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7 précieux conseils pour les familles confrontées à l’homosexualité de leur enfant


 

Comme maintenant, faute d’être invité, je commence à recevoir pas mal de coups de fil de parents désemparés face à la découverte de l’homosexualité de leur enfant, voici 7 précieux conseils que je leur donne pour les aider à gérer au mieux la situation :
 

1 – N’hésitez pas à être graves (sans être tristes) face au coming out de votre fils. Contrairement à ce qui est montré dans les médias, être gêné par l’homosexualité n’est pas de l’homophobie : c’est de la justice et de l’humanité, car un mal-être et une souffrance sont exprimées, et vous n’avez ni à applaudir ni à vous réjouir ni à banaliser. Juste à être là, à accompagner et à aimer. En conscience. Sans théâtre. Et votre fils, en voyant votre lucidité, gravité et absence d’euphorie, sentira que vous reconnaissez tout le parcours du combattant qu’il a traversé avant de vous dévoiler son homosexualité.
 

2 – Vivez la phase d’accueil, de rappel de votre amour pour votre enfant, et du non-jugement de sa personne, mais ne vous y éternisez pas : il n’y a pas de véritable Amour sans Vérité (c.f. le « Va et ne pèche plus » de Jésus face à la femme adultère). Relativiser pour paraître cool et ouvert ne résout rien ; marteler la Vérité sans Amour non plus. Au passage, ne vous faites pas par démagogie plus ignorants que vous n’êtes : en général, les personnes qui font leur coming out et qui ressentent une tendance homo n’y connaissent pas plus que vous sur l’homosexualité. Il ne suffit pas de ressentir la tendance pour la comprendre, même si nous, personnes homos, avons des clés de compréhension dans notre intimité.
 

3 – Ne plaquez rien de négatif sur votre enfant. Attention. Tout ce qui est négatif ne doit venir que de lui. Soyez extrêmement délicats : attendez que l’aveu de souffrance ou de mal soit exprimé uniquement par lui. Ne projetez pas sur lui une tristesse, une insatisfaction, une culpabilité, un viol, d’autant plus s’il ne les ressent pas et qu’il s’est auto-persuadé qu’il était très heureux dans sa situation. Débrouillez-vous pour les lui faire accoucher de lui-même. L’écoute, la référence à d’autres personnes homos que vous connaissez (familiarité réelle), l’humour, sont des bons moyens pour faciliter cet accouchement (et pour cela, il faut que vous connaissiez d’autres personnes homos que votre fils ! Sortez de votre communauté paroissiale, et allez voir du pays !).
 

4 – Que faire pour aider mon fils homo ? Ne pas chercher à l’aider. C’est lui qui va vous aider. Sortez de l’inquiétude, de la tristesse, de la pression, du chantage aux sentiments ou à la prière (je prierai beaucoup pour toi !!!). Vous avez la Foi, non ? L’humour et la joie grave sont les meilleures armes pour réorienter une âme avec douceur vers Dieu. Ne surjouez pas votre affliction. Ne programmez rien à la place de votre fils (ni retraite spi, ni rencontre avec un prêtre : choisissez uniquement l’interface de l’amitié catholique continente homosexuelle, car il faut que l’aide/l’accompagnement soit lié(e) directement à l’homosexualité, dans le respect de l’enseignement de l’Église (l’association Courage est ce qui existe de moins pire, même si ça ne suffit pas). Restez simplement fermes dans votre intuition et votre foi dans ce que dit l’Église (oui, il y a bien un problème dans l’homosexualité : c’est une peur de la différence des sexes, peur qui handicape et qui a un gros fond d’orgueil), et attendez que les initiatives viennent de votre enfant (sinon, il se sentira piégé et peut se braquer encore plus). En fait, c’est plus à vous de changer intérieurement (lisez, informez-vous sur le sujet) qu’à votre enfant de changer.
 

5 – Faut-il parler de l’homosexualité à vos jeunes enfants ? Si ça vient d’eux, oui. Car contrairement à ce que pensent beaucoup de catholiques effrayés par la « théorie du Gender » et le « lobby gay », l’homosexualité n’est pas un sujet réservé aux adultes, ni choquant ni pornographique, ni traumatisant pour les enfants. Si les questions sont de l’initiative personnelle de vos jeunes – et elles viennent bien assez tôt car les enfants sont maintenant confrontés très tôt visuellement à l’homosexualité (il suffit d’ailleurs qu’il y ait un seul enfant dans leur école élevé par « deux mamans » pour qu’ils en connaissent l’existence) – l’homosexualité peut même être expliquée de manière simple, respectueuse des personnes et sans complaisance ni relativisme. Vos enfants ont besoin de vos réponses face aux flots d’images gays friendly qu’ils voient dans les pubs, les films, les séries, les dessins animés et les réseaux sociaux (même le porno), et dont ils entendent parler sur la cour d’école. Il vaut mieux les préparer et ne pas laisser leur éducation sexuelle aux libertins pro-gays et aux ignorants.
 

6 – Si mon fils (ou mon cousin, ou mon oncle) me pose de plus en plus d’ultimatums par rapport aux décisions qu’il prend pour justifier sa pratique homosexuelle (présence du compagnon aux fêtes de famille, PaCS, mariage, projet procréatif et éducatif…), dois-je aller dans son sens (au risque de me trahir moi-même et de donner à croire que je cautionne ce qu’ll fait et que je réprouve) ou au contraire dois-je m’opposer (au risque de le perdre) ? Accueillir son enfant, l’aimer, OK, mais en Vérité. Personne n’a les « bonnes » réponses ni les recettes à ce qui restera à gérer au cas par cas. La seule chose qui est sûre, c’est que vos décisions finales importent moins que la Vérité aimante que vous y mettez. Que tous vos choix concernant l’homosexualité suivent cette règle : il n’y a pas de bons ou mauvais choix. Ils deviennent tous bons si la Vérité est dite. Exemple : Faut-il que je me rende au « mariage » homo de mon fils ? Réponse : Oui si la Vérité aimante est dite. Non si la Vérité aimante est dite. Il vaut parfois mieux aller au « mariage », à la condition que la Vérité aimante ait été dite au préalable, que de ne pas y aller par purisme de la Vérité.
 

7 – Ayez foi au plan de Jésus pour votre enfant. Si Dieu a permis que votre fils ou votre fille soit homo, ce n’est pas pour des prunes. C’est pour que Sa Gloire se manifeste en lui/elle et à travers son homosexualité. Alors pas de crainte de la damnation ou de l’enfer, pas de mélancolie ni de dramatisme. Dieu s’occupe de votre fils bien mieux que vous ! Croyez en sa sainteté dans l’homosexualité.
 
 
 

N.B. : Je vous renvoie, pour compléter, à mes « 247 questions sur l’homosexualité à l’intérieur de l’Église Catholique », ainsi qu’à mes « 133 questions pour expliquer l’homosexualité à des jeunes de 11 à 17 ans ».

Emmerder le journal La Croix, c’est ma grande passion

Emmerder le journal La Croix, qui en ce moment passe à l’offensive et agite sur les réseaux sociaux l’urgence d’accompagner les personnes homosexuelles sous prétexte d’obéir au soi-disant appel synodal du Pape à suivre les jeunes dans leurs réalités, c’est ma grande passion. Depuis hier, ces mauvais journalistes (pas du tout catholiques) ont bombardé et pondu au moins trois fois deux articles (ci-dessous). Et comme ils ne peuvent pas supprimer les commentaires, à moins de me bannir, je poste à chaque fois dessous le lien sur « les pastorales d’accompagnement des personnes homosexuelles ». Comme ça, ça leur flingue bien leur affaire. Hihihi. Ils verront ainsi qu’ils sont propagandistes maçonniques mais que nous, catholiques, ne nous laissons pas faire.
 

 

 

 

Décret ministériel sur l’homosexualité imposé le 21 décembre 2016 dans l’indifférence générale

Pour info, la justification de l’homosexualité vient d’être carrément entérinée il y a 2 jours par décret ministériel, et, par voie de conséquences, la pénalisation de toute opposition à celle-ci aussi. Tout le monde ferme les yeux sur cette propagande d’État. Pourtant, elle est là. À part ça, la majorité des catholiques continuent de penser que l’homosexualité n’est pas une priorité (cf. mon dernier livre Homosexualité, la Priorité niée).
 

Les droits avant les personnes

IVG
 

De même que pendant le « mariage pour tous » ont beaucoup été défendus les « droits des homos » et la « lutte contre l’homophobie », sans pour autant considérer vraiment les personnes homosexuelles, les violences homophobes dont elles font l’objet ni la violence de la pratique homosexuelle, je constate un décalage similaire (et révoltant) entre la bienveillance légaliste et la bienveillance réelle dans le cas de l’avortement. En effet, dans les débats sur l’interruption de grossesse, les premières actrices de l’acte d’avortement, les femmes, sont très peu écoutées, au profit d’un « combat pour les droits des femmes ». On occulte la violence létale vécue par les enfants à naître et la violence physique et psychologique vécue par leur mère lors d’un acte d’avortement. Quand est-ce que les militants pro-homosexualité et pro-IVG vont lutter pour les personnes homosexuelles et les femmes, et non d’abord pour les « droits » qu’ils leur attribuent, ou les idéologies qu’ils leur font porter ??

Code n°32 – Clonage (sous-code : Fixette sur un amant perdu et déifié)

clonage

Clonage

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La recherche d’un autre soi-même projectivement valorisé, démultiplié à l’infini… et inexistant

 

Comme pour symboliser que l’union homosexuelle est prioritairement narcissique et égocentrique, même si en intentions et à l’image elle se veut tournée inconditionnellement vers l’autre, certains cinéastes filment les scènes érotiques homosexuelles dans des lits entourés de miroirs, multipliant les amants à l’infini tout en les centrant sur eux. Certes, le coït homosexuel semble ouvert sur l’extérieur car les miroirs favorisent l’impression d’agrandissement spatial… mais ceci n’est vrai que dans la logique spéculaire. Concrètement, l’amour homosexuel, indépendamment de la volonté des deux membres du couple, implique d’abord un refus de la Différence ( = la différence des sexes), un fantasme de clonage et de duplication androgynique de soi-même ; non un engendrement par la différence.

 

Nous retrouvons fréquemment le lien entre clonage et homosexualité dans les créations homo-érotiques. Ce n’est malheureusement pas toujours que de la fiction : nous ne nous étonnerons pas de voir actuellement certains membres du lobby homosexuel nord-américain défendre ardemment la mise en place du clonage reproductif aux États-Unis.

 

Il est monnaie courante, en effet, que la personne homosexuelle s’auto-persuade qu’elle est/a été éternellement l’Homme d’un seul amour (un amour en général adolescent, parfois décédé brutalement, idéalisé dans l’absence, immatériel, cinématographique, éclaté donc multipliable à l’infini) qu’elle ne retrouvera plus jamais, l’Homme d’un physique plus que d’un individu vivant, mais qu’elle essaie quand même de posséder à nouveau en se contentant tant bien que mal de la compagnie des sosies de celui-ci, clones humains qu’elle usera les uns après les autres parfois toute sa vie, parce qu’en réalité elle se recherche/se fuit elle-même à travers autrui pour ne plus exister.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Miroir », « Homme invisible », « Jumeaux », « Fusion », « Substitut d’identité », « Pygmalion », « Photographe », « Solitude », « Amant modèle photographique », « Éternelle jeunesse », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Moitié », « Frankenstein », « Amant narcissique », « Tomber amoureux d’un personnage de fiction ou du leader de la classe », à la partie sur « l’Autre » du code « Amant diabolique », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

a) Le fantasme homosexuel du clonage :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Revient très souvent dans les fictions traitant d’homosexualité le symbole du clone ou du sosie : cf. le film « Dans la peau de John Malkovich » (1999) de Spike Jonze, le film « Le Ciel de Paris » (1991) de Michel Bena (dans lequel Marc, le personnage homosexuel, a pour travail de faire des photocopies), le film « Gypsy 83 » (2001) de Todd Stephens (avec la thématique des sosies), le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock (avec Barbara et Myriam, les deux sosies), le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard (traitant directement du lien entre homosexualité et clonage, avec Thomas Steiner, le héros homosexuel « instance »), le film « Twice A Man » (1963) de Gregory J. Markopoulos, le film « Parallel Sons » (1995) de John G. Young, le film « L’Enfant Miroir » (1990) de Philip Ridley, la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco (avec le club des sosies officiels), le film « Mulholland Drive » (2001) de David Lynch (avec la thématique du « déjà-vu »), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, le film « Garçons de cristal » (« Nieh Tzu », 1987) de Yu Kan-ping, le film « Le Suivant » (2011) de Frédéric Guyot, le vidéo-clip de la chanson « Gay Bar » du groupe Electric Six, le film « Codependent Lesbian Space Alien Seeks Same » (« Extraterrestre lesbienne codépendante cherche de même », 2011) de Madeleine Olnek, le film « Uniformadas » (2010) d’Irene Zoe Alameda, etc.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

« Il est aujourd’hui possible de se reproduire sans êtres humains, sans homme et sans femme. […] La solution est la reproduction de bébés en laboratoire. » (une réplique de la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche) ; « On dit que chaque être humain a un sosie de par le monde. » (Brigitte dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; « Je me dis qu’avec les gènes que j’ai, je n’ai pas le droit de ne pas me reproduire. » (Pierre, le héros homosexuel envisageant la PMA, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Le Massachusetts vient de légaliser le mariage homosexuel. Je crois qu’en France c’est aussi le cas – corrige-moi si je me trompe. J’ai donné hier, dans le cadre d’un congrès, une conférence sur un sujet sensible : Le clonage à vertu thérapeutique et la culture des cellules souches. » (Randall, l’un des héros homos du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 225) ; « Aucune déraison. Je suis dans la peau d’une autre. Si je suis en prison – et j’y suis –pourquoi pas une autre ? […] Là, c’est un autre moi, c’est monkey me. L’animal, là, c’est bien ici-bas. Je manque ici de facéties. Là, c’est un autre moi, c’est monkey me. L’animal là, je connais ses pas. Un monkey moi. Je suis monkey me. » (cf. la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer) ; « Une femme a de multiples corps. » (Valmont dans la peau de Merteuil, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; « Je ne peux pas me cloner moi-même. » (John, le héros homosexuel du film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, les mêmes comédiens jouent des personnages identiques, mais à des époques différentes. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Mr Bénamou vient voir Zize, le travesti M to F, parce qu’il veut monter une agence de sosies et le voit comme un sosie de Madonna. Dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry imagine un monde parfait, aseptisé, sans défaut ni limites, en développant une théorie eugéniste digne d’Hitler, où chaque Homme serait pareil. Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, il est dit que les momies sont « construites en série ». Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, le Rat n’est pas un être unique ; c’est un clone, une conscience immatérielle, un brouillon, un objet vivant qu’on remplace par un autre (« D’ailleurs, je le trouve laid, ce rat. Ce n’est pas le définitif, j’espère. » se plaint la Comédienne). Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, Line, le présentateur travesti, mène une étude sur les sosies français, et fait un tour de France pour les trouver ; un peu plus tard dans la pièce, ses deux autres camarades scéniques, illustrant un couple homosexuel, se déguisent en poupées russes… et il est bien connu que l’effet gigogne s’apparente au clonage. Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, le Dr Apsey dévalorise son collègue et concurrent le Dr Jonathan Baldwin – par ailleurs en couple avec son patient Frank – en lui retirant son unicité et sa matérialité (« le Dr Baldwin et ses clones… »). Dans la pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine, il n’est pas anodin que toute l’intrigue (et tout le litige entre le chef d’entreprise travesti M to F Damien et son huissier Mr Alvarez aussi travesti que lui, mais secrètement et dans le refoulement) repose sur une facture de photocopieuse ! Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud nous est dépeint un monde sans différence des sexes, où la différence des générations s’est substituée à la différence des sexes à travers le clonage : concrètement, une société inhumaine, incestueuse, matérialiste, sans pitié. À un moment, le Père 1 de Gatal apprend au fiancé de son fils à concevoir par clonage une souris pour faire ensuite de même avec un humain… et le fiancé est fasciné par cette découverte : « Mes enfants croîtront dans ma chair. » Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Charlène, au moment où débarque Sarah (sa future amante) dans sa classe, est en train d’étudier les fonctions exponentielles en cours de maths.

 

Souvent, dans les fictions homo-érotiques, les jumeaux ne sont pas considérés comme deux êtres semblables et uniques, mais comme un même être dupliqué à l’identique, bref, comme des clones ou des androgynes : « Les jeux ne sont pas tout à fait faits, chère petite sœur. C’est toi ou c’est moi ! Puisque nous sommes jumelles ! On a commencé à se battre à l’intérieur du ventre de notre mère. » (la Comédienne à sa sœur Vicky, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi)

 
 

b) L’amour cloné idéalisé :

Tadzio dans le film "Mort à Venise" de Luchino Visconti

Tadzio dans le film « Mort à Venise » de Luchino Visconti


 

En général, le personnage homosexuel fait une fixette sur un amant disparu, cinématographique, immatériel comme un mirage, qu’il essaie tant bien que mal de remplacer/concrétiser par les clones imparfaits de ce dernier dans la réalité : cf. le roman Tous les garçons s’appellent Ali (2009) de Patrick Cardon, le roman Dream Boy (1995) de Jim Grimsley, le film « La Reine de la nuit » (1994) d’Arturo Ripstein, le roman Mort à Venise (1912) de Thomas Mann (avec la figure du jeune éphèbe Tadzio, le tentateur qui ne parle jamais d’ailleurs…), le film « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy (avec Alexandre, l’amour de jeunesse éternel), le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon (avec les images de Romain enfant, qui reviennent comme un leitmotiv), le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie (avec Don, l’amant immortel de Sébastien), le roman Los Ambiguos (1922) d’Álvaro Retana (avec la figure de l’amant qui est la réincarnation du jeune Antinoüs), le film « Il Compleanno » (2009) de Marco Filiberti (avec la figure angélique et quasi désincarnée de Mateo), le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro (avec Gabriel, la projection fantasmatique et lointaine de Giovanna et de son meilleur ami gay aveugle Léo), le film « Caro Michele » (1975) de Mario Monicelli, le film « Cher Disparu » (1965) de Tony Richardson, le film « Amour et mort à Long Island » (1997) de Richard Kwietniowski (avec le souvenir inextinguible de Ronnie), le tableau Alexandre (2006) d’Orion Delain, le film « Tenshi No Rakuen » (« À la recherche d’un ange », 1999) d’Akihiro, le film « Send Me An Angel » (2002) de Nir Ne’eman, le film « J’ai rêvé sous l’eau » (2009) d’Hormoz (avec la focalisation sur un homme mort), le roman Un Garçon d’Italie (2001) de Philippe Besson, le film « Como Esquecer ? » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino (avec Julia, l’héroïne lesbienne qui n’arrive pas à se défaire du souvenir de son « ex »), le roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste (avec Ednar qui ne pourra jamais se défaire du souvenir de son premier « amour » Dylan), le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde (avec Dorian Gray qui subjugue Lord Henry : « La jeunesse est la seule chose qui compte en ce monde. »), etc. Par exemple, dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, comme par hasard, le tableau que Ben, le héros homosexuel, a peint juste avant sa chute mortelle (une toile représentant le jeune et beau Vlad) sera jugé comme son meilleur. Vlad est l’icône vivante éternelle du fantasme homosexuel. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony, le héros homosexuel, raconte que son premier amour fut platonique. Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Alan Turing, le mathématicien homosexuel, n’a jamais réussi à aimer une autre personne que Christopher, son premier amour d’adolescence mort d’une tuberculose bovine, qu’il a eu à peine le temps d’aimer : « Je le connaissais à peine. » dira-t-il au proviseur de son pensionnat, à l’annonce de sa mort. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homo, semble passer de bras en bras, d’amant en amant (Nicolas son premier amour d’adolescence disparu, puis Nathan – lui aussi mort tragiquement –, puis le petit frère de Nathan, puis tous les hommes qui lui passent sous le nez), sans but et sans visage : « J’crois que je recherche un truc qui n’existe pas, en fait. »

 

Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel dit qu’il s’est lié d’amitié à l’école avec un certain Julien, un gars avec qui il a vécu ses premières expériences sexuelles dans les cabinets de toilettes (ils se sont comparés les zizis), et qui ressemblait au chanteur Steeven du groupe de Boys Band Alliage. Jefferey dit être attiré toujours par le même type d’hommes : des grands blonds aux yeux bleus. Et Julien correspond à cet archétype, même s’il est africain : « Un Africain blond aux yeux bleus, c’est bizarre, je vous l’accorde. » Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, a rencontré Nicholas lorsqu’ils n’avaient que 8 ans… et se retrouvent quelques années plus tard, dans le même lycée. Leur rencontre initiale d’enfance résonne comme un signe du destin (lié par une boule à neige en verre) : Phil a bousculé Nicholas qui sortait d’un supermarché et a fait renverser son sac plastique rempli de bouteilles d’eau minérale. Plus tard, à l’âge de 17 ans, en le revoyant, Phil interroge Nicholas, tout troublé : « Je ne sais pas si c’est un rêve, mais je crois qu’on s’est déjà rencontrés. »
 
CLONAGE Mathilde
 

Le héros homosexuel envisage l’amour comme un clonage, ou bien voit l’amant comme un clone de lui-même : « Je t’aimais, je t’ai toujours aimé… tu as changé mais tu prétends que c’est moi. Je ne te reconnais plus. Je t’ai même confondu avec un autre qui a la même allure que toi. Comment est-ce possible ? J’ai du mal à le croire. » (Bryan à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 313) ; « Quand est-ce qu’on refait l’amour ? On le réinvente maintenant comme à chaque fois. L’amour est le facteur exponentiel des corps. On se multiplie l’un l’autre. Rien de tout ça ne nous a été transmis, appris. Tout ça on l’avait dedans. » (les acteurs anonymes de la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier) ; « Tout tourne autour de moi, les petites Chloé et moi aussi en miniature. » (Cécile à propos de son couple avec Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 45) ; « Je me ferais charcuter esthétiquement pour devenir votre clone ! » (Janine à Simone, dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) ; « Si tout le monde avait les cheveux courts… Ah merde… ça, c’est du clonage… Non… c’est pas du clonage : c’est du communisme esthétique. » (Lourdes-Marilyn dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier) ; « Ne te mens pas à toi-même, Claudine ! Ta malédiction, accoudée à côté de cette glace, et ton air de creuser un remord naissant, n’était-ce pas l’inquiétude de constater intact ce visage aux yeux de havane, qu’aime ton amie ? » (Colette, Claudine en ménage (1946), pp. 147-149) ; « Involontairement, inconsciemment, chacun des deux êtres qui s’aiment se façonne à cette idole qu’il contemple dans le cœur de l’autre… » (Édouard dans le roman Les Faux-Monnayeurs (1997) d’André Gide, p. 83) ; « C’est fou comme il te ressemble, en plus jeune. » (Arnaud s’adressant à son amant Mario, en parlant de Matthieu, un de ses collègues de boulot, dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo) ; « Dans le car qui me ramenait chez moi, je décidai que trois était le chiffre parfait. Avec deux liaisons, on était écartelé entre deux choix simples. Il y avait là quelque chose de linéaire. J’étais en train de lire un livre en vogue sur la théorie du chaos, d’après lequel le chiffre trois impliquait le chaos. Je désirais le chaos parce que grâce à lui je pourrais créer mon modèle personnel. Je regardais les beaux objets fractals illustrant le volume et voyais Sheela, Linde et Rani dans l’un d’eux, s’amenuisant au fur et à mesure, le motif se répétant à l’infini. Je refermai le livre, convaincue d’avoir choisi la façon de mener ma vie. Le chaos était la physique moderne, c’était la science d’aujourd’hui. » (Anamika, l’héroïne lesbienne pensant à ses trois amantes qu’elle considère comme des clones d’elle-même, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, pp. 64-65) ; « Déjà réincarné ?!? Efficace, le système informatique là-haut ! Quoi ? En vitre ??? Je crois qu’il y a une erreur. » (le héros homosexuel réincarné en vitre, et se faisant accoster par différents prétendants « vitrés » comme lui, dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont) ; « Moi j’ai, moi j’ai essayé de vivre. Donné ici un sens à ma vie aussi. Moi j’ai tant voulu l’Autre. Ave. Milliers d’âmes anonymes. Ave. […] Où étais-tu alors, puisque je t’aime ? Où étais-tu encore, l’Imaginaire ? Es-tu un rêve ? Es-tu un frère ? » (cf. la chanson « J’ai essayé de vivre » de Mylène Farmer) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, Adrien, le héros homosexuel, fait, dans sa recherche amoureuse, une fixette sur les Noirs, personnes que son amant Malcolm cristallise entièrement dans sa personne réifiée : « Souvent, dans les bras de ces amants d’un soir, Adrien pensait à lui. Malcolm avait pénétré la mémoire de son corps et il ne s’étonnait plus que son désir le portât vers des hommes à la peau noire. Ils lui ressemblaient. Les mêmes cheveux où agripper ses doigts pour incliner amoureusement la tête, la même peau à la fois douce et tendue, aux reflets mordorés, la même odeur âcre et puissante, les mêmes yeux dont la lumière vient d’autres latitudes, les mêmes muscles saillants et fins, la même allure féline et noble. Tout cela rappelait Malcolm et portait Adrien à chercher l’amour des Noirs. Il s’interrogeait souvent sur les raisons secrètes du désir de cette beauté-là. Un désir de puissance, de virilité ? D’inverser l’ordre de l’Histoire ? D’aimer l’absolument autre ? Peut-être tout cela à la fois. » (pp. 34-35) ; « Ça m’interroge cette attirance pour les Blacks. » (idem, p. 46) ; « Toujours le lointain, l’impossible, l’inatteignable. […] J’dois pas aimer l’amour proche ! » (idem) ; « Il aimait ce corps d’homme métis. […] Adrien eut le sentiment étrange de n’être pas le seul à aimer un pareil corps. Il éprouva même une certaine gêne à l’idée que son regard s’inscrivît dans une longue chaîne de regards portés sur l’homme ébène. Désirs de Blancs fascinés par la puissance du corps du Noir, au point de vouloir la lui dérober, la posséder pour eux. N’était-il pas dans son regard comme un fils de colon, fier de tenir pour lui ce corps endormi ? » (idem, p. 50) Même si Adrien a la peau blanche, on peut tout à fait dire qu’en tombant uniquement amoureux d’hommes noirs, il s’adonne à son fantasme de clonage de lui-même, car le clonage obéit à une logique désirante, fantasmatique, et non d’abord à un raisonnement réaliste, empirique, incarné. « Il se demandait si, comme dans la chanson de Barbara, à travers le visage de ceux qu’il avait aimés après Malcolm ou essayé d’aimer, ce n’était pas encore son image qu’il recherchait. […] Ils lui ressemblaient. » (pp. 34-35) D’ailleurs, son amie Nathalie lui fait remarquer qu’à travers son obsession sexuelle et affective pour les Noirs, « il cherche un miroir exotique » (p. 46) de lui-même. Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Jacques, écrivain homosexuel, établit une typologie des amants homos, avec des références littéraires (Chester, Auden, Maxims, Vendel, Whitman) : « Ton amant, c’est pas un Maxims ? Le genre de gars dont on croit reconnaître son idéal au premier regard ? ou bien un Whitmann ? Un Vendelpark ? » demande-t-il sarcastiquement à son jeune amant Arthur.

 

Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Vincent (30 ans) et Stéphane (50 ans), les deux amants, sont chacun attirés par le fantôme d’un être immatériel, jeune et désincarné qu’ils voient en l’autre, et qu’ils passent leur temps à rechercher à l’extérieur de leur couple à travers une multitude d’amants de passage. Par exemple, le beau Vincent raconte que la première fois qu’il a couché homosexuellement, c’était dans un coin reculé d’une plage, à l’âge de 15 ans, avec un homme de 20 ans qui s’est tué à l’arme à feu un an après. Puis il révèle aussi à Stéphane que lorsqu’il l’a trompé, dans la période où il était en couple, il voyait le visage de Stéphane se superposer à son amant de passe. Quant à Stéphane, il est bloqué par un idéal physique de jeune homme angélique qu’il recherche chez tous ses amants : « Malgré leurs impuretés, ces êtres restent très purs, sans taches, comme si rien ne pouvait les abîmer. […] Y’en a tellement qui ont défilé. Des corps anonymes. Des amants d’une nuit. […] Des garçons qui se ressemblent tous, qui pourraient tous être le même, que j’aime parce qu’ils ne restent pas. […] Il m’a toujours semblé que tu étais insaisissable. » Vincent le lui fait remarquer : « T’as toujours été obsédé par l’éternelle jeunesse. » Et Stéphane confirme : « Oui, de jeunesse figée, fossilisée, je suis fasciné. »
 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, chacun des héros homosexuels du groupe est resté bloqué, hanté, envoûté par son premier amour homosexuel de jeunesse. Par exemple, Emory n’arrive pas à se détacher du souvenir de Peter, son amour impossible du lycée. Il répète, d’un air hébété et éthéré : « Je l’ai aimé dès que mes yeux se sont posés sur lui. J’étais au collège et lui au lycée. » Harold, quant à lui, est attiré par les petits jeunes qui ont le profil de Tex… même s’il regrette leur immaturité et leur manque d’intelligence. Quand ils se revoient entre eux le temps d’une soirée, les camarades homosexuels ont l’impression de s’être déjà vus (et pour cause ! Dans d’autres contextes – des contextes d’égarement, de drague dure –, ils ont parfois couché furtivement et préalablement ensemble : Donald, par exemple, raconte à Larry qu’ils s’étaient déjà rencontrés sans s’être précédemment présentés… parce qu’ils avaient baisé au sauna dans l’anonymat : « On s’est vus aux bains et on a couché ensemble, sans se parler, sans connaître nos prénoms. »). Même ceux qui sont infidèles, tel que Hank (qui est pourtant en couple avec Larry), en sortant avec le maximum d’amants (« Oui, je les aime tous ! Et Hank refuse de comprendre qu’il me les faut tous. Je n’ai pas la mentalité d’un homme marié ! »), partent à la recherche d’un seul et même homme invisible : en effet, le « couple » Hank/Larry a convenu, pour perdurer, que « tous ceux avec qui Larry trompait Hank s’appelleraient ‘Charlie ».

 

Dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, l’héroïne lesbienne, Alexandra, enchaîne les conquêtes et les amantes. Elles n’ont que très rarement un prénom. Elle semble vouloir conquérir un fantôme en toutes. Donc fatalement, elle picore par-ci par-là sans trouver entièrement satisfaction : « Le corps de chacun a sa façon d’aimer, et il me semble que je suis condamnée à trouver dans chacune des autres femmes, au hasard des rencontres, seulement un morceau du plaisir complet que je reçus d’elle, puisque sans doute jamais elle ne voudrait que nous vivions ensemble. » (p. 132)

 

Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, le vieux disquaire muet a coutume de collectionner les photos instantanées qu’il prend de tous les jeunes hommes androgynes qu’il croise dans son magasin… et il entreprose celles-ci dans son arrière-boutique, comme des reliques sacrées dans un mausolée. Son grand fantasme identitaire est incarné par le personnage de Rettore.
 

Le clone tant désiré est en fait un souvenir impalpable, un fantasme, un homme mort éternisé : « Bob n’a pas été tout à fait réel, pas tout à fait évanescent. Entre l’homme et l’aura, il a paru dans ta vie comme un concept – une incarnation de la foi. » (Félix par rapport au GI Bob, dans le roman La Synthèse du Camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 153) ; « Et dans un nuage le doux visage de mon passé. » (cf. la chanson « Que reste-t-il de nos amours ? » de Charles Trénet) ; « Il l’aimait, il l’aimait. Il était amoureux. Il était amoureux. Il était amoureux d’un fantôme. » (Jean Cocteau à propos de la relation entre M. Valmorel et Maxime, cité dans le spectacle musical Un Mensonge qui dit toujours la vérité (2008) d’Hakim Bentchouala) ; « L’amour que Marie [une domestique lesbienne] avait pour la bonne se serait posé sur n’importe laquelle, puisqu’à travers celle-ci ou celle-là c’était son amie d’enfance qu’elle voyait toujours. Je comprenais mieux ses craintes quant à l’issue de sa relation avec son nouvel amour, qui ‘ressemblait’ tant au premier et qui trouverait probablement la même fin : l’abandon. On ignore à quel point les émois de l’enfance peuvent suivre tout au long de notre existence, autant dans la joie que dans la tristesse, et se répéter toujours. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 187) ; « Ayant admis que la bonne n’était pour elle que l’image de sa camarade d’enfance dont elle était amoureuse, Marie ne prenait pas la chose trop mal. » (idem, p. 191) ; « À la vérité, je croyais que j’aimais toujours Thierry. Mais en réalité, c’était pas vrai. Je me raccrochais à un souvenir. Parce que j’avais peur. Et j’ai eu raison d’avoir peur. Parce qu’en effet, j’ai jamais retrouvé ça. » (Rodin parlant de son ex-amant, Thierry, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche, épisode 8, « Une Famille pour Noël ») ; etc.

 

Dans le roman Avec Bastien (2010) de Mathieu Riboulet, Bastien tombe amoureux à 8 ans de Nicolas, un de ses camarades de classe, qui disparaît peu après dans un accident de voiture ; n’ayant pu vivre sa vie avec ce garçon, le protagoniste la consacrera aux hommes que le hasard mettra sur sa route, et qui ne seront que de pâles réminiscences de ce premier fantasme idéalisé. Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, les amants d’Emmanuel portent tous le même peignoir imitation tigre ; d’ailleurs, Emmanuel sort toujours avec des mecs qui ressemblent à Omar, son « ex ». Dans les films « Contradictions » (2002) de Cyril Rota, « Abre Los Ojos » (« Ouvre les yeux », 2002) d’Alejandro Amenábar, ou encore « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, le protagoniste homosexuel se voit faire l’amour avec un partenaire changeant sans arrêt de visage. Dans le film « Rome désolée » (1995) de Vincent Dieutre, on nous parle d’amants différents et pourtant toujours semblables. Dans le film « Johan : Carnet intime d’un homosexuel » (1976) de Philippe Valois, Johan est comme un clone : Philippe recherche son image partout. Dans la comédie musicale La Bête au bois dormant (2007) de Michel Heim, Henri tombe amoureux de sa contrefaçon, Henriette. Dans le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, Jérôme part à la recherche de son amant Paul qu’il retrouve à travers les différents amants avec lesquels il couche. Dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, la narratrice lesbienne poursuit un clone appelée Mathilde, et qui est un best-of de féminité : « Dans combien de temps croiserai-je de nouveau l’amour ? Le croiserai-je un jour ? L’ai-je jamais croisé ? Mathilde est un mirage. » (p. 15) Dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, les amants homosexuels succédant au premier amour sont comparés à des « simulacres » (p. 74), c’est-à-dire à des images d’image. Dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, Nicolas voit en Julien, le jeune éphèbe de 20 ans, « l’incarnation de son idéal masculin » (p. 63) : « Si Nicolas l’avait croisé au hasard de cette boîte, il l’aurait assimilé aux clones inaccessibles de l’adolescence nouvelle. » Dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot, les amantes de la Reine Marie-Antoinette sont quasi jumelles et interchangeables (d’ailleurs, à la fin du film , Gabrielle de Polignac et Sidonie s’échangent leurs vêtements) : elles ont pour particularité d’être toutes plus jeunes qu’elle. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, tous les amants assassinés par Steve, le psychopathe homosexuel, ont exactement les mêmes caractéristiques physiques et comportementales (par exemple, Lucas et Vincent se ressemblaient). Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, Antonio a vécu son premier amour homosexuel avec un ouvrier de son entreprise, Michele, dans le secret. Cette relation, dit-il, a été rendue impossible parce qu’elle aurait été empêchée ou rendue anonyme : « J’aimerais faire revenir Michele ici. »

 

En règle générale, le héros homosexuel préfère pleurer un amant trop brutalement disparu mais qui au moins confortera par son absence l’idée que l’« Amour homosexuel » existe éternellement (sans preuve concrète, tout paraît plus solide et vrai aux yeux du passionné paranoïaque !) plutôt que de reconnaître qu’il n’a pas aimé vraiment, et que son amant, s’il avait été vivant, lui aurait offert une vie et un amour bien peu nourrissants. Le deuil lui permet de conforter incognito ses utopies amoureuses personnelles, de dorloter secrètement ses désirs narcissiques de mort, de cultiver son attraction abyssale pour l’amour impossible, et de mettre toutes ces manigances de Drama Queen à l’abris de la critique : « J’ai manqué l’amour qui m’était destiné. » (le héros homosexuel du film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye) Je suis un maudit. J’ai vraiment aimé et je serai définitivement privé de cet amour vrai… Remords éternels. « Il [Adrien] avait réalisé combien il aimait Malcolm, une fois ce dernier parti. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 34)

 

L’Amour ou l’identité envisagés comme un clonage, aussi idéalisants et embellissant soient-ils sur le moment, font des ravages intérieurs considérables et jettent le héros homosexuel dans les méandres du mensonge, de la consommation amoureuse, du fatalisme défaitiste, de l’errance désirante : « C’est quand même compliqué d’accoucher de soi-même. » (l’héroïne lesbienne du one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011) de Karine Dubernet) ; « Ils sont des milliers. Je ne peux pas en aimer un seul. » (Pier Paolo Pasolini dans son poème « Realtà », 1964) ; « C’est fou : j’ai l’impression que c’étaient d’autres filles. » (Anna parlant de son amante Cassie dans le film « La Tristesse des Androïdes » (2012) de Jean-Sébastien Chauvin) ; « Un nouveau corps soulage toujours d’un ancien, même si on s’en ennuie… » (Jean-Marc dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 278) ; « Il ne dira pas, non, il ne dira pas, que dans les night-clubs, la nuit, il fait la nouba, il ne dira pas, non, il ne dira pas qu’il se sent si seul qu’il passe de bras en bras. » (cf. la chanson « Il ne dira pas » d’Étienne Daho) ; « Mes nuits et mes amours passaient de mains en mains. » (cf. la chanson « 1er novembre (Le Fruit) » du Beau Claude) ; « Si j’osais, je dirais que les corps qui me touchent ont le même prénom que le mien. » (cf. la chanson « Entre elle et moi » des Valentins) ; « J’aime les Russes. Enfin… surtout les femmes russes. Je suis une femme russe. » (Anne Cadilhac dans son concert Tirez sur la pianiste, 2011) ; « Émile, François, Julien, Fabrice, souvent de l’un à l’autre je glisse. » (cf. la chanson « Ce je ne sais quoi. » du Beau Claude) ; etc. Le héros homosexuel a l’impression que toutes ses expériences d’amour se ressemblent dans la vanité/nullité : « Toutes les histoires d’amour se ressemblent. Même profil étrange. Mêmes scenari étranges. Seuls les visages changent. Toutes les histoires d’amour sont les mêmes. Toujours les mêmes problèmes. Toujours les mêmes dilemmes. » (cf. la chanson « L’Inconstant » d’Étienne Daho) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Drift » (2000) de Quentin Lee, Carrie, la meilleure amie de Ryan, le héros homosexuel, demande avec lassitude à ce dernier qui l’appelle « encore » sur son portable (« Joel ou Leo ? »), comme si Ryan enchaînait les mêmes histoires d’amour foireuses et passionnelles. Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, le constat d’une fatalité amoureuse homosexuelle est fait par Mike, le narrateur : « À la place de l’excitation d’une nouvelle rencontre, je ressens de l’abattement. Je regrette mon idée. C’est une fois encore la même chose, la même histoire, avec les mêmes protagonistes et la même fin, connue d’avance. […] Chui du genre à en avoir marre d’enchaîner les mecs comme si je savais faire que ça ! » (p. 60) Le sentiment de déjà-vu, d’éternel retour, de stagnation existentielle et amoureuse, même s’il rassure dans un premier temps, est un enfer à vivre.

 

Dans les fictions homo-érotiques, la communauté homosexuelle est connue pour être un concentré d’uniformité, une foule de personnes qui se croient originales mais qui se copient entre elles sous prétexte d’être en opposition avec les normes identitaires et amoureuses dictées par la société : « Je croise sur le trottoir de la rue Bonaparte dix, quinze folles de boutique. Peut-être j’en connais quelques-unes, je les confonds toutes. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 15) ; « J’en vois partout parce qu’il y en a partout ! Ça sort des placards ! » (Sibylle par rapport aux homos, dans la pièce En circuit fermé (2002) de Michel Tremblay) ; etc.

 

Le clonage qu’incarnent ou qu’incarneraient les membres du « milieu homo » n’annonce rien de bon sur la qualité de leurs rapports amoureux : il est plutôt l’illustration que toute violence humaine vient souvent de l’excès de ressemblances, ou du désir d’uniformité (appelé au mieux « jalousie », au pire « égalité »…) : « Je ne vois que des méchantes, le nez en l’air, méprisantes. » (un homo parlant des « clones » du Marais, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Ce qui est chiant avec vous les gays, c’est que vous voyez des gays partout. » (le Dr Katzelblum s’adressant à ses deux patients en couple homosexuel Benjamin et Arnaud, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc. Par exemple, dans le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh, Glen se moque ironiquement auprès de son nouvel amant Russell de leur cercle de « nains de jardin gays » qu’ils courtisent/qui les courtisent habituellement.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le désir homosexuel de clonage :

Un certain nombre de personnes homosexuelles abordent réellement la question du clonage. Elles pensent qu’elles sont, depuis la naissance, une photocopie, et non un original. « Hôpital général de Brazzaville. À deux heures dix, passées de minuit, des sanglots suffoqués évoquaient les instants fatidiques de ma vie. Dans une chambre à la lumière tamisée, où s’entassaient des nouveaux-nés dans des berceaux semblables les uns aux autres, j’étais comme quelque chose qui s’éveillait et combattait sa propre existence. » (cf. la toute première phrase qui ouvre l’autobiographie Le Flamant noir (2004) de Berthrand Nguyen Matoko, p. 11)

 

Par exemple, le romancier homosexuel Eddy Bellegueule (dont le pseudonyme est Édouard Louis) possède tous les ingrédients existentiels concrets pour s’imaginer qu’il est un clone de lui-même, qu’il n’existe pas en tant qu’être unique et désiré : il arrive après un enfant mort en fausse couche et avant deux jumeaux ! D’ailleurs, il cite sa propre mère : « Ton père voulait avoir un gosse, bon, il voulait une petite fille, mais on t’a eu toi, il voulait l’appeler Laurenne, j’avais râlé, je veux plus de fille, plus de pisseuse, et donc on t’a eu toi vu qu’on avait perdu l’autre. Ton père il l’a mal pris d’avoir perdu le premier gosse, il a mis du temps à s’en remettre. Il arrêtait pas de pleurer. Ça a pas été trop dur, parce que je suis une bonne reproductrice, je suis quand même tombée enceinte alors que j’avais un stérilet, et j’ai eu des jumeaux [mes petits frère et sœur], alors bon, et ça reste entre nous, mais ton père il a un sacré engin. » p. 76-77) C’est la raison pour laquelle il explique en interview qu’à travers son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule (2014), il veut « rompre avec ce qu’on avait fait de lui pour se réinventer ». Autrement dit, il a essayé d’opérer sur sa personne deux actes totalement liés symboliquement : le suicide et le clonage.

 

Vidéo-clip de la chanson "Mao Boy" d'Indochine

Vidéo-clip de la chanson « Mao Boy » d’Indochine


 

Chez beaucoup de personnes homosexuelles, le clonage est avant tout un fantasme esthétique très fort, un moyen de se starifier ou de gommer leur passé (ceci est très net chez les individus transgenres et transsexuels ; un peu moins extrême et sérieux chez l’individu homosexuel lambda). « Mes idées, ce sont mes mecs. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) Par exemple, dans la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo, tous les comédiens de la Compagnie Ouvre le Chien deviennent physiquement des clones de David Bowie métamorphosé en Ziggy Stardust. En 1973, Michel Journiac a réalisé deux moulages d’après son propre visage.

 

CLONAGE Lonely Lisa

Vidéo-clip de la chanson « Lonely Lisa » de Mylène Farmer


 

La tentative de clonage n’est pas qu’amoureuse. Elle est aussi et d’abord identitaire (cf. je vous renvoie à la partie sur la « peur d’être unique » dans le code « Moitié » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Certains comédiens, notamment transgenres et/ou transsexuels s’essaient à l’atavisme de personnalité sur leurs spectateurs. Par exemple, dans son one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), David Forgit, le travesti M to F, prétend cloner les trois prostituées qu’il interprète (la mère, la grand-mère et la fille) et investir le corps de chacun des membres du public, par son inversion physique et comportementale des sexes : « Je suis bisexuelle. Bisexuée. Je porte les deux sexes. J’ai été envoyée par des extra-terrestres. […] N’oubliez jamais ça : en chacun de nous sommeille une mémé comme moi. » dit la vieille Huguette ; « Mes sœurs salopes, prenez le taureau par les couilles ! » conclut la fille Gwendoline.

 

Beaucoup d’icônes gays s’amusent d’ailleurs à se cloner : cf. les vidéo-clips des chansons « As » de George Michael et « Crazy » de Seal, le film « The Lady From Shanghai » (1948) d’Orson Welles (avec le visage démultiplié de Rita Hayworth), le vidéo-clip de la chanson « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « Viva Forever » des Spice Girls, la publicité Pepsi de Britney Spears (apparaissant à différentes époques), le vidéo-clip de la chanson « J’ai pas 20 ans » d’Alizée, le vidéo-clip de la chanson « Du temps » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « Nothing Really Matters » de Madonna, le vidéo-clip de la chanson « Can’t Get You Out Of My Head » de Kylie Minogue, le vidéo-clip de la chanson « Black Or White » de Michael Jackson, etc.

 

Vidéo-clip de la chanson "As" de George Michael et Mary J Blige

Vidéo-clip de la chanson « As » de George Michael et Mary J Blige


 

En toile de fond, le phénomène de la starification laisse entrevoir le problème de la schizophrénie. En effet, à force de se voir projetée sur différents écrans ou dans beaucoup de films, la vedette est tentée de croire qu’elle a été capable de s’auto-cloner, et donc de douter de son unicité : « Je suis régénérée. J’ai des tonnes d’idées et tellement à faire que je devrais me cloner pour tout mener à bien. » (la chanteuse Madonna, à l’occasion de la sortie de son album « Hard Candy », citée dans la revue Le Figaro Madame du 5 avril 2008)

 
 

b) Beaucoup de sujets homosexuels ont cristallisé leur désir homosexuel sur une personne de leur existence (en général un premier amour d’adolescence mythifié) et passent leur vie adulte avec les clones imparfaits de l’éphèbe disparu :

Bien des personnes homosexuelles envisagent l’amour comme un clonage, ou alors voient l’amant comme un clone d’elles-mêmes : « Aimer sa semblable, c’est vouloir se mettre au monde une deuxième fois. » (Marie-Jo Bonnet, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? (2004), p. 126) ; « L’amour fantasmé vaut mieux que l’amour vécu. » (Andy Warhol) ; etc.

 

Le clonage est un fantasme identitaire et amoureux très répandu dans les rangs homosexuels. En général, en amour, le sujet homosexuel fait une fixette sur un amant disparu, cinématographique, immatériel comme un mirage, qu’il essaie tant bien que mal de remplacer/concrétiser/ressusciter par le biais de clones imparfaits de ce dernier. « Marcel Proust devait partir en quête d’un nouveau visage qui ressemblaient aux précédents. Car, comme Charlus, il fut toujours fidèle à un même type que le désir lui avait fait choisir. » (Michel Larivière, Dictionnaire des homosexuels et bisexuels célèbres (1997), p. 286) ; « Le Beau Pâris a marqué mon destin ; tous les hommes que j’ai désirés par la suite lui ressemblaient un peu. » (Denis Daniel à propos de son amour de jeunesse surnommé « Pâris », dans son autobiographie Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 26) ; « Mon bien-aimé, je ne l’ai vu qu’une seule fois. Je ne l’ai plus jamais revu. C’était un Tunisien. » (Bruno Bisaro au public, avant d’entamer sa chanson « Aimez-moi », dans la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée, 2008) ; « J’ai une théorie. Les Alexandre sont tous beaux. » (l’écrivain Ron l’Infirmier, au micro de l’émission Homo Micro de RFPP, le 12 février 2007) ; « Évasions momentanées où ma conscience exigeait que tous les garçons ressemblent à Abdel. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant de son coup de cœur pour Abdel, un délinquant tué par les flics, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 99) ; « À l’âge de 15 ans, se souvient Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895), il eut sa première éjaculation nocturne. À cet âge, il aurait été séduit par un homme de trente ans. Il était très attiré par des soldats de 20 à 22 ans, dont il faisait le portrait en secret, ce qui suffisait à l’enflammer. Selon lui, l’homosexualité était prédominante dans l’armée allemande. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 79) ; « Dans sa jeunesse, Thomas Mann a été éperdument épris de ce Paul Ehrenberg, fils d’un professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Dresde. Cette passion a été si forte qu’il évoque encore une trentaine d’années plus tard dans ses carnets intimes. » (idem, p. 120) ; « Vendredi 20 décembre 1918. [À une soirée au club] J’ai été accaparé par un jeune homme élégant au visage de garçon gracieux et un peu fou, blond, beau type d’Allemand, plutôt fragile, qui m’a rappelé Requadt, et dont la vue m’a sans aucun doute fait une impression telle que je ne l’avais plus constatée depuis longtemps. Était-il simplement en tant qu’invité au club, ou vais-je le revoir ? Je m’avoue de bon gré que cela pourrait devenir une aventure. » ; « Samedi 21 décembre 1918. […] Je voudrais, plein d’esprit d’aventure, revoir le jeune homme d’hier. – Neige. Le soir, gel. » (Thomas Mann, cité dans Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 121) ; etc.

 

On peut penser par exemple à l’« Hubert » de Jean-Luc Romero, au « Maximin » de Stefan George, au « Vic » de François Reynaert, au « Julien » d’Yves Navarre, au « Ninon Cesarini » de Jacques Fersen, au « Frédéric » de Nicolas Bacchus, aux « Luca(s) » de Philippe Besson, au « Dylan » de Jean-Claude Janvier-Modeste, etc. Au long de leur parcours affectif et sentimental, une grande majorité de personnes homosexuelle courent après un modèle précis de garçons (ou de filles, dans le cas lesbien) – que catalyse cet amant mi-réel mi-fictionnel idéalisé avec le temps et les sentiments – plutôt qu’après un être humain réel, vivant et debout. Dans le cas de l’amour homosexuel, le fantasme humanisé (autrement dit la projection narcissique) semble avoir précédé l’Humain. Par exemple, entre 1877 et 1879, quand il est professeur à Rethel, Paul Verlaine s’éprend de la copie conforme de Rimbaud, Lucien Létinois. Dans l’essai Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, Jacques, le vieux couturier, a pour modèle et amant le jeune cadet de 16 ans, Pedro, qui ressemble plus à une apparition divine androgynique qu’à un être unique incarné : « Il s’immobilisa, interloqué devant cette nudité inattendue. ‘C’est un rêve. C’est un ange descendu sur terre’, soupira le vieux couturier. » (p. 261)

 

Tableau Un Coin de table de Henri Fantin-Latour (avec Paul Verlaine et Arthur Rimbaud)

Tableau Un Coin de table de Henri Fantin-Latour (avec Paul Verlaine et Arthur Rimbaud)


 

Dans ses Mémoires (1996), Gore Vidal raconte qu’il pleurera toute sa vie son amour de jeunesse Jimmie Trimble, mort brutalement à 19 ans sur l’île d’Iwo Jima (« Je n’ai jamais rencontré de nouveau mon autre moitié. », p. 53), et qu’il cherchera à « mal remplacer » en couchant avec des hommes qu’il n’aimera jamais vraiment, comme pour se venger de ce cruel coup du sort… ou de sa propre naïveté à faire perdurer un amour irréel de manière si catastrophique. D’ailleurs, quand il a une aventure génitale avec son ami Jack Kerouac, il décrit comment l’image de son premier amant s’est superposée au second : « Sous la douche, l’espace d’un instant, il [Jack Kerouac] eut 14 ans ; je ne voyais plus le sombre Jack aux muscles relâchés, mais bien le blond Jimmie, sinon que Jimmie, à 14 ans, était à la fois plus sérieux et plus mûr que Jack… » (idem, p. 350)

 

Pier Paolo Pasolini, le réalisateur italien, était attiré par les jeunes hommes des quartiers populaires, et celui qui l’a assassiné (Pelosi) correspondait à leur typologie : « Pelosi avait le physique type de la beauté populaire des jeunes Borgatari. » (la voix-off du documentaire « L’Affaire Pasolini » (2013) d’Andreas Pichler)

 

Dans le discours de beaucoup de personnes homosexuelles, l’amant est présenté comme un être pluriel, divisé, portant différentes casquettes et masques, un homme multiplié comme un clone. « Manolo a toujours été mon père, mon frère, mon compagnon, mon mari, toute ma vie. » (Juan Rodríguez à propos de son copain mort Manolo, dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta sur Play Cuatro, diffusé en juin 2011) ; « Hier, épreuve singulière. Un inconnu, un M. Bessy, est venu me proposer d’écrire un essai sur les masques mortuaires de personnages célèbres. Il me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green parlant d’un ancien camarade de classe, dans son autobiographie L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; etc.

