La lutte contre la Loi Taubira n’est pas prioritaire ?

Aux gens qui me disent que la lutte contre la circulaire Taubira n’est qu’une « perte de temps », qu’elle n’est pas une priorité nationale, et qu’il vaudrait mieux que les opposants au « mariage pour tous » s’occupent des « enfants malheureux qui meurent de faim ou qui sont malheureux avec des parents hétéros dans le monde entier », je réponds ceci : Non seulement notre opposition n’est pas inutile, mais en plus, nous nous occupons de tous les enfants dans la mesure de nos moyens : des enfants malheureux que les pro-mariage-pour-tous décrivent, et aussi de ceux qui vont être tués à cause de la PMA, de ceux qui vont être volés et achetés à cause de la GPA, et de ceux qui vont être privés de la différence des sexes à cause de l’adoption ouverte aux couples de même sexe. Ce ne sont pas des situations moins graves que les enfants « qui meurent de faim et qui sont malheureux avec des parents hétéros ». Les pro-mariage-pour-tous veulent défendre les enfants? Et bien qu’ils les défendent TOUS, y compris les nombreuses victimes que cette loi du « mariage pour tous » va engendrer.

 

Sommes-nous en train de couler notre propre barque ?

Désolé les amis si cette fois-ci j’utilise beaucoup trop de conditionnels et de « si » à votre goût. Mes observations semblent alors confiner au défaitisme et à la désespérance… et pourtant, je vous assure que je suis plein d’Espérance ! Mais là, je ne peux pas cacher mes intuitions et mes peurs pour l’avenir par rapport au contexte politique français actuel et au projet de loi Taubira.

Si nous avions voulu éviter le pire, c’est-à-dire l’adoption du « mariage pour tous », il aurait fallu démontrer à François Hollande que retirer son projet ne retirait absolument rien aux personnes homosexuelles. Autrement dit, il eût fallu que nous parlâmes calmement avec lui de l’homosexualité, et que les responsables de la Manif Pour Tous ainsi que les manifestants le traitent avec respect, et surtout qu’ils reconnaissent sa sincérité (à défaut de la vérité) de sa démarche. Or pour l’instant, ça n’a toujours pas été le cas, et les occasions s’amenuisent sérieusement de jour en jour, voire sont nulles. Malgré les mutineries-insurrections impressionnantes que l’on voit exploser çà et là cette semaine (M. Montebourg coincé en Gare de Lyon, Mme Taubira cernée à la sortie de l’Opéra à Lyon, prochaine intervention télévisuelle de M. Hollande boycottée demain soir, etc.), le cheminement intérieur – je parle du coeur – de nos ministres et de notre gouvernant n’a pas été fait, n’est pas respecté et n’est que très peu accompagné. Au contraire. Nous brusquons les choses par notre mépris et constatons que les porte-parole de notre mouvement d’opposition, en plus d’être incapables de fédérer, ne comprennent pas qu’ils ne sont pas les plus crédibles et les plus qualifiés pour parler d’homosexualité.

Il y a donc peu de chances pour que notre Président fasse encore machine arrière. Il est même probable qu’il reprenne inconsciemment à son compte le slogan préféré des anti-mariage-pour-tous « On ne lâche rien ! » tellement sa crispation du moment le pousserait à la tétanie mimétique. Sa radicalisation probable n’arriverait pas s’il savait pour quelles raisons valables il doit retirer la loi. Maintenant, l’orgueil risque de prendre le dessus et peut le mener à un durcissement encore plus incohérent et inattendu que prévu.

Et les anti-mariage-pour-tous seraient responsables de cet entêtement. Car ils n’expliquent rien : ils s’opposent maintenant frontalement, et sont même prêts à terroriser (« pacifiquement »). En zappant la phase de négociation et d’explication par des opérations « coup de poing », ils sont en train de griller toutes nos cartouches, et d’encourager notre Président à tout casser avant de se casser (ou d’être délogé). Il va vouloir faire passer au moins la loi avant de capituler et de sortir par les coulisses. C’est le seul acte d’autoritarisme qu’il lui reste. Je suis donc très inquiet.

