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Code n°95 – Inceste (sous-code : Père et fils homos tous les deux)

Inceste père

Inceste

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

« Ça n’existe pas chez nous, l’inceste, de toute façon. »

(Pascale Ourbih, présentateur transsexuel M to F, juste avant la projection du documentaire « Et ta soeur » au Festival Chéries-Chérie du 15 octobre 2011 au Forum des Images de Paris)

 

Film "Boy Culture" de Q. Allan Brocka

Film « Boy Culture » de Q. Allan Brocka


 
 

Telle famille, tel fils homosexuel ?

 

Pourquoi le cliché de la mère possessive, ou la thèse du gène gay qui se transmettrait de père en fils, agacent tant la communauté homosexuelle ? Parce qu’il met en lien direct l’homosexualité avec l’interdit majeur de l’Humanité : l’inceste. Ce rapport charnel et sexuel entre deux parents de sang.

 

Le désir homosexuel renvoie aussi bien à la transgression de la différence des sexes qu’à celle de la différence des générations. Il semble succéder au désir d’inceste : en réalité, il n’en découle pas causalement mais « coïncidentiellement », pourrait-on dire. Ce n’est pas par hasard si Christine Angot écrit au tout début de son roman L’Inceste (1999) que « L’inceste, c’est l’homosexualité ».

 

Bien qu’il soit évident que l’homosexualité n’est pas le résultat immédiat et causal d’une « mauvaise éducation » comme dirait Pedro Almodóvar, il n’empêche qu’il peut exister des ponts entre l’environnement familial et le désir homosexuel. Quand je regarde autour de moi, je constate que les situations familiales des personnes homosexuelles, sans être plus extraordinaires ni catastrophiques que d’autres, sont souvent complexes, et parfois perturbées. Même s’il est impossible, fort heureusement, de dresser un portrait-robot de LA famille d’où émergera une ou plusieurs personnes homosexuelles, nous pouvons tout de même définir des terrains porteurs, car oui, ils existent. Ce sont certaines coïncidences (une possible possessivité maternelle, un supposé absentéisme paternel, une certaine expérience de la gémellité, une influence écrasante des frères et sœurs, une éducation ressentie comme trop rigide ou trop laxiste, etc.) qui me le font dire.

 

Par exemple, la majorité des personnes homosexuelles sont orphelines de père ou de mère, symboliques surtout, réels parfois. C’est pourquoi certaines se définissent comme des enfants bâtards – alors même qu’ils ont leurs deux parents –, des « presque orphelins » pour reprendre la charmante expression de Tamsin dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky.

 

Par ailleurs, on rencontre un certain nombre de cas où plusieurs frères d’une même famille se disent « homosexuels », ou bien un des parents avec son fils (la famille Ackerley, la famille Mann, la famille Schwarzenbach, la famille Cocteau, etc.). Ce n’est pas rare, bien qu’en effet, personne dans le « milieu » ne le crie sur les toits par peur d’alimenter l’argument de la dégénérescence, c’est-à-dire d’une « hérédité homosexuelle », ou bien l’idée d’une « homosexualité éducationnelle » qui pourrait, si elle existait, être désapprise ou éradiquée.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles rejettent avec véhémence le concept de dégénérescence, parce qu’elles défendent inconsciemment, dans le rejet, le lien causal entre parents et enfant homosexuels. Il arrive que certains individus reconnaissent en leur père ou en leur fils un amant homosexuel, ou, sans aller jusque-là, leur propre désir homosexuel. Cette correspondance leur déplaît énormément, parce qu’elle renvoie à un autre interdit que celui de la transgression de la différence des sexes par le couple homosexuel ou par le viol génital : celui du viol de la différence des générations, donc de l’inceste. La similitude d’orientation sexuelle entre fils homosexuel et père est parfois troublante dans la réalité, non pas dans la mesure où elle serait causale ou exactement symétrique (tous les pères d’enfants homosexuels ne sont pas systématiquement homosexuels, et tous les fils homosexuels ne sont pas amoureux de leur père, bien entendu), mais parce qu’elle est imparfaitement gémellaire. La société actuelle a trop souvent coutume d’envisager cette possible gémellité dans les désirs incestueux sur le mode de la rupture ou de la fusion, pour ne pas la reconnaître telle qu’elle est : uniquement symbolique, fantasmatique, irréelle, et actualisable si elle n’est pas conscientisée.

 

Il est parfois fascinant d’observer les réactions saugrenues de certains pères au moment du coming out de leur fils, ou à l’inverse, la gêne ressentie de la part du second par rapport à son propre père. Les personnes homosexuelles qui affirment détester leur père ou leur mère, mais qui à côté de cela, choisissent souvent des partenaires amoureux qui ressemblent plus ou moins à leurs parents et à l’image idéalisée qu’elles s’en font, ne sont pas des cas isolés. Quelquefois, c’est vertigineux de voir les copies conformes ! (Ça m’est arrivé personnellement !) Un rapport idolâtre entre les générations peut s’instaurer à travers l’affirmation d’une homosexualité, paradoxalement sur le mode de la rupture, comme l’illustre l’incroyable remarque que j’ai entendue un jour de la part d’un ami homosexuel concernant sa position ambiguë entre son père et lui : « Avec mes parents, on a été un couple… un ‘trouple’ plus exactement… J’ai toujours été la chose de mon père. »

 

Pour terminer, je signale au passage que je ne parlerai pas dans ce code de l’inceste entre frères (ou entre cousins). Je réserve l’étude de ce sujet pour le code « Inceste entre frères » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels (j’y aborde entre autres le cas des familles où il y a plusieurs individus qui se déclarent « homos », ainsi que le rapport de jalousie au sein d’une même fratrie comme facteur d’homosexualité).

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Mère possessive », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Pédophilie », « Orphelins », « Élève/Prof », « Éternelle jeunesse », « Clonage », « Parricide la bonne soupe » et « Inceste entre frères », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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FICTION

 

Le personnage homosexuel entretient une relation incestueuse avec un proche parent :

 

INCESTE PÈRES 13 Lanoux

Film « La Triche » de Yannick Bellon


 

On retrouve la thématique de l’inceste dans énormément de créations à thématique homosexuelle : cf. le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, le roman Le Fou du père (1988) de Robert Lalonde, la chanson « My Heart Belongs To Daddy » (1938) de Cole Porter, le film « Premier amour, version infernale » (1968) de Susumu Hani (avec l’inceste père/fils), les films « Les Damnés » (1969) et « Sandra » (1965) de Luchino Visconti, le roman Le Vieillard et l’Enfant (1954) de François Augiéras, le roman Le Neveu (1964) de James Purdy, les films « Belle Maman » (1999) et « Ma Mère » (2003) de Christophe Honoré, le film « Mon Fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, le film « Volver » (2006) de Pedro Almodóvar, le film « Luster » (2001) d’Everett Lewis, le film « Alice » (2002) de Sylvie Ballyot, le film « The Maids » (1975) de Christopher Miles, le film « Ostia » (1970) de Sergio Citti, le film « Sexe fou » (1973) de Dino Risi, le film « Sitcom » (1997) de François Ozon, le film « L’Enfer d’Ethan » (2004) de Quentin Lee, le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, le film « Jin Nian Xia Tian » (« Fish And Elephant », 2001) de Yu Li, le film « La Classe de neige » (1997) de Claude Miller, les films « Sonate d’automne » (1978), « Le Silence » (1962), et surtout « À travers le miroir » (1961) d’Ingmar Bergman (avec la relation ambiguë père/fils), le film « Le Langage perdu des grues » (1991) de Nigel Finch, le roman Joli Papa (2003) d’Alain Meyer, la pièce Soudain l’été dernier (1958) de Tennessee Williams, la pièce Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès (avec la figure du père possessif et omniprésent), le roman L’Inceste (1999) de Christine Angot, la pièce Mon beau-père est une princesse (2013) de Didier Bénureau, le film « Le Bal des Vampires » (1967) de Roman Polanski, le roman El Retrato Amarillo (1956) de Manuel Mujica Lainez, le film « Twist » (2004) de Jacob Tierney et Adrienne Stern, le film « El Amor Del Capitán Brando » (1974) de Jaime de Armiñán, le film « Priscilla folle du désert » (1995) de Stephan Elliot (l’un des personnages a été abusé par son oncle), les chansons « L’Amour naissant » (« C’est un revolver, père, trop puissant ») et « Regrets » de Mylène Farmer, la chanson « Celui que j’aimerai » de Cindy dans le spectacle musical Cindy (2002) de Luc Plamondon, le film « Après lui » (2007) de Gaël Morel (où une mère tombe amoureuse de l’assassin de son fils, Franck), le film « Une Soirée étrange » (1932) de James Whale, le roman L’Espace mortel (2005) de Patricia Duncker, les films « Madame » (1997) et « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, le roman Dream Boy (1995) de Jim Grimsley, la nouvelle Adiós Mamá (1981) de Reinaldo Arenas, le film « Jeux de nuit » (1966) de Mai Zetterling, le film « Agostino » (1962) de Mauro Bolognini (traitant de l’inceste avec la mère), le film « Sex » (1971) de Paul Morrissey, le film « La Couleur pourpre » (1985) de Steven Spielberg (avec Celie, violée par son père), le film « L’Histoire de Pierra » (1982) de Marco Ferreri, le film « Smukke Dreng » (« Joli Garçon », 1993) de Carsten Sonder, le film « The Everlasting Secret Family » (1988) de Michael Thornhill, le film « Only The Brave » (1994) d’Ana Kokkinos, le spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde (2008) de Philippe Robin-Volclair (avec la mention de Lolita), le film « Billy’s Dad Is Fudge-Packer » (2004) de Jamie Donahue, la pièce Baby Doll (1956) de Tennessee Williams (où un homme âgé vit avec une femme trop jeune pour lui), le film « Souffle au cœur » (1971) de Louis Malle (avec l’inceste entre la mère et le fils), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot (avec lady Philippa, violée par son père), le film « La Vie intermédiaire » (2008) de François Zabaleta (racontant l’histoire d’amour impossible entre une domestique de château sexagénaire et un photographe homosexuel de vingt ans son cadet), le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan (où le personnage d’Anne, 55 ans, interprétée par Muriel Robin, vit avec Marcello qui n’a que 25 ans), le film « Túnel Russo » (2008) de Eduardo Cerveira (avec une grande différence d’âges entre les deux amants), la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton (où Doris, l’héroïne lesbienne, détourne sexuellement le jeune Santiago), le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau (dans lequel est raconté la relation d’un homme de 50 ans avec une fillette de 14 ans), les films « Mommy Is Coming » (2012) et « My Baby’s Daddy » (2004) de Cheryl Dunye (où on assiste à un coming out croisé entre mère et fille), le film « Little Gay Boy, Christ Is Dead » (2012) d’Antony Hickling (Jean-Christophe et sa mère, une prostituée anglaise, prennent leur bain ensemble), le film « Honey Killer » (2013) d’Anthony Hickling, le film « Gerontophilia » (2013) de Bruce LaBruce, le film « Far-West » (2002) de Pascal-Alex Vincent (avec le papy de Ricky, en couple avec son jeune assistant-fermier), la pièce Un cœur de père (2013) de Christophe Botti, la chanson « La Maison en bord de mer » de Patricia Kaas (une fillette violée par son oncle), etc.

 

Film "Hannah Free" de Wendy Jo Carlton

Film « Hannah Free » de Wendy Jo Carlton


 

L’homosexualité se double d’inceste dans le roman Les Hors Nature (1897) de Rachilde. Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Jimmy, un des personnages homos, a été violé par son père, Joël. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, le Dr Alban Mann est qualifié par Jane, l’héroïne lesbienne, de « pédophile incestueux » (p. 76)… et les faits donneront raison à Jane car Mann viole sa jeune fille Anna : « Le dossier accusant Alban Mann d’avoir abusé d’Anna parlaient d’eux-mêmes. » (idem, p. 251). Dans le roman Confidence africaine (1930) de Roger Martin du Gard, Léandro Barbazano, le héros homo, est né d’un rapport incestueux, et meurt au commencement du livre. Dans le roman L’Obligation du sentiment (2008) de Philippe Honoré, Martin est violé à 14 ans par son père Louis. Dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi, quasiment tous les membres de la famille de la jeune Irina lui sont passés dessus (l’oncle Pierre, la mère – présentée comme « l’amour de la vie d’Irina » –, la prof de musique Mme Garbo, etc.). Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, Madame Gras a connu l’inceste avec son père puis son frère. Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Camille tombe amoureuse du meilleur ami de son fils homo Matthieu. Dans le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André, Isabelle, une des héroïnes lesbiennes, trouve sa fille « canon ». Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca se jure qu’après la mort de son père (qui rêvait de le marier), il trouvera l’homme de sa vie pour le remplacer. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, le père de Charlène (l’héroïne lesbienne) surnomme sa fille « Princesa » et la chatouille de manière excessive et déplacée. Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Géraldine idéalise la grande tante Lucie : « Sa tante Lucie est restée vierge. » avant de découvrir la vérité : « Cette salope… Elle a couché avec son fils. Moi qui la croyais vierge ! » Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, lorsque Jefferey fait son coming out à ses parents en pleine fête de famille, il s’étonne de voir son propre père lui demander « d’embrasser son parrain José », un homme de 58 ans ! Mais plus tard, il se soumet à cette projection : « Oui Madame, j’aime les hommes plus vieux. »
 

Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, la différence des générations est gommée : mère (Diane) et fils homosexuel (Steve) s’imitent dans le jeunisme, la délinquence, les bêtises… ou dans l’âgisme (« Traite-moi comme un adulte ! » récrimine le jeune homme). Le fils embrasse la mère sur la bouche, et est désespéré (au point de se tailler les veines) parce qu’elle ne le suit pas jusqu’au bout de sa passion incestueuse : « Toi et moi, on s’aime encore, hein ? » (Steve) ; « Je vais t’aimer de plus en plus fort, et c’est toi qui vas m’aimer de moins en moins : c’est la nature. » (Diane)

 

Dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015), Pierre Fatus nous fait croire qu’il a couché avec une femme… mais on découvre qu’il s’agit de sa mère biologique : « La première femme avec qui j’ai couchée : la bombe ! Avec des seins… »
 

B.D. "Le Monde fantastique des gays" (planche "Minitel") de Copi

B.D. « Le Monde fantastique des gays » (planche « Minitel ») de Copi


 

L’inceste a la violence du viol. « Je suis une fille de l’inceste. Voilà pourquoi je meurs. » (Antigone dans la pièce Antigone (1922) de Jean Cocteau) ; « Vous avez un problème de violence dans la famille ou quoi ? » (Kévin, le héros homosexuel, s’adressant à son amie lesbienne Sana, dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone) ; « Mon père est un salopard et un manipulateur. Il a trompé ma mère même la dernière année de sa vie. Il a baisé ma prof de théâtre et il m’a… » (Zach, le héros homosexuel qui ne termine pas sa phrase, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « Papa lui fourre sa bite dans la chatte. » (le skinhead efféminé Peter Pan, parlant d’Anna, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 96) ; « Maman a dit qu’il n’est jamais trop tard pour s’intéresser à la notion d’inceste. » (Océane Rose-Marie, l’héroïne lesbienne dans son one-woman-show Chaton violents, 2015) ; etc. Par exemple, Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Danny est un homosexuel abusé (symboliquement) par son père, et reproche à ce dernier d’« avoir eu envie de lui » ; et dans ce même film, le petit Jude se fait violer par son père. Dans le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg, Christian s’est fait violer par son père, Helge, et l’annonce en pleine fête d’anniversaire de mariage de ses parents. Dans le film « Laberinto De Pasiones » (« Le Labyrinthe des Passions », 1983) de Pedro Álmodóvar, Queti a été violée par son père Michele. Dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, c’est au moment où Nina se masturbe dans son lit qu’elle a la vision horrifique de sa mère l’observant à côté d’elle. Dans le film « Lonely Boat » (2012) de Christopher Tram et Simon Fauquet, une prostituée couche avec le père de son copain. Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, la mère-prostituée transsexuelle fait l’amour avec un client octogénaire qui meurt pendant l’acte sexuel : elle atteint l’orgasme en faisant l’amour avec ce cadavre.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Yoann découvre que son amant Julien a couché avec sa belle-mère Solange, la cougar : « Tu t’es tapé la vieille ??? » Julien, lui-même, se révolte contre celle-ci en découvrant la vérité : « Pourquoi vous m’avez violé ?? » La belle-mère ricane : « Violé… Tout de suite les grands mots… » Finalement, Solange se rabat sur Yoann. Elle lui fonce dessus, et ce dernier, au départ, résiste : « Elle voulait me violer ! C’est elle ! C’est moi qui était en-dessous. » Puis Julien et Zoé, ex-amants qui se remettent ensemble, poussent Yoann dans les bras de la belle-mère de Julien. Yoann fait un gosse à la quinquagénaire…
 

Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, le téléspectateur assiste à un chamboulement complet des générations, des rapports d’autorité entre jeunes et adultes. Les moniteurs qui encadrent la colo se font complètement menés par le bout du nez par des ados qui se comportent comme les grands qu’ils ne sont pas et qui pourtant ont déjà une sexualité d’adultes. Cette inversion crée du dégoût et donc du lesbianisme chez la protagoniste principale, Clara.

 

Spectacle contemporain au "Invisible Dog" de Brooklyn

Spectacle contemporain au « Invisible Dog » de Brooklyn


 

Cependant, l’inceste n’apparaît pas nécessairement comme brutal et choquant aux personnages qui le vivent. En général, quand il est vécu, le père et le fils se flattent l’un l’autre de gommer leur différence générationnelle et leur lien du sang, en toute bonne foi. Par exemple, dans le téléfilm « Ich Will Dich » (« Deux femmes amoureuses », 2014) de Rainer Kaufmann, le laisser-aller sexuel de la mère (Marie découvrant son lesbianisme) correspond à celui de la fille (Lili vivant ses expériences sexuelles trop tôt avec un gars peu fréquentable, Freddie)… et leur réconciliation s’instaure sur leur propre négligence. Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, Ahmed se qualifie lui-même comme « le fils et le père » de son fils Ali. L’éloignement et la négation du Réel, par la violation de la différence des générations, prend chez les héros homosexuels une dimension poétique, ludique, littéraire, affective. « Y’a que dans l’inceste qu’on ne trahit pas. » (le héros homosexuel de la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou) ; « La grenouille comprit que la Sigogne s’interrogeait sur l’Inseste avant d’être avalée par elle. » (cf. les mots inscrits sur une stèle de la Cité des Rats, dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 146) ; « Un monsieur aimait un jeune homme, et parfois lui payait ses cahiers. Il était écolier. […] Il est si doux d’être papa. » (cf. la chanson « Le Monsieur et le jeune homme » de Guy Béart) ; « Un fils dormant avec son père, c’est normal ! » (Léopold parlant à son fils Roger, dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay) ; « C’est toi que j’aurais dû épouser. » (Heck, le mari trentenaire ayant épousé une femme lesbienne Rachel qui l’a trompée, et s’adressant à Hache la petite sœur de cette dernière, qui a 7 ans, Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker) ; « Kévin, ça se passe bien à la maison ? Ton père te viole-t-elle ? […] Ô bel éphèbe issu de la diversité ! […] Kévin, je suis ton père. » (le flic dans une parodie de film français sur la drogue, dans le one-man-show Blanc et hétéro (2019) de l’humoriste Arnaud Demanche) ; etc.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Par exemple, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, Leni Riefenstahl évoque la « beauté tragique de l’inceste ». Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, Tom dit qu’il « aime » son père. Dans le film « Catilina ou le venin de l’amour » (2012) d’Orest Romero, Catalina, fils d’un ancien militaire propriétaire d’un supermarché, décide de se faire passer pour son père pour conquérir Marcus, un jeune garçon qui vient d’être embauché. Dans la pièce Mi Vida Después (2011) de Lola Arias, l’héroïne lesbienne souffre d’avoir été traitée par son père militaire comme « la fille chérie », le « faire-valoir ». Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Hubert, le héros gay en costume de marié, court dans une forêt après sa mère, elle-même en robe de mariée, pour lui demander de l’épouser en tant que « roi » et de « le rejoindre dans son Royaume ». Dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, « L. » veut se marier avec le Rat alors qu’ils ont une grande différence d’âges : « Je pourrais te faire passer pour mon fils adoptif. » Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Stéphane, le héros homosexuel quinquagénaire, a 20 de plus que son partenaire de 30 ans, Vincent. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Todd et Frankie, deux amis du même âge qui viennent de coucher ensemble, se font au réveil le même constat : « Je couche rarement avec les mecs de mon âge. » (Todd) ; « Moi aussi. » (Frankie) Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, Hugues, le médecin bourgeois, sort avec Fabien, un petit jeune. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Carol, l’héroïne lesbienne bourgeoise et déjà mère, vit le « grand amour » avec une femme nettement plus jeune qu’elle, Thérèse. Abby, l’ancienne amante de Carol, s’en étonne auprès d’elle : « Elle est jeune. Sais-tu ce que tu fais ? » Dans le film « Freeheld » (« Free Love », 2015) de Peter Sollett, Laurel, femme mûre, sort avec Stacie, la petite jeunette.

 

Il arrive que le héros homosexuel, d’âge mûr, soit attiré par son fils pour par ceux qui ont l’âge de son fils (cf. je vous renvoie au code « Pédophilie » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « Ton père adorait vraiment nous regarder nager à poil. » (un ami de Daniel se référant à l’homosexualité du père de ce dernier, découverte post mortem, dans le film « Joyeuses Funérailles » (2007) de Franz Oz) Par exemple, dans la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely, le père de Franck, le héros gay, dit qu’« il a trop aimé son fils ». Dans le film « C’est une petite chambre aux couleurs simples » (2013) de Lana Cheramy, Mister Jones, vieux peintre aveugle et admirateur de Van Gogh, est soigné dans une maison de repos par Bob, un jeune infirmier dont il tombe amoureux. Dans le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen, Göran, le héros homosexuel, succombe au charme d’un jeune homme au commissariat, avant de découvrir que c’est son futur fils adoptif. Dans la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret, George, le héros homosexuel, drague son fils hétéro Laurent.

 

Beaucoup de héros homosexuels racontent leur émoi sexuel pour leur père (ou leur fils) : « Mon cœur est à papa. » (cf. une réplique de la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche) ; « Pendant quelques minutes, il me sembla que j’étais son préféré. » (Zac à propos de son père, dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée) ; « Seul homme de la maison, j’oubliais avec une étrange facilité les liens du sang, faisant ainsi du géniteur aux yeux indiscrets un objet de convoitise et la cause première de nos maladies respectives ! » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 96) ; « Père… J’aimerais tellement avoir votre assentiment. J’ai pourtant tout fait pour vous plaire. » (Stuart, l’un des héros homosexuels, s’imaginant qu’il rencontre son père, dans le film « Cruising », « La Chasse » (1980) de William Friedkin) ; « Le papa, c’est toujours Dieu. » (Thierry, le héros homosexuel de la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche, dans l’épisode 8 « Une Famille pour Noël ») ; « Je regardais toujours mon père se déshabiller. » (Jacques Nolot dans le film « La Chatte à deux têtes » (2002) de Jacques Nolot) ; « J’ai eu honte j’ai souffert. Je ne vais pas sortir les violons même si pour mon père c’est l’instrument de prédilection. […] Mais j’ai toujours eu en tête d’un jour lui reconnaître que j’aime profondément son dos pour rendre justice aux mots. » (cf. le poème « Un Autre Dos » (2008) d’Aude Legrand-Berriot, p. 46) ; « Mon amant était Madame Lucienne ! […] J’aimais ma mère ! » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « J’ai enterré l’alliance de mon épouse juste à côté du corps de Chris : ces deux-là étaient si proches. » (Randall, le père de Chris, le héros homosexuel, dans le roman La Synthèse du Camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 234) ; « Aujourd’hui, c’est moi l’homme. Un homme pour mon père. Beau et fort pour mon père. » (Omar dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 35) ; « Je ne crois pas [que ma mère va revenir]. Elle est partie… pour toujours… cette fois-ci. Je passerai désormais ma vie avec mon père. Seul avec mon père. À m’occuper de lui. Homme à homme. Je serai la femme de mon père. » (idem, p. 126) ; « Tu as été mon fils et en même temps l’amour de ma vie. Tu es sûrement l’homme que j’ai le plus embrassé ! […] Quand tu étais petit, on s’embrassait toujours sur la bouche. Quand tu as grandi, tu n’as plus voulu. Tu ne voulais même plus que je te tienne par la main. » (la mère de Bryan à son fils gay Bryan, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 353) ; « La seule et unique fois où j’aurais pu conclure avec une femme, j’ai pensé à ma mère. » (François, le héros homo du one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « J’étais si jalouse de vous. » (la mère de Kai, le héros homo, s’adressant à Richard l’amant de celui-ci, dans le film « Lilting », « La Délicatesse » (2014) de Hong Khaou) ; « Mon père était l’agaçant quarterback beau gosse qui avait épousé la major sexy de la promotion. » (Simon, le héros homosexuel, en parlant de son père, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti) ; etc.

 

Film "Tell Me A Memory" de Jon Bryant Crawford

Film « Tell Me A Memory » de Jon Bryant Crawford


 

Vianney – « Non, je ne fume pas, mais ça ne me dérange pas, j’aime bien les bouches qui sentent le tabac froid, ça me rappelle mon père.

Mike – T’as couché avec ton père ?

Vianney –

Mike – C’était de l’humour, bon, ok, je me tais. »

(Mike racontant son « plan cul » avec un certain, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 85)

 

Film "Gerontophilia" de Bruce LaBruce

Film « Gerontophilia » de Bruce LaBruce


 

Par exemple, dans le film « Funeral Parade Of Roses » (1969) de Toshio Matsumoto, Eddie tombe amoureux de son père. Dans le film « L’Île des amours interdites » (1962) de Damiano Damiani, Arturo, à 15 ans, voue une passion dévorante à son père. Dans le film « Le Secret d’Antonio » (2008) de Joselito Altarejos. Antonio, à 15 ans, tombe amoureux de son oncle Jonbert. Dans la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, le fils cherche à séduire sadiquement son père, considéré comme un dieu diabolique : « Ouvre-moi ta porte pour l’amour de Daddy. » Dans le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo, le père d’Ailín est tombé amoureux de sa fille. Dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, George, le héros homosexuel, porte au doigt l’alliance de sa mère. Dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, établit une relation très étrange avec son père : à la fois il le fuit et il le drague : « Oh mon papili, emmène-moi dans la forêt ! » Il parvient même, en se faisant passer pour sa mère (et la femme de son père, donc), à s’introduire dans la salle de bain de ce dernier et à le voir cul nu. Dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, les rapports d’éducation s’inversent : ce sont les enfants qui éduquent leurs parents. Dans le film « Le Maillot de bain » (2013) de Mathilde Bayle, le jeune Rémi, 10 ans, ressent son premier émoi homosexuel pour un beau papa de 35 ans. Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon se moque de la réaction post-coming out de sa mère qui s’interroge avec horreur sur les pratiques lesbiennes de sa fille (« Mais qu’est-ce que vous faites ??? »), en lui rétorquant : « Qu’est-ce que vous faites ? Eh bien viens ! Je vais te montrer ! » Dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, Segundo s’endort contre son père Noé qu’il découvre homosexuel (il surprend ce dernier en train de masturber un conducteur de camionnette) : « Tu seras toujours dans mon cœur papa. » L’homosexualité paternelle finit par déteindre sur la sexualité du jeune garçon de 14 ans, qui se met à être dégoûté des femmes.

