Code n°44 – Désert (sous-codes : Sable / Cendres)

Désert

Désert

 
 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Les anti-Moïse

 

Vidéo-clip de la chanson "Désenchantée" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer


 

Au moment de se retrouver lui-même au désert, face au Réel, face à ses pères, dans la concrète solitude de sa singularité, le personnage homosexuel (et souvent l’individu homosexuel) est pris en général de panique, lui, l’angoissé de lui-même. Le désert, qui idéalement devrait être le lieu du repos, du sevrage de nos anciennes addictions, de la purification, du chemin de la Résurrection pascale, apparaît dans les fictions traitant d’homosexualité comme un abîme terrible.

 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Manège », « Mort », « Homme invisible », « Eau », « Fusion », « Faux révolutionnaires », « Clown blanc et Masques », « Aube », « Focalisation sur le péché », « Lunettes d’or », « Ennemi de la Nature », « Voyage », « Vampirisme », « Vent », « Solitude », « Icare », « Île », « Jardins synthétiques », à la partie « Haine de la Réalité » du code « Planeur », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 
 

a) Le désert ou l’errance :

DÉSERT jaune

 

Il est souvent question du désert dans les fictions homo-érotiques. Le personnage homosexuel se dirige vers un désert (réel ou mental) : cf. la pièce Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès, le roman Et le désert (1989) d’Andrea H. Japp, le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot, le roman Le Monde désert (1927) de Pierre Jean Jouve, le roman Un Thé au Sahara (1949) de Paul Bowles, le film « Gerry » (2002) de Gus Van Sant, le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, le film « Whity » (1970) de Rainer Werner Fassbinder, la pièce D’habitude j’me marie pas ! (2008) de Stéphane Hénon et Philippe Hodora, le roman Déserts… (1982) de Julien Cendres, le film « Du sang dans le désert » (1957) d’Anthony Mann, le film « Cent mille dollars au soleil » (1963) d’Henri Verneuil, le film « Beau Travail » (1999) de Claire Denis (avec la mort dans le désert), le film « Sun Kissed » (2009) de Patrick McGuinn, le film « Lawrence d’Arabie » (1962) de David Lean, le film « Les Châtaigniers du désert » (2009) de Caroline Huppert, le film « Yossi » (2012) d’Eytan Fox, le film « Joshua Tree 1951 : A Portrait of James Dean » (2012) de Matthew Mishory, le film « The Desert Song » (« Le Chant du désert », 1929) de Roy Del Ruth, le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini (avec le poème « Le Premier Paradis, Odette… »), le film « Edipo Re » (« Œdipe-Roi », 1967) de Pier Paolo Pasolini, le film « Thelma et Louise » (1991) de Ridley Scott, le roman Le Monde désert (1927) de Pierre-Jean Jouve, le roman Le Désert mauve (1987) de Nicole Brossard, etc. Par exemple, dans la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd, Arnold Wilcox, un des héros homosexuels, feuillette une encyclopédie sur les animaux du désert.

 

« C’est le désert. On est marqués par le désert. » (cf. une réplique des personnages de la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti) ; « Je connais bien le désert ! » (cf. une réplique de la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Tentons la traversée du désert ! » (le Jésuite, idem) ; « Je suis sèche comme le désert d’Arizona. » (Jessica, le héros transsexuel M to F, dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage) ; « Je vais me promener sur les dunes avec mon chien Lambetta. » (le narrateur homosexuel dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 12) ; « J’veux juste m’enfuir dans un désert et creuse un trou dans une dune. » (Hubert, le héros homosexuel s’adressant à sa mère qu’il cherche à fuir, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) ; « Tu resteras dans l’oasis que je vais te faire construire au beau milieu du désert vivre une vie de chimères ! » (Ahmed s’adressant à Lou, l’héroïne lesbienne, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Mon Dieu. J’arrive du désert de Gobi. Je suis en plein jetlag. » (Nathalie Rhéa dans le one-woman-show Wonderfolle Show, 2012) ; « C’est comme le désert, mais version campagne. » (Vincent s’adressant à Moussa à propos du film « Le Secret de Brokeback Mountain », dans le film « Ce n’est pas un film de cowboys » (2012) de Benjamin Parent) ; etc.

 

Le désert peut être sacralisé par les protagonistes homosexuels car il est vu comme un espace du silence, de l’acorporéité, du confort dans la victimisation : « Sacré, le désert. » (cf. une réplique de la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg) ; « Elle s’asseyait au bord de mon lit […] et me racontait avec un accent étranger le curieux récit du désert. […] Oui, l’ivresse du désert existe, Ourdhia l’a rencontrée. » (la narratrice lesbienne parlant de sa grand-mère, dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, pp. 52-54) ; « S’il le faut, je traverserai le désert sur un genou pour assurer ton bonheur. » (le Père 1 s’adressant à son futur gendre de manière despotique, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) ; « Je veux marcher jusqu’en Afrique et traverser le désert. » (Rimbaud s’adressant à son amant Verlaine, dans le film « Rimbaud Verlaine » (1995) d’Agnieszka Holland) ; « Je fis une station devant chaque cinéma que je croisai : le Princess, le Palace, le Cinéma de Paris, le Loew’s, le York, pour réchauffer mes pieds autant que pour regarder les affiches. Au York, Sophia Loren et Charlton Heston s’embrassaient passionnément devant un panorama de désert sec et torride, les chanceux ! » (le narrateur homosexuel du roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 31) ; « Le désert était bien là. Mon cabinet de toilette étouffait sous un bloc généreux de sable : la dune. » (la narratrice lesbienne dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 53) ; etc.
 
 

b) Le sable, métaphore du désir :

Film "Sun Kissed" de Patrick McGuinn

Film « Sun Kissed » de Patrick McGuinn

 

Dans la fantasmagorie homosexuelle, on retrouve souvent la mention du sable en tant que métaphore (métonymique) du désir : cf. la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo, le poème « L’Île au trésor » (2008) d’Aude Legrand-Berriot, le film « Love Letter In The Sand » (1988) d’Hisayasu Sato, le film « Sand » (2011) de Julie Carlier, le roman Les Dollars des sables (2006) de Jean-Noël Pancrazi (avec l’usage récurrent du point virgule), le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, « Sous le sable » (2000) de François Ozon, le roman Une Poignée de sable (1971) de Christian Giudicelli, le film « Le Sable » (2005) de Mario Feroce, la chanson « The One » d’Elton John, le roman Les Clochards célestes (1963) de Jack Kerouac, le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti (avec le sablier), le poème « Les Fantômes du désir » de Luis Cernuda, le film « Grains de sable » (1995) de Ryosuke Hashiguchi, la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, le roman Poudre d’or (1993) d’Yves Navarre, le film « Boys In The Sand » (1971) de Wakefield Poole, le film « Lang Tao Sha » (1936) de Wu Yonggang, le film « De sable et de sang » (1987) de Jeanne Labrune, la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, etc. « Poussière poudre d’or. » (le narrateur dans la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet) Par exemple, dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi, il est question de « poussières d’or » (p. 123). Dans le livre Papa, c’est quoi un homosexuel ? (2007) d’Anna Boulanger, l’homosexuel est qualifié d’« amateur de terre jaune ». Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, s’unit à son amant Kevin sur la plage… et son sperme dans la main se mêle au sable.

 

Régulièrement, le héros homosexuel se prend pour le sable, donc pour son propre désir, son propre amour (narcissique, plein de mirages et de réverbérations) : « J’ai mis le sable et tu as mis l’eau. D’un grain de sable et d’une larme, nous avons fait un couple. » (le Comédien dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’égrènerai le sable, le sable incandescent : mon rosaire d’amour ! » (cf. le poème « À Gilles R*** » de Denis Daniel, dans l’autobiographie Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 57) ; « Mais qui étions-nous quand nous nous sommes rencontrés ? Deux histoires, deux sabliers peut-être, impénétrables. Deux sabliers qui allaient s’inverser comme un miroir. […] Une histoire rêvée, fantasmée […] On descend vers soi, comme le sable, comme le fleuve. » (Adrien, le narrateur homosexuel parlant de son amant Malcolm, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 138) ; « Maintenant, je me trouve au milieu d’un désert de sable surplombé par un mont également désert. […] Par pudeur j’ai jeté deux poignées de sable sur son sexe entrouvert. » (le narrateur homosexuel du roman L’Uruguayen (1972) de Copi, pp. 26-27) ; « Essaie de prendre une poignée de sable dans ta main. » (Mathilde s’adressant à son meilleur ami homo Guillaume, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; etc. Par exemple, dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger, Pablo demande à son futur amant Bruno « Si tu étais un minéral, que serais-tu ? » ; il lui répond « le sable » ; et lui, « de l’eau ». Dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier, le Comédien et son amant accumulent des « objets comme des collections de sable, témoins de nos escales dans le monde amoureux ».
 
 

Cachafaz – « Ell’ te plaît pas molle, ma bite ?

Raulito – J’aimerais mieux de l’eau bénite ou traverser le Sahara ! »

(Copi, Cachafaz, 1993)
 
 
 

c) Le sable de mort : la cendre

Dans les fictions homo-érotiques, le désert et le sable sont davantage une épreuve ou l’endroit d’un viol (incestueux parfois) qu’un lieu ou un facteur de vie. « Pour un désert, c’est un désert ! » (le vieux Largui traversant le désert pour aller jusqu’aux chutes d’Iguazú dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) ; « Je maudis ce désert où nos corps sont jetés. » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 109) ; « 17 ans, 17 carêmes. » (cf. la chanson « La Chanson de Jérémy » de Bruno Bisaro) ; « Qui a mis du sable dans la tête à maman ? » (Corinne dans le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur) ; « Le sablier se vide et se remplit de sang. » (la narratrice lesbienne dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 92) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Somefarwhere » (2011) d’Everett Lewis, le désert est clairement montré comme le théâtre de la mort. Dans le film « Il Decameron » (1971) de Pier Paolo Pasolini, on retrouve le personnage de « l’homme du désert », défini comme un « saint à l’envers », diabolique. Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, Gouri et Rakä ne veulent pas revenir dans le monde du Réel et souhaitent faire demi-tour, rester dans « l’immense désert de sable » (p. 148) de la Cité des Rats… mais la porte qui sépare ce désert de la Réalité s’est refermée derrière eux et le retour est pour eux impossible. Dans le roman Le Sang du désert (2012) d’Alicia Garspar de Alba, Ivon, l’héroïne lesbienne, souffre de l’homophobie de sa mère : sa mère biologique tout comme sa mère géographique puisque l’intrigue se passe le long de la frontière mexicano-américaine. Dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi, les protagonistes cherchent un Alaska mythique où elles n’arriveront jamais. Dans le film « The Return Of Post Apocalyptic Cowgirls » (2010) de Maria Beatty, au cœur d’une humanité dissoute, quatre jeunes femmes survivent dans le désert de l’Arizona et leurs désirs s’apprivoisent dans un cimetière d’avions. Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Tom, le chanteur gay, a réalisé un clip dans un désert où il dit s’être pris pour Dieu, pour un Noé face à la menace de Déluge. Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le Dr Katzelblum suit en thérapie un couple gay Benjamin/Arnaud parce qu’Arnaud ne s’assume pas comme homo. Il leur prescrit 40 séances pour transformer les deux jeunes hommes en couple homo assumé.
 

Le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz démarre sur des images de deux motards (les deux amants Konrad et Heiko) qui roulent de manière complètement désordonnée et incontrôlée dans le sable d’une plage ; Heiko va ensuite se noyer dans une baignade de « couple ». La thématique du visage de l’amant narcissique disparu apparaissant sur le sable est soulignée par le play-back de la chanson « Aline » (de Christophe) par Konrad et Donato son partenaire de substitution.

 

Comme le sable n’est ni connecté au Réel, ni connecté à l’Amour vrai, ni à la personne du héros homosexuel, ce dernier finit par s’en venger, par le voir comme un sable de mort : « Il faut faire attention au virus des steppes. » (Garbo dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) de Copi) ; « J’ai du sable dans la gorge, qui demande à être arrosé, du sable sous les paupières, me grattant jusqu’au sang. Je m’effrite de partout, en paillettes de mica, en granulés sableux. Je ne peux plus parler. » (Yvon en parlant de Groucha, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 264) ; « La valise, elle était pleine de sable ! Maintenant, je traîne. Ma valise. » (le Fils dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi) ; « Je suis comme l’on est au désert. Rien de ce qui m’intéresse n’est là, et je n’ai plus le cœur de provoquer ces instants qui pourtant m’étaient tout. Hier, il faisait ce grand froid qui gèle tous les échanges. Aucune visite. Mes rêves seuls me tiennent encore compagnie. Ils sont peuplés de ces Grecques qui avaient à l’époque toutes les facilités pour vivre des relations maintenant interdites, et la nuit je participe à tout ce que mon imagination peut inventer. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 73-74) ; « Le goût familier et oublié des cendres brûlées lui revint dans la bouche. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 223) ; « Quand la danse cessera, trop tard, tout prendra un goût de cendres. » (cf. la chanson « City Of Love » de Mylène Farmer) ; etc. Par exemple, à la toute fin de la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi, la dernière Reine inca, le Jésuite, la Princesse, et la Vache sacrée « moururent empoisonnés sous le soleil brûlant au beau milieu du désert ». Dans la chanson « J’veux pas être jeune » de Nicolas Bacchus, le narrateur homosexuel et son amant se retrouvent « jusqu’au jardin désert qu’ils n’avaient pas cherché ». Dans le film « Ma Mère » (2004) de Christophe Honoré, le sable est associé à l’envahissement mortifère et incestueux entre une mère abusive et son fils Pierre. Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, le cadavre d’Herbert est retrouvé sur un tas de sable près du château d’eau. Plus tard, Hugues compare « le sable sur le parquet » à une flaque de sang.

 

Le désert, dans l’idée, est même parfois envisagé comme un Jardin d’Éden inversé, un enfer hétérosexuel : « Dieu nous a donnés ce désert tout entier, car il nous préfère. » (Ève parlant du désert hétérosexuel par rapport au Jardin d’Éden habité par les homos, dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso)
 

Film "Teorema" de Pier Paolo Pasolini

Film « Teorema » de Pier Paolo Pasolini

 

Régulièrement, le héros homosexuel ne veut pas aller au désert, se fige à ses portes, ou s’arrête à la pancarte d’entrée « DÉSERT » car il a peur d’y découvrir la Réalité, ses limites, sa finitude, la déception de l’amour homosexuel : cf. la fin du vidéo-clip de la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer, la fin du film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini (avec le cri d’effroi de l’Homme prisonnier dans le désert), l’arrêt au désert tropical du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude (face à un « paradis qui semble vide »), la chanson « Qu’est-ce que ça peut faire ? » de Benjamin Biolay, le film « La Prisonnière du désert » (1956) de John Ford, etc. « Pourquoi n’es-tu pas venu au désert ? » (cf. une réplique de la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou) ; « T’es en train de te demander ce que tu fous dans le désert… Qu’est-ce que j’avais besoin de t’entraîner… » (Maurice s’adressant à Abdallah dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti) ; « Sa vie était devant ses yeux, désert morne. Comment avait-il pu, sans mourir de soif, traverser tout ce sable ? » (Fernand dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, p. 76) ; « On peut voyager longtemps dans le désert à condition qu’on ait un point d’attache quelque part. » (le héros homosexuel dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès) ; etc.

 

Le sable de mort, c’est bien sûr l’autre nom de la cendre : cf. le roman Un Goût de cendres (2004) de Jean-Paul Tapie, le film « De soie et de cendres » (2003) de Jacques Otmezguine, le film « Les Cendres du temps » (1997) de Wong Kar-wai, le film « L’Homme de cendres » (1986) de Nouri Bouzid, le roman Cenizas (1974) d’Eduardo Mendicutti, la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, la pièce Les Amers (2008) de Mathieu Beurton, le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « 30° couleur » (2012) de Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue (se déroulant pendant le Mercredi des Cendres), la chanson « Rise Like A Phenix » de Conchita Wurst, etc. Par exemple, dans le roman Der Tod In Venedig (La Mort à Venise, 1912) de Thomas Mann, le nom d’Aschenbach (le héros homosexuel, est composé littéralement de deux mots : Bach, qui signifie Ruisseau et Asche qui signifie Cendre. Dans le film « Seul le feu » (2013) de Christophe Pellet, Thomas, en visitant le Père Lachaise, souhaite être incinéré. Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, Richard conserve les cendres de son amant Kai chez lui. Dans le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic, Radmilo disperse les cendres de son bien-aimé Mirko. À la fin du docu-fiction « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, les militants homos d’Act-Up font irruption dans une soirée cocktail bourgeoise, pour y disperser les cendres de Sean, leur pote homo mort du Sida.

 

Il est souvent fait mention de Cendrillon dans les fictions homo-érotiques : cf. la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon, la chanson Cinderella de Britney Spears, la chanson « Cendrillon » de Stéphane Corbin, le film « La Comtesse aux pieds nus » (1954) de Joseph Mankiewicz, le film « Les Douze Coups de Minuit » (« After The Ball », 2015) de Sean Garrity, etc. « Je m’étais juré de pas coucher le premier soir ! Mais que voulez-vous ? J’avais rencontré mon Prince Charmant ! Je me sentais comme Cendrillon ! Elle avait trouvé chaussure à son pied et moi… » (Raphaël Beaumont dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles, 2011) ; « Le p’tit Martin à sa maman est une Cendrillon ! » (Malik, le héros hétérosexuel charriant Martin, le héros sur qui pèse une forte présomption d’homosexualité, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc. Par exemple, dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros homosexuel est traité par Brad, le méchant du film, de « Cendrillon ». Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Éric le héros homo adore les bals : « Lui, pour le coup, a un vrai complexe de Cendrillon. » (Otis, le meilleur ami hétéro d’Éric, dans l’épisode 7 de la saison 1).

 

Même si au départ la cendre prend un sens résurrectionnel (celui du Phénix qui renaît de ses cendres, qui se relève plus fort après la grande traversée du désert), elle se réfère avant tout à la vacuité de l’existence, de l’« amour » et des pratiques du héros homosexuel : « Je souhaite renaître tel un Phoénix de mes propres cendriers. » (Océane Rose-Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « Fais attention aux traces de doigts et à la cendre. » (Bernard s’adressant à Donald, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « De nouveau un dimanche d’une écrasante chaleur estivale, de nouveau mes regrets, ma tendresse, mes inquiétudes, mes interrogations de vous, vers vous, pour vous. De nouveau des mots, des phrases que je ne peux réprimer, des pensées nostalgiques : traces dérisoires, cendres laissées par le grand brasier qui m’enflamme depuis notre rencontre […]. » (Émilie s’adressant à Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 25) ; « Pourquoi n’avais-je sur les livres que le goût triste de la cendre ? » (Jacques, le quinquagénaire s’adressant au jeune Mathant de 19 ans, au lendemain de leur nuit d’amour, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 
 

a) Le désert ou l’errance :

Vidéo-clip de la chanson "Say You'll Be There" des Spice Girls

Vidéo-clip de la chanson « Say You’ll Be There » des Spice Girls

 

J’aime le désert car il me transporte directement vers la transcendance de Dieu. Et je suis très attaché, chez les saints, à Jean-Baptiste et à saint Antoine de Padoue. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si mon blog s’appelle L’Araignée du Désert, certainement. Je ne suis pas le seul auteur homosexuel a développé un attachement pour le désert (que j’ai visité pour la première fois au Liban en avril 2013). Par exemple, dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, l’article de Boti García Rodrigo fait de temps en temps référence au désert. Certaines personnes homosexuelles ont célébré le désert et y ont vécu : Arthur Rimbaud, Lawrence d’Arabie, Paul Bowles, Jack Kerouac, Yves Saint-Laurent, Jean Sénac, Pier Paolo Pasolini, etc. D’autres en ont parlé, ou bien y ont été identifiées : cf. la lettre De Profundis (1897) d’Oscar Wilde, l’essai Le Prophète dans le désert (1997) de David Coad (dédié à Patrick White), etc. Elles se présentent quelquefois comme des grands voyageurs du désert, des touaregs : « À cette époque-là, c’était un peu le désert. Je buvais beaucoup. J’étais à sec. » (Pierre parlant de sa rencontre avec Yann, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « À nouveau un grand désert. Mais un grand désert blanc. » (Pierre évoquant son voyage en Terre Adélie, idem) ; etc.

 
 

b) Le sable, métaphore du désir :

Le sable, dans l’inconscient collectif et humain, se réfère très souvent au désir. Et comme le désir homosexuel est inclus dans les désirs humains (divisants), il est logique que certains créateurs homosexuels en parlent, de manière souvent inconsciente : cf. la photo L’Arène (1926) de Claude Cahun (classée comme par hasard dans la section « Métaphores du désir » de l’Exposition « Claude Cahun » au Jeu de Paume du Jardin des Tuileries à Paris en juin 2011). « C’est tellement sensuel, le sable ! » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 172) Par exemple, dans l’essai De Sodoma A Chueca (2007) d’Alberto Mira, il est dit que Federico García Lorca défend un « théâtre sous le sable » (p. 272). Dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, Madeleine lit un livre qui intrigue Jacques : « C’est une vieille dame qui s’adresse à un homme, un témoin silencieux, qui la suit depuis toujours. Elle est enterrée dans une dune de sable jusqu’à la taille. Elle a un sac. Ça me fait penser à toi et à moi. » Jacques s’en amuse : « Tu vois que ça fait du bien de s’enterrer dans le sable. C’est très bon pour les rhumatismes. L’été dernier, tu ne m’as pas permis de te recouvrir de sable. Tu as eu tort. » (p. 265) Je vous renvoie également à mon mémoire de DEA intitulé Le Sablier de Néstor Perlongher, que j’ai rédigé à Rennes à propos du recueil poétique Austria-Hungría, en 2003. J’y développe toute une nouvelle cosmogonie désirante autour du sablier, et en particulier du sable comme métonymie du Désir.
 

Dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel, la culture homosexuelle est présentée littéralement comme un désert.
 
 

c) Le sable de mort : la cendre

Vidéo-clip de la chanson "Lonely Lisa" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Lonely Lisa » de Mylène Farmer

 

En général, le désert et le sable dont parlent (ou que vivent) les personnes homosexuelles ne sont pas positifs car ils ne sont reliés ni au Réel (la différence des sexes) ni à Dieu (la différence Créateur/créatures). Ils constituent une fuite de soi et des autres. Ou bien elles cherchent à l’éviter pour éviter d’avoir à se poser la question de leur identité profonde et du Sens de leur existence. La majorité des personnes homosexuelles n’ont pas pris le temps de se poser pour interroger leurs désirs profonds. Et seul le désert permet cela.
 

« Le monde s’est mis alors à trembler autour de moi. La terre s’ouvrait sous mes pieds. L’abîme. J’y suis tombé. Le cycle de la mort aveugle, que j’avais déjà croisé enfant, jeune homme, recommençait. C’était le désert. Le désert et la panique. […] J’avais peur, peur, peur… Peur de partir. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 93) ; « Il [Adrien, le héros homosexuel] considérait d’ailleurs la fidélité sous un jour nouveau. La sexualité masculine conservait toujours quelque chose d’animal. Ni la tendresse ni l’amour – ce que transmettent les femmes – ne parvenaient totalement à dompter la puissance d’un désir brut, primitif, captivant. Ce désir de pénétrer et d’envahir la différence de l’autre ; de ne pas laisser la proie s’échapper. Car c’est elle, la proie, qui donne l’impression d’exister mieux. Elle est comme une extension de soi, un poids ajouté au sien. Certains ont le goût de l’argent, d’autres du pouvoir et d’autres encore de conquérir les corps et parfois les âmes avec. Tous finalement refusent leur solitude, leur finitude, leur désert. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 51) ; « Chacun de nous est un désert. Une œuvre est toujours un cri dans le désert. » (François Mauriac) ; etc.
 

Il n’y a qu’à voir comment la majorité des personnes homosexuelles diabolisent le célibat, voient mon choix de continence (donc de renoncement par rapport aux plaisirs génitaux) comme un bagne et un désert aride que j’imposerais à tout individu homo (alors qu’en réalité, je n’impose absolument pas la continence comme un modèle imposé : je la propose juste en tant que « meilleur pour les personnes homos qui ne peuvent pas se marier avec une personne du sexe complémentaire », et toujours dans le respect de la liberté de chacun), pour comprendre l’aversion homosexuelle pour le repos du désert.
 

Certaines personnes homosexuelles préfèrent s’appesantir sur leur état de cendres, et s’identifient parfois à Cendrillon : « Tu fais la souillon, tu fais la Cendrillon. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla). Par exemple, dans l’émission de télé-crochet The Voice 4 diffusée sur la chaîne TF1 le 24 janvier 2015, le chanteur homosexuel Mika se met en boutade dans la peau de Cendrillon agressée par ses deux sœurs (et rivales-coachs Jennifer et Zazie) : « Elles sont comme deux sorcières toutes en noir. Vous êtes comme les deux sœurs dans Cendrillon ! »
 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 
 

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Code n°45 – Désir désordonné (sous-codes : Blessure / Sauvage / Albator)

Désir désordonné

Désir désordonné

 

 

« Je suis un mutant, un nouvel homme, je ne possède même pas mes désirs, je me parfume aux oxydes de carbone, et j’ai peur de savoir comment je vais finir. » (Francis Cabrel, « Ma place dans le trafic »)

 
 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

L’Église catho serait la seule à dire que les actes homos sont intrinsèquement désordonnés ? Pas du tout. Les personnes homos l’ont dit avant Elle !

 

Qu’est-ce que le désir homosexuel et quel est son sens ? Voilà pour moi la vraie question qui vaille le coup en matière d’homosexualité. Le reste (l’identité homo, l’amour homo, la communauté homo, la culture homo) se légitime beaucoup moins, et ne trouve sa raison d’être que parce que le désir homosexuel existe ; c’est bien la seule chose dans l’homosexualité dont on soit sûr qu’elle existe, d’ailleurs. Par conséquent, si un phénomène est présent, y compris « en suspension », il peut s’étudier en tant que réalité (désirante, fantasmatique, symbolique). Je suis un des rares qui pensent que le désir homosexuel, même s’il ne s’essentialise pas en espèce (« les » homosexuels) ni en amour éternel (l’« amour homosexuel »), a quand même une nature et ses caractéristiques propres… qu’il partage bien souvent avec le désir hétérosexuel.

 

N’étant pas fondé sur les quatre rocs du Réel que sont la différence des sexes, la différence des générations, la différence des espaces et la différence entre Créateur et créatures, il était à prévoir que ce désir homosexuel – qui rejette clairement la différence de sexes (et un peu moins les deux autres différences) –, s’il est pratiqué, ne trouve pas son canal, ait du mal à s’incarner, et s’éparpille dans tous les sens, pour s’actualiser de manière désordonnée et partielle dans les réalité humaines et relationnelles. Quand l’Église catholique dit que les actes homosexuels sont « intrinsèquement désordonnés », Elle a plus que jamais raison, quand bien même, vue de loin, cette expression ecclésiale résonne comme « intrinsèquement homophobe », car certains ne cherchent pas à la comprendre.

 

Le désir homosexuel est l’expression du climat fortement anti-naturaliste de nos sociétés actuelles qui encouragent l’individu à s’éloigner du Réel pour rejoindre les paradis virtuels, à vider ses actes de leur portée symbolique, et à dissocier l’être du faire, le corps de l’esprit, les actes de leurs sens. Même si la schizophrénie n’est pas l’apanage du désir homosexuel, je crois que celui-ci fait partie, avec le désir hétérosexuel, des plus puissantes forces humaines écartelantes qui existent. Si j’avais à en donner une seule définition, je pourrais dire que le désir homosexuel tend davantage à la désunion réifiante de l’être qu’il habite qu’il ne veille à son unité humanisante. C’est la raison pour laquelle bon nombre de personnes homosexuelles l’associent inconsciemment ou volontairement à la schizophrénie.

 

Souvent, dans leurs discours, elles ne dissocient pas le désirant du désiré ; elles croient qu’elles ne doivent leur existence qu’à elles-mêmes et qu’elles sont leurs désirs. « Ce que nous désirons, c’est qu’on nous désire. » (Néstor Perlongher, « El Sexo De Las Locas » (1983), p. 34) En somme, elles adoptent une conception unilatérale et égocentrique du Désir : « Le désir ignore l’échange, il ne connaît que le vol et le don » (p. 219) écrivent Gilles Deleuze et Félix Guattari dans leur Anti-Œdipe (1972/1973). Il n’est plus lié à l’unité ni à la vie puisqu’elles le comparent narcissiquement à la schizophrénie ou à elles-mêmes.

 

« L’homosexuel » est, comme dirait Hugo Marsan, l’allégorie d’un « désir fantôme ». Il correspond à la créature littéraire nommée l’androgyne, décrite pour la première fois par Platon dans son Banquet (380 av. J.-C.), ou à l’être imaginaire créé par la science il y a un peu plus d’un siècle, en 1869. Quand cette créature habite l’Homme, parce que celui-ci désire s’y identifier, elle le blesse et le divise. C’est là sa particularité. L’androgyne est l’autre nom de la souffrance. C’est pourquoi Patrice Chéreau et Hervé Guibert, dans leur grande intuition, ont donné à la personne homosexuelle le nom cinématographique d’« Homme blessé ».

 

Tout mon travail sur le désir homosexuel m’a déjà permis de dégager 7 caractéristiques principales du désir homosexuel, qui montrent par le bon sens (et non des arguments religieux) que l’intuition de l’Église catholique sur la nature désordonnée, fragile, et violente du désir homosexuel, est inspirée et avérée. À mon avis, le désir homosexuel :

1 – est un désir de viol (et parfois le signe d’un viol réel)

2 – traduit un éloignement du Réel (surtout par rapport aux 4 « rocs » du Réel cités ci-dessus)

3 – est un désir d’être objet

4 – dit une peur d’être unique (… donc d’être aimé/d’aimer)

5 – est un désir de se prendre pour Dieu (on revient à la haine de soi)

6 – est un désir idolâtre (c’est-à-dire pour et contre lui-même : il mériterait de s’appeler « homophobie » ou « absence de désir »)

7 – est un désir de fusion-rupture (sincère mais non vrai, amoureux mais non aimant, identique au désir hétérosexuel et tout aussi violent que lui ; moins fort que le Désir du couple femme-homme aimant)

 

Ces 7 points sont le fruit de toutes mes études d’« homosexologue ». C’est mon E = MC2 à moi, la formule de ma Bombe « H » (« Homosexualité ») ! Et il n’y a pas de copyrights. Vous pouvez les récupérer et les ré-utiliser à loisir, car ils vous seront très utiles et éclairants. Ils illustrent bien pourquoi il y a désordre dans le désir homosexuel, et que celui-ci n’est que le voyant rose d’un désordre social beaucoup plus étendu dans les couples hétérosexuels.

