LGBTI. Par exemple, dans le générique du 18e Festival « Chéries-Chéris » au Forum des Images de Paris, on voit un militant LGBT habillé en évêque, avec un tee-shirt « No Pasarán ».

 

Dans le docu-fiction « Les Majorettes de l’Espace » (1996) de David Fourier, la critique du Pape par rapport au préservatif est opérée sans détour : Jean-Paul II serait le responsable de la pandémie du Sida dans les pays du Tiers-Monde. Le réalisateur fait parler le portrait du Pape réduit à une marionnette de carton animée. On est parfaitement dans le pastiche de détournement, ici !

 

Vidéo-clip de la chanson "Je te rends ton amour" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Je te rends ton amour » de Mylène Farmer


 

Beaucoup de personnes homosexuelles, par provocation adolescente, ricanent en moquant leurs quelques souvenirs d’enfance dévots, en s’imaginant faire l’amour avec Jésus ou un religieux. « Les journées de vacances ont passé ainsi, remplies de randonnées, de débats organisés ou informels, de projections de films et d’émissions de télévision sur le lesbianisme, de repas où nous nous attardions à table, raclant un fond de plat en déclarant avec allégresse : ‘Encore un que les hétéros n’ont pas eu !’ Ou parodiant des chansons, ou mieux encore, des cantiques, remis à jour pour les besoins de la cause. Celui qui m’a laissé le plus impérissable souvenir, c’est : ‘Je suis lesbienne c’est là ma gloire / Mon espérance et mon soutien / Mon chant d’amour et de victoire / Je suis lesbienne, je suis lesbienne.’ » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 240) Par exemple, Max Jacob appelle le Christ « Chéri » : « J’aime à sentir ton corps dans mes bras. » Il dira à Jean Cocteau : « Sois obstinément chrétien au travers des péchés, je t’en prie […] Crois-tu que les saints ne pèchent pas septante fois par jour ? » (Max Jacob cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 277) Le Christ est pour l’écrivain Michel Bellin le concurrent idéalisé de sa mère : cette dernière lui semble trop focalisée « sur son Christ, oui, son Christ chéri, son époux de substitution, cet étrange voleur d’énergies » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), p. 98), et c’est sans doute la raison pour laquelle il a voulu jalousement être ordonné prêtre (il ne l’est plus depuis) : pour être le mari de sa mère… ou bien le mari de Jésus !

 

Certains ex-prêtres ou ex-fidèles vivant ensuite leur homosexualité au grand jour jouent les prophètes de ce qui, selon eux, est le « Véritable Évangile », l’Évangile « humaniste », plus proche des gens et de leurs réalités que l’Évangile du « Clergé d’en haut », en décrétant que « les homos » sont des créations de Dieu. Ils essentialisent, via une théologie de comptoir, l’homosexualité sous des prétextes divins, en faisant parler Dieu à sa place : « Moi, je voulais annoncer cette Bonne Nouvelle […] : Dieu nous aime ainsi, (homosexuels), parce que c’est ainsi qu’Il nous a créés, et Il l’a fait par pur amour. […] Et j’avais besoin de transmettre cette merveilleuse joie (‘Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile’, disait Pierre de Tarse) à mes frères, à la société et au monde. » (cf. l’article « Doce Días De Febrero » de José Mantero, dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 190) Ils détournent les belles vérités de la Bible pour justifier leurs fantasmes non conformes à l’Incarnation christique (toutes celles qui, sans leur citation complète, donnent à croire à la justesse de l’extinction de la raison et de l’Amour incarné : « Aime et fais ce que tu veux », « Ne juge pas et tu ne seras pas jugé », etc.) : « Mon engagement personnel consistait à m’accepter tel que je suis. Je ne pouvais pas me retenir davantage : je ne pouvais pas vivre dans le mensonge, je devais être libre et ce principe de liberté est celui qui se trouve dans la Bible. » (Antonio Toig, ex-carmélite, cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, pp. 297-298) Ils sont persuadés, dans leur erreur et leur rébellion, qu’ils sont meilleurs et plus concrètement aimants que les catholiques pratiquants, que leur libertinage et leurs actes blasphématoires les conduiront à la rédemption : « Les gens pensent que c’est de l’érotisme mais c’est stupide. C’est profondément religieux. » (Edwarda face au tableau de la jeune fille à la salle de bain de Balthus, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; « J’ai accueilli son sperme tiède dans ma bouche avec extase, comme une hostie. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 96) ; « Malgré la nudité de tous et de toutes, l’ambiance était, selon ce qu’on décrit ceux qui étaient présents ce soir-là, aussi spirituel que celui d’une église. […] La Licorería’ est devenue avec le temps un sanctuaire, où certaines nuits, en préparation d’une révolution mondiale future, ont lieu de mystérieux rites. » (cf. l’article « Crónica Auténtica De Lo Acontecido En Un Pub De Chueca Una Noche De Verano » dans l’essai Primera Plana (2007) de J. A. Herrero Brasas, pp. 123-124) ; etc. Par le blasphème, ils injurient le Seigneur et désobéissent à son Église… mais avec des étoiles dans les yeux.

 
 

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Code n°41 – Curé gay

curé gay

Curé gay

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Montgomery Clift dans le film "La Loi du silence" d'Alfred Hitchcock

Montgomery Clift dans le film « La Loi du silence » d’Alfred Hitchcock


 

Les Oiseaux qui se cachent pour vomir, version gay… Avant que certains cathos se choquent ou que certains anti-cathos sautent de joie, je tiens à préciser que ce code va traiter du cliché du prêtre ou de la religieuse représenté(e) dans les fictions traitant d’homosexualité, comme « gay » (ou « lesbienne »). Je parle bien des clichés de l’homosexualité, pas d’abord de la réalité improbable de ces clichés (merci de bien comprendre le fonctionnement de mon Dictionnaire en lisant le mode d’emploi, avant de me faire dire ce que je ne dis pas ou de prendre au pied de la lettre les codes).

 

J’ai pour habitude de dire qu’il n’y a pas de cliché sans feu… et que, donc, s’il y a dans les fictions parlant d’homosexualité autant de prêtres homosexuels refoulés, pervers et pédophiles, et de bonnes sœurs lesbiennes frustrées, c’est qu’il y a un fond de vérité. Et pourtant… le cliché du « curé gay » fait presque exception à la règle !

 

Jésus porte le péché du monde sans être pour autant pêcheur. Il est donc logique que nos prêtres, qui ont revêtu le Christ, subissent le même sort que Lui. Ça ne veut pas dire que l’accusation d’homosexualité soit avérée pour eux, mais bien qu’ils sont habités par le Christ… et pour le coup, plus attaqués par le démon !

 

La délirante présomption d’homosexualité des prêtres (ou, ce qui revient au même, d’homophobie intériorisée) était déjà une accusation et une manœuvre courante des Nazis pour discréditer l’Église et ses serviteurs : « J’estime qu’il y a dans les couvents 90 ou 95 ou 100% d’homosexuels. […] Nous prouverons que l’Église, tant au niveau de ses dirigeants que de ses prêtres, constitue dans sa majeure partie une association érotique d’hommes, qui terrorise l’humanité depuis mille huit cents ans. » (Heinrich Himmler dans son discours du 18 février 1937, cité dans l’essai Le Triangle rose (1988) de Jean Boisson, p. 73)

 

Photomontage "Benetton" du Pape Benoit XVI collé aux lèvres de l'imam Mohamed Ahmed al-Tayeb

Photomontage « Benetton » du Pape Benoit XVI collé aux lèvres de l’imam Mohamed Ahmed al-Tayeb


 

J’en ai rencontrés, des prêtres homosexuels. Et même un nombre plus important que je n’aurais pu imaginer, j’avoue. Cependant, ma vision du phénomène n’est d’une part pas très représentative de l’ensemble du Clergé (car mon statut médiatique de « Catho homo » m’expose évidemment plus à recevoir prioritairement les confidences des curés touchés par l’homosexualité), et d’autre part, les prêtres homos restent une minorité (et de toute façon, la question de leur orientation sexuelle se pose à peine une fois passée leur ordination puisqu’ils font vœu de continence, qu’ils se sentent homos ou attirés par l’autre sexe ; ce qui pose uniquement problème, c’est quand ils passent à l’acte).

 

CURÉ GAY Panorama

 

Seule la réalité de terrain nous permet de comprendre que, de par leur recherche de pureté (recherche souvent fructueuse et épanouissante, quoi qu’en disent les médias qui prennent leurs mythes pornographiques pour des réalités), les célibataires consacrés attisent les sarcasmes et les jalousies, et que le clergé n’est pas – même au tiers, comme on l’entend parfois, comme qu’il s’agissait d’une statistique avérée – un « repère d’homosexuels ». En revanche, à l’extérieur de l’Église, on observe beaucoup de fascination mêlée de rancœur, de la part des personnes homos qui se rêvent « religieuses à la place des religieux », car les prêtres, par leur choix de vie radical, les renvoient forcément à leur inconstance et à leur détournement de l’Idéal d’Amour. Par conséquent, elles projettent souvent sur eux leurs propres fantasmes libertins de saints ratés.

 
 

N.B. : Je vous également aux codes « Attraction pour la « foi » », « Se prendre pour Dieu », « Putain béatifiée », « Pédophilie », « Viol », « Homosexuels psychorigides », « Homosexuel homophobe » et « Blasphème », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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FICTION

 

Le personnage homosexuel est un prêtre ou une religieuse :

 

Toile de Fernando Botero

Toile de Fernando Botero


 

Les curés gays ou les nonnes lesbiennes sont très nombreux dans les œuvres artistiques homosexuelles. J’ai dressé une liste non-exhaustive : cf. le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar (avec la Mère supérieure lesbienne), la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, la B.D. Muchacho (2006) d’Emmanuel Lepage (avec Gabriel de la Serna, séminariste homo), le film « Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot » (1965) de Jacques Rivette, le film « Lilies, les Feluettes » (1996) de John Greyson (avec l’évêque homosexuel), la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone (avec le prêtre gay et pédophile), le film « La Vie est un long fleuve tranquille » (1988) d’Étienne Chatiliez (avec Patrick Bouchitey en curé efféminé chantant « Jésus revient »), le film « The Devil’s Playground » (1976) de Fred Schepisi, le film « Les Loups de Kromer » (2003) de Will Gould (avec les dernières images du film montrant la queue de loup – signe d’homosexualité dans l’histoire – dépassant de la soutane du prêtre homophobe qui s’éloigne sur le chemin…), le film « Au nom du Père » (1972) de Marco Bellocchio, le roman L’Agneau carnivore (1975) d’Agustín Gómez Arcos, le film « The Boys Of St Vincent » (1992) de John N. Smith (avec les frères de l’orphelinat St Vincent), le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le film « In The House Of Brede » (1975) de George Schaefer, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude (avec le pasteur Elvström), le film « La Cage aux Folles II » (1981) d’Édouard Molinaro, le film « La Nonne et les sept Pécheresses » (1972) de Sergio Garrone, le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi (avec le vicaire homo), le roman inachevé La Religieuse (1780) de Denis Diderot (avec les prêtres homosexuels chez le Comte de Mirabeau), le film « La Pire de toutes » (1990) de Maria Luisa Bemerg, le film « Mais ne nous délivrez pas du mal » (1970) de Joël Séria, la pièce Jeffrey (1993) de Paul Rudnick, le roman Ser Gay No Es Un Pecado (1994) d’Óscar Hermes Villordo, la pièce Les Longues Vacances de Salazar (1997) de Manuel Martínez Medeiro (avec le cardinal Cerise, homosexuel frustré voulant revivre ses premiers homosexuels de pensionnat avec le dictateur Salazar), le film « Les jours et les nuits de China Blue » (1984) de Ken Russell, le film « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy (avec le père de Trennes, homosexuel refoulé), le film « Pianese Nunzio, 14 Anni A Maggio » (1996) d’Antonio Capuano (avec le père Alonso), le roman El Ángel descuidado (1965) d’Eduardo Mendicutti, le roman Los Nietos De San Ignacio (1916) de Joaquín Belda, le film « Le Nom de la Rose » (1986) de Jean-Jacques Annaud, le film « Conan le Barbare » (1981) de John Milius, le roman A.M.D.G. (1910) de Pérez de Ayala, le film « Butterfly » (2004) de Yan Yan Mak, le film « Couvent de la Bête sacrée » (1974) de Norifumi Suzuki (Mayumi, jeune femme libérée, décide de rentrer dans les ordres), le film « Extramuros » (1985) de Miguel Picazo, le film « Manuel Y Clemente » (1985) de Javier Palmero, le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, le film « Le Canardeur » (1974) de Michael Cimino, le roman Extramuros (1978) de Jesús Fernández, le film « Le Narcisse noir » (1947) de Michael Powell-Emeric Pressburger, le film « If… » (1968) de Lindsay Anderson, le film « Fantasmes » (1967) de Stanley Donen, le film « Jeunes filles au couvent » (1972) d’Eberhard Schroeder, le film « Storia Di Una Monaca Di Clausura » (1973) de Domenico Paolella, le film « Les Religieuses du Saint Archange » (1973) de Domenico Paolella, le film « Flavia la Défroquée » (1974) de Gianfranco Mingozzi, le film « Intérieur d’un couvent » (1976) de Walerian Borowczyk, le film « Lettres d’amour d’une Nonne portugaise » (1976) de Jess Franco, le film « Le Confessionnal » (1995) de Robert Lepage, le film « Wet And Rope » (1979) de Koyu Ohara, le film « Prêtre » (1994) d’Antonia Bird (avec le père Greg), le film « Un Printemps sous la neige » (1983) de Daniel Petrie, le film « Lilies » (1996) de John Greyson, le film « Het Sacrament » (1989) d’Hugo Claus, le film « Sister Emmanuelle » (1981) de Joseph Warren, le film « Quam Mirabilis » (1994) d’Alberto Rondalli, le film « Dominique Suor Sorriso » (2001) de Roger Deutsch, le film « Pecata Minuta » (1998) de Ramón Barea, le film « Les Destinées sentimentales » (1999) d’Olivier Assayas, le film « Split Wide Open » (1999) de Dev Benegal, la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener (avec Pierre le jeune prêtre homosexuel, en couple avec Pierre), la chanson « Ils en sont tous » (1949) de Robert Rocca, le one-man-show Cet homme va trop loin (2011) de Jérémy Ferrari (avec le Père Vert), la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, la chanson « Jesus Is Gay » de Gaël, le film « Une Chose très naturelle » (2010) de Christophe Larkin (avec David, l’ancien séminariste), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, la publicité étrangère « Love For All » pour la marque de vêtements Björn Borg (avec les deux prêtres mariés à l’Église par une femme pasteur), la comédie musicale Peep Musical Show (2009) de Franck Jeuffroy (avec le père François), le film « Souffle au cœur » (1971) de Louis Malle (avec le jésuite pédéraste), le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto (avec Fefe, le curé gay), le film « Il y a des jours… et des lunes » (1989) de Claude Lelouch (où Francis Huster joue le rôle d’un prêtre en couple avec un antiquaire), la série Ainsi soient-ils de la chaîne Arte (2012) de David Elkaïm (avec des portraits de cinq séminaristes, très romancés et caricaturaux ; et l’un d’entre eux est évidemment homo), le roman Deux garçons, la mer (2013) de Jamie O’Neill (Jim, l’un des héros homos, se destine à la prêtrise), le film « In The Name Of » (2012) de Malgoska Szumokska (avec Adam, un jeune prêtre engagé et populaire, qui finit par se découvrir homo), la pièce L’Émule du Pape (2013) de Michel Heim (avec Tazzio, l’amant du Pape), le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi (avec le prêtre montré comme homosexuel refoulé), l’opéra King Arthur (2009) d’Hervé Niquet (avec les deux moinillons homosexuels), le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer (avec le pasteur Ralph, homophobe et secrètement homosexuel), la pièce Les Feluettes (2015) de Michel Marc Bouchard (avec Monseigneur Bilodeau), etc.

