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L’homophobie des anti-homophobie

Ce qui est quand même extrêmement embêtant, c’est que les militants anti-homophobie font preuve en général d’une homophobie manifeste et inconsciente : ils refusent d’entendre parler de souffrance et de violence en lien avec l’homosexualité et l’homophobie (et traitent agressivement d’ « homophobe » celui qui fait ce lien), alors que l’homophobie n’est pas autre chose qu’une violence et une souffrance! Pour le dire autrement, elle est un acte violent contre les personnes homosexuelles, au nom de leur orientation sexuelle, exercé qui plus est uniquement par des personnes homosexuelles (soit refoulées, soit excessivement assumées). Or les croisés anti-homophobie occultent cela et ont transformée l’homophobie en insulte, en accusation de personnes, en individus diabolisés 100% non-homosexuels, en combat abstrait et qui « fait bien ». Ce mensonge et ce détournement de la réalité de l’homophobie est particulièrement homophobe. Ils crient à l’homophobie pour mieux occulter la réalité à laquelle elle renvoie par le mot qui la nomme. Prodigieuse contradiction et perversité des bonnes intention désincarnées.

 

Le mariage comme une flamme

Si je pouvais comparer le mariage à une image, je dirais qu’il est comme la jolie flamme d’une bougie. Il ne reste beau et réchauffant que si on ne s’y approche pas trop. Et la juste distance qui fait qu’on ne s’y brûle pas, c’est précisément la différence des sexes. Ayez la logique insensée de dire que la différence des sexes est annexe dans le mariage et que tous méritent le feu, au nom de l’ « égalité » ou du « droit à ne pas avoir froid », et vous ferez de la bougie un instrument de brûlures graves. C’est la différence qui crée la juste distance, la séparation de vie, la relation, les avantages du feu. Sans elle, la bougie du mariage crame et cramera les mains de ceux qui veulent la posséder coûte que coûte alors qu’elle ne correspond pas à leur réalité de couples.

 

Le Réel fonde et est fondé par la différence des sexes

Le Réel humain est fondé sur la différence des sexes et fonde la différence des sexes. L’Amour incarné est fondé sur la différence des sexes et fonde la différence des sexes (les célibataires consacrés n’échappent pas à l’expérience de cet Amour puisque l’Amour de Dieu pour son Église est à l’image de la différence des sexes). Le mariage est par nature fondé sur la différence des sexes et fonde la différence. Les couples les plus solides et aimants sont fondés sur la différence des sexes et PARFOIS, dans un second temps, si ça leur est donné, fondent la différence des sexes et son fruit, l’enfant. Dire que la différence des sexes est annexe dans un couple et dans le mariage, c’est finalement attaquer le Réel, l’Humanité et l’Amour. Ni plus ni moins. Et dire que le sujet de l’homosexualité ou de l’Amour n’a rien à voir dans les débats sur le ‘mariage pour tous’, c’est très grave car c’est nier l’importance de la différence des sexes, et l’importance des raisons pour lesquelles est demandé le mariage (la première de ces raisons, qu’on le veuille ou non, c’est l’amour homosexuel). Suite à la ‘Manif pour tous’ du 13 janvier, nos détracteurs et nos hommes politiques pro-mariage-pour-tous sortent l’artillerie lourde, et parlent déjà d’ « amour » et d’ « homosexualité » à tout bout de champs. C’est bien plus vendeur que l’enfant et la famille (et même, que le mariage) !

 

De quoi ont-ils peur, ces anti-mariage homo ?

« De quoi ont-ils peur, les opposants au « mariage pour tous »? » me demandent les sceptiques, sur le point de signer les yeux fermés au projet de loi. Pas que le Réel et l’Amour incarné (dans la différence des sexes) disparaissent. Ils ont tout simplement peur qu’Ils ne soient plus reconnus. Et cette peur est vraiment justifiée. Car quand on ne reconnaît plus le Réel, on se déshumanise et on fait beaucoup de mal… et en plus, sans même s’en rendre compte puisqu’on ne se regarde plus agir!

 

Jean-Baptiste Hibon : le Gogol de/au service

Jean-Baptiste Hibon, catholique pratiquant, homme marié de quarante ans, père de deux enfants, fortement handicapé suite à une erreur médicale à la naissance, s’exprimant avec grande difficulté et lenteur, mais qui a toute sa tête (et plutôt deux fois qu’une ! Son caractère bien trempé et son amour de la Vérité – qui m’ont fait craqué ! – contrastent complètement avec l’image de Quasimodo-débile-mental-boîtant qu’on peut avoir de lui à première vue), me l’a appris : Pas de pitié pour les victimes, car ce sont avant tout des PERSONNES LIBRES.

