1 – Au Royaume des Aveugles, les Borgnes (homosexuels) sont Rois !

 

AU 1er REGARD baiser

Gabriel, Léo… et les petits oiseaux


 

Pour ceux qui iront voir ce film, je vous suggère ce petit exercice tout bête : vous écouterez, vers la fin du long métrage, la bande-son qui a été choisie pour illustrer le long et langoureux baiser entre les deux héros Gabriel et Leonardo. Il n’y a aucun violon, mais juste des petits gazouillis d’oiseaux tout mignons. Je vous jure que c’est vrai et que la démarche a été sincère ! Les petits zoziaux pendant le baiser final. Voilà. C’est ça que le monde gay friendly va, pendant quelques semaines voire quelques années, applaudir et trouver « magnifique », « profond », « nouveau », « pur ». Cuculand va encore remporter une nouvelle victoire. Et les rares voyants vont se trouver encore plus seuls à voir ! (Soupir)

 

 

À peine sorti en salles en France (48 heures, pour être précis) et dans une vingtaine de pays, la critique s’enflamme déjà pour le tout nouveau film brésilien « Au premier regard » de Daniel Ribeiro, traduction de «  Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » = « Aujourd’hui, je ne veux pas rentrer seul » (Rien à voir avec la chanson « J’veux pas rentrer chez moi seule » du groupe Regrets des années 1980 … quoique… en y réfléchissant bien, si : ce film reproduit exactement en filigrane la revendication immature de la lolita pré-pubère, à la drague osée mais idéalisée, policée et pas du tout assumée… Daniel Ribeiro, à son insu, est l’exemple-type du militant homo nouvelle génération, qui se présente comme « homo mais pas gay » pour ne pas avoir à questionner sa propre pratique homosexuelle).

 

 

« Au premier regard » est un film qui est déjà primé au Teddy Awards. Et les appréciations dithyrambiques des premiers spectateurs fusent. De quoi parlent les critiques qui n’analysent pas ce film et qui ne comprennent pas pourquoi ils l’aiment tant ? Ben « de l’Amour », pardi ! Ils n’ont que ça en bouche : les intentions plutôt que les faits. Ils glosent sur la « pudeur », le « soleil », la « pureté », la « sobriété », l’« innocence », la « poésie », la « fraîcheur », la prétendue gratuité de la démarche de Ribeiro et l’absence de didactisme. Le discours sur l’Amour, c’est facile, c’est passe-partout et c’est difficilement critiquable. Plutôt que d’argumenter longuement, plutôt que de parler de ce qui a été vu à l’image et de son sens, mieux vaut s’attacher aux bonnes intentions qu’on veut lui prêter, mieux vaut s’extasier comme des midinettes bobos anti-milieu-gay face à un « Amour universel ». « Au Premier Regard’ est un film touchant et très important pour notre cinéma national. Principalement en faisant de l’Amour l’unique drapeau qui doit exister entre deux personnes. » (un journaliste brésilien en conclusion de son article).

 

AU 1ER REGARD soleil

 

Et comment peut-il en être autrement ? Ce film est d’une poésie et d’une naïveté objectivement agréables, efficaces, confondantes. À tel point que certains pourraient le juger scolarisable ! Pas d’image choquante. Une jolie romance qui finit bien, qui en apparence n’impose pas ses messages : elle nous est présentée comme une histoire d’amour singulière qui se trouve concerner deux garçons, « mais qui aurait tout aussi bien pu concerner un garçon et une fille : PEU IMPORTE ! La différence des sexes, on s’en fout : l’important, c’est l’Amûûûr. » Ce film est un étalage de bons sentiments, de jolies musiques (violons, guitares), de jolies cartes postales (avec la Nature, les belles lumières, les rires, la danse, la lune, les vacances, les oiseaux, les sensations d’un aveugle et celles d’un voyant qui apprend à rentrer dans la perception inconnue de son amant, etc.), de gentils messages universels appris et rebattus. Bref, une imitation réchauffée des morales attribuées au Petit Prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. » ; « Les véritables aveugles sont en réalité les voyants… et les voyants les mal-voyants. » ; « L’important, c’est d’aimer l’autre, dans sa fragilité, dans sa différence, tel qu’il est. » ; blabla blabla.

 


 

Derrière cette guimauve dégoulinante et imparable se trouve en réalité l’idéologie sentimentaliste et anti-naturaliste LGBT qui stipule que le corps sexué n’a que peu d’importance, que nous serions tous des anges asexués libres d’aimer qui nous voulons à partir du moment où nous obéirions à nos sentiments et à notre ressenti individuel. À travers ce type de films, on nous laisse croire (à tort) que la débauche de sensations – et de leurs mises en scène – va pallier à l’éjection de la différence des sexes, éjection qui reste pourtant objectivement violente puisque la différence des sexes est le socle de notre existence à tous et, si elle est librement accueillie, le roc qui nous permet d’aimer au mieux, pleinement et durablement, et de respecter les amitiés même entre personnes de même sexe.

 
 

2 – Au milieu de ce bal de sensations et de mièvreries, comment s’y retrouver ? Comment garder les pieds sur Terre et son sens critique ?

 

Déjà en comprenant une chose très importante (peut-être la plus importante) : qu’en dépit des apparences, « Au premier regard » n’est pas un film sur l’homosexualité, et encore moins sur la vie de couple homo (qu’on ne voit jamais, d’ailleurs). Il est juste un portrait des soubresauts de l’attrait homo-érotique qui peuvent exister dans toute amitié adolescente forte. « Au premier regard » a totalement aplati, déproblématisé l’homosexualité. Sur ce point, certains critiques – et le réalisateur lui-même – ne pourront pas me contredire, puisqu’ils ont planifié sciemment de ne pas traiter du sujet : « Daniel Ribeiro donne à voir un spectacle pas si commun, où l’homosexualité vomie actuellement par les intégristes et arriérés en tous genres n’est jamais un problème, jamais remise en question. À la façon du new new queer cinéma, elle est au centre de l’histoire sans jamais en être l’enjeu premier. Leonardo, aveugle et gay, veut être indépendant, et savoir si Gabriel éprouve des sentiments pour lui. L’histoire est toute simple mais Daniel Ribeiro la raconte avec une fraîcheur et une énergie positive totalement enthousiasmantes. » (Nicolas Bardot sur Film de culte)