 

Séminaristes « nouvelle génération »

 

Les allusions à l’homosexualité latente des prêtres sont plus ou moins directes : « Un ecclésiastique, un abbé pédalait. Mon Dieu, qu’il pédalait, pédalait bien l’abbé. » (cf. la chanson « L’Abbé à l’harmonium » de Charles Trénet) ; « Les curés, ce sont des hommes comme les autres : des obsédés. » (Nana dans son one-woman-show Nana vend la mèche, 2009) ; « Drag-queen avec moins de paillettes = un curé. » (une réplique du one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur) ; « Le pays a été sodomisé par la religion. » (Nasser dans le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears) ; « Je payais en toute hâte, empochai mon ticket et me jetai sur les portes du théâtre sans regarder vers la queue où, j’en étais convaincu, une dizaine d’homosexuels – dont un prêtre –, plus méchants les uns que les autres, riaient de ma déconvenue. » (le narrateur homosexuel à l’opéra, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 35) ; « J’préfère encore me faire tripoter par un prêtre comme mes copains cathos quand ils vont au caté. » (Laurent Spielvogel à propos du rabbin à qui il va rendre visite, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; etc.
 

Par exemple, dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Jim, le jeune adolescent homosexuel, s’est fait attouché par un prêtre, le frère Pocycarpe (ce dernier lui a déboutonné sa chemise et caressé le torse). Cet abus donne raison aux suspicions anticléricales émises par Doyler, l’amant de Jim : « Ces curetons, c’est tous des pervers et des frustrés. Attention aux curés de tous les côtés ! ». Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Géraldine, la femme de Nicolas le héros homosexuel, sort des propos hyper homophobes, et soupçonne Mgr Lanu le prêtre qui doit présider l’enterrement du père de Nicolas, d’être homosexuel : « Je pense qu’il est un peu huhuhu. C’est un pédé, quoi ! » Nicolas fait des jeux de mots salaces entre le nom de famille Lanu et l’anus, bien entendu. Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca hallucine, avec l’application I-phone GrindR, de découvrir des homos partout autour de lui : « J’étais pas habitué, moi ! Je viens du Nord-pas-de-calais. À part le curé, y’avait personne ! » Dans le film « Tout mais pas ça » (« Se Dio vuole », 2015) d’Edoardo Falcone, Andrea, veut devenir prêtre, mais n’ose pas encore le dire à ses parents. Tommaso, son père anticlérical, voit Andrea partir en mobylette avec son pote Furio, et s’imagine déjà qu’ils couchent ensemble… alors qu’ils ne font que se rendre à des réunions d’enseignement chrétien animées par un prêtre. La prêtrise est mise sur le même plan que le coming out.

 

Cette réputation est parfois confirmée par le personnage homosexuel lui-même. « Ton père est différent des autres pères. » (le père travesti M to F, ancien curé et ancien évêque de Bruxelles, faisant son coming out à son fils Peter et parlant de lui à la troisième personne, dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau ; il veut fonder l’Association des Travestis Évêques Belges, l’ATEB) On retrouve quelques héros homosexuels religieux vivant en couple homo, ou bien fréquentant les lieux de drague homosexuelle tels que les saunas ou les parcs. Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, lors d’un de leurs premiers dîners, Pierre Bergé compare son futur amant Yves Saint-Laurent à un prêtre pour le dragouiller : « Quand vous êtes venus saluer [à la fin du défilé Dior], vous aviez l’air d’un séminariste. »… ce à quoi Yves lui fait cet aveu : « Je suis passé chez les curés, oui. » Dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, Adrien, séminariste, se voit dans une situation et dans des actions qui ne lui ressemblent pas : « Et Adrien était là aussi [sur la Place Dauphine, lieu de prostitution]. Adrien faisait comme eux. Il était l’un d’eux. Il en éprouvait de la honte. Comment lui, le prêtre, pouvait-il être impliqué dans ce vil commerce des corps, côtoyer ces êtres en manque de chair, se mettre en chasse comme eux ? » (p. 27) Le personnage homosexuel fige l’acte schizophrénique en question esthétique pour ne pas agir selon sa conscience. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, le père d’Henri est prêtre. Et à la fin de la pièce, Edmond se marie avec le père Gilbert.

 

Dessin "Klostertraum" (1952) de Clovis Trouille (le bien nommé...)

Dessin « Klostertraum » (1952) de Clovis Trouille (le bien nommé…)


 

L’homosexualité de l’ecclésiastique est parfois une projection fantasmatique du héros/de l’auteur gay. « Le président se faisait sodomiser par le pape de l’Argentine. » (la voix narrative du roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 56) ; « Un prêtre sur trois en est. » (Julien dans la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener) ; « Si les jeunes imitaient leurs profs homos, il y aurait davantage de bonnes sœurs. » (Harvey Milk dans le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant) ; « Mais entrez donc Monseigneur. Toujours toujours, tu t’y frottes… typique. » (cf. la chanson « Bouchon rue de Liège » du Beau Claude) ; « Y’a deux semaines, j’ai postulé pour rentrer dans les ordres. » (Jarry dans son one-man-show Atypique, 2017); etc. Par exemple, dans la pièce Le Bossu de Notre-Dame (2010) d’Olivier Solivérès, le méchant Frollo est homosexualisé et comparé à Blanche-Neige. Dans le film « Madre Amadísima » (2010) de Pilar Tavora, l’un des personnages s’adresse à la photo du pape Benoît XVI en le suspectant d’être affilié à plein d’homos dans ses proches collaborateurs. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, les papes sont tous féminisés : les comédiens nous parlent de « la Jean-Paul II, la Pie XII, la Paul VI, la Benoît XVI ». Dans la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays, le pape Benoît XVI est transformé en gay. Dans son one-man-show Anthony Kavanagh fait son coming out (2010), Kavanagh compare le pape à une « vieille drag-queen ». Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, lorsque la narratrice transgenre F to M se travestit en moine ermite, « un samedi soir, la veille de Pâques » ; et elle évoque « la Papesse Jeanne ». Dans les fictions traitant d’homosexualité, même Jésus est transformé en pédale : « Oh je n’ai fait que prendre exemple sur Jésus… mais si vous voyez… Jésus (elle mime une folle sur la croix – mime les clous, la couronne, la chaleur) » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Plus tard, Jésus-Christ est crucifié. Il aimait beaucoup les hommes. » (une phrase de la B.D. de Cuneo, dans la revue Triangul’Ère1 (1999) de Christophe Gendron, p. 130).

 

Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, dans la boîte gay Chez Eva, Adrien, le héros homo, pour se débarrasser d’Alexandre (l’hétérosexuel), fait croire à son pote sadomasochiste Bibiche que ce dernier est un « ex-séminariste grand amateur de flagellation » pour qu’il le maltraite physiquement… ce qui excite Bibiche encore plus. Et un peu plus tard, Fripounet, l’un des serveurs homos de la boîte, se montre aussi très entreprenant avec un prêtre puisqu’il n’hésite pas à le toucher. Il fantasme également sur le Christ : « Qu’il est beau, ce Jésus… ».
 

Parfois même, le personnage homosexuel est à l’origine de l’acte homosexuel du prêtre. Dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, par exemple, c’est le héros gay lui-même qui, juste pour braver l’interdit de la profanation, va pervertir un curé et le faire basculer dans l’homosexualité, en attribuant ensuite son acte aux séminaires : « Qu’est-ce qu’on leur apprend, bon Dieu, dans les écoles à curés ? […] Ce pauvre type s’est défroqué ! » (p. 134) On voit bien, à travers ce roman, que les curés en question sont en réalité des hommes homosexuels déguisés en curés pour s’amuser/faire scandale, et porter à confusion sur la véritable identité des prêtres. D’ailleurs, Vincent Garbot, une fois son infamie opérée, vole sa soutane au pauvre curé rongé de culpabilité, et la porte avec complaisance et narcissisme, comme un trophée : « Il faut dire que le noir de l’habit boutonné jusqu’au col me va comme un gant. » (idem, p. 135) Autre exemple : dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, deux hommes barbus déguisés en nonnes fréquentent le cabaret anar de Kyril. Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, la Reine Christine, pseudo « lesbienne », a une liaison avec le cardinal Azzolino.

 

Film "Les Amitiés particulières" de Jean Delannoy

Film « Les Amitiés particulières » de Jean Delannoy


 

L’image caricaturale du curé pédé peut répondre à un fantasme (d’amour ou/et de viol) projeté : « Moi, c’que je veux, c’est violer le curé ! » (Camille dans la chanson finale du one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « Voilà la bonne sœur… ! » (Emory, homosexuel très efféminé, se moquant d’Alan, le héros homosexuel refoulé, dans le film « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « La religieuse était pleine de vie et, bien qu’elle ne fût pas jolie, je fus attirée par elle. […] J’étais insensiblement attirée et sous le charme de la sœur. […] Je concentrai mon esprit sur les pensées choquantes qui me traversaient l’esprit. Je l’imaginais déshabillée et en situation de me donner ce que j’aurais voulu d’elle sur l’instant. […] J’avais souvent pensé que dans les couvents, parmi ces femmes enfermées, certaines devaient entre elles trouver un peu de satisfaction… » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 221-223) ; « Était-elle en train de flirter ? […] Ils remontèrent le chemin blottis l’un contre l’autre comme des jeunes mariés hésitants. » (Jane, l’héroïne lesbienne à propos du jeune père Walter, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 48) ; etc. Dans le film « Le Cavalier noir » (1960) de Roy Baker, un prêtre s’oppose aux agissements d’un bandit de grand chemin qui sème la terreur sur son passage… et ce bandit tombe justement amoureux de son bienfaiteur en habit.

 

L’homosexualisation de l’homme clérical qui est en chemin de pureté est souvent le fruit d’une vexation féminine ou d’une jalousie homosexuelle de ne pas parvenir à le séduire ou à l’égaler. Pour faire fléchir un prêtre, certains personnages homosexuels vont prêcher le faux pour savoir le vrai : « Peut-être que t’es pédé d’ailleurs… » Par exemple, dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, Jézabel, l’héroïne bisexuelle, traite de « pédé » le beau père David dont elle est amoureuse, par jalousie et test, parce qu’il se refuse à elle.

 

En général, le sacerdoce n’est pas considéré par le héros homosexuel comme une vie, un engagement, une intériorité ouverte sur l’extérieur, mais uniquement comme un déguisement, une apparence, une extériorité tournée vers un égocentrisme, un bout de tissu : « Wanda passa son bras autour de la taille de Mary et elles s’éloignèrent en glissant, couple incongru, l’une vêtue aussi sombrement qu’un prêtre, l’autre dans sa robe de soirée de flou chiffon bleu. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 489) Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Omar se surnomme « Sœur Omar de la Perpétuelle Indulgence ». La parodie de religion, ce ne sont pas les prêtres réels, mais les personnages homosexuels eux-mêmes. Par exemple, dans la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim, Dieu est un bourgeois aristo homosexuel, Jésus une grande folle, Marie un travesti, et l’Esprit Saint le désir homosexuel.