 

Pour compléter ma réflexion sur le désir homosexuel, je vous encourage fortement à lire ce qui se passe côté complexité, cette fois du point de vue du couple homosexuel et de l’amour homosexuel (et non plus simplement sur un plan individuel, ou du point de vue du désir homosexuel, comme je vais vous l’expliquer ici), avec les codes « Manège », « Appel déguisé », « Liaisons dangereuses », et avec la partie sur la « Schizophrénie » de mon code « Doubles schizophréniques » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Liaisons dangereuses », « Se prendre pour Dieu », « Doubles schizophréniques », « Milieu psychiatrique », « Appel déguisé », « Déni », « Androgynie Bouffon / Tyran », « Viol », « Moitié », « Amant diabolique », « Amant narcissique », à la partie « Diable au corps » du code « Ennemi de la Nature » et à la partie « Fatigue d’aimer » et « Ennui » du code « Manège », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

Le désir homosexuel (tout comme le désir hétérosexuel) est le signe d’un désir divisant et schizophrénique, d’une blessure.

 
 

a) Tout désir est considéré par le héros homosexuel comme un dieu auquel il faut se soumettre :

DÉSORDONNÉ Nicolas Dutriez

 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, une grande place est laissée au désir : cf. le film « L’Heure du désir » (1954) d’Egil Holmsen, le film « L’Homme de désir » (1969) de Dominique Delouche, le film « I Want What I Want » (1971) de John Dexter, le film « Nincsen Nekem Vagyam Semmi » (« C’est ce que je veux et rien d’autre », 2000) de Kornel Mundruczo, le recueil de poèmes La Realidad Y El Deseo (La Réalité et le Désir, 1936) de Luis Cernuda, le film « La Ley Del Deseo » (« La Loi du Désir », 1986) de Pedro Almodóvar, la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar (avec Stéphane, le héros homosexuel, travaillant dans la « Compagnie du Désir », qui monte des spectacles pour enfants), le film « Basic Instinct » (1992) de Paul Verhoeven, le film « À mon seul désir » (2023) de Lucie Borleteau, etc.

 

Mais quel type de désir le héros homosexuel défend-il ? Des grands désirs (amour vrai, amitié, engagement de couple, fidélité, rêves, promesses, don entier de soi aux autres, abandon de sa personne, actions de charité concrètes pour les autres, obéissance et service, combats pour la vie, liberté audacieuse encadrée par la raison, Dieu, etc.) ou bien des petits désirs (fantasmes, passion, imaginaire, sentiments, état amoureux, sincérité, envies, goûts, pulsions, instincts, bonnes intentions, plaisirs éphémères des sens, bien-être, etc.) ? Dans son cas, on se situe davantage dans les petits désirs, ceux qui anesthésient la révolte de ne pas donner un sens plus profond à sa vie, ceux qui compensent le manque des grands désirs, ceux qui ne favorisent pas l’unité et la conscience mais au contraire qui accentuent le désordre. L’élan homosexuel du héros ressemble davantage à une absence de désir (ou à un manque de confiance en soi) qu’à un désir, en fait : « Je sais pas ce que je veux. […] Je sais qu’aimer toute une vie, c’est tellement rare ! » (Didier, le héros bisexuel après sa nuit d’« amour » avec Bernard, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Je l’aime et je ne l’ai pas choisi. » (cf. la chanson « Je l’ai pas choisi » d’Halim Corto) ; « Je m’étais profondément attaché à lui et ne cherchais pas à savoir jusqu’où irait notre relation. » (Ednar par rapport à son amant Grégoire, dans le roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 143) ; « C’est vrai que je ne suis pas tout à fait sûr de savoir ce que je recherche. » (Benji, l’un des héros homosexuels de la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot) ; « Je ne sais pas à quoi ça rime de défendre les droits gays, mais je le fais pour les autres. » (Mark, le chef LGBT du film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « Je ne sais pas ce que je veux. Je n’ai jamais su dire non. » (Thérèse, l’héroïne lesbienne, s’adressant en pleurs à son amante Carol, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; « Moi qui avais déjà si peu d’affinité avec ma propre existence… » (Jean-Claude Janvier-Modeste, Un Fils différent (2011), p. 133) ; « Ednar ne vivait que pour survivre. Il avait tant morflé dans sa jeunesse, qu’il avait fini par se détester lui-même car il ne s’était jamais senti réellement bien dans sa peau. » (idem, p. 141) ; « J’étais une épave. Je me sentais vraiment mal. » (Emory, le héros homo efféminé évoquant son adolescence, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; etc.

 

En général, le personnage homosexuel parle du désir comme d’une formidable énergie – à consommer la plupart du temps égoïstement (ou à la rigueur à deux, avec son partenaire temporaire) –, d’une puissance euphorisante, d’un désordre jouissif irréprochable… même s’il est bien en peine après de justifier par les mots pourquoi chez lui une telle fascination pour l’éclatement, mis à part en sentimentalisant, en esthétisant, ou en politisant à l’extrême son idolâtrie. D’un air éthéré ou malicieux, après avoir idolâtré l’ordre, il prône arbitrairement « l’ordre du désordre », la « révolution de l’inversion », la « vérité » des improvisations et des errances d’un désir capricieux pseudo inattendu : « L’ordre, c’est la beauté. » (Rudolf, l’un des héros gays du film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha) ; « Le Nouvel Ordre a triomphé. Tous les homos, les maudits, sont pourchassés. » (Luca dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « L’ordre n’était pas toujours un masque. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh) ; « J’ai eu finalement pas mal de temps pour m’habituer au désordre. » (le héros homosexuel de la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou) ; « L’ordre est la vertu des médiocres. » (Gabriele, le héros homosexuel du film « Una Giornata Particolare », « Une Journée particulière » (1977), d’Ettore Scola) ; « Un Junkie, c’est quelqu’un qui aime beaucoup le désordre. » (Pablo dans le film « La Ley Del Deseo », « La Loi du désir » (1987), de Pedro Almodóvar) ; « La première chose qui frappa Stephen dans l’appartement de Valérie fut son splendide et vaste désordre. […] Rien ne se trouvait là où il aurait dû être, et la plupart des choses se trouvaient là où elles n’auraient pas dû se trouver. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of LonelinessLe Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 321) ; « Jason revoyait avec une épouvante émue la blessure de Mourad. Mais face au spectacle de sa tour d’ivoire en ruine, il n’éprouvait pas que de la douleur. Il ressentait aussi une extase inconnue. Une sorte de soulagement paradoxal, très doux, en même temps qu’enivrant. Le désordre avait aussi ses grâces. » (Jason découvrant son homosexualité et son amour pour Mourad, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 245) ; « La règle, c’est qu’il n’y a pas de règles. » (Juna, l’une des héroïnes lesbiennes de la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; etc.

 

Chez le personnage homosexuel s’opèrent deux mouvements apparemment opposés. D’un côté, il va dire qu’il possède parfaitement ses désirs (ce sera le culte de la subjectivité volontariste et individualiste) et que ces derniers ordonnent au Réel : « Une personne est d’autant plus authentique qu’elle ressemble à ce qu’elle a toujours rêvé d’être intensément. » (le transsexuel Agrado dans le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar) ; « J’étais désirer-être. » (cf. le poème « Incurable » (1996) de David Huerta, p. 121) ; « Ne jamais rien sacrifier à sa propre cohérence. » (Adèle, la « fille à pédé », dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; « J’vis ma vie comme je le ressens ! » (Dany dans le film « Sexe, gombo et beurre » (2007) de Mahamat-Saleh Haroun) ; « Qu’on soit homo, hétéro, bi, mono, l’essentiel est de vivre ma vie comme on le souhaite. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « L’esprit fort est le roi. Il règne ainsi sur la matière. » (cf. la chanson « Méfie-toi » de Mylène Farmer) ; etc. Mais d’autre part, comme il constate que ses désirs ne sont pas des ordres, et qu’il n’est pas Dieu, il se transforme en marionnette passive de ses petits désirs. Il se livre pieds et poings liés à la pulsion : « Depuis cette nuit-là, elles [Gabrielle et Émilie] s’écrivent, s’interrogent sans relâche sur la nature de leur sentiment, sur ce fol élan réciproque que rien ne laissait prévoir. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 12) ; « C’est arrivé comme ça. […] Ça arrive par surprise. » (Marie avouant qu’elle est tombée amoureuse d’Aysla, dans le téléfilm « Ich Will Dich », « Deux femmes amoureuses » (2014) de Rainer Kaufmann) ; « C’est incroyable, la force de ça. » (Claude en parlant de son désir de draguer, dans le film « Déclin de l’Empire américain » (1985) de Denys Arcand) ; « Comment exprimer le plaisir de parler au gré de nos désirs ? » (c.f. la chanson « La Parole » de Charpini et Brancato) ; « Je suis totalement gouvernée par mon désir. C’est embêtant. » (Lola, l’héroïne lesbienne en couple avec Vera… mais aussi Nina, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Ne penses-tu pas que l’objet du désir ne prend pas trop de place dans notre vie ? » (Vera s’adressant à Lola, idem) ; « C’est le désir. Ça ne se contrôle pas. » (David Miller dans le film « La Vanité » (2015) de Lionel Baier) ; « Vénus a allumé dans le corps d’Hyppomène et d’Atalante un désir auquel il leur était impossible de résister. » (Orphée dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré) ; « Très souvent dans ma vie, ce que je prévois n’arrive jamais. C’est toujours au moment où je m’y attends le moins que tout bascule dans l’horreur. Quand je crois au bonheur, le temps et les événements, qui nous ignorent, en décident autrement et rien ne se passe comme prévu. Mais inversement, de sinistres soirées selon mes prévisions, finirent en feux d’artifices. » (Bryan, l’un des héros homosexuels du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 27) ;« Et puis un jour, l’autre moitié de moi s’est réveillée. On ne peut rien faire contre ça. » (Martin, le héros homosexuel s’adressant à son ex-femme Christine, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche, épisode 8 « Une Famille pour Noël ») ; « Je suis épatée, émerveillée par mes désirs, subjuguée au point que je deviens docile à la toute puissance du fantasme. » (la voix narrative du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 30) ; « Le courant est en train de m’emporter. » (Santiago à son amant Miguel, dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León) ; « Je me suis laissé entraîner par la marée. » (idem) ; « Fallait-il […] que je me livre à la force ? Je vais me livrer, impuissant pour ma part, à cette force. » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 37) ; « C’est bizarre : On a cette chose en soi et on ne la combat pas, car on l’ignore. » (Martha, l’une des deux héroïnes lesbiennes, à Karen, dans le film « The Children’s Hour », « La Rumeur » de William Wyler) ; « Sur le moment, je perdais le contrôle. Et après, je me rendais compte de ce que j’avais fait. » (Vincent, le héros homosexuel ayant des accès de violence avec son ex-compagnon Stéphane, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Ce que tu ressens en ce moment, c’est cette force qu’on ne peut pas arrêter. » (Heck, le mari malheureux de Rachel, découvrant avec impuissance l’homosexualité de sa femme Rachel, dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker) ; etc. Par exemple, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, Emmanuel a « la manie du rangement des désordonnés profonds » (p. 152). Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, le jeune héros homosexuel Vincent recouche sans trop de conviction avec son ex-amant Stéphane, de 20 ans son aîné… et leur nuit de sexe laisse place à l’incertitude : « Tu crois qu’on sera heureux un jour ? » « Ces choses-là se décident sans nous, j’en ai bien peur. » lui rétorque Stéphane (c’est la dernière réplique de la pièce, qui montre combien le désir homosexuel fuit le Désir).

 

« Pawel cherche la source de cette douleur. Essaie de la comprendre. L’homme que je cherche est en moi. Quel est cet homme ? Est-ce l’icône de mon père perdu ? Est-ce donc cela la source de la blessure primitive : la sensation laissée par l’absence du père.[…]Même si la racine de cet amour est bonne, comme l’est la racine de tout autre amour humain, son tronc et ses branches ont été courbés. Je ne sais pas pourquoi je suis attiré par ce désir déréglé. J’en souffre. Mais je refuse d’appeler l’arbre courbé un arbre droit. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, repoussant son élan physique et sentimental envers le jeune David, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 419) ; « Ce désir n’est pas bon, chuchota Pawel. Mais où puis-je aller pour y échapper ? » (Pawel après avoir vu David nu, idem, p. 472) ; « Il y a une partie bonne et l’autre partie est une blessure infligée par le sitra ahra. » (Pawel parlant de son élan homosexuel, idem, p. 477)
 

Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018), Julia devient, très jeune, une femme pasteur évangélique promotionnant l’ordre (son grand slogan, c’est « Mets ta maison en ordre ! »). Elle insiste sur ce concept car en réalité, elle subit le grand désordre chez elle puisque son père la viol : « La maison de Julia est dans un désordre indescriptible. » dit-elle. L’ordre dont il est question est donc, en filigrane, le viol.
 
 

b) Le désir homosexuel entraîne le héros homosexuel dans le désordre :

La soumission du personnage homosexuel à ses petits désirs est souvent marquée par un trouble qui fendille l’identité et l’amour, une impression d’être son propre esclave, de ne pas être maître de sa vie ni libre, de ne pas être unifié. Ce n’est pas un hasard si le lexique du désordre revient comme un leitmotiv dans les œuvres homosexuelles : cf. le roman El Desorden (1965) de Terenci Moix, le film « Le Désordre » (1961) de Franco Brusati, le roman Mes désirs font désordre (2003) de Nicolas Dutriez, le film « Vierge, ascendant désordres » (2004) d’Erwan Chuberre, le film « Les Enfants du désordre » (1989) de Yannick Bellon, le roman Dans le désordre (2012) de Claude Régy et Stéphane Lambert, la nouvelle « Désordre » (1929) de Thomas Mann, le roman Le Désordre du Temple (2011) d’Antoine Blocier, le film « Désordres » (2013) d’Étienne Faure, le film « Les Pâtres du désordre » (1968) de Nico Papatakis, la prestation de SweetLipsMesss lors de la scène ouverte Côté Filles au troisième Festigay du Théâtre Côté Cour de Paris (avril 2009), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, le roman Désordres (2017) de Jonathan Gillot, la chanson « Veux-tu danser ? » de Michel Rivard, etc. « Mon Dieu, quel désordre ! Je n’arrive plus à m’y retrouver ! » (Jeanne dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « Jamie était une piètre ménagère, et très désordonnée ; si elle faisait la cuisine, elle mettait tout sens dessus dessous. » (Jamie, une des protagonistes lesbiennes, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 462) ; « J’ai jamais vu un mec qui avait l’air aussi propre sur lui et qui était autant bordélique. » (Polly, l’héroïne lesbienne par rapport à son meilleur ami gay Simon, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 13) ; « Ordre et discipline. » (Jarry parlant du tatouage de Jean-Claude, le commissaire de police, dans son one-man-show Atypique, 2017) ; « Tu es censé être un chien ordonné. » (Citron parlant tout seul à son chien, dans le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic) ; « C’est le bordel dans ma vie. Il faut que je mette un peu d’ordre. » (Julien, le héros bisexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Tu crées la pagaille autour de toi. » (sir Harold Nicolson) « Je ne suis pas dans la pagaille ! » (Vita Sackville-West, lesbienne, répondant à son mari, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; « Les bombes à retardement servent à semer le désordre. » (Tommaso, le héros homosexuel parlant de sa grand-mère décédée et insoumise, dans le film « Mine Vaganti », « Le Premier qui l’a dit » (2010) de Ferzan Ozpetek) ; « Toi et moi, on a des choses à mettre en ordre tous les deux. » (Rosa s’adressant à Julien dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali) ; « Occupe-toi d’abord du désordre de la nuit… » (Marie insinuant à son mari Alexandre qu’il lui aurait caché ses tendances homosexuelles, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; « L’Amour est un désordre. » (c.f. la chanson « Monsieur Vénus » de Juliette) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony MacMurrough, en caressant les cheveux ébourrifés de son jeune prostitué Doyler, qualifie ce dernier de « désordonné… vraiment… ». Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homosexuel, a déclenché une baston dans un club gay The Boys qu’il fréquente habituellement. Les flics venus l’arrêter déroulent son passif délictueux : « Apparemment, c’est pas la première fois que tu fous le bordel au Boys… ». Dans le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela, Leevi, le héros homosexuel finlandais, dit qu’il a quitté son pays pour vivre librement son homosexualité loin de sa famille à Paris, mais décrit sa vie parisienne comme « agitée ».
 

Le désir homosexuel incite à l’éclatement symbolique du corps et du cœur : cf. le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, le film « Les Corps ouverts » (1998) de Sébastien Lifshitz, etc. « Jésus veut que j’aie une vie ordonnée. » (Tom, homosexuel croyant, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; « Mon corps est moins pur que mon âme, je le disperse et je l’offre. » (Max Jacob dans le film « Monsieur Max » (2007) de Gabriel Aghion) ; « Cette femme a dû commettre beaucoup de désordre dans le cœur des hommes. » (Stan par rapport à la femme au collier de perles, dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé) ; « Au milieu, il y a cette publicité qui me fait froid dans le dos, où l’on voit une jeune femme se désagréger. Je touche Chloé pour vérifier qu’il ne lui manque rien. […] Je voudrais tant qu’elle se rassemble, cesse de s’éparpiller, de partir en miettes. » (Cécile à propos de son amante Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 64) ; « Nous devrions faire le bilan de nos déviations » (Lola l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Vera, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; etc. Dans les fictions, en général, l’élan homosexuel n’est pas facteur d’ordre ni d’unité. Par exemple dans Le Banquet (380 av. J.-C.) de Platon, concernant le désir homosexuel, il est justement question d’un « amour désordonné ». Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, les premières images filmées sont celles d’une chambre (la chambre du protagoniste homosexuel Matthieu) en complet désordre. Dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, Miriam/Lukas, l’héroïne transsexuelle F to M est définie en tant que « Gender Identity Desorder » par son médecin. Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Jérémie, le héros homo qui ne s’était jamais posé la question de remettre en cause son homosexualité, voit sa vie chamboulée par l’amour d’une femme : on le voit essayer de partager en deux une carcasse de poulet… comme pour illustrer le déchirement qu’est le désir bisexuel.

 

Le désir homosexuel porte en germe la rupture plus que l’unité, d’une part au cœur de l’individu qui le ressent, et d’autre part dans le couple homosexuel : « L’amour, si tu savais, c’est du désordre. » (Franck dans la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely) ; « Partout, je sens ton odeur, ton désordre. » (Vincent s’adressant à son amant Arthur, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 158) ; « Nous sommes deux femmes qu’un désir de partage rassemble. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p 41) Le désir homosexuel ne semble pas favoriser la correspondance et la simultanéité des désirs de chacun des deux amants du couple : « Les gestes que tu attends de moi ne répondent pas à ce que nous attendons de nous. » (Pierre dans le roman La Peau des Zèbres (1969) de Jean-Louis Bory, p. 186) ; « Ce qui me rend heureux te rend triste. » (une réplique du film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau) ; « C’est quand même vachement déstabilisant. » (Damien évoquant ses expériences homosexuelles, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza) ; « Je ne suis même pas homo. Il y a deux ans, j’ai juste aimé follement l’homme de la vie de l’ancienne femme de la mienne. Depuis, tout est rentré dans l’ordre. » (Rémi parlant son histoire avec l’hétéro Damien, le copain de son ex Marie, idem) ; etc.

 

Le héros homosexuel a tendance à décrire son penchant homosexuel comme un désir compliqué, difficile à gérer : cf. le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, le film « Cap Tourmente » (1993) de Gérard Ciccoritti, le film « Contradictions » (2002) de Cyril Rota, le roman Le Cœur entre deux chaises (2012) de Frédéric Monceau, le film « The Love Paradox » (2000) de Clifton Ko, le roman Los Ambiguos (1922) d’Álvaro Retana, la chanson « L’Inconstant » d’Étienne Daho, les films « Désirs volés » (1997) et « Le Désir en ballade » (1989) de Jean-Daniel Cadinot, le roman Le Désir fantôme (1999) d’Hugo Marsan, etc. « Je suis trop compliquée. » (Peyton, l’héroïne lesbienne parlant à son amante Elena, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « Avec toi, je me sens mal. Je mens. Je me sens dure. Tu me donnes le mauvais rôle. » (Sarah s’adressant à son amante Charlène, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent) ; « Si au moins je me comprenais moi-même. » (Charlotte, l’héroïne lesbienne du film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; « Vous, vous êtes plutôt compliqué. » (Antonietta s’adressant à son ami homosexuel Gabriele, dans le film « Una Giornata Particolare », « Une Journée particulière » (1977) d’Ettore Scola) ; « C’est diablement déplaisant pour moi [de vous désirer]. » (Virginia Woolf s’adressant à son amante Vita Sackville-West, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc.

 

Il fait vivre des « humeurs vagabondes » (cf. la chanson « L’Adorer » d’Étienne Daho) et entraîne le personnage homosexuel dans l’espace fluctuant de la non-identité, de la dualité : « L’ambiguïté, c’est ton truc. » (Clara à son meilleur ami homo JP, dans la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand, l’épisode 1 « À la recherche du prince charmant ») ; « En fait, je ne sais pas trop comment je suis. Je ressens des trucs bizarres. » (Florence, l’héroïne lesbienne de la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « J’aime les filles et les garçons, j’aime tout ce qui est bon. Je suis bi… zarrement faite. » (Anne Cadilhac, Tirez sur la pianiste, 2011) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] était parfois hypersensible et souffrait en conséquence. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 62) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, le héros homosexuel, parlant de lui-même à la deuxième personne du pluriel, fait référence à « une force confuse » (p. 12 puis p. 46) ; « Il y a cette voix en vous qui vous oblige. Comment leur parler de la voix ? […] Comment leur faire entendre que c’est votre nature ? » (idem, p. 135) Dans la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, la voix narrative pose la question de l’impossibilité de l’union entre les amantes homosexuelles, en se demandant quelle est la nature paradoxale de la force de séparation qui les régit, et qui est pourtant censée les unir : « Mais qui tire en arrière ?!? Quel homme ? Quel enfant mort-né ? Quel bouffon ? » Dans le film « Bulldog In The Whitehouse » (« Bulldog à la Maison Blanche », 2008) de Todd Verow, le président des Etats-Unis bute face à la même énigme : Pourquoi le désir homosexuel est pour et contre lui-même ??? « Depuis que je suis petit, on me dit qu’aimer un homme c’est mal. Mais on ne m’a jamais dit pourquoi. Vous pouvez me le dire ? Bobby dit qu’il n’y a rien de mal à ça… que tout le monde a besoin d’aimer quelqu’un, et que son sexe n’a pas d’importance. Alors pourquoi je ne peux pas l’aimer ? » Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan, le héros homosexuel, se dit « torturé » (p. 393) : « J’ai l’esprit tortueux. » (idem, p. 328) ; « J’ai toujours envie de te voir et d’être à tes côtés mais dès que tu t’approches de moi, je n’ai qu’une envie : celle de fuir, de t’ignorer, de passer près de toi sans te voir. Comment peut-on être aussi compliqué ? Pourquoi mon esprit me commande-t-il le contraire de ce que mon corps réclame ? Pourquoi ai-je peur de toi ? » (Bryan à son amant Kévin, idem, p. 210) Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Emma, l’une des héroïnes lesbiennes, se qualifie « d’un peu bizarre » comme fille.

 

D’une certaine manière, le désir homosexuel se place contre l’ordre naturel, social, et divin… et le personnage homosexuel le devine, bien souvent dans la révolte : « Dieu, qui a créé le ciel et la terre, aurait pu décréter qu’un frère et une sœur pouvaient se marier, que deux femmes pouvaient procréer ensemble. Dans Sa façon d’ordonner le monde, Il aurait pu donner à ceux qui sont les plus proches la possibilité de s’accoupler. Il aurait ainsi offert à Ses créations un bien-être plus grand. Pour quelle raison, alors, ne l’a-t-Il pas fait ? » (Ronit, l’héroïne lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 174) On retrouve dans son discours des réminiscences du péché originel : « Ses yeux étaient immenses, ses cheveux tombaient en désordre sur ses épaules. La peau de son ventre faisait des plis, rentrait en elle-même. Je me suis rendu compte que nous étions nues. » (Ronit, l’héroïne lesbienne décrivant sa copine Esti après leur nuit d’amour, idem, p. 243)

 

Le désir homosexuel écartèle parce qu’il opère un double mouvement de vie et de mort : « Je ferme les yeux sur nos dernières nuits. Qui nous sépare ? Qui nous unit ? » (cf. la chanson « J’attends » de Mylène Farmer) ; « T’es déchirée ? Déjà ? » (Bernard, le héros homosexuel s’adressant au transsexuel M to F Géraldine dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; etc. Dans son poème « Unidad En Ella », l’écrivain espagnol Vicente Aleixandre nous parle justement de la dualité des désirs homosexuel et hétérosexuel, qui sont un seul et même « désir d’amour ou de mort ».

 

C’est la raison pour laquelle le désir homosexuel est souvent défini/représenté dans les fictions par une blessure, une cicatrice, une balafre : cf. le roman La Vie blessée (1989) d’Hugo Marsan, le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, le film « La Brèche de Roland » (2000) d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu, la chanson « Escargot » d’Éric Mie, le film « Fracture du myocarde » (1990) de Jacques Fansten, la chanson « Point de suture » de Mylène Farmer, le film « Torn Curtain » (« Le Rideau déchiré », 1966) d’Alfred Hitchcock, le roman De Perlas Y Cicatrices (1998) de Pedro Lemebel, le film « Les Souffrances » (2001) de Louis Dupont, le roman Blessés (2005) de Percival Everett, le film « Riparo » de Marco Simon Puccioni, le film « Les Blessures assassines » (2000) de Jean-Pierre Denis (avec les sœurs incestueuses), le film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser (la grande plaie dans la cuisse de Jan, le héros homo), le roman L’Âge blessé (1998) de Nina Bouraoui, le film « Blessure » (2011) de Johan Vancauwenbergh, la série britannique Beautiful People (2009) de Jonathan Harvey (avec l’épisode « Ma première balafre », en anglais « How I Got My Gash »), le film « Separata » (2013) de Miguel Lafuente, le roman Blessés (2013) de Percival Everett, la chanson « La Blessure » d’Emmanuel Moire, etc.

 

Nathan dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier


 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Nathan, l’un des héros homosexuels, porte une cicatrice sur la joue. Elle intrigue son amant Jonas : « Il a une cicatrice qui va de là à là. » révèle-t-il à ses parents, de retour du collège. Et elle semble être la marque de l’homosexualité de Nathan, puisque la maman gay friendly de ce dernier l’aime beaucoup et tente de la faire aimer aussi à Jonas : « Tu sais que je l’adore, ta cicatrice, mon chéri. Elle te donne plein de charme. C’est pas Jonas qui dira le contraire. Hein, Jonas ? » Pour expliquer cette balafre, Nathan fait croire à son amant qu’il a été abusé dès la classe de CM1 dans son école catholique de Saint Cyprien par un prêtre, qui l’aurait forcé à lui faire une fellation et qu’il aurait mordu au sexe… et ce prêtre, en représailles, lui aurait donné un coup de calice coupant au visage : « Du coup, il a pris la coupe qui était posée sur l’autel. Schlaaa… Il m’a fait ça. » On découvrira que l’entaille que Nathan porte sur sa joue ne vient pas du coup de calice, mais d’un lynchage collectif qu’il a subi aux autos tamponneuses à l’âge de 9 ans dans un parc d’attractions appelé Magic World. En effet, il s’est fait tamponner par une meute de voitures qui l’a chargé, au point que Nathan a été éjecté de sa voiture et s’est fait défigurer : « Et schlaaack ! La joue coupée en deux, sur la barrière de protection. » dira la maman de Nathan. La balafre de Nathan signera son arrêt de mort puisqu’à la fin, le prédateur homo qui tue le jeune homme dans sa voiture le flatte d’abord de manière perverse par rapport à celle-ci : « Elle est mignonne la petite cicatrice… »
 

« Je passe par toute la gamme de la souffrance. Tant de malheur. » (Vera dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « L’enfant sent en lui qu’il est porteur d’une minuscule fissure. C’est une chance et une souffrance. » (Damien, le travesti M to F parlant de lui-même par une métaphore, dans le pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine) ; « Je suis passé de l’autre côté du miroir. J’ai recollé mes morceaux. » (Mr Alvarez, qui dit avoir retrouver son unité en se travestissant en femme, idem ; il va quand même voir ensuite avec son nouvel ami – transgenre comme lui – Damien un film expérimental nommé « Éclat de viande »…) ; « Oui, tu as des cicatrices mais ce n’est pas grave. Ta vie serait plus simple si tu arrêtais de te torturer. » (Michael, le héros homo se moquant de son colocataire gay aussi, Harold, passant des heures devant sa glace à se mettre des crèmes, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Mais il n’oubliera jamais cette cicatrice que tu lui as faite. » (Michael s’adressant à Alan par rapport à Justin, idem) ; « Alors Didier, pour toi, est-ce qu’on peut refermer une cicatrice ? » (le présentateur télé s’adressant à Didier, l’un des héros homos, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « J’aime la cicatrice. » (le jeune Mathan, homosexuel, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; « C’est l’attirance de deux femmes avec la même blessure. » (Klaus parlant des deux personnages lesbiens d’Helena et Sigrid dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas) ; « Toutes les cicatrices se rouvrent. » (Junn, la mère de Kai le héros homosexuel, dans le film « Lilting », « La Délicatesse » (2014) de Hong Khaou) ; « La différence, c’est que toi tu n’es pas stigmatisée. » (Adineh l’héroïne transsexuelle F to M s’adressant à Rana la femme mariée, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; « Tous les hommes sont des ignobles soldats allemands avec une cicatrice dans la lèvre. » (Alfonsina, l’ouvreuse dans un ciné porno, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; « Tu rouvres cette vieille blessure. » (Virginia Woolf s’adressant à son amante Vita Sackville-West revenant amoureusement à la charge, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc.