 

Film "Beautiful Thing" d'Hettie McDonald

Film « Beautiful Thing » d’Hettie McDonald

Film "Au premier regard" de Daniel Ribeiro

Film « Au premier regard » de Daniel Ribeiro

 

Le lissage de la problématique de l’homosexualité ravit bien sûr ceux qui rêvent de films bulldozer ou de films rouleau-compresseur-à-fachos-et-à-clichés-homo-érotiques-négatifs : « Dans cet euphorisant premier long métrage, rien n’est dramatique. La bienveillance colorée dont fait preuve Ribeiro rappelle l’énergie positive de ‘Beautiful Thing’ qu’il a regardé quand il avait lui-même 16 ans avec son petit ami de l’époque. Le film parvient à trouver l’équilibre parfait pour être positif sans être ravi de la crèche, doux sans être mièvre. La finesse d’écriture lui permet de ne guère s’embarrasser d’antagoniste et de rendre ses personnages extrêmement attachants. » (Nicolas Bardot, idem)

 

AU 1ER REGARD fuck

 

D’autre part, nous arriverons à démêler le vrai du faux par rapport à ce type de films gay friendly « touchants » en acceptant d’être un peu touché émotionnellement par eux. Parce que c’est logique d’être ému. C’est humain. Et je l’avoue : mon corps, mes sens et une part de mon cœur ont vraiment aimé « Au premier regard ». Mais la plus grande part de mon cœur – celle qui est attachée à l’Amour autant qu’à la Vérité et à la Réalité – ne l’a pas aimé. Qui a dit que les films de propagande étaient tous mal faits, incapables de nous toucher, et désagréables ? Au contraire : l’alliance réussie de la séduction et de la qualité au service d’un message faux, c’est la définition même du film de propagande. Reconnaître que nous avons été touchés en plein cœur ne peut que nous permettre de mieux comprendre avec distance ce qui a fait que ce genre de films marche et parvient à rouler un aussi grand nombre de gens dans la farine au point d’être proclamé « Succès de l’Année au Box-Office », « Patrimoine Mondial Cinématographique de l’Humanité ».

 

Ne perdons pas de vue que le projet du réalisateur Daniel Ribeiro, c’est clairement de donner à ses fantasmes amoureux et identitaires homosexuels irréalistes (irréalistes puisqu’ils fuient la différence des sexes) forme humaine, réaliste, positive, anodine et invisible : « Créer un film résolument positif était l’un de mes objectifs. On a vu tellement de récits d’apprentissage ou de coming out où les choses se finissent mal, et ils ont un impact important parce qu’ils font le portrait d’une réalité à laquelle beaucoup de jeunes gays doivent faire face. Mais je pense qu’il y a également le besoin de créer un portrait optimiste avec un aboutissement heureux pour un ado gay tombant amoureux pour la première fois. Il y a une quinzaine d’années, quand j’avais 16 ans, ce que je voulais voir c’était des personnages gays décrits de façon positive parce que ce qui m’intéressait au cinéma c’était de voir des personnages dans lesquels je pouvais me reconnaitre. L’exception étant ‘Beautiful Thing’, qui parvenait à montrer qu’être gay, c’était possible. » (Daniel Ribeiro, entretien réalisé le 23 juin 2014) Le postulat de base du film est par conséquent fondamentalement mensonger. Même si ça ne se voit pas « au premier regard », justement (mais au deuxième, troisième…) ! Même si ce film est pétri de bonnes intentions. Gardons la réalité de l’imposture initiale en mémoire. Et ainsi, nous verrons très vite s’éclairer petit à petit les incohérences ou les messages subliminaux que contient ce film « innocent ». Car ils sont nombreux !

 
 

3 – Le handicap : l’alibi – idéal mais malhonnête – de l’homosexualité

 

Ce qui est très gênant dans « Au premier regard », parce que l’analogie entre les deux me parait totalement abusive, c’est que l’homosexualité est mise sur le même plan que le handicap. Implicitement, Ribeiro laisse entendre que l’amour homosexuel serait aussi fort et légitime que l’amour pour les personnes handicapées, ou bien que la réalité du handicap serait identique à celle de l’identité/amour homosexuel-le.

 

Ce film est le fruit d’une projection abusive sur une réalité – la cécité couplée d’homosexualité – qui est très exceptionnelle et qui me semble virtuelle (même si elle est bien-intentionnée). Encore à ce jour, je n’ai jamais rencontré de personnes homosexuelles qui soient aveugles de naissance, et je me suis toujours demandé comment un individu aveugle pouvait devenir/être homosexuel, puisque l’homosexualité est suscitée principalement par la vue (plus que par le toucher), par le cinéma, par la projection fantasmatique sur des photos de magazines, par la jalousie vis à vis de l’homme-objet ou de la femme-objet cinématographiques. Si jamais mon constat était erroné, je m’excuse à l’avance des personnes aveugles de naissance ET homosexuelles qui m’entendraient ; et je demande à rencontrer illico des personnes homosexuelles aveugles dont l’homosexualité n’aurait pas été stimulée par la connaissance de films érotiques ou pornos, ou par la mémoire sensitive d’un viol corporel. Car en effet, je crois qu’elles n’existent pas. Je ne doute pas que les personnes aveugles de naissance aient une idée (belle !) de ce qu’est la beauté (quoique cette perception a sûrement ses particularités bien spécifiques et minoritaires : d’ailleurs, pendant le film, le personnage de Léo demande à un moment donné à sa meilleure amie Giovanna s’il est physiquement beau… parce qu’il n’a aucune idée des critères de beauté du monde visuel des personnes valides). Je ne doute pas non plus que les personnes aveugles ont également une génitalité et qu’elles ressentent des sentiments d’amour vrais. Mais je ne crois pas que cette beauté, cet amour, cet univers fantasmatique et cette activité génitale qu’elles vivent obéissent aux mêmes critères que les personnes qui voient avec leurs yeux. Je ne crois pas que ces critères soient homosexualisables ou transposables à l’identique sur n’importe quelle relation humaine à deux. Projeter sur les personnes non-voyantes des fantasmes d’hommes voyants (et qui plus est, des fantasmes inhumains, car rejeter la différence des sexes qui nous a fait tous naître, relève de l’inhumanité angéliste), c’est malhonnête, c’est mal les connaître ELLES, c’est utiliser leur cécité à des fins romantico-individualistes, c’est exploiter la fragilité des autres. Personnellement, je trouve cela choquant.