 

Film "Le Maillot de bain" de Mathilde Bayle

Film « Le Maillot de bain » de Mathilde Bayle


 

 

Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Stephen, l’héroïne lesbienne, entretient dès son adolescence une ambiguë relation fusionnelle avec son père (Sir Philip), une connivence très homosexuelle, qu’Anna Philip, la mère, détecte assez vite et ne voit pas d’un très bon œil : « J’ai découvert que mon père savait tout à mon propos, seulement… Peut-être m’aimait-il trop pour m’en parler. » (Stephen par rapport à son homosexualité latente, p. 549) ; « Stephen grimpait sur son dos. Sir Philip prétendait être grisé pour avoir eu son saoul d’avoine, sautait, bondissait et ruait sauvagement, de sorte que Stephen était obligée de s’accrocher à ses cheveux ou à son col, tout en le frappant de ses petits poings insolents et durs. Attirée par ce vacarme étrange, Anna les surprenait ainsi et indiquait du doigt la boue sur le tapis. Elle disait : ‘À présent, Philip, à présent, Stephen, c’est assez ! c’est l’heure du thé’, comme s’il s’agissait de deux enfants, alors Sir Philip se redressait, se dégageait de Stephen, après quoi il embrassait la maman de Stephen. » (idem, p. 21) ; « Sir Philip aimait Stephen, l’idolâtrait. » (idem, p. 23) « Stephen adorait son père […] ; il faisait partie d’elle-même […] elle ne pouvait envisager le monde sans lui. » (idem, p. 24) Quand Anna tente d’empêcher l’incestueux couple à trois – le fameux « trouple », ou triangle œdipien papa/maman/enfant – (« Stephen, ma propre enfant… elle s’est jetée entre nous » dit-elle à son mari), Sir Philip la renvoie à sa responsabilité : « C’est vous-même qui l’avez jetée entre nous, Anna. » (idem, p. 148)

 

Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel, s’imagine en amant miniature dormant sur le gazon puis le torse velu de son père. On ne sait pas trop s’il s’agit de son père réel dont il n’a aucun souvenir (il semble se rappeler d’un souvenir d’enfance quand il avait 2 ans et qu’il était blotti contre lui : « Je m’endormais sur son torse. Il était hyper poilu. ») ou bien s’il s’agit de son père fantasmé, cinématographique. Sûrement les deux.

 

Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, le jeune Franz se met en « couple » avec Léopold, de quinze ans son aîné. Il lui raconte que, lorsqu’il était adolescent, il avait rêvé que son beau-père (le nouveau mari de sa mère, avec « ses grandes jambes de footballeur ») pénètre dans son lit et lui fasse l’amour : « Puis il est venu dans mon lit. J’avais l’impression de devenir de plus en plus petit. Comme une fille. Puis il est rentré en moi. » Et plus tard, s’il a des enfants avec sa copine Ana, il dit qu’il les appellera « Franz et Leopold »…

 

Dans le film « Alone With Mr Carter » (2012) de Jean-Pierre Bergeron, John, jeune homme de 15 ans, est amoureux d’un papy de 70 ans, Mr Carter : il lui écrit des lettres d’amour, essaie d’attirer son attention par tous les moyens… et sans succès. Dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, le protagoniste homosexuel « nique » avec « beau papa » et finit par lui faire une éjaculation faciale ; plus tard, il se rend sur un site internet nommé Le Syndrome de Stockholm, dans lequel on peut retrouver la trace de son violeur : « Quand j’étais enfant, j’ai été violé. Franchement, c’était génial. Et ce site m’a permis de retrouver la trace de mon violeur. Et je suis drôlement content d’avoir retrouvé mon grand-père ! »

 

Dans le roman L’Amant des morts (2008) de Mathieu Riboulet, la première phrase commence par l’aveu de l’inceste paternel du héros, Jérôme, 16 ans, qui ensuite deviendra homo : « Tout commence avec le père. Avec le commerce sexuel d’un père avec son fils, tout juste adolescent. Un père bûcheron de la Creuse, à la sex/sensualité brute, quasi primitive. C’était arrivé un jour, au petit matin, sur le carreau de la cuisine, et le fils, que son père bichonnait depuis sa naissance, s’était laissée prendre sans réticence. […] Le père de temps en temps couchait avec le fils. Le fils de temps en temps couchait avec le père. » Dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, Marcel est amoureux de son oncle homo Alain ; il s’imagine même faire l’amour avec lui pendant la nuit ! : « Il passa de plus en plus de temps devant son écran, se créant tout un univers de rêve. Il avait ainsi un père qui ne l’eut pas abandonné et une mère qui ne chercha pas tant à le contrôler en voulant trop le protéger. Son oncle n’hésiterait pas à lui offrir son corps et sa beauté, car Marcel adulait son oncle, homme séduisant toujours entouré de beaux mecs aussi attirants que lui. Il lui arriva souvent de se branler en rêvant à ce type au charme irrésistible qui dormait dans la chambre d’à côté, ou en train de lui faire l’amour. » (p. 19)

 

Dans l’œuvre du dramaturge argentin Copi, le traitement de l’inceste comme facteur d’homosexualité passe par le motif récurrent de la relation conflicto-fusionnelle mère/fille. « Voici la mère de Lou, mère-fille ou fille-mère, la Reine de l’Atmosphère ! » (Martin dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) On a avec lui l’illustration qu’une possessivité maternelle peut encourager la recherche fiévreuse et passionnelle d’un père absent.

 

Dans certaines œuvres homosexuelles, les jeux de mots et les calembours coquins sur l’inceste s’enchaînent : « Un zeste de citron dans l’eau… » (cf. la chanson « Veni Vedi Vici » d’Alizée) ; « Hello, helli, t’es à moi… Lolita » (cf. la chanson « Moi… Lolita » d’Alizée) ; « Qu’aussitôt, tes câlins/Cessent toute ecchymose […] Optimistique-moi, papa. » (cf. la chanson « Optimistique-moi » de Mylène Farmer) ; « Pense à ton père. » (Robbie incitant Ezri à pénétrer Effi, dans le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann) ; etc.

 

Généralement, le personnage homosexuel idéalise ses parents pour mieux se substituer à eux ; et inversement, ses parents le mûrissent excessivement et font passer cet abus pour une confiance et une responsabilisation incroyables. Il arrive très fréquent que les coming out entre le père et le fils adultes se croisent, voire même que le père et le fils aient une liaison amoureuse ensemble ! « Je pense à mon oncle souvent. Lui, il vivait chez sa maman. » (un protagoniste homo à propos de son tonton gay et mort du Sida, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Je comprends, car avant, j’étais moi aussi homosexuelle. » (Marina à son fils homo Fred dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « Moi-même, j’avais eu pour amant, il y a bien longtemps, un homme mature. » (Randall, père du héros homosexuel Chris, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 235) ; « J’ai couché avec ma mère. » (l’héroïne lesbienne à Bérénice, dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie) ; « Ma femme sait tout de moi, et notre fils […] saura tout lui aussi. Et il apprendra à respecter les autres et à se respecter lui-même. » (cf. la phrase de conclusion du père homo, dans le film « Alang Lalaki Sa Buhay Ni Selya », « The Man In Her Life » (1997), de Carlos Siguion-Reyna) ; « Peut-être que mon père se maquillait un petit peu moins [que moi]. » (Roberto le trans dans la pièce Amor, Amor, En Buenos Aires (2011) de Stéphan Druet) ; « Si ces pulsions animales sont génétiques, ça ne peut venir que du côté de ton père. » (la mère parlant à sa fille Bénédicte de l’homosexualité de son fils Laurent, dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; « Vous savez que chez moi (faire l’amour à sa mère) c’est une coutume ? » (Jarry dans son one-man-show Atypique, 2017) ; etc. Par exemple, dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, Vincenzo est obsédé par le qu’en-dira-t-on à propos de l’homosexualité de son fils Antonio : dans les lieux publics, il est persuadé que tout le monde l’a identifiée et en rient. Il s’est complètement identifié à la caricature qu’il s’est faite de son fiston.

 

 

Film "Big Mama, de père en fils" de John Whitesell

Film « Big Mama, de père en fils » de John Whitesell

 

Le père et le fils sont tous les deux gays dans la pièce L’Anniversaire (2007) de Jules Vallauri, le film « The Boy Next Door » (2008) d’un réalisateur inconnu, la pièce Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz (Henri et son père), le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson (Marcel et Arthur Proust), le film « Crustacés et coquillages » (2005) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec Marc et son fils Charly), le film « A Ferret Calles Mickey » (2003) de Barry Dignam, le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, le film « Odd Sock » (2000) de Colette Cullen (une mère et son fils se révèlent mutuellement leur homosexualité autour de la machine à laver familiale), le film « Un Arrangement » (1998) de Didier Blasco, le film « Le Langage perdu des grues » (1991) de Nigel Finch, le roman Las Locas De Postín (1919) d’Álvaro Retana (avec Polito et son père), le film « Quelque chose en son temps » (1965) de Roy et John Boulting, le film « La Résidence » (1969) de Narciso Ibañez-Serrador (la « fille à pédés » lesbienne surprotège son fils unique gay), le film « Père, Fils » (2003) d’Alexandre Sokourov, le film « Simon, El Gran Varón » (2002) de Miguel Barreda, le film « Respire ! » (2004) de Dragan Marinkovic (où le père et la fille sont homosexuels), le film « Caresses » (1997) de Ventura Pons, le film « Merci… Dr Rey ! » (2001) d’Andrew Litvack, le film « Burlesk King » (1999) de Mel Chionglo, le film « Choujue Dengchang » (2001) de Cui Zi’en, le film « La Rivière » (1996) de Tsai Ming-liang, la B.D. Dads And Boys (2007) de Josman (avec des images crues d’un père et d’un fils qui couchent ensemble, parfois avec le grand-père en prime !), etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

« Ton père est différent des autres pères. » (le père, travesti M to F, faisant son coming out à son fils Peter, dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau) ; « Moi aussi, j’ai une préférence pour les garçons. » (le père du transsexuel M to F Jessica, dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage) ; « Je dirai que ton père était un pédé. » (Hervé Nahel lors de son concert aux Sentiers des Halles le 20 novembre 2011) ; « Si ce que j’aime le plus au monde est gay, alors moi, je suis… [Rideau. Toute dernière réplique de la pièce] » (le père de Chris, le héros homosexuel en couple avec le joueur de foot dont son père est fan, dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) ; « Je suis le père d’Howard et je suis gay ! » (le père d’Howard, le héros homosexuel, en soutien pour son fils homo privé de son titre de meilleur prof de son lycée, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; « Homos de père en fils depuis cinq générations ! » (Francis, le héros homosexuel de la pièce Hors-Piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt) ; « Dans la famille, on est gays de père en fils ! » (le père homo d’Henri, le héros qui feint l’homosexuel, dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz) ; « C’est pas parce qu’elle avait de la moustache que c’était un gars. » (la grand-mère de Rodolphe, lui parlant de son père qui serait allé vers sa mère parce qu’il aurait cru que c’était un homme, dans le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand) ; « Depuis l’armée, j’ai toujours pensé qu’il avait été un peu fiottasse. » (idem) ; « Le plus délicat, c’est de faire son coming out à son père. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Qu’est-ce que je vais trouver ? Peut-être que c’est un marin, un cow-boy dans un ranch, un hippie, un travesti, un taulard ou bien qu’il vend des armes. Va savoir ? » (Phil, le héros homo, parlant de son père inconnu qu’il va rejoindre aux États-Unis, dans le film « Die Mitter der Welt », « Moi et mon monde » (2016) de Jakob M Erwa) ; « Tel père tel fils. » (Grace, la mère folle de John le héros homo, à propos de l’homosexualité de ce dernier, dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; etc.

 

Film "Beginners" de Mike Mills

Film « Beginners » de Mike Mills


 

Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, pères et fils ont tous en couple homosexuel : nous est dépeint un monde sans différence des sexes, où la différence des générations s’est substituée à la différence des sexes à travers le clonage. Dans le sketch « Sacha » de Muriel Robin, la mère se présente comme « l’amie » de son fils homo Bruno, et rêve finalement qu’elle forme un couple lesbien avec la Tante Claudette. Dans le film « Kazoku Complete » (« La Famille au grand complet », 2010) d’Imaizumi Koichi, Shusaku a des relations sexuelles avec Koichi, son père. Dans le film « Uncle David » (2010) de Gary Reich, Ashley et son oncle ont une liaison. Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Georges de la Ferrinière, le présentateur télé, et son fils homo Éric, découvrent qu’ils ont tous les deux le même amant : Jean-Loup ! Dans la pièce Moi aussi, je voudrais avoir des traumas familiaux… comme tout le monde (2012) de Philippe Beheydt, Eddy rêve, en tant qu’acteur, de jouer une Princesse byzantine, et que son « fils » Édouard soit gay (d’ailleurs, il lui offre le livre Père manquant, fils manqué). Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, Vidvn suce le sexe de son père Mimile. Dans le film « Ma Mère préfère les femmes (surtout les jeunes…) » (2001) d’Inés Paris et Daniela Fejerman, Sofía aime les femmes de l’âge de ses filles, et ces dernières se demandent si elles ne sont pas, elles aussi, lesbiennes comme leur mère. Dans le film « Beginners » (2010) de Mike Mills, quand Hal, un homme âgé, fait son coming out à son fils Oliver, cela provoque chez ce dernier énormément d’interrogations… Dans le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, David, homosexuel de 15 ans, est adopté par le couple homosexuel Ed et Arnold. Dans le film « Días De Boda » (2002) de Juan Pinzás, on apprend que Rosendo, le marié, et son beau-père ont eu une liaison homosexuelle. Dans le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, Rachel, l’héroïne lesbienne, rêve qu’elle fait l’amour avec sa propre mère, au moment du coït avec sa copine (les visages se transposent les uns aux autres). Dans le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, Scott s’imagine faire l’amour à sa mère. Dans la pièce La Reine morte (1942) d’Henry de Montherlant, la relation entre le père (le roi Ferrante) et son fils (Don Pedro) est très ambiguë : « Vous savez bien que je vous aime » dit Don Pedro à son père ; « On devrait pouvoir rompre avec ses enfants comme on le fait avec ses maîtresses » rétorque ce dernier. Dans le roman El Día Que Murió Marilyn (1970) de Terenci Moix, Jordi et son oncle sont tous deux homos. Dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Jean-Marc est homosexuel comme son oncle Édouard. Dans le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, Andy va « tailler une pipe » à son père dans les toilettes. Dans le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody, Brad, le héros, vit dans un monde où l’homosexualité est la norme sociale, et où son père comme sa mère vivent chacun en couple homosexuel de leur côté. Dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, Zac, le héros gay, aperçoit avec effroi (et comme un « flash ») son père en tant que client régulier dans la boîte gay qu’il a coutume de fréquenter ! Dans le roman J’apprends l’allemand (1998) de Denis Lachaud, Rolf, le personnage bisexuel, a un oncle homosexuel, Peter, « celui qui vit dans la forêt, l’excentrique de la famille » (p. 62). Dans le film « Néa » (1976) de Nelly Kaplan, Sybille a surpris sa mère Helen au lit avec sa tante Judith. Dans le film « The Parricide Sessions » (2007) de Diego Costa, Diego tente de convaincre son propre père de jouer devant sa caméra le rôle de ses différents amants. Dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, on apprend que « L. » s’est fait sodomiser par son père avant qu’elle/il ne l’étrangle avec ses bas de soie. Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, la tante d’Omar a dit à son neveu – qui dort avec des poupées – qu’« il était exactement comme son père »… et on découvre que Ralph, le père en question, est secrètement homo. Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, la mère de Reggie (l’un des personnages homos) est homosexuelle comme son fils… ce qui fait mourir de rire ses comparses LGBT. Dans l’« Histoire de Kamaralzamân avec la Princesse Boudour » des Mille et une Nuits, « l’homosexualité latente du père à l’égard du fils et du fils à l’égard du père, est fortement indiquée. » (Christian David, « Les Belles Différences », Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 382) Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon raconte comment elle a fait son coming out auprès de ses parents ; face aux larmes de tristesse de son père, elle décrit celui-ci comme un semblable d’orientation sexuelle : « Arrête, papa. On dirait un pédé ! » Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Nicolas, en couple avec son demi-frère, rend responsable son père décédé de leur homosexualité à tous les deux (et, du coup, à tous les trois !) : « Tu vas voir tes deux fils s’aimer. Mais tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. » Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, après que Simon a révélé à son père son homosexualité, ce dernier, pour montrer qu’il est ouvert et qu’il accepte son fiston tel qu’il est, lui propose sérieusement de l’aider à trouver avec lui l’âme-frère : « On pourrait peut-être s’inscrire sur Grindr ensemble… »

 

Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, on assiste à un spectaculaire coming out croisé entre père et fils. Sammy, le père d’Elio (jeune homo de 17 ans), a deviné l’aventure homosexuelle qui a impliqué son fils et son collègue de travail Oliver (la trentaine). Sammy non seulement encourage son fils à l’homosexualité (en lui assurant que ce qu’il a vécu avec Oliver était « bien plus qu’une magnifique amitié ») mais en plus lui dit qu’« il l’envie », et que même s’il s’est marié à 30 ans avec sa maman, il a failli faire son coming out : « Je n’en ai pas été loin… » Sidérant. Elio demande à son père si sa mère est au courant de son homosexualité secrète… et ce dernier dit qu’il « ne croit pas ».
 

Dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet, Raymond découvre que son père, Marcel (70 ans), s’est marié avec un homme, Dominique, et s’inquiète de se découvrir lui-même homosexuel… et son homosexualité est latente : « J’espère que ce n’est pas héréditaire. Parce que je ne suis pas du tout comme ça ! Mais alors pas du tout comme ça ! […] J’espère… j’espère que ce n’est pas héréditaire. » D’ailleurs, Dominique essaie de l’en persuader, en s’approchant dangereusement de lui, et en sous-entendant que Marcel et lui sont tous deux homos : « Au fond de vous, je sais que vous êtes comme lui : les mêmes attirances ! » De plus, suite à un quiproquo, Caroline, la fille de Dominique, s’imagine, en voyant Raymond, que c’est lui le « mari » de son père (donc son beau-père), et est scandalisée que son papa « ait réussi à séduire un jeune ». Elle finira par découvrir que Dominique a signé un « mariage pour tous » blanc avec Marcel, et par se mettre en couple avec Raymond, donc pour le coup son « demi-frère » par alliance. L’incestuel arrive à son paroxysme dans cette pièce.
 

Dans le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras, Yiorgos découvre avec horreur que Strella, l’homme transsexuel de 25 ans avec qui il a couché et dont il commençait à tomber amoureux, était en réalité son fils… Ce dernier l’a piégé en connaissance en cause, et s’était déjà illustré dans un autre cas d’inceste, puisqu’à l’adolescence, lui et son oncle (le frère de Yiorgos) avait eu une liaison : « Les hommes plus âgés me rassurent… » avoue-t-il. Strella est même traité par ses amis homosexuels de « gérontophile ». L’un de ses collègues transsexuels, Mary, a également eu pour amant son oncle Atonis.

 

Film "Strella" de Panos H. Koutras

Film « Strella » de Panos H. Koutras


 

Dans la violence de la répression de l’homosexualité de son fils, on lit parfois chez le père fictionnel une homosexualité latente : c’est le cas par exemple dans le film « Gun Hill Road » (2011) de Rashaad Ernesto Green (entre Enrique et son fils trans Michael), le film « K@biria » (2010) de Sigfrido Giammona (entre Giovanni et son fils gay Francesco), le film « Le Fils préféré » (1994) de Nicole Garcia, etc. « Un soir, il s’en est pris à moi. J’étais en CP, j’avais ramené un bulletin de notes un peu moins bon que d’habitude. Il m’a mis tout nu, m’a allongé sur le lit… j’étais terrifié. Il a défait sa ceinture et a commencé à me frapper, sans tenir compte de mon âge, comme si j’étais un adulteou un criminel. Mais le bulletin, ce n’était qu’un prétexte. Il trouvait que j’avais l’air efféminé. À six ans ! Il me traitait de petit pédé, qu’il allait faire de moi un homme. » (Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 422) Dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet, Alba, avant de se découvrir lesbienne, a jeté son fils Roberto dehors parce qu’il était homo. Dans le film « Mourir comme un homme » (2009) de João Pedro Rodrigues, au moment ou Ze María, le héros homosexuel, tue son copain d’une balle, il dit symboliquement que « son père est mort » ; il avouera après à ce dernier (qui est trans) : « J’ai tué un pédé comme toi qui méritais pas de vivre. »

 

Pièce "Gai Mariage" de Gérard Bitton et Michel Munz

Pièce « Gai Mariage » de Gérard Bitton et Michel Munz


 

Le personnage homosexuel critique parfois le lien d’hérédité – qu’on appelle « de dégénérescence » – qui est fait entre son homosexualité et celle de son père. « Il est exactement comme notre père, mais il le déteste. » (SDF parlant de son frère homo, dans le bâti Lars Norén (2011) d’Antonia Malinova) ; « T’as ça [= la politique ou l’homosexualité ?] dans le sang ! Tu as le sang de ton père ! » (Sofia s’adressant à Édouard le héros homo, dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco) ; etc. Mais pourtant, qui, sinon lui, a créé la causalité « homophobe » ? « Ça doit être mon père qui m’a fait ainsi ! Il était trop beau lui aussi ! Comme un gamin-papillon, j’étais fasciné par sa beauté d’homme solitaire. Peut-être que je m’y suis brûlé les ailes ! Je devrais jeter toutes ces photos que j’ai de lui ! Cesser de penser que j’aurais hérité de lui cette attirance pour les garçons. Un désir refoulé qu’il m’aurait transmis en quelque sorte. Et tout cela, parce qu’il nous prodiguait, à moi et à mon petit frère, la tendresse de la mère perdue. » (Malcolm dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 60) ; « Que signifiait le baiser qui l’avait tant troublé : défi, ou mépris ? L’homme les avait-il pris, son père et lui, pour des invertis ? » (le héros homos de la nouvelle« À l’Ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 31) ; « Allais-tu me ressembler ? Si tu étais un garçon, aurais-tu les mêmes goûts que moi ? » (Bryan, le héros homo ayant fait « accidentellement » un enfant à son amie Stéphanie, et parlant à son fils qui vient de naître dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 402) Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, l’argument de la dégénérescence revient sur le tapis : le personnage gay de Pédé, qui a déjà un fils homosexuel, n’est pas ravi d’apprendre que Lou, la fille qu’il a abandonnée pendant 17 ans, est également homosexuelle : « Trois folles dans la famille ! »

 

L’inceste ne concerne pas que les rapports familiaux. Il s’élargit ensuite à l’écart d’âges entre les deux partenaires adultes du « couple » homosexuel : cf. le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall (entre Mary et Stephen), le film « Ma Vie avec Liberace » (2013) de Steven Soderbergh (entre Scott et Liberace), le film « Le Derrière » (1998) de Valérie Lemercier (entre Francis et Pierre), le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure (entre Cédric et Laurent), etc. « J’ai été surpris par le nombre de jeunes, des mecs d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années, cherchant expressément des partenaires de plus de 45 balais. » (Michael parlant des rencontres Internet, dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 17) ; « Dans certaines tribus de Nouvelle-Guinée, dans le cadre de rite d’initiation, on impose à de jeunes garçons de pratiquer des fellations sur leurs oncles ou leurs pères… Ah ben y’a beaucoup de papous alors, en France, non ? » (le comédien de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier, pp. 92-93) ; « À part un Roi de la pédale [comme vous], j’vois pas qui aurait pu prendre des vieux queutards. » (les flics s’adressant à Armand, le héros homo de 43 ans, initialement attiré que par les hommes plus mûrs et plus vieux que lui… mais qui, pendant l’intrigue, finira par s’accoupler avec une petite jeune de 16 ans ; l’attraction pour les vieux va paradoxalement avec l’attraction pédophile ; c’est ce qui conclure au flic qui arrête Armand : « Le fait que vous aimiez les vieux m’incite à penser que vous aimez aussi les jeunes filles. ») ; « C’est pour ça que Lili c’est mon deuxième papa. » (une patiente lesbienne, accouplée à la vieille Lili, sa compagne de 73 ans, dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Le Zizi de Billy », les amants se traitent mutuellement de « neveu » et d’« oncle » (« Tu es mon oncle bien aimé ? » ; « Et toi, t’es mon neveu bien aimé ? »). Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, William sort avec un homme marié, Georges, qui a le double de son âge. Dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Chris sort avec un homme (Ruzy) pendant que son père sort avec une nana de 15 ans : « À 15 ans, c’est tellement mignon, tendre. » (le père de Chris) Dans le film « Il Compleanno » (2009) de Marco Filiberti, le jeune et beau Diego séduit Mateo, l’homme marié faisant sa crise de la quarantaine. Dans le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, Jamie, maître nageur homo, fait en vain le bouche à bouche à un homme noyé beaucoup plus âgé que lui, et ce geste le plonge dans un profond trouble. Dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage, au départ, Jean-Louis confond le père du transsexuel M to F Jessica pour un client de celle-ci. Dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, Anamika s’imagine en train de dégrafer les soutiens-gorge des femmes qui ont l’âge de sa mère ; plus tard, elle a liaison avec Linde, une mère de famille, dans les bras de laquelle elle accède à la vie d’adulte à vitesse grand V : « Toute ma vie, on m’avait appris à vénérer mes aînés. Quiconque avait cinq ans de plus que vous était un aîné. Presser les fesses de Linde enfreignait toutes les règles de la vénération. D’aînée, je la transformais en être sexuelle, en égale. Cela faisait de moi une adulte. » (p. 36) Dans le sketch « Le Couple homo » de Pierre Palmade et Michèle Laroque, Alain, 48 ans, sort avec son jeune amant brésilien Roberto, 19 ans. Dans le film « Storm » (2009) de Joan Beveridge, Jill vit en ménage avec Nicky, une femme qui a l’âge d’être sa fille (… et qui finira d’ailleurs avec la fille de Jill, Tasha !). Dans le film « Tell Me A Memory » (2010) de Jon Bryant Crawford, Jack tombe amoureux de Finny, un grand-père beaucoup plus âgé que lui, et qui a la maladie d’Alzheimer. Dans la publicité Renault « Bien dans son époque, bien dans sa Twingo », un jeune homme drague un travesti qui a l’âge d’être son père. Dans son roman Je vous écris comme je vous aime (2006), Élisabeth Brami essaie de nous faire avaler une grosse couleuvre : la beauté de l’histoire d’amour entre deux femmes mariées, ayant 30 années d’écart (Gabrielle, 80 ans, et Émilie, 50 ans) : « Pourquoi cette femme, de trente ans plus jeune qu’elle, a pris en un soir une telle place ? » (Gabrielle, p. 12) Pourquoi… On se demande, en effet… Pour parachever l’invraisemblance de cette intrigue, c’est bien sûr la plus jeune qui se montrera la plus demandeuse et la plus accro à alimenter la liaison épistolaire avec la plus âgée.