 

DÉSORDONNÉ Albator gay

 

Par exemple, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Mathan, le héros homosexuel de 19 ans, dit avoir un lien secret avec Albator. Dans la pièce Fatigay (2007) de Vincent Coulon et dans le film « Bug » (2003) d’Arnault Labaronne, le pirate Albator est le personnage préféré du héros homosexuel. Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, Polly, l’héroïne lesbienne ressemble au fameux pirate : « Elle rejette en arrière la mèche qui vient lécher son visage d’Albator moderne comme au ralenti et j’ai peur qu’elle veuille que l’on fasse l’amour ensemble. » (p. 14) Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Franck chante « Albator » au chat de Matthieu, nommé Stelly (Stelly était d’ailleurs la protégée d’Albator). Dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, Torturé par son homosexualité, Zachary, le jeune héros homosexuel, se dessine le même éclair sur le front que David Bowie. Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1985) de Copi, Vicky Fantomas est une femme avec une cicatrice sur la joue gauche, avec une attelle à la jambe ; elle a été victime d’un attentat au drugstore (et peut-être qu’elle-même portait la bombe). Dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, Luca ne comprend pas pourquoi il souffre (« Sur mon poitrail, aucune cicatrice. ») et pourtant, il se sent coupable de quelque chose. Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Yvette évoque l’existence d’un type surnommé « Dédé la Balafre » : « On l’appelle Dédé. Et parfois, on lui dit ‘La Balafre’. » Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, les deux héroïnes principales, à savoir Jane (lesbienne en couple avec Petra) et la jeune Anna (13 ans), ont la même éraflure sur le visage, à cause d’un lanceur de pierres qui a sévi autour de leur immeuble : « joue éraflée » (p. 33) ; « Jane se sentit un peu dépassée. Il était possible que la fille et elle aient été victimes du même lanceur de pierres. » ( p. 44) ; « Jane songea une nouvelle fois à Anna, à l’ecchymose au-dessus de son œil qui reflétait presque la sienne. » (p. 54) ; « Vous avez une coupure sur le visage. » (un flic s’adressant à Jane, idem, p. 147) ; etc. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homo, s’exerce au décryptage graphologique de l’écriture de l’homme qu’il aime, Dick : « C’est une blessure. » dont les lettres de Dick seraient signe. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, c’est au moment où Oliver sort avec le jeune Elio que sa plaie sur l’aine gauche se réouvre : « Je crois que ça s’infecte. » Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, au moment où il ressent une attirance pour son camarade Kevin, lui découvre sur la joue une petite plaie. Je vous renvoie bien évidemment au code de la « Moitié » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Il est signifiant que beaucoup de personnages homosexuels s’auto-proclament blessés de la vie, déchirés au niveau du désir et de l’amour, entre leur conscience et leurs actes sexuels : « Nous, les écorchés du cœur » (Louis II de Bavière dans la pièce Le Roi Lune (2007) de Thierry Debroux) ; « Je suis déchiré. » (Malcolm, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 121) ; « Ici, les gens sont atypiques, on dit qu’ils sont fous, déments, déviants, cinglés, moi je crois qu’ils sont plutôt fêlés. C’est comme une blessure, c’est comme une coupure. » (Cécile à propos des habitants de l’hôpital psychiatrique où est internée son amante Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 76) ; « Je ne suis pas mort… mais je suis séparé. » (Antonin Artaud, « Les Nouvelles révélations de l’être », 1937) ; « Au-delà de son orientation sexuelle, il percevait chez lui une fragilité. » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 111) ; « Tu vas craquer. Tu es déjà plein de fissures. » (Georges à Zaza dans la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret, version 2009 avec Christian Clavier et Didier Bourdon) ; « l’homme blessé » (dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou) ; « De l’alcool ! Du coton ! Des ciseaux ! Du sparadrap ! Ça m’a l’air très mauvais cette blessure ! » (Fougère dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « C’est vrai qu’elle n’a rien, Fougère. C’est une petite blessure qu’elle a. C’est du cirque. » (Joséphine dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Je ne sais pas quoi penser de tout ça… Vraiment pas. Tout ce que je sais… Tout ce qu’on m’a appris… dit que c’est mal. Pourtant, l’autre soir, j’étais bien. C’est vrai. Je suis complètement paumé. J’ai l’impression d’être déchiré de l’intérieur. » (Seth dit à son amant David, dans le film « And Then Came Summer » (2001) de Jeff London) ; etc.

 

Le personnage homosexuel ne parle pas forcément d’une blessure. Il se cantonne à la définir comme un mal-être invisible, une faiblesse, une fragilité, une défaillance : « Je ne peux pas vous guérir. Votre tourment n’est pas dû à la maladie. » (Dr Apsey, le psy du héros homosexuel Frank, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; « Je suis trop fragile et beaucoup trop désirable. » (le transsexuel Roberto/Octavia La Blanca dans la pièce Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet) ; « Je je suis si fragile qu’on me tienne la main. » (cf. chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « J’ai besoin qu’on me tienne la main. Je suis fatiguée. […] J’me sens tellement seule, fragile, et provisoire. » (Charlène Duval lors de son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « J’aime les garçons un peu fragiles. » (un protagoniste homo dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « J’avais oublié combien elle était fragile. Sur le moment, j’ai été incapable de penser à autre chose ; appuyée contre moi, elle reposait entre mes bras et sur ma poitrine, et je la sentais à peine tant elle était légère. » (Ronit par rapport à son amante Esti, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 142) ; « Il est tellement sensible. » (Marie-Muriel parlant de son fils aîné homosexuel Matthieu-Alexandre, dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; « Je suis un garçon très sensible et attentionné. » (Max, idem) ; « Nous sommes très fragiles. Nous tombons. Nous échouons. Mais est-ce que c’est plus grave que ça ? » (le narrateur de la performance Nous souviendrons-nous (2015) de Cédric Leproust) ; « Tu préfères avoir un visage couvert de furoncles ou un mari un peu trop sensible ? » (Solange s’adressant à sa fille Zoé marié à un homme bisexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Je suis fragile, moi. J’ai eu les oreillons petit. » (Yoann, le héros homosexuel, idem) ; « Mon fils est un garçon fragile. Il ne faut pas le tourmenter. » (la mère d’Adrien s’adressant à Anna par rapport à son fils homo, dans le film « Frantz » (2016) de François Ozon) ; « T’es un peu fragile, toi… » (Léonard s’adressant à Jonas, le héros homosexuel, après avoir bu de l’alcool ensemble, dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier) ; « Ton ami est un garçon très émotif. » (Jean s’adressant à son fils Otis par rapport à son camarade homo Adam, dans l’épisode 1 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; « T’es tendre et fragile pour me rendre docile. » (c.f. la chanson « Pas un garçon » d’Emmanuelle Mottaz) ; etc. Par exemple, dans la pièce Jardins secrets (2019) de Béatrice Collas, Maryline, l’héroïne bisexuelle, décrit Gérard son mari violent et qui l’a violée comme « un être beaucoup plus sensible qu’on ne le croit ».

 

Parfois, le héros homosexuel se dit torturé par un désir incompréhensible, malveillant, mystérieusement insatisfaisant : cf. le film « Me Siento Extraña » (1977) d’Enrique Marti, le film « Petite fièvre des 20 ans » (1993) de Ryosuke Hashiguchi, etc. Dans le film « Un Tramway nommé Désir » (1950) d’Élia Kazan, par exemple, Blanche associe le désir homosexuel à un « désir brutal » allant aussi rapidement qu’un tramway. Dans la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, le protagoniste parle de son désir « qui s’apparente à la mort ». Dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, Denis, le héros homosexuel, évoque une « brûlure froide ». L’émoi homosexuel fait parfois souffrir : « J’ai ressenti un flux. Comme un coup de poing. Avec un peu de tristesse. » (Mario dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo) ; « Le désir est à la racine de tous les maux. » (une réplique du film « Fire » (2004) de Deepa Mehta) ; « De temps en temps, ses yeux s’emplissaient de larmes à cause de son douloureux désir. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 205)

 

Le désir homosexuel, de par sa nature d’élan désunifiant, peut avoir une parenté avec la schizophrénie : il arrive que le personnage homosexuel « s’absente sur place », ne connecte plus ses actes avec son cœur ou sa conscience : « Je le vois bien que vous êtes là. Mais moi, est-ce que je suis là, moi ? Voilà le problème. » (Jeanne au Vrai Facteur dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi) ; « Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Aujourd’hui je ne sais pas ce qu’il m’arrive. » (idem) Le vent du désordre homosexuel donne parfois l’impression d’unité dans l’écartèlement, car il apporte quelques petites compensations (la tendresse, la compagnie et la fin de la solitude, le bien-être sensitif et érotique, etc.) : « M. Fruges sentit un souffle chaud sur son oreille […] Alors des douleurs le poignirent aux jointures de ses membres, comme si on l’eût écartelé, mais cette torture cessa d’un seul coup pour être suivie d’une curieuse sensation de bien-être répandue dans toutes parties de son corps. » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 143) ; etc.

 

Mais au final, le désir homosexuel est présenté comme un désir sauvage, violent, passionnel, qui rend incontrôlable une personne qui, en temps normal, est plutôt équilibrée : cf. le film « Wilde Side » (2003) de Sébastien Lifshitz, le roman Alexis O El Significado Del Comportamiento Uraño (1932) d’Alberto Nin Frías, le roman Chanson sauvage (1918-1921) de Claude Cahun, le film « Relatos Salvajes » (« Les Nouveaux Sauvages », 2015) de Damián Szifron, le roman Les Garçons sauvages (1971) de William S. Burroughs, le roman Sauvage (2011) de Nina Bouraoui, le film « The Wild Dogs » (2002) de Thom Fitzgerald, la chanson « Walk On The Wild Side » de Lou Reed, le film « Le Messie sauvage » (1972) de Ken Russell, le film « Wild » (2015) de Troye Sivan, le film « Sauvage » (2019) Camille Vidal Naquet, etc. « J’ai des impatiences et des amuseries d’enfant sauvage. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 9) ; « Tu as l’air d’un sauvage de Bornéo. » (la mère de Idgie, s’adressant à sa fille lesbienne, dans le film « Fried Green Tomatoes », « Beignets de tomates vertes » (1991) de John Avnet) ; « Vous êtes des bêtes sauvages ! » (Lucie s’adressant à Martine, Michèle et Jules, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « J’suis une sauvage ! » (cf. la chanson « And I Hate You » de Mélissa Mars) ; « J’avoue : je me suis trompée ! J’ai dépensé des millions à te vouloir excentrique, bien élevée en liberté, en même temps sauvage et chic, cultivée et anarchique ! » (Solitaire à sa fille lesbienne Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Quand je dis que je ne suis pas fiable, je suis lucide. » (Cécile, l’héroïne lesbienne du roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 142) ; « C’est un maniaque du désordre, celui qui a fait ça. » (Omar en parlant de l’agresseur homosexuel/homophobe de Xav dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; « S’il y en a qui connaît l’animal qui est en moi, c’est bien toi, non ? » (Pierre s’adressant à son amant Benjamin dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Tu es irréel et moi animal. » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 212) ; etc. Par exemple, dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, Luther, l’un des héros homosexuels, a pour parfum Eau Sauvage de Dior. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, le skinhead efféminé est décrit comme « un Peter Pan sauvage » (p. 95). Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, la mère de Steve le héros homo porte le parfum Eau Sauvage de Christian Dior.

 

Le désir désordonné tourmente, met le personnage homosexuel dans tous ses états. « Il vous est apparu si désemparé. […] Qu’est-ce qui peut bien l’avoir conduit à cet état ? » (la voix narrative du roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, p. 191) ; « Ils [« les pédés »] sont flous, excessifs, durs. » (les quatre personnages homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « C’est comme un mal en moi qui m’effraie qui me tord. » (cf. la chanson « Les Voyages immobiles » d’Étienne Daho) ; « Je suis super mal en ce moment. » (Clara, perdue dans sa sexualité et son orientation sexuelle, et qui commence à coucher avec n’importe qui et à faire n’importe quoi, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret) ; etc. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan, le héros homosexuel, décrit sa transformation en Jean-qui-rit/Jean-qui pleure sous l’effet désordonné de l’amour homo : « Des moments sublimes où régnaient en moi une joie et une confusion absolue. Des instants d’angoisse qui basculaient toujours de façons inattendues en allant de la panique à d’intenses moments de bonheur. À chaque fois, je rentrais la tête dans les étoiles, partagé par des envies successives de rire ou de pleurer, parfois les deux ! » (p. 360) Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, vivait une relation amoureuse cachée avec Charles, un homme décrit comme un alcoolique suicidaire : « Cet homme vivait dans une grande souffrance ».

 

Film "Les Enfants du désordre" de Yannick Bellon

Film « Les Enfants du désordre » de Yannick Bellon


 

Le désir homosexuel apparaît comme un désir effréné, compulsif, difficilement contrôlable, peu libre et libérant : « Les pédés sur le net ne pensent qu’au cul. » (Nono dans la pièce « Copains navrants » (2011) de Patrick Hernandez) ; « Fatalement, Grégoire savait tout cela [= mes infidélités], mais il misait sur le temps qui, selon lui, me ferait émerger du désordre de ma vie sentimentale. » (Ednar parlant de son amant, dans le roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 144) ; « En somme, le plus difficile dans notre histoire amoureuse était de pouvoir maîtriser mon irrésistible instabilité qui perturbait notre couple après quatre années de vie commune. » (idem, p. 155) ; « Je m’approchai et lui présentai ma boîte à capotes aux emballages bariolés. Pour vivre dans l’indépendance et le désordre, ne fallait-il pas user de cette monnaie-là ? » (le narrateur homosexuel dans la nouvelle « La Chambre de bonne » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 59) ; « Il y a quelque chose en moi qui me dévore C’est une rage sans limite. Je n’ai aucune explication pour ça. » (João, le héros homosexuel du film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz) Par exemple, dans la pièce On la pend cette crémaillère ? (2010) de Jonathan Dos Santos, François, l’homosexuel, dit qu’il a pour habitude d’« assouvir tous ses fantasmes » : il fonctionne au carburant de l’envie, comme s’il était le pantin de ses pulsions.

 

Dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, à travers le discours de la narratrice lesbienne, Alexandra, on voit tout à fait la voracité et le manque de liberté impulsés par la force désirante homosexuelle : « Je ne suis pas avertie et connais peu des forces étranges qui se manifestent quelquefois en moi. Elles me submergent d’un désir si soudain que mon ventre me réclame le soulagement qu’il lui faut. […] À certains moments, mon vice est le maître de tout. » (p. 28) ; « Je veux trouver par moi-même ce qu’il me faut, ne dépendre de rien d’autre que de mon propre désir. » (idem, p. 38) ; « J’eus des chaleurs et des poussées d’une intensité terrible. J’avais besoin d’un soulagement rapide. Trop nerveuse pour me maîtriser, en pleine crise, j’étais à l’affût du moindre sourire me permettant d’espérer le corps d’une femme qui, comme moi, serait dans cette quasi douleur du manque de chair et prête à s’offrir sur l’instant. […] Jusqu’où me mènerait cette force si exigeante ? » (idem, p. 44) ; « À ce moment, il m’apparut que seule la force – ou plutôt le chantage – me permettrait d’obtenir ce que maintenant j’en voulais : du plaisir. » (idem, p. 49) ; « Ma mauvaise nature m’avait appris que mon plaisir était plus grand quand il était pris sans prudence, à l’instant où il se présentait. Voilà maintenant que je pensais contre la réalité, m’imaginant comme une femme qui vivrait avec une autre femme, dans, si j’ose dire, la sécurité d’un couple. […] Il me fallait assouvir cette faim que j’avais du féminin. D’autant que je prenais conscience que seul le corps, chez les femmes, m’intéressait. Je ne me sentais pas capable d’aimer vraiment. Mon désir se manifestait dès que le corps d’une autre me paraissait accessible, me souciant seulement du plaisir que j’en espérais. On ne peut pas appeler cela de l’amour. En société, j’imaginais les femmes qui m’entouraient déshabillées et offertes, et très vite, dans un état presque halluciné, je leur prêtais des postures ou des situations que je n’ose décrire, même dans mon carnet… Ma cruauté, dans ces instants, me préparait à l’idée qu’un jour je n’aurais plus vraiment de limite et que mon ‘vice’ m’avalerait entièrement. Je combinais et raisonnais de plus en plus en fonction de lui, sentant bien que, quand j’étais dans ces étranges dispositions, en crise, comme on dirait, c’était lui qui déterminait tout ce que je pensais et faisais. J’avais imaginé un moment demander à la petite voisine de passer me voir afin de faire ensemble ce que je l’avais obligée à faire seule devant moi, sachant combien j’aimais à outrepasser la pudeur des autres, pour le plaisir que son viol me donnait. Cette envie ne me quittait pas, mais je devais résister, c’était trop risqué. […] J’avais peur de moi. Quand je sentais monter ce besoin de chair, peu m’importaient les moyens et la figure de celle qui me donnerait ce qu’il me fallait. » (idem, pp. 56-57) ; « Je suis préoccupée car je sais que ces moments où il ne se passe rien sur le plan qui m’intéresse font monter en moi, dans l’ombre, des désirs trop forts et trop soudains qui me pousseront à agir, sans que je puisse résister. » (idem, p. 75) ; « Cette bizarre disposition qui me pousse résolument vers les femmes n’entraîne-t-elle pas celles qui m’entourent, comme une mauvaise herbe prendrait possession d’un jardin auparavant bien ordonné ? Une sorte de maladie qui se propagerait, pervertissant les esprits et les corps, mais aussi ouvrant les cœurs et révélant les âmes ? » (idem, p. 97-98) ; « Je compris que les amies allemandes de ma cousine étaient mues par une force invisible qui exigeait que le plaisir qu’elles prenaient des femmes se répandît, si possible, dans l’univers entier, et que pour parvenir elles comptaient beaucoup sur la contagion. » (idem, p. 110) ; « Lorsque dans sa lettre j’ai lu le mot « envie », j’ai eu instantanément une forte poussée de désir. » (idem, p. 131) ; etc.

 

Le désordre dont il est question dans les œuvres homosexuelles est bien souvent synonyme de « viol » consenti, de débauche délectable : « Nos cent rats de la soldatesque dormaient en désordre. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 147) ; « Alors, le silence revient dans la chambre de mon enfance. Je regarde les volets fermés sur la fenêtre ouverte […] et le lit où nous nous trouvons étendus, dans le désordre des draps de famille, ceux où figurent les initiales des noms du père et de la mère, comme des armoiries ridicules. Je regarde ce tout petit monde qui n’est pas à notre mesure, ce lieu étrange où je n’imaginais pas perdre ma virginité, cet espace incertain où nous tanguons délicieusement. » (Vincent en parlant de son couple avec Arthur, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 68) ; « Le jeudi, j’ai fait quelque chose de mal. […] J’ai senti la culpabilité me brûler le visage tandis que je demandais la chose en question, et dans ma tête une petite voix disait : ‘Celle-là, elle n’est pas pour toi. […] Tu essaies de voler ce que tu ne désires même pas.’ Parce que tu t’y connais, en désir ? Ça, au moins, c’est notre domaine, pas le tien. Et pourquoi tu parles de voler ? Je l’ai trouvée la première. » (Ronit, l’héroïne lesbienne, entend une voix maléfique avec qui elle dialogue, au moment où elle prétend voler le cœur d’Esti, une femme mariée, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, pp. 223-224) ; etc. Par exemple, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, il est question du « corps en désordre » (p. 151) d’Arlette. Dans le nouvelle « La Mort d’un phoque » (1983) de Copi, le narrateur se fait trucider la bite « au milieu d’un désordre phénoménal (les tables cassées parmi les bouteilles arrosées de confettis) » (p. 22)

 

Le héros homosexuel va même jusqu’à dire que son désir homosexuel est démoniaque et qu’il faut s’en méfier parce que lui-même ne le maîtrise pas. C’est son « doux démon », en quelque sorte : cf. la chanson « Protect Me From What I Want » du groupe Placebo, la pièce Sortilegio (1942) de Gregorio Martínez Sierra, la chanson « Mon démon » du Teenager de la comédie musicale La Légende de Jimmy de Michel Berger, la chanson « Beyond My Control » de Mylène Farmer, etc. « Le serpent aussi donnait des ordres de l’ordre de l’ordre, si j’ose dire. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 107) ; « Je me bats contre une douleur fantôme qui me hante depuis des mois, des années. » (Muriel Bonneville, Mi-ange, mi-démon (2006), p. 7) ; « Longtemps, Adrien avait cru ce penchant, ce mauvais penchant, surmontable. Dieu serait plus fort que son désir. Il saurait même dissiper, extirper jusqu’à sa racine ce mal profond. Il avait bien fini par comprendre, de guerre lasse, que la blessure resterait longtemps. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 25) ; « À n’en pas douter, quelque chose a été profondément bouleversé en moi et je ne suis plus celle que j’étais avant de poser le pied sur votre île. Aurais-je bu un philtre à mon insu ? » (Émilie à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 143) ; « Laisse-toi cueillir âme sœur exquise, à la marge limite banquise, le désordre des sens, le démon qui te pique, comme la nature chimique de mon attachement à toi. » (cf. la chanson « Les Fleurs de l’interdit » d’Étienne Daho) ; etc. À la fin de son roman Le diable au corps (1923), l’écrivain français Raymond Radiguet, évoque la présence d’un « homme désordonné ».

 

Le désir homosexuel entraîne parfois le héros homosexuel (et son amant fictionnel) dans des sentiers escarpés inattendus et désagréables : « Et bien tu peux lui dire de ma part qu’il [le désir] nous a fait un sale coup. » (Arnaud à son amant Mario, dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo) Par exemple, dans la chanson « Réveiller le Monde » de Mylène Farmer, il est question du « souffle démon ».

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Tout désir est considéré comme un dieu auquel il faut se soumettre :

Beaucoup de personnes homosexuelles laissent une grande place au désir dans leurs discours et leurs vies. Actuellement, elles ont d’ailleurs tendance de le rebaptiser « droit » (« désir » et « droit » commencent par la même lettre : ça doit être pour ça…). Selon une certaine pensée homosexuelle et féministe, le corps humain n’aurait pas d’importance. Nous serions davantage des anges que des humains. Nous ne serions que des émotions, des sensations, des êtres désincarnés, de purs esprits : « Le désir n’a pas de genre biologique. » (Stéphanie Arc) ; « Le sexe anatomique n’a pas d’importance. C’est l’individu qui compte. La Nature ne dit rien du désir. » (Michèle Ferrand) ; « Vous ne croyez pas que l’Amour est plus important que la biologie ? » (Jean-Marc Morandini face à Albéric Dumont, dans la matinale d’Europe 1, mardi 16 septembre 2014) ; etc. C’est la raison et la (non-)volonté plus que les corps qui dirigeraient le Monde. « Queer est plus généralement cet art même du déplacement, touristique ou zoophilique, stylistique ou corporel, l’art d’être où rien ne vous attend. » (François Cusset, Queer Critics (2002), p. 15)

 

Mais de quel « désir » parlent-elles, au juste ? Des grands désirs (amour vrai, amitié, engagement de couple, fidélité, rêves, promesses, don entier de soi aux autres, abandon de sa personne, actions de charité concrètes pour les autres, obéissance et service, combats pour la vie, liberté audacieuse encadrée par la raison, Dieu, etc.) ou bien des petits désirs (fantasmes, passion, imaginaire, sentiments, état amoureux, sincérité, envies, goûts, pulsions, instincts, bonnes intentions, plaisirs éphémères des sens, bien-être, etc.) ? Dans le cas des sujets homosexuels, on se situe malheureusement davantage dans les petits désirs, ceux qui anesthésient la révolte de ne pas donner un sens plus profond à sa vie, ceux qui compensent le manque des grands désirs, ceux qui ne favorisent pas l’unité et la conscience, mais au contraire qui accentuent le désordre. « J’ai d’abord imaginé que je lui faisais l’amour, à elle, Sabrina, sachant qu’une pareille image ne pouvait pas me faire bander. Puis j’ai imaginé des corps d’hommes contre le mien, des corps musclés et velus qui seraient entrés en collision avec le mien, trois, quatre hommes massifs et brutaux. J’ai imaginé des hommes qui m’auraient saisi les bras pour m’empêcher de faire le moindre mouvement et auraient introduit leur sexe en moi, un à un, posant leurs mains sur ma bouche pour me faire taire. Des hommes qui auraient transpercé, déchiré mon corps comme une fragile feuille de papier. J’ai imaginé les deux garçons, le grand aux cheveux roux et le petit au dos voûté, me contraignant à toucher leur sexe, d’abord avec mes mains puis avec mes lèvres et enfin ma langue. J’ai rêvé qu’ils continuaient à me cracher au visage, les coups et les injures ‘pédé’, ‘tarlouze’ alors qu’ils introduisaient leur membre dans ma bouche, non pas un à un mais tous les deux en même temps, m’empêchant de respirer, me faisant vomir. Rien n’y faisait. Chaque contact de Sabrina avec ma peau me ramenait à la vérité de ce qui se passait, de son corps de femme que je détestais. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 193) L’élan homosexuel est davantage un manque de désir qu’un désir, en fait : « Plus j’avançais, plus je me rendais compte que rien ne me prédisposerait d’une facilité dans mes rapports avec les autres garçons. Ces rapports effectivement, contribuaient à m’instruire que je rentrais dans une société dont le grand principe est le refoulement. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 74) ; « Le transsexuel est généralement un individu sans volonté. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 342) ; « Qu’est-ce que je veux au juste ? Je ne peux pas lui répondre, je ne le sais plus moi-même. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 337) ; « Que de fois tu m’as dit qu’il valait mieux faire la liste de ce que j’aime, plutôt que celle – interminable – de ce que je n’aime pas ! » (Denis Daniel, Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 65) ; etc.

 

En général, le désir désordonné – ils diront « amoureux », « improvisé », « artistique », « révolutionnaire » – est considéré comme un dieu : « Copi défend le plus grand des désordres, et c’est cette anarchie antisociale et festive, qui se branle de tout, que l’on devrait revendiquer. » (Marcial Di Fonzo Bo dans l’article « Le plus Bo des Argentins » de Franck Sourd, sur le journal Les Inrockuptibles du 30 mars 2005) ; « Je suis pour l’ordre. Vive l’ordre ! … Évidemment, l’ordre le plus raffiné est celui qui fait la plus grande place au désordre ! » (Renaud Camus dans le documentaire « L’Atelier d’écriture de Renaud Camus » (1997) de Pascal Bouhénic) ; « Contre la droite et l’ordre moral : nos désirs font désordre. » (cf. un tract LCR que j’ai vu à la Gay Pride de Paris en 2008) ; « Il est de l’ordre en forme de désordre. » (Jean Cocteau dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) Yves Riou et Philippe Pouchain) ; « Tout le bazar indispensable aux happenings de Mirna. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 282) ; « C’était un peu n’importe quoi dans tous les sens. » (Philippe Morillon parlant des soirées orgiaques de la boîte gay du Palace dans les années 1980, dans le documentaire « Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld : une guerre en dentelles » (2015) de Stéphan Kopecky, pour l’émission Duels sur France 5) ; etc.

 

Par exemple, dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, la Reine Christine, pseudo « lesbienne », défend auprès de Descartes les vertus de « l’amour déréglé » homosexuel. Ernst Röhm, dès 1928, écrit ses Mémoires d’un traître et confie : « Étant immature et mauvais, je suis plus en faveur de la guerre et du désordre que de l’ordre bourgeois bien élevé. […] J’affirme d’emblée que je ne fais pas partie des braves gens et que je n’ai aucune envie de leur ressembler. » (p. 267 et p. 362)
 

DÉSORDONNÉ 1 LCR

 

Est souvent exprimé par les personnes homosexuelles le désir d’être le Désir, ou bien une déification des désirs personnels au détriment des désirs collectifs. Par exemple, Michel Foucault souhaite privilégier « le lien du désir à la réalité » et non celui de la Réalité au désir (Michel Foucault, « Préface » de L’Anti-Œdipe, dans l’essai Dits et Écrits II, 1976-1988 (2001), p. 136). Dans son article « Avatares De Los Muchachos De La Noche » (1989), le poète argentin Néstor Perlongher se prend pour son désir : « Dérive du Moi, dérive du désir. » (pp. 46-47) L’identification à son désir traduit une conception égocentrique de l’amour, qui ne fonctionnerait qu’en circuit fermé : « Nous ne voulons pas qu’on nous pourchasse, ni qu’on nous arrête, ni qu’on nous discrimine, ni qu’on nous tue, ni qu’on nous soigne, ni qu’on nous analyse, ni qu’on nous explique, ni qu’on nous tolère, ni qu’on nous comprenne : ce que nous voulons, c’est qu’on nous désire. » (Néstor Perlongher, « El Sexo De Las Locas » (1983), p. 34) Se cache en toile de fond de cette auto-sacralisation orgueilleuse un mépris de soi : par exemple, dans son essai King Kong Théorie (2006), Virginie Despentes se définit comme une personne « plus désirante que désirable » (p. 11).

 

 

En général, les personnes homosexuelles parlent du désir comme d’une formidable énergie – à consommer la plupart du temps égoïstement (ou à la rigueur à deux, avec son partenaire temporaire) –, d’une puissance euphorisante, d’un désordre jouissif irréprochable… même si elles sont bien en peine après de justifier par les mots pourquoi chez elles une telle fascination pour l’éclatement, mis à part en sentimentalisant, en esthétisant, ou en politisant à l’extrême leur idolâtrie pour Eros. « Je me rendais compte, moi, que c’était toute ma personne, tout mon désir refoulé depuis toujours, qui m’entraînait dans cette situation. Je brûlais d’excitation. » (Eddy Bellegueule simulant des films pornos avec ses cousins dans un hangar, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 152) D’un air éthéré ou malicieux, elles prônent arbitrairement « l’ordre du désordre », la « révolution de l’inversion », la « vérité » des improvisations et des errances d’un désir capricieux pseudo inattendu : « Le désordre est le principe anti-social par excellence. » (cf. l’article « Apologie du désordre » de Mohamed Belmorma, publié dans la revue Minorités.org, 9 juillet 2011) ; « Les choses sont venues dans le désordre. » (Pierre Bergé parlant à la fois de sa relation avec Yves Saint-Laurent, et de la progression de ses collections, dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton) ; etc. Le romancier Érik Rémès dit avoir « un problème très infantile vis-à-vis de la loi, de l’ordre » (cf. l’article « Érik Rémès, écrivain » de Julien Grunberg, sur le site www.e-llico.com consulté en juin 2005).

 

Dans les discours, est très souvent confondu le désir libre avec le consentement (« Le désir justifie tout, pourvu qu’il soit partagé. » déclare par exemple Cathy Bernheim dans son autobiographie L’Amour presque parfait (2003), p. 191). Or, ce sont deux choses bien distinctes. La réciprocité et la liberté apparente que semble comprendre le consentement mutuel ne sont que poudre aux yeux pour ne pas se regarder mal agir. Car se mettre d’accord pour poser une action amoureuse et sexuelle à deux, même si on se dit adultes vaccinés, sincères, amoureux, et apparemment conscients des actes qu’ils posent, n’est pas une garantie de bien agir, ni une assurance d’agir librement. Pour prendre des exemples précis, une prostituée et son client peuvent très bien se mettre d’accord « sur le papier » pour respecter une parfaite transparence dans la consommation mutuelle : l’acte qu’ils poseront restera une exploitation ; pareil pour le cas des couples homosexuels où chacun des deux partenaires va voir ailleurs : quand bien même ils estiment qu’ils ont le droit de s’être infidèles à partir du moment où ils se le disent (certains voient même cette franchise comme une nouvelle preuve d’amour qui va renforcer leur couple déjà à l’article de la mort ! un comble…), la violence de l’infidélité reste inchangée. Ce n’est pas les intentions, la franchise, le consentement, la transparence, la sincérité, qui font la justesse d’un acte ; c’est aussi l’acte en lui-même. En sacralisant leurs petits désirs au détriment de la reconnaissance des actes, beaucoup de personnes homosexuelles signent à leur insu l’arrêt de mort du vrai Désir, et s’exposent à se soumettre à la pulsion, aux fantasmes amoureux, aux affres de la passion sentimentale éphémère, à l’absence de liberté. Elles se rendent compte qu’elles posent des choix sans conscience et sans liberté : « C’est mes choix et je ne les ai pas choisis. » (la phrase d’Amina, une jeune femme lesbienne de 20 ans, venant conclure le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014)

 

C’est comme si, chez elles, s’opéraient deux mouvements apparemment opposés. D’un côté, elles vont dire qu’elles possèdent parfaitement leurs désirs et que ces derniers ordonnent au Réel. Mais d’autre part, comme elles constatent que leurs désirs ne sont pas des ordres, et qu’elles ne sont pas Dieu, elles se transforment, pour noyer leur orgueil ou leur déception, en marionnettes passives de leurs petits désirs. Elles se livrent pieds et poings liés à leurs instincts, comme subjuguées par leur propre orgueil : « Le désir rend souvent aveugle et nous sommes des proies tellement faciles ! » (Denis Daniel, Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 119) ; « C’est, je pense, l’intérieur qui commande. » (Pierrot, le papy fermier de 83 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Chacun peut être ce qu’il veut. » (Victoria Broackes interviewée dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; etc.