 

On lit souvent chez le personnage homosexuel se prenant pour un curé un fantasme de sainteté inversé. Il cherche le salut et la pureté dans la perdition. L’homosexualité pratiquée lui apparaît comme une forme de sainteté inédite, originelle. Il rentre au bordel comme il rentrerait au couvent. « Pietro s’est décidé à changer définitivement de sexe, il veut devenir carmélite. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 146) Par exemple, dans la pièce Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton, l’une des salles du sauna où se rend le protagoniste homo est appelée « la Chapelle Fistine » (jeu de mots entre le fist-fucking et la fameuse Chapelle Sixtine au Vatican). Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, les ecclésiastiques sont en réalité des imposteurs homosexuels déguisés en curés, « les folles habillées en abbesses » (p. 113) : « Mimile se souleva la soutane et nous montra son postérieur. » (p. 115) ; « Mimile vint nous rejoindre dans le lit de l’archevêque pour coucher avec nous. » (Gouri, p. 95) Tout cela sont des mises en scène libertines volontairement blasphématoires, peu réalistes, mais voulues authentiques, y compris dans la dérision et le sarcasme. « Je veux faire le prêtre. Je veux être une traînée ! » (Paul, héros homo chantant dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso)

 

Le personnage homosexuel, vexé d’avoir mal répondu à sa vocation à la sainteté, se venge sur les prêtres réels de son entourage. Pourtant, il se sentait originellement « appelé ». « Savais-tu qu’avant de devenir médecin, j’avais résolu d’entrer dans les ordres ? » (Randall dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 235) Dans son one-man-show Ali au pays des merveilles (2011), Mr Folaste, qui voulait initialement devenir jésuite, « a fini pédophile, comme tous ces pédérastes ». Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel commence son spectacle par une blague sur les prêtres pédophiles qui, dans les magasins de vêtements Kiabi, « rentrent dans du 8 ans »… même si au départ, il annonce qu’il ne le fera pas : « Je ne ferai pas de vannes vulgaires sur les prêtres. »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Autobiographie "Confidences dérangeantes d'un homme d'Église" de William Nasarre

Autobiographie de William Nasarre


 

Dans les faits, les prêtres « homosexuels pratiquants » ne manquent pas. Parmi les cas les plus connus, on retrouve André Baudry (ancien séminariste et fondateur d’Arcadie dans les années 1950 en France), Salvador Guasch, Antonio Roig, Ernesto Jiménez, Antonio Rocco, Vitaliano Della Sala, Franco Barbero (cf. le documentaire Les Règles du Vatican (2007) d’Alessandro Avellis), José Mantero, Hugues Pouyé (prêtre pendant 13 ans), Jean-Michel Dunand, etc. Dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta sur Play Cuatro, (2011), une sœur « défroquée », María-José Casillo, témoigne de sa souffrance d’être partie du couvent – et plus largement de l’Église catholique – parce qu’elle a connu l’amour lesbien avec une autre religieuse, et qu’elle a rompu ses vœux. Dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Christian, le dandy quinquagénaire homosexuel, dit avoir aimé toucher (chez les Jésuites) le sexe des hommes plus âgés que lui. Dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Bertrand N’Guyen Matoko raconte comment il s’est fait violer, adolescent, par son confesseur le père Basile.

 

Je vous renvoie également à l’autobiographie Confidences dérangeantes d’un homme d’Église (2006) de William Nasarre, au blog du père Jonathan sur Facebook (itinéraire d’un prêtre qui se dit ouvertement homosexuel, mais qui parle à visage caché), à tous ces films de « nunsploitation » (dont parle l’essayiste Didier Roth-Bettoni) dans lesquels des œuvres cinématographiques lient homosexualité et ordres religieux, au documentaire « Axel von Auerperg » (1973) de Rosa von Praunheim, au documentaire croate « Nuns in your Business ! » (2020) d’Ivana Marinić Kragić, etc.

 

Comme le reconnaît très honnêtement le prêtre catholique Xavier Thévenot, maintenant décédé, mais pionnier de la réflexion ecclésiale en matière d’homosexualité, dans son essai Homosexualités masculines et morale chrétienne (1985), « il n’est pas rare, quoique cela ne soit pas systématique (comme on l’a parfois affirmé), que l’homosexualité soit une des composantes de la prêtrise. » (p. 181) Par ailleurs, dans son essai Je vous appelle amis (2010), le maître de l’Ordre des dominicains Timothy Radcliffe explique qu’il y a parmi ses frères ordonnés un certain nombre d’individus homosexuels, mais que cela ne pose pas de problème ni de distinction fondamentale entre eux étant donné que l’exigence de la continence dans le célibat s’applique à tous, qu’ils soient homos ou non. Et on retrouve un certains nombres de religieux liés de près ou de loin aux associations et aux communautés comme la Fraternité Aelred, l’association David et Jonathan (D&J), le mouvement Devenir Un En Christ (DUEC), la Communion Béthanie, l’association Courage international, etc.

 

le Franciscain Father Mychal F. Judge

le Franciscain Father Mychal F. Judge


 

Certains prêtres ou séminaristes, en vivant une double vie parce qu’ils refusent de concilier leur obéissance à l’Église avec leurs penchants homosexuels, racontent parfois le rêve éveillé (un cauchemar schizophrénique) qu’ils vivent quand ils fréquentent les lieux de drague homosexuelle et qu’ils ne pratiquent pas ce qu’ils savent vrai : « En raison de mes horaires, différents de ceux des frères, j’avais les clés de la porte d’entrée du carmel. Je n’étais pas supposé disparaître le soir après le dîner. Mais je m’en arrogeais discrètement le droit et filais vers les lieux de rendez-vous homosexuels. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 49) ; « J’avais solutionné le problème en divisant ma vie en deux parties. Studieux et chaste au séminaire, je me dissipais pendant les vacances scolaires. J’avais découvert que les saunas servaient de lieux de rencontre et je les fréquentais de manière totalement compulsive. » (idem, p. 71)

 

Il est certain que la pratique homosexuelle guette tous les regroupements humains où la différence des sexes est absente ou méprisée/sacralisée, où la tentation de se prendre pour Dieu est fatalement plus forte (cf. je vous renvoie au code « Se prendre pour Dieu » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels), les ordres religieux ne faisant pas exception à la règle. Ce fut le cas des Templiers au XIIe et XIIIe siècles : « Quelque opinion que l’on adopte sur la règle des Templiers et l’innocence primitive de l’Ordre, il n’est pas difficile d’arrêter un jugement sur les désordres de son dernier âge – désordres analogues à ceux des ordres religieux. Les Templiers, jugés, avouèrent leurs mœurs. L’Ordre du Temple fut, sur ordre de Philippe le Bel et du Pape Boniface VIII, anathémisé, aboli et ses membres suppliciés. » (l’historien Jules Michelet, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 130) L’histoire humaine regorge d’anecdotes démontrant une pratique réelle de l’homosexualité aux séminaires, au sein des couvents et des abbayes. « Dans les couvents [pendant la Renaissance française], on croit trouver des vierges, on tombe sur des lesbiennes. » (Louis-Georges Tin, L’Invention de la Culture hétérosexuelle (2008), p. 115) ; « Le Vatican compte une forte majorité d’homosexuels. Et je vais vous expliquer pourquoi. Dès ses débuts, le christianisme a exclu et fustigé les femmes, condamné la société et milité pour le célibat. » (Uta Ranke-Heinemann dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; « Au début, je croyais que ce n’était que des ragots, ces histoires d’orgies dans les locaux du séminaire. Mais la rumeur s’est confirmée. Le sexe était partout. On nous encourageait presque. On nous disait : ‘Si vous êtes homos, de nos jours, ce n’est plus un obstacle pour devenir prêtre’. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Les homosexuels étaient sur-représentés. Je dirais qu’ils formaient la moitié des séminaristes, voire un peu plus. » (Daniel Bühling, jeune prêtre défroqué, idem) ; etc.

 

Jean de Prévallier, professeur à l’Académie de Médecine de Paris (1715-1792), a écrit en 1780 des mots fatalistes sur la prêtrise, qui se présentent pourtant sous un jour « objectif » et « scientifique » : « Si l’on examine le chiffre brut des sodomistes que donnent les dossiers de la police, quant à la qualité de l’individu, on est frappé de la prédominance du clergé et de la domesticité. Toutefois, à notre époque, si l’on fait la comparaison entre la quantité des sodomistes de chaque catégorie, et la totalité des individus appartenant à cette catégorie, le clergé prend la première place. Quant à la continence que les moines, les prêtres, les religieux et les religieuses observent soi-disant, en vertu du privilège spécial conféré par les ordres sacrés, il y a longtemps que l’on sait positivement à quoi s’en tenir à cet égard par les désordres scandaleux d’un certain nombre d’entre eux. Il n’y a plus d’illusion possible, car il est avéré et reconnu par les casuistes mêmes que les plus chastes, ne résistant souvent le jour qu’au prix des plus violentes luttes de la chair, sont tourmentés la nuit par des hallucinations lubriques, des rêves libidineux, des images érotiques qui les amènent à des pollutions ou à la masturbation. Leur célibat n’est plus qu’un grossier trompe-l’œil pour les simples et les ignorants, cachant une nécessité indispensable au maintien de sa hiérarchie et de son autorité. Que peuvent faire ces jeunes hommes de vingt à vingt-cinq ans, souvent vigoureux et pleins de vie ? Un jour ou l’autre, contre leur gré dans la plupart des cas, la chair triomphe et le vice de Sodome s’installe en eux, malgré leur désir de rester purs… »

 

Dans son roman-documentaire La Maison battue par les vents (1996), le père Malachi Martin, qui a été un proche du Pape Jean XXIII puis de Paul VI, ouvre la Boîte de Pandore du Vatican et du clergé international : « La Maison des Saints Anges – nom de ce monastère – avait la réputation d’être un havre pour plusieurs membres de l’Ordre ayant une orientation homosexuelle. » (pp. 448-449); « La propagation de l’homosexualité active dans les séminaires d’Amérique du Nord comme dans l’ensemble du clergé. » (Pape Jean-Paul II, p. 370) ; « une homosexualité et une pédophilie cléricales apparemment devenues frénétiques ; les contours d’une profonde crise morale. » (p. 384) ; « Il existe un système de protection mutuelle qui va de la Chancellerie d’O’Cleary jusqu’au Collège des Cardinaux. Et beaucoup de types qui voudraient en sortir n’en ont pas le cran. Un groupe de prêtres homosexuels, vœux rompus, de vocations avortées et de trahison abyssale de la confiance que leurs congrégations avaient placée en eux. Ce club ecclésiastique pratiquant l’homosexualité et la pédophilie comprenait aussi le clergé de haut rang, jusqu’à des évêques auxiliaires et titulaires. Cela fonctionnait comme une mafia cléricale.[…] Innocent ou non, quiconque vendait la mèche était sûr de finir comme lui, isolé et enterré sous une avalanche de contre-accusations. » (Père Michael O’Reilly, p. 466 à 481) ; « Des évêques mutaient continuellement leurs jeunes amants de paroisse en paroisse » (p. 481) ; « nombre croissant d’ecclésiastiques activement homosexuels, de la complicité de certains évêques avec les pratiques en question et de la connivence que montraient vis-à-vis d’elles ceux qui n’y étaient pas directement impliqués. » (p. 484) ; « un réseau plus vaste qu’aucun de nous s’y attendait. » (p. 498) ; « l’homosexualité était un mode de vie ‘parfaitement acceptable’ » (p. 580) ; « Ce qui lui meurtrissait l’âme, c’était la malignité des Dominicains entre eux. D’une manière troublante, ses frères religieux de la Maison des Saints Anges constituaient un groupe d’hommes ayant choisi de vivre ensemble et excluant tout esprit qui leur était étranger. » (p. 472) ; « La documentation montrait que l’activité homosexuelle et le satanisme rituel avaient atteint un niveau organisationnel au sein du clergé américain, mais parce que les mêmes noms et les mêmes lieux revenaient dans chacune des deux séries de données. » (p. 532) ; « connexion de fait entre l’homosexualité pédophile et le satanisme ritualiste au sein du clergé » (p. 533) ; « Il apparaissait tout à coup comme incontestable que l’organisation catholique romaine comprenait désormais – pendant le pontificat de Jean-Paul II en cours – un contingent permanent de clercs qui adoraient Satan et qui aimaient ça, d’évêques et de prêtres qui sodomisaient des jeunes garçons et se sodomisaient entre eux, ainsi que des religieuses qui accomplissaient des ‘Rites noirs’ de la Wicca et qui entretenaient des relations lesbiennes à l’intérieur comme à l’extérieur de la vie conventuelle. […] Non seulement il s’accomplissait des rites et des actions sacrilèges aux Autels du Christ, mais cela se faisait avec la connivence ou, du moins, la permission tacite de certains Cardinaux, archevêques et évêques. La liste des prélats et des prêtres concernés avait de quoi causer un énorme choc à quiconque la découvrait. Au total, ces hommes ne formaient qu’une minorité comprise entre un et dix pour cent du clergé total. Mais parmi cette minorité, nombreux étaient ceux qui occupaient des positions incroyablement élevées par le rang et l’autorité au sein des chancelleries, séminaires et universités. De ces deux faits, le plus crucifiant pour le Pape slave était le pouvoir d’un tel réseau, si disproportionné eu égard au statut minoritaire de la mouvance en question dans les rangs de l’Église. L’influence prépondérante du réseau tenait d’une part aux alliances de ce dernier avec des groupes laïcs extérieurs à la sphère catholique romaine, d’autre part au nombre écrasant de professeurs des séminaires, des universités et des écoles catholiques affichant une opposition ouverte et comme allant de soi aux dogmes et enseignements moraux de l’Église. Mais il existait un troisième fait : C’était ce Souverain Pontife qui avait rendu une telle influence possible. Il avait vu la corruption. Mais sa décision avait été de ne pas excommunier les hérétiques. » (pp. 583-584)
 

Suite à la publication du document de 2005 du pape Benoît XVI (appelant à la prudence concernant les séminaristes qui présentaient des tendances homosexuelles profondément enracinées), j’ai su par exemple qu’aux Philippines, le frère prieur et supérieur d’une communauté religieuse que je connais a vu la moitié des séminaristes faire leur valise ! Et à force de m’entretenir avec certains prêtres et religieux, je sais que dans telle ou telle congrégation religieuse (Frères de saint Jean, Jésuites, Dominicains, etc.), dans tel ou tel média catho (revue, radio… Dans certaines radios en France, 40 % du personnel « en est », je peux l’attester !), dans tel ou tel diocèse, et même au Vatican (où il existe une petite « mafia rose » enserrant le Pape : véridique), la proportion des frères à avoir des tendances homosexuelles se retrouverait, à la louche, dans une fourchette de 1/3 à ½. Cette homosexualité dans le Clergé n’est pas à ignorer, car elle est croissante… même si elle est peu quantifiable et peu révélatrice d’une soi-disant « frustration ou homophobie ou homosexualité refoulée » qui serait générée par le célibat consacré.