 

Les rapports homosexuels entre personnes de générations différentes sont parfois facilités/forcés par l’argent et les règles tacites de la prostitution. Par exemple, dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Emmanuel se rend chez un de ses voisins d’immeuble et se déshabille devant lui… alors que celui-ci a l’âge d’être son papy. Dans le film « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, Giles, le personnage homo âgé, tente de draguer le jeune barman du resto qu’il fréquente.

 

Film "Chacun sa nuit" de Pascal Arnold

Film « Chacun sa nuit » de Pascal Arnold


 

Enfin, nombreuses sont les œuvres de fiction homosexuelles où revient l’histoire incestueuse de Peau d’âne (cf. la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, le film « La Mante religieuse  » (2014) de Natalie Saracco, le film « Naissance des pieuvres  » (2007) de Céline Sciamma, etc.) ou d’Œdipe (cf. la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi, l’opéra-oratorio Œdipus Rex (1927) d’Igor Stravinski, le film « Edipo Re » (1967) de Pier Paolo Pasolini, etc.). « Tu es très belle avec ton poncho qui sent l’âne. » (l’héroïne lesbienne à Bérénice, dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie) Par exemple, dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, Lacenaire se compare à Œdipe.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

« Mais l’amour n’a pas d’âge, enfin ! »

 

Même dans la réalité, inceste et homosexualité se rencontrent parfois, même si je n’appuie absolument pas la thèse de la dégénérescence ni de la transmission génétique de l’attirance homosexuelle. Je prends aussi le terme « inceste » dans son sens large et étymologique (incastus : ce qui est non-chaste), c’est-à-dire que je considère incestueuse/incestuelle toute relation où prédomine le rêve de fusion, de possession de l’autre, où l’espace nécessaire à la différence et à la relation/union n’est pas respecté.

 

B.D. "Le Monde fantastique des gays" de Copi (cf. planche "Le Gai-Pied")

B.D. « Le Monde fantastique des gays » de Copi (cf. planche « Le Gai-Pied », revue homo)


 

Certaines personnes homosexuelles ont réellement subi l’inceste dans leur adolescence, et celui n’a pas été opéré nécessairement par des hommes, d’ailleurs : « En général 2% des statistiques sur l’inceste mentionnent des actes mère/fils. » (Daniel Welzer-Lang, Le Viol au masculin (1988), p. 190) ; « J’ai été retrouvé la Femme lunaire. Elle m’a confié comment elle avait été violée par son père. » (Simone de Beauvoir, parlant de son amante « la femme lunaire », dans une lettre rapportée dans la pièce-biopic Pour l’amour de Simone (2017) d’Anne-Marie Philipe) ; etc. Dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, Jean-Philippe (28 ans) est homosexuel et a subi les abus d’un oncle de 9 à 16 ans ; André (33 ans), sodomisé sauvagement par son père à l’âge de 13 à 16 ans, se dit à l’âge adulte d’orientation homosexuelle.

 

Lors de mes voyages et entretiens avec les personnes homosexuelles libanaises et martiniquaises en avril-mai 2013, j’ai été frappé de voir combien, dans des sociétés si culturellement peu préparées à accueillir la reconnaissance du désir homosexuel, il y avait à la fois beaucoup de pratique homosexuelle clandestine et beaucoup de cas d’inceste dans les familles.

 

À propos de l’inceste au sein du cadre homosexuel, il n’est pas nécessairement caché par le père, ni subi par le fils, surtout quand ce dernier arrive à maturité d’adulte. Quand il a lieu, en général, le père et le fils se flattent l’un l’autre de gommer leur différence générationnelle et leur lien du sang, en toute bonne foi. Par exemple, dans les synonymes d’« homosexuel », on trouve « daddy » (= papa), un terme très affectueux. Comme de par hasard… L’éloignement et la négation du Réel, par la violation de la différence des générations, prend chez certains père et fils une dimension poétique, ludique, littéraire, affective. Par exemple, le père d’André Gide, appelait souvent son fils « mon petit ami ». Dans le reportage « Les Fioretti de Pier Paolo Pasolini, 1922-1975 » (1997) d’Alain Bergada, le réalisateur italien Pier Paolo Pasolini dit avoir éprouvé étant jeune « un amour sensuel pour son père urinant dans un fossé ». Dans le documentaire « Cocteau et Compagnie » (2003) de Jean-Paul Fargier, le poète français Jean Cocteau sous-entend que son père était homosexuel comme lui, et qu’il s’est suicidé pour cette raison : « Le pédéraste reconnaît le pédéraste… » Dans le film « Family Outing » (2001) de Ben McCormack (présenté comme une histoire basée sur des faits réels), un jeune adulte découvre que l’homme mûr qu’il vient de sucer à travers un glory hole n’est autre que son père ! (la seule réplique qu’on entendra juste avant la fin de ce court-métrage, c’est l’exclamation du fils face à son amant : « C’est toi papa ? »)

 

Article Têtu de mars 2021

Il est possible que dans des familles où l’homosexualité se déclare, le père et le fils se soient trop rapprochés de s’être trop vite évités : « Mon époux aimait bien Jimmie. Je crains même qu’il ne l’ait trop aimé. » (Mrs Sewell en parlant de son fils homosexuel Jimmie, citée dans l’autobiographie Palimpseste – Mémoires (1995) de Gore Vidal, p. 48) ; « De là à ce que j’aie pensé, depuis mes toutes premières années, qu’il valait mieux être un homme qu’une petite fille pour lui plaire, il n’y a qu’un pas à franchir. » (Paula Dumont, écrivaine lesbienne, à propos de sa mère, dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), p. 35) ; « L’homosexualité féminine se dissimule encore plus que l’homosexualité masculine parce qu’elle touche au tabou le plus ancré chez tout être humain à savoir celui qui touche au corps de la mère. » (idem, p. 86) ; « J’ai besoin d’érotisme à cause du corps de ma mère, de sa vie. Souvent elle disait : ‘Je t’y prends !’ à faire ceci cela. Me surveillant. » (Annie Ernaux, Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), pp. 61-62) ; « Mon grand-père était un homme au sexe proéminent. […] Pendant longtemps, j’ai été jaloux de ma mère à cause de mon grand-père. » (Reinaldo Arenas, Antes Que Anochezca (1992), p. 31) ; « Quelques images me reviennent : il est assis dans l’auto. Son pénis est sorti. Il a une érection. » (Justin, 34 ans, abusé dès l’âge de 4 ans par son père, son oncle, et son frère aîné, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, p. 244) ; « Nous rejoignons dans la nuit le lycée qui est à 20 km, route de Carhaix, celle de l’accident [de mon père]. C’est la chanson de Charlotte Gainsbourg avec son père, ‘Lemon Incest’ : ‘Je t’aime, je t’aime, je t’aime plus que tout…’, je suis certain d’avoir envie de pleurer […]. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 88) ; « Quand mes frères et sœurs s’étonnaient de mon absentéisme, ma mère le justifiait par le fait que j’étais l’aîné et qu’elle avait besoin de moi pour accomplir certaines tâches. Un peu comme on le dit d’un mari. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 18) ; « Je fais en sorte de rentrer tard pour éviter cette impression de vivre en couple avec elle… » (idem, p. 90) ; « Coco devait avoir cinquante-six ou cinquante-sept ans, mais l’idée d’inceste  avec un fils fictif remplissait son imaginaire érotique. » (Alfredo Arias dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 94) ; « C’est vrai, je suis un fantôme très sensuel. J’aime caresser les êtres chers. C’est vrai, j’aime caresser les jambes de mes filles, leurs seins. Je me permets même de caresser le sexe de mon fils. Un fantôme peut accéder aux désirs les profonds, n’est-ce pas ? » (la grand-mère d’Alfredo à son petit-fils, idem, p. 164) ; « On est descendus sur la terrasse pour sentir la fraîcheur de la nuit et on a entendu une voiture s’arrêter. On s’est déplacés silencieusement pour espionner. On a vu le beau garçon, l’athlète qui faisait de délicats dessins de fleurs. Il faisait chaud. Il était presque nu dans la voiture. Sa peau brillait, recouverte d’une fine pellicule de sueur. Le conducteur de la voiture était un homme plus âgé, aux cheveux blancs. Ils se sont embrassés sur la bouche. Et tu m’as dit que c’était son père. » (Alfredo à sa grand-mère, idem, p. 165) ; « Ma mère comptait tellement pour moi. J’ai passé ma vie à la séduire. »  (une femme lesbienne de 70 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Faut que je te dise aussi un truc, c’est que je t’aime et que t’es mon fils, quand même, mon premier gamin. Je n’avais pas trouvé ça, comme on pourrait le penser, beau et émouvant. Son ‘je t’aime’ m’avait répugné, cette parole avait pour moi un caractère incestueux. » (Eddy Bellegueule citant son père, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 58) ; « Ton père il a un sacré engin. » (la mère à Eddy Bellegueule, op. cit., p. 77) ; « L’impudeur de mon père. Il disait aimer être nu et je le lui reprochais. Son corps m’inspirait une profonde répulsion ‘J’aime bien me balader à poil, je suis chez moi je fais ce que je veux. Jusqu’alors dans cette maison c’est moi le père, moi qui commande’. » (Eddy Bellegueule, idem, p. 77) ; « Je pourrais également être prostitué – et même travesti, navré si cela vous choque. Violé à l’âge de 12 ans, j’ai grandi dans une famille où l’inceste était monnaie courante. Les hommes de mon enfance – à commencer par mon père – n’étaient pas à la hauteur. Pire, ils auraient dû me dégoûter d’être un homme. » (Père Jean-Philippe, Que celui qui n’a jamais péché… (2012), p. 17) ; etc.

 

Planche "Les Comme ça" de la B.D. "Le Monde fantastique des Gays" de Copi

Planche « Les Comme ça » de la B.D. Le Monde fantastique des Gays de Copi


 

Dans l’émission C’est mon choix diffusée sur la chaîne Chérie 25 sur le thème « Elles ont osé sortir avec des personnes de la même famille », Léa, une femme trentenaire qui a d’abord collectionné les aventures masculines en sortant avec deux hommes qui étaient l’un vis-à-vis de l’autre oncle et neveu, s’est découverte lesbienne et est désormais en couple avec une femme. Face à l’étonnement du public, elle sort par provocation : « J’aurais dû me taper la mère ! »
 

Dans le film biographique « Girl » (2018) de Lukas Dhont, Lara/Victor, garçon trans M to F de 16 ans, et son père Mathias se traitent mutuellement de « bitch » (« Bitch toi-même. » lui répond Mathias), et dorment ensemble dans le même lit. Le spectateur met d’ailleurs un temps fou à comprendre que Mathias est le père de Lara.
 

Il arrive que les coming out entre le père et le fils adultes se croisent, voire même que le père et le fils aient une liaison amoureuse ensemble ! « Mon coming out est devenu l’outing de papa. » (Stéphane dans la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 134) ; « Ma mère passait la soirée chez la voisine. Elle rentrait ivre avec la voisine, elles se faisaient des blagues de lesbiennes ‘Je vais te bouffer la chatte ma salope.’ » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 66) ; « Je suis né auprès de deux soixante-huitards militants. J’ai eu une enfance très très heureuse et très très libérée. Mon père est quelqu’un extrêmement excentrique. C’est un peintre. Il m’a dit qu’il avait probablement des tendances homosexuelles cachées. » (Jonathan, séropositif et homosexuel, dans le documentaire « Prends-moi » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; etc. Des exemples connus de familles où le père et le fils sont homos tous les deux ne sont absolument pas rares : cf. la famille Ackerley (père et fils homos), la famille Mann (Thomas, Klaus, et Erika), la famille Schwarzenbach (mère et fille lesbiennes), la famille Burrough (mère et fils), la famille Éribon (oncle et neveu), etc.

 

Il est étonnant de voir, même si cela n’a rien de systématique, qu’il y a beaucoup de familles où l’homosexualité est ressentie chez les parents ET chez les enfants. J’en connais personnellement beaucoup ! Ce n’est pas mathématique, ce n’est pas génétique, ce n’est pas automatique, ce n’est pas statistique, ce n’est pas publicitaire (surtout dans les débats actuels sur l’adoption)… mais je crois aux influences des modèles médiatiques/concrets qu’on propose (je n’ai pas dit « qu’on impose ») à un enfant. Par exemple, en assistant au débat « Toutes et tous citoyen-ne-s engagé-e-s, le samedi 10 octobre 2009, à la Salle des Fêtes de la Mairie du XIème arrondissement de Paris, un père témoignait publiquement – et presque avec fierté – de son homosexualité et de celle de son enfant : « Heureusement que je m’accepte en tant qu’homo parce que… ça fait 10 ans que ma fille vit avec une fille. » Apparemment, cela n’a interrogé personne. Pas même les concernés…

 

Ce coming out couplé, une fois deviné, n’est pas toujours bien accueilli par les deux parties… car l’effet-miroir peut être violent… peut même être le signe du viol même ! Par exemple, dans son ouvrage Les Deux Prostitutions (1889), François Carlier évoque le cas d’un fils parricide qui tua son père ayant abusé de lui : « Lintz, qui fut exécuté à Versailles le 31 mai 1882, après avoir porté à son vieux père les premiers coups de couteau, le traîne à terre et, avant de l’achever, se rend coupable sur lui du crime de viol. »

 

Dans la biographie Ramon (2008), Dominique Fernandez fait la prouesse de retracer la vie de son père. Ce dernier a écrit en 1924 un roman intitulé Philippe Sauveur et qui traitait d’homosexualité. Son fils s’en étonne encore, même s’il laisse échapper quelques indices d’homosexualité latente chez son père, qui était pourtant un homme marié et un coureur : « Écrire sur l’homosexualité, à cette époque, quand on était soi-même, ou qu’on passait pour l’être, un homme à femmes ! Quelle étrange curiosité poussait l’apprenti romancier ? Il est sans exemple, autrefois comme aujourd’hui, qu’un écrivain ait abordé ce sujet sans être lui-même de la famille ou tenté d’y entrer. Que devais-je donc penser ? […] Ce n’est pas que je craignais de me découvrir un père homosexuel, ou n’ayant échappé que de peu à l’inversion. Non, je redoutais plutôt le contraire : que l’inversion n’eût été pour lui qu’un objet de curiosité intellectuelle et que, comme la plupart des gens qui la considèrent du dehors, il n’y eût rien compris. » (pp. 129-130) L’homosexualité paternelle de Ramon Fernandez, habillée du vernis de l’hétérosexualité, ne semble pourtant pas faire de doutes puisque Louis Aragon a assuré à Dominique qu’il avait surpris son père au lit avec Drieu de la Rochelle. Et un peu plus tard, Dominique Fernandez semble corroborer cette thèse : « Question à laquelle je ne pourrai jamais répondre : sorti de l’adolescence, mon père avait-il renoncé aux liaisons homosexuelles ? Mûri, puis marié, eut-il encore des aventures ? » (p. 143) D’ailleurs, ce qui semble avoir facilité la transmission générationnelle d’homosexualité, c’est la rupture incestuelle qu’a imposée la mère entre le père et le fils : « J’avais intériorisé l’interdit maternel. […] Amoureux de mon père, je l’ai toujours été, je le reste. Ma mère, je l’ai admirée, je l’ai crainte, je ne l’ai pas aimée. Lui, c’était l’absent et c’était le failli, l’homme perdu, sans honneur. C’était le paria. » (idem, p. 45) ; « J’aimais mon père, j’en étais amoureux, mais c’était un amour interdit, qu’il me fallait refouler, nier, piétiner dans mon cœur – au point d’être incapable de m’intéresser à la vie de on père, incapable de l’écouter s’il parlait. » (idem, p. 36) ; etc. « Ramon Fernandez, à en croire son biographe de fils, Dominique Fernandez, est un ‘homosexuel raté’ incapable d’assumer son ‘orientation sexuelle’ comme on dit aujourd’hui. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 203)

 

Il existe un lien fort entre inceste et homosexualité (ou inceste-divorce-coming out), même si bien évidemment, les ponts entre le rejet de la différence des sexes (par l’homosexualité) et le rejet de la différence des générations ne sont pas causaux ni toujours flagrants. Je vois ce lien à travers l’étrange traumatisme – et le ravissement de ce traumatisme – que crée le coming out d’un père sur sa fille de sang, par exemple. Un traumatisme proche du flou incestueux/incestuel. Dans l’émission Toute une histoire spéciale « Mon père est parti avec un homme » (diffusée sur la chaîne France 2 le 5 décembre 2013), nous en trouvons plein d’illustrations. À travers certains binômes filiaux, on nous fait croire que la relation « fusionnelle » et de copinage entre père homo et fille biologique de ce dernier (ils discutent « mecs » ensemble, font du shopping et se conseillent vestimentairement) peut très bien se substituer à l’union conjugale passée du père et de la mère biologiques (à présent séparés ou divorcés) grâce au coming out, grâce à l’homosexualité, grâce à la fusion père homo-fille hétéro. La séparation ou la rupture conjugale est maquillée et surinvestie en fusion filiale homosexualisée/asexualisée. Et cela provoque dans bien des cas chez « l’enfant embarqué dans l’homosexualité par géniteur interposé » un trouble proche de l’expérience de l’inceste ou du divorce ou de la répudiation ou du viol : « Par la suite, j’ai eu des oublis par rapport à mon enfance et tout ce qui s’est passé à ce moment-là. […] Toute cette période, je l’ai effacée. Je n’ai pas de notion de temps. […] Ça n’a pas été un souci pour moi. […] J’ai quelques séquelles de tout ça, même si je l’ai toujours bien pris et que ça se passe très bien… mais j’ai des séquelles dans ma vie de femme. Et ça, par contre, je peux pas vraiment en parler avec lui. Pour moi, tous les hommes sont un peu homosexuels, donc c’est un peu compliqué tous les jours. » (Amandine, femme quarantaine qui, à 19 ans, a appris que son père était homosexuel, dans l’émission citée.) Certains fils de parents homos finissent parfois bisexuels pour survivre à la douleur de cet attachement faussé avec leur père ou leur mère homo.

 

Sans aller jusqu’à cet extrême, il n’est pas toujours facile, dans une famille, de découvrir une parenté homosexuelle. La similitude d’orientation sexuelle entre fils homosexuel et père est parfois troublante dans la réalité, non pas dans la mesure où elle serait causale ou exactement symétrique (tous les pères d’enfants homosexuels ne sont pas systématiquement homosexuels, et tous les fils homosexuels ne sont pas amoureux de leur père, bien entendu), mais parce qu’elle est imparfaitement gémellaire. Il est parfois fascinant d’observer les réactions saugrenues de certains pères au moment du coming out de leur fils, ou à l’inverse, la gêne ressentie de la part du second par rapport à son propre père. Pour vous donner un exemple personnel, j’ai le souvenir très précis, à l’époque où je me trouvais en études à Rennes (j’avais 23-26 ans), des sueurs froides qu’un ami homo de mon âge (on va l’appeler Romain) a ressenties lors de son déménagement d’appartement. Son père et sa mère l’avaient aidé à déplacer ses affaires, même pendant son absence. Et il avait eu la désagréable surprise de découvrir que son père était tombé par hasard sur un cadeau de mauvais goût que des potes gays lui avaient offert : le calendrier sulfureux des Dieux du Stade. Le papa de Romain avait embarqué sans rien dire le calendrier de son fils. Pourquoi un tel vol ? Attendait-il que son fils vienne lui réclamer l’objet du délit pour lui infliger une véritable humiliation ? Pourquoi n’a-t-il pas d’office blâmé son fils en lui rendant aussitôt son bien plutôt que de s’enfermer dans une honte bien trop personnelle et trop intime pour ne pas être révélatrice d’une blessure plus collective ? Romain n’avait pas la réponse. Et la réaction de son papa l’avait scotché. Quand il a finalement récupéré son calendrier de rugbymen à poil (avec un ballon ridiculement niché en dessous du nombril), son père s’est juste contenté d’une lamentation désespérée : « C’est un truc de fous… C’est un truc de fous… » Mais le plus amusant dans cette attitude paternelle incompréhensible (et c’est le détail qui a le plus interloqué Romain… même si je crois qu’il a préféré ne pas mener jusqu’au bout les conclusions qui s’imposaient… pour ne pas se faire trop peur, sans doute), c’est non seulement l’acte de confiscation, mais l’endroit choisi pour cacher le calendrier : le sommet de l’armoire à vêtements de la chambre à coucher parentale. Choix infantile, qui ne trahit pas pour autant une homosexualité latente chez le papa (il ne faut pas exagérer non plus), mais en tout cas qui nous montre simplement le fort rapport d’identification et d’inversion existant entre le père d’un fils homo et son fils, le lien de coïncidence entre inceste et homosexualité.

 

En ce qui concerne mon cas personnel, je me rappelle combien mon propre papa, lors de mon coming out, s’est – excessivement, mais bien naturellement aussi – interrogé sur une probable homosexualité refoulée en lui. La question de l’homosexualité travaille beaucoup les papas. Et pour cause : l’homosexualité dit une crise de la paternité, une brisure du lien filial, et certainement aussi une jalousie de l’individu homosexuel vis-à-vis de ses parents ( = la découverte qu’il ne s’est pas créé tout seul) : « La psychanalyse a mis en évidence le fantasme commun de la ‘scène primitive’, c’est-à-dire la scène de ma création, dont je suis nécessairement exclu. » (Jean-Pierre Winter, Homoparenté (2010), p. 96)

 

Parallèlement à l’effet explosif des révélations familiales d’homosexualité groupées, il est curieux de voir que certains coming out confortent/camouflent les rapports incestueux dans les familles, et finalement arrangent à court terme parents comme enfants : « Va savoir ce qui s’est passé dans la tête de mon père, moi je n’en sais rien en fait. Je pense que ça a dû le troubler dans ses repères, enfin et puis finalement peut-être que ça l’arrange, je reste la fille à papa. Finalement, il n’y a plus de concurrence, quelque part je suis vraiment la fille à papa. » (Lise, femme lesbienne de 30 ans racontant son coming out à son père, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 103) Il est très facile d’utiliser l’étiquette de « l’homosexuel » comme un sparadrap pour cacher la misère. Ou celle du « couple » et de « l’amour homosexuel »…

 

Justement, parlons-en, du couple homo. L’inceste ne concerne pas que les rapports familiaux. Elle s’élargit ensuite à l’écart d’âges entre les deux partenaires homosexuels adultes (je rappelle qu’une génération, c’est 15 ans). On constate que l’inceste est souvent un choix de couple homosexuel qui s’euphémisera par la périphrase « différence d’âges ». « J’ai jamais aimé les jeunes. » (Bernard, l’un des témoins homos, affirmant qu’il n’aime que les hommes aux cheveux gris, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz)

 

Par exemple, la romancière lesbienne Pat Califia, dans des anthologies comme The Leading Edge (1987) et Macho Sluts (1988), défend des pratiques sexuelles radicales, dont l’amour sexuel entre mères et filles. Elle n’est pas la seule. D’autres (Adrienne Rich, Luce Irigaray, etc.) envisagent le lien mère/fille comme un modèle amoureux. La Comtesse bisexuelle Mathilde de Morny, dite « Missy », qui s’habillait en homme et qui est dépeinte comme la « belle mère sensuelle » dans Le Blé en herbe (1922) de Colette, était une cougar de 46 ans qui était sortie avec le jeune Bertrand de Journel, 16 ans.

 

Dans l’émission Dans les yeux d’Olivier spéciale « Les Femmes entre elles » d’Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq, diffusée sur la chaîne France 2, le 12 avril 2011, Stéphanie, 24 ans, se met en couple avec Tina, de 20 ans son aînée. Dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Thérèse, un témoin lesbienne de 70 ans, raconte qu’elle a vécu une « passion » avec Emmanuelle, de 27 ans de moins qu’elle. Dans le documentaire « Cet homme-là (est un mille-feuilles) » (2011) de Patricia Mortagne), Xavier (67 ans) présente son nouveau copain Guillaume (30 ans), le plus sérieusement du monde : « Qui est-ce qui vous a dit qu’il y avait une différence d’âges ? »

 

Sans avoir connu concrètement l’inceste, car fort heureusement il s’agit d’une minorité dans la communauté homosexuelle (du moins, j’espère…), beaucoup de personnes homosexuelles sont en revanche interpellées esthétiquement par la scène de l’inceste, comme si leur désir homosexuel y trouvait son propre écho. Par exemple, le compositeur homosexuel Leonard Bernstein souhaite monter un projet d’opéra d’après Lolita (1955) de Nabokov. L’inceste est un thème omniprésent dans les films de Jacques Demy. Nombreuses sont les œuvres de fiction homosexuelles où revient l’histoire incestueuse de Peau d’âne ou d’Œdipe. Je crois d’ailleurs que le désir homosexuel, étant par nature un fantasme de viol, est aussi un élan d’inceste, ou au moins incestuel.

 

Nos sociétés contemporaines, qui tendent vers un effacement du Réel et de ses limites, encouragent à la transgression de la différence des sexes et des générations (les deux ensemble). D’ailleurs, on constate de plus en plus, dans les reportages traitant d’homosexualité, une revendication à l’inversion des générations (les fils qui jouent les pères, les enfants qui commandent aux adultes) : cf. le documentaire « Comment j’ai adopté mes parents » (2010) de Nasha Gagnebin, la chanson « Lisa tu étais si petite » de Faby (au sujet des « enfants qui grandissent plus vite que les parents »), etc. Un effacement progressif de l’humain par l’humain.