 

Même si cela ne fera pas plaisir à tout le monde que je l’écrive, j’ai remarqué à de nombreuses reprises dans la réalité que lorsque les personnes homosexuelles vivaient un gros chagrin d’amour concernant une de leur relation amoureuse homosexuelle passée, ce n’était pas tant la personne de l’amant qu’elles pleuraient à chaudes larmes que l’illusion d’amour/d’identité que cette personne aimée soutenait comme elle pouvait : « J’écris pour retrouver Malcolm, évidemment, ou plutôt sa figure, ce qu’il représente. » (Hugues Pouyé parlant de son amant, dans le site Les Toiles roses, en 2009)

 

L’amoureux homosexuel préfère pleurer un amant trop brutalement disparu mais qui au moins confortera par son absence l’idée que l’« Amour homosexuel » existe éternellement (sans preuve concrète, tout paraît plus solide et vrai !) plutôt que de reconnaître qu’il n’a pas aimé vraiment, et que son amant, s’il avait été vivant, lui aurait offert une vie et un amour bien peu nourrissants. Le deuil lui permet de conforter incognito ses utopies amoureuses personnelles, de dorloter secrètement ses désirs narcissiques de mort, de cultiver son attraction abyssale pour l’amour impossible, et de mettre toutes ces manigances de Drama Queen à l’abris de la critique.

 

L’amant absent n’est finalement que le prétexte et la diversion d’une autre de nos peines, plus légitime cette fois : la tristesse de la pratique de l’homosexualité. Quand un « amour » homosexuel se termine, on désespère surtout du fardeau existentiel/du mensonge amoureux qu’on s’impose souvent à nous-mêmes à vouloir cet amour vrai, magnifique, et éternel ; on désespère de se relancer dans une recherche harassante des clones d’un amant possible mais peu idéal.

 

De ma propre expérience, j’ai rencontré dans le « milieu homosexuel » énormément de potes et d’amis qui m’ont confié en tête à tête qu’ils avaient l’impression d’enchaîner sans fin les « amourettes » peu comblantes, de courir après un amant immatériel, qui n’existait pas, et qui n’était que la projection idéalisée d’eux-mêmes. Un objet d’expiation de leur propre culpabilité de ne pas s’estimer suffisamment eux-mêmes, de ne pas se sentir aimés, ou bien d’agir homosexuellement. « Peu à peu, je fis mon chemin dans le milieu. Toujours dans un cadre très discret, je passais d’un appartement à un autre, d’un corps à un autre, aucune contrarié par le manque de plaisir, alors que dehors, j’étais l’être le plus anonyme dépourvu d’intérêt. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 114)

 

Dessins de Roger Payne

Dessins de Roger Payne


 

Par exemple, dans ses dessins pornographiques vintage réalistes, il est facile de constater que le nord-américain Roger Payne reproduit toujours le même type d’hommes, avec un visage et une pilosité identiques… comme s’il cherchait à donner corps à un pur produit de son imaginaire intérieur, à un être à figure humaine mais qui au fond n’existe pas dans sa réalité relationnelle concrète… comme s’il essayait finalement d’actualiser/de satisfaire par son crayon un fantasme mono-maniaque inaccessible.

 

Je sais, pour ma part, que mon désir homosexuel s’origine pareillement sur une fixation narcissique à mon propre reflet projectivement valorisé, puisque je ne suis attiré sexuellement et fantasmatiquement que par un seul type d’homme-image précis : les hommes hispaniques très poilus (ceux que je pourrais être aux yeux des autres). Autrement dit, mon homosexualité m’oriente vers des clones de moi-même, des « moi … mais en mieux », car dans la réalité, je n’ai jamais été attiré sexuellement ni par moi-même, ni par mon frère jumeau, ni par mon père, ni par mes copies conformes humaines. C’est pourquoi je parle bien ici prioritairement de clone, d’être fantasmé, d’homme-image, plus que d’un être de chair et de sang qui existerait dans mon histoire. Jusqu’à ce jour, je n’ai jamais su m’expliquer autrement que par un phénomène inconscient de « narcissisme imparfait » pourquoi mon désir génital homosexuel s’était durablement fixé sur cet archétype de masculinité très spécifique que je n’ai croisé ni à l’école, ni au collège, ni dans ma propre famille, ni dans mon entourage proche : j’ai toujours louché sur le carré de poils qui dépassait d’une chemise, exactement comme certains hommes dits « hétéros » loucheraient spontanément sur la poitrine des femmes… et cette obsession purement plastique et corporelle (quasi fétichiste et clonesque) reste une énigme pour moi, encore aujourd’hui.

 

"Livre blanc" de Copi

« Livre blanc » de Copi


 

Le clonage est aussi une réalité désirante collective : la communauté homosexuelle est connue pour être un concentré d’uniformité, une foule de personnes qui se croient originales mais qui se copient entre elles sous prétexte d’être en opposition avec les normes identitaires et amoureuses dictées par la société, sous prétexte de défendre une « égalité des droits » présentée comme indiscutablement juste : « Il n’y avait vraiment que des hommes sur cette plage. Tous des clones. […] Tous bodybuildés. » (Gaël-Laurent Tilium décrivant une plage gay d’Ibiza, dans son autobiographie Recto/Verso (2007), p. 216) ; « J’ai vécu assez longtemps pour savoir que j’appartiens à une certaine catégorie de femmes qui ne sont originales qu’en apparence. Quand je me rends dans une assemblée de deux cents goudous, je repère mes semblables au premier coup d’œil. Sans nous être concertées, nous arborons toutes la même panoplie, ce qui est la preuve que nous avons subi un conditionnement identique. » (Paula Dumont, Mauvais genre (2009), p. 8) ; « J’ai, au cours de mon existence, rencontré de nombreusesbutchs qui n’ont jamais ouvert que L’Auto Journal ou L’Équipe et qui me ressemblent comme des sœurs jumelles. » (idem, p. 87) ; « Sous l’apparence constitutionnelle de la liberté d’expression, les clones ont conquis le pouvoir des médias et se sont attribué le pouvoir de contrôler les sources d’information. » (Philippe Guillaume, La République des clones, 1994) ; etc. Par exemple, dans son autobiographie La Mauvaise Vie (2005), Frédéric Mitterrand décrit les « ballets de clones » (p. 331) gravitant dans le « milieu homosexuel » asiatique.

 

CLONAGE Stereotypes

« Nous demandons aux médias la fin des stéréotypes sur les gays ! »


 

Avant de s’étendre à tous les communautaires, à la base, le terme de « clone » ne concernait que les hommes « bear » : « Un clone est un homme qui travaille sa virilité. Dans sa version vintage de 1978, ça donne : moustache, barbe, gym, jeans 501, tee-shirt blanc et chaussures Red Wing. » (cf. la revue Têtu n°127, novembre 2007, p. 86) Mais avec le temps, on voit que le clone-bear a servi de prototype à de nombreux sous-ensembles de clones homosexuels.

 

En cherchant à devenir un seul et même modèle (= l’Homme-objet asexué, l’Androgyne tout-puissant), la grande majorité des personnes homosexuelles sont dans un processus inconscient de mimétisme d’elles-mêmes. Et elles s’étonnent ensuite d’être aussi facilement catalogables sous forme de grandes sous-parties homosexuelles marchandes (bear, daddy, minet, crevette, efféminé, fem, butch, etc.)…

 

Clubbing 100% gay et 100% hommes

Clubbing 100% gay et 100% hommes


 

J’ai déjà passé une soirée à l’Amnésia, la boîte parisienne de Johnny Hallyday, vers 2005, pour un tea dance exclusivement « réservé aux mecs », et j’ai vu de mes propres yeux une fosse – qu’on appelle aussi piste de danse – bourrée à craquer de plusieurs centaines d’hommes torse poils, huilés, épilés, et bodybuildés (beurk…), que je ne pensais croiser que sur les couvertures de Têtu, et qui étaient, vus de loin, de parfaits clones ! J’ai mesuré combien l’anti-conformisme et le poncif de la « différence à tout prix » n’étaient qu’une recherche voilée de conformisme qui ne s’assumait pas comme tel, que l’illustration d’une « diversité de supermarché » qui impose un seul modèle standard, déshumanisé.

 

Le clonage qu’incarnent ou qu’incarneraient les membres du « milieu homo » n’annonce rien de bon sur la qualité de leurs rapports amoureux : il est plutôt l’illustration que toute violence humaine vient souvent de l’excès de ressemblances, ou du désir d’uniformisme (appelé au mieux « jalousie », au pire « égalité »…).

 

Paradoxe du désir homosexuel (le désir idolâtre par excellence, c’est-à-dire un élan pour et contre lui-même) : le clone que les personnes homosexuelles recherchent – parfois toute leur vie – est en réalité un « tue-l’amour », un fantasme qui, dès qu’il se concrétise « le moins mal possible » à travers un amant plastiquement et comportementalement agréable, finit malgré tout par plomber le désir d’aimer, ennuyer profondément, et ne pas durer : « Pourquoi le cacher ? Il faut qu’une femme soit féminine pour m’attirer, les garçons manqués comme Martine, dans la mesure où ils me ressemblent trop, ne m’inspirent que des sentiments asexués » (p. 35) déclare la pourtant très masculine écrivaine Paula Dumont dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010).

 

J’ai souvent évoqué dans mes écrits la parenté existante entre homosexualité et gémellité (cf. je vous renvoie au code « Jumeaux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Et je crois qu’elle s’explique par le fait que l’amour homosexuel et la gémellité peuvent tous deux donner l’illusion de l’auto-engendrement de soi-même par soi (ou par quelqu’un qui lui ressemble vaguement), bref, l’illusion que le clonage humain est possible et beau, à travers la science, la Nature, ou l’« amour ». Or, bien entendu, les faits montrent que le couple homosexuel tout comme le duo gémellaire, s’ils s’apparentent à des formes de clonage, sont des faux clonages, des clonages incomplets… et souvent des clonages ratés quand les êtres humains se forcent à les croire complets et vrais ! En effet, même deux vrais jumeaux, tout en étant semblables et possédant le même patrimoine génétique, resteront uniques et non-identiques ; et dans un couple homosexuel, il faut peu de temps pour se rendre compte que son partenaire amoureux est à des années lumière de nous ressembler, quand bien même il ait de prime abord un corps semblable au nôtre !

 
 

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Code n°46 – Destruction des femmes (sous-codes : Misogynie homosexuelle / Femme-singe / Femme-pute)

Destruction des

Destruction des femmes

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Les personnes homosexuelles : meilleurs ami(e)s des femmes ??? C’est une blague ou quoi ?

 

Tout est dans cette phrase : « Cette femme, j’ai aimé la haïr. » (Heinrich dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 198) En règle générale, les personnes homosexuelles pensent sincèrement aimer la femme par la haine. Quand on comprendra qu’elles entretiennent avec la femme réelle – qu’elles confondent avec la femme cinématographique – une haine jalouse, on aura touché à une des plus grandes clés de l’énigme de l’homosexualité !

 

C’est en me baladant (par hasard ?) au Centre Pompidou de Paris en avril 2005, à l’exposition consacrée au réalisateur homosexuel allemand Rainer Werner Fassbinder, que la misogynie du désir homosexuel m’est apparue dans toute son horreur, toute sa banalité aussi. En effet, dans un pauvre coin du sous-sol du Centre, déserté des visiteurs, était projeté sur un écran géant une succession de toutes les nombreuses scènes des films de Fassbinder où les femmes sont giflées, battues, humiliées, écrasées par des voitures, tuées, à quatre pattes… le tout diffusé sans son, dans un silence glaçant, qui passerait presque inaperçu. Je croyais rêver. Qui avait fait ce montage ? Et surtout, pourquoi un réalisateur tel que Fassbinder, qui a toujours aimé mettre les femmes au centre de sa vie et de son cinéma, en donna une image aussi désastreuse ? Je touchais là à un des grands paradoxes du désir homosexuel : adorer (quelqu’un qui n’est pas Dieu) n’est pas aimer, mais en fin de compte souhaiter détruire. Et j’ai trouvé un élément de réponse à ce paradoxe de la vénération homosexuelle de la femme dans mon propre rapport aux femmes réelles et cinématographiques, et dans le rapport des personnes homosexuelles elles-mêmes à la gent féminine. Je me suis dit qu’il n’y avait pas d’amour dans tout cela : il y avait surtout de l’idolâtrie. Une fascination identificatoire inconsciente, qui ressemble à de l’Amour ou à de la rêverie, mais qui est en réalité du fanatisme destructeur. Pour nier cette violence en germe, la société s’amuse à faire croire au mythe d’un légendaire copinage entre les garçons « sensibles » et les filles. Mais avons-nous de la merde dans les yeux pour croire encore à cette fausse idylle amicale ?

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Bergère », « Prostitution », « Matricide », « Violeur homosexuel », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « FAP la « fille à pédé(s) » », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Actrice-Traîtresse », « Poupées », « Sirène », « Duo totalitaire lesbienne/gay » et « Carmen », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

La faute impardonnable

 

Film "Reflets dans un œil d’or" de John Huston

Film « Reflets dans un œil d’or » de John Huston


 

Comme la femme réelle (non-hétérosexuelle et non-homosexuelle) ne correspond évidemment ni à son image parfaite de victime blonde ni à celle de tigresse machiavélique toute-puissante, elle finit par apparaître comme une traîtresse décevante aux yeux de beaucoup de personnes homosexuelles qui pensaient s’être mis en quatre pour la mettre sur un beau podium. « C’est ça que je n’aime pas chez la femme : c’est cette fragilité. » (Alain dans le reportage « Jeune homme à louer » (1992) de Mireille Dumas) ; « L’imperfection du féminin est la plus grande des fautes. » (la Reine Christine, pseudo « lesbienne », dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; etc. La femme-objet, qui leur avait promis de ne jamais collaborer avec l’ennemi bourgeois capitaliste et patriarcal, de rester éternellement vierge, n’a pas tenu ses promesses. Mais plus que pour son indécence, elle est fautive de ne pas parvenir à être universelle ni totalement réelle, de ne pas devenir celui qui désire s’y identifier. Elle incarne un rêve collectif impossible que beaucoup de personnes homosexuelles ont elles-mêmes construit ou contribué à fomenter : c’est là son seul crime… mais il est énorme ! Beaucoup de personnes homosexuelles décident alors de se venger des simples femmes « mortelles » qui les entourent et de prendre leur distance avec elles. La plupart du temps, l’ensemble des femmes réelles paient pour la trahison d’une poignée d’actrices opportunistes et lâches. Dans les créations homosexuelles, ce sont souvent les personnages impuissants et homosexuels qui finissent par violer leur idole féminine ou leur meilleure amie.

 
 

La misogynie homosexuelle inattendue

 

Planche "Sida" dans la B.D. "Le Monde fantastique des gays" de Copi

Planche « Sida » dans la B.D. « Le Monde fantastique des gays » de Copi


 

Actuellement, les media et la communauté homosexuelle se plaisent à nous faire croire que les personnes homosexuelles sont les meilleurs amis des femmes (cf. l’article « George Cukor, l’homme qui aimait les femmes… (jusqu’à un certain point !) », sur le site suivant). Rien n’est plus faux ! Certains hommes gay, connus pour être doux comme des agneaux avec les filles (ils passaient parfois leur temps en leur compagnie depuis la cour d’école), ou les « hommes de compagnie » des vieilles bourgeoises, se prennent volontiers pour l’antithèse des « machos ». Mais il suffirait qu’ils se penchent un peu sur leurs propres discours, créations artistiques et fantasmagorie pour changer d’avis ! Il y a parmi eux énormément de misogynes qui à la fois s’ignorent et qui revendiquent ouvertement leur aversion pour les femmes.

 

Ne nous y trompons pas. Beaucoup de personnes homosexuelles n’ont pas compris la femme réelle, et veulent régler leurs comptes avec celle qui leur aurait imposé un « martyr d’amour à dix-huit ans » (Arthur Rimbaud, Un Cœur sous la soutane, 1869-1872) parce qu’elles ont eu le malheur de la sacraliser dans leur jeunesse. Elles n’ont majoritairement perçu que l’enveloppe émotionnelle, sentimentale, plastique ou scientifique, de la femme, celle qui ne donne pas envie de percer plus loin le mystère féminin. Elles célèbrent une femme idéale qui n’est pas la femme réelle. La femme de chair et de sang, elles la transforment en « spectre du sex-appeal » (comme dirait Salvador Dalí), en caricature de petite fille modèle ou de matrone autoritaire, en monstre sacré intouchable avec qui elles pourraient maintenir une relation platonique à distance. Mais au fond, elles passent à côté.

 

Certaines psychanalystes féministes actuelles qui annoncent que l’arrivée des personnes homosexuelles et des femmes aux commandes du monde audiovisuel et professionnel va « préserver l’image de douceur de la femme » (Loïs Bonner dans le documentaire « Pin-Up Obsession » (2004) d’Olivier Megaton) se voilent complètement la face, surtout quand nous prenons conscience que la plupart des membres de la communauté homosexuelle, en collaboration avec des individus machistes et hétérosexuels (Russ Meyer, John Waters, et bien d’autres), ont contribué à construire et à intérioriser des images insultantes ou déréalisées de la gent féminine. Les personnes homosexuelles sont héritières, et parfois conceptrices, de la culture de l’image violente de la femme née après la Seconde Guerre mondiale (cf. je vous renvoie à l’important documentaire d’Olivier Megaton, « Pin-Up Obsession », diffusé sur la chaîne ARTE le 21 novembre 2004, et qui retrace l’inquiétante histoire de la vision de la femme dans nos médias).

 

Le paradoxe se situe dans le fait que la misogynie homosexuelle passe par la glorification de la femme imagée. Au cinéma par exemple, certains réalisateurs homosexuels ont parfois le don de la sublimer, de la rendre magnifique, de capter finement la psychologie et la sensibilité féminines. Et pourtant, c’est précisément parce qu’ils prétendent résoudre comme une équation esthétique ou émotive celle qui restera pour eux un mystère corporel et symbolique tant qu’ils se déroberont à elle qu’ils passent précisément à côté de son identité profonde. Catherine Breillat a tout à fait raison de parler du « regard intégriste sur la femme » (« Entretien… avec Catherine Breillat » (2004) de Gaillac-Morgue) porté par la majorité des individus homosexuels, car tel est le cas, y compris dans l’idéalisation.

 

Par leur imitation de la femme glamour, beaucoup de personnes homosexuelles ne rendent pas hommage à la femme réelle puisqu’elles la réduisent à une poupée Barbie, à une chanteuse sophistiquée de music-hall, ou à une actrice de films X. Le travestissement (chez les hommes gay) ou le refus radical du travestissement féminin (chez les femmes lesbiennes, et même chez les personnes transsexuelles : pour se dire travesti, il faut déjà avoir conscience d’être déguisé ; or, comme pour certaines, le déguisement est leur être profond, elles ne pensent pas se travestir (Vincent McDoom dans le magazine Égéries, n°1, décembre 2004/janvier 2005, p. 52) !) se veulent un chant à la femme. En réalité, il s’agit pour elles d’être « plus que femme », d’imiter la bombe sexuelle ultra-siliconée ou la grande actrice hollywoodienne. Au bout du compte, la surféminité est conquise par un dépassement du féminin, une caricature de femme-objet, ou (pour le cas lesbien) un rejet viscéral du « féminin d’accessoire » se traduisant par son absorption inconsciente par une sur-virilité d’apparat.

 

La passion homosexuelle pour la femme cache en réalité un sublime mépris. Plus les actrices connaissent un destin tragique, un succès foudroyant et éphémère, une réputation de pestes, plus elles ont de chances de devenir des icônes gay. Nous ne sentons pas d’amour entre les personnes homosexuelles et la femme médiatique. C’est bien plus fort et plus vil que cela. On va jusqu’à la folie passionnelle du fan prêt à défigurer sa star pour s’approprier le droit d’être le seul à la violer iconographiquement. Les artistes homosexuels qui toute leur vie ont le plus célébré la femme sont aussi ceux qui l’ont le plus maltraitée, au moins à l’écran, et parfois concrètement. C’est une triste réalité qu’il faut bien reconnaître.

 

Il arrive aussi que les femmes lesbiennes s’attaquent énormément aux femmes. Je peux vous assurer qu’on rencontre beaucoup plus de femmes machistes et misogynes dans les rangs lesbiens que parmi les femmes et les hommes dits « hétérosexuels ». Ces femmes si heureuses d’être « plus que des hétérosexuelles » méprisent très souvent les femmes mariées, bisexuelles, ou trop conformes aux canons de la beauté féminine définis par les media. Elles associent en général leur beauté de femmes à la superficialité, la maternité au summum de la soumission, l’engagement dans le mariage à un emprisonnement et un viol, la réalité de leur nature spécifique de femmes à une simple étiquette culturelle ou à un destin anatomique aliénant. Il n’est pas rare d’en entendre certaines – celles qui paradoxalement se battent pour l’homoparentalité ou le mariage gay – mépriser les femmes enceintes (Anne Hurtelle dans l’émission Ça se discute, sur la chaîne France 2, le 18 février 2004) en les traitant par exemple de « poules pondeuses » (véridique).

 

Croire que les femmes ne peuvent pas être machistes est précisément une attitude machiste. Le machisme, au fond, n’est que le mépris ou la célébration excessive de la faiblesse humaine : il n’a pas, comme certains se plaisent à le croire, de sexe ni d’orientation sexuelle prédéfinis. Beaucoup de femmes lesbiennes n’aiment pas la femme réelle, même si elles prétendent la défendre par une image victimisante. En voulant tirer la couverture à elles sous prétexte qu’elles seraient femmes (… éternellement spoliées et fières de l’être), elles oublient que le machisme est également l’affirmation d’une homosexualité féminine assumée. Cathy Bernheim, dans son autobiographie L’Amour presque parfait (2003), a tout dit quand elle écrit qu’« elle doit être un peu macho quelque part, au niveau du désir » (p. 132). Le lesbianisme semble être majoritairement une obéissance docile aux codes du machisme et du matriarcat, tout comme l’homosexualité masculine. Que certaines femmes lesbiennes ne s’étonnent pas que tout comportement ou apparence relevant du masculin social violent soit souvent perçu comme symptôme de lesbianisme. Les plus bisexuelles d’entre elles sont généralement les premières à affirmer que les hommes dits « hétérosexuels » sont en général bien plus doux avec elles que ne le sont leurs camarades lesbiennes, les premières aussi à dénoncer leur misogynie et leur haine d’elles-mêmes traduite en misanthropie (Marguerite Yourcenar, Le Coup de grâce (1938), citée dans la biographie Marguerite Yourcenar (1990) de Josyane Savigneau, p. 144).

 
 

La misogynie enrubannée de rose

 

Au lieu d’avouer frontalement aux femmes réelles qu’elles les rejettent via les femmes médiatiques et qu’elles les considèrent comme des putains, les personnes homosexuelles s’y prennent généralement de manière plus clean, avec des gants de velours. L’éjection se pare des meilleures intentions. L’excuse n° 1, en théorie très valable, trouvée par bon nombre d’hommes gay pour ne pas aller vers les femmes réelles, c’est l’évitement des souffrances : « Si je vais vers une femme, elle souffrira, et moi aussi. » Mais cette souffrance est bien souvent écrite avant qu’elle n’arrive. Certains supportent mal d’entendre Serge Lama chanter que « les amitiés particulières, c’est quand les filles nous font peur ». Mais il n’a pourtant pas tort. Beaucoup d’entre eux sont tétanisés par la femme, et camouflent leur peur par la fausse proximité et l’idolâtrie sincère ou singée. Ils envisagent, à tort mais non sans bons motifs, l’union sexuelle avec la femme comme l’inceste diabolique qu’elle n’est pas, puisqu’ils ont pour la plupart mis leur mère à la place de la femme.

 

Pour convaincre les femmes réelles de ne pas insister en matière d’amour, ils jouent les pestiférés homosexuels, inconsciemment troublés par une maladie incurable qui les dépasse. « Juan-Carlos oserait-il proposer le mariage à une femme s’il connaissait la gravité de son mal ? » (Manuel Puig, Boquitas Pintadas, Le Plus beau tango du monde (1972), p. 120) Ils pensent que les obus de Madonna ou de Dolly Parton les perforeront, que le passage à l’acte sexuel les fera disparaître – au moins symboliquement –, c’est-à-dire qu’il leur fera oublier qui ils sont, les rendra éternellement malheureux parce qu’ils vont commettre un meurtre et voir dans le visage de leur femme pénétrée par eux l’expression de la femme cinématographique violée. « Richard avait un grand respect du corps des femmes. Presque trop. Il avait toujours peur de faire mal. » (la compagne de Tanguy dans le film « L’Ennemi naturel » (2003) de Pierre-Erwan Guillaume) Ils trouvent cette peur de la sexualité anormale et révélatrice d’une identité minoritaire normale – l’homosexualité –, alors que pourtant, aucun homme ne s’aventure sans crainte dans le sexe de la femme, qu’il soit homosexuel ou dit « hétéro ». La sexualité nous met en face de nos richesses et de nos propres morts : ce n’est ni dramatique ni anodin.

 

La misogynie homosexuelle prend parfois une forme plus subtile : celle de la sincérité, de la « mixité de circonstance », celle de la camaraderie temporaire, de l’amitié adolescente en apparence désintéressée… mais en réalité, très intéressée (cf. je vous renvoie au code « FAP la « fille à pédés » » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) et qui cache une grosse misère affective, et du côté de la dénommée « fille à pédés » ( = FAP) et de celui de l’individu homosexuel.

 

L’hypocrisie de l’intégration forcée de la différence des sexes dans un cadre (= le couple homosexuel) qui la rejette trouve son climax dans la simulation de mixité femme-homme au sein de la communauté homosexuelle. J’aborde très largement le rejet des femmes lesbiennes par les hommes gay dans le code « Duo totalitaire gay/lesbien » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

a) La misogynie homosexuelle en mots :

Film "Teorema" de Pier Paolo Pasolini

Film « Teorema » de Pier Paolo Pasolini (et la bonne enterrée vivante…)


 

On retrouve le personnage homosexuel haïssant la femme dans énormément de productions artistiques homo-érotiques : cf. la pièce Hamlet, Prince de Danemark (1602) de William Shakespeare (avec la légendaire misogynie du héros), le film « Reflection In A Golden Eye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec Weldon, l’ours mal léché, méprisant Leonora), la chanson « Cette fille est une erreur » du groupe Taxi Girl, le roman Les Jeunes Filles (1936) d’Henri de Montherlant, le film « Le Petit César » (1930) de Mervyn LeRoy (avec le personnage de Rico), le film « L’Aurore » (1927) de Friedrich Wilhelm Murnau, le film « Amours particulières » (1969) de Gérard Trembaciewicz, le film « Lonesome Cowboys » (1968) d’Andy Warhol, le film « Je vous hais petites filles » (2008) de Yann Gonzalez, la chanson « Henri, pourquoi n’aimes-tu pas les femmes ? » de Dranem, etc.

 

Le héros homosexuel se désigne lui-même comme misogyne, ou bien est traité de misogyne par un autre personnage : « Nous, les lopes, misogynes et misanthropes » (les quatre comédiens de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « C’est un avantage d’être pédé : au moins, on n’a pas à supporter ces connasses ! » (le Dr Labrosse parlant des femmes, dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone) ; « Elles sont idiotes ! » (Étienne et Bill s’adressant à deux de leurs partenaires féminines, dans le film « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy) ; « À l’exception de Cossima, vous avez méprisé les femmes. » (Wagner à Nietzsche, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « Pédale misogyne, va ! » (Daphnée à Luc dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Misogyne en plus… Enfin, ça, c’est pas un scoop… » (Frédérique, l’héroïne lesbienne à son camarade gay Romuald, dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) ; « Son histoire était un concentré de tous les préjugés les plus misogynes. Les filles y étaient présentées comme des caricatures de femelles. Des goules anthropophages, lubriques et frigides à la fois. » (la voix narrative à propos de l’histoire racontée par Jason le héros homosexuel, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 65) ; « Je me méfie des femmes. Comme toi. » (Harge, le héros hétérosexuel, s’adressant à sa femme Carol, l’héroïne lesbienne, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; etc.

 

L’homosexualité est parfois montrée comme la cause ou la conséquence directe de la misogynie ou de la misandrie (haine des hommes) : « À cause d’une femme, il en veut à toute ! » (Jean-Luc parlant de son amant Romuald, dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) Par exemple, dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger, le couple d’amants gay se forme sur la base d’un plan de vengeance contre l’inconstance amoureuse des femmes. Dans la pièce Lettre d’amour à Staline (2011) de Juan Mayorga, l’écrivain Boulgakov, sous l’emprise d’un Staline homosexuel, rejette sa femme Boulgakova, et ne ressent plus rien au lit avec elle : « Tu te sens coupable d’être avec moi plutôt qu’avec elle… » dira Staline, satisfait. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, la misogynie de Georges, l’homme marié bisexuel, va s’accroître à mesure qu’il choisit de devenir un homosexuel exclusif : « Les femmes sont de plus en plus insupportables. » Il se met à rêver d’un monde sans femmes, puis s’en excuse à peine : « On ne peut pas s’empêcher d’espérer l’impossible. C’est humain. »

 

Chez le héros homosexuel, l’aversion pour la gent féminine se manifeste par le désintérêt : cf. la pièce A Woman Of No Importance (Une Femme sans importance, 1894) d’Oscar Wilde, le film « On est toujours trop bon avec les femmes » (1970) de Michel Boisrond, le film « A Mí, Las Mujeres, Ni Fu Ni Fa » (« Les femmes, ni chaud ni froid », 1972) de Mariano Ozores, etc. « Une femme sur les bras ? Qu’est-ce que j’en ferais ? » (Serge dans le film « L’Invité de la onzième heure » (1945) de Maurice Cloche) ; « Le pouvoir et les femmes ne m’intéressent pas. » (Thibaut de Saint Pol, Pavillon noir (2007), p. 13) ; « Faut pas croire. C’est bien, une femme. Ça tient compagnie. Mais après, ça peut devenir très chiant, une femme, quand ça s’y met. » (le héros homosexuel dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé) ; « Sacré boulet, cette Wendy… » (Clark dans la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès) ; « La meilleure femme ne vaut pas un bon cheval. » (une réplique du film « Le Banni » (1941) d’Howard Hawks et Howard Hughes) ; « Les femmes se sont tellement émancipées. » (le Dr Katzelblum, homosexuel, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Pour moi, on ne peut pas faire confiance à une femme. » (Arnaud, homo, idem) ; « Si seulement elles avaient le sens de l’humour… » (le Dr Katzelblum, idem) ; « Aaaaah les femmes… Y’a toujours quelque chose de dérangé dans ces machines compliquées. » (Monsieur de Rênal, le mari efféminé de Louise, dans la comédie musicale Le Rouge et le Noir (2016) d’Alexandre Bonstein) ; « Quelle machine compliquée que la femme. » (idem) ; etc. Par exemple, dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder, quand Joe demande à son ami Jerry lui annonçant qu’il va se marier avec un homme « Pourquoi un homme en épouserait un autre ? », Jerry lui répond du tac au tac : « Pour être tranquille. »

 

Mais bien souvent, l’indifférence laisse place au mépris et à l’insulte claire et nette : « Je parle à vous, femmes traîtresses ! » (Cachafaz à ses voisines, dans la pièce éponyme (1993) de Copi) ; « Ô femelles ennemies ! » (Jean-Luc, le héros homosexuel de la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) ; « Une dame ici ?!? Ce ne peut être que ma belle-sœur. Dites-lui que j’ai détesté sa robe de chambre et que je n’ai pas l’intention de les recevoir. » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Je ne veux pas mourir assassiné par une femme. J’ai passé ma vie à fuir les femmes ! » (idem) ; « Les vraies femmes ?!? Ça va pas ! Quelle horreur !!! » (Pedro dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet) ; « Il en faut du courage pour supporter les gonzesses ! Moi j’ai encore du mal ! Ah moi j’assume, je déteste les femmes. » (la bourgeoise de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Sacré monstre ! » (Ignace à propos de sa future belle-fille, dans la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (2008) de Witold Gombrowicz) ; « Putain de femelles. C’est toujours aux gars de se taper le boulot ! » (l’amant de Gary dans le film « À la recherche de M. Goodbar » (1977) de Richard Brooks) ; « Aaaah les femmes… J’aurais dû épouser un âne ! […] Voyez-vous cher ami, les femmes, c’est pervers. » (Didier s’adressant à son amant Bernard, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Putain de meufs ! » (Matthieu, le héros homosexuel du film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser) ; « Donatienne est en cuisine. Après tout, c’est une femme. » (Bernard, le héros homo parlant de sa meilleure amie, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Y’a tant de femmes ! Y’a tellement de femmes ! Pourquoi l’a-t-il épousé ? » (Cal – interprété par James Dean – parlant de son frère, dans le film « East Of Eden », « À l’Est d’Éden » (1955) d’Elia Kazan) ; « Moi ?!? Être une femme ?!? Oh quelle horreur ! » (Samuel Laroque dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « C’est toutes des sacs à foutre, les bonnes femmes ! » (Simoney dans le film « Cruising », « La Chasse » (1980) de William Friedkin) ; « J’ai envie de pisser comme une femme enceinte. » (Smith, le héros homosexuel, dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki) ; « Vous êtes connes comme des bourriques ! » (Bacchus s’adressant aux trois sœurs Minias, dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré) ; « Une fille moche, ça va sans dire… » (Rodolphe Sand parlant de Rosetta, dans son one-man-show Tout en finesse, 2014) ; « Voici ce qui se passe quand on laisse sortir les femmes de la cuisine ! » (Jean-Jacques, l’un des héros homosexuels refoulés de la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Elle va se taire, la pintade ! » (Ruzy, le héros homosexuel s’adressant à Marilyn, dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) ; « Tu ferais mieux de rentrer chez toi faire tes lessives ! » (Marjan et sa pote s’adressant à Rana, chauffeur de taxi femme, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce La Reine morte (1942) d’Henry de Montherlant, l’Infante lesbienne trouve la femme – qu’elle idéalise en la personne d’Inès de Castro – trop « molle ». Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Simon, le héros homo, est « très exigeant avec les filles », selon les dires de sa meilleure amie Leah. Dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, après avoir adulé l’actrice Sibylle, Dorian Gray la méprise suite à une représentation décevante : « Tu as tout gâché. Tu es vaine et stupide. » Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Jonathan, l’un des héros homosexuels, insulte une femme dans le public de « vieille conne ! » simplement parce qu’il la fait rire. Dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor, Jean-Paul, le héros homosexuel (rentrant un instant dans la peau de Léonard de Vinci) dit à Catherine (interprétant Mona Lisa) qu’elle est « du caca ». Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, qualifie les femmes de « bombonnes de merde » : « Les femmes, tu les déplaces, elles se constipent. »

 

Dans le film « Noureev, le Corbeau blanc » (2019) de Ralph Fiennes, le danseur et chorégraphe homo Rudolf Noureev est misogyne et ignoble avec les femmes, en particulier avec son amie Clara Saint qui semble pourtant amoureuse de lui. Il lui demande d’« arrêter de poser des questions idiotes ». Il refait le même procès en « idiotie » à Xenia, sa prof de danse. Plus tard, avec le plus grand sérieux, il insulte Clara en plein restaurant : « Fuck you ! ». La jeune femme n’est pas rancunière puisqu’après l’avoir emmené dans des clubs de danseuses dénudées, elle l’absout de toutes les crasses et de tous les coups bas qu’il lui a fait subir : « Je te pardonne d’être le plus égoïste des hommes. » dit-elle.
 

Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi et Damien se rencontrent dans une laverie. À priori chacun est hétéro, mais les femmes dont ils parlent sont soit invisibles (Marie, la copine de Damien, et l’ex de Rémi), soit transsexuelles (Vanina). Elles sont tellement dématérialisées que Rémi finit par tomber amoureux de Damien. « Marie ne m’a pas remplacé par un con. Elle a toujours bon goût. » La femme est éjectée du triangle amoureux, après avoir été flattée et exploitée. « J’arrête. Toutes des chieuses ! » (Rémi justifiant son célibat) Les deux hommes découvrent de la lingerie féminine (culotte et soutien-gorge) oublié dans une des machines à laver de la laverie. Au départ, ils singent l’excitation, mais très vite, les dessous affriolants suscitent chez Damien (pourtant en couple avec une femme) le plus grand des dégoûts : « C’est une pute !! Salope !! »
 

Dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le héros homosexuel, ne mâche pas ses mots quant à la gente féminine : « Elles sont vivaces, ces p’tites bêtes. » ; « J’ai été obligé de laisser Cécile étendue sur le sol. C’est pas grave, c’est qu’une fille. On s’en fiche. » ; « Il y a une fille dans mon lit !! Qu’est-ce que je vais faire avec ça ?? J’espère qu’elle ne va pas me toucher, la vicieuse ! Je ne suis pas un sex-toy, Mademoiselle ! » ; « C’est mal fichu, une fille. Il manque l’essentiel ! » ; « C’est pas drôle d’être homo. Y’en a marre, je deviens hétéro. Comment ça marche, une fille ? Ça mange quoi ? Ça boit quoi ? Faut arroser combien de fois par jour ? »
 

Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Arnaud, l’un des héros homos, a des démêlés professionnels avec une collègue de boulot qui l’emmerde. Benjamin, l’amant d’Arnaud, surenchérit : « La peste ! » ; « C’est une sale petite peste de pute de connasse de merde ! » Plus tard, quand Arnaud découvre que Benjamin a eu, dans son parcours amoureux, une aventure avec une femme, lui pique une crise de jalousie : « Quoi ?!? Tu t’es tapé une meuf pour de vrai ?!? Mais c’est dégueulasse !! C’était une lesbienne, c’est ça ?!? »
 

Les femmes sont présentées comme des godiches, des bourgeoises sans cervelle, ou bien des caricatures de féminité fatale/violée, dans des créations telles que le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le film « Girls Will Be Girls » (2004) de Richard Day, la pièce Jeffrey (1993) de Paul Rudnick, la pièce Les Homos préfèrent les blondes (2007) d’Eleni Laiou et Franck Le Hen, le film « Urbania » (2004) de Jon Shear, le film « Boat Trip » (2003) de Mort Nathan, le roman El Día Que Murió Marilyn (1969) de Terenci Moix, le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot, etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, on assiste à une parodie de la chanson « Être femme » de Nicole Croisille, transformée pour l’occasion en « Être infâme », qui en dit long sur ce que pensent les concepteurs de la pièce sur l’essence féminine…

 

Dans la bouche de beaucoup de personnages homosexuels, la féminité est associée à la violence, à la jalousie, à l’hystérie, au caprice, à la médisance, au danger sexuel, à l’animalité. Par exemple, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, méprise les femmes enceintes, comparées à des « cachalots » ou à des vaches qui « mettent bas », et montre la jalousie comme une caractéristique typiquement femelle : « Toutes les femmes du mariage étaient jalouses. » Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Nounours, l’un des héros homos, est un artiste d’art contemporain qui peint des vagins en forme de nénuphars roses… et tout le monde trouve ça moche et ignoble.

 
 

b) Toutes des guenons !

Film "Cabaret" de Bob Fosse

Film « Cabaret » de Bob Fosse


 

Il arrive même au héros homosexuel de comparer les femmes à des êtres laids, des cruches décervelées, et même des singes ! : « Ce qui rend les femmes bêtes, c’est d’avoir la cervelle en trop. » (le travesti M to F Charlène Duval, dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « Tous les deux, si on les écoute, toutes les filles sont moches, seuls les mecs sont des tops models ! » (la mère de Bryan parlant de son fils et du petit copain de ce dernier, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 410) ; « Je préfèrerais coucher avec un chimpanzé plutôt qu’avec Martine. » (Jules le héros homosexuel s’adressant à Martine, la prostituée, dans la pièce Les Sex friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Regarde ces jambes de guenon. J’ai même pas eu le temps de m’épiler. » (Gwendo, la « fille à pédés », dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « Elles étaient allées chez Jacques Desinges. » (Zize, le travesti M to F décrivant les belles jeunes femmes en compétition au concours de Beauté avec lui, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « On dit à la Comédie Française qu’on choisit toujours des filles de concierge qu’on habille en singe… » (l’efféminé Villedieu – Jean-Claude Brialy – dans le film « Le Juge et l’Assassin » (1976) de Bertrand Tavernier) ; etc.

 

Très souvent dans les fictions homosexuelles, la féminité est liée à un animal, la guenon : cf. la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec le singe en peluche de Léonore, l’héroïne lesbienne), le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec la référence à « une vieille rombière fagotée comme une guenon »), le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall (avec Mme Blackeney comparée à un singe, p. 367), le roman Le Singe et la Sirène (2001) de Nicolas Dumontheuil et Éliane Angéli, la chanson « Where’s My Girl… And Where’s My Monkey ? » d’Étienne Daho, la chanson « Adelaïde » d’Arnold Turboust (« De temps en temps, je vous observe quand votre singe vous promenez. »), le vidéo-clip de la chanson « Land Of Confusion » du groupe Genesis, la pièce Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès, le film « The Monkey’s Mask » (2001) de Samantha Lang, le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol (où la khôlleuse est comparée à une « guenon »), le film « Dans la peau de John Malkovich » (1999) de Spike Jonze, le roman Autopsie d’un petit singe (1998) d’Andrea H. Japp, le film « Rebel Without A Cause » (« La Fureur de vivre », 1955) de Nicholas Ray (avec la scène de Natalie Wood qui, au moment de sortir son miroir de poche pour se refaire une beauté, se fait comparer à un singe), la pièce L’Autre monde, ou les états et empires de la lune (vers 1650) de Savinien de Cyrano de Bergerac, le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte (avec la femme-guenon), le film « All Men Are Apes » (1965) de Joseph P. Mawra, le film « B. Monkey » (1998) de Michael Radford, la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer, le film « Cabaret » (1972) de Bob Fosse (avec le Maître de cérémonie, très efféminé, mimant un mariage avec une guenon en robe de mariée), le roman La Journée de la guenon et le patient (2012) de Mario Bellatin, le film « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, etc.

 

Aussi surprenant et insultant que cela puisse paraître, la femme-singe est un archétype de la fantasmagorie homosexuelle : « cette singe d’Élise » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 202) ; « À son tour, Leyla gesticulait contre mon flanc en manquant de me faire tomber. Singe qui singe sa guenon, agacée, je l’envoyais rouler sur le parquet. » (Nina Bouraoui, La Voyeuse interdite (1991), p. 130) ; « C’est pas à une vieille guenon qu’on apprend à faire la grimace… » (Grany dans le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte) ; « On avait dit ‘Pas celle avec le singe’. » (Patrick Bruel quand Michèle Laroque le menace de dévoiler sa sex-tape avec la marionnette Jean-Marc, dans Mission Enfoirés 2017); etc.

 

Par exemple, dans la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (2008) de Witold Gombrowicz, Yvonne, la femme-objet blonde, est imitée en macaque ; un peu plus tard, elle est qualifiée de « guenon ». Dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, Nietzsche traite Salomé de « petit singe » ; par la suite, Élisabeth la nomme « singe rachitique » ; Goebbels renchérira : « On représente la femme sous la forme d’un gorille. » Dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, Lola est traitée de « vieille guenon ». Dans le roman L’imposture (1927), Jules, le jardinier-masseur homosexuel, ancien légionnaire est mis en scène par Georges Bernanos. Il sert le critique littéraire obèse Henri Guérou que vient visiter M. Pernichon. Une fillette fait irruption dans la pièce et il la chasse. Puis en parlant de son maître, il lui dit : « … Et il faut que ça se laisse détruire par des femelles, des garces – respect de vous monsieur – et qui n’ont pas l’âge, des vrais singes ! Dieu sait ce qu’il en consomme, et de pas ordinaires ! … » Dans la pièce Elles s’aiment depuis 20 ans de Pierre Palmade et Michèle Laroque, Mathilde racontant à son amante Isabelle son rêve, avec « une majorette avec une tête de babouin ».

 

Cette animalisation de la femme est parfois une vengeance secrète réservée à une incestueuse famille, réelle ou symbolique : « Mal à l’aise, ta mère te fait penser aux femelles orangs-outans qui, même après la mort de leur bébé, continuent de le transporter d’arbre en arbre, de mimer l’allaitement, de le choyer comme si de rien n’était. » (Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 170) Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le Père 1, homosexuel, se présente comme le « Gorille de feu son père », en prenant ainsi le place et le rôle de la femme soumise auprès de son « mari » le Père 2.

 

Sinon, la métaphore du singe associée à la féminité peut tout à fait être une image triviale et potache du sexe génital des femmes. Par exemple, dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afailal et Yannick Schiavone, dès le début de l’histoire, Sana, l’héroïne lesbienne, parle d’un singe qu’elle a vu en songe : « J’ai rêvé d’un singe. » Sa ex-compagne, Noémie, qui essaie de revenir subtilement à elle, joue sur la même corde sensible : « Sana, je dois te parler. Je sais que toi aussi, tu as rêvé du p’tit singe… »

 

Dans l’expression « femme singe », il y a « femme singée ». On voit que la femme-singe correspond tout simplement à la femme-objet, à la femme-potiche (parfois valorisée) : « Ça me faisait plaisir de la voir habillée comme moi à côté de moi, comme un singe, à la tribune officielle. Pauvre Fanny. » (Evita dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « À quinze ans, mon père m’a échangée à un Marocain contre un singe. » (Arlette dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, p. 105) ; « Le doute vous habite… Vous vous attendiez à Demis Roussos dans le rôle de Dieu ? Et vous vous retrouvez avec Anna Nicole Smith/Lolo Ferrari/La Cicciolina… De toute façon, je vais décevoir toutes vos attentes » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’étais une esclave dans mon propre foyer, un animal en cage. Un singe que l’on donnait en spectacle dans la rue. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 132) ; « Je les regardais s’engouffrer tous dans l’escalier qui menait au balcon, lorsque je reconnus Perrette Hallery de dos… accompagné d’une magnifique femme en manteau de poil de singe, rousse à mourir sous son chapeau à voilette, la peau laiteuse et la démarche assurée. Le cliché de la belle Irlandaise, Maureen O’Hara descendue de l’écran pour insuffler un peu de splendeur à l’ennuyeuse vie nocturne de Montréal, la Beauté visitant les Affreux. […] La fourrure de singe épousait chacun de ses mouvements et lui donnait un côté ‘flapper’ qui attirait bien des regards admiratifs. Les hommes ne regrettaient plus d’être là, tout à coup. » (le narrateur homo décrivant la belle Maureen O’Hara, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 44) ; etc.

 

La femme-singe, c’est quelquefois aussi le personnage homosexuel ou bien travelo : « Moi, c’est Chita mais je suis épilée. » (Francis, le héros homosexuel de la pièce Hors-piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt) ; « Qu’est-ce qu’elle est monstrueuse, cette fille, oh la la, et comme elle s’habille ! Tu es un singe, mon pauvre vieux ! Ça se voit à cent mètres que tu es un travelo ! » (Daphnée à Micheline dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Alors, elle, resplendissante, monterait et redescendrait la Butte, comme une pute enveloppée de Chanel à la lumière de la lune, toute seule avec son destin, singe, guenon ou femme cruelle, souvenir d’un Carnaval solitaire de fille à bite ou d’homme sans apparat ! » (Fifi à propos de Lou dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Et si je mettais une cape en singe noir ? Le singe noir et le cygne blanc c’est très intéressant ensemble. » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Eh ! vous, commença-t-il, la bouche pleine, que diriez-vous de certaine jeune demoiselle à la chasse ? Que diriez-vous d’une grosse jambe de chaque côté de son cheval, comme un singe sur une branche. » (Roger critiquant l’héroïne lesbienne Stephen, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 69) Dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, le père de Laure la traite affectueusement de « petit singe ». Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, Idgie, l’héroïne lesbienne, se fait traiter de singe par Julien quand elle n’a que 7 ans : « On dirait une vraie guenon ! ». Cela la blesse profondément, même si elle ravale son orgueil en jouant au « p’tit mec ».

 
 

c) Toutes des putes !

Les femmes réelles ont le malheur d’être fragiles, de ne pas être des Superwomen… ce qui attise chez le héros homosexuel une déception et une méfiance croissantes. Par exemple, dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, le juge Kappus, secrètement homosexuel, décrit Lucile (avec qui il est marié) comme une femme « trop douce pour que cela ne vire pas au mensonge. » (p. 118)

 

Film "Remember Me In Red" d'Hector Ceballos

Film « Remember Me In Red » d’Hector Ceballos


 

Dans les fictions homo-érotiques, la femme, jadis désincarnée en vierge, finit, parce qu’elle est incarnée, par être traitée de prostituée, de femme impure, de putain, par le héros homosexuel : « T’as l’air d’une pute. Cache-moi ces mamelles. » (Alba à Claudia sa servante, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet) ; « Les femmes sont toutes des putes. » (Franck, le personnage homosexuel de la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely) ; « Tu vas la fermer, salope !!!! » (Romain Carnard, le coiffeur homosexuel, à la concertiste Isabelle, dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan) ; « Toutes les femmes sont des salopes. » (Raphaël, le héros homosexuel de la pièce Open Bed (2008) de David Serrano et Roberto Santiago) ; « Toutes les femmes sont des putes. » (Willie, le héros homosexuel du roman La meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 103) ; « Tu es toujours habillée comme une pute ! » (Louis à son « mari » Marie-Gabrielle, dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone) ; « Les filles ?… Vous voulez dire des putains. » (Marie Besnard dans le téléfilm « Marie Besnard, l’Empoisonneuse » (2006) de Christian Faure) ; « C’est que des catins ! » (les héros de la pièce Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou) ; « Nathalie, c’est une pute ! » (Stéphane, le héros homosexuel de la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Et il paraît qu’il y en a qui s’en serve comme un ventriloque. » (Samuel Laroque parlant du vagin des femmes, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Toutes des putes. Même maman ! » (Gwendoline dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Je suis sûr qu’elle a laissé un parfum de pute sur l’oreiller ! » (Benjamin, en parlant avec ressentiment d’Isabelle à son amant Pierre, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « T’es habillée comme une pute. » (Jean-Pierre s’adressant à sa femme Fanny – qui va se lesbianiser –, dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; « Ça fait pute. » (Seb, homosexuel, s’adressant à sa meilleure amie Marie à propos de sa tenue, dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Des chiens (2011) de Miko Nietomertz, Polly, la meilleure amie lesbienne de Simon, l’un des héros homosexuels, est dépeinte comme une femme embauchée dans un peep-show ; et on voit clairement que dans l’esprit de Cody, le héros homosexuel nord-américain hyper maniéré, être une femme se limite à être violé : « Il a venu pour s’excuser […] Il a été obligé de ma voler, mais il a dit désolé, quoi et on a fait l’amour ensemble. » (p. 112).
 

Dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet, le couple « marié » Dominique et Marcel rivalise de misogynie. D’ailleurs, Raymond, le fils de Marcel, le leur fait remarquer : « Ah bravo ! Au rayon Misogynes, vous vous placez large ! » Par exemple, ils traitent de « salope » leur amante commune.

 

Dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Pierre, le héros homosexuel, envisage les femmes comme des objets, des faire-valoir ou des mères porteuses (il organise une « Soirée Génitrices » chez lui), exactement comme le font les personnages hétéros : « J’ai adoré me taper des femmes plus belles que les leurs. Juste pour faire chier mes copains hétéros. » Il veut un enfant et surtout pas une fille : « Déjà, si tu prévoies de me faire une fille, tu pars mal. […] Si c’est une fille, on la noie. » (Pierre, le héros homosexuel, à sa meilleure amie Sylvie qui désire porter un enfant de lui par tous les moyens) Et Isabelle, l’étrangère hétérosexuelle de l’histoire, se définit elle-même comme « une salope » qui ne peut pas se satisfaire d’un seul homme et qui peut coucher et faire des enfants à n’importe quel homme-objet qui saura la valoriser matériellement.