 
 

b) Le désir homosexuel : un désir intrinsèquement désordonné :

En réalité, les personnes homosexuelles ne maîtrisent pas autant qu’elles le disent leur désir. En effet, elles veulent s’en rendre les objets d’avoir trop cherché à posséder leur(s) objet(s) de désir. Naît souvent de ce rapport idolâtre et passionnel au désir un trouble, une impression d’être son propre esclave (ou, ce qui revient au même, esclave de ses pulsions). « Tel un jeu de Yo-Yo, je désespérais et reprenais courage en face de ce mal de vivre. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 57) ; « Aveuglé par cette impression de m’être arraché à un mal qui jusque-là m’avait semblé incurable, j’oubliai quelque temps la résistance du corps. Je n’avais pas envisagé qu’il ne suffisait pas de vouloir changer, de mentir sur soi, pour que le mensonge devienne vérité. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 174) ; « Je peux pas me contrôler. » (Yves Saint-Laurent parlant de ses pulsions sexuelles et de son addiction à la drogue, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert) ; « Je ne savais pas encore que quelque chose en moi ne tournait pas rond. » (Rilene, femme lesbienne dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; « Je sentais déjà au fond de moi que quelque chose ne tournait pas rond. » (le dessinateur homo Ralf König, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc. Ce n’est pas un hasard si le lexique du désordre revient comme une marotte dans leurs discours : cf. le documentaire « Zucht Und Ordnung » (« Law And Order », 2012) de Jan Soldat), l’essai Gender Trouble (Trouble dans le genre, 1990) de Judith Butler, la biographie Désordres : Lettre à un père (2012) d’Elsa Montensi (où la fille écrit à son père homosexuel), au documentaire « Çürük – The Pink Report » (2010) d’Ulrike Böhnisch, à l’essai Disorders (2020) de Joseph Sciambra ; etc. « Qu’est-ce que l’homosexualité dans une famille, comment y réagit-on, quelles conséquences ce désordre entraîne-t-il ? » (cf. l’interview de Franco Brusati par Claude Beylie, dans la revue L’Avant-Scène Cinéma, n°277, 1er décembre 1981) Je vous renvoie au nom de la maison d’édition Laurence Viallet – Désordres (Musardine) publiant des auteurs homosexuels, à l’essai La Famille en désordre (2002) d’Élisabeth Roudinesco, etc. Dans leur essai Le Cinéma français et l’homosexualité (2008), Anne Delabre et Didier Roth-Bettoni définissent le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau comme un « film des désordres du désir » (p. 227). Dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou, le compositeur homosexuel Érik Satie est surnommé « l’Ange du Bazar ». Dans l’avant-propos des Cahiers (1919) de Vaslav Nijinski, Christian Dumais-Lvowski aborde la question des « désordres intérieurs » du célèbre danseur étoile homosexuel.

 

DÉSORDONNÉ Désordres Cocteau

 

En règle générale, même si ce n’est pas toujours très conscient, il est fait référence à un désir homosexuel compliqué, difficile à gérer, peu viable, qui fragilise et rend paradoxal celui qui le ressent durablement : « On constate que l’homosexualité fait problème à l’homosexuel, alors même que le coming-out est devenu chose courante. » (Jean-Pierre Winter, Homoparenté (2010), p. 198) ; « Si le mot ‘paradoxe’ devait être incarné, il prendrait alors inévitablement l’apparence de Stéphane. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 48) ; « Tu es l’homme le plus compliqué de la terre, tu le sais bien. » (Laurent en parlant de manière infantilisante à son amant André, frustré de son indifférence, dans le docu-fiction « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; « Pendant l’Occupation, je fus, bien entendu, l’ami de nombreux officiers allemands. J’évitais ainsi la déportation et pus, grâce à mes relations, ouvrir mon premier magasin d’antiquités. Ces quatre années furent, quoique comparativement plus calmes, une longue suite d’aventures sentimentales, fort compliquées, selon ‘notre tradition’. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 86) ; « Plusieurs fois, je tentai le diable, courant les rues, les squares, le soir, à la recherche d’âmes sœurs. J’eus en quelques semaines plusieurs expériences homosexuelles fort diverses, brèves ou compliquées. J’en ressortis affreusement blasé et dégoûté. Je me disais à moi-même : ‘S’agit-il véritablement d’inhibitions ou était-ce une disposition effectivement invertie ? » (idem, p. 111) ; etc. Selon les mots de Bernard Grasset, Marcel Proust était « l’homme le plus compliqué de Paris » (cf. l’article « Proust au miroir de sa correspondance » de Luc Fraisse, dans le Magazine littéraire, n°350, janvier 1997, p. 32). Dans le documentaire « Stefan Sweig, histoire d’un Européen » (2015) de François Busnel, il est question de la permanente « intranquillité » qui habite Stefan Sweig. Je vous renvoie également à l’article de Didier Lestrade intitulé « La Folle compliquée », publié sur Minorités le 10 juillet 2011.

 

Dans son documentaire « Cet homme-là (est un mille-feuilles) » (2011), Patricia Mortagne demande à son père de 67 ans (qui a fait un coming out tardif) : « Si tu avais pu ne pas vivre ton homosexualité, tu l’aurais fait ? » ; et ce dernier lui fournit une réponse paradoxale : « Sûrement : ça perturbe énormément, quand même. »

 

Le désir homosexuel n’est pas de tout repos : « Depuis l’âge de 16 ans, je savais que j’étais vraiment attirée par les femmes, je le savais, je le sentais ce truc-là. C’était assez paradoxal, parce que la première connaissance que j’ai eue de l’homosexualité, j’étais plutôt prête à la rejeter, à l’éviter. » (Laura, une femme lesbienne de 49 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 52) ; « Moi je me dis, je viens d’un milieu plutôt intello, alternatif, où a priori, c’était possible d’assumer ça plutôt facilement, et en fait je me suis grave pris la tête pendant dix ans et je ne sais pas pourquoi. » (Louise, femme lesbienne de 31 ans, idem, p. 54) Par exemple, dans son autobiographie Libre : De la honte à la lumière (2011), Jean-Michel Dunand se définit comme un « adolescent bouillonnant de vie et meurtri par ses contradictions ». (p. 19)

 

Il n’est jamais simple, au niveau du désir sexuel, de s’éloigner du corps, et en particulier du corps humain sexué. Cela implique parfois des douleurs physiques, mais surtout une perte de joie, une tourmente intérieure, comme le montrent ces propos : « Travailler pour me retrouver pratiquement à découvert chaque mois, personne pour m’aider, peur de pas pouvoir tenir le coup dans ma solitude, et plus ce gros problème d’homosexualité qui me ronge au plus haut lieu dans mon corps, jusqu’à des maux de têtes, diarrhées quotidiennes, sorte de dégoût et de fatalisme. Voila ma situation actuelle. […] Alors je me dis que je dois accepter d’être homo mais je ne trouve pas attirant le corps d’un homme, mais que si j’ai cette vision c’est que émotivement inconsciemment j’ai envie d’aller vers ça et que j’ai dû faire un déni d’homosexualité dans l’enfance et que ça m’a complètement fragmenté dans ma vie. Beaucoup de psys expliquent ceci aussi car aller contre sa propre nature qui est en premier lieu notre sexualité, ben c’est la destruction assurée dans toute notre vie et notre être. […] Dès que ma mère a appris qu’elle était enceinte de moi elle a hésité à me garder. Vient ensuite la naissance où l’accouchement fut une boucherie tant pour elle en perfusion de sang et moi avec l’oreille déchirée, je suis arrivé dès le départ dans la souffrance. […] Maintenant je ne suis même plus attiré par quelques corps que ce soit, comme si j’étais un asexué sans âme, comme si la tristesse avait pris possession de tout mon être. […] Une fois, seul en leur présence, je trouve de la tristesse, du vide, un sentiment de malaise – c’est inexplicable – mélangé à un système de pensée de perversité et d’égoïsme (moi-je). Je me sens mal a l’aise à leurs cotés. Comme si c’était la mort, l’extinction. Je me rends compte en les observant qu’ils sont malheureux intérieurement. Même s’ils sont passés du cotés homosexuel, ils sont restés toujours tristes en eux mêmes. Pas qu’on ne les comprenne pas, même si ça peut en faire partie, mais comme si il y a un problème d’incarnation dans la matière. » (cf. le mail d’un ami Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014)

 

Je crois en effet que le désir homosexuel incite à l’éclatement symbolique du corps et du cœur : « Je ne suis pas contradictoire, je suis dispersé. » (Roland Barthes, « La Personne divisée », dans l’essai autobiographique Roland Barthes par Roland Barthes (1975), p. 127) Dans l’émission Radioscopie sur France Inter le 6 mai 1976, Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, avoue qu’il a toujours été amoureux dans toutes ses relations, mais q’il s’agissait d’un « amour assez dispersé ». Soit dit en passant, on entend souvent dans le discours des personnes homosexuelles le désir de « s’éclater » dans les fêtes, dans la consommation de drogues, dans les passions amoureuses. Les verbes « tomber amoureux » ou « adorer » l’emportent sur celui d’« aimer (s’engager) ». On reste dans le registre de la passion amoureuse, aussi puissante qu’éphémère et déstructurante.

 

Le philosophe Roland Barthes en cours

Le philosophe Roland Barthes en cours


 

Le désir homosexuel (tout comme le désir hétérosexuel) est le signe d’un élan divisant, d’une blessure identitaire et affective : cf. la photo Andy Warhol avec cicatrices (1969) de Fischer.

 

Parfois, les personnes homosexuelles se décrivent comme un pirate avec une cicatrice, et s’identifient aux visages coupés. « Mireya [l’héroïne de la série La Vie désespérée de Mireya, la Blonde de Pompeya] taillade le visage du Morocho, son homme, avec une bouteille de vin Mendoza qu’elle a cassée sur le comptoir en étain du café El Riachuelo. Mireya court désespérée dans la rue. Il pleut des cordes. La blonde s’appuie contre un réverbère et pleure à chaudes larmes. Ses pleurs se mélangent aux gouttes de pluie. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 247) ; « Sur le front de Slimane, il y a quatre rides. Au bout de son nez, il y a comme une petite fissure. Slimane dit que sa grand-mère Maryam a la même. » (Abdellah Taïa parlant de son amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 104) ; etc. Par exemple, elles disent leur passion pour le manga japonais Albator et ce personnage est parfois utilisé comme pseudonyme sur les sites de rencontres Internet.

 

L’action de se couper le visage n’est pas à prendre dans son sens littéral, mais à mon avis, à interpréter comme un refus d’accepter son identité humaine, et plus largement la réalité de la sexualité. Pour certaines personnes homosexuelles, la découverte de la différence des sexes a parfois été bêtement vécue comme un coup de hache, une séparation définitive de l’Amour (femme/homme, mais aussi créature/Créateur). C’est le cas de l’écrivain Jean Genet, par exemple. « Il ne meurt pas. La conscience reflue, Genet renaît de ses cendres ; la tante-fille, coupée en deux par le couteau d’abattoir, se recolle. » (Jean-Paul Sartre, Saint Genet (1952), p. 133)

 

De par sa nature de force désunifiante, le désir homosexuel peut même avoir une parenté avec la schizophrénie (cf. je vous renvoie au code « Doubles schizophréniques » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Je ne me ferai pas que des amis en énonçant cela (je rappelle, pour la petite histoire, que l’Association Psychiatrique Américaine – APA – décida en 1973 aux États-Unis de rayer l’homosexualité de sa liste des « désordres mentaux »), mais tant pis : c’est de l’observation de terrain. Il arrive que certaines personnes homosexuelles « s’absentent sur place », présentent des traits de bipolarité psychiques, ou, sans aller jusqu’à ses extrêmes pathologiques, soient simplement lunatiques et bien atteintes par la névrose. Il suffit de faire un tour sur les sites de rencontres homos sur Internet pour constater que les trois quarts de la population interlope adoptent des attitudes névrotiques qui laissent perplexe… À force de discuter avec les internautes, on se demande même si ces forums sociaux ne sont pas des hôpitaux psychiatriques non-agréés, des ersatz de groupes de thérapie collective, des nids de névrosés, ou des mouroirs du désir, tant les « dials » n’ont très souvent ni queue ni tête, et qu’on ressort de ce Salon de l’Illétrisme généralisé en finissant par croire que « les gays et les lesbiennes sont tous chelous ». De même, les lieux de drague et de désir homos constituent pour la plupart des espaces du viol consenti et organisé, où se développent des blessures et des désordres plus ou moins visibles : « Les lieux gays sont hantés par l’histoire de cette violence : chaque allée, chaque banc, chaque espace à l’écart des regards portent inscrits en eux tout le passé, tout le présent, et sans doute le futur de ces attaques et des blessures physiques qu’elles laissèrent, laissent et laisseront derrière elles – sans parler des blessures psychiques. Mais rien n’y fait : malgré tout, c’est-à-dire malgré les expériences douloureuses que l’on a soi-même vécues ou celles vécues par d’autres et dont on a été le témoin ou dont on a entendu le récit, malgré la peur, on revient dans ces espaces de liberté. » (Didier Éribon à propos des parcs et de jardins, dans son autobiographie Retour à Reims (2010), p. 221) Les lieux d’homosociabilité disent en général les errances et le caractère désordonné du désir homosexuel.

 

Dans son essai Le Règne de Narcisse (2005), Tony Anatrella identifie chez les sujets homosexuels un symptôme de dépression, d’effondrement de la personnalité ou de la volonté : « Celui-ci [le sujet homosexuel] se manifeste par des comportements incohérents, capricieux, autoritaires et instables. Ainsi un rendez-vous prévu la veille est refusé le lendemain matin. » (p. 64) Ce n’est pas faux que de le dire.

 

En 1932, Freud démontre bien, dans son étude « Sur quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l’homosexualité » que, souvent, le sujet se convertit à l’attirance des personnes de même sexe que lui à la suite d’une meurtrissure narcissique. D’ailleurs, certaines personnes homosexuelles osent, à de rares occasions, montrer leur plaie existentielle, même si leur aveu reste encore très codé et symbolique : « Je porte désormais une alliance. J’y ai fait graver un signe qui symbolise une fracture. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 144) ; « De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux. […] Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n’entre pas dans son système, elle le fait disparaître. » (Eddy Bellegueule dans son roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 13) ; « À la vérité, nous sommes tous plus ou moins victimes, à la base, d’une blessure d’amour, du véritable amour humain. Blessure que, dans la plupart des cas, nos mères ne surent pas soigner. Notre nature de faibles nous a conduits à négliger à notre tour cette plaie que nous avions le devoir de panser. Ainsi négligée (disons le mot : entretenue), la blessure est devenue un ulcère chronique et le mal affreux ne cesse d’en suinter, comme un pus d’amour perverti, fétide, et nauséabond. » (Jean-Luc, homosexuel de 27 ans, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 92) ; « Pendant de longs jours, j’eus l’impression d’être guéri : la vision ignoble de ce garçon, que je croyais viril, les images de cet homme singeant la femme en présence d’un autre homme tout aussi efféminé, tout cela endormait en moi toute velléité de recommencer. Toutes mes aventures, je les avais eues ou menées sous le signe de cette domination : en un mot, je ne m’étais jamais vu moi-même. Sensible et féminin, désirant d’impossibles caresses, j’eus alors la révélation que l’on n’est pas fait pour cela ; je sus qu’il y avait, en cet individu, quelque chose de détruit, comme en moi-même. Une sorte de timidité sexuelle faisait de nous ‘les invertis’, des monstres, des malades. Ainsi, il m’arrivait parfois de ne pas croire à ma propre homosexualité. » (idem, p. 110)

 

Certaines personnes homosexuelles dévoilent leur fragilité, leur sensibilité à fleur de peau… même si immédiatement après, elles jouent les fières : c.f. le one-man-show Sensiblement viril (2019) d’Alex Ramirès.
 

Par exemple, dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), l’écrivaine lesbienne Paula Dumont se désarme devant son lecteur, se met à nu en disant que ses aventures amoureuses lesbiennes sont révélatrices chez elle d’une « grande fragilité dans le domaine sentimental » (pp. 114-115) ; « Si mon homosexualité consiste à chercher à combler la carence affective dont j’ai souffert quand j’étais petite, je me demande aujourd’hui s’il ne vaut pas mieux renoncer à la quête, vouée d’avance à l’échec, d’une compagne susceptible de panser les blessures de la petite fille que j’ai été il y a plus de cinquante ans. Car la gamine en souffrance sera de toute manière toujours là, à gémir sur ses plaies… »

 

Certaines personnes homosexuelles disent être torturées par un élan malveillant. Il est même parfois défini comme un désir sauvage, violent, passionnel, qui rend incontrôlable une personne qui, en temps normal, est plutôt équilibrée. Par exemple, dans l’excellent article « El Pez Doncella » de Manuel Rivas, publié dans le journal El País le 18 octobre 1998, l’Ève masculinisé, dans le nouvel ordre anthropologique imposé par la post-modernité, donne naissance à un drôle d’Adam, un « homme sauvage » homosexuel. Le désir homosexuel, dans la mesure où il tend vers l’asexuation, rejoint le monde animal, bestial, minéral, barbare (je vous renvoie au documentaire « Mortel désir » (1992) de Mario Dufour). Le peintre Paul Gauguin, par exemple, avait déjà souligné « le côté androgyne du sauvage, le peu de différence de sexe [qu’il y a] chez les animaux. ». Il n’est pas le seul. Certains auteurs homosexuels associent le désir homosexuel à la sauvagerie : « L’homosexuel demeure un loup, libre et fier, farouchement indépendant et sans doute encore sauvage, et rien ne l’oblige à se faire chien, animal domestique, embourgeoisé et de bonne compagnie. » (Dominique Fernandez, Le Loup et le Chien, 1999) ; « Concha était belle comme un félin sauvage, sans âge, puissant, toujours prêt à bondir. » (Arias en parlant du trans Concha Bonita dans l’essai Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 30) ; « Mon maître d’école fit remarquer à mes parents que je souffrais d’un manque d’affection et de tendresse qui démontrait à ses yeux, l’évolution d’une personnalité renfermée, amère, et presque sauvage. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 21) ; « Ce qui me plaisait plutôt, c’était de ressembler à Philomène dans sa féminité. En effet, sa façon de marcher, de s’habiller ou de se tenir, dégageait un moment de magie qui me séduisait. Je la comparais de surcroît à une fleur sauvage, poussée au milieu d’une plate-forme cultivée. » (idem, p. 48) ; etc.

 

Certaines personnes homosexuelles vont même jusqu’à dire que leur désir homosexuel est démoniaque (parfois parce qu’il a été considéré comme tel par autrui) : cf. je vous renvoie à la partie « Diable au corps » du code « Ennemi de la Nature » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels. « Je sentais chaque centimètre de mon corps me distendre et m’étirer. Indéfiniment. De me sentir possédé, je me mis à pleurer. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 69) ; « La prière de délivrance ne m’apporta aucun répit et eut pour seul effet de convaincre mes condisciples que le diable avait son mot à dire dans l’hystérie dont j’avais fait preuve. On me proposa de renouveler ce type de prière. Dès qu’on m’imposait les mains, je criais, mes gestes étaient désordonnés, mon corps agité de soubresauts. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 88) ; « J’ai grandi caché dans mon secret. Longtemps je me suis blotti en lui comme s’il me protégeait d’une menace indistincte. Il a fini par faire partie de moi. […] Un poison me rongeait […] Le vrai nom de ce venin, l’homosexualité, je n’en avais aucune idée. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 13) ; « J’étais dans l’horreur de ma propre confusion. Je la voyais bien. Je la comprenais parfaitement. Je marchais avec elle en silence, en bataille, jamais en paix. Je n’y pouvais rien, j’étais dominé par cette force supérieure, invisible, inconnue, et qui m’entraînait vers le chaos intime. Je voyais de temps en temps en moi l’image de ma sœur Lattéfa qu’on disait possédée. Qui l’était. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 86)

 

L’écrivain français André Gide définit justement « l’inverti » comme celui qui « dans la comédie de l’amour, assume le rôle d’une femme et désire être possédé ». (André Gide, Journal, 1889-1939, p. 671) En réalité, ce n’est pas le désir homosexuel qui est diabolique, mais uniquement la liberté que l’on emploie pour l’actualiser et s’y adonner. Pour le dire autrement, ce n’est pas tant le désir homosexuel qui est désordonné que le rapport idolâtre, réifiant et essentialisant à ce désir homosensible.

 

D’une certaine manière, le désir homosexuel, s’il est figé en espèce ou en amour éternel, se place contre l’ordre naturel, social, et divin… et les personnes homosexuelles le devinent, bien souvent dans la révolte : « Rien au monde n’était insolite : les étoiles sur la manche d’un général, les cours de Bourse, la cueillette des olives, le style judiciaire, le marché du grain, les parterres de fleurs… Rien. Cet ordre, redoutable, redouté, dont tous les détails étaient en connexion exacte avaient un sens : mon exil. C’est dans l’ombre, sournoisement, que jusqu’alors j’avais agi contre lui. Aujourd’hui, j’osais y toucher, montrer que j’y touchais en insultant ceux qui le composent. » (Jean Genet, Le Journal du Voleur (1949), p. 206) Il est cependant fort probable que le désordre homosexuel soit le parfait miroir d’un désordre social qui se fait passer pour « ordre » ( = l’hétérosexualité), mais qui, dans son durcissement, cache mal sa fragilité et son désordre interne. En effet, les opposants au désir homosexuel, dans leur empressement à ranger l’homosexualité dans la catégorie des désordres sociaux à éradiquer comme une mauvaise herbe, s’inculpent eux-mêmes à leur insu. Par exemple, actuellement, l’armée turque considère l’homosexualité comme un « désordre mental » et réforme les jeunes hommes gays du service militaire (cf. le documentaire Çürük – The Pink Report (2010) d’Ulricke Böhnisch) Certains promoteurs de l’éducation-guérison des personnes homosexuelles, considérant que le désordre du désir homosexuel peut être redressé et désappris, diabolisent beaucoup trop la nature désordonnée des penchants homosexuels – en tressant un scénario-catastrophe d’extinction de race humaine, ou bien en cultivant le binarisme manichéen simpliste entre civilisation et barbarie – pour ne pas prouver leur propre désordre. « Imaginons quelques instants le chaos dans lequel plongerait l’humanité si la moitié féminine de la population du monde se refusait à la moitié masculine. Ne serait-ce pas là un désordre fondamental pour la population masculine du monde entier ? C’est un tel désordre que vit la population GEI face à la population hétérosexuelle qui se refuse à elle. » (Chekib Tijani parlant des personnes homosexuelles, dans son essai 700 millions de GEIS (2010), p. 68) Il n’y a que l’amour et le respect des personnes qui finalement ordonnent le désordre, l’assouplissent, le consolident et jouent avec comme de la terre molle et malaxée. Les obsédés de l’ordre hétérosexuel (soi-disant « naturel ») et du désordre homosexuel, en voulant éradiquer la glaise homosexuelle, avortent pour le coup leur projet de sculpture humaine vivante, et se privent de leur propre matière première. Ils font au bout du compte la même erreur que la majorité des personnes homosexuelles : ils réduisent celles-ci à leur désir homosexuel, créent une espèce homosexuelle qui n’existe pas (même si c’est en termes de « construction culturelle » à démanteler, de « pathologie guérissable », de parfaite antithèse d’une hétérosexualité dite « naturelle »,  qu’ils la présentent), et entretiennent les désordres humains observables dans tous les couples homosexuels ET hétérosexuels.

 

Le désir homosexuel, en tant que tel, est un désir désordonné dans le sens non pas moralisant et figé du terme « désordre » (« désordonné » ne veut pas dire « mauvais »), mais plutôt dans son sens évolutif, transitionnel (transitionnel jusqu’à un certain point : toujours dans le cadre des possibles humains et humanisés), libre. Il est désordonné parce que « primitif », « informe », « peu développé », « adolescent », « non encore abouti », « non encore modelé et façonné », « perfectible ». Dans la Bible, et spécialement la Genèse, le tohu-bohu – désignant un état de grand désordre avant la Création du monde – n’est pas quelque chose de négatif, ni de diabolique, ni de mauvais (d’ailleurs, en soi, le mal n’existe pas : on ne peut parler que d’absence du bien). Le tohu-bohu est le désordre avant l’arrivée et l’Ordre de Dieu. Le désordre est chronologiquement originel, enfantin, flasque, mais du point de vue de l’Éternité et de l’essence, il n’est pas originel. Seul le Bien est l’alpha et l’oméga de la vie, est essentiel et premier. Le désordre homosexuel s’inscrit donc dans une perspective d’évolution et de chemin vers l’ordre. Comme le tas de terre glaise qui n’a pas été encore travaillé et embelli par les mains du Sculpteur. Le désir homosexuel, s’il est compris, est la matière première utile d’une belle œuvre à venir.

 

Enfin, pour parachever le tableau du désir homosexuel en tant que désir divisé contre lui-même, il faut se méfier de son apparente douceur qu’il affiche comme « fragile ». On voit bien, même dans les faits réels, que cette fragilité d’apparat présentée par bon nombre de personnes homosexuelles comme une identité à respecter, est un alibi doucereux et hypocrite pour se justifier d’être encore plus violent qu’à l’habitude. On a pu le constater lorsque l’humoriste lesbienne Muriel Robin, pour présenter son autobiographie intitulée Fragile lors de l’émission On n’est pas couchés de Laurent Ruquier diffusée le 20 octobre 2018 sur la chaîne France 2, s’est comportée de manière absolument odieuse face au jeune chroniqueur homo Charles Consigny, à propos d’un désaccord sur la GPA (Gestation Pour Autrui). Qui a cru que les gens qui mettaient en avant leur « fragilité » étaient doux ? Ils sont les seuls à le croire !
 

 
 

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Code n°46 – Destruction des femmes (sous-codes : Misogynie homosexuelle / Femme-singe / Femme-pute)

Destruction des

Destruction des femmes

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Les personnes homosexuelles : meilleurs ami(e)s des femmes ??? C’est une blague ou quoi ?

 

Tout est dans cette phrase : « Cette femme, j’ai aimé la haïr. » (Heinrich dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 198) En règle générale, les personnes homosexuelles pensent sincèrement aimer la femme par la haine. Quand on comprendra qu’elles entretiennent avec la femme réelle – qu’elles confondent avec la femme cinématographique – une haine jalouse, on aura touché à une des plus grandes clés de l’énigme de l’homosexualité !

 

C’est en me baladant (par hasard ?) au Centre Pompidou de Paris en avril 2005, à l’exposition consacrée au réalisateur homosexuel allemand Rainer Werner Fassbinder, que la misogynie du désir homosexuel m’est apparue dans toute son horreur, toute sa banalité aussi. En effet, dans un pauvre coin du sous-sol du Centre, déserté des visiteurs, était projeté sur un écran géant une succession de toutes les nombreuses scènes des films de Fassbinder où les femmes sont giflées, battues, humiliées, écrasées par des voitures, tuées, à quatre pattes… le tout diffusé sans son, dans un silence glaçant, qui passerait presque inaperçu. Je croyais rêver. Qui avait fait ce montage ? Et surtout, pourquoi un réalisateur tel que Fassbinder, qui a toujours aimé mettre les femmes au centre de sa vie et de son cinéma, en donna une image aussi désastreuse ? Je touchais là à un des grands paradoxes du désir homosexuel : adorer (quelqu’un qui n’est pas Dieu) n’est pas aimer, mais en fin de compte souhaiter détruire. Et j’ai trouvé un élément de réponse à ce paradoxe de la vénération homosexuelle de la femme dans mon propre rapport aux femmes réelles et cinématographiques, et dans le rapport des personnes homosexuelles elles-mêmes à la gent féminine. Je me suis dit qu’il n’y avait pas d’amour dans tout cela : il y avait surtout de l’idolâtrie. Une fascination identificatoire inconsciente, qui ressemble à de l’Amour ou à de la rêverie, mais qui est en réalité du fanatisme destructeur. Pour nier cette violence en germe, la société s’amuse à faire croire au mythe d’un légendaire copinage entre les garçons « sensibles » et les filles. Mais avons-nous de la merde dans les yeux pour croire encore à cette fausse idylle amicale ?

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Bergère », « Prostitution », « Matricide », « Violeur homosexuel », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « FAP la « fille à pédé(s) » », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Actrice-Traîtresse », « Poupées », « Sirène », « Duo totalitaire lesbienne/gay » et « Carmen », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

La faute impardonnable

 

Film "Reflets dans un œil d’or" de John Huston

Film « Reflets dans un œil d’or » de John Huston


 

Comme la femme réelle (non-hétérosexuelle et non-homosexuelle) ne correspond évidemment ni à son image parfaite de victime blonde ni à celle de tigresse machiavélique toute-puissante, elle finit par apparaître comme une traîtresse décevante aux yeux de beaucoup de personnes homosexuelles qui pensaient s’être mis en quatre pour la mettre sur un beau podium. « C’est ça que je n’aime pas chez la femme : c’est cette fragilité. » (Alain dans le reportage « Jeune homme à louer » (1992) de Mireille Dumas) ; « L’imperfection du féminin est la plus grande des fautes. » (la Reine Christine, pseudo « lesbienne », dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; etc. La femme-objet, qui leur avait promis de ne jamais collaborer avec l’ennemi bourgeois capitaliste et patriarcal, de rester éternellement vierge, n’a pas tenu ses promesses. Mais plus que pour son indécence, elle est fautive de ne pas parvenir à être universelle ni totalement réelle, de ne pas devenir celui qui désire s’y identifier. Elle incarne un rêve collectif impossible que beaucoup de personnes homosexuelles ont elles-mêmes construit ou contribué à fomenter : c’est là son seul crime… mais il est énorme ! Beaucoup de personnes homosexuelles décident alors de se venger des simples femmes « mortelles » qui les entourent et de prendre leur distance avec elles. La plupart du temps, l’ensemble des femmes réelles paient pour la trahison d’une poignée d’actrices opportunistes et lâches. Dans les créations homosexuelles, ce sont souvent les personnages impuissants et homosexuels qui finissent par violer leur idole féminine ou leur meilleure amie.

 
 

La misogynie homosexuelle inattendue

 

Planche "Sida" dans la B.D. "Le Monde fantastique des gays" de Copi

Planche « Sida » dans la B.D. « Le Monde fantastique des gays » de Copi


 

Actuellement, les media et la communauté homosexuelle se plaisent à nous faire croire que les personnes homosexuelles sont les meilleurs amis des femmes (cf. l’article « George Cukor, l’homme qui aimait les femmes… (jusqu’à un certain point !) », sur le site suivant). Rien n’est plus faux ! Certains hommes gay, connus pour être doux comme des agneaux avec les filles (ils passaient parfois leur temps en leur compagnie depuis la cour d’école), ou les « hommes de compagnie » des vieilles bourgeoises, se prennent volontiers pour l’antithèse des « machos ». Mais il suffirait qu’ils se penchent un peu sur leurs propres discours, créations artistiques et fantasmagorie pour changer d’avis ! Il y a parmi eux énormément de misogynes qui à la fois s’ignorent et qui revendiquent ouvertement leur aversion pour les femmes.