 

INCESTE PÈRE 7 Fantastique Papa (1)

 

INCESTE PÈRE 8 Fantastique Papa (2)

INCESTE PÈRE 9 Fantastique Papa (3)

INCESTE PÈRE 10 Fantastique Papa (4)

INCESTE PÈRE 11 Fantastique Papa (5)

INCESTE PÈRE 12 Fantastique Papa (6)

B.D. « Le Monde fantastique des gays » de Copi (Planche « Papa »)

Code n°96 – Inceste entre frères (sous-code : Frères homos tous les deux / Cousin / Oncle)

Inceste entre frères

Inceste entre frères

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

Plusieurs enfants homos dans la même famille ?

INCESTE frères Two Brothers

Film « Two Brothers » de Richard Bell


 

Bien qu’il soit évident que l’homosexualité n’est pas le résultat immédiat et causal d’une « mauvaise éducation » comme dirait Pedro Almodóvar, il n’empêche qu’il peut exister des ponts entre l’environnement familial et le désir homosexuel. Quand nous regardons autour de nous, nous constatons que les situations familiales des personnes homosexuelles, sans être plus extraordinaires ni catastrophiques que d’autres, sont souvent complexes, et parfois perturbées. Même s’il est impossible, fort heureusement, de dresser un portrait-robot de la famille d’où émergera une ou plusieurs personnes homosexuelles, nous pouvons tout de même définir des terrains porteurs, car oui, ils existent. Ce sont certaines coïncidences (une possible possessivité maternelle, un supposé absentéisme paternel, une certaine expérience de la gémellité, une influence écrasante des frères et sœurs, une jalousie entre frangins, une éducation ressentie comme trop rigide ou trop laxiste, etc.) qui nous le font dire.

 

Par ailleurs, on rencontre un certain nombre de cas où plusieurs frères d’une même famille se disent « homosexuels » (pensez à la fratrie Jáuregui, Mann, Tchaïkovski, Strachey, etc.), ou bien un des parents avec son fils (la famille Ackerley, la famille Mann, la famille Schwarzenbach, la famille Cocteau, etc.). Ce n’est pas rare, bien qu’en effet, personne dans le « milieu » ne le crie sur les toits par peur d’alimenter l’argument de la dégénérescence, c’est-à-dire d’une « hérédité homosexuelle », ou bien l’idée d’une « homosexualité éducationnelle » qui pourrait, si elle existait, être désapprise.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles rejettent avec véhémence le concept de dégénérescence, parce qu’elles défendent inconsciemment dans le rejet le lien causal entre parents et enfant homosexuels, entre frères possiblement jumeaux en homosexualité. Il arrive que certains individus reconnaissent en leur frère, leur oncle, leur beau-frère, leur demi-frère ou leur cousin, un amant homosexuel, ou, sans aller jusque-là, leur propre désir homosexuel. Cette correspondance leur déplaît énormément, parce qu’elle renvoie à un autre interdit que celui de la transgression de la différence des sexes par le couple homosexuel ou par le viol génital : celui du viol de la différence des générations, donc de l’inceste. S’il finit par se savoir que, dans une même fratrie, il est fréquent qu’il y ait plusieurs personnes homos (et je peux vous assurer, de par mon expérience de terrain, que c’est plus fréquent qu’on ne le croit !), cela engage à soutenir des thèses essentialistes ou constructionnistes particulièrement homophobes (le soi-disant « gène homosexuel », la soi-disant « éducation homosexualisante » – qui pourrait, pour le cas – être désapprise, et qui indique l’homosexualité comme une passade ou un trauma familial, etc.). Cela oblige plus fondamentalement à s’interroger sur la nature des sentiments qu’on se porte entre frères… et j’en conviens, il n’a jamais été glorieux, pour une personne homosexuelle pas plus que pour une personne non-homosexuelle, de reconnaître un sentiment voire une appétence sexuelle pour un pair de sang, surtout quand on s’est parfois valu de l’alibi de « l’amour fraternel » pour masquer un viol (symbolique?) venu de la part d’un proche dont on ne doute pas de la sincérité, ou qu’on a soi-même exercé avec une « innocence » presque complaisante.

 

Enfin, petite précision avant de me lancer : ce code ne doit pas convaincre certains lecteurs naïfs que (je penserais que) toute personne homosexuelle est tombée amoureuse de son frère/de sa sœur, ou qu’elle a subi les assauts sexuels d’un frangin ou d’un cousin. Le fantasme de l’inceste fraternel, même s’il est très marqué dans le désir homosexuel, n’est pas exclusif à l’homosexualité et aux personnes homosexuelles. Il est humain. Le désir homosexuel n’est que le reflet d’incestes fraternels/fratricides sociaux qui dépassent largement les frontières de la communauté homosexuelle.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Inceste », « Jumeaux », « Ombre », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Trio », « Duo totalitaire lesbienne/gay », « Moitié », « Doubles schizophréniques », et à la partie « Frère homophobe » du code « Homosexuel homophobe », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 
 
 

FICTION

 

a) Les deux frères amants (la fraternité incestuelle voire incestueuse) :

Film "Les Enfants terribles" de Jean-Pierre Melville

Film « Les Enfants terribles » de Jean-Pierre Melville

 

Le personnage homosexuel a une relation très proche avec l’un de ses frères (d’ailleurs, on ne sait pas toujours si c’est un frère réel, biologique, ou s’il s’agit juste de son reflet narcissique, de son double schizophrénique) : cf. le roman Hawa (La Différence, 2010) de Mohamed Leftah (avec les frères jumeaux Zapata et Hawa), la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi (avec le probable inceste entre Rogelio et sa sœur China), le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel (avec Romain, le héros homo, et son frère Jérémy), le film « Les Abysses » (1962) de Nico Papatakis (avec les sœurs incestueuses), la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch (avec Jean-Luc, le héros homo, et Rachid, son demi-frère arabe), le film « Two Brothers » (2001) de Richard Bell (avec Riley et son frère Chad, l’un homo et l’autre hétéro), le roman Les Enfants terribles (1929) de Jean Cocteau (je pense surtout à la scène du bain commun entre Paul et Élisabeth), le film « L’Embellie » (2000) de Jean-Baptiste Erreca (avec Saïd et Karim), le roman Frère (2001) de Ted Van Liedshout, le film « Brothers » (2003) de Deniz Buga, le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody (avec Julie et Brad), la pièce Antigone (1922) de Jean Cocteau (avec Antigone et son frère), la pièce Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès (avec Mathilde et Adrien), la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick (avec le couple fusionnel Cindy et son frère homosexuel Paul), le film « Harry et Max » (2005) de Brian Epstein, le film « Mascara » (1987) de Patrick Conrad, le film « Aprimi Il Cuore » (2002) de Giada Colagrande, le film « Sister My Sister » (1994) de Nancy Meckler, le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand (avec la relation androgynique entre Suzanne, l’héroïne lesbienne, et son frère Pierre), le roman Sang réservé (1929) de Thomas Mann (racontant l’amour incestueux des deux jumeaux Siegmund et Sieglind), le film « Brother To Brother » (2004) de Rodney Evans, le téléfilm « Prayers for Bobby » (« Bobby : Seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy, le sketch du Testament de Muriel Robin (avec Jean-Denis, le frère coupé en deux), le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz (avec la relation passionnelle entre Donato, le héros homo, et son petit frère Ayrton), etc.

 

« Vous êtes habituée à vivre avec votre sœur qui vous facilitait tout. Toute seule, vous êtes comme un enfant. » (Fougère dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Je deviens sa demi-sœur. » (Jean-Charles/Jessica à son meilleur ami non-homo Jean-Louis, dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage) ; « En perdant ma sœur, c’est comme si on avait arraché une partie de moi-même. » (Nicolas dans le téléfilm « Sa raison d’être » (2008) de Renaud Bertrand) ; « Pour l’héritage de ma mère, ça aurait tout facilité si j’avais été mariée avec ma sœur. » (Frédérique Kelven dans son one-woman-show Nana vend la mèche, 2009) ; « Tout ce que je sens, tu sens. Et ce que je suis, tu suis. Nous voici sœurs de sang. Déjà nos cheveux s’emmêlent, comme des cheveux de jumelles. Ils s’envolent, cheveux de folles… » (cf. la chanson « Toi c’est moi » de Priscilla) ; « On n’a pas de colocataire à 30 ans passés. On vit avec son amant ou avec sa sœur ! » (Michael, l’un des héros homos évoquant l’évidence de l’homosexualité à travers certains modes de vie, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti, Lennon, le héros homosexuel, et sa sœur Chloé ont une relation fusionnelle, au point qu’ils sont présentés comme les deux moitiés d’une seule personne. D’ailleurs, ils se qualifient comme des « demi-frères » (Malik, en parlant d’eux, les confond totalement : « L’honneur d’une sœur, c’est l’honneur d’un frère. »). Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Vanessa et son frère homosexuel Nicolas sont un spectre de réactions étonnantes face à la mort de leur père. Dans la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell, la sœur de Tania (l’héroïne lesbienne) dit à celle-ci qu’elle est sa « petite sœur, un bout de son âme ». Dans le film « A Streetcar Named Desire » (« Un Tramway nommé Désir », 1950) d’Élia Kazan, les deux sœurs Stella et Blanche forment un couple androgynique, peu dissocié en deux personnes uniques. Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, Idgie a une relation d’admiration quasi amoureuse avec son grand-frère Buddy, qui mourra tragiquement dans un accident de train. Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, Adineh l’héroïne transsexuelle F to M a un frère – à la fois de sang et symbolique –, qui se nomme Emad, qu’elle invoque et qui va l’aider à s’exiler en Allemagne pour son opération de changement de sexe : « C’est mon frère. Il n’est pas d’ici. » Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, maintient une relation très fusionnelle avec sa sœur Florence. « Je n’apprécie pas que vous mettiez vos sales pattes sur ma sœur ! » dit-il à Helmer, le fiancé de Florence, en lui faisant comprendre que la chasse est gardée. Helmer résiste, en vain : « C’est un être dangereux, particulièrement déséquilibré. Il ne supportera de donner sa sœur à qui que ce soit. ». « Il est de notoriété publique que vous êtes d’une possessivité maladive à l’égard de votre sœur. » lui lance-t-il à la face.

 

Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa), Phil, le héros homosexuel, est né jumeau avec sa sœur Dianne. Celle-ci est un peu spéciale car elle a le don d’attirer à elle la Bête et les animaux. Elle ne respecte pas l’intimité de son frère : par exemple, elle rentre dans la salle de bain alors que Phil est tout nu dans son bain. Elle devine qu’il a un copain : « Ce genre de truc m’échappe pas. Je suis ta sœur, hein ? » Et leur gémellité est à double tranchant : « Dianne et moi, on était comme McGyver et son couteau, les asperges et la sauce hollandaise ou les jumelles Olsen. Elle était mon ange gardien, mon amie et alliée. Et moi, son deuxième cœur. »
 

Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, Irène la sœur de Bryan, le héros homo croyant, qui est une femme libérée et adultère, défend son frère de manière amoureuse : « J’aime mon frère plus que tout au monde » ; « On est tellement proches… » ; « J’adore ma sœur. » (Bryan enroulant tendrement sa sœur par derrière) ; etc. Le degré de fusion incestueuse est telle qu’Irène, enceinte, décide d’offrir son bébé au couple formé par Bryan et Tom… comme ça, Bryan et elle seront les « parents » de « leur » fils : « Bryan vaut cent fois mieux que le père de mon bébé ! ». Et par ailleurs, Irène s’applique l’after-shave (l’après-rasage) de son frère pour se sentir mieux.
 

Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, William, le héros homo, et Adèle sa sœur, ont une relation particulièrement fusionnelle et incestuelle : elle l’appelle « mon p’tit chat », est particulièrement collante. Et William lui a décerné un statut exceptionnel : « C’est la sentinelle de ma vie, ma sœur. Mon pilier. » Georges, l’amant de William, ignore d’abord qu’elle est la sœur de son compagnon. « Vous êtes sa mère, sa nounou, sa petite amie ? » Et Adèle accepte d’être un peu tout, joue à être l’« ex » de son frère. Quand Georges découvre qu’Adèle a pris sa place dans le cœur de William, il s’insurge contre cette « copine » envahissante : « Qu’est-ce que c’est que cette sangsue ?? »

 

La séparation entre le frère et la sœur est parfois comparée à la coupure amoureuse de la sexualité (vécue par Adam et Ève), à l’acte de naissance de la différence des sexes : « Le ventre collé contre le grand lit de fer. Je cherche mon frère. J’avance vers le sommier. Le dos fermé couché, j’ai mal à reconnaître. La voix de mon frère, un sanglot étouffé. Pour le rencontrer, j’ai fait un millier de mètres à pied car ils nous ont séparés. » (cf. le poème « Le Dos d’un cœur » (2008) d’Aude Legrand-Berriot)

 
 

Les frères des fictions homo-érotiques s’admirent en général l’un l’autre à travers le miroir de leur narcissisme :

Darren – « Pourvu que je sois comme toi… »

Connor – Tu es comme moi. »

(les deux frères incestueux du film « Starcrossed » (2005) de James Burkhammer)

 
 

Ils s’aiment tellement que certains tombent amoureux entre eux, et vivent une relation sexuelle (parfois semi-forcée) : cf. la B.D. Dads And Boys (2007) de Josman (avec des frères jumeaux qui couchent ensemble), le film « Do Começo Ao Fim » (2009) d’Aluizio Abranches (avec Tomaz et Francisco), le film « Starcrossed » (2005) de James Burkhammer (avec Darren et son frère Connor), le film « Shimai Renzoku Rape : Eguru ! » (« Rape Between Sisters Penetration », 1989) d’Hisayasu Sato, le film « Lonely Boat » de Christopher Tram et Simon Fauquet (avec l’inceste entre demi-frères), le film « L’Heure du désir » (1954) d’Egil Holmsen (avec l’inceste entre sœurs), le film « 800 Tsu Rappu Rannazû, Fuyu No Kappa » (1994) de Kazama Shiori, le tableau Frères (1997) de Liu Xiaodong, le roman Mon Frère, mon amour (2003) d’Eyet-Chékib Djazari, le roman Mon frère et son frère (1993) d’Hakan Lindquist, le film « Paulo et son frère » (1997) de Jean-Philippe Labadie, le film « Comme un frère » (2005) de Bernard Alapetite et Cyril Legann, le film « The Mafu Cage » (1978) de Karen Arthur (avec l’inceste entre sœurs), la photo Comme des frères (1982) de Jean-Claude Lagrèze, etc.

 

Tomaz et Francisco, les deux frères du film « Le Commencement de la fin » (2009) d’Alizio Abranches

 
 

Par exemple, dans la pièce Psy cause(s) (2011) de Josiane Pinson, Madame Gras a connu l’inceste avec son frère. Dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, Floriane et Laurent (qu’on suppose fortement homosexuel) sortent ensemble… mais seraient en fin de compte frère et sœur. Dans son one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry n’arrête pas de se comparer à ses frères, et va même jusqu’à regretter qu’ils n’aient pas franchi le pas de l’inceste ! : « De mes trois frangins, y’en a même pas un qui m’a violé gamin ! » Dans le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre, Eloy, le beau prostitué homosexuel, dit qu’il vient d’une famille de 8 enfants, et qu’il a toujours aimé les douches serrés comme des sardines avec ses frangins en caleçon… et que ça aurait inconsciemment stimulé son homosexualité. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, la relation entre les deux frères Ody (soi-disant hétéro) et Dany (ouvertement homo) donne à réfléchir : Dany louche sur son grand frère musclé et poilu avec envie ; et lorsqu’ils dansent quasi nus ensemble, complètement bourrés, Ody se rapproche de son petit frère en lui disant qu’il le trouve « sexy »… Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin (mis en scène par Élise Vigier en 2018), la relation entre Hall (hétéro) et son frère Arthur (homo) est si forte, qu’on se demande si elle n’était pas de nature incestueuse : « Ami, sais-tu comme un frère aime son frère ? Est-ce que vous savez combien mon frère m’aimait ? » (Hall parlant d’Arthur). Même la serveuse du bar Le Sylvia’s émet un doute : « Vous êtes vraiment son frère ? Les gens racontent tellement d’histoires… »

 

Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Nicolas est en couple avec Vincent depuis 10 ans déjà… et à la suite du décès de son père, il apprend que, légalement et par héritage, Vincent devient aussi son demi-frère puisqu’il est le fils de la maîtresse de son père. L’homosexualité se double donc d’inceste. Le flyer de la pièce l’affirme explicitement : « Nicolas n’aurait jamais pu imaginer voir son homosexualité transformée en inceste. » Pendant l’enterrement, le jeune homme a des pensées incestueuses quand il regarde son amant/demi-frère : « Mais c’est mon frère, quand même… Qu’est-ce qu’il est beau ! » Il se déresponsabilise et jette la faute à son père dans le cercueil : « Tu vas voir tes deux fils s’aimer. Mais tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. » Nicolas, finalement, a du mal à se faire à cette nouvelle situation et rejette Vincent qui essaie de l’embrasser sur la bouche : « Enfin, Vincent, on n’encule pas son frère ! » Vanessa, la sœur de sang de Nicolas, tente de se rapprocher de manière également ambiguë avec son nouveau demi-frère Vincent : « Nous aussi, on est proches… Très proches… » Et comme elle voit que ses efforts sont vains, sa jalousie s’offusque de découvrir la liaison cachée entre Vincent et Nicolas : « Pédés, c’est déjà pas mal. Mais frères, c’est de l’inceste. »
 

Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Petra, la compagne de Jane, a un frère jumeau, Tielo, avec qui elle a une relation très ambiguë : « Les années 1970-80, c’était une bonne époque pour être homo. Le style androgyne était à la mode ; même les garçons hétéros portaient du maquillage et des bijoux, et se teignaient les cheveux. Je crois qu’une partie de Tielo aurait bien voulu être gay. Jusque-là, on avait tout fait ensemble, mais il avait toujours été le plus dévergondé de nous deux. […] Il s’est laissé draguer par des mecs une ou deux fois. […] On dormait dans la même chambre quand on était petits. On était jumeaux. C’est l’autre partie de moi. » (pp. 81-85) Jane a l’outrecuidance de lui demander si Tielo a « essayé de la sauter » : « Bien sûr que non. » coupe court Petra. Mais un peu plus tard, on apprend que l’enfant que porte Jane est en réalité le fruit du don de sperme de Tielo…
 

« J’ai le cœur serré à cause de toi, mon frère Jonathan. Tu m’étais délicieusement cher… » (Yossi Hoffman, le héros homosexuel du film « Yossi » (2012) d’Eytan Fox) ; « Tu pries pour que ton frère, comme toi, au même moment, soit blotti dans les bras d’un beau jeune homme plein de vigueur, et qui prendrait soin de toi comme d’une poupée. » (Félix à propos d’un soldat allié, Bob, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 132) ; « J’ai eu mon premier orgasme. […] tout cela dominé par le visage-dieu de mon frère. – Tu sais que tu es mon dieu ? – Je sais que tu es mon dieu. » (Carlos, le narrateur homosexuel parlant d’Antonio, son frère de 6 ans son aîné, dans le roman L’Agneau carnivore (1975) d’Agustín Gómez-Arcos) ; « Évidemment, elle, maman n’était pas dupe de tout ce qui se passait entre Antonio et moi, et se foutait pas mal de nos relations sexuelles, mais elle ne pouvait pas supporter l’univers d’amour dans lequel mon frère m’abritait. » (idem) ; « Toi, je t’aime. » (Marie, la sœur de Benoît, le héros homo, dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen) ; « Mon frère et moi étions très proches. Peut-être trop, même. » (Ariana, l’héroïne lesbienne à propos de son frère Hector, homosexuel et assassiné dans une forêt, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; « Frapper à cette porte pour ressusciter la voix de la mère. Imaginer qu’elle allait enfin se réveiller. Enfin répondre. Parler au petit frère […] qui, chaque soir, voulait qu’on recommençât le jeu : ‘Adi, tu me serres très fort dans tes bras ?’ » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 41) ; etc.

 

Parfois, le couple homosexuel fictionnel se prend pour des frères, ou bien est confondu avec des frères, ou bien se fait passer pour des frères (afin de garder secrète leur homosexualité) : « On pourrait devenir des sœurs de sang. […] Si on mélange notre sang, on sera sœurs pour toujours. » (Ronit et Esti, les deux amantes lesbiennes du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, pp. 214-215) ; « Ça s’appelle de l’inceste…[…] Soudain cette pensée m’envahit. Si tu avais été mon frère, aurais-je eu la même affection pour toi ? Si oui, aurais-je eu le droit de t’aimer en toute liberté, sans que personne ne me méprise ? C’était déjà assez compliqué, je refusais de m’égarer dans de telles suppositions. » (Bryan à son amant Kévin. dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 183) ; « Il y a toujours dans cet amour [homo que nous vivons] de l’inceste fraternel. » (le comédien dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Le froid modifie la trajectoire des poissons (2010) de Pierre Szalowski, Michel et Simon, les amants homos de l’histoire, sont pris pour des frères. La pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois s’achève par un langoureux de baiser sur la bouche entre Samuel et Damien qui se sont faits passer pendant toute l’intrigue pour deux « frères ». Dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco, Georges, la première fois qu’il a rencontré son copain Édouard et qu’il a cherché à le draguer, a prétexté qu’il l’a confondu avec le « petit frère d’un ami » pour engager la conversation. Dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, Jean fait passer son amant Henri pour « son frère ». Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Jérémie, le héros homo qui n’assume pas son homosexualité au moment où il se découvre amoureux d’une femme, Ana, fait passer son futur « mari » Antoine pour son frère. Du coup, il s’empêtre dans un imbroglio de mensonges : « C’était mon frère. Du coup, on est demi-frère. » Dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, George fait passer auprès de Nina son ex-amant Joley pour son « frère ».

 
 

b) « Et de deux dans la famille ! » (fantasme homosexuel du frère, de l’oncle, du cousin, du beau-frère)

Dans les films et les romans traitant d’homosexualité, il est assez fréquent de retrouver dans une même famille deux membres homosexuels. Ils ne couchent pas nécessairement ensemble, ne sont pas ouvertement attirés physiquement l’un par l’autre (surtout quand l’un est gay et l’autre lesbienne)… mais ce qui est sûr, c’est que leur coming out se font écho, se croisent en simultané ou en différé : cf. la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis (avec Jean et Hugo), le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot (avec Patrick et Lucie, tous deux homos et frère et sœur), la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch (Jean-Luc et sa sœur Hélène), le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Özpetek (avec les coming out croisés de Tommaso et de son frère Antonio), le film « Lola et Bilidikid » (1998) de Kutlug Ataman, le film « Le Frère, la sœur… et l’autre » (1970) de Douglas Hickox, le film « Le Confessionnal » (1995) de Robert Lepage, le film « The Perfect Son » (2000) de Leonard Farlinger, le film « Rice Rhapsody » (2004) de Kenneth Bi, le roman Frère et sœur (1930) de Klaus Mann, la chanson « Georges » de Thomas Fersen, etc. « Elle me dit : Qu’est-ce que t’as ? T’as l’air coincé. T’es défoncé ou t’es gay. Tu finiras comme ton frère. » (cf. la chanson « Elle me dit » de Mika) ; « Ah ! si j’avais su que tu en étais toi aussi ! » (le petit frère du protagoniste homosexuel principal, dans la nouvelle « Le Potager » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 39) ; « T’as pas un frère homo ? un tonton ? une tata ? » (Yoann, le héros homosexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « C’est impossible que ce soit toi sur cette photo ! C’est ton frère ? C’est ton cousin ? C’est ton père ? C’est ta mère ? » (le narrateur homosexuel remettant en cause la véritable identité de son « plan cul » qu’il rencontre au seuil de son appartement et qui ne ressemble pas à sa photo de profil internet, dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair) ; etc. Par exemple, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Michael et Rob sont frères et homosexuels, … tout comme leur sœur Jaclyn ! Dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, Pretorius, le vampire homosexuel, évoque l’existence de « ses deux sœurs aînées qui vivent comme deux lesbiennes aigries au-dessus du cap ». Dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander, Hector et sa sœur Ariane sont chacun homos, et sont pourtant sortis avec le même homme, Arsène. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, lors de la cérémonie des prix censée récompenser le « Meilleur Professeur de l’Université de l’Année », et où, à cause de son coming out, le professeur Howard Breckett a été écarté de la sélection, Walter, le frère d’Howard, opère un coup devant tout le monde et, par solidarité, se dit ouvertement « gay » lui aussi. Dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, Léo, le héros, et Garance, sa sœur, sont respectivement gay et lesbienne. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, dit que sur la fratrie de quatre enfants dont il fait partie, ils sont deux, sa sœur et lui, à avoir fait un coming out : « Ça fait un beau ratio ! ». Il fait la remarque qu’avec sa frangine, qui a choisi d’être chauffeur routier, de se comporter en mec, de changer les plaquettes de freins de leur père, et lui qui a décidé d’assumer sa féminité, d’être hôtesse de l’air, il a dû y avoir « inversion. Leurs parents ont cherché une explication à cette émergence massive d’homosexualité dans la famille nucléaire, et en concluent que c’est parce que c’était sans doute dû au fait que leur gars et leur fille travaillent « tous les deux dans les transports ». Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, Tommaso et son frère Antonio sont tous les deux homosexuels : l’un coupe l’herbe sous le pied de l’autre en annonçant en premier son homosexualité alors qu’il venait d’apprendre la décision de son frère de se déclarer gay. Le copain de Tommaso fait la remarque à son amant : « Il y a plein de frères gays. »

 

Il arrive que certains héros homosexuels expriment le fantasme sexuel de l’oncle ou du neveu, ou bien qu’ils découvrent que leur tonton/leur neveu est aussi homosexuel comme eux : cf. le film « Uncle David » (2010) de Gary Reich, Mike Nicholls et David Hoyle (avec la relation sexuelle entre Ashley et son oncle), la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi (avec Irina et son oncle Pierre), le film « Día De Boda » (2002) de Juan Pinzás (avec l’oncle et le neveu homos, ayant eu une liaison), le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan (avec « Tonton Thierry », le barman homo de la boîte gay), etc. « 1960 : l’Oncle Sam montre ses seins. » (cf. un dessin de Copi à la Une du journal Libération, 8 août 1979). Par exemple, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, pousse sa nièce à se prostituer au Bois de Boulogne. Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, Bibiche, un des clients sadomasos de la boîte gay Chez Eva, appelle Adrien, le héros homo, « mon neveu ».

