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Polémique Guillebon/Van Gaver et Ariño sur NDF

Polémique Jacques de Guillebon/Falk Van Gaver avec Philippe Ariño sur « Nouvelles de France » en octobre 2012 (3 échanges)

 

Premier article de Fal Van Gaver et Jacques de Guillebon : « Voie sans issue »

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Réponse de Philippe Ariño : « Sortir de l’impasse grâce à la Croix »

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Second article de Fal Van Gaver et Jacques de Guillebon, en « réponse » à Philippe : « Le Bûcher des homophobes »

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Je suis une folle de Dieu !

(Questions initialement suggérées par une journaliste de l’1visible)

 

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Photo : Louvre, Paris, novembre 2012, par Jean-Baptiste Bonavia

 

 Philippe Ariño, vous vous dites ouvertement homosexuel et pourtant catho. Ça semble paradoxal, non ?

C’est sûr. Et ça serait en effet une parfaite hypocrisie si je n’étais pas continent (= abstinent pour Jésus), car la pratique homosexuelle et la fidélité concrète à l’Église-Institution catho, sans être opposées, me semblent déchirantes et inconciliables. On ne peut pas, en amour, servir deux maîtres. La continence, je le remarque dans ma vie et dans celle de mes amis homos cathos, est le seul choix de vie – quand le mariage femme-homme ou le célibat consacré ne sont pas envisageables – qui permet une totale réconciliation entre notre dimension homosexuelle et notre pratique religieuse. Beaucoup de cathos homos essaient de faire croire que le compromis entre l’homosexualité actualisée sous forme de couple (même dit « chaste », « hors milieu », « homophile » et « homo-sensible ») et la pleine fidélité à la foi ecclésiale serait idéal d’être « (à peu près) possible »… mais concrètement, ils sont en rupture avec la communauté homosexuelle et/ou en rupture avec l’Église-Institution. Et c’est logique : une fois que le désir homosexuel est pratiqué ou perçu comme fondamental, il n’est plus seulement expliqué mais justifié, et je remarque qu’il n’est alors pas identifié ni assumé. Il est vécu comme une honte. Je vérifie également que dès qu’une personne catholique décide de croire à l’amour homosexuel, même bien avant de franchir le cap de la composition d’un couple, elle prend progressivement ses distances avec l’Église-Institution. C’est quasi systématique. C’est donc qu’il y a bien une incompatibilité foncière entre pratique/croyance homosexuelle et foi catholique. En ce qui me concerne, j’ai découvert la grande liberté de parler ouvertement du désir homosexuel qui m’habite et d’être pleinement catho dans la continence et l’amour de l’Église catholique vaticane. Depuis que je suis continent (janvier 2011 : arrêt définitif du porno, de la drague homo et de la masturbation), je constate un rayonnement social, artistique, intellectuel, amical, spirituel, familial, ecclésial que je n’avais jamais connu. Et pourtant, avant, je n’avais déjà rien d’un asocial !

En vous présentant comme homosexuel et comme spécialiste de la culture homosexuelle, vous n’avez pas l’impression de vous enfermer dans un thème, et quelque part de vous contredire en justifiant l’homosexualité ?

Vous dites peut-être ça parce que vous croyez que dès que quelqu’un emploie le mot « homosexualité », il la justifie. Or moi, je ne fais qu’en parler et dire qu’elle est existante, pour précisément ne pas en justifier la pratique et pour laisser le désir homosexuel à sa juste place d’« élan parfois profond mais non fondamental. » Mes deux identités fondamentales sont celles de garçon d’une part et d’Enfant de Dieu d’autre part. C’est bien tout ! Je me définis aussi comme une personne homosexuelle, parce que l’attirance sexuelle que je ressens est bel et bien là dans mon corps, mais je ne me réduis pas définitivement à celle-ci. Je suis un mystère à moi-même. L’analyse du désir homosexuel m’apprend à la fois qui je suis et qui je ne suis pas.

Je reconnais que ma démarche d’appel à la valorisation de la culture homo peut sembler de l’extérieur paradoxale, voire dangereuse. Comme si je jouais avec le feu, ou que je m’enfermais dans une caricature de moi-même. Mais en réalité, je crois que plus on se voile la face par rapport à son désir homosexuel et on cherche à s’en éloigner théâtralement ou dans la révolte, plus on se donne des excuses et des risques pour l’actualiser : je le vois chez la grande majorité des individus homosexuels. Ils méprisent la culture homosexuelle et le « milieu », nient leur tendance ou au contraire la sacralise, pour, en douce, se justifier de pratiquer l’homosexualité soi-disant « pas comme le commun des homos ». Pour ma part, je préfère de loin m’approcher de mon désir homosexuel pour finalement mieux m’en distancer. C’est la liberté de l’approche distanciatrice, en quelque sorte : je ne nie pas la marque du mal dont je suis porteur et donc je ne risque pas de me confondre avec.

Enfin, il suffit de constater dans mes écrits à quel point je connecte l’homosexualité aux fractures les plus diverses de la société et à la violence universelle (divorces, non-rencontre entre l’homme et la femme, perte de vitesse de l’amitié, société matérialiste, prostitution, crise économique et morale, guerres, refus humain de Dieu, etc.) pour comprendre que mon travail d’identification du désir homosexuel n’est pas une tentative d’enfermement de l’homosexualité dans une espèce humaine particulière ou dans la justification voilée d’un « amour homosexuel formidable », mais bien un prétexte pour parler d’Humanité et de sexualité au sens large, pour faire comprendre aux non-croyants et aux croyants que l’Église catho a tout compris des blessures humaines de notre société.

Ça ne vous gêne pas d’être étiqueté « catho et homo » ? Vous n’avez pas peur d’être instrumentalisé par l’Église ?

La seule personne à qui j’accepte de m’offrir totalement, de qui je consens d’être l’objet et le sujet, c’est bien l’Église catho ! Alors allez-y, amis croyants pratiquants ! Servez-vous de mon témoignage, profitez-en ! Ceux qui ont peur que je serve de caution morale à mon Église sont finalement les mêmes qui méprisent les cathos et qui ne comprennent pas que stratégiquement, mon expérience ne peut absolument pas servir de matraque homophobe, de trophée ou de pommade pour se rassurer de ne pas être homo, car l’homosexualité est justement un miroir des relations homme-femme défectueuses, des divisions des êtres humains avec l’Église, et même au sein de l’Église catho, dont les personnes qui pourraient me récupérer sont responsables. Donc vouloir utiliser mon témoignage en vue de nier ses propres souffrances ou sa collaboration sociale aux pratiques homosexuelles, vraiment, c’est un mauvais calcul…

Vous considérez-vous comme un converti ?

Oui et non. Je veux bien qu’on parle de « conversion » à mon sujet, mais uniquement dans la mesure où mon choix de la continence n’est pas envisagé comme magique, volontariste, obligé, unique, par défaut, survenu après de grosses déceptions sentimentales. Au contraire, je le pose librement, positivement, progressivement, dans une continuité et l’incertitude. Ça, oui. Bref, ma conversion en est une parce qu’elle est non-spectaculaire. Au final, elle est comme le mystère de la Croix de Jésus : grave et joyeuse en même temps.

 Après, mis à part l’interview que j’ai faite en 2011 pour la revue La Croix avec la journaliste Joséphine Bataille ainsi que mon témoignage à l’aumônerie de la UCO à Angers (le premier témoignage où je parlais ouvertement du lien entre mon homosexualité et ma foi) qui ont agi comme de véritables déclics pour que je me mette à être vraiment continent et à me sentir responsable de ma cohérence, je ne peux pas dire qu’il y ait eu un avant et un après conversion. D’ailleurs, je ne me présente ni comme un « ex-gay », ni comme un « repenti de l’homosexualité ». Je n’ai pas de grand miracle paranormal à raconter. Je suis tous les jours converti par le Seigneur, et j’ai toujours été croyant pratiquant. Je n’ai rien d’un obsédé de la continence. Je ne fais qu’essayer d’aimer l’Église-Institution, et c’est ça qui me rend juste et bon, intègre et solide comme un roc dans l’abstinence. Même si je présente la continence et l’amitié désintéressée comme le chemin le meilleur pour les personnes homosexuelles, je ne dis pas pour autant que le reste (= le couple homosexuel), « c’est de la merde » ou « c’est mal ». Le meilleur n’est pas l’ennemi du bien. Il est juste… mieux !

Certains me demandent comment j’ai fait pour « m’imposer » la continence. Ils ne se doutent pas que le plus dur dans celle-ci, ce n’est pas de la vivre : c’est de savoir qu’on doit la pratiquer sans la pratiquer concrètement, parce qu’on négocie encore trop avec l’enfant capricieux qui est en nous. Le plus dur, c’est aussi de continuer à s’imposer le poids de la croyance en l’amour homosexuel. Ça, c’est le vrai boulet de l’histoire ! Mais sinon, une fois qu’on est vraiment continent, on se dit : « Ah bon ? Ce n’était que ça ? ». Le joug du Jésus est léger, je le rappelle ! Je n’ai jamais été aussi simple et heureux que depuis que je suis continent et que j’ai renoncé aux sentiments amoureux homosexuels !

Finalement, le miracle indéniable dont mon parcours homosexuel peut être le signe, c’est que la pétasse homosexuelle décervelée, le fan de Lorie et de Céline Dion que je suis, se met maintenant à être écouté passionnément des évêques ! Ça, oui, ça tient du surnaturel ! La pierre de l’homosexualité qui était le caillou dans la chaussure de certains ecclésiastiques devient la pierre d’angle actuelle de l’Église ! C’est à peine croyable… Je suis une folle de Dieu ! Et l’Église s’en réjouit avec moi !

Ari-Baba et les 40 violés

TOUT MAIS PAS L’INDIFFÉRENCE


 
 

Il était une fois, dans un Pays arc-en-ciel merveilleux, un jeune homme homosexuel appelé Ari-Baba (bon, moi, en fait) qui était entré innocemment dans la caverne du « milieu homosexuel » pour y rencontrer l’Amour et l’amitié. Il entendait dans la bouche de beaucoup de ses frères tellement d’horreurs et de drames, voyait dans les bars et les revues de la presse gay tellement de célébrations de la violence et des machos violeurs, observait tellement de femmes violées magnifiées par les œuvres de fiction homo-érotiques, qu’il s’est dit : comment est-ce possible qu’un tel enfer, présenté sous forme de trésor scintillant des mille et une nuits, puisse être à ce point caché par les personnes qui le connaissent et qui seraient logiquement censées le dénoncer ? comment se fait-il que socialement, on ait remplacé la réalité du VIOL pour le terme inexpliqué d’« HOMOPHOBIE ».

 
 

Comme certains censeurs gay friendly et preux défenseurs de la lutte contre l’homophobie ne veulent pas me croire, je vais vous présenter dans le détail le cortège de témoignages des personnes proches qui m’ont parlé tout simplement de ce qu’elles ont vécu et de ce qu’elles vivent encore. C’est pour vous, mes amis blessés, que j’écris ces lignes. Pour qu’on ne vous réduise pas au silence sous prétexte que « les homos ne souffriraient pas plus que les autres ». Pour qu’on ne vous oublie pas, et qu’on ne se serve pas de l’étiquette « Homophobie » pour nier ce que vous avez vraiment subi, et qui est ignoble. Pour que vous respectiez aussi votre liberté de ne pas reproduire ce viol.

 
 

1 ) HOMOSEXUALITÉ ET VIOL : UN LIEN HOMOPHOBE ?

 

 

Comment ça ? On ne vous a pas mis au courant ? On ne vous a pas dit pourquoi il faut « un peu » arrêter d’applaudir au coming out des personnes homosexuelles comme on le fait, arrêter de banaliser l’amour homosexuel comme s’il était équivalent à n’importe quel type de relations humaines à deux sous prétexte qu’on l’appelle « Amour », arrêter de vouloir faire signer à une nation entière le « mariage pour tous » comme s’il allait de soi ? Moi qui ai amorcé depuis 10 ans une étude (qui n’en est qu’à ses balbutiements, en plus) sur les liens non-causaux entre désir homosexuel et viol, moi qui suis parfois le dépositaire de confidences d’amis homos ayant été abusés sexuellement dans leur enfance (j’ai écrit « 40 » mais en réalité, à ce jour, j’en connais 70, ce qui commence à faire beaucoup ! … mais comme ces révélations sont soumises en général au secret amical, tous ceux qui « savent » se taisent !), je vous demande pour une fois de redescendre sur Terre et d’ouvrir bien grand vos oreilles au lieu de jouer aux hypocrites ou de vous satisfaire de l’ignorance.

 

 

Pour qui se prennent-ils, tous ces défenseurs des « droits des homos », partant en guerre contre l’homophobie, et qui osent me juger comme « un dangereux homophobe » et me regarder d’un œil torve comme si j’étais un criminel, pour la simple et bonne raison que j’ose parler de ce lien (évident mais mal connu) entre viol et homosexualité, un lien dont personne ne parle, pas même les victimes concernées !?! On marche sur la tête ! Ce sont ces militants homosexuels, hétéros, bisexuels et friendly, les vrais criminels et les vraies personnes homophobes ! puisqu’ils ne considèrent pas l’homophobie telle qu’elle est : un acte de viol ! Ils nient les faits pour les détourner en matraque identitaire diabolisante. Ils ont transformé l’ACTE violent à l’encontre des individus homosexuels et au nom de leur orientation sexuelle (= l’homophobie) en ACCUSATION DE PERSONNES (= les homophobes), en scotch à mettre sur la bouche de tout contradicteur. Ils sont capables d’une violence inouïe pour préserver leurs images de marque et leurs utopies amoureuses personnelles, pour censurer ces réalités violentes dont une minorité d’entre eux a été victime, et pour désigner comme « homophobe » tout individu qui révèlera au grand jour leur petite comédie de la croisade contre l’homophobie. Honte sur eux ! Et honte à ceux qui me conseillent, face à mes recherches, de « parler d’autre chose que d’homosexualité » (parce que ce thème m’enfermerait et qu’on en ferait vite le tour), ou de « parler d’autre chose que du viol » (parce que ça dévaluerait l’homosexualité) ! Honte à ceux qui me demandent de me taire parce que ce que je peux dire, « même si c’est juste, donne du grain à moudre » à ceux qui font l’amalgame entre homosexualité et pédophilie, ou homosexualité et criminalité ! Honte à ces censeurs qui me musèlent et qui me haïssent parce que je donnerais une mauvaise image des couples homos, des cathos homos, et que je pousserais même des jeunes en quête d’une image positive de l’homosexualité au suicide ! Honte à ces chroniqueurs-radio qui ricanent derrière mon dos et gloussent à propos de mes « codes » qu’ils ne comprennent pas ! Honte à ces critiques qui disent que mes livres sont mal écrits, qu’ils sont trop universitaires, « à la limite de la probité intellectuelle », et que je me sers du thème sensationnaliste du viol pour faire parler de moi ! Honte à tous ces gens ! Leurs actes parlent contre eux ! C’est leur silence sur l’homosexualité qui tue véritablement nos frères homosexuels, et non ce que je dis sur le viol ! Ras le bol de ceux qui inventent aux personnes homosexuelles des « discriminations » (= le refus de l’accès des couples homos au mariage, par exemple) pour ne pas traiter des vraies discriminations et violences qui leur sont faites/qu’elles reproduisent parfois (= le viol) !

 

Leur faut-il un dessin pour qu’ils comprennent ? Ne voient-ils pas qu’ils se servent du Sida, de l’« Homophobie », du soi-disant « devoir de cohésion communautaire », ou de la course aux « droits des homos », comme autant de cache-misère pour nourrir leur propre homophobie intériorisée et continuer à haïr leurs « amis » homosexuels dans un parfait semblant de camaraderie ? Par leur désinvolture, leur mollesse, leur ignorance, leur relativisme, ils cultivent le déni et le mensonge. Je suis en colère devant tant d’hypocrisie sociale sur le viol, hypocrisie qu’ils nourrissent en prétextant toujours que ce sont les autres les fautifs et eux les victimes ! Oublient-ils que tout violeur a été victime avant de violer (même si, heureusement, à l’inverse, toute victime ne violera pas) ???

 

Certains ne me croient pas, me disent obsédé morbidement/homophobiquement par le lien (non-causal) entre viol et homosexualité. D’aucun trouvent que j’extrapole, et soutiennent que je suis une voix extrêmement minoritaire dans le « milieu homosexuel », et peu représentative de ma communauté. Ils ne comprennent pas que mon étude ne vient pas de moi (je n’ai pas été violé dans mon enfance, en plus), n’est pas qu’un point de vue personnel et isolé : je ne fais que rapporter ce que mes nombreux amis m’ont dit. Ce n’est pas parce que je suis un des seuls à en parler ouvertement qu’il n’y a personne à mes côtés !

 

Le sociologue Daniel Welzer-Lang, dans ses recherches, s’en était lui-même étonné : « À les écouter, il n’est pas abusif de parler de TABOU. Il ne s’agit pas seulement de honte. […] Comment expliquer que des hommes – qui pour certains ont lutté des années ensemble, revendiquant le droit de disposer de leur corps, de leurs désirs, des hommes qui, contrairement à d’autres mâles, ont pris l’habitude de se rencontrer pour parler d’eux, de leur vie la plus intime…– n’aient jamais parlé de ces scènes de viol entre eux ? Énoncent même qu’ils n’en ont jamais discuté avec leurs compagnons après plusieurs années de vie commune… Quel est le sens de ce tabou ? » (Daniel Welzer-Lang, Le Viol au masculin, 1988)

 

 

Selon moi – et surtout selon les faits réels –, le désir homosexuel est le signe d’un viol réel, j’espère minoritairement vécu, et plus largement d’un fantasme de viol, partagé par l’ensemble des personnes homosexuelles, sans exception. À ce jour, je ne connais pas d’individu homosexuel qui n’ait pas choisi comme modèle d’identification la femme violée cinématographique (autrement dit la féminité fatale) et/ou le super-héros macho asexué (Superman). Plus une personnalité connaît un succès phénoménal mais paradoxalement une vie privée et amoureuse désastreuse (elle a perdu tous les hommes de sa vie autour d’elle, elle s’est fait avorter, elle est suicidaire, elle a connu l’inceste ou le viol, etc.), plus elle a des chances de devenir icône gay ! Judy Garland, La Callas, Barbara, Dalida, Madonna, Mylène Farmer, Lady Gaga, si vous m’entendez…

 

Après, je ne fais du viol ni une cause ni une généralité de l’homosexualité. Je cite prudemment les statistiques[1]. Pas de raison par conséquent, et j’insiste sur ce point, pour tenir ou me prêter ce genre de syllogismes absurdes : « Toute personne qui a été violée deviendra homosexuelle. » ou « Toute personne qui est homosexuelle a été violée et violera. » En revanche, au nom des drames réels dont le désir homosexuel est le signe, la société n’a pas à applaudir ou à banaliser l’homosexualité. Même les sujets homosexuels qui n’ont pas été objectivement violés – et ils sont heureusement nombreux ! – ont cependant tous connu un effondrement identitaire pendant l’enfance (la psychanalyse parle parfois d’« effondrement narcissique du Moi ») qui présage, s’il n’est pas identifié, d’une recherche de violence. L’énonciation d’une homosexualité a été pour eux la résolution de leur peur d’exister, ou bien de leur sentiment d’être méprisés/peu considérés par leur milieu familial, scolaire, amical, social, vécu comme une dictature.

 

Dans le vécu des personnes homosexuelles, le viol n’est pas forcément un fait réel au départ. Il peut être le fruit d’une peur d’être aimé, d’un fantasme enfantin face à l’« enjeu de vie » de la génitalité, d’un rapport complexé à son corps… que quelques médias malveillants se sont accaparés. Par exemple, je sais combien le dégoût des hommes homosexuels pour le corps de la femme s’origine souvent dans les icônes cinématographiques de la féminité fatale, du danger sexuel. J’entends dans la bouche de pas mal de femmes lesbiennes cette peur-panique de la génitalité avec les hommes : elles parlent de « se faire prendre par les mecs » comme si tous les mâles étaient des violeurs en puissance. La plupart, avant de s’être dit « lesbiennes », ont un passé hétéro assez lourd.

 

 

Je tiens enfin à préciser que le désir de viol, même s’il est particulièrement marqué dans le désir homosexuel, n’est pas non plus spécifique au désir homosexuel ; il est humain, également partagé par les personnes hétérosexuelles (mais pas les couples femme-homme aimants) et tous les individus à la sexualité blessée. Il n’y a pas lieu d’homosexualiser le viol (l’homosexualité n’est que le signe particularisé de viols sociaux que s’infligent les hommes et les femmes) ni de totalement dissocier viol et homosexualité.

 

Dans les débats sur l’homophobie, n’ayez pas peur d’appeler un chat « un chat ». Vous devez oser prononcer l’impressionnant mot « viol », toujours en lui préférant la périphrase « fantasme de viol » (elle causalise et diabolise moins notre discours) car parfois, ce sont vraiment des viols qui ont été perpétrés. Être attachés aux faits réels nous permettra d’être véritablement aimants, quand bien même il s’agisse parfois d’approcher une réalité souffrante et des contextes dramatiques. Parler du viol en lien avec l’homosexualité ne revient certainement pas à « violer à nouveau », à « désirer le viol », à « (le) provoquer » ou à « en suggérer l’idée aux autres ». Pas plus que ce n’est « s’haïr soi-même », « juger les personnes », « vouloir le mal des homos », « voir le mal partout » et être « homophobe » ! Quand il y a souffrance objective, il est plus que nécessaire de la dénoncer et de la juger/condamner sans détour. Ceux qui m’accusent actuellement d’être un exemple typique d’« homophobie intériorisée » et de « non-amour de moi-même » parce que je dénonce les viols vécus par un nombre beaucoup trop important de personnes homosexuelles (on a tenu le même procès à Frédéric Martel quand il a sorti Le Rose et le Noir en 1996… donc ça va, je le prends bien !), avouent à leur insu leur déni : ils essaient de cacher l’homophobie (leur propre homophobie) à l’intérieur de moi, comme une boulette de papier froissée qu’on glisse de force dans une bouteille pour ne surtout pas la lire, la comprendre, la rendre publique, la faire leur. Oui, en effet, cette homophobie est bien intériorisée. Mais ils oublient de dire par qui ! Moi, je ne demande qu’à ce que leur papyrus, où est inscrit leur haine d’eux-mêmes illustrée par leur désir homosexuel pratiqué (et parfois par le viol qu’ils ont réellement vécu !), sorte de moi et soit lu à haute voix ! Je suis fier d’être « homophobe » tel qu’ils l’entendent… car être « homosexuels » comme eux, cela reviendrait à être véritablement homophobe !

 
 

2 ) TÉMOIGNAGES VIVANTS D’AMIS

 

Peu de temps après la création de mon site L’Araignée du Désert fin 2008, alors que j’étais l’un des pionniers du traitement public de la relation non-causale entre l’homosexualité-hétérosexualité et le viol, j’ai reçu un mail très long d’un pédopsychiatre, maintenant ami, qui est tombé par hasard sur mes écrits, et qui m’encourageait à continuer d’écrire sur le viol, à diffuser mon message, parce qu’il suit beaucoup de jeunes patients homosexuels ; et il m’assure que la plupart d’entre eux ont été violés ou ont subi des attouchements sexuels dans leur jeunesse. Quand je lis ce genre de témoignages, qui viennent à moi sans que j’aie eu à les réclamer, je respire, parce que le vent de censure sur la souffrance est tel dans la communauté homosexuelle actuelle qu’à certains moments, j’en arriverais à douter de moi-même, à me dire que j’y vais un peu trop fort en parlant du viol en lien avec l’homosexualité, même si j’ai toujours veillé à minoriser cette coïncidence à une poignée de personnes homosexuelles pour ne pas le transformer en généralité sur « les » homos.