 

Ne nous y trompons pas. Beaucoup de personnes homosexuelles n’ont pas compris la femme réelle, et veulent régler leurs comptes avec celle qui leur aurait imposé un « martyr d’amour à dix-huit ans » (Arthur Rimbaud, Un Cœur sous la soutane, 1869-1872) parce qu’elles ont eu le malheur de la sacraliser dans leur jeunesse. Elles n’ont majoritairement perçu que l’enveloppe émotionnelle, sentimentale, plastique ou scientifique, de la femme, celle qui ne donne pas envie de percer plus loin le mystère féminin. Elles célèbrent une femme idéale qui n’est pas la femme réelle. La femme de chair et de sang, elles la transforment en « spectre du sex-appeal » (comme dirait Salvador Dalí), en caricature de petite fille modèle ou de matrone autoritaire, en monstre sacré intouchable avec qui elles pourraient maintenir une relation platonique à distance. Mais au fond, elles passent à côté.

 

Certaines psychanalystes féministes actuelles qui annoncent que l’arrivée des personnes homosexuelles et des femmes aux commandes du monde audiovisuel et professionnel va « préserver l’image de douceur de la femme » (Loïs Bonner dans le documentaire « Pin-Up Obsession » (2004) d’Olivier Megaton) se voilent complètement la face, surtout quand nous prenons conscience que la plupart des membres de la communauté homosexuelle, en collaboration avec des individus machistes et hétérosexuels (Russ Meyer, John Waters, et bien d’autres), ont contribué à construire et à intérioriser des images insultantes ou déréalisées de la gent féminine. Les personnes homosexuelles sont héritières, et parfois conceptrices, de la culture de l’image violente de la femme née après la Seconde Guerre mondiale (cf. je vous renvoie à l’important documentaire d’Olivier Megaton, « Pin-Up Obsession », diffusé sur la chaîne ARTE le 21 novembre 2004, et qui retrace l’inquiétante histoire de la vision de la femme dans nos médias).

 

Le paradoxe se situe dans le fait que la misogynie homosexuelle passe par la glorification de la femme imagée. Au cinéma par exemple, certains réalisateurs homosexuels ont parfois le don de la sublimer, de la rendre magnifique, de capter finement la psychologie et la sensibilité féminines. Et pourtant, c’est précisément parce qu’ils prétendent résoudre comme une équation esthétique ou émotive celle qui restera pour eux un mystère corporel et symbolique tant qu’ils se déroberont à elle qu’ils passent précisément à côté de son identité profonde. Catherine Breillat a tout à fait raison de parler du « regard intégriste sur la femme » (« Entretien… avec Catherine Breillat » (2004) de Gaillac-Morgue) porté par la majorité des individus homosexuels, car tel est le cas, y compris dans l’idéalisation.

 

Par leur imitation de la femme glamour, beaucoup de personnes homosexuelles ne rendent pas hommage à la femme réelle puisqu’elles la réduisent à une poupée Barbie, à une chanteuse sophistiquée de music-hall, ou à une actrice de films X. Le travestissement (chez les hommes gay) ou le refus radical du travestissement féminin (chez les femmes lesbiennes, et même chez les personnes transsexuelles : pour se dire travesti, il faut déjà avoir conscience d’être déguisé ; or, comme pour certaines, le déguisement est leur être profond, elles ne pensent pas se travestir (Vincent McDoom dans le magazine Égéries, n°1, décembre 2004/janvier 2005, p. 52) !) se veulent un chant à la femme. En réalité, il s’agit pour elles d’être « plus que femme », d’imiter la bombe sexuelle ultra-siliconée ou la grande actrice hollywoodienne. Au bout du compte, la surféminité est conquise par un dépassement du féminin, une caricature de femme-objet, ou (pour le cas lesbien) un rejet viscéral du « féminin d’accessoire » se traduisant par son absorption inconsciente par une sur-virilité d’apparat.

 

La passion homosexuelle pour la femme cache en réalité un sublime mépris. Plus les actrices connaissent un destin tragique, un succès foudroyant et éphémère, une réputation de pestes, plus elles ont de chances de devenir des icônes gay. Nous ne sentons pas d’amour entre les personnes homosexuelles et la femme médiatique. C’est bien plus fort et plus vil que cela. On va jusqu’à la folie passionnelle du fan prêt à défigurer sa star pour s’approprier le droit d’être le seul à la violer iconographiquement. Les artistes homosexuels qui toute leur vie ont le plus célébré la femme sont aussi ceux qui l’ont le plus maltraitée, au moins à l’écran, et parfois concrètement. C’est une triste réalité qu’il faut bien reconnaître.

 

Il arrive aussi que les femmes lesbiennes s’attaquent énormément aux femmes. Je peux vous assurer qu’on rencontre beaucoup plus de femmes machistes et misogynes dans les rangs lesbiens que parmi les femmes et les hommes dits « hétérosexuels ». Ces femmes si heureuses d’être « plus que des hétérosexuelles » méprisent très souvent les femmes mariées, bisexuelles, ou trop conformes aux canons de la beauté féminine définis par les media. Elles associent en général leur beauté de femmes à la superficialité, la maternité au summum de la soumission, l’engagement dans le mariage à un emprisonnement et un viol, la réalité de leur nature spécifique de femmes à une simple étiquette culturelle ou à un destin anatomique aliénant. Il n’est pas rare d’en entendre certaines – celles qui paradoxalement se battent pour l’homoparentalité ou le mariage gay – mépriser les femmes enceintes (Anne Hurtelle dans l’émission Ça se discute, sur la chaîne France 2, le 18 février 2004) en les traitant par exemple de « poules pondeuses » (véridique).

 

Croire que les femmes ne peuvent pas être machistes est précisément une attitude machiste. Le machisme, au fond, n’est que le mépris ou la célébration excessive de la faiblesse humaine : il n’a pas, comme certains se plaisent à le croire, de sexe ni d’orientation sexuelle prédéfinis. Beaucoup de femmes lesbiennes n’aiment pas la femme réelle, même si elles prétendent la défendre par une image victimisante. En voulant tirer la couverture à elles sous prétexte qu’elles seraient femmes (… éternellement spoliées et fières de l’être), elles oublient que le machisme est également l’affirmation d’une homosexualité féminine assumée. Cathy Bernheim, dans son autobiographie L’Amour presque parfait (2003), a tout dit quand elle écrit qu’« elle doit être un peu macho quelque part, au niveau du désir » (p. 132). Le lesbianisme semble être majoritairement une obéissance docile aux codes du machisme et du matriarcat, tout comme l’homosexualité masculine. Que certaines femmes lesbiennes ne s’étonnent pas que tout comportement ou apparence relevant du masculin social violent soit souvent perçu comme symptôme de lesbianisme. Les plus bisexuelles d’entre elles sont généralement les premières à affirmer que les hommes dits « hétérosexuels » sont en général bien plus doux avec elles que ne le sont leurs camarades lesbiennes, les premières aussi à dénoncer leur misogynie et leur haine d’elles-mêmes traduite en misanthropie (Marguerite Yourcenar, Le Coup de grâce (1938), citée dans la biographie Marguerite Yourcenar (1990) de Josyane Savigneau, p. 144).

 
 

La misogynie enrubannée de rose

 

Au lieu d’avouer frontalement aux femmes réelles qu’elles les rejettent via les femmes médiatiques et qu’elles les considèrent comme des putains, les personnes homosexuelles s’y prennent généralement de manière plus clean, avec des gants de velours. L’éjection se pare des meilleures intentions. L’excuse n° 1, en théorie très valable, trouvée par bon nombre d’hommes gay pour ne pas aller vers les femmes réelles, c’est l’évitement des souffrances : « Si je vais vers une femme, elle souffrira, et moi aussi. » Mais cette souffrance est bien souvent écrite avant qu’elle n’arrive. Certains supportent mal d’entendre Serge Lama chanter que « les amitiés particulières, c’est quand les filles nous font peur ». Mais il n’a pourtant pas tort. Beaucoup d’entre eux sont tétanisés par la femme, et camouflent leur peur par la fausse proximité et l’idolâtrie sincère ou singée. Ils envisagent, à tort mais non sans bons motifs, l’union sexuelle avec la femme comme l’inceste diabolique qu’elle n’est pas, puisqu’ils ont pour la plupart mis leur mère à la place de la femme.

 

Pour convaincre les femmes réelles de ne pas insister en matière d’amour, ils jouent les pestiférés homosexuels, inconsciemment troublés par une maladie incurable qui les dépasse. « Juan-Carlos oserait-il proposer le mariage à une femme s’il connaissait la gravité de son mal ? » (Manuel Puig, Boquitas Pintadas, Le Plus beau tango du monde (1972), p. 120) Ils pensent que les obus de Madonna ou de Dolly Parton les perforeront, que le passage à l’acte sexuel les fera disparaître – au moins symboliquement –, c’est-à-dire qu’il leur fera oublier qui ils sont, les rendra éternellement malheureux parce qu’ils vont commettre un meurtre et voir dans le visage de leur femme pénétrée par eux l’expression de la femme cinématographique violée. « Richard avait un grand respect du corps des femmes. Presque trop. Il avait toujours peur de faire mal. » (la compagne de Tanguy dans le film « L’Ennemi naturel » (2003) de Pierre-Erwan Guillaume) Ils trouvent cette peur de la sexualité anormale et révélatrice d’une identité minoritaire normale – l’homosexualité –, alors que pourtant, aucun homme ne s’aventure sans crainte dans le sexe de la femme, qu’il soit homosexuel ou dit « hétéro ». La sexualité nous met en face de nos richesses et de nos propres morts : ce n’est ni dramatique ni anodin.

 

La misogynie homosexuelle prend parfois une forme plus subtile : celle de la sincérité, de la « mixité de circonstance », celle de la camaraderie temporaire, de l’amitié adolescente en apparence désintéressée… mais en réalité, très intéressée (cf. je vous renvoie au code « FAP la « fille à pédés » » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) et qui cache une grosse misère affective, et du côté de la dénommée « fille à pédés » ( = FAP) et de celui de l’individu homosexuel.

 

L’hypocrisie de l’intégration forcée de la différence des sexes dans un cadre (= le couple homosexuel) qui la rejette trouve son climax dans la simulation de mixité femme-homme au sein de la communauté homosexuelle. J’aborde très largement le rejet des femmes lesbiennes par les hommes gay dans le code « Duo totalitaire gay/lesbien » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

a) La misogynie homosexuelle en mots :

Film "Teorema" de Pier Paolo Pasolini

Film « Teorema » de Pier Paolo Pasolini (et la bonne enterrée vivante…)


 

On retrouve le personnage homosexuel haïssant la femme dans énormément de productions artistiques homo-érotiques : cf. la pièce Hamlet, Prince de Danemark (1602) de William Shakespeare (avec la légendaire misogynie du héros), le film « Reflection In A Golden Eye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec Weldon, l’ours mal léché, méprisant Leonora), la chanson « Cette fille est une erreur » du groupe Taxi Girl, le roman Les Jeunes Filles (1936) d’Henri de Montherlant, le film « Le Petit César » (1930) de Mervyn LeRoy (avec le personnage de Rico), le film « L’Aurore » (1927) de Friedrich Wilhelm Murnau, le film « Amours particulières » (1969) de Gérard Trembaciewicz, le film « Lonesome Cowboys » (1968) d’Andy Warhol, le film « Je vous hais petites filles » (2008) de Yann Gonzalez, la chanson « Henri, pourquoi n’aimes-tu pas les femmes ? » de Dranem, etc.

 

Le héros homosexuel se désigne lui-même comme misogyne, ou bien est traité de misogyne par un autre personnage : « Nous, les lopes, misogynes et misanthropes » (les quatre comédiens de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « C’est un avantage d’être pédé : au moins, on n’a pas à supporter ces connasses ! » (le Dr Labrosse parlant des femmes, dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone) ; « Elles sont idiotes ! » (Étienne et Bill s’adressant à deux de leurs partenaires féminines, dans le film « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy) ; « À l’exception de Cossima, vous avez méprisé les femmes. » (Wagner à Nietzsche, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « Pédale misogyne, va ! » (Daphnée à Luc dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Misogyne en plus… Enfin, ça, c’est pas un scoop… » (Frédérique, l’héroïne lesbienne à son camarade gay Romuald, dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) ; « Son histoire était un concentré de tous les préjugés les plus misogynes. Les filles y étaient présentées comme des caricatures de femelles. Des goules anthropophages, lubriques et frigides à la fois. » (la voix narrative à propos de l’histoire racontée par Jason le héros homosexuel, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 65) ; « Je me méfie des femmes. Comme toi. » (Harge, le héros hétérosexuel, s’adressant à sa femme Carol, l’héroïne lesbienne, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; etc.

 

L’homosexualité est parfois montrée comme la cause ou la conséquence directe de la misogynie ou de la misandrie (haine des hommes) : « À cause d’une femme, il en veut à toute ! » (Jean-Luc parlant de son amant Romuald, dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) Par exemple, dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger, le couple d’amants gay se forme sur la base d’un plan de vengeance contre l’inconstance amoureuse des femmes. Dans la pièce Lettre d’amour à Staline (2011) de Juan Mayorga, l’écrivain Boulgakov, sous l’emprise d’un Staline homosexuel, rejette sa femme Boulgakova, et ne ressent plus rien au lit avec elle : « Tu te sens coupable d’être avec moi plutôt qu’avec elle… » dira Staline, satisfait. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, la misogynie de Georges, l’homme marié bisexuel, va s’accroître à mesure qu’il choisit de devenir un homosexuel exclusif : « Les femmes sont de plus en plus insupportables. » Il se met à rêver d’un monde sans femmes, puis s’en excuse à peine : « On ne peut pas s’empêcher d’espérer l’impossible. C’est humain. »

 

Chez le héros homosexuel, l’aversion pour la gent féminine se manifeste par le désintérêt : cf. la pièce A Woman Of No Importance (Une Femme sans importance, 1894) d’Oscar Wilde, le film « On est toujours trop bon avec les femmes » (1970) de Michel Boisrond, le film « A Mí, Las Mujeres, Ni Fu Ni Fa » (« Les femmes, ni chaud ni froid », 1972) de Mariano Ozores, etc. « Une femme sur les bras ? Qu’est-ce que j’en ferais ? » (Serge dans le film « L’Invité de la onzième heure » (1945) de Maurice Cloche) ; « Le pouvoir et les femmes ne m’intéressent pas. » (Thibaut de Saint Pol, Pavillon noir (2007), p. 13) ; « Faut pas croire. C’est bien, une femme. Ça tient compagnie. Mais après, ça peut devenir très chiant, une femme, quand ça s’y met. » (le héros homosexuel dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé) ; « Sacré boulet, cette Wendy… » (Clark dans la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès) ; « La meilleure femme ne vaut pas un bon cheval. » (une réplique du film « Le Banni » (1941) d’Howard Hawks et Howard Hughes) ; « Les femmes se sont tellement émancipées. » (le Dr Katzelblum, homosexuel, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Pour moi, on ne peut pas faire confiance à une femme. » (Arnaud, homo, idem) ; « Si seulement elles avaient le sens de l’humour… » (le Dr Katzelblum, idem) ; « Aaaaah les femmes… Y’a toujours quelque chose de dérangé dans ces machines compliquées. » (Monsieur de Rênal, le mari efféminé de Louise, dans la comédie musicale Le Rouge et le Noir (2016) d’Alexandre Bonstein) ; « Quelle machine compliquée que la femme. » (idem) ; etc. Par exemple, dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder, quand Joe demande à son ami Jerry lui annonçant qu’il va se marier avec un homme « Pourquoi un homme en épouserait un autre ? », Jerry lui répond du tac au tac : « Pour être tranquille. »

 

Mais bien souvent, l’indifférence laisse place au mépris et à l’insulte claire et nette : « Je parle à vous, femmes traîtresses ! » (Cachafaz à ses voisines, dans la pièce éponyme (1993) de Copi) ; « Ô femelles ennemies ! » (Jean-Luc, le héros homosexuel de la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) ; « Une dame ici ?!? Ce ne peut être que ma belle-sœur. Dites-lui que j’ai détesté sa robe de chambre et que je n’ai pas l’intention de les recevoir. » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Je ne veux pas mourir assassiné par une femme. J’ai passé ma vie à fuir les femmes ! » (idem) ; « Les vraies femmes ?!? Ça va pas ! Quelle horreur !!! » (Pedro dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet) ; « Il en faut du courage pour supporter les gonzesses ! Moi j’ai encore du mal ! Ah moi j’assume, je déteste les femmes. » (la bourgeoise de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Sacré monstre ! » (Ignace à propos de sa future belle-fille, dans la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (2008) de Witold Gombrowicz) ; « Putain de femelles. C’est toujours aux gars de se taper le boulot ! » (l’amant de Gary dans le film « À la recherche de M. Goodbar » (1977) de Richard Brooks) ; « Aaaah les femmes… J’aurais dû épouser un âne ! […] Voyez-vous cher ami, les femmes, c’est pervers. » (Didier s’adressant à son amant Bernard, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Putain de meufs ! » (Matthieu, le héros homosexuel du film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser) ; « Donatienne est en cuisine. Après tout, c’est une femme. » (Bernard, le héros homo parlant de sa meilleure amie, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Y’a tant de femmes ! Y’a tellement de femmes ! Pourquoi l’a-t-il épousé ? » (Cal – interprété par James Dean – parlant de son frère, dans le film « East Of Eden », « À l’Est d’Éden » (1955) d’Elia Kazan) ; « Moi ?!? Être une femme ?!? Oh quelle horreur ! » (Samuel Laroque dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « C’est toutes des sacs à foutre, les bonnes femmes ! » (Simoney dans le film « Cruising », « La Chasse » (1980) de William Friedkin) ; « J’ai envie de pisser comme une femme enceinte. » (Smith, le héros homosexuel, dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki) ; « Vous êtes connes comme des bourriques ! » (Bacchus s’adressant aux trois sœurs Minias, dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré) ; « Une fille moche, ça va sans dire… » (Rodolphe Sand parlant de Rosetta, dans son one-man-show Tout en finesse, 2014) ; « Voici ce qui se passe quand on laisse sortir les femmes de la cuisine ! » (Jean-Jacques, l’un des héros homosexuels refoulés de la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Elle va se taire, la pintade ! » (Ruzy, le héros homosexuel s’adressant à Marilyn, dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) ; « Tu ferais mieux de rentrer chez toi faire tes lessives ! » (Marjan et sa pote s’adressant à Rana, chauffeur de taxi femme, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce La Reine morte (1942) d’Henry de Montherlant, l’Infante lesbienne trouve la femme – qu’elle idéalise en la personne d’Inès de Castro – trop « molle ». Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Simon, le héros homo, est « très exigeant avec les filles », selon les dires de sa meilleure amie Leah. Dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, après avoir adulé l’actrice Sibylle, Dorian Gray la méprise suite à une représentation décevante : « Tu as tout gâché. Tu es vaine et stupide. » Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Jonathan, l’un des héros homosexuels, insulte une femme dans le public de « vieille conne ! » simplement parce qu’il la fait rire. Dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor, Jean-Paul, le héros homosexuel (rentrant un instant dans la peau de Léonard de Vinci) dit à Catherine (interprétant Mona Lisa) qu’elle est « du caca ». Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, qualifie les femmes de « bombonnes de merde » : « Les femmes, tu les déplaces, elles se constipent. »

 

Dans le film « Noureev, le Corbeau blanc » (2019) de Ralph Fiennes, le danseur et chorégraphe homo Rudolf Noureev est misogyne et ignoble avec les femmes, en particulier avec son amie Clara Saint qui semble pourtant amoureuse de lui. Il lui demande d’« arrêter de poser des questions idiotes ». Il refait le même procès en « idiotie » à Xenia, sa prof de danse. Plus tard, avec le plus grand sérieux, il insulte Clara en plein restaurant : « Fuck you ! ». La jeune femme n’est pas rancunière puisqu’après l’avoir emmené dans des clubs de danseuses dénudées, elle l’absout de toutes les crasses et de tous les coups bas qu’il lui a fait subir : « Je te pardonne d’être le plus égoïste des hommes. » dit-elle.
 

Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi et Damien se rencontrent dans une laverie. À priori chacun est hétéro, mais les femmes dont ils parlent sont soit invisibles (Marie, la copine de Damien, et l’ex de Rémi), soit transsexuelles (Vanina). Elles sont tellement dématérialisées que Rémi finit par tomber amoureux de Damien. « Marie ne m’a pas remplacé par un con. Elle a toujours bon goût. » La femme est éjectée du triangle amoureux, après avoir été flattée et exploitée. « J’arrête. Toutes des chieuses ! » (Rémi justifiant son célibat) Les deux hommes découvrent de la lingerie féminine (culotte et soutien-gorge) oublié dans une des machines à laver de la laverie. Au départ, ils singent l’excitation, mais très vite, les dessous affriolants suscitent chez Damien (pourtant en couple avec une femme) le plus grand des dégoûts : « C’est une pute !! Salope !! »
 

Dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le héros homosexuel, ne mâche pas ses mots quant à la gente féminine : « Elles sont vivaces, ces p’tites bêtes. » ; « J’ai été obligé de laisser Cécile étendue sur le sol. C’est pas grave, c’est qu’une fille. On s’en fiche. » ; « Il y a une fille dans mon lit !! Qu’est-ce que je vais faire avec ça ?? J’espère qu’elle ne va pas me toucher, la vicieuse ! Je ne suis pas un sex-toy, Mademoiselle ! » ; « C’est mal fichu, une fille. Il manque l’essentiel ! » ; « C’est pas drôle d’être homo. Y’en a marre, je deviens hétéro. Comment ça marche, une fille ? Ça mange quoi ? Ça boit quoi ? Faut arroser combien de fois par jour ? »
 

Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Arnaud, l’un des héros homos, a des démêlés professionnels avec une collègue de boulot qui l’emmerde. Benjamin, l’amant d’Arnaud, surenchérit : « La peste ! » ; « C’est une sale petite peste de pute de connasse de merde ! » Plus tard, quand Arnaud découvre que Benjamin a eu, dans son parcours amoureux, une aventure avec une femme, lui pique une crise de jalousie : « Quoi ?!? Tu t’es tapé une meuf pour de vrai ?!? Mais c’est dégueulasse !! C’était une lesbienne, c’est ça ?!? »
 

Les femmes sont présentées comme des godiches, des bourgeoises sans cervelle, ou bien des caricatures de féminité fatale/violée, dans des créations telles que le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le film « Girls Will Be Girls » (2004) de Richard Day, la pièce Jeffrey (1993) de Paul Rudnick, la pièce Les Homos préfèrent les blondes (2007) d’Eleni Laiou et Franck Le Hen, le film « Urbania » (2004) de Jon Shear, le film « Boat Trip » (2003) de Mort Nathan, le roman El Día Que Murió Marilyn (1969) de Terenci Moix, le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot, etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, on assiste à une parodie de la chanson « Être femme » de Nicole Croisille, transformée pour l’occasion en « Être infâme », qui en dit long sur ce que pensent les concepteurs de la pièce sur l’essence féminine…

 

Dans la bouche de beaucoup de personnages homosexuels, la féminité est associée à la violence, à la jalousie, à l’hystérie, au caprice, à la médisance, au danger sexuel, à l’animalité. Par exemple, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, méprise les femmes enceintes, comparées à des « cachalots » ou à des vaches qui « mettent bas », et montre la jalousie comme une caractéristique typiquement femelle : « Toutes les femmes du mariage étaient jalouses. » Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Nounours, l’un des héros homos, est un artiste d’art contemporain qui peint des vagins en forme de nénuphars roses… et tout le monde trouve ça moche et ignoble.

 
 

b) Toutes des guenons !

Film "Cabaret" de Bob Fosse

Film « Cabaret » de Bob Fosse


 

Il arrive même au héros homosexuel de comparer les femmes à des êtres laids, des cruches décervelées, et même des singes ! : « Ce qui rend les femmes bêtes, c’est d’avoir la cervelle en trop. » (le travesti M to F Charlène Duval, dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « Tous les deux, si on les écoute, toutes les filles sont moches, seuls les mecs sont des tops models ! » (la mère de Bryan parlant de son fils et du petit copain de ce dernier, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 410) ; « Je préfèrerais coucher avec un chimpanzé plutôt qu’avec Martine. » (Jules le héros homosexuel s’adressant à Martine, la prostituée, dans la pièce Les Sex friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Regarde ces jambes de guenon. J’ai même pas eu le temps de m’épiler. » (Gwendo, la « fille à pédés », dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « Elles étaient allées chez Jacques Desinges. » (Zize, le travesti M to F décrivant les belles jeunes femmes en compétition au concours de Beauté avec lui, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « On dit à la Comédie Française qu’on choisit toujours des filles de concierge qu’on habille en singe… » (l’efféminé Villedieu – Jean-Claude Brialy – dans le film « Le Juge et l’Assassin » (1976) de Bertrand Tavernier) ; « Mais laisse-le donc où il est, il n’est plus là pour nous embêter. Crois-tu qu’il pleurnicherait, qu’il voudrait te mettre ton manteau, s’il te voyait là, la fenêtre ouverte, le vilain singe ? » (la fille de Vinteuil s’adressant à son amante par rapport au père de l’une des deux, dans Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Éd. Gallimard, 1992, p. 160) ; etc.

 

Très souvent dans les fictions homosexuelles, la féminité est liée à un animal, la guenon : cf. la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec le singe en peluche de Léonore, l’héroïne lesbienne), le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec la référence à « une vieille rombière fagotée comme une guenon »), le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall (avec Mme Blackeney comparée à un singe, p. 367), le roman Le Singe et la Sirène (2001) de Nicolas Dumontheuil et Éliane Angéli, la chanson « Where’s My Girl… And Where’s My Monkey ? » d’Étienne Daho, la chanson « Adelaïde » d’Arnold Turboust (« De temps en temps, je vous observe quand votre singe vous promenez. »), le vidéo-clip de la chanson « Land Of Confusion » du groupe Genesis, la pièce Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès, le film « The Monkey’s Mask » (2001) de Samantha Lang, le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol (où la khôlleuse est comparée à une « guenon »), le film « Dans la peau de John Malkovich » (1999) de Spike Jonze, le roman Autopsie d’un petit singe (1998) d’Andrea H. Japp, le film « Rebel Without A Cause » (« La Fureur de vivre », 1955) de Nicholas Ray (avec la scène de Natalie Wood qui, au moment de sortir son miroir de poche pour se refaire une beauté, se fait comparer à un singe), la pièce L’Autre monde, ou les états et empires de la lune (vers 1650) de Savinien de Cyrano de Bergerac, le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte (avec la femme-guenon), le film « All Men Are Apes » (1965) de Joseph P. Mawra, le film « B. Monkey » (1998) de Michael Radford, la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer, le film « Cabaret » (1972) de Bob Fosse (avec le Maître de cérémonie, très efféminé, mimant un mariage avec une guenon en robe de mariée), le roman La Journée de la guenon et le patient (2012) de Mario Bellatin, le film « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, etc.

 

Aussi surprenant et insultant que cela puisse paraître, la femme-singe est un archétype de la fantasmagorie homosexuelle : « cette singe d’Élise » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 202) ; « À son tour, Leyla gesticulait contre mon flanc en manquant de me faire tomber. Singe qui singe sa guenon, agacée, je l’envoyais rouler sur le parquet. » (Nina Bouraoui, La Voyeuse interdite (1991), p. 130) ; « C’est pas à une vieille guenon qu’on apprend à faire la grimace… » (Grany dans le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte) ; « On avait dit ‘Pas celle avec le singe’. » (Patrick Bruel quand Michèle Laroque le menace de dévoiler sa sex-tape avec la marionnette Jean-Marc, dans Mission Enfoirés 2017); etc.

 

Par exemple, dans la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (2008) de Witold Gombrowicz, Yvonne, la femme-objet blonde, est imitée en macaque ; un peu plus tard, elle est qualifiée de « guenon ». Dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, Nietzsche traite Salomé de « petit singe » ; par la suite, Élisabeth la nomme « singe rachitique » ; Goebbels renchérira : « On représente la femme sous la forme d’un gorille. » Dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, Lola est traitée de « vieille guenon ». Dans le roman L’imposture (1927), Jules, le jardinier-masseur homosexuel, ancien légionnaire est mis en scène par Georges Bernanos. Il sert le critique littéraire obèse Henri Guérou que vient visiter M. Pernichon. Une fillette fait irruption dans la pièce et il la chasse. Puis en parlant de son maître, il lui dit : « … Et il faut que ça se laisse détruire par des femelles, des garces – respect de vous monsieur – et qui n’ont pas l’âge, des vrais singes ! Dieu sait ce qu’il en consomme, et de pas ordinaires ! … » Dans la pièce Elles s’aiment depuis 20 ans de Pierre Palmade et Michèle Laroque, Mathilde racontant à son amante Isabelle son rêve, avec « une majorette avec une tête de babouin ».

 

Cette animalisation de la femme est parfois une vengeance secrète réservée à une incestueuse famille, réelle ou symbolique : « Mal à l’aise, ta mère te fait penser aux femelles orangs-outans qui, même après la mort de leur bébé, continuent de le transporter d’arbre en arbre, de mimer l’allaitement, de le choyer comme si de rien n’était. » (Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 170) Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le Père 1, homosexuel, se présente comme le « Gorille de feu son père », en prenant ainsi le place et le rôle de la femme soumise auprès de son « mari » le Père 2.

 

Sinon, la métaphore du singe associée à la féminité peut tout à fait être une image triviale et potache du sexe génital des femmes. Par exemple, dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afailal et Yannick Schiavone, dès le début de l’histoire, Sana, l’héroïne lesbienne, parle d’un singe qu’elle a vu en songe : « J’ai rêvé d’un singe. » Sa ex-compagne, Noémie, qui essaie de revenir subtilement à elle, joue sur la même corde sensible : « Sana, je dois te parler. Je sais que toi aussi, tu as rêvé du p’tit singe… »

 

Dans l’expression « femme singe », il y a « femme singée ». On voit que la femme-singe correspond tout simplement à la femme-objet, à la femme-potiche (parfois valorisée) : « Ça me faisait plaisir de la voir habillée comme moi à côté de moi, comme un singe, à la tribune officielle. Pauvre Fanny. » (Evita dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « À quinze ans, mon père m’a échangée à un Marocain contre un singe. » (Arlette dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, p. 105) ; « Le doute vous habite… Vous vous attendiez à Demis Roussos dans le rôle de Dieu ? Et vous vous retrouvez avec Anna Nicole Smith/Lolo Ferrari/La Cicciolina… De toute façon, je vais décevoir toutes vos attentes » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’étais une esclave dans mon propre foyer, un animal en cage. Un singe que l’on donnait en spectacle dans la rue. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 132) ; « Je les regardais s’engouffrer tous dans l’escalier qui menait au balcon, lorsque je reconnus Perrette Hallery de dos… accompagné d’une magnifique femme en manteau de poil de singe, rousse à mourir sous son chapeau à voilette, la peau laiteuse et la démarche assurée. Le cliché de la belle Irlandaise, Maureen O’Hara descendue de l’écran pour insuffler un peu de splendeur à l’ennuyeuse vie nocturne de Montréal, la Beauté visitant les Affreux. […] La fourrure de singe épousait chacun de ses mouvements et lui donnait un côté ‘flapper’ qui attirait bien des regards admiratifs. Les hommes ne regrettaient plus d’être là, tout à coup. » (le narrateur homo décrivant la belle Maureen O’Hara, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 44) ; etc.