 

« Dans certaines tribus de Nouvelle-Guinée, dans le cadre de rite d’initiation, on impose à de jeunes garçons de pratiquer des fellations sur leurs oncles ou leurs pères… Ah ben y’a beaucoup de papous alors, en France, non ? » (le comédien de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je pense à mon oncle souvent. Lui, il vivait chez sa maman. » (un des protagonistes homosexuels, par rapport à son oncle homosexuel qui est mort du Sida, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Marcel passa de plus en plus de temps devant son écran, se créant tout un univers de rêve. Il avait ainsi un père qui ne l’eut pas abandonné et une mère qui ne chercha pas tant à le contrôler en voulant trop le protéger. Son oncle n’hésiterait pas à lui offrir son corps et sa beauté, car Marcel adulait son oncle, homme séduisant toujours entouré de beaux mecs aussi attirants que lui. Il lui arriva souvent de se branler en rêvant à ce type au charme irrésistible qui dormait dans la chambre d’à côté, ou en train de lui faire l’amour. » (Marcel dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 19) ; « On est cousin alors ? » (Karim, un « plan cul » prometteur de Guillaume, qui le branche en boîte dès que Guillaume lui dit qu’il est de Casablanca, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; « Mais vous le connaissez pas, vous. La dernière fois qu’il a cru que je sortais avec un garçon, il est allé dans sa famille, il a fait un scandale. Il criait tellement fort que personne n’a osé lui dire que c’était pas avec ce garçon que je sortais mais avec sa sœur. » (Romane, l’héroïne lesbienne, à propos de son père, dans l’épisode 68 « Restons zen ! » (2013-2014) de la série Joséphine Ange gardien) ; « C’était un mec dingue et génial. Je l’aimais. » (Tony en parlant de son oncle homosexuel Arthur, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Le Secret d’Antonio » (2008) de Joselito Altarejos, Antonio, à 15 ans, tombe amoureux de son oncle Jonbert. Dans le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras, Strella, le héros transsexuel M to F, a eu une liaison avec son oncle quand il était petit ; Mary, un autre ami trans à lui, a été également amant d’Atonis, son oncle. Dans le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann, Robbie, le héros homo, a subi l’inceste par son oncle. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Ben (50 ans) et George (71 ans), les deux « mariés », ont une grande différence d’âges. Et ils se mettent même à projeter une homosexualité sur Joey, le neveu de Ben, alors que ce dernier n’a que 15 ans ! Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, le grand-oncle Victor est défini comme « une grande tante ». Dans le film « See How They Run » (« Coup de théâtre », 2022) de Tom George, le très homosexuel Mervyn fait passer son amant italien Gio pour son « neveu » pour cacher leur homosexualité.

 

Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Benjamin raconte à son psy sa première rencontre homosexuelle avec son amant Arnaud, à qui il a fait volontairement un croche-patte, alors que le tableau est idyllique. De son côté, Arnaud donne une autre version des faits au psychanalyste, en partant sur le quiproquo incestueux que le thérapeute lui parlait de sa première cuite : « Ma première fois, c’était avec mon oncle dans sa cave. » « Je comprends le traumatisme… » interrompt le psy. « J’avais 12 ans. J’étais consentant. […] C’était un Cabernet d’Anjou. Ma première cuite. »
 

Plus connu et répandu est le fantasme homosexuel du cousin, car avec ce dernier, la transgression de la différence des générations est moins flagrante. Elle passe mieux. Quelques héros homosexuels reconnaissent en leur cousin un jumeau de désir, et échangent avec lui du sexe : cf. le film « Rue du Bac » (1990) de Gabriel Aghion (avec l’inceste entre cousins), le film « Charmants cousins » (1983) de Jean-Daniel Cadinot, le film « Les Cousines » (1970) de Louis Soulanes, le film « Nunzio’s Second Cousin » (1994) de Tom DeCerchio, le film « Cousins » (1983) de William Higgins, le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha (avec Jean-Luc, le cousin homo tatoué), le film « Carmen et Lola » (2018) d’Arantxa Echevarría, le film « Cousins » (2019) de Mauro Carvalho, etc.

 

Par exemple, Dans le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan, Barthélémy, le héros homosexuel, cherche au départ à draguer son cousin Julien. Dans le film « Sexual Tension : Volatile » (2012) de Marcelo Mónaco et Marco Berger, un geek, lors d’un chaud après-midi d’été, voit son désir homosexuel déclenché par le Speedo (= maillot de bain) de son cousin. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan, l’un des deux héros homosexuels, avoue être attiré sexuellement par « ses deux cousins, ces deux beaux mecs de son âge qu’il a repérés au cimetière » (p. 409) ; et son amant Kévin lui avoue qu’il s’est déjà fait embrasser sur la bouche par son propre cousin (idem, p. 100). Dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, la momie de Carlos, le cousin de Miguel, plongé dans le fond des mers, est le symbole de l’amour homosexuel entre Miguel et Santiago. Dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, Cédric, le jeune héros homosexuel, est obsédé par le souvenir de son cousin, décédé et abandonné par ses parents (donc l’oncle et la tante de Cédric) parce qu’il leur avait annoncé qu’il était homo. Dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, Romain maintient une relation incestueuse avec son cousin Marie-Jean.

 

« Dany, quand tu dis que tu m’aimes, tu m’aimes un peu comme un pote, c’est ça ? Alors comme un frangin ? Comme un cousin, donc ? Comme deux mecs en prison ? » (Billy Stevens, le personnage du faux film « Servir et protéger » interprété par Cameron Drake, s’adressant à son futur amant Dany en pleine guerre du Vietnam, en faisant mine de ne pas comprendre les sentiments que son camarade de tranchée qu’il porte sur le dos lui exprime, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; « Le cousin du grand-père a couché avec le garde-barrière. » (l’un des protagonistes homos parlant d’un cousin très éloigné, homo comme lui, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Tu sais, ce soir, on n’est pas cousins. » (Malik, en boutade, au moment où il découvre qu’il embrasse sur la bouche son cousin Wassim lors d’un « plan sexe », dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « J’ai dit que t’étais ma cousine. » (Floriane voulant camoufler sa liaison avec Marie, dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma) ; etc.

 

Dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, Alexandra tombe amoureuse de sa cousine et elles ont une aventure sexuelle ensemble : « Sans calcul, nous nous laissâmes aller, et bientôt, dans une complétude presque parfaite, chacune répondit à la douceur de l’autre, comme si nous ne faisions qu’une. » (p. 63) La situation incongrue, même si elle est banalisée par l’héroïne lesbienne, n’en est pas moins difficile à assumer : « En prenant le plaisir que je voulais avec ma cousine, je fus envahie d’une extase aussi soudaine qu’étrange. » (idem, p. 65) « Je dus lui dire au revoir, sans pouvoir la serrer dans mes bras ni lui confier les sentiments, assez ridicules d’ailleurs, que j’avais pour elle. » (idem, p. 69) ; « Après ma nuit avec ma cousine, rien de tout cela, sinon un sentiment d’inachevé et de solitude. » (idem, p. 72) La violence et la vanité de l’inceste se diluent en dépression laconique, en narcissisme mutuel (la cousine offre en cadeau à Alexandra un miroir !) dans lequel le Réel et la durée n’ont pas leur place : « Le corps de chacun a sa façon d’aimer, et il me semble que je suis condamnée à trouver dans chacune des autres femmes, au hasard des rencontres, seulement un morceau du plaisir complet que je reçus d’elle, puisque sans doute jamais elle ne voudrait que nous vivions ensemble. » (idem, p. 132) Le plus intriguant, c’est qu’avant d’avoir couché avec l’héroïne, la cousine lesbienne était à la base amoureuse de son oncle et s’était fait sodomiser par lui : « Elle était donc bel et bien amoureuse de son oncle et elle avait des désirs de lui qui ne se pouvaient imaginer. Chaque soir, elle aurait voulu être ‘prise’ par lui comme si elle avait été sa femme… » (idem, p. 84)

 

Il arrive que certains protagonistes homosexuels se servent de la relation de proximité (incestuelle ?) entre deux frères, un cousin et une cousine, ou entre un frère et une sœur, pour vivre leur homosexualité discrètement. Le binôme bisexuel des frères et sœurs fait alors office de rempart et de glissement progressif vers l’acte homo. L’inceste sera la passerelle de l’homosexualité. Par exemple, dans le film « Cibrâil » (2010) de Tor Iben : le héros homo Cibrâil sort avec le cousin de sa petite amie. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, lors de la deuxième rencontre entre Emma et Adèle dans le bar lesbien, Emma fait passer Adèle pour sa « cousine » auprès de ses camarades lesbiennes, pour mieux lui mettre le grappin dessus et se la réserver. Dans le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen, Patrik pense que Sven et Göran, les amants homos qui l’ont adopté, sont des « demi-frères ».

 

Ça peut être aussi le beau-frère qui et l’objet de convoitise du héros homosexuel : cf. le film « Bayaw » (2009) de Monti Parungao (avec l’amour entre Rhennan et Nilo, les deux beaux-frères en cavale…), la nouvelle « Mélanie couche avec sa belle-sœur » sur le site www.sex-erotique.com, etc. Par exemple, dans le sketch « Sacha » de Muriel Robin, la mère de Bruno, le héros homosexuel, rêve qu’elle se fiance avec Tante Claudette. Dans le film « Néa » (1976) de Nelly Kaplan, Sybille a surpris sa mère Helen au lit avec sa tante Judith.

 

La fraternité dans les fictions homo-érotique sera parfois le symbole incestueux de la bisexualité du personnage homosexuel. Par exemple, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti, Lennon, le héros homo, aime Martin par l’intermédiaire de sa demi-sœur Chloé qui sort avec ce dernier : « Il a l’air si fragile ! Je vais mieux le protéger que toi ! »

 
 

c) La jalousie fraternelle comme moteur d’homosexualité et comme possible germe du viol:

Bien avant d’être une réalité, l’inceste fraternel est un fantasme créé par le héros homosexuel, l’expression chez lui d’une diabolisation de la sexualité ou d’une sacralisation de l’unicité. C’est l’amour, l’engendrement et la différence des sexes qui sont vus à tort comme l’inceste qu’ils ne sont pas en substance : « Soyons le frère et la sœur incestueux dont le pardon est dans les mains du Seigneur ! » (Solitaire et Pédé, les parents de Lou, le héros homo, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi)

 

Par exemple, dans le film « À mon frère » (2010) d’Olivier Ciappa, le fait que l’un des deux ait trouvé copine est ressenti par l’autre comme une trahison. Dans la pièce Lacenaire d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt, Lacenaire se sent trahi par le désamour de sa mère qu’il adorait parce que, selon ses dires, « elle n’avait d’affection que pour son frère » à lui. Dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, avoue qu’il est devenu homo pour se démarquer de ses frères.

 

Ensuite, on voit que ce fantasme incestuel s’origine le plus souvent dans une idéalisation excessive du frère et un amour jaloux : cf. le roman J’ai tué mon frère dans le ventre de ma mère (2011) de Sophie Cool, etc. Par exemple, dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Juliette, l’héroïne lesbienne, est sans cesse jalouse de son grand frère Adrien. Dans le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent, Quentin, le héros homo, épie son frère jumeau Antoine en train de faire l’amour à Clémentine.

 

Comme le frère est mis sur un piédestal, mais que fatalement il n’est pas aussi parfait que prévu (et bien oui ! : il a pour défaut d’être libre et unique !), il finit par être haï comme un traître, un concurrent qu’il n’est pas : « Wanda [une des héroïnes lesbiennes] déclara avec une bizarre fierté que ses frères étaient des hommes de pierre et d’acier. Selon Wanda, c’étaient des saints, inflexibles, féroces, inexorables, ne voyant que l’étroite et droite route de chaque côté de laquelle béait l’abîme de feu. ‘Je n’étais pas comme eux, ah, non ! déclara-t-elle, je n’étais pas non plus comme mon père et ma mère ; j’étais…’ Elle cessa brusquement de parler, regardant Stephen de ses yeux brûlants qui disaient clairement : ‘Vous savez ce que j’étais, vous comprenez.’ » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 489) ; « Je n’ai jamais haï personne excepté toi ! » (Nietzsche à sa sœur Élisabeth, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « Jalouse. Elle a toujours été jalouse, ma sœur. » (Zize, le travesti M to F décrivant la jalousie de sa sœur Lili à son égard, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Et maintenant que j’y pense, je n’ai jamais entendu un homme parler de son frère. La plupart des hommes semblent trouver ce sujet déplaisant. » (Gwendolen dans la pièce The Importance To Being Earnest, L’Importance d’être Constant (1895) d’Oscar Wilde) ; etc.

 

La jalousie entre frères est généralement l’aveu inconscient d’un amour incestuel entre un fils et un père/une mère qui ne veut pas être partagé(e) : « Tu as raison, je suis mauvais. Je le sais depuis assez longtemps. Aaron, lui, est bon. J’ai dû prendre la mauvaise part. […] Aaron a raison. Il a toujours raison. Et c’est comme ça depuis toujours. […] Apprends que je suis jaloux depuis toujours. Je suis jaloux à en crever. » (Cal – interprété par James Dean – s’adressant à son père dans le film « East Of Eden », « À l’est d’Éden » (1955) d’Elia Kazan) ; « La préférence, elle, en revanche, je l’ai vue. Très vite. J’ai vu qu’on me préférait Thomas, que c’est à lui que les gens accordaient leur attention lorsque nous étions enfants puis adolescents, que c’est vers lui qu’on allait. Et je ne comprenais pas cette préférence, dès lors que je faisais l’effort d’admettre notre ressemblance. Pourquoi lui, plutôt que moi ? Pourquoi toujours lui ? […] Ce sont des différences infimes, à peine perceptibles, et pourtant, à la fin, elles font de l’un un enfant choyé, un adolescent séducteur, de l’autre un garçonnet solitaire, un jeune homme mélancolique. » (Lucas en parlant de son frère Thomas, dans le roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, p. 43) ; « Nous étions deux filles. Vous étiez la plus belle à l’orphelinat. Quand on nous passait en revue vous étiez toujours la préférée des parents d’adoption. » (Vicky s’adressant à sa sœur la Comédienne, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Tu sais que les mamans n’ont pas de ‘préféré’. […] Néanmoins, le chimiste que tu es discerne une composition différente dans les larmes versées pour Victor. » (Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 171) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, l’influence des frères est perçue comme écrasante par Zac, le héros homosexuel, qui voudrait être le premier dans le cœur de son papounet d’amour. Dans le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli, il existe une jalousie désirante entre les deux demi-frères, Théron et Rafe : l’un est un fils admis, l’autre est un fils bâtard ; ils finiront par interchanger leur vie… tout ça pour trouver grâce aux yeux de leur père.

 

Comme je viens de l’expliquer, il y a de la jalousie entre les frères des fictions homosexuelles parce qu’en toile de fond, il y a de l’inceste, soit entre le héros homosexuel et son frère (ils vivent alors une relation idolâtre trop fusionnelle), soit entre le héros homosexuel et ses parents, soit entre son frère et leurs parents. L’inceste fraternel peut rejoindre l’inceste paternel : le père ou la mère sont alors considérés comme des frères ou des sœurs. « Anibal se sentait plus le frère aîné de son fils que son père. […] Il avait une réputation de don Juan. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 86) ; « Belle jeunesse, vraiment ! Ma mère, ma digne mère qui préférait mon imbécile de frère » (Lacenaire à Garance, dans le film « Les Enfants du Paradis » (1943-1945) de Marcel Carné) ; « Vous êtes bien de la même veine tous les deux. C’est pour ça qu’elle te préférait. » (Sandre parlant de leur mère à son frère Audric, dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc. Par exemple, dans la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti, François souffre de ne pas être le préféré de sa mère et de sa sœur Jasmine par rapport à son frère Djalil ; sa jalousie va même le pousser à imaginer l’inceste entre Jasmine et Djalil.

 

Souvent, il existe un conflit entre le héros homosexuel et son frère/sa sœur parce qu’ils aiment le même Homme (le père/la mère/le petit ami de l’autre/la petite amie de l’autre), ou parce qu’ils se reflètent une même homosexualité : je vous renvoie avec insistance à la partie sur le « Frère homophobe » du code « Homosexuel homophobe » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Par exemple, dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1959) de Joseph L. Mankiewicz, l’inceste entre Sébastien et sa cousine Catherine est exactement mis sur le même plan que l’homosexualité de Sébastien, et que le crime homophobe que Sébastien a subi de la part de ses « ex » :

 
 

Dr Cukrowicz – « Cette ombre sur le mur… qu’est-ce qu’elle représente pour vous ?

Catherine (cyniquement) – Une ombre sur un mur.

Dr Cukrowicz – Je croyais que nous devions jouer ?

Catherine – Ok. Je vois des forêts… des arbres… une jeune fille… et ces arbres sont des chênes…et cette forme tourmentée, c’est la jeune fille, Catherine, perdant son… honneur. J’essaie de vous apitoyer sur elle. J’espère que j’y réussis.

Dr Cukrowicz – Je suis désolé.

Catherine – Vous en avez réellement l’air.

(pause)

Dr Cukrowicz – Parlez-moi de votre cousin Sébastien.

Catherine – Il m’aimait bien, aussi je l’adorais.

Dr Cukrowicz – Comment ? J’entends, sur quel plan l’aimiez-vous ?

Catherine – Sur le seul qu’il acceptât.

[…]

Dr Cukrowicz – Essayez de vous rappeler. Vous et Sébastien, l’été dernier… »

 
 

C’est pour cette raison que le lien fictionnel de fraternité ou de parenté, en même temps qu’il servira de couverture à l’homosexualité du couple qui ne veut pas s’afficher homo, est pour le coup symbole d’homophobie. Par exemple, dans le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot, le couple homosexuel formé par le couturier Saint Loup et son assistant Casta se fait passer pour des frères.

 

L’inceste vient non seulement alimenter l’amour homosexuel mais aussi le détruire. « Pourquoi les yeux de mon tonton nous dévisagent fixement ? » (Raulito à son amant Cachafaz, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) Par exemple, dans le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz, le couple lesbien Shirin/Atefeh est menacé par le fait que Mehtan, le frère de Atefeh, force Shirin à se marier avec lui. Dans le film « Starcrossed » (2005) de James Burkhammer, Darren et son frère Connor, amants secrets, finissent par se suicider ensemble dans une piscine (avec des menottes). Dans le roman La Douceur (1999) de Christophe Honoré, Baptiste cherche à cacher le crime homophobe de son frère homosexuel Steven.

 

Film "Les Enfants terribles" de Jean-Pierre Melville

Film « Les Enfants terribles » de Jean-Pierre Melville


 

Le couple homosexuel incestueux, dans son élan de fusion, figure le viol et (s’)entraîne (lui-même) vers la mort : cf. le film « Les Blessures assassines » (2000) de Jean-Pierre Denis (avec Christine et Léa Papin, les sœurs criminelles), le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (avec la relation incestueuse meurtrière entre Paul et Élisabeth), le film « My Brother The Devil » (2013) de Sally El Hosaini, etc. Par exemple, dans le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier, Lucie et Lionel, le frère et la sœur vivent une relation très fusionnelle et finalement misérable : « Tout comme moi. On est pareils. On est des animaux morts. »

 

La fusion entre les frères (biologiques ou simplement schizophréniques/narcissiques) cache en général un viol, aussi bien intérieur qu’extérieur. Par exemple, dans la pièce Mi Vida Después (2011) de Lola Arias, l’héroïne lesbienne, dont le petit frère n’est finalement pas le vrai frère puisqu’il a été enlevé à la naissance lors de la dictature argentine de 1976-1983, illustre que la relation quasi gémellaire qu’elle entretient avec son demi-frère est à l’image de l’horreur de la guerre civile. Dans le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg, Linda et Christian, la sœur et le frère (homosexuel), ont été abusés par leur père : leur entente fusionnelle ne fait que reproduire la violence de l’inceste inter-générationnel.

 

Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Juna, l’héroïne lesbienne, vit sous le même toit que sa grande sœur, un personnage invisible qu’on n’entend qu’en voix-off mais qui semble occuper une place omniprésente, excessive : « Elle est très… affectueuse. » Juna finit par s’en débarrasser et par la carboniser dans la cave familiale : « Un jour je la tuerai. Quand je serai une vraie sorcière, je la tuerai. » Kanojo, une amie de Juna, flaire quelque chose : « Je pense qu’elle t’aime beaucoup.[…] Est-ce qu’elle te prend dans ses bras, ta sœur ? […] Juna, qu’est-ce qui se passe avec ta sœur ? » Juna crache le morceau : « C’est ma faute. J’ai pas su mettre les limites. Elle ne m’a jamais fait de mal. J’ai juste besoin que tout soit clair. » Curieusement, Kanojo semble avoir établi un rapport malsain similaire avec sa propre sœur : « Ma sœur me reproche d’être trop gâtée. Mais elle n’arrête pas de m’offrir des cadeaux. »
 

Parfois l’inceste androgynique entre les frères fictionnels est aussi le fruit/la représentation du divorce de leurs parents : « Et des frères à demi on aimera. » (cf. la chanson « Je, tu, ils » de Zazie)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Les deux frères amants (la fraternité incestuelle voire incestueuse) :

Le thème du lien entre homosexualité et inceste constitue un grand tabou parmi les personnes homosexuelles et ceux qui les justifient sans les connaître vraiment. Par exemple, Jean Cocteau, en évoquant l’inceste entre Catherine et Paul (le frère et la sœur) dans son roman Les Enfants terribles (1929), parle du « jeu » pour ne pas parler du viol : « Pour moi, c’était si loin du sexe, ce que j’appelle le ‘jeu’ des Enfants terribles… D’ailleurs, j’évite d’expliquer ce jeu. On ne touche pas à ces choses-là avec des mains d’homme. » (cf. le documentaire « Jean Cocteau, Autoportrait d’un inconnu » (1983) d’Edgardo Cozarinsky)

 

Pourtant, j’entends autour de moi beaucoup d’amis homosexuels qui ont vécu l’inceste avec un frère (petit ou grand), une sœur, un cousin, un oncle. Ce ne sont absolument pas des cas isolés, y compris sur les continents latino-américain, africain et dans le Maghreb, réfractaire à la pratique homosexuelle visible. « Mon cousin a profité de moi. Mon cousin avec qui il s’est passé des choses… très dures. C’était avec lui que j’ai perdu une partie de moi. Une fois mariée avec lui, il m’a fait payer le fait que j’aie été avec une fille avant. Il m’a séquestré. Il y a eu des coups. J’étais juste un corps. » (Amina, jeune femme de 20 ans, lesbienne, de culture musulmane, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; « J’ai été élevée par mon frère homosexuel. » (Virginie Lemoine) ; « Aux repas de famille, on parle de son cousin de dix ans son aîné qui a quitté la Savoie pour Strasbourg, comme d’un homme qui a ‘des mœurs à part’. » (Jean-Michel Dunand, homosexuel, cité dans l’essai Dieu est amour (2019) de Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre, Éd. Flammarion, Paris, p. 270) ; etc.

 

On rencontre dans la communauté homosexuelle un certain nombre de personnes qui ont (eu) une relation très proche avec l’un de leurs frères (d’ailleurs, on ne sait pas toujours si c’est un frère réel, biologique, ou s’il s’agit juste d’un reflet narcissique intérieur, d’un double schizophrénique). Par exemple, l’écrivain français Edmont de Goncourt (1822-1896) a été amoureux de son frère Jules. L’écrivain français Pierre Louÿs (1870-1925) admirait énormément son grand-frère Georges. Dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, on apprend que José Pascual s’est amouraché de son grand frère pour qui il ressent une attraction érotique depuis le jour où il lui a vu les organes génitaux (p. 144). Dans le documentaire « Une Vie de couple avec un chien » (1997) de Joël Van Effenterre, la relation entre Bruno Ulmer, homosexuel, et sa sœur Catherine est clairement montrée comme incestuelle et maritale. Dans l’essai Le Rose et le Brun (2015), il est dit que Klaus Mann, homosexuel, « adorait sa sœur Erika [lesbienne] d’un amour jaloux » (p. 117).

 

« Aux vacances, Oscar Wilde est heureux de retrouver sa petite sœur et sa mère. En 1867, alors qu’il atteint sa treizième année et Isola ses neuf ans, subitement, pendant un séjour à la campagne, la petite fille meurt. Oscar, quatorze ans plus tard, se souviendra de ce terrible événement, de ses longues visites au cimetière. Tout au long de ses poèmes – si artificiels, si peu sincères – il n’en consacre qu’un seul, simple et profondément émouvant, au souvenir de son Isola. C’est un peu la clef de l’existence fiévreuse du grand malade que fut Wilde que contient la conclusion du poème : ‘Toute ma vie est enterrée là. Jetez de la terre dessus…’ » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 170) ; etc.

 

La dimension incestuelle de l’homosexualité (j’entends par « incestuel » l’inceste « de désir », le fantasme d’inceste) est notammment suggéré dans le jargon LGBT anglo-saxon : « sister » (sœur) et ses diminutifs « sissy » et « sis » signifient « pédé ». L’homosexualité est l’expression d’une fraternité forcée, caricaturée et aussi excessive. Elle est, identitairement et en pratique, le signe d’un inceste. Dans le docu-fiction « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, l’« incestuosité » de l’homosexualité, thèse développée par des psychanalystes, est tournée au ridicule… mais cette opposition n’est pas argumentée.