 

Si on veut prouver que les prêtres sont aussi des hommes comme les autres, on y arrivera toujours ! Car ils le sont. Tous les Hommes sont pécheurs (… sauf Jésus et Marie). Le plus gênant dans ce discours de l’évidence, c’est que ceux qui se focalisent sur les défaillances des prêtres oublient pour le coup que la majorité d’entre eux sont non seulement humains mais surtout divinisés par le sacrement du sacerdoce, remplis par la grâce et la liberté du don entier de sa personne à Jésus et à son Église. Et là, en effet, c’est la question de la foi en Dieu qui rentre en ligne de compte, et qui fait que les incrédules (emprisonnés par leurs pulsions et jaloux de voir que les prêtres les contrôlent avec succès et joie) s’arrêtent en route, et les confiants continuent le chemin.

 

La mauvaise foi génère des caricatures de curés gays, provenant bien souvent de pseudo « catholiques pratiquants », ou même de prêtres défroqués, froissés de ne pas avoir suivi jusqu’au bout leurs idéaux, ou blessés par des gens d’Église peu charitables : « Le conflit entre Amour et Église, ce sont les évêques et les cardinaux qui l’ont causé, parce qu’ils sont tous des homosexuels refoulés. » (le père Franco Barbero dans le documentaire Les Règles du Vatican (2007) d’Alessandro Avellis) ; « Il y a bien des pédés asociaux, mais souvent ceux-là sont prêtres. » (cf. le blog du chanteur Nicolas Bacchus) ; « Si on faisait des statistiques dans le clergé catholique espagnol, certains diocèses présenteraient un pourcentage élevé d’homosexuels. » (José Mantero, ex-prêtre catholique, cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 151) ; « C’est clair : ce sont des concubines notoires. » (Gustav, homosexuel, décrivant cyniquement deux religieuses italiennes qui ont répondu négativement à sa défense du DICO – le PaCS local – lors d’un micro-trottoir, dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi) ; etc.

 

Certains vont tellement vite à homosexualiser tout le clergé qu’ils en arrivent, parfois avec une sincérité incroyable, à proposer des théories abracadabrantes sur l’homosexualité du Christ (en lien par exemple avec saint Jean, le disciple que Jésus « aimait », ou bien avec l’iconographie ambiguë du baiser de Judas). Par exemple, lors d’une interview publiée le 19 février 2010 dans le magazine Parade, le chanteur homosexuel Elton John affirme que « Jésus était un gay compatissant, super-intelligent ».

 

Il semblerait que beaucoup de personnes homosexuelles, croyantes mais non pratiquantes, et tellement persuadées qu’elles sont des fidèles plus authentiques que les vrais catholiques pratiquants parce qu’elles n’obéiraient pas « bêtement/scolairement » à l’Église comme des grenouilles de bénitier, se soient prises pour leurs propres caricatures : les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (ces hommes excessivement grimés en nonnes provocatrices lors des Gay Pride) en fournissent un bel exemple. Elles voient leur détournement des préceptes de l’Église comme une inversion révolutionnairement sainte. Parfois, ce sont les hommes homosexuels qui, en se déguisant en prêtres fréquentant les lieux de drague gay, alimentent eux-mêmes l’amalgame entre homosexualité et prêtrise : rappelons par exemple que le philosophe français Roland Barthes allait au club parisien Le Rocambole déguisé en ecclésiastique, juste pour porter préjudice à l’institution vaticane et mal agir en toute impunité. La parodie homosexuelle d’Église peut être très sérieuse, comme nous le constatons avec les hordes de FEMEN (seins nus, affichant des messages anticléricaux, portant le voile) lancée par Caroline Fourest, oubien dans le documentaire « Mamá No Me Lo Dijo » (2003) de Maria Galindo, où l’on voit des femmes lesbiennes déguisées en prêtres, célébrant des messes en plein air sur la place publique, et réclamant le mariage des prêtres ou l’ordination des femmes prêtres pour combattre le supposé « sexisme » de l’Institution vaticane.

 
CURÉ GAY Queen of homophobia
 

C’est par leurs provocations anticléricales collégiennes, ou leurs pastiches sincères de rites cultuels catholiques, qu’une grande majorité des personnes homosexuelles prouve que la perversion et l’obsession sexuelle ne viennent pas d’abord des prêtres mais de ceux qui les jalousent/ignorent/détruisent : « Dans ma prochaine nouvelle, j’me tape des curés dans la grotte de Lourdes ! » (l’écrivain Ron l’Infirmier dans l’émission Homo Micro de la radio RFPP, le 12 février 2007) ; « Évidemment, je ne vois pas le prêtre en charge de ma paroisse venir m’embrasser sur la bouche. Mais alors, qu’il laisse cela à celui qui en aurait envie parce que cela monterait naturellement de son être accordé à cet embrassement. » (Henry Creyx, Propos décousus, propos à coudre et propos à découdre d’un chrétien homosexuel (2005), p. 32) ; etc.

 

Est-il besoin de rappeler que l’idée des prêtres catholiques gays ou du séminaire comme « repaire d’homosexuels » étaient un des arguments fréquemment employés par les Nazis pour pourchasser les personnes homosexuelles et l’Église ? « J’estime qu’il y a dans les couvents 90 ou 95 ou 100% d’homosexuels. […] Nous prouverons que l’Église, tant au niveau de ses dirigeants que de ses prêtres, constitue dans sa majeure partie une association érotique d’hommes, qui terrorise l’humanité depuis mille huit cents ans. » (Heinrich Himmler dans son discours du 18 février 1937, cité dans l’essai Le Triangle rose (1988) de Jean Boisson, p. 73)

 

L’homosexualité attribuée aux curés prouve justement par défaut la ténacité, l’intégrité et la force exceptionnelles de la grande majorité des vrais prêtres. Plus on est dans la Vérité, plus on est attaqués. Et l’homosexualisation de ceux qui sont en chemin de pureté (homosexualisation prenant au départ la forme de la revendication du mariage des prêtres, de la cessation de leur voeu de célibat, ou du sacerdoce des femmes) est souvent le fruit d’une vexation féminine ou d’une jalousie homosexuelle de ne pas parvenir à les séduire ou à les égaler. Pour faire fléchir un prêtre, on va prêcher le faux pour savoir le vrai : « Peut-être que t’es pédé d’ailleurs… »

 

Cela ne veut pas pour autant dire que les hommes d’Église sont parfaits, n’ont pas leurs défaillances, et qu’ils ont tous une sexualité équilibrée. Cependant, ils doivent tendre à la perfection et être exemplaires, car ils sont davantage responsables que des laïcs du salut des autres âmes, ayant été ordonnés pour habiter le Christ. Les prêtres et religieuses, parce qu’ils sont sanctifiés et ont reçus des grâces en abondance, ont moins d’excuses de mal agir. Et il est urgent pour eux, s’ils se sont écartés en actes de leur engagement religieux (en pratiquant des actes homosexuels par exemple), de revenir à la Vérité. Car ils risquent gros : la Vie éternelle. Certains – et j’en connais beaucoup – sont en grand danger, je le dis honnêtement. En danger de mort. L’enfer est peuplé précisément de ces gens-là qui savent mais qui ne font pas, de ces croyants non pratiquants. D’ailleurs, le seul véritable croyant non pratiquant, c’est/c’était le diable.

 

"Coming out" de José Mantero en Espagne

« Coming out » de José Mantero en Espagne


 

Soyons lucides. Depuis ma récente visibilité médiatique en tant que catho homo continent, beaucoup de prêtres, de séminaristes, viennent se confier à moi, me parler de leurs pratiques homosexuelles clandestines (parfois, il arrive aussi qu’ils me draguent !). J’ai même entendu des témoignages d’amis séminaristes, vivant leur homosexualité dans le plus grand secret, alternant les phases de continence avec des moments d’orgie sexuelle sur les lieux de drague, qui m’avouaient qu’à l’intérieur de leur séminaire, certains de leurs camarades sortaient ensemble. Je sais qu’ils ne me mentent pas, car ils m’ont vidé leur sac avec une grande transparence, un véritable attachement à leur Église, et sans volonté de scandale. Tout cela sont des faits. Je n’invente rien de ce que je vous raconte, même si je suis tenu au secret de la « confession », et qu’au-delà de ces révélations, je n’en aime que davantage mon Église et son incarnation humaine. Je sais que malgré leur nombre important, ces prêtres « homos pratiquants » restent une MINORITÉ dans l’Église catholique (en revanche, ce que j’observe de plus en plus, c’est que ce sont les frères de sang des prêtres catholiques qui ont tendance à faire des coming out ! C’est mon cas puisque mon grand frère est prêtre, mais j’ai eu l’occasion de le constater dans la famille de beaucoup de jeunes prêtres ; dans les cas connus, le frère jumeau du cardinal Jean Daniélou). Parfois une minorité puissante, qui exerce des chantages dignes d’une mafia gay (je pense à l’inadmissible groupuscule d’ecclésiastiques homosexuels qui exerce actuellement un petit pouvoir à la Curie romaine). Mais cette réalité d’Église n’enlève rien à la force et l’authenticité du célibat continent de l’ensemble des consacrés. Tout le contraire. L’Église catholique, parce qu’Elle est grande et belle, et qu’Elle est globalement conduite par des hommes et de femmes droits qui font ce qu’ils disent, ne souffrira pas excessivement de ces croyants non pratiquants qui La trahissent. Cependant, c’est pour ces prêtres égarés (et parfois blessés dans leur affectivité, voire malades : eh oui, appelons un chat un chat !) que j’écris ce code : s’ils me lisent, qu’ils se convertissent au plus vite, qu’ils se purifient, qu’ils reviennent en actes à ce qu’ils savent. Calmement, fermement, rapidement, et dans la joie. Le fardeau de la continence concrètement vécue est plus léger que celui de l’intuition non-actée de la vérité de la continence.

 

Lors de son passage à l’émission On n’est pas couché de Laurent Ruquier sur la chaîne France 2 le 1er octobre 2011, la religieuse-sexologue québécoise Marie-Paul Ross disait que ce qui l’a poussée à écrire son essai Je voudrais vous parler d’amour et de sexe (2011), c’était la grande détresse dans le domaine de la sexualité qu’elle avait entrevue au contact de ses compagnons prêtres et moniales. Je me situe dans la même démarche, cette fois sur le sujet spécifique de l’homosexualité. C’est de l’intérieur que l’Église doit se sanctifier et devenir ce qu’Elle est. C’est par les actes – non pas qu’on est sauvés (car l’Amour n’est pas une question de mérite) mais – qu’on trouve le vrai bonheur.

 

Je finirai en proposant une porte de sortie à tous ces prêtres gays « pratiquants » qui se reconnaissent dans la lecture de ce code, qui savent très bien intellectuellement tout ce que j’écris, mais qui n’ont pas de lieu pour en parler. Un ami prêtre catholique solide, d’une discrétion absolue, et d’une profonde écoute, en tombant sur mes lignes, s’est spontanément proposé pour créer une sorte de « Conversion Info Service », et pour accueillir tout prêtre qui aurait besoin de parler avec un véritablement « frère de ministère » (que je ne suis pas ^^). Une seule adresse : jeveuxaimer@live.fr

 
 

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Sans rancune, frère Paul ! (et vive les dominicains !)

 

Pendant l’été 2002, alors que je venais de faire mon coming out à mes parents et que j’apprenais à découvrir le « milieu homosexuel » à travers les associations, les établissements gay friendly, et Internet, j’avais décidé de partir à la rencontre de mes amis internautes de Caramail en faisant un petit Tour de France, parfois en stop, parfois en train, entre Paris, Orléans, Montpellier, et Marseille. La dernière étape de mon parcours était Marseille. Le « carapote » que je devais voir n’avait pas de quoi me loger. Me retrouvant à la rue, j’ai donc pris sur moi pour aller sonner au couvent des frères dominicains de Marseille, car mon grand-frère fait partie de l’ordre, et donc j’espérais que mon lien de parenté avec ma « presque-belle-famille » et l’hospitalité chrétienne me serviraient de passeport… ce qui fut en effet le cas ! Le frère Jean, un type super, m’a accueilli chaleureusement au portail et m’a laissé une chambre sans me demander aucune explication ni argent. En toute gratuité (…bref, en clair, le frère Jean est un homme de Dieu !) Comme il m’avait en plus laissé les clés de cette oasis spirituelle en plein cœur de la cité grouillante, je pouvais sortir à loisir le soir dans les bars homos marseillais et revenir à l’heure que je voulais : le pied !