 

La femme-singe, c’est quelquefois aussi le personnage homosexuel ou bien travelo : « Moi, c’est Chita mais je suis épilée. » (Francis, le héros homosexuel de la pièce Hors-piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt) ; « Qu’est-ce qu’elle est monstrueuse, cette fille, oh la la, et comme elle s’habille ! Tu es un singe, mon pauvre vieux ! Ça se voit à cent mètres que tu es un travelo ! » (Daphnée à Micheline dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Alors, elle, resplendissante, monterait et redescendrait la Butte, comme une pute enveloppée de Chanel à la lumière de la lune, toute seule avec son destin, singe, guenon ou femme cruelle, souvenir d’un Carnaval solitaire de fille à bite ou d’homme sans apparat ! » (Fifi à propos de Lou dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Et si je mettais une cape en singe noir ? Le singe noir et le cygne blanc c’est très intéressant ensemble. » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Eh ! vous, commença-t-il, la bouche pleine, que diriez-vous de certaine jeune demoiselle à la chasse ? Que diriez-vous d’une grosse jambe de chaque côté de son cheval, comme un singe sur une branche. » (Roger critiquant l’héroïne lesbienne Stephen, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 69) Dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, le père de Laure la traite affectueusement de « petit singe ». Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, Idgie, l’héroïne lesbienne, se fait traiter de singe par Julien quand elle n’a que 7 ans : « On dirait une vraie guenon ! ». Cela la blesse profondément, même si elle ravale son orgueil en jouant au « p’tit mec ».

 
 

c) Toutes des putes !

Les femmes réelles ont le malheur d’être fragiles, de ne pas être des Superwomen… ce qui attise chez le héros homosexuel une déception et une méfiance croissantes. Par exemple, dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, le juge Kappus, secrètement homosexuel, décrit Lucile (avec qui il est marié) comme une femme « trop douce pour que cela ne vire pas au mensonge. » (p. 118)

 

Film "Remember Me In Red" d'Hector Ceballos

Film « Remember Me In Red » d’Hector Ceballos


 

Dans les fictions homo-érotiques, la femme, jadis désincarnée en vierge, finit, parce qu’elle est incarnée, par être traitée de prostituée, de femme impure, de putain, par le héros homosexuel : « T’as l’air d’une pute. Cache-moi ces mamelles. » (Alba à Claudia sa servante, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet) ; « Les femmes sont toutes des putes. » (Franck, le personnage homosexuel de la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely) ; « Tu vas la fermer, salope !!!! » (Romain Carnard, le coiffeur homosexuel, à la concertiste Isabelle, dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan) ; « Toutes les femmes sont des salopes. » (Raphaël, le héros homosexuel de la pièce Open Bed (2008) de David Serrano et Roberto Santiago) ; « Toutes les femmes sont des putes. » (Willie, le héros homosexuel du roman La meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 103) ; « Tu es toujours habillée comme une pute ! » (Louis à son « mari » Marie-Gabrielle, dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone) ; « Les filles ?… Vous voulez dire des putains. » (Marie Besnard dans le téléfilm « Marie Besnard, l’Empoisonneuse » (2006) de Christian Faure) ; « C’est que des catins ! » (les héros de la pièce Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou) ; « Nathalie, c’est une pute ! » (Stéphane, le héros homosexuel de la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Et il paraît qu’il y en a qui s’en serve comme un ventriloque. » (Samuel Laroque parlant du vagin des femmes, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Toutes des putes. Même maman ! » (Gwendoline dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Je suis sûr qu’elle a laissé un parfum de pute sur l’oreiller ! » (Benjamin, en parlant avec ressentiment d’Isabelle à son amant Pierre, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « T’es habillée comme une pute. » (Jean-Pierre s’adressant à sa femme Fanny – qui va se lesbianiser –, dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; « Ça fait pute. » (Seb, homosexuel, s’adressant à sa meilleure amie Marie à propos de sa tenue, dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Des chiens (2011) de Miko Nietomertz, Polly, la meilleure amie lesbienne de Simon, l’un des héros homosexuels, est dépeinte comme une femme embauchée dans un peep-show ; et on voit clairement que dans l’esprit de Cody, le héros homosexuel nord-américain hyper maniéré, être une femme se limite à être violé : « Il a venu pour s’excuser […] Il a été obligé de ma voler, mais il a dit désolé, quoi et on a fait l’amour ensemble. » (p. 112).
 

Dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet, le couple « marié » Dominique et Marcel rivalise de misogynie. D’ailleurs, Raymond, le fils de Marcel, le leur fait remarquer : « Ah bravo ! Au rayon Misogynes, vous vous placez large ! » Par exemple, ils traitent de « salope » leur amante commune.

 

Dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Pierre, le héros homosexuel, envisage les femmes comme des objets, des faire-valoir ou des mères porteuses (il organise une « Soirée Génitrices » chez lui), exactement comme le font les personnages hétéros : « J’ai adoré me taper des femmes plus belles que les leurs. Juste pour faire chier mes copains hétéros. » Il veut un enfant et surtout pas une fille : « Déjà, si tu prévoies de me faire une fille, tu pars mal. […] Si c’est une fille, on la noie. » (Pierre, le héros homosexuel, à sa meilleure amie Sylvie qui désire porter un enfant de lui par tous les moyens) Et Isabelle, l’étrangère hétérosexuelle de l’histoire, se définit elle-même comme « une salope » qui ne peut pas se satisfaire d’un seul homme et qui peut coucher et faire des enfants à n’importe quel homme-objet qui saura la valoriser matériellement.

 

Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Viviane se fait traiter de « grosse pute ». Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) Abdellatif Kechiche, Emma insulte sans s’arrêter sa copine Adèle de « sale pute », de « traînée », de « prostituée », une fois qu’elle a découvert ses fidélités hétérosexuelles. Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Danny traite « gentiment » sa meilleure amie Abbey de « pute ». Dans le one-man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, une mère traite sa fille Kimberley de « petite pute ». Dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, Alejandra est traitée de pute par Raúl, l’irascible héros homosexuel. Dans la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays, les filles sont définies comme « des pétasses » et des « putes ». Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Xavier, l’un des héros homosexuels, traite les femmes de « grosses poufs », de « grognasses ». Dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1971) de Rainer Werner Fassbinder, Petra qualifie sa copine de putain : « Tu n’es qu’une misérable petite putain… » Dans la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès, Clark rebaptise sa bien-aimée Lili Jane « Lillipute ». Dans le film « Crocodile Dundee II » (1988) de John Cornell, la femme est traitée de « pute » par le personnage homosexuel. Dans le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, comme Marie, la « fille à pédés », a été « infidèle » à son meilleur ami homo Loïc (elle a osé sortir avec un autre homme que lui !), ce dernier la traite de « pute ». Dans le film « Eating Out » (2004) de Q. Allan Brocka, Gwen, la FAP, se fait également insulter de « pute » par son copain gay Joey. Dans la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne, Bernard qualifie France de « pute » parce qu’elle sort avec une femme. Dans la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi, Damien, l’homosexuel, traite sa meilleure amie de « garce ». Dans la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, Damien injurie Amélie de « salope » parce qu’elle a osé coucher avec son frère Samuel. Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Cindy, la « fille à pédé » dont Tom, le héros homo, se sert comme couverture hétérosexuelle, est maltraitée et méprisée par l’ensemble de la famille de Tom ; par exemple, la mamie de Tom parle d’elle comme « la traînée qui pose dans les magazines avec mon petit-fils ». Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, le pasteur Ralph traite sa femme de « salope » parce qu’ils ont chopé une maladie vénérienne et qu’il n’assume pas sa propre pratique homosexuelle extra-conjugale. Dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, Léo, le héros homosexuel, traite sa sœur lesbienne Garance de « pute ». Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Alban Mann traite sa propre fille de « pute » (p. 18), et finira par la tuer, comme il a assassiné sa femme Greta, elle-même prostituée « professionnelle ».

 
 

d) Toutes des diablesses !

Chez le personnage homosexuel, le dégoût des femmes semble presque épidermique : « J’étais terrorisé. Elle était tout près de moi. Elle n’était plus la même jeune femme qui m’avait abordé. Plus elle parlait, plus elle devenait une autre. Avec une autre voix. Un autre âge. Elle était collée à moi. Je sentais son odeur. Je reconnaissais cette odeur. Il fallait fuir. C’était l’odeur de la mort. » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa (2010), p. 47) ; « Tu sais bien que les femmes, nues ou pas, ça m’écœure. » (François, le héros homosexuel, à Marc, dans la pièce On la pend cette crémaillère ? (2010) de Jonathan Dos Santos) ; « Elle me répète qu’elle m’aime et je joue avec elle comme un petit animal effrayé. Ses baisers me donnent la nausée. La manière dont elle s’est jetée dans mon lit, dont elle s’est couchée contre moi, sans que je lui demande rien, me dégoûte. […] Son insouciance, sa beauté me répugnent. » (Heinrich parlant de Madeleine, dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 65) ; « Ce sont de vraies femmes, chéri. Regarde. Vomis au besoin mais ne les touche pas. L’homme naît d’elles, de ces grossiers objets de reproduction. » (Louis XIII dans le film « Les Diables » (1971) de Ken Russell) ; « Dans toute femme, il y a une Ève malveillante qui sommeille. » (Rodin, l’un des héros homosexuels de la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche, épisode 8 « Une Famille pour Noël ») ; « La femme est l’avenir des pommes. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Cette femme diabolique […] qu’est-ce que je la déteste ! » (le narrateur parlant de Marilyn, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 97) ; etc.

 

La femme-serpent, la femme-ventouse, ou la femme-pieuvre fait son apparition dans l’imaginaire fantasmatique homosexuel : « Quand je quittais la scène, elles m’attendaient en coulisse par grappes ! Parfois elles montaient par le trou du souffleur ! » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « La grosse Carole, pute géante à bras tentaculaires, est entourée de nabots besogneux, tous occupés à ses aises. Ils sont fourmis naines à côté d’elle. » (Vincent Garbot dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 8) ; etc. Par exemple, dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, le narrateur homosexuel essaie de se débarrasser de « cette inconnue dont les bras serpentaient autour de la taille de son Didier » (p. 22). Dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, il est question des « tentacules de Marilyn » (p. 100).

 

Dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, par exemple, l’ensemble des femmes passe au crible du regard sexiste et asexualisant du héros Antoine : « Martine Van Decker puait. Martine était une énigme pour tous. Ses collègues la surnommaient ‘l’erreur de casting’. Antoine se dit qu’il vaudrait mieux l’éviter à l’avenir, surtout le matin, à cause de son haleine. » (pp. 58-59) ; « Magda Sterner arborait une saharienne rouge munie de quatre poches et ceinturée d’une série d’anneaux métalliques. […] Elle avait quelque chose de froid, d’asexué. » (idem, p. 74) ; « Magda, intimidante dans son fourreau rouge sang » (idem, p. 75) ; « Magda dans sa combinaison rouge, le fouet à la main, faisant tinter sa ceinture métallique. Une dominatrice, sans doute. Une dangereuse perverse cérébrale. » (idem, p. 76) ; « Magda faillit s’étrangler avec la fumée de cigarette. Elle toussait comme une truie. » (idem, p. 82) ; « Magda s’arrachait un poil du nez quand Antoine frappa à sa porte. » (idem, p. 142) ; « la ceinture en python agressive » (idem, p. 142) ; « Magda portait un masque oriental rouge sang aux traits grossiers, épouvantables. Des yeux furieux, révulsés. Des dents tranchantes comme des couteaux. » (idem, p. 243)

 

Dans beaucoup d’œuvres homosexuelles, la féminité est présentée comme diabolique, monstrueuse : cf. le film « The Devil Wairs Prada » (« Le Diable s’habille en Prada », 2005) de David Frankel (avec l’odieuse Miranda), les films « La Diablesse en collant rose » (1959) de George Cukor, le film « Les Diables » (1971) de Ken Russell, le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau (avec le proviseur Madame Smelker qui est un vrai monstre qui pue), la chanson « L’Enfer et moi » d’Amandine Bourgeois, etc. Je vous renvoie à la partie sur les femmes habillées en rouge dans le code « Carmen » de ce Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

La beauté de la femme n’est pas envisagée comme une force fragile, mais bien comme une arme redoutable, qui soumet et assigne un cruel destin. Pour beaucoup de héros homosexuels, une vraie femme belle est une femme jalouse, fuyante, dangereuse, peste, voleuse, bavarde, bruyante, intrusive, curieuse, parlant pour ne rien dire ou pour médire, séductrice, maléfique, manipulatrice (cf. le film « Un Mariage de rêve » (2009) de Stephan Elliot) : « Sa sœur cadette, la duchesse de Malaga, était réputée être la plus belle femme d’Espagne et avait fait tourner la tête à plusieurs couronnes jusqu’au moment où, à sa majorité, elle dût décider entre trois jeunes rois et qu’elle déclara tout simplement qu’elle entrait dans les Ordres. » (Copi, nouvelle « L’Autoportrait de Goya » (1978), p. 9) ; « Vous, les gouines, et les femmes toutes, qui venez mettre le nez dans les affaires du quartier, vous êtes des vrais gangsters ! […] Vous nous chantez des chansons pour met’ les pauvres à l’Hospice, les voleurs dans les prisons, les Arabes en Arabie et garder tout le pognon ! » (Ahmed dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Et puis les femmes avaient des cris trop stridents, alors nous sommes partis. » (cf. la dernière phrase de la nouvelle « Crime dans la cité » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 74) ; « Pour imaginer au mieux l’état d’esprit du type écrivant, il faut se figurer une immonde et très grossière Salope. Vincent Garbo se propose de la nommer Carole. Carole la Monstrueuse. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 8) ; « Avec sa bouche d’anthropophage rouge carrosserie, ses cheveux façon perruque en nylon du Crazy Horse, elle aurait pu jouer dans une parodie porno de films de vampires. » (Jason, le héros homosexuel décrivant Varia Andreïevskaïa, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 56) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, le père homosexuel d’Henri (le héros qui feint l’homosexualité) traite Elsa, la copine de son fils, de « folle » : elle serait « une de ces tordues » qui va détourner son fils du « droit chemin de l’homosexualité ».

 

Pour le dramaturge argentin Copi, une femme, ça cancane, forcément ! (cf. le titre de la nouvelle « Les Potins de la femme assise », 1978) Ça tue aussi ! « T’as jamais rencontré une femme de ta vie, toi ? Une vraie femme, de celles qui te font cher jusqu’à la mort ? » (Daphnée dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi)

 

La femme est jugée maudite, quand bien même cette malédiction la rende soi-disant belle, désirable, forte : « Dalida, l’orchidée noire, la maudite, la veuve noire, le monstre à deux têtes, Luigi, Lucien, Richard, pris dans un lien inextricable. » (cf. la pièce Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini) Par exemple, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Crunch, l’un des personnages homos, a cogné sa femme en lui faisant l’amour parce qu’il a vu en elle le visage du diable.

 
 

e) La misogynie en actes (Toutes des martyres !) :

Une telle vision de la femme n’est pas sans conséquence dans le comportement du héros homosexuel. La misogynie se traduit en actes. D’abord une distance : les femmes sont mises à distance, abandonnée. Par exemple, dans le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, Paul, le héros homosexuel, abandonne Mousse. Dans le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, Lena se fait pousser dans les escaliers. Dans le film « Un autre homme » (2008) de Lionel Baier, François brutalise Catherine et simule qu’il tire un coup de feu sur sa copine Christine. Dans le film « Il Compleanno » (2009) de Marco Filiberti, Francesca, la femme de Mateo, se fait écraser par une voiture après qu’elle ait découvert son mari au lit avec un homme. Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), la langue de Laurent Spielvogel, le héros homosexuel, fourche : au lieu de dire l’expression « exécution des Bar Mitsvah », il dit « exécution des Miss ».

 

Film "The Gay Bed & Breakfast of Terror" de Jaymes Thompson

Film « The Gay Bed & Breakfast of Terror » de Jaymes Thompson


 

L’homosexuel fictionnel entraîne la FAP à la mort (cf. la tante d’Angelo dans le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault ; Marie qui se suicide après que Loïc l’ait espionnée et isolée des prétendants masculins avec qui elle aurait pu faire sa vie, dans le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, Amira Casar qui tente de se suicider dans le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat, etc.). Par exemple, dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, Thomas a viré sa cuti et avoue avoir « une ex suicidaire ».

 

Ensuite, le personnage homosexuel passe au viol, notamment en détruisant, par le passage à l’acte sexuel, le lien d’amitié qui l’unissait à la femme. « Ça fait combien de temps que tu la supportes, l’autre folle ? » (Philippe, le personnage homosexuel de la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier) Par exemple, dans le téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve, Vincent, le héros homo, brise la virginité de sa meilleure amie Noémie, avant de se résigner à une homosexualité exclusive. Dans le film « Edge Of Seventeen » (1998) de David Moreton, Éric, le personnage homosexuel, embrasse sa meilleure amie Maggie avant de la laisser tomber. Dans le film « Eating Out » (2004) de Q. Allan Brocka, Joey a couché avec sa meilleure amie Gwen pour tester s’il était gay. Dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, Marianne, la FAP, est utilisée sexuellement puis jetée par Nicolas, le héros homo. Dans la pièce Son mec à moi (2007) de Patrick Hernandez, Daniel couche avec Nina pour découvrir qu’il est finalement gay. Dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, Carole sert de couverture sociale à son meilleur ami Laurent qui ne s’assume pas en tant qu’homosexuel ; ensuite, il la force plus ou moins à coucher avec lui pour tester sa propre « hétérosexualité », puis a une « panne » au lit. Dans la pièce Pas folle, le gay ! (2006) de Gianni Corvi, Fred teste son hétérosexualité avec sa meilleure amie avant de se découvrir « 100% homo ».

 

Très souvent, le personnage homosexuel impuissant finit par violer son idole féminine ou sa meilleure amie FAP (qui lui aura préalablement servie d’appât à mecs), pour se venger de sa faiblesse et de sa virilité blessée, ou bien parce que la femme convoitée ne se laisse pas posséder. « Toutes ces femmes dont il avait envie (bien que ce désir en soi lui fît horreur), jamais il ne pourrait les obtenir au moment même où il les voulait, c’est-à-dire tout de suite, car il faudrait d’abord trouver le moyen de leur être présenté, puis leur parler avec adresse, alors que dans son cœur il les méprisait. » (Emmanuel Fruges dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 169) ; « Mon plan consistait à passer une nuit avec toi. Cette nuit-là, je t’aurais baisée jusqu’à te fendre en deux. » (Victor à Helena, dans le film « Carne Trémula », « En chair et en os » (1997) de Pedro Almodóvar) ; etc. Par exemple, dans la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy, Sébastien l’homosexuel trahit sa meilleure amie Stéphanie parce qu’il lui avoue finalement qu’il veut la posséder pour lui tout seul.

 

J’étudie plus largement le thème du « Violeur homosexuel » dans le code du même nom, sur mon Dictionnaire des Codes homosexuels. La misogynie peut aller jusqu’à l’envie de meurtre ou le meurtre : « Vous ne savez pas le mal dont vous êtes capables. » (Amira Casar en parlant des hommes homosexuels, dans le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat) ; « J’t’attendais pour te violer. » (« JP », le héros homosexuel, en boutade à son amie Clara, dans la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand, l’épisode 2 « Intuition féminine »)

 

Par exemple, dans le film « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar Benigno, l’infirmier homosexuel, viole sa patiente Alicia, qu’il a soignée pourtant apparemment avec sollicitude, et veillée comme une idole. Dans le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, Bruno tue la femme de Guy. Dans le film « ¿ Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? » (« Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », 1984) de Pedro Almodóvar, le flic impuissant viole Gloria sous la douche. Dans le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, João bat et défigure sa star-fétiche Victoria. Dans le film « Reflections In A Golden Eye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, Williams, le héros homosexuel, viole Leonora. Dans le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, Bosco tente de violer Angela. Dans le film « Psycho » (« Psychose », 1960) d’Alfred Hitchcock, Norman Bates tue Marion après l’avoir désirée et observée à travers les murs. Dans le film « Scandale aux Champs-Élysées » (1948) de Roger Blanc, Étienne assassine plusieurs femmes. Dans la pièce La Muerte De Mikel (1984) d’Imanol Uribe, Mikel l’homosexuel mord le clitoris de Begoña pendant son sommeil. Dans le film « J’ai pas sommeil » (1993) de Claire Denis, un homo psychopathe tue des vieilles dames. Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Emmanuel, le personnage homosexuel, maltraite physiquement les femmes.

 

Film "Matador" de Pedro Almodovar

Film « Matador » de Pedro Almodovar


 

Dans les fictions homo-érotiques, on nous offre régulièrement des descriptions explicites de gestes de maltraitance opérés sur les femmes : « Ayez pitié d’une pauvre femme par-dessus vieille ! J’allume la boule. Vous la voyez votre petite Delphine pendue ? Monsieur, me dit-elle, je me sens mal. Mes sels ! Je la gifle. Je l’attrape par les cheveux, lui cogne le front contre la boule de cristal, elle râle, elle s’affaisse sur sa chaise, elle a une grosse boule bleue sur le front, un filet de sang coule de son oreille. En bas on entend le bruit régulier de la caisse, je regarde par la fenêtre, le boulevard Magenta est toujours le même. La vieille continue de râler, je l’étrangle, elle meurt assise. Je me recoiffe de mon peigne de poche, j’enfile mon imperméable. » (le narrateur homosexuel assassinant la voyante extra-lucide Mme Audieu, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 89) ; « Delphine est morte ! crie l’une, Madame Audieu est morte ! crie l’autre. L’une pendue, l’autre étranglée. » (idem, p. 91) ; « Qu’est-ce que je regrette de ne pas m’être débarrassé d’elle au début, ça aurait été facile de l’empoisonner au Pim’s lui mettant de l’arsenic dans son verre de vodka-orange, qui m’aurait soupçonné ? […] Aïe, ma mère, pourquoi m’as-tu fait si misogyne ! » (idem, p. 87) ; « Mimile ramasse une pierre et frappa la Reine des Hommes sur la tête jusqu’à ce que le sang inonde ses cheveux blancs et qu’elle roule par terre. » (Copi, La Cité des Rats (1979), p. 65) ; « Son visage et ses beaux cheveux blonds étaient couverts d’excréments. » (le narrateur décrivant la belle Truddy, dans la nouvelle « Les Potins de la femme assise » (1978) de Copi, p. 33) ; « Il a poignardé Suzanne York. » (Stephany présentant Jonathan, homosexuel, à son ami Joe, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; etc.

 

Le héros homosexuel réserve bien souvent à la femme qu’il met en scène les pires sévices. Par exemple, dans le roman Vincent Garbot (2010) de Quentin Lamotta, le héros balance de l’acide chlorhydrique sur l’une de ses camarades de classe, Sophie, qu’il défigure (p. 64), et fait sa fête à Adrienne (« J’ai résolu de faire mourir Adrienne Toiture. Elle mourut culbutée par une auto. », p. 125). Dans le film « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, Dutrouz découpe en morceaux « Lola Lola » qu’il met dans une malle. Dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet, Álvaro choisit une drôle de manière de déclarer son amour à Octavia : il la frappe, la fait tomber, l’écrase contre les murs, la maltraite sauvagement ; Pedro fait de même, en ruant de coups Claudia avec sa guitare. Dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, Sofia est la femme-tronc qui ressemble à un tableau de Picasso après un tragique accident de moto que son mari, qui a survécu, lui a infligé. Dans la mise en scène en 2010 de Florian Pautasso et Maya Peillon de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, le personnage de Daphnée se fait particulièrement maltraiter physiquement par les héros homosexuels : Jean la jette par terre, Luc lui hurle dessus, etc. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afailal et Yannick Schiavone, les femmes sont souvent maltraitées verbalement et physiquement, y compris celles qui sont adulées : par exemple la vendeuse du resto japonais qui se fait insulter, la mère de Kévin (« Lâche-moi, la vieille !!! » râle Angelo en pointant son arme à feu sur elle), la figure de Carla Bruni harcelée, etc. Dans le film « Dressed To Kill » (« Pulsions », 1980) de Brian de Palma, un homme transsexuel M to F qui se déguise en blonde, tue des femmes blondes à la lame de rasoir pour leur ravir leur personne et leur sexe. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin), dans les vitrines du magasin de Joe, couturier homosexuel, les mannequins féminins ont les bras en croix, sont crucifiés comme des pin-up.

 

Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Jules, le héros homo, joue au départ l’affliction, le veuve endeuillée, par rapport à son ex-femme (« La femme de ma vie s’est tuée dans un accident d’avion il y a 7 ans. »), pour ensuite révéler la vraie nature de sa relation : « Je la haïssais. C’est une grosse merde. » Par ailleurs, il se comporte très mal avec les trois femmes qui l’entourent : il gifle Michèle, domine sexuellement Lucie, et traite Martine de « morue » : « Vous êtes des bêtes sauvages ! »

 

Le héros homosexuel reproche finalement à la femme tout ce qu’il lui fait… et qu’il ne devrait se reprocher qu’à lui-même…

 
 

f) D’où vient cette misogynie homosexuelle ?

Cela peut paraître complètement fou que tant de héros homosexuels, qu’on persuade d’être les meilleurs amis des femmes (et qui finissent par le croire !), soient aussi ignobles avec leur entourage féminin. Les motifs rationnels semblent même leur échapper ! « Pourquoi est-ce que je la tue ? Il doit y avoir une raison mais je ne me l’explique pas. » (le roi Ferrante parlant d’Inès de Castro, dans la pièce La Reine morte (1942) d’Henry de Montherlant)

 

Comment expliquer cette décharge de haine ?

 

La raison la plus évidente, mais aussi la plus insuffisante si on ne l’explique pas, c’est la peur de la sexualité. La misogynie du personnage homosexuel traduit certainement chez lui une angoisse (qui se déclinera parfois plus tard en révulsion) de la différence des sexes : « J’étais lâche avec les femmes. Et j’vais vous dire une chose : les femmes m’emmerdent ! » (Érik Satie dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou) ; « J’te fais peur ? Tu voudrais me tenir dans tes bras pourtant. » (Chloé à Martin, le héros que tout le monde prend pour un gay, dans la pièce Scène d’été pour jeunes gens en maillot (2012) de Christophe Botti) ; « En fait, ils n’ont jamais compris ce qu’on était. Ils ont peur de nous comme les enfants ont peur du noir. En réalité, c’est qu’ils ont peur qu’elles ne leur appartiennent pas […] Sous prétexte de protéger les femmes d’elles-mêmes, pour conjurer le sort. » (Amira Casar en parlant des hommes homosexuels, dans le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat) ; « Les amitiés particulières, c’est quand les filles nous font peur. » (cf. la chanson « Les Amitiés particulières » de Serge Lama) ; « Richard avait un grand respect du corps des femmes. Presque trop. Il avait toujours peur de faire mal. » (la compagne de Tanguy dans le film « L’Ennemi naturel » (2003) de Pierre-Erwan Guillaume) ; « J’espère qu’on aura un garçon, murmura-t-elle. Les filles sont trop vulnérables. » (Jane, l’héroïne lesbienne enceinte s’adressant à sa compagne Petra, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 101) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder, Sherlock Holmes dit qu’il « se méfie des femmes ». D’ailleurs, la misogynie du héros homosexuel est toujours le signe d’un irrespect des femmes beaucoup plus global, social, hétérosexuel. Dans le film « Boygames » (2012) d’Anna Österlund Nolskog, deux meilleurs amis, John et Nicolas, âgés de 15 ans, sont intéressés par les filles mais redoutent la première expérience sexuelle, alors ils décident de s’entraîner d’abord entre eux.

 

Mais nous pouvons également lier la misogynie homosexuelle à l’inceste. Car en effet, elle est un mécanisme instinctif de résistance que le personnage homosexuel met en place pour gérer/étouffer tant bien que mal un inceste opéré par une mère abusive, une star de télévision indécente, une femme intrusive. Par exemple, dans le film « Maigret tend un piège » (1958) de Jean Delannoy, Marcel Maurin, homosexuel, tue des femmes car il est doté d’une mère castratrice.

 

Il est possible que la misogynie homosexuelle vienne aussi de l’excès de proximité du héros homosexuel avec les femmes de son entourage, y compris celles qu’ils présentent comme ses amies d’enfance ou ses « meilleures amies ». La fusion précoce et incestueuse avec le monde féminin, notamment dans l’enfance, entraîne en général une rupture progressive à l’âge adulte, une distance, un agacement : « Non que les études de lettres lui déplussent, ni la compagnie des filles, qui avaient toujours constitué la majeure partie de ses relations et amitiés ; mais l’absence de tout visage masculin sur qui poser son regard pendant les cours finissait par lui peser, et lui donnait parfois quelque accès de misogynie […]. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Cœur de Pierre » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 47)

 

En outre, je crois que la misogynie homosexuelle repose surtout sur le rapport réifiant et idolâtre (qu’on pourrait appeler aisément « fanatisme ») qui s’instaure entre les femmes et le personnage homosexuel. Aux femmes réelles, celui-ci leur préfère les femmes-objets, ces poupées qu’il peut manipuler, et vider du mystère qui lui fait tellement peur : « Jamais les femmes ordinaires ne donnent l’essor de notre imagination. Elles ne sortent pas de leur siècle. Aucune magie ne les transfigure. Rien en elles qui ne puisse pénétrer. Pas une qui soit mystérieuse. Toutes, elles ont le même sourire stéréotypé et les belles manières du jour. Elles sont claires et banales. Mais les actrices ! Oh ! Combien les actrices sont différentes ! » (Dorian Gray dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1983) d’Oscar Wilde, pp. 72-73) ; « Je n’aime Lucile que lorsqu’elle se tait. » (le juge Kappus, homosexuel planqué, parlant de sa propre femme, dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 60) ; « Une actrice = une pute, c’est bien ce que je dis. » (Benjamin parlant à son amant Pierre, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade)

 

Film "Soudain l'été dernier" de Joseph L. Mankiewicz

Film « Soudain l’été dernier » de Joseph L. Mankiewicz


 

Dans les fictions, il n’est pas rare que le héros homosexuel se serve de la femme comme un objet. Par exemple, dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, Catherine est utilisée explicitement comme un « appât » par son cousin homosexuel Sébastien qui veut attirer à lui les prétendants. C’est aussi le cas des FAP des films suivants : « Le Bon Coup » (2005) d’Arnault Labaronne, « Boychick » (2001) de Glenn Gaylord, « Les Monstres » (1963) de Dino Risi, « Comme les autres » (2008) de Vincent Garenq, « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy (où Maxence tombe amoureux de son « idéal féminin » pour que de la femme qu’il aime), etc. Dans la pièce Les Amazones, 3 ans après… (2007) de Jean-Marie Chevret, Martine sert de couverture à Loïc. Dans la pièce Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Didier utilise sa cousine-FAP comme faire-valoir : « Tu es mon public ! » lui dit-il.