 

Il arrive que certaines personnes homosexuelles se servent de la relation de proximité (incestuelle ?) entre deux frères, un cousin et une cousine, ou entre un frère et une sœur, pour vivre leur homosexualité en cachette (cela me semble très clair dans le choix du titre du roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, par exemple). Le binôme bisexuel des frères et sœurs fait alors office de support, de rempart et de glissement progressif vers l’acte homo. L’inceste sera la passerelle de l’homosexualité. « Ce que j’aimais chez la sœur éclatait chez le frère. Au premier coup d’œil, je compris le drame et qu’une douce existence me demeurerait interdite. Je ne fus pas long à apprendre que de son côté, ce frère, instruit par l’école anglaise, avait eu à mon contact un véritable coup de foudre. Ce jeune homme m’adorait. En m’aimant il se trompait lui-même. Nous nous vîmes en cachette et en vînmes à ce qui était fatal. L’atmosphère de la maison se chargea d’électricité méchante. Nous dissimulions notre crime avec adresse, mais cette atmosphère inquiétait d’autant plus ma fiancée qu’elle n’en soupçonnait pas l’origine. À la longue, l’amour que son frère me témoignait se mua en passion. Peut-être cette passion cachait-elle un secret besoin de détruire ? Il haïssait sa sœur. Il me suppliait de reprendre ma parole, de rompre le mariage. Je freinai de mon mieux. J’essayai d’obtenir un calme relatif qui ne faisait que retarder la catastrophe. Un soir où je venais rendre visite à sa sœur, j’entendis des plaintes à travers la porte. La pauvre fille gisait à plat ventre par terre, un mouchoir dans la bouche et les cheveux épars. Debout devant elle, son frère lui criait : ‘Il est à moi ! à moi ! à moi puisqu’il est trop lâche pour te l’avouer, c’est moi qui te l’annonce !» (Jean Cocteau dans le Livre blanc, 1930)

 

L’amour fraternel, mené à l’excès, peut parfois laisser place à l’émergence d’un désir homosexuel : « Le frère aîné […] favorise par sa position intermédiaire l’identification narcissique et le choix homo-érotique de l’objet. » (cf. l’article « L’Identité sexuelle : pour quoi faire ? » de Jean-Marc Alby, dans Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 521)

 

Les frères, quand ils franchissent le pas de la sensualité, s’admirent en général l’un l’autre à travers le miroir narcissique de l’auto-érotisme : « Abdellah, parfois, pour plus de plaisir, sans rien me dire, prenait ma tête par sa main, doucement la rapprochait de la sienne et, au moment du miracle, plaquait contre ma joue gauche ses lèvres chaudes, baveuses, entrouvertes, affamées, heureuses. Le baiser fraternel. » (Abdallah Taïa observant à 13 ans un autre Abdallah se masturber devant lui, épisode raconté dans l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 12)

 

Ils s’aiment tellement que certains tombent amoureux entre eux, et vivent une relation charnelle/sexuelle (parfois semi-forcée) : « À 13 ou 14 ans, une relation sexuelle s’est établie avec mon frère aîné. Tout a commencé par du tiraillage. On s’est collés l’un sur l’autre. Je ne sais pas comment ça s’est passé, mais à un moment donné nos pantalons se sont baissés… Je n’ai pas été forcé. Je ne voyais pas ça comme un abus. C’est par la suite que je me suis aperçu qu’il m’avait trompé émotivement, qu’il avait exploité ma soif d’affection. J’ai des séquelles encore aujourd’hui de cette trahison-là. […] Bizarrement, il était passif et c’est moi qui était actif, qui le faisais jouir, autrement dit. Lui, il était très peu participant, sauf pour faire les premiers pas. Il sait que je suis stimulé par son corps, par ce que je vois, il sait comment me prendre. Mon frère devient mon idole. On baisait depuis au moins 3 ans, régulièrement. […] Je me dis que je l’aimais, mais en dehors de nos activités sexuelles, on ne se parlait pas tellement. À vrai dire, il n’était pas vraiment présent dans ma vie. C’était seulement dans l’acte sexuel comme tel qu’il me donnait de l’amour. Mais à ce moment-là, j’en étais plus ou moins conscient. […] L’homosexualité reste associée à la trahison de mon frère. » (Justin, 34 ans, abusé dès l’âge de 4 ans par son père, son oncle, et son frère aîné, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, pp. 246-248) Par exemple, dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, Pierre, d’orientation homosexuelle, a vécu l’inceste avec son frère Joseph ; c’est le cas aussi de Jean-Sylvain avec l’un de ses frères.

 
 

b) « Et de deux dans la famille ! » (fantasme homosexuel du frère, de l’oncle, du cousin, du beau-frère)

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

« Chapitre 4 : Chaque famille a ses secrets » (cf. sous-titre du film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander)… Dans le « milieu homo », il est assez fréquent de retrouver dans une même famille deux membres homosexuels (voire beaucoup plus !). Ils ne couchent pas nécessairement ensemble, ne sont pas ouvertement attirés physiquement l’un par l’autre (surtout quand l’un est gay et l’autre lesbienne)… mais ce qui est sûr, c’est que leur coming out se font écho, se croisent en simultané ou en différé. Dans les personnes homos et frères célèbres, on connaît Carlos Jáuregui et son frère, les frères Klaus et Erika Mann, Tchaïkovski et son frère Modeste, Ferdinand et Gian-Gastone de Médicis, Lytton et James Strachey, les frères Sirkis du groupe Indochine, Stéphane Desbordes et son frère jumeau, Marlee Matlin (l’actrice de la série The L World) et son frère Marc, Léo et Gertrude Stein, etc. Par exemple, l’écrivain nord-américain Henry James, gay, a une sœur lesbienne. Dans la famille de la chanteuse lesbienne K.D. Lang, ils sont trois enfants sur quatre à se dire homosexuels (cf. l’article « K. D. Lang : Elle World », dans la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 22) ! Lors de l’émission Homo Micro sur Radio Paris Plurielle diffusée le 3 avril 2006, une des chanteuses du groupe Anatomie Bousculaire déclare que sa sœur est également lesbienne. Dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), Paula Dumont parle d’une de ses amies lesbiennes, Marie-France, qui a aussi un frère homo. Je vous renvoie également à l’article de la revue Femme actuelle… pardon… Têtu, intitulé « Je ne suis pas le seul homo dans ma famille », datant du 19 novembre 2011 ; ainsi qu’à l’émission Jour après jour, intitulée : « Coming out : Le Jour où j’ai révélé mon homosexualité à mes proches »), diffusée sur la chaîne France 2, en novembre 2000 (émission dans laquelle une mère est venue témoigner que ses deux enfants – fille et garçon – étaient homosexuels.

 

La présence de plusieurs individus homos dans une seule famille ressemble au départ à un parfait vaudeville… mais en réalité, la découverte de plusieurs homosexualités dans une famille est généralement accueillie dans l’angoisse et le déni, bien sûr par les parents (« Le mauvais sort s’était abattu sur la pauvre Alice car sur les trois enfants qu’elle avait eus, les deux garçons étaient homosexuels. » écrit Jean-Claude Janvier-Modeste à propos de la mère d’Ednar, dans son roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011), p. 144), mais surtout par les enfants concernés ! Le fait est d’autant plus difficile à exposer que, au-delà de la honte de l’inceste, l’individu homosexuel qui voit son frère ou sa sœur le devancer ou le copier par un coming out qu’il souhaitait « unique et original » peut, pour une affaire d’orgueil mal placé ou de peur, garder son secret homosexuel pour lui. L’homosexualité du frangin ou de la frangine le renvoie directement à son manque de liberté, de personnalité… et ça, ça peut être très violent à accepter. Loin de rapprocher les frères, je connais personnellement des cas où la gémellité fraternelle d’homosexualité a été considérée comme un terrible acte de trahison, un aveu insupportable, un prétexte supplémentaire pour prendre ses distances.

 

Le désir érotique entre frères de sang est parfois exprimé clairement par certaines personnalités homosexuelles. Par exemple, dans l’émission Homo Micro diffusée sur Radio Paris Plurielle le 25 septembre 2006, l’écrivain Abdellah Taïa avoue son attraction et sa fascination pour son grand frère. C’est ce qui fait craindre, dans l’inconscient collectif, et de manière plus ou moins excessive, le risque d’inceste derrière tout signe social apparent d’homosexualité : « Ah ça non, tu touches pas à ton petit frère, tu ne lui fais pas de mal, il manquerait plus que ça, que tu te tapes ton petit frère ! » (Vincent, le grand frère s’adressant à Eddy par rapport à leur petit frère Rudy, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 53)

 

De ma propre expérience, je ne sais pas à quel point ni dans quelle mesure je ne suis pas la seule personne homosexuelle dans ma famille. J’ai bien mon petit soupçon pour tel cousin ou telle tante… soupçon avéré parfois. Concernant ma propre fratrie réduite, née d’un seul mariage (je précise), c’est plus délicat de me prononcer. Je suis issu d’une famille de cinq enfants : deux frères et deux sœurs. Pour mes frangines, mariées ou en concubinage, je n’ai pas trop de doute sur leurs préférences sexuelles (quoi qu’on pourrait quand même envisager qu’on peut très bien s’homosexualiser en s’hétérosexualisant trop précipitamment). Le doute d’homosexualité m’a effleuré seulement au sujet de mes deux frères : l’un parce qu’il est mon frère jumeau et que notre proximité corporelle a été très forte à une époque (il est marié et a trois enfants maintenant ; mais j’ai déjà vécu avec lui des gestes d’adolescence qui, de mon côté, je l’avoue, était clairement incestuels… même si je n’ai jamais été attiré physiquement par lui, et qu’encore aujourd’hui, imaginer partager avec lui des attouchements me dégoûterait), l’autre parce qu’il possédait à l’adolescence l’intégralité des goûts musicaux qu’un parfait mec homo peut avoir ! (mais mon frère aîné, qui a 10 ans de plus que moi, est à présent religieux dans un ordre, et je trouve qu’avec le temps, son sacerdoce et son célibat consacré l’ont paradoxalement masculinisé et déshomosexualisé à vitesse grand V !… même si j’ai longtemps cru que les filles, ce n’était pas sa tasse de thé. Comme quoi, la prêtrise, ça forge un homme et un père, parfois !).

 

Il arrive que certains individus homosexuels expriment le fantasme sexuel de l’oncle ou du neveu (ce n’est pas un hasard si l’un des plus fameux cabaret travesti de Paris dans les années 1960 s’appelait Chez Tonton !), ou bien qu’ils découvrent que leur tonton/leur neveu est aussi homosexuel comme eux : « Le jour où tu le voudras, je serai à toi. » (Ernestito à son oncle, dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 231) ; « Mon cousin Fabien courait d’un bout à l’autre du terrain de football, nu, en exhibant son sexe dont la taille imposante m’intimidait. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 148) ; etc. Je vous renvoie bien sûr au code « Tante-objet ou maman-objet » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels pour approfondir la question.

 

Par exemple, dans l’émission Toute une histoire spéciale « Mon père est parti avec un homme » (diffusée sur la chaîne France 2 le 5 décembre 2013), Sébastien (43 ans), à l’âge de 31 ans, a voulu faire croire à sa fille de 5 ans que l’homme avec qui il vivait était son « tonton » à elle… et il n’a pas pu mentir longtemps. Comme par hasard, un peu plus tard dans l’émission, il raconte devant les caméras qu’il s’était senti très tôt homosexuel mais qu’il n’avait pas osé le dire car déjà il avait un oncle homosexuel : « Au niveau historique familial, déjà, j’avais un oncle qui était homosexuel. Et les échos ne m’étaient pas très positifs. Donc je n’avais pas très envie de souffrir par rapport à ça aussi. » Raymond Lecomte est homosexuel comme son neveu Jean Cocteau.

 

Plus connu et répandu est le fantasme homosexuel du cousin, car avec ce dernier, la transgression de la différence des générations est moins flagrante. Elle passe mieux. Quelques sujets homosexuels reconnaissent en leur cousin un jumeau de désir, et échangent avec lui du sexe : « Je m’étais bornée à demander à ma mère quand je serais pourvue à mon tour du même appendice que mon cousin. » (l’essayiste lesbienne Paula Dumont, regrettant très jeune de ne pas avoir de pénis, dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), pp. 103-104) ; « Le seul cousin dont nous parlions à mots couverts, en murmurant qu’il avait des ‘mœurs à part’, s’était expatrié dans une autre région. J’avais l’intuition que lui et moi partagions la même inclination. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 29) ; « Chouaïb. Mon cousin, dont j’avais été un temps amoureux, portait ce prénom. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 18) ; « Je haïssais Chouaïb. Il ne m’attirait plus. Mais je voulais rester ainsi pour toujours, nu, collé à lui tout aussi nu, peau contre peau, vivant dans le chaos de cette guerre intime, sexuelle. » (idem, p. 23) ; « Tout en lui rendant ses coups, tout en étant aussi malin et cruel que lui, je sentais bien dans mon cœur le faible que j’avais pour lui et je savais que je pouvais plus tard tomber sérieusement amoureux de lui. Le demander en mariage. Et être à lui. » (idem, p. 24) ; « Je me souviens que, petit, le danseur espagnol jouait avec son cousin blond. Un petit malin, très musclé pour son âge. La mère du danseur espagnol les a trouvés enfermés dans la chambre à coucher. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 162) ; « Claude retrouve son sourire d’enfant quand il se souvient du plaisir qu’il prenait à se faire sucer par son cousin. […] Philippe et moi, qui n’avons pas eu de cousin aussi bienveillant, sommes un peu jaloux de lui. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 16)

 
 

c) La jalousie fraternelle comme moteur d’homosexualité et comme possible germe du viol:

INCESTE FRÈRES Egon Schiele

Tableau « Autoportrait double » d’Egon Schiele


 

Bien avant d’être une réalité, l’inceste fraternel est un fantasme créé par l’individu homosexuel, l’expression chez lui d’une diabolisation de la sexualité. C’est l’amour, l’engendrement et la différence des sexes qui sont vus à tort comme l’inceste qu’ils ne sont pas en substance : « À l’époque, je ne connaissais pas les trucs sur l’intersexe, mais j’ai pensé que j’étais un homme. Et je m’étais dit très scientifiquement, pour évaluer si j’étais vraiment un homme, je vais me féminiser et donc là je me suis mise à avoir des cheveux longs, à me maquiller, à avoir des robes, etc., et dans la même période, je suis partie aux États-Unis avec un pote. Et un jour dans une boîte, j’ai failli me faire violer et là je me suis dit : ‘Non, je ne suis pas un homme, mais habillée comme cela ça ne me correspond pas, il y a quelque chose qui ne va pas.’ Et la séduction que j’exerçais à l’égard des hommes ne me plaisait pas, leur regard ne me plaisait pas. Pas parce qu’ils étaient libidineux, mais parce que je ne voulais pas cela avec les hommes. Pour moi, les hommes c’était mes frères. Alors, la seule fois où j’ai embrassé un homme (j’ai eu quelques flirts comme ça), j’avais l’impression d’une relation incestueuse, tu vois un truc tu touches avec la langue et tu as l’impression de ramasser des fraises, tu vois ? (rires). » (Gaëlle, une femme lesbienne de 37 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, pp. 80-81)

 

La violence de l’inceste fraternel a pu déclencher un dégoût de la sexualité, voire une homosexualité : « Un jour, chez des amis, alors que les parents étaient fort occupés à deviser dans le fond du parc, je fus le témoin d’une véritable orgie enfantine, à laquelle, d’ailleurs, je ne pris aucune part, me sentant trop décontenancé à la vue des petites filles. Des frères, des sœurs, d’autres garçons se livraient à des expériences sexuelles très poussées et je garderai toujours en mémoire le spectacle de la sœur d’un de mes camarades ‘utilisée’ par quatre garçons à la suite… Cette scène (qui se renouvelait, d’ailleurs, paraît-il, à chacune des réunions familiales, à l’insu des parents, naturellement) fut interrompue, ce jour-là, par l’entrée intempestive de la mère de l’une des fillettes… Ce fut un beau scandale. Il y eut des scènes pénibles. Un procès faillit en résulter mais, au cours des interrogatoires, chacun se tira d’affaire par des mensonges. Cet épisode aux couleurs crues s’imprima profondément dans mon esprit et me fit, plus que jamais prendre en horreur les filles et les femmes. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, racontant un souvenir d’enfance, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 79)

 

L’inceste est tout autant un effacement brutal de la différence des générations qu’un effacement de la différence des sexes : « Des transsexuelles me prirent sous leur coupe, persuadées qu’elles avaient la solution à mon chagrin. Amour divin, amour profane, nous entretenions les sentiers d’une relation juste et sensible. Mais, ces ébats qui ne me procuraient aucun plaisir, ne faisaient qu’aggraver le trouble existant de la scène de violence vécue avec mon frère. Cette scène qui me hantait et réveillait ces horribles douleurs au ventre. Et puis pour moi, c’était des filles ; Et les filles, franchement, ne m’attiraient pas. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 119)

 

Ensuite, on voit que ce fantasme incestuel s’origine le plus souvent dans une idéalisation excessive du frère et un amour jaloux : « Dans ce texte sur l’homosexualité féminine, Freud mentionne comme un élément clé la jalousie qu’éprouva la jeune fille lors de la naissance d’un frère. » (Daniel Borillo et Dominique Colas, L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005), p. 312) ; « L’homosexualité peut être aussi le résultat d’une rivalité jalouse dans la fratrie qui se transforme en recherche de relation tendre avec des personnes de même sexe. » (Tony Anatrella, Le Règne de Narcisse (2005), p. 56) ; etc. Par exemple, le film « Enfances » (2007) de Yann Le Gal traite précisément de la jalousie infantile du futur réalisateur Ingmar Bergman, au moment de l’arrivée de sa petite sœur : il tenta de l’étouffer avec un oreiller. Dans l’autobiographie La Mauvaise Vie (2005), on perçoit une comparaison obsessionnelle de Frédéric Mitterrand avec ses frères aînés (notamment à la page 78).

 

Comme le frère est mis sur un piédestal, mais que fatalement il n’est pas aussi parfait que prévu (et bien oui ! : il a pour défaut d’être libre et unique !), il finit parfois par être haï par l’individu homosexuel comme un traître, un concurrent qu’il n’est pas : « J’ai aimé ce frère, ensuite je l’ai détesté. » (Ednar parlant de son « tortionnaire » de frère, Ti-Éloi, qui le frappait physiquement, dans le roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 16) ; « Mon frère me servait implicitement de point de repère. Ce que je voulais se résumait à ceci : ne pas être comme lui. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 114) ; « Tous ces hommes se sentent marqués par leurs expériences sexuelles avec leurs frères. Non sans désarroi, certains constatent qu’ils sont attirés par des hommes qui ressemblent étrangement à ce frère qu’ils détestent ! » (Michel Dorais, Ça arrive aussi aux garçons (2008), p. 55) ; etc.

 

La jalousie entre frères est généralement l’aveu inconscient d’un amour incestuel entre un fils et un père/une mère qui ne veut pas être partagé(e) : « J’accuse aujourd’hui ma mère d’avoir fait de moi le monstre que je suis et de n’avoir pas su me retenir au bord de mon premier péché. Tout enfant, elle me considère comme une petite fille et me préfère à ma sœur, morte aujourd’hui. […] Une véritable peur de la vie résulta de sa façon de nous élever, mon frère et moi. […] De cette période, je sais également que j’enviais ma sœur. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 75)

 

Comme je viens de l’expliquer, il y a de la jalousie entre les frères parce qu’en toile de fond, il y a de l’inceste, soit entre l’individu homosexuel et son frère (ils vivent alors une relation idolâtre trop fusionnelle), soit entre l’individu homosexuel et ses parents, soit entre son frère et leurs parents. L’inceste fraternel peut rejoindre l’inceste paternel : le père ou la mère sont alors considérés comme des frères ou des sœurs : « La veille du départ de Karim et du cameraman, alors que moi je restais seul au Caire, j’ai fait un rêve dans lequel je me souvenais de mon frère et de sa rencontre avec Dieu. Je devais avoir 15 ans et lui 11-12 ans. Je n’étais plus le préféré de ma mère. C’était Mustapha qui dormait avec elle à présent pendant la sieste. Il avait fini par prendre ma place. Malgré moi, j’en étais très jaloux. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 80) ; « Ce n’est pas le dégoût de la castration féminine qui est au fondement de leur homosexualité, mais la composante narcissique du choix d’objet sexuel. Au cours de l’enfance, le futur homosexuel éprouve des sentiments de rivalité et de jalousie particulièrement intenses envers ses frères aînés avec lesquels il doit partager l’amour de sa mère. Sous l’effet de l’éducation, ces pulsions sont refoulées. L’énergie pulsionnelle ne pouvant être annulée, elle se renverse dans son contraire : la haine viscérale pour les frères se transforme en amour homosexuel. » (Virginie Mouseler, Les Femmes et les homosexuels (1996), p. 73) ; « Dans la prime enfance des motions de jalousie particulièrement fortes, issues du complexe maternel, s’étaient affirmées contre des rivaux, la plupart du temps des frères plus âgés. […] Les rivaux haïs se transforment en objets d’amour. […] Le choix d’objet homosexuel provient plus d’une fois d’un dépassement précoce de la rivalité vis-à-vis de l’homme. » (cf. l’article « Sur quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l’homosexualité » de Sigmund Freud, dans Névrose, psychose et perversion, 1894-1924) ; etc.

 

Souvent, il existe un conflit entre la personne homosexuelle et son frère/sa sœur parce qu’ils aiment le même Homme (le père/la mère/le petit ami de l’autre/la petite amie de l’autre/l’Androgyne), ou parce qu’ils se reflètent une même homosexualité : « Bien plus tard, de la part de mes frères et sœurs, je fus l’objet de terribles critiques. […]. Il y avait néanmoins, quelque chose d’intime et de douillet dans celles-ci, je dirais même de profond et de vivant mais, il y avait aussi plus de sincérité et plus profond et de plus de courage de ma part, à assumer cette continuité de moi-même. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant de son homosexualité, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 11) Je vous renvoie avec insistance à la partie sur le « Frère homophobe » du code « Homosexuel homophobe » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

C’est pour cette raison que le lien de fraternité ou de parenté, en même temps qu’il servira de couverture à l’homosexualité du couple qui ne veut pas s’afficher homo, est pour le coup symbole d’homophobie : « Lors de nos visites chez d’autres amis africains, Yoro [l’amant de Berthrand Nguyen Matoko] me recommandait de ne jamais d’afficher. Bien au contraire, ce qu’il trouvait à dire, c’est que nous étions deux cousins. » (idem, p. 138)

 

L’inceste vient non seulement alimenter l’amour homosexuel mais aussi le détruire. Je connais bon nombre de couples homosexuels qui ont été brisés « à priori » directement par la relation fusionnelle que tel ou tel de leurs membres maintenait avec une sœur ou un frère (considéré(e) comme) trop proche.

 

Par ailleurs, je tiens à rajouter pour conclure que la tentation de l’inceste ne concerne pas uniquement les grandes fratries, ou les « sujets homosexuels avec frère(s) ». Aucune personne homosexuelle, même fille ou fils unique, n’échappe, je crois, au fantasme d’inceste fraternel. En général, tout sujet homosexuel a l’impression de remplacer (et donc se donne l’impression de vivre en secrète communion avec) un frère ou une sœur défunte/cinématographique. « Là, dans cette obscurité, dans cette exécution, cette mort volontaire, je me suis souvenu de ma sœur hantée. » (Abdellah Taïa s’adressant à son amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 123) Par exemple, dans son autobiographie Mauvais genre (2009), l’essayiste lesbienne Paula Dumont décrit « son statut enviable de fille unique et de fille qui remplace le fils défunt » (p. 28) que sa mère a perdu en couche. Je vous renvoie aussi à la partie sur le « Syndrome du jumeau solitaire » du code « Jumeaux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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Code n°104 – Jumeaux

jumeaux

Jumeaux

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Il n’est pas très étonnant (même si c’est peu connu et peu valorisé, car le lien de causalité est fui comme la peste) de voir les nombreuses coïncidences qui existent entre gémellité et homosexualité. Dès qu’on commence à connaître des personnes homosexuelles, on rencontre énormément de jumeaux, c’est assez hallucinant. Moi-même, je suis né jumeau ! (je suis un « vrai jumeau », comme on dit, et je partage avec mon frère Jean le même patrimoine génétique, depuis la naissance. Il n’est, quant à lui, pas homosexuel, s’est marié et a trois enfants). Cependant, je n’aurai pas la bêtise de dire que tous les jumeaux sont des homos refoulés, ou bien qu’il y a plus de jumeaux homos que de jumeaux hétéros, ou encore que les personnes nées jumelles sont prédestinées à être homosexuelles.

 

En revanche, ce que nous révèle la gémellité par rapport au désir homo, c’est d’une part que l’homosexualité n’est pas QUE génétique (si tant est qu’elle le serait, ce qui reste à prouver…) – sinon, mon frère jumeau serait aussi homosexuel que moi – mais qu’en revanche elle possède des terrains porteurs (qui ne sont pas des « causes » de l’homosexualité mais uniquement des coïncidences) ; et d’autre part que le désir homo traduit une peur d’être unique (donc aimé) et un fantasme de toute-puissance ( = « J’ai été capable de m’auto-cloner tout seul »).