 

Je comprends bien que l’innocence de la cécité (une réalité subie : d’ailleurs, de surcroît dans le film, Léo est aveugle de naissance) confère du naturel, de la simplicité, de l’empathie, de l’émotion et de la tendresse à l’homosexualité. Or l’homosexualité, on ne sait pas si elle est subie ou non. On ne sait pas si c’est un fait de nature ou de culture. Comme le handicap, elle est bien le signe d’une anomalie (une personne ne fuit pas la différence des sexes sans raisons ; et une personne ne devient pas handicapée s’il n’y a pas eu à l’origine une erreur dans son processus de développement : je me permets de reprendre les mots justes de Jean-Baptiste Hibon, père de famille et homme handicapé IMC – Infirme Moteur Cérébral – qui insiste pour que le handicap soit bien défini comme une « erreur »). Mais l’homosexualité touche à l’identité sexuée, à la génitalité et à la sexualité bien plus profondément que le handicap physique, qui lui ne remet pas en cause la différence des sexes ni la sexualité. Donc moralement et concrètement, c’est difficile de mettre sur le même plan le handicap physique et l’homosexualité. Le handicap possède une innocence (parce que la plupart du temps il s’impose à la personne qui le porte) que l’homosexualité n’a pas (certaines homosexualités sont des choix, voire des mauvaises actions). L’homosexualité est tout sauf innocente : le rejet de la différence des sexes qu’elle illustre est signe de souffrances et, si celles-ci ne sont pas identifiées, moteur de violences.

 

Il y a derrière cette analogie compassionnelle entre homosexualité et handicap une volonté de mettre la pratique homosexuelle à l’abri de la responsabilité, de l’analyse, de la liberté, du jugement, et d’entourer l’homosexualité du doux manteau de la solidarité. Car qui, humainement, peut être contre l’existence d’un handicap ou contre les personnes handicapées ? À travers cette réalité du handicap et de la relation d’amitié avec la personne handicapée, Daniel Ribeiro a la malhonnêteté de nourrir deux amalgames fâcheux : d’une part l’amalgame entre l’amitié et l’amour (qui sont pourtant des réalités relationnelles bien distinctes) et d’autre part l’amalgame entre la personne et le désir/l’amour/la pratique homosexuels qu’elle peut vivre (or une personne humaine ne se définit par le désir sexuel qu’elle ressent, ni par l’acte sexuel qu’elle pose, ni par le « couple » homosexuel qu’elle composerait).

 

Il n’est pas juste qu’un film comme « Au premier regard » instrumentalise la pureté de l’adolescence, l’empathie face à la fragilité qu’est le handicap, pour justifier d’un amour ambigu (= le « couple » homo) qui, contrairement au handicap, n’est pas un fait physique : il n’existe pas de corps homosexuel (alors qu’il existe un corps handicapé, diagnosticable comme tel). L’homosexualité est prioritairement un fait désirant, bien avant de se manifester par une réalité corporelle.

 

AU 1ER REGARD handicapé morgan_gay_film

Film « Morgan » de Mickael Akers


 

Comme les films de blacksplotation (qui n’hésitent pas à marier le Gay Power au Black Power, l’anti-homophobie à l’anti-racisme, pour servir leurs propres intérêts), on peut constater actuellement que certains réalisateurs pro-gays surfent sur la vague victimiaire du handicap pour donner corps à leurs propres fantasmes amoureux : cf. le film « Morgan » (2012) de Mickael Akers, le film « Chip et Ovi » (2008) de Panagiotis Evangelidis, le film « Ex Drummer » (2007) de Koen Mortier, le roman L’Amour en relief (1982) de Guy Hocquenghem (racontant le charme « typique » et attachant d’un jeune Tunisien aveugle qui ne devine rien de la grâce qu’il dégage), le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay (avec Rob, l’amant homosexuel aveugle), etc.

 

La juxtaposition cinématographique d’un mal et de l’homosexualité est une recette qui marche de plus en plus car elle repose sur un chantage aux sentiments et des réalités humaines douloureuses qu’il est extrêmement difficile de cautionner. Tout comme le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure exploitait la difficulté du coming out pour justifier le « couple » homo, tout comme le film « Les Joies de la famille » (2008) d’Ella Lemhagen exploitait le malheur de l’orphelin pour justifier la « beauté » de l’adoption « homoparentale », tout comme le film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie MacDonald exploitait le malheur de la précarité et du chômage pour dépeindre une idylle amoureuse homosexuelle, tout comme le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears exploitait le malheur de la xénophobie pour justifier la force de l’« amour » homo, tout comme le film « Loin du Paradis » (2002) de Todd Haynes exploitait le malheur du racisme pour justifier la « véracité » de l’« identité homosexuelle », tout comme le films « Love ! Valour ! Compassion ! » (1997) de Joe Mantello exploitait sincèrement le malheur du Sida pour justifier les « couples » homos, tout comme le film « Tom Boy » (2011) de Céline Sciamma exploitait le « malheur » de l’adolescence et de sa soi-disant « cruauté » pour justifier la schizophrénie transidentitaire d’une adolescente, tout comme le film « Comme les autres » (2008) de Vincent Garenq exploitait le malheur de la stérilité pour justifier la Gestation Pour Autrui (= les mères porteuses), tout comme le téléfilm « Un Amour à taire » (2005) de Christian Faure exploitait le malheur de la guerre pour justifier la force de l’histoire d’« amour » homo, tout comme le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald exploitait le malheur de la vieillesse et de la mort pour prouver la beauté du « couple » homo, tout comme le film « Harvey Milk » (2008) de Gus Van Sant exploitait le malheur de l’homicide et de la folie meurtrière pour justifier le courage du militantisme LGBT, tout comme le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenn Ficarra exploitait le malheur de la prison pour démontrer la puissance de l’amour entre deux hommes, tout comme le film « Week-end » (2011) d’Andrew Haigh exploitait le désespoir amoureux pour justifier la « beauté » des « plans cul », tout comme le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2005) d’Ang Lee exploitait le malheur de l’homophobie intériorisée pour rappeler l’urgence du coming out, le film « Au premier regard » utilise également le handicap pour nous faire signer aveuglément le certificat d’« amour » décerné à la relation d’amitié entre deux adolescents. Désolé, mais chez moi, ça ne prend pas.