 

Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Viviane se fait traiter de « grosse pute ». Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) Abdellatif Kechiche, Emma insulte sans s’arrêter sa copine Adèle de « sale pute », de « traînée », de « prostituée », une fois qu’elle a découvert ses fidélités hétérosexuelles. Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Danny traite « gentiment » sa meilleure amie Abbey de « pute ». Dans le one-man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, une mère traite sa fille Kimberley de « petite pute ». Dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, Alejandra est traitée de pute par Raúl, l’irascible héros homosexuel. Dans la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays, les filles sont définies comme « des pétasses » et des « putes ». Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Xavier, l’un des héros homosexuels, traite les femmes de « grosses poufs », de « grognasses ». Dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1971) de Rainer Werner Fassbinder, Petra qualifie sa copine de putain : « Tu n’es qu’une misérable petite putain… » Dans la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès, Clark rebaptise sa bien-aimée Lili Jane « Lillipute ». Dans le film « Crocodile Dundee II » (1988) de John Cornell, la femme est traitée de « pute » par le personnage homosexuel. Dans le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, comme Marie, la « fille à pédés », a été « infidèle » à son meilleur ami homo Loïc (elle a osé sortir avec un autre homme que lui !), ce dernier la traite de « pute ». Dans le film « Eating Out » (2004) de Q. Allan Brocka, Gwen, la FAP, se fait également insulter de « pute » par son copain gay Joey. Dans la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne, Bernard qualifie France de « pute » parce qu’elle sort avec une femme. Dans la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi, Damien, l’homosexuel, traite sa meilleure amie de « garce ». Dans la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, Damien injurie Amélie de « salope » parce qu’elle a osé coucher avec son frère Samuel. Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Cindy, la « fille à pédé » dont Tom, le héros homo, se sert comme couverture hétérosexuelle, est maltraitée et méprisée par l’ensemble de la famille de Tom ; par exemple, la mamie de Tom parle d’elle comme « la traînée qui pose dans les magazines avec mon petit-fils ». Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, le pasteur Ralph traite sa femme de « salope » parce qu’ils ont chopé une maladie vénérienne et qu’il n’assume pas sa propre pratique homosexuelle extra-conjugale. Dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, Léo, le héros homosexuel, traite sa sœur lesbienne Garance de « pute ». Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Alban Mann traite sa propre fille de « pute » (p. 18), et finira par la tuer, comme il a assassiné sa femme Greta, elle-même prostituée « professionnelle ».

 
 

d) Toutes des diablesses !

Chez le personnage homosexuel, le dégoût des femmes semble presque épidermique : « J’étais terrorisé. Elle était tout près de moi. Elle n’était plus la même jeune femme qui m’avait abordé. Plus elle parlait, plus elle devenait une autre. Avec une autre voix. Un autre âge. Elle était collée à moi. Je sentais son odeur. Je reconnaissais cette odeur. Il fallait fuir. C’était l’odeur de la mort. » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa (2010), p. 47) ; « Tu sais bien que les femmes, nues ou pas, ça m’écœure. » (François, le héros homosexuel, à Marc, dans la pièce On la pend cette crémaillère ? (2010) de Jonathan Dos Santos) ; « Elle me répète qu’elle m’aime et je joue avec elle comme un petit animal effrayé. Ses baisers me donnent la nausée. La manière dont elle s’est jetée dans mon lit, dont elle s’est couchée contre moi, sans que je lui demande rien, me dégoûte. […] Son insouciance, sa beauté me répugnent. » (Heinrich parlant de Madeleine, dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 65) ; « Ce sont de vraies femmes, chéri. Regarde. Vomis au besoin mais ne les touche pas. L’homme naît d’elles, de ces grossiers objets de reproduction. » (Louis XIII dans le film « Les Diables » (1971) de Ken Russell) ; « Dans toute femme, il y a une Ève malveillante qui sommeille. » (Rodin, l’un des héros homosexuels de la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche, épisode 8 « Une Famille pour Noël ») ; « La femme est l’avenir des pommes. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Cette femme diabolique […] qu’est-ce que je la déteste ! » (le narrateur parlant de Marilyn, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 97) ; etc.

 

La femme-serpent, la femme-ventouse, ou la femme-pieuvre fait son apparition dans l’imaginaire fantasmatique homosexuel : « Quand je quittais la scène, elles m’attendaient en coulisse par grappes ! Parfois elles montaient par le trou du souffleur ! » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « La grosse Carole, pute géante à bras tentaculaires, est entourée de nabots besogneux, tous occupés à ses aises. Ils sont fourmis naines à côté d’elle. » (Vincent Garbot dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 8) ; etc. Par exemple, dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, le narrateur homosexuel essaie de se débarrasser de « cette inconnue dont les bras serpentaient autour de la taille de son Didier » (p. 22). Dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, il est question des « tentacules de Marilyn » (p. 100).

 

Dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, par exemple, l’ensemble des femmes passe au crible du regard sexiste et asexualisant du héros Antoine : « Martine Van Decker puait. Martine était une énigme pour tous. Ses collègues la surnommaient ‘l’erreur de casting’. Antoine se dit qu’il vaudrait mieux l’éviter à l’avenir, surtout le matin, à cause de son haleine. » (pp. 58-59) ; « Magda Sterner arborait une saharienne rouge munie de quatre poches et ceinturée d’une série d’anneaux métalliques. […] Elle avait quelque chose de froid, d’asexué. » (idem, p. 74) ; « Magda, intimidante dans son fourreau rouge sang » (idem, p. 75) ; « Magda dans sa combinaison rouge, le fouet à la main, faisant tinter sa ceinture métallique. Une dominatrice, sans doute. Une dangereuse perverse cérébrale. » (idem, p. 76) ; « Magda faillit s’étrangler avec la fumée de cigarette. Elle toussait comme une truie. » (idem, p. 82) ; « Magda s’arrachait un poil du nez quand Antoine frappa à sa porte. » (idem, p. 142) ; « la ceinture en python agressive » (idem, p. 142) ; « Magda portait un masque oriental rouge sang aux traits grossiers, épouvantables. Des yeux furieux, révulsés. Des dents tranchantes comme des couteaux. » (idem, p. 243)

 

Dans beaucoup d’œuvres homosexuelles, la féminité est présentée comme diabolique, monstrueuse : cf. le film « The Devil Wairs Prada » (« Le Diable s’habille en Prada », 2005) de David Frankel (avec l’odieuse Miranda), les films « La Diablesse en collant rose » (1959) de George Cukor, le film « Les Diables » (1971) de Ken Russell, le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau (avec le proviseur Madame Smelker qui est un vrai monstre qui pue), la chanson « L’Enfer et moi » d’Amandine Bourgeois, etc. Je vous renvoie à la partie sur les femmes habillées en rouge dans le code « Carmen » de ce Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

La beauté de la femme n’est pas envisagée comme une force fragile, mais bien comme une arme redoutable, qui soumet et assigne un cruel destin. Pour beaucoup de héros homosexuels, une vraie femme belle est une femme jalouse, fuyante, dangereuse, peste, voleuse, bavarde, bruyante, intrusive, curieuse, parlant pour ne rien dire ou pour médire, séductrice, maléfique, manipulatrice (cf. le film « Un Mariage de rêve » (2009) de Stephan Elliot) : « Sa sœur cadette, la duchesse de Malaga, était réputée être la plus belle femme d’Espagne et avait fait tourner la tête à plusieurs couronnes jusqu’au moment où, à sa majorité, elle dût décider entre trois jeunes rois et qu’elle déclara tout simplement qu’elle entrait dans les Ordres. » (Copi, nouvelle « L’Autoportrait de Goya » (1978), p. 9) ; « Vous, les gouines, et les femmes toutes, qui venez mettre le nez dans les affaires du quartier, vous êtes des vrais gangsters ! […] Vous nous chantez des chansons pour met’ les pauvres à l’Hospice, les voleurs dans les prisons, les Arabes en Arabie et garder tout le pognon ! » (Ahmed dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Et puis les femmes avaient des cris trop stridents, alors nous sommes partis. » (cf. la dernière phrase de la nouvelle « Crime dans la cité » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 74) ; « Pour imaginer au mieux l’état d’esprit du type écrivant, il faut se figurer une immonde et très grossière Salope. Vincent Garbo se propose de la nommer Carole. Carole la Monstrueuse. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 8) ; « Avec sa bouche d’anthropophage rouge carrosserie, ses cheveux façon perruque en nylon du Crazy Horse, elle aurait pu jouer dans une parodie porno de films de vampires. » (Jason, le héros homosexuel décrivant Varia Andreïevskaïa, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 56) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, le père homosexuel d’Henri (le héros qui feint l’homosexualité) traite Elsa, la copine de son fils, de « folle » : elle serait « une de ces tordues » qui va détourner son fils du « droit chemin de l’homosexualité ».

 

Pour le dramaturge argentin Copi, une femme, ça cancane, forcément ! (cf. le titre de la nouvelle « Les Potins de la femme assise », 1978) Ça tue aussi ! « T’as jamais rencontré une femme de ta vie, toi ? Une vraie femme, de celles qui te font cher jusqu’à la mort ? » (Daphnée dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi)

 

La femme est jugée maudite, quand bien même cette malédiction la rende soi-disant belle, désirable, forte : « Dalida, l’orchidée noire, la maudite, la veuve noire, le monstre à deux têtes, Luigi, Lucien, Richard, pris dans un lien inextricable. » (cf. la pièce Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini) Par exemple, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Crunch, l’un des personnages homos, a cogné sa femme en lui faisant l’amour parce qu’il a vu en elle le visage du diable.

 
 

e) La misogynie en actes (Toutes des martyres !) :

Une telle vision de la femme n’est pas sans conséquence dans le comportement du héros homosexuel. La misogynie se traduit en actes. D’abord une distance : les femmes sont mises à distance, abandonnée. Par exemple, dans le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, Paul, le héros homosexuel, abandonne Mousse. Dans le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, Lena se fait pousser dans les escaliers. Dans le film « Un autre homme » (2008) de Lionel Baier, François brutalise Catherine et simule qu’il tire un coup de feu sur sa copine Christine. Dans le film « Il Compleanno » (2009) de Marco Filiberti, Francesca, la femme de Mateo, se fait écraser par une voiture après qu’elle ait découvert son mari au lit avec un homme. Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), la langue de Laurent Spielvogel, le héros homosexuel, fourche : au lieu de dire l’expression « exécution des Bar Mitsvah », il dit « exécution des Miss ».

 

Film "The Gay Bed & Breakfast of Terror" de Jaymes Thompson

Film « The Gay Bed & Breakfast of Terror » de Jaymes Thompson


 

L’homosexuel fictionnel entraîne la FAP à la mort (cf. la tante d’Angelo dans le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault ; Marie qui se suicide après que Loïc l’ait espionnée et isolée des prétendants masculins avec qui elle aurait pu faire sa vie, dans le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, Amira Casar qui tente de se suicider dans le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat, etc.). Par exemple, dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, Thomas a viré sa cuti et avoue avoir « une ex suicidaire ».

 

Ensuite, le personnage homosexuel passe au viol, notamment en détruisant, par le passage à l’acte sexuel, le lien d’amitié qui l’unissait à la femme. « Ça fait combien de temps que tu la supportes, l’autre folle ? » (Philippe, le personnage homosexuel de la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier) Par exemple, dans le téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve, Vincent, le héros homo, brise la virginité de sa meilleure amie Noémie, avant de se résigner à une homosexualité exclusive. Dans le film « Edge Of Seventeen » (1998) de David Moreton, Éric, le personnage homosexuel, embrasse sa meilleure amie Maggie avant de la laisser tomber. Dans le film « Eating Out » (2004) de Q. Allan Brocka, Joey a couché avec sa meilleure amie Gwen pour tester s’il était gay. Dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, Marianne, la FAP, est utilisée sexuellement puis jetée par Nicolas, le héros homo. Dans la pièce Son mec à moi (2007) de Patrick Hernandez, Daniel couche avec Nina pour découvrir qu’il est finalement gay. Dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, Carole sert de couverture sociale à son meilleur ami Laurent qui ne s’assume pas en tant qu’homosexuel ; ensuite, il la force plus ou moins à coucher avec lui pour tester sa propre « hétérosexualité », puis a une « panne » au lit. Dans la pièce Pas folle, le gay ! (2006) de Gianni Corvi, Fred teste son hétérosexualité avec sa meilleure amie avant de se découvrir « 100% homo ».

 

Très souvent, le personnage homosexuel impuissant finit par violer son idole féminine ou sa meilleure amie FAP (qui lui aura préalablement servie d’appât à mecs), pour se venger de sa faiblesse et de sa virilité blessée, ou bien parce que la femme convoitée ne se laisse pas posséder. « Toutes ces femmes dont il avait envie (bien que ce désir en soi lui fît horreur), jamais il ne pourrait les obtenir au moment même où il les voulait, c’est-à-dire tout de suite, car il faudrait d’abord trouver le moyen de leur être présenté, puis leur parler avec adresse, alors que dans son cœur il les méprisait. » (Emmanuel Fruges dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 169) ; « Mon plan consistait à passer une nuit avec toi. Cette nuit-là, je t’aurais baisée jusqu’à te fendre en deux. » (Victor à Helena, dans le film « Carne Trémula », « En chair et en os » (1997) de Pedro Almodóvar) ; etc. Par exemple, dans la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy, Sébastien l’homosexuel trahit sa meilleure amie Stéphanie parce qu’il lui avoue finalement qu’il veut la posséder pour lui tout seul.

 

J’étudie plus largement le thème du « Violeur homosexuel » dans le code du même nom, sur mon Dictionnaire des Codes homosexuels. La misogynie peut aller jusqu’à l’envie de meurtre ou le meurtre : « Vous ne savez pas le mal dont vous êtes capables. » (Amira Casar en parlant des hommes homosexuels, dans le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat) ; « J’t’attendais pour te violer. » (« JP », le héros homosexuel, en boutade à son amie Clara, dans la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand, l’épisode 2 « Intuition féminine »)

 

Par exemple, dans le film « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar Benigno, l’infirmier homosexuel, viole sa patiente Alicia, qu’il a soignée pourtant apparemment avec sollicitude, et veillée comme une idole. Dans le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, Bruno tue la femme de Guy. Dans le film « ¿ Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? » (« Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », 1984) de Pedro Almodóvar, le flic impuissant viole Gloria sous la douche. Dans le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, João bat et défigure sa star-fétiche Victoria. Dans le film « Reflections In A Golden Eye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, Williams, le héros homosexuel, viole Leonora. Dans le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, Bosco tente de violer Angela. Dans le film « Psycho » (« Psychose », 1960) d’Alfred Hitchcock, Norman Bates tue Marion après l’avoir désirée et observée à travers les murs. Dans le film « Scandale aux Champs-Élysées » (1948) de Roger Blanc, Étienne assassine plusieurs femmes. Dans la pièce La Muerte De Mikel (1984) d’Imanol Uribe, Mikel l’homosexuel mord le clitoris de Begoña pendant son sommeil. Dans le film « J’ai pas sommeil » (1993) de Claire Denis, un homo psychopathe tue des vieilles dames. Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Emmanuel, le personnage homosexuel, maltraite physiquement les femmes.

 

Film "Matador" de Pedro Almodovar

Film « Matador » de Pedro Almodovar


 

Dans les fictions homo-érotiques, on nous offre régulièrement des descriptions explicites de gestes de maltraitance opérés sur les femmes : « Ayez pitié d’une pauvre femme par-dessus vieille ! J’allume la boule. Vous la voyez votre petite Delphine pendue ? Monsieur, me dit-elle, je me sens mal. Mes sels ! Je la gifle. Je l’attrape par les cheveux, lui cogne le front contre la boule de cristal, elle râle, elle s’affaisse sur sa chaise, elle a une grosse boule bleue sur le front, un filet de sang coule de son oreille. En bas on entend le bruit régulier de la caisse, je regarde par la fenêtre, le boulevard Magenta est toujours le même. La vieille continue de râler, je l’étrangle, elle meurt assise. Je me recoiffe de mon peigne de poche, j’enfile mon imperméable. » (le narrateur homosexuel assassinant la voyante extra-lucide Mme Audieu, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 89) ; « Delphine est morte ! crie l’une, Madame Audieu est morte ! crie l’autre. L’une pendue, l’autre étranglée. » (idem, p. 91) ; « Qu’est-ce que je regrette de ne pas m’être débarrassé d’elle au début, ça aurait été facile de l’empoisonner au Pim’s lui mettant de l’arsenic dans son verre de vodka-orange, qui m’aurait soupçonné ? […] Aïe, ma mère, pourquoi m’as-tu fait si misogyne ! » (idem, p. 87) ; « Mimile ramasse une pierre et frappa la Reine des Hommes sur la tête jusqu’à ce que le sang inonde ses cheveux blancs et qu’elle roule par terre. » (Copi, La Cité des Rats (1979), p. 65) ; « Son visage et ses beaux cheveux blonds étaient couverts d’excréments. » (le narrateur décrivant la belle Truddy, dans la nouvelle « Les Potins de la femme assise » (1978) de Copi, p. 33) ; « Il a poignardé Suzanne York. » (Stephany présentant Jonathan, homosexuel, à son ami Joe, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; etc.

 

Le héros homosexuel réserve bien souvent à la femme qu’il met en scène les pires sévices. Par exemple, dans le roman Vincent Garbot (2010) de Quentin Lamotta, le héros balance de l’acide chlorhydrique sur l’une de ses camarades de classe, Sophie, qu’il défigure (p. 64), et fait sa fête à Adrienne (« J’ai résolu de faire mourir Adrienne Toiture. Elle mourut culbutée par une auto. », p. 125). Dans le film « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, Dutrouz découpe en morceaux « Lola Lola » qu’il met dans une malle. Dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet, Álvaro choisit une drôle de manière de déclarer son amour à Octavia : il la frappe, la fait tomber, l’écrase contre les murs, la maltraite sauvagement ; Pedro fait de même, en ruant de coups Claudia avec sa guitare. Dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, Sofia est la femme-tronc qui ressemble à un tableau de Picasso après un tragique accident de moto que son mari, qui a survécu, lui a infligé. Dans la mise en scène en 2010 de Florian Pautasso et Maya Peillon de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, le personnage de Daphnée se fait particulièrement maltraiter physiquement par les héros homosexuels : Jean la jette par terre, Luc lui hurle dessus, etc. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afailal et Yannick Schiavone, les femmes sont souvent maltraitées verbalement et physiquement, y compris celles qui sont adulées : par exemple la vendeuse du resto japonais qui se fait insulter, la mère de Kévin (« Lâche-moi, la vieille !!! » râle Angelo en pointant son arme à feu sur elle), la figure de Carla Bruni harcelée, etc. Dans le film « Dressed To Kill » (« Pulsions », 1980) de Brian de Palma, un homme transsexuel M to F qui se déguise en blonde, tue des femmes blondes à la lame de rasoir pour leur ravir leur personne et leur sexe. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin), dans les vitrines du magasin de Joe, couturier homosexuel, les mannequins féminins ont les bras en croix, sont crucifiés comme des pin-up.

 

Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Jules, le héros homo, joue au départ l’affliction, le veuve endeuillée, par rapport à son ex-femme (« La femme de ma vie s’est tuée dans un accident d’avion il y a 7 ans. »), pour ensuite révéler la vraie nature de sa relation : « Je la haïssais. C’est une grosse merde. » Par ailleurs, il se comporte très mal avec les trois femmes qui l’entourent : il gifle Michèle, domine sexuellement Lucie, et traite Martine de « morue » : « Vous êtes des bêtes sauvages ! »

 

Le héros homosexuel reproche finalement à la femme tout ce qu’il lui fait… et qu’il ne devrait se reprocher qu’à lui-même…

 
 

f) D’où vient cette misogynie homosexuelle ?

Cela peut paraître complètement fou que tant de héros homosexuels, qu’on persuade d’être les meilleurs amis des femmes (et qui finissent par le croire !), soient aussi ignobles avec leur entourage féminin. Les motifs rationnels semblent même leur échapper ! « Pourquoi est-ce que je la tue ? Il doit y avoir une raison mais je ne me l’explique pas. » (le roi Ferrante parlant d’Inès de Castro, dans la pièce La Reine morte (1942) d’Henry de Montherlant)

 

Comment expliquer cette décharge de haine ?

 

La raison la plus évidente, mais aussi la plus insuffisante si on ne l’explique pas, c’est la peur de la sexualité. La misogynie du personnage homosexuel traduit certainement chez lui une angoisse (qui se déclinera parfois plus tard en révulsion) de la différence des sexes : « J’étais lâche avec les femmes. Et j’vais vous dire une chose : les femmes m’emmerdent ! » (Érik Satie dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou) ; « J’te fais peur ? Tu voudrais me tenir dans tes bras pourtant. » (Chloé à Martin, le héros que tout le monde prend pour un gay, dans la pièce Scène d’été pour jeunes gens en maillot (2012) de Christophe Botti) ; « En fait, ils n’ont jamais compris ce qu’on était. Ils ont peur de nous comme les enfants ont peur du noir. En réalité, c’est qu’ils ont peur qu’elles ne leur appartiennent pas […] Sous prétexte de protéger les femmes d’elles-mêmes, pour conjurer le sort. » (Amira Casar en parlant des hommes homosexuels, dans le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat) ; « Les amitiés particulières, c’est quand les filles nous font peur. » (cf. la chanson « Les Amitiés particulières » de Serge Lama) ; « Richard avait un grand respect du corps des femmes. Presque trop. Il avait toujours peur de faire mal. » (la compagne de Tanguy dans le film « L’Ennemi naturel » (2003) de Pierre-Erwan Guillaume) ; « J’espère qu’on aura un garçon, murmura-t-elle. Les filles sont trop vulnérables. » (Jane, l’héroïne lesbienne enceinte s’adressant à sa compagne Petra, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 101) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder, Sherlock Holmes dit qu’il « se méfie des femmes ». D’ailleurs, la misogynie du héros homosexuel est toujours le signe d’un irrespect des femmes beaucoup plus global, social, hétérosexuel. Dans le film « Boygames » (2012) d’Anna Österlund Nolskog, deux meilleurs amis, John et Nicolas, âgés de 15 ans, sont intéressés par les filles mais redoutent la première expérience sexuelle, alors ils décident de s’entraîner d’abord entre eux.

 

Mais nous pouvons également lier la misogynie homosexuelle à l’inceste. Car en effet, elle est un mécanisme instinctif de résistance que le personnage homosexuel met en place pour gérer/étouffer tant bien que mal un inceste opéré par une mère abusive, une star de télévision indécente, une femme intrusive. Par exemple, dans le film « Maigret tend un piège » (1958) de Jean Delannoy, Marcel Maurin, homosexuel, tue des femmes car il est doté d’une mère castratrice.

 

Il est possible que la misogynie homosexuelle vienne aussi de l’excès de proximité du héros homosexuel avec les femmes de son entourage, y compris celles qu’ils présentent comme ses amies d’enfance ou ses « meilleures amies ». La fusion précoce et incestueuse avec le monde féminin, notamment dans l’enfance, entraîne en général une rupture progressive à l’âge adulte, une distance, un agacement : « Non que les études de lettres lui déplussent, ni la compagnie des filles, qui avaient toujours constitué la majeure partie de ses relations et amitiés ; mais l’absence de tout visage masculin sur qui poser son regard pendant les cours finissait par lui peser, et lui donnait parfois quelque accès de misogynie […]. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Cœur de Pierre » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 47)

 

En outre, je crois que la misogynie homosexuelle repose surtout sur le rapport réifiant et idolâtre (qu’on pourrait appeler aisément « fanatisme ») qui s’instaure entre les femmes et le personnage homosexuel. Aux femmes réelles, celui-ci leur préfère les femmes-objets, ces poupées qu’il peut manipuler, et vider du mystère qui lui fait tellement peur : « Jamais les femmes ordinaires ne donnent l’essor de notre imagination. Elles ne sortent pas de leur siècle. Aucune magie ne les transfigure. Rien en elles qui ne puisse pénétrer. Pas une qui soit mystérieuse. Toutes, elles ont le même sourire stéréotypé et les belles manières du jour. Elles sont claires et banales. Mais les actrices ! Oh ! Combien les actrices sont différentes ! » (Dorian Gray dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1983) d’Oscar Wilde, pp. 72-73) ; « Je n’aime Lucile que lorsqu’elle se tait. » (le juge Kappus, homosexuel planqué, parlant de sa propre femme, dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 60) ; « Une actrice = une pute, c’est bien ce que je dis. » (Benjamin parlant à son amant Pierre, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade)

 

Film "Soudain l'été dernier" de Joseph L. Mankiewicz

Film « Soudain l’été dernier » de Joseph L. Mankiewicz


 

Dans les fictions, il n’est pas rare que le héros homosexuel se serve de la femme comme un objet. Par exemple, dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, Catherine est utilisée explicitement comme un « appât » par son cousin homosexuel Sébastien qui veut attirer à lui les prétendants. C’est aussi le cas des FAP des films suivants : « Le Bon Coup » (2005) d’Arnault Labaronne, « Boychick » (2001) de Glenn Gaylord, « Les Monstres » (1963) de Dino Risi, « Comme les autres » (2008) de Vincent Garenq, « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy (où Maxence tombe amoureux de son « idéal féminin » pour que de la femme qu’il aime), etc. Dans la pièce Les Amazones, 3 ans après… (2007) de Jean-Marie Chevret, Martine sert de couverture à Loïc. Dans la pièce Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Didier utilise sa cousine-FAP comme faire-valoir : « Tu es mon public ! » lui dit-il.

 

C’est cette confusion dans le cœur du héros homo entre femme réelle et femme-objet qui nous fait dire que l’acte de destruction de la femme n’est pas tant une démarche misogyne qu’une démarche iconoclaste. « Moi, Dalida, je l’ai éclatée, je l’ai fracassée. » (la figure d’Élie Kakou, homosexuel, dans le one-woman-show Sandrine Alexi imite les stars (2001) de Sandrine Alexi) Il y a comme un double mouvement d’adoration/destruction. Par exemple, dans le roman Las Locas De Postín (1919) d’Álvaro Retana, Rafaelito déteste les femmes alors qu’il passe son temps à les imiter.

 

Le personnage homosexuel se venge en réalité de sa propre prétention à se prendre pour un objet, pour un mythe : cf. le film « El Asesino De Muñecas » (« L’Assassin de poupées », 1975) de Michael Skaife, le film « Le Refroidisseur de dames » (1968) de Jack Smight, etc.

 

La femme-objet est livrée, comme la Reine du Carnaval, aux flammes et à la risée générale, pour, en intentions, prouver qu’elle est bien humaine et immortelle, et intellectuellement, pour prouver qu’elle n’est qu’un objet méprisable qui a capturé l’espace psychique désirant du héros : « Les filles, ça te prend la tête, ça ne te la rend plus. » (Lennon, le héros homosexuel de la pièce Scène d’été pour jeunes gens en maillot (2012) de Christophe Botti) ; « Je hais les majorettes. » (Madame H., travesti M to F, dans son one-(wo)man-show Madame H. raconte la saga des transpédégouines, 2007) ; « Nous pendouillerons Cher. » (les protagonistes homos parlant de la chanteuse Cher, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; «  Catherine D. est en chantier. » (l’humoriste Philippe Mistral se moquant de Deneuve, dans son one-man-show Changez d’air, 2011) ; « Moi, Dalida, je l’ai éclatée, je l’ai fracassée. » (la figure d’Élie Kakou s’adressant à sa star fétiche, dans le one-woman-show Sandrine Alexi imite les stars (2011) de Sandrine Alexi) ; « Jolie, crinière au vent, ses dessous dépassant de l’ouverture du fourreau pailleté, boitant sur une seule chaussure, traînant d’une main le renard, de l’autre son sac, elle le suivit sans rien dire. […] Son maquillage dégoulinait. Jolie de Parma, celle qui l’avait tant ému au cinéma ! réalisa-t-il tout d’un coup. Hier encore, vous étiez mon idole, mon idéal de femme. » (Silvano, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, pp. 22-23) ; « Chaque invité, après avoir déposé son cadeau dans le vagin flétri de la reine Rancie, devait s’agenouiller pour baiser l’anus royal, lequel avait mauvaise haleine. » (cf. la nouvelle « L’Apocalypse des gérontes » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 127)

 

Le mythe de la séduction féminine est mis à plat et sacralisé dans la noirceur camp. Par exemple, dans la nouvelle « La Mort d’un phoque » (1983) de Copi, Glou-Glou Bzz est une femme qui « sentait fort la morue et le gin » (p. 20). Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, les épouses des rats mâles Gouri et Rakä, Iris et Carina, sont particulièrement pénibles : elles se comportent en vraies harpies, geignent tout le temps, ont mauvais caractère, se plaignent de migraine, tombent enceintes, et font chier tout le monde (p. 137).

 

La destruction du mythe de l’Éternel Féminin trouve in extremis ses lettres de noblesse dans la figure non moins misogyne de la Diva Camp horrorifique ou du personnage de l’affreux transsexuel gothique. Par exemple, dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, le Coryphée est un homme travesti avec une perruque tombante, une canne, un maquillage coulant, un déguisement féminisé volontairement rebelle et raté. Dans la comédie musicale Le Cabaret des hommes perdus (2006) de Christian Siméon, la grande diva interprétée par Denis D’Archangelo est fortement handicapée, bardée de prothèses à la jambe, et se déplace avec une béquille… un peu comme Sarah Bernhardt avec sa jambe de bois. Dans sa pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011), Jérémy Patinier a choisi de faire jouer une Marilyn Monroe – appelée « Lourdes » – version hippopotame de « Fantasia » : « Eh oui ! Même Marilyn faisait caca. Ça casse le mythe ! » déclare la comédienne bien en chair, qui suppliera à son public qu’il la viole (« Fouettez-moi, battez-moi ! »). Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1985) de Copi, Vicky Fantomas est une femme avec une cicatrice sur la joue gauche, et une attelle à la jambe : elle a été victime d’un attentat au drugstore (peut-être qu’elle-même portait la bombe). La féminité détruite est l’icône identificatoire préférée des personnes homosexuelles misogynes.

 

La femme détruite et incarnée par le héros homosexuel est en fait un personnage, un rôle, et non la vraie femme sexuée. C’est un androgyne interlope que tous peuvent incorporer (il suffit de le désirer et de le singer) : « Je suis bisexuelle. Bisexuée. Je porte les deux sexes. J’ai été envoyé par des extra-terrestres. […] N’oubliez jamais ça : en chacun d’entre vous sommeille une mémé comme moi. » (Mémé Huguette, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Oui, moi aussi, je suis comme vous. Je suis une pute. Je suis une pute. Comme vous. » (Jules, le héros homosexuel s’adressant à ses deux comparses Michèle et Martine – l’une est actrice, l’autre est prostituée de profession – dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) La femme-salope est au fond un fantasme asexué et hypersexué. C’est pourquoi la misogynie homosexuelle peut tout à fait prendre la forme de l’homophobie dans certains cas. Par exemple, dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, Engel traite tout le temps son futur amant Marc, initialement hétérosexuel, de « gonzesse » pour le dévaloriser et le faire basculer dans l’homosexualité.

 

Finalement, on voit que le héros homosexuel hait la femme de l’avoir trop aimée, de l’avoir transformée en fantasme hypersexué et asexué : « Elle que j’ai eu le malheur d’aimer à outrance. » (Didier, le héros homosexuel, par rapport à son ex-copine Yvette, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Il me respecte. Presque trop… […] Je ne veux pas anticiper… mais j’ai très peur pour ma féminité. » (Catherine par rapport à son mari homo Jean-Paul, dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor) ; etc. Il l’a traitée comme une déesse et comme une merde, l’a détruite pour prouver qu’elle était toute-puissante, l’a adulée puis massacrée… mais pas aimée telle qu’elle est : fragile, accessible, humaine, aimante.

 

Derrière ce lynchage verbal/physique misogyne se cache justement la jalousie du personnage homosexuel qui reproche aux femmes de ne pas être lui. « J’aimerais être une femme parfois. Je suis jaloux de tes orgasmes. J’vois bien que l’intensité du plaisir est plus forte chez toi. J’ai entendu dire que la femme jouissait huit plus que l’homme. » (Jupiter s’adressant à Junon, dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré)

 
 

g) La misogynie des femmes lesbiennes envers les femmes : si si, elle existe ! On PEUT être contre soi-même

Nous aurions tort de penser que la misogynie a un sexe. La haine des femmes, on a maintes fois l’occasion de le vérifier dans les fictions traitant d’homosexualité, est exprimée autant par les personnages masculins gays que par les héroïnes lesbiennes. Le même rapport idolâtre – et donc jalousement destructeur – avec les femmes réelles, confondues avec les femmes-objets, est observable côté lesbien ! « J’en ai marre de ces femmes ! Où est le revolver ? » (Leïla dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « C’est des vraies salopes, ces femmes ! » (Fougère, op. cit.) ; « J’en ai marre de toutes ces femmes ! » (la psy dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Il faut avoir beaucoup de patience avec les femmes, n’est-ce pas ? et ne jamais croire un seul mot de ce qu’elles vous disent. » (la voix narrative lesbienne du roman La Dame à la Louve (1904) de Renée Vivien, p. 22) ; « Je lui ai arraché les yeux pour m’en faire un bilboquet. » (Doris, l’héroïne lesbienne parlant de sa rivale Truddy, l’actrice blonde, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; etc. Par exemple, dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Heïdi, l’héroïne lesbienne, traite toutes les femmes de « dindes ». Dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat, Fanny, l’héroïne lesbienne, aurait préféré un chihuahua plutôt qu’une femme comme colocataire.

 

Dans les phrases misogynes des héroïnes féministes (et parfois lesbiennes), pourtant en théorie pro-femmes, l’agression plaintive se mêle au constat fataliste… et on ne sait pas trop démêler les deux : elles se plaignent et pourtant donnent raison, dans la citation mimétique/ironique de leurs « ennemis les hommes », à leurs fantasmes auto-dévalorisants : « On est toutes des salopes pour les hommes ! » (Léa dans la pièce Scène d’été pour jeunes gens en maillot (2012) de Christophe Botti) ; « J’oublie que je ne suis qu’un ventre reproducteur. » (la voix narrative du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 142)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La misogynie homosexuelle en mots :

À de nombreuses reprises (même si cela est très inconscient), l’homosexualité est montrée comme un moteur privilégié de la misogynie ou de la misandrie (haine des hommes : je traite plus amplement de celle-ci dans le code « Parricide la bonne soupe » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Ce drame a pour base la haine de la femme… » (Jean-Louis Chardans parlant de l’homosexualité, dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 72) Et pour cause ! Si, sur la photo des manif’ des années 1970, nous voyons la communauté homosexuelle et les féministes marcher main dans la main, la réalité de leur association est beaucoup moins chantante (l’a-t-elle vraiment été un jour, d’ailleurs ?). Comme l’exprime crument mais lucidement Éric Zemmour dans son essai Le Premier Sexe (2006) : « Au fil du temps, les femmes sont devenues les otages des homosexuels. Elles ont lié leur sort à celui de leurs ennemis. » (p. 24)

 

La misogynie est une pratique courante dans la communauté homosexuelle. Elle a été exprimée ouvertement par des personnalités telles que César Lácar, Thomas Bernhard, Kitchener, Marcel Jouhandeau, Oscar Wilde, William Shakespeare, Henri de Montherlant, Sade, Pierre de Coubertin – qui refuse les « Olympiades femelles », selon sa propre formulation –, Yukio Mishima, André Gide, le Marquis de Vauvenargues, Jean Cocteau, John Shear, etc. « J’espère que vous êtes comme moi. J’ai horreur des femmes. Je n’aime que les garçons. » (Oscar Wilde à André Gide, cité dans l’article « L’Immoraliste et le ‘King of Life’ » de Claude Martin, sur le Magazine littéraire, n°343, mai 1996, p. 38) ; « Je méprisais les filles : comment pouvait-on comparer les corps doux, mous et bulbeux de ces créatures bêtes et inconsistantes à la beauté musculaire du corps masculin ? Leur place était au harem d’où elles n’auraient jamais dû sortir ; le vrai amour, l’amour sur un pied d’égalité et avec une compréhension mutuelle, se donnait uniquement entre hommes. » (J. R. Ackerley, Mon Père et moi, 1968) ; « C’est horrible ce que je vais dire, mais je pense que la femme est inférieure à l’homme. Elle n’a pas la même intensité. Le yin et le yang, tout ça… » (Guillaume Dustan, l’écrivain homosexuel, dans l’émission de Patrick Buisson traitant du « communautarisme gay », sur la chaîne LCI en 2003) ; « Ce qui est rejeté, c’est le genre féminin dans sa globalité. » (Sébastien Carpentier, lors de sa conférence au Centre LGBT de Paris, à l’occasion de la sortie de son essai sociologique Délinquance juvénile et discrimination sexuelle en janvier 2012) ; « J’ai horreur de moi parlant à une femme. » (Drieu La Rochelle) ; « Malheur à l’homme qui succombe à la femme ! Malheur à la civilisation qui se livre aux femmes ! … Les femmes rêvent toujours de posséder l’homme en entier. Cette trappe vers le néant, qui se cache derrière chacune d’elle, réclame sa victime… L’homme de la confrérie ne peut sombrer car il engage le meilleur de lui-même dans l’homme. » (Hans Blüher cité dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 145) ; « Je suis persuadé d’être homosexuel. J’ai fréquenté de nombreuses femmes. Sans plaisir particulier, il est. Cela m’a valu trois chaudes-pisses que j’ai considérées par la suite comme le châtiment de la nature pour des relations contre-nature. Aujourd’hui, toutes les femmes me font horreur, et, plus que toutes, celles qui me poursuivent de leur amour ; elles sont malheureusement très nombreuses. En revanche, j’aime ma mère et ma sœur, de tout mon cœur. » (lettre de Ernst Röhm, à 42 ans, le 25 février 1929) ; « Les femmes ne devraient jamais régner. » (la Reine Christine, pseudo « lesbienne », dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; etc. Par exemple, Serge de Diaghilev (1872-1929), le fondateur des fameux Ballets russes, interdisait à ses danseurs de sortir avec des femmes : « Pas de femme ! Pas de femmes : La fatigue sacrée de la danse doit chasser les tentations mauvaises. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 197)

 

Un certain nombre de personnes homosexuelles (il suffit de les écouter, ou qu’elles prêtent elles-mêmes attention à ce qu’elles racontent) considèrent les femmes comme des godiches, des bourgeoises sans cervelle, ou bien des caricatures de féminité fatale/violée… tout cela pour les mettre concrètement à distance, et mentalement sur un piédestal. « Le corps des femmes ne m’excite guère plus que n’importe quel autre objet de première nécessité et d’usage quotidien. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; « Si j’aimais les femmes, j’en verrais davantage. » (idem) Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, on apprend que Yves Saint-Laurent, le couturier, a viré comme une malpropre son ancienne mannequin-égérie, Victoire : « Tu n’es belle que sophistiquée. […] Avec des cheveux comme ça, on dirait une souillon. Tu es d’une vulgarité, ma pauvre, c’est effarant. […] Laissez-la partir. Son style, ce qu’elle est, c’est déjà dépassé. » Les paradoxes inattendus de l’idolâtrie/jalousie…

 
 

b) Toutes des guenons !

Il arrive même que les femmes soient comparées à des êtres laids, des cruches décervelées, et même des singes ! « Les femmes valent moins que des guenons. » disait le cinéaste homosexuel français Michel Simon.

 

DESTRUCTION Singe

 

Aussi surprenant et insultant que cela puisse paraître, la femme-singe est un archétype de la fantasmagorie homosexuelle. Elle peut renvoyer au reflet narcissique monstrueusement déformé par l’eau, par exemple : cf. l’autobiographie Le Ruisseau des singes (2000) de Jean-Claude Brialy. C’est une interprétation possible.

 

Cette animalisation de la femme est parfois aussi une vengeance secrète réservée à une incestueuse famille, réelle ou symbolique, où la différence des sexes n’a pas été respectée (le père a exploité la mère comme une guenon, ou bien a été considéré comme un singe par la mère) : « Le soir, j’étais souvent réveillé par un bruit métallique, un grincement qui augmentait peu à peu. Je croyais qu’un tramway s’était arrêté en face de chez nous et qu’il ne parvenait plus à démarrer. Le conducteur essayait en vain et son véhicule avançait et reculait de quelques mètres, dans un rythme qui devenait effréné, frénétique. C’était comme si voyageaient dans le tramway un singe et son dompteur. Je pouvais entendre les cris hystériques du singe, la voix rauque du dompteur, qui dialoguaient. D’abord ils se disputaient, ensuite ils élevaient la voix, ce n’étaient plus des mots : c’étaient des râles, des soupirs. Il y avait aussi les hurlements du singe très aigus. L’étonnant, c’est que tout s’arrêtait d’un coup. On n’entendait jamais le tramway repartir. D’ailleurs, il n’y avait pas de tramway qui passait devant chez nous. L’eau coulait dans la salle de bains. Au bout de quelques années, tu m’as dit : ‘C’étaient tes parents.’ » (Alfredo à sa grand-mère dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, pp. 153-154)

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

La figure de la femme-singe peut même être une analogie injurieuse recherchée par les personnes homosexuelles elles-mêmes ! Par exemple, le documentaire « Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse, la mandarine » (2009) de Marion Cajori et Amei Wallach nous montre justement les féministes du mouvement Guerilla’s Girls déguisées en femmes-macaques au Musée Guggenheim.

 

En outre, beaucoup d’individus homosexuels ou gay friendly, soucieux de défendre la normalité « naturelle » de leur désir et de leurs actes amoureux, comparent les comportements homosexuels à ceux des singes, entre autres les bonobos : « On a observé un comportement homosexuel chez 13 espèces appartenant à 5 ordres de Mammifères (Beach, 1968). En voici quelques exemples. Il se produit chez la truie, la vache, la chienne, la chatte, la lionne et les femmes du singe Rhesus et du Chimpanzé. » (cf. l’article « Les Facteurs neuro-hormonaux » de Claude Aron, dans l’ouvrage collectif Bisexualité et différence des sexes (1973), pp. 161-162)

 

Certaines icônes de la communauté homosexuelle ont, de leur vivant, aimé s’entourer de singes : on peut penser à Mylène Farmer et ses chimpanzés, à Joséphine Baker l’amie des singes (le singe Binki fut l’un de ses nombreux protégés), etc.

 

Dans l’expression « femme singe », il faut surtout reconnaître qu’il y a « femme singée », caricaturée, cinématographique, hypersexuée. On voit que la résurgence symbolique de la femme-singe correspond tout simplement à la femme-objet, à la femme-potiche, à l’individu homosexuel, travesti, transsexuel : « La fille qui enseigne le dessin est un vrai singe : le visage couvert de poils. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 133) ; « Tola levait la jambe, marchait à quatre pattes pour imiter un singe, puis sortit brutalement une poupée en tissu qui reproduisait grossièrement sa silhouette. » (idem, pp. 305-306) ; « Entre-temps, Tola avait entrepris son final, enveloppée dans une étole de vison. Elle aimait toujours présenter ses légendaires fourrures. » (p. 307) ; « La deuxième partie du programme montrait la vie quotidienne chez les Ricardo, une famille de chimpanzés. » (idem) Par exemple, dans la biographie La Véritable Joséphine Baker (2000) d’Emmanuel Bonini, Joséphine Baker est comparée à un « singe qui aurait fait de la gymnastique suédoise » (p. 45).

 
 

c) Toutes des putes !

Les femmes réelles ont le malheur d’être fragiles, de ne pas être des Superwomen… ce qui attise chez un certain nombre de personnes homosexuelles une déception et une méfiance croissantes à leur égard. La femme, jadis désincarnée en vierge, finit, parce qu’elle est incarnée, par être traitée de prostituée, de femme impure, de putain : « Sale pute. » (Christophe Honoré à propos de Fanny, la femme avec qui il vient de coucher, dans l’autobiographie Le Livre pour enfants (2005), p. 30) ; « J’ai d’abord imaginé que je lui faisais l’amour, à elle, Sabrina, sachant qu’une pareille image ne pouvait pas me faire bander. Puis j’ai imaginé des corps d’hommes contre le mien, des corps musclés et velus qui seraient entrés en collision avec le mien, trois, quatre hommes massifs et brutaux. J’ai imaginé des hommes qui m’auraient saisi les bras pour m’empêcher de faire le moindre mouvement et auraient introduit leur sexe en moi, un à un, posant leurs mains sur ma bouche pour me faire taire. Des hommes qui auraient transpercé, déchiré mon corps comme une fragile feuille de papier. J’ai imaginé les deux garçons, le grand aux cheveux roux et le petit au dos voûté, me contraignant à toucher leur sexe, d’abord avec mes mains puis avec mes lèvres et enfin ma langue. J’ai rêvé qu’ils continuaient à me cracher au visage, les coups et les injures ‘pédé’, ‘tarlouze’ alors qu’ils introduisaient leur membre dans ma bouche, non pas un à un mais tous les deux en même temps, m’empêchant de respirer, me faisant vomir. Rien n’y faisait. Chaque contact de Sabrina avec ma peau me ramenait à la vérité de ce qui se passait, de son corps de femme que je détestais. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 193) ; etc.

 
 

d) Toutes des diablesses !

Chez beaucoup de personnes homosexuelles (surtout gays, mais pas uniquement), le dégoût des femmes semble presque épidermique : « J’avais vite compris que Liane était une fille extrêmement jalouse : une vraie tigresse cette nana ! Sa paranoïa m’excédait ; j’étais constamment épié et cela m’exaspérait. » (Ednar, le personnage homosexuel ayant tenté de sortir avec une femme, dans le roman semi autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 157) Je l’ai beaucoup observé et entendu chez mes amis homosexuels, hommes et femmes confondus.

 

Pour ma part, ce dégoût physique pour les femmes, je ne le méprise pas… Au contraire. Je ne le justifie pas, mais je le comprends complètement puisque je le ressens aussi en moi, de manière inexplicable, dans mon corps et dans mon cœur. Il me dépasse pour l’instant. Comme une blessure énigmatique, invisible mais réelle. Les femmes, même si je les trouve belles, ne sont pas, à mes yeux, désirables. Je les trouve sensuelles à distance, à partir du moment où elles ne me touchent pas et n’éprouvent pas de sentiments amoureux à mon encontre. Dès qu’elles s’approchent ou jouent la séduction, je débande, me glace. Et leurs tentatives de proximité excessive m’exaspèrent, me dégoûtent, et surtout me laissent complètement indifférent. C’est très étrange. Je vois les femmes, c’est vrai (et c’est terrible) comme des êtres collants, ventouse, un peu pieuvre, et j’en suis le premier navré, car l’effet repoussoir, même si je me refuse à le définir comme uniquement physiologique, a pourtant tout l’air d’être naturel et imposé par des lois antérieures à ma conscience de mon attrait physique pour les hommes.

 

Pour revenir aux personnes homosexuelles en général, j’ai l’impression que, de leur point de vue, La beauté de la femme n’est pas envisagée comme une force fragile, mais bien comme une arme redoutable, qui soumet et assigne un cruel destin. Pour beaucoup d’entre elles, une vraie femme belle est une femme jalouse, fuyante, dangereuse, peste, voleuse, bavarde, bruyante, intrusive, curieuse, parlant pour ne rien dire ou pour médire, séductrice, maléfique, manipulatrice. Par exemple, dans son roman L’Hystéricon (2010), Christophe Bigot se centre souvent sur les femmes manipulatrices, diaboliques, capricieuses, inaccessibles.

 

Dans l’esprit d’un certain nombre de personnes homosexuelles, la féminité se réduit à la possessivité de la mère cinématographique étouffante : une femme, ça cancane, forcément ! ça jalouse ! ça tue aussi ! La femme est jugée maudite, quand bien même cette malédiction la rende soi-disant belle, désirable, forte.

 

Par exemple, Marc Cherry, le créateur homosexuel de la série Desperate Housewives (2004-2012), en même temps qu’il propose des portraits diversifiés de (sa vision de) l’émancipation de la femme, caricature très négativement les femmes en croqueuses d’hommes, en bourgeoises réactionnaires, en femmes hystériques, etc. D’ailleurs, en ses fonds, l’idée originale de la série s’appuie sur un fait divers glauque, où la féminité est dangereuse : Marc Cherry explique en effet qu’il s’est inspiré en 2002 de l’infanticide qu’une femme, Andrea Yates, a opéré sur ses cinq enfants qu’elle a noyés dans une baignoire…

 
 

e) La misogynie en actes (Toutes des martyres !) :

DESTRUCTION Menottes

Film « Mathilda Paradeiser » de Lisa Aschan


 

Une telle vision de la femme n’est pas sans conséquence dans le comportement des personnes homosexuelles. La misogynie se traduit en actes. D’abord une distance : les femmes sont laissées de côté en amour, et, par une logique compensatoire, on leur décerne quand même le trophée précaire et aléatoire de « meilleures amies ».

 

La misogynie peut aller jusqu’à l’envie de meurtre, ou carrément l’assassinat : « Je hais les femmes, il n’y a que des esprits malins qui tirent de ce dégoût de quoi me faire plusieurs crimes… » (le Marquis de Vauvenargues, Maximes posthumes, 1746) ; « Je l’ai frappée. Je l’ai saisie par les cheveux et j’ai claqué sa tête contre la tôle du car du collège qui stationnait là, avec violence, comme le grand roux et le petit au dos voûté dans le couloir de la bibliothèque. Beaucoup d’enfants nous voyaient. Ils riaient et m’encourageaient, ‘Vas-y défonce-la, défonce-lui la gueule.’ Amélie qui pleurait me suppliait d’arrêter. » (Eddy Bellegueule, le garçon homosexuel efféminé, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 106) ; etc. On connaît les violences conjugales que des Paul Verlaine ou des Nijinski ont infligé à leur femme. « Nijinski avait déjà frappé sa femme, allant même jusqu’à la pousser violemment dans l’escalier de la villa. » (Christian Dumais-Lvowski, dans l’avant-propos de Vaslav Nijinski, Cahiers (1919), p. 11) Je vous renvoie à mon étude plus approfondie du meurtre de la femme dans les codes « Matricide », « Violeur homosexuel », et la partie sur la « Prostituée tuée » dans le code « Prostitution », de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Finalement, on se rend compte que les personnes homosexuelles misogynes reprochent à la femme tout ce qu’elles lui font (iconographiquement/concrètement)… et qu’elles ne devraient se reprocher qu’à elles-mêmes…

 
 

f) D’où vient cette misogynie homosexuelle ?

Cela peut paraître complètement fou que tant d’individus homosexuels, qu’on persuade d’être les meilleurs amis des femmes (et qui finissent par le croire !), soient aussi ignobles avec leur entourage féminin. Les motifs rationnels semblent même leur échapper !

 

Comment expliquer cette décharge de haine ?

 

Il est important de souligner, avant de commencer mon listing d’hypothèses, que, même si elle est très marquée dans les rangs homosexuels, la misogynie n’est évidemment pas exclusivement homosexuelle. D’un point de vue extérieur, à bien des égards, ce code pourrait sembler un peu impitoyable et accablant pour l’ensemble des personnes homosexuelles. Mais à leur décharge, j’aimerais dire qu’il ne faudrait pas leur jeter trop vite la pierre : d’une part, leur misogynie est toujours le signe d’un irrespect des femmes beaucoup plus global, social, hétérosexuel ; d’autre part, elle est bien souvent un mécanisme instinctif de résistance (une résistance bien légitime) mis en place pour gérer/étouffer tant bien que mal un inceste opéré par une mère abusive, une star de télévision indécente, une femme intrusive : « Au départ de presque toutes ces lamentables existences, il y a les mères. Les petites vies étriquées de ces êtres qui vivent à deux ou se contentent des sordides aventures d’urinoirs sont les résultats de la bonne éducation, les fruits de leçons trop bien suivies sur la crainte du péché, les dangers de la femme, tout ce qui fait la honte d’une religion mal comprise. Cette haine de la femme et cet excessif attachement à la mère, je les ai connus et je sais qu’ils peuvent, par instants, atteindre à la véritable névrose. Encore aujourd’hui, je ne suis pas tout à fait habitué à l’absence de ma mère et, lorsque je suis loin d’elle, je cherche à la joindre par téléphone et lui écrits tous les jours. C’est elle, cependant, qui est en grande partie responsable de mon état misérable, par la façon dont elle m’a obligé à vivre constamment dans son sillage. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 104) ; « La fixation haineuse ou crainte vis-à-vis de sa mère devient, par suite du sentiment de culpabilité, de l’amour et le malade transfère la haine qu’il avait pour sa mère sur les femmes dont, en réalité, il a peur. L’impression de domination, acceptée de sa mère, devient, devant les femmes, un sentiment de révolte, de haine et de dégoût. Très souvent même, d’angoisse. Ces observations expliquent l’exécration des homosexuels à l’égard des femmes. Bien des observateurs ont remarqué qu’une grande partie des homosexuels avait été élevée dans des pouponnières ou au contact exclusif des femmes. Devenus par le caractère des femmes, ils en sont des rivaux et, tout naturellement se comportent comme tels. » (Jean-Louis Chardans, op. cit., p. 107) ; etc.