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Solitude », « Amant narcissique », « Fusion », « Doubles schizophréniques », « Clonage », « Moitié », « Inceste entre frères », et « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

Film "Beautiful Thing" d’Hettie Macdonald

Film « Beautiful Thing » d’Hettie Macdonald

 

On constate dans les œuvres de fiction traitant d’homosexualité que le personnage homosexuel a souvent un frère jumeau, ou est fasciné par la gémellité. On retrouve les jumeaux dans le film « Les Dieux de la vague » (2011) de Dan Castle, le film « Memento Mori » (1999) de Kim Tae-yong et Min Kyu-dong (avec les jumelles siamoises aquatiques), la photo Sense Of Space (2000) des frères Gao, la « Chanson des jumelles » de Christophe Moulin, le film « Una Noche » (2012) de Lucy Molloy (avec Elio, le héros homo, et Lila, sa sœur jumelle), le tableau Salim et Medhi (2007) de Manuel Richard, la pièce Les Homos préfèrent les blondes (2007) d’Eleni Laiou et Franck Le Hen, le film « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy (avec la fameuse « Chanson des jumelles »), le téléfilm « Falling in love at Christmas » (« À la recherche de mon père Noël », 2021) de Sharon Lewis (avec Erika, la soeur jumelle lesbienne de Paul), le film « Alice au pays des merveilles » (2010) de Tim Burton, le film « JF partagerait appartement » (1992) de Barbet Schroeder, le vidéo-clip de la chanson « Lo Mejor De Mi Vida Eres Tú » de Ricky Martin, le film « Life Is Sweet » (1990) de Mike Leigh, le film « Hamlet » (1976) de Celestino Coronado, le film « The Maids » (1975) de Christopher Miles, le film « Deux » (2002) de Werner Schroeter, le film « Vas voir maman, papa travaille » (1077) de François Leterrier, la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi, le film « Justice pour tous » (1979) de Norman Jewison, le film « Anguished Love » (1987) de Pisan Akarasainee, le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur, le film « Unconditional » (« Inconditionnel », 2012) de Bryn Higgins (avec Owen et Kristen, les jumeaux homos dragués par Liam), la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, le film « Leave Me Alone » (2004) de Danny Pang, le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli (avec Rafe et Théron), le roman Les Deux jumelles (1949) de Stefan Zweig, la comédie musicale Ball Im Savoy (Bal au Savoy, 1932) de Paul Abraham, la comédie musicale Cabaret (1966) de Sam Mendes et Rob Marshall (avec Victor et Bobby, les deux cabaret boys identiques), le film « Murmur Of Youth » (1997) de Lin Cheng-sheng, le roman La Ballade du café triste (1951) de Carson McCullers, la pièce Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès (avec les jumeaux noirs), les tableaux de Kinu Sekigushi, le film « The Twin Bracelets » (1990) d’Huang Yu-Shan, les photos-collage de David King (2007), la chanson « Cheeky Song » des Cheeky Girls (où les deux jumelles parlent beaucoup d’inversion des sexes), la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti, la pièce Son mec à moi (2007) de Patrick Hernandez, le film « Big Business » (1988) de Jim Abrahams, le dessin Encre de Chine (2006) d’Olympe, le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le film « Une Affaire de goût » (1999) de Bernard Rapp (avec la recherche de la gémellité parfaite de la part de Frédéric Delamont), le film « À mon frère » (2010) d’Olivier Ciappa, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger (avec Lena et Leni les jumelles siamoises), le roman Bonheur fantôme (2009) d’Anne Percin, le film « Jamais deux sans trois » (1951) d’André Berthomieu, le film « Avril » (2005) de Gérald Hustache-Mathieu (avec les faux jumeaux), le film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie Macdonald (avec la troublante ressemblance entre Ste et Jamie), le film « X2000 » (2000) de François Ozon (avec les jumeaux à l’intérieur d’un même sac de couchage), les photographies L’Hommage à Cavafy (1978) et La Faute énorme (1978) de Duane Michals (où sont pris des jumeaux), le film « The Krays » (« Frères Kray », 1989) de Peter Medak, le film « L’Ombre des anges » (1976) de Rainer Werner Fassbinder, le roman Les Météores (1975) de Michel Tournier (avec Jean et Paul), le roman On The Black Hill (1982) de Bruce Chatwin (avec les jumeaux Lewis et Benjamin), le roman Crocodilia (1988) de Philip Ridley (avec les jumeaux Dave et Théo), le roman Mi Novia Y Mi Novio (1923) d’Álvaro Retana (avec Roberto et sa sœur jumelle), le film « Jubilee » (1978) de Derek Jarman (avec Angel et Sphinx), le film « Morte A Venezia » (« Mort à Venise », 1971) de Luchino Visconti, le film « Paulo et son frère » (1997) de Jean-Philippe Labadie, le roman Thomas l’imposteur (1923) de Jean Cocteau, la pièce Entre vos murs (2008) de Samuel Ganes, le roman De Komedianten (1917) de Louis Couperus, le roman La Hermana Secreta De Angélica María (1989) de Luis Zapata, le film « Ostia » (1970) de Sergio Citti (avec Rabbino et Bandiera), le film « Ernesto » (1978) de Salvatore Samperi, le film « Double The Trouble, Twice The Fun » (1992) de Pratibha Parmar, le film « Les Jolies choses » (2001) de Gilles Paquet-Brenner, le roman Le Bateau brume (2010) de Philippe Le Guillou, la chanson « Jumelle » de Linda Lemay (avec la tentation misandre des sœurs lesbiennes), le roman The Importance To Being Earnest (L’importance d’être Constant, 1895) d’Oscar Wilde (avec Algernon et Jack), le film « Footing » (2012) de Damien Gault (avec l’amie d’enfance de Marco, le héros homo, qui a eu des jumelles), le film « Ma vie avec Liberace » (2013) de Steven Soderbergh (Liberace a eu un jumeau mort né), le film « Ich Seh, Ich Seh » (« Goodnight Mommy », 2014) de Veronika Franz et Severin Fiala, le vidéo-clip de la chanson « The Loving Cup » de Christine & the Queens, la pièce Personne n’est parfait(e) (2015) d’Hortense Divetain, le film d’animation « La Famille Addams » (2019) de Conrad Vernon et Greg Tiernan (avec les jumelles Layla et Kayla), etc. Par exemple, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov (cf. l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1), Karma, l’une des héros quasi lesbiennes Karma caresse le ventre d’une jeune femme qui attend des jumeaux : « Et félicitations pour les jumeaux ! » Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Cédric, avec son « mari » Bertrand, éduquent et se disent « papas » de deux jumeaux, Gaspard et Noé.

 

 

La gémellité rejoint l’homosexualité jusque dans l’homonymie des prénoms des amants gays : Jamie et Jamie dans le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, Chuck et Buck dans le film « Chuck & Buck » (2001) de Miguel Artera, Bryan et Brian dans le film « Together Alone » (1991) de P. J. Castellaneta, Jeff et Jeff dans le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, Jim et Jim dans le film « American Beauty » (2000) de Sam Mendes, Henri et Henriette dans la comédie musicale La Bête au bois dormant (version 2007) des Caramels fous, les Dupont et Dupond du film « The Mostly Unfabulous Social Life of Ethan Green… » (2005) de George Bamber, Marie et Marie dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie, les jumeaux « Dupond et Dupont » du film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano, Sulky et Sulku dans le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes, Jean et Juan dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, etc. « Où sont Tralali et Tralalère ? » (Citron l’hétérosexuel se moquant du couple homo Mirko/Radmilo, dans le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic) Je vous renvoie également aux photos Le Magicien d’eau ainsi qu’Adam et Adam (1997) d’Orion Delain, au film « Él Y Él » (1980) d’Eduardo Manzanos, au film « By Hook Or By Crook » (2001) d’Harry Dodge et Silas Howard, au roman Cris & Cris (1992) de María Felicitas Jaime, etc. Dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Frédérique surnomme cyniquement le couple Jean-Luc/Romuald « Dupond et Ducon ». Dans le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre, Rubén, le héros homosexuel prostitué dit à Eloy son client qu’ils ont toujours eu le même nom de famille. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, on est en plein narcissisme fusionnel : Oliver et Elio décident de s’échanger les prénoms et que chacun appelle son amant par son propre prénom : « Appelle-moi par ton nom et je t’appellerai par le mien. » (Oliver s’adressant à son amant Elio)

 

Film "Les Demoiselles de Rochefort" de Jacques Demy

Film « Les Demoiselles de Rochefort » de Jacques Demy


 

Le personnage homosexuel a parfois un vrai jumeau de sang. « Ton frère [Hector, homosexuel] avait un jumeau. » (la mère d’Ariane et d’Hector, à sa fille la lesbienne, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) Par exemple, dans le film « La Grande Zorro » (1981) de Peter Medak, Zorro, à cause d’une entorse au pied, se fait remplacer par son frère jumeau Bunny Wigglesworth, gay flamboyant et folle devant l’éternel… Parfois, les jumeaux fictionnels sont homos tous les deux : c’est le cas de Djemal et Djelal, les coiffeurs du roman Bonbon Palace (2008) d’Elil Shafak. La gémellité est prioritairement vue comme un clonage puisqu’elle repose sur l’inversion. Par exemple, dans le film « Jeu de miroir » (2002) de Harry Richard, les deux frères jumeaux (dont l’un est homo) portent des prénoms-anagrammes : Leon et Noel. Dans le one-woman-show Le Gang des potiches (2010) de Karine Dubernet, Janis prend Nina la lesbienne et sa sœur Édith pour des sœurs jumelles. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Petra, l’une des héroïnes lesbiennes, a un frère jumeau, Tielo : « On dormait dans la même chambre quand on était petits. On était jumeaux. C’est l’autre partie de moi. » (p. 85) Par ailleurs, Jane (la compagne de Petra) et la jeune Anna, 13 ans, sont comme des jumelles, des reflets narcissiques : elles ont la même éraflure au visage.

 

Film "Goodnight" (2015) de Veronika Franz et Severin Fiala

Film « Goodnight » (2015) de Veronika Franz et Severin Fiala


 

En général, les jumeaux des fictions homosexuelles vivent une fusion destructrice. Par exemple, dans la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti, François et Jasmine, frère et sœur jumeaux, ont une relation conflictuelle : « On finit toujours par se disputer. » Dans le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent, les jumeaux Quentin et Antoine s’en vont en voyage vers l’Espagne pour assister à l’enterrement de leur mère. En cours de route, Antoine, le frère hétéro, devient carrément le maquereau de Quentin, l’homosexuel. Dans le film « Les Douze Coups de Minuit » (« After The Ball », 2015) de Sean Garrity, Maurice, le styliste homosexuel, associe toujours ensemble Tannis et Simone, les deux filles épouvantables de sa chef Élise, en disant qu’elles sont jumelles : « Il dit ça tout le temps ! » s’en plaint Simone. Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa), Phil, le héros homosexuel, est né jumeau avec sa sœur Dianne. Celle-ci est un peu spéciale car elle a le don d’attirer à elle la Bête et les animaux. Elle ne respecte pas l’intimité de son frère : par exemple, elle rentre dans la salle de bain alors que Phil est tout nu dans son bain. Elle devine qu’il a un copain : « Ce genre de truc m’échappe pas. Je suis ta sœur, hein ? » Et leur gémellité est à double tranchant : « Dianne et moi, on était comme McGyver et son couteau, les asperges et la sauce hollandaise ou les jumelles Olsen. Elle était mon ange gardien, mon amie et alliée. Et moi, son deuxième cœur. »

 

Film "Donne-moi la main" de Pascal-Alex Vincent

Film « Donne-moi la main » de Pascal-Alex Vincent


 

Parfois, le héros homosexuel n’a pas de jumeau de sang, mais en revanche considère son (hypothétique) amant comme son jumeau symbolique, une âme sœur narcissique (qu’il jalouse la plupart du temps) : « Tu es mon sang, mon double aimant. » (cf. la chanson « Je te dis tout » de Mylène Farmer) ; « Des jumelles, ça doit être passionnant ! » (Maryline, l’héroïne bisexuelle parlant des filles de Sandra, dans la pièce Jardins secrets (2019) de Béatrice Collas) ; « Tu trouves pas qu’on se ressemble, Bilal et moi ? » (Malik, le héros gay, interrogeant sa mère par rapport à son futur amant Bilal, dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « Nous sommes deux sœurs jumelles nées sous le signe du plumeau. » (le couple homo dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « On vit ensemble comme deux jumeaux. » (Greg et Hannah, tous deux homosexuels, dans le film « Entre les corps » (2012) d’Anaïs Sartini) ; « C’est comme si on était jumelles. » (Cécile à son amante Chloé dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 29) ; « Nous sommes jumelles. » (Janine à sa compagne Simone dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) ; « Tu es mon jumeau de cœur, mon jumeau spirituel. » (Sven à Éric, dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 138) ; « On dit que chaque être humain a un sosie de par le monde. » (Brigitte dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; « Je ‘lisaisMaurice, le roman d’Edward Morgan Forster, et toi aussi, mais tu le disais vraiment, et en version originale. Qui étais-tu, que voulais-tu ? Si je m’affichais avec ce livre, qu’il me semblait avoir suffisamment lu en voyant le film qu’en avait tiré James Ivory, c’était parce que j’aspirais à un amour aussi… comment dire ? Romantique. Par ce truchement, peut-être forcerais-je le destin ? […] Ainsi la coïncidence du livre constituait-elle un signe susceptible de m’encourager à t’aborder. […] Ma confusion augmenta quand je sus que nous portions le même prénom. » (la voix narrative racontant une rencontre furtive avec un inconnu dans une gare, dans la nouvelle « Un Jeune homme timide » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 42-43) ; « On dirait ma sœur Olga. » (Érik Satie se regardant dans le miroir, dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou) ; « Il s’avéra que même si j’étais destinée à vieillir et à mourir, je pourrais avoir une jumelle, installée dans un satellite se déplaçant à la vitesse de la lumière, qui ne vieillirait pas au même rythme que moi. » (Anamika, l’héroïne lesbienne en recherche narcissique d’« immortalité », dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 219) ; « Je recherche mon frère, mon jumeau. » (Paul, le héros homosexuel du film « Seeing Heaven » (2011) de Ian Powell) ; « Tout ce que je sens, tu sens. Et ce que je suis, tu suis. Nous voici sœurs de sang. Déjà nos cheveux s’emmêlent, comme des cheveux de jumelles. Ils s’envolent, cheveux de folles… » (cf. la chanson « Toi c’est moi » de Priscilla) ; « Toi et moi, on est pareils. On se ménage parce qu’on joue chacun très bien au jeu de l’autre. Je connais très bien ton jeu. J’y joue très bien. Toi aussi d’ailleurs. Mais tu sais, je suis meilleur que toi. Je te bats quand je veux. Alors, ne me provoque pas. Je te préviens. » (Harold, homosexuel, s’adressant à son coloc Michael, lui-même gay, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Tu es le frère que je voulais avoir. » (Tom s’adressant à l’homme qu’il aime, Dick, et qu’il imite en tous points, dans le film « The Talented Mister Ripley », « Le Talentueux M. Ripley » (1999) d’Anthony Minghella) ; etc.

 

Film "X2000" de François Ozon

Film « X2000 » de François Ozon


 

Par exemple, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn, Tyler Montague défend sa théorie des âmes-sœurs (notamment homosexuelles) sous vocable de « la flamme jumelle ». Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Danny et Zach ont le même vécu, la même identité, alors qu’ils ont 15 ans d’écart. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, Schmidt est jaloux de l’amitié gémellaire qui naît entre son collège Jenko et Zook (qui sont habillés pareil, aiment les mêmes choses, pratiquent les mêmes activités) : « Serrez-vous la bite et mariez-vous !! » dit-il cyniquement pour les séparer. Quand Jenko et Zook jouent ensemble au football américain et qu’ils forment un duo gagnant, ils sont baptisés de « nouveau couple » par les commentateurs de matchs : « Ils sont interchangeables, ces deux-là. » Il y a même deux vrais jumeaux dans le film, Keith et Kenny Yang. Et à la fin du film où il a été question d’homosexualité toutes les cinq minutes, Schmidt fait cette drôle de remarque face à deux autres hommes qui se ressemblent : « Encore des jumeaux ?? »

 

Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, Luce et Rachel, les deux amantes, découvrent que leurs dates d’anniversaire tombent presque en même temps et qu’elles sont « pratiquement jumelles ». Plus tard, Rachel, mariée à un homme Heck qu’elle n’aime pas et découvrant son homosexualité, emmène Heck dans une forêt pour qu’il la baise. Non seulement ce dernier ne s’exécute pas, mais en plus le couple marié tombe sur deux mecs batifolant derrière un arbre. Et ces deux types portent le même prénom : « Moi, c’est Michael. » ; « Moi, c’est Michael 2. »
 

Tweedle Dee et Tweedle Dum dans le film "Alice au pays des merveilles" de Walt Disney

Tweedle Dee et Tweedle Dum dans le film « Alice au pays des merveilles » de Walt Disney


 

Il n’est pas rare que le couple homo apparaisse comme des jumeaux aux yeux des autres : « Simon dit ironiquement à Polly que si elle continue comme ça, on finira par les prendre pour des sœurs jumelles, la rousse et la blonde. » (Mike Nietomertz, Des chiens (2011), p. 51) ; « Elle s’approchait en compagne d’un couple de sosies de Jeremy Irons mais avec un air encore plus snob que lui. Ils ressemblaient vraiment tous les deux à l’acteur anglais et je me surpris à me demander s’ils étaient jumeaux comme les deux médecins qu’avait justement et si génialement interprétés Jeremy Irons dans ‘Dead Ringers’ de David Cronenberg. Mais non, ils portaient des noms de famille différents. Ils n’étaient qu’amants mais on devinait facilement de qui était la photo qui trônait au-dessus de leur lit… » (Jean-Marc dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 213) ; « Nous avons fait toutes les boîtes de folles et personne ne nous a regardés, Pierre et moi nous avons l’air de deux jumeaux de Pierre Cardin. » (la voix narrative du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 53) Dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, Suzanne trouve que l’amant de son fils Laurent lui ressemble étrangement… sans deviner que c’est son petit ami. Dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, l’analogie entre gémellité et lesbianisme est faite sans équivoque.  Dans la pièce Les Amers (2008) de Mathieu Beurton, Kévin et Joe sont considérés comme des jumeaux. Dans le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen, Patrik pense que Sven et Göran, les amants homos, sont des « demi-frères ». Dans la pièce Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, le couple homo Javert/Mr Madeleine est présenté comme une paire gémellaire (ils sont d’ailleurs habillés tous les deux à l’identique). Au tout début du vidéo-clip de la chanson « En miettes » (2011) d’Oshen, deux femmes lesbiennes se font l’amour, et elles se ressemblent tellement qu’on dirait des jumelles. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Stefanos et Dany, le temps d’un passage aux toilettes, deviennent amants et se ressemblent comme deux jumeaux, deux fashion victim peroxydées. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Stuart et Steeve sont quasiment des répliques physiques.

 

Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Agathe se prend pour Dargelos qu’elle aperçoit en photo. Dans le film « La Beauté du diable » (1949) de Claude Autant-Lara, Marthe apparaît dans le reflet du miroir de François. Dans la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, le double narcissique est également interpellé. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, pour cacher à Levi qu’il le matait en secret, Chance s’invente un jumeau : « Et si j’avais un frère jumeau qui me ressemblait trait pour trait ? »

 

La découverte du jumeau narcissique ne se fait pas sans heurts. Dans le roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, par exemple, on perçoit tout à fait que la crise identitaire du personnage de Lucas, qui ne se supporte pas unique, est androgynique et violente : « Je contemplais ce corps face au piano […]. J’aurais voulu que ce corps fût le mien. » (p. 17) Au moment où l’on fait subir à Thomas une ponction de moelle osseuse, Lucas lui dit à distance : « Je fais le geste de porter ma main sur mon propre torse. Ils vont réussir à nous différencier, à éliminer nos ressemblances. » (idem, p. 37) ; « Assassiner son frère, serait-ce autre chose qu’un suicide ? » (idem, p. 145)

 

Pochette du single "Méfie-toi" de Mylène Farmer

Pochette du single « Méfie-toi » de Mylène Farmer


 

La gémellité dans les fictions traitant d’homosexualité est rarement signe d’un phénomène positif. Au mieux elle illustre poétiquement le narcissisme, la recherche égocentrée et fusionnelle de l’androgyne (cf. le film « Bella, Ricca, Lieve Difetto Fisico, Cerca Anima Gemella » (1972) de Nando Cicero), le mythe de la fondation (cf. la pochette du single de la chanson « Adam et Yves » de Zazie), au pire elle renvoie au viol, au clonage, à la schizophrénie, à la pure baise porno, à l’inceste, à la jalousie, aux crimes, à l’absorption de drogues, à la contrefaçon mensongère, au meurtre fratricide, à la mort : cf. le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg (avec Linda et Christian), le roman Deux larmes dans un peu d’eau (2006) de Mathieu Riboulet (avec les jumelles dont l’une meurt à la naissance), le roman J’ai tué mon frère dans le ventre de ma mère (2011) de Sophie Cool, le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb, la pièce Le Jour de Valentin (2009) d’Ivan Viripaev (avec la jalousie gémellaire Katia/Valentine), le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Farinelli » (1994) de Gérard Corbiau (avec les jumeaux incestueux Carlo et Ricardo), les vidéo-clips des chansons « L’Âme-stram-gram » (où les thèmes du suicide et de l’inceste ressortent) et « California » (là, il est question de prostitution) de Mylène Farmer, le film « The Wild Party » (1975) de James Ivory (avec les jumeaux incestueux), le film « Vies brûlées » (2000) de Marcelo Piñeyro (avec les amants homosexuels criminels surnommés « les Jumeaux »), la nouvelle « Lejana » du recueil Bestiario (1951) de Julio Cortázar (dans laquelle Alina Reyes recherche sa « jumelle du bout du monde »), le tableau Les deux Fridas (1939) de Frida Kahlo (représentant la souffrance et l’extase schizophrénique), les jumeaux jaloux dans les dessins pornographiques de Roger Payne, le film « Imposters » (1979) de Mark Rappaport, la B.D. Dads And Boys (2007) de Josman (avec les jumeaux couchant ensemble), etc. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, un des personnages homosexuels affirme avoir été violé dans une tournante par ses « jumeaux ». Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Wanda, à cause de l’alcool, croit être sortie avec des jumeaux pendant une soirée.

 

Les jumeaux (ou frères) fictionnels ne se sentent pas reconnus comme uniques, et en souffrent : « Tu le sais, ça, que je ne suis pas Charles ? » (Guillaume s’adressant à son père homosexuel dans le film « L’Arbre et la Forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ; « On s’accroche et on fait c’qu’on peut pour pas être mort un jour sur deux. » (le héros du film « À mon frère » (2010) d’Olivier Ciappa) ; etc. C’est pourquoi ils sont souvent symboles de mort et d’ennui : « Ce n’était pour aucun des deux jumeaux Hypnos ni Thanatos que j’étais descendu dans cet Enfer. » (le protagoniste homo parlant des « quais obscurs et des parkings déserts », dans la nouvelle « Au musée » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 107) ; « À force d’être toujours ensemble, on a fini par se ressembler. La routine. » (Jonathan en parlant à Matthieu de leur 1 an de vie commune, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; etc.

 

Tableau "Les deux Fridas" de Frida Kahlo

Tableau « Les deux Fridas » de Frida Kahlo


 

Quelquefois, la gémellité cinématographique provoque ou représente l’impuissance sexuelle du personnage homosexuel : « T’arrives pas à bander si ton p’tit frère te regarde pas ?! » (Claire dans le film « Faux semblants » (1988) de David Cronenberg) ; « Il fallait que je sache que nous étions deux pour prendre une consistance. Seule, je n’existe pas. Je ne sais pas être le singulier de notre pluriel d’avant. » (Anna dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 64) Farinelli, dans le film éponyme de Gérard Corbiau (1994), s’imagine qu’il ne pourra pénétrer génitalement une femme qu’en présence de son jumeau… à tel point que la Comtesse de Novère lui demande ironiquement s’il a « besoin de son frère pour bander ».

 

La gémellité dans les œuvres homosexuelles est souvent associée à la peur de la sexualité et du viol. « J’avais une sœur jumelle : Rebecca. » (Madeleine, la Rousse violée dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki) ; « Un jour je la tuerai. Quand je serai une vraie sorcière, je la tuerai. » (Juna, l’héroïne lesbienne par rapport à sa grande sœur, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; etc. Par exemple, dans le roman Hawa (La Différence, 2010) de Mohamed Leftah, Zapata et Hawa, les deux jumeaux, sont le fruit de la rencontre entre un soldat américain et une prostituée.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Au sein de l’œuvre du dramaturge et dessinateur argentin Copi, la gémellité est omniprésente, et s’annonce précisément sous les hospices du viol. Par exemple, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986), par exemple, Mimi qualifie son double travesti Fifi de « sœur jumelle ». Dans le roman Le Bal des folles (1977), Delphine et Corinne Audieu sont jumelles. Pareil pour la Duchesse d’Albe et la Duchesse de Malaga, les deux sœurs jumelles de la nouvelle « L’Autoportrait de Goya » (1978). Dans le roman La Cité des rats (1979), on trouve les deux rats femelles jumelles Iris et Carina. Il y a les deux couples de jumelles Leïla/Maria et Joséphine/Fougère dans la pièce Les Quatre jumelles (1973). On retrouve le mythe des fondateurs civilisationnels avec les jumeaux de la tribu des Boludos dans la nouvelle « La Déification de Jean-Rémy de la Salle » (1983). Dans le roman La Vie est un tango (1979), Silvanito a des jumeaux. On observe chez Copi une conception schizophrénique de la gémellité. On n’est pas du tout dans l’idée de double en tant que « semblable » ou « duplicata » (= double des clés, par exemple), mais bien dans l’idée de double en tant qu’« identique » (= deux moitiés d’un seul tout) ou de « double schizophrénique ». Un frère jumeau peut remplacer l’autre et être lui parce que le jumeau est un clone, une voix schizoïde, non un être réel : « Tu m’as étranglée ! » (Joséphine à sa jumelle Fougère dans la pièce Les Quatre jumelles) ; « Les jeux ne sont pas tout à fait faits, chère petite sœur. C’est toi ou c’est moi ! Puisque nous sommes jumelles ! On a commencé à se battre à l’intérieur du ventre de notre mère. » (la Comédienne à Vicky dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne, 1986)

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Généralement, les jumeaux de Copi sont violents ou représentent le viol : « Elles [les 3 Sœurs de Tchekhov] prétendent être jumelles. Tous les dimanches elles sortent arcs et flèches et elles tirent. » (Copi, Un Livre blanc(2002), p. 76) ; « La grossesse de Jacqueline fut difficile, on craignait des jumeaux. » (cf. la nouvelle « La Césarienne » (1983) de Copi, p. 73) ; « Le fait de s’habiller en jumelles leur conservait une certaine clientèle d’amateurs malgré leur soixantaine bien entamée. » (Mimi et Gigi, les deux clochards prostituées, dans la nouvelle « Les Vieux travelos » (1978), p. 87)  Le jumeau copien est figure de mort. Par exemple, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne, la femme de ménage est assassinée plus d’une fois, et sa sœur jumelle est plus bardée de prothèses qu’un mannequin surréaliste. La jumelle symbolise le spectre de l’abandon parental, du doute d’avoir été désiré, et d’être unique : « Qu’est-ce que je vous ai fait ? Parce que j’ai dû vous infliger quelque humiliation dans le passé dont je ne me souviens pas ou qui m’a échappé. Vous étiez comédienne. Je vous ai peut-être volé un rôle sans le savoir. Ou un amant. » (la Comédienne à Vicky, idem, pp. 274-275) ; « Nous sommes sœurs jumelles, Madame Brionska. » (Vicky à la Comédienne, idem, p. 275) ; « Elle [Madame Lucienne] s’est trouvée enceinte d’un légionnaire et elle l’a caché à sa famille qui était très anarchiste. Elle ne m’a pas dit qu’elle avait des jumelles mais une seule fille, qu’elle avait confiée à l’Assistance Publique. » (le Machiniste, idem, p. 275) ; « J’ai mangé un de mes yeux, le droit, et l’autre, le gauche, ma fille l’a mangé. Ainsi, nous sommes jumelles dans l’espace et dans le temps de mère en fille, et ainsi de suite. » (la Reine incestueuse dans la pièce La Pyramide !, 1975)

 
B.D. "Kang" de Copi
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

Juan et Cesar Hortoneda, surnommés les "Jumeaux de Madrid" (immortalisé par Bruce Weber)

Juan et Cesar Hortoneda, surnommés les « Jumeaux de Madrid » (immortalisé par Bruce Weber)


 

Je vous renvoie à la photo des jumeaux à la Gay Pride parisienne de 2006 exposée dans Triangul’Ère 7 (2007) de Christophe Gendron (p. 171), au dossier « Jumeaux Homos : leurs Secrets » dans la revue Têtu (n°130, février 2008, pp. 102-107), au docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles (avec la jumelle), au documentaire italien « Due Volte Genitori » (2008) de Claudio Cipelleti sur les parents d’enfants homos (l’un des portraits concerne Cristina, une jumelle lesbienne), à l’ouvrage collectif L’Amour du semblable (2001) de Xavier Lacroix, à la photo Henri Michaux (1925) de Claude Cahun, à l’émission Infra Rouge spéciale « Homo ou hétéro, est-ce un choix ? » diffusée le 24 mars 2015 sur la chaîne France 2, aux multiples parallélismes qu’on peut faire entre les Twin Parade et les Gay Pride, à ce témoignage des deux frères jumeaux homos aux États-Unis, au témoin homosexuel du Refuge (qui parle de son frère jumeau à 1h45), etc.