 

Ce n’est pas la première fois qu’un professionnel de l’enfance et de l’adolescence m’interpelle vivement à ce sujet. Déjà, en 2010, dans un hôpital public de Paris, lors d’une prise de sang « de contrôle », j’avais sympathisé avec une infirmière spécialisée dans les maladies infectieuses, qui m’avait confié qu’elle voyait défiler une flopée de personnes homosexuelles dans son cabinet. Dès qu’elle a entendu le thème que je traite dans mes livres, elle m’a coupé la parole : « Vous ne pouvez pas vous imaginer le nombre de patients homosexuels que je rencontre ici et qui me racontent leur viol ! C’est hallucinant ! » Quand je me suis retrouvé à témoigner à Lille en septembre 2012, une autre femme, psychologue cette fois, présente dans l’assistance où je parlais, m’a donné raison à propos du lien entre viol et homosexualité : 3 des 5 jeunes homosexuels qu’elle suit en thérapie ont été violés. Dans cette même ville, j’ai eu l’occasion de rencontrer en vrai le psychanalyste Jacques Arènes : il m’a confessé en privé qu’il avait lui-même observé chez ses patients homosexuels un forcing dans l’initiation à l’homosexualité ou dans le passage à l’acte, un manque de liberté… mais que s’il en parlait ouvertement, il se ferait lyncher en place publique ! Cette peur des thérapeutes de dévoiler le viol homosexuel (ou viol sur personnes homosexuelles), bien logique puisqu’ils sont soumis au secret professionnel, avait déjà été similaire à celle de Freud qui, en son temps, avait préféré (parce qu’il sentait la patate chaude que constituait ce dossier !) remplacer, concernant l’homosexualité et ses patientes autrichiennes souffrant d’hystérie, la thèse du viol par celle du complexe oedipien !

 

Mais pas besoin de trouver ses sources nécessairement bien loin, du côté uniquement scientifique, ni de chercher les petites bêtes, pour tomber nez à nez avec le viol. De ma propre expérience, ça s’est toujours fait dans des contextes banaux et amicaux. Dernièrement, une amie de 45 ans, qui vit en couple depuis 10 ans avec une femme de 20 ans de plus qu’elle, me faisait la réflexion : « C’est incroyable, parmi mes amies lesbiennes, le nombre de femmes qui ont été violées… ». Un jour, un ami homosexuel quarantenaire, un brin provocateur, et tout à fait d’accord avec ma théorie du viol homosexuel, a voulu tester mes dires sur un forum de discussion gay sur NRJ. Il a balancé sur ce dial Internet la question « Qui a déjà été violé ? ». Sur les 400 connectés, il a reçu en quelques minutes au moins une dizaine de réponses positives !

 

À chaque fois qu’un ami souscrit à mes découvertes, je tombe des nues. J’ai beau y être préparé, je n’arrive jamais à m’y faire. C’est quand même fou. Entendre le mot « viol » est toujours violent. Je suis pris entre la révolte de devoir taire ces révélations par respect de la confidentialité, et l’immense joie de recevoir le cadeau de la confiance que je n’attendais absolument pas et qui m’est spécialement offert, même s’il concerne un sujet très grave. Alors au fur et à mesure que j’avance dans la vie, j’emmagasine les preuves d’amour, j’emmagasine… (dans mon coffret à araignées étincelantes)… et à un moment donné, je n’en peux plus de garder tous ces bijoux pour moi ! Il n’y a plus de place. Ça déborde ! J’en détiens, des secrets lourds, qui bien souvent sont ignorés du conjoint de ces mêmes amis (qui ne lui ont rien dit du viol qu’ils ont vécu !), au point que je passe parfois aux yeux de leur « partenaire » pour un dangereux « briseur de couples » ou un « fouteur de merde » si je tente ne serait-ce que de soulever un peu le couvercle de leur tambouille conjugale explosive ! Mais je sais de quoi je parle, puisque j’ai entendu les faits de mes propres oreilles, vu en cachette des amis me parler du drame de leur vie (que parfois ils banalisent pour « aller de l’avant », pour « croire en l’amour homo quand même »). Et ça, ça ne s’oublie jamais.

 

 

J’ai en tête cet ami de l’Île de la Réunion, qui m’a révélé qu’un de ses moniteurs l’avait attouché sexuellement, alors qu’il était encore adolescent. Je repense à cette amie non-homosexuelle qui me raconte qu’elle est sous le choc car sa meilleure amie d’enfance vient de lui révéler qu’elle est lesbienne : quand elles avaient 9 ans toutes les deux, elles se sont fait agresser sexuellement alors qu’elles jouaient ensemble dans leur immeuble. Je me souviens de cet ami homo, la trentaine, qui m’a dit qu’il a été violé par son entraîneur de sport à l’âge de 12 ans… et les faits n’ont jamais été prouvés. Il a craché le morceau au moment où, terrassé par le sommeil, je m’apprêtais à clôturer précipitamment notre dialogue informel sur Facebook. Quand on voit ce beau jeune homme de l’extérieur, personne ne peut se douter qu’il a été violé : il est drôle, masculin, apparemment bien dans ses baskets ; il m’a expliqué que s’il a mis autant de temps à lire mon livre, ce n’était pas parce qu’il était dur à parcourir, mais uniquement parce que « … ben voilà… ». Je garde en mémoire ce dîner en tête à tête avec un autre ami homo de mon âge, qui, pareil, me lâche sa bombe : il a été violé et abusé par son oncle quand il était petit (rebelote !). S’en suit le père d’une très bonne amie à moi, particulièrement efféminé, et qui a été abusé par un homme pédophile de son entourage familial proche : cette amie a découvert à l’adolescence l’homosexualité cachée de son père quand elle est tombée sur un numéro de Têtu planqué dans son bureau… Dans ce cas précis, l’agresseur a également nié le viol et n’a jamais été inculpé. J’ai le souvenir de cette femme lesbienne de quarante ans, qui m’a remercié d’avoir écrit mon livre, et qui est venue spécialement de Belgique pour me rencontrer à Paris : elle m’a révélé qu’elle a été abusée étant jeune par un oncle, puis violée par son propre mari quelques années plus tard. Je connais un ami prêtre dont le frère est homosexuel et a une amie lesbienne qui leur a révélé qu’elle avait été violée dans son adolescence. On m’a également présenté le frère d’un ami, homosexuel, qui est sorti avec un jeune homme violé. Je me souviens de ce récent dîner intime avec un autre ami homo de mon âge, un grand artiste, et fin psychologue : lui aussi m’a raconté qu’il s’est fait violer à l’âge de 11 ans : il tenait pourtant la main de sa mère dans le métro, mais un inconnu a quand même réussi à le masturber sans que personne s’en aperçoive. Je me rappelle de cet ami de mon âge, originaire des DOM-TOM, qui est l’exubérance et l’humour même… mais qui m’a révélé aussi qu’il avait été abusé par un moniteur de centre aéré quand il était jeune. Je me remémore ce groupe de parole sur la « prévention suicide » lors d’un grand rassemblement national de l’association David et Jonathan (JAR) durant lequel j’avais proposé qu’on réfléchisse sur les liens probables entre désir homosexuel et viol. Le responsable du débat m’avait sèchement demandé de me taire… mais à la toute fin de l’échange, quand tout le monde est parti, une jeune femme lesbienne est venue me remercier chaleureusement d’avoir osé dire tout haut son drame personnel : « Quand tu as parlé des personnes homos violées, j’ai failli lever la main et crier fort : ‘Moi ! Moi ! C’est ce qui m’est arrivé ! Il a raison !!’ ». J’ai encore en mémoire ce garçon de mon âge, rencontré sur Internet, et qui, alors qu’on dînait tranquillement dans un McDo d’Orléans (sur un air de Star Academy…), a fondu en larmes devant moi pour me raconter le viol social qu’il avait subi dans son enfance. C’était une vraie fontaine de pleurs, surprenante mais pourtant magnifique : « Au collège, on se foutait de ma gueule parce que j’avais les oreilles en parabole… On m’appelait Dumbo… » Je me souviens aussi de ce garçon homo de 26 ans que j’ai rencontré en 2011 dans un RER parisien de la ligne C qui me conduisait à une soirée entre amis en banlieue. Ce jeune homme, particulièrement maniéré, venait de changer de train et avait l’air complètement paniqué quand je l’ai vu débarquer dans mon wagon vide. Il n’a pas tardé à se confier à moi en pleurant. En fait, il venait juste de se faire violer dans une précédent train du RER B par un type qui l’avait immédiatement identifié comme homo, qui l’avait frappé, volé, et forcé à faire une fellation. Et face à l’horreur de la situation, la première chose que nous avons été capables de faire tous les deux – avant d’aller au commissariat –, c’est de pleurer ensemble un bon coup ! Il n’en était pas à son premier viol. Il les enchaîne, et est connu des services de police. Je garde aussi en tête le témoignage hallucinant de mon ami Brahim Naït-Balk, l’animateur en chef de l’émission « Homo Micro » sur Radio Paris Plurielle, auteur d’Un Homo dans la cité (2010), une autobiographie où il raconte comment il s’est fait violer à l’âge adulte par les jeunes caïds qu’il encadrait en tant qu’éducateur. Je me rappelle aussi de cet homme de trente-cinq ans qui était mon voisin inattendu de sièges d’une pièce de théâtre que nous regardions ensemble au Festival de Théâtre Gay et Lesbien de Paris. Quand je lui ai parlé du titre de mon livre, qui devait initialement être Désir homosexuel et viol, il m’a sorti d’un air jovial : « Tiens ! C’est exactement ce qui m’est arrivé ! » Cet homme vit depuis très longtemps en couple avec son compagnon, et s’était effectivement fait violer quand il était jeune. Un autre ami homo de mon âge, qui a dévoré tous mes livres, m’a révélé qu’il s’est fait violer quand il était ado : son premier coït homosexuel forcé s’est déroulé dans les toilettes d’un bar. Un autre pote homo m’a confié que deux de ses amis à lui (dont son propre petit copain) ont été violés. Sinon, un ami homo m’a fait connaître, lors d’un apéritif, un jeune homme homosexuel, un peu androgyne, qu’il avait vu faire le tapin au Bois de Boulogne à Paris, et qu’il avait gentiment hébergé le temps d’une nuit. Ce garçon portait encore les traces de maquillage de la veille, et dès qu’il a entendu le thème de mon livre – les liens entre désir homo et viol –, il a sorti précipitamment un papier et un crayon pour noter les références. J’ai compris qu’il vivait le viol de près, et quotidiennement… Je me rappelle de cet autre ami homo quarantenaire, que j’ai connu dans la ville d’Angers, qui a été battu par son père quand il était petit, et abusé par son médecin de famille. Il m’a avoué qu’une fois, il s’était même fait violer par son amant régulier. Je me souviens encore de cet « ami d’ami », également homosexuel, qui a été violé et qui tombe dans l’enfer de la prostitution. Par ailleurs, j’ai reçu plusieurs mails d’hommes homosexuels m’annonçant qu’ils ont été violés : un homme d’âge mûr et catho venant de région parisienne, un autre de quarante ans domicilié au Canada, un autre de mon âge et libanais qui a été abusé dans son adolescence. Je viens également d’entendre dernièrement le récit du viol d’un ami ecclésiastique qui a découvert son homosexualité sur le tard, et qui a été abusé sexuellement à l’âge de 8 puis 12 ans : il m’a confié cela en tête à tête dans un petit salon de son monastère. J’ai eu l’occasion également de déjeuner avec un homme un peu plus âgé que moi, qui m’a été présenté par un pote, et qui m’a révélé qu’il avait été victime d’un homme pédophile dans son adolescence. Sinon, un ami journaliste sexagénaire m’a laissé clairement entendre qu’il avait été violé étant enfant par un homme plus âgé que lui. Il y a aussi cet ami martiniquais noir de 60 ans, Jean-Claude Janvier-Modeste, qui m’a dit qu’il avait été violé à trois reprises dans sa jeunesse, à 7 ans, puis 10 ans, puis 14 ans, par différents adultes (un copain de son grand frère, un entraîneur, puis un inconnu). Il m’a expliqué que les viols pédophiles étaient pratique courante en Martinique à son époque. Et le plus ahurissant, c’est que lorsque je lui ai demandé, devant témoins (c’était à la soirée « Négritude et Homosexualité » organisée au Théâtre du Temps le 11 octobre 2011 et consacrée à la sortie de son roman semi-autobiographique Un Fils différent), s’il voyait un quelconque lien entre la découverte de son homosexualité et les viols d’enfance qu’il avait subis, il m’a répondu catégoriquement que « non ». Que faire face à un tel déni de réalité… ? Dans la série des amis jadis abusés par des prêtres (qui ne font, à mes yeux, pourtant pas office de généralité sur le clergé catholique, puisque les prêtres abuseurs, anciens abusés, sont extrêmement minoritaires), j’ai aussi cet ami quinquagénaire qui a été violé par surprise par son confesseur. Autrement, je me souviens de ce garçon de mon âge, à présent séminariste catholique, qui m’a écrit tout de suite après mon passage à l’émission Dieu Merci ! (du 20 mai 2011) pour me dire qu’il voulait volontiers faire partie de ma bande d’amis homos pour m’accompagner à la messe dominicale. Par la même occasion, alors que nous prenions un bain de soleil aux Jardins du Luxembourg, il m’a appris qu’il a été violé par un prêtre de 40 ans alors qu’il venait juste de passer à l’âge adulte et qu’il ne se savait pas encore homo… J’ai en tête cet ami de 26 ans (encore séminariste) qui m’a dit qu’il s’était fait violer et sodomiser à l’âge de 14 ans par un prêtre de 30 ans complètement saoul (aujourd’hui incarcéré). Je repense aussi à cet ami – maintenant marié et qui garde son homosexualité secrète – et qui m’a avoué qu’il a été abusé par un prêtre dans sa jeunesse.

 

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le viol peut venir également de la personne dite « passive », qui se place en victime, qui est parfois plus jeune que la personne qu’elle force au viol, qui dit explicitement vouloir être violée. N’oublions pas que le viol est un acte qui a lieu dans le cadre d’une RELATION de personnes (plus ou moins) libres (plutôt moins que plus, d’ailleurs) : il n’est pas des PERSONNES à isoler d’une relation, à diaboliser ou à innocenter totalement. Par exemple, un ami de mon âge, né au Brésil, m’a confié qu’il avait été abusé par un petit cousin très efféminé qui avait insisté pour qu’il le sodomise (l’inceste étant une pratique assez courante et banalisée dans son pays) : ce cousin était pourtant plus jeune que lui. L’acte pédophile n’est pas nécessairement opéré par un adulte sur un enfant : il peut se perpétrer entre deux adolescents du même âge qui, avec angoisse et maladresse, se sont masturber ensemble. Parmi mes amis qui ont été violés, deux insistent sur les images de sexes drus de leurs camarades qu’ils ont vus se masturber devant eux, et qui les ont fortement marqués. Par la suite, ils ont cherché à violer à leur tour, pour retrouver cet acte d’impudeur qui a blessé leurs yeux d’enfants.

 

Le désir de viol existe, et n’est pas qu’une invention/projection du violeur qu’il faut à tout prix mépriser. Un ami homo quarantenaire m’a dit un jour que parmi ses « plans sexe » réguliers, il s’était retrouvé face à un amant beaucoup plus jeune que lui, et qui le forçait à lui faire revivre des scenari où il le violerait (genre « Prends-moi ! Piège-moi ! ») Et oui ! Le violeur peut être aussi le soi-disant « passif » du couple. Je me souviens de cet autre ami gay, écrivain à ses heures perdues, fils de bonne famille, qui s’est fait agresser dans le métro parisien (un homme s’est masturbé devant lui), qui s’est fait caillasser dans la rue en présence de son copain parce qu’ils se tenaient à lui de manière ultra-hautaine, ou encore qui s’est fait piquer son bel appareil photo dans un train par un groupe de trois garçons – blancs, je précise – qui l’ont traité de « sale pédé ! ». En discutant avec lui de son attitude provocante et de son déhanché de mannequin dans la rue, j’ai appris qu’il « recherchait explicitement le viol ». Plus tard, il a même accepté de se prostituer sur Internet et de faire des fellations à des bureaucrates bossant à la Défense. J’ai également un ami trentenaire qui a si peu de volonté et qui s’auto-victimise tellement qu’il ne voit pas qu’il s’offre comme la pute de son quartier en libre : n’importe quel internaute qui passe chez lui et qui insiste pour coucher arrive à son but. Il n’a aucune résistance. Et quand, avec mes amis, nous allions avec lui dans un bar gay, nous lui découvrions à chaque fois plein de nouveaux « ex » ! Je me rappelle également, en 2002-2003, de tous ces garçons que je croisais en première partie de soirées dans le bar homo angevin du Cargo, qui étaient là d’abord pour des « plans soft » avec des clients… et qui, s’ils n’avaient pas trouvé chaussures à leurs pieds, passaient la deuxième partie de soirée à « tapiner » dans la nuit glaciale du grand parking de la Rochefoucault : ni moi ni eux n’osions nous regarder dans les yeux tellement le choc des soirées était glauque. Je me souviens enfin de cet homme du Québec, qui a été abusé parce qu’il est tombé dans un guet-apens, et qui m’a écrit ces quelques lignes le 4 avril 2011 dernier (prouvant qu’on peut très bien être violé tout en se retrouvant en apparences dans la position de « l’actif ») : « La question sur l’homosexualité me secoue depuis plus de 14 ans aujourd’hui. Depuis bien longtemps, j’ai voulu comprendre cela. Je n’en savais pas grand-chose, jusqu’au moment ou par faiblesse, peur, – je ne sais pas comment le dire – je suis tombé, je dis bien, je suis tombé dans un piège. Une personne adulte, de plus de dix ans que moi, m’a introduit dans ce monde d’homosexualité. La personne m’a violé, bien que ce soit moi qui jouais le rôle de l’homme… »

 

Pour ce qui est de mon vécu personnel, même si je n’ai pas été violé à proprement parler dans mon enfance, je pense avoir subi une agression perturbante en 5e au collège (tous les garçons de ma classe m’ont encerclé dans un coin de la cour). Et plus tard, à l’âge adulte, je sais que dans ma recherche amoureuse, les hommes qui m’attiraient physiquement étaient des hommes mûrs, virils et poilus, qui allaient me dominer. Des bad boys paramilitaires de films pornos, en somme. Je me suis fait prendre d’ailleurs à mon propre jeu dans la période 2009-2011, puisqu’avec un des garçons avec qui je suis sorti, et qui était aussi passif que moi, j’ai été forcé d’être actif génitalement (= scénario connu de « l’arroseur arrosé »… ou plutôt ici, du « violeur violé »). Lors d’un de nos ébats amoureux, il m’a obligé, sans rien dire, à le pénétrer analement sans que la situation me laisse trop le choix (« Si ! T’as envie ! » me disait-il). Et une fois que je l’avais sodomisé (alors que ce n’était pas du tout mon truc), j’ai vu qu’il essayait absolument de me/se persuader que j’étais « 100 % actif », que « j’avais bien caché mon jeu » (coquinou, va !) et que « j’avais adoré ça ». Mouaif… Toujours pas convaincu…

Enfin, il existe d’autres types de viols qui ne s’appellent pas ainsi, parce qu’ils ne concernent qu’indirectement le viol par pénétration génitale, le viol-délit. Ils ne cessent pas pour autant d’être des viols, même s’ils méritent plutôt de s’appeler « violences » : je pense au visionnage d’images érotiques à la télé, au chantage psychologique, à la pression ou l’absence de liberté, à l’abus de confiance, à la maltraitance physique familiale, aux vols, au harcèlement moral, à l’isolement amical, aux tentatives de meurtre, ou carrément aux assassinats. J’inclus dans le tableau des violences l’inceste et les rapports incestuels : même si ça fait cliché, de nombreux amis homos me racontent les assauts violents et inquisiteurs de leur mère possessive. Concernant tous les chantages soumis à la tyrannie du consentement mutuel, je voudrais mentionner aussi tous ses amis qu’on a acculé à sortir avec des mecs qu’ils n’aimaient pas vraiment, ou qui vont au sauna pour s’oublier dans des étreintes semi-forcées, semi-consenties. Le viol démarre souvent par la banalité, et prend en compte non seulement l’acte posé, mais le ressenti de la personne qui le pose/le reçoit. Je me remémore par exemple ce jeune scout zozoteux à qui un camarade a mis une main au cul, geste anodin qui l’a pourtant beaucoup perturbé.

 

Toute la violence « innocente » et les atteintes à l’Amour que peut créer le porno dans le cœur d’un enfant sont parfois très présentes dans l’émergence du désir homosexuel. Je repense à cette amie lesbienne de 23 ans, me racontant l’impact démesuré et désastreux d’un film porno qu’elle avait vu avec ses deux grands frères à l’âge de 4 ans, en cachette des parents (qui possédaient ce genre de vidéos…). Je garde aussi en mémoire cet ami homo de mon âge, qui s’entêtait à me dire qu’il ne comprenait vraiment pas pourquoi je faisais autant le lien entre viol et désir homosexuel (il n’y mettait absolument pas de mauvaise volonté, pourtant !). Il estimait en toute bonne foi qu’il n’avait pas été violé, qu’il n’avait connu aucun traumatisme et que tout allait très bien dans son vie. Pourtant, récemment, un souvenir d’enfance – d’une violence grosse comme une maison – lui est revenu en tête, et lui a fait dire que « peut-être » il avait été l’objet d’un viol : en effet, quand il était pré-adolescent, avec son grand frère, ils avaient visionné des K7 VHS où leurs parents s’étaient filmés dans des scènes sado-masochistes. Et après ça, il osait encore me soutenir que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes !

 

 

Beaucoup plus graves sont les violences physiques populairement appelées « homophobie ». Par exemple, en 2003, à Angers, un de mes amis sexagénaires, Jacques, a été retrouvé mort étranglé dans son appartement. Après enquête de la police (qui est même allée interroger les locaux associatifs LGBT angevins), il fut prouvé que le meurtre est survenu au cours d’un jeu amoureux qui a mal tourné. J’ai aussi rencontré des amis qui ont été victimes d’actes homophobes, et qui à chaque fois endossaient une part de responsabilité dans l’agression, puisque soit ils avaient dragué par leur agresseur (par exemple, une de mes connaissances, assez allumeur, s’est fait balancer du haut d’un pont dans le fleuve de la Maine à Angers par un passant qui lui avait demandé du feu), soit ils sortaient d’un lieu de drague homo (ils se faisaient choper par des inconnus qui les avaient guettés à la sortie des bars gay), soit ils affichaient une fragilité suspecte qui, loin d’avoir provoqué le viol, l’a indirectement appelé car elle a fait écho à la fragilité sexuelle de leur violeur. Par ailleurs, un bon nombre de potes m’ont raconté aussi les vols d’objets que leurs amants de passage ont perpétrés à leur domicile… sans parler de ceux qui se sont fait harceler par téléphone par leur « ex » (qui se faisait passer pour un flic auprès de leurs parents pour leur soutirer des informations), ou bien ceux qui se sont fait courser en bagnole par lui ou suivre en filature. Les vrais scenari de films !