 

Clou du spectacle et du chantage aux sentiments : Daniel Ribeiro a mis en place dans son film une méthode très classique pour redorer le blason de l’homosexualité à peu de frais : la composition de la caricature des « hétéros ». C’est une astuce très répandue actuellement : pour neutraliser les critiques sur l’« amour » homosexuel, beaucoup de réalisateurs homosexuels ou gay friendly extériorisent systématiquement les problèmes des « couples » homos sur cette espèce cinématographique odieuse que composent « les hétérosexuels » (et nous avons de sacrés spécimens de « beaufs hétéros » dans « Au premier regard » : la mère de Léo, Karina, Giovanna, et bien évidemment Fábio et ses copains). Grâce à ces monstrueux « hétéros homophobes », les cinéastes pro-gays font passer les limites et les fragilités des « couples » homos réels pour un processus purement circonstanciel et extérieur : si les unions homosexuelles n’arrivent pas à perdurer et à satisfaire, ce serait uniquement parce que la société ne les encouragerait pas, et qu’elles seraient empêchées par la cruauté gratuite des Hommes (… et surtout des hommes : les mâââles).

 

AU 1ER REGARD méchants mecs

 

Quand nous voyons des films traitant de l’homosexualité et choisissant pour toile de fond des événements terribles venant détruire une romance homosexuelle présentée comme idyllique, nous avons tous envie de dire à la fin de la projection que la spectaculaire catastrophe ou l’agression extérieure rendent les unions homosexuelles, sinon idéales, du moins justifiables, même si dans les faits, ces films sont bien éloignés de la réalité quotidienne des « couples » homosexuels de chair et d’os. Qui peut essayer de comprendre avec un certain détachement les mécanismes de l’homophobie, après avoir vu un tel carnage d’« amour » construit sur pellicule ? Qui peut paraître humain de remettre en cause une image d’Épinal de l’« amour » homosexuel contrebalancée par une violence visuelle assurément percutante, mais ô combien exagérée ? Difficile, par exemple, de ne pas avoir le cœur brisé en voyant sur les écrans le désarroi du mari de Cathy Whitaker dans le film « Loin du Paradis » (2002) de Todd Haynes, homme qui n’arrive résolument pas à réprimer ses penchants homosexuels malgré toute la bonne volonté du monde, ou de ressortir du visionnage du « Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee en affirmant la bouche en cœur que l’« amour » homosexuel n’est pas réel et merveilleux, même si nous l’avons vu entravé. Qui peut humainement se réjouir de voir dans le film « Au premier regard » de Daniel Ribeiro l’humiliation que des camarades de classe font subir à un aveugle innocent et avide d’amour (cf. l’épisode du « jeu de la bouteille » proposé par le méchant Fábio lors de la fête chez Karina : au moment où Léo s’apprête à croire qu’il embrasse une fille, on lui présente un chien) ? Personne ! Vraiment personne !

 

Mais, je vous le demande, est-ce que l’Amour ne se manifeste que dans les cas extrêmes où la liberté humaine se rapproche de la nullité ? À travers de tels films, les réalisateurs homosexuels sont plutôt en train d’enfermer l’Amour dans un cadre déterministe et fataliste. Ils valident par un regard orienté vers des situations particulièrement dramatiques une vision de l’existence humaine et de l’Amour très négative. Ils énoncent que l’Homme n’est que rarement libre et heureux, et que c’est cela sa vérité d’amour. Comment peuvent-ils espérer ensuite que leur défense du désir homosexuel apparaisse aux yeux de la société comme aimante ?

 

Il semble paradoxal de prouver l’Amour par son contraire. Face à ce nouveau type de « films choc » (qui, soit dit en passant, dans leur formule, ne s’opposent pas aux comédies sentimentales et enjouées de l’homosexualité), nous sommes pris entre l’extrême compassion et la méfiance de l’émotionnel, si bien travaillé par le cinéma. Au fond, la révolte et l’empathie ne sont que des effets recherchés par ceux qui créent le mythe du couple télégénique homosexuel heureux pour masquer la réalité d’une union beaucoup moins rose dans les faits. Ils universalisent, en quelque sorte, un méfait opéré sur un personnage télévisuel homosexuel vivant un scénario-catastrophe, pour ensuite justifier leurs utopies personnelles et des revendications concernant la communauté gay très discutables dans la réalité concrète. L’injustice filmée ne laisse pas de marbre, c’est sûr. Mais il y a une sorte de malhonnêteté intellectuelle à traiter de l’homosexualité avec d’autres thèmes qui lui sont liés mais non de manière causale (par exemple la folie meurtrière des camps de concentration, le déferlement incontrôlé de l’homophobie dans certains milieux sociaux culturellement pauvres, une agressivité familiale exacerbée, l’émergence inopinée du Sida, le handicap visuel, etc.).

 

Ne nous laissons donc pas déborder par nos émotions : écoutons la Réalité, qui est bien meilleure conseillère. En effet, comme humainement et éthiquement nous ne pouvons pas cautionner la haine et le mépris, nous sommes encouragés à signer sans réfléchir à des versions idylliques et victimisantes de l’« amour » homosexuel. Réveillons-nous. Le couple homosexuel n’est pas le couple homosexuel cinématographique.

 
 

4 – Les incohérences du scénario pas si anodines :

 

Est-il besoin de le rappeler ? Je crois que oui, malheureusement : le « couple » Léo/Gabriel du film « Au premier regard », tout vraisemblable et touchant qu’il est effectivement à l’écran, est un couple scénarisé, fictionnel, construit de toutes pièces, irréel.