 

La raison la plus évidente de l’existence de la misogynie proprement homosexuelle, mais aussi la plus insuffisante si on ne s’en tient qu’à elle seule, c’est la peur de la sexualité, angoisse qui se déclinera parfois plus tard en révulsion : « Je faisais croire que j’étais branché sur les filles ! En réalité, elles me faisaient très peur. Dès qu’elles étaient trop proches, je reculais. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 29-30) ; « Sur le plan de l’amitié, je m’entends très bien avec les femmes. Je les considère comme des êtres précieux, intouchables, c’est le cas de le dire en ce qui me concerne. Un je-ne-sais-quoi en elles me fait peur, je ne sais pas comment m’y prendre et je sens bien que je ne les rendrai pas heureuses, et que je ne serai pas à la hauteur. » (idem, p. 41) ; « Une fille, après tout, ça ne sert à rien et ça ne fait que se plaindre. D’un autre côté, elle me fait peur. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 9) ; « J’ai eu quelques relations sexuelles avec des filles. J’ai essayé avec une fille vers 22 ans : je n’ai pas réussi à être en érection donc pas de pénétration. À 28 ans, je sors à la mer avec une fille. Le premier soir, c’est la panne assurée. Ensuite en réessayant avec elle et en me disant que j’étais un homme, j’ai réussi à être en érection correcte et à me dépuceler. Mais pas une érection pleine, comme si la douceur d’une femme m’effrayais, y’avait un jugement, une pression de performance et de fragilité accompagnée d’insécurité pour ma part. Comme si mon énergie est une énergie féminine. Mon énergie masculine est quasiment inexistante, et deux énergies féminines ne peuvent s’unir. Je suis sorti il y a un mois avec une fille mais elle n’a pas aimé ma manière de faire l’amour. Comme si je l’avais violée dans son être. Elle me disait que y’a eu aucune douceur comparé aux autres garçons et que je ne pensais qu’à moi. Comme si le fait de la sauter était primordial. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; etc.

 

La misogynie homosexuelle dit surtout un rejet de la différence des sexes dans son ensemble, de la sexuation, et du Réel, bref, une misanthropie et une haine de soi reportée sur les autres : « J’aime pas les filles. J’aime que les garçons. » (Pascal lors du débat « Toutes et tous citoyen-ne-s engagé-e-s », organisé le samedi 10 octobre 2009, à la Salle des Fêtes de la Mairie du XIème arrondissement de Paris) ; « Misogynie ? Mettons que je sois très sensible à un certain côté étroit et borné, superficiel et pesamment matériel tout ensemble, chez la plupart des femmes. […] Le mot misanthropie me semblerait plus juste, dans le découragement qu’il implique vis-à-vis des êtres humains quel que soit leur sexe, et souvent sans s’excepter soi-même. » (Marguerite Yourcenar, Le Coup de grâce, 1938) ; « Pour Michel Ange, la femme était contre nature. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 185)

 

La misogynie homosexuelle est aussi une rébellion (mal gérée) face aux menaces de réification, aux privations de liberté, aux viols, aux lois du marché capitaliste : « Après, toutes les nanas, je les prenais pour des choses bizarres, elles avaient des choses que je trouvais superflues, des passions complètement débiles : le vernis à ongle. » (Gaëlle, femme lesbienne de 37 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 57)

 

L’exclusion des femmes dit également une conscience identitaire déplacée, un orgueil mal placé, une jalousie inavouée : « Quand les hommes critiquent les femmes, cela vient souvent de leur dépit de n’avoir pas la possibilité d’être eux-mêmes une femme. » (cf. l’article « Le Complexe de féminité chez l’homme » de Félix Boehm, dans l’ouvrage collectif Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 444) ; « La jalousie des hommes à l’égard des femmes n’est ni plus rare, ni moins profonde que celle des femmes à l’égard des hommes, mais elle est moins bien reconnue et comprise. » (Mélanie Klein, Joan Riviere, L’Amour et la haine (1936) ; « On reconnaît les homosexuels masculins au mépris qu’ils professent pour la femme en général (très souvent en proportion de leur manque de virilité propre). » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 260) ; « Je ne suis pas née dans le bon corps et j’ai toujours su que j’étais une femme. Je n’étais pas dans le bon corps. J’étais jalouse des filles. » (Kellie Maloney, homme transsexuel M to F, et ex-manager de Lennox Lewis, interviewé dans cet article de la revue Têtu) ; etc.

 

Il est possible que la misogynie homosexuelle vienne de l’excès de proximité avec les femmes, y compris celles qui sont présentées comme des amies d’enfance, des « meilleures amies », d’adorables substituts maternels. La fusion précoce et incestueuse avec le monde féminin, notamment dans l’enfance, entraîne en général une rupture progressive à l’âge adulte, une distance, un agacement, une déception. Les femmes ont eu le malheur d’être fragiles, de ne pas être des despotes, et certains individus homosexuels ne le leur ont pas pardonné : « C’est ça que je n’aime pas chez la femme : c’est cette fragilité. » (Alain, un témoin homosexuel dans le reportage « Jeune homme à louer » (1992) de Mireille Dumas) Par exemple, dans la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche, on érige en déesses les « scums », à savoir la nouvelle race de « femmes indépendantes, arrogantes, dominantes, violentes, qui s’estiment faites pour régner sur l’univers » ; en revanche, « les gentilles fillettes, passives, soumises, ternes, cultivées, dépendantes, au ‘caractère mâle’, mariées, connes » sont mises plus bas que terre.

 

En outre, je crois que la misogynie homosexuelle repose surtout sur le rapport réifiant et idolâtre – qu’on pourrait appeler aisément « fanatique » – qui s’instaure entre les femmes et le sujet homosexuel. Aux femmes réelles, celui-ci leur préfère en général les femmes-objets, ces poupées qu’il peut manipuler, et vider du mystère qui lui fait tellement peur. Si l’on en vient à rejeter la femme, c’est surtout parce que l’on fait la confusion (non intellectuelle… encore que… mais surtout la confusion dans l’intimité du cœur) entre fiction et réalité, entre intentions et actes : « Il nous faut d’abord tuer le mythe de la femme. » écrit par exemple Monique Wittig dans son pamphlet La Pensée Straight (1979-1992).

 

En effet, la misogynie homosexuelle se traduit paradoxalement par une sacralisation de la femme et une tentative de réification de celle-ci. Un certain nombre de créateurs homosexuels prouvent d’ailleurs régulièrement qu’ils tentent de transformer les femmes en bibelots pour les garder pour eux seuls : « La mode et la décoration restent leurs deux plus grands fiefs : ce sont eux qui, par haine de la femme, la coiffent en éphèbe, la vêtent en sac de pralines ou en cylindre de drap et la couronnent de n’importe quel échafaudage de paille ou de feutre. Dans ces ‘créations’, au travers de ces élucubrations, que chaque femme est obligée d’interpréter considérablement si elle ne veut pas perdre le sommeil à sa propre vue, on perçoit la jalousie du pédéraste devant cette créature qu’il voudrait intensément imiter. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 20) ; « La nature féminine se transforme sous le crayon des créateurs de mode. […] Ils entraînent l’humanité consentante vers des corps de femmes sans seins ni fesses, sans rondeur ni douceur, des corps de mec, longs et secs. Ce sont leurs fantasmes que les créateurs de mode imposent à l’humanité, leurs fantasmes d’homosexuels (puisque l’énorme majorité d’entre eux le sont), qui rêvent davantage sur le corps d’un garçon que sur celui d’une femme. […] Aujourd’hui, les jeunes filles, toujours au bord de l’anorexie, se fabriquent un corps de garçonnet pour plaire à des créateurs homosexuels qui n’aiment pas les femmes, qui les considèrent comme de simples ‘portemanteaux’, et les terrorisent pour quelques grammes de trop. » (Éric Zemmour, Le Premier Sexe (2006), pp. 19-20)

 

Aux femmes réelles, beaucoup de personnes homosexuelles leur préfèrent les femmes-objets, ces femmes dont elles peuvent se servir, puis jeter une fois usées, des hommes à la féminité caricaturale et forcée : « Des transsexuelles me prirent sous leur coupe, persuadées qu’elles avaient la solution à mon chagrin. Amour divin, amour profane, nous entretenions les sentiers d’une relation juste et sensible. Mais, ces ébats qui ne me procuraient aucun plaisir, ne faisaient qu’aggraver le trouble existant de la scène de violence vécue avec mon frère. Cette scène qui me hantait et réveillait ces horribles douleurs au ventre. Et puis pour moi, c’était des filles ; et les filles, franchement, ne m’attiraient pas. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 119) ; « Plus le temps passe, plus je trouve Natacha collante. Je suis juste content d’être avec elle quand nous allons en boîte et que tout le monde la regarde avec envie. […] Natacha, la blonde pulpeuse à robe blanche, […] c’est juste un faire-valoir. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 111) ; « J’avais des couvertures. J’avais beaucoup de filles qui venaient à la maison. » (Denis, un témoin homosexuel, dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 68) La femme est utilisée comme une couverture, un appât, une « bonne copine » qui tient compagnie : on ne lui donne pas de rôle valorisant. « Laura, c’est ma copine la dodue qui vient me voir, elle est gentille. » (Kamel dans l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli, p. 67) ; « C’est ma voisine Ariane. Elle est folle. » (André à son amant Laurent, dans le docu-fiction « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; etc. L’expression « Fag-Hag », traduction de « fille à pédés » en anglais, si on la traduit littéralement, signifie « vieille sorcière de pédales », ce qui n’est évidemment pas très flatteur… L’union entre le sujet homosexuel et la FAP est souvent une union de misère(s) fondée sur des échecs amoureux successifs, une union d’intérêts individuels, une fascination pour le viol : « Le monde de mon enfance était un monde peuplé de femmes abandonnées. » (Reinaldo Arenas, Antes Que Anochezca (1992), p. 20)

 

Plus une femme est médiatisée, connaît un destin tragique, un succès fulgurant et malheureux, plus elle a des chances d’être élue une icône gay ! Cela se vérifie presque à tous les coups. Les femmes auréolées par les personnes homosexuelles se sont parfois fait avorter ou ont subi des fausses couches, ont vécu l’inceste ou le viol, se sont fait battre (Dalida, Marilyn Monroe, Mylène Farmer, Maria Callas, Édith Piaf, Judy Garland, Whitney Youston, etc.), bref, représentent la féminité fatale. Il y a clairement dans la misogynie homosexuelle l’expression d’un fantasme de viol (qui dit, dans certains cas, l’expérience d’un viol réel) : d’ailleurs, que ce soit dans les films de Josef von Sternberg, les pièces de Copi, ou les intrigues de Tennessee Williams, le thème de prédilection est la femme violée.

 

Le paradoxe de la misogynie homosexuelle repose sur une forme d’inversion, un tour de passe-passe, une substitution entre désirs et Réalité : on assiste à la destruction/disparition de la femme réelle par la glorification de la femme-objet. Plus que le féminisme (qui reconnaît les spécificités des femmes sans les opposer systématiquement à celles des hommes), c’est la femme en tant que « caractère », « personnage », « personnalité », donc en tant que fantasme individualiste, qui est célébrée par la population homosexuelle.

 

C’est cette confusion dans le cœur des personnes homosexuelles entre femme réelle et femme-objet qui me fait dire que l’acte de destruction de la femme n’est pas tant une démarche misogyne qu’une démarche iconoclaste. Il y a comme un double mouvement d’adoration/destruction : la femme-objet est livrée, telle la Reine du Carnaval, aux flammes et à la risée générale, pour, en intentions, prouver qu’elle est bien humaine et immortelle, et intellectuellement, pour prouver qu’elle n’est qu’un objet méprisable qui a capturé leur espace psychique désirant. Par exemple, lors du concert Météor Tour du groupe Indochine à Paris Bercy le 16 septembre 2010, on nous montre sur les écrans géants une Miss Italy sur un bûcher embrasé. Dans son film « Serial Mother » (1994), John Waters s’amuse à détruire le mythe de la mère au foyer bien sous tous rapports. Certains groupes musicaux homosexuels se baptisent de nom dédiés précisément au meurtre de la femme-objet : le groupe lesbien français Barbieturix, le groupe nord-américain Destroy All Blondes (créé par le cinéaste Gus Van Sant), etc. En quelque sorte, le sujet homosexuel semble se venger sur sa poupée fétiche de sa propre prétention à se prendre pour un objet, pour un mythe.

 

Film "Salò ou les 120 Journées de Sodome" de Pier Paolo Pasolini

Film « Salò ou les 120 Journées de Sodome » de Pier Paolo Pasolini


 

Le plus paradoxal dans la relation des personnes homosexuelles aux femmes, c’est que ce sont les créateurs qui ont le mieux construit le mythe de l’Éternel Féminin et qui se sont entourées des plus belles femmes du monde, qui ont aussi le plus méprisé les femmes réelles, et ont finalement le plus cherché à les détruire à l’écran ! Par exemple, en 1966, Francis Bacon détruit iconographiquement Isabel Rawsthorne, une belle femme qu’il aime pourtant beaucoup. Le poète argentin Néstor Perlongher, de son côté, va cultiver tout au long de son œuvre son étiquette d’« unique poète à avoir osé violer poétiquement Eva Perón », une femme que néanmoins il adore et qui restera la passion de sa vie. Dans ses films, le réalisateur italien Pier Paolo Pasolini est capable de transformer les femmes en divas magnifiques… ou en chiens coprophages et en prostituées (cf. les films « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » « Salò ou les 120 Journées de Sodome » en 1975, « Teorema » « Théorème » en 1968, etc.). Russ Meyer est un bon exemple de ces créateurs homosexuels et pères de la « femme libérée » : il a transformé la femme en tigresse, en poupée gonflable, en star du porno, en femme-amazone « pour machos un peu malades… car lui-même est un peu comme ça » (cf. le documentaire « Pin-Up Obsession » (2004) d’Olivier Megaton). Je vous renvoie à ses films « Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! » (1985) et « Beyond The Valley Of The Dolls » (1969). Federico García Lorca, qui dans toute son œuvre élève la femme au panthéon des anges stériles et des matrones toutes-puissantes, fait quand même dire à ses personnages féminins : « Maudites soient les femmes ! » (Magdalena à la scène 4 de l’Acte III, dans la pièce La Casa De Bernarda Alba, La Maison de Bernarda Alba, en 1936). Ses héroïnes sont toutes condamnées à vivre mal mariées, et à être seules. Marcel Jouhandeau aime beaucoup les femmes (il a beaucoup honorer sa mère, ou bien encore Élise, et Véronique Pincengrain) et les traite pourtant de « monstres » (cf. l’émission Apostrophe, sur la chaîne Antenne 2, le 22 décembre 1978). George Cukor est présenté comme « l’homme qui aimait les femmes » (cf. l’article « George Cukor, l’homme qui aimait les femmes… (jusqu’à un certain point !) », sur le site suivant). Seulement voilà : comment les dépeint-il ? Comme des caricatures de féminité ! (On pensera à Judy Holliday dans le film « The Women » en 1939, à Ingrid Bergman dans le film « Hantise » en 1944). Il les associe purement et simplement à des créatures diaboliques (cf. les films « La Diablesse en collant rose » (1959), « La Femme aux deux visages » (1941), « No More Ladies » (1935), etc.). Quant au réalisateur allemand Rainer Werner Fassbinder, il passe pour un amoureux de la femme (il a immortalisé Lola, Lili Marleen, Veronica Voss, Petra von Kant, etc.) alors qu’il leur réserve un traitement particulièrement odieux à l’écran : il n’y en a pas une actrice fassbindérienne qui ne se fasse pas gifler ou battre dans ses films (cf. l’exposition Rainer Werner Fassbinder au Centre National Pompidou, à Paris, en avril-juin 2005). L’image de la femme est à nouveau mise à mal par un autre réalisateur homo qui est pourtant connu pour être un ami des femmes : Werner Schroeter. Par exemple, son film « Willow Springs » (1973) reprend le thème du danger féminin : un cercle de femmes tenant une auberge rouge tue tous les voyageurs masculins qui s’y arrêtent. Jetons maintenant un œil sur la filmographie de Pedro Almodóvar, le réalisateur espagnol souvent présenté comme le pygmalion majuscule des stars féminines du cinéma ibérique : ses actrices sont brûlées au quatrième degré par une tasse de café renversée (cf. le film « ¿ Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? », « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? » en 1984), soumises ou putains (cf. les films « Pepi, Luci, Bom Y Otras Chicas Del Montón » en 1980, « Entre Tinieblas » « Dans les ténèbres » en 1983, « Mujer Al Borde De Una Crisis De Nervios » « Femme au bord de la crise de nerfs » en 1988, etc.), théâtrales et meurtrières (cf. les films « Todo Sobre Mi Madre » « Tout sur ma mère » en 1998, « Tacones Lejanos » « Talons aiguilles » en 1991, « Matador » en 1985, « Volver » en 2005, etc.). Dans un registre similaire, même s’il ne s’agit pas du tout de la même époque, le peintre français Gustave Moreau (1826-1898) traite les femmes de « folles, perverses et diaboliques » dans son Journal, alors que paradoxalement il a sublimé sur ses toiles les plus grandes héroïnes des mythologies humaines (Salomé, Hélène de Troie, Cléopâtre, Hérodiade, Andromède, Léda, etc.). Le portrait que le réalisateur français François Ozon dresse de la féminité dans son film « Huit Femmes » (2002) n’est pas plus tendre. On a l’impression qu’il sacralise la femme : en réalité, ses héroïnes ne sont que des caricatures de féminité. Il dépeint la soi-disant capacité des femmes à broder des tas d’histoires mesquines autour d’un homme et d’un crime qui n’existent pas. Toutes les attitudes étiquetées « négativement féminines » y sont : le romantisme naïf, la nunucherie, la moralisation, la superstition, les commérages, la jalousie paranoïaque, le cynisme, les coups bas, le respect hypocrite des traditions, la tempérance lâche, l’espièglerie, la manipulation froide, la séduction courtisane, etc. D’ailleurs, ses huit femmes finissent par conduire l’unique homme de l’histoire au suicide. Dans son one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008), Jérôme Commandeur ne se gêne pas pour détruire les (caricatures des) femmes (réelles/médiatiques) qui l’entourent, et qui composent pourtant l’essentiel de son spectacle : il traite par exemple son personnage de Pénélope de « buffle ». Dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ! (2012), l’humoriste Samuel Laroque n’y va pas de main morte avec les femmes : à la fois il semble visiblement adorer ses actrices et ses chanteuses préférées, et pourtant il les détruit, tout en niant son fantasme de transfert d’identité (« Moi ?!? Être une femme ?!? Oh quelle horreur ! ») ; par exemple, il traite la bourgeoise Liliane Bettencourt d’« Horreur de Loréale » (cf. jeu de mots avec l’aurore boréale), ridiculise le vagin des femmes (« Et il paraît qu’il y en a qui s’en serve comme un ventriloque ! »), singe Mylène Farmer ou encore Chantal Goya. Bref, il vénère les femmes dans la destruction/dans la simulation de destruction. Ses meurtres misogynes ne seront principalement qu’iconographiques et symboliques. Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), le travesti M to F David Forgit défonce la présentatrice télé Sophie Davant, « cette perruche peroxydée », sans cacher sa propre jalousie. Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), Laurent Spielvogel passe son temps à détruire les femmes (réelles et fictionnelles) par l’imitation caricaturale : mère possessive, tante, actrices, chanteuses…

 

C’est plus le mythe de la femme (la femme-objet en l’occurrence) qui est massacré que la femme réelle. Mais le problème de la majorité des personnes homosexuelles est que la différence entre les deux femmes n’est pas souvent faite ! … si bien que leur misogynie est probable, prioritairement iconographique, sans pour autant devenir automatique ou effective.

 

Cette confusion inconsciente entre les femmes-objets hétérosexuelles et les femmes réelles, c’est en réalité le fruit d’une inversion entre les bonnes intentions et les actes. Parfois, on peut lire de la part de certains membres de la communauté homosexuelle une défense des pratiques qui concrètement ne respectent pas les femmes, même si en théorie elle se fait au nom de leurs droits et de leur liberté : l’avortement (cf. le documentaire « Regarde, elle a les yeux grand ouverts » (1978) de Yann Lemasson), la sodomie pratiquée sur les femmes (« La sodomie peut apporter du plaisir à une femme » soutiennent Daniel Borillo et Dominique Colas dans leur essai L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005), p. 169), la prostitution (Alberto Mira, Roland Barthes, et tant d’autres, osent présenter la prostitution comme un acte libre et d’émancipation de la femme), etc.

 

La misogynie homosexuelle se pare souvent des meilleures intentions : c’est pour cela qu’elle est efficace, et invisible aux yeux de celui qui la pratique. Par exemple, lors de sa conférence « L’Homoparentalité aux USA » à Sciences Po Paris, le 7 décembre 2011, Darren Rosemblum, qui, avec son compagnon, a fait appel à une mère porteuse en GPA (Gestation Pour Autrui) pour « obtenir » sa petite fille, joue la proximité avec la mère à qui ils ont payé/volé le bébé : « On est devenus très très proches de la femme qui a porté notre enfant. » La proximité va jusqu’à l’identification et la substitution à cette génitrice : « Je me sentais enceinte. » On voit bien ici que les deux parties – le couple gay d’un côté, la mère porteuse de l’autre – s’utilisent mutuellement sans scrupules. D’ailleurs, Darren Rosemblum avoue bien tard que la femme qui a accepté de collaborer avec eux lui a dit explicitement que ce qu’ils venaient de faire ensemble était de « l’exploitation mutuelle ».

 

La femme détruite et incarnée par certaines personnes homosexuelles est en fait un personnage, un rôle, et non la vraie femme sexuée. C’est un androgyne interlope que tous peuvent incorporer (il suffit de le désirer et de le singer). La femme-salope est au fond un fantasme asexué et hypersexué. Beaucoup de comédiens homosexuels (souvent travestis) traitent de « salopes » ou de « copines » non pas toutes les femmes mais tous les gens (et notamment les hommes) qui désirent se prendre pour la femme-objet cinématographique. Signe provocateur (et presque tendre) de connivence fraternelle de fantasmes schizophréniques, de folie, d’orgueil mégalomaniaque assumé. Par exemple, dans son one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), le travesti M to F David Forgit s’en va en laissant un message mi-agressif mi-communionnelle destiné à son public : « Mes sœurs salopes ». Dans son spectacle Charlène Duval… entre copines (2011), le travesti M to F Charlène Duval nous convie précisément à passer un petit moment « entre copines », en féminisant parodiquement son public (principalement mâle et homosexuel).

 

Film "Liebe Ist Kälter Als Der Tod" de Rainer Werner Fassbinder

Film « Liebe Ist Kälter Als Der Tod » de Rainer Werner Fassbinder


 

Si les individus homosexuels mesuraient que ce n’est pas contre les femmes aimant vraiment leur mari (qu’ils appellent à tort « hétérosexuelles »), mais bien contre les femmes-objets hétérosexuelles sans désir (pléonasme), donc bisexuelles voire homosexuelles, que leur misogynie se déchaîne, ils seraient sûrement moins inconsciemment misogynes !

 

C’est la féminité forcée, singée, en gros le travestissement sexué, qui est haï et qui est facteur de haine.

 

Planche "Le Miroir" de la B.D. "Le Monde fantastique des gays" de Copi

Planche « Le Miroir » de la B.D. « Le Monde fantastique des gays » de Copi


 

Quand on lit les mots d’une écrivaine comme Paula Dumont dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), on décèle bien que la haine de la bisexualité, ou la lutte contre « l’homophobie intériorisée », font écran, dans l’esprit de beaucoup de personnes homosexuelles, à leur propre misogynie : « Nous autres, les goudous à cent pour cent, c’est à ça qu’on est bonnes, elles viennent se faire baisouiller un moment, et tout à coup, elles reprennent leurs esprits et elles nous proposent d’être leurs amies ! […] Ces femmes nous méprisent. Elles se servent de nous quand elles sont en manque et le premier argument leur suffit pour tirer l’échelle quand elles ont eu ce qu’elles voulaient. » (p. 123) La misogynie homosexuelle vient prouver nettement quelque chose d’ahurissant aux yeux des personnes homosexuelles : que leur désir homosexuel est par nature misogyne et homophobe : « Paradoxalement, son homophobie affichée rimait avec sa misogynie. » (Ednar parlant de son grand frère homophobe, dans le roman semi autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 34) Toutes les haines humaines sont liées, je le dis bien.

 

En fin de compte, la misogynie – d’autant plus quand elle est homosexuelle – me révolte. Car elle se fait sous couvert d’esthétisme et de recherche de beau, de lutte contre l’hétérosexisme, d’« affirmation de soi » et de l’« Amour », de droit d’exister, d’authenticité, de victimisation, de résistance héroïque et légitime à « l’envahisseur hétérosexuel »… alors qu’elle marche pourtant au diapason des diktats hétérosexuels du machisme ! J’ai pour le prouver un très bel exemple : ma dernière soirée à la boîte gay et lesbienne Le Tango à Paris, une discothèque que je vous invite d’ailleurs à boycotter, même si elle reste, vue de l’intérieur, un petit paradis de convivialité interlope, où on peut danser sur des chansons rétros et actuelles très sympas. L’illusion d’amitié et d’amour à l’intérieur est inversement proportionnelle à la dictature extérieure qui la permet. Vous allez vite comprendre pourquoi je dis cela. C’était le 20 janvier 2008. Je fêtais l’anniversaire d’une amie, Eva, en compagnie de ses amis, et nous avions « naturellement » décidé de faire la deuxième partie de soirée en discothèque. Nous formions un groupe de dix personnes, dont trois garçons homos (moi + un couple), et sept filles (plusieurs très bisexuelles). En tout cas une bande particulièrement gay friendly et habituée à fréquenter les lieux d’homosociabilité, les locaux associatifs, les Gay Pride. C’était le début de soirée. Nous étions rue au Maire. Et le videur a refusé que nous rentrions dans la boîte. Pour nous prouver le bien fondé de son scepticisme, il a demandé aux filles de mon groupe de s’embrasser sur la bouche pour « prouver qu’elles étaient bien lesbiennes ». Magnifique… Les filles n’ont pas obtempéré. Par conséquent, nous avons été obligés de débarrasser le plancher. Scénario regrettable mais peu grave, et très classique si l’on suit la « logique » exclusive du monde de la nuit, me direz-vous… Et pourtant, derrière la banalité de l’incident, nous avons trouvé, mes amis et moi, la réaction de ce gérant du Tango d’une grande violence. Et elle l’était. Sinon, nous n’aurions jamais pété un pareil scandale à l’entrée de la boîte, et Eva ne serait pas allée prévenir les flics (qui ont été bien impuissants pour réparer l’injustice, d’ailleurs…). Les raisons de notre expulsion invoquées par le videur – avec qui j’ai échangé sur l’instant, puis après par mail – étaient les suivantes (d’ailleurs, elles se succédaient les unes après les autres sans lien, tellement aucune ne tenait debout !) : d’abord, la boîte était soi-disant pleine et ne pouvait pas nous accueillir (gros bobard puisqu’on était arrivés à une heure tout à fait normale si l’on s’en réfère aux habitudes du lieu ; d’ailleurs, tous les mecs qui faisaient la queue derrière nous sont rentrés ! Ça alors… cette boîte, c’est comme le sac de voyage de Mary Poppins !) ; ensuite, selon notre cerbère, il était hors de question que notre groupe puisse rentrer (« Pour vous, c’est mort » nous a-t-il sorti froidement, après avoir réussi à décourager le groupe de 6 filles qui nous devançait, et qui ont quitté la file d’attente sans discuter). Puis, suite à mon mail dénonçant les faits – un mail largement diffusé à mes contacts Internet, et qui était arrivé entre les mains de notre cher videur, j’ai reçu d’autres justifications encore plus bidons quelques jours après sur ma boîte mail : comme quoi d’une part mon groupe se devait de respecter la spécificité identitaire « gay et lesbienne » de la boîte (spécificité qu’en plus je ne remets pas du tout en cause, bien au contraire ! L’étiquette « boîte gay et lesbienne » a sa raison d’être. Je m’oppose uniquement à ce que cette spécificité devienne totalement excluante !), et d’autre part à chaque fois qu’il y aurait des problèmes et que notre cher videur aurait fait l’objet d’insultes homophobes pendant les soirées, cela viendrait majoritairement des « femmes hétérosexuelles » ! (je demande à voir ça…) Si encore, il m’avait dit que les agressions qu’il a subies venaient « des hétéros » (tous sexes confondus), j’aurais encore pu le croire… mais là, sa focalisation sur les femmes hétérosexuelles m’a estomaqué ! Si l’on suit sa logique jusqu’au bout, ce videur n’a pas de problème avec les hommes, y compris ceux qui sont « hétéros ». Tiens tiens, comme par hasard… En réalité, il n’a de problème qu’avec les êtres qu’il ne pourra jamais « détourner » ni baiser, et qui ne le font pas fantasmer sexuellement. Logique sexiste s’il en est ! Étant donné qu’il m’a parlé d’actions que je ne peux pas vérifier (je n’étais pas là quand « les hétérosexuelles » l’ont/l’auraient agressé), et que lui même n’a même pas pris le temps de décrire ces méfaits, je me suis retrouvé bien désarmé pour lui prouver ses mensonges. Mais j’ai juste compris que cet homme, bien plus qu’hétérophobe, était au fond misogyne. Dans son mail de réponse, il a enrobé sa mauvaise foi de fleurs et de jolies formules polies, mais au final, il n’a jamais formulé la moindre excuse. Je n’ai même pas pris la peine de lui répondre. Cette affaire m’a dissuadé de ne jamais plus mettre les pieds dans cette boîte où pourtant j’aime beaucoup danser. Quelques mois après, cependant, nos chemins se sont à nouveau croisés sans que nous le programmions. J’allais à une pièce de théâtre, et j’ai reconnu avant d’entrer un pote dans la foule. Il attendait patiemment trois autres amis à lui. Quand j’ai vu débarquer les amis en question, le videur du Tango en tête, on n’a pas eu le temps de s’éviter : il a fallu tous les deux qu’on se salue oralement. Et j’ai compris qu’il m’avait tout de suite identifié. Il a fait semblant de ne pas me reconnaître, et on n’a pas eu d’autre choix que de se retrouver placés à deux mètres de distance l’un de l’autre dans la petite salle de spectacle où nous allions voir le one-man-show. Le plus amusant, c’est qu’avant le lever de rideau, je l’entendais très distinctement dire à ses amis « qu’au bout du compte, c’était un garçon blasé, vraiment blasé ». C’était presque touchant tellement il avait fait exprès de parler bien fort pour que je puisse l’entendre de loin, et qu’il n’y avait rajouté aucune ironie ou provocation. Blasé… Oui, tu l’as dit, Bouffi… Blasé.

 
 

g) La misogynie des femmes lesbiennes envers les femmes : si si, elle existe ! On PEUT être contre soi-même

Nous aurions tort de penser que la misogynie a un sexe. La haine des femmes, on a maintes fois l’occasion de le vérifier dans les discours et les attitudes, est exprimée autant par les hommes gay que par les femmes lesbiennes. Le même rapport idolâtre – et donc jalousement destructeur – avec les femmes réelles, confondues avec les femmes-objets, est observable côté lesbien ! « Je hais les femmes d’ici ! Je hais les femmes d’ici ! Je hais les femmes d’ici ! » (Martha Jane Canary, alias « Calamity Jane », à sa fille Janey Hickok, dans Lettres à sa fille, 1877-1902) ; « Quand nous étions ensemble, Martine et moi, nous étions seules. […] Nous étions deux vieux garçons misogynes, mais à qui était-ce la faute ? » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 134) ; etc.

 

Beaucoup de femmes lesbiennes adoptent une vision catastrophiste de la condition féminine (vie de couple et de famille, maternité, coït sexuel, appartenance à un mari, rôle social soi-disant pré-défini, taches ménagères, etc.) : « Elles ont subi la double malédiction biblique : leurs désirs les ont portées vers leurs mecs et elles ont enfanté dans la douleur. Moi, j’ai échappé à cette malédiction. […] Bref, la moitié de l’humanité, celle qui a le pouvoir de donner la vie, reléguée au statut de bête de somme, voire de morceau de viande. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 17)

 

On peut d’ailleurs interpréter le rejet d’endosser l’image et l’apparence des femmes réelles – et je parle ici des images bien éloignées des poncifs marchands et déshumanisants de la mode – comme une misogynie lesbienne voilée (et très tenace !). L’anticapitalisme sert de mauvais alibi, dans ce cas précis, pour nier sa propre sexuation. D’ailleurs, les femmes lesbiennes se travestissant en homme (ex : la comtesse de Morny, Colette, et tant d’autres), « les Jules », « les Butch » ou « les camionneuses » comme on les appelle usuellement, les dragkings, ne sont pas spécialement connues pour leur sympathie envers la gent féminine. C’est le moins que l’on puisse dire…

 

La misogynie de ces « femmes qui (soi-disant) aiment les femmes » étonnera certainement. Et pourtant, il n’y a qu’à observer la violence prédominante dans les rapports relationnels sapphistes (et pas seulement de drague ; déjà simplement amicaux) pour mesurer combien la misogynie lesbienne est forte. Les femmes bisexuelles, qui sont à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de ces cercles, sont les premières à le constater : « J’ai eu beaucoup plus de problèmes avec les femmes qu’avec les hommes. Les mecs m’ont toujours accepté à 85% avec mon penchant pour les filles. Les filles ne m’ont pas accepté à 85% avec mon penchant pour les mecs. » (Christine, femme bisexuelle qui s’est fait huer par le public de l’émission Ça se discute, sur la chaîne France 2, le 18 février 2004)

 

Fait curieux et en apparence paradoxal : dans les phrases misogynes des femmes lesbiennes, pourtant en théorie féministes et pro-femmes, l’agression plaintive se mêle au constat fataliste… et on ne sait pas trop démêler les deux. Elles se plaignent et pourtant donnent raison, dans la citation mimétique/ironique de leurs « ennemis les hommes », à leurs fantasmes auto-dévalorisants : « Les femmes seront toujours à côté de l’espace public. » (cf. propos de Michèle Riot-Sarcey, pour la sortie de son essai De la différence des sexes, à la Librairie Violette & Co de Paris, le 2 février 2011) Par exemple, dans son essai King Kong Théorie (2006), la très féministe Virginie Despentes énonce que le commun des femmes est « une imbécile quelconque » (p. 121). Mais comment faire comprendre que la victimisation excessive des femmes, loin de rendre service aux vraies femmes et d’exprimer un amour sain, est l’instrument idéal de la misogynie inconsciente ?

 

Par exemple, dans le documentaire « Debout ! » (1999) de Carole Roussopoulos, on voit clairement que les femmes féministes, lesbiennes ou non, sont attirées par la « femme violée du bout du monde », afin de se servir d’elle comme « opportunité » pour prouver l’oppression machiste qui les domine/dominerait. Dès qu’un fait d’actualité concernant le malheur des femmes se présente (par exemple les mères célibataires dans les hôpitaux, les femmes qui veulent se faire avorter, les femmes talibanes, etc.), le MLF accoure vers ses victimes pour les instrumentaliser à leurs fins : « Les femmes battues, c’était parfait ! Parce que si les femmes étaient battues, c’est bien parce qu’il y avait quelqu’un pour les battre. » (Annie Sugier)

 

Dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), Paula Dumont dénonce ce « monde misogyne où toutes les femmes sont emprisonnées » p. 116), tout en se montrant agressivement solidaire à ses semblables sexuées : « Je tiens à mon genre, je mesure ce qu’il m’a coûté et ce dont je lui suis redevable. » (p. 116) ; « Aujourd’hui, je considère que j’ai eu de la chance d’être ce que je suis, femme et homosexuelle. Que soient donc bénis mon genre, qui n’est mauvais que pour les imbéciles, et mon amour des femmes. Amen. » (p. 117). Celle qui demanda à sa maman pourquoi elle n’était pas dotée d’un pénis comme les garçons, et qui s’habillera en cow-boy à l’âge adulte, défend, comme par amnésie, qu’elle n’a jamais détesté son identité sexuée de femme, et jalousé les hommes : « En aucune façon j’aurais voulu être un homme. » (p. 117) Quel incroyable fossé entre intentions et actions !

 

Le rapport des femmes lesbiennes à la femme lesbienne proche de la femme-objet ou de la beauté est souvent idolâtre, c’est-à-dire destructeur dans la convoitise. « Être fem n’a jamais été une expérience simple, ni dans les anciens bars lesbiens des années 1950, ni maintenant. Les fems étaient profondément chéries mais aussi dévalorisées. » (Joan Nestle parlant des femmes féminines – lesdites fem – , dans Attirances : Lesbiennes fems, Lesbiennes butchs (2001) de Christine Lemoine et Ingrid Renard, p. 26) Il apparaît donc clair aux femmes lesbiennes défendant les femmes et leur amour des femmes qu’elles ne peuvent pas être misogynes ni contre elles-mêmes, alors que pourtant, beaucoup de faits et paroles montrent l’excès destructeur et misogynes de leurs bonnes intentions !

 
 

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Code n°52 – Douceur-poignard (sous-code : Si fragile)

douceur-poignard

Douceur-poignard

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

 

De « pédale douce »… à « pédale dure » (comme l’a filmé Gabriel Aghion)

 

« Qui veut faire l’ange fait la bête » dit l’adage pascalien. Et ses plumes se transforment en griffes…

 

Film "the Rocky Horror Picture Show" de Jim Sharman

Film « the Rocky Horror Picture Show » de Jim Sharman

 

La faiblesse doucereuse, contrairement à la fragilité, à la vulnérabilité ou à l’humilité, est le terrain propice à l’émergence de la brutalité, est là où se niche la violence. Seule la force est douceur, finalement. La séduction, quant à elle, est une fausse douceur.

 

Cela se vérifie également sur le terrain de l’identité et de l’amour humains. Le boulet d’un couple (homo ou hétéro, peu importe) qui reste ensemble sans s’aimer véritablement, qui n’a pas la force de se quitter ni de rester ensemble, c’est bien la douceur/tendresse. Rien de pire que cette arme dégoulinante et mielleuse qui s’appuie sur la défaillance humaine et la misère affective pour asservir et conserver l’autre (dans le sens de l’enfermement de la boîte de conserve, ou de la réconciliation sur l’oreiller) quand plus rien d’autre que les sens et le contact des corps ne peut sauver la relation. La tendresse est le signe extérieur de richesse le plus communément employé dans la communauté homosexuelle/hétérosexuelle, soit pour faciliter le passage à l’acte sexuel d’un couple nouvellement formé (les câlins sont la bonne conscience de ceux qui ne veulent pas assumer de « draguer » ni de « coucher »), soit pour anesthésier pour un temps les problèmes d’une union homo qui essaie de tenir sur la durée. Mais cette douceur, comme elle ne s’appuie pas sur un amour plein et solide, et qu’elle ne se fonde pas sur la Réalité (et notamment sur le roc le plus puissant du Réel qu’est la différence des sexes), finit par se renverser en violence avec le temps. Le rose se change en noir. D’ailleurs, il n’est pas anodin de remarquer que ce sont les héros homosexuels qui se présentent dans les fictions comme les plus fragiles/sensibles qui se révèlent au final les plus brutaux.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Éternelle jeunesse », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Dilettante homo », « Adeptes des pratiques SM », « Parodies de mômes », « Amoureux », « Femme-Araignée », « Liaisons dangereuses », « Conteur homo », « Musique comme instrument de torture », « Chat », « Milieu homosexuel paradisiaque », « Déni », « Différences physiques », « Bergère », « Première fois », « Coït homo = viol », « Innocence », « Se prendre pour Dieu », « Androgynie bouffon/tyran », « Humour-poignard », « Vierge », à la partie « Femme-Paon » du code « Homosexuels psychorigides », à la partie « Polysémie de l’adverbe ‘contre’ » du code « Fusion », et surtout à la partie « Tendresse » du code « Drogues », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Je suis sensible, doux, et ne ferais pas de mal à une mouche…

 

Dans les œuvres homo-érotiques, le héros homosexuel se présente ou est présenté comme la gentillesse et la fragilité incarnées : « J’essaie de pas faire mal à qui que ce soit. » (Roy, le héros homosexuel du roman Dream Boy (1995) de Jim Grimsley, p. 73) ; « Je suis délicat, moi, tu sais ! » (le prisonnier efféminé du film « L’Homme aux nerfs d’acier » (1973) de Michele Lupo) ; « Un rien ne me blesse. […] Je suis comme ça : sentimental. » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 32) ; « Je suis née caressante. » (la religieuse lesbienne dans le roman Sur les femmes (1760) de Denis Diderot, p. 186) ; « Aujourd’hui, je veux vraiment que tous m’aiment. Doux pour ceux qui désirent la douceur ; modeste parmi ceux qui se vantent ; sévère pour ceux qui cherchent auprès de moi un appui. Désaccordé d’avec moi-même, je partage vite l’avis de ceux qui ne sont pas du mien. » (Jean-Louis Bory, La Peau des Zèbres (1969), p. 34) ; « Tu es si sensible. » (Bernard s’adressant ironiquement à son ami homo Emory dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « J’ai les poignets fragiles. » (Tex, le cowboy prostitué, idem) ; « Il est si fragile. » (Didier par rapport à son amant Bernard, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Céglia) ; « Pourtant sommeille en moi une princesse toute en délicatesse. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Laissez-moi vivre comme je l’entends, dans le rose et dans la soie. » (Zaza, le héros homosexuel de la pièce La Cage aux Folles (1975) de Jean Poiret) ; « Je suis un garçon très sensible et attentionné… attiré seulement par les garçons très sensibles et attentionnés. » (Max, le héros homo essayant de faire comprendre à Sophie – qui le drague – qu’il est homo et qu’elle n’a aucune chance avec lui, de la pièce Une heure que de nous (2014) de Maxime Daniel et Muriel Renaud) ; « J’viens d’un p’tit village du Nord. Pédophilie, ça vous dit quelque chose ? Moi, au milieu de tout ça, j’ai compris que j’étais très sensible. Trop sensible. » (Jeanfi, le steward homo dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; « Je découvris la douceur des regards complices de ces androgynes que sont parfois les adolescents. » (le narrateur homosexuel parlant de ses années collège, dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 18-19) ; « J’avais oublié combien elle était fragile. Sur le moment, j’ai été incapable de penser à autre chose ; appuyée contre moi, elle reposait entre mes bras et sur ma poitrine, et je la sentais à peine tant elle était légère. » (Ronit, l’héroïne lesbienne par rapport à son amie Esti, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 142) ; « J’ai besoin qu’on me tienne la main. Je suis fatiguée. » (Charlène Duval, le travesti M to F, dans son one-(w)man-show Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « Je ne suis pas un monstre mais une fille douce que le désir des hommes jamais n’intéressa. » (c.f. la chanson « Monsieur Vénus » de Juliette) ; etc. Par exemple, dans la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim, Gérard, l’un des héros homos, chante « son côté fragile ». Dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, Marie-Muriel, la grande bourgeoise homophobe, se réjouit que son fils aîné, homosexuel, soit « si sensible ». Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Joan, la fiancée répudiée par Alan Turing, homosexuel, le baptise de « fragile Narcisse ».

 

Film "Pornography : A Thriller" de David Kittredge

Film « Pornography : A Thriller » de David Kittredge


 

Cette pseudo fragilité peut agir comme une bombe à retardement car elle est le discours typique emprunté à la femme libérée, incarnée partiellement par la femme frigide, lesbienne ou transsexuelle (cf. la dangerosité d’Irena, la femme-tigresse qui joue toujours la vierge effarouchée, dans le film « La Féline » (1942) de Jacques Tourneur) : « Elle est si fragile, être une femme libérée, tu sais, c’est pas si facile… » (cf. la chanson « Femme libérée » de Cookie Dingler) ; « Je je suis si fragile qu’on me tienne la main. » (cf. la chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « Pardonnez-moi… J’aurais pas dû vous inviter… Je ne suis pas prête… » (la femme de 59 ans réagissant comme une vierge effarouchée au lit avec un jeune homme de 19 ans, dans le film « Madame » (1997) de François Ozon) ; « Je suis trop fragile et beaucoup trop désirable. » (Octavia, le transsexuel M to F de la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet) ; « Oh, je suis si fragile… » (Lucie, la psychopathe dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Être un héros, voler dans les plumes, défier d’un regard… J’ai le chapeau, j’ai le costume. Après ça je m’égare. Tout doux comme un homme. Bourru comme un saule en somme… J’ai tout fait pour me croire plus fort que fort. J’ai 200 fois perdu le nord. Face à la vie mon corps se défile, je me sens fragile… » (cf. la chanson « Fragile » de Christophe Wilhem) ; « Le gay est délicat et distingué. Le gay est courtois… ou hypocrite. » (le narrateur homosexuel se moquant d’un cliché gay, dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair) ; etc.

 

Plus que sensible, le héros homosexuel verse dans la sensiblerie, dans la sensibilité exacerbée, dans la douilletterie. C’est la poule mouillée qui s’exprime : « On s’assied sur le lit, on se caresse, on s’embrasse avec fureur ou grande tendresse, alternativement. Il s’allonge et je le caresse doucement, je découvre son corps avec mes doigts devenus beaucoup plus sensibles. J’arrive à son visage, il murmure ‘J’ai envie de pleurer. C’est comme un rêve, un truc trop beau pour être vrai. Je me demande quand la tuile va nous tomber dessus.’ » (Vianney s’adressant à Mike, son « plan cul », dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 85)

 
 

b) La douceur du personnage homosexuel finit par être le reflet de sa violence intérieure mal contenue :

Aussi inattendu que cela puisse paraître, dans les fictions homo-érotiques, la violence est souvent associée à la douceur : cf. le roman L’Agneau carnivore (1975) d’Agustín Gómez Arcos, le roman La Colère de l’agneau (1985) de Guy Hocquenghem, le film « Pédale douce » (1996) suivi de « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot, l’album Le Noir et le Rose de Jean Guidoni, le film « Fresa Y Chocolate » (« Fraise et chocolat », 1992) de Tomás Gutiérrez Alea, le roman Requins et coquins (2003) d’Hervé Claude, l’album Hard Candy de Madonna, le film « La Tendresse des Loups » (1973) d’Ulli Lommel, le film « Si douces… si perverses » (1969) d’Umberto Lenzi, le film « Le Mouton enragé » (1973) de Michel Deville, le film « Flower And Snake » (1974) de Masaru Konuma, le film « No Skin Off My Ass » (1990) de Bruce LaBruce, le film « Rosatigre » (2000) de Tonino De Bernardi, le film « Csokkal Es Körömmel » (« Baisers et égratignures », 1995) de György Szomjas, le film « Araignée de satin » (1985) de Jacques Baratier, le vidéo-clip de la chanson « It’s Ok To Be Gay » de Tomboy, le tableau Les Griffes du dormeur (1995) de Michel Giliberti, le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin (avec le personnage de peste joué par Emory, le héros gay le plus efféminé et délicat du groupe), le roman Le doux venin des abeilles (2013) de Lisa O’Donnell, etc.

 

Il y a dans certains personnages homosexuels comme une schizophrénie de Jean-qui-est-gentil/Jean-qui-est-méchant, un mélange inopiné de douceur et de violence. Par exemple, dans le film « Femmes en cage » (1950) de John Cromwell, Evelyn Harper incarne une femme à la fois romantique et butch. Dans le film « Ding Dong » (1995) de Todd Hughes, des vendeurs de produits de beauté se transforment en serial killers. Dans le film « L’Invité de la onzième heure » (1945) de Maurice Cloche, Serge est un psychopathe pourtant présenté par sa mère comme « une nature délicate ». Dans le roman Tirano Banderas (1978) de Ramón del Valle-Inclán, le baron de Benicarlés est un mélange de colombe et de vipère. Dans le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte, le chorégraphe Michael est l’incarnation de la grâce et du totalitarisme le plus impitoyable. Dans le film « Zodiac » (2012) de Konstantina Kotzamani, Giota, homme transsexuel M to F, est la femme au « serpent à plumes ». Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Stuart, l’artiste aérien, pianiste et fan raffiné de théâtre, pratique le sadomasochisme. Dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage, Jean-Charles, le héros transsexuel M to F, est à double face : « Tu connais mon côté midinette… » dit-il à son meilleur ami Jean-Louis, qui lui répond : « Là, j’ai affaire à ton côté garce ! » Dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, le couple homosexuel de Greg et Mike possède une galerie d’art appelée Cactus Flower. Dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le fouet dans le dos succède aux caresses ; et il est question de la violence des sourires. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel très efféminé, rachitique, post-pubère, et a priori hyper sensible, est celui qui fait des crises d’hystérie disproportionnées, manie le révolver avec une facilité déconcertante, tire sur ses ennemis, fait des hold-up privés dignes des plus mauvaises sitcoms nord-américaines. Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Kanojo et Juna, les deux amantes lesbiennes, jouent aux jeux vidéo ensemble tout pendant qu’elles se draguent : « Tu vois que tu es violente toi aussi. » s’en amuse Juna ; Kanojo riposte : « Non, je suis naturellement douce. » Dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, Darling, le héros travesti M to F, incarne la douceur violente : il presse les couilles du médecin hétéro qui vient à domicile chez Marie.

 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homosexuel, qui pourtant était un adolescent doux et coincé, une fois arrivé à l’âge adulte, a déclenché une baston dans un club gay The Boys qu’il fréquente habituellement. Il est arrêté par les flics. L’un d’eux, Caroline, est une ancienne camarade de classe. Son collègue homme, en l’apprenant, glisse une remarque sarcastique dans la voiture qui amène Jonas au poste : « Et tu foutais déjà le bordel comme ça à l’époque ? ». Caroline prend sa défense : « Laisse-le tranquille. Y’a pas plus gentil que Jonas. » Le garçon sage du collège s’est transformé avec le temps en caïd. Plus tard, Jonas pénètre dans un hôtel de luxe, L’Arthémis, et le standardiste, Léonard, le prend pour un faux doux, un criminel armé, et préfère lui fouiller son sac : « Je sais pas. Je vérifie que t’aies pas d’arme, de couteau. J’en sais rien. » Jonas n’est pas le seul homo du film à se montrer violent alors qu’il a l’air d’être inoffensif. Par exemple, l’assassin homosexuel de Nathan (le petit copain de Jonas), un prédateur de sortie de boîte, a entraîné il y a 18 ans de cela les deux jeunes hommes dans sa voiture, les a forcés à écouter à fond une chanson de midinette (« T’en va pas » d’Elsa), et a frappé Nathan à mort…
 

« Ma douceur n’est qu’une grimace.» (Lacenaire dans la pièce éponyme (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt) ; « C’est vrai que la musique adoucit les mœurs. » (Rodolphe Sand, tout en racontant des horreurs, dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « Alors que les hommes acceptent petit à petit d’être de petites chattes, nous ne revendiquons pas encore d’être de vrais loups… Qui voit le loup en elle ? Hein, qui a vu le loup ? » (l’un des comédiens de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je sais que la gentillesse des pédés est à double tranchant. » (Senel Paz, Fresa Y Chocolate, Fraise et chocolat (1991), p. 25) ; « Y’a un truc dur qui se dégage des lesbiennes. » (Florence, l’héroïne lesbienne dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Le jour on est tranquilles, on passe incognito, le soir on change de peau, et on frappe au hasard. » (cf. la chanson « Quand on arrive en ville » de Johnny Rockfort et Sadia dans la comédie musicale Starmania de Michel Berger) ; « Prends ma douce main dans ta face, toi le businessman qui décide à notre place. » (cf. la chanson « La Zizanie » de Zazie) ; « Attention au pédé agressif. Sobre, il est dangereux… Saoul, il est mortel. » (Harold, le doucereux et cynique homosexuel, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Michael est le charme… désincarné. » (Harold parlant de son colocataire, homo comme lui, idem) ; « Contrairement à ce que l’on enseigne, la brutalité ou la douceur sont des moyens équivalents pour atteindre son objectif. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 105) ; « Comme dit votre grand-père, je suis une main de fer dans un gant de crin. » (Laurent, le héros homo, imitant sa mère Mamita, dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; « Mary pensait à toutes ces choses qu’elle trouvait si profondément attrayantes en Stephen [l’héroïne lesbienne] : la cicatrice sur sa joue, l’expression de ses yeux, sa force et sa bizarre et timide douceur… sa force qui, à certains moments, ne parvenait pas à être douce. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), pp. 447-448) ; « Ma vieille technique reste toujours efficace. Un coup de séduction, un coup de griffe. » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Douleur, douceur : vous êtes les deux à la fois. Tant pis pour moi. » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 170) ; « Cette capacité à passer de l’hystérie à la douceur maternelle… » (Elliot, le héros homo s’adressant à Preciosa dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Les mecs passifs et menteurs, ça existe. » (Davide, un des potes gays de Tommaso, dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek) ; « La rose et le ring » (c.f. la chanson « Monocle et col dur » de Juliette) ; etc.