 

Un midi, les six frères dominicains qui résidaient à cette période dans le couvent m’ont gracieusement offert le repas. Comme je ne pouvais pas donner la vraie raison de ma mystérieuse présence, et que les religieux qui m’entouraient n’osaient pas, par pudeur ou par indifférence, me la demander, ils ont commencé à me poser tout un tas de questions inintéressantes sur la pluie et le beau temps : quels sont les coins de ma région natale choletaise et angevine intéressants à visiter ? quels sont les plats typiques à déguster là-bas et quelle est l’histoire de la Vendée et du Maine-et-Loire ? quels sont les intellectuels espagnols que j’ai lus ? etc. etc. Les références qu’ils me citaient m’étaient inconnues. Je n’étais pas, je le voyais bien, à la hauteur de l’érudition qu’ils attendaient de moi. En plus, je n’ai jamais eu l’esprit très pratique ; pour me repérer géographiquement dans l’espace, par exemple, mémoriser le nom des rues, les marques de voitures ou de fringues, ou bien pour retenir des anecdotes historiques précises de sujets qui ne m’intéressent pas, j’ai toujours été une bille… J’avais envie de leur répondre qu’à part la marque du dernier vernis à ongles d’Alizée, je ne connaissais pas grand chose… Je sais juste que Dieu est amour pour tous les Hommes, et que je suis aimé spécialement par Lui : ça me suffit pour vivre heureux ;-). Comme les dominicains sont un ordre prêcheur et intellectuel, certains frères aiment étaler leur science et vous démontrer qu’ils connaissent mieux votre vie (qui est censée pourtant leur être étrangère) que vous-même, pour gagner la joute verbale, pour vous transformer en imbécile, et ne pas vous écouter. C’est exactement ce qui s’est passé avec le jeune frère asiatique Patrick Nguyen qui, en me voyant aussi peu affable sur le cours de la maugette (= le haricot blanc de la Vendée) et le classement des ventes de Coteaux du Layon en France, m’a demandé devant tout le monde si je comptais un jour publier mes mémoires. J’avais déjà songé à l’écriture d’un livre après la rédaction de mes travaux universitaires, mais je me suis bien gardé de le dire et de dévoiler que je venais à Marseille pour sortir dans les établissements gay, rencontrer des internautes homosexuels, et nourrir ma réflexion sur le « milieu homo ».

 

C’est alors que ce gentil ecclésiastique, fier de son cerveau, sûr de ses bons mots et de sa supériorité intellectuelle, a rajouté : « Quel nom pourrions-nous leur donner, à tes mémoires ?… Ah oui ! Je sais ! Et si on les appelait « Memorias de un Burro » ? » (traduction de l’espagnol : « Mémoires d’un Âne ») Sa question acerbe ne demandait pas de réponse. Un seul des frères l’a entendue, comprise, et s’est montré choqué par la méchanceté gratuite de son confrère. Les autres n’ont pas relevé. Sur le coup, il m’a fallu dix bonnes secondes pour comprendre que je venais de me faire « casser » sévère… donc c’était trop tard pour répliquer. Je m’en suis voulu, après-coup, de ne pas avoir répondu du tac o tac, et d’avoir laissé ce cher frère Patrick Nguyen dans une arrogance que j’ai malheureusement observée chez un certain nombre de frères dominicains (arrogance qui me semble d’autant plus inacceptable qu’elle vient de personnes qui ont pour vocation première l’écoute et l’humilité).

 

Mais avec quelques années de recul, aussi bizarre que cela puisse paraître, cette histoire me plait énormément, et arrive même à me faire rire. Je me dis que si un jour, dans 50 ans, j’avais à écrire ma vie (chose qui semble peu probable… en tout cas difficile à dire du bas de mes 30 ans), ou si un essayiste avait l’idée de se pencher un jour sur ma vie pour en faire une biographie, le titre choisi par ce frère dominicain serait parfait. Car c’est tout à fait ça ! Je suis un véritable âne, dans tous les sens du terme ! Têtu comme un Aragonais, inculte comme un teen-ager, incapable comme un mec homo ! Tu avais raison, Patrick.

Je suis une folle de Dieu !

(Questions initialement suggérées par une journaliste de l’1visible)

 

Meilleure 6 volant sourire

Photo : Louvre, Paris, novembre 2012, par Jean-Baptiste Bonavia

 

 Philippe Ariño, vous vous dites ouvertement homosexuel et pourtant catho. Ça semble paradoxal, non ?

C’est sûr. Et ça serait en effet une parfaite hypocrisie si je n’étais pas continent (= abstinent pour Jésus), car la pratique homosexuelle et la fidélité concrète à l’Église-Institution catho, sans être opposées, me semblent déchirantes et inconciliables. On ne peut pas, en amour, servir deux maîtres. La continence, je le remarque dans ma vie et dans celle de mes amis homos cathos, est le seul choix de vie – quand le mariage femme-homme ou le célibat consacré ne sont pas envisageables – qui permet une totale réconciliation entre notre dimension homosexuelle et notre pratique religieuse. Beaucoup de cathos homos essaient de faire croire que le compromis entre l’homosexualité actualisée sous forme de couple (même dit « chaste », « hors milieu », « homophile » et « homo-sensible ») et la pleine fidélité à la foi ecclésiale serait idéal d’être « (à peu près) possible »… mais concrètement, ils sont en rupture avec la communauté homosexuelle et/ou en rupture avec l’Église-Institution. Et c’est logique : une fois que le désir homosexuel est pratiqué ou perçu comme fondamental, il n’est plus seulement expliqué mais justifié, et je remarque qu’il n’est alors pas identifié ni assumé. Il est vécu comme une honte. Je vérifie également que dès qu’une personne catholique décide de croire à l’amour homosexuel, même bien avant de franchir le cap de la composition d’un couple, elle prend progressivement ses distances avec l’Église-Institution. C’est quasi systématique. C’est donc qu’il y a bien une incompatibilité foncière entre pratique/croyance homosexuelle et foi catholique. En ce qui me concerne, j’ai découvert la grande liberté de parler ouvertement du désir homosexuel qui m’habite et d’être pleinement catho dans la continence et l’amour de l’Église catholique vaticane. Depuis que je suis continent (janvier 2011 : arrêt définitif du porno, de la drague homo et de la masturbation), je constate un rayonnement social, artistique, intellectuel, amical, spirituel, familial, ecclésial que je n’avais jamais connu. Et pourtant, avant, je n’avais déjà rien d’un asocial !

En vous présentant comme homosexuel et comme spécialiste de la culture homosexuelle, vous n’avez pas l’impression de vous enfermer dans un thème, et quelque part de vous contredire en justifiant l’homosexualité ?

Vous dites peut-être ça parce que vous croyez que dès que quelqu’un emploie le mot « homosexualité », il la justifie. Or moi, je ne fais qu’en parler et dire qu’elle est existante, pour précisément ne pas en justifier la pratique et pour laisser le désir homosexuel à sa juste place d’« élan parfois profond mais non fondamental. » Mes deux identités fondamentales sont celles de garçon d’une part et d’Enfant de Dieu d’autre part. C’est bien tout ! Je me définis aussi comme une personne homosexuelle, parce que l’attirance sexuelle que je ressens est bel et bien là dans mon corps, mais je ne me réduis pas définitivement à celle-ci. Je suis un mystère à moi-même. L’analyse du désir homosexuel m’apprend à la fois qui je suis et qui je ne suis pas.

Je reconnais que ma démarche d’appel à la valorisation de la culture homo peut sembler de l’extérieur paradoxale, voire dangereuse. Comme si je jouais avec le feu, ou que je m’enfermais dans une caricature de moi-même. Mais en réalité, je crois que plus on se voile la face par rapport à son désir homosexuel et on cherche à s’en éloigner théâtralement ou dans la révolte, plus on se donne des excuses et des risques pour l’actualiser : je le vois chez la grande majorité des individus homosexuels. Ils méprisent la culture homosexuelle et le « milieu », nient leur tendance ou au contraire la sacralise, pour, en douce, se justifier de pratiquer l’homosexualité soi-disant « pas comme le commun des homos ». Pour ma part, je préfère de loin m’approcher de mon désir homosexuel pour finalement mieux m’en distancer. C’est la liberté de l’approche distanciatrice, en quelque sorte : je ne nie pas la marque du mal dont je suis porteur et donc je ne risque pas de me confondre avec.

Enfin, il suffit de constater dans mes écrits à quel point je connecte l’homosexualité aux fractures les plus diverses de la société et à la violence universelle (divorces, non-rencontre entre l’homme et la femme, perte de vitesse de l’amitié, société matérialiste, prostitution, crise économique et morale, guerres, refus humain de Dieu, etc.) pour comprendre que mon travail d’identification du désir homosexuel n’est pas une tentative d’enfermement de l’homosexualité dans une espèce humaine particulière ou dans la justification voilée d’un « amour homosexuel formidable », mais bien un prétexte pour parler d’Humanité et de sexualité au sens large, pour faire comprendre aux non-croyants et aux croyants que l’Église catho a tout compris des blessures humaines de notre société.

Ça ne vous gêne pas d’être étiqueté « catho et homo » ? Vous n’avez pas peur d’être instrumentalisé par l’Église ?

La seule personne à qui j’accepte de m’offrir totalement, de qui je consens d’être l’objet et le sujet, c’est bien l’Église catho ! Alors allez-y, amis croyants pratiquants ! Servez-vous de mon témoignage, profitez-en ! Ceux qui ont peur que je serve de caution morale à mon Église sont finalement les mêmes qui méprisent les cathos et qui ne comprennent pas que stratégiquement, mon expérience ne peut absolument pas servir de matraque homophobe, de trophée ou de pommade pour se rassurer de ne pas être homo, car l’homosexualité est justement un miroir des relations homme-femme défectueuses, des divisions des êtres humains avec l’Église, et même au sein de l’Église catho, dont les personnes qui pourraient me récupérer sont responsables. Donc vouloir utiliser mon témoignage en vue de nier ses propres souffrances ou sa collaboration sociale aux pratiques homosexuelles, vraiment, c’est un mauvais calcul…

Vous considérez-vous comme un converti ?

Oui et non. Je veux bien qu’on parle de « conversion » à mon sujet, mais uniquement dans la mesure où mon choix de la continence n’est pas envisagé comme magique, volontariste, obligé, unique, par défaut, survenu après de grosses déceptions sentimentales. Au contraire, je le pose librement, positivement, progressivement, dans une continuité et l’incertitude. Ça, oui. Bref, ma conversion en est une parce qu’elle est non-spectaculaire. Au final, elle est comme le mystère de la Croix de Jésus : grave et joyeuse en même temps.

 Après, mis à part l’interview que j’ai faite en 2011 pour la revue La Croix avec la journaliste Joséphine Bataille ainsi que mon témoignage à l’aumônerie de la UCO à Angers (le premier témoignage où je parlais ouvertement du lien entre mon homosexualité et ma foi) qui ont agi comme de véritables déclics pour que je me mette à être vraiment continent et à me sentir responsable de ma cohérence, je ne peux pas dire qu’il y ait eu un avant et un après conversion. D’ailleurs, je ne me présente ni comme un « ex-gay », ni comme un « repenti de l’homosexualité ». Je n’ai pas de grand miracle paranormal à raconter. Je suis tous les jours converti par le Seigneur, et j’ai toujours été croyant pratiquant. Je n’ai rien d’un obsédé de la continence. Je ne fais qu’essayer d’aimer l’Église-Institution, et c’est ça qui me rend juste et bon, intègre et solide comme un roc dans l’abstinence. Même si je présente la continence et l’amitié désintéressée comme le chemin le meilleur pour les personnes homosexuelles, je ne dis pas pour autant que le reste (= le couple homosexuel), « c’est de la merde » ou « c’est mal ». Le meilleur n’est pas l’ennemi du bien. Il est juste… mieux !

Certains me demandent comment j’ai fait pour « m’imposer » la continence. Ils ne se doutent pas que le plus dur dans celle-ci, ce n’est pas de la vivre : c’est de savoir qu’on doit la pratiquer sans la pratiquer concrètement, parce qu’on négocie encore trop avec l’enfant capricieux qui est en nous. Le plus dur, c’est aussi de continuer à s’imposer le poids de la croyance en l’amour homosexuel. Ça, c’est le vrai boulet de l’histoire ! Mais sinon, une fois qu’on est vraiment continent, on se dit : « Ah bon ? Ce n’était que ça ? ». Le joug du Jésus est léger, je le rappelle ! Je n’ai jamais été aussi simple et heureux que depuis que je suis continent et que j’ai renoncé aux sentiments amoureux homosexuels !

Finalement, le miracle indéniable dont mon parcours homosexuel peut être le signe, c’est que la pétasse homosexuelle décervelée, le fan de Lorie et de Céline Dion que je suis, se met maintenant à être écouté passionnément des évêques ! Ça, oui, ça tient du surnaturel ! La pierre de l’homosexualité qui était le caillou dans la chaussure de certains ecclésiastiques devient la pierre d’angle actuelle de l’Église ! C’est à peine croyable… Je suis une folle de Dieu ! Et l’Église s’en réjouit avec moi !

Église catholique et personnes homos : l’absurde opposition, l’absurde amalgame

Église catho et personnes homos : l’absurde opposition ; l’absurde confusion

 

 

Dans la tête de beaucoup de gens, homosexualité et foi catholique ne peuvent pas aller ensemble. Un catho homo est soit un extra-terrestre, un maso, une « honteuse », une « folle bourgeoise »… ou alors carrément un prêtre ! Dans les profils dressés par les internautes gay sur les sites de rencontres homosexuels, quand l’appartenance religieuse est spécifiée, il est massivement écrit « Je suis athée » ou bien « croyant mais non pratiquant ». Il est extrêmement rare de trouver parmi la population homosexuelle des individus catholiques pratiquants et fiers de l’être, et surtout réconciliés avec l’institution catholique. La poignée de catholiques homos se revendiquent solidaires de Dieu mais non de son Église, dont ils se disent injustement rejetés. Cette frontière entre homosexualité et foi n’est pas uniquement le fait des personnes homosexuelles, croyantes ou non. Elle est aussi construite par les croyants catholiques dits « hétérosexuels » qui affirment défendre la famille et ne pas manger à la même table des êtres « au penchant mauvais ».