 

C’est cette confusion dans le cœur du héros homo entre femme réelle et femme-objet qui nous fait dire que l’acte de destruction de la femme n’est pas tant une démarche misogyne qu’une démarche iconoclaste. « Moi, Dalida, je l’ai éclatée, je l’ai fracassée. » (la figure d’Élie Kakou, homosexuel, dans le one-woman-show Sandrine Alexi imite les stars (2001) de Sandrine Alexi) Il y a comme un double mouvement d’adoration/destruction. Par exemple, dans le roman Las Locas De Postín (1919) d’Álvaro Retana, Rafaelito déteste les femmes alors qu’il passe son temps à les imiter.

 

Le personnage homosexuel se venge en réalité de sa propre prétention à se prendre pour un objet, pour un mythe : cf. le film « El Asesino De Muñecas » (« L’Assassin de poupées », 1975) de Michael Skaife, le film « Le Refroidisseur de dames » (1968) de Jack Smight, etc.

 

La femme-objet est livrée, comme la Reine du Carnaval, aux flammes et à la risée générale, pour, en intentions, prouver qu’elle est bien humaine et immortelle, et intellectuellement, pour prouver qu’elle n’est qu’un objet méprisable qui a capturé l’espace psychique désirant du héros : « Les filles, ça te prend la tête, ça ne te la rend plus. » (Lennon, le héros homosexuel de la pièce Scène d’été pour jeunes gens en maillot (2012) de Christophe Botti) ; « Je hais les majorettes. » (Madame H., travesti M to F, dans son one-(wo)man-show Madame H. raconte la saga des transpédégouines, 2007) ; « Nous pendouillerons Cher. » (les protagonistes homos parlant de la chanteuse Cher, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; «  Catherine D. est en chantier. » (l’humoriste Philippe Mistral se moquant de Deneuve, dans son one-man-show Changez d’air, 2011) ; « Moi, Dalida, je l’ai éclatée, je l’ai fracassée. » (la figure d’Élie Kakou s’adressant à sa star fétiche, dans le one-woman-show Sandrine Alexi imite les stars (2011) de Sandrine Alexi) ; « Jolie, crinière au vent, ses dessous dépassant de l’ouverture du fourreau pailleté, boitant sur une seule chaussure, traînant d’une main le renard, de l’autre son sac, elle le suivit sans rien dire. […] Son maquillage dégoulinait. Jolie de Parma, celle qui l’avait tant ému au cinéma ! réalisa-t-il tout d’un coup. Hier encore, vous étiez mon idole, mon idéal de femme. » (Silvano, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, pp. 22-23) ; « Chaque invité, après avoir déposé son cadeau dans le vagin flétri de la reine Rancie, devait s’agenouiller pour baiser l’anus royal, lequel avait mauvaise haleine. » (cf. la nouvelle « L’Apocalypse des gérontes » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 127)

 

Le mythe de la séduction féminine est mis à plat et sacralisé dans la noirceur camp. Par exemple, dans la nouvelle « La Mort d’un phoque » (1983) de Copi, Glou-Glou Bzz est une femme qui « sentait fort la morue et le gin » (p. 20). Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, les épouses des rats mâles Gouri et Rakä, Iris et Carina, sont particulièrement pénibles : elles se comportent en vraies harpies, geignent tout le temps, ont mauvais caractère, se plaignent de migraine, tombent enceintes, et font chier tout le monde (p. 137).

 

La destruction du mythe de l’Éternel Féminin trouve in extremis ses lettres de noblesse dans la figure non moins misogyne de la Diva Camp horrorifique ou du personnage de l’affreux transsexuel gothique. Par exemple, dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, le Coryphée est un homme travesti avec une perruque tombante, une canne, un maquillage coulant, un déguisement féminisé volontairement rebelle et raté. Dans la comédie musicale Le Cabaret des hommes perdus (2006) de Christian Siméon, la grande diva interprétée par Denis D’Archangelo est fortement handicapée, bardée de prothèses à la jambe, et se déplace avec une béquille… un peu comme Sarah Bernhardt avec sa jambe de bois. Dans sa pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011), Jérémy Patinier a choisi de faire jouer une Marilyn Monroe – appelée « Lourdes » – version hippopotame de « Fantasia » : « Eh oui ! Même Marilyn faisait caca. Ça casse le mythe ! » déclare la comédienne bien en chair, qui suppliera à son public qu’il la viole (« Fouettez-moi, battez-moi ! »). Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1985) de Copi, Vicky Fantomas est une femme avec une cicatrice sur la joue gauche, et une attelle à la jambe : elle a été victime d’un attentat au drugstore (peut-être qu’elle-même portait la bombe). La féminité détruite est l’icône identificatoire préférée des personnes homosexuelles misogynes.

 

La femme détruite et incarnée par le héros homosexuel est en fait un personnage, un rôle, et non la vraie femme sexuée. C’est un androgyne interlope que tous peuvent incorporer (il suffit de le désirer et de le singer) : « Je suis bisexuelle. Bisexuée. Je porte les deux sexes. J’ai été envoyé par des extra-terrestres. […] N’oubliez jamais ça : en chacun d’entre vous sommeille une mémé comme moi. » (Mémé Huguette, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Oui, moi aussi, je suis comme vous. Je suis une pute. Je suis une pute. Comme vous. » (Jules, le héros homosexuel s’adressant à ses deux comparses Michèle et Martine – l’une est actrice, l’autre est prostituée de profession – dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) La femme-salope est au fond un fantasme asexué et hypersexué. C’est pourquoi la misogynie homosexuelle peut tout à fait prendre la forme de l’homophobie dans certains cas. Par exemple, dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, Engel traite tout le temps son futur amant Marc, initialement hétérosexuel, de « gonzesse » pour le dévaloriser et le faire basculer dans l’homosexualité.

 

Finalement, on voit que le héros homosexuel hait la femme de l’avoir trop aimée, de l’avoir transformée en fantasme hypersexué et asexué : « Elle que j’ai eu le malheur d’aimer à outrance. » (Didier, le héros homosexuel, par rapport à son ex-copine Yvette, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Il me respecte. Presque trop… […] Je ne veux pas anticiper… mais j’ai très peur pour ma féminité. » (Catherine par rapport à son mari homo Jean-Paul, dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor) ; etc. Il l’a traitée comme une déesse et comme une merde, l’a détruite pour prouver qu’elle était toute-puissante, l’a adulée puis massacrée… mais pas aimée telle qu’elle est : fragile, accessible, humaine, aimante.

 

Derrière ce lynchage verbal/physique misogyne se cache justement la jalousie du personnage homosexuel qui reproche aux femmes de ne pas être lui. « J’aimerais être une femme parfois. Je suis jaloux de tes orgasmes. J’vois bien que l’intensité du plaisir est plus forte chez toi. J’ai entendu dire que la femme jouissait huit plus que l’homme. » (Jupiter s’adressant à Junon, dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré)

 
 

g) La misogynie des femmes lesbiennes envers les femmes : si si, elle existe ! On PEUT être contre soi-même

Nous aurions tort de penser que la misogynie a un sexe. La haine des femmes, on a maintes fois l’occasion de le vérifier dans les fictions traitant d’homosexualité, est exprimée autant par les personnages masculins gays que par les héroïnes lesbiennes. Le même rapport idolâtre – et donc jalousement destructeur – avec les femmes réelles, confondues avec les femmes-objets, est observable côté lesbien ! « J’en ai marre de ces femmes ! Où est le revolver ? » (Leïla dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « C’est des vraies salopes, ces femmes ! » (Fougère, op. cit.) ; « J’en ai marre de toutes ces femmes ! » (la psy dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Il faut avoir beaucoup de patience avec les femmes, n’est-ce pas ? et ne jamais croire un seul mot de ce qu’elles vous disent. » (la voix narrative lesbienne du roman La Dame à la Louve (1904) de Renée Vivien, p. 22) ; « Je lui ai arraché les yeux pour m’en faire un bilboquet. » (Doris, l’héroïne lesbienne parlant de sa rivale Truddy, l’actrice blonde, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; etc. Par exemple, dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Heïdi, l’héroïne lesbienne, traite toutes les femmes de « dindes ». Dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat, Fanny, l’héroïne lesbienne, aurait préféré un chihuahua plutôt qu’une femme comme colocataire.

 

Dans les phrases misogynes des héroïnes féministes (et parfois lesbiennes), pourtant en théorie pro-femmes, l’agression plaintive se mêle au constat fataliste… et on ne sait pas trop démêler les deux : elles se plaignent et pourtant donnent raison, dans la citation mimétique/ironique de leurs « ennemis les hommes », à leurs fantasmes auto-dévalorisants : « On est toutes des salopes pour les hommes ! » (Léa dans la pièce Scène d’été pour jeunes gens en maillot (2012) de Christophe Botti) ; « J’oublie que je ne suis qu’un ventre reproducteur. » (la voix narrative du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 142)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La misogynie homosexuelle en mots :

À de nombreuses reprises (même si cela est très inconscient), l’homosexualité est montrée comme un moteur privilégié de la misogynie ou de la misandrie (haine des hommes : je traite plus amplement de celle-ci dans le code « Parricide la bonne soupe » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Ce drame a pour base la haine de la femme… » (Jean-Louis Chardans parlant de l’homosexualité, dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 72) Et pour cause ! Si, sur la photo des manif’ des années 1970, nous voyons la communauté homosexuelle et les féministes marcher main dans la main, la réalité de leur association est beaucoup moins chantante (l’a-t-elle vraiment été un jour, d’ailleurs ?). Comme l’exprime crument mais lucidement Éric Zemmour dans son essai Le Premier Sexe (2006) : « Au fil du temps, les femmes sont devenues les otages des homosexuels. Elles ont lié leur sort à celui de leurs ennemis. » (p. 24)

 

La misogynie est une pratique courante dans la communauté homosexuelle. Elle a été exprimée ouvertement par des personnalités telles que César Lácar, Thomas Bernhard, Kitchener, Marcel Jouhandeau, Oscar Wilde, William Shakespeare, Henri de Montherlant, Sade, Pierre de Coubertin – qui refuse les « Olympiades femelles », selon sa propre formulation –, Yukio Mishima, André Gide, le Marquis de Vauvenargues, Jean Cocteau, John Shear, etc. « J’espère que vous êtes comme moi. J’ai horreur des femmes. Je n’aime que les garçons. » (Oscar Wilde à André Gide, cité dans l’article « L’Immoraliste et le ‘King of Life’ » de Claude Martin, sur le Magazine littéraire, n°343, mai 1996, p. 38) ; « Je méprisais les filles : comment pouvait-on comparer les corps doux, mous et bulbeux de ces créatures bêtes et inconsistantes à la beauté musculaire du corps masculin ? Leur place était au harem d’où elles n’auraient jamais dû sortir ; le vrai amour, l’amour sur un pied d’égalité et avec une compréhension mutuelle, se donnait uniquement entre hommes. » (J. R. Ackerley, Mon Père et moi, 1968) ; « C’est horrible ce que je vais dire, mais je pense que la femme est inférieure à l’homme. Elle n’a pas la même intensité. Le yin et le yang, tout ça… » (Guillaume Dustan, l’écrivain homosexuel, dans l’émission de Patrick Buisson traitant du « communautarisme gay », sur la chaîne LCI en 2003) ; « Ce qui est rejeté, c’est le genre féminin dans sa globalité. » (Sébastien Carpentier, lors de sa conférence au Centre LGBT de Paris, à l’occasion de la sortie de son essai sociologique Délinquance juvénile et discrimination sexuelle en janvier 2012) ; « J’ai horreur de moi parlant à une femme. » (Drieu La Rochelle) ; « Malheur à l’homme qui succombe à la femme ! Malheur à la civilisation qui se livre aux femmes ! … Les femmes rêvent toujours de posséder l’homme en entier. Cette trappe vers le néant, qui se cache derrière chacune d’elle, réclame sa victime… L’homme de la confrérie ne peut sombrer car il engage le meilleur de lui-même dans l’homme. » (Hans Blüher cité dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 145) ; « Je suis persuadé d’être homosexuel. J’ai fréquenté de nombreuses femmes. Sans plaisir particulier, il est. Cela m’a valu trois chaudes-pisses que j’ai considérées par la suite comme le châtiment de la nature pour des relations contre-nature. Aujourd’hui, toutes les femmes me font horreur, et, plus que toutes, celles qui me poursuivent de leur amour ; elles sont malheureusement très nombreuses. En revanche, j’aime ma mère et ma sœur, de tout mon cœur. » (lettre de Ernst Röhm, à 42 ans, le 25 février 1929) ; « Les femmes ne devraient jamais régner. » (la Reine Christine, pseudo « lesbienne », dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; etc. Par exemple, Serge de Diaghilev (1872-1929), le fondateur des fameux Ballets russes, interdisait à ses danseurs de sortir avec des femmes : « Pas de femme ! Pas de femmes : La fatigue sacrée de la danse doit chasser les tentations mauvaises. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 197)

 

Un certain nombre de personnes homosexuelles (il suffit de les écouter, ou qu’elles prêtent elles-mêmes attention à ce qu’elles racontent) considèrent les femmes comme des godiches, des bourgeoises sans cervelle, ou bien des caricatures de féminité fatale/violée… tout cela pour les mettre concrètement à distance, et mentalement sur un piédestal. « Le corps des femmes ne m’excite guère plus que n’importe quel autre objet de première nécessité et d’usage quotidien. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; « Si j’aimais les femmes, j’en verrais davantage. » (idem) Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, on apprend que Yves Saint-Laurent, le couturier, a viré comme une malpropre son ancienne mannequin-égérie, Victoire : « Tu n’es belle que sophistiquée. […] Avec des cheveux comme ça, on dirait une souillon. Tu es d’une vulgarité, ma pauvre, c’est effarant. […] Laissez-la partir. Son style, ce qu’elle est, c’est déjà dépassé. » Les paradoxes inattendus de l’idolâtrie/jalousie…

 
 

b) Toutes des guenons !

Il arrive même que les femmes soient comparées à des êtres laids, des cruches décervelées, et même des singes ! « Les femmes valent moins que des guenons. » disait le cinéaste homosexuel français Michel Simon.

 

DESTRUCTION Singe

 

Aussi surprenant et insultant que cela puisse paraître, la femme-singe est un archétype de la fantasmagorie homosexuelle. Elle peut renvoyer au reflet narcissique monstrueusement déformé par l’eau, par exemple : cf. l’autobiographie Le Ruisseau des singes (2000) de Jean-Claude Brialy. C’est une interprétation possible.

 

Cette animalisation de la femme est parfois aussi une vengeance secrète réservée à une incestueuse famille, réelle ou symbolique, où la différence des sexes n’a pas été respectée (le père a exploité la mère comme une guenon, ou bien a été considéré comme un singe par la mère) : « Le soir, j’étais souvent réveillé par un bruit métallique, un grincement qui augmentait peu à peu. Je croyais qu’un tramway s’était arrêté en face de chez nous et qu’il ne parvenait plus à démarrer. Le conducteur essayait en vain et son véhicule avançait et reculait de quelques mètres, dans un rythme qui devenait effréné, frénétique. C’était comme si voyageaient dans le tramway un singe et son dompteur. Je pouvais entendre les cris hystériques du singe, la voix rauque du dompteur, qui dialoguaient. D’abord ils se disputaient, ensuite ils élevaient la voix, ce n’étaient plus des mots : c’étaient des râles, des soupirs. Il y avait aussi les hurlements du singe très aigus. L’étonnant, c’est que tout s’arrêtait d’un coup. On n’entendait jamais le tramway repartir. D’ailleurs, il n’y avait pas de tramway qui passait devant chez nous. L’eau coulait dans la salle de bains. Au bout de quelques années, tu m’as dit : ‘C’étaient tes parents.’ » (Alfredo à sa grand-mère dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, pp. 153-154)

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

La figure de la femme-singe peut même être une analogie injurieuse recherchée par les personnes homosexuelles elles-mêmes ! Par exemple, le documentaire « Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse, la mandarine » (2009) de Marion Cajori et Amei Wallach nous montre justement les féministes du mouvement Guerilla’s Girls déguisées en femmes-macaques au Musée Guggenheim.

 

En outre, beaucoup d’individus homosexuels ou gay friendly, soucieux de défendre la normalité « naturelle » de leur désir et de leurs actes amoureux, comparent les comportements homosexuels à ceux des singes, entre autres les bonobos : « On a observé un comportement homosexuel chez 13 espèces appartenant à 5 ordres de Mammifères (Beach, 1968). En voici quelques exemples. Il se produit chez la truie, la vache, la chienne, la chatte, la lionne et les femmes du singe Rhesus et du Chimpanzé. » (cf. l’article « Les Facteurs neuro-hormonaux » de Claude Aron, dans l’ouvrage collectif Bisexualité et différence des sexes (1973), pp. 161-162)

 

Certaines icônes de la communauté homosexuelle ont, de leur vivant, aimé s’entourer de singes : on peut penser à Mylène Farmer et ses chimpanzés, à Joséphine Baker l’amie des singes (le singe Binki fut l’un de ses nombreux protégés), etc.

 

Dans l’expression « femme singe », il faut surtout reconnaître qu’il y a « femme singée », caricaturée, cinématographique, hypersexuée. On voit que la résurgence symbolique de la femme-singe correspond tout simplement à la femme-objet, à la femme-potiche, à l’individu homosexuel, travesti, transsexuel : « La fille qui enseigne le dessin est un vrai singe : le visage couvert de poils. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 133) ; « Tola levait la jambe, marchait à quatre pattes pour imiter un singe, puis sortit brutalement une poupée en tissu qui reproduisait grossièrement sa silhouette. » (idem, pp. 305-306) ; « Entre-temps, Tola avait entrepris son final, enveloppée dans une étole de vison. Elle aimait toujours présenter ses légendaires fourrures. » (p. 307) ; « La deuxième partie du programme montrait la vie quotidienne chez les Ricardo, une famille de chimpanzés. » (idem) Par exemple, dans la biographie La Véritable Joséphine Baker (2000) d’Emmanuel Bonini, Joséphine Baker est comparée à un « singe qui aurait fait de la gymnastique suédoise » (p. 45).

 
 

c) Toutes des putes !

Les femmes réelles ont le malheur d’être fragiles, de ne pas être des Superwomen… ce qui attise chez un certain nombre de personnes homosexuelles une déception et une méfiance croissantes à leur égard. La femme, jadis désincarnée en vierge, finit, parce qu’elle est incarnée, par être traitée de prostituée, de femme impure, de putain : « Sale pute. » (Christophe Honoré à propos de Fanny, la femme avec qui il vient de coucher, dans l’autobiographie Le Livre pour enfants (2005), p. 30) ; « J’ai d’abord imaginé que je lui faisais l’amour, à elle, Sabrina, sachant qu’une pareille image ne pouvait pas me faire bander. Puis j’ai imaginé des corps d’hommes contre le mien, des corps musclés et velus qui seraient entrés en collision avec le mien, trois, quatre hommes massifs et brutaux. J’ai imaginé des hommes qui m’auraient saisi les bras pour m’empêcher de faire le moindre mouvement et auraient introduit leur sexe en moi, un à un, posant leurs mains sur ma bouche pour me faire taire. Des hommes qui auraient transpercé, déchiré mon corps comme une fragile feuille de papier. J’ai imaginé les deux garçons, le grand aux cheveux roux et le petit au dos voûté, me contraignant à toucher leur sexe, d’abord avec mes mains puis avec mes lèvres et enfin ma langue. J’ai rêvé qu’ils continuaient à me cracher au visage, les coups et les injures ‘pédé’, ‘tarlouze’ alors qu’ils introduisaient leur membre dans ma bouche, non pas un à un mais tous les deux en même temps, m’empêchant de respirer, me faisant vomir. Rien n’y faisait. Chaque contact de Sabrina avec ma peau me ramenait à la vérité de ce qui se passait, de son corps de femme que je détestais. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 193) ; etc.

 
 

d) Toutes des diablesses !

Chez beaucoup de personnes homosexuelles (surtout gays, mais pas uniquement), le dégoût des femmes semble presque épidermique : « J’avais vite compris que Liane était une fille extrêmement jalouse : une vraie tigresse cette nana ! Sa paranoïa m’excédait ; j’étais constamment épié et cela m’exaspérait. » (Ednar, le personnage homosexuel ayant tenté de sortir avec une femme, dans le roman semi autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 157) Je l’ai beaucoup observé et entendu chez mes amis homosexuels, hommes et femmes confondus.

 

Pour ma part, ce dégoût physique pour les femmes, je ne le méprise pas… Au contraire. Je ne le justifie pas, mais je le comprends complètement puisque je le ressens aussi en moi, de manière inexplicable, dans mon corps et dans mon cœur. Il me dépasse pour l’instant. Comme une blessure énigmatique, invisible mais réelle. Les femmes, même si je les trouve belles, ne sont pas, à mes yeux, désirables. Je les trouve sensuelles à distance, à partir du moment où elles ne me touchent pas et n’éprouvent pas de sentiments amoureux à mon encontre. Dès qu’elles s’approchent ou jouent la séduction, je débande, me glace. Et leurs tentatives de proximité excessive m’exaspèrent, me dégoûtent, et surtout me laissent complètement indifférent. C’est très étrange. Je vois les femmes, c’est vrai (et c’est terrible) comme des êtres collants, ventouse, un peu pieuvre, et j’en suis le premier navré, car l’effet repoussoir, même si je me refuse à le définir comme uniquement physiologique, a pourtant tout l’air d’être naturel et imposé par des lois antérieures à ma conscience de mon attrait physique pour les hommes.

 

Pour revenir aux personnes homosexuelles en général, j’ai l’impression que, de leur point de vue, La beauté de la femme n’est pas envisagée comme une force fragile, mais bien comme une arme redoutable, qui soumet et assigne un cruel destin. Pour beaucoup d’entre elles, une vraie femme belle est une femme jalouse, fuyante, dangereuse, peste, voleuse, bavarde, bruyante, intrusive, curieuse, parlant pour ne rien dire ou pour médire, séductrice, maléfique, manipulatrice. Par exemple, dans son roman L’Hystéricon (2010), Christophe Bigot se centre souvent sur les femmes manipulatrices, diaboliques, capricieuses, inaccessibles.

 

Dans l’esprit d’un certain nombre de personnes homosexuelles, la féminité se réduit à la possessivité de la mère cinématographique étouffante : une femme, ça cancane, forcément ! ça jalouse ! ça tue aussi ! La femme est jugée maudite, quand bien même cette malédiction la rende soi-disant belle, désirable, forte.

 

Par exemple, Marc Cherry, le créateur homosexuel de la série Desperate Housewives (2004-2012), en même temps qu’il propose des portraits diversifiés de (sa vision de) l’émancipation de la femme, caricature très négativement les femmes en croqueuses d’hommes, en bourgeoises réactionnaires, en femmes hystériques, etc. D’ailleurs, en ses fonds, l’idée originale de la série s’appuie sur un fait divers glauque, où la féminité est dangereuse : Marc Cherry explique en effet qu’il s’est inspiré en 2002 de l’infanticide qu’une femme, Andrea Yates, a opéré sur ses cinq enfants qu’elle a noyés dans une baignoire…

 
 

e) La misogynie en actes (Toutes des martyres !) :

DESTRUCTION Menottes

Film « Mathilda Paradeiser » de Lisa Aschan


 

Une telle vision de la femme n’est pas sans conséquence dans le comportement des personnes homosexuelles. La misogynie se traduit en actes. D’abord une distance : les femmes sont laissées de côté en amour, et, par une logique compensatoire, on leur décerne quand même le trophée précaire et aléatoire de « meilleures amies ».

 

La misogynie peut aller jusqu’à l’envie de meurtre, ou carrément l’assassinat : « Je hais les femmes, il n’y a que des esprits malins qui tirent de ce dégoût de quoi me faire plusieurs crimes… » (le Marquis de Vauvenargues, Maximes posthumes, 1746) ; « Je l’ai frappée. Je l’ai saisie par les cheveux et j’ai claqué sa tête contre la tôle du car du collège qui stationnait là, avec violence, comme le grand roux et le petit au dos voûté dans le couloir de la bibliothèque. Beaucoup d’enfants nous voyaient. Ils riaient et m’encourageaient, ‘Vas-y défonce-la, défonce-lui la gueule.’ Amélie qui pleurait me suppliait d’arrêter. » (Eddy Bellegueule, le garçon homosexuel efféminé, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 106) ; etc. On connaît les violences conjugales que des Paul Verlaine ou des Nijinski ont infligé à leur femme. « Nijinski avait déjà frappé sa femme, allant même jusqu’à la pousser violemment dans l’escalier de la villa. » (Christian Dumais-Lvowski, dans l’avant-propos de Vaslav Nijinski, Cahiers (1919), p. 11) Je vous renvoie à mon étude plus approfondie du meurtre de la femme dans les codes « Matricide », « Violeur homosexuel », et la partie sur la « Prostituée tuée » dans le code « Prostitution », de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Finalement, on se rend compte que les personnes homosexuelles misogynes reprochent à la femme tout ce qu’elles lui font (iconographiquement/concrètement)… et qu’elles ne devraient se reprocher qu’à elles-mêmes…

 
 

f) D’où vient cette misogynie homosexuelle ?

Cela peut paraître complètement fou que tant d’individus homosexuels, qu’on persuade d’être les meilleurs amis des femmes (et qui finissent par le croire !), soient aussi ignobles avec leur entourage féminin. Les motifs rationnels semblent même leur échapper !

 

Comment expliquer cette décharge de haine ?

 

Il est important de souligner, avant de commencer mon listing d’hypothèses, que, même si elle est très marquée dans les rangs homosexuels, la misogynie n’est évidemment pas exclusivement homosexuelle. D’un point de vue extérieur, à bien des égards, ce code pourrait sembler un peu impitoyable et accablant pour l’ensemble des personnes homosexuelles. Mais à leur décharge, j’aimerais dire qu’il ne faudrait pas leur jeter trop vite la pierre : d’une part, leur misogynie est toujours le signe d’un irrespect des femmes beaucoup plus global, social, hétérosexuel ; d’autre part, elle est bien souvent un mécanisme instinctif de résistance (une résistance bien légitime) mis en place pour gérer/étouffer tant bien que mal un inceste opéré par une mère abusive, une star de télévision indécente, une femme intrusive : « Au départ de presque toutes ces lamentables existences, il y a les mères. Les petites vies étriquées de ces êtres qui vivent à deux ou se contentent des sordides aventures d’urinoirs sont les résultats de la bonne éducation, les fruits de leçons trop bien suivies sur la crainte du péché, les dangers de la femme, tout ce qui fait la honte d’une religion mal comprise. Cette haine de la femme et cet excessif attachement à la mère, je les ai connus et je sais qu’ils peuvent, par instants, atteindre à la véritable névrose. Encore aujourd’hui, je ne suis pas tout à fait habitué à l’absence de ma mère et, lorsque je suis loin d’elle, je cherche à la joindre par téléphone et lui écrits tous les jours. C’est elle, cependant, qui est en grande partie responsable de mon état misérable, par la façon dont elle m’a obligé à vivre constamment dans son sillage. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 104) ; « La fixation haineuse ou crainte vis-à-vis de sa mère devient, par suite du sentiment de culpabilité, de l’amour et le malade transfère la haine qu’il avait pour sa mère sur les femmes dont, en réalité, il a peur. L’impression de domination, acceptée de sa mère, devient, devant les femmes, un sentiment de révolte, de haine et de dégoût. Très souvent même, d’angoisse. Ces observations expliquent l’exécration des homosexuels à l’égard des femmes. Bien des observateurs ont remarqué qu’une grande partie des homosexuels avait été élevée dans des pouponnières ou au contact exclusif des femmes. Devenus par le caractère des femmes, ils en sont des rivaux et, tout naturellement se comportent comme tels. » (Jean-Louis Chardans, op. cit., p. 107) ; etc.

 

La raison la plus évidente de l’existence de la misogynie proprement homosexuelle, mais aussi la plus insuffisante si on ne s’en tient qu’à elle seule, c’est la peur de la sexualité, angoisse qui se déclinera parfois plus tard en révulsion : « Je faisais croire que j’étais branché sur les filles ! En réalité, elles me faisaient très peur. Dès qu’elles étaient trop proches, je reculais. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 29-30) ; « Sur le plan de l’amitié, je m’entends très bien avec les femmes. Je les considère comme des êtres précieux, intouchables, c’est le cas de le dire en ce qui me concerne. Un je-ne-sais-quoi en elles me fait peur, je ne sais pas comment m’y prendre et je sens bien que je ne les rendrai pas heureuses, et que je ne serai pas à la hauteur. » (idem, p. 41) ; « Une fille, après tout, ça ne sert à rien et ça ne fait que se plaindre. D’un autre côté, elle me fait peur. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 9) ; « J’ai eu quelques relations sexuelles avec des filles. J’ai essayé avec une fille vers 22 ans : je n’ai pas réussi à être en érection donc pas de pénétration. À 28 ans, je sors à la mer avec une fille. Le premier soir, c’est la panne assurée. Ensuite en réessayant avec elle et en me disant que j’étais un homme, j’ai réussi à être en érection correcte et à me dépuceler. Mais pas une érection pleine, comme si la douceur d’une femme m’effrayais, y’avait un jugement, une pression de performance et de fragilité accompagnée d’insécurité pour ma part. Comme si mon énergie est une énergie féminine. Mon énergie masculine est quasiment inexistante, et deux énergies féminines ne peuvent s’unir. Je suis sorti il y a un mois avec une fille mais elle n’a pas aimé ma manière de faire l’amour. Comme si je l’avais violée dans son être. Elle me disait que y’a eu aucune douceur comparé aux autres garçons et que je ne pensais qu’à moi. Comme si le fait de la sauter était primordial. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; etc.

 

La misogynie homosexuelle dit surtout un rejet de la différence des sexes dans son ensemble, de la sexuation, et du Réel, bref, une misanthropie et une haine de soi reportée sur les autres : « J’aime pas les filles. J’aime que les garçons. » (Pascal lors du débat « Toutes et tous citoyen-ne-s engagé-e-s », organisé le samedi 10 octobre 2009, à la Salle des Fêtes de la Mairie du XIème arrondissement de Paris) ; « Misogynie ? Mettons que je sois très sensible à un certain côté étroit et borné, superficiel et pesamment matériel tout ensemble, chez la plupart des femmes. […] Le mot misanthropie me semblerait plus juste, dans le découragement qu’il implique vis-à-vis des êtres humains quel que soit leur sexe, et souvent sans s’excepter soi-même. » (Marguerite Yourcenar, Le Coup de grâce, 1938) ; « Pour Michel Ange, la femme était contre nature. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 185)

 

La misogynie homosexuelle est aussi une rébellion (mal gérée) face aux menaces de réification, aux privations de liberté, aux viols, aux lois du marché capitaliste : « Après, toutes les nanas, je les prenais pour des choses bizarres, elles avaient des choses que je trouvais superflues, des passions complètement débiles : le vernis à ongle. » (Gaëlle, femme lesbienne de 37 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 57)

 

L’exclusion des femmes dit également une conscience identitaire déplacée, un orgueil mal placé, une jalousie inavouée : « Quand les hommes critiquent les femmes, cela vient souvent de leur dépit de n’avoir pas la possibilité d’être eux-mêmes une femme. » (cf. l’article « Le Complexe de féminité chez l’homme » de Félix Boehm, dans l’ouvrage collectif Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 444) ; « La jalousie des hommes à l’égard des femmes n’est ni plus rare, ni moins profonde que celle des femmes à l’égard des hommes, mais elle est moins bien reconnue et comprise. » (Mélanie Klein, Joan Riviere, L’Amour et la haine (1936) ; « On reconnaît les homosexuels masculins au mépris qu’ils professent pour la femme en général (très souvent en proportion de leur manque de virilité propre). » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 260) ; « Je ne suis pas née dans le bon corps et j’ai toujours su que j’étais une femme. Je n’étais pas dans le bon corps. J’étais jalouse des filles. » (Kellie Maloney, homme transsexuel M to F, et ex-manager de Lennox Lewis, interviewé dans cet article de la revue Têtu) ; etc.