 

27 mars 2013

 

Ne méprisons pas « les médias »

Ce qui m’attriste le plus dans notre société mondialisée actuelle, c’est notre rapport idolâtre aux médias. C’est la haine complice vis à vis de ceux-ci ou du pouvoir, comme s’ils étaient le diable en personne. Vraiment, je le crois : les médias ne sont pas assez aimés/sont trop aimés. C’est pour cela que la majorité de nos contemporains en sont esclaves, et que le monde se virtualise, perd la boule. C’est là le scandale, la cause principale de beaucoup de nos maux individuels et sociétaux. Il n’y a jamais eu autant de moyens de communication, ni paradoxalement de censure de la liberté de la presse et de journalistes assassinés qu’aujourd’hui. Alors je suggère ceci : si nous cessions de diaboliser les moyens de communication ou de les sacraliser ? Et si nous essayions de les aimer un peu plus, pour mieux les laisser à l’état d’instruments, et non plus les transformer en but ou en personnes ? C’est la raison pour laquelle je me force le plus possible, dans mes écrits et dans mon discours, à ne plus dire « LES médias » mais plutôt « beaucoup de médias » ou « les mass media ». À ne pas généraliser. Employer dans l’anathème l’expression « LES médias », ça ne veut rien dire ! C’est comme le mot « société ». De par notre humanité et notre place sur Terre en tant que lien social, nous sommes tous un maillon des médias et de la société. Les médias, c’est nous ! La société, c’est nous ! Alors arrêtons de nous mépriser et de nous nier à travers eux !

 

Retours de « C’est bien gentil ! »

Pour 1000 méchancetés que je me prends dans la figure pour « C’est bien gentil! », un seul remerciement spontané d’un fan inconnu suffit à faire ma joie ! J’ai eu des mères de famille qui sont venues me voir juste pour me dire que leurs jeunes ados connaissaient la chanson par coeur et l’avaient chorégraphiée puis filmée en soirée scout. J’ai eu des curés qui m’ont dit que des paroissiennes étaient venues exprès avec leur carré Hermès à la messe, et que leur évêque avait adoré « C’est bien gentil ». J’ai entendu des prêtres qui ont cité ma chanson en pleine homélie. Je suis allé dans des villes pour des conférences où mon public vantait davantage « C’est bien gentil » que mon livre (c’est dire si les sensibilités varient selon les régions!)! J’ai eu des jeunes ados qui avaient réussi, grâce à l’envoi du clip par mail, à remotiver des potes qui n’avaient plus envie de retourner à la messe. J’ai eu une ancienne amie du Capès d’espagnol qui m’a écrit qu’elle connaissait des copines à elle qui, en soirée, prenaient beaucoup de plaisir à passer « C’est bien gentil! ». J’ai vu Jean-Baptiste Hibon et sa femme se filmer en train de s’éclater sur une piste de danse, en fin de soirée d’anniversaire, sur ma chanson. J’ai entendu dire que mes propres nièces connaissaient les paroles de « C’est bien gentil! » sur le bout des doigts (surtout « Viens bouger tes fesses », évidemment ^^. Comment se priver d’avoir exceptionnellement l’autorisation de dire devant les parents ce qui ressemble presque à des gros mots ? lol) et qu’elles s’étaient essayées à la scénographie. Tout ça me fait dire que cette chanson porte bien son nom.

 

Rototo sorti : libération !