 
 

Louise – « Merde.

Jeanne – Tu es fâchée ?

Louise – Je n’ai pas dit que je suis fâchée. J’ai dit un gros mot gentiment, c’est tout. »

(Copi, La Journée d’une Rêveuse, 1968)

 

Film "Huit Femmes" de François Ozon

Film « Huit Femmes » de François Ozon


 

En général, dans les films ou les romans parlant d’homosexualité, les créateurs homos poussent le cynisme jusqu’à nous parler de grands drames (guerre, maladie, viol, etc.) à travers un traitement rose bonbon ou cabaret. « À la surprise générale, Lola sort de son sac à main un petit revolver et descend le chef de la bande. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 253) Par exemple, dans le roman La Douceur (1999) de Christophe Honoré, Steven a 11 ans lorsque, envoûté par Jeremy, un des camarades de colonie de vacances, il se laisse entraîner dans la complicité d’un crime d’une barbarie insoutenable sur un autre enfant du camp. Dans le film « Love, Valour And Compassion » (1997) de Joe Mantello, la scène en tutu finale singe l’hécatombe du Sida qui va emporter la majorité des protagonistes homosexuels. Le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (dont le sujet principal – le Sida et la recherche du père – est pourtant grave) commence par une chanson jazzy anesthésiante très calme : « Tout doux, tout doux, tout doucement… en flânant gentiment. » La violence du vidéo-clip « Relax » du groupe britannique Frankie Goes To Hollywood contraste totalement avec le titre de la chanson.

 
 

c) En amour, le désir homosexuel, malgré son apparence angélique, est à double tranchant… :

La violence de l’identité homosexuelle se retrouve aussi dans l’apparente douceur du couple homo. Pourtant, tout semblait rose au départ (cf. je vous renvoie aux codes « Amoureux » et « Milieu homosexuel paradisiaque » dans mon Dictionnaire des codes homosexuels). Dans les fictions, l’attraction homosexuelle paraissait reposer essentiellement sur la recherche de tendresse plus que dans l’énonciation explicite de l’assouvissement d’une pulsion. « Je veux de la tendresse. » (Mimi Mathy s’adressant à Liane Foly, au moment où elle va simuler qu’elle veut vivre une relation lesbienne, dans le « Medley La Lampe magique » des Enfoirés font leur cinéma, en 2009)

 

Mais très vite, sans réel, sans différence des sexes, la violence de la fusion, la vanité de la similarité, l’overdose de tendresse se profilent dans le couple homo fictionnel. « Cette douceur mêlée de tristesse, c’est bien le goût de notre amour. » (Inès de Castro s’adressant à Don Diego, dans la pièce La Reine morte (1942) d’Henry de Montherlant) Très souvent, les personnages homosexuels se sentent trahis par l’amour et la sensualité homosexuels : « Quand je la touche, cette carte, elle est plus froide que les autres ; pourtant, c’est la carte des baisers, des caresses, l’amour à demi fou, ce doit être celle qui te trahit, je n’y comprends plus rien. » (la voyante s’adressant à Juan-Carlos, dans le roman Boquitas Pintadas, Le plus beau tango du monde (1972), p. 97) ; « Je souffre de tes yeux, de tes mains, de tes lèvres… qui savent si bien mentir… et je demande à mon ombre, sans trêve… si ce baiser sacré… peut me trahir. » (cf. les paroles d’un boléro citées dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 215) ; « la violence douce de tes mains » (le narrateur du spectacle musical de la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; « Avant que ses baisers ne deviennent couteaux, que ses bouquets de fleurs de ne fassent la peau, désadorer l’Adoré. » (cf. la chanson « L’adorer » d’Étienne Daho) ; « Chez toi la faiblesse c’est inséparable de la brutalité. » (Rimbaud s’adressant à son amant Verlaine, dans le film « Rimbaud Verlaine » (1995) d’Agnieszka Holland) ; « Il se le répétait mentalement. Pierre Gravepierre. Pierre Gravepierre. Ça sonnait agréable, rauque et doux à la fois. Pierre Gravepierre. Un curieux nom. » (le narrateur homosexuel du roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami, p. 56) ; « Son âme était moins tendre que sa chair, moins douce que les caresses de ses mains de jeune garçon. » (Laura en parlant de son amante Sylvia, dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 63) ; « Au fait, qu’aimait-elle en moi ? Je perçois bien la sincérité, sinon de sa tendresse, au moins de son désir, et je crains – oui, déjà, je crains – que ce désir seul l’anime. » (Colette, Claudine en ménage (1946), pp. 147-149) ; etc. Dans beaucoup de films, l’amour homosexuel est présenté comme une prison, un cocon étouffant et enfermant : cf. « Sexual Dependency » (2002) de Rodrigo Bellott.

 

L’insatisfaction, la frustration de vivre un « relation » qui a du mal à s’incarner (même si, extérieurement, avec le sexe et la tendresse, elle semble avoir toutes les apparences de l’Amour vrai), aboutit à un agacement croissant, à des violences et des infidélités (cf. je vous renvoie au code « Manège » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « Je repensai à l’après-midi passé avec Rani. Jusque-là nous avions été très douces l’une avec l’autre, mais aujourd’hui j’étais devenue violente et elle avait paru apprécier. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant de l’un de ses amantes, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 112)

 

Par exemple, dans son roman Sur les femmes (1760), Denis Diderot évoque la violence du coït homosexuel avec son cortège de « caresses empoisonnées » (p. 186). Dans « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, Michel est l’amant homosexuel tout doucereux, alors que c’est lui le dangereux assassin.

 

Film "The Boys In The Band" de William Friedkin (avec le caressant et impitoyable Harold)

Film « The Boys In The Band » de William Friedkin (avec le caressant et impitoyable Harold)


 

Pour finir avec le thème de la douceur-poignard homosexuelle fictionnelle, il est étonnant, dans un certain nombre de films homo-érotiques, de voir la scène où la carte d’un roi de coeur est confondue avec (ou se retourne en) un roi de pique : cf. Le film « Les Amoureux » (1992) de Catherine Corsini, le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitman, le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot (avec « Pique », le Roi de Cœur), le livre Le Cœur de Pic (1937) de Lise Deharme (illustré par 20 photographies de Claude Cahun), etc. C’est de la part des personnes homosexuelles elles-mêmes que vient la description de l’ambiguïté destructrice des unions amoureuses qu’elles vivent. « C’est drôle… Je ne tombe avec vous que sur du pique et du carreau. » (Adèle, la cartomancienne de bazar, s’adressant de manière piquante à Georges, l’amant de son jeune frère William, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; « Valet de cœur et 7 de pique. » (Félicité, la « femme-à-barbe » cartomancienne, dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

a) Je suis sensible, doux, et ne ferais pas de mal à une mouche…

Film "Sur le chemin des dunes" de Bavo Defurne

Film « Sur le chemin des dunes » de Bavo Defurne


 

Dans le langage courant, on a l’habitude, pour cultiver l’euphémisme et la pudeur avec une certaine ironie, de qualifier les individus homosexuels de « garçons sensibles ». Souvent, les personnes transsexuelles M to F se choisissent des pseudonymes caressants et ingénus, de doux prénoms : on peut penser à Divine, à Bambi ou encore à Coccinelle. La réalité de la construction de leur identité et de leur passé est beaucoup moins douce…

 

« Nous, les pédés… nous minaudons. » (Edmund White, La Tendresse sur la peau (1984), p. 175) ; « Si j’ai pu faire du mal, c’est tout à fait inconsciemment. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 9) ; « On les dit racistes, conservateurs, ils affirment faire de l’art pour tous, antiformaliste et antiélitiste. » (cf. l’article « Gilbert and George » d’Élisabeth Lebovici, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 222) ; « Ah la la ! Vous n’êtes vraiment pas galant avec les dames, vous ! Faut-il que vous soyez lâche, pour maltraiter une faible fille comme moi !… » (un travesti M to F s’adressant au gardien d’un dancing, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 37) ; « Il paraît que j’ai les mains très douces. On m’en a dit monts et merveilles. » (le journaliste homo dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; « J’ai vécu dans du coton, dans du capitonnage douillet. Je baigne dans le miel. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc.

 

Nous voyons certaines personnes homosexuelles (surtout les plus efféminés, mais aussi les plus bobos) jouer la comédie de la fragilité perturbée et caressante, sans contenu : « Moi en fait ce qui me gêne, c’est que moi je suis traversée d’homosexualité… mais j’ai l’impression… je ne me sens pas du tout concernée tout d’un coup ici. Bizarrement. Je n’entends jamais le mot ‘amour’, ‘solidarité’, ‘aventure humaine’, et finalement je me rends compte que l’homosexualité, y’a une violence autour de ça… mais je ne peux pas parler d’homosexualité de manière polémique. Moi, ce n’est pas ma nature, ce n’est pas ce que je suis. Moi, j’ai toujours été du côté des fragilités, du côté de la douceur, du côté des gens différents, et il y a des choses que je ne peux pas entendre, que je ne peux pas comprendre. » (la romancière lesbienne Nina Bouraoui plombant le débat sur le « mariage gay » dans l’émission Culture et dépendances, diffusée sur la chaîne France 3 le 9 juin 2004, par un numéro ahurissant de drama queen bobo)

 

Et beaucoup de personnes – qui se présentent démagogiquement comme « hétéros » pour s’assurer une étiquette de personnes ouvertes et gay friendly – sont prêtes à soutenir cette image de douceur des personnes homosexuelles (qui, en effet, individuellement, sont souvent des crèmes d’hommes et de femmes ; c’est en couple qu’elles se métamorphosent) : « Est-ce que le bon sens ce n’est pas l’homosexualité ? Qui ne fait mal à personne, qui est physiquement inoffensive, moralement innocente, alors que l’hétérosexualité est physiquement dangereuse et moralement criminelle ! » (le romancier Michel Tournier dans la revue Masques, n°23, automne 1984)

 

Par exemple, certaines psychanalystes féministes actuelles qui annoncent que l’arrivée des personnes homosexuelles et des femmes aux commandes du monde audiovisuel et professionnel va « préserver l’image de douceur de la femme » (Loïs Bonner dans le documentaire « Pin Up Obsession » (2004) d’Olivier Megaton) se voilent complètement la face ! Surtout quand on prend conscience que la plupart des membres de la communauté homosexuelle, en collaboration avec des individus machistes et hétérosexuels (Russ Meyer, John Waters, et bien d’autres), ont contribué à construire et à intérioriser des images insultantes ou déréalisées de la gente féminine. Les personnes homosexuelles sont héritières, et parfois conceptrices, de la culture de l’image violente de la femme née après la Seconde Guerre mondiale (cf. je vous renvoie à l’important documentaire d’Olivier Megaton, « Pin Up Obsession », diffusé sur ARTE le 21 novembre 2004, et qui retrace l’inquiétante histoire de la vision de la femme dans nos médias, ainsi qu’au code « Destruction des femmes » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 
 

b) La douceur de certaines personnes homosexuelles finit par être le reflet de leur violence intérieure mal contenue :

DOUCEUR YSL

 

Par excès de gentillesse et de fragilité, paradoxalement, certaines personnes homosexuelles deviennent ces « dames de fer » que décrit Yongyooth Thongkonthun, qui nous font bien rire sur le moment alors qu’elles devraient plutôt nous inquiéter sur la durée. « Mais derrière cette façade glamour se cache sans doute une part d’ombre. » (Peter Gehardt, ironique, dans son documentaire « Homo et alors ?!? », 2015) Dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), Jean-Louis Chardans dépeint la communauté interlope comme « une faune étrange, cancanière, chipoteuse, plus féminine que n’importe quelle assemblée de femmes » (p. 34) Je vous renvoie également au titre signifiant de l’essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel, portraiturant le « milieu homosexuel » comme un panier de crabes… roses.

 

La romancière Marguerite Duras n’avait pas tort de dire qu’elle voyait « dans l’apparente douceur de l’homosexualité une provocation à la violence » (cf. l’article « Marguerite Duras », dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 137). Dans le documentaire « Let’s Dance – Part I » (diffusé le 20 octobre 2014 sur la chaîne Arte), il est question de danser de manière « férocement glamour ».

 

Paul Stanley

Paul Stanley


 

L’excès de fragilité, le sur-jeu sincère de la vulnérabilité, peuvent en effet attirer les ennuis, et même le viol homophobe, car ils aimantent/exacerbent les personnalités violentes, agressées par le mal-être perceptif des êtres fragiles (qui les renvoie à leur propre fragilité qu’elles ne veulent pas voir). « Si véritablement je n’étais pas leur star, à coup sûr, je devins par la suite une célébrité parmi eux [les garçons]. Ma féminité les rendait impulsifs les uns les autres. Ils m’aimaient, me parlaient avec douceur en me caressant la nuque ou le dos, comme il était permis ici pour démontrer une certaine affection. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 58) Par exemple, dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang, les paroles de Richard, homme homosexuel violé, montrent que le viol peut être suscité par une douceur superficielle ou une absence de force : « L’autre jour, il y avait une femme à la gare. […] J’ai pensé qu’elle allait se faire violer. Elle n’était pas provocante. C’est sentir la faiblesse des gens… Quand une nana paraît ou peut paraître faibles, les gens… » (p. 187) L’effet-miroir de la faiblesse crée parfois des violences incontrôlées, des réveils compulsifs terribles. Dans son autobiographie La Mauvaise Vie (2005), Frédéric Mitterrand explique clairement les mécanismes de l’homophobie et de l’amour-vache au sein du couple homosexuel, qui peuvent prendre le chemin de l’excès de douceur et de gentillesse : « Les plus graves menaces surgissent quand on est trop gentil ; le garçon est troublé, il s’expose à éprouver de la sympathie, il ne peut plus mépriser commodément. Si sa nature est franchement mauvaise, il peut prendre peur, s’enrager et devenir incontrôlable avec des pulsions de meurtre pour se débarrasser du gêneur qui a bousculé son équilibre et ses habitudes. […] Des Pelosi la grenouille, j’en ai croisé pas mal dans des endroits glauques à Paris. » (p. 163)

 

Film "The Boys In The Band" de William Friedkin (avec Michael)

Film « The Boys In The Band » de William Friedkin (avec Michael)


 

Il n’est pas rare de constater dans les faits que derrière la mauviette homosexuelle se cache quelqu’un d’extrêmement apeuré, orgueilleux, narquois et parfois effrayant. Elle exorcise sa peur et sa haine d’elle-même par un mépris qu’elle trouvera « délicieusement esthétique et raffiné ». Il n’est pas anodin d’observer au théâtre qu’une des astuces pour incarner au plus près un rôle de délicieux méchant est de cultiver une préciosité masculine, donc une homosexualité. Iconographiquement, l’homme-paon caressant, le versant masculin de la femme-paon – personnage de cabaret très présent dans la fantasmagorie homosexuelle – symbolise parfois le dictateur (cf. je vous renvoie au code « Homosexuels psychorigides » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Sur scène et au cinéma, les artistes homosexuels interprètent souvent des rôles de dictateurs ou de méchants crapuleux.

 

« Ces tapettes peuvent se montrer étonnamment dures. » (James Agee, cité dans l’autobiographie Palimpseste – Mémoires (1995) de Gore Vidal, p. 177) ; « Tu sais, je ne suis pas si gentil… » (Yves Saint-Laurent s’adressant à son amant Pierre Biergé, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert) ; « Charmant ou cassant. Tout comme moi. » (Pascal Sevran à propos de Bertrand D., dans son autobiographie Le Privilège des jonquilles (2006), p. 125) ; « Ça tire un peu mais c’est doux, mes bisous. » (Nicolas Bacchus lors de son concert Chansons bleues ou à poing, en juillet 2009 à Avignon) ; « La femme en noir était petite de taille, sans âge et portait des habits noirs. Elle était sans doute une mendiante et elle avait hérité d’un certain pouvoir. Elle savait faire. Elle savait toucher. […] Elle était entrée en moi, dans mon esprit, mon âme lui appartenait, elle la regardait avec douceur, avec brutalité. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 93-94) ; etc.

 

Par exemple, l’entourage de Truman Capote le décrit comme un « vautour à l’apparence de colombe » (Carlos Yusti dans le site Isla de la Ternura, consulté en janvier 2003). On nous parle du « mélange étrange d’immaturité et d’agressivité » chez James Dean (Schary cité dans la biographie James Dean (1995) de Ronald Martinetti, p. 219). Le plasticien chilien Pedro Lemebel dit qu’il écrit avec « un rugueux gant en velours » (1997). Dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris du Forum des Images de Paris, en octobre 2013, Jenny Bel’Air, le fameux travesti M to F qui a animé les excentriques nuits du Palace, est décrit dans toute sa dualité comportementale : « Transgenre, ni Blanche ni noire, une violence à faire peur et une douceur attendrissante, Jenny a le port d’une reine et l’âme d’une clocharde à moins que ce ne soit l’inverse. » (p. 80) Dans le journal Le Figaro (cf. l’article « Marilú Marini retrouve Copi » d’Armelle Héliot, daté du 7 janvier 1999), la comédienne Marilú Marini décrit Copi comme « quelqu’un d’hyper-sensible et de timide » mais aussi de violent : « Copi a toujours eu la violence d’un poète. »

 

« Visconti était à la fois un homme délicieux et un despote absolu. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des singes (2000), p. 279) ; « J’espère que dans ses biographies elle ne sera pas dépeinte par la postérité toute de blanc vêtue ou avec une auréole. C’était une garce, et je ne veux pas qu’elle apparaisse comme un ange. » (Robert Walden à propos de Carson McCullers, dans la biographie Carson McCullers (1995) de Josiane Savigneau, p. 317) ; « Il n’y a rien que je puisse dire d’elle qui ne pourrait être contredit par quelqu’un d’autre, et cela serait également vrai. Carson était l’être le plus angélique qui soit au monde, et en même temps le plus infernal, le plus odieux des démons. […] C’était un papillon, mais un papillon d’acier. » (Arnold Saint Subber, op. cit., p. 332) ; « Marcel est génial, mais c’est un insecte atroce, vous le comprendrez un jour. » (Lucien Daudet à propos de Marcel Proust, cité dans Le Passé défini (1953) de Jean Cocteau) ; « Il avait beau être un tyran, on finissait par l’aimer pour cela, quand on en connaissait les raisons. » (Céleste, la nourrice de Marcel Proust, citée dans l’article « Sainte Céleste » de Diane de Margerie, sur le Magazine littéraire, n°350, janvier 1997, p. 44) ; « J’accuse les hommes de croire des hypocrites, moitié pédés, moitié hermaphrodites, qui jouent les durs pour enfoncer du beurre, et s’agenouillent sitôt qu’ils ont peur. » (cf. la chanson « J’accuse » de Michel Sardou) ; « La morale de cette histoire c’est que, chez les gays, les apparences sont trompeuses. Oui, mesdames, vos lions superbes et généreux’ sont parfois des… ‘lionnes’ ! » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 111) ; « Ce qu’il a de merveilleux, c’est cette ambivalence entre son côté doux, tendre et féminin, et une frustration violente qui peut être dangereuse. » (Élia Kazan en parlant de Marlon Brando, dans le documentaire « Marlon Brando » (2000) de Toby Beach et Peter Yost) ; « C’est quelqu’un qui m’a toujours fait peur par son extrémisme et sa violence. Mais il surprenait aussi par son élégance et sa douceur. C’était un personnage contradictoire. D’une impertinence telle qu’elle aboutissait à la violence. La plupart du temps, il était très silencieux. Il se tenait toujours dans un coin, d’où il observait les choses avec un rire de dédain. » (Alfredo Arias à propos de Copi, cité sur l’article « Copi, ma part obscure » d’Hugues Le Tanneur, dans le journal Eden du 12 janvier 1999) ; etc.

 
 

c) En amour, le désir homosexuel, malgré son apparence angélique, est à double tranchant… :

La violence de l’identité homosexuelle se retrouve aussi dans l’apparente douceur du couple homo. Pourtant, tout semblait rose au départ (cf. je vous renvoie aux codes « Amoureux » et « Milieu homosexuel paradisiaque » dans mon Dictionnaire des codes homosexuels). La tendresse paraît être la monnaie privilégiée des « libres » échanges amoureux dans la communauté homosexuelle. Par exemple, aux Universités d’Été de Marseille (UEH), on trouve un « Coin Câlins » où ceux qui le désirent peuvent chercher caresses et réconfort…

 

Mais très vite, sans réel, sans différence des sexes, la violence de la fusion, la vanité de la similarité, l’overdose de tendresse se profilent dans le couple homo. « On s’est éclatés. L’amour j’adore, j’adore un peu trop. » (Kamel s’adressant à Christian Giudicelli, dans l’autobiographie de ce dernier, Parloir (2002), p. 15) ; « La tendresse, c’est terrible. Elle nous fait nous abandonner. » (Jean-Luc Lagarce dans son Journal, 2002) ; « J’ai beaucoup pensé à Tomski. Je pense toujours à lui – plein de tristesse, plein de tendresse… » (Klaus Mann, Journal (1989-1991), p. 209) ; « Je devins distant avec mes camarades, de même qu’avec le père Basile, nos rapports s’orientèrent sur la voie des remises en question. Je lui reprochais de s’être épris de moi d’une manière excessive, et pensais que c’était une faute de m’avoir fait découvrir ses pulsions sexuelles ; je lui reprochais également l’initiative, qu’il avait prise de me combler de petits cadeaux, de me parler souvent avec douceur par rapport aux autres élèves, et de s’appliquer à m’expliquer que j’étais beau et tout rose, comme un bébé qui vient de naître. […] Cet amour était devenu une abjection qui m’étouffait à la manière d’une proie exposée aux griffes de son prédateur. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), pp. 40-41) ; « Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; etc.

 

L’insatisfaction, la frustration de vivre un « relation » qui a du mal à s’incarner (même si, extérieurement, avec le sexe et la tendresse, elle semble avoir toutes les apparences de l’Amour vrai), aboutit à un agacement croissant, à des violences et des infidélités (cf. je vous renvoie au code « Manège » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « J’étais jeune alors, j’ignorais que trop de soins et de tendresse peuvent asservir un homme. » (Denis Daniel à propos de ses amours masculines, dans son autobiographie Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 104) ; « Les Dieux sont étranges. Ce n’est pas uniquement de nos vices qu’ils font des instruments pour nous châtier. Ils nous mènent à la ruine par ce qu’il y a en nous de bonté, de douceur, d’humanité, d’amour. » (Oscar Wilde, De Profundis, 1897) ; « Un jour, le démon de midi ou de onze heures entre en jeu, un gamin parle et c’est le scandale, plus ou moins vite étouffé : ‘M. Un-Tel, le coiffeur (ou l’antiquaire) de la Place-aux-Huiles… Qui aurait cru ça ? … Si gentil… si doux… Surpris avec un petit garçon de douze ans !’ … et papati… et patata… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dont l’acte pédophile sur mineur est dénoncé, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 103) ; etc.

 

Certaines personnes gay friendly ou homosexuelles, en mal d’arguments, et surtout pour dédouaner et excuser les individus homosexuels et leur métamorphose en brutes épaisses dès qu’ils se mettent à pratiquer leur homosexualité, se mettent comme par enchantement à avancer l’existence de la différence des sexes entre hommes et femmes (alors qu’elles la nient en temps normal), et notamment du soi-disant fossé qui existerait entre les « couples » d’hommes et les « couples » de femmes, pour laisser croire que la violence de la pratique homosexuelle ne viendrait que de la masculinité, et non de la féminité. Or, qu’on soit homme ou femme, la violence de la pratique homosexuelle est universelle, car expulser la différence des sexes, c’est toujours violent. Ce n’est pas parce que cette violence se traduira différemment selon qu’on est deux hommes ou selon qu’on est deux femmes, qu’elle disparaît pour autant. Bien au contraire. Les témoignages de femmes lesbiennes abondent pour mettre à bas le cliché de la « douceur des femmes lesbiennes en couple » et ces allégations sur la soi-disant « douceur exceptionnelle des femmes entre elles »… : « Tu ne vas pas me dire qu’une femme homosexuelle est douce ! Ou alors je n’ai pas rencontrées les bonnes… Elles sont tout, sauf douces. » (Laura, femme lesbienne citée dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 201)

 

Si l’on regarde – au-delà du couple homosexuel – comment la violence de la pratique homosexuelle se traduit au niveau social (dans la communauté homosexuelle ainsi que dans la société), on peut voir aussi comment l’argument de « l’amour » ou bien les gestes de l’amour sont instrumentalisés par les militants LGBT ou hétéros gay friendly, puis renversés en armes. L’exemple des kissing montrent bien ce retournement agressif de la douceur : des couples homos s’embrassent à pleine bouche sur des places publiques, pas d’abord pour s’aimer, mais surtout pour provoquer et choquer. La douceur est détournée en violence. Bluffante contradiction entre intentions et actes.

 

Vol d'enfants par la revendication de la douceur parentale

Vol d’enfants par la revendication de la « douceur » parentale


 
 

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Code n°76 – Focalisation sur le péché (sous-code : Péché « originel »)

focalisation

Focalisation sur le péché

 
 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Pédé = Péché ?

 

Pièce Homosexualité de Jean-Luc Jeener

Pièce Homosexualité de Jean-Luc Jeener


 

« Pédé » n’est pas synonyme de « péché »… même si ces deux mots riment et que, par haine d’elle-même, la communauté LGBT, pourtant persuadée qu’elle ne croit ni en Dieu ni en l’existence du péché, essaie de les faire fusionner.

 

En effet, les personnes homosexuelles pratiquant leur homosexualité passent leur temps à parler du « péché », à dire que ce sont les autres (et surtout les catholiques) qui le font, qui les jugent, qui les réduisent et les enferment dans leurs actes peccamineux, alors qu’en réalité, c’est leur propre pratique qui les exclut de l’Église et du Salut, alors que ce sont elles seules (et leurs « amis » hétéros-gays friendly) qui se focalisent sur le péché, elles seules qui s’étiquettent « pécheurs », « exclus du Salut et du Pardon de Dieu », et « maudits », pour se tenir chaud dans la victimisation et ne surtout pas se remettre en cause, alors qu’au contraire les vrais catholiques rejettent le péché mais aiment le pécheur et défendent la distinction cruciale entre personne homo et acte homo. Ils savent que la Miséricorde de Dieu pour les personnes homosexuelles est immensément plus grande qu’elles ne L’imaginent.
 

Vidéo-clip de la chanson "Je te rends ton amour" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Je te rends ton amour » de Mylène Farmer


 

Pour une inversion incroyable et malhonnête, le diable réussit à faire croire aux esprits faibles et blessés qui lui obéissent que le péché le plus grave qui va faire mourir l’Homme, c’est la différence des sexes, donc le corps sexué, le mariage d’amour entre la femme et l’homme, la procréation aimante, et le célibat sexué consacré à Dieu. Alors que dans les faits, et aux yeux de Dieu, c’est la différence (des sexes) qui nous permet d’aimer, de Le connaître, et d’aimer totalement ; c’est l’accueil respectueux de la différence des sexes qui sauve vraiment tout être humain du péché. La sexuation, le mariage aimant entre la femme et l’homme, le célibat consacré, et parfois (si c’est donné) l’engendrement biologique dans la différence des sexes, ce sont les plus grands actes d’amour neutralisant le péché.

 

Les personnes homosexuelles, rejetant la différence des sexes de par leur désir sexuel, actualisent souvent cette inversion diabolique entre péché et sainteté (et d’autant plus quand elles pratiquent leur homosexualité et s’y identifient identitairement), au point de considérer que la différence des sexes est diabolique, et qu’elles deviendront saintes (ou des « pécheurs sanctifiés » !) une fois qu’elles l’auront évacuée de leur vie ou qu’elles chercheront à la détruire. Parfois, elles se rendent compte que le véritable péché réside dans la destruction et le mépris de la différence des sexes… et dans ces cas-là, elles sombrent dans une dépression de Drama Queen surjouant la victimisation de l’héroïne maudite et damnée, se confondant en excuses et en remords. Mais la plupart du temps, elles ne s’en rendent pas compte, et clament que le péché est une invention venant de l’Église, une création des gens « saints… et hypocrites ». Pire : elles considèrent qu’elles sont encore plus divines et éloignées du péché depuis qu’elles se prennent pour l’Incarnation du plus grand des Pécheurs, depuis qu’elles se prennent pour l’Incarnation vivante et individuelle de la différence des sexes, depuis qu’elles sont en couple homo, depuis l’opération chirurgicale leur ayant mutilé leur corps sexué, depuis leur divorce. Leur focalisation verbale sur le péché, qui se veut un pastiche ironique drôlissime et subversif de la bien-pensance « hétéro-patriarcale », une instrumentalisation camp de la culpabilité que la société ferait peser sur elles, est en réalité un appel et un rappel inconscient que l’éjection de la différence des sexes dans leur identité et dans leurs actes sexuels est concrètement peccamineuse et qu’elle les fait souffrir. C’est la raison pour laquelle elles reviennent sans arrêt, dans leurs créations artistiques, sur l’épisode de la pomme et du péché « originel » d’Adam et Ève raconté dans la Bible, épisode auquel elles s’identifient (y compris celles qui prétendent ne pas croire en Dieu). Nous devons écouter cet appel et le comprendre comme une illustration que les actes homosexuels sont vraiment des péchés graves dont pâtissent ceux qui les posent.
 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Homosexualité noire et glorieuse », « Blasphème », « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », « Clown blanc et Masques », « Cour des miracles », « Se prendre pour Dieu », « Désert », « Mort », « Mort = Épouse », « Jardins synthétiques », « Ennemi de la Nature », « Je suis différent », « Icare », « Vampirisme », « Déni », « Homosexuel homophobe », « Milieu homosexuel infernal », « Appel déguisé », « Désir désordonné », « Amant diabolique », « Femme et homme en statues de cire », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été dans un bois », « Se prendre pour le diable », « Curé gay », « Vierge », et « Attraction pour la ‘foi’ », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

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FICTION

 

a) Le péché est partout et je suis un damné du Jardin d’Éden :

Film "La meilleur façon de marcher" de Claude Miller

Film « La meilleure façon de marcher » de Claude Miller


 

Dans les fictions homo-érotiques, il est souvent question du péché : cf. la chanson « It’s A Sin » du groupe Pet Shop Boys, la chanson « Such A Shame » du groupe Talk Talk, la photo La Faute énorme de Duane Michals, le roman El Último Pecado De Una Hija Del Siglo (1914) d’Álvaro Retana, le roman El Pecado Y La Noche (1910) d’Antonio de Hoyos, la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener, le film « Sin In The Suburbs » (1964) de Joseph W. Sarno, le film « The Sins Of Rachel » (1972) de Richard Fontaine, le film « Ordinary Sinner » (2001) de John Henry Davis, le film « Saints And Sinners » (2004) d’Abigail Honor et Yan Vizinberg, le film « Pecata Minuta » (1998) de Ramón Barea, le film « Preaching To The Perverted » (1997) de Stuart Urban, la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, le film « Dirty Little Sins » (« Sale petit péché », 2005) de Kett Blakk, la pièce Dans la solitude des champs de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès (où il est fait mention des 7 péchés capitaux), le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia, le film « Paresse » (2000) de Frank Mosvold, le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler, etc.

 

Film "Los Abrazos Rotos" de Pedro Almodovar

Film « Los Abrazos Rotos » de Pedro Almodovar


 

C’est l’épisode biblique du jardin d’Éden perdu et du « péché originel » d’Adam et Ève qui semble obséder le héros homosexuel : cf. le film « Fruits amers » (1967) de Jacqueline Audry, le film « Secret Garden » (« Jardin secret », 1987) d’Hisayasu Sato, la chanson « Sapho et Sophie » d’Alain Chamfort, le film « Big Eden » (2000) de Thomas Bezucha, Le film « Expelled To Eden » (2005) d’Eran Koblik Kedar, le film « The Stepford Wives » (« Et l’homme créa la femme », 2004) de Frank Oz, la chanson « 1er novembre (Le Fruit) » du Beau Claude, la chanson « Quand tu m’appelles Éden » d’Étienne Daho, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron (avec la scène incestueuse finale de la pomme entre Julien et sa maman), la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia (avec le thème de la chute de la pomme), le recueil de poésies Sombra Del Paraíso (Ombre du Paradis, 1944) de Vicente Aleixandre, le roman Le Jardin des chimères (1921) de Marguerite Yourcenar, le roman Éden, Éden, Éden (1970) de Pierre Guyotat, le roman La Busca Del Jardín (1978) d’Héctor Bianciotti, le film « The Apple » (2008) d’Émilie Jouvet, la chanson « Paradis inanimé » de Mylène Farmer, le film « The Gardener Of Eden » (1981) de James Broughton, le film « Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal » (1997) de Clint Eastwood, le roman Invitados En El Paraíso (1958) de Manuel Mujica Lainez, les jardins picturaux des toiles de Pierre et Gilles, le film « Les Enfants du Paradis » (1945) de Marcel Carné, le film « Adam et Ève » (1995) de Joaquim Leitao, le film « Bug » (2003) d’Arnault Labaronne, le film « Les Majorettes de l’Espace » (1996) de David Fourier, les fresques La Création du Monde, Adam, Le Paradis de Michel-Ange (1475-1564), le film « Sotvoreniye Adama » (« La Côte d’Adam », 1993) de Yuri Pavlov, le roman Le Jardin d’acclimatation (1980) d’Yves Navarre, le film « De la chair pour Frankenstein » (1994) d’Antonio Margheriti et Paul Morrissey, le vidéo-clip de la chanson « Tristana » de Mylène Farmer (avec la pomme empoisonnée), le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, le film « La meilleure façon de marcher » (1976) de Claude Miller, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, le film « Paradis perdu » (1939) d’Abel Gance, le film « Eden’s Curve » (2003) d’Anne Misawa, le roman Del Huerto Del Pecado (1909) d’Antonio de Hoyos, le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie (avec le meurtre du père dans la serre par le couple lesbien), le roman The Rubyfruit Jungle (1973) de Rita Mae Brown, le one-man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set (avec Blanche-Neige se faisant poursuivre par le chasseur Rocco), la chanson « Miss Paramount » du groupe Indochine (avec la mention du film « Le Jardin des Tortures »), le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma (avec le croquage de pomme filmé comme un péché acté), la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi (avec la métaphore du Jardin d’Eden inversé, avec une Ève violée : « Mon parc est semé de gens morts ! »), le film « Adam And Eve » (2006) de Stian Kristiansen, le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, le roman La Pérdida Del Reino (1972) de José Bianco, la chanson « J’veux pas être jeune » de Nicolas Bacchus (où les amants homosexuels se rendent « jusqu’au jardin désert qu’ils n’avaient pas cherché »), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate (2011) de Karine Dubernet (avec la comédienne arrivant sur scène en Éve), le vidéo-clip de la chanson « Only Gay In The World » de Ryan James Yezak, le film « Gan » (« Un Jardin », 2003) de Ruthie Shatz Adi Barash (racontant l’histoire de deux jeunes prostitués de Tel Aviv), le film « Notre Paradis » (2011) de Gaël Morel, le film « Teens Like Phil » (2011) de David Rosler et Dominic Haxton, le film « Tchernobyl » (2009) de Pascal Alex-Vincent (filmant le dépucelage de deux adolescents dans une forêt), la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor (avec la mention de la pomme et du serpent), la chanson « Jardin d’Éden » de Zaho, etc.

 
FOCALISATION Adam & Steeve
 

« En réalité, je préfère les représentations du péché originel. Cette faute que nous continuons de payer, elle m’a toujours intéressé. Et le cri silencieux d’Ève chassée du paradis, il m’apparaît tout à coup que cela pourrait être le mien. » (Luca, l’un des héros homosexuels du roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 43) ; « Sur un arbre, je veux croquer la pomme. » (Philippe par rapport à Bernard, dans la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier) ; « J’ai enfin trouvé mon alter ego. Car c’est moi qui fais l’homme. Accroche-toi comme tu peux à ma ceinture. Viens croquer dans la pomme. » (cf. la chanson « C’est moi qui fais l’homme » de Ginie Line) ; « Serpent, je ne mange pas de ce pain-là. » (OSS 117 s’adressant à son amant diabolique lui tendant sa pomme d’amour, dans le film « OSS 117 : Rio ne répond plus » (2009) de Michel Hazanavicius) ; « Ses yeux étaient immenses, ses cheveux tombaient en désordre sur ses épaules. La peau de son ventre faisait des plis, rentrait en elle-même. Je me suis rendu compte que nous étions nues. » (Ronit et Esti, les deux amantes du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 243) ; « Nous étions seuls au monde. La forêt nous avait éloignés de tout et, plus ou moins, libérés de tout. Nous étions nus. Nous avions enlevé nos vêtements rapidement. » (Khalid et son amant Omar, dans la pièce Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 137) ; « Melocotón et boules d’or, deux gosses dans un jardin. » (cf. la chanson « Melocotón » de Colette Magny) ; « Après l’avoir laissée dans le bâtiment Pouchkine, je sentis mon cœur déborder d’un savoir que je ne sus pas identifier sur-le-champ. J’avais tant de fois imaginé ce qu’avait dû ressentir Newton quand la pomme lui était tombée sur la tête, lui révélant brusquement les lois de l’attraction universelle. […]J’aurais aimé qu’il y ait eu un objet tout simple comme une pomme, quelque chose de palpable que je pourrais observer de près et tenir en main, humer et mordre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant de son émoi homosexuel, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 11) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] avait erré jusqu’à un vieux hangar où l’on rangeait les outils de jardinage et y vit Collins et le valet de pied qui semblaient se parler avec véhémence, avec tant de véhémence qu’ils ne l’entendirent point. Puis une véritable catastrophe survint, car Henry prit rudement Collins par les poignets, l’attira à lui, puis, la maintenant toujours rudement, l’embrassa à pleines lèvres. Stephen se sentit soudain la tête chaude et comme si elle était prise de vertige, puis une aveugle et incompréhensible rage l’envahit, elle voulut crier, mais la voix lui manqua complètement et elle ne put que bredouiller. Une seconde après, elle saisissait un pot de fleurs cassé et le lançait avec force dans la direction d’Henry. Il l’atteignit en plein figure, lui ouvrant la joue d’où le sang se mit à dégoutter lentement. Il était étourdi, essayant doucement la blessure, tandis que Collins regardait fixement Stephen sans parler. Aucun d’eux ne prononça une parole ; ils se sentaient trop coupables. Ils étaient aussi très étonnés. […]Stephen s’enfuit sauvagement, plus loin, toujours plus loin, n’importe comment, n’importe où, pourvu qu’elle cessât de les voir. Elle sanglota et courut en se couvrant les yeux, déchirant ses vêtements aux arbustes, déchirant ses bas et ses jambes quand elle s’accrochait aux branches qui l’arrêtaient. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), pp. 38-39) ; « Le jardin, au lever du soleil, lui sembla tout à fait étranger, comme un visage bien connu qui se serait soudain transfiguré. […]Elle prit soin d’avancer doucement, car elle se sentait un peu fautive. » (idem, p. 135) ; « La femme est l’avenir des pommes. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Dans toute femme, il y a une Ève malveillante qui sommeille. » (Rodin, l’un des héros homosexuels dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche, épisode 8 « Une Famille pour Noël ») ; « Hedwig, tu me donnes un bout de pomme ? » (Tommy s’adressant au héros transgenre M to F Hedwig, dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell) ; « Moi je suis comme le vent, j’emporte mon secret dans un jardin d’Éden, m’allonger dedans. » (cf. la chanson « L’Alizé » d’Alizée) ; « Mathilde et moi, c’est un drôle de paradis, un jardin luxuriant. » (la narratrice lesbienne dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 29) ; « Nunca me ha llamado la atención lo de Eva y la manzana, porque de Eva soy hermana y tentarse es cosa humana. » (cf. les paroles d’une chanson de Tita Merello, citée dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) ; « Nous [les Rats] lui [le serpent] exprimâmes notre admiration sincère et la Reine des Rats l’invita à passer les vacances de Pâques enroulé dans notre arbre si jamais à Pâques, lui, l’arbre et nous-mêmes nous nous trouvions encore en vie et en liberté. […]Le serpent répondit qu’il était hermaphrodite et qu’il se fécondait tout seul. » (Gouri, le narrateur bisexuel du roman La Cité des rats (1979) de Copi, pp. 76-77) ; « Tant pis pour la Bible. Je veux mettre ma dent dans la pomme d’Adam. J’aime les filles et les garçons, j’aime tout ce qui est bon. Je suis bi-zarrement faite. » (Anne Cadilhac dans son concert Tirez sur la pianiste, 2011) ; « Je cherche un Adam pour croquer ma pomme. » (cf. la chanson « Avis au sexe fort » de Zazie) ; « Prions que l’enfer ne nous sépare pas. » (Valmont s’adressant à Merteuil, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; « Mon prof d’éducation physique… Moi, il m’a tout appris. C’est lui qui disait : ‘Un hétéro, c’est un homo qui s’ignore tant qu’il n’a pas goûté au fruit défendu.’. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Comme disait ma grand-mère, à force de croquer la vie à pleine dent, on en perd son dentier. » (idem) ; etc.

 

Le « péché » dans le jardin, dont il est beaucoup question au sein de la fantasmagorie homosexuelle, en plus d’être un esthétisme décadent « innocent et folklorique », peut figurer le viol entre la femme et l’homme, ou bien l’acte homo, ou bien la perte de l’innocence, ou tout simplement la découverte de la différence des sexes. Par exemple, dans la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti, Ève est présentée comme l’origine d’un monde pécheur. Dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou, Érik Satie dit qu’il est un mélange d’Adam et d’Ève, « des paresseux sans doute ». Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, la pulpeuse Eva, la belle tentatrice, essaie de faire succomber le jeune prêtre Adam, secrètement homosexuel. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Sissi, une cantatrice fantomatique transgenre des montagnes, raconte que, lorsqu’un de ses fans lui a lancé une pomme en plein concert, elle « en a perdu sa couronne » au moment où elle a croqué le fruit. Dans le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, après leur coït adultère, les deux amants (dont Paul) croquent la pomme ensemble. Dans la comédie musicale Adam et Steeve jouée à l’intérieur du film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, le couple homo formé par Adam et par Steeve remplace et répare le péché originel opéré par « les hétéros homophobes » Adam et Ève, le couple femme-homme défectueux : ce nouvel amour sans différence des sexes est qualifié de « Vérité du Ciel » même s’il n’est pas écrit dans la Bible. Le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan nous montre en premières images la mère de Steve, le héros homosexuel, cueillant une pomme sur un arbre. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, l’amour entre Frankie et Todd est mis sous le signe du péché originel dès le départ. Dans la cuisine, ils se parlent de « la cire sur les pommes pour les faire briller ». Puis ils rejouent la scène du jardin d’Éden dans un parc de la San Francisco, où Frankie, près de l’arbre où ils s’abritent, menace son amant de l’attraper dans sa toile d’araignée, telle une Ève maléfique. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Thérèse, l’héroïne lesbienne, croque une pomme rouge dans la voiture que conduit sa compagne Carol.
 

Quand le personnage homosexuel a l’humilité de reconnaître son désir homosexuel comme un « signe de péché », et l’acte homosexuel comme un péché, c’est-à-dire une action qui rejette la différence des sexes et Dieu, il parle ouvertement de « péché »… et ce n’est pas si rare, surtout chez les héros homosexuels croyants qui ont un tant soit peu la crainte de Dieu : « Longtemps, il [Adrien, le héros homosexuel] avait cru ce penchant, ce mauvais penchant, surmontable. Dieu serait plus fort que son désir. Il saurait même dissiper, extirper jusqu’à sa racine ce mal profond. Il avait bien fini par comprendre, de guerre lasse, que la blessure resterait longtemps. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 25) ; « Vous comprendrez que de tels péchés parfois sont difficiles à avouer. » (cf. la chanson « Partenaire particulier » du groupe Partenaire particulier) ; « Je m’étais peu intéressé au péché, à ce que ça signifie vraiment. Cette fois, c’est sûr, j’en ai fait un. Les gens qui croient ont raison de dire qu’il faut toujours expier. » (Bjorn, l’un des héros homosexuels du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 154) ; « La vie que je mène n’est pas parfaite, mais c’est ma vie, je l’ai façonnée d’après mes rêves en veillant à la tenir à distance du terrible glaive de Dieu. » (Michael, le narrateur homosexuel du roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 90) ; « Une brebis égarée, j’en suis une depuis un petit bout de temps… » (Luc, l’un des héros homosexuels du roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 234) ; « Tous mes idéaux, des mots abîmés. […]Pourtant, je voudrais retrouver l’innocence. » (cf. la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer) ; « De ses flèches j’étais la cible. Je n’ai pas eu le choix. Renoncer me met au supplice. Mes prières montent vers toi. Dieu, pourquoi me sentir si coupable ? Pourquoi sentir l’orage en moi ? Dieu du Coran ou de la Bible. Donne-moi la force et la foi, enfin. C’était un amour impossible… Pourquoi me sentir coupable ? Pourquoi sentir l’orage en moi ? Pourquoi me sentir misérable ? Pourquoi sentir l’orage en moi ? » (cf. la chanson « L’Orage » d’Étienne Daho) ; « C’est une espèce de malédiction. Tu penses qu’on va aller en enfers ? » (Bryan s’adressant à son amant Tom, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; « There’s no place in Heaven for someone like me. » (c.f. la chanson « No Place in Heaven » de Mika) ; etc.

 

Par exemple, dans le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012), Samuel Laroque raconte qu’il taille une pipe à un prêtre exorciste qu’il compare à Shrek. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Howard, découvrant son homosexualité, file en panique au confessionnal. Dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, le narrateur homosexuel croit en son « existence pécheresse » (p. 137) Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, Kena, l’héroïne lesbienne, accepte de recevoir des prières de délivrance et d’exorcisme de sa communauté catholique kenyane qui la croit possédée parce qu’ils ont découvert son homosexualité : « Tu oublies les démons qui possèdent cette enfant ! » dit Mercy, sa mère, à son mari John. Le pasteur de l’église où Kena se rend tous les dimanches fait répéter à tous les fidèles qui imposent leurs mains sur la pauvre jeune femme : « Nous brisons ses liens avec les démons ! ».

 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Lola trompe sa copine Vera d’un commun accord avec Nina. Se profile la culpabilité : « Vera, est-ce que tu considères que ma liaison avec Nina est une faute ? » s’interroge Lola. Vera acquiesce : « Peut-être même un péché. » Lola conclut : « Cette femme est diabolique. Elle a trouvé le moyen de me déculpabiliser. »
 

Mais chez le héros homo, la reconnaissance du péché est souvent bien trop pleurnicharde et théâtrale pour être repentante et vraiment coupable. C’est un petit caprice sincère, une mise en scène pour pleurer le péché sans agir concrètement contre. « Je me suis baladé dans la rue des péchés. Tout ce que je peux te dire, c’est qu’ils peuvent se les garder, leurs pèches ! » (Arthur, le personnage homosexuel à Atlanta, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) Par exemple, dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm (dans l’épisode 3 de la saison 1), Emmanuel, l’un des séminaristes, noir et homosexuel, confesse auprès d’un prêtre sa première expérience homosexuelle passée avec un homme anonyme à Carthage (« Les détails s’imposent à moi de façon démoniaque. Pourquoi je me sens si coupable ? »)… pour mieux se justifier de succomber ensuite au péché dans les bras d’un autre séminariste, Guillaume. Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, Richard reproche à Junn, la mère de Kai son amant décédé dans un accident, d’avoir culpabilisé ce dernier au point de le maintenir dans le secret de son homosexualité et de l’avoir conduit à la mort. Celle-ci semble se défiler… mais en réalité, elle souligne une culpabilité justifiée et inconsciente chez les eux amants homos : « C’est votre culpabilité. Je ne vais pas jouer au psy. […] Cette culpabilité, il l’a toujours ressentie. Je n’ai pas étouffé Kai. »

 

En général, c’est par la voie du sarcasme et du ricanement que le personnage homosexuel dramatise/croit dramatiser ses actes homosexuels en utilisant des termes religieux anachroniques/cinématographiques diabolisants qui ne correspondent pas (ou qui correspondent trop !) à ce qu’il a fait ou à ce que son entourage en aurait dit. Le héros homosexuel est soit affolé par l’existence du péché (le péché étant entendu comme la rupture avec Dieu ou l’absence de Dieu), soit excité (même sexuellement) par le péché (et l’interdit/l’orgueil qu’il génère) : « Je suis le roi des péchés. » (sa Majesté Ignace dans la pièce Iwona, Księżniczka Burgunda, Yvonne, Princesse de Bourgogne (1938) de Witold Gombrowicz) ; « Si vous aimez le show, vous brûlerez en enfer avec nous ! » (les héros homosexuels de la comédie musicale Adam et Steeve dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Tu ne m’emmèneras pas sur la voie du péché ! » (Nathalie face à Tatiana avec qui elle rêve de faire l’amour, dans le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa) ; « I’m a sinner. I like it that way. » (cf. la chanson « I’m A Sinner » de Madonna) ; « Pietro veut devenir carmélite pour expier mes péchés. Mais je n’ai pas de péchés ! Bien sûr j’ai des péchés, des très grands péchés, lui-même n’est-il pas un de mes péchés ? » (le narrateur homosexuel parlant de son amant Pietro, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 146) ; « Et voici la star des péchés, Ada la violente ! » (Cherry s’adressant à son amante Ada dans la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) ; etc.

 

Avant même d’avoir pris le temps de laisser parler la Miséricorde, le héros homosexuel décrète à la place de Dieu qu’il ira en enfer. Par exemple, dans le téléfilm « Prayers For Bobby » (« Seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy, Bobby, le héros homosexuel, joue sa drama queen écartelée, pour mieux se justifier d’une part de pratiquer son homosexualité, et d’autre part de se suicider : malgré ce qu’il prétend (« Je ne veux pas choisir le péché. »), en s’étiquetant « homosexuel » et en s’engageant dans une pratique homosexuelle, il veut absolument être pécheur, et ce, malgré les tentatives de sa mère pour lui apprendre la Miséricorde de Dieu (« Je crois qu’Il aime le pécheur, pas le péché. » lui dit-elle) : « Je ne voulais pas aller en enfer mais j’irai quand même. […]Tu as raison maman, je suis condamné à brûler en enfer. Je suis damné. Je voudrais ramper sous une pierre et dormir pour toujours. […]Je sens Dieu qui me regarde les yeux remplis de pitié. Il ne peut pas m’aider car j’ai préféré le péché à la vertu. » Dans le spectacle musical Luca, l’Évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, le héros homosexuel se filme entouré de flammes dans un monastère, et passe son temps à soutenir qu’il est maudit : « Nous, les monstres du Créateur. » Même la bande-annonce du concert indique que « Luca est condamné à mort à cause de son homosexualité ». Le comédien sur scène se met à pasticher des phrases que les « homophobes catholiques » ou que Dieu auraient prononcées, et qu’il reprend à son compte : « Le Sida est la punition divine sur les homos et les drogués. » Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael est le prototype du catho homo sans cesse culpabilisé par sa foi (… en réalité par sa propre pratique homosexuelle en discordance avec sa foi) : « Je vais mourir !!! »
 

 

Quand le héros parle de la découverte de son homosexualité, le spectateur ne sait pas s’il cite les gens de son entourage, ou les pensées qu’il leur prête, ou les propos qu’il aurait entendus, ou même s’il dit ce qu’il est le seul à penser (tout semble mélangé) : « La Bible dit que nous sommes des pécheurs. » (l’un des amants de Paul, dans le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari) ; « Parfois, je pense que Dieu me punit. À cause de ce qu’on a fait ensemble. » (Esti, l’héroïne lesbienne juive, s’adressant à sa compagne Ronit, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 144) ; « Saïd est mort, tué par l’orage, un signe peut-être que Dieu n’approuve pas ce que les garçons s’apprêtaient à faire ce soir. » (Saïd et Ahmed, le couple homo maudit, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 48) ; « Quel péché ai-je commis pour être ainsi châtié de mon vivant ? » (le Jésuite dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Les rares condamnations à mort concernent le péché de tribadisme, c’est-à-dire d’homosexualité. » (la comédienne transgenre F to M dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems) ; « Qu’est-ce que tu préfèrerais ? Qu’on se torture pour les péchés de nos ancêtres ? Mon grand-père était un nazi. Tu veux que je me suicide ? » (Petra, l’héroïne allemande s’adressant à son amante Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 37) ; « Nos péchés sont têtus. Nos repentirs sont lâches. Nous nous faisons payer grassement nos aveux. Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux, croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; etc.