Je veux vous raconter un fait réel, que j’ai vécu avec lui il n’y a pas si longtemps. C’était à Lyon, en novembre dernier (2012). Nous étions en voiture. Jean-Baptiste au volant. Nous attendions au feu rouge. Et un homme estropié, sale, court vêtu, boitant avec sa béquille, faisait la manche, de voiture en voiture, en affichant une mine défaite pour apitoyer son monde. N’importe qui de normalement constitué se serait au pire réfugié dans une indifférence méprisante et banale, au mieux ému, en sentant la honte monter en lui d’« envoyer bouler » un infirme. Personne ne serait venu remettre en cause l’acte de cet homme, de peur de passer pour un raciste et un monstre d’insensibilité. Et là s’est produit un coup de théâtre que je n’attendais pas, qui m’a estomaqué. Jean-Baptiste a descendu manuellement la vitre de sa porte pour aller à la rencontre de ce mendiant qui faisait de ses moignons et de son handicap un fond de commerce et d’exhibition. Il lui a dit d’une voix forte, toujours avec son grand problème d’élocution : « Toi et moi, on est pareils ! ON EST PAREILS ! Tu donnes une mauvaise image. Tu donnes une mauvaise image de nous ! ». Il a remonté sa vitre et nous avons tracé notre chemin.

J’aurais pu mourir de honte sur place, liquéfié. J’aurais pu m’enfoncer dans mon siège et attendre que la gêne passe. J’aurais pu trouver que Jean-Baptiste y était allé un peu fort, qu’il avait manqué d’humanité, qu’il avait fait preuve du comble de la grossièreté. Mais au contraire. Je suis resté un moment coi. Puis je n’ai pas pu m’empêcher de sourire avec émerveillement. Intérieurement, j’étais convaincu que mon ami avait été juste et humain. Il n’avait pas succombé à une mauvaise compassion, celle qui encourage la personne qui se victimise à rentrer dans le paraître, et qui nivelle par le bas. En gros, Jean-Baptiste venait de dénoncer non pas le handicap de ce monsieur, mais ce qu’il en faisait : une caricature misérabiliste, un prétexte pour ne pas s’en sortir, un business où la relation humaine était complètement délaissée au profit du fric, de l’image et de la haine de soi. De l’extérieur, seul Jean-Baptiste aurait pu se permettre d’engueuler ainsi son semblable sans passer pour un ignoble personnage. C’est sa force et son privilège. Et inconsciemment, j’ai reconnu en lui la force, le culot, l’improbabilité, l’humour et la légitimité de ma position de « paradoxe vivant » et fragile parmi les personnes homosexuelles dont je passe mon temps à critiquer les actes, parce que, dans l’exigence, je les aime vraiment. Jean-Baptiste et moi, chacun à notre manière, sommes bipatrides. Ce sont notre handicap assumé et donné, notre écartèlement pour tendre à la Vérité dans la cohérence et le service, qui sont notre force de médiateurs-serviteurs, qui font de nous des signes de contradiction puissants et culottés.

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Réponse de Jean-Baptiste Hibon (janvier 2013) :

« Le Système H.

 J’ai rencontré Philippe Ariño cet automne, après avoir vu une vidéo où il analysait l’homosexualité, appuyé sur son expérience personnelle, qu’il livre avec une simplicité bouleversante. J’ai repéré aussitôt la convergence de nos pensées alors qu’il décrivait une situation apparemment éloignée de la mienne. Ainsi j’ai découvert que l’homosexualité éclaire la sexualité de tout être humain, tout comme le handicap éclaire la réalité de chacune de nos vies ! Ces deux réalités objectives, subies, peuvent paraître inimaginables à bien des gens… Pourtant, quand une différence est vécue dans l’exigence de la vérité, elle éclaire toutes les dimensions de la personne humaine. Je cite Philippe Ariño: «Reconnaître que la structure identitaire et amoureuse homosexuelle est lacunaire ne réduit en rien les personnes qui le portent en « espèce » ni en « malades ». Simplement, le désir homosexuel est une blessure qui, si on s’y adonne (…) peut (…) créer ou agrandir ce handicap. Il est possible (…) de s’installer ou non dans son handicap : tout individu humain, même très limité, reste libre d’assumer ce que la vie et les événements lui ont imposé. Personne n’est totalement victime des handicaps qu’il porte à plus ou moins long terme. » Cette rencontre m’a émerveillé, car c’est le désir de reconnaître la personne dans sa réalité et sa liberté, sans illusions ni victimisation, qui nous réunit. En frères du système H. »

 

Une « Manif Pour Tous » homophobe, finalement

Que ça ne fasse pas plaisir aux organisateurs  de la « Manif pour Tous » du 13 janvier 2013 de l’apprendre, que ça les attriste et les vexe, qu’ils s’en mordent les doigts, on peut bien le comprendre ! Constat amer d’homophobie, d’homophobie d’indifférence et de trouillardise : concrètement, à cette « Manif pour Tous », il a été fait extrêmement peu de place aux personnes homosexuelles opposées au « mariage pour tous », alors qu’elles auraient dû avoir en toute logique la première place, le plus de poids. Elles n’ont pas eu la parole. Je peux vous l’assurer. Ni sur les chars, ni devant les caméras (ce n’est pas avec Xavier Bongibault qu’on entend parler d’homosexualité), ni sur les podiums. La Famille a occupé le haut du pavé, alors que nous savons très bien que c’est au nom de l’« amour » homosexuel, au nom de la reconnaissance de l’homosexualité, et par les personnes homosexuelles, que cette loi du « mariage pour tous » risque de passer comme une lettre à la Poste.