 

 

Je pense enfin à tous ceux qui, comme moi, au départ, n’étaient pas pré-destinés à violer/désirer être violés parce qu’ils n’ont effectivement pas été violés dans leur enfance, parce qu’ils ont grandi dans des draps de soie, parce qu’ils sont connus pour être des crèmes de garçons, et que l’idée même d’être dominés en « amour » ne leur effleure pas l’esprit… mais qui, de par leur fuite du Réel, leur manque de confiance en eux, leur idolâtrie des médias, se mettent, une fois arrivés à l’âge adulte, à rechercher des modèles amoureux de type « violeurs », qui pallieront à leur manque-à-être ou à leur fuite d’eux-mêmes. C’est exactement mon cas. Et je le vois aussi autour de moi. Par exemple, j’ai un ami homo de mon âge qui se salit dans des lieux de baise, et qui m’a avoué qu’il se reconnaissait exactement dans ma description du discours intérieur de l’homme qui s’auto-persuade que finalement « il l’a bien cherché et qu’il a aimé ça ». J’ai en mémoire un de mes anciens élèves de terminale, un garçon très efféminé, qui a sûrement grandi dans du coton (comme moi), qui était très ami des filles de sa classe, et qui, à défaut d’avoir été violé dans son enfance, se lançait pourtant dans une recherche amoureuse de type violent. Quand j’ai lu son « post » Facebook, son cri de révolte (« Mais pourquoi est-ce qu’ils me prennent tous pour une pute ? »), j’ai compris que si le viol n’avait pas précédé son coming out, il l’avait à coup sûr succédé. J’ai aussi parmi mes potes homosexuels un garçon particulièrement maniéré, qui s’offusquait dès que je parlais du viol en lien avec l’homosexualité : il ricanait… jusqu’au jour où j’ai deviné, sans qu’il m’en parle, qu’il avait été maltraité à l’école et que dans ses « plans cul » il mettait en scène des viols. Un jour que je me trouvais à la librairie parisienne LGBT Les Mots à la bouche, un jeune prof de lettres de mon âge, d’apparence fragile et sophistiquée, est venu m’accoster pour me draguer ouvertement : j’ai découvert que ce garçon bien sous tous rapports, était adepte des plan SM (Sado-Maso) où il était violé, dominé, maltraité. Il m’a même montré fièrement le collier piquant et la laisse canine que venait de lui offrir son copain du moment ! Voyez-vous, il ne suffit pas de faire son coming out ou bien d’avoir été nécessairement violé pour désirer le viol : c’est parfois l’effondrement identitaire, la panne de personnalité, ou le manque de liberté, qui sont à l’origine du fantasme de viol homosexuel.

 

 

Pourquoi ne sait-on pas tous ces liens entre homosexualité et viol ? Parce que le viol n’est pas un acte totalement subi, totalement dénué de liberté. Tous les cas que j’ai cités sont peu connus et reconnus par les victimes elles-mêmes (qui parfois n’ont même pas parlé du viol à leur propre compagnon de vie !) pour des raisons diverses. La dénonciation du viol a toujours été très difficile à faire car d’une part le viol est un fait caché et honteux prenant l’apparence d’un bien, et d’autre part sa dénonciation peut foutre un bordel-monstre dans les familles, les cercles amicaux et la société. N’oublions pas que le violeur n’est en général pas un étranger, mais un proche parent. Parler du viol demande une énergie phénoménale à la victime qui veut le dénoncer. De plus, le viol a du mal à être prouvé tant il est nié par l’agresseur et justifié par les bonnes intentions. En effet, la victime du viol a pu, par stratégie de survie, banaliser l’agression et ré-écrire les faits sous forme de jolie romance, en donnant crédit aux sentiments et aux cadeaux de son bourreau, ou en lui attribuant au moins la découverte de son homosexualité (« Si j’ai joui, c’est que j’ai quand même aimé ça, quelque part… L’homme qui m’a initié à la génitalité m’a révélé mon attrait pour les garçons, finalement. »). Et puis humainement il n’a jamais été facile, a fortiori à un âge où on a peu de recul, de remettre en cause une violence ou un manque de liberté, surtout quand socialement ces derniers sont remplacés par les mythes sucrés et politisés de « l’identité homosexuelle », de « l’amour homosexuel merveilleux » et de « l’homophobie » (le mot-épouvantail qui renvoie au viol sans même le dénoncer !).

 

Alors s’il vous plaît, amis lecteurs, concernant le désir homosexuel, ne causalisons pas le viol en l’homosexualisant, mais n’ignorons pas non plus son existence, minoritairement en tant que fait réel, majoritairement en tant que fantasme. C’est la plus belle assistance et amitié que vous nous offrirez à nous, personnes homosexuelles. Votre indifférence bienveillante et gay friendly qui nie nos souffrances et nos drames intimes, nous n’en voulons pas ! Que lumière soit faite sur la caverne de nos viols, fantasmés et parfois réels ! Foi d’Araignée.

 
 

N.B. : Cet article est étroitement lié aux codes « viol » et « homosexuel homophobe » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels. Je vous suggère de compléter votre lecture par ces deux articles capitaux.


 

[1] Par exemple, le chercheur américain David Finkelhor affirme que les garçons agressés avant l’âge de 13 ans auraient quatre fois plus tendance que les autres à revivre des expériences homosexuelles (David Finkelhor, « Four Pre conditions : A Model », dans Child Sexual Abuse : New Theory and Research, 1984). D’après une enquête menée par le magazine gay The Advocate (n° 661-662, 23 août 1994) auprès de ses lecteurs (2500 questionnaires en retour), 21 % des répondants considéraient en effet avoir été victimes d’abus sexuels avant l’âge de 16 ans. « Les personnes ayant déjà eu des pratiques homo-bisexuelles ont beaucoup plus souvent que les autres subi des rapports sexuels contraints (tentatives ou rapports imposés) : 45,4 % des femmes homo-bisexuelles contre 14,9 % des femmes hétérosexuelles, 23,9 % des hommes homo-bisexuels contre 3,9 % des hommes hétérosexuels. » (Enquête sur la sexualité en France (2008) de Nathalie Bajos et Michel Bozon, p. 262) ; « Les personnes qui ont eu des partenaires du même sexe déclarent beaucoup plus de rapports forcés que les personnes qui n’ont eu que des partenaires de l’autre sexe. Ainsi, 44 % des femmes ayant eu des rapports homosexuels dans leur vie déclarent avoir subi des rapports forcés ou des tentatives (contre 15 % des hétérosexuelles), dont 31 % avaient moins de 18 ans la première fois ; c’est le cas de 23 % des hommes qui ont eu des rapports homosexuels (contre 4,5 % des hétérosexuels), dont 15 % avaient moins de 18 ans la première fois. » (idem, pp. 385-389)

 

VADE RETRO CIVITAS !!! (« Débat » au Sénat le 11 septembre 2012)

COMPTE-RENDU DU DÉBAT DU 11 SEPTEMBRE 2012 AU SÉNAT (Paris) SUR LA PROPOSITION DU PRÉ-PROJET DE LOI SUR « L’OUVERTURE DU MARIAGE À TOUS LES COUPLES QUI LE DÉSIRENT » (DÉBAT MENÉ PAR LA SÉNATRICE ESTHER BENBASSA, ENTOURÉE DE DIDIER ÉRIBON, CAROLINE MÉCARY ET DANIEL BORRILLO)

 
 

(N.B. : Je précise que tous les propos que j’ai cités en italiques et entre guillemets ont été entendus sur le vif, et ont été prononcés vraiment tel quel.)

 

« Vous ne faites pas partie du débat !! Vous êtes hors débat !!! » (Édouard, le jeune activiste « pro-mariage pour tous », s’adressant pendant le temps d’« échange » à tous les opposants du pré-projet de loi de la salle)

 


Daniel Borillo, Esther Benbassa, Caroline Mécary et Didier Éribon
 

C’était mardi dernier. Il y a quatre jours. Une après-midi pluvieuse. Même le Ciel était triste et consterné par ce qui se passait ! Je me suis rendu au Sénat pour assister au « débat » concernant la proposition de loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Pour une fois qu’on nous proposait de discuter publiquement sur des questions sociales aussi cruciales pour notre avenir, il ne fallait pas que je manque au rendez-vous !… surtout à l’heure actuelle où beaucoup de médias nous présentent cette loi comme « déjà votée », et que ses promoteurs zélés nous interdisent purement et simplement tout débat sur le sujet ! (J’écoutais, en juillet dernier sur France Inter, à l’émission Le Débat de midi de Thomas Chauvineau, Dominique Boren, le co-président de l’APGLAssociation des Parents Gays et Lesbiens – décréter, avec la commission de censure gay friendly qui l’entourait, qu’« il ne pensait pas qu’un débat contradictoire ait de l’intérêt pour les questions d’homoparentalité. » Le chemin du dialogue est barré, tenons-nous-le pour dit ! Scotch marron sur la bouche ! Vooooilà !) En plus, ce débat au Palais du Luxembourg tombait à point nommé (… et à deux jours près !) avec la déclaration « officielle » de la ministre de la Justice Christiane Taubira dans le journal La Croix, qui stipulait que « les homosexuels allaient bénéficier des mêmes conditions d’adoption que les hétérosexuels. » Une raison supplémentaire, à mes yeux, pour faire le déplacement !

 

Et les propos tenus pendant cette réunion m’ont paru tellement hallucinants que j’ai décidé non pas de m’offusquer et de ruminer ma rancœur dans mon coin, en passant vite à autre chose, mais de vraiment faire un article, un compte-rendu précis de ce qui s’est dit salle René Coty ce jour-là, pour que vous mesuriez l’inquiétant déni de Réel vers lequel la France toute entière s’engouffre sans même s’en rendre compte. Au lieu d’intervenir directement dans la conférence et de me faire aboyer dessus (je n’exagère pas : les quelques rares contradicteurs qui ont essayé de s’exprimer se sont fait lyncher sur place !), j’ai préféré sur le moment faire profil bas, chauffer le crayon, prendre un maximum de notes, pour que vous sachiez ce qui s’est vraiment dit, et surtout pour que ces législateurs médiatiques (j’ai nommé les « sociologues » Daniel Borrillo et Didier Éribon, l’avocate Caroline Mécary, et bien sûr la sénatrice d’Europe Écologie Madame Esther Benbassa… qui nous a tous laissés « verts », il faut le dire) s’entendent parler, puissent se lire et se relire blanc sur noir. Je veux qu’ils comprennent le mal qu’ils nous construisent (avec les meilleures intentions du monde, en plus !).

 

Cet article ne sera pas une démonstration de mes opinions sur le projet de loi sur le mariage ou l’adoption. Celle-ci aura toute sa place dans mon prochain livre Homosexualité en vérité, qui verra le jour le 13 octobre prochain. Dans ce nouveau numéro du Phil de l’Araignée, je me contente simplement de décrypter un événement public (ambiance générale, discours des intervenants, réactions du public, etc.) en tant que témoin oculaire, et ne rentrerai pas dans le débat d’idées. Cela m’intéressait de sortir des considérations purement théoriques et argumentatives pour aller vers le témoignage constatif et jouer le rôle du photographe qui vous commente son instantané, « comme si vous y étiez ».

 

La rencontre aura duré trois heures. Trois longues heures pour se rendre compte du degré d’inconséquence et d’inconscience de certains de nos dirigeants et de leurs idéologues, qui nous préparent une soupe – la loi sur l’ouverture du mariage aux couples homosexuels – sans l’avoir goûtée, sans même avoir idée de son goût et des indigestions violentes qu’elle va engendrer (et qu’elle engendre déjà !). La seule qui semblait en avoir conscience, c’est Caroline Mécary (c’est pour ça qu’elle tirait la tronche et qu’elle n’est quasiment pas intervenue…).

 

Vous savez, un débat démocratique, idéalement, c’est un moment où qu’on réfléchit, où qu’on apprend des choses, où qu’on s’écoute, où qu’on parle avec les autres autour de nous en vue du bien commun (même si qu’on n’est pas toujours d’accord avec qu’est-ce qui disent), où qu’on dégage les grandes orientations communes en se basant sur des cas concrets pour être au plus proche de l’Humain et spécialement au service des plus fragiles, où qu’on recherche ensemble la Vérité sans jamais chercher à La posséder à soi seul et à L’imposer aux autres (car la Vérité n’est Une et Vraie qu’en partage ! c’est Sa règle d’Amour). Encore faut-il croire humblement en l’existence de cette Vérité-Amour-Chemin collectif… En tous cas, ce n’est pas une foi et une confiance qu’ont démontrées Benbassa, Mécary, Borrillo et Éribon, il y a quatre jours au Sénat. C’est le moins qu’on puisse dire !

 

A-t-on assisté à un débat digne de ce nom ? À l’évidence, non. C’était plutôt le prototype de l’anti-débat !

 
 

1 – Le fond (sans fond) du débat

 

 

Déjà, les exposés des intervenants ont rasé tout le monde, y compris ceux qui les ont applaudis docilement. Un détail : ma voisine lesbienne, visiblement militante et « pro-mariage pour tous ceux qui le demandent », se faisait chier royal. Du début jusqu’à la fin de la conférence, je l’ai vue et entendue bailler… Elle avait commencé à prendre des notes sur son superbe ordi portable, puis, face à la nullité des propos tenus, elle a écrit cinq lignes, pour ensuite se résoudre à refermer définitivement son engin et écouter la messe avec un œil bovin.

 

Ensuite, le contenu des démonstrations rasait vraiment les pâquerettes. Sans rire. Je suis toujours épaté de voir comment ceux qu’on nous présente comme des « chercheurs », des « intellectuels » et des « hommes de loi » de renom sont capables de nous pondre des démonstrations, certes avec le jargon sophiste qui « fait bien », mais dignes d’un mauvais exposé scolaire de lycéen qui recrache du concept sans comprendre l’incohérence et le manque de sérieux de son propos. N’importe quel prof d’université un peu sérieux aurait eu Borrillo, Benbassa, Éribon et Mécary comme étudiants sans savoir qu’ils étaient médiatiques ou politiques, je suis sûr qu’il les aurait recalés à l’examen !

 

Daniel Borrillo, par exemple, parlait beaucoup trop vite (subtile technique, soit dit en passant, pour ne pas être reconnu comme cancre, pour ne pas être contredit, et que l’auditoire n’ait pas le temps de prendre des notes ni de réagir !). Il employait des métaphores pseudo scientifiques pour asseoir en réalité un manichéisme de bas étage (cf. son histoire de la « courbe d’horizontalité », jugée irréfutable – figurant le couple homosexuel demandant une égalité des droits « naturelle » et revendiquant l’expérience d’un amour « naturel » –, censée, selon Borrillo, commander à la vacillante « courbe de verticalité » – les devoirs d’État de ce couple indiscuté, les conséquences sociales du « mariage », l’adoption, l’accès à la procréation, etc.). Et toute cette fastidieuse démonstration « imagée et mathématique » s’articulait sur un seul fil rouge : l’« approche critique ». La nouvelle marotte du sociologue. Le problème, c’est qu’il n’a pris le mot « critique » que dans son sens populaire négatif… Ce que semble ignorer Borrillo, et qui apparaît pourtant comme une évidence pour tout individu un minimum lettré, c’est que la « critique » n’est pas en soi destruction ou négation : elle peut aussi être positive. Le mot « critique » n’a jamais été un bâton rhétorique pour taper de manière « clean et scientifique » sur son ennemi… Je pensais que les intellectuels dignes de ce nom avaient compris la nuance et l’écueil de cette expression depuis bien longtemps… Il faut croire que non.

 

Quant à Caroline Mécary, qui sait apparemment contenir à merveille sa révolte « militante » derrière un vernis intellectuel d’apparat et un faux calme (aurait-elle pris des cours chez Caroline Fourest ? ça se pourrait bien…), elle versait en réalité dans le chantage émotionnel ultra-politisé. Elle n’a pas parlé longtemps, certes, mais en dix minutes, elle a quand même eu le temps de 1 – nous indigner en faisant un hommage-express ému à Sébastien Nouchet, victime d’une attaque « homophobe odieuse » en 2004 juste avant le mariage de Bègles (A-t-on informé Caroline que l’homme en question s’est en fait immolé lui-même par le feu et qu’il était suicidaire ?) ; 2 – nous foutre les boules en brandissant le pantin du « méchant Vanneste » ; 3 – nous faire pleurer pour mieux justifier ses appétits prosélytes et le bien-fondé de la politisation des sentiments (« Le mariage de Bègles a été un moment extrêmement fort, extrêmement puissant… Mais aussi capital d’un point de vue politique… ») ; 4 – nous menacer et menacer son propre camp politique par la même occasion, en mettant Hollande au pied du mur de sa prétendue « promesse » politique ; 5 – nous mépriser en définissant l’union femme-homme comme une « violation » de l’Amour et des Droits de l’Homme (car c’est vrai : tous les couples femme-homme qui nous ont conçus sont des violeurs et des tortionnaires, c’est bien connu). Caroline Mécary a parlé. Ce fut court, bref et… pas intense.

 

Pas mieux avec Didier Éribon. Plutôt pire, même ! L’« universitaire » s’exprimait de manière très confuse dès qu’il a commencé à ouvrir la bouche. Son argumentaire n’était pas construit et partait dans tous les sens (j’y reviens en détail dans la partie 4 de mon article, ne vous inquiétez pas). Et alors, dans les propos, c’est certainement celui qui est allé le plus loin dans la passion déraisonnée, dans la frénésie surréaliste, dans la boulimie : « Le maximum de droits possibles pour le maximum de gens possibles ! » vociférait-il. Le discours de Didier Éribon incarnait l’apothéose du flou artistique (et violent !) socialiste et du moralisme laïcard. Figurez-vous qu’en parlant du projet de loi, le sociologue programme à plus ou moins long terme la dissolution en bonne et due forme du mariage, et plus particulièrement du mariage religieux. En fait, il veut dévaluer le mariage pour en faire un PaCs. En d’autres termes, il cherche à « pacser le mariage » (même si ce n’est pas dit explicitement comme ça ; mais dans les faits, cela revient à ça), en retirant à ce dernier le devoir de fidélité entre conjoints, l’encouragement à la communauté de vie (en gros, pas besoin à l’avenir de cohabiter ensemble quand on sera « mariés »), la solidarité entre « époux », l’obligation de passer devant un juge pour divorcer, etc. Didier Éribon s’est choisi depuis des années un cerbère invisible et tentaculaire contre lequel s’acharner, que lui croit réel mais qui n’est pas réel au fond (… sauf quand lui essaie de l’incarner), un monstre qui s’appelle le « psychiatre chrétien » ou le « conservateur réactionnaire ». Pendant tout le débat, le sociologue, d’une main tremblante, fustigeait ce qu’il a coutume d’appeler le « vieux discours réactionnaire », et soutenait que « les conservateurs sont ceux qui pensent qu’un mariage c’est un homme et une femme ». Dans sa paranoïa laïciste, il voyait de la pensée chrétienne exprimée partout, surtout quand il voulait discréditer rapidement le discours d’un de ses détracteurs sans avoir à argumenter (… comme s’il fallait être nécessairement croyant pour trouver par exemple la Gestation Pour Autrui, les manipulations génétiques, les PMA, les risques de l’adoption, et la marchandisation des corps, choquants !… on croit rêver…). Et, de surcroît, puisque dans tout bon discours idéologique manichéen qui se respecte la diabolisation ne se sépare jamais de la sacralisation excessive d’un autre concept tout aussi abstrait, Monsieur Éribon s’est empressé, pour donner une touche positive et une assise solide à sa phobie mégalomaniaque de l’Église-Institution, de présenter la Justice (dans le sens de « Ministère de la Justice »), la politique (dans le sens de « pouvoir totalitaire »), le droit (dans le sens de « non-devoir ») et les lois (dans le sens de « tables de la loi » en marbre froid) comme la panacée, comme le Messie profane qui règlera tous les problèmes et qui transformera le Réel et les soucis de la vie en carrosse de Cendrillon ! Faut-il rappeler à ce cher « intellectuel » que c’est par la voie du juridisme effréné et de l’anti-catholicisme que le nazisme s’est imposé en Europe il y a quelques décennies de cela ?

 

Et pour achever le prestigieux tour de table, il y avait (la meilleure pour la fin, toujours) la Maîtresse de cérémonie de ce « débat », Rika Zaraï… pardon… Esther Benbassa, la sénatrice des Verts (vous savez, le parti des « pas mûrs », dont beaucoup imitent en tous points les dérives matérialistes et capitalistes qu’ils condamnent chez les autres). Cette nouvelle pasionaria « hétérosexuelle et gay friendly » s’est d’office présentée comme la « Mère Courage des Homos » (« Depuis des années, je lutte contre les discriminations. »), celle qui les comprend, celle qui a peur de les contrarier (comme les mères faibles et possessives), celle qui « ne veut surtout pas qu’on la remercie » pour son travail (c’est bien elle qui est à l’initiative, avec quelques amis, de la rédaction du nouveau projet de loi)… mais qui fait un tel cinéma pour qu’on la remercie quand même qu’on finit par douter de son désintérêt dans l’histoire. « Je suis un peu fière d’être allée jusque-là ! » a-t-elle dit en imitant Roselyne Bachelot. Dans son discours Bisounours (« On est dans la tolérance bienveillante. » a-t-elle quand même osé sortir), Esther Benbassa se gargarisait de bonnes intentions sans évaluer les moyens techniques pour les concrétiser, sans considérer les faits et les conséquences à long terme du projet de loi qu’elle défend avec une fausse assurance et beaucoup de comédie sensibleriste. Le parfait Ponce Pilate au féminin (si vous me permettez cette comparaison « judéo-chrétienne » qui ne manquera pas de ravir Didier Éribon…), cette femme de loi faible mais capable d’être têtue et jusque-boutiste par fierté mal placée. Benbassa a démarré le poids lourd sans avoir le permis. Elle sent que l’engrenage qu’elle a lancé peut aller trop loin, que les rêves et les promesses que sa famille politique a imposés aux personnes homos la dépassent, mais pour l’instant, elle n’a pas l’honnêteté de faire machine arrière, l’humilité de se contredire, le courage de renoncer à son trophée de bonne samaritaine. Pendant le débat, je l’entendais relativiser, dans un optimisme d’indifférence totalement déplacé, les effets pourtant désastreux qu’aura l’adoption de la nouvelle loi sur le mariage (je connais suffisamment de cas concrets de couples homos qui se sont lancés dans la GPA ou la PMA, ou dans des projets de co-parentalité abracadabrantesques, pour le dire !). Mais Madame Benbassa s’en lave les mains : elle est TOLÉRANTE : « Je n’ai pas envie d’imposer à qui que ce soit le mariage. Ça m’est égal. Chacun fait comme il veut… » Loin de rester dans le Réel, la sénatrice s’est focalisée sur l’intention (le « changement », le « progrès », la « modernité », la « compassion », la « solidarité », etc. : les poncifs socialistes classiques). Par exemple, il faudrait, selon elle, accepter la GPA ainsi que la présomption de paternité pour que la France soit « au diapason de la société et de son évolution ». Au lieu d’enjoindre ses troupes à la prudence et au réalisme, au contraire elle les excitait, les poussait à avoir les yeux plus gros que le ventre, quitte à être excessifs et culottés, quitte à « gêner » (encore l’argument de l’image…), quitte à demander beaucoup trop pour réussir à obtenir (à l’usure) un maximum de droits (technique de l’enfant capricieux s’il en est) : « Je suis pour qu’on en demande beaucoup pour en avoir un minimum ! » Rentrez tous dans les locaux du Ministère de la Justice et prenez tout ce que vous voulez tant que la porte est ouverte : c’est « open bar » ! « Gay Happy Hours » ! C’est Taubira qui régale ! Pendant qu’elle avait le micro, la Esther Benbassa tenait le double discours de la lâcheté : celui qui exprime déjà à la fois le remord lucide/inquiet, et l’entêtement orgueilleux/rassurant. Ponce Pilate qui se lave les mains, comme je vous disais… Elle affirmait par exemple que « des lois comme celles-là ne sont jamais anodines… » et deux secondes après, elle se contredisait : « Il faut banaliser l’adoption par les couples homosexuels. » Elle niait la complexité et la souffrance de certaines situations humaines qu’on sait objectivement douloureuses (« Les femmes ont recours à la PMA avec beaucoup de simplicité. »). Au lieu de parler de la GPA en elle-même (qui n’est pas autre chose qu’un business des corps, une instrumentalisation de la femme, et un vol d’enfants consenti, planifié, rappelons-le !), elle enchaînait – par une pirouette rhétorique victimisante – sur une des conséquences secondaires de la Gestation Pour Autrui : le fait qu’il était « impensable et « odieux », selon elle, qu’une Nation refuse l’enregistrement sur les registres d’État Civil des enfants qui naîtraient par GPA. Là encore, Madame Benbassa a fait diversion dans le dolorisme, a quitté le Réel dans la victimisation matinée de solidarité, dans le catastrophisme (« Autant choisir le moins pire… ») saturé de légalisme « tranquillisant ». Puis, écartelée entre sa conscience de mal faire/mal dire et ses bonnes intentions, elle esquissera à la fin du débat un semblant d’étonnement abasourdi (… classique de l’apprentie sorcière…) : « On ne pensait pas qu’aller si loin [législativement] susciterait autant d’oppositions venant de 63% des Français favorables au mariage pour les personnes de même sexe. »)… avant de se masquer à nouveau les yeux, de s’étiqueter démagogiquement « vieille conne réactionnaire qui a encore des principes » et de s’acharner dans l’erreur : « Il y a un côté marchandisation qui me gêne… Peut-être que je suis d’une autre génération, d’un autre temps… » Non Madame, malheureusement, ce que vous projeter de faire voter, est plus que jamais dans l’ère du temps… sachant que notre temps est arrivé à un stade avancé de la régression infantile !