 

Le lien entre désir homosexuel et gémellité ne date pas d’hier. « À la fin du XIXe siècle, dans un premier temps, l’homosexualité féminine est définie sur le modèle de la ressemblance et désignée par la métaphore des sœurs jumelles. » (Natacha Chetcuti, Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010), p. 21)

 

Actuellement, il devrait nous sauter aux yeux, même si bizarrement, personne ne semble le connaître. Par exemple, dans l’industrie du porno gay (je ne parle même pas du porno lesbien, car là, la liste est interminable ! … même si celui-ci est attribué à un public « hétéro mâle »…), les jumeaux sont très présents : cf. le film « Double en jeu » (2000) de Jean-Daniel Cadinot, le film porno « Busy Boy » (1970) (avec les jumeaux Christy), le film « Twins » (1993) de Bijou Film Production, le film « The Twins » (1998) d’Odyssey Production (avec les jumeaux Perón), le film « Double Size : Double The Pleasure » (2004) de Pacific Sun Production (avec les jumeaux Dean et Dave Resnick), le film « Double Czech » (2000) (avec les jumeaux Jirka et Karel Bartok), le film « The Twins » de Marc Dorel (avec les jumeaux Alex et Ian Lynch), etc. Parmi les plus « connus », on a les célèbres frères Rocky (vedettes des Folies Bergères et du Casino de Paris dans les années 1930), les jumeaux Guesdes, les jumeaux Brewer, les jumeaux Ryker, les jumeaux Hall, les jumeaux Grooch, les jumeaux Goffney, les jumeaux Mangiatti, Milo et Elie Peters, les jumeaux Carlson, etc.

 

 

Dans la réalité, il y a beaucoup d’individus nés jumeaux qui se disent homosexuels à l’âge adulte. C’est le cas de Willa Cather, d’Emmanuel Moire, de Zarko (le jumeau de l’émission de télé-réalité Secret Story 5), Jason Collins (le joueur de basket de la NBA), le frère du cardinal Jean Daniélou, de Will Young (vainqueur de Pop Idol en 2002 en Angleterre), de David Reimer, etc. Même chez les célébrités, le lien de coïncidence entre homosexualité et gémellité est relativement vérifiable, et il arrive que le duo soit tous les deux homosexuels (sans être en couple, évidemment) : Nicolas et Stéphane Sirkis du groupe Indochine, Christophe et Stéphane Botti, Gabriel et Oscar Perón, Willa Cather et son frère William, Megan Rapinoe (footballeuse lesbienne) et sa soeur également lesbienne Rachael, etc. Sur YouTube, la chaîne PAINT dédiée à la visibilité à la communauté LGBTQIA+ francophone a été créée par un frère et une soeur faux jumeaux, Aline et Cédric Feito, tous les deux homos. À Cœur ouvert (2007) est l’autobiographie de l’écrivain choletais Stéphan Desbordes-Dufas : ce dernier raconte sa propre homosexualité et celle de son frère jumeau. Dans l’émission suisse Temps présent « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne, diffusée sur RTS le 24 juin 2010, l’un des témoins homos, Lucien, 19 ans, a un frère jumeau, Yvan. Dans l’émission Toute une histoire spéciale « Quand ils ont renoncé leur homosexualité, leurs proches les ont rejetés » diffusée sur France 2 le 8 juin 2016, Tony, 19 ans, se dit homosexuel et a un frère jumeau dit « hétéro », Enzo, qui au départ réagit bien au coming out de son frère pour finalement, par peur des comparaisons, l’insulter. Ils disent tous les deux ne former qu’une seule et même personne : « Mon jumeau, c’est ma moitié. C’est ma vie. » Lors du débat « Transgenres, la fin d’un tabou ? » diffusé sur la chaîne France 2 le 22 novembre 2017, Lucas Carreno, femme F to M, est née jumelle avec un frère. Les émissions de talk-show « Ça commence aujourd’hui » animées par Faustine Bollaert France 2 multiplient les témoignages de jumeaux homosexuels tous les deux (Jean-Thomas et Pierre Nicolas, ou encore Aline et Cédric, dans « Jumeaux et homos » en 2020 ; Anthony et Eddy dans « Père, fils, soeurs, frères jumeaux : ils sont homosexuels! » en 2022).

 

Megan et Rachel Rapinoe


 

Dans son étude Les Jumeaux, le couple et la personne (1960), René Zazzo, LE Spécialiste français des jumeaux, évoque le cas d’une femme jumelle lesbienne : « Claudette est une jumelle, homosexuelle active. Elle a toujours regretté d’être une fille. Elle prenait les jouets délaissés par son frère jumeau. […] Les tendances voyeuristes ont chez elle une grande importance. »

 

Certains jumeaux homos témoignent ouvertement de la conjonction du désir homosexuel et de leur identité de frère jumeau : « Pour l’anecdote, une fois, je suis sorti avec un jumeau sans le savoir. Par la suite, j’ai rencontré son frère. Et je dois bien avouer que c’est assez fascinant, la ressemblance. C’étaient des ‘vrais’ et ils me plaisaient donc physiquement tous les deux. Je me suis même surpris à avoir des idées lubriques… » (Férid, lui-même jumeau homo, dans le dossier « Jumeaux Homos : leurs secrets », sur la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 106) ; « J’aurais adoré qu’on se tape un couple de jumeaux. » (Laurent en parlant de lui et de son frère jumeau qui est également gay, idem, p. 107)

 

De mon côté, c’est le rapport intime et autobiographique que j’ai avec le lien homosexualité/gémellité qui m’a au départ lancé dans mes recherches sur le désir homosexuel, j’avoue. Je me disais que la gémellité était un dénominateur commun criant que j’observais tellement dans mes rencontres et dans les films sur l’homosexualité que je voyais qu’il y avait forcément des « mystères de coïncidence » à creuser à propos du désir homosexuel, un désir si mal connu finalement. Au fur et à mesure que je me faisais des amis homos, je découvrais qu’il y avait parmi eux des jumeaux à la pelle, de toutes les catégories : des monozygotes, des dizygotes, des gars, des filles, des jeunes, des plus âgés, des Français, des étrangers, des personnes qui souffrent du « syndrome du jumeau solitaire » (elles ont appris qu’elles ont perdu leur sœur ou leur frère à la naissance, lors de l’accouchement de leur mère : elles en éprouvent donc un manque sans tristesse, une culpabilité inconsciente), même des frères jumeaux qui couchent ensemble (tant qu’ils ne trouvent pas mieux ailleurs !), etc. « Un des événements les plus graves qui puisse arriver à une personne est la mort de son jumeau à la naissance. Le cas d’Elvis Presley est bien connu. Son frère jumeau mourut pendant l’accouchement, ce qui laissa une empreinte indélébile sur sa vie. La vedette aménagea sa villa en double pour son frère. Il mourut à l’âge de 42 ans, totalement obèse, d’une défaillance cardiaque due à la consommation de somnifères. Comme Elvis, tous les jumeaux survivants ont un destin extrêmement lourd lorsque leur jumeau meurt pendant l’accouchement. Le manque de l’autre est tellement insupportable que rien dans la vie ne peut lui faire plaisir. Une partie du jumeau survivant veut mourir le plus vite possible pour être à nouveau réunie avec l’autre. Ce désir de réunification est très fort parce que la personne se sent comme une demi-portion. Ce n’est pas seulement une métaphore, mais bien une réalité. À quoi cela sert-il de faire des efforts à l’école si on a envie de mourir ? » (Alfred R. et Bettina Austermann, Le Syndrome du jumeau perdu (2007), p. 111) ; « C’était en 1983-1984, au début de notre relation. On était allées faire un tour dans les forêts de Géorgie. Ça s’appelait ‘Fête de la Femme’. Il y avait plein de femmes aux seins nus et nageant nues dans le lac. Dans ce lieu de camp, en pleine forêt, deux femmes étaient… comment dire… en train de s’aimer. Et elles se sont retournées vers nous, et j’ai eu un choc… parce qu’elles étaient des jumelles identiques, de vraies jumelles. J’ai eu comme une réaction viscérale. Ça m’a énormément perturbée. Et j’ai dit à Margo : ‘Elles sont jumelles, celles qui sont en train de faire l’amour ?’ Elle m’a répondu : ‘Oui.’ Et j’ai rajouté : ‘Ça te semble juste ?’ Et elle m’a rétorqué : ‘Si tu commences à juger, alors les gens pourront commencer à nous juger nous.’ Ce fut un moment de réveil de ma conscience. C’était une situation tellement embarrassante que j’aurais eu l’opportunité de m’éloigner de Margo, mais à l’époque je ne l’ai pas fait. » (Rilene, une femme de 60 ans, racontant un souvenir qu’elle a vécu avec sa compagne Margo avec qui elle est restée 25 années, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check)

 

Parfois, je tape en plein dans le mille sans le faire exprès quand j’aborde le sujet du lien homosexualité/gémellité en public (par exemple, lors d’un café-philo sur l’homosexualité, que j’ai tenu en début 2011 à Lorient, certains jeunes auditeurs homos, que je ne connaissais pas du tout, et qui étaient venus par hasard, se sont tout de suite sentis concernés par mon propos étant donné qu’ils étaient jumeaux !). Il m’est même arrivé de reconnaître une jeune fille lesbienne qui fréquentait le même local associatif que moi à Angers, parce qu’elle était passée avec sa sœur à une émission de télé de Mireille Dumas (Bas les masques) sur les jumeaux… et comme pendant toute mon adolescence, mon frère et moi épluchions toutes les émissions qui traitaient du sujet, son visage ne m’avait pas échappé !

 

Je le dis sans ambages : je tiens notre rapport à la gémellité à mon frère jumeau et à moi pour responsable majeur de mon homosexualité.

 

Création scénique "Le Roi Roger est nu" de Karol Szymanowski

Création scénique « Le Roi Roger est nu » de Karol Szymanowski

 

Du côté simplement des statistiques et des études scientifiques (à prendre avec la distance et les précautions nécessaires pour ne pas causaliser l’homosexualité ni faire de généralités abusives), il est fait état d’un taux élevé de probabilité entre gémellité et homosexualité. « En 1953, Kallman constate que dans tous les cas de jumeaux monozygotes, lorsque l’un est homosexuel, l’autre l’est également. Concordance qui ne se retrouve pas chez les faux jumeaux. » (F. J. Kallman, Heredity In Health and Mental Disorder, N. Y. Norten, 1953, cité dans l’essai X Y de l’identité masculine (1992) d’Élisabeth Badinter, p. 166)

 

Il ressort de l’étude plus connue de Bayley et Pillard que, chez les vrais jumeaux (les monozygotes), lorsque l’un des deux frères est homosexuel, l’autre l’est aussi dans 55% des cas… ce qui constitue une probabilité énorme ! (cf. les études de l’Université de Boston du Docteur Richard et des psychologues Bailey et Pillard, A Genetic Study Of Male Sexual Orientation, Archives Of General Psychiatry, Chicago, 1991). Dans « Homosexual Orientation in Twins : A Report on Sixty-One Pairs and Three Triplets Sets » (Archives Of Sexual Behaviours 22, 1993, pp. 187-206), F. L. Whitam, M. Diamond et J. Martin donnent un taux de concordance de 65% pour 34 paires de jumeaux monozygotes et de 30% pour 23 paires de jumeaux dizygotes. Je vous renvoie également aux chiffres de concordance similaires donnés par N. Buhrich, J. M. Bailey et N. G. Martin (« Sexual Orientation, Sexual Identity And Sex-Dimorphic Behaviors in Male Twins », Behavior Genetics 21, janvier 1991, pp. 75-96).

 

Une équipe de chercheurs, dirigée par le Docteur Kenneth Kendler du Medical College of Virginia, a publié en 2000 les résultats d’une recherche très intéressante sur les jumeaux. Sur les 50 000 familles dont les données étaient rendues disponibles par la Foundation Midlife Development, l’équipe de Kendler a examiné les comportements sexuels de 794 paires de jumeaux et 2 907 couples de frères et sœurs. Sur cet échantillon, 2,8% des personnes interrogées étaient homosexuelles ou bisexuelles. Parmi les 324 couples de vrais jumeaux (même patrimoine génétique), 6 reconnaissaient être tous les deux homosexuels ou bisexuels et 19 que l’un des deux était homosexuel alors que son binôme ne l’était pas. À partir de ces données, les conclusions des chercheurs dans l’American Journal Of Psychiatry furent les suivantes : un vrai jumeau sur trois serait homosexuel quand son frère l’est, soit 31,6% des jumeaux homozygotes, alors que dans le cas des faux jumeaux du même sexe le chiffre serait de 13,3% ; et de 8,3% si l’on considère tous les faux jumeaux. Et de conclure que : « les facteurs génétiques peuvent avoir une grande influence sur l’orientation sexuelle ». Enfin, Kenneth Kendler reconnaît que le rôle des gènes joue « en interaction avec des facteurs environnementaux ». Il se garde bien de faire une lecture de la gémellité trop scientifiquement déterministe.

 

La gémellité fait partie d’une des coïncidences troublantes de l’homosexualité. Le cas des jumeaux homosexuels vient déranger ceux qui pensent que le désir homosexuel est soit totalement acquis, soit totalement inné. Il prouve que l’homosexualité se manifeste plus particulièrement dans certains cadres de vie, des situations particulières qui restent à définir, et qui à elles seules ne seront jamais des « critères éternels d’homosexualité ». Le désir homosexuel est suscité par des facteurs externes réellement mais non systématiquement déterminants. S’il peut s’expliquer en partie par la gémellité par exemple, cela veut dire qu’il est relativement provoqué et construit, qu’il n’est pas qu’inné, qu’il n’est pas non plus uniquement acquis, mais qu’il peut être réveillé par des rencontres, des événements, et un contexte extérieur imparfaitement précis. Et cela inquiète bien évidemment la communauté homo, car dans ce cas-là, l’homosexualité pourrait être considérée comme un choix, ou bien comme un phénomène « opérable », qu’on pourrait ré-éduquer ou désapprendre.

 

Personnellement, je laisserais les statistiques au second plan, car elles encouragent à ranger du côté de la causalité ce qui n’est qu’à reléguer dans le monde des images et des fantasmes, pour me pencher sur ce que nous pouvons observer aujourd’hui dans la fantasmagorie homosexuelle et parfois dans la réalité concrète. Il est clair que le couple gémellaire est un topos de l’iconographie homosexuelle. Cela s’explique en partie par le fait qu’au niveau des désirs, jumeaux comme personnes homosexuelles ont tout, physiquement et pulsionnellement, pour se prendre pour des exceptions d’Hommes, des photocopies humaines, ou des dieux auto-créés (« J’ai été capable de faire mon frère à mon image sans l’aide de l’extérieur… »), alors que, comme l’écrivait René Zazzo, les jumeaux sont juste les cas limites d’une situation générale : « Nous sommes tous des jumeaux. » (Les Jumeaux, le couple et la personne, 1986). Et je serais tenté de rajouter que, du point de vue des désirs humains superficiels, nous sommes aussi tous partiellement hétérosexuels/bisexuels/homosexuels : les personnes jumelles ne sont pas, comme on le croit souvent, des créatures humaines à part, ni les personnes homosexuelles une espèce exceptionnelle.

 

Homosexualité et gémellité forment un tandem intéressant car toutes deux soulèvent les mêmes enjeux : le fantasme social du jumeau va de pair avec celui du sexe unique, et du couple fusionnel. Dans le cas des frères jumeaux comme des personnes homosexuelles, le besoin de s’affirmer comme original – donc vivant, aimable et aimant – se trouve supplanté par un désir de relation fusionnelle avec son semblable sexué présentée comme « idyllique », sous-tendant la croyance secrète d’être irréductiblement seul ou bien clone – et donc mort, incomplet, inexistant, mal-aimé, ou peu aimant.

 

Je crois que le désir homosexuel émerge de la peur, chez une personne, d’être une photocopie, de ne pas être unique. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

 

Pochette du single "Adam et Yves" de Zazie

Pochette du single « Adam et Yves » de Zazie


 

Bien plus qu’une vérité génétique ou anthropologique figée sur l’homosexualité, bien plus qu’une réalité générale et majoritaire à étendre à toutes les personnes homos, la gémellité correspond en revanche à un désir (déçu) très répandu dans la communauté homo, ET individuellement, ET au sein du couple homo. C’est le désir homosexuel, et uniquement lui, qui doit retenir notre attention. La gémellité homosexuelle est plus un fantasme qu’une réalité concrète. « Dès son enfance, m’a raconté Maurice Pinguet, il avait compris qu’il était homo, mais il croyait que c’était là un rare malheur et qu’il n’aurait jamais la chance de rencontrer son semblable. » (Paul Veyne, Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), p. 64-65) Parfois, la gémellité entre amants homosexuels est purement symbolique et désirante : « Je suis son frère jumeau et me prépare à me rendre au parloir, habillé exactement comme il s’habille. » (Christian en parlant de son amant Kamel de 20 ans son cadet, dans l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli, p. 119) ; « Je ne sais pas si le désir d’avoir un jumeau est très répandu ou si on trouve une telle attente dans certaines familles. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 33) ; « Parmi les fantasmes des gays, les jumeaux arrivent dans le peloton. » (cf. le dossier « Jumeaux Homos : leurs secrets », dans la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 102) ; « C’est le fantasme de pas mal d’homos de se taper des jumeaux, on adore chauffer les mecs avec ça. » (Joaquim, idem, p. 104) ; « Je ne vois pas chez un garçon de plus belle qualité ni de plus grave défaut que d’être né sous le signe des Gémeaux. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 206) ; « Il avait dix-sept ans à présent, presque dix-huit, comme moi. Nous avions tous deux connu cinq ans de souffrance dans ce lycée militaire où nos familles respectives nous avaient envoyés, avec l’espoir que cette éducation virile anéantirait notre imaginaire. Dans un esprit de pédagogie et de feinte gentillesse, ils avaient formé le plan de nous éliminer. Nous avions construit, Ernestito et moi, un jeu de miroirs qui allait devenir notre planche de salut : chacun de nous était tantôt le personnage, tantôt le reflet, et nous ne nous quittions pas. Ce rituel allait nous permettre de survivre aux innombrables épreuves d’humiliation auxquelles cette ‘formation’ se prête volontiers. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 189-190) ; etc.

 

D’ailleurs, de l’extérieur, beaucoup de couples homos racontent qu’ils ont été pris pour des jumeaux ou des frères (cette confusion est extrêmement fréquente) : « Des personnes peu perspicaces ont souvent cru que nous étions jumelles. » (Paula Dumont en parlant de son couple avec Martine, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 70)

 

Parfois, il a suffi qu’un individu ait l’impression d’avoir remplacé un frère ou une sœur aîné mort(e) prématurément dans sa famille pour se sentir jumeau : « J’ai le sentiment que ma mère s’en veut toujours du décès de mon frère, comme si elle n’avait pas bien pris soin de moi, alors qu’elle n’avait que 15 ans ! J’ai aussi le sentiment qu’elle a fait une sorte de transfert sur moi. J’ai remplacé l’enfant mort. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 15) Tout récemment, un ami homo m’a expliqué pourquoi il se sentait homosexuel : « J’ai déjà réalisé depuis quelques années que je suis un enfant né pour remplacer un frère mort à quelques mois d’existence (et dont je porte le prénom en second) et je réalise aujourd’hui que ma mère attendait de moi que je sois vivant-mais-mort, ‘sage comme une image’, une forme d’Être au-dessus du temps désincarné. » (cf. mail reçu le 2 août 2011)

 

Le chanteur homosexuel Emmanuel Moire

Le chanteur homosexuel Emmanuel Moire


 

Concernant le lien de coïncidence entre gémellité et homosexualité, il est fascinant de voir que la douleur de la perte du jumeau a pu être amortie/camouflée par l’annonce prématurée et officielle d’une homosexualité… comme si la mort du jumeau coïncidait avec le désir homosexuel et ses soubresauts. Je pense au cas précis du chanteur français Emmanuel Moire, qui a presque simultanément appris la mort accidentelle de son frère jumeau (Nicolas Moire, le 12 janvier 2009 est plongé dans un profond coma après avoir été renversé par une voiture, et décède le 28 du même mois) et annoncé dans le magazine Têtu de novembre 2009 qu’il était homo (il a apparemment assumé complètement d’avoir fait son coming out quelques mois après la mort de son frère). Cela laisse supposer plein de choses sur la nature du désir homosexuel, notamment du lien entre homosexualité-gémellité-mort.

 

En ce sens, l’image fictionnelle des jumeaux homos farceurs ou criminels n’est pas toujours un mythe. Par exemple, les meurtriers de l’acteur gay mexicain Ramón Novarro étaient des frères jumeaux homos (Ils s’appelaient Bert et Daniel). Il existe même des cas de jumeaux qui couchent carrément ensemble : cf. cet article « Ils sont en couple et découvrent qu’ils sont des jumeaux qui furent séparés à la naissance. »

 

Si l’on sort de la sphère strictement privée de l’individu et du couple, on découvre que la recherche gémellaire homosexuelle s’étend à la communauté homosexuelle toute entière. J’aborde plus largement le thème des clones dans le code « Clonage » du Dictionnaire des Codes homosexuels, mais je peux quand même vous en toucher deux mots en citant simplement l’autobiographie de Mauvais genre (2009) de Paula Dumont, qui à elle seule suffira à illustrer l’uniformisme et le conformisme spéculaire visés par beaucoup de personnes homosexuelles actuelles : « J’ai vécu assez longtemps pour savoir que j’appartiens à une certaine catégorie de femmes qui ne sont originales qu’en apparence. Quand je me rends dans une assemblée de deux cents goudous, je repère mes semblables au premier coup d’œil. Sans nous être concertées, nous arborons toutes la même panoplie, ce qui est la preuve que nous avons subi un conditionnement identique. » (p. 8) ; « Il m’est facile aujourd’hui de répondre à cette question car j’ai, au cours de mon existence, rencontré de nombreuses butchs qui n’ont jamais ouvert que L’Auto Journal ou L’Équipe et qui me ressemblent comme des sœurs jumelles. » (idem, p. 87) La communauté gay et la communauté lesbienne cherchent à se conforter et à se rassurer dans une ressemblance singée… même si parfois survient le doute sur le sens de cette pseudo gémellité : « Dans quelle mesure suis-je Paula, la sœur jumelle de Marc, lui-même et tout comme moi homosexuel exclusif ? » (idem, p. 16)

 

Vidéo-clip de la chanson "Âme-stram-gram" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Âme-stram-gram » de Mylène Farmer


 

La gémellité est aussi – et je terminerai par là – le signe social tangible du viol (« viol » entendu dans son sens légal mais aussi dans le sens d’« éloignement du Réel ») et de la manipulation génétique des apprentis sorciers que nous devenons quand nous jouons avec la vie à travers les « progrès » scientifiques. « Aujourd’hui, sa compagne va accoucher de deux jumelles. » (Jeanne Broyon à propos de Francine, une femme lesbienne qui a eu des enfants par fécondation in vitro, dans le documentaire « Des Filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger) ; « C’est tellement beau que ça en devient irréel. » (Francine en parlant de « ses » jumelles qu’elle aurait eues avec sa compagne Karen, le jour de la naissance à la maternité, idem) ; « Mon fils, je l’aime comme si je l’avais fait. » (Jeanne en parlant du fils de sa compagne, idem) ; etc.

 

Notre société, qui ne sait plus trop qui elle est, qui s’éloigne de ses repères anthropologiques fondateurs, qui s’homosexualise de plus en plus à force de promouvoir l’indifférenciation des sexes, engendre symboliquement, et parfois concrètement, des jumeaux. On les voit, ces deux clones manichéens, s’étaler dans les pubs, les films, et les magazines ; et la procréation médicalement assistée favorise l’existence concrète des jumeaux. Par rapport à la GPA (Gestation Pour Autrui) et à la PMA, « de nombreux couples, notamment les gays, qui rêvent d’un bébé chacun, expriment le désir d’avoir des jumeaux, témoigne le Dr Michael Feinman. La mère porteuse, elle, reçoit entre 25.000 et 35.000 dollars (ses tarifs augmentent à chaque grossesse). Plus 8.000 si elle est enceinte de jumeaux. » (cf. l’article du Figaro) Y compris dans les « projets » parentaux des « couples » homos, on voit bien que la gémellité confine à la schizophrénie fusionnelle : « L’idée, c’est qu’on soit tous les deux le père biologique. Ce serait des jumeaux avec la même mère biologique et le sperme de nous deux. » (Christophe à propos de Bruno, son compagnon, avec qui il programme une GPA avec mère porteuse, dans le documentaire « Deux hommes et un couffin » de l’émission 13h15 le dimanche diffusé sur la chaîne France 2 le dimanche 26 juillet 2015)

 

Lorsque nous voyons double, en général, c’est mauvais signe : soit nous avons pris une substance illicite, soit nous sommes malmenés symboliquement, psychiquement, inconsciemment, par un désir écartelant, qui nous éloigne du Réel. Le désir homosexuel fait partie justement des désirs humains les plus écartelants qui soient. « Le double, moi, ça m’effraie. Ces deux sœurs ont la similarité des jumelles. On aurait dit qu’elles auraient voulu être siamoises. » (Celia s’adressant à Bertrand à propos d’une toile figurant deux sœurs identiques, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud)

 
 

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Mariage homo, l’ouverture à l’inceste ?

Si la parenté et la filiation sont réduites à une question de volonté, de sincérité, de capacités éducatives individuelles, en effet, n’importe qui peut se déclarer le père ou la mère d’une personne qu’il prétend aimer : cela ouvre la porte à l’incestuel et à l’inceste. Si le mariage est réduit à une question de consentement mutuel et de sentiments, n’importe qui peut se déclarer amant, mari, femme, époux, épouse d’autrui : cela ouvre la porte au multipartenariat, au « poly-amour » et à une forme nouvelle de polygamie. Ce sont des risques concrètement soulevés par la loi sur le mariage et l’adoption. Qu’on le veuille ou non. Même si les liens entre polygamie, inceste et homosexualité ne sont pas causaux, et qu’ils ne deviennent réels que pour le cas où l’homosexualité est pratiquée. Pas pour l’homosexualité en elle-même, à l’état de désir ressenti mais non-actualisé sous forme de couple.