Un rototo me gênait depuis que les Manif Pour Tous (17 novembre 2012, 13 janvier 2013 et le 24 mars) existaient en France. Ce rototo venait d’une part du décalage que je ressentais entre le but visé (un but juste : le retrait d’une loi inique et grave pour notre Humanité) et les moyens mis en œuvre/les personnes mises en avant pour atteindre ce but. Et d’autre part, mon malaise venait du fait que je pressentais mon utilité objective et primordiale dans ces événements, pressentiment qui me dépassait et avait peu à voir avec mon orgueil ou mon désir de briller (car les défenseurs de la loi ne reprochent à leurs interlocuteurs anti-mariage-pour-tous qu’une seule chose : de ne pas être homosexuels !… en plus d’être homophobes)… et en même temps, je la voyais niée ou inexploitée, cette utilité. J’avais alors l’impression d’un immense gâchis. Et ceux qui croyaient en moi parmi les manifestants aussi, d’ailleurs ! Enfin, je constatais qu’il ne suffisait pas, pour être un leader crédible de ces Manifs Pour Tous, d’être homosexuel et de l’afficher : il fallait aussi coupler l’affichage de son homosexualité avec la remise en cause, pour soi-même et pour les autres, de la pratique de celle-ci, pratique que la loi du « mariage pour tous » justifie tacitement. Sinon, les personnes homosexuelles qui se mettent en avant juste parce qu’elles s’annoncent homos et qu’elles demandent de ne pas être assimilées à l’homosexualité médiatique (parce qu’en toile de fond elles se défendent de pratiquer leur homosexualité dans le privé), ou juste pour les mêmes raisons que des personnes non-homosexuelles (à savoir les conséquences du « mariage pour tous » sur les enfants), prennent finalement des rôles de caniche et de potiche inutile et opportuniste. Les pro-mariage-pour-tous ont tout à fait raison de les assimiler à des « animaux de compagnie ».

Puis le rototo est sorti aujourd’hui ! Et me voilà super soulagé ! Heureux ! Je n’avais jamais osé décider de rompre avec la Manif Pour Tous explicitement, de continuer mon chemin sur une autre route. J’en devinais la nécessité, mais je n’avais pas posé librement le choix. Je le subissais depuis novembre dernier. Maintenant, c’est décidé, et je crois, c’est irrévocable : même si, en théorie, j’aurais eu carrément ma place dans les MPT, en pratique je ne l’ai pas eue, je ne l’ai toujours pas et tel que c’est parti, je ne l’aurai pas. Donc je n’ai plus à m’en faire ou à pleurer. Ma place est ailleurs, aux affaires de l’Église plutôt qu’aux affaires de César. Choix libérant : je décide officiellement de ne plus faire partie du Collectif de la Manif Pour Tous. Contrairement à ce qui a pu être dit, cette décision n’est pas vieille ; je n’avais pas quitté de moi-même le Collectif depuis le 13 janvier, comme l’ont laissé croire avec mépris certains chefs de file de la MPT, soucieux de me présenter comme un diviseur ou un agitateur faisant sa crise d’égo. Ce n’est qu’aujourd’hui que je prends cette décision. Avant, je faisais encore partie du Collectif de la MPT (via Homovox), mais je ne comptais m’y engager pleinement et y revenir qu’à la condition d’être en accord avec la majorité des slogans des Manifs et avec les figures du leadership choisies pour les porter, et à la condition d’y avoir une place primordiale, non par orgueil mais par observation du poids objectif qu’avaient mes propos et ma personne (homosexuelle) dans les différentes manifestations publiques sur le « mariage pour tous » (poids que je ne vois porté et représenté aujourd’hui que par mon frère Jean-Marc Veyron Lacroix). Ces conditions, dès le 17 novembre 2012, n’ont pas été réunies. Je quitte donc désormais officiellement la Manif Pour Tous qui, malgré les chiffres encourageants et impressionnants de la dernière d’il y a deux jours (1,7 millions, quand même !… pardon, 300 000…), malgré la bonne foi et le courage des manifestants (que je salue avec joie et fierté pour leur bienveillance à mon égard), prend un tournant inquiétant et peu souhaitable : je ne me reconnaissais déjà pas du tout dans les slogans et le choix des porte-parole des Manifs du 17 novembre et du 13 janvier, qui ne remettaient pas en cause les deux dangers principaux de la loi, à savoir la banalisation sociale de la différence des sexes et la justification sociale de la pratique homosexuelle ; je me reconnais encore moins dans la tournure durcie et politicienne du 24 mars et dans le « Printemps français », où la demande de retrait du projet de loi se mute en putsch politique, en ordre de démission et en règlement de comptes gauche/droite.