 

À y regarder de plus près, il est facile de relever dans l’œuvre de Daniel Ribeiro les nombreuses incohérences et irréalités qui prouvent que ce long-métrage est un film idéologique, malhonnête. Un film de propagande.

 

AU 1ER REGARD Cruauté

 

Par exemple, la cruauté des camarades de Léo est totalement irréaliste et ahurissante. Non seulement parce qu’elle est improbable (je n’ai jamais vu, dans mon vécu d’élève ni de toute ma carrière de prof, d’élève aveugle se faire lyncher par ses camarades de classe. Y compris en ZEP ! Dans le monde réel, les élèves lycéens handicapés ou aveugles sont au pire isolés et ignorés de leurs copains, au mieux chouchoutés. Même dans des contextes scolaires hostiles) mais qu’en plus elle est motivée par une idéologie derrière : idéologie qui diabolise les adolescents et les hommes, idéologie qui célèbre les femmes et l’asexualisation des rapports humains. En effet, l’ignominie des lycéens dans « Au premier regard » est censée rehausser l’injustice homophobe et la réparation de celle-ci par l’acte homosexuel merveilleux et vainqueur final. Daniel Ribeiro met en place, mine de rien, une dramaturgie manichéenne, où les méchants sont très méchants, et les gentils très gentils. Mais ce n’est pas ça, le Réel ! Ce n’est pas ça, la jeunesse ! Et ça n’a pas à le devenir.

 

Les gentils bobos (avec leurs jolies guirlandes électriques)

Les gentils bobos (… avec leurs jolies guirlandes électriques!)

AU 1ER REGARD les crès méchants

Les crès crès méchants hétéros homophobes


 

Autres types d’incohérences, cette fois d’un point de vue thématique : il y a des faits attribués à l’homosexualité ou au monde du handicap qui me paraissent totalement erronés. Un mec homo qui a une super relation avec son père, et qui prend plaisir à se faire raser – alors qu’il n’a même pas un poil de barbe – par lui ? Jamais vu dans le réel. Une famille qui s’oppose à ce que son fils aveugle parte en programme d’études à l’étranger ? Jamais vu dans le réel (Au contraire, ces familles classe moyenne poussent à fond, en général). Le gars aveugle du lycée qui est entourée de la fille à pédé canon et du plus beau gars du lycée, ce n’est pas réaliste, malheureusement. Le mec aveugle canon – joué par un acteur qui n’est pas aveugle –, non plus… même s’il joue très bien l’aveugle, et que toutes les personnes aveugles ne sont pas des laiderons.

 

De même, concernant spécifiquement l’homosexualité, comme je le soulignais en début d’article, dans ce film, l’acte homo est totalement banalisé, déproblématisé, vidé de désir, de possessivité, d’impatience et d’envie, super bien vécu. Léo ne doute jamais de son homosexualité. Il ne semble même pas la découvrir. Tout semble couler de source pour lui, se faire sans vague (à part avec le semblant de rêve éveillé qu’il expérimente pendant la nuit, et qui le trouble à peine). Ribeiro donnerait presque à croire que la personne aveugle est un pantin. Léo se fait embrasser sur la bouche ? Ça ne lui fait ni chaud ni froid ; il se contente d’être étonné (je n’ai jamais vu ce genre de réactions dans le réel). Tout de suite après la soirée du baiser, son copain ne lui adresse plus la parole et se tient à distance ? Ça ne lui fait toujours rien ! Et après avoir reçu son baiser, ou après avoir entendu Gabriel le désavouer, n’importe qui de normalement constitué aurait été ravagé de chagrin. Léo, lui, non. Il prend tout bien. Il dit calmement à Giovanna qu’il est amoureux d’un garçon et qu’il s’agit de Gabriel (sans craindre les foudres de LA jalouse de l’histoire). Il ne se révolte jamais. Dans le bus, il voit arriver Gabriel et Karina, soupçonnés d’avoir flirté ensemble. Mais quand il sent Gabriel l’effleurer pour aller dans le fond du bus avec « les cools », il n’affiche aucune tristesse (encore une fois, réaction super réaliste… La cécité a bon dos !). Magiquement, en présence de Gabriel, Léo fait tomber toutes ses barrières (danser, prendre sa douche, être à poil face à un autre, boire, aller en soirée, jouer à des jeux débiles, etc.) : c’est peut-être beau, mais c’est de la science-fiction.

 

AU 1ER REGARD Douche

 

Idem du côté de Gabriel. Le personnage ne présente aucun tiraillement intérieurs par rapport à l’homosexualité. Même quand il est troublé physiquement par Léo sous la douche, il n’a pas peur de ce qu’il ressent : il a juste peur que ça se voie. Ça ne l’inquiète absolument d’être suspecté par les autres d’« homosexuel » (je ne connais pas beaucoup d’adolescents réels qui, à 15 ans, auraient cette force d’âme) ni de rester avec Léo sur un transat tout un après-midi après que tous les autres soient sortis de la piscine et aient pris leur douche. Ribeiro semble avoir totalement projeté sur son personnage sa sérénité d’adulte concernant l’homosexualité (or, je doute qu’à 15 ans, il ait lui-même été aussi relax !). Autre incohérence : la passivité de Gabriel vis à vis de la méchanceté des gars de la classe avec son copain Léo. J’en connais plus d’un, dans le réel, qui leur serait rentré dans le lard. La relation de Gabriel avec les mecs est totalement zappée dans le film. Inexistante. Pourtant, il est censé être le nouveau, le beau mec de la classe que même les autres gars essaient de convoiter, au moins amicalement. Rien de tout cela. Certaines relations dans ce film sont totalement dématérialisées. Enfin, la scène du baiser final dans la chambre est certainement la moins naturelle de tout le film : le spectateur ne sent absolument aucune angoisse de la part de Gabriel (alors que pourtant, la situation la justifierait largement). On devine que le réalisateur a absolument voulu forcer les sourires et l’ambiance détendue de la déclaration d’amour. Personnellement, je n’y crois pas une seule seconde. Et encore moins si on me met un bruitage printanier derrière ! Un premier baiser, un aveu d’amour (et surtout de type homosexuel), ce n’est jamais anodin.