 

 

Les dissensions entre la grande majorité des personnes homosexuelles et l’Église catholique ne datent pas d’hier. Lorsque les artistes homosexuels abordent iconographiquement le sujet religieux, ils choisissent presque toujours en toile de fond la perte de la foi et le blasphème. Mais parfois, la frontière entre agression picturale envers le clergé et agression réelle est franchie, et ceci, de plus en plus ouvertement et impunément (c. f. l’interruption de la messe de Notre-Dame de Paris en 1991 par Act Up, le mépris quasi systématique des ecclésiastiques ou des théologiens moralistes lors des débats télévisés ; l’altercation entre des catholiques intégristes et les participants au récent « kissing » devant Notre-Dame de Paris ; etc.). Beaucoup de personnes homosexuelles dénigrent la religion, alors que leur désir de foi occupe paradoxalement une part importante de leur identité de femmes et d’hommes. Seul ce que nous idolâtrons et aimons mal en croyant l’aimer follement peut nous trahir, et donc mériter à nos yeux notre vengeance. Ce qu’écrit Marguerite Radclyffe Hall dans Le Puits de Solitude (1928) est, pour cette raison, d’une étonnante actualité : « De nombreux invertis étaient profondément religieux et c’était sûrement l’un de leurs plus amers problèmes. »[1]

 

L’Église catholique en veut-elle vraiment aux personnes homosexuelles ? Vu ce qu’en montrent certains media, elles ont apparemment toutes les raisons de le croire. Et dans les faits, quelques-unes ont fait l’objet de réels rejets de la part d’ecclésiastiques et de certains fidèles à une époque où elles cherchaient une main tendue. Par conséquent, elles en déduisent que foi et homosexualité sont totalement incompatibles. Du côté des Évangiles, rien ne sert d’euphémiser. Le peu que dit la Bible sur les actes sodomites est sans appel : les actes génitaux et érotiques homosexuels ne sont pas acceptés[2], et depuis 2000 ans, l’Église n’a pas changé d’un iota son discours les concernant. Le Pape actuel, Benoît XVI, a bien écrit, lorsqu’il était encore cardinal, que les actes homosexuels étaient « intrinsèquement désordonnés »[3]. Tout semble donc indiquer que l’Église actuelle ne changera pas d’orientation quant à l’homosexualité pour les années à venir.

 

Cependant, si l’on prend un peu le temps de s’y intéresser, on découvre que la plupart des exclusions de personnes homosexuelles au sein de l’Église catholique, quand elles ont réellement eu lieu et qu’elles ne sont pas le fruit de projections farfelues, de susceptibilités et de paranoïas en tout genre (ce qui est plutôt rare !), restent des cas très isolés. S’il y a rupture entre l’Église et la communauté homosexuelle, elle est due dans son ensemble à certains croyants et ecclésiastiques qui n’en méritent même pas le nom parce qu’ils utilisent la foi plus pour haïr les autres que pour les aimer, et à des personnes homosexuelles qui s’écartent de l’Église en se prenant pour leurs actes et en partant du principe qu’elles seront jugées avant même de vérifier concrètement si cela serait vraiment le cas.

 

Par ailleurs, il est très exceptionnel d’entendre un prêtre ou un fidèle catholique encourager une personne homosexuelle à se convertir à l’hétérosexualité ou à refouler ses penchants homosexuels « mauvais » et « transitoires ». Parmi les prêtres que nous sommes amenés à rencontrer (et qui se disent parfois ouvertement homosexuels, mais ces derniers sont plus rares que les media ne le croient), certains encouragent même à la conjugalité homosexuelle. La seule réaction négative qu’on peut parfois trouver n’est pas le rejet mais la déception ou la tristesse, surtout de la part de vieux prêtres peu à l’aise avec la question. Cette réaction s’explique en partie par le choc culturel ou générationnel : il n’est pas toujours facile pour certains clercs de s’adapter aux réalités d’un monde en mutation accélérée… En plus, ils ne voient pas beaucoup de jeunes croyants dans leurs églises occidentales. Quand ces derniers leur annoncent la bouche en cœur qu’ils sont homos, alors même que ces curés âgés les accueillaient avec un enthousiasme juvénile, d’un coup d’un seul, la baraque s’écroule à cause d’un petit mot, « homosexualité », qui leur évoque à la fois une réalité qu’ils ignoraient il y a encore cinquante ans de cela et qu’ils ne veulent pas, à juste titre, valider en tant qu’« identité profonde de l’individu », ou bien qui les renvoie directement à leur propre expérience – parfois vacillante – de la sexualité et aux curieux scandales de pédophilie qui secouent l’Église catholique (je dis « curieux » car en proportion, il y a très peu de prêtres pédophiles comparé d’une part à la population masculine dans sa majorité, et d’autre part à l’ensemble des prêtres qui fait aujourd’hui un travail admirable de par le monde et dont les media ne parlent jamais. Les religieux, par leur choix de vie particulier et leur expérience souvent heureuse de la chasteté et du célibat continent, rappellent à leur société ses propres frustrations et son enchaînement à la génitalité, … donc forcément, ils ne sont pas souvent appréciés à leur juste valeur).

 

 

Concernant plus particulièrement les textes évangéliques, il semble démesuré de dire qu’ils sont homophobes. Ils ne se réfèrent pas une seule fois à l’identité homosexuelle, aux personnes homosexuelles, ni à l’homosexualité – dans le sens où la société l’entend aujourd’hui, à savoir une union d’amour entre deux personnes adultes identitairement déterminées par leur orientation sexuelle –, mais uniquement à un certain désir et aux actes qu’il implique parfois ; et encore… La mention de ceux-ci est perdue dans une liste de pratiques répertoriées comme peccamineuses par saint Paul, dans le contexte très particulier des persécutions des premiers chrétiens. Les lignes traitant directement des actes sodomites dans un ouvrage aussi gigantesque que la Bible ne se comptent même pas sur les doigts d’une main. Il est donc erroné de croire que la Bible parle d’homosexualité. Les paroles de Jésus, d’ailleurs, n’en font jamais mention.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles ne retiennent que les passages bibliques où les actes homosexuels sont lourdement condamnés. Mais elles délaissent ceux qui leur offrent des perspectives plus larges, car elles ont réellement le désir d’être maudites par le Ciel[4]. Manque de chance : la Bible n’est pas aussi dure avec elles qu’elles ne le voudraient. Dans sa lettre aux Éphésiens (3, 2-3), saint Paul révèle ce qu’il appelle « le mystère du Christ » : « Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. » La Bible n’a jamais énoncé que toutes les personnes homosexuelles grilleraient en enfer, ni qu’elles seraient sauvées à la condition de revenir sur le droit chemin et d’arrêter d’être homosexuelles. Elle dit carrément qu’elles sont déjà les premières sur le chemin de la sainteté, puisque la sainteté est d’abord don de Dieu avant d’être une question d’actes et de mérites personnels : « En vérité je vous le dis, les publicains et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu »[5] déclare Jésus (J’aurais pu également vous citer Gen, 18, versets 20-32). Les prostituées évangéliques précèdent les justes dans le Royaume des Cieux, non parce qu’elles sont réellement exemplaires, mais parce qu’elles espèrent le Salut tout en sachant que leurs actes n’y donnent pas droit. Elles attendent avec plus de foi la miséricorde reçue de Dieu que de bons croyants pétris de certitudes, qui n’espèrent rien de Lui, et qui se font auteurs de leur propre rédemption. Dans la Bible, il est marqué noir sur blanc que Dieu ne choisit pas des gens parfaits pour annoncer son Royaume, mais des fous. Je crois personnellement que ce sont elles, les « folles », qu’Il élit pour le révéler. « Ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages. »[6]Toute personne homosexuelle est donc, selon les Saintes Écritures, élue par Dieu pour l’annoncer, au même titre que tous les Hommes. À entendre le discours biblique, il n’y a donc aucune incompatibilité entre sainteté et homosexualité !

 

De même pour le discours officiel de l’Église catholique, je ne pense pas que la présomption d’homophobie pesant sur la Curie romaine soit valide. Le Pape Jean-Paul II est considéré par certains militants gay comme « l’une des voix les plus clairement homophobes de notre temps »[7], alors qu’il n’a jamais prononcé une seule fois le mot « homosexualité » de son vivant, ni condamné les personnes homosexuelles. Trois petits articles du Catéchisme de l’Église Catholique de 1997[8] abordent le sujet directement, en des termes certes explicites mais qui ne se dirigent pas contre les personnes homosexuelles, et encore moins contre « les homosexuels », mais simplement contre les actes homosexuels.

 

L’Église catholique n’a jamais dit que les personnes homosexuelles étaient pécheresses du fait d’être homosexuelles. Au contraire, Elle est désireuse d’accueillir les personnes qui se disent « homosexuelles », en prenant soin de dissocier les actes des individus qui les posent, ou bien les individus de leurs désirs de surface. Selon Elle, la parole graciante de Dieu reçue dans la foi justifie le pécheur, jamais le péché. Il ne peut pas y avoir d’état de péché de l’homosexualité pour la bonne et simple raison que le péché réclame la liberté et que les personnes homosexuelles n’ont pas choisi d’être homos. Nous ne pouvons pécher qu’en actes et en désir ; pas en tant que personne humaine, étant donné que l’Humanité a été rachetée en Jésus. Toute la difficulté est dans cette distinction apparemment limpide entre être et faire. À une époque où les media nous invitent à définir l’individu par ses actes – surtout génitaux – et ses désirs violemment actualisés, il apparaît en effet complètement hypocrite de faire la distinction entre les actes homosexuels et la personne homosexuelle. Mais en réalité, c’est le fait d’opérer l’amalgame entre l’être et le faire qui enferme l’individu, et non la distinction entre les deux. Démêler l’être et le faire, c’est reconnaître l’existence de notre liberté, nous sauver du déni et de la diabolisation de nous-mêmes. Certes, nous sommes toujours un peu le reflet de nos actes dont nous avons à porter la responsabilité. Mais aux yeux de l’amour et de la foi, un Homme reste toujours plus grand que les actes qu’il a commis, si graves et honteux soient-ils. Pour l’Église catholique, ce qui compte d’abord, ce sont les personnes. Il me semble qu’Elle a tout à fait raison de dissocier la pratique sexuelle de l’identité sexuelle : c’est son entêtement à marquer la frontière qui crée le lien entre foi et homosexualité, qui dit que les personnes homosexuelles ont tout à fait leur place dans l’Église en tant qu’Hommes habités par un désir homosexuel réel et reconnu comme tel, et non simplement en tant qu’Hommes comme les autres ou en tant qu’« homosexuels ». Les personnes homosexuelles ne sont pas comme les autres, et l’Église ne tient absolument pas à ce qu’elles changent foncièrement. Elle souhaite simplement qu’elles mettent leur identité la plus profonde, celle d’Enfants de Dieu, avant leur identité secondaire de personnes homosexuelles.

 

Par ailleurs, à travers tous les motifs iconographiques mis en exergue dans mon livre pour montrer que le désir homosexuel est davantage un désir déstructurant qu’un désir humanisant[9], il nous est possible de mesurer l’intelligence et l’étonnante modernité du message ecclésial sur l’homosexualité. L’Église catholique a tout à fait raison de reconnaître le couple homosexuel comme une réalité fantasmée plutôt que comme une réalité positive à promouvoir universellement. Quand le Pape Benoît XVI énonce que les actes homosexuels sont « intrinsèquement désordonnés », j’abonde dans son sens. L’inclinaison homosexuelle tend en effet vers des comportements par nature unifiants-dispersants. C’est son essence. Il a osé le dire, ce qui est courageux de sa part.

 

Nous pourrions penser que le conflit entre la communauté homosexuelle et l’Église s’origine sur une accumulation complexe de débats concernant une infinité de sujets (et surtout ceux qui ne se rapportent qu’aux points de morale sexuelle : virginité avant le mariage, contraception, célibat des prêtres, ordination des femmes, préservatif, avortement, etc.). En réalité, c’est plus simple que cela. Il n’y a qu’un seul point doctrinal créant le litige entre la communauté homosexuelle et l’Église catholique : il s’agit de la divergence de compréhension du péché originel[10], et plus radicalement de la foi – ou le manque de foi – en la primauté du Bien sur le mal, en l’originalité-finalité radicale de Dieu. Pour l’Église catholique, le péché est postérieur à la création de l’Homme – il est secondaire et non-essentiel à l’être humain puisque Dieu, l’alpha et l’oméga de l’existence du monde, l’a vaincu –, alors que pour la grande majorité des personnes homosexuelles, il est antérieur et donc essentiel à l’Homme. Comme le souligne à juste raison Flora Leroy-Forgeot à propos du désir homosexuel, « la dualité entre inné et acquis ainsi qu’entre primaire et secondaire est sous-tendue par la référence culturelle au péché originel : pour l’Église, le bien est primaire et le mal est secondaire. »[11] En posant l’existence de Dieu et du Désir avant l’existence de l’Homme et de ses désirs humains mi-bons mi-mauvais, l’Église catholique affirme que le désir homosexuel n’est ni totalement inné ni totalement acquis – il est peut-être les deux –, mais en plus, qu’il n’est pas le désir profond qui a aimé l’Homme en premier, à savoir le Désir divin, ce qui ne manque pas de gêner la communauté homosexuelle qui voudrait diviniser le désir homosexuel et l’Homme qui le ressent pour les rendre totalement innés/auto-créés ou totalement acquis/objets, complètement bons ou complètement mauvais. L’Église catholique ne veut pas d’une part confondre l’Homme avec ses désirs de surface, ni d’autre part le considérer comme un fétiche. Elle souhaite au contraire lui reconnaître son identité profonde d’Enfant de Dieu, et insister sur le fait que le Bien est plus fort que le mal et que les désirs duels, chose qui paraît inconcevable à beaucoup de personnes homosexuelles qui pensent que le péché originel a séparé à jamais l’Homme de Dieu, et a fait de l’être humain un dieu tout-puissant divisé et un diable. La majorité des personnes homosexuelles postulent que le mal est premier et le Bien est second – ou, ce qui revient presque au même, qu’ils sont deux forces équivalentes s’annulant l’une l’autre[12] –, contrairement à l’Église qui place Dieu aux extrémités de l’existence humaine et qui ne parle pas du désir homosexuel en termes de mal ou de Bien, mais de désir secondaire par rapport au grand Désir qui a habité l’Homme en premier et qui, si l’être humain l’accepte, le consumera éternellement à la fin des temps. Là où l’Église dit qu’à l’origine est le Verbe de Dieu, c’est-à-dire la Parole de vie, la communauté homosexuelle réplique, comme Didier Éribon dans Réflexions sur la Question gay, qu’« au commencement il y a l’injure ». Seul le regard sur l’origine de la vie change.