La foule d’un million de personnes n’a même pas entendu parler des couples homos, d’homosexualité, n’a pas eu l’occasion de voir les quelques témoins homosexuels qui étaient pourtant disponibles pour se rendre visibles. Il n’a pas été fait mention une seule fois, au micro, des manifestants homosexuels qui pouvaient se trouver présents dans les cortèges de rue. Rien ! D’ailleurs, en off, ça a été une consigne donnée aux organisateurs et aux chefs de chars de ne pas prononcer publiquement le mot « homosexualité », de ne pas donner le micro aux témoins homosexuels les plus adéquates pour faire contrepoids à la Manif des pro-mariage-pour-tous prévue fin janvier. Sous prétexte que c’était « trop compliqué » pour la foule d’entendre parler d’homosexualité, « trop polémique » ; que parler d’amour ce n’était pas la question du mariage (civil) et qu’il fallait mieux mettre un couvercle sur l’homosexualité et le couple pour se concentrer uniquement sur la famille. « Ce n’est pas le lieu ni le moment ! Donnons au Peuple le foin le plus efficace et le plus simplificateur qui soit : la filiation, l’enfant, la différence des sexes en tant que famille ! Pas la différence des sexes en tant que couple ! Les conséquences du ‘mariage pour tous’, tournées autour de l’enfant, c’est ça qui fout le plus les boules aux Français de base. » Logique inconsciemment infantilisante et intimidatrice. Nous, personnes homosexuelles, avons dû mendier dix minutes de micro au podium du Champs de Mars parce que nous étions écartées. Je l’ai vu de mes propres yeux. Si nous n’avions pas fait de passage en force, jamais la parole ne nous aurait été accordée. « Homovox », le seul mouvement de personnes homosexuelles opposées au projet de loi, a été considéré comme une « association comme une autre », alors que ce n’est pas du tout vrai. C’est nous qui avions le plus de poids, et qui aurions dû avoir le plus de poids. Je ne dis pas cela pour des raisons d’image et d’égo, ou parce que je serais vexé de ne pas avoir été mis en avant (d’ailleurs, si ce n’était que ça, je l’ai eu, mon petit quart d’heure de gloire, en parlant 5 minutes devant une foule immense au podium du Champs de Mars…). Je dis cela parce que c’est vrai et que tous le savent. Nous, les personnes homosexuelles, avons été mis de côté alors que nous étions objectivement les plus importantes, les plus courageuses, et les plus adéquates pour faire contre-poids à la manif du 27 janvier.

On nous a muselées sous prétexte qu’il fallait respecter l’« unité » autour du poncif idéologique du sacro-saint Enfant (… autour de Frigide Barjot, en fait), que l’opposition au « mariage pour tous » se fondait principalement sur la famille. Moi, je peux vous assurer qu’on n’a eu quasiment aucune place. L’unité invoquée, il faut savoir ici que c’est en réalité l’autre nom de la peur : peur de parler frontalement des sujets qui fâchent, peur des personnes homosexuelles et de poser un regard vrai sur les limites objectives de leurs couples. Peur de parler d’Amour, du mariage en tant que tel. Que les organisateurs de la « Manif pour tous » ne s’étonnent pas après que cette dernière apparaisse comme homophobe. Qu’ils ne viennent pas pleurer. Car dans les faits, elle l’a (involontairement ?) été. À présent, je ne me reconnais ni dans la « Manif pour tous » du 13 janvier, ni dans la « Manif pour l’Égalité » de fin janvier qui va nous bouffer tout cru. Même si j’aime les 1, 3 millions de manifestants « anti-mariage-pour-tous » et leur énergie !

(N.B. : Hier, lundi 14, une amie lesbienne m’a appelé par téléphone pour me raconter ce qui s’était passé lors de mon bref discours sur le podium du Champs de Mars. Pendant que les écrans géants me montraient et qu’elle se trouvait perdue dans la foule, elle a entendu un de ses voisins maugréer : « Qu’est-ce qu’il vient faire là, ce mec ? Pourquoi il parle d’homosexualité ? Qu’est-ce ça vient faire dans notre Manif ? » CQFD.)