Depuis le 13 janvier 2013, ne voyant pas de changement notable dans les slogans et le leadership  de la Manif (nous sommes juste passés du rose au noir, mais ni l’une ni l’autre n’est la bonne couleur du Réel et de l’Amour), et n’ayant pas eu ma juste place, à la fois parce que je me suis tenu à distance tant que les chefs de file de la Manif n’étaient pas les plus légitimes et les plus crédibles (même si les leaders choisis ou auto-désignés ont des qualités indéniables, et leur place dans d’autres combats que celui du « mariage pour tous »), à la fois parce qu’on m’a tenu à distance délibérément, je tire maintenant ma révérence. Sans théâtralité. Sans amertume. Avec joie et librement. Si je restais encore solidaire des futures MPT, je sentirais le gaspillage de ma personne et de mon message, et c’est ça qui me rendrait malheureux. Je préfère quitter le Collectif en y mettant de la liberté, et en reconnaissant que son combat n’est pas le mien, et ne l’a jamais été dans les termes/moyens humains. Même si j’ai aimé la mobilisation des gens qui ont soutenu ses organisateurs.

Au bout du compte, c’est un faux point final que j’écris par cet article, car moi, je ne suis pas venu à vous par le biais de la Manif Pour Tous. Je n’ai pas eu besoin d’elle pour exister, pour faire mes conférences, pour parler d’homosexualité partout en France et ailleurs, pour écrire et faire connaître mon livre, pour me donner une légitimité, pour m’offrir une carrière ou une réputation. Et d’ailleurs, la Manif m’a très peu utilisé… donc ça tombe finalement bien !;-) J’avais décidé de ne pas me rendre à la Manif du 24 mars (d’avant-hier), car j’avais déjà senti la rupture entre elle et moi se consumer. J’irai encore moins maintenant aux prochaines. Mon truc, c’est de parler d’homosexualité en lien avec la foi et l’Église. C’est de défendre Jésus. Il faut rendre à César ce qui est à César, à Jésus ce qui est à Jésus. Je préfère assumer mon rôle de serviteur (défaillant) de Dieu, plutôt que de vivre écartelé entre César et Jésus. J’ai choisi aujourd’hui mon camp, et maintenant, ça me remplit de joie, même si j’ai conscience du gâchis. Que les organisateurs de la MPT, qui ont pris la place des « hommes de la situation » (comme moi ou Jean-Marc Veyron Lacroix, qui n’a toujours pas la place qu’il mérite car il est toujours considéré comme un porte-parole « aussi important que les autres » : ce n’est pas vrai : contextuellement, il est plus important que les autres) pour se mettre en avant alors que telle n’était pas objectivement leur place et qu’ils n’étaient pas les plus qualifiés pour être porte-parole, s’en mordent les doigts : s’ils ne le font pas, d’autres les leur mordront à leur place. Et ce ne sera pas moi.

 

Plus de Manif Pour Tous

À partir d’aujourd’hui, ne me parlez plus de la Manif Pour Tous. Je ne m’y suis jamais reconnu, et vu le chemin sucré-dynamité qu’elle prend, encore moins. Je continuerai, s’il le faut, à parler du projet de loi et à m’y opposer. Je continuerai à parler d’homosexualité et à faire des conférences sur mon livre. Mais tous ceux qui, sur les réseaux sociaux, me parleront de la MPT verront leurs propos supprimer. Merci.

Comme me l’a fait remarqué un ami, depuis le 24 mars, les manifestants et leurs opposants ne parlent plus d’homosexualité, de mariage ou même des enfants ! (… mais de comptage, de CRS, de gaz lacrymos, de « cé ki les méchants? cé vous ! »). Le cœur de mon témoignage est ailleurs, à présent.

Philippe Ariño (un homme libre), 26 mars 2013