Le rond-point de la liberté par Véronique Labadie

Est-on libre d’ « avoir le choix »? En réalité, non. On est libre uniquement d’ « avoir choisi le meilleur ». Prenons l’image du rond-point (que j’emprunte à Véronique Labadie). Quel est l’automobiliste le plus libre et qui verra le plus du pays? Celui qui, parce qu’il veut garder sa liberté de choix, et du maximum de choix, restera à tourner toute sa vie sur le rond-point, ou celui qui aura posé le choix d’une seule route à prendre, qui se sera engagé, et qui aura consenti au renoncement du nombre au profit de la qualité? Je le répète : on n’est pas libre d’avoir le choix, mais d’avoir choisi le meilleur.

Coups de foudre amicaux

Je crois aux coups de foudre amicaux. Rien à voir avec « l’amour d’amitié » ou les passions platoniques éphémères. Je parle vraiment d’amitiés profondes et durables, identifiables mutuellement dès le premier moment passé ensemble. Pas besoin de beaucoup de temps pour reconnaître ceux qui nous comprendront pleinement, et ce, tout au long de notre vie. Surtout depuis que j’ai eu trente ans, ça m’arrive de plus en plus, ces coups de foudre amicaux (tout récemment avec Mélanie T., Marie Pinsard, Albane Rousset, ou encore Rodolphe Catoire). Et pourtant, je ne pense pas donner plus facilement mon amitié. Mais voilà : je constate avec joie le changement! Et ça me conforte dans l’idée que l’Amour (au sens large) est une évidence première, qui jamais ne s’impose en tant que certitude… mais une évidence première quand même !

L’agression homophobe

L’agression homophobe vient du fait qu’on ne supporte pas de reconnaître inconsciemment en l’autre sa propre blessure d’homosexualité. Et on lui en veut de nous rappeler notre faiblesse que nous rêvions invisible ou fierté d’être soi. Alors parfois, on attaque. L’homophobie, ce sont deux instabilités sexuelles qui se font miroir.

La censure lesbienne par le prétexte de la différence entre homosexualité masculine et l’homosexualité féminine

Beaucoup de femmes lesbiennes (ou leurs défenseurs) se servent de la différence des sexes pour n’attribuer les caractéristiques universelles du désir homosexuel qu’aux hommes homosexuels, et pour ne pas se sentir concernées par les discours sur l’homosexualité. On les entend dire par exemple que l’homosexualité féminine n’a absolument rien à voir avec l’homosexualité masculine, et que, pour le coup, tout propos analysant le désir homosexuel est nécessairement « trop généraliste », « machiste », « misogyne », « excessif ». Je m’oppose bien évidemment à leur lecture sexiste et dénégatrice des faits. Car, même si le désir homosexuel se vit différemment selon les sexes, il n’en reste pas moins qu’il est violent et divisant du côté gay comme du côté lesbien. La différence des sexes n’agit que dans un second temps, dans la phase de réception et d’actualisation du désir homosexuel… et là, en effet, au sujet de la gestion, il y a quelques différences entre l’homosexualité masculine et le lesbianisme, mais qui restent très secondaires par rapport aux grandes lignes générales qu’on peut relever du désir homosexuel (Non, les femmes lesbiennes ne sont pas nécessairement plus douces, plus sentimentales, plus fidèles, que les hommes gay : celles qui le croient, en général, nous démontrent par leurs actes tout le contraire!). Nos amies lesbiennes sont tout sauf douces entre elles, non du fait d’être femmes, ni du fait d’être lesbiennes, mais du fait d’être ensemble en couple homo ! C’est bien la conjugalité homosexuelle, donc l’acte, qu’il faut pointer du doigt; pas la personne homosexuelle ni son homosexualité. Si l’on s’en tient à l’analyse du désir homosexuel en lui-même, il y a très peu de différences entre les hommes et les femmes homosexuels. L’homosexualité masculine et l’homosexualité féminine se font miroir, parfois dans les extrêmes. Et c’est quelqu’un comme moi, qui étudie davantage l’homosexualité féminine que l’homosexualité masculine, qui peut vous l’assurer. La violence du rejet de la différence des sexes (celle-ci étant par définition LE socle du Réel), les effets rassurants mais aussi pervers de la recherche de ressemblance, le manque d’espace dans la relation, tout cela s’observe sans exception dans les couples homosexuels, tous sexes confondus. Une grande majorité de femmes lesbiennes, par sexisme et misandrie inconscientes, préfèrent focaliser l’attention sur la différence femme/homme pour ne pas avoir à réfléchir sur le sens profond du désir homosexuel et sur la portée des actes que celui-ci leur fait accomplir quand elles s’y soumettent. Mais n’oublions pas que celles qui s’appuient subitement, dans leur argumentaire, sur la différence des sexes pour montrer patte blanche, sont celles qui l’ont tout autant préalablement exclue de leur couple que les hommes !

La jugement-phobie

Ceux qui s’opposent au jugement des actes et des discours (justifié), qu’ils confondent avec le jugement des personnes (injustifiable) contre lequel soi-disant ils luttent (parce qu’ils détournent la phrase biblique : « Ne juge pas et tu ne seras pas jugé. »), jugent étonnamment beaucoup les autres.

Je ne suis pas un « ex-gay » !

Je précise pour les cathos excités par mon témoignage (je ne leur en veux pas : je veux juste ajuster les choses) : Je n’ai rien d’ « un converti ». Je ne suis ni un « ex-gay », ni « plus prophète qu’un autre », ni « plus héros que les autres », ni « plus saint que les autres », ni un pauvre « homo sauvé des griffes de l’enfer que serait le milieu homo » et qui dirait que l’unique chemin de bonheur pour les personnes homosexuelles serait la continence. Le Seigneur me convertit depuis que je suis né, et je reste à être converti. Il n’y a pas eu d’avant ou d’après « conversion ». Dieu n’est pas arrivé spectaculairement ou magiquement dans ma vie. Il a toujours été là, discret, et a toujours été sobre et radin avec moi ; et je Le remercie pour ça. Et si je présente la continence comme le choix le meilleur, je ne nie pas la beauté des autres choix.

La connerie de notre fantasme de l’Égalité (on n’est pas dans la merde…)

Allô? Y a-t-il une conscience dans la salle ? Parfois, j’ai l’impression que mes pairs homosexuels n’ont pas de cervelle, ou qu’ils ont subi un lavage de cerveau : ils défendent à tue-tête le mot « égalité » sans même comprendre ce que ça veut dire, ni que l’égalité n’est pas bonne ni souhaitable en soi (on peut être égaux dans la bassesse, la bêtise, la misère, l’injustice, l’irréalité, la cruauté, la connerie, l’uniformité, le vide, la nullité, l’illusion), et que la plupart du temps l’égalité n’existe pas (et tant mieux ! : ça veut dire qu’il y a différences, diversité, et possibilité de relation). L’égalité des chances n’est pas l’égalité des identités, des réalités, des besoins de chacun. Le totalitarisme égalitiste est tellement uniformisant qu’il me fait peur. Et face aux militants homosexuels qui répètent comme des perroquets le mot « égalité » comme s’il les dispensait de penser et d’argumenter (un peu comme le mot « homophobie » d’ailleurs), je suis pris entre l’envie de rire et la consternation. Franchement, je ne suis pas aidé par ceux qui seraient les mieux placés pour le faire. L’équipe de bras cassés. J’appelle mes frères homosexuels qui ont encore un coeur et une cervelle (c’est-à-dire pas grand monde) à dénoncer notre bêtise puérile et réactionnaire.