 

 

Points communs dans l’« argumentaire » de nos quatre intervenants de choc : exactement comme dans les mauvais exposés d’élèves (qui ont tout pompé sur Wikipedia), ils faisaient parfois naïvement référence à des souvenirs de conversations qu’ils venaient d’avoir avant la conférence avec leurs « groupes de travail » ; et pour soutenir leurs thèses farfelues, ils prenaient appui sur des comparaisons très imagées (très enfantines, en fait !) qu’ils n’expliquaient même pas, qui n’apportaient rien, et qui brouillaient l’analyse concrète des faits. Par exemple, Daniel Borrillo tenta de justifier sa démarche de « critique de la norme familiale » en employant l’image de la « recette du gâteau » qu’il faut remettre en cause (franchement brillante et utile pour comprendre son propos, cette métaphore culinaire… LOL). Et Esther Benbassa nous a expliqué, de manière aussi fort didactique (et inquiétante quand on interprète l’image jusqu’au bout), que s’attaquer à la transformation du Code Civil, c’est comme tirer sur une bobine de fil et voir arriver la pelote (« Quelqu’un m’a donné l’image de la pelote… ») Merci Esther. C’est du Einstein.

 

Visiblement, ces « chercheurs », en plus de nous livrer un discours d’une pauvreté intellectuelle hallucinante, ont un rapport plus qu’ambigu à la LOI (étant entendu le mot et la chose). On pourrait qualifier ce rapport à la Loi d’« idolâtre » (et d’aucun savent que l’idolâtrie est toujours moteur de violences inconscientes). Car en fait, dans les mots, ils font fusionner la « Loi-Réel » et la « loi-bout-de-papier », ou bien, ce qui revient au même, ils les opposent totalement… alors qu’elles ne sont ni la même chose, ni en opposition : la « loi-registre » a pour devoir d’accueillir la « Loi-Réel », de La comprendre et de La servir, pour ensuite L’orienter humblement vers la vie et le bien commun. Le problème est que nos amis « pro-mariage pour tous ceux qui le désirent » font le chemin contraire : ils veulent mettre le papier et la bonne intention avant le Réel. Ils inversent les choses parce qu’ils se prennent pour Dieu, un dieu athée égoïste qui installe la conscience individuelle humaine comme unique énonciatrice du bien et du mal, sans idée de transcendance pour le coup. Ce n’est pas un hasard si, par exemple, Daniel Borrillo défend l’idée de « droit subjectif » et qu’il articule la demande d’adoption pour les couples de même sexe sur la notion de « filiation fondée sur la volonté individuelle » (« La volonté n’a pas de sexe. » dira-t-il en grand tribun qui remet sa toge).

 

Finalement, ces législateurs de pacotille envisagent la Loi (= la « Loi naturelle et divine » + la « loi humaine en tant que système législatif ») comme un sceptre magnifique qui règlera tous leurs problèmes ET comme une poupée vaudou qui les déçoit, qui porte malheur, qu’il faut faire disparaître ou faire fondre pour en récolter l’or. C’est tout le paradoxe de l’idolâtrie ! Entre attraction et répulsion, fusion et rupture, c’est un même processus de violence qui s’exprime. Par exemple, Esther Benbassa adopte le discours jargonnant du savant fou qui prépare dans son laboratoire une entorse à la Loi (elle a dit que son projet de loi « exige une refonte du Code Civil ») après avoir présentée Celle-ci comme démodée (à deux reprises, elle a insisté sur la nécessité de « dépoussiérer le Code Civil »). Elle citait un de ses amis (qu’elle a présenté au passage comme un « réac’ de gauche ») qui, selon elle, « avait tout faux ! » pour la simple raison qu’il lui avait rétorqué que « la Loi ne devait pas suivre la société ». Mon Dieu, il a osé dire que le Peuple n’était pas toujours souverain ni juste tout le temps, et qu’il existe même parfois des utopies/tyrannies collectives (ça s’appelle notamment des sectes, des idéologies, des communismes, des « démocraties ») !!! Oh le vilain…

 

 

Concernant nos quatre orateurs (… et leurs suiveurs), je crois qu’on peut vraiment parler d’idolâtrie par rapport aux mots « loi », « droit », « égalité », « progrès », « science », « culture », « justice » (et tous leurs croisements lexicaux : « égalité des droits » surtout), mots jugés comme sacrés et inattaquables, en même temps que redoutables et dangereux. Car il faut bien comprendre une chose : les idolâtres « pro-mariage pour tous ceux qui le désirent » cherchent à détruire ce qu’ils adorent, étant donné qu’ils ne l’aiment pas et ne le comprennent pas. Même l’égalité, même la loi (à commencer par la loi naturelle), même le mariage, ils ne les aiment pas dans les faits ! Par exemple, ils n’ont jamais réalisé que la « tolérance » et l’« égalité » n’étaient pas bonnes en soi, et qu’il y a des tolérances très réactionnaires (l’abnégation, le relativisme, la lâcheté, le déni de Réel et de souffrance, etc.), qu’il existe des inégalités très justes (elles s’appellent différences, singularité des êtres humains et des situations, diversité culturelle, etc.) tout comme des égalités très injustes (conformisme, uniformité, refus des différences, pensée unique, etc.). Ce n’est pas en luttant aveuglement en faveur de la « Déesse Égalité » qu’on favorise la reconnaissance des personnes, l’équité, autrement dit la juste égalité, celle qui s’adapte au Réel et non celle qui Lui commande. Je pense vraiment que ces extrémistes du progressisme n’aiment pas l’égalité : ils la réduisent à un simple instrument ou à un prétexte verbal pour donner corps à leurs fantasmes identitaires et amoureux les plus désincarnés et les plus égoïstes, au final.

 

Et pour exécuter le travail de sape de leur idole « La Loi », nos idéologues gays friendly louvoient et minaudent avec Elle, L’habillent, L’enrobent (et L’étouffent !) de mille et une « bonnes » intentions, Lui donnent souvent une apparence artistique, législative, amoureuse, voire sacramentelle (version athée). Les penseurs queer et camp (ne surtout pas les appeler « hétéros », « homos », « gays », « lesbiennes », « bis » et « trans » : tout ça, ce sont déjà des étiquettes marchandes et communautaristes datées, vous comprenez… Et en plus, dans « homosexuel », il y a le mot « sexuel », alors c’est encore plus « réducteur » ! Eux, ils sont juste « amoureux », « sensuels », « expérimentateurs » et « artistes militants »… Ne pas les nommer, c’est même mieux ! disent-ils) défendent notamment les concepts théoriques de « devenir », de « déconstruction », de « reconstruction », de « déplacement », de « transcendance », de « sentiments », de « contournement de la norme », de « créativité », de « lutte contre les discriminations »). Leur plus belle victoire sur la Loi, c’est d’abord celle qu’ils ont apparemment remportée sur le terrain de la Parole, à travers le triomphe actuel du nominalisme (philosophie médiévale sur laquelle se fonde nos civilisations post-modernes actuelles, et qui défend l’idée que c’est la subjectivité humaine qui commande au Réel : l’être humain n’aurait qu’à recréer le monde et nommer les choses comme il veut, sans Dieu, pour changer leur réalité) et du sophisme (notre quotidien envahi par les slogans, les images, les machines et la pub en fournit un parfait exemple). Et on peut dire qu’ils l’ont plutôt bien gagnée, cette bataille des mots, vu que 63% des Français se disent/diraient actuellement favorables à la loi sur le mariage pour les couples de même sexe, sans savoir trop pourquoi. D’ailleurs, pendant le débat, notre quatuor de législateurs s’amusait à inventer des nouveaux mots, à déformer les anciens. Par exemple, dans leur projet de loi, il est déjà question de remplacer les expressions (jugées « sexistes et hétéro-patriarcalo-centrées ») « mari et femme » ou « père et mère » par celles (bisexualisées et asexualisées) d’« époux », de « conjoints », de « co-parent », de « parent de fait », de « parent social »). Bref, ils s’enlisent dans la bonne intention déréalisée, dans la pensée magique et schizoïde que les mots vont modifier les choses. Par exemple, Caroline Mécary s’est donnée pour objectif de « faire bouger les lignes de la loi ». Didier Éribon, de son côté, nourrit la même superstition à l’égard de la Loi : « Le droit, c’est l’enregistrement de la norme. Transformer le droit, c’est transformer la norme. » Pour ce savant post-moderne « constructionniste », il s’agit, par l’intermédiaire du « droit », de « défaire… ou en tous cas de déplacer les frontières » du Réel et du vrai Droit (… le Second était pourtant inféodé au Premier, dans l’idéal). Concernant les conséquences sérieuses qu’implique la destruction/reconstruction hasardeuse de la Loi, Éribon s’est contenté de noyer astucieusement le poisson dans un discours poétique vaguement législatif et surtout sincèrement élancé, proposant, « participatif » (comme dirait avec bravitude notre amie Ségolène). Et concrètement, ça donne ça : « Je sais qu’il y a des problèmes… Mais c’est au droit de régler le problème. Faisons preuve d’imagination juridique, culturelle, législative… » Il n’y a que Maille qui m’aille.

 
 

2 – Nulle intention de débattre

 

Quand je dis qu’il n’y a pas eu de vrai débat, ce n’est pas seulement par rapport au fond (ou plutôt, en l’occurrence, l’absence de fond). C’est aussi dans l’esprit de la rencontre. L’ambition de proposer un débat, et tant qu’à faire un débat de qualité, n’était absolument pas au rendez-vous, je peux vous l’assurer. Ce qui m’a marqué, c’est que, dans une fausse humilité (j’ai pouffé intérieurement de rire quand Madame Benbassa a sorti qu’« élaborer cette loi sur le mariage obligeait à beaucoup d’humilité » !) et une décontraction inappropriée à la gravité des enjeux du débat (« Dans la bonne humeur et la réflexion, nous ferons avancer ces lois ! »), nos quatre intervenants s’excusaient à tour de rôle de penser par eux-mêmes, affichaient leur incompétence ou leur déni sans s’en rendre compte, n’entraient pas dans le vif du sujet (sous prétexte que ce serait trop fastidieux de rentrer dans les détails, ou que ça ennuierait tout le monde), fermaient la discussion, ou se cloîtraient dans un silence contrarié (Suivez mon regard… il atterrit sur Caroline Macaron). La couardise dans toute sa splendeur ! Écoutez plutôt nos valeureux « intellectuels » et « législateurs » conclurent presque chacune de leur prise de parole par ces mots vigoureux : « Franchement, je n’ai pas d’idées… Je ne suis pas une juriste aguerrie. » (Esther Benbassa en conclusion du débat) ; « Je ne vais pas rentrer dans tous les aspects juridiques… » (Daniel Borrillo, après avoir survolé la question du statut flou du « co-parent ») ; « La question est réglée d’avance… » (Didier Éribon concernant la loi sur le mariage entre couples de même sexe) ; « On laisse la partie technique… » (Esther Benbassa, esquivant la discussion sur les retombées concrètes de la substitution de l’expression « mari et femme » par « époux » ou « conjoints » dans le cas de la validation de la loi sur le mariage) ; « Je ne suis pas un expert du symbolique… » (Daniel Borrillo) ; « On n’est pas là pour dire ce qui est souhaitable ou non ! » (Esther Benbassa face au pédopsychiatre qui critiquait chez elle le discours relativiste et fuyant) ; « On ne règlera pas maintenant tous les problèmes psychologiques qui se posent. » (Esther Benbassa, niant les constats médicaux des professionnels de la santé).

 

Caroline Mécary, pour ne pas s’enfoncer davantage dans le déni de Réel, est restée particulièrement muette et concise pendant la seconde moitié de la conférence. Elle a dû sentir l’accumulation de bourdes de ses camarades, et a préféré s’éclipser peu à peu après sa première intervention. Et à sa place, j’aurais fait pareil ! : je me serais caché six pieds sous terre (… de honte !).

 

Didier Éribon, lui, n’a pas eu les mêmes états d’âme et la même distance. Tant qu’à être de mauvaise foi et à afficher la lâcheté, autant le faire en grand et avec du bruit ! Son relativisme sentait la démission intellectuelle et le désenchantement existentiel/amoureux à plein nez : À quoi bon débattre, disait-il, puisque « les arguments sont toujours réversibles » et qu’il n’y a pas d’« évidences » (sauf si on les rabaisse, comme lui le fait, au rang de « points de vue », de méprisables « opinions » subjectives, de « constructions culturelles patriarcales, hétérosexistes et judéo-chrétiennes ») ? « Qui peut définir ce qu’est une famille ? » lança-t-il orgueilleusement à la foule, sans attendre de réponse. L’Amour, messieurs dames. L’Amour. Mais c’est sûr que quand on connaît un peu ton histoire familiale, et surtout ton rapport blessé à celle-ci – j’ai lu en entier Retour à Reims (2009) –, on comprend que tu ne veuilles pas t’étendre sur cette question, que tu n’autorises personne à s’y étendre, d’ailleurs…

 

Au lieu d’apporter une parole forte et juste, et comme pour pallier le vide de prétention à débattre, nos quatre conférenciers s’appesantissaient à se faire des courbettes (j’aime beaucoup ta robe ; ton dernier livre, j’ai a-do-ré ; faut absssolument que tu me refiles la recette), à se congratuler entre eux, à se citer mutuellement. Par exemple, Esther Benbassa n’a pas boudé son plaisir en définissant, avec une audace frétillante, le Dictionnaire des cultures gaies et lesbiennes (2003) de Didier Éribon comme « une Bible… une grande Bible même » qui servait encore aujourd’hui à « réformer nos esprits » (au moins ça !… même si personnellement, j’aurais plutôt employé le verbe « formater », mais bon…).

 

Quant à l’issue du tour de table qu’elle était censée conclure, Madame le Sénateur a affiché un contentement forcé, alors même que les dossiers de fond avaient tous été survolés : « Bon… Tout le monde a dit presque tout, je crois… » Visiblement, le public d’anesthésiés (ou d’indignés muets !) n’a vu que du feu à cette mollesse et cette démission collective. On le roulait dans la farine et on lui servait de la soupe idéologique sans contenu, mais ça lui allait très bien, c’était ça le pire…

 

Sans le faire visiblement exprès, car ça se voulait à la base un compliment poli, l’intervention conclusive et convenue de Stéphane Corbin (le porte parole de la fédération Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) a fini de convaincre l’assistance qu’on venait de passer trois heures avec de faux intellectuels qui se défilaient sur les sujets qu’ils s’étaient initialement proposés de traiter : « Merci pour vos réponses… et vos non-réponses qui ont finalement été des ouvertures… »

 

Le débat, dans sa globalité, était en grande partie scénarisé. Par exemple, c’était gros comme une maison que Didier Éribon avait prévu de laisser le mot de la fin à un de ses potes homos présent au deuxième rang, vivant en Angleterre avec son copain, et censé par conséquent offrir un regard « pro-mariage » neuf, distancé, efficace (parce que minoritaire : qui, dans l’assistance, pouvait le contredire et lui parler du traitement de l’homosexualité en Grande-Bretagne en connaissance de cause?), exotique, rafraîchissant, beaucoup plus juste que toutes nos pauvres considérations de Français franco-centrés sur le mariage.

 

Tout le monde est ressorti de la salle sans orientation précise (et je doute que le « pot de l’amitié » final ait clarifié davantage les affaires…), sans même une date pour les États Généraux de la famille qu’Esther Benbassa a pourtant encouragé à organiser (« S’il n’y a pas d’États Généraux de la famille, on ne pourra pas avancer. »), plus par urgence et par pression sociale pour éviter le scandale que parce qu’elle désire véritablement un débat de fond sur le mariage en lui-même. D’ailleurs, concernant ces États Généraux, nous aussi, les opposants au projet de loi sur le « mariage pour tous ceux qui le désirent », nous les demandons (bien avant de passer à l’étape du référendum, ou même à celle de la manif’ dans la rue). Mais je crois, pour être tout à fait lucide, qu’Esther Benbassa et ses collaborateurs ne souhaitent pas ce temps de concertation pour les mêmes raisons que nous et pour poser les bonnes questions. À les entendre, ils veulent des États Généraux non pas consacrés au mariage ni au projet de son « ouverture » (pour eux, les dés sont déjà jetés, la promesse socialiste est irrévocable, et le mariage pour les couples homosexuels ne se discutera pas !) mais uniquement des États Généraux orientés sur les conséquences pratiques du mariage entre couples de même sexe (présomption de parentalité, examen des nouveaux devoirs conjugaux entre « conjoints » de même sexe, PMA, GPA, adoption, mise en place des droits de succession, etc. ; Exemples de fausses problématiques qui prennent le vrai débat sur le « mariage » à l’envers, et enserrent les États Généraux dans la voie du compromis et de la logique par défaut : « Facilitons la coparentalité pour garantir à l’enfant adopté un père et une mère ! » ; « Permettons aux enfants issus des GPA d’être inscrits sur les registres d’État Civil ! », etc.). Nous, nous voulons au contraire que le projet de loi en lui-même soit remis en cause et abandonné ! Je crois qu’il faut bien qu’on se mette d’accord ensemble sur les buts concrets de ces États Généraux, car ils sont pour l’instant très équivoques et divergents.

 
 

3 – Le mauvais traitement de l’auditoire

 

Quand je dis que l’esprit de cette réunion au Sénat n’était pas au débat, c’est qu’on sentait clairement (et sans paranoïa aucune de ma part) que certaines interventions orales étaient placées sous haute surveillance, que des personnes dans le public avaient été préalablement désignées pour poser telle question à tel moment, qu’une brigade spéciale de militants parsemés çà et là guettait, extincteur en main, le « subversif anti-loi-sur-le-mariage » pour l’encercler au plus vite et le mettre hors d’état d’incendier toute la salle. Si la discussion s’échauffait, les membres gays friendly de l’auditoire étaient prévus pour maîtriser les « gêneurs » en posant des questions inutiles et limite hors-sujet, en vue de détourner les conversations des sujets cruciaux. Devant moi, par exemple, un homme a volé la parole du pédopsychiatre Vincent Rouyer qui était en train de s’exprimer fort à propos sur les désastres concrets qu’impliquerait le « mariage pour tous », en lui emboîtant le pas (« On va changer de sujet! » a-t-il lancé précipitamment) ; puis il s’est chargé de faire diversion en interrogeant Esther Benbassa sur l’historique de l’élaboration du projet de loi (passionnant…). Le but de la manœuvre était claire : faire taire les opposants.

 

Globalement, pendant le « débat », j’ai été impressionné par la hargne des militants LGBT et friendly à l’encontre de ceux qui, comme moi, aspiraient à un échange serein et consistant. Ils préféraient maintenir leurs détracteurs dans des réactions que ces derniers n’ont jamais eues (le catastrophisme, l’énervement, le trouble, la peur, la rigidité, la superstition religieuse, etc.) plutôt que de reconnaître que celles-ci provenaient majoritairement d’eux (je les ai d’ailleurs sentis hyper nerveux, irritables, pas du tout à l’écoute, paniqués, pendant tout le temps des questions). Il n’y avait qu’à voir l’accueil qui a été réservé à l’emploi de l’expression « J’exige » (« exiger », c’est un verbe « nazi », il est vrai…) par l’une des personnes du public (le philosophe Gaultier Bès de Berc), pour comprendre la paranoïa anti-fasciste qui pesait dans la salle : « Il faut aller au-delà des conservatismes ! » a rappelé Esther Benbassa. Et il suffisait aussi d’écouter deux secondes Didier Éribon pour comprendre que le vrai homme superstitieux dans l’histoire, qui parle d’« Apocalypse » sans arrêt, qui use et abuse d’un lexique religieux anachronique qu’il attribue fiévreusement à ses « opposants », c’est lui ! Pendant le débat, il n’avait que le mot « conservateur » en bouche : « Il ne faudrait pas que notre pays des Droits de l’Homme devienne le pays le plus conservateur du monde ! »

 

Le respect de l’auditoire convié ce jour-là (auditoire qui avait pourtant des questions vraiment pertinentes à poser, des intentions pas du tout belliqueuses ni alarmistes, des témoignages de terrain intéressants à prendre en compte) n’a pas été au rendez-vous. C’est quand même embêtant pour un « débat », ce manque de fair play et d’écoute…

 

Les partisans du projet de loi ont préféré maintenir leurs « opposants » dans des schémas de pensée extrémistes et caricaturaux pour mieux se justifier de ne pas les laisser parler, et de répliquer avec la même violence que celle qu’ils leur attribuaient. [Moi, par exemple, je n’emploie pas l’expression « mariage homosexuel »… puisque c’est le « mariage » tout court que demandent la plupart des militants homosexuels. Je n’ai jamais dit que la différence des sexes était l’unique fondement solide du mariage… puisqu’il y a des couples qui intègrent la différence des sexes, qui se marient dans les règles, mais qui ne s’aiment pas pour autant. Je ne pense pas non plus que la condition sine qua non pour qu’il y ait mariage, c’est la procréation ou la présence physique des enfants, étant donné qu’il y a des familles qui peuvent procréer naturellement sans que l’enfant soit nécessairement aimé et bien élevé, et qu’il y a des couples femme-homme stériles qui s’aiment vraiment. De même, ce ne sont pas les évolutions du mariage ou de la famille qui m’inquiètent en soi : il existe des changements au sein des couples femme-homme qui sont salutaires, novateurs, qui ne remettent pas en cause la structure malléable du mariage et qui n’impactent pas l’équilibre d’une société, bien au contraire.] Mais je crois que cela arrange le totalitarisme et le réductionnisme intellectuel de ces orateurs que d’enfermer leurs contradicteurs dans une pensée simpliste et sans nuance. Derrière leur revendication agressive du droit au mariage ou à l’enfant, on lit une revanche à prendre et une jalousie mal dissimulée à l’encontre des couples femme-homme, voire des croyants en Dieu. Daniel Borrillo, par exemple, demande à ce que les unions femme-homme soient passées au crible des mêmes examens scrupuleux et odieux que les cruels sociologues et psychanalyses auraient infligés à la communauté homosexuelle depuis des siècles, « et on verrait, selon lui, que peu d’entre elles auraient l’accréditation et la légitimité pour élever/adopter des enfants et se marier aujourd’hui » ! Pour prouver que les personnes non-homosexuelles sont mal placées pour faire la leçon aux couples homosexuels en matière d’amour, de mariage, de fidélité, de procréation, de filiation et d’éducation, l’un des amis homos de Didier Éribon, présent dans la salle, a pris énergiquement la parole pour asséner que les familles classiques, de tout temps, n’avaient fait qu’engendrer malheur sur malheur (« Quand on pense à toutes les perversités qu’ils ont infligées à leurs enfants ! »). Et Éribon s’est contenté d’acquiescer ironiquement : « … et on va essayer de faire mieux ! »

 

Il faut savoir, pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas bien Didier Éribon, que son disque anticlérical, anti-scientifique et victimisant, nourri par les philosophes structuralistes soixante-huitards (Michel Foucault en tête), tourne en boucle depuis trente ans… Il n’a pas l’air de s’en lasser, visiblement (nous, si…) : « La psychanalyse a joué un rôle terrible dans toute cette histoire. » ; « Il faut lutter contre la psychiatrisation de l’homosexualité ! » ; « Dieu soit loué, l’Église ne fait pas régner sa loi en France ! » ; etc. Didier Éribon voit du « discours chrétien » partout, même là où il n’apparaît pas explicitement. Je ne pense pas, par exemple, que les croyants chrétiens aient le monopole de la défense de la famille naturelle traditionnelle et aimante, ou bien que tous les opposants à l’« ouverture » du mariage, à la PMA ou à la GPA soient catholiques ou le fassent pour des raisons strictement religieuses (j’en connais même un grand nombre qui sont athées !). Il faut arrêter qu’il arrête son délire. Ce que les promoteurs du « mariage pour tous » ont du mal à comprendre, c’est que c’est juste humain de s’insurger contre les conséquences graves de certaines lois déconnectées du Réel, de certaines pratiques et manipulations génétiques qui concernent la vie et les êtres humains les plus fragiles. Cela relève du bon sens. Mais non ! Didier Éribon, en bon paranoïaque, refuse d’entendre raison ! La confiance, c’est la soumission ! Son ennemi de toujours, celui auquel il tient énormément, c’est et ce sera le discours « christiano-psychiatrique » (je n’avais jamais entendu cette expression avant… personnellement, j’ai adoré…). De toute éternité ! Comme son ami Daniel Borrillo, il lance sa croisade athée contre les intellectuels, les savants et les psychiatres. Il a même poussé le cri-qui-tue devant toute l’assistance : « Je ne veux pas être pathologisé !! » Du savoir scientifiques, des faits réels, de l’apport des sciences humaines, de l’expérience clinique, du témoignage de terrain à propos de l’encadrement de la petite enfance, nos quatre intervenants font table rase ! « Halte aux études !! » s’est écrié à un moment donné Daniel Borrillo au sujet de la légitimité des statistiques sur l’homoparentalité. Voilà ce qui s’appelle tout simplement de la censure.