 

Pour moi, la BIG incohérence du scénario d’« Au premier regard » réside quand même dans la relation-fantôme et sortie de nulle part entre Gabriel et Karina, relation totalement inconsistante, vidée de dialogues et de psychologie, toujours filmée à distance, suggérée par l’ellipse ou par le point de vue extérieur d’un tiers ignorant (= Giovanna), alors que pourtant pendant tout le film elle est censée être ambiguë, grandir en proximité et en intensité, constituer la plus grande menace à la faisabilité du couple Léo/Gabriel, entrer dangereusement en compétition avec LA Love Story homosexuelle « inattendue » de l’histoire. Que se disent Karina et Gabriel ? Pourquoi Gabriel se laisse toucher par Karina, draguer par elle ? Pourquoi accepte-t-il que l’ambiguïté amoureuse plane aussi longtemps ? Pourquoi Karina n’est jamais consultée dans les dialogues et a juste un rôle lisse d’allumeuse tentatrice adolescente ? Pourquoi Giovanna, l’héroïne connue pour ses élans possessifs, ne fait-elle pas une scène à Karina la pétasse, mais plutôt à l’innocent Léo ? Pourquoi Gabriel passe autant de temps avec Karina pour finalement lui foutre un vent et se mettre magiquement en couple avec celui à qui il a fait croire qu’il était avec cette fille ? Pourquoi Gabriel n’est-il pas déchiré intérieurement par ses sentiments et ne présente aucune trace de questionnements bisexuels ? Pourquoi Daniel Ribeiro neutralise à la dernière minute tous les ressorts dramaturgiques, tragiques qu’il a mis en place dans son scénario, sous prétexte qu’il lui faut imposer sa Happy End, qu’il lui faut donner une image absolument positive de l’homosexualité ? (la question de la dramaturgie – et donc le projet cinématographique de la neutraliser – est pourtant lancée dès les premières minutes du film, puisque Giovanna dit qu’« il n’y a pas de drame pendant les vacances ») Pourquoi Daniel Ribeiro résout-il, dédramatise-t-il (au sens cinématographique du mot « drame ») et aplanit-il aussi arbitrairement les conflits, les trahisons, les mensonges, les jalousies entre ses héros, les réalités que ses situations narratives posent forcément ? (Par exemple, on ne saura pas pourquoi Gabriel a menti à Léo concernant le baiser qu’il lui a donné. On ne comprendra pas la réconciliation magique entre Giovanna et Léo, ni la conversion inattendue de Giovanna à la croyance que Léo et Gabriel formeraient un « beau couple ».)

 


 

Vous voulez que je vous dise : l’inconsistance du personnage de Karina (qui incarne la fausse menace du film, voire l’entremetteuse gay friendly, en un peu moins fort que Giovanna) prouve à elle seule que l’amour homosexuel de cette histoire est totalement cousu de fils blancs, téléphoné, mythomane. Karina est le double fictionnel du réalisateur Daniel Ribeiro, le personnage-prétexte, la spectatrice gay friendly qui a été téléportée dans l’histoire et qui attend passivement la formation du couple homo à l’issue de l’intrigue, le personnage qui ne fait quasiment rien, qui apparaît dans la trame narrative comme une simple figurante parce qu’elle est guidée par la bonne intention. Karina, c’est, je crois, Daniel Ribeiro.

 

Au bout du compte, il suffit d’étudier un peu la cohérence du scénario d’« Au premier regard » pour s’apercevoir qu’il n’est pas subtil. Ce film annule les résolutions de conflits parce qu’en réalité, Daniel Ribeiro a voulu fuir tout conflit, éviter tout drame, court-circuiter toute polémique ou ambivalence. Or, une bonne œuvre artistique affronte les conflits, les aspérités du Réel, les drames de l’existence humaine, embrasse nos élans intérieurs parfois contradictoires, et leur propose une solution. Là, « Au premier regard », malgré son apparent réalisme (qui repose principalement sur la sensation, les bonnes intentions et les belles images), est un film de propagande sombrant dans la guimauve et vidant finalement toutes les situations dramaturgiques fictionnelles ou humaines, d’Incarnation, de Réalité, de psychologie, d’Humanité. C’est un délicieux bonbon acidulé qui charme les papilles et le cœur du spectateur pendant 1h35… mais les bonbons, tout agréables soient-ils, ça ne nourrit jamais personne.

 

Indéniablement, « Au premier regard » est un film qui donne envie d’être amoureux. Mais il ne conduit pas à l’Amour vrai. Tout au plus, il réveille des bons sentiments, des sensations, mais il ne donne pas les bonnes clés ni le vrai chemin pour aimer : la différence des sexes et les amitiés désintéressées. En ce sens il constitue une publicité mensongère. Il oblige le spectateur à résoudre le « douloureux » tiraillement intérieur qu’il a semé en lui, entre beauté et irréalité, entre Vérité et sincérité. En effet, ce film est beau ET faux à la fois. Il est sincère MAIS faux. Et c’est parce qu’il est beau tout en étant faux qu’il m’a rendu un chouia mélancolique pendant quelques heures après le visionnage. Sûrement du fait d’avoir chatouillé en moi une homosexualité dans le sens de mes poils (lol). Mais aussi, je me suis dit, en tant que spectateur, qu’il était une douce chimère, un pieux mensonge, une orchestration d’autant plus perverse qu’il est « bien efficace » et qu’il fait « bien envie ». Qu’on se sente homo ou pas. Il sème des faux désirs dans le cœur des adolescents et des adultes déjà blessés par les mauvaises références et expériences de la différence des sexes. Il constitue une pommade grisante qui soulage et apaise (effet placebo) mais qui ne guérit rien. Il est un cache-misère efficace. Et moi, je n’aime pas l’hypocrisie des cache-misère.