 

Généralement, les personnes homosexuelles ne font que dresser sur le véritable visage de l’Église la toile de leurs propres fantasmes. Pour se venger de celle qu’elles ne connaissent que de loin ou trop mal, elles en constituent des clichés à la sauce libertine. Nous voyons toujours dans leurs fictions les mêmes personnages : les nonnes violées, les prêtres pervers ou rétrogrades, les gamins pissant dans les bénitiers, les femmes bigotes, leurs maris frustrés et angoissés, les croyants fondamentalistes illuminés, les papes homos, les Christs transsexuels, etc.. Ces portraits se veulent ultra-corrosifs et inédits, alors qu’en réalité, elles seules, avec la petite nébuleuse des catholiques intégristes dont elles pourraient gonfler (ou gonflent) sensiblement le nombre, arrivent encore à les trouver réalistes et à s’en offusquer. Nous les entendons figer l’Église à une époque virtuelle (médiévale… ou carrément futuriste, avec un Dieu-businessman !) par des abus de langage complètement caricaturaux et des anachronismes qui seraient risibles s’ils traduisaient une provocation lucide/utile. Seulement, les guerres de religion, les commandos anti-IVG, l’Inquisition, la colonisation sauvage, la misogynie de certains clercs, la collaboration aux régimes fascistes, le massacre de la Saint Barthélemy, le silence sur les camps de concentration, la période d’appât du gain et du pouvoir de l’Église-institution, l’interdiction absurde de certains ecclésiastiques sur le préservatif, les violations de la dignité humaine au nom de l’annonce de l’Évangile, les scandales au sujet des prêtres pédophiles (dont on entend énormément parler en ce moment), l’insupportable et racoleuse « papemania » JMJiste, la condamnation religieuse « des homos », certaines missives assassines de Tony Anatrella, le christianisme stigmatisant les plaisirs corporels, ne sont que des détournements de l’Église, qui ne disent rien de l’Église elle-même.

 

 

Seules certaines personnes homosexuelles, aux côtés de la poignée de croyants (méritent-ils de s’appeler « catholiques » ?) intolérants voulant envoyer la communauté homosexuelle en enfer à cause de leur interprétation littérale de la Bible, construisent la mystique catholique homophobe. En effet, qui, je vous le demande, se focalise sur le lien entre homosexualité et péché, avant d’attribuer leurs propos mensongers à l’Église réelle, sinon elles ?[13] L’Église catholique ne considère pas le péché comme originel – pour elle, seul l’amour est originel ! – ni comme proprement homosexuel. De même, jamais l’Église catholique n’a fait l’association du Sida à une punition divine, à un châtiment de Dieu bien mérité, comme cela est par exemple montré dans le documentaire « L’Homophobie, ce douloureux problème » (2000) de Lionel Bernard. Il n’y a que les sectes millénaristes et certains membres de la communauté homosexuelle qui ont transformé la maladie en matraque céleste destinée spécifiquement aux personnes homosexuelles.

 

Actuellement, la confusion qu’opèrent beaucoup d’individus homosexuels entre l’Église catholique et les sectes « chrétiennes » de souche protestante (ou catholique intégriste), particulièrement prolifiques aux États-Unis et dans le reste du monde, relève d’une profonde méconnaissance de la réalité religieuse actuelle[14]. Dans leurs films, un certain nombre de réalisateurs homosexuels tracent le portrait de membres complètement illuminés de ces protestantismes frelatés, cultivant ainsi les amalgames les plus caricaturaux dans l’esprit des spectateurs européens non-avertis qui, en mettant toutes les religions dans le même panier, sont tentés de les confondre avec les croyants catholiques. Les groupes Exodus, Homosexual Anonymous, Ex gay, Focus on the family, l’association mormone Evergreen, apparus aux États-Unis dans les années 1970, avec leurs télévangélistes, leurs grandes messes émotionnelles, et leurs thérapies collectives pour « soigner les homos », n’ont rien à voir avec l’Église catholique ni l’Église protestante traditionnelle. Quant aux associations homosexuelles chrétiennes actuelles en France – Devenir Un en Christ, David et Jonathan –, elles ne sont pas des associations d’Église, c’est-à-dire commanditées par le Vatican, mais simplement des confédérations créées à côté de lui pour bien souvent le contester. Quand on sait en plus qu’actuellement, elles ont tendance à se diriger massivement vers l’agnosticisme et le protestantisme, nous comprenons très vite qu’elles ne méritent même pas le titre d’« associations homosexuelles catholiques ».

 

Au lieu de se désintéresser de l’Église, beaucoup de personnes homosexuelles sont obsédées par elle, ou plutôt par l’image diabolisée ou sacralisée qu’elles s’en font et qu’elles cherchent à incarner. Comme elles ne veulent pas s’attacher à une institution ecclésiale en particulier, elles se plient à un fondamentalisme athée – elles disent « humaniste » –, à une religion qui n’est pas encore clairement cataloguée socialement comme telle, mais qu’elles pensent être la seule juste. Nous pourrions la baptiser comme on veut : « Home-made Gay Religion », ou bien « Culte de l’Être suprême (= l’androgyne) », « Spiritualités plurielles et cosmiques », « Religion désincarnée », « Individualisme hédoniste et universaliste », « Secte des Cultures homosexuelles », « Gay Church », etc. Elles sont assez portées sur l’ésotérisme, les spiritualités de supermarché, la religion à la carte. Ce qui les attire dans la foi, c’est en général l’émotionnel collectif, la sensiblerie, la superstition, la magie, le spectaculaire, la sensation de bien-être, le refuge contre les épreuves de la vie, le recentrement sur soi… bref, tout ce que la foi authentique n’est pas mais qu’elles prennent pour la foi réelle et qu’elles attribuent aux « mauvais croyants » (parce que le pire, c’est que beaucoup d’entre elles se prennent pour les seuls bons croyants !). Leur fascination pour la religiosité-loisir, l’occultisme, le paranormal, les bondieuseries, les miracles, les philosophies New Age, les messes noires, etc., est connue[15]. Le plus sérieusement du monde, elles composent une parodie ecclésiale censée faire contrepoids à la réalité religieuse qu’elles ne connaissent pas – ou de trop près –, et qu’elles ont diabolisée à force de l’idéaliser. Loin de parler de rejet par rapport à l’Église catholique, on pourrait dire qu’il s’agit plutôt d’une adoration inversée. Beaucoup de personnes homosexuelles construisent une version transversale de la religion pour se convaincre ensuite que la caricature nouvellement créée est fidèle à la vraie religion, et pour rejeter ouvertement devant les autres et la vraie religion et sa caricature… comme cela, elles se gargarisent de faire d’une pierre deux coups.

 

 

Cette passion inavouée pour l’« Ennemi catholique » se traduit en général chez elles par une imitation inconsciente et volontaire des caricatures qu’elles se sont faites de lui. Elles adoptent souvent de l’Église une version kitsch en ne choisissant de portraiturer que des grenouilles de bénitiers frustrées et superstitieuses auxquelles elles s’identifient, parce que ces grenouilles, ce sont partiellement elles quand elles obéissent à leur désir homosexuel : la bourgeoise-prostituée pénétrant dans une église après s’être fait violée est une icône gay classique[16]. Elles reprennent dans leurs écrits les thèses libertines traditionnelles – telles que l’union homosexuelle de Jésus et de saint Jean, la liaison entre Marie-Madeleine et Jésus, l’amitié biblique entre David et Jonathan, ou entre Ruth et Noémie, l’homosexualité de saint Paul, etc. –, utilisent abondamment les symboles christiques, fondent des congrégations – notamment les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence –, suivent fidèlement le Pape dans tous ses déplacements (l’Europride à Paris en 1997 juste après les Journées Mondiales de la Jeunesse ; la première Worldpride à Rome, toujours après les JMJ de Rome en 2000 ; la Worldpride de Jérusalem en 2005 ; la présence d’un groupe de militants homosexuels aux JMJ de Cologne en 2005 ; etc.), font de leurs rassemblements ou de leurs concerts de grandes messes-show. Elles réemploient (sans s’en rendre compte ?) le langage étiqueté religieux de leurs supposés ennemis, pour le détourner à leurs fins (on peut entendre des sujets transgenres dire avec une conviction grave qu’il nous faut « suivre le Droit Chemin de l’homosexualité »[17]). Elles ne font que reproduire ce qu’elles jugent aliénant chez les croyants pratiquants. La preuve qu’elles sont dans la projection par rapport au clergé, c’est qu’elles pensent que tous les prêtres catholiques sont des personnes homosexuelles refoulées[18]. Nous les entendons parfois dire avec assurance que 30 % des prêtres seraient « de la jaquette »[19]. Cette légende sur l’homosexualité refoulée des prêtres[20], parfois actualisée chez les ennemis des personnes homosexuelles ou chez leurs adorateurs, n’est majoritairement effective que sur les écrans, même si elle est relayée par les quelques figures cléricales médiatiques qui ont fait des coming out tapageurs (Salvador Guasch, José Montero, Jacques Perotti, Franco Barbero, Jacques Laval, Michel Bellin, Antonio Roig, Ernesto Jiménez, etc.)et qui se présentent comme les prophètes d’une nouvelle Église, plus « ouverte » et plus « tolérante » que l’Église de Rome[21]. Visiblement, beaucoup de personnes homosexuelles se sont confondues avec la caricature d’Église qu’elles ont créée…

 

 

Maintenant, concernant l’Église catholique – qui reste une masse humaine très hétéroclite, je le rappelle –, il faut reconnaître qu’il Lui reste aussi beaucoup de chemin à parcourir sur la question de l’homosexualité (… c’est peu de le dire !). Des penseurs catholiques comme Véronique Margron, Xavier Thévenot, Xavier Lacroix, ont fait énormément avancer la réflexion chrétienne sur le désir homosexuel par leurs écrits et leur douceur. N’en déplaisent à leurs détracteurs qui ne les ont même pas écoutés du simple fait qu’ils sont catholiques ou ecclésiastiques, ces intellectuels sont d’une ouverture étonnante[22]. Mais il reste des exceptions malheureusement.

 

Il ne faut cependant pas trop vite condamner les croyants catholiques. Je crois que leur fermeture et leur méfiance viennent plus d’une ignorance peureuse (qui repose parfois sur une croyance homophobe selon laquelle la connaissance de l’homosexualité n’appartiendrait qu’aux seuls « homosexuels ») que d’une fermeture ou d’une mauvaise volonté. Il faut reconnaître que la définition du désir homosexuel est objectivement difficile à faire (y compris la communauté homosexuelle la fuit ou l’empêche), car il ne s’agit ni d’un désir mauvais ni d’un désir pour autant idéal… donc avec ça, on a plutôt intérêt à tourner plusieurs fois la langue dans notre bouche avant d’en parler ! Personnellement, il m’aura fallu 6 ans pour définir ma gêne concernant l’homosexualité… alors je comprends aisément qu’une personne néophyte ou peu plongée dans la culture homosexuelle se sente démunie pour se positionner rapidement sur la thématique du désir homosexuel. Pour autant, je constate sur le terrain, étant moi-même une personne homosexuelle catholique-pratiquante, une frilosité et un retard considérable d’une grande partie de la population catholique, y compris de personnes éclairées et vivant dans des pays occidentaux. Il est, à mon avis, désolant d’entendre encore de la bouche de la majorité des personnes catholiques des arguments aussi simplistes que : « L’homosexualité, ce n’est pas dans le projet de Dieu car c’est dit dans la Bible. » ; «L’homosexualité n’est pas normale et le couple homosexuel rejète fondamentalement l’altérité. » ; « Dieu a créé l’homme ET la femme. Ce n’est pas par hasard. » Plus inaudibles encore sont les formules compassionnelles du genre : « L’Église, à la suite du Christ, nous apprend à toujours haïr le péché, mais à aimer les pécheurs. »J’ai l’impression qu’on est restés encore à l’âge de pierre quand j’entends ce type de discours. Intellectuellement, je les comprends, et parfois je pourrais les justifier. Mais je trouve qu’ils sont dénués de réflexion sur le désir homosexuel, sur les liens entre désir homosexuel et désir hétérosexuel, sur les liens non-causaux entre désir homosexuel et viol. Ce sont des arguments formulés par des individus qui se planquent derrière la Bible, derrière de beaux principes (la différence des sexes, l’accueil du pécheur, la guérison, etc.), pour ne considérer ni les personnes ni les drames qu’elles ont pu vivre. À propos de l’homosexualité, c’est comme si l’Église catholique arrivait au bon résultat par un mauvais chemin, un raisonnement bancal (… donc finalement, on n’est plus vraiment sûr de la justesse du résultat). Globalement, je trouve qu’Elle n’a pas encore trouvé ses mots pour parler d’homosexualité[23]. Par exemple, on ne sait pas ce qu’elle met derrière le terme flou et fourre-tout d’« actes homosexuels » (Pour moi, il n’y a pas qu’une seule manière de vivre son homosexualité ; tous les « actes homosexuels » ne sont pas mauvais : cela dépend de notre manière de vivre notre désir homosexuel, et celui-ci ne se vit pas qu’en termes génitaux ou violents). Autre exemple d’imprécision lexicale : l’Église fait trop souvent la grossière erreur d’employer le terme « hétérosexuel » comme synonyme de l’amour femme/homme alors qu’à la base, l’hétérosexualité est historiquement une défense de la bisexualité voire de l’homosexualité (Rappelons-le, le désir homosexuel et le désir hétérosexuel sont jumeaux ; et les couples hétérosexuels sont l’inverse des « couples femme/homme aimants »[24]) Et que dire des dérapages du Père Tony Anatrella, qui a pourtant beaucoup de mots justes, mais qui fait l’erreur de transformer l’amour homosexuel en parfaite antithèse de l’amour femme-homme en sacralisant la différence des sexes (« L’amour conjugal est le propre d’un couple formé entre un homme et une femme. L’attachement homosexuel est aux antipodes de ce type d’amour qui implique d’être dans l’altérité sexuelle. »[25]) ? … alors que chacun sait que d’une part il ne suffit pas que la différence des sexes soit là pour qu’elle soit respectée (bien des couples homosexuels s’aiment d’un amour plus fort que des couples composés d’une femme et d’un homme), et d’autre part que la différence entre couple homo et « couple femme/homme aimant » (je n’ai pas dit « hétérosexuel ») ne se dit pas en termes manichéens de « mal » et de « bien » mais se joue plutôt entre le « bien » et le « meilleur » (le bien ou le convenable – et quelques rares couples homosexuels de notre entourage sont « bien et convenables » – ne se convertit pas en « mauvais », en « laid » au contact du meilleur… même si la préférence pour le « meilleur », encouragée par l’éthique et la morale, hiérarchise forcément.)