 


Civitas, qui se présente comme « chrétien » et maintenant comme « catholique »
 

Néanmoins, le pompon de paranoïa « anti-fasciste » du débat n’est pas venu, comme je l’attendais, de notre quatuor à cordes dissonant préféré, mais d’un de ses alliés, un certain Édouard, jeune homme de 20 ans de l’ENS, placé tout devant, au look paradoxalement très catho intégriste (genre militaire Waffen-SS), que je voyais déjà ricaner pendant la seconde moitié de la conférence dès qu’il entendait un soubresaut de lexique « familialo-judéo-christiano-maçonnique » de la part du public, et dont l’esprit s’est échaudé rapidement suite aux interventions contestataires dans l’auditoire. On l’a vu se lever promptement de son siège, pour faire un esclandre qui restera, j’espère, dans les annales ! Non seulement il s’est mis à bannir purement et simplement tous les gens de la salle qui voulaient juste débattre (les mots de censure qu’ils employaient étaient clairs mais ne se dirigeaient pas à quelqu’un en particulier : « Vous ne faites pas partie du débat !! Vous êtes hors débat !!! »). Le plus drôle, c’est que dans son pétage de plombs tonitruant, il s’est mis à voir des gens de l’Institut Civitas partout (« On voit que Civitas est bien représenté dans la salle !!! »), limite en les pointant du doigt (Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas, Civitas est une communauté chrétienne dissidente de l’Église, lefevriste, anti-catholique, qui n’obéit ni au Pape ni à Rome). Mes amis présents dans la salle et moi, des catholiques ordinaires (et extraordinaires quand on se laisse habiter par Dieu), on était pris entre rire et consternation. Il était évident qu’il n’y avait pas un seul membre de Civitas présent parmi nous tous (s’il y en avait eu un, on l’aurait déjà entendu au début du temps d’échange !). L’unique individu de l’assistance qui, à la rigueur, aurait eu le look et l’attitude pour faire partie de Civitas (coupe saint Cyr, chemise à carreaux, boy scout blondinet agressif…), c’était bien Édouard (cf. mon N.B. final) ! C’est dur d’être un catho refoulé, quand même…

 

L’amalgame (recherché ?) entre les membres de Civitas (adeptes d’un prosélytisme religieux musclé et ultra-politisé) et les vrais catholiques (pas toujours fins, mais au moins appelés à l’être) arrange deux camps : ceux qui diabolisent l’homosexualité (Civitas en première ligne) en se centrant sur quelques ennemis grossiers – le « relativisme laïcard » et « l’accusation d’homophobie », plutôt que sur « l’homophobie » elle-même – ; puis ceux qui à l’inverse sacralisent l’homosexualité et qui, en invitant Civitas sur les plateaux télé par exemple, ont trouvé leur épouvantail à moineaux idéal, leur proie facile sur qui taper sans passer pour des fachos eux-mêmes, leur « caricature de ‘cathos’ » vivante qui justifiera aux yeux du monde que leur combat pour les droits LGBT est juste, et qu’à l’inverse le discours « ecclésial » sur l’homosexualité est totalement archaïque, inique, bête et méchant. En plus, la communauté homosexuelle a tout à gagner à inviter les chrétiens fondamentalistes intégristes à parler d’homosexualité : au moins, comme ça, le sujet (et toutes les souffrances/violences qu’il recèle) n’est pas traité ; on rigole bien et on s’offusque bien, aussi ; et en plus, ça fait d’excellents audimat ! Bingo ! Vive ces cons du FN et de Civitas ! On va organiser un dîner friendly avec eux !

 

Le pire, c’est que pendant ce « débat », la chasse à l’homme diabolique ne s’est pas limitée à « l’ennemi extérieur ». Selon la logique paranoïaque, l’ennemi extérieur se mute toujours en ennemi interne, deux fois plus traître et plus pernicieux encore que le premier ! D’ailleurs, ne croyez pas que nos quatre théoriciens de l’Amour soient venus la fleur au fusil et qu’ils marchaient main dans la main avec leurs chefs politiques, leurs juges, leurs législateurs, leur président, et même leurs sympathisants. Au contraire ! Ils n’ont pas arrêté, du début à la fin de la conférence, de torpiller « discrètement » leur propre camp politique (= la gauche), de présenter le projet sur le mariage comme une loi-sanction qui lui était destiné, une revanche à prendre face à « l’incompétence » des socialistes qui les ont précédés, un ultimatum, une menace qu’ils n’hésiteront pas à mettre à exécution si par malheur ils ne voyaient pas tous leurs vœux exaucés à la lettre ! Le président Hollande a/aurait promis un cadeau : il n’a plus le choix ! Pistolet dans la tempe, il doit le donner. Et interdit de se rétracter ! : « Il s’est engagé. Sans ambiguïté aucune. Il a réitéré son engagement. » rappelle fermement Caroline Mécary en début de débat. Dans le discours d’Éribon, Benbassa, Mécary et Borrillo, on sentait aussi une pression et un mépris assumés du président et de tous ses ministres : « Il existe du conservatisme à gauche ! […] Qu’on stimule le gouvernement, c’est notre rôle ! Les socialistes avant ne l’ont pas fait ! » (Esther Benbassa) Ils les aimeront tant qu’ils leur seront soumis. Moi, à la place de nos gouvernants, je ne tolèrerai pas un tel chantage.

 


 
 

4 – Le mépris des bénéficiaires officiels du débat

 

Enfin, pour terminer ce compte-rendu d’un « débat qui n’a pas eu lieu », je vous parlerai du point le plus important. Celui qui, à mes yeux, saute aux yeux, qui est le plus choquant. Je veux parler du mépris des « victimes » que ces idéologues-magistrats prétendent aider, mais qu’ils enfoncent encore davantage par des propositions de loi comme celles-ci. Comme dans tout système sectaire et propagandiste de censure, le « débat » proposé au Sénat ce mardi 11 septembre n’avait rien d’un échange démocratique. Et en effet, comment pouvait-il en être autrement, quand même les sujets qu’il s’était proposé d’honorer (les personnes homosexuelles en première ligne ; les enfants dans un deuxième temps) n’ont pas eu le droit à l’expression, à la reconnaissance, n’ont pas été consultés, ou bien ont été sommés d’adopter le discours policé du déni de souffrance et du déni de Réel ? Les rares témoins dans la salle qui ont parlé publiquement des enfants se sont fait renvoyer sévèrement paître. Et les rares personnes homosexuelles qui ont pu s’exprimer devant tout le monde n’ont pas pu/voulu parler de leur homosexualité, de leur mode de vie, des situations complexes que vivent les couples homosexuels en général : elles se sont axées uniquement sur « l’avancée légale de leurs droits » et sur leur « capacité indéniable à se marier et à adopter ». Bref, elles ont joué le rôle qu’on attendait d’elles : celui des victimes « agressivement heureuses d’aimer » et « éternellement insatisfaites ».

 

Pour rentrer dans le détail, j’ai compris avec tristesse en ressortant du Sénat, que les grands oubliés du « débat », les vrais exclus de nos « considérations d’adultes entre adultes », avaient bien été les enfants. Voilà pourquoi les échanges m’avaient paru sur le coup d’une violence objectivement révoltante. En vérité, je peux témoigner que les militants pro-mariage présents dans la salle empêchaient de parler concrètement des enfants. Dès qu’il était question de ces derniers dans la bouche d’une personne du public, cela déclenchait systématiquement chez eux des éclats de rire forcés, une hilarité hystérique, des sarcasmes, des échanges de regards hallucinés, une agressivité incontrôlée, des mystérieuses extinctions de micro. Rien de d’entendre le mot « enfant » (et surtout la périphrase « souffrance de l’enfant ») les insupportait au plus haut point, arrivait à leurs oreilles comme une insulte, même si ensuite, ils lui faisaient les yeux doux dès que celui-ci prenait la forme abstraite du « droit en faveur des homos » : « En tant que législateurs, nous faisons de notre mieux pour que l’enfant soit protégé. » (Esther Benbassa…). C’est le sort réservé à l’enfance qui m’a, je dois l’avouer, le plus choqué lors de cette conférence. C’est le peu de place laissé au traitement des souffrances (paradoxal venant de ceux qui s’en déclarent les ennemis et qui se présentent comme des justiciers sociaux) qui m’a le plus ébahi.

 

Il est extrêmement difficile d’avoir un dialogue raisonnable et constructif avec des gens qui ont quitté à ce point le Réel, qui tournent en dérision des évidences anthropologiques, qui se moquent même du bon sens, qui foncent tête baissée dans le déni de souffrances (parce qu’en réalité, ils ont beaucoup de comptes à régler avec leur propre famille). Par exemple, le fait qu’une personne de l’assistance ose affirmer que le couple homosexuel n’est pas procréatif par nature et qu’il faut nécessairement une gamète mâle et une gamète femelle pour concevoir un enfant, cela déclenchait le sarcasme forcé des « pro-mariage-pour-tous » ; quand on leur rappelait que les divorces créent des dommages dramatiques sur les enfants qui les subissaient sans avoir rien demandé, ils pouffaient de rire (y compris Benbassa et Éribon !) ; et lorsqu’il leur était rappelé que la pluri-parentalité, dans les cas de séparations, risquait à coup sûr d’amplifier chez l’enfant éduqué par deux « papas » et deux « mamans » le drame du divorce, ils tournaient l’exagération de leur détracteur – en réalité, leur propre excès inconscient – en remarque grotesque et « apocalyptique » (Didier Éribon). Bienvenue dans la quatrième dimension… Vous comprenez pourquoi, en ressortant de la salle René Coty, il y avait de quoi avoir les crocs ?

 

Même les professionnels de l’accompagnement de l’enfance ont été la risée de la salle. Quand une intervenante extérieure a osé affirmer, avec une gravité de circonstance, concernant le fait qu’un enfant naisse au sein d’un couple homosexuel, que : « Croyez-moi : les enfants vivent très mal ça… », Didier Éribon s’est contenté de lui répondre cyniquement : « … ça, c’est leur problème ! » Lorsqu’une autre jeune femme de l’assistance, faisant partie de l’association Le Droit de te connaître et travaillant depuis deux ans auprès d’enfants à Paris, a pris la parole pour souligner les graves troubles du langage qu’elle rencontrait quotidiennement chez les jeunes élevés dans des familles « homoparentales » (« Je tire la sonnette d’alarme… », s’est-elle permise de dire), un tonnerre de grommellements bougons et sceptiques l’a accueillie. Allô ? Y avait-il une conscience dans la salle ?

 

Les militants « pro-mariage pour tous ceux qui le désirent » détournent les yeux des vrais problèmes (crise, pauvreté, maladie, souffrance, injustices, deuil, guerres, etc.), pour les remplacer par des soucis annexes qui tiennent majoritairement du caprice, de la plainte déplacée, de l’hypocrisie, de la réclamation « universaliste en intention/particulariste dans les faits ». Concrètement, peu de couples homos auraient voulu se marier, car pour eux, le mariage, c’est le summum de l’institution bourgeoise, du carcan social destructeur, de l’hypocrisie religieuse. Et les rares militants qui le recevront (si la loi vient, par malheur, à passer) le réclament plus par prosélytisme agressif et par sincérité, que par vérité, par conviction personnelle et par respect de la réalité du mariage. Il ne s’agit absolument pas pour eux d’honorer et de perpétuer des traditions qu’ils respecteraient : il s’agit plutôt de travestir et d’affadir les traditions en les substituant par leurs parodies sincérisées.

 

Pourquoi le projet de loi sur le mariage et l’adoption est non seulement inadapté mais en plus dangereux pour les individus directement concernés par lui (= les personnes homosexuelles et les enfants) ? Pour une vulgaire histoire d’attachement angoissé et infondé à des petites représentations mentales figées de la morale, de la vie, de la famille, du bien-être de l’enfant ?? Pas du tout ! Moi, je pense d’abord à la sécurité et à la liberté des personnes homosexuelles elles-mêmes ! Car, à n’importe quelle époque que ce soit, il a toujours été dangereux et dramatique de jouer au jeu de la victimisation, surtout quand nos souffrances tiennent autant de la douleur réellement subie que de l’exagération pour se rendre plus malheureux qu’on ne l’est déjà. Je regrette, mais quand Madame Benbassa annonce comme une évidence que « le refus du droit au mariage est une vraie discrimination », j’ai envie qu’elle aille faire un tour en Haïti, ou dans un pays en guerre, ou même tout simplement qu’elle regarde la France en pleine crise économique, l’Europe du chômage… et après, on verra si elle classe le droit au mariage pour les couples homosexuels qui le « voudraient » (splendide conditionnel employé accidentellement par Didier Éribon… j’adore les lapsus révélateurs…) au rang des priorités et des urgences de la Nation ! Nous rendons-nous compte des priorités, justement ? Il a l’air de quoi, le pataquès autour de ce pauvre projet de loi sur le mariage, loi ne concernant objectivement qu’une poignée d’intéressés, qui, il y a dix ans de cela, ne souffraient absolument pas de ne pas pouvoir se marier et de ne pas avoir d’enfants, avant que le phénomène ne devienne à la mode et ne se radicalise en slogan politique pro-gay, en plainte singée de la « discrimination homophobe » ? Mais dans quel monde virtualisé vivons-nous ?

 

Quand on se pose en victimes alors qu’il y a largement plus malheureux et nécessiteux que nous, et que nous sommes bien souvent les artisans de notre propre malheur (la communauté homosexuelle en est le parfait exemple : cf. je vous renvoie aux codes « milieu homosexuel infernal » et « homosexuel homophobe » de mon Dictionnaire des codes homosexuels), quand on prend la place des vrais pauvres de la société, des sans-voix, on s’expose sur le long terme non seulement au ridicule mais aussi (beaucoup plus grave) aux jalousies, aux critiques, à la dette, à la soif de vengeance de ceux qu’on a écrasés pour que notre dossier soit placé sur le haut de la pile dans le bureau du magistrat (magistrat qu’on a préalablement soudoyé par nos larmes de crocodile, qu’on a menacé en brandissant sur lui le spectre de l’« homophobie »), à la vindicte populaire, à un retour de bâton sans précédent sur la communauté homosexuelle. Comprenez bien que c’est d’abord au nom de la menace grandissante d’homophobie qui pèse sur les personnes homosexuelles (la vraie, celle qui tue vraiment des personnes homosexuelles au fin fond d’une cave ou dans coin de jardin public, celle qui est portée par exemple par des courants fondamentalistes islamistes, entre autres ; pas « l’homophobie catholique » qu’on nous montre bêtement à la télé), et non au nom d’un attachement arbitraire à de « jolis » principes familialistes et religieux ancestraux, que je m’oppose fermement à ce projet d’« ouverture » du mariage à toutes les personnes qui le désirent (y compris aux personnes non-homosexuelles irresponsables !). Car si nous fuyons le Réel et nions les souffrances humaines – ce que fait concrètement ce pré-projet de loi de Madame Taubira, il faut le dire –, l’écrin d’Amour qu’aurait dû être (et qu’est dans certains cas de couples femme-homme qui s’aiment vraiment) le mariage, se métamorphosera en boîte de Pandore. Par la violence déraisonnée qui s’est déchaînée lors de ce débat au Sénat mardi (et qui s’est conclue par la rigolade sinistre d’un « verre de l’amitié »…), nous en avons l’illustration. Ne laissons pas nos législateurs jouer par « compassion » aux savants fous flattant les intérêts particularistes d’une minorité de la population qu’ils manipulent et qui ne travaille pas assez au bien commun. C’est l’avenir de l’Humanité dont il est question.

 

(Et je rappelle à ceux qui trouveraient ma dernière phrase risible, grandiloquente, alarmiste, millénariste, que le mot « Humanité » n’est pas référencé comme un gros mot ou une insulte dans nos Dictionnaires de langue française. En tous cas pas encore…)

 
 

N.B. daté du 14 janvier 2014 : Un peu plus d’un an et demi après, je découvre que celui qui s’était hystérisé contre les Civitas et que j’avais totalement par hasard rebaptisé « Édouard » pour cet article n’était autre que le véritable Eddy Bellegueule, le jeune romancier qui a écrit le roman En finir avec Eddy Bellegueule, et qui s’est choisi comme pseudonyme d’auteur « Édouard Louis ». Incroyable intuition ou ironie du sort, non ?

Carta para freira Paula (Lettre à soeur Paula, em português)

Carta para freira Paula

drapeau-portugal

(tradução em português : Monica POGGI)

 

Paula é uma freira missionária portuguesa da Comunidade dos Servidores do Evangelho. Ela tem 46 anos, mora e trabalha, atualmente, no Japão.

 

Foi uma amiga em comum, que deixou minhas coordenadas com freira Paula. Seu email de « entrada em contato » me pareceu rico de questões pertinentes em relação à posição da Igreja sobre a homossexualidade, tão revelador da ignorância e da febrilidade de muitos crentes, catolicos e praticantes, frente ao desejo homossexual, que eu decidi respondê-lo com demasiado tempo e cuidado.

 

A busca da Verdade desta mulher, bem como sua humidalde me tocaram.

 

Eis aqui seu email e em seguida minha tentativa de resposta :

 
 

« Caro Philippe, como vai ? Prazer em conhecê-lo, mesmo que seja por email. Sou missionária portuguesa da mesma comunidade que a Céline, Servidores do Evangelho. Me chamo Paula e moro no Japão. Acho que a Céline já lhe escreveu  à  propósito do assunto que me interpela neste momento. Vou explica-lo a situação. Se trata de um rapaz japonês que é católoco e que decidiu desde alguns meses deixar seu trabalho para refletir melhor sobre seu futuro. Porque durante o Caminho de Santiago de Compostela, ele se perguntou que talvez Deus o chamava para seguir a vocação sacerdotal. Ele ainda não tem certeza se seu lugar é entre nós, os Servidores do Evangelho, portanto ele nos pediu que o acompanhássemos no seu caminho de discernimento. Nós percebemos que mesmo que ele seja batizado desde sua infância (o que é raro no Japão, ja que a maioria é batizada quando adultos), ele tem dificuldades em confiar nos ensinamentos da Igreja e, às vezes, isso se torna um verdadeiro obstáculo para o aprofundamento da sua vocação. Quando eu o explico que, muitas vezes, é preciso distinguir entre a posição oficial da Igreja e a Pastoral, ele acha muito dificil de entender, porque isso parece hipocrisia .Ultimamente, ele duvidou sobre os ensinamentos da Igreja sobre a homossexualidade. Ele nos disse que não era homossexual e que  não conhece ninguém que fosse. Contudo, ele quer compreender o ensinamento da Igreja à esse respeito, caso contrário ele teme que quando se tornar padre, não consiga pôr em pratica o que a Igreja ensina e acabe por abandonar a vocação religiosa. Neste momento, ele está realmente começando a questionar sua vocação sacerdotal por causa disso. Ele tem lido comentários sobre a « Carta da Congregação para a Doutrina da Fé » sobre a pastoral à respeito de pessoas homossexuais e discorda com o posicionamento. Ele conclui que os comentários não refletem a misericórdia de Jesus. Isso seria portanto uma contradição com o Evangelho. Ele tampouco acha justo, à despeito dos homossexuais, que haja duas opções : a vida matrimonial e a castidade consagrada à Deus ; sabendo que para os homossexuais exista somente a castidade. Posto que eu  não sou homossexual, é verdadeiramente, dificil pra mim julgar. Eu me informei um pouco, mas  não sei qual opinião validar como justa. Confesso minha ignorância neste âmbito e por isso lhe peço ajuda. Já que você é homossexual e católico, será que poderia me responder essas perguntas ? Por exemplo, você está de acordo com : « A inclinação particular da pessoa homossexual constitui, no entanto, uma tendência, mais ou menos pronunciada, em direção à um comportamento, intrinsecamente mau, do posto de vista moral. É a razão pela qual a inclinação em si deve ser considerada como, objetivamente desordenada »? (segundo « Carta da Congregação para a Doutrina da Fé » sobre a pastoral à despeito de pessoas homossexuais). Isto é, para você a inclinação homossexual, é desordenada e você considera o comportamento homossexual intrinsecamente mau ? Para mim, é dificil de entender que sendo a homossexualidade uma estrutura da pessoa, mesmo que não sendo ela génética na maioria dos casos, seja algo de ruim e desordenado. Se eu for sincera, na minha ignorância, eu prefiriria que a homossexualidade pudesse ser mudada com alguma terapia e se tornasse heterosexualidade. Mas segundo o que li, em psicologia isso não é tolerado nem aconselhável mesmo se existe grupos que promovam chamando-a de conversão, correto ? Então, como você entende e vive sua orientação sexual? Com respeito à frase seguinte, da mesma carta, você concorda com esta afirmação? « Na realidade, é preciso também reconhecer naqueles que têm uma tendência homossexual a liberdade fundamental que caracteriza a pessoa humana e dá-lhe a sua dignidade particular. Devido a essa liberdade, como em toda rejeição do mal, o esforço humano, iluminado e sustentado pela graça de Deus, poderá lhes permitir de evitar toda atividade homossexual « Você acredita que uma pessoa homossexual pode evitar a atividade sexual e deve fazê-lo para seu próprio bem? Você concorda com a opção de castidade para todos os cristãos gays? Ou, você pensa que a Igreja deve ser mais aberta? Em que direção? Por exemplo, você pensa que a pastoral católica para os homossexuais deveria apoiar a fidelidade dos casais homossexuais, estáveis? Você tem uma experiência na Igreja, diferente da imagem que nós fazemos ao ler esta carta? Você também poderia me recomendar uma bibliografia que me informaria melhor sobre este assunto? Me permita mais uma pergunta: o que você acha dos casamentos entre homossexuais e a adoção de crianças por parte destes ? Peço desculpas pelo interrogatório. Isso reflete toda a minha ignorância sobre este assunto. Obrigada de todo meu coração pela sua cooperação. Aguardo noticias suas. Deus lhe abençoe. Paula« 

 
 

Querida Paula,

Finalmente, vou tentar responder por escrito ao teu email : ele me inspira muitas respostas que me parecem importantes de desenvolver, porque poderão servir à muitas outras pessoas além de ti. Poderemos discutir, de novo, por telefone se quiseres…e sobretudo se conseguirmos coordenar nossos compromissos.