 
 

5 – « Au premier regard » à travers le tamis de mon Dictionnaire des Codes homosexuels :

 

Pour parachever ma critique, j’ai décidé de passer le film de Ribeiro au tamis de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, exactement comme je l’avais déjà fait pour le film « La Vie d’Adèle » d’Abdelatif Kechiche, ceci pour mieux vous aider à comprendre en quoi « Au premier regard » est un film qui montre un refus de s’accepter soi-même, d’accepter ses limites et sa condition humaine. Il est un éloge sincère de l’individualisme et de la misanthropie narcissique :

 

– cf. la diabolisation de la solitude et la sacralisation de l’individualisme : le titre original du film (« Aujourd’hui je veux rentrer seul. ») + l’obsession chez les personnages de rompre leur solitude (Giovanna et Léo) + gémellité vestimentaire de Léo et Gabriel (pas seulement due à l’uniforme scolaire). (code « Solitude ») (code « Jumeaux »)

 

AU 1ER REGARD Jumeau

 

– cf. le narcissisme de chacun des personnages : les bruitages aquatiques pendant le générique d’ouverture + les premières images du film montrant Léo et Giovanna autour de la piscine en train de poétiser sur leur souffrance d’être seuls et de ne jamais avoir été embrassés + l’omniprésence des points d’eau (piscines, lacs, douches) + Léo entend en rêve une phrase qui semble expliquer l’origine de son homosexualité (« Ça doit être parce que je nageais bien avant. »). (code « Amant narcissique ») (code « Eau »)

AU 1ER REGARD Douche + masturbation

AU 1ER REGARD douche fesse

AU 1ER REGARD Fond piscine

AU 1ER REGARD Leo Narcissique

AU 1ER REGARD narcissisme proximité

AU 1ER REGARD piscine

AU 1ER REGARD Piscine

AU 1ER REGARD toilettes

 

– cf. la prédominance du fantasme d’androgynie : le quatuor Giovanna/Gabriel/Léo/Karina ou du trio Giovanna/Léo/Gabriel + la mention des moitiés de visage de Léo + le numéro de la salle de classe (« 211 »). (code « Quatuor ») (code « Trio ») (code « Moitié »)

AU 1ER REGARD Trio

AU 1ER REGARD Quatuor

 

– cf. l’identification androgynique à la Lune : Gabriel propose à Léo de voir l’éclipse de lune : « La lune disparaît dans le ciel. » (Gabriel). Léo lui demande l’intérêt de regarder les éclipses. Gabriel lui explique qu’il y a une éclipse quand « le soleil, la Terre et la lune sont tous les trois exactement alignés » (Gabriel) Sous l’éclairage lunaire, Gabriel voit en Léo un androgyne illuminé à moitié par la lune et brûlé par le soleil de l’autre. (code « Lune ») (code « Fusion »)

 

– cf. l’ennui et l’oisiveté comme stimuli du sentiment amoureux homosexuel (« Où situerais-tu ton degré d’ennui sur une échelle de 0 à 10 ? » demande Léo à Giovanna) + la paresse affichée de tous les personnages (« Je suis fainéante. », Giovanna ; « J’ai pas envie de bosser. », Gabriel) + l’éloge des vacances (« On ne vit jamais de drame pendant les vacances. », Giovanna) + Giovanna en Emma Bovary esseulée (elle est toujours fourrée à la bibliothèque) + l’absorption de drogues (Léo fait son coming out à Giovanna sous l’effet de l’alcool ; et il reçoit son premier baiser de Gabriel parce que ce dernier était/aurait été bourré). (code « Dilettante homo ») (code « Manège ») (code « Bovarysme ») (code « Drogues »)

AU 1ER REGARD Embrasser

 

– cf. le registre des contes de fée omniprésent, montrant l’immaturité des personnages : l’obsession chez Léo d’embrasser quelqu’un sur la bouche (« Tu pourrais te transformer en crapaud. » le prévient Giovanna) + Léo justifie sa naïveté et son côté fleur bleue en soutenant que « les meilleures choses sont les plus classiques » + la sacralisation de la première fois (la grande théorie de Léo sur l’Amour, c’est que les premières fois sont toujours les bonnes ; « Il y a toujours une première fois. » soutient-il en se laissant aller à vivre sa première cuite, et en s’infligeant la théorie relativiste de l’expérimentalisme intégral) + l’imitation inconsciente du film « Titanic » et de « Jack je vole !! » (en plus, Ribeiro a eu le bon goût de choisir pour son héros le prénom de Leonardo Di Carpaccio…). (code « Conteur homo ») (code « Première fois ») (code « Amant modèle photographique »)

AU 1ER REGARD Titanic

AU 1ER REGARD prince charmant

 

– cf. la fuite du Réel par la musique et par l’omniprésence des maternantes de son existence : Léo est fan de musique classique sous l’influence de sa grand-mère + la sonnerie de portable de Léo qui indique l’arrivée des appels maternels est la musique enfantine Casse-Noisette de Tchaïkovsky + Gabriel aime lire + Gabriel est DJay à la fête de Karina (code « Grand-Mère ») (code « Mère possessive ») (code « S’homosexualiser par le matriarcat ») (code « Musique comme instrument de torture ») (code « Bovarysme »)

AU 1ER Mère possessive

 

– cf. le désir de se prendre pour Dieu : « J’ai des supers pouvoirs. » dit Léo pour se justifier ironiquement de se tenir en suspension sur sa chaise. (code « Se prendre pour Dieu ») (code « Super-héros »)

 

– cf. le refus de regarder le Réel tel qu’il est : la cécité du héros (voire du réalisateur !) + le regard féminin (à la fin, Karina a les yeux explosés à cause du chlore de la piscine) (code « Lunettes d’or ») (code « Regard féminin »)

 

– cf. le contre coup d’Icare : Léo qui se prend pour le soleil pendant tout le film, et qui a des coups de soleil, des brûlures. (code « Icare »)

 

– cf. l’allégorie de l’ascenseur : Léo se fait comparer à un ascenseur en plein cours par Fábio, un camarade se moquant du bruit de sa machine à dactylographier en braille (« L’ascenseur monte ! »). (code « Femme au balcon »)

AU 1er REGARD Ascenseur

 

– cf. la diabolisation des autres et surtout des hommes : Léo est la risée des gars de sa classe + l’image catastrophique des hommes… excepté le père de Léo (« Vous êtes cons, les gars. » dit Karina à la bande de Fábio qui a essayé d’entourer discrètement Léo pour le faire tomber sur la cour) + les ambiances détestables de fêtes lycéennes ou de colo où ça boit et ça drague de tous les côtés. (code « Différences culturelles ») (code « Solitude ») (code « Parricide la bonne soupe »)