 

La croyance (et même la adhésion à la croyance) au désir homosexuel en tant qu’« identité pécheresse » (je ne parle pas ici des actes homosexuels, qui eux sont clairement peccamineux : le désir homosexuel, n’ayant pas visiblement fait l’objet d’un choix, peut tout au plus être considéré comme un « signe de péché », mais jamais comme un « péché » : le péché présuppose la liberté et la décision de se couper sciemment de Dieu) peut traduire chez le héros homosexuel une homophobie extérieure intériorisée : « Polly dit que le sida n’est pas une fatalité, que les pédés doivent arrêter de penser qu’ils le méritent. ‘C’est faux, c’est même archi-faux, affirme-t-elle, c’est comme quand vous pensez que vous méritez de vous faire agresser. Faut arrêter avec tout ça, on ne mérite pas le sida ni de se faire agresser quand on est pédé. Par contre, on peut se demander si cette propension des pédés à croire ça ne cache pas plutôt une forme d’auto-homophobie intériorisée. ’ Elle a tort. » (Mike, le narrateur homosexuel parlant de son amie lesbienne Polly, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 72-73)

 

Son entourage amical homosexuel ou gay friendly ou homophobe conforte le héros homosexuel dans ce « choix » qu’il aurait fait d’être condamné au péché : « Brûlez en enfer. » (cf. un écriteau d’une passante face au défilé de la première Gay Pride londonienne de 1984, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « Elle va aller en enfer ! » (une des paroissiennes protestantes évangéliques parlant d’Elena après avoir découvert l’homosexualité de cette dernière, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « C’est péché. » (Kevin dans la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell) ; « Le seul intérêt de l’homosexualité, c’est le péché. » (le père de Claire, l’héroïne lesbienne de la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « C’est un péché. Dieu ne te le pardonnera pas. » (Rana s’adressant à Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; etc.
 
 

b) Le péché est nulle part puisque j’aime et je suis homo !

Contrebalancement impressionnant. Cette focalisation homosexuelle sur le péché est souvent suivie immédiatement après d’une censure : parce que j’ai culpabilisé, c’est vous qui m’avez jugé ! et pour rien, en plus ! Régulièrement, le héros homosexuel se focalise sur le péché, mais par mauvaise foi, va soutenir que cette focalisation vient des autres et pas de lui : « Tu es la personne la plus immorale que je connaisse ! » (Larry s’adressant à son pote gay Emory qui lui renvoie son infidélité, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Ils ont commis le péché original. Ils n’auront pas d’héritiers. Mais quel amour est idéal ? Qui est normal ? » (cf. la chanson « Adam et Yves » de Zazie) ; « Ça ne peut pas être péché que d’aimer. Jamais je ne goûterai le regret, plutôt se haïr, se rendre, mourir à la guerre sainte. Ça suffit ! Et alors ? La foi sèchera mes larmes. Sûrement que le soleil s’éteint et que Lucifer me guide, et je serai une ombre comme la Tour de Babel… et ton amour, Père rappelle-toi !! L’Église promulgue que je suis une pédale de merde, si c’est ça mon péché, je suis coupable, comme une infâme Inquisition. Mais je n’ai tué personne. Je me sens coupable d’être seulement moi. Je ne douterai, je ne douterai pas de moi. Non. Je ne douterai pas de moi. » (cf. la chanson « Madre Amadísima » de Haze et Gala Evora) ; « J’ai pris ce que tu m’as donné, de mon plein gré. Ce n’est pas de ta faute, Thérèse. » (Carol, l’héroïne lesbienne consolant son amante Thérèse en pleurs, culpabilisant d’avoir couché avec elle, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; etc.

 

À la croyance que le péché serait partout, le héros homosexuel va opposer celle que le péché n’est nulle part à partir du moment où il y a la sincérité que le péché n’existe pas, où il est considéré que les personnes « aiment » et n’ont « pas choisi » leur désir homosexuel : cf. le roman Ser Gay No Es Un Pecado (1994) d’Óscar Hermes Villordo, le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, etc. « Allons bâtir ce nouveau monde où l’on ignore le péché. » (cf. la chanson « Au commencement » d’Étienne Daho) ; « La ‘faute’ n’existe pas. » (Aaron, l’un des héros homosexuels du film « Tu n’aimeras point » (2009) de Haim Tabakman) ; « Nous ne cherchons pas de faute. » (le fiancé de Gatal s’adressant à son amant, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) ; « Ben, tu penses que tout ça est de ma faute ? » (Ben s’adressant à son amant George, dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs) ; « De là à dire que nous les homos nous vivons dans le péché… Nous suivons bien mieux les Dix Commandements : Aimez-vous les uns les autres, Tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin, etc. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc. Par exemple, dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny, le héros homosexuel, range arbitrairement son homosexualité du côté de l’évidence, de la censure, du chantage aux sentiments, et à l’abri de la culpabilité : « Je ne peux pas changer ce que je suis. Est-ce que c’est vraiment de ma faute ? » dira-t-il en pleurs au révérend Ritchie. Plus tard, lors d’une prêche caricaturalement homophobe de Lena, la femme du pasteur Ralph (secrètement homosexuel), dans un temple protestant, il s’insurgera encore plus radicalement devant toute l’assemblée en rejetant sur la prédicatrice sa propre culpabilité (« Pourquoi cette question [de l’homosexualité] vous intéresse tant ? ») et en lui tenant le discours de l’anti-jugement soi-disant « déculpabilisateur » : « Que celui qui n’a pas péché jette la première pierre. »

 

La procréation (et donc l’enfant) est parfois invoquée par le personnage ou le « couple » homosexuel fictionnel pour cacher la réalité du péché de la pratique homosexuelle. Au fond, le péché d’Adam (homosexualisé/bisexualisé) ou d’Ève (féministe/lesbianisée), c’est de s’auto-créer, c’est de chercher à avoir un enfant et à l’élever tout seul, sans former un couple avec quelqu’un d’autre, sans amour, sans différence des sexes : « Elle a fait un bébé toute seule, elle a fait un bébé toute seule, c’était dans ces années un peu folles où les papas n’étaient plus à la mode, hou hou, elle a fait un bébé toute seule. » (cf. la chanson « Elle a fait un bébé toute seule » de Jean-Jacques Goldman) ; « Je deviens mère mais je reste une femme libre. » (Isabelle, la postulante au titre de mère porteuse, auprès du héros homosexuel Pierre, qui lui répond « Moi aussi. », dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Oh femme unique, péché, désir, pour un serpent de Bible, a brisé son Empire. » (cf. la chanson « Ève lève-toi » de Julie Piétri) C’est d’incarner l’Amour à soi seul, sans la différence des sexes.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le péché est partout et je suis un damné du Jardin d’Éden :

Quand l’individu homosexuel a l’humilité de reconnaître son désir homosexuel comme un « signe de péché », et l’acte homosexuel comme un péché, c’est-à-dire une action qui rejette la différence des sexes et Dieu, il parle ouvertement de « péché »… et ce n’est pas si rare, surtout chez les personnes homosexuelles croyantes : « Clermont-Ferrand, ce 20 octobre 1968. J’accuse aujourd’hui ma mère d’avoir fait de moi le monstre que je suis et de n’avoir pas su me retenir au bord de mon premier péché. Tout enfant, elle me considère comme une petite fille et me préfère à ma sœur, morte aujourd’hui. De mon père, j’ai le souvenir lointain d’un officier pâle, doux, presque timide, perpétuellement en butte aux sarcasmes de son épouse. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 75) ; « J’ai désobéi à la totalité des Dix Commandements. » (Paul, racontant sa première visite au confessionnal après des années de débauche homosexuelle, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; « Je pense que les homosexuels éprouvent, peut-être inconsciemment, un tel poids d’opprobre sur leur être, au simple énoncé de ce mot, alors qu’il ne devrait s’agir que d’une lucidité sur leur vie, que la notion de péché est brouillée pour eux comme la surface d’une mare frôlée par les ailes d’un martin-pêcheur. » (Henry Creyx, Propos décousus, propos à coudre et propos à découdre d’un chrétien homosexuel (2005), p. 69) ; « La confession est dévalorisée par une sorte de contre-tabou, et très particulièrement chez beaucoup, beaucoup trop d’homosexuels même chrétiens, qui gèrent mal l’idée de péché qui lui est nécessairement associée. » (Idem (2005), pp. 71-72) ; « Ça n’a pas été facile de le dire. Surtout avec tout ce nuage noir de sida, de péché, de tout ce qui était interdit. » (Olivier, agriculteur homosexuel, dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre) ; « Le seul problème que ça m’a posé était religieux. J’ai été chrétien. J’avais le sens du péché. Et donc ça m’a posé problème à cet égard. Jamais à l’égard de la société qui ne me paraît pas mériter tant de révérence. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel, Rich Juzwiak, homosexuel, face à ses proches à qui il cachait ses actes homos, développe l’étrange sensation de « se sentir étrangement coupable alors qu’on n’a rien fait de mal ».

 

Très jeunes, les personnes homosexuelles, par superstition, peur ou haine d’elles-mêmes, ou sous l’influence de films d’épouvante qui les ont traumatisées, se sont identifiées au mal (cinématographique) qu’elles ont vu ou imaginé en comprenant la Vérité biblique de manière très approximative : « J’ai peur. La même peur qu’enfant, lorsque je pénétrais dans des églises, et que je me sentais pointé du doigt par toutes les statues, accusé de choses que j’étais incapable d’avouer, n’ayant aucune éducation catholique, ni baptême, ni catéchisme, pourtant ne doutant pas que mes fautes étaient terribles. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 107)

 
FOCALISATION Adam et eve
 

Certaines se sont même crispées sur la scène primitive du péché dit « originel » de la Genèse, autrement dit, ont considéré leur origine sexuée, existentielle, comme un péché : cf. le documentaire « Forbidden Fruit » (2000) de Sue Maluwa Bruce, Beate Kunath et Yvonne Zuckmantel. « C’est par un chemin bien long que je choisis de rejoindre la vie primitive. Il me faut d’abord la condamnation de ma race. » (Jean Genet, Journal du voleur (1949), p. 33) Certains auteurs gays se sont beaucoup intéressés au péché des origines d’Adam et Ève : Walt Whitman, Oscar Wilde, Pier Paolo Pasolini, Julien Green, John Cheever, Francis Bacon, etc. « L’attraction qu’a pour moi le sens du péché originel, c’est qu’il s’agit, je crois, d’une expérience universelle. » (John Cheever, cité dans le site La Isla de la Ternura, consulté en janvier 2003) Dans son article « Cuba, El Sexo Y El Puente De Plata » (1986) compris dans son essai Prosa Plebeya (1997), le poète homosexuel argentin Néstor Perlongher parle de la « nostalgie ironique d’une perte » (p. 120). Le dessinateur homosexuel Ralf König, qui parle beaucoup du récit de la Genèse de manière parodique, a même un serpent chez lui ! Or, comme l’explique très bien Jean-Pierre Winter, cette obsession homosexuelle ou transgenre pour l’origine de l’existence humaine et finalement pour être sa propre origine, cache un péché d’orgueil, que le psychiatre associe à un mouvement paranoïaque destructeur : « Les personnes préoccupées de façon trop exclusive par la question de leur origine, ou des origines en général, ont tendance à se sentir exclues et persécutées. » (Jean-Pierre Winter, Homoparenté (2010), p. 94)

 

Dans les cas où l’individu homosexuel parle du péché en tant que découverte de son homosexualité ou en tant qu’expérience sexuelle concrète, l’auditeur ne sait pas s’il cite (ironiquement) les gens de son entourage, ou les pensées qu’il leur prête, ou les propos qu’il aurait entendus, ou même s’il dit ce qu’il est le seul à penser (tout semble mélangé) : « J’étais dans le péché. » (Pierre, homosexuel, né dans une famille très catholique, témoignant dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Ma famille est très catho ; nous allions à l’église tous les dimanches. Au début, quand mes parents ont été au courant de mon homosexualité, ils ont flippé. Ils ont voulu me faire exorciser ! Ils ne comprenaient pas. C’était le mal, le diable. » (Cécile, témoin lesbienne dans la revue Têtu, n°69, juillet-août 2002) ; « Je voyais toujours le péché. Mes parents étaient très croyants. Pour eux, l’homosexualité c’était condamné, Dieu rejetait et haïssait les gais. Un dieu d’amour y paraît. Mes parents voulaient toujours me changer. J’étais coupable, j’étais pas bon, si je ne voulais pas, si je ne pouvais changer. Ils me faisaient lire des livres de témoignages de gais qui avaient réussi à changer et s’étaient mariés. J’étais un gros monstre, un déchet de la société. Si la religion n’avait pas été là, j’aurais peut-être pas essayé de me suicider. C’était super-opprimant cette idée du péché, de l’anormalité, de la faute, avec tout le monde qui y croit autour. » (un témoin homosexuel dans l’essai Mort ou Fif (2001) de Michel Dorais, p. 75) ; « Son mal-être rebondissait instinctivement parce que, dans son for intérieur, il avait commis l’irréparable en s’abandonnant aux bras de son copain Dylan. […]Après les grands secrets de mes six, dix et treize ans, à ma vie s’ajoutait maintenant le ‘péché’ qui n’aurait jamais dû être. » (Ednar, le narrateur homosexuel parlant des viols pédophiles qu’il a subis, et les mélangeant avec la découverte de son homosexualité puis la pratique homosexuelle, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, pp. 19-20) ; « Dans le train, il y a quelques jours, une religieuse aux yeux brillants, protubérants, fixait le monde. C’était le visage de l’Inquisition. » (Annie Ernaux, Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), p. 44) ; « Tout se passe comme si, par ses déambulations quasi somnambuliques, le pédéraste cherchait à troquer sa solitude contre la participation à une malédiction collective. » (Roger Stéphane, Parce que c’était lui (2005), pp. 77-78) ; « Chaque fois que j’ai un orgasme, je ressens un très fort sentiment de culpabilité après coup. C’est normal, ils l’ont bien dit au catéchisme : se masturber, ce n’est pas bien. Il faut se retenir jusqu’au mariage, sinon on va en enfer. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 23) ; « Un des procédés les plus utilisés par les médias pour discréditer le combat des défenseurs de l’amour vrai et de la vie est de leur attribuer cette pensée plus ou moins secrète à l’égard des sidéens : ‘C’est bien fait, Dieu les a punis ! ’ Propos malveillants qui n’ont jamais été tenus que dans l’imagination désordonnée de journalistes en mal de calomnie ou, peut-être, par quelque chrétien égaré, en contradiction radicale avec les exigences de la charité. » (Thomas Montfort, Sida, le vaccin de la vérité (1995), p. 15) ; « S’ils savaient que je suis homo, j’crois qu’ils m’enverraient bouler, parce que l’homosexualité à la campagne, c’est considéré comme quelque chose de mal. » (Sacha, jeune Allemand homo, dans le documentaire « Homo et alors ?!? » (2015) de Peter Gehardt) ; « J’ai l’impression que je serai mort bien avant la diffusion de ce film. Je ne sais pas pourquoi je vous parle. J’ai l’impression d’un retour de ce vieux poison. Je le ressens comme une punition. Parce que je donne une mauvaise image de ces pauvres chrétiens. » (Thomas, homosexuel, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; « J’ai peur d’être un mauvais sujet, peur de ne pas être un homme bon. Et cette peur est tellement intense que je sens bien qu’elle m’éloigne de Dieu. » (Alexander, en couple avec Sven un pasteur, idem) ; « Enfant, le réalisateur allemand Rosa Von Prauheim éprouvait une vive crainte de la damnation. » (la , idem) ; « C’était un péché d’avoir des pensées impudiques et bien sûr de se masturber. Je tenais le compte du nombre de fois où je me masturbais et je me sentais horriblement coupable. Plus j’essayais de réprimer mes pulsions, plus ça m’excitait. Tout ça était vraiment terrible. » (Rosa Von Prauheim, le réalisateur homosexuel, idem) ; etc.

 

Par exemple, dans son essai L’Homosexualité au cinéma (2007), Didier Roth-Bettoni fait lui-même l’association entre Sida et péché quand il parle du film « Mensonge » (1991) de François Margolin : « Mensonge’ fait sans hésiter porter le poids du péché (le VIH) sur les homosexuels. » (p. 594)

 

La croyance (et même l’adhésion à la croyance) au désir homosexuel en tant qu’« identité pécheresse » (je ne parle pas ici des actes homosexuels, qui eux sont clairement peccamineux : le désir homosexuel, n’ayant pas visiblement fait l’objet d’un choix, peut tout au plus être considéré comme un « signe de péché », mais jamais comme un « péché » : le péché présuppose la liberté et la décision de se couper sciemment de Dieu) peut traduire chez l’individu homosexuel une homophobie extérieure intériorisée. « Je lui répétais sans arrêt que l’homosexualité était quelque chose de dégoûtant, de ‘carrément dégueulasse’, qui pouvait mener à la damnation, à l’enfer ou à la maladie. » (Eddy Bellegueule parlant de son petit frère Rudy qu’il veut transformer en « hétérosexuel », dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 53) Par provocation et par instrumentalisation de ce qui est considéré comme une blague, une grande part de la communauté homosexuelle va clamer haut et fort son attachement pour les « péchés » et son étiquette de « foyer de pécheurs qui ne se repentiront jamais », juste pour se rendre intéressante et donner une consistance à « l’homophobie » qu’elle est la première à s’infliger.

 
Focalisation Péché
 

L’entourage amical homosexuel ou gay friendly ou homophobe conforte parfois l’individu homosexuel dans ce choix qu’il aurait fait d’être condamné au péché. Par exemple, lors de l’enterrement du jeune Matthew Shepard en 1998 dans le Wyoming, des militants de la Westboro Baptist Church, emmenés par leur pasteur protestant Fred Phelps, ont manifesté avec des pancartes « God Hates Fags » (« Dieu déteste les pédés ») ou « Matt In Hell » (« Matthew en enfer »). On peut également penser au fameux écriteau « Les Pédés au bûcher » de la Manifestation Anti-PaCS à Paris en 1998 – écriteau dont on ne sait pas trop d’où il est sorti tellement il ne correspondait pas à l’esprit paisible de la Manif (il est même fort possible qu’il ait été élaboré par une personne homosexuelle soucieuse de se faire passer pour une personne du cortège afin de discréditer l’événement).
 
 

b) Le péché est nulle part puisque j’aime et je suis homo !

Contrebalancement impressionnant. En général, la focalisation homosexuelle ou transgenre sur le péché est suivie immédiatement après d’une censure : parce que j’ai culpabilisé, c’est vous qui m’avez jugé ! et pour rien, en plus ! « Ralf König a choisi d’ignorer la culpabilité. » (la du documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) L’individu homosexuel se focalise régulièrement sur le péché, mais par mauvaise foi, va dire que cette focalisation vient des autres et pas de lui : « Rien qu’une soirée, j’ai embrassé deux mecs. Certes, c’était un jeu stupide et les deux mecs sont hétéros, mais ça m’a plu. Pendant cette soirée, j’ai oublié mes parents et leur point de vue satanique sur l’homosexualité. » (Simon, un témoin homosexuel cité dans la revue Têtu, juin 2002) ; « Aux yeux des chrétiens, je suis un sataniste. De mon point de vue, bien sûr, je ne le suis pas. Satan n’est pas au cœur de ma vision des choses. Ce n’est pas un dieu. Il incarne la rébellion. Si je pouvais être mon propre dieu, tout cela lui serait égal. » (Gaalh, la star norvégienne de death metal, ouvertement homosexuel, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay », 2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc.

 
FOCALISATION Trans
 

À la croyance que le péché serait partout, le sujet homosexuel va opposer celle que le péché n’est nulle part à partir du moment où il y a la sincérité que le péché n’existe pas, où il est considéré que les personnes « aiment » et n’ont « pas choisi » leur désir homosexuel. La procréation (et donc l’enfant) est parfois invoquée pour cacher la réalité du péché. Le péché d’Adam (homosexualisé/bisexualisé) ou d’Ève (féministe/lesbianisée), c’est de chercher à s’auto-créer, c’est de chercher à avoir un enfant et à l’élever tout seul, sans former un couple avec quelqu’un d’autre, sans amour, sans différence des sexes. C’est se définir comme un clone ou un « co-parent ». Et malheureusement, on y est !

 

Par exemple, dans le documentaire « Deux hommes et un couffin » de l’émission 13h15 le dimanche diffusé sur la chaîne France 2 le dimanche 26 juillet 2015 montre la mère porteuse (Veronica) au volant de sa voiture, en train de croquer une pomme tout en disant sa satisfaction d’offrir les deux bébés qu’elle porte à un « couple » homo. Incroyablement signifiant concernant le péché d’Ève. Tous les éléments y sont, et ce n’est même pas une mise en scène calculée. Satan se grille tout seul !
 

Pierre et Gilles

Pierre et Gilles

 

Aussi étonnant que celui puisse paraître à nos contemporains athées et laïcistes, le climat social relativiste fortement gay friendly en Occident, tendant à banaliser et à idéaliser les actes homosexuels pour leur retirer toute négativité et culpabilité, tout caractère peccamineux, renforce paradoxalement la force du péché homosexuel (et le sentiment de culpabilité qui va avec). Dans bien des cas, surtout quand il s’agit d’homosexualité, c’est le bannissement systématique de cette bonne gêne, de ces appels intérieurs de la conscience, qui est vraiment perturbant, et non la gêne en elle-même. Beaucoup de personnes homosexuelles se matraquent à elles-mêmes « C’est pas de ta faute ! C’est pas de ta faute ! » (cf. le film « Will Hunting » (1997) de Gus Van Sant), parce que précisément elles s’infligent souvent la culpabilité de ne plus se reconnaître coupables pour des actes qui parfois la mériteraient. L’encouragement à renier ses erreurs n’a jamais été une preuve d’amour de soi. La phobie de la culpabilité demeure le plus sûr moyen d’expérimenter de vieux réveils de conscience inexpliqués et coûteux. Ce n’est pas pour rien si, par exemple, la scène d’aveux déchirés de Marthe, l’héroïne lesbienne du film « La Rumeur » (1961) de William Wyler, émeut autant certaines personnes homosexuelles encore aujourd’hui : « La répugnance et le dégoût d’elle-même qu’elle éprouve me bouleverse quand je revois le film. Et je pleure en me demandant pourquoi. Pourquoi est-ce que cela me bouleverse ?!? Ce n’est qu’un vieux film idiot… Les gens ne réagissent pas comme ça aujourd’hui… Mais je ne crois pas que ce soit le cas. Les gens éprouvent toujours un sentiment de culpabilité que je partage, même si on prétend assumer sa condition en s’écriant : ‘Je suis heureuse, bien dans ma peau, bisexuelle, homo’, on a beau dire ‘Je suis homo et fière de l’être’, on se pose toujours la question de savoir ‘Comment est-ce que je suis devenu comme je suis ? ’. » (Susie Bright citée dans le documentaire « The Celluloïd Closet » (1981) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman) L’embarras des sujets homosexuels face à leur désir ou à leur couple dit une part de la culpabilité justifiée qu’engendrent certains actes homosexuels. Loin d’être inquiétante, cette juste culpabilité est salutaire : elle dit que la conscience personnelle s’anime et se révolte à bon droit. Les personnes homosexuelles devraient s’accrocher à leurs gênes intérieures : elles sont de l’or en barre, des signes que leur conscience est encore en vie et qu’elle les appelle à se réveiller !
 

Vidéo-clip de la chanson "Such A Shame" de Talk Talk

Vidéo-clip de la chanson « Such A Shame » de Talk Talk


 
 

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Code n°104 – Jumeaux

jumeaux

Jumeaux

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Il n’est pas très étonnant (même si c’est peu connu et peu valorisé, car le lien de causalité est fui comme la peste) de voir les nombreuses coïncidences qui existent entre gémellité et homosexualité. Dès qu’on commence à connaître des personnes homosexuelles, on rencontre énormément de jumeaux, c’est assez hallucinant. Moi-même, je suis né jumeau ! (je suis un « vrai jumeau », comme on dit, et je partage avec mon frère Jean le même patrimoine génétique, depuis la naissance. Il n’est, quant à lui, pas homosexuel, s’est marié et a trois enfants). Cependant, je n’aurai pas la bêtise de dire que tous les jumeaux sont des homos refoulés, ou bien qu’il y a plus de jumeaux homos que de jumeaux hétéros, ou encore que les personnes nées jumelles sont prédestinées à être homosexuelles.

 

En revanche, ce que nous révèle la gémellité par rapport au désir homo, c’est d’une part que l’homosexualité n’est pas QUE génétique (si tant est qu’elle le serait, ce qui reste à prouver…) – sinon, mon frère jumeau serait aussi homosexuel que moi – mais qu’en revanche elle possède des terrains porteurs (qui ne sont pas des « causes » de l’homosexualité mais uniquement des coïncidences) ; et d’autre part que le désir homo traduit une peur d’être unique (donc aimé) et un fantasme de toute-puissance ( = « J’ai été capable de m’auto-cloner tout seul »).

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Solitude », « Amant narcissique », « Fusion », « Doubles schizophréniques », « Clonage », « Moitié », « Inceste entre frères », et « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

Film "Beautiful Thing" d’Hettie Macdonald

Film « Beautiful Thing » d’Hettie Macdonald

 

On constate dans les œuvres de fiction traitant d’homosexualité que le personnage homosexuel a souvent un frère jumeau, ou est fasciné par la gémellité. On retrouve les jumeaux dans le film « Les Dieux de la vague » (2011) de Dan Castle, le film « Memento Mori » (1999) de Kim Tae-yong et Min Kyu-dong (avec les jumelles siamoises aquatiques), la photo Sense Of Space (2000) des frères Gao, la « Chanson des jumelles » de Christophe Moulin, le film « Una Noche » (2012) de Lucy Molloy (avec Elio, le héros homo, et Lila, sa sœur jumelle), le tableau Salim et Medhi (2007) de Manuel Richard, la pièce Les Homos préfèrent les blondes (2007) d’Eleni Laiou et Franck Le Hen, le film « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy (avec la fameuse « Chanson des jumelles »), le film « Alice au pays des merveilles » (2010) de Tim Burton, le film « JF partagerait appartement » (1992) de Barbet Schroeder, le vidéo-clip de la chanson « Lo Mejor De Mi Vida Eres Tú » de Ricky Martin, le film « Life Is Sweet » (1990) de Mike Leigh, le film « Hamlet » (1976) de Celestino Coronado, le film « The Maids » (1975) de Christopher Miles, le film « Deux » (2002) de Werner Schroeter, le film « Vas voir maman, papa travaille » (1077) de François Leterrier, la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi, le film « Justice pour tous » (1979) de Norman Jewison, le film « Anguished Love » (1987) de Pisan Akarasainee, le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur, le film « Unconditional » (« Inconditionnel », 2012) de Bryn Higgins (avec Owen et Kristen, les jumeaux homos dragués par Liam), la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, le film « Leave Me Alone » (2004) de Danny Pang, le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli (avec Rafe et Théron), le roman Les Deux jumelles (1949) de Stefan Zweig, la comédie musicale Ball Im Savoy (Bal au Savoy, 1932) de Paul Abraham, la comédie musicale Cabaret (1966) de Sam Mendes et Rob Marshall (avec Victor et Bobby, les deux cabaret boys identiques), le film « Murmur Of Youth » (1997) de Lin Cheng-sheng, le roman La Ballade du café triste (1951) de Carson McCullers, la pièce Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès (avec les jumeaux noirs), les tableaux de Kinu Sekigushi, le film « The Twin Bracelets » (1990) d’Huang Yu-Shan, les photos-collage de David King (2007), la chanson « Cheeky Song » des Cheeky Girls (où les deux jumelles parlent beaucoup d’inversion des sexes), la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti, la pièce Son mec à moi (2007) de Patrick Hernandez, le film « Big Business » (1988) de Jim Abrahams, le dessin Encre de Chine (2006) d’Olympe, le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le film « Une Affaire de goût » (1999) de Bernard Rapp (avec la recherche de la gémellité parfaite de la part de Frédéric Delamont), le film « À mon frère » (2010) d’Olivier Ciappa, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger (avec Lena et Leni les jumelles siamoises), le roman Bonheur fantôme (2009) d’Anne Percin, le film « Jamais deux sans trois » (1951) d’André Berthomieu, le film « Avril » (2005) de Gérald Hustache-Mathieu (avec les faux jumeaux), le film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie Macdonald (avec la troublante ressemblance entre Ste et Jamie), le film « X2000 » (2000) de François Ozon (avec les jumeaux à l’intérieur d’un même sac de couchage), les photographies L’Hommage à Cavafy (1978) et La Faute énorme (1978) de Duane Michals (où sont pris des jumeaux), le film « The Krays » (« Frères Kray », 1989) de Peter Medak, le film « L’Ombre des anges » (1976) de Rainer Werner Fassbinder, le roman Les Météores (1975) de Michel Tournier (avec Jean et Paul), le roman On The Black Hill (1982) de Bruce Chatwin (avec les jumeaux Lewis et Benjamin), le roman Crocodilia (1988) de Philip Ridley (avec les jumeaux Dave et Théo), le roman Mi Novia Y Mi Novio (1923) d’Álvaro Retana (avec Roberto et sa sœur jumelle), le film « Jubilee » (1978) de Derek Jarman (avec Angel et Sphinx), le film « Morte A Venezia » (« Mort à Venise », 1971) de Luchino Visconti, le film « Paulo et son frère » (1997) de Jean-Philippe Labadie, le roman Thomas l’imposteur (1923) de Jean Cocteau, la pièce Entre vos murs (2008) de Samuel Ganes, le roman De Komedianten (1917) de Louis Couperus, le roman La Hermana Secreta De Angélica María (1989) de Luis Zapata, le film « Ostia » (1970) de Sergio Citti (avec Rabbino et Bandiera), le film « Ernesto » (1978) de Salvatore Samperi, le film « Double The Trouble, Twice The Fun » (1992) de Pratibha Parmar, le film « Les Jolies choses » (2001) de Gilles Paquet-Brenner, le roman Le Bateau brume (2010) de Philippe Le Guillou, la chanson « Jumelle » de Linda Lemay (avec la tentation misandre des sœurs lesbiennes), le roman The Importance To Being Earnest (L’importance d’être Constant, 1895) d’Oscar Wilde (avec Algernon et Jack), le film « Footing » (2012) de Damien Gault (avec l’amie d’enfance de Marco, le héros homo, qui a eu des jumelles), le film « Ma vie avec Liberace » (2013) de Steven Soderbergh (Liberace a eu un jumeau mort né), le film « Ich Seh, Ich Seh » (« Goodnight Mommy », 2014) de Veronika Franz et Severin Fiala, le vidéo-clip de la chanson « The Loving Cup » de Christine & the Queens, la pièce Personne n’est parfait(e) (2015) d’Hortense Divetain, le film d’animation « La Famille Addams » (2019) de Conrad Vernon et Greg Tiernan (avec les jumelles Layla et Kayla), etc. Par exemple, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov (cf. l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1), Karma, l’une des héros quasi lesbiennes Karma caresse le ventre d’une jeune femme qui attend des jumeaux : « Et félicitations pour les jumeaux ! » Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Cédric, avec son « mari » Bertrand, éduquent et se disent « papas » de deux jumeaux, Gaspard et Noé.

 

 

La gémellité rejoint l’homosexualité jusque dans l’homonymie des prénoms des amants gays : Jamie et Jamie dans le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, Chuck et Buck dans le film « Chuck & Buck » (2001) de Miguel Artera, Bryan et Brian dans le film « Together Alone » (1991) de P. J. Castellaneta, Jeff et Jeff dans le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, Jim et Jim dans le film « American Beauty » (2000) de Sam Mendes, Henri et Henriette dans la comédie musicale La Bête au bois dormant (version 2007) des Caramels fous, les Dupont et Dupond du film « The Mostly Unfabulous Social Life of Ethan Green… » (2005) de George Bamber, Marie et Marie dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie, les jumeaux « Dupond et Dupont » du film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano, Sulky et Sulku dans le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes, Jean et Juan dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, etc. « Où sont Tralali et Tralalère ? » (Citron l’hétérosexuel se moquant du couple homo Mirko/Radmilo, dans le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic) Je vous renvoie également aux photos Le Magicien d’eau ainsi qu’Adam et Adam (1997) d’Orion Delain, au film « Él Y Él » (1980) d’Eduardo Manzanos, au film « By Hook Or By Crook » (2001) d’Harry Dodge et Silas Howard, au roman Cris & Cris (1992) de María Felicitas Jaime, etc. Dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Frédérique surnomme cyniquement le couple Jean-Luc/Romuald « Dupond et Ducon ». Dans le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre, Rubén, le héros homosexuel prostitué dit à Eloy son client qu’ils ont toujours eu le même nom de famille. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, on est en plein narcissisme fusionnel : Oliver et Elio décident de s’échanger les prénoms et que chacun appelle son amant par son propre prénom : « Appelle-moi par ton nom et je t’appellerai par le mien. » (Oliver s’adressant à son amant Elio)

 

Film "Les Demoiselles de Rochefort" de Jacques Demy

Film « Les Demoiselles de Rochefort » de Jacques Demy


 

Le personnage homosexuel a parfois un vrai jumeau de sang. « Ton frère [Hector, homosexuel] avait un jumeau. » (la mère d’Ariane et d’Hector, à sa fille la lesbienne, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) Par exemple, dans le film « La Grande Zorro » (1981) de Peter Medak, Zorro, à cause d’une entorse au pied, se fait remplacer par son frère jumeau Bunny Wigglesworth, gay flamboyant et folle devant l’éternel… Parfois, les jumeaux fictionnels sont homos tous les deux : c’est le cas de Djemal et Djelal, les coiffeurs du roman Bonbon Palace (2008) d’Elil Shafak. La gémellité est prioritairement vue comme un clonage puisqu’elle repose sur l’inversion. Par exemple, dans le film « Jeu de miroir » (2002) de Harry Richard, les deux frères jumeaux (dont l’un est homo) portent des prénoms-anagrammes : Leon et Noel. Dans le one-woman-show Le Gang des potiches (2010) de Karine Dubernet, Janis prend Nina la lesbienne et sa sœur Édith pour des sœurs jumelles. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Petra, l’une des héroïnes lesbiennes, a un frère jumeau, Tielo : « On dormait dans la même chambre quand on était petits. On était jumeaux. C’est l’autre partie de moi. » (p. 85) Par ailleurs, Jane (la compagne de Petra) et la jeune Anna, 13 ans, sont comme des jumelles, des reflets narcissiques : elles ont la même éraflure au visage.

 

Film "Goodnight" (2015) de Veronika Franz et Severin Fiala

Film « Goodnight » (2015) de Veronika Franz et Severin Fiala


 

En général, les jumeaux des fictions homosexuelles vivent une fusion destructrice. Par exemple, dans la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti, François et Jasmine, frère et sœur jumeaux, ont une relation conflictuelle : « On finit toujours par se disputer. » Dans le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent, les jumeaux Quentin et Antoine s’en vont en voyage vers l’Espagne pour assister à l’enterrement de leur mère. En cours de route, Antoine, le frère hétéro, devient carrément le maquereau de Quentin, l’homosexuel. Dans le film « Les Douze Coups de Minuit » (« After The Ball », 2015) de Sean Garrity, Maurice, le styliste homosexuel, associe toujours ensemble Tannis et Simone, les deux filles épouvantables de sa chef Élise, en disant qu’elles sont jumelles : « Il dit ça tout le temps ! » s’en plaint Simone. Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa), Phil, le héros homosexuel, est né jumeau avec sa sœur Dianne. Celle-ci est un peu spéciale car elle a le don d’attirer à elle la Bête et les animaux. Elle ne respecte pas l’intimité de son frère : par exemple, elle rentre dans la salle de bain alors que Phil est tout nu dans son bain. Elle devine qu’il a un copain : « Ce genre de truc m’échappe pas. Je suis ta sœur, hein ? » Et leur gémellité est à double tranchant : « Dianne et moi, on était comme McGyver et son couteau, les asperges et la sauce hollandaise ou les jumelles Olsen. Elle était mon ange gardien, mon amie et alliée. Et moi, son deuxième cœur. »

 

Film "Donne-moi la main" de Pascal-Alex Vincent

Film « Donne-moi la main » de Pascal-Alex Vincent


 

Parfois, le héros homosexuel n’a pas de jumeau de sang, mais en revanche considère son (hypothétique) amant comme son jumeau symbolique, une âme sœur narcissique (qu’il jalouse la plupart du temps) : « Tu es mon sang, mon double aimant. » (cf. la chanson « Je te dis tout » de Mylène Farmer) ; « Des jumelles, ça doit être passionnant ! » (Maryline, l’héroïne bisexuelle parlant des filles de Sandra, dans la pièce Jardins secrets (2019) de Béatrice Collas) ; « Tu trouves pas qu’on se ressemble, Bilal et moi ? » (Malik, le héros gay, interrogeant sa mère par rapport à son futur amant Bilal, dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « Nous sommes deux sœurs jumelles nées sous le signe du plumeau. » (le couple homo dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « On vit ensemble comme deux jumeaux. » (Greg et Hannah, tous deux homosexuels, dans le film « Entre les corps » (2012) d’Anaïs Sartini) ; « C’est comme si on était jumelles. » (Cécile à son amante Chloé dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 29) ; « Nous sommes jumelles. » (Janine à sa compagne Simone dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) ; « Tu es mon jumeau de cœur, mon jumeau spirituel. » (Sven à Éric, dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 138) ; « On dit que chaque être humain a un sosie de par le monde. » (Brigitte dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; « Je ‘lisaisMaurice, le roman d’Edward Morgan Forster, et toi aussi, mais tu le disais vraiment, et en version originale. Qui étais-tu, que voulais-tu ? Si je m’affichais avec ce livre, qu’il me semblait avoir suffisamment lu en voyant le film qu’en avait tiré James Ivory, c’était parce que j’aspirais à un amour aussi… comment dire ? Romantique. Par ce truchement, peut-être forcerais-je le destin ? […] Ainsi la coïncidence du livre constituait-elle un signe susceptible de m’encourager à t’aborder. […] Ma confusion augmenta quand je sus que nous portions le même prénom. » (la voix narrative racontant une rencontre furtive avec un inconnu dans une gare, dans la nouvelle « Un Jeune homme timide » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 42-43) ; « On dirait ma sœur Olga. » (Érik Satie se regardant dans le miroir, dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou) ; « Il s’avéra que même si j’étais destinée à vieillir et à mourir, je pourrais avoir une jumelle, installée dans un satellite se déplaçant à la vitesse de la lumière, qui ne vieillirait pas au même rythme que moi. » (Anamika, l’héroïne lesbienne en recherche narcissique d’« immortalité », dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 219) ; « Je recherche mon frère, mon jumeau. » (Paul, le héros homosexuel du film « Seeing Heaven » (2011) de Ian Powell) ; « Tout ce que je sens, tu sens. Et ce que je suis, tu suis. Nous voici sœurs de sang. Déjà nos cheveux s’emmêlent, comme des cheveux de jumelles. Ils s’envolent, cheveux de folles… » (cf. la chanson « Toi c’est moi » de Priscilla) ; « Toi et moi, on est pareils. On se ménage parce qu’on joue chacun très bien au jeu de l’autre. Je connais très bien ton jeu. J’y joue très bien. Toi aussi d’ailleurs. Mais tu sais, je suis meilleur que toi. Je te bats quand je veux. Alors, ne me provoque pas. Je te préviens. » (Harold, homosexuel, s’adressant à son coloc Michael, lui-même gay, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Tu es le frère que je voulais avoir. » (Tom s’adressant à l’homme qu’il aime, Dick, et qu’il imite en tous points, dans le film « The Talented Mister Ripley », « Le Talentueux M. Ripley » (1999) d’Anthony Minghella) ; etc.

 

Film "X2000" de François Ozon

Film « X2000 » de François Ozon


 

Par exemple, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn, Tyler Montague défend sa théorie des âmes-sœurs (notamment homosexuelles) sous vocable de « la flamme jumelle ». Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Danny et Zach ont le même vécu, la même identité, alors qu’ils ont 15 ans d’écart. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, Schmidt est jaloux de l’amitié gémellaire qui naît entre son collège Jenko et Zook (qui sont habillés pareil, aiment les mêmes choses, pratiquent les mêmes activités) : « Serrez-vous la bite et mariez-vous !! » dit-il cyniquement pour les séparer. Quand Jenko et Zook jouent ensemble au football américain et qu’ils forment un duo gagnant, ils sont baptisés de « nouveau couple » par les commentateurs de matchs : « Ils sont interchangeables, ces deux-là. » Il y a même deux vrais jumeaux dans le film, Keith et Kenny Yang. Et à la fin du film où il a été question d’homosexualité toutes les cinq minutes, Schmidt fait cette drôle de remarque face à deux autres hommes qui se ressemblent : « Encore des jumeaux ?? »

 

Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, Luce et Rachel, les deux amantes, découvrent que leurs dates d’anniversaire tombent presque en même temps et qu’elles sont « pratiquement jumelles ». Plus tard, Rachel, mariée à un homme Heck qu’elle n’aime pas et découvrant son homosexualité, emmène Heck dans une forêt pour qu’il la baise. Non seulement ce dernier ne s’exécute pas, mais en plus le couple marié tombe sur deux mecs batifolant derrière un arbre. Et ces deux types portent le même prénom : « Moi, c’est Michael. » ; « Moi, c’est Michael 2. »
 

Tweedle Dee et Tweedle Dum dans le film "Alice au pays des merveilles" de Walt Disney

Tweedle Dee et Tweedle Dum dans le film « Alice au pays des merveilles » de Walt Disney


 

Il n’est pas rare que le couple homo apparaisse comme des jumeaux aux yeux des autres : « Simon dit ironiquement à Polly que si elle continue comme ça, on finira par les prendre pour des sœurs jumelles, la rousse et la blonde. » (Mike Nietomertz, Des chiens (2011), p. 51) ; « Elle s’approchait en compagne d’un couple de sosies de Jeremy Irons mais avec un air encore plus snob que lui. Ils ressemblaient vraiment tous les deux à l’acteur anglais et je me surpris à me demander s’ils étaient jumeaux comme les deux médecins qu’avait justement et si génialement interprétés Jeremy Irons dans ‘Dead Ringers’ de David Cronenberg. Mais non, ils portaient des noms de famille différents. Ils n’étaient qu’amants mais on devinait facilement de qui était la photo qui trônait au-dessus de leur lit… » (Jean-Marc dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 213) ; « Nous avons fait toutes les boîtes de folles et personne ne nous a regardés, Pierre et moi nous avons l’air de deux jumeaux de Pierre Cardin. » (la voix narrative du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 53) Dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, Suzanne trouve que l’amant de son fils Laurent lui ressemble étrangement… sans deviner que c’est son petit ami. Dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, l’analogie entre gémellité et lesbianisme est faite sans équivoque.  Dans la pièce Les Amers (2008) de Mathieu Beurton, Kévin et Joe sont considérés comme des jumeaux. Dans le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen, Patrik pense que Sven et Göran, les amants homos, sont des « demi-frères ». Dans la pièce Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, le couple homo Javert/Mr Madeleine est présenté comme une paire gémellaire (ils sont d’ailleurs habillés tous les deux à l’identique). Au tout début du vidéo-clip de la chanson « En miettes » (2011) d’Oshen, deux femmes lesbiennes se font l’amour, et elles se ressemblent tellement qu’on dirait des jumelles. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Stefanos et Dany, le temps d’un passage aux toilettes, deviennent amants et se ressemblent comme deux jumeaux, deux fashion victim peroxydées. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Stuart et Steeve sont quasiment des répliques physiques.

 

Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Agathe se prend pour Dargelos qu’elle aperçoit en photo. Dans le film « La Beauté du diable » (1949) de Claude Autant-Lara, Marthe apparaît dans le reflet du miroir de François. Dans la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, le double narcissique est également interpellé. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, pour cacher à Levi qu’il le matait en secret, Chance s’invente un jumeau : « Et si j’avais un frère jumeau qui me ressemblait trait pour trait ? »

 

La découverte du jumeau narcissique ne se fait pas sans heurts. Dans le roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, par exemple, on perçoit tout à fait que la crise identitaire du personnage de Lucas, qui ne se supporte pas unique, est androgynique et violente : « Je contemplais ce corps face au piano […]. J’aurais voulu que ce corps fût le mien. » (p. 17) Au moment où l’on fait subir à Thomas une ponction de moelle osseuse, Lucas lui dit à distance : « Je fais le geste de porter ma main sur mon propre torse. Ils vont réussir à nous différencier, à éliminer nos ressemblances. » (idem, p. 37) ; « Assassiner son frère, serait-ce autre chose qu’un suicide ? » (idem, p. 145)

 

Pochette du single "Méfie-toi" de Mylène Farmer

Pochette du single « Méfie-toi » de Mylène Farmer


 

La gémellité dans les fictions traitant d’homosexualité est rarement signe d’un phénomène positif. Au mieux elle illustre poétiquement le narcissisme, la recherche égocentrée et fusionnelle de l’androgyne (cf. le film « Bella, Ricca, Lieve Difetto Fisico, Cerca Anima Gemella » (1972) de Nando Cicero), le mythe de la fondation (cf. la pochette du single de la chanson « Adam et Yves » de Zazie), au pire elle renvoie au viol, au clonage, à la schizophrénie, à la pure baise porno, à l’inceste, à la jalousie, aux crimes, à l’absorption de drogues, à la contrefaçon mensongère, au meurtre fratricide, à la mort : cf. le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg (avec Linda et Christian), le roman Deux larmes dans un peu d’eau (2006) de Mathieu Riboulet (avec les jumelles dont l’une meurt à la naissance), le roman J’ai tué mon frère dans le ventre de ma mère (2011) de Sophie Cool, le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb, la pièce Le Jour de Valentin (2009) d’Ivan Viripaev (avec la jalousie gémellaire Katia/Valentine), le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Farinelli » (1994) de Gérard Corbiau (avec les jumeaux incestueux Carlo et Ricardo), les vidéo-clips des chansons « L’Âme-stram-gram » (où les thèmes du suicide et de l’inceste ressortent) et « California » (là, il est question de prostitution) de Mylène Farmer, le film « The Wild Party » (1975) de James Ivory (avec les jumeaux incestueux), le film « Vies brûlées » (2000) de Marcelo Piñeyro (avec les amants homosexuels criminels surnommés « les Jumeaux »), la nouvelle « Lejana » du recueil Bestiario (1951) de Julio Cortázar (dans laquelle Alina Reyes recherche sa « jumelle du bout du monde »), le tableau Les deux Fridas (1939) de Frida Kahlo (représentant la souffrance et l’extase schizophrénique), les jumeaux jaloux dans les dessins pornographiques de Roger Payne, le film « Imposters » (1979) de Mark Rappaport, la B.D. Dads And Boys (2007) de Josman (avec les jumeaux couchant ensemble), etc. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, un des personnages homosexuels affirme avoir été violé dans une tournante par ses « jumeaux ». Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Wanda, à cause de l’alcool, croit être sortie avec des jumeaux pendant une soirée.

 

Les jumeaux (ou frères) fictionnels ne se sentent pas reconnus comme uniques, et en souffrent : « Tu le sais, ça, que je ne suis pas Charles ? » (Guillaume s’adressant à son père homosexuel dans le film « L’Arbre et la Forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ; « On s’accroche et on fait c’qu’on peut pour pas être mort un jour sur deux. » (le héros du film « À mon frère » (2010) d’Olivier Ciappa) ; etc. C’est pourquoi ils sont souvent symboles de mort et d’ennui : « Ce n’était pour aucun des deux jumeaux Hypnos ni Thanatos que j’étais descendu dans cet Enfer. » (le protagoniste homo parlant des « quais obscurs et des parkings déserts », dans la nouvelle « Au musée » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 107) ; « À force d’être toujours ensemble, on a fini par se ressembler. La routine. » (Jonathan en parlant à Matthieu de leur 1 an de vie commune, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; etc.

 

Tableau "Les deux Fridas" de Frida Kahlo

Tableau « Les deux Fridas » de Frida Kahlo


 

Quelquefois, la gémellité cinématographique provoque ou représente l’impuissance sexuelle du personnage homosexuel : « T’arrives pas à bander si ton p’tit frère te regarde pas ?! » (Claire dans le film « Faux semblants » (1988) de David Cronenberg) ; « Il fallait que je sache que nous étions deux pour prendre une consistance. Seule, je n’existe pas. Je ne sais pas être le singulier de notre pluriel d’avant. » (Anna dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 64) Farinelli, dans le film éponyme de Gérard Corbiau (1994), s’imagine qu’il ne pourra pénétrer génitalement une femme qu’en présence de son jumeau… à tel point que la Comtesse de Novère lui demande ironiquement s’il a « besoin de son frère pour bander ».

 

La gémellité dans les œuvres homosexuelles est souvent associée à la peur de la sexualité et du viol. « J’avais une sœur jumelle : Rebecca. » (Madeleine, la Rousse violée dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki) ; « Un jour je la tuerai. Quand je serai une vraie sorcière, je la tuerai. » (Juna, l’héroïne lesbienne par rapport à sa grande sœur, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; etc. Par exemple, dans le roman Hawa (La Différence, 2010) de Mohamed Leftah, Zapata et Hawa, les deux jumeaux, sont le fruit de la rencontre entre un soldat américain et une prostituée.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Au sein de l’œuvre du dramaturge et dessinateur argentin Copi, la gémellité est omniprésente, et s’annonce précisément sous les hospices du viol. Par exemple, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986), par exemple, Mimi qualifie son double travesti Fifi de « sœur jumelle ». Dans le roman Le Bal des folles (1977), Delphine et Corinne Audieu sont jumelles. Pareil pour la Duchesse d’Albe et la Duchesse de Malaga, les deux sœurs jumelles de la nouvelle « L’Autoportrait de Goya » (1978). Dans le roman La Cité des rats (1979), on trouve les deux rats femelles jumelles Iris et Carina. Il y a les deux couples de jumelles Leïla/Maria et Joséphine/Fougère dans la pièce Les Quatre jumelles (1973). On retrouve le mythe des fondateurs civilisationnels avec les jumeaux de la tribu des Boludos dans la nouvelle « La Déification de Jean-Rémy de la Salle » (1983). Dans le roman La Vie est un tango (1979), Silvanito a des jumeaux. On observe chez Copi une conception schizophrénique de la gémellité. On n’est pas du tout dans l’idée de double en tant que « semblable » ou « duplicata » (= double des clés, par exemple), mais bien dans l’idée de double en tant qu’« identique » (= deux moitiés d’un seul tout) ou de « double schizophrénique ». Un frère jumeau peut remplacer l’autre et être lui parce que le jumeau est un clone, une voix schizoïde, non un être réel : « Tu m’as étranglée ! » (Joséphine à sa jumelle Fougère dans la pièce Les Quatre jumelles) ; « Les jeux ne sont pas tout à fait faits, chère petite sœur. C’est toi ou c’est moi ! Puisque nous sommes jumelles ! On a commencé à se battre à l’intérieur du ventre de notre mère. » (la Comédienne à Vicky dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne, 1986)

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Généralement, les jumeaux de Copi sont violents ou représentent le viol : « Elles [les 3 Sœurs de Tchekhov] prétendent être jumelles. Tous les dimanches elles sortent arcs et flèches et elles tirent. » (Copi, Un Livre blanc(2002), p. 76) ; « La grossesse de Jacqueline fut difficile, on craignait des jumeaux. » (cf. la nouvelle « La Césarienne » (1983) de Copi, p. 73) ; « Le fait de s’habiller en jumelles leur conservait une certaine clientèle d’amateurs malgré leur soixantaine bien entamée. » (Mimi et Gigi, les deux clochards prostituées, dans la nouvelle « Les Vieux travelos » (1978), p. 87)  Le jumeau copien est figure de mort. Par exemple, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne, la femme de ménage est assassinée plus d’une fois, et sa sœur jumelle est plus bardée de prothèses qu’un mannequin surréaliste. La jumelle symbolise le spectre de l’abandon parental, du doute d’avoir été désiré, et d’être unique : « Qu’est-ce que je vous ai fait ? Parce que j’ai dû vous infliger quelque humiliation dans le passé dont je ne me souviens pas ou qui m’a échappé. Vous étiez comédienne. Je vous ai peut-être volé un rôle sans le savoir. Ou un amant. » (la Comédienne à Vicky, idem, pp. 274-275) ; « Nous sommes sœurs jumelles, Madame Brionska. » (Vicky à la Comédienne, idem, p. 275) ; « Elle [Madame Lucienne] s’est trouvée enceinte d’un légionnaire et elle l’a caché à sa famille qui était très anarchiste. Elle ne m’a pas dit qu’elle avait des jumelles mais une seule fille, qu’elle avait confiée à l’Assistance Publique. » (le Machiniste, idem, p. 275) ; « J’ai mangé un de mes yeux, le droit, et l’autre, le gauche, ma fille l’a mangé. Ainsi, nous sommes jumelles dans l’espace et dans le temps de mère en fille, et ainsi de suite. » (la Reine incestueuse dans la pièce La Pyramide !, 1975)

 
B.D. "Kang" de Copi
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

Juan et Cesar Hortoneda, surnommés les "Jumeaux de Madrid" (immortalisé par Bruce Weber)

Juan et Cesar Hortoneda, surnommés les « Jumeaux de Madrid » (immortalisé par Bruce Weber)


 

Je vous renvoie à la photo des jumeaux à la Gay Pride parisienne de 2006 exposée dans Triangul’Ère 7 (2007) de Christophe Gendron (p. 171), au dossier « Jumeaux Homos : leurs Secrets » dans la revue Têtu (n°130, février 2008, pp. 102-107), au docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles (avec la jumelle), au documentaire italien « Due Volte Genitori » (2008) de Claudio Cipelleti sur les parents d’enfants homos (l’un des portraits concerne Cristina, une jumelle lesbienne), à l’ouvrage collectif L’Amour du semblable (2001) de Xavier Lacroix, à la photo Henri Michaux (1925) de Claude Cahun, à l’émission Infra Rouge spéciale « Homo ou hétéro, est-ce un choix ? » diffusée le 24 mars 2015 sur la chaîne France 2, aux multiples parallélismes qu’on peut faire entre les Twin Parade et les Gay Pride, à ce témoignage des deux frères jumeaux homos aux États-Unis, au témoin homosexuel du Refuge (qui parle de son frère jumeau à 1h45), etc.