 

Se não te importa, vou fazer uma espécie de leitura linear do teu e-mail para não perder o ritmo.

 

Me dizes que este rapaz « tem dificuldades em confiar nos ensinamentos da Igreja e às vezes isso se torna um verdadeiro obstáculo face ao aprofundamento de sua vocação ». Com medo de parecer um pouco ríspido e direto desde o início, eu acredito que não seja possível se comprometer no caminho sacerdotal sem amar profundamente a Igreja Católica, sem confiar inteiramente Nela, se a gente se deixa influenciar em demasiado pela reputação da mídia falaciosa e injuriosa que a esmaga com força neste momento (de como a Igreja seria « atrasada » em determinados assuntos, defasada com as mutações sociais e de espírito obtuso). A Igreja Católica é humana, defeituosa, mas apesar de tudo de inspiração divina : ela é portanto santificada, embora sua humanidade seja imunda. E isso não se deve pôr em dúvida ! A confiança requer algo de, necessariamente, arbitrário e cego, mas eu tive a oportunidade de experimentar muitas vezes a precisão da mensagem do Evangelho, mas também do Papa e da instituição do Vaticano. Por exemplo, partindo da homossexualidade, sempre confiei na mensagem um pouco abrupta e áspera do Catecismo da Igreja Católica. Me dizendo que a Igreja tinha razão sem ter ainda entendido o porquê, que eu entenderia mais adiante, que eu devia fazer minha própria investigação para encontrar outras palavras mais pessoais e compensar a brevidade do discurso eclesial. E, finalmente, hoje eu não me arrependo em absoluto de ter sido obstinado na minha cegueira ! Mesmo se eu não vivenciei os fatos como o Papa ou mesmo  São Paulo, mesmo se eu me apropriei da mensagem sobre a homossexualidade para humanizá-la ainda mais, eu  volto para a minha Igreja dando-a razão e sustentado-a em Suas posições. Ela viu com justiça em relação à hossexualidade, dizendo que os atos homossexuais eram intrinsecamente desordenados. Ela viu com justiça, pedindo pelo celibato continente (castidade). Ela viu com justiça expressando Sua desconfiança em relação aos casais homossexuais e ao desejo homossexual. E é alguém como eu, que estudou o assunto à fundo, através quatro livros e que passou 10 anos no mundo associativo homossexual e no « meio das bibas » que diz isso ! Não é um rapaz que exprime um opinião distanciada, por não conseguir assumir  nem sua homossexualidade nem o fato de abordá-la. A confiança na Igreja – que  não é absolutamente sinônimo de ausência de um olhar crítico nem submissão escolar à tudo que se diz –  jamais decepciona porque ela é profundamente justa e surpreendente, acredito. Sim, assumo cada vez mais fazer parte desta família que é a Igreja Católica e fico escandalizado que a maltratemos assim meu avô, porque ele teve coragem de dizer de viva voz o que deve ser a homossexualidade e sobre várias outras coisas além da moral sexual também. É quando a gente lê, diretamente, os textos e o que Bento XVI diz neles, que a gente se dá conta que nada existe da frustração que a mídia retrata. Ele está particularmente “ligado” nas atualidades.

 

« Quando eu o explico que muitas vezes é preciso distinguir entre a posição da Igreja e a Pastoral, ele acha isso dificil de entender, porque parece hipocrisia ». Na verdade, entendo que ele não possa receber este discurso dissociando a teoria da prática, a Igreja do alto e a Igreja de baixo (mesmo se eu percebo qual sentido você deu : o Vaticano é obrigado a impor um quadro moral, um discurso generalista, tudo sendo adaptado em seguida à cada caso, às exceções, às pessoas e às situações humanas imprevistas). É ,amplamente, louvável, que este rapaz se sinta constrangido diante da nossa tibieza ou de nossas próprias tentações de nos dessolidarizar de nossa Instituição para não assumir tudo que ela nos pede ou então da imagem negativa que Ela nos dá. Inconscientemente, isso quer  dizer que ele considera a Unidade da Igreja, que ele busca a Verdade, que ele deseja ardentemente a coerência dos discursos e dos atos, que ele quer desposar a Igreja na sua totalidade ou então nada disso tudo ! Talvez, ele precise conservar uma parte da beleza que contém sua revolta (isto é,  a busca da Verdade) e acatar, por outro lado,  o mistério da obediência. « Obedecer » significa « amar » quando a gente dá sua obediência ao bom mestre.

 

« Ultimamente, ele vem exprimindo dúvidas à respeito dos ensinamentos da Igreja sobre a homossexualidade. Ele nos disse que não é homossexual e que não conhece ninguém que seja. Contudo, ele quer compreender o ensinamento da Igreja à esse respeito, caso contrário ele teme que quando se tornar padre, ele não consiga pôr em pratica o que a Igreja ensina e acabe por abandonar a vocação religiosa. » Eu acho genial que este rapaz almeje tornar-se um ser tão inteiro, que ele ultrapasse suas fronteiras para pisar num terreno que ele não conhece ou pouco (o mundo homossexual), que ele queira estar no centro de um apostolado dentro e próximo da realidade do mundo. Parabenize-o e estimule-o a continuar a « xeretar » à nunca se intimidar ou assinar um contrato onde ele não conheça as cláusulas. Desde que ele aceite que a gente não pode dominar tudo ou adivinhar a inteligência de Deus.

 

«Neste momento, ele está realmente começando a questionar sua vocação sacerdotal por causa disso. Ele leu comentários sobre a « Carta da Congregação para a Doutrina da Fé » sobre a pastoral à respeito de pessoas homossexuais e discorda com o posicionamento. Ele conclui que os comentários não refletem a misericórdia de Jesus. Isso seria portanto uma contradição com o Evangelho. » Entendo a primeira reação dele. Esta aparente falta de abertura, não é tanto do conteúdo quanto da brevidade dos artigos desta « Carta da Congregação para a Doutrina da Fé ». E está claro que a mensagem da Igreja, mesmo se ela não é falsa, deve ser apurada, mais precisa, para ser mais amorosa. Pessoalmente, acho que  ainda não se trata da questão do desejo homossexual em si, nem a sua ligação com  o estupro. O garoto a quem você se refere  não deve esquecer que o amor ao próximo  não é um « sim » sem reservas, mas às vezes um «  não » e uma exigência estabelecida com firmeza. Jesus acolhe sempre o outro sem reservas, mas aos atos humanos com bastante reservas e exigências ! Porque Ele quer amar tanto quanto as pessoas amadas por este Amor. E porque Ele nos responsabiliza, nos põe diante de nossos limites humanos e nossa liberdade. Se a gente não valesse nada aos olhos Dele, Ele  não se daria ao sacrifício de se opor as nossas fantasias, por vezes bem intencionadas, de querer se passar por Ele. Ora, Jesus, não acolheu a mulher adúltera com um sorriso presunçoso e uma abertura de espírito relativista : Ele a ama, profundamente, e é por isso que diz à ela sem rodeios : « Vá e  não peques mais » Ele acolhe a pessoa mas recusa o pecado. Ele formula, de modo explícito, um pedido que condena o ato ainda que reerguendo a alma pecadora. É a razão pela qual eu acho a mensagem da Igreja sobre a homossexualidade exigente mas muito evangélica. É a amargura do cálice oferecido. Ele tampouco acha justo, à despeito dos homossexuais, que haja duas opções : a vida matrimonial e a castidade consagrada à Deus ; sabendo que para os homossexuais exista somente a castidade. Então, agora, sejamos claros nos termos. A castidade não é o equivalente da continência ou abstinência : ela tambem é vivida entre um casal heterossexual ou entre amigos, ou mesmo entre um artista e sua obra de arte. A castidade é essa justa distância que permete à relação, essa resitência à fusão destruidora. Em seguida, o apelo à continência para as pessoas homossexuais, verdade seja dita, ainda é um “esboço”. Eu mesmo, me questionei muito num dado momento, quando comecei a assumir meu desejo homossexual. Me encontrava assistindo  missas onde a condição homossexual não era abordada (tipo « Jornada anual para as vocações » ou o « Domingo para a família). Os padres, em suas homilias, propunham somente duas opções de vocações possíveis para seguir o Cristo : ou um casal de marido e mulher (que  não era adaptado ao meu caso), ou o celibato consagrado vivido no sacerdócio (que tambem  não era adaptado ao meu caso porque os seminários barravam os homessexuais). Naquela época, eu achava isso um pouco reduzido como raciocínio ; eu chorava e gritava dentro de mim ao Senhor : « Mas Senhor qual caminho nos resta, para nós homossexuais ??? Quais saidas de emergência??? Por que eu, tambem, não teria direito de amar, já que você me deu um coração para amar ? » Portanto, essa revolta não me fez abandonar a Igreja (minha fé era forte demais). Ao contrário, ela me deu o ímpeto de me questionar e de desbravar um novo caminho. E de quebra, com o passar do tempo, eu entendi que esta estrada restrita e estreita da continência proposta às pessoas homossexuais não tinha nada de uma condenação do Amor, mas precisamente de um pedido específico que reconhecia nossa singularidade, à nós, pessoas homossexuais, e também que ele representava o mesmo grau de dificuldade de viver que o matrimônio ou sacerdócio : ele implica a mesma renúncia, o mesmo inteiro dom de si, a mesma liberdade. Não é menos um caminho onde se pode realmente amar.  Não é o número de escolhas do qual dispomos que determina nosso grau de liberdade ou nossa felicidade, mas nossa entrega por inteiro à uma única pessoa, seja esta do sexo oposto ou de Jesus. E as pessoas homossexuais  não  são privadas de Jesus : elas são até mesmo, por causa dos limites impostos pelo desejo delas, mais especificamente destinadas para a « melhor parte ». Então porque elas reclamam ou choram por terem sido postas de lado, do modelo do Casal apresentado pela nossa sociedade ultra-erotizada como a única  estrutura do amor verdadeiro ? Pensando bem, a condição homossexual delas, as prepara diretamente e solidamente para as bodas reais celestes. É uma sorte pra elas serem de alguma forma encurraladas por um desejo convicto que elas não escolheram, ao dom total à pessoa de Jesus, já que elas  não são chamadas pela Igreja para viver algo diferente com outra pessoa. A Igreja lhes pede logo de cara, algo de grandioso, de completamente louco, no sentido humano, mas glorioso na Eternidade. Elas deveriam regozijar-se ! Tudo isso, portanto, só tem sentido na luz da fé e da Ressurreição. Não temas, Paula, suas impressões, suas opiniões ou seus juízos fundamentados. A homossexualidade é humana. Mesmo se todo mundo não a experimenta ela continua a pertencer à todo mundo e todos podemos discutir sobre ela – inclusive os padres « heterossexuais » ! Porque a reflexão sobre o Desejo concerne todos nós. A homossexualidade não é um assunto que pertence, especificamente, às pessoas homossexuais, embora a maioria delas finje não ouvir o que o mundo alheio tem de pertinente a dizer sobre os vários limites dos desejos delas. Temos o dever, como cristãos, de nos posicionar. E tenho visto pessoas « heterossexuais » tratar da homossexualidade com muito mais relevância e distância do que aqueles que não vêem um palmo diante do nariz e que se distanciam pouco deles mesmos ! Então, confie em você.

 

« Já que você é homossexual e católico, será que poderia me responder essas perguntas ? Por exemplo, você está de acordo com : « A inclinação particular da pessoa homossexual constitui, no entanto, uma tendência, mais ou menos pronunciada, em direção à um comportamento, intrinsecamente mau, do posto de vista moral. É a razão pela qual a inclinação em si deve ser considerada como, objetivamente desordenada »? (segundo « Carta da Congregação para a Doutrina da Fé » sobre a pastoral à despeito de pessoas homossexuais). Isto é, par o senhor a  inclinação homossexual, é desordenada e o senhor considera o comportamento homossexual intrinsecamente mau ? »  Sim, concordo com esses propósitos. Eles são explícitos, mas corretos. Tendo sido testemunho da desordem interior e exterior que provocava a justificação do desejo homossexual na vida das pessoas que à ele se submetiam cegamente como se se tratasse de um desejo que os definisse totalmente ou que era equivalente ao sentimento entre um   homem e uma mulher que se amam verdadeiramente ou entre um homem continente e Deus, eu posso dizer que concordo. Em seguida, acrescentaria a estes comentários minha análise por experiência própria. Eu identifiquei em obras homossexuais (filmes, romances, biografias, discursos vários sobre o assunto..) todas as ocorrências inconscientes que foram feitas à palavra « desordem » e elas são vastas ! (contudo, elas foram feitas por pessoas que defendiam a autenticidade do desejo homossexual  delas!) Da mesma forma, descrivi a natureza dispersante, isto é mais divisora do que unificadora, do desejo homossexual através do estudo de símbolos recorrentes nas ficções tratando da homossexualidade :rostos cortados em dois, corpos desmembrados, animais de duas cabeças, gêmeos, espelhos rachados,  vínculos esquizofrênicos, etc., enfim todas estas figuras simbólicas da divisão. Pra mim, essas imagens são uma linguagem do desejo homossexual, um impulso que conduz muito mais à dispersão onde a fantasia narcisista e as pulsões fazem a lei, ao invés da Realidade e da Verdade (o que não significa que eles sejam totalmente desconectados dessas duas últimas). Para mim, é dificil de entender que sendo a homossexualidade uma estrutura da pessoa, mesmo que não sendo ela génética na maioria dos casos, seja algo de ruim e desordenado. Se eu for sincera, na minha ignorância, eu prefiriria que a homossexualidade pudesse ser mudada com alguma terapia e se tornasse heterosexualidade. Mas segundo o que li, em psicologia isso não é tolerado nem aconselhável mesmo se existe grupos que promovam chamando-a de conversão, correto ? É verdade, que não é recomendável classificar a homossexualidade no campo da genética ou doenças, já que ela não é uma escolha pessoal. No entanto, mesmo se não tenho a pretensão de decidir entre o inato e o adquirido (para mim a homossexualidade continua sendo um enigma que não deve ser totalmente elucidado, à fim de permitir àquele que a vive a liberdade plena – para não transformá-la em destino – para não fazer dela uma patologia nem essencializar o desejo homossexual de forma à não dá-lo uma importância exagerada em relação ao individuo homossexual), tenho constatado que o desejo homossexual foi ao mesmo tempo a marca de uma ferida relacionada à um contexto de violência real (estupro, desprezo de si, desejo de ser o centro das atenções, isolamento, etc.) e também um revelador de coincidências e de terrenos férteis (determinantes ou não) marcados por uma ausência de desejo. Então, é claro que é preciso ser cauteloso quanto às terapias coletivas e à todas essas seitas que estigmatizam os “gays” e os reduzem ao seu desejo homossexual para melhor privá-los deste e assim criar a ilusão de uma milagrosa conversão à heterossexualidade. Pessoalmente, não acredito que isto seja possivel. Em parte porque não considero a orientação homossexual como determinante da integridade do individuo que a vive, nem como um mal absoluto. Além do mais, o que acontece à nivel da sexualidade é muito misterioso e profundo : acredito na mudança de orientação somente quando se trata de bissexuais. Tudo depende da profundidade da dominância homossexual em nós. Em suma, a ferida homossexual continua a ser um enigma do qual  não tenho a chave. Depois, todos nós temos algo em nós a ser curado … e é claro que o desejo homossexual, se a gente se entrega à ele, fere e indica uma fragilidade que deve ser levada em conta. Tenho visto, ao meu redor,  muitos homossexuais frustrados, temerosos, tímidos, com ódio de si, misantropos (declinado em misoginia ou misandria), baixa estima. Isto  não é específico do desejo homossexual (existem outros desejos dispersantes) mas ele é marcado por esta desordem.

 

« Então, como você entende e vive sua orientação sexual? » No momento em que escrevo estas linhas, tento vivê-la na continência. Depois de 29 anos de celibato completo, em seguida um ano e meio de experimentação da relação carnal homossexual com rapazes, retorno  lentamente mas seguramente à continência. De qualquer forma, mais confiante. Só o tempo e a alegria me confirmarão esta promessa. Mas, por ora, parece estar no bom caminho! Meu coração está ardente e mais ardente do que antes!

 

« Com respeito à frase seguinte, da mesma carta, você concorda com esta afirmação? ‘ »Na realidade, é preciso também reconhecer naqueles que têm uma tendência homossexual a liberdade fundamental que caracteriza a pessoa humana e dá-lhe a sua dignidade particular. Devido a essa liberdade, como em toda rejeição do mal, o esforço humano, iluminado e sustentado pela graça de Deus, poderá lhes permitir de evitar toda atividade homossexual « Você acredita que uma pessoa homossexual pode evitar a atividade sexual e deve fazê-lo para seu próprio bem? Você concorda com a opção de castidade para todos os cristãos gays? Ou, você pensa que a Igreja deve ser mais aberta ? Em que direção ? Por exemplo, você pensa que a pastoral católica para os homossexuais deveria apoiar a fidelidade dos casais homossexuais, estáveis? » Sim, concordo com a frase citada acima, porque acredito na força da ação de Deus em nós. Em seguida, esta ação não é nem espetacular (a gente não pede à um ferido de correr os 100 metros !), nem eufórica, nem um chamado ao matrimônio forçado, nem um encorajamento ao abandono do desejo homossexual. Pelo contrário, quanto mais nos aproximamos sem temor do desejo homossexual e do mundo gay para conhecê-lo e entendê-lo como funcionam, menos a gente corre o risco de se confundir com ele e de deixá-lo conduzir nossa existência. Se não, é evidente que incentivo o respeito de casais homossexuais e apóio a fidelidade entre eles sem se iludir quanto à sua fragilidade objetiva. Não há a idealizar o amor homossexual, porque ele possui limites (e não é só porque a sociedade o entrava ; é o desejo homossexual que, por natureza, é fraco e violento). Também não se deve retirar o qualificativo de « amor », porque mesmo se este é limitado, ele é, em raras ocasiões, o lugar de trocas de diferenças, de ternura, de compromisso sincero que a gente não deve menosprezar.

 

« Você tem uma experiência na Igreja, diferente da imagem que nós fazemos  ao ler esta carta? » Confesso que até agora, não encontrei nenhum casal homo que me entusiasme verdadeiramente (e olha que encontrei muitos!) Mas nunca se deve dizer nunca. Meu ceticismo não é obtuso. Se um dia me deparar com um casal homo que me pareça sólido e feliz à longo prazo, não hesitarei em me declarar. Diria que atualmente « pago pra ver » mesmo se ainda não estou convencido da força do amor homossexual  e que sei melhor por quê. Do ponto de vista da experiência da Igreja, propriamente dito, não encontrei verdadeiramente pessoas homossexuais que vivam uma combinação harmoniosa entre fé e homossexualidade : estejam elas tentando constituir uma « gay Church » mantendo uma distância da Igreja-Instituição (como na associação cristã David and Jonathan), seja eu cruzando com alguns rapazes isolados que reprimem sua homossexualidade na prática religiosa na qual eles calam suas inclinações (casos muito raros… E nesta penca há alguns eclesiásticos…)  Mas confesso que não conheci, até hoje, nenhum rapaz como eu que assumisse publicamente, ao mesmo tempo, sua pratica religiosa e sua homossexualidade.

 

No que concerne o acolhimento das pessoas homossexuais, ainda acho os padres, tímidos, até temerosos, em relação ao assunto. Isso os torna desajeitados, com tendência a julgar-nos.  A Igreja católica, neste âmbito, ainda sente dificuldades em abordar o assunto com determinação. Seria necessário uma formação, um discurso, uma voz ativa, sobre a qual se basear, para evitar as derrapagens e o distanciamento de determinadas pessoas da Igreja  por causa da questão homossexual.

 

« Você também poderia me recomendar uma bibliografia que me informaria melhor sobre este assunto? » Eu te recomendaria Xavier Thévenot, Jacques Arènes ou ainda Xavier Lacroix ; ou num registro mais profano e psicanálitico, Jean-Pierre Winter. Para mim são os melhores ! E é claro, meu próprio livro…;-)

 

« Me permita mais uma pergunta: o que você acha dos casamentos entre homossexuais e a adoção de crianças por parte destes ? » Justamente, falo disso nos meus ensaios. Em poucas palavras, não sou favorável nem ao casamento nem à adoção de crianças por parte de casais homossexuais. Nos dois casos é em nome do respeito da diferença dos sexos (que consolida o casamento do amor verdadeiro) e da realidade da família, que avanço esta opinião. Não basta que as crianças existam fisicamente ou que um casal seja constituído de um homem e uma mulher, para que o amor exista. É necessário que a diferença de sexos esteja presente mas também que ela seja coroada pelo desejo verdadeiro e livre entre dois seres diferentemente sexuados e em seguida podemos falar da chegada dos filhos, do amor e finalmente da família.

 

« Peço desculpas pelo interrogatório. Isso reflete toda a minha ignorância sobre este assunto. Obrigada de todo meu coração pela sua cooperação. Aguardo noticias suas. Deus lhe abençoe. Paula« 

 

Paula, gostaria de lhe agradecer calorosamente de me ter proporcionado esta ocasião, através seu email cheio de interrogações, de abordar problemáticas centrais sobre a homossexualidade. Suas perguntas denotam em você uma fé viva, justa, afiada, em movimento fértil. É ótimo ! Você fez as perguntas certas e me permitiu pôr palavras naquilo que me habita desde muito tempo  e de forma diferente do que imaginava.

 

Há dois anos, um padre idoso e amigo de minha família, me sugeriu, após leitura de meu livro, de escrever uma cartilha propondo um guia prático para o acolhimento de homossexuais na Igreja.

 

Tive a impressão que graças ao seu questionário, o desejo dele se realizou. É impressionante perceber o quanto o tema homossexual é fator de discórdia, de divisões internas/externas e de afastamento da Igreja. Já tinha até observado isso entre os jovens adultos ainda presentes em nossas igrejas. Você, portanto, tocou num assunto crucial. Obrigada à você.

 

De quebra, vou publicar este email que lhe envio e no site internet do meu livro. Você me autorizaria ? Que Deus, que é onipotência de Amor, lhe abençoe. Seu (desde já) irmão. Philippe.

 

Philippe Ariño

Bisexualité : le traître adoré

Bisexualité, le traître adoré

 

 

Quand on dit que l’homosexualité est « tendance » et que notre société actuelle encourage à la vivre, c’est à peine juste. Je crois plutôt qu’on essaie finalement de nous transformer tous en personnes bisexuelles pratiquantes qui ne doivent ni se définir en tant que telles ni assumer leurs actes sexuels. Selon le discours queerisant/bobo de nos contemporains et des prophètes de la Gender Theory, il ne faudrait plus se dire « homo », « hétéro », « bi », ou « trans », et encore moins « femme » ou « homme », mais juste « AMOUREUX ». Travail de « déconstruction », de  « lutte altermondialiste », et de « transcendance des normes culturelles » oblige. On assiste à une sorte de bisexualisation généralisée de la société, où débauche génitale et asexualité sont réunies au service de pratiques amoureuses violentes prétendument inexistantes et banales. Certes, à première vue, deux corps – voire plus si affinité ! – se rencontrent, les parties génitales se frottent concrètement, … mais pourtant, comme la conscience de l’autre et de soi, le respect du Réel, l’horizon procréateur, ne sont pas là, et que la différence des sexes n’est pas désirée, il n’y a pas de SEXUALITÉ à proprement parler. On est dans le génital ; non dans le sexué ni le sexuel.