 

– cf. le mépris des enfants et de la paternité, au profit de l’individualisme : Léo dit qu’il ne veut pas d’enfants et qu’il n’en voit pas l’intérêt (« Je ne veux pas d’enfants. Il y a assez de gens comme ça sur Terre. »). (code « Petits Morveux »)

 

– cf. la destruction de la différence des sexes : Léo et Gabriel se rendent au cinéma voir un film où un monstre écrabouille dans ses mains un marié et une mariée, et ça les fait super marrer + la situation familiale de Gabriel (« Ma mère est morte quand j’étais petit. »). (code « Orphelins ») (code « Parricide la bonne soupe ») (code « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma ») (code « Haine de la famille ») (code « Femme et homme en statues de cire ») (code « Conteur homo »)

AU 1ER REGARD Enfermé ciné

 

– cf. le mépris des femmes : Les filles de l’histoire sont toutes repoussées en amour et doivent tolérer leur rôle de « bonne copine gay friendly » et d’entremetteuses (« Comment ton meilleur ami peut t’abandonner comme ça ? » s’insurge Giovanna à propos de son meilleur ami gay Léo ; « Je suis alcoolique maintenant. », Giovanna ; « Vous feriez un beau couple. », Giovanna à Léo à propos de Gabriel) + l’hystérie possessive et sur-protectrice de la mère de Léo. (code « Fille à pédés ») (code « Destruction des femmes ») (code « Mère possessive »)

 

– cf. la sacralisation de la différence : la cécité de Léo. (code « Différences physiques »)

 

– cf. l’idéalisation désincarnante de l’être aimé : Gabriel porte le nom d’un ange et arrive à l’improviste en classe (comme l’Ange Gabriel) + personne ne connaît l’identité ni l’origine de Gabriel + Gabriel est le fruit d’une projection fantasmatique féminine que Léo ne peut qu’imaginer à défaut de voir (« Le nouveau est super mignon. » décrit Giovanna à Léo ; elle lui dit dans les détails les caractéristiques physiques de Gabriel, ses bouclettes angéliques, son corps, ses faits et gestes ; elle nourrit les fantasmes homo-érotiques de Léo et fait de Gabriel un être fantasmé, un idéal de perfection) + un désir malveillant et intrusif tel un chat (« Tu as vu la vidéo du chat qui rentre dans la machine ? », Gabriel essayant de partager à Léo le souvenir d’une vidéo qu’il a vue sur internet). (code « Amant diabolique ») (code « Clonage ») (code « Tomber amoureux du leader de la classe ou d’un personnage de fiction ») (code « Chat »)

AU 1ER REGARD narcissisme

AU 1ER REGARD Narcissisme

 

 

– cf. la place de la rumeur et du regard des autres : L’homosexualité n’est pas le fruit du Réel mais d’une rumeur grivoise et malveillante (Fábio, à plusieurs reprises, érotise l’amitié entre Léo et Gabriel… et ces derniers finissent par lui obéir !) (code « Poids des mots et des regards »)

AU 1ER REGARD amitié

 

– cf. le désir schizophrénique de se fuir et de changer d’identité : Léo rêve de partir loin (il parle de « déménager », de faire un programme d’études à l’étranger), dans un pays imaginaire où personne ne le connaîtrait, où il serait possible de « s’inventer sa propre personnalité ». (code « Voyage ») (code « Substitut d’identité »)

AU 1ER REGARD substitut

 

– cf. le mal de vivre et la désespérance : « Il fait toujours nuit pour moi. » dit Léo, en provocation, à sa mère. (code « Appel déguisé »)

AU 1ER REGARD Nuit

 

– cf. la banalisation du repli sur soi : Léo se masturbe dans son lit grâce à l’odeur du pull de Gabriel qu’il a revêtu. (code « Symboles phalliques »)

 

– cf. l’éloge des pulsions effrénées, « spontanées » : Gabriel s’essaie à la lecture du braille et tombe sur une phrase qui commence ainsi : « La locomotive a relâché… ». (code « Train »)

 

– cf. le travestissement de l’amitié : tous les personnages pensent à sortir les uns avec les autres, et détruisent ainsi leur belle amitié + Léo tombe amoureux du premier ami qui lui accorde de l’attention (= Gabriel). (code « Solitude »)

 

– cf. le rôle de l’homophobie dans l’actualisation et la formation du « couple » Léo/Gabriel : Totale ambiguïté du personnage de Fábio (le blond aux cheveux longs), élève qui fait plein d’allusions à l’homosexualité entre Gabriel et Léo alors même qu’ils ne sont pas encore ensemble et que lui, même s’il est homophobe, attend leur union et voit de l’homosexualité dans une simple amitié ou un rapprochement corporel (« Alors, Leonardo, tu as un nouveau copain ? ») + Fábio aboie sur Léo pour attirer son attention + Gabriel, l’homo qui ne s’assume pas et qui ment à Léo quand il lui dit qu’il ne se souvient de rien de la fête où pourtant il lui a donné son premier baiser. (code « Homosexuel homophobe ») (code « Chiens ») (« Faux Révolutionnaires »)

AU 1ER REGARD Hétéros

 

– cf. la violence du chevauchement de la fiction sur la Réalité : le « Jeu de la bouteille » organisé par Fábio et qui piège Léo qui est sur le point d’embrasser un chien (= Pudding) sans le savoir. (code « Jeu ») (code « Chiens »)

 

– cf. l’idéalisation anachronique de modèles homo-érotiques esclavagistes et belligérants : Léo et Gabriel font un exposé en classe sur l’Histoire de Spartes et la relation entre soldats. (code « Entre-deux-guerres ») (code « Milieu homosexuel paradisiaque ») (code « Fresques historiques »)

 

– cf. la justification du vol ou du viol homosexuel à partir du moment où il serait consenti, réciproque et partagé joyeusement à deux : l’amour est considéré comme un objet, une marchandise dérobée/dérobable à deux (« Léo, si tu avais volé un baiser à quelqu’un, tu le lui rendrais ? » dit Gabriel au moment de déclarer sa flamme à Léo pour que celui-ci lui rende son baiser). (code « Voleurs ») (code « Viol »)