 

Il est possible que la misogynie homosexuelle vienne de l’excès de proximité avec les femmes, y compris celles qui sont présentées comme des amies d’enfance, des « meilleures amies », d’adorables substituts maternels. La fusion précoce et incestueuse avec le monde féminin, notamment dans l’enfance, entraîne en général une rupture progressive à l’âge adulte, une distance, un agacement, une déception. Les femmes ont eu le malheur d’être fragiles, de ne pas être des despotes, et certains individus homosexuels ne le leur ont pas pardonné : « C’est ça que je n’aime pas chez la femme : c’est cette fragilité. » (Alain, un témoin homosexuel dans le reportage « Jeune homme à louer » (1992) de Mireille Dumas) Par exemple, dans la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche, on érige en déesses les « scums », à savoir la nouvelle race de « femmes indépendantes, arrogantes, dominantes, violentes, qui s’estiment faites pour régner sur l’univers » ; en revanche, « les gentilles fillettes, passives, soumises, ternes, cultivées, dépendantes, au ‘caractère mâle’, mariées, connes » sont mises plus bas que terre.

 

En outre, je crois que la misogynie homosexuelle repose surtout sur le rapport réifiant et idolâtre – qu’on pourrait appeler aisément « fanatique » – qui s’instaure entre les femmes et le sujet homosexuel. Aux femmes réelles, celui-ci leur préfère en général les femmes-objets, ces poupées qu’il peut manipuler, et vider du mystère qui lui fait tellement peur. Si l’on en vient à rejeter la femme, c’est surtout parce que l’on fait la confusion (non intellectuelle… encore que… mais surtout la confusion dans l’intimité du cœur) entre fiction et réalité, entre intentions et actes : « Il nous faut d’abord tuer le mythe de la femme. » écrit par exemple Monique Wittig dans son pamphlet La Pensée Straight (1979-1992).

 

En effet, la misogynie homosexuelle se traduit paradoxalement par une sacralisation de la femme et une tentative de réification de celle-ci. Un certain nombre de créateurs homosexuels prouvent d’ailleurs régulièrement qu’ils tentent de transformer les femmes en bibelots pour les garder pour eux seuls : « La mode et la décoration restent leurs deux plus grands fiefs : ce sont eux qui, par haine de la femme, la coiffent en éphèbe, la vêtent en sac de pralines ou en cylindre de drap et la couronnent de n’importe quel échafaudage de paille ou de feutre. Dans ces ‘créations’, au travers de ces élucubrations, que chaque femme est obligée d’interpréter considérablement si elle ne veut pas perdre le sommeil à sa propre vue, on perçoit la jalousie du pédéraste devant cette créature qu’il voudrait intensément imiter. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 20) ; « La nature féminine se transforme sous le crayon des créateurs de mode. […] Ils entraînent l’humanité consentante vers des corps de femmes sans seins ni fesses, sans rondeur ni douceur, des corps de mec, longs et secs. Ce sont leurs fantasmes que les créateurs de mode imposent à l’humanité, leurs fantasmes d’homosexuels (puisque l’énorme majorité d’entre eux le sont), qui rêvent davantage sur le corps d’un garçon que sur celui d’une femme. […] Aujourd’hui, les jeunes filles, toujours au bord de l’anorexie, se fabriquent un corps de garçonnet pour plaire à des créateurs homosexuels qui n’aiment pas les femmes, qui les considèrent comme de simples ‘portemanteaux’, et les terrorisent pour quelques grammes de trop. » (Éric Zemmour, Le Premier Sexe (2006), pp. 19-20)

 

Aux femmes réelles, beaucoup de personnes homosexuelles leur préfèrent les femmes-objets, ces femmes dont elles peuvent se servir, puis jeter une fois usées, des hommes à la féminité caricaturale et forcée : « Des transsexuelles me prirent sous leur coupe, persuadées qu’elles avaient la solution à mon chagrin. Amour divin, amour profane, nous entretenions les sentiers d’une relation juste et sensible. Mais, ces ébats qui ne me procuraient aucun plaisir, ne faisaient qu’aggraver le trouble existant de la scène de violence vécue avec mon frère. Cette scène qui me hantait et réveillait ces horribles douleurs au ventre. Et puis pour moi, c’était des filles ; et les filles, franchement, ne m’attiraient pas. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 119) ; « Plus le temps passe, plus je trouve Natacha collante. Je suis juste content d’être avec elle quand nous allons en boîte et que tout le monde la regarde avec envie. […] Natacha, la blonde pulpeuse à robe blanche, […] c’est juste un faire-valoir. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 111) ; « J’avais des couvertures. J’avais beaucoup de filles qui venaient à la maison. » (Denis, un témoin homosexuel, dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 68) La femme est utilisée comme une couverture, un appât, une « bonne copine » qui tient compagnie : on ne lui donne pas de rôle valorisant. « Laura, c’est ma copine la dodue qui vient me voir, elle est gentille. » (Kamel dans l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli, p. 67) ; « C’est ma voisine Ariane. Elle est folle. » (André à son amant Laurent, dans le docu-fiction « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; etc. L’expression « Fag-Hag », traduction de « fille à pédés » en anglais, si on la traduit littéralement, signifie « vieille sorcière de pédales », ce qui n’est évidemment pas très flatteur… L’union entre le sujet homosexuel et la FAP est souvent une union de misère(s) fondée sur des échecs amoureux successifs, une union d’intérêts individuels, une fascination pour le viol : « Le monde de mon enfance était un monde peuplé de femmes abandonnées. » (Reinaldo Arenas, Antes Que Anochezca (1992), p. 20)

 

Plus une femme est médiatisée, connaît un destin tragique, un succès fulgurant et malheureux, plus elle a des chances d’être élue une icône gay ! Cela se vérifie presque à tous les coups. Les femmes auréolées par les personnes homosexuelles se sont parfois fait avorter ou ont subi des fausses couches, ont vécu l’inceste ou le viol, se sont fait battre (Dalida, Marilyn Monroe, Mylène Farmer, Maria Callas, Édith Piaf, Judy Garland, Whitney Youston, etc.), bref, représentent la féminité fatale. Il y a clairement dans la misogynie homosexuelle l’expression d’un fantasme de viol (qui dit, dans certains cas, l’expérience d’un viol réel) : d’ailleurs, que ce soit dans les films de Josef von Sternberg, les pièces de Copi, ou les intrigues de Tennessee Williams, le thème de prédilection est la femme violée.

 

Le paradoxe de la misogynie homosexuelle repose sur une forme d’inversion, un tour de passe-passe, une substitution entre désirs et Réalité : on assiste à la destruction/disparition de la femme réelle par la glorification de la femme-objet. Plus que le féminisme (qui reconnaît les spécificités des femmes sans les opposer systématiquement à celles des hommes), c’est la femme en tant que « caractère », « personnage », « personnalité », donc en tant que fantasme individualiste, qui est célébrée par la population homosexuelle.

 

C’est cette confusion dans le cœur des personnes homosexuelles entre femme réelle et femme-objet qui me fait dire que l’acte de destruction de la femme n’est pas tant une démarche misogyne qu’une démarche iconoclaste. Il y a comme un double mouvement d’adoration/destruction : la femme-objet est livrée, telle la Reine du Carnaval, aux flammes et à la risée générale, pour, en intentions, prouver qu’elle est bien humaine et immortelle, et intellectuellement, pour prouver qu’elle n’est qu’un objet méprisable qui a capturé leur espace psychique désirant. Par exemple, lors du concert Météor Tour du groupe Indochine à Paris Bercy le 16 septembre 2010, on nous montre sur les écrans géants une Miss Italy sur un bûcher embrasé. Dans son film « Serial Mother » (1994), John Waters s’amuse à détruire le mythe de la mère au foyer bien sous tous rapports. Certains groupes musicaux homosexuels se baptisent de nom dédiés précisément au meurtre de la femme-objet : le groupe lesbien français Barbieturix, le groupe nord-américain Destroy All Blondes (créé par le cinéaste Gus Van Sant), etc. En quelque sorte, le sujet homosexuel semble se venger sur sa poupée fétiche de sa propre prétention à se prendre pour un objet, pour un mythe.

 

Film "Salò ou les 120 Journées de Sodome" de Pier Paolo Pasolini

Film « Salò ou les 120 Journées de Sodome » de Pier Paolo Pasolini


 

Le plus paradoxal dans la relation des personnes homosexuelles aux femmes, c’est que ce sont les créateurs qui ont le mieux construit le mythe de l’Éternel Féminin et qui se sont entourées des plus belles femmes du monde, qui ont aussi le plus méprisé les femmes réelles, et ont finalement le plus cherché à les détruire à l’écran ! Par exemple, en 1966, Francis Bacon détruit iconographiquement Isabel Rawsthorne, une belle femme qu’il aime pourtant beaucoup. Le poète argentin Néstor Perlongher, de son côté, va cultiver tout au long de son œuvre son étiquette d’« unique poète à avoir osé violer poétiquement Eva Perón », une femme que néanmoins il adore et qui restera la passion de sa vie. Dans ses films, le réalisateur italien Pier Paolo Pasolini est capable de transformer les femmes en divas magnifiques… ou en chiens coprophages et en prostituées (cf. les films « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » « Salò ou les 120 Journées de Sodome » en 1975, « Teorema » « Théorème » en 1968, etc.). Russ Meyer est un bon exemple de ces créateurs homosexuels et pères de la « femme libérée » : il a transformé la femme en tigresse, en poupée gonflable, en star du porno, en femme-amazone « pour machos un peu malades… car lui-même est un peu comme ça » (cf. le documentaire « Pin-Up Obsession » (2004) d’Olivier Megaton). Je vous renvoie à ses films « Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! » (1985) et « Beyond The Valley Of The Dolls » (1969). Federico García Lorca, qui dans toute son œuvre élève la femme au panthéon des anges stériles et des matrones toutes-puissantes, fait quand même dire à ses personnages féminins : « Maudites soient les femmes ! » (Magdalena à la scène 4 de l’Acte III, dans la pièce La Casa De Bernarda Alba, La Maison de Bernarda Alba, en 1936). Ses héroïnes sont toutes condamnées à vivre mal mariées, et à être seules. Marcel Jouhandeau aime beaucoup les femmes (il a beaucoup honorer sa mère, ou bien encore Élise, et Véronique Pincengrain) et les traite pourtant de « monstres » (cf. l’émission Apostrophe, sur la chaîne Antenne 2, le 22 décembre 1978). George Cukor est présenté comme « l’homme qui aimait les femmes » (cf. l’article « George Cukor, l’homme qui aimait les femmes… (jusqu’à un certain point !) », sur le site suivant). Seulement voilà : comment les dépeint-il ? Comme des caricatures de féminité ! (On pensera à Judy Holliday dans le film « The Women » en 1939, à Ingrid Bergman dans le film « Hantise » en 1944). Il les associe purement et simplement à des créatures diaboliques (cf. les films « La Diablesse en collant rose » (1959), « La Femme aux deux visages » (1941), « No More Ladies » (1935), etc.). Quant au réalisateur allemand Rainer Werner Fassbinder, il passe pour un amoureux de la femme (il a immortalisé Lola, Lili Marleen, Veronica Voss, Petra von Kant, etc.) alors qu’il leur réserve un traitement particulièrement odieux à l’écran : il n’y en a pas une actrice fassbindérienne qui ne se fasse pas gifler ou battre dans ses films (cf. l’exposition Rainer Werner Fassbinder au Centre National Pompidou, à Paris, en avril-juin 2005). L’image de la femme est à nouveau mise à mal par un autre réalisateur homo qui est pourtant connu pour être un ami des femmes : Werner Schroeter. Par exemple, son film « Willow Springs » (1973) reprend le thème du danger féminin : un cercle de femmes tenant une auberge rouge tue tous les voyageurs masculins qui s’y arrêtent. Jetons maintenant un œil sur la filmographie de Pedro Almodóvar, le réalisateur espagnol souvent présenté comme le pygmalion majuscule des stars féminines du cinéma ibérique : ses actrices sont brûlées au quatrième degré par une tasse de café renversée (cf. le film « ¿ Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? », « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? » en 1984), soumises ou putains (cf. les films « Pepi, Luci, Bom Y Otras Chicas Del Montón » en 1980, « Entre Tinieblas » « Dans les ténèbres » en 1983, « Mujer Al Borde De Una Crisis De Nervios » « Femme au bord de la crise de nerfs » en 1988, etc.), théâtrales et meurtrières (cf. les films « Todo Sobre Mi Madre » « Tout sur ma mère » en 1998, « Tacones Lejanos » « Talons aiguilles » en 1991, « Matador » en 1985, « Volver » en 2005, etc.). Dans un registre similaire, même s’il ne s’agit pas du tout de la même époque, le peintre français Gustave Moreau (1826-1898) traite les femmes de « folles, perverses et diaboliques » dans son Journal, alors que paradoxalement il a sublimé sur ses toiles les plus grandes héroïnes des mythologies humaines (Salomé, Hélène de Troie, Cléopâtre, Hérodiade, Andromède, Léda, etc.). Le portrait que le réalisateur français François Ozon dresse de la féminité dans son film « Huit Femmes » (2002) n’est pas plus tendre. On a l’impression qu’il sacralise la femme : en réalité, ses héroïnes ne sont que des caricatures de féminité. Il dépeint la soi-disant capacité des femmes à broder des tas d’histoires mesquines autour d’un homme et d’un crime qui n’existent pas. Toutes les attitudes étiquetées « négativement féminines » y sont : le romantisme naïf, la nunucherie, la moralisation, la superstition, les commérages, la jalousie paranoïaque, le cynisme, les coups bas, le respect hypocrite des traditions, la tempérance lâche, l’espièglerie, la manipulation froide, la séduction courtisane, etc. D’ailleurs, ses huit femmes finissent par conduire l’unique homme de l’histoire au suicide. Dans son one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008), Jérôme Commandeur ne se gêne pas pour détruire les (caricatures des) femmes (réelles/médiatiques) qui l’entourent, et qui composent pourtant l’essentiel de son spectacle : il traite par exemple son personnage de Pénélope de « buffle ». Dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ! (2012), l’humoriste Samuel Laroque n’y va pas de main morte avec les femmes : à la fois il semble visiblement adorer ses actrices et ses chanteuses préférées, et pourtant il les détruit, tout en niant son fantasme de transfert d’identité (« Moi ?!? Être une femme ?!? Oh quelle horreur ! ») ; par exemple, il traite la bourgeoise Liliane Bettencourt d’« Horreur de Loréale » (cf. jeu de mots avec l’aurore boréale), ridiculise le vagin des femmes (« Et il paraît qu’il y en a qui s’en serve comme un ventriloque ! »), singe Mylène Farmer ou encore Chantal Goya. Bref, il vénère les femmes dans la destruction/dans la simulation de destruction. Ses meurtres misogynes ne seront principalement qu’iconographiques et symboliques. Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), le travesti M to F David Forgit défonce la présentatrice télé Sophie Davant, « cette perruche peroxydée », sans cacher sa propre jalousie. Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), Laurent Spielvogel passe son temps à détruire les femmes (réelles et fictionnelles) par l’imitation caricaturale : mère possessive, tante, actrices, chanteuses…

 

C’est plus le mythe de la femme (la femme-objet en l’occurrence) qui est massacré que la femme réelle. Mais le problème de la majorité des personnes homosexuelles est que la différence entre les deux femmes n’est pas souvent faite ! … si bien que leur misogynie est probable, prioritairement iconographique, sans pour autant devenir automatique ou effective.

 

Cette confusion inconsciente entre les femmes-objets hétérosexuelles et les femmes réelles, c’est en réalité le fruit d’une inversion entre les bonnes intentions et les actes. Parfois, on peut lire de la part de certains membres de la communauté homosexuelle une défense des pratiques qui concrètement ne respectent pas les femmes, même si en théorie elle se fait au nom de leurs droits et de leur liberté : l’avortement (cf. le documentaire « Regarde, elle a les yeux grand ouverts » (1978) de Yann Lemasson), la sodomie pratiquée sur les femmes (« La sodomie peut apporter du plaisir à une femme » soutiennent Daniel Borillo et Dominique Colas dans leur essai L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005), p. 169), la prostitution (Alberto Mira, Roland Barthes, et tant d’autres, osent présenter la prostitution comme un acte libre et d’émancipation de la femme), etc.

 

La misogynie homosexuelle se pare souvent des meilleures intentions : c’est pour cela qu’elle est efficace, et invisible aux yeux de celui qui la pratique. Par exemple, lors de sa conférence « L’Homoparentalité aux USA » à Sciences Po Paris, le 7 décembre 2011, Darren Rosemblum, qui, avec son compagnon, a fait appel à une mère porteuse en GPA (Gestation Pour Autrui) pour « obtenir » sa petite fille, joue la proximité avec la mère à qui ils ont payé/volé le bébé : « On est devenus très très proches de la femme qui a porté notre enfant. » La proximité va jusqu’à l’identification et la substitution à cette génitrice : « Je me sentais enceinte. » On voit bien ici que les deux parties – le couple gay d’un côté, la mère porteuse de l’autre – s’utilisent mutuellement sans scrupules. D’ailleurs, Darren Rosemblum avoue bien tard que la femme qui a accepté de collaborer avec eux lui a dit explicitement que ce qu’ils venaient de faire ensemble était de « l’exploitation mutuelle ».

 

La femme détruite et incarnée par certaines personnes homosexuelles est en fait un personnage, un rôle, et non la vraie femme sexuée. C’est un androgyne interlope que tous peuvent incorporer (il suffit de le désirer et de le singer). La femme-salope est au fond un fantasme asexué et hypersexué. Beaucoup de comédiens homosexuels (souvent travestis) traitent de « salopes » ou de « copines » non pas toutes les femmes mais tous les gens (et notamment les hommes) qui désirent se prendre pour la femme-objet cinématographique. Signe provocateur (et presque tendre) de connivence fraternelle de fantasmes schizophréniques, de folie, d’orgueil mégalomaniaque assumé. Par exemple, dans son one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), le travesti M to F David Forgit s’en va en laissant un message mi-agressif mi-communionnelle destiné à son public : « Mes sœurs salopes ». Dans son spectacle Charlène Duval… entre copines (2011), le travesti M to F Charlène Duval nous convie précisément à passer un petit moment « entre copines », en féminisant parodiquement son public (principalement mâle et homosexuel).

 

Film "Liebe Ist Kälter Als Der Tod" de Rainer Werner Fassbinder

Film « Liebe Ist Kälter Als Der Tod » de Rainer Werner Fassbinder


 

Si les individus homosexuels mesuraient que ce n’est pas contre les femmes aimant vraiment leur mari (qu’ils appellent à tort « hétérosexuelles »), mais bien contre les femmes-objets hétérosexuelles sans désir (pléonasme), donc bisexuelles voire homosexuelles, que leur misogynie se déchaîne, ils seraient sûrement moins inconsciemment misogynes !

 

C’est la féminité forcée, singée, en gros le travestissement sexué, qui est haï et qui est facteur de haine.

 

Planche "Le Miroir" de la B.D. "Le Monde fantastique des gays" de Copi

Planche « Le Miroir » de la B.D. « Le Monde fantastique des gays » de Copi


 

Quand on lit les mots d’une écrivaine comme Paula Dumont dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), on décèle bien que la haine de la bisexualité, ou la lutte contre « l’homophobie intériorisée », font écran, dans l’esprit de beaucoup de personnes homosexuelles, à leur propre misogynie : « Nous autres, les goudous à cent pour cent, c’est à ça qu’on est bonnes, elles viennent se faire baisouiller un moment, et tout à coup, elles reprennent leurs esprits et elles nous proposent d’être leurs amies ! […] Ces femmes nous méprisent. Elles se servent de nous quand elles sont en manque et le premier argument leur suffit pour tirer l’échelle quand elles ont eu ce qu’elles voulaient. » (p. 123) La misogynie homosexuelle vient prouver nettement quelque chose d’ahurissant aux yeux des personnes homosexuelles : que leur désir homosexuel est par nature misogyne et homophobe : « Paradoxalement, son homophobie affichée rimait avec sa misogynie. » (Ednar parlant de son grand frère homophobe, dans le roman semi autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 34) Toutes les haines humaines sont liées, je le dis bien.

 

En fin de compte, la misogynie – d’autant plus quand elle est homosexuelle – me révolte. Car elle se fait sous couvert d’esthétisme et de recherche de beau, de lutte contre l’hétérosexisme, d’« affirmation de soi » et de l’« Amour », de droit d’exister, d’authenticité, de victimisation, de résistance héroïque et légitime à « l’envahisseur hétérosexuel »… alors qu’elle marche pourtant au diapason des diktats hétérosexuels du machisme ! J’ai pour le prouver un très bel exemple : ma dernière soirée à la boîte gay et lesbienne Le Tango à Paris, une discothèque que je vous invite d’ailleurs à boycotter, même si elle reste, vue de l’intérieur, un petit paradis de convivialité interlope, où on peut danser sur des chansons rétros et actuelles très sympas. L’illusion d’amitié et d’amour à l’intérieur est inversement proportionnelle à la dictature extérieure qui la permet. Vous allez vite comprendre pourquoi je dis cela. C’était le 20 janvier 2008. Je fêtais l’anniversaire d’une amie, Eva, en compagnie de ses amis, et nous avions « naturellement » décidé de faire la deuxième partie de soirée en discothèque. Nous formions un groupe de dix personnes, dont trois garçons homos (moi + un couple), et sept filles (plusieurs très bisexuelles). En tout cas une bande particulièrement gay friendly et habituée à fréquenter les lieux d’homosociabilité, les locaux associatifs, les Gay Pride. C’était le début de soirée. Nous étions rue au Maire. Et le videur a refusé que nous rentrions dans la boîte. Pour nous prouver le bien fondé de son scepticisme, il a demandé aux filles de mon groupe de s’embrasser sur la bouche pour « prouver qu’elles étaient bien lesbiennes ». Magnifique… Les filles n’ont pas obtempéré. Par conséquent, nous avons été obligés de débarrasser le plancher. Scénario regrettable mais peu grave, et très classique si l’on suit la « logique » exclusive du monde de la nuit, me direz-vous… Et pourtant, derrière la banalité de l’incident, nous avons trouvé, mes amis et moi, la réaction de ce gérant du Tango d’une grande violence. Et elle l’était. Sinon, nous n’aurions jamais pété un pareil scandale à l’entrée de la boîte, et Eva ne serait pas allée prévenir les flics (qui ont été bien impuissants pour réparer l’injustice, d’ailleurs…). Les raisons de notre expulsion invoquées par le videur – avec qui j’ai échangé sur l’instant, puis après par mail – étaient les suivantes (d’ailleurs, elles se succédaient les unes après les autres sans lien, tellement aucune ne tenait debout !) : d’abord, la boîte était soi-disant pleine et ne pouvait pas nous accueillir (gros bobard puisqu’on était arrivés à une heure tout à fait normale si l’on s’en réfère aux habitudes du lieu ; d’ailleurs, tous les mecs qui faisaient la queue derrière nous sont rentrés ! Ça alors… cette boîte, c’est comme le sac de voyage de Mary Poppins !) ; ensuite, selon notre cerbère, il était hors de question que notre groupe puisse rentrer (« Pour vous, c’est mort » nous a-t-il sorti froidement, après avoir réussi à décourager le groupe de 6 filles qui nous devançait, et qui ont quitté la file d’attente sans discuter). Puis, suite à mon mail dénonçant les faits – un mail largement diffusé à mes contacts Internet, et qui était arrivé entre les mains de notre cher videur, j’ai reçu d’autres justifications encore plus bidons quelques jours après sur ma boîte mail : comme quoi d’une part mon groupe se devait de respecter la spécificité identitaire « gay et lesbienne » de la boîte (spécificité qu’en plus je ne remets pas du tout en cause, bien au contraire ! L’étiquette « boîte gay et lesbienne » a sa raison d’être. Je m’oppose uniquement à ce que cette spécificité devienne totalement excluante !), et d’autre part à chaque fois qu’il y aurait des problèmes et que notre cher videur aurait fait l’objet d’insultes homophobes pendant les soirées, cela viendrait majoritairement des « femmes hétérosexuelles » ! (je demande à voir ça…) Si encore, il m’avait dit que les agressions qu’il a subies venaient « des hétéros » (tous sexes confondus), j’aurais encore pu le croire… mais là, sa focalisation sur les femmes hétérosexuelles m’a estomaqué ! Si l’on suit sa logique jusqu’au bout, ce videur n’a pas de problème avec les hommes, y compris ceux qui sont « hétéros ». Tiens tiens, comme par hasard… En réalité, il n’a de problème qu’avec les êtres qu’il ne pourra jamais « détourner » ni baiser, et qui ne le font pas fantasmer sexuellement. Logique sexiste s’il en est ! Étant donné qu’il m’a parlé d’actions que je ne peux pas vérifier (je n’étais pas là quand « les hétérosexuelles » l’ont/l’auraient agressé), et que lui même n’a même pas pris le temps de décrire ces méfaits, je me suis retrouvé bien désarmé pour lui prouver ses mensonges. Mais j’ai juste compris que cet homme, bien plus qu’hétérophobe, était au fond misogyne. Dans son mail de réponse, il a enrobé sa mauvaise foi de fleurs et de jolies formules polies, mais au final, il n’a jamais formulé la moindre excuse. Je n’ai même pas pris la peine de lui répondre. Cette affaire m’a dissuadé de ne jamais plus mettre les pieds dans cette boîte où pourtant j’aime beaucoup danser. Quelques mois après, cependant, nos chemins se sont à nouveau croisés sans que nous le programmions. J’allais à une pièce de théâtre, et j’ai reconnu avant d’entrer un pote dans la foule. Il attendait patiemment trois autres amis à lui. Quand j’ai vu débarquer les amis en question, le videur du Tango en tête, on n’a pas eu le temps de s’éviter : il a fallu tous les deux qu’on se salue oralement. Et j’ai compris qu’il m’avait tout de suite identifié. Il a fait semblant de ne pas me reconnaître, et on n’a pas eu d’autre choix que de se retrouver placés à deux mètres de distance l’un de l’autre dans la petite salle de spectacle où nous allions voir le one-man-show. Le plus amusant, c’est qu’avant le lever de rideau, je l’entendais très distinctement dire à ses amis « qu’au bout du compte, c’était un garçon blasé, vraiment blasé ». C’était presque touchant tellement il avait fait exprès de parler bien fort pour que je puisse l’entendre de loin, et qu’il n’y avait rajouté aucune ironie ou provocation. Blasé… Oui, tu l’as dit, Bouffi… Blasé.

 
 

g) La misogynie des femmes lesbiennes envers les femmes : si si, elle existe ! On PEUT être contre soi-même

Nous aurions tort de penser que la misogynie a un sexe. La haine des femmes, on a maintes fois l’occasion de le vérifier dans les discours et les attitudes, est exprimée autant par les hommes gay que par les femmes lesbiennes. Le même rapport idolâtre – et donc jalousement destructeur – avec les femmes réelles, confondues avec les femmes-objets, est observable côté lesbien ! « Je hais les femmes d’ici ! Je hais les femmes d’ici ! Je hais les femmes d’ici ! » (Martha Jane Canary, alias « Calamity Jane », à sa fille Janey Hickok, dans Lettres à sa fille, 1877-1902) ; « Quand nous étions ensemble, Martine et moi, nous étions seules. […] Nous étions deux vieux garçons misogynes, mais à qui était-ce la faute ? » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 134) ; etc.

 

Beaucoup de femmes lesbiennes adoptent une vision catastrophiste de la condition féminine (vie de couple et de famille, maternité, coït sexuel, appartenance à un mari, rôle social soi-disant pré-défini, taches ménagères, etc.) : « Elles ont subi la double malédiction biblique : leurs désirs les ont portées vers leurs mecs et elles ont enfanté dans la douleur. Moi, j’ai échappé à cette malédiction. […] Bref, la moitié de l’humanité, celle qui a le pouvoir de donner la vie, reléguée au statut de bête de somme, voire de morceau de viande. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 17)

 

On peut d’ailleurs interpréter le rejet d’endosser l’image et l’apparence des femmes réelles – et je parle ici des images bien éloignées des poncifs marchands et déshumanisants de la mode – comme une misogynie lesbienne voilée (et très tenace !). L’anticapitalisme sert de mauvais alibi, dans ce cas précis, pour nier sa propre sexuation. D’ailleurs, les femmes lesbiennes se travestissant en homme (ex : la comtesse de Morny, Colette, et tant d’autres), « les Jules », « les Butch » ou « les camionneuses » comme on les appelle usuellement, les dragkings, ne sont pas spécialement connues pour leur sympathie envers la gent féminine. C’est le moins que l’on puisse dire…

 

La misogynie de ces « femmes qui (soi-disant) aiment les femmes » étonnera certainement. Et pourtant, il n’y a qu’à observer la violence prédominante dans les rapports relationnels sapphistes (et pas seulement de drague ; déjà simplement amicaux) pour mesurer combien la misogynie lesbienne est forte. Les femmes bisexuelles, qui sont à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de ces cercles, sont les premières à le constater : « J’ai eu beaucoup plus de problèmes avec les femmes qu’avec les hommes. Les mecs m’ont toujours accepté à 85% avec mon penchant pour les filles. Les filles ne m’ont pas accepté à 85% avec mon penchant pour les mecs. » (Christine, femme bisexuelle qui s’est fait huer par le public de l’émission Ça se discute, sur la chaîne France 2, le 18 février 2004)

 

Fait curieux et en apparence paradoxal : dans les phrases misogynes des femmes lesbiennes, pourtant en théorie féministes et pro-femmes, l’agression plaintive se mêle au constat fataliste… et on ne sait pas trop démêler les deux. Elles se plaignent et pourtant donnent raison, dans la citation mimétique/ironique de leurs « ennemis les hommes », à leurs fantasmes auto-dévalorisants : « Les femmes seront toujours à côté de l’espace public. » (cf. propos de Michèle Riot-Sarcey, pour la sortie de son essai De la différence des sexes, à la Librairie Violette & Co de Paris, le 2 février 2011) Par exemple, dans son essai King Kong Théorie (2006), la très féministe Virginie Despentes énonce que le commun des femmes est « une imbécile quelconque » (p. 121). Mais comment faire comprendre que la victimisation excessive des femmes, loin de rendre service aux vraies femmes et d’exprimer un amour sain, est l’instrument idéal de la misogynie inconsciente ?

 

Par exemple, dans le documentaire « Debout ! » (1999) de Carole Roussopoulos, on voit clairement que les femmes féministes, lesbiennes ou