 

 

Cette propagande du « tout génital sans le sexuel » montre bien l’écart schizophrénique qui se creuse entre intentions et actes, entre fantasmes et Réalité, entre sens et Sens : une bipolarité humaine caractéristique des phases de transition dans notre vie et qui n’est pas négative en soi tant qu’elle reste passagère et non-désirée (elle est justement le signe de notre liberté et de notre évolution !) mais qui peut devenir violente si et seulement si elle est considérée comme un absolu d’identité ou d’amour. L’ambiguïté pour l’ambiguïté conduit à la perte de sens, à l’angoisse, à la frustration, et à la violence. La psychanalyse nous redit que la bisexualité est un état transitoire, une phase enfantine qui, si nous accédons à une maturité d’adulte qui nous donne accès à l’Autre, n’est qu’une passerelle. En aucun cas elle est une identité éternelle. C’est pourquoi – et je vais majoritairement dans ce sens – la bisexualité, peut-être encore plus que l’homosexualité qui serait une réalité fantasmatique stable et définitive (ce qui reste encore à prouver…), est considérée comme un comportement et non une identité, comme une pratique ponctuelle, un « accident », une circonstance, une passade (d’ailleurs, les associations bis ne font pas long feu, en général ; et le courant idéologique actuel a tendance à présenter les bis comme des homos refoulés qui vont tôt ou tard choisir une homosexualité définitive), un papillonnage, une excuse pour l’infidélité et le non-engagement, une muflerie, un fantasme égoïste de toute-puissance (celle de l’Homme invisible androgynique), une hypersexualité surréaliste, que comme une réalité. Au fond, je crois qu’il est juste de penser tout cela sur la bisexualité, mais dans la mesure où on l’applique aussi à l’homosexualité. Car dans la communauté LGBT, on s’arrange de la faiblesse du statut bisexuel pour nier ses liens de parenté/fragilité avec le désir homo, et surtout pour ne pas remettre en cause l’idolâtrie (pour l’homme-objet et la femme-objet) que représente les désirs bisexuel/homosexuel.

 

 

Oui, j’ai bien parlé d’idolâtrie. C’est le point commun qui réunit personnes homos et personnes bis, et qui, de plus, est le nom de la relation qu’elles entretiennent les unes avec les autres. Les personnes bisexuelles recherchent autant qu’elles méprisent/utilisent les personnes homosexuelles : il y a en elles de l’homophobie intériorisée ainsi qu’une juste résistance à la caricature du coming out, à la parodie du couple homo, à la violence du désir homosexuel, au formatage du monde gay/lesbien. Du côté des personnes homos envers les individus bisexuels, c’est tout autant l’amour-répulsion. Elles les voient comme des faux frères, des honteuses, des gens instables, des dominateurs qui prennent et jettent, des hommes mariés avec qui il est impossible de s’engager, des êtres déchirés ne sachant pas ce qu’ils veulent, des clients, des dépressifs, des menteurs, des « papas » qui vont les entraîner dans les « enfers hétéros » (les exs, les possibles conquêtes féminines, les enfants, leur probable retour à une vie « hétéro » rangée), bref, comme des nids à inquiétude et à jalousie. Mais en même temps, pour les personnes homosexuelles, les hommes ou les femmes bis représentent malheureusement LE Fantasme sexuel et affectif par excellence ! Le rêve secret de la majorité des personnes homosexuelles, c’est de se trouver comme partenaire une personne « hétérosexuelle » (= un papa ou une maman de substitution ; quelqu’un de très masculin pour les hommes, ou de très féminin pour les femmes) qui par « amour » tomberait soudain amoureuse d’elles et deviendrait exceptionnellement bisexuelle. Généralement, les personnes homosexuelles n’aiment pas sortir entre elles : un mec trop efféminé, trop homo dans son mode de vie, (tout comme une femme trop « butch » côté femmes) coupe l’appétit. Elles attendent plutôt l’exception bisexuelle qui confirmera la règle homophobe de l’infamie amoureuse homosexuelle ! « On s’est rencontrés parce que c’était lui, parce que c’était moi… ; l’orientation sexuelle et les sexes n’avaient rien à voir, finalement ; s’ils avaient été prédéfinis, nous ne nous serions certainement pas aimés. »

 

 

Le seul grain de sable dans ce conte de fée bisexuel nommé « détournement des hétéros », c’est que la personne bisexuelle (et Dieu sait s’il y en a sur les sites de rencontres homos !), en acceptant de sortir avec une personne homosexuelle, devient fatalement avec le temps un petit peu voire beaucoup trop homosexuelle aux yeux des personnes homos ! Logique implacable ! Elle perd peu à peu le prestige de son titre vu qu’elle a agi en personne homo. La bisexualité n’avait la grandeur que de l’inaccessibilité et du désir homo non-acté. L’enchantement du début de relation s’évanouit. La faute du sujet bisexuel, ce n’est pas tant d’être double/illogique/encore un peu hétéro, que d’être trop homosexuel ! À un moment donné, il finit par être confondu avec une personne homo, et donc il doit dégager. Les personnes homos sont homophobes, y compris avec les individus bis !

 

Ce qui, aux yeux des personnes homosexuelles, paraît insupportable (mais qui est en réalité une bonne nouvelle), c’est que la bisexualité nous prouve que le désir homosexuel n’est ni essentiel ni profond pareil en chacun de nous. Elle met en lumière la caricature du coming out, nous oblige à ouvrir nos frontières vers l’autre sexe, nous rappelle à notre liberté profonde, nous dit : « Ne vous enfermez pas bêtement dans une homosexualité exclusive. L’Amour est une personne avant d’être une orientation sexuelle. N’ayez pas peur de vous laisser surprendre. » Car, en effet, quoi de plus beau que la bisexualité conjuguée à un engagement entier et fidèle dans une relation intégrant la différence des sexes ? Moi, personnellement, j’aime beaucoup rencontrer des personnes bisexuelles qui, après avoir vécu une phase homosexuelle, trouvent une stabilité conjugale durable avec une personne de l’autre sexe, car en général, la relation qu’elles vivent est réellement motivée par l’Amour, le risque, la confiance !

 

Pire que ça : la personne bisexuelle révèle aux personnes homosexuelles et à toute notre société que l’homosexualité est un désir de viol. Ben oui. Quand on dit qu’on est “bi” (souvent par peur d’avouer qu’on est homo ou hétéro), on porte à notre insu l’écriteau “Entrez, c’est ouvert ! Je suis prêt à toutes les expériences (sensuelles, sexuelles) !”… y compris le viol ! Bisexualité, tu nous trahit par l’appel inconscient au viol de ton choix d’ambiguïté !

Celui qui peace partout

Celui qui peace partout

 

L’Église la propose, je l’ose!

 

 

N.B. : Cet article, qui figure dans la revue Causeur de juillet-août 2011 a été initialement intitulé « La continence, orgasme du catho-homo !« . Je ne l’ai quasiment pas remodelé.

 
 

 

Que faire quand on est à la fois catho, homo, et au printemps de sa vie ? L’Église catholique propose une solution scandaleuse pour notre époque, une grosse blague bien sérieuse qui s’appelle CONTINENCE. Un truc qui ne s’oppose pas strictement au couple homo (le meilleur n’est pas l’ennemi du bien), un choix de vie qui ne ravit pas y compris les couples « hétéros » (qui sont loin d’être des modèles de vertu dans le domaine de la sexualité-engagement, c’est le moins qu’on puisse dire…), une solution à l’homosexualité qui paraît tellement irréaliste que peu d’ecclésiastiques osent seulement en prononcer le nom, de peur de passer une nouvelle fois pour les méchants-réac-ennemis-du-plaisir-et-de-l’Amour. Mais bon, tant pis ! L’Église propose. Le Peuple sanctifié que nous sommes dispose ! Et de toute façon, l’institution vaticane n’est plus actuellement à une « énormité idéologique » près, surtout quand cette énormité, une fois concrètement testée, procure un bonheur inédit et une joie d’exister qu’une vie de couple homo bien rangée ne donnera vraisemblablement jamais. J’en suis la preuve vivante, étant moi-même catholique, homosexuel, et vraiment continent !

 

Continence. Qu’est-ce que c’est que ce mot barbare ? – vous demandez-vous. La nouvelle trouvaille angéliste d’une Église catho soucieuse d’imposer sous une forme plus moderne ses interdits moraux sur la sexualité ? Sûrement pas. Qu’on L’écoute un peu parler de sexe, et on s’aperçoit vite que l’Église aime tellement le corps, les plaisirs, et le cul, qu’Elle leur offre des limites ! Un rapport avec l’incontinence ? On chauffe, on chauffe… Pour faire dans le jeu de mot trivial super illustratif et pédagogique, je dirais que l’incontinent, c’est celui qui pisse partout ; alors que le continent, c’est celui qui « peace » partout… c’est-à-dire qui donne sa sexualité à Dieu et aux autres pour mieux la vivre et lui donner sens, surtout quand il constate que le couple homosexuel, tout capable d’amour qu’il soit, est très limité, bancal, et peu idéal pour trouver le bonheur.

 

J’ose même dire que la continence dont l’Église parle est la Voie Royale proposée à des personnes qui, comme moi, ne se sentent appelées ni au mariage, ni au célibat consacré. Car il n’existe pas une seule et unique voie d’épanouissement sexuel dans ce bas monde. Et le célibat et l’abstinence ne sont pas des non-sexualités, mais au contraire d’autres expériences concrètes de la sexualité humaine, si riche et si diversifiée. Les enfants que nous avons tous été, les vieillards que nous serons peut-être, les célibataires que nous sommes universellement à un moment donné de notre vie, ne me contrediront pas : nous vivons tous de sexualité, 24h/24, de la naissance jusqu’à la tombe. Et même si nous sommes tous appelés à donner notre vie à une personne privilégiée, nous n’avons en revanche pas un destin de Roméo censé remplir avec sa « moitié » les restos les jours de st Valentin, ou les plateaux-télé en forme de camembert, dans l’optique de prouver au monde entier que l’amour-sentiment est plus fort que tout… et que l’Amour-engagement, éternel et unique, n’existe pas. La continence est à mon avis la meilleure façon d’assumer pleinement son désir homosexuel et d’en parler avec une réelle transparence, sans honte. J’ai remarqué qu’à partir du moment où on passait à l’acte homosexuel, à partir du moment où on justifiait son désir homosexuel – en tant qu’identité ou amour –, très vite on le dissimule et on ne cherche plus à le comprendre. On n’a plus la force de parler d’homosexualité. La continence, à l’inverse, nous sort de la justification, de la culpabilité, de l’idéologie, des mascarades, du mutisme, pour nous donner accès à l’explication, à la monstration, à la Vérité, à la liberté, à l’action. C’est en la goûtant qu’on se rend compte qu’elle est un véritable trésor, et qu’avant, l’ennui et l’anesthésie du cerveau nous engluaient dans la superficialité.

 

Alors si monsieur Tout-le-monde vous demande d’un air sceptico-bougon la définition de la continence, ne vous cassez pas trop la tête. Dites-lui d’abord (ça ira plus vite) tout ce qu’elle n’est pas : ni un appel à la chasteté (la chasteté n’est pas réductible à la continence : c’est la juste distance nécessaire à tout type de relation, y compris entre un homme et une femme, un artiste et son œuvre, un individus et ses amis, etc.), ni une sacralisation du célibat (le célibat en soi n’a pas de sens : il n’en trouve un que s’il est un don entier de son être à une autre personne UNIQUE, qu’on appellera Dieu ou individu de l’autre sexe), ni un synonyme d’abstinence (on peut s’abstenir pour tout et n’importe quoi, et pas forcément pour des buts louables). La continence, elle, vise à s’abstenir POUR quelqu’un… qui plus est Quelqu’un avec un « Q » majuscule puisqu’il s’agit de Jésus! Vous pouvez poursuivre en lui disant ce qu’est vraiment la continence : un don entier de sa personne à Dieu. Et si la pilule ne passe toujours pas, il ne vous restera plus qu’à balancer la comparaison pédagogico-vulgos entre continence et incontinence, que j’ai proposée plus haut, comparaison qui a son charme, sa clarté, et vous libèrera peut-être de l’indécrottable soupçon de « coincitude » qui pesait sur vous depuis que vous aviez prononcé le mot « Dieu ».

 

Qu’on se le dise ! La continence, ce n’est pas le bagne, ou une demande impossible. Cela ne devient inhumain que si on ne la vit pas pleinement ! Car ceux qui soi-disant se l’imposent à coup de martinet et de volontarisme de grenouille de bénitier, ne nous leurrons pas, ne la vivent pas : ils l’essaient mal, ou scolairement, et crient contre elle avant d’avoir mal ou de s’être laissé le temps d’y goûter avec leur cœur. Ce n’est pas ce que diront les détracteurs de la continence qui, dans une naïveté confondante, pensent vraiment que la sincérité affichée de ces faux continents vaut pour acte réel et pour preuve indiscutable que la continence est une démarche suicidaire et hypocrite ! Regardons les faits. Laissons de côté les intentions.

 

Vous me croyez si vous voulez. Les prophètes hédonistes de la jouissance sans entrave se foutent le doigt dans l’œil bien profond en pensant que les vrais coincés sont les cathos, que la sexualité-génitalité n’a pas vraiment d’enjeu ni de gravité (c’est vrai que la joie de l’accueil d’un enfant, c’est de la bagatelle…), ou qu’elle est forcément géniale d’être soi-disant proportionnelle au nombre d’expériences amoureuses accumulées dans une vie. Je n’ai jamais vu d’individus plus frustrés sexuellement que ces bêtes de sexe qui enchaînent fiévreusement, sans liberté aucune, les « plans cul » et les aventures de 6 mois avec différents partenaires. Les cathos, continents ou pas, sont à mes yeux, les serial-baiseurs les moins frustrés qu’il existe sur Terre. Il n’y a qu’à voir le nombre d’enfants et d’amis sereins qui gravitent autour d’eux ! C’est parce que les cathos aiment vraiment le sexe qu’ils se privent parfois de cul. Il ne faut jamais abuser des bonnes choses… sinon, on n’y goûte plus à force de s’en goinfrer.

SVP, ne nous donnez pas le mariage

SVP, ne nous donnez pas le mariage

 
 

Chers amis politiques français,

 
 

Nous voilà en route pour les présidentielles de 2012, à un virage décisif. Et comme vous devez le constater, la proposition de loi pour imposer le « mariage homo » comme légal – et tacitement « normal » – dans notre pays se fait de plus en plus pressante, impérieuse, surtout en ces temps de Gay Pride où certains preux défenseurs de la Cause homosexuelle s’activent à se trouver un nouveau cri de ralliement accrocheur, une excuse percutante à leur déni identitaire et amoureux, une légitimité médiatique, pour recoller les morceaux d’une communauté homo pourtant en mille morceaux. Ça circule déjà partout sur internet, sur Facebook. Ça se présente comme une évidence incontournable et logique. On s’indigne sur le « retard français » (tout dépend de ce qu’on met derrière le mot « progrès »…), sur « l’homophobie d’État » (nouvelle trouvaille idéologique, suite au tout récent NON de l’Assemblée Nationale il y a 4 jours, le 14 juin 2011 dernier). Et ça accule aux décisions hâtives.

 

C’est pourquoi je me permets de vous écrire cette lettre pour que vous entendiez une autre voix que celle de vos interlocuteurs homosexuels habituels. Quitte à passer pour un homophobe de première ou un traître à mon propre camp, je vous demande de ne pas défendre dans votre programme électoral le « mariage homo » pour les prochaines élections présidentielles. Peut-être que le cas français concernant l’avancée des droits des couples homos, qui vous est montré comme une eau stagnante et moribonde, n’est pas si honteux et désespéré que cela… Peut-être même qu’il est réellement révolutionnaire ! Moi, en tout cas, je le crois. Et j’aime chez certains membres de la classe politique – dont vous faites peut-être partie – la résistance, l’inquiétude intellectuelle, la prudence, l’entêtement, l’insupportable « lenteur ». Sans rien perdre de leur fougue révolutionnaire et de leurs ardents désirs de changement, quelques politiciens n’oublient pas que le vrai Révolutionnaire est aussi celui qui résiste aux slogans publicitaires du soi-disant « progrès », qui tient tête aux fausses révolutions de notre époque si gourmande de droits… et si réfractaire aux devoirs.

 

Alors, comme ces dirigeants souples et fermes à la fois, n’ayez pas peur d’être impopulaires, de rester lucides, et ne mettez pas toutes les personnes homosexuelles dans le même panier, je vous prie. Les membres de la grande famille Rainbow ne sont pas tous d’accord pour soutenir le projet de loi du « mariage homo », et loin de là ! (moi par exemple, je suis homosexuel, et je trouverais aberrant que l’Etat français donne aux personnes homosexuelles – même aux couples fidèles et durables – ce droit), et il est important que vous entendiez ces dissonances, car elles peuvent être plus justes que la partition simpliste des premières personnes auditionnées.

 

Avec force, je vous appelle à NOUS résister, nous, personnes homosexuelles. Je vous enjoins à tenir bon, à ne pas tout nous céder, même si notre chant coloré de sirènes pleurnichardes (« Avez-vous pensé à tous ces enfants malheureux dans les orphelinats ?… à tous ces malheureux ‘parents’ stériles, surtout…? ») a ses délices et offrira pour certains d’entre vous de nombreux avantages et applaudissements émus ! Je me doute que vous êtes en ce moment particulièrement pressionnés à créer un PaCS amélioré : pressionnés par votre conscience et votre narcissisme déjà… mais aussi par un entourage amical et politique de plus en plus « arc-en-ciel » ; tannés par certains médias (qui vous menacent de vous afficher comme des « réac’ » si vous n’applaudissez pas des deux mains au passage des sympathiques chars pink), par l’image séduisante de la « tolérance made in Gauche » (et par son antithèse, le Spectre du Conservatisme nommé « Christine Boutin et sa clique »), par les slogans Bisounoursscandés par les haut-parleurs des militants homosexuels hargneux, par de nombreux pays dits « démocratiques » et qui ont baissé leur garde pour « faire plaisir » à la minorité homosexuelle. Mais malgré tout, gardez la tête froide, suivez votre conscience et votre bon sens, en prenant toujours assise sur le Réel, et vous serez les plus forts. Durablement.

 

La Formalité

 

Pourquoi je vous demande avec insistance de ne pas nous accorder la loi du « mariage homo » ? Ne croyez pas que ce soit par pure provocation ou pour faire parler de moi. Ne croyez pas non plus que je refuse cette loi du fait que je la trouverais mauvaise. À mon avis, elle n’est ni mauvaise, ni impossible, ni désastreuse. Elle est juste inadaptée. Si je dis non à la loi du « mariage homo », c’est uniquement parce que d’une part, nous, personnes homosexuelles, nous ne la voulons pas vraiment (demandez-nous dans les yeux si notre requête est réellement réfléchie, ou le fruit d’un discernement longuement mûri, et vous aurez la réponse… : ceux d’entre nous qui réclament le mariage à cor et à cris le veulent en réalité « pour le droit de le refuser », ou bien « pour les autres mais pas pour eux-mêmes », et n’ont pas compris ce qu’était la réalité du mariage : un engagement ouvert sur la vie à travers la procréation, et non un petit arrangement entre amis, un banal contrat bourgeois et individualiste signé entre deux êtres non-procréateurs ensemble), et d’autre part parce qu’elle est inutile. Tout comme le PaCS, une telle loi n’apportera pas plus d’amour aux couples homos, ne changera rien à leur quotidien ni à la dualité déréalisante du désir homosexuel. Mais, en revanche, à échelle plus large, l’universalisation par voie légale du couple homosexuel, entériné socialement en tant que « famille » alors qu’il n’est objectivement pas une famille – puisque la vraie famille est fondée sur la procréation et la différence des sexes -, peut avoir, pour le coup, des conséquences beaucoup plus dramatiques que les récits idylliques ficelés par les quelques couples homos soutenant mordicus l’évidence qu’il est POSSIBLE qu’un binôme homo élève convenablement un enfant : quand le Droit s’éloigne du Réel, Il laisse le champ libre à des formes nouvelles de violence, et on s’en rend compte généralement sur le long terme. Le couple homo et le couple femme-homme aimant sont deux réalités sociales bien différentes – l’un est fermé à la vie donnée par la procréation, l’autre largement moins -, et n’aboutissent pas aux mêmes résultats, contrairement au couple homo et au couple hétéro qui sont des modèles conjugaux qui engendrent des violences et des divisions absolument similaires. Par conséquent, vous n’avez pas à les traiter de la même manière, ni à leur donner les mêmes droits/statuts sous couvert d’une égalité concrètement inexistante.

 

De plus, je crois que ce projet de loi du « mariage gay » est principalement le cache-misère de problèmes internes à la communauté homosexuelle que celle-ci ne veut pas regarder en face et régler… car la demande répétée de « droits presque inutiles » n’est chez elle qu’une stratégie du déni de souffrances. Comprenez bien que les personnes homosexuelles, en réclamant avec insistance des droits qui ne leur sont pas essentiels, qui sont surtout inadaptés à leur réalité et au bonheur de la société, trouvent la bienveillante indifférence sociale à leur égard finalement insupportable. C’est pourquoi elles en viennent à faire des appels inconscients, maladroits, capricieux, et de plus en plus agressifs, à leur société pour qu’elle leur dise enfin la vérité sur leur désir homosexuel. Aussi contradictoire que cela puisse paraître, elles ne demandent pas ce qu’apparemment elles demandent. Elles veulent plutôt que les ambiguïtés et les limites de leur désir homo-érotique soient démasquées. Elles espèrent (autant qu’elles craignent !) qu’on leur parle du viol réel qu’elles ont minoritairement subi, ou au moins du fantasme de viol qu’elles partagent toutes unanimement. Elles s’impatientent de voir dénoncés tous les manquements d’amour qu’elles ont vus dans les couples hétéros et les couples homos de leur entourage, toutes les souffrances que certaines lois « pro-minorités » irréalistes (qui fleurissent autour d’elles comme des champignons censés les combler… mais ça n’amuse/n’anesthésie qu’un temps Bébé) camouflent démagogiquement au nom de la tolérance et de l’égalité.

 

Le Cliché « profond »

 

Selon la poignée de militants homosexuels et de leurs démagogiques suiveurs gay friendly, qui se plait à nous caricaturer – nous les personnes homos réfractaires à cette loi du « mariage gay » – en obsédés de la famille ou de la procréation que nous ne sommes pas (il n’y a pas plus défenseur du célibat temporaire que moi ! ; et je précise que je n’idéalise absolument pas les familles avec enfants, ni tous les couples femme-homme, puisque pour moi la différence des sexes et la présence des enfants ne sont pas positives en soi, ni des absolus de bonheur), qui rêve de se racheter une image d’intellectuels progressistes tolérants et d’utiliser la communauté homosexuelle pour flatter leur narcissisme (… et surtout faire gonfler leur capital sympathie et leur porte-feuille !), le « mariage gay » s’impose comme la prochaine étape législative à conquérir en France. La « communauté homosexuelle », qui n’en est plus à son premier déni de souffrances ou cheval de bataille de pacotille, s’est trouvée le mariage comme marotte pour opérer un nouveau chantage aux sentiments… voire un chantage au spirituel, puisque l’institution du mariage entretient des liens étroits avec la religion (La corruption par la foi, c’est la plus sincère mais aussi malheureusement la plus malhonnête de toutes les corruptions ! Si les personnes homosexuelles étaient vraiment croyantes et pratiquantes, jamais elles ne demanderaient le « mariage »). Ne rentrez donc pas vous aussi dans le jeu de notre militantisme agressif gay. Vous le savez déjà, mais je le redis : ce qui doit présider à l’établissement des lois d’une société, ce n’est pas le sentiment, ni la compassion : c’est le Réel et le service du bien commun. Et dans le cas du « mariage gay », le Réel n’est pas respecté, étant donné que le couple homo n’est pas, par nature, procréatif ; et le bien commun n’est pas recherché par des individus homosexuels qui en règle générale méprisent la société et toute forme d’institution humaine traditionnelle. Si la justice et la loi française, pour faire comme « tout le monde » (mais quelle doxa se cache derrière cette soi-disant « Voix du Peuple » ?), s’amusent, sous la pression d’un certain lobby homosexuel et gay friendly (moi, je dirais plutôt inconsciemment homophobe !), si peu représentatif de ce que pensent réellement toutes les personnes homosexuelles, à donner artificiellement/législativement corps à un semi-mensonge anthropologique (je dis « semi-mensonge », car pris individuellement, les deux membres d’un couple gay pourraient très bien procréer chacun de leur côté, et fonder une famille), c’est le non-contrôle des fantasmes assuré, et la porte ouverte à l’expression sociale de la pulsion. Voulez-vous d’une société qui fonctionne à l’envie individuelle, où chacun fait ce qui lui plaît, où les limites civilisationnelles humanisantes qui nous rappellent la primauté et le respect de la Nature, du Réel, et des Autres, soient gommées ? Voulez-vous d’une barbarie institutionnalisée, dont on ne pourrait plus arrêter la course folle parce que les juges en seraient les gardes-fous ? Par pitié, ne soyez pas « sympas » avec nous les personnes homosexuelles ! Ne cherchez pas à nous faire plaisir ! Arrêtez de nous ménager ! Responsabilisez-nous plutôt ! C’est le meilleur moyen de nous respecter et de nous reconnaître vraiment. Ne nous enlevez pas notre identité. Réveillez les victimes de nous-mêmes que nous sommes devenus ! Vous ne devez pas cautionner nos revendications particularistes, même si elles s’avancent sous les hospices de la solidarité, du respect, et de l’ouverture universelle. Ce qui compte, ce ne sont pas les intentions : c’est la bonté en acte.