Oui, parfois, j’ai mal à mon Église. Si imparfaitement humaine. Celle qui est formée des premiers pécheurs. Celle qui me suspecte parfois de « prosélytisme » ou de « relativisme » uniquement parce que j’évoque l’homosexualité sans la défendre. Celle qui ne parle que très rarement de nous, les « hommes homosexuels »… sauf pour nous dire qu’Elle nous accueille à la condition que nous changions, que nous nous taisions, que nous guérissions. J’aimerais que certains paroissiens que je connais n’aient pas peur d’appeler un chat « un chat », que par exemple ils ne remplacent pas la mention des personnes homosexuelles dans les intentions de prière universelle par des phrases passe-partout où la minorité homosexuelle a du mal à s’identifier (« Seigneur, nous te prions pour tous ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Apporte-leur ta lumière… »).

 

 

J’aime mon Église. Je l’aime à tel point que je comprends même qu’Elle se méfie du désir homosexuel, de son essentialisation sous forme d’« identité homosexuelle éternelle » ou d’« amour équivalent à l’amour femme/homme aimants ou à l’amour homme/Dieu ». Je comprends par exemple, non qu’Elle refuse, mais bien qu’Elle soit prudente concernant l’accueil des personnes homosexuelles dans les séminaires[26] (moi-même, je suis réticent à ce qu’une personne ayant une structure homosexuelle relativement fixe s’engage dans la prêtrise : pour qu’un homme soit un bon prêtre, bien dans ses baskets, il doit être suffisamment réconcilié avec son corps, son passé, avec les autres… et le désir homosexuel témoigne davantage d’un déséquilibre, d’une fermeture à la différence et au monde que d’une ouverture, en effet. Le désir homosexuel est le signe d’une blessure/fragilité qu’il convient de reconnaître, tout en privilégiant le cas par cas). Par ailleurs, je comprends que l’Église qualifie certains actes homosexuels d’« intrinsèquement désordonnés » (j’ai moi-même étudié dans mon livre la notion de désordre dans les œuvres homosexuelles et dans la vie des personnes homosexuelles). Et je cautionne l’appel ecclésial lancé aux personnes homosexuelles à la continence et à l’abstinence sexuelle (un appel pourtant scandaleux aux oreilles de beaucoup de personnes homosexuelles). Et c’est parce que j’aime mon Église, que je partage sa gêne concernant le désir homosexuel et que je La veux en voie de sanctification, que j’accepte encore moins l’idée qu’Elle puisse avoir raison sans savoir encore pourquoi, sans trouver les mots justes. Elle ne peut pas se permettre d’être peureuse face aux personnes homosexuelles. Elle ne peut pas fuir constamment le sujet et les individus homosexuels sous des prétextes fallacieux.

 

Je reprendrais pour finir les mots du jeune prêtre de 31 ans Pierre-Hervé Grosjean (un prêtre versaillais, pourtant… personne n’est parfait…^^) qui, lors d’une conférence sur l’affectivité en décembre 2006 à Saint Augustin à Paris, avait répondu à des questions tirées au chapeau… et il était tombé sur mon papier où j’avais écrit ce mot provocateur : « Est-ce qu’on peut trouver l’amour même quand on est homosexuel ? ». Il avait répondu de manière très juste à la question (je ne développerai pas ici sa réponse : autant lui demander directement), puis avait fortement encouragé l’assistance de jeunes petits bourgeois cathos (pas si « coincés » que ça…) à faire venir les personnes homosexuelles dans les églises : « Mais amenez-les-nous ! Invitez-les ! Si vous connaissez des personnes homosexuelles dans votre entourage, amenez-les-nous ! ». J’avais adoré. Moi, je n’attends qu’une chose : c’est qu’on nous invite, en effet ! J’attends toujours le carton d’invitation…

 


[1] Marguerite Radclyffe Hall, Le Puits de Solitude, Éd. Gallimard, Paris, 1928, p. 589.

[2] Pour ceux qui veulent aller vérifier, les seuls passages qui traitent de ces actes « homosexuels » sont Gn 19, 4-11 ; Lv 18, 22, 20, 13, et Jg 19, 22-30 ; 1 Sam 18-20 ; Rm 1, 26 ; 1 Cor 6, 9 ; et 1 Tm 1, 10.

[3] Joseph Card. Ratzinger, Déclaration Persona Humana sur certaines questions d’éthique sexuelle, Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 29 décembre 1975, n. 8.

[4] * Voir également la partie « Je suis maudit » de homosexualité noire et glorieuse et se prendre pour le diable dans le Dictionnaire des codes homosexuels.

[5] Mt 21, 31.

[6] Paul, 1 Cor. 1, 27.

[7] Pierre Albertini, « France », dans Louis-Georges Tin, Dictionnaire de l’Homophobie, Éd. PUF, Paris, 2003, p. 184.

[8] Jean-Paul II, Lettre apostolique Laetamur Magnopere : 15 août 1997, La Documentation Catholique 94, 1997.

[9] * Voir également désir désordonné dans le Dictionnaire des codes homosexuels.

[10] * Voir également la partie « péché ‘originel’ » de innocence dans le Dictionnaire des codes homosexuels.

[11] Flora Leroy-Forgeot, « Décadence », dans Louis-Georges Tin, Dictionnaire de l’Homophobie, op. cit., p. 121.

[12] Je vous renvoie aux pages sur le manichéisme dans le chapitre II de mon livre Homosexualité sociale. * Voir également se prendre pour le diable et focalisation sur le péché dans le Dictionnaire des codes homosexuels.

[13] Michel Dorais, Mort ou Fif, VLB éditeur, Québec, 2001, p. 75.

[14] * Voir également la partie « églises ‘protestantes’ » de attraction pour la « foi » dans le Dictionnaire des codes homosexuels.

[15] * Voir également attraction pour la « foi » dans le Dictionnaire des codes homosexuels.

[16] * Voir également la partie « bourgeoise-prostituée dans une église » de bourgeoise dans le Dictionnaire des codes homosexuels.

[17] C. f. la phrase de conclusion de l’exposé de l’homme transsexuel Natacha aux Journées Annuelles de Réflexion (JAR) de l’association David et Jonathan au Mont Dore, en 2004.

[18] Je ne suis pas en train de dire que cette légende est totalement infondée : il n’y a pas de cliché sans feu, et j’ai été amené à rencontrer quelquefois dans le « milieu homosexuel » des personnes homos qui exerçaient le métier de prêtre ou de diacre. Comme le dit Thévenot, « Il n’est pas rare, quoique cela ne soit pas systématique (comme on l’a parfois affirmé), que l’homosexualité soit une des composantes de la prêtrise. » (Xavier Thévenot, Homosexualités masculines et morale chrétienne, Éd. du Cerf, Paris, 1985, p. 181)

[19] * Voir également curés gay dans le Dictionnaire des codes homosexuels. L’idée des prêtres gay ou du séminaire comme « repaire d’homosexuels » était déjà un des arguments avancés par les nazis pour persécuter les personnes homosexuelles : « J’estime qu’il y a dans les couvents 90 ou 95 ou 100 % d’homosexuels. (…) Nous prouverons que l’Église, tant au niveau de ses dirigeants que de ses prêtres, constitue dans sa majeure partie une association érotiques d’hommes, qui terrorise l’humanité depuis mille huit cents ans. » (Heinrich Himmler, discours du 18 février 1937, cité dans Jean Boisson, Le Triangle rose, Éd. Robert Laffont, Paris, 1988, p. 73)

[20] En plus de cela, l’homosexualisation systématique des prêtres dénote d’une certaine homophobie, y compris chez les apparents défenseurs gay friendly de la cause homosexuelle (amalgame entre homosexualité et pédophilie par exemple, ou bien association, chez les personnes qui ne voient dans le prêtre qu’un homme intolérant et mal dans sa peau, entre homosexualité et frustration, homosexualité et vice).

[21] On entend souvent de leur part l’idée selon laquelle Dieu les aurait voulu/créé homosexuels, qu’Il leur aurait donné leur petit copain, et qu’Il bénirait quand même leur union quoi qu’en dise l’Église officielle « poussiéreuse » de Rome. Autrement dit, ils font parler Dieu à sa place.

[22] Pour ne prendre qu’un seul exemple éloquent, je citerai le théologien moraliste catholique Xavier Lacroix qui non seulement défend un  large accueil des personnes homosexuelles, mais qui va jusqu’à conseiller parfois le couple homosexuel, comme en témoigne l’extrait d’un mail qu’il m’a adressé personnellement le 4 juillet 2007 : « Pourquoi désespérer d’un amour avec un homme ? Et s’il y a des passages sexuels dans la relation, qui pourraient ensuite être dépassés ou sublimés, serait-ce une catastrophe ? Comparer les biens en présence. Vous êtes bien averti des écueils et des limites d’une fascination par l’érotisme. Mais le passage par une expression charnelle de la tendresse vous est-il vraiment interdit ? Toutes les amours homosexuelles ont-elles l’aboutissement négatif que vous semblez évoquer ? C’est possible, je pose seulement la question. Vous êtes mieux placé que moi pour y répondre. » Lacroix se fait pourtant sabrer lors des émissions de télévision où il passe… mais beaucoup se leurrent totalement à son sujet.

[23] C’est d’ailleurs pour cela que dans mon livre, j’ai mis un point d’honneur à justifier ma gêne concernant le désir homosexuel autrement que par des arguments religieux. Je voulais être le plus humain, le plus terrestre, le plus cartésien, le plus homosexuel possible – c’est d’ailleurs pour cette raison que je n’ai fait que citer les personnes homosexuelles elles-mêmes !. Je voulais donner des mots nouveaux à mon Église. L’aider à être plus « dans le monde ».

[24] Plutôt que de désigner une norme sexuelle universelle, le mot « hétérosexualité » venait initialement défendre une sexualité non-normative et dissidente, une bisexualité naturelle, un « troisième sexe » posé comme « normal ». Jonathan Katz, dans son essai L’Invention de l’hétérosexualité (2001), nous montre qu’au départ, l’hétérosexualité était classée au rang des perversions au même titre que l’homosexualité : « En dépit de ce qui nous a été dit, l’hétérosexualité n’était pas synonyme de relation à visée reproductrice. Elle n’était pas, non plus, assimilable à la différence sexuelle et à la distinction de genre, pas plus qu’elle n’étaye l’équivalent de l’érotisme entre hommes et femmes. » Elle pouvait aussi bien qualifier une attirance pour les deux sexes qu’une pratique érotique (masturbation, sodomie, bestialité, adultère, etc.) excluant la procréation, le mariage, et la famille. Le terme « hétérosexuel » a été créé sous l’impulsion d’hommes et de femmes libertaires de la Nouvelle-Angleterre du XVIIe et du XVIIIe siècles, partisans de l’« amour vrai et libre », soucieux de justifier scientifiquement un érotisme en deçà du rapport sexuel et extérieur à toute institution d’État ou d’Église. « L’hétérosexuel » ne rentrait pas dans le cadre de la sexualité dite « normale » étant donné qu’il était jugé coupable d’ambiguïté. « On attribuait à ces hétérosexuels une disposition mentale appelée ‘hermaphrodisme psychique’. Les hétérosexuels éprouvaient une prétendue attirance érotique masculine pour les femmes et féminine pour les hommes. Ils ressentaient périodiquement du désir pour les deux sexes. » Que ce soit les mots « hétérosexuel » (synonyme à l’époque de ce qu’on appelle aujourd’hui « un bisexuel » », et qui était en 1892 un homme attiré par les deux sexes) ou « homosexuel » (personne qui devient après 1892 un individu attiré exclusivement par les individus de même sexe que lui), ils étaient tous les deux les expressions d’une absence de désir de se tourner exclusivement vers les membres du sexe opposé … donc bien loin de ce que nous assignons actuellement, surtout au premier ! Par la suite, le théoricien Krafft-Ebing a interprété le terme « hétérosexuel » à travers la grille de la différence sexuelle des partenaires. Il en détourna le sens initial pour le rendre synonyme de « sexualité normale entre un homme et une femme » et l’opposer à « homosexuel », même si paradoxalement, dans sa Psychopathia Sexualis (1886), le « Manifeste de l’hétérosexualité » pourrait-on dire, le terme « hétérosexuel » continua de signifier « instinct sexuel contraire », « hermaphrodisme psychique », « homosexualité » et « fétichisme ».

[25] Tony Anatrella, Documents Épiscopat, Éd. Secrétariat Général de la Conférence des évêques de France, Colombes, 2004, p. 12.

[26] Je vous renvoie au texte du Vatican, écrit par le Saint-Siège en 2002, dans lequel le cardinal Tarcisio Bertone, alors secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, présidée par le cardinal Joseph Ratzinger (l’actuel pape Benoît XVI), avait déclaré que « les personnes ayant une inclination homosexuelle ne devraient pas être admises au séminaire ». Cette décision avait fait parler d’elle en 2005.