 

Le lien entre désir homosexuel et gémellité ne date pas d’hier. « À la fin du XIXe siècle, dans un premier temps, l’homosexualité féminine est définie sur le modèle de la ressemblance et désignée par la métaphore des sœurs jumelles. » (Natacha Chetcuti, Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010), p. 21)

 

Actuellement, il devrait nous sauter aux yeux, même si bizarrement, personne ne semble le connaître. Par exemple, dans l’industrie du porno gay (je ne parle même pas du porno lesbien, car là, la liste est interminable ! … même si celui-ci est attribué à un public « hétéro mâle »…), les jumeaux sont très présents : cf. le film « Double en jeu » (2000) de Jean-Daniel Cadinot, le film porno « Busy Boy » (1970) (avec les jumeaux Christy), le film « Twins » (1993) de Bijou Film Production, le film « The Twins » (1998) d’Odyssey Production (avec les jumeaux Perón), le film « Double Size : Double The Pleasure » (2004) de Pacific Sun Production (avec les jumeaux Dean et Dave Resnick), le film « Double Czech » (2000) (avec les jumeaux Jirka et Karel Bartok), le film « The Twins » de Marc Dorel (avec les jumeaux Alex et Ian Lynch), etc. Parmi les plus « connus », on a les célèbres frères Rocky (vedettes des Folies Bergères et du Casino de Paris dans les années 1930), les jumeaux Guesdes, les jumeaux Brewer, les jumeaux Ryker, les jumeaux Hall, les jumeaux Grooch, les jumeaux Goffney, les jumeaux Mangiatti, Milo et Elie Peters, les jumeaux Carlson, etc.

 

 

Dans la réalité, il y a beaucoup d’individus nés jumeaux qui se disent homosexuels à l’âge adulte. C’est le cas de Willa Cather, d’Emmanuel Moire, de Zarko (le jumeau de l’émission de télé-réalité « Secret Story 5 »), Jason Collins (le joueur de basket NBA), le frère du cardinal Jean Daniélou, etc. Dr John Money a étudié le cas des jumeaux Reimer (dont celui de David, homosexuel), Megan Rapinoe (footballeuse lesbienne) et sa soeur également lesbienne Rachael. Même chez les célébrités, le lien de coïncidence entre homosexualité et gémellité est relativement vérifiable : Nicolas et Stéphane Sirkis du groupe Indochine, Christophe et Stéphane Botti, Gabriel et Oscar Perón, Willa Cather et son frère William, etc. À Cœur ouvert (2007) est l’autobiographie de l’écrivain choletais Stéphan Desbordes-Dufas : ce dernier raconte sa propre homosexualité et celle de son frère jumeau. Dans l’émission suisse Temps présent « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne, diffusée sur RTS le 24 juin 2010, l’un des témoins homos, Lucien, 19 ans, a un frère jumeau, Yvan. Dans l’émission Toute une histoire spéciale « Quand ils ont renoncé leur homosexualité, leurs proches les ont rejetés » diffusée sur France 2 le 8 juin 2016, Tony, 19 ans, se dit homosexuel et a un frère jumeau dit « hétéro », Enzo, qui au départ réagit bien au coming out de son frère pour finalement, par peur des comparaisons, l’insulter. Ils disent tous les deux ne former qu’une seule et même personne : « Mon jumeau, c’est ma moitié. C’est ma vie. » Lors du débat « Transgenres, la fin d’un tabou ? » diffusé sur la chaîne France 2 le 22 novembre 2017, Lucas Carreno, femme F to M, est née jumelle avec un frère.

 

Megan et Rachel Rapinoe


 

Dans son étude Les Jumeaux, le couple et la personne (1960), René Zazzo, LE Spécialiste français des jumeaux, évoque le cas d’une femme jumelle lesbienne : « Claudette est une jumelle, homosexuelle active. Elle a toujours regretté d’être une fille. Elle prenait les jouets délaissés par son frère jumeau. […] Les tendances voyeuristes ont chez elle une grande importance. »

 

Certains jumeaux homos témoignent ouvertement de la conjonction du désir homosexuel et de leur identité de frère jumeau : « Pour l’anecdote, une fois, je suis sorti avec un jumeau sans le savoir. Par la suite, j’ai rencontré son frère. Et je dois bien avouer que c’est assez fascinant, la ressemblance. C’étaient des ‘vrais’ et ils me plaisaient donc physiquement tous les deux. Je me suis même surpris à avoir des idées lubriques… » (Férid, lui-même jumeau homo, dans le dossier « Jumeaux Homos : leurs secrets », sur la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 106) ; « J’aurais adoré qu’on se tape un couple de jumeaux. » (Laurent en parlant de lui et de son frère jumeau qui est également gay, idem, p. 107)

 

De mon côté, c’est le rapport intime et autobiographique que j’ai avec le lien homosexualité/gémellité qui m’a au départ lancé dans mes recherches sur le désir homosexuel, j’avoue. Je me disais que la gémellité était un dénominateur commun criant que j’observais tellement dans mes rencontres et dans les films sur l’homosexualité que je voyais qu’il y avait forcément des « mystères de coïncidence » à creuser à propos du désir homosexuel, un désir si mal connu finalement. Au fur et à mesure que je me faisais des amis homos, je découvrais qu’il y avait parmi eux des jumeaux à la pelle, de toutes les catégories : des monozygotes, des dizygotes, des gars, des filles, des jeunes, des plus âgés, des Français, des étrangers, des personnes qui souffrent du « syndrome du jumeau solitaire » (elles ont appris qu’elles ont perdu leur sœur ou leur frère à la naissance, lors de l’accouchement de leur mère : elles en éprouvent donc un manque sans tristesse, une culpabilité inconsciente), même des frères jumeaux qui couchent ensemble (tant qu’ils ne trouvent pas mieux ailleurs !), etc. « Un des événements les plus graves qui puisse arriver à une personne est la mort de son jumeau à la naissance. Le cas d’Elvis Presley est bien connu. Son frère jumeau mourut pendant l’accouchement, ce qui laissa une empreinte indélébile sur sa vie. La vedette aménagea sa villa en double pour son frère. Il mourut à l’âge de 42 ans, totalement obèse, d’une défaillance cardiaque due à la consommation de somnifères. Comme Elvis, tous les jumeaux survivants ont un destin extrêmement lourd lorsque leur jumeau meurt pendant l’accouchement. Le manque de l’autre est tellement insupportable que rien dans la vie ne peut lui faire plaisir. Une partie du jumeau survivant veut mourir le plus vite possible pour être à nouveau réunie avec l’autre. Ce désir de réunification est très fort parce que la personne se sent comme une demi-portion. Ce n’est pas seulement une métaphore, mais bien une réalité. À quoi cela sert-il de faire des efforts à l’école si on a envie de mourir ? » (Alfred R. et Bettina Austermann, Le Syndrome du jumeau perdu (2007), p. 111) ; « C’était en 1983-1984, au début de notre relation. On était allées faire un tour dans les forêts de Géorgie. Ça s’appelait ‘Fête de la Femme’. Il y avait plein de femmes aux seins nus et nageant nues dans le lac. Dans ce lieu de camp, en pleine forêt, deux femmes étaient… comment dire… en train de s’aimer. Et elles se sont retournées vers nous, et j’ai eu un choc… parce qu’elles étaient des jumelles identiques, de vraies jumelles. J’ai eu comme une réaction viscérale. Ça m’a énormément perturbée. Et j’ai dit à Margo : ‘Elles sont jumelles, celles qui sont en train de faire l’amour ?’ Elle m’a répondu : ‘Oui.’ Et j’ai rajouté : ‘Ça te semble juste ?’ Et elle m’a rétorqué : ‘Si tu commences à juger, alors les gens pourront commencer à nous juger nous.’ Ce fut un moment de réveil de ma conscience. C’était une situation tellement embarrassante que j’aurais eu l’opportunité de m’éloigner de Margo, mais à l’époque je ne l’ai pas fait. » (Rilene, une femme de 60 ans, racontant un souvenir qu’elle a vécu avec sa compagne Margo avec qui elle est restée 25 années, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check)

 

Parfois, je tape en plein dans le mille sans le faire exprès quand j’aborde le sujet du lien homosexualité/gémellité en public (par exemple, lors d’un café-philo sur l’homosexualité, que j’ai tenu en début 2011 à Lorient, certains jeunes auditeurs homos, que je ne connaissais pas du tout, et qui étaient venus par hasard, se sont tout de suite sentis concernés par mon propos étant donné qu’ils étaient jumeaux !). Il m’est même arrivé de reconnaître une jeune fille lesbienne qui fréquentait le même local associatif que moi à Angers, parce qu’elle était passée avec sa sœur à une émission de télé de Mireille Dumas (Bas les masques) sur les jumeaux… et comme pendant toute mon adolescence, mon frère et moi épluchions toutes les émissions qui traitaient du sujet, son visage ne m’avait pas échappé !

 

Je le dis sans ambages : je tiens notre rapport à la gémellité à mon frère jumeau et à moi pour responsable majeur de mon homosexualité.

 

Création scénique "Le Roi Roger est nu" de Karol Szymanowski

Création scénique « Le Roi Roger est nu » de Karol Szymanowski

 

Du côté simplement des statistiques et des études scientifiques (à prendre avec la distance et les précautions nécessaires pour ne pas causaliser l’homosexualité ni faire de généralités abusives), il est fait état d’un taux élevé de probabilité entre gémellité et homosexualité. « En 1953, Kallman constate que dans tous les cas de jumeaux monozygotes, lorsque l’un est homosexuel, l’autre l’est également. Concordance qui ne se retrouve pas chez les faux jumeaux. » (F. J. Kallman, Heredity In Health and Mental Disorder, N. Y. Norten, 1953, cité dans l’essai X Y de l’identité masculine (1992) d’Élisabeth Badinter, p. 166)

 

Il ressort de l’étude plus connue de Bayley et Pillard que, chez les vrais jumeaux (les monozygotes), lorsque l’un des deux frères est homosexuel, l’autre l’est aussi dans 55% des cas… ce qui constitue une probabilité énorme ! (cf. les études de l’Université de Boston du Docteur Richard et des psychologues Bailey et Pillard, A Genetic Study Of Male Sexual Orientation, Archives Of General Psychiatry, Chicago, 1991). Dans « Homosexual Orientation in Twins : A Report on Sixty-One Pairs and Three Triplets Sets » (Archives Of Sexual Behaviours 22, 1993, pp. 187-206), F. L. Whitam, M. Diamond et J. Martin donnent un taux de concordance de 65% pour 34 paires de jumeaux monozygotes et de 30% pour 23 paires de jumeaux dizygotes. Je vous renvoie également aux chiffres de concordance similaires donnés par N. Buhrich, J. M. Bailey et N. G. Martin (« Sexual Orientation, Sexual Identity And Sex-Dimorphic Behaviors in Male Twins », Behavior Genetics 21, janvier 1991, pp. 75-96).

 

Une équipe de chercheurs, dirigée par le Docteur Kenneth Kendler du Medical College of Virginia, a publié en 2000 les résultats d’une recherche très intéressante sur les jumeaux. Sur les 50 000 familles dont les données étaient rendues disponibles par la Foundation Midlife Development, l’équipe de Kendler a examiné les comportements sexuels de 794 paires de jumeaux et 2 907 couples de frères et sœurs. Sur cet échantillon, 2,8% des personnes interrogées étaient homosexuelles ou bisexuelles. Parmi les 324 couples de vrais jumeaux (même patrimoine génétique), 6 reconnaissaient être tous les deux homosexuels ou bisexuels et 19 que l’un des deux était homosexuel alors que son binôme ne l’était pas. À partir de ces données, les conclusions des chercheurs dans l’American Journal Of Psychiatry furent les suivantes : un vrai jumeau sur trois serait homosexuel quand son frère l’est, soit 31,6% des jumeaux homozygotes, alors que dans le cas des faux jumeaux du même sexe le chiffre serait de 13,3% ; et de 8,3% si l’on considère tous les faux jumeaux. Et de conclure que : « les facteurs génétiques peuvent avoir une grande influence sur l’orientation sexuelle ». Enfin, Kenneth Kendler reconnaît que le rôle des gènes joue « en interaction avec des facteurs environnementaux ». Il se garde bien de faire une lecture de la gémellité trop scientifiquement déterministe.

 

La gémellité fait partie d’une des coïncidences troublantes de l’homosexualité. Le cas des jumeaux homosexuels vient déranger ceux qui pensent que le désir homosexuel est soit totalement acquis, soit totalement inné. Il prouve que l’homosexualité se manifeste plus particulièrement dans certains cadres de vie, des situations particulières qui restent à définir, et qui à elles seules ne seront jamais des « critères éternels d’homosexualité ». Le désir homosexuel est suscité par des facteurs externes réellement mais non systématiquement déterminants. S’il peut s’expliquer en partie par la gémellité par exemple, cela veut dire qu’il est relativement provoqué et construit, qu’il n’est pas qu’inné, qu’il n’est pas non plus uniquement acquis, mais qu’il peut être réveillé par des rencontres, des événements, et un contexte extérieur imparfaitement précis. Et cela inquiète bien évidemment la communauté homo, car dans ce cas-là, l’homosexualité pourrait être considérée comme un choix, ou bien comme un phénomène « opérable », qu’on pourrait ré-éduquer ou désapprendre.

 

Personnellement, je laisserais les statistiques au second plan, car elles encouragent à ranger du côté de la causalité ce qui n’est qu’à reléguer dans le monde des images et des fantasmes, pour me pencher sur ce que nous pouvons observer aujourd’hui dans la fantasmagorie homosexuelle et parfois dans la réalité concrète. Il est clair que le couple gémellaire est un topos de l’iconographie homosexuelle. Cela s’explique en partie par le fait qu’au niveau des désirs, jumeaux comme personnes homosexuelles ont tout, physiquement et pulsionnellement, pour se prendre pour des exceptions d’Hommes, des photocopies humaines, ou des dieux auto-créés (« J’ai été capable de faire mon frère à mon image sans l’aide de l’extérieur… »), alors que, comme l’écrivait René Zazzo, les jumeaux sont juste les cas limites d’une situation générale : « Nous sommes tous des jumeaux. » (Les Jumeaux, le couple et la personne, 1986). Et je serais tenté de rajouter que, du point de vue des désirs humains superficiels, nous sommes aussi tous partiellement hétérosexuels/bisexuels/homosexuels : les personnes jumelles ne sont pas, comme on le croit souvent, des créatures humaines à part, ni les personnes homosexuelles une espèce exceptionnelle.

 

Homosexualité et gémellité forment un tandem intéressant car toutes deux soulèvent les mêmes enjeux : le fantasme social du jumeau va de pair avec celui du sexe unique, et du couple fusionnel. Dans le cas des frères jumeaux comme des personnes homosexuelles, le besoin de s’affirmer comme original – donc vivant, aimable et aimant – se trouve supplanté par un désir de relation fusionnelle avec son semblable sexué présentée comme « idyllique », sous-tendant la croyance secrète d’être irréductiblement seul ou bien clone – et donc mort, incomplet, inexistant, mal-aimé, ou peu aimant.

 

Je crois que le désir homosexuel émerge de la peur, chez une personne, d’être une photocopie, de ne pas être unique. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

 

Pochette du single "Adam et Yves" de Zazie

Pochette du single « Adam et Yves » de Zazie


 

Bien plus qu’une vérité génétique ou anthropologique figée sur l’homosexualité, bien plus qu’une réalité générale et majoritaire à étendre à toutes les personnes homos, la gémellité correspond en revanche à un désir (déçu) très répandu dans la communauté homo, ET individuellement, ET au sein du couple homo. C’est le désir homosexuel, et uniquement lui, qui doit retenir notre attention. La gémellité homosexuelle est plus un fantasme qu’une réalité concrète. « Dès son enfance, m’a raconté Maurice Pinguet, il avait compris qu’il était homo, mais il croyait que c’était là un rare malheur et qu’il n’aurait jamais la chance de rencontrer son semblable. » (Paul Veyne, Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), p. 64-65) Parfois, la gémellité entre amants homosexuels est purement symbolique et désirante : « Je suis son frère jumeau et me prépare à me rendre au parloir, habillé exactement comme il s’habille. » (Christian en parlant de son amant Kamel de 20 ans son cadet, dans l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli, p. 119) ; « Je ne sais pas si le désir d’avoir un jumeau est très répandu ou si on trouve une telle attente dans certaines familles. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 33) ; « Parmi les fantasmes des gays, les jumeaux arrivent dans le peloton. » (cf. le dossier « Jumeaux Homos : leurs secrets », dans la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 102) ; « C’est le fantasme de pas mal d’homos de se taper des jumeaux, on adore chauffer les mecs avec ça. » (Joaquim, idem, p. 104) ; « Je ne vois pas chez un garçon de plus belle qualité ni de plus grave défaut que d’être né sous le signe des Gémeaux. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 206) ; « Il avait dix-sept ans à présent, presque dix-huit, comme moi. Nous avions tous deux connu cinq ans de souffrance dans ce lycée militaire où nos familles respectives nous avaient envoyés, avec l’espoir que cette éducation virile anéantirait notre imaginaire. Dans un esprit de pédagogie et de feinte gentillesse, ils avaient formé le plan de nous éliminer. Nous avions construit, Ernestito et moi, un jeu de miroirs qui allait devenir notre planche de salut : chacun de nous était tantôt le personnage, tantôt le reflet, et nous ne nous quittions pas. Ce rituel allait nous permettre de survivre aux innombrables épreuves d’humiliation auxquelles cette ‘formation’ se prête volontiers. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 189-190) ; etc.

 

D’ailleurs, de l’extérieur, beaucoup de couples homos racontent qu’ils ont été pris pour des jumeaux ou des frères (cette confusion est extrêmement fréquente) : « Des personnes peu perspicaces ont souvent cru que nous étions jumelles. » (Paula Dumont en parlant de son couple avec Martine, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 70)

 

Parfois, il a suffi qu’un individu ait l’impression d’avoir remplacé un frère ou une sœur aîné mort(e) prématurément dans sa famille pour se sentir jumeau : « J’ai le sentiment que ma mère s’en veut toujours du décès de mon frère, comme si elle n’avait pas bien pris soin de moi, alors qu’elle n’avait que 15 ans ! J’ai aussi le sentiment qu’elle a fait une sorte de transfert sur moi. J’ai remplacé l’enfant mort. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 15) Tout récemment, un ami homo m’a expliqué pourquoi il se sentait homosexuel : « J’ai déjà réalisé depuis quelques années que je suis un enfant né pour remplacer un frère mort à quelques mois d’existence (et dont je porte le prénom en second) et je réalise aujourd’hui que ma mère attendait de moi que je sois vivant-mais-mort, ‘sage comme une image’, une forme d’Être au-dessus du temps désincarné. » (cf. mail reçu le 2 août 2011)

 

Le chanteur homosexuel Emmanuel Moire

Le chanteur homosexuel Emmanuel Moire


 

Concernant le lien de coïncidence entre gémellité et homosexualité, il est fascinant de voir que la douleur de la perte du jumeau a pu être amortie/camouflée par l’annonce prématurée et officielle d’une homosexualité… comme si la mort du jumeau coïncidait avec le désir homosexuel et ses soubresauts. Je pense au cas précis du chanteur français Emmanuel Moire, qui a presque simultanément appris la mort accidentelle de son frère jumeau (Nicolas Moire, le 12 janvier 2009 est plongé dans un profond coma après avoir été renversé par une voiture, et décède le 28 du même mois) et annoncé dans le magazine Têtu de novembre 2009 qu’il était homo (il a apparemment assumé complètement d’avoir fait son coming out quelques mois après la mort de son frère). Cela laisse supposer plein de choses sur la nature du désir homosexuel, notamment du lien entre homosexualité-gémellité-mort.

 

En ce sens, l’image fictionnelle des jumeaux homos farceurs ou criminels n’est pas toujours un mythe. Par exemple, les meurtriers de l’acteur gay mexicain Ramón Novarro étaient des frères jumeaux homos (Ils s’appelaient Bert et Daniel). Il existe même des cas de jumeaux qui couchent carrément ensemble : cf. cet article « Ils sont en couple et découvrent qu’ils sont des jumeaux qui furent séparés à la naissance. »

 

Si l’on sort de la sphère strictement privée de l’individu et du couple, on découvre que la recherche gémellaire homosexuelle s’étend à la communauté homosexuelle toute entière. J’aborde plus largement le thème des clones dans le code « Clonage » du Dictionnaire des Codes homosexuels, mais je peux quand même vous en toucher deux mots en citant simplement l’autobiographie de Mauvais genre (2009) de Paula Dumont, qui à elle seule suffira à illustrer l’uniformisme et le conformisme spéculaire visés par beaucoup de personnes homosexuelles actuelles : « J’ai vécu assez longtemps pour savoir que j’appartiens à une certaine catégorie de femmes qui ne sont originales qu’en apparence. Quand je me rends dans une assemblée de deux cents goudous, je repère mes semblables au premier coup d’œil. Sans nous être concertées, nous arborons toutes la même panoplie, ce qui est la preuve que nous avons subi un conditionnement identique. » (p. 8) ; « Il m’est facile aujourd’hui de répondre à cette question car j’ai, au cours de mon existence, rencontré de nombreuses butchs qui n’ont jamais ouvert que L’Auto Journal ou L’Équipe et qui me ressemblent comme des sœurs jumelles. » (idem, p. 87) La communauté gay et la communauté lesbienne cherchent à se conforter et à se rassurer dans une ressemblance singée… même si parfois survient le doute sur le sens de cette pseudo gémellité : « Dans quelle mesure suis-je Paula, la sœur jumelle de Marc, lui-même et tout comme moi homosexuel exclusif ? » (idem, p. 16)

 

Vidéo-clip de la chanson "Âme-stram-gram" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Âme-stram-gram » de Mylène Farmer


 

La gémellité est aussi – et je terminerai par là – le signe social tangible du viol (« viol » entendu dans son sens légal mais aussi dans le sens d’« éloignement du Réel ») et de la manipulation génétique des apprentis sorciers que nous devenons quand nous jouons avec la vie à travers les « progrès » scientifiques. « Aujourd’hui, sa compagne va accoucher de deux jumelles. » (Jeanne Broyon à propos de Francine, une femme lesbienne qui a eu des enfants par fécondation in vitro, dans le documentaire « Des Filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger) ; « C’est tellement beau que ça en devient irréel. » (Francine en parlant de « ses » jumelles qu’elle aurait eues avec sa compagne Karen, le jour de la naissance à la maternité, idem) ; « Mon fils, je l’aime comme si je l’avais fait. » (Jeanne en parlant du fils de sa compagne, idem) ; etc.

 

Notre société, qui ne sait plus trop qui elle est, qui s’éloigne de ses repères anthropologiques fondateurs, qui s’homosexualise de plus en plus à force de promouvoir l’indifférenciation des sexes, engendre symboliquement, et parfois concrètement, des jumeaux. On les voit, ces deux clones manichéens, s’étaler dans les pubs, les films, et les magazines ; et la procréation médicalement assistée favorise l’existence concrète des jumeaux. Par rapport à la GPA (Gestation Pour Autrui) et à la PMA, « de nombreux couples, notamment les gays, qui rêvent d’un bébé chacun, expriment le désir d’avoir des jumeaux, témoigne le Dr Michael Feinman. La mère porteuse, elle, reçoit entre 25.000 et 35.000 dollars (ses tarifs augmentent à chaque grossesse). Plus 8.000 si elle est enceinte de jumeaux. » (cf. l’article du Figaro) Y compris dans les « projets » parentaux des « couples » homos, on voit bien que la gémellité confine à la schizophrénie fusionnelle : « L’idée, c’est qu’on soit tous les deux le père biologique. Ce serait des jumeaux avec la même mère biologique et le sperme de nous deux. » (Christophe à propos de Bruno, son compagnon, avec qui il programme une GPA avec mère porteuse, dans le documentaire « Deux hommes et un couffin » de l’émission 13h15 le dimanche diffusé sur la chaîne France 2 le dimanche 26 juillet 2015)

 

Lorsque nous voyons double, en général, c’est mauvais signe : soit nous avons pris une substance illicite, soit nous sommes malmenés symboliquement, psychiquement, inconsciemment, par un désir écartelant, qui nous éloigne du Réel. Le désir homosexuel fait partie justement des désirs humains les plus écartelants qui soient. « Le double, moi, ça m’effraie. Ces deux sœurs ont la similarité des jumelles. On aurait dit qu’elles auraient voulu être siamoises. » (Celia s’adressant à Bertrand à propos d’une toile figurant deux sœurs identiques, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud)

 
 

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Code n°122 – Milieu homosexuel infernal (sous-codes : Noir derrière l’arc-en-ciel / Descente aux Enfers)

Milieu infernal

Milieu homosexuel infernal

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

« Si seulement nous pouvions ne pas nous haïr autant… C’est ça notre drame. » Cette réplique de Michael, l’un des héros gays du film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1972) de William Friedkin, concernant ses jumeaux d’orientation sexuelle, nous plante bien le décor de la communauté homosexuelle réelle, et surtout la raison pour laquelle la grande majorité des communautaires homos n’arrive pas à faire l’unité (n’y croit même plus ! pour beaucoup, le « milieu homo » et la « communauté homosexuelle » n’existent pas et sont des concepts intellectuels méprisables !)… au point de se faire la guerre entre eux et de se faire vivre un véritable enfer : LA HAINE DE SOI, qui, si elle n’est pas identifiée comme intrinsèque au désir homosexuel, ni réglée, se mute en haine des autres.

 

Remarque très importante avant de commencer l’étude de ce chapitre. Ce code n’a pas pour but d’homosexualiser le malheur, ni de diaboliser le « milieu homosexuel » ou encore moins les personnes homosexuelles (elles le font déjà bien assez elles-mêmes !), ni de dire que les individus homosexuels ont le monopole du malheur et de la souffrance. Il existe bien des lieux et des rituels de drague « hétéros » glauques (Ce qu’on oublie de rajouter en général à ce juste parallélisme, c’est que les couples femme-homme qui rentrent dans ces cercles libertins sont justement en voie de bisexualisation et d’homosexualisation avancées…). Quoi qu’il en soit, le malheur humain, même émanant d’une minorité sexuelle où il est particulièrement (mais non-exclusivement) marqué, est toujours universalisable, et signe d’un viol social plus global dans les couples femme-homme qui ne s’aiment pas assez, donc hétérosexuels. Il va s’agir, dans ce code, d’étudier la signification du symbolisme folklorique des Enfers employé et même créé majoritairement par les personnes homosexuelles.

 

Allez, descendons maintenant dans les limbes iconographiques des enfers interlopes, dans la fournaise homosexuelle, ni si horrible que les communautaires non-assumés le disent, ni si banale que les communautaires « assumés » le prétendent.

 

Je signale pour finir qu’il est fortement conseiller de lire les sept autres codes de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, en complément : les codes traitant plus particulièrement de l’individu homosexuel et de son couple – « Se prendre pour le diable », « Focalisation sur le péché », et « Amant diabolique » – et les codes traitant de la métamorphose de la communauté homosexuelle en dictature – « Homosexuels psychorigides », « Adeptes des pratiques SM », « Défense du tyran » et « Hitler gay »).

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Homosexuel homophobe », « Amant triste », « Cour des miracles homosexuelle », « Méchant pauvre », « Hitler gay », « Petits morveux », « Drogues », « Violeur homosexuel », « Homosexualité noire et glorieuse », « Patrons de l’audiovisuel », « Milieu homosexuel paradisiaque », « Focalisation sur le péché », « Se prendre pour le diable », « Appel déguisé », « Défense du tyran », « Entre-deux-guerres », « Manège », « Adeptes des pratiques SM », « Amant diabolique », « Humour-poignard », « Aube », « Faux révolutionnaires », « Amant triste » et à la partie « Dictateur gay » du code « Homosexuels psychorigides », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

La dramatique extériorisation de l’homophobie sur « les hétéros »

 

Il ne suffit pas de traîner très longtemps dans les lieux – virtuels ou réels – d’homosociabilité pour découvrir assez vite que les personnes homosexuelles sont leurs pires ennemis, et que la « révolution homosexuelle » n’est qu’un joli concept romantique sorti des cerveaux des universitaires queer. La plupart d’entre elles n’aiment pas le collectif : c’est dommage, mais c’est souvent un fait. Les réunir autour de lieux-symboles, d’événements fédérateurs, de personnages emblématiques, de bars, d’associations, de sites Internet, a souvent relevé du tour de force ! La majorité des militants associatifs vous le confirmeront, surtout les soirs ingrats de Gay Pride où, exténués, ils se forcent à sourire en disant que « Ça a été une fois de plus un succès » alors que la joie est loin d’être dans tous les cœurs. La communauté homosexuelle constitue une famille turbulente dont la cohésion est bien plus une utopie sucrée marketing qu’une réalité. Si les personnes homosexuelles se retrouvent dans le « milieu », ce n’est pas vraiment par choix ni par engagement : elles viennent surtout consommer, trouver chaussure à leur pied, ou bien dans une logique d’adversité plus que d’unité. Même pour l’habitué des établissements gay friendly, l’entourage d’orientation sexuelle ne constituera jamais vraiment une seconde famille.

 

La communauté homosexuelle fait tout un pataquès autour des attaques homophobes qu’elle subirait pour ne pas regarder les paradoxes du désir homosexuel en face. Notamment, certains individus n’arrêtent pas de parler du ravage des suicides au sein du « milieu ». Pour les quelques cas de tentatives de suicide de personnes homosexuelles connus, ils sont tous généralement autant explicables par des phénomènes sociaux exogènes (hostilité de l’environnement familial, pression sociale, échec scolaire, etc.) que par des facteurs endogènes (déceptions amoureuses homosexuelles, drames issus du « milieu » homosexuel, comportements aberrants des personnes homosexuelles entre elles, médiocrité de l’accompagnement amical gay, manque de sens trouvé dans un certain mode de vie homosexuel, dégoût de soi et du monde, état dépressif, consommation de substances psychoactives ou d’alcool, angoisses dues à une infection par le VIH, difficile transition vers le troisième âge, etc.). Qui oblige les personnes homosexuelles à se cloîtrer dans la clandestinité ? Bien avant que ce soit « la société » qui les y ait contraints, c’est un mode de vie qu’elles ont elles-mêmes choisi. Qui pratiquent les sinistres outing ? Sûrement pas prioritairement « les hétéros homophobes ». Ceux qui outent les personnes homosexuelles sont les individus qui côtoient leurs bars, leurs réseaux Internet, leurs cercles amicaux ou amoureux, donc des personnes homosexuelles aussi. Qui critique le plus la visibilité homosexuelle à la télévision ou à la Gay Pride ? Qui empêche la communauté homosexuelle de se faire une place confortable dans la société et d’être forte ? Ses propres membres. « Comment y aurait-il un pouvoir gay ? Ils se détestent tous ! » ironise Frédéric Mitterrand (interviewé dans l’article « Y a-t-il une culture gay ? » sur la revue TÉLÉRAMA, n°2893, le 22 juin 2005, p. 18). Ceux qui défendent la cause homosexuelle dans les media s’étonnent que les seules lettres d’insultes qu’ils reçoivent proviennent presque exclusivement de leurs frères communautaires : « Je ne pensais pas qu’il y avait autant d’intolérance chez les homos. Ils se plaignent à longueur de journée de ne pas avoir tel ou tel droit et ils ne sont même pas unis entre eux. […] Les seuls papiers méchants que j’ai eus dans la presse, c’était dans la presse gay. Quand je suis sorti de La Ferme, j’ai eu 10000 lettres de fans, et six lettres d’insultes qui venaient toutes de gays. » (Vincent McDoom dans le magazine Egéries, n°1, décembre 2004/janvier 2005, pp. 52-55)

 

Actuellement, les gens ne voient dans la figure de la personne homophobe que l’individu gay frustré, honteux, « follophobe », tristounet, frigide. Ils oublient d’inclure dans le portrait toutes les personnes homosexuelles « assumées », extraverties, tout sourire. Par exemple, certains sujets homosexuels se plaisent à imaginer qu’« il n’y a pas plus lesbophobe qu’une lesbienne qui s’ignore » (Marie-Jo Bonnet, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? (2004), p. 15). Qu’ils se détrompent ! Il y a tout aussi lesbophobe qu’une femme lesbienne refoulée : une femme lesbienne qui croit se connaître par cœur et qui, du fait de s’étiqueter éternellement lesbienne, refuse de reconnaître qu’elle puisse un jour devenir lesbophobe. On observe à bien des occasions des personnes homosexuelles, jouant en temps normal les grandes tapettes ou les militants de la première heure, se métamorphoser sans crier gare en brutes épaisses détestant leur communauté d’adoption. Bien des personnes homosexuelles, en disant qu’elles s’assument à 100% en tant qu’« homos », rejoignent dans l’extrême les personnes homophobes qui nient en bloc leur homosexualité, puisqu’elles aussi essentialisent le désir homosexuel, se caricaturent, se figent en objet, et donc refoulent qui elles sont profondément. S’il arrive exceptionnellement que certaines personnes homosexuelles reconnaissent que leur désir homosexuel est en partie homophobe, c’est pour mieux se donner l’illusion que depuis leur merveilleuse conversion à la « cause gay », elles s’assument pleinement en tant qu’homosexuelles et que la triste page de leur passé homophobe est déjà bel et bien tournée. S’avouer « ex-homophobe », cela revient pour elles à combattre l’homophobie et à montrer patte blanche. Mais derrière la personne homosexuelle et agressivement fière de l’être se cache souvent une personne (ex)homophobe convaincue, qui affirme haut et fort que l’homosexualité est quelque chose de monstrueux ou de génial : cela dépend des époques, du sens du vent, et des caprices de son désir homosexuel.

 
 

L’homophobie institutionnalisée en « communauté homosexuelle »

 

Le plus souvent, le despotisme homosexuel, avant de s’actualiser systématiquement à l’échelle d’une nation ou de la Planète, s’exerce d’abord au sein d’une communauté humaine réduite, autrement dit la communauté homosexuelle. Et, comme l’affirme à juste raison Frédéric Martel dans son splendide essai Le Rose et le Noir (1996), « la dictature de la majorité n’est pas plus enviable que la dictature des minorités. » (p. 713) Presque la totalité des personnes homosexuelles vous l’assurera : il se vit une forte exclusion dans ce que nous appelons, faute de mieux, le « milieu homosexuel ». En son sein, les moyens mis en place pour créer de vrais espaces d’expression sont apparemment suffisants mais concrètement inefficaces, sûrement par manque de volonté chez ses membres de se rencontrer sans se consommer. Dans les associations, la prise de parole se destine davantage aux « actions » militantes et à l’idéologie de la conquête ou de l’émotionnel qu’aux individus qui s’y trouvent. À l’intérieur des bars, des boîtes et sur les chat Internet, le dialogue y est également très limité et sclérosé par la drague. Par ailleurs, il existe un décalage vertigineux entre ce que nous pouvons voir sur les chaînes de télévision ou les magazines proposés à la clientèle homosexuelle – dignes de la plus mauvaise presse féminine –, et les aspirations profondes des personnes homosexuelles. Sous prétexte de respecter la liberté et l’intimité de chacun, la majorité des porte-parole de la communauté homosexuelle se défilent, et leur pensée n’attire pas les foules. L’unique réponse que l’ensemble des journalistes de la presse gay apportent aux questions existentielles de leurs camarades communautaires est l’affichage fier de leur propre démission, le renvoi à la responsabilité individuelle, l’exposition muette des plaintes dans la rubrique « Courrier des lecteurs » favorisant le narcissisme dans l’écoute du témoignage « je » larmoyant ou bien la révolte défaitiste.

 

Les réalisateurs gays essaient parfois d’atténuer à l’écran la cruauté du cérémonial de la drague homosexuelle en montrant des beaux gosses repentants et gentils avec leur amant moins beau ou moins jeune qu’eux. Mais rien n’y fait. Les individus homosexuels sont souvent extrêmement sectaires entre eux, envers les « folles », les personnes travesties, transsexuelles, lesbiennes, âgées, jeunes, séropositives (les « plombés » comme on les appelle parfois), et surtout les sujets homosexuels étiquetés « homophobes », autrement dit les personnes bisexuelles, celles qui viennent leur révéler que l’homosexualité est prioritairement une réalité mythique, non-figée. Quelques rares films osent tout de même montrer l’envers du décor (le court-métrage « Fast Forward », « D’un trait » (2004), d’Alexis van Stratum est à ce titre exemplaire). Malheureusement, ils sont en général récupérés dans le but de cultiver chez les personnes homosexuelles qui se disent « hors-milieu » le mythe du prince charmant homosexuel ou de leur supposée différence radicale avec le commun des habitants « du milieu ». Yves Navarre avait raison de dire que les personnes homosexuelles sont « bien plus racistes avec elles qu’on ne l’est avec elles ». Trop occupées à fuir leurs propres problèmes personnels dans un pathétisme mou, des délires forcés, un désir de se démarquer des autres, et un consumérisme égoïste, elles ne s’aident pas souvent entre elles. Elles n’ont qu’une envie : s’éloigner les unes des autres. « J’ai pour amis des folles comme moi, des amis pour passer un moment, pour rigoler un peu. Mais dès que nous devenons dramatiques… nous nous fuyons. Chacune se voit reflétée dans l’autre, et est épouvantée. Nous nous déprimons comme des chiennes, tu peux pas savoir. » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig, p. 205) Il est difficile de rencontrer dans la communauté homosexuelle une seule personne homosexuelle qui se sente vraiment à sa place, même parmi les habitués des bars et des associations.

 

 

La majorité des individus homosexuels ne sont pas dupes. Ils expérimentent, dès qu’ils arrivent dans la communauté gay, un profond décalage entre leurs idéaux d’amour et les réalités relationnelles décevantes qu’ils y vivent, quand bien même ils savent pertinemment que les modes de vie homosexuels observables dans les bars et sur les réseaux virtuels ne sont pas généralisables à l’ensemble du « milieu » (terme hypocritement flou, désignant stricto sensu les établissements gay friendly spécialisés, mais qui pourrait tout à fait s’étendre d’une part à n’importe quel endroit public improvisé – et, surtout grâce à Internet, à tout lieu de vie où l’Homme désire se mythifier –, et d’autre part à toute personne croyant en la vérité du désir homosexuel : le « milieu homosexuel », c’est le désir homosexuel ; c’est le couple homosexuel). La plupart du temps, ils tombent de très haut. C’est pourquoi, pour figurer la communauté homosexuelle, certains artistes mettent en scène un enfer folklorique, bien après avoir cherché désespérément un éden gay dans une contrée lointaine et littéraire (cf. je vous renvoie évidemment au code « Milieu homosexuel paradisiaque »  dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

En réalité, le « milieu homosexuel » n’est ni aussi terrible qu’ils le disent – il y a bien des boîtes glauques pour personnes hétérosexuelles également – ni aussi banal. Bon nombre de personnes homosexuelles nous mettent en garde contre l’expérience d’Internet et des nuits dans les établissements gay et lesbiens : « Il y a une vraie violence à ouvrir la porte de ces lieux. » (Nina Bouraoui, l’écrivaine lesbienne, dans l’émission Culture et Dépendances, sur la chaîne France 3, le 9 juin 2004) Elles vivent douloureusement le formatage qu’elles s’imposent par la culture marchande homosexuelle. Mais l’impression d’enfer est chez elles souvent teintée d’amnésie, comme le montrent les propos d’Hervé Guibert dans son autobiographie Le Mausolée des amants (2001) : « Le sauna de la Kleiststrasse hier soir : une expérience du dégoût. Dégoût pour les corps, dégoût pour le lieu, dégoût pour les pratiques […]. (L’aisance, l’indifférence de T. dans tous ces endroits). » (p. 91)

 

Si le « ghetto gay » est tel qu’il est actuellement, ce n’est pas uniquement à cause d’un groupuscule réduit de personnes homosexuelles. Le malheur d’une minorité est toujours universalisable, et les sociétés hétérosexuelles (et surtout humaines !) auront très certainement à répondre de la construction d’infrastructures déshumanisantes dans lesquelles certains individus ont accepté de s’enfermer et de se détruire en cadenassant leur révolte intérieure : « Les terreurs que connaissent les homosexuels dans cette société ne seraient pas aussi grandes si la société elle-même ne devait pas affronter toutes ces terreurs qu’elle ne veut pas admettre. » disait James Baldwin dans une interview (au journal Village Voice en 1984).

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

a) Les Enfers marais-cageux :

 

Film "The Game Of Juan’s Life" de Joselito Altarejos

Film « The Game Of Juan’s Life » de Joselito Altarejos


 

Très souvent dans les œuvres de fiction homo-érotiques, les héros homos décrivent le « milieu homosexuel » comme un enfer : cf. le film « J’ai rêvé sous l’eau » (2012) d’Hormoz, le roman Méphistophéla (1890) de Catulle Mendès, le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat, le film « Back Room » (1999) de Guillem Morales, le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni, le roman Todos Los Parques No Son Un Paraíso (1978) d’Antonio Roig, le film « Madagascar Skin » (1995) de Chris Newby, le roman Riches, cruels et fardés (2002) de Hervé Claude, la pièce La Descente d’Orphée (1957) de Tennessee Williams, la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, le film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 journées de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini (le réalisateur avoua lui-même qu’il a cherché, à travers son film, à figurer une descente dans l’enfer de l’inhumain), le roman Les Caves du Vatican (1914) d’André Gide, la chanson « Hellbent For Leather » du groupe Juda’s Priest, le film « Lucifer Rising » (1974) de Kenneth Anger, la pièce Macbeth (1623) de William Shakespeare, le film « Le Rôti de satan » (1976) de Rainer Werner Fassbinder, le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le roman La Descente aux enfers (1963) de Marcel Jouhandeau, le film « Twist » (2004) de Jacob Tierney et Adrienne Stern, le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec la célébration du dieu Mercure), le roman Poupée Bella (2004) de Nina Bouraoui, le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau, la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti, le film « Hell’s Highway » (1932) de Rowland Brown, le film « L’Enfer d’Ethan » (2004) de Quentin Lee, le film « Descentes aux enfers » (1986) de Francis Girod, le film « Irréversible » (2001) de Gaspar Noé, le recueil de poèmes Une Saison en enfer (1873) d’Arthur Rimbaud, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier (avec le train-fantôme nommé « L’Enfer »), le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami, le film « Café du diable » (2011) de Maria Beatty, la pièce Dans la solitude des champs de coton (1987) Bernard-Marie Koltès, la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès (dépeignant les bas-fonds des saunas gays), le film « Adults Only » (2013) de Michael J. Saul (dans les méandres d’une backroom gay), la chanson « Nous les amoureux » de Jean-Claude Pascal, le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, etc. « Partir à la recherche de Greta a été comme entrer dans un des cercles de l’Enfer. » (Jane, l’héroïne lesbienne en quête de Greta la prostituée, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 177)

 

Par exemple, dans le vidéo-clip de la chanson « Jesus Is Gay » de Gaël, le héros homo va « s’encanailler » dans une boîte appelée Au Diable. Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Donato se perd dans la boîte gay teintée d’un filtre rouge. Dans le one-man-show Gérard, comme le prénom (2011) de Laurent Gérard, Éric et Michael tiennent un bar dans le Centre Ville, le Gaytapens. Dans son one-man-show Hétéro-Kit (2011), Yann Mercanton décrit la fréquentation du sauna comme la descente d’Orphée aux enfers. Dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, Laura et sa copine vont voir au théâtre la pièce L’Épopée de Gilgamesh racontant l’histoire d’un homme qui va chercher son ami aux Enfers. Dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, la voix-off est celle d’un diable doucereux invisible qui téléguide avec amusement les quatre personnages en les acheminant vers une descente progressive dans l’enfer du sauna gay. Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Jacques et Yves Saint-Laurent se rendent ensemble dans les bacchanales homos, sur fond de filtre rouge. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, pendant le jeu télévisé Questions pour un champion qu’Adèle, l’héroïne lesbienne, regarde avec ses parents, Julien Lepers pose la question suivante : « Quel est le nom de la femme d’Orphée qui descend aux enfers ? » (réponse : Eurydice). Plus tard, Adèle apprend à connaître le milieu lesbien parisien, montré comme un milieu hostile, moqueur, narquois, grippe-fesses, puéril, cancanier. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, on aperçoit des mugs en forme de clowns blancs grimaçants et diaboliques au comptoir du bar-club gay Le Stud. Dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet, Caroline décrit le « milieu homo » comme une « caste de dépravés ».

 

Pour renforcer cette idée que le « milieu homosexuel » est infernal, il est fait parfois référence dans les fictions au Styx, le mythologique fleuve infernal : cf. les films « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Styx » (2004) de Falk Ulbrich, les chansons « On est tous des imbéciles » et « L’Instant X » de Mylène Farmer, le film « Parking » (1985) de Jacques Demy, etc.

 

Beaucoup de personnages homosexuels affirment rentrer dans le « milieu » comme ils pénètrent dans la géhenne, le néant : « L’Enfer, c’est l’autre boîte de nuit à Montparnasse. » (l’héroïne lesbienne dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie) ; « Si vous aimez le show, vous brûlerez en enfer avec nous. » (la voix-off du spectacle musical Adam et Steeve, dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Je me croyais délivré de l’enfer de la famille et le voici reconstruit sur les terrains de mes vices ! » (Pédé, le héros homosexuel de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Mercredi matin, c’était comme le jour du Jugement dernier. On avait tous peur. Le Paradis. L’Enfer. Pas de purgatoire. » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 40) ; « À nous le Marais et ses marécages ! » (Stéphanie dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau) ; « Ce n’était pour aucun des deux jumeaux Hypnos ni Thanatos que j’étais descendu dans cet Enfer. » (le protagoniste parlant de ses ballades le long des « quais obscurs et des parkings déserts », dans la nouvelle « Au musée » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 107) ; « Qui peut dire dans cet enfer ce qu’on attend de nous ? » (cf. la chanson « À quoi je sers ? » de Mylène Farmer) ; « Je me trouve en ce moment dans l’enfer des folles, deux étages en dessous de la place de l’Opéra. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 126) ; « Cette soirée est un enfer. » (Didier, le héros homo à l’intérieur d’une boîte gay, dans la pièce Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé) ; « Il [Emmanuel] me disait avoir connu par eux [les homosexuels] l’enfer brûlant du mépris porté sur soi. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 172) ; « Y’a des party, poum poum, dans les clubs en bas, des gigolos pressés qui se lèchent les bras, des enfants fous qui jouent mais ne pardonnent pas, des femmes enlacées qui se parlent tout bas. Mais y’a des gens qui sont stricts, des chats noirs qui miaulent, des crocodiles en bas. Mais y’a des gens qui sont stricts, des perroquets qui volent, des pingouins en papier mâché. » (cf. la chanson « Des gens stricts » du groupe Animo) ; « J’ai traîné dans les boîtes jusqu’au petit matin, et à chaque fois je suis rentré ivre mort, défoncé jusqu’à la moelle, couvert de coups de martinet, inondé d’urine jusqu’aux chaussettes, mais seul, toujours seul, doctoresse ! » (L. dans la pièce Le Frigo (1983), p. 24) ; « Je n’avais été en tout et pour tout, dans ma vie, que trois fois dans un sauna masculin, et j’en étais ressorti très déprimé. » (Éric, le narrateur homosexuel du roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 92) ; « Sur les marches qui mènent aux chiottes de la gare du Nord, je rencontre H. Il a un air triste, sa tête retenue sur ses deux mains emballées dans deux gros gants de ski, assis sur les marches. Je passe deux fois devant lui. Une première fois en allant aux pissotières. De l’ouverture à la fermeture de la gare, il y a des hommes, de tous âges, de toutes origines qui se branlent lamentablement, debout, dans l’odeur de pisse et de foutre, en matant en coin les bites des autres. On dirait des puceaux, aussi fébriles que surexcités. Venir ici me désespère autant que ça me réjouit. » (Mike, le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 59) ; « Onze mille vierges sous acide lysergique consolent des malabars tendus et mélancoliques. Fille de joie me fixe de ses yeux verts. Des claques ??? Jusqu’à l’Hôtel de l’Enfer. » (cf. la chanson « Onze mille vierges » d’Étienne Daho) ; « Je marche dans Babel et dans ses dédales. » (Pierre Fatus dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive !, 2015) ; « Depuis trois mois, c’est l’enfer. Herbert est violent, armé, totalement imprévisible. » (Fabien à propos de son attitude avec son amant Herbert, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; « Tu devrais rentrer chez toi. C’est pas un endroit pour toi. » (Serge rencontrant pour la première fois son jeune amant Victor dans un parc parisien plein de prédateurs, dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; « Chaque jour vers l’enfer nous descendons d’un pas, sans horreur, à travers des ténèbres qui puent. Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange le sein martyrisé d’une antique catin, nous volons au passage un plaisir clandestin. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; « Une fois que tu seras là-dedans, tu verras à quel point c’est triste et moche. » (un client homo plus âgé du club The Boys s’adressant à Nathan, le héros homosexuel qu’il va entraîner dans un guet-apens pour le tuer, dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier) ; etc.

 

Par exemple, le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre dépeint les bas-fonds d’une maison close homosexuelle où l’ambiance est très malsaine : les backroom sont peintes avec un fond rouge, on entend des ricanements, on y voit des prostitués claquemurés dans leur cellule et entourés d’une drôle de cour des miracles monstrueuse. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, on nous montre l’ambiance détestable de la fête hétéro-gay de l’appartement du couple Ted/Roberto, où George est contraint de s’héberger. Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Jérémie, le héros homo qui ne s’était jamais posé la question de remettre en cause son homosexualité, avoue qu’il a une « vie bien cadrée » dans son quotidien homosexuel. Dans l’épisode 4 de la saison 3 de la série Black Mirror (« San Junipero »), Kelly, l’héroïne lesbienne, se rend dans une boîte appelée « Quajmire » qui est l’antre des enfers.

 

Javier de la Torre dans sa prison dorée, rouge et plumée

Javier de la Torre dans sa prison dorée, rouge et plumée


 

Même s’il vit une expérience qu’il décrit comme un enfer, le héros homosexuel s’auto-persuade que cette impression est agréable, voire paradisiaque (il « l’a voulu », se dit-il) : « Les autres penseront que vous connaissez l’enfer. Mais ils ne sauront jamais que l’enfer est doux. » (le narrateur homosexuel du roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, p. 70) ; « Pour nous, ça avait la couleur de l’amour – mais j’avoue que si j’avais été hétéro, ça aurait largement ressemblé à la fin de toute intelligence et à la couleur de l’enfer. » (Doumi décrivant les années 1980, dans le roman La Meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, pp. 35-36) ; « Il avait eu l’impression de marcher au milieu de colonnes et de soldats d’un temps ancestral, vers une arène. C’était violent, ça faisait mal, mais il y avait déjà le plaisir de penser que ce serait peut-être bon ensuite, un peu plus loin. » (Doumi au Palace, op. cit., p. 36) ; « Toi et moi on sait repérer les mecs bien. Pas comme toutes ces folles qui cherchent à baiser. » (Romain, le compagnon d’Alexis, s’adressant à Laurent qui sort en secret avec Alexis, dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin) ; etc.

 

En général, son déni le met dans un état d’amnésique ou de zombie, qui ne lui fait plus distinguer le Réel du fantasme : « Il entrait dans un monde improbable, à mi-chemin entre fantasme et réalité. » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 29) ; « Je suis un garçon sensible et réfléchi. En grandissant, je ne me suis jamais affranchi de ces nuits de veille au douloureux vague à l’âme. J’ai compris bien trop tard que j’étais une femme. Je me suis fait belle, belle, belle, pour aller les voir. Je remercie toute l’équipe de la Gare Saint-Lazare. » (cf. la chanson « Coming Out » d’Alexis HK)

 

Très souvent, la fête homosexuelle annonce une catastrophe ou une descente aux Enfers surprenante (cf. je vous renvoie au code « Humour-poignard » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans le film « Poltergay » (2006) d’Éric Lavaine, la bande de morts-vivants hantant la maison de Marc et Emma a péri dans une boîte gay qui a brûlé dans les années 1970. Dans la nouvelle « Virginia Woolf a encore frappé » (1983) de Copi, le meurtre du barman a lieu un soir d’orgie, lors d’un « bal macabre » (p. 83) dans une backroom d’une boîte homo de Pigalle. Dans le roman La Vie est un tango (1979), toujours de Copi, le carnaval est précisément le moment du viol : « Je vois que, tandis que le pauvre Silberman est assassiné dans les rotatives, à l’étage de la direction on ne pense qu’au carnaval. » (pp. 75-76) ; « Silvano fut réveillé en sursaut par le bruit des pétards et le vacarme dans la rue. […] Il se dirigea vers son bureau pour chercher un revolver […]. Des gamins déguisés arrivaient de la rue avec des serpentins et des tambours. […] L’intrusion des enfants ne prédisait rien de bon. (idem, pp. 170-171) ; « Serais-je en enfer, se demanda-t-il. À bien y penser il était bien possible qu’il fût mort depuis plusieurs jours. […] Les enfants de la rue, depuis que le carnaval avait commencé, ressemblaient de plus en plus à des démons. (idem, p. 174) ; « Il se dit : cette année, le carnaval devient sérieux. » (idem, p. 175)

 

Dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, le sauna Continental-Opéra est le théâtre d’une explosion dramatique des chaudières en plein bal masqué : « C’est mardi, mais c’est mardi gras. Aujourd’hui, les folles du Continental sont permises de se travestir, elles vont et viennent sans arrêt des galeries Lafayette qui se trouvent tout près, ce soir il y a un grand bal autour de la piscine. » Même scénario dans la pièce La Tour de la Défense (1981) : « Au deuxième et dernier acte de La Tour de la Défense de Copi, un hélicoptère s’écrase sur la tour voisine, et déclenche un incendie généralisé. Le carnaval se termine dans les flammes. » (cf. l’article « Copi de bonne fois » de René Solis, dans le journal Libération du 4 avril 2005) Dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, l’enfer gay derrière le carnaval, le viol le soir de fête homosexuelle, est bien décrit par l’un des héros gay, Bjorn : « Ma vie. Quand je suis parti de la rue, avec Jan, j’ai pensé que je n’y retournerais plus jamais. Je sais maintenant que certains endroits sont encore pires. Comme celui où je me trouve en ce moment avec des gens qui organisent l’enfer, qui en vivent. Gays ou pas. Prostitution, violence, hôtels et drogue sans doute. Cette nuit dans la pénombre, j’ai compris que d’autres ici faisaient le métier de tout diriger à leur profit. Que derrière la Gay Pride de Sydney il y avait un trafic d’ecstasy, de médicaments, de produits dérivés. Il y avait du marketing et du sex-business. Avec beaucoup de dollars à la clé. […] Je sais maintenant que Jan est mêlé à tout ça et qu’ils sont en train de s’entre-tuer à quelques semaines seulement de la grande parade sur Oxford Street, du défilé du ‘Mardi gras’. » (pp. 167-168) Dans le film « Poltergay » (2006) d’Éric Lavaine, la bande de joyeux drilles homos surexcités est en réalité composée de clients homosexuels qui ont tous péri dans l’incendie d’une boîte gay disco dans les années 1970.

 
 

b) Le panier de crabes aux pinces roses :

Les héros homosexuels des fictions emploient la fantasmagorie de l’enfer pour parler de leurs relations amicales et amoureuses homosexuelles parce que, visiblement, celles-ci sont compliquées et douloureuses : cf. le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron, la poésie « Oda A Walt Whitman » (1940) de Federico García Lorca, le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve, le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, le film « L’Ange bleu » (1930) de Josef von Sternberg, le roman El Giocondo (1970) de Francisco Umbral, le roman Las Locas De Postín (1919) d’Álvaro Retana (avec le cercle de langues de vipères homosexuelles), le film « Our Betters » (1933) de George Cukor (avec les personnages sophistiqués très gossip girls), etc.

 

À les entendre, le « milieu homosexuel » est un véritable panier de crabes ! : « Je te parle de ma communauté qui me déçoit. » (Océane Rose-Marie dans son one-woman-show Chaton violents, 2015) ; « Ce milieu gay c’est tellement pourri. Tellement de convoitises. » (Laurent Spielvogel imitant le gay quarantenaire du sud, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Il n’y a pas de paradis homosexuel, ou bien, s’il y en a un, attendez-vous à y trouver quelques lois sauvages ! » (Éric dans le roman Le Loup (1972) de Marie-Claire Blais) ; « Je payais en toute hâte, empochai mon ticket et me jetai sur les portes du théâtre sans regarder vers la queue où, j’en étais convaincu, une dizaine d’homosexuels – dont un prêtre –, plus méchants les uns que les autres, riaient de ma déconvenue. » (le narrateur homo à l’opéra, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 35) ; « La plupart déambulaient par bandes, comme autant de sectes à l’intérieur de la secte. […]  Il régnait dans ce lieu une certaine agressivité de chacun envers tous les autres, à l’exception de ceux qui s’inséraient exactement dans votre archétype. » (le narrateur homo décrivant une boîte gay, dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, pp. 56-57) ; « Je ne vois que des méchantes, le nez en l’air, méprisantes. » (un homo parlant des « clones » du Marais, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Les bars gays sont des prisons aussi. » (un des personnages homosexuels de la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; « Devant la porte des chiottes, j’écarte une bande de jeunes androgynes pour passer, l’un d’eux dit ‘Mais c’est pas possible, ils ont ouvert les portes du zoo de Vincennes pour laisser s’échapper ces monstres ?’ Ses copines rient. » (Mike, le héros homo du roman Des chiens (2012) de Mike Nietomertz, p. 102) ; « Ô, mon Dieu, que quelqu’un vienne à mon secours, s’il vous plaît ! Les travelos me trucident ! » (Lou, l’héroïne lesbienne de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 323) ; « Est-ce que tu sors avec une bande de tantes ? J’aurais pu deviner que ça allait arriver. Tes fantasmes paranoïaques d’arrestation et d’accident ont été le premier symptôme. » (Myrma Minkoff s’adressant à son ami gay Ignatius dans le roman La Conjuration des Imbéciles (1981) de John Kennedy Toole, p. 414) ; « Vous, les travestis troupières, vous venez nous faire la guerre à nous, pédés pacifistes, nous traitant de jeunes filles tristes quand tout ce que nous cherchons, c’est simplement un garçon (si c’est possible un artiste) idéaliste, simple et bon qui reste garder la maison quand nous faisons secrétaires ! Vous voulez nous effrayer, affublées de vos perruques, habillées comme des perruches. […] Les jardins du Sacré-Cœur sont bien gardés par les flics ! Vous ne me faites pas peur ! » (Pédé, le héros homo s’adressant aux travestis, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Les rendez-vous entre gays sur internet, c’est toujours un peu craignos. » (Katya s’adressant à Anton, son ami homosexuel, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Matthieu décrit les foudres de venin qui s’abattent sur lui, de la part de son entourage homo formé de « langues de pute », suite à sa rupture amoureuse avec Jonathan : « Ou quand l’Empire contre-attaque… » Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, Jonathan, l’un des héros homos, avoue que le « public le plus difficile » qu’il a rencontré, après le « milieu homo », c’est « celui des cabarets ». Dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, Pretorius, le vampire homosexuel dit qu’il voit autour de lui « des bandes de gamins qui ne l’aiment pas ». Dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ! (2012), Samuel Laroque dit qu’il est un concentré de bêtise et de superficialité : « Le Marais, c’est un peu comme une grande ferme où y’a de la dinde en batterie. » Les « Maraisiennes » sont présentées comme des clients obsessionnels des salles de sport, des acheteurs de sac à main, des consommateurs de Smart-phone, des gens déprimants (« Bonsoir mes amis dépressifs ! » s’exclame la parodie de Mylène Farmer face à son public gay), etc. Pire que cela ! Les habitants du « milieu », en plus d’être cons, seraient méchants, un repère de violeurs (Laroque dit sa trouille d’être piégé par le GHB, la « drogue du violeur », en boîtes homos) : « Je n’y vais plus. J’en ai marre des boîtes. » (idem) ; « Les homos, c’est pas de la tarte non plus. Y’a pas plus intolérant qu’un homo dans le milieu. » (idem) ; « Bon vous savez quoi ? Être homo, c’est pas toujours gai. » (idem)

 

Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel raconte comment lui et ses amis homos se parlent mal, même si au départ ça semble être un code culturel : « On a beaucoup d’ironie sur nous-mêmes. » ; « Qu’est-ce que tu fous, connasse ? » ; « T’as dormi où, p’tite salope ? » ; etc.
 

Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, les héros homosexuels, militants d’Act-Up, ne peuvent pas se supporter. Ils détestent « les folles de la Gay Pride » sous prétexte que ce seraient elles « qui les détestent ». Et entre eux, c’est la militance plus que l’amitié qui les unis. D’ailleurs, quand Thibault, le leader du mouvement, va à l’hôpital rendre visite à son pote Sean, cloué au lit par le VIH, il lui demande : « On s’aime pas beaucoup mais on est quand même des amis, non ? », avant que Sean ne lui réponde par la négative, dans un silence interrompu par une demande encore plus glaçante : « Je préfèrerais que tu t’en ailles. » Le portrait pourtant idyllique que nous montre ce docu-fiction sur Act-Up ne fait, à son insu, que comme la désigner comme un nid de vipères, où les coups bas, la colère, la sale ambiance, les trahisons, et les fausses amitiés, prédominent.
 

Dans son roman très autobiographique Le Bal des folles (1977), Copi décrit « cette hystérie propre aux groupes de travestis », en ne s’excluant pas du lot : « On se gifle pour un mouchoir, on se casse la gueule pour un client (ne vont-ils pas jusqu’à tuer ?). Elles ont toutes des couteaux au cran d’arrêt dans leurs sacs. » (p. 34) Dans le film « Morrer Como Um Homen » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues, on nous montre les coups bas et la cruauté mesquine entre travestis, qui se piquent les perruques, s’insultent de plein de noms d’oiseaux, juste avant leur show (une vraie parodie sérieuse d’un concours de reines de beauté qui tourne au drame et à la concurrence adolescente !). Dans le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, le groupe d’amies lesbiennes de Rachel, l’héroïne lesbienne, est représenté sous la forme d’un jury impitoyable… surtout quand elle ose leur présenter sa nouvelle conquête. Dans le film « Orange et Pamplemousse » (1997) de Martial Fougeron est filmée la discrimination dans le « milieu » et les déceptions des recherches « réseaux » par téléphone ou Internet. Dans la pièce Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien, Eugène dresse le portrait de « ce monde homosexuel où, dit-il, il n’a jamais connu la plénitude ». Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, le « milieu homosexuel » est qualifié de « marché ».

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, le groupe de potes gays qui se retrouve ensemble le temps d’une sauterie passe son temps à se tirer dans les pattes : par exemple, Alan est follophobe par rapport à Emory le gay efféminé (« Je n’aime pas sa façon de parler, ça me tape sur les nerfs. » Il finit par le frapper de « Pédale ! ») ; Emory méprise l’inculture de Tex, le beau gosse gigolo décervelé (« Elle est cruche et n’y connaît rien à l’art ! ») et chope des maladies vénériennes presque à chaque fois qu’il se rend épisodiquement dans les saunas (« Vous avez plus de chance que moi. Quand je ne me fais pas arrêter, mon client a une maladie vénérienne. ») ; Michael rumine son complexe physique de ne pas être un top model ajusté aux canons de beauté de la communauté LGBTLes pédés sont pires que les femmes. À 30 ans, ils pensent que c’est fini. Il n’y a pas que la beauté ! ») ; quant à Michael, le maître de cérémonie de cette soirée machiavélique, il maltraite tous ses invités par un jeu qui leur révèlera la vacuité de leurs histoires d’amour homo.

 

Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Nicolas, Rudolf et Gabriel sont à la fois des potes gays inséparables et de véritables ennemis : ils se piquent leurs amants entre eux, s’empoisonnent la vie, se suivent et se fuient en Autriche. « On n’a plus vingt ans. Moi, j’ai changé. Pas vous ! C’est pas Paris que je fuis : c’est vous ! » dira Rudolf dans un coup de colère.

 

Les personnages homosexuels sont souvent extrêmement sectaires entre eux, envers les « folles », les personnes travesties, transsexuelles, lesbiennes, âgées, jeunes, séropositives, et surtout les individus homosexuels étiquetés « homophobes », autrement dit les « bisexuels », ceux qui viennent leur révéler que l’homosexualité est prioritairement une réalité mythique, non-figée : « Ennemi public n°1 : les bis. » (la comédienne lesbienne Chriss Lag dans le spectacle de scène ouverte Côté Filles au 3ème Festigay du Théâtre Côté Cour de Paris, en avril 2009) ; « Nés condamnés, nous nous condamnons tous. Isolés, nous nous isolons. » (le héros homosexuel du roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 121) ; « Quand ils sont jeunes, ils n’ont rien à raconter. Tu dois t’emmerder. » (un « ami » s’adressant à Matthieu à propos du jeune amant de ce dernier, Jonathan, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Ouais, évidemment, les vieux ça me dégoûte. » (Mike, le narrateur homosexuel, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 38) ; « J’en veux beaucoup aux jeunes de votre génération d’être plus beaux que nous. » (Jacques s’adressant à son amant Arthur, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; « Qui est l’ancêtre ? » (un jeune homo du dortoir, qui rappelle méchamment à Zach qu’il est « trop vieux » parce qu’il a 35 ans, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « Maintenant, c’est de la merde, Paris ressemble à un musée pour vieux cons fachos, avec des gays (il prononce ‘géïzes’) qui tètent du petit lait électronique avec des airs ingénus et qui se branlent devant Xtube. Des petits moutons. On a transformé une armée de pédés rebelles qui dérangeaient le modèle hétéro en gays, c’est-à-dire en tarlouzes de droite incapables de réfléchir plus loin que le bout de leur bite. » (Simon le héros homosexuel, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 23-24) ; « J’ai autre chose à faire que de traîner avec des gamins. » (Jonathan, homosexuel, ne voulant pas collaborer au départ avec les jeunes militants LGBT, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; etc. Par exemple, dans le film « L.A. Zombie » (2010) de Bruce LaBruce, on ne voit que des crimes homophobes opérés entre homos. Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz (p. 30), les héros homosexuels présentent même la communauté homosexuelle comme une « fausse démocratie » (p. 30). Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, toute une série de meurtres est effectuée par un psychopathe… qui se révèle homosexuel). Dans le film « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, Giles, le personnage homo âgé, tente de draguer le jeune barman du resto qu’il fréquente. Mais lorsque ce dernier s’en rend compte, il le lourde comme une vieille merde. Dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, une série de meurtre entache un lieu de drague homo… et on découvre que ce sont les « vacanciers » homosexuels eux-mêmes qui s’entretuent, s’épient jalousement, et se couvrent pour garder un espoir de coucher ensemble. L’inspecteur chargé de l’enquête s’étonne de l’insensibilité et du manque de fraternité entre les homos : « C’est un petit monde. Vous devez tous vous connaître, non ? […] Que l’un des vôtres se soient fait assassiner, ça ne vous émeut pas plus que ça ??? Vous avez une drôle de façon de vous aimez… » dira-t-il à Franck.

 

Dans le « milieu homosexuel » semble régner la « démocratie de l’indifférence mutuelle » : « Ici, personne ne te demande de compte. » (une réplique du téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve) Les homosexuels ont du mal à se mélanger entre eux, comme c’est le cas des lesbiennes fictionnelles avec les homos : « Elles venaient moins pour draguer que les gars et avaient plutôt tendance à rester entre elles, en petits couples propres qui savent bien se tenir. Quelques-unes, plus âgées, se mêlaient aux groupes d’hommes, fraternisaient volontiers et payaient des tournées accueillies avec force cris de joie, mais elles étaient plutôt rares. » (Jean-Marc décrivant les lesbiennes du bar Macho Person, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 171) ; « En tout cas ils [les homos] ne sont jamais venus voir mes pièces. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 16) Dans le roman La Conjuration des imbéciles (1981) de John Kennedy Toole, dès qu’Ignatius essaie de fédérer les homos pour créer pour eux un parti politique, il se fait lyncher. Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, lorsque Jacques apprend que son amant Arthur compte se rendre à une réunion publique d’Act-Up, il prend peur : « Je ne veux pas qu’on lui fasse du mal. » (Jacques) « Que veux-tu qu’ils lui fassent du mal à Act-Up ? » s’étonne son pote Mathieu.

 

L’orientation sexuelle et la pulsions étant les dénominateurs communs de la communauté homosexuelle, il est logique que les rapports relationnels qui s’instaurent entre les communautaires soient majoritairement de consommation, intéressés et violents : « Tu dois comprendre que le sexe est très important pour une lesbienne. » (Peyton à sa copine Elena, dans le film « Elena » (2011) de Nicole Conn). C’est généralement déprimant pour le héros homosexuel de voir que, dès que lui et ses frères d’orientation sexuelle s’adonnent factuellement à leur désir homosexuel, ils se renvoient un pathétique reflet d’obsédés sexuels. « Les pédés sur le net ne pensent qu’au cul. » (l’un des héros homos de la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez) Ce n’est pas ce qu’ils seraient dans un autre cadre amoureux et communautaire, certainement. Et c’est bien cela qui les attristent le plus : d’être complices de leur propre damnation.

 

Parfois, le « milieu homosexuel » sera le bouc-émissaire diabolisé du héros homosexuel, le lieu où il déversera sa culpabilité inavouée de mal agir amoureusement, son homophobie intériorisée/son homosexualité : « Le milieu, c’est pas mon style ! » (Benoît dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen) ; « Privés de toute dignité sociale, de toute charte sociale établie pour la conduite de l’homme, de la camaraderie qui, par droit divin, devrait être le propre de toute créature qui vit et respire, rejetés de tous, en proie dès leur plus tendre enfance à une incessante persécution, ils étaient maintenant plus avilis encore que ne le croyaient leurs ennemis, et plus désespérés que toute la lie de la création. Car, puisque tout ce qui, à nombre d’entre eux, avait semblé beau, une émotion belle, désintéressée, et noble parfois, avait été couvert de honte, traité d’impureté et de vilenie, ils s’étaient graduellement abaissés au niveau auquel le monde plaçait leurs émotions. Et regardant avec horreur ces hommes saturés de boisson, intoxiqués de drogue, comme s’ils l’étaient en trop grand nombre, Stephen sentit que quelque chose de terrifiant planait dans cette malheureuse salle de chez Alec, terrifiant parce que s’il y avait un Dieu, sa colère devait s’élever contre une telle injustice. Leur lot était plus pitoyable encore que le sien et l’humanité avait sûrement à en répondre. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 564)

 

Je vous renvoie avec insistance sur les chapitres « Dictateur gay » et « Armée gay » du code « Homosexuels psychorigides » du Dictionnaire des Codes homosexuels, et notamment sur le lobby LGBT qui veut bisexualiser/asexualiser/sentimentaliser la Planète.

 
 

c) L’arc-en-ciel, spectre de la lumière noire :

Pièce "Under A Rainbow Flag" de Leo Schwartz

Pièce « Under A Rainbow Flag » de Leo Schwartz


 

Vous n’êtes pas sans ignorer que l’arc-en-ciel à 6 couleurs est devenu le symbole de la communauté homosexuelle. Et comme pour illustrer que, à l’instar du fameux adage, « l’enfer est pavé de bonnes intentions », la couleur noire se mêle souvent à l’arc-en-ciel dans les créations homosexuelles, tel un spectre de la lumière blanche inversé : cf. l’essai La Prochaine fois, le feu (1963) de James Baldwin (avec la citation ouvrant le livre : « Dieu donna à Noé le signe d’un arc-en-ciel : il est fini le temps de l’eau, s’approche celui du feu… »), le film « Osama » (2003) de Sedigh Barmak (dans ce film, le changement de sexe se fait en passant sous l’arc-en-ciel), le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell (avec les bonbons multicolores apportés par le militaire noir, au milieu des ruines), le film « Vivir De Negro » (« Vivre dans le noir », 2010) d’Alejo Flah, la chanson « Lisa » de Jeanne Mas (« Je lui dirai des mots sensuels, passion nouée d’un arc-en-ciel, le provoquer par mes erreurs, le suffoquer de ma douceur. »), le roman Les Couleurs de la nuit (2010) de Stéphane Lambert, le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin (Hall décrit son téléphone noir et l’arc-en-ciel qui en surgit), etc.

 

Il arrive que certains personnages homosexuels présentent le « milieu homosexuel » comme un arc-en-ciel annonciateur/signe d’orage infernal : « J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides / Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux / D’hommes ! Des arc-en-ciel tendus comme des brides / Sous l’horizon des mers, à des glauques troupeaux ! / J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses / Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan ! / Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces/Et les lointains vers les gouffres cataractant ! » (Arthur Rimbaud, « Le Bateau ivre » (1869-1872), p. 87) ; « Hier soir j’étais sorti de mon œuf… Je crois bien que c’était un œuf, alors ils m’ont dit : tu iras à la guerre ! […]  Moi, la guerre, je n’en connaissais rien. Je ne savais même pas où ça se passait ! […]  Alors je me suis mis à voler. J’y prends un plaisir fou […]  moi je planais comme un dingue. […]  Mais cette vie-là ça m’a fatigué vite. Je commence à m’arrêter de plus en plus souvent, dès que je vois une branche de libre. Et j’y trouve des gens qui me ressemblent, des camarades qui ont des muscles meurtris à force de voyager. Et je reste avec eux, piailler, sautiller, changer de branche quand le temps nous le concède. Alors il pleut souvent. Nos plumes deviennent grises. Alors, peu à peu, je viens chez vous. » (Copi, La Journée d’une rêveuse, 1968) ; « Je ne l’ai pas reconnu parce qu’il avait enfilé un tee-shirt noir orné d’un arc-en-ciel. » (Ashe, l’un des personnages homosexuels du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 17) ; « Il y a un arc-en-ciel dans chaque nuage. » (le prof de bio Monsieur Hendricks, dans l’épisode 8 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, la société sans différence des sexes, où les rapports humains sont entièrement homosexualisés, est un univers insupportable, sans goût, où tout est blanc ou noir (la tonalité duelle de couleurs est parfois cassée par des éclats multicolores de peinture), où la machine a pris le pas sur l’humain : tous les personnages sont des robots s’exploitant les uns les autres. Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, c’est au moment où Suki et Kanojo descendent toutes les deux dans la cave de la maison de Juna, et que la première se presse contre la seconde (« J’ai peur du noir!!! ») que précisément Kanojo conseille à Suki de « penser à un troupeau de licornes qui descend d’un arc-en-ciel ». Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa), Phil, le héros homo raconte le vide existentiel qu’il expérimente du fait de ne pas connaître son père biologique. Il lui donne les couleurs de l’arc-en-ciel : « Et aujourd’hui ? C’est normal de ne rien savoir sur notre père, le mystérieux numéro 3 de la liste. Pour moi, ça restait un vide étrange. Un trou noir. Comme si le vide en moi prenait des couleurs. »
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Les Enfers marais-cageux :

Aussi étonnant que cela puisse paraître, beaucoup de personnes homosexuelles réelles reprennent à leur compte la menace que d’autres personnes homosexuelles refoulées avant elles avaient prononcé avant elles. Par exemple, dans le docu-fiction Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman, le révérend Phelps, pasteur protestant évangélique, soutient que « les homos vont tous finir en enfer ».

 

Même s’il s’agit bien évidemment d’un langage métaphorique (difficile de se représenter l’enfer, c’est-à-dire l’absence de Bien), il n’est pas rare que le « milieu homosexuel » soit décrit par les personnes homosexuelles – y compris celles qui se définissent « athées » – comme un enfer : « J’ai vu l’enfer en direct. » (Thomas, homosexuel, parlant de ses expériences homosexuelles, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; « L’enfer ne nous fait pas peur, le paradis non plus. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 102) ; « Après ça [une aventure génitale avec le beau-frère], je dégringole assez rapidement. Il a réveillé quelque chose en moi. Je commence à me promener dans les parcs la nuit. Ma descente aux enfers, elle commence là. Mon estime de moi tombe à zéro. » (Justin, 34 ans, abusé dès l’âge de 4 ans par son père, son oncle, et son frère aîné, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, p. 250) ; « J’ai beaucoup de mal pour aller dans des milieux exclusivement féminins, parce qu’il y a une espèce de brutalité dans laquelle je ne me reconnais pas. […] Ce que je ressens dans ces milieux-là parfois, c’est qu’on reproduit, tu as des femmes qui reproduisent des comportements masculins que j’exècre totalement, dans la manière de draguer principalement, c’est ça. Je trouve que c’est vulgaire, pour moi ça casse l’image de l’amour que j’ai pour les femmes. […] Ce qui me gêne c’est la contradiction, pour moi, entre une revendication de l’amour des femmes et cette vulgarité, qui pour moi n’est qu’une reproduction de ce qui se passe chez les hétéros. » (Catherine, femme lesbienne de 32 ans, dans l’essai Se dire lesbienne (2010) de Natacha Chetcuti, pp. 58-59) ; « On est confronté dans ces lieux de drague, hélas, à de multiples formes de violence. On y croise des gens bizarres ou des demi-fous et il faut être sur ses gardes. Et surtout on s’expose à être l’objet d’agressions physiques par des voyous ou bien à des fréquents contrôles d’identité par la police, qui y pratique un véritable harcèlement. Cela a-t-il changé ? J’en doute. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 219) ; « Le sauna de la Kleiststrasse hier soir : une expérience du dégoût. Dégoût pour les corps, dégoût pour le lieu, dégoût pour les pratiques (l’homme qui se promène avec un cockring, l’écran vidéo qui projette un fist-fucking, un autre homme allongé sur une natte qui ronfle comme si c’était le plaisir qui le faisait râler). Ma serviette ne cesse de tomber de ma taille, T. va chier et je l’attends longtemps à la porte, j’ouvre la porte et j’aperçois ses pieds nus qui dépassent de l’autre porte. Il me dit d’aller dans la salle du hammam qui est un dédale carrelé blanc devenu totalement opaque par la vapeur. Je me cogne à quelques corps, et j’ai soudain peur de ne plus pouvoir sortir, je tends mes mains en avant. (L’aisance, l’indifférence de T. dans tous ces endroits.) » (Hervé Guibert, Le Mausolée des amants (2001), p. 91) ; « Ce contexte dénué de tout raffinement […]  C’est là que je compris que cette recherche d’extrême était vaine. » (Gaël-Laurent décrivant un sex-club, dans son autobiographie Recto/Verso (2007), p. 191) ; « Je n’ai connu que des enfers rougeoyants, des êtres torturés par les flammes de la rage, embrasés d’envie, avides, dévorateurs. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 180) ; « La dictature de l’apparence, […] inévitable chez les pédés ? » (Anne Delabre, Didier Roth-Bettoni, Le Cinéma français et l’homosexualité (2008), p. 97) ; « Je suis passé par bien des angoisses, bien des enfers. J’ai connu la peur et la terrible solitude, les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants, la prison de la dépression et de la Maison de la Santé. » (Yves Saint-Laurent dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton) ; « Dans un tract politique nazi du 16 septembre 1919, on pouvait lire ce slogan : ‘L’Allemagne est en train de devenir une ‘maison chaude’ pour les fantasmes et l’excitation sexuelle.’Cette formule correspondait à une réalité certaine. Des touristes du monde entier venaient à Berlin, parce qu’elle était surnommé ‘Sin City’… On pouvait même trouver des filles de 10-11 ans portant des habits de bébés qui se promenaient de minuit à l’aube en concurrence avec des blondes luxuriantes, nues dans leurs manteaux de fourrures. Ou avec des garçons habillés en poupées, poudrés, les yeux faits, et du rouge aux lèvres. Pas moins de deux mille prostitués mâles sillonnaient les rues de Berlin, tous listés par la police. » (Philippe Simonnot parlant de la libéralisation des mœurs dans la ville nazie berlinoise des années 1920-30, dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 31) ; « Le Stonewall était un endroit sale et sordide. C’était comme une décharge. Mais c’était chez nous. » (Jim Fouratt, client homosexuel régulier décrivant l’établissement gay du Stonewall Inn de New York, dans le documentaire « Lesbiennes, gays et trans : une histoire de combats » (2019) de Benoît Masocco) ; etc.

 

Certains intellectuels homosexuels nous mettent en garde contre le formatage imposé par la culture marchande homosexuelle, et notamment Internet. « Vivre dans un monde où tout le monde est pareil, c’est un enfer ! » (Jean-Paul Montanari parlant du Marais, dans le documentaire « Bleu, Blanc, Rose » (2002) d’Yves Jeuland) Je vous renvoie au documentaire « Gay et pas froid aux yeux » (1997) de Rosa von Praunheim. Un peu avant sa mort, Jean Genet projette d’écrire un livre sur l’homosexualité intitulé L’Enfer. Dans l’émission Culture et dépendances, diffusée sur la chaîne France 3 le 9 juin 2004, l’écrivaine lesbienne Nina Bouraoui décrit son roman Poupée Bella (2004) comme « une descente dans l’enfer des filles».

 

Dans le docu-fiction « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, lors de la séquence du concert SM, les coïts ressemblent à des scènes de torture. Le réalisateur en personne, quand il a été interviewé au Forum des Images de Paris au 17e Festival Chéries-Chéris 2011, nous a déclaré textuellement n’avoir ajouté aucune mise en scène à ces images des bas-fonds de New York : il a filmé tel quel ce qu’il définit comme une « reconstitution des enfers » (des hommes avec des masques de diable ou des têtes de morts, cris et actes de tortures sado-maso). Il a avoué également que parmi tous les figurants du film, il ne restait plus que trois survivants…

 

En général, l’une des premières étapes qu’une personne homosexuelle doit passer quand elle rentre dans le « milieu », c’est l’abandon de ses idéaux profonds (et parfois même de la foi) pour ne penser qu’à son petit « bien-être » : « Mes amis m’ont aidé à briser mes contradictions et à rejeter l’idée de Dieu. Je me rappelle d’une phrase prononcée par l’un d’entre eux, qui m’a encouragé à vivre pleinement. » (José Pascual cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 144) ; « J’ai d’abord erré dans ces lieux sombres, ma serviette à la main, je suis passé devant les cabines et j’ai vu des hommes allongés, offerts comme sur un étal de marché. Chacun pouvait choisir le garçon qui lui plaisait. Parfois, bien que la cabine fût plongée dans le noir, je distinguais plusieurs corps agglutinés. À priori, j’aurais dit que mon rêve se réalisait sous mes yeux, mais en fait j’ai très mal vécu cette première incursion dans l’univers homosexuel. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 44) ; « Ses pulsions et ses désirs aplanis, il vécut totalement hors du circuit qui avait tant abîmé sa vie auparavant. » (Prologue à l’essai d’Henry Creyx, Propos décousus, propos à coudre et propos à découdre d’un chrétien homosexuel (2005), p. 9) ; etc. En fin de compte, on nous demande de lâcher notre paradis (notre virginité, notre liberté, notre joie, notre innocence).

 

Même s’il vit une expérience qu’il décrit comme un enfer, l’individu homosexuel s’auto-persuade souvent que cette impression est agréable, voire paradisiaque (il « l’a voulu », se dit-il). La nullité, ce n’est pas toujours révoltant. En général, son déni le met dans un état d’amnésique ou de zombie, qui ne lui fait plus distinguer le Réel du fantasme : « On ne respirait pas, il s’y vivait une fantaisie sexuelle presque irréelle. Une ambiance onirique que je compare avec l’atmosphère de certaines séquences de « Huit et demi » de Fellini. » (Fernando Maldonado évoquant le cinéma Carretas de Madrid, dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 139)

 

Dans son excellent essai Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005), le philosophe Philippe Muray évoque l’existence des « sectes homosexuelles » (p. 51), où ceux qui s’y enferment s’auto-persuadent qu’ils sont tous à l’extérieur. « L’enfer se hait lui-même. » disait Bernanos.

 

Il est à noter aussi que beaucoup de personnes homos trouvent leur compte dans la diabolisation du « milieu homo ». Elles l’entretiennent allègrement toutes seules… même si elles auront tendance à dire ensuite qu’elle vient uniquement des « méchants hétéros homophobes » ! Moi, par exemple, j’ai plus de plaisir à me dire « du milieu », à me balader dans le Marais, et à m’intéresser à la culture homosexuelle qu’elles ! Leur transformation du « milieu homosexuel » en enfer (qu’il ne serait jamais si on le voulait vraiment !) est un moyen pour elles de se victimiser sans se remettre en question, de se placer en outsider irresponsables, pour continuer à agir exactement comme elles agiraient à l’intérieur, mais sans assumer leurs actes concrets de débauche. Quand elles agissent mal ou font de mauvaises rencontres amoureuses, elles mettent cela sur le compte de la « superficialité d’Internet ou de Facebook ou des chats », sur la soi-disant « tendance des gays à mettre le sexe bien avant les sentiments »… alors que dans les faits, ce sont justement la sincérité et les sentiments qui sont moteurs de libertinage ! et ce sont elles qui, en actes, rentrent complètement dans le jeu de l’amour consommateur ! Oui, la supposée « superficialité » d’Internet, des saunas, de Facebook, des boîtes gay, a très très bon dos !

 
 

b) Le panier de crabes aux pinces roses :

INFERNAL transphobie

 

Pourquoi les individus homosexuels emploient-ils une image si diabolisée et si catastrophique de leur propre maison… alors même qu’à d’autres moments, ils s’obstineront à en dresser un portrait totalement idyllique ? Certainement parce qu’ils ne se sentent pas à leur place, ni aimés, ni comblés par leurs relations amicales et amoureuses homosexuelles qui, visiblement, sont compliquées et douloureuses. « Après les petites annonces et les saunas, j’ai fini par m’aventurer dans le quartier gay de Paris, le Marais, toujours dans l’espoir de LA rencontre. J’ai vite déchanté. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 48) ; « Le monde gay m’effraie : trop stéréotypé ? Trop âgé ? Trop fermé ? Comment l’appréhender ? Mes débuts, c’est sur le net que je les ai faits. Mes premières erreurs aussi. Caché derrière un pseudonyme, on se croit tout permis, on s’invente des envies, une vie, et on oublie la sienne. On est happé par cette apparente convivialité, à mille lieues de la réalité, mais, malgré tout, on s’y plaît, on s’y réfugie, on y jouit et on s’y confie. C’était plus fort que moi, je ne vivais plus que pour ça. J’ai tout pris au pied de la lettre, et je me suis retrouvé à Paris pour y rencontrer un mec que je ne connaissais pas. Après plusieurs mois d’amour virtuel, je voulais que ça continue dans la vie réelle. Ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte de ma stupidité et du fait que cette histoire ne pourrait jamais marcher. D’ailleurs, c’est ce qui s’est passé. J’y ai trop cru, alors que l’homme n’en voulait que pour mon cul. Il a négligé mon innocence au profit de sa complaisance. Après un début passionnel, la chute a été rude. Le retour à la réalité, brutal et cinglant. Maintenant, j’ai compris. J’essaie d’oublier. Je suis entre deux âges et je ne sais pas trop sur quel pied danser. Je sors de plus en plus dans le milieu gay (boîtes, bars, vernissage) : je préfère aller directement sur le terrain, je suis curieux et j’aime explorer ce monde d’adultes, mais jamais je n’ose aborder, sans doute par peur du rejet ou d’être jugé. Même si l’envie d’un homme se fait de plus en plus pressante, je préfère me préserver, aussi bien physiquement que psychologiquement. » (Cédric, un jeune homosexuel grenoblois de 18 ans, dans la revue Têtu, 2002) ; « La solidarité y est fréquente ; encore plus l’égoïsme, la jalousie, l’hostilité, la trahison. » (Roger Peyrefitte parlant du « milieu homosexuel » et cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 253) ; « Quiconque a passé une nuit dans un bain gay sait qu’il s’agit (ou s’agissait) de l’un des environnements les plus cruellement rigides, hiérarchisés et compétitifs qui se puissent imaginer. Vos allures, vos muscles, votre système pileux, la taille de votre queue et la forme de votre cul déterminaient exactement la façon dont vous alliez trouver le bonheur durant ces quelques heures, et le rejet, généralement accompagné de deux ou trois mots tout au plus, pouvait être cinglant, sans aucune de ces civilités hypocrites avec lesquelles nous évitons les indésirables dans le monde extérieur. » (Léo Barsani, cité dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, pp. 269-270) ; « Il y a toujours du chantage entre nous. C’est très très répandu. Ça se passe par des lettres ou des téléphones. Y’a mon premier ami que j’ai perdu de cette manière, d’ailleurs. Il s’est suicidé. À cause d’un chantage, oui. » (Frank, témoin homosexuel suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.

 

À les entendre, le « milieu homosexuel » est un véritable panier de crabes ! « La dictature de la majorité n’est pas plus enviable que la dictature des minorités. » (Frédéric Martel, Le Rose et le Noir (1996), p. 713) ; « Je me butais à dire que j’étais rejeté par ce même milieu, tout en le fréquentant assidument. Je savais que je me contredisais. Pire, j’avais tendance à me positionner en victime vis-à-vis à d’eux. […] On se haïssait. On se scrutait en chiens de faïence. Ainsi allaient nos humeurs. […] Des liens de rivalité et de dépendance, des uns par rapport aux autres, s’installèrent par la suite. Nous étions en fait des assoiffés du renouveau et du sexe, même si nos mœurs nous obligeaient à une pseudo convivialité. » (Berthrand Nguyen Matoko, racontant ses soirées « délire » déguisées avec ses potes homos, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 141) ; etc. Et personnellement, sans vouloir noircir excessivement le tableau (puisque je suis un fervent défenseur de la culture et de la communauté homosexuelles ; et que la croyance en la « communauté homo » m’a servi de bon prétexte pour faire de très belles rencontres amicales… et ce n’est pas fini !), je ne démentirai pas cette mauvaise réputation.

 

Quand je repense par exemple à la sale ambiance (faussement « déconne ») que j’ai vécue pendant 2 années dans l’équipe de chroniqueurs de l’émission Homo Micro sur Radio Paris Plurielle, de la maltraitance verbale (en plus de la bêtise et de l’intolérance aux pensées différentes) qu’on m’a fait subir, j’ai à la fois envie de sourire et de gerber. Pauvres auditeurs (si jamais il y en a…) !

 

Force est de reconnaître que les personnes homosexuelles sont souvent extrêmement sectaires entre elles, envers les « folles », les personnes travesties, transsexuelles, lesbiennes, âgées, jeunes, séropositives, et surtout les individus homosexuels étiquetés « homophobes », autrement dit les « bisexuels », ceux qui viennent leur révéler que l’homosexualité est prioritairement une réalité mythique, non-figée : « J’avais eu à faire avec assez de pédés égocentriques, paranoïaques et destructeurs. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 275) ; « Je me suis mis à marcher derrière Bruno comme quand on suit aveuglément l’amour, pour trouver au comptoir un centimètre carré disponible. Lumières paralysantes, la musique hurlait pour couvrir la rumeur générale qui s’amplifiait alors que, les bières se vidaient. Hommes enlacés, bouche à bouche, sexe à sexe, ils se déchaînaient pour un soir en libérant toutes leurs pulsions, le temps de vivre leurs désirs. Les plus âgés, relativement plus calmes, ‘des aventuriers de l’âge perdu’, comme les appelait Bruno, qualification qui me déplaisait fortement, lorgnaient sans doute vers le passé déchu qui s’écoulait à la vitesse des perfusions. Tandis que je m’insurgeais contre cette discrimination, Bruno m’expliquera plus tard que, attirance physique oblige, le fossé des générations dans le milieu a plus qu’un sens, il a un corps. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 133) ; « En ce qui concerne les discriminations, malheureusement il en existe au sein même du Mouvement homosexuel, tout du moins dans le secteur des hommes, qui est celui que je connais le mieux. Il existe une grave discrimination sur l’âge. […] Une autre discrimination existe en raison de l’apparence physique. » (Armand de Fluvià, cité dans l’ouvrage collectif Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 84) ; « Les coulisses de ces Barnum du vice ne sont pas des paradis. C’est plutôt à l’enfer que ressemble Sodome et, entre les entrées et les sorties des vedettes, éclatent des drames compliqués et grinçants. On se bat – en femmes, naturellement : on déchire la robe neuve de son ennemie intime, quand on ne la coupe pas au rasoir. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 37) ; « Nous autres, les goudous à cent pour cent, c’est à ça qu’on est bonnes, elles viennent se faire baisouiller un moment, et tout à coup, elles reprennent leurs esprits et elles nous proposent d’être leurs amies ! […] Ces femmes nous méprisent. Elles se servent de nous quand elles sont en manque et le premier argument leur suffit pour tirer l’échelle quand elles ont eu ce qu’elles voulaient. » (Paula Dumont parlant des femmes hétérosexuelles infiltrant leur « milieu », dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 123) ; « Tout à coup, sans transition, Michel Foucault se mit à rire : ‘Elle est complètement folle !’ Un frisson me parcourut l’échine : mes oreilles venaient d’entendre pour la première fois ce elle qui était un féminin de la langue secrète de l’Enfer et ce folle, terme usité dans cette société infernale dont Foucault nous laissait entendre qu’il était un initié. » (Paul Veyne, Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), pp. 63-64) ; etc.

 

Par exemple, le documentaire « The Gift » (2005) de Louise Hogarth fait état d’un rejet massif des personnes homosexuelles sidéennes au sein du « milieu homosexuel ». Le film biographique « Girl » (2018) de Lukas Dhont nous montre la descente aux enfers de Lara/Victor, garçon trans M to F de 16 ans, qui se met en étau entre le monde totalitaire de la danse classique et le monde non moins totalitaire de la transition de sexe. De son vivant, le photographe nord-américain « Mapplethorpe a souffert de ne pas trouver chez les gays eux-mêmes un accueil plus chaleureux. » (Lionel Povert, Dictionnaire gay (1994), p. 322) À titre d’exemple, le traitement lamentable réservé à l’association française Arcadie (créée en 1954 et dissoute en 1982), pourtant pionnière en France des droits de la communauté homosexuelle actuelle, montre combien grande est l’intolérance et l’ingratitude dans le « milieu homosexuel » (cf. le dossier « En terre d’Arcadie », entretien avec André Baudry de Christian Gendron, dans la revue Triangul’Ère 6 de Christophe Gendron, décembre 2006, pp. 112-145).

 

Parfois, dans un élan nostalgique, certains individus homosexuels idéalisent les premiers temps de la communauté homosexuelle pour mieux se lamenter sur l’inhumanité du « ghetto gay » marchand actuel. Or des vétérans comme Denis Daniel nous dressent un portrait peu reluisant du « milieu homosexuel d’antan », où la consommation mutuelle entre amants était instituée autrement, mais tout aussi présente : « ‘ – Salut ! C’était pas mal, sais-tu ! Et tu la boucles, compris ?’ Pas de doute, en ce temps-là, dans le milieu on savait vivre !!! » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 71)

 

En voulant fuir à tout prix les règles et les interdits sociaux au nom de leur liberté de conscience, la plupart des personnes homosexuelles adoptent un code moral privé tout aussi rigide, voire plus rigide que les règles de vie édictées par la société « hétéro » rejetée. « Une permissivité trop grande amène le sujet à renforcer les interdits internes devant l’absence d’interdits externes. » (Xavier Thévenot, Homosexualités masculines et morale chrétienne (1985), p. 175) ; « Pauvres femmes, pauvres goudous, chacune dans votre loin, au mieux avec votre chère et tendre, au pire seule et désespérée, ce n’est pas demain la veille que vous comprendrez que la sororité est vitale pour les goudous encore plus que pour les hétérottes. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 221) ; « Le monde gay n’est pas parfait, ni saint, de la même manière que le monde hétérosexuel n’est ni parfait ni saint. […] Il y a beaucoup de poubelle, dedans comme dehors… » (cf. l’article « Doce Días De Febrero » de José Mantero, dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, pp. 192-194)

 

L’orientation sexuelle et la pulsions étant les dénominateurs communs de la communauté homosexuelle, il est logique que les rapports relationnels qui s’instaurent entre les communautaires soient majoritairement de consommation, intéressés, compulsifs et violents : « Comment le caractère particulièrement ségrégatif d’une telle communauté, fondée sur la seule particularité de sa jouissance sexuelle, ne saute-t-il pas immédiatement aux yeux des démocrates ? » (Jean-Pierre Winter, Homoparenté (2010), p. 111) C’est généralement déprimant pour l’individu homosexuel de voir que, dès que lui et ses frères d’orientation sexuelle s’adonnent factuellement à leur désir homosexuel, ils se renvoient un pathétique reflet d’obsédés sexuels. « Le grand plaisir du débauché, c’est d’entraîner à la débauche. » (André Gide à Oscar Wilde, au lendemain d’une promenade dans les quartiers « spéciaux » d’Alger) Ce n’est pas ce qu’ils seraient dans un autre cadre amoureux et communautaire, certainement. Et c’est bien cela qui les attristent le plus : d’être complices de leur propre damnation.

 

Un jour, en 2003, Bernard, un ami angevin, m’avait confié par mail l’enfer qu’il vivait dans sa vie homosexuelle, plus terrible encore que l’enfer folklorique des dessins animés, parce qu’il était « librement » consenti : « C’est dur pour moi : je suis un affectif et la solitude me pèse… et puis les années sont là malgré tout. En 2 ans, je n’ai jamais réussi à construire une relation d’amour. Que de tentatives, d’espoir vains, d’illusions et de désillusions ! et ce soir je vais rentrer seul… En fait, je n’aime pas aller au Cargo [ancien bar LGBT d’Angers]. L’ambiance festive me plait et parler ‘homo’ m’est utile, mais le côté pathétique des homos me déprime. Je me sens totalement en décalage, perdu dans tout ça, noyé dans cette souffrance sous-jacente. J’ai juste envie de bonheur, de rire, de plaisir partagé, de douceur. Je connais trop la solitude, et même quand j’étais en couple je vivais seul. Parfois c’était pire qu’aujourd’hui. »

 

Les communautaires homosexuels ne se contentent pas de fermer les portes de l’enfer de leurs pratiques sexuelles : ils veulent l’étendre au reste du monde, en cherchant (pour les plus extrémistes) à homosexualiser la Planète entière, et à bisexualiser/asexualiser tous les êtres humains (pour les encore plus extrémistes et les plus bobos d’entre eux). Je vous renvoie avec insistance sur les chapitres « Dictateur gay » et « Armée gay » du code « Homosexuels psychorigides » du Dictionnaire des Codes homosexuels, et notamment sur le lobby LGBT.

 

Entre elles, même les personnalités homosexuelles médiatiques et « assumées », peuvent s’écharper comme jamais. C’est ce qui s’est passé lors de l’émission On n’est pas couchés de Laurent Ruquier diffusée le 20 octobre 2018 sur la chaîne France 2, pendant laquelle Muriel Robin, Marc-Olivier Fogiel et Laurent Ruquier (je ne compte même pas Christine Angot) se sont ligués contre le jeune chroniqueur homo Charles Consigny, à propos d’un désaccord sur la GPA (Gestation Pour Autrui). La scène est d’une violence homophobe gay friendly difficilement soutenable.
 
 

c) L’arc-en-ciel, spectre de la lumière noire :

Le noir de l’arc-en-ciel homosexuel est à lui seul allégorisé par l’actrice-chanteuse nord-américaine Judy Garland, qui a incarné la petite Dorothée du film gay friendly « Le Magicien d’Oz » (1939) de Victor Fleming, dans lequel elle chanta le fameux « Over The Rainbow » : celle qui a donné naissance au mouvement gay contemporain (on dit que sa mort, le 27 juin 1969, à Manhattan, a été à l’origine des révoltes de Stonewall), et qui lui a donné son symbole, l’arc-en-ciel, a eu une vie particulièrement noire et tourmentée (divorce, déprime, suicide…).

 

Pour la Gay Pride parisienne de 2018, place du Châtelet, un immense écriteau « Rainbow is the new black » (traduction officielle : « L’arc-en-ciel est la nouvelle coolitude »)… clin d’oeil aussi à la série nord-américaine Orange is the new black


 

Le Rainbow Flag homosexuel, devenu depuis les années 1980, le symbole de la communauté homosexuelle, et censé défendre la joie et la beauté de la diversité, est plutôt un spectre de la lumière noire, puisque la diversité en question ressemble à une uniformité bien terne et sombre : « Je pense que derrière tout ce carnaval se cache une grande violence. » (Madeleine dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 266) ; « Contre les préjugés, ceux des autres mais aussi les nôtres, brandissons notre arc-en-ciel et combattons l’obscurantisme dans la salle obscure ! » (Antoine Quet dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 9) ; « L’arc-en-ciel, éternelle déclaration d’amour de l’infini à notre terre de violence. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, 17 janvier 1981, p. 15) ; « La plupart du temps, je dessinais des représentations de l’Enfer que je rapportais à la maison pour que ma mère les admire. J’avais développé une technique formidable pour dessiner l’Enfer : coloriez une feuille de papier en faisant des blocs de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, puis prenez un pastel noir et recouvrez les couleurs. Ensuite, prenez une épingle et faites des dessins sur le papier. Les couleurs apparaissent là où le noir a été gratté. Spectaculaire et efficace. Surtout pour les âmes perdues. » (Jeanette Winterson, lesbienne, dans son autobiographie Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?, 2011, p. 71) ; etc. Le noir est la couleur du caméléon multicolore homosexuel, comme l’illustrent les propos de Frédéric Sanchez : « Le costume noir, c’est mon uniforme, j’aime le côté strict. Le besoin d’être neutre, de pouvoir passer d’un milieu à un autre. » (cf. l’article « Frédéric Sanchez, illustrateur sonore », sur le site www.e-llico.com, consulté en juin 2005). Le choix du Rainbow Flag m’apparaît particulièrement judicieux et signifiant dans la mesure où l’arc-en-ciel a toujours été annonciateur/signe d’orage… tout comme la communauté homosexuelle. Je vous renvoie notamment au fond ténébriste que prennent certaines affiches, pourtant très pro-gay, d’Élisabeth Ohlson Wallin, au choix du titre de l’excellent essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel.

 

L’arc-en-ciel homosexuel broie du noir et cache souvent des pratiques et des réalités dramatiques. Par exemple, en France, le collectif associatif Arc-en-ciel s’occupe des rebus de la société, des personnes seules ou qui sont séropositives : l’arc-en-ciel est ici un cache-misère. Personne, en entendant le nom de cette association, ne peut deviner à quoi elle est destinée. Par ailleurs, dans le documentaire « Homo et alors ?!? » (2015) de Peter Gehardt, l’arc-en-ciel gay en papier mâché s’enflamme et se laisse peu à peu noircir par la cendre. Tout un symbole !

 

Documentaire "Homo et alors?!?" de Peter Gerardt

Documentaire « Homo et alors?!? » de Peter Gerardt


 

Le Rainbow gay justifie des pratiques mercantiles autour de l’amour (prostitution, drague, tourisme sexuel, etc.) et de la filiation (Gender, PMA, GPA, « mariage gay », etc.) qui sont inadmissibles : « Je suis né dans une famille black, blanc et rainbow. » (Patrick Blosch, témoignant de son homosexualité et du « faire famille homoparentale » à travers l’adoption d’enfants, lors du débat public « Toutes et tous citoyen-ne-s engagé-e-s », le samedi 10 octobre 2009, à la Salle des Fêtes de la Mairie du XIème arrondissement de Paris).

 

Tweet du 10 juin 2020


 
Clichés télébristes pro-LGBT d'Élisabeth Ohlson Wallin

Clichés télébristes pro-LGBT d’Élisabeth Ohlson Wallin


 
 

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