 

Depuis le début de mes recherches sur l’homosexualité, et dans toutes mes actions auprès des personnes homos, je n’ai de cesse de lutter en faveur de tous les exclus du « milieu homo », ceux dont la communauté homosexuelle ne parle jamais, et qu’elle maltraite, en plus : les hommes et les femmes bisexuels, les personnes transgenres et transsexuelles, les sidéens, les jeunes qui souffrent d’être exploités ou mal acceptés par le reste de leurs pairs homosexuels, les prostitués, les internautes malheureux, les pères de famille, les personnes homos discrètes (et fustigées par les militants), les mecs « casés » mais si seuls et si mal accompagnés. J’écris pour tous les coeurs brisés, pour les hommes homos maltraités non pas tant par la société « hétérosexiste et homophobe » que par leurs frères homosexuels, pour les suicidaires, pour tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le « milieu homosexuel » (… et pour ceux qui s’y reconnaissent trop pour ne pas s’y noyer). Je prête ma plume à tous ces sans-voix. Certainement pas pour leur inventer un « Malheur homosexuel » – qui, concrètement, n’existe pas -, ni pour m’écrire un destin de Pasionaria des Homos. Juste parce que cette souffrance-des-personnes-homos-créée-par-les-personnes-homos-elles-mêmes (et qui s’appelle homophobie) existe vraiment et reste intolérable ! Une loi en faveur du « mariage gay » enfonce encore plus dans le silence toutes ces personnes que je viens de citer. Alors de grâce : réfléchissez avant de proposer une loi qui efface nos repères anthropologiques fondamentaux.

 

Merci de m’avoir lu.

 

Courage ! La politique, c’est beau si vous l’exercez vraiment.

 
 

Philippe Ariño

 

Seigneur, je t’aime !

Seigneur, je t’aime !

 

 
 
 

Jésus, je T’aime ! J’ai le désir profond de T’aimer ! Comme un pauvre type, mal dans sa peau, parfois moche, con, maladroit, vieillissant, pas drôle, qui « craint du boudin », plein de contradictions, comme un malade mental légèrement impatient et psychopathe à ses heures, comme une tapette blessée qui ne sait pas aimer, comme un pécheur qui s’est servi parfois de Toi pour mal agir, je T’aime ! Comme un homme debout qui se sait aimé spécialement par Toi, je T’aime !

 
 

C’est toujours dangereux, raté, et inégal, de Te dire ouvertement « Je t’aime », Seigneur. Parce que si je Te dis mon amour sans aimer les autres (et à coup sûr, je les aime toujours mal, et moins bien que Toi), j’avoue finalement que je suis un menteur. Mais bien plus orgueilleux et menteur est celui qui, par obsession de la perfection et par refus de se tourner vers Toi, ne se risquera jamais à une déclaration. Alors je me lance ! Je suis sûrement un moins-que-rien, mais je m’en fous : je suis un moins-que-rien AIMÉ ! Et ça me suffit pour être pleinement heureux. J’ai fait des erreurs, j’en referai sûrement, je suis incorrigiblement orgueilleux, je ne sais pas pardonner comme Toi tu pardonnes, je ne serai jamais parfait. Je peux juste me laisser sanctifier par Toi, et cet abandon, ça ressemble bien à un vrai « Je t’aime » ;-).

 
 


 
 

Comment Te rendre et Te dire le bien que Tu fais dans ma vie ? Ta présence, c’est grisant comme une caresse. C’est chaud comme une soirée d’hiver en compagnie des SDF, comme du bon pain sorti du four du boulanger, comme le soleil de Pâques, comme un feu de cheminée interminable partagé entre amis (lors d’une soirée « sans alcool et sans clope » ;-)). C’est charmant comme la mer en Bretagne. C’est surprenant comme un miracle. C’est excitant comme un effort pour faire plaisir. C’est entraînant comme un bon zouk. C’est généreux comme mon père. C’est culotté comme Saint François d’Assise. C’est brillant comme un éclair dans la nuit. C’est fou comme Saint Antoine de Padoue. C’est efficace comme une chanson de Mylène Farmer. C’est paternel comme Jean-Paul II. C’est responsabilisant comme une promesse amicale, un rôle de poids dans une pièce de théâtre, un débat politique dense et respectueux, un voisin à aller saluer, une injustice à dénoncer. C’est rafraîchissant comme l’Esprit Saint. C’est dynamisant comme un clip de Britney Spears. C’est noble comme un texte de Michel Berger. C’est spirituel comme la Vierge Marie. C’est beau comme un ciel étoilé, comme la voix de Claire Litvine, comme un élève jadis paresseux qui se met au travail, comme un homme qui pardonne. C’est doux comme la compassion, les yeux, et la compréhension, de Véronique Labadie. C’est drôle comme un rire d’enfant, comme une blague de personne handicapée, comme une homélie de Paul Dollié, comme quelqu’un qui marche sur une merde de chien. C’est joyeux et grave comme Ta Croix.

 
 

Ta Parole me bouleverse tellement Elle touche au vrai et au concret de ma vie, de mes rencontres, instantanément. Elle sonne et tombe toujours juste. Elle est actuelle, tranchante, adaptée à tous les instants et les contextes. Elle me transperce l’âme, me fait pleurer de joie aux moments où je m’y attends le moins. Elle me fait taper du poing sur la table quand je vois Ton humanité bafouée. Elle me bouscule et me pacifie à la fois. C’est généralement pendant les baptêmes d’enfants ou d’adultes que j’exulte intérieurement de la Joie du Ciel.

 
 

Jésus, comme dirait Lorie (la célèbre philosophe), Tu me fais voir l’Amour autrement, et c’est ça que j’aime. Avec Toi, tout prend un éclairage différent. La recherche de Sens devient première. L’action plutôt que l’intention, urgente. Même le laid, même la connerie humaine (et ma propre connerie !), même la souffrance, même la mort, me paraissent dérisoires à côté de Ta solide et discrète Victoire. Tu es ma plus belle paire de lunettes, celle qui m’empêche de voir la vie en rose ou bien en noir, celle qui me permet de regarder le monde tel qu’il est, avec le feu puissant de l’Espérance. Un feu inextinguible, dévorant, exigeant. Tu rends sage le plus crétin d’entre nous, profond le plus superficiel des garçons (j’en sais quelque chose !), drôle le plus grossier des personnages, aimante la plus « Marie Salope » des personnes homosexuelles. J’aurais pu devenir une vraie pétasse homosexuelle (je le suis peut-être encore, et je ne suis pas à l’abri de le rester toute ma vie !)… mais Tu m’as libéré, Tu me libères encore pour un peu de temps, Tu m’accordes, à travers Tes saints prêtres catholiques et le Sacrement de la Réconciliation qu’ils administrent, la Miséricorde qui me nettoie le coeur. Sois béni pour Ta patience et Ta confiance ! Sois béni pour Ton Intelligence qui dépasse la mienne ! Merci de T’être servi de ma blessure homosexuelle pour manifester Ta Gloire ! Merci de m’avoir permis de Te servir tout en partant de ce que je suis, de ce que je T’ai proposé, sans chercher à me changer fondamentalement !

 
 

Quand Tu n’es pas là, je me fais chier comme un vieux rat mort. J’ai l’impression de brasser du vide, de « parler bête », de profiter égoïstement de la vie sans y goûter pleinement. D’ailleurs, j’ai de plus en plus de mal à comprendre ceux qui prétendent se faire chier à la messe : ils ne T’ont pas rencontré, ce n’est pas possible ! Maintenant, la messe à l’église, c’est le seul moment de ma semaine où je ne m’emmerde pas, où je n’ai pas l’impression de perdre mon temps. Si, pendant l’enfance et l’adolescence, je regardais ma montre, aujourd’hui, c’est à peine si je ne trouve pas la messe dominicale trop courte ! Avec Toi, je ne m’ennuie jamais. Et si j’ai l’impression de m’ennuyer, c’est qu’en réalité je m’éloigne de Toi. Pareil pour la prière : elle ne devient rasoir que si je ne prie pas, en fait ! La Bible se convertit en tissu de mensonges et amas glacial de tables de Loi que si je ne L’ouvre pas ou que je La survole. C’est l’éloignement de Toi qui est horrible ; pas le rapprochement. Tu es LE VIVANT, de toute éternité ! S’il-Te-plaît, Seigneur, fais-moi toujours vivre de Ta Vie.

 
 

Sans Toi, tout me paraît pâle, sans saveur, sans sel, « bien/sympa/cool » mais pas « meilleur ». Le monde athée, laïcard, hédoniste, pseudo humaniste, et « publicitairement solidaire », s’agite autour de moi, panique, s’offusque, s’indigne, me montre son visage grimaçant de clown qui pleure et qui rit pour masquer sa dépression et ses actions mauvaises. Il m’entraîne dans un abîme de vanité car il ne se laisse pas aimer par Toi et ne veut pas Te connaître. Et il suffit que je Te vois à travers Tes prophètes actuels, Tes Sacrements, Ton Pape, Tes messes, Ta Bible, Tes pauvres, pour que ma vie retrouve toute sa saveur. Récemment, je suis allé voir le film dont on fait grand cas, « Le Discours d’un Roi » (de Tom Hooper), mais qui, à côté de Ta Parole, me semble un pet de lapin. Toi, Jésus, Tu n’as pas besoin d’une armada de violons, d’images montrant un public nombreux fasciné par ce que Tu dis, pour que Tes mots aient du poids. Ta Parole est naturellement vraie, forte, juste, sans que Tu aies besoin d’en faire des caisses. Elle a autorité sur nos recherches puériles d’émotion, de spectaculaire, de magie : Elle est concrètement plus magique que magique, plus réelle que le réel. Tes paraboles, tes duretés d’Ancien Testament, tes serpents qui parlent (et pourtant, je ne crois pas aux serpents qui parlent !) et tes mers qui se scindent en deux, sont plus vrais que nos journaux télévisés, que nos « vérités scientifiques », et que nos valeurs humanistes anthropo-centrées (si sincères et si peu vraies !). Tu es LA Vérité en partage pour tous les Hommes. Ce n’est pas parce que Ta lumière est reflétée dans d’autres religions et sur des personnes qui ne sont pas officiellement croyantes que Toi et Ton incarnation humaine en l’Église catholique romaine cessez d’être l’unique et le seul vrai soleil de l’Humanité. J’ai goûté à Votre chaleur, et je rends témoignage à ce Plaisir que vous m’offrez en abondance ! Amen.

 
 

UPD. (… pardon… UDP)

 
 

Philippe

 
 

Je suis plus gay friendly que ces militants-là !

Je suis plus gay friendly que ces militants-là !

 

 

Tout comme il existe beaucoup plus de Noirs racistes qu’on n’imagine, je ne rencontre quasiment que des personnes homophobes parmi les personnes homosexuelles de mon entourage, et ceci d’autant plus parce qu’aucune ne semble faire le lien (pourtant logique) entre adoration de soi et haine de soi. Sans doute sont-elles trop occupées à se sacraliser elles-mêmes et à s’innocenter dans la victimisation, trop focalisées sur leurs « bonnes » intentions et leur combat pour les « droits des homos » plutôt que sur la réalité, pour s’aimer vraiment elles-mêmes et se voir agir/parler… Méfiez-vous donc de l’homophobie inconsciente des soi-disants « plus grands défenseurs homos de l’homosexualité ». Elle est redoutable. Pas pour les autres. Mais d’abord pour eux-mêmes et leurs « semblables ». Méfiez-vous de ceux qui vous veulent du bien sans le faire.

 

Contrairement aux apparences ou à ce que j’ai pu entendre dernièrement d’ « amis » homos qui voient d’un très mauvais oeil mes investigations sur l’homosexualité, ou bien le lien – insensé et douteux à leurs yeux – que je fais entre ma foi catholique et mon désir homosexuel (ou entre fantasme de viol/viol réel et homosexualité : pour eux, un pur délire paranoïaque…), je suis bien plus pro-gay que la grande majorité des personnes homosexuelles. Je le clame haut et fort. Non pour cultiver un paradoxe identitaire provocateur et faire mon intéressant ; mais juste parce que je pense que c’est vrai. En essayant, par mes travaux et mes prises de position (que peu de mes pairs cherchent à comprendre et à découvrir) de dire aux personnes homos les limites de leur désir homo et de leur(s) amour(s), en les aidant à comprendre leurs créations artistiques et leurs propos, en mettant en résonance et en lien leurs vécus, en les invitant à s’écouter elles-mêmes et à se respecter plus, je fais davantage oeuvre de salut de l’homosexualité que tous ces gens – les membres de la communauté homo en première ligne – qui applaudissent à l’homosexualité sans réserve, et qui, au moment où l’on s’y attend le moins, retournent leur veste et se montrent d’une cruauté homophobe sans nom. Certains militants LGBT – que je côtoie maintenant de près grâce à des réseaux associatifs explicitement homosexuels -, qui se croient très gay friendly et homosexuels assumés du simple fait de défendre aveuglément une identité homosexuelle et un amour homosexuel qu’ils ne questionnent jamais (défense qui, en plus, s’est révélée historiquement désastreuse pour la communauté homo : les camps d’extermination nazis « pour homosexuels » suite aux thèses essentialistes et très « gay friendly » d’Hirschfeld, ça vous dit quelque chose ? et quid de l’effacement progressif de la spécificité du désir homosexuel dans la pensée « gender » et « queer » actuelle ? et la défense égalitiste et libertaire des « droits des homos » opérée au nom de tous les personnes homosexuelles à qui on n’a pourtant jamais demandé l’avis réel et dont on ne tient pas compte ? et la défense eugéniste et pourtant « pro-gay » d’un gène homo pour prouver que l’homosexualité n’est pas une anomalie ni un choix ? et que dire des outing via l’encouragement « généreux » et pressant au coming out ?), commencent ces temps-ci à me soupçonner de plus en plus d’homophobie. D’où viennent ces accusations infondées ? D’une part, je crois que ces fondamentalistes du désir homosexuel sentent inconsciemment et à raison que je suis 100 fois ami des personnes homos qu’eux, et que par mon amour/ma connaissance de la culture homosexuelle je suis capable de prouver leur homophobie inconsciente et l’incroyable censure qu’ils exercent sur la production artistique et intellectuelle de leur communauté. Et d’autre part, je pense qu’ils ne supportent pas de voir que leur amour des personnes homos est bien plus intentionnel qu’effectif. C’est en effet tellement contradictoire et douloureux d’admettre qu’on est son pire ennemi, qu’on aime mal quand on aime trop, et qu’on se cache derrière l’affichage de prétentions pro-gay sans consistance pour mieux se haïr soi-même à travers le soutien de ses soi-disant « camarades » qu’on ne cherche pas à connaître et qu’on n’aime que de loin…

 


 

Ces militants LGBT zélés et convaincus du bien-fondé indiscutable des « actions » de leur(s) Front(s) de Libération, ces animateurs-radio « bénévoles » (mais qui paradoxalement ne sont pas du tout là gratuitement, dans un esprit de service), ces journalistes de la presse communautaire (cyniques et insipides), ces porte-drapeaux d’une opérette nommée Gay Pride, ces libraires lâches et inquisitoriaux (qui se permettent de mettre à l’index des oeuvres qu’ils jugent « homophobes » pour ne privilégier que les navets narcissiques d’auteurs homos qui n’intéressent personne et qui vendront « beaucoup » juste le temps d’une rentrée littéraire), ces pseudos intellectuels/artistes qui croient défendre la culture homo de tout leur coeur (parce qu’ils côtoient des « stars » et empilent dans leur bibliothèque des ouvrages qu’ils ne questionnent pas au-delà de leurs petits goûts et leurs « impressions de 4ème de couverture ») mais qui en réalité en sont les premiers censeurs, me traînent en procès d’homophobie… alors que ce sont eux les véritables personnes homophobes ! Ils n’y connaissent pas grand-chose à la culture homo, appauvrissent les oeuvres qu’ils « lisent » (de travers) pour n’y entendre que ce qui les rassure, et vont diaboliser les seules consciences qui leur montreront leur auto-censure homophobe en les traitant d’ « homophobes » et en cherchant dans l’entourage de ces dernières les amitiés suspectes pour les diaboliser. Ceux qui ont vraiment lu mes écrits savent que je défends la culture homo comme personne. Ceux qui me voient en présence de mes amis homosexuels savent que non seulement je ne suis pas homophobe, mais que de surcroît je suis plus gay friendly qu’eux, que j’ai plus à coeur de les unir qu’eux, que j’ai la blague et la convivialité faciles, que je n’ai aucun complexe à me dire homo et à entrer en contact avec mes semblables d’orientation sexuelle (contrairement à eux qui se disent en général « hors milieu », anti-efféminés, anti-clichés homos, anti-ghetto gay, qui n’organisent jamais de soirées, et qui se haïssent sans se déclarer encore une guerre ouverte), que j’aime le Marais et les gens qui s’y trouvent, que je crois plus que la grande majorité d’entre eux en la force de l’amitié entre personnes homosexuelles. J’ai vu, à travers mes deux années à la radio, l’ignorance, et surtout la complaisance dans l’ignorance, de ces militants homosexuels qui se présentent comme les défenseurs de leur communauté, mais qui concrètement ne font rien pour l’aider à sortir de la victimisation, qui ne cherchent pas à comprendre le désir homosexuel tel qu’il est (dans son ambiguïté idolâtre et violente), qui n’aiment pas leurs auditeurs ni la culture homosexuelle (je me suis assez fait taper sur les doigts dès que je proposais des pistes de réflexion sur le désir homosexuel qui sortaient de l’habituelle justification/sacralisation bien-pensante de l’identité homo éternelle ou de l’ « incroyable beauté » des amours particulières, pour le dire!). J’ai vis à vis des personnes homosexuelles le même rapport que je pourrais avoir avec les membres de ma propre famille : je ne suis pas toujours d’accord avec eux (c’est peu de le dire…), parfois même je les trouve très cons et ne me sens pas compris par eux, mais malgré tout cela, ils restent quand même des frères dont je me sens solidaire, responsable, redevable, des frères que j’aime. Le conflit n’est pas que la haine : c’est parfois la vie et l’intérêt que l’on porte à l’autre. Le débat n’est pas qu’une opposition : c’est souvent le dialogue avec un enjeu de vie. La résistance n’est pas que le signe d’une rupture relationnelle : elle est parfois la condition à la relation, le refus d’une fusion mortifère. Et quand je m’oppose à l’amour homo et au désir homosexuel, j’aime vraiment les personnes homosexuelles. Bien plus qu’elles ne le croient !

 


 

On aime en vérité quand on prend le risque de dire parfois « non » à l’autre. Dans notre société actuelle, on veut nous faire croire à tort que l’amour est un « oui » béat et aveugle. Rien de plus faux ! L’amour vrai n’est pas un « oui » inconditionnel et démago. C’est un « oui » désirant et exigeant. C’est un « oui » qui propose une direction, un engagement entier et unique qui n’est pas confortable. C’est un « oui » du partage mais aussi un « oui » de l’unité dans ce partage (et cette unité restreint fatalement, regroupe, délimite, balise, nous frustre, qu’on le veuille ou non !). Les parents du monde entier, ou les histoires d’amitié vraie, nous apprennent que l’amour fort et juste, même s’il fait du « oui » sa priorité, sait parfois dire « non » avec fermeté pour guider et soutenir ceux qu’il aime. Et je pense que les militants homosexuels, qui ne savent pas se dire de temps en temps « non » parce qu’ils sont terrorisés d’apprendre qu’ils se détestent eux-mêmes et entre eux, non seulement ne s’aiment pas mais cherchent inconsciemment à se détruire… quand bien même ils jouent pour un temps très limité la comédie de la complicité amicale « entre pétasses », ou la parodie de l’amour-passion avec des amants de passage. Pour ma part, je pense aimer beaucoup plus les personnes homosexuelles en ne leur cédant pas tout, en m’opposant parfois avec poigne à leurs revendications irréalistes, à leur gourmandise égalitiste et mégalomaniaque, qu’en leur laissant tout faire et en validant passivement leurs utopies collectives, aussi sucrées et belles cinématographiquement soient-elles.

 


 

C’est très facile d’être intentionnellement pro-gay. Tout le monde, même le pire des hommes homophobes, peut être pro-gay et sincèrement tolérant, s’il s’agit simplement de signer une pétition et d’afficher pendant 5 minutes ses intentions humanistes sans avoir à les faire suivre des actes qui leur correspondent, s’il suffit de se dire ennemi du mal et preux défenseur de l’amour sans avoir à aimer concrètement, s’il faut juste sourire sur la photo rainbow en « faisant sa follasse » et continuer d’être ignoble avec soi-même et ses semblables en toute bonne conscience ! Moi aussi, je peux le faire ! Sauf que je ne suis pas assez homophobe – ces ignorants de militants LGBT diraient « assez gay friendly » – pour ça. Je rends véritablement service aux personnes homosexuelles en les bousculant dans leurs certitudes, car le désir homosexuel pose objectivement/moralement problème, et les encombre concrètement dans leur vie, quand bien même elles l’idéalisent et le défendent pour faire bonne figure et arborer l’orgueilleux visage du « Réconcilié-avec-lui-même ». L’homophobie des hommes/femmes publics identitaristes homosexuels ne se réduit pas à l’affichage télévisuel ou radiophonique de leurs intentions gay friendly : elle s’étend, à mon sens, au refus, chez eux, de se considérer comme possiblement homophobes parce qu’ils refusent de remettre en cause le violence qu’ils sont capables de déployer pour justifier la légitimité de leurs bonnes intentions au détriment des actions justes qu’ils pourraient poser… mais qu’en général ils ne posent pas. Combien de militants homosexuels je vois crier sur les toits le bonheur d’aimer homosexuellement, réclamer à cors et à cris le mariage gay… alors qu’ils trompent régulièrement leur copain ! Pour moi, les personnes homosexuelles les moins homophobes qui existent sont finalement celles qui ne se présentent pas uniquement comme « des » homosexuels, qui n’imposent pas l’amour ou le « couple » homo comme idéal, et qui savent tenir tête à la course folle aux « droits LGBT » conçus pour tuer l’ennui et certains différences fondatrices du Réel. Je les invite à lutter contre l’homophobie, mais cette fois en l’entendant comme ce qu’elle est vraiment : la haine de soi (déclinée en fierté publicitaire d’être homo). Pas un prétexte qui colporte le mensonge, qui est une parodie d’amour de soi à travers la victimisation, et qui encourage à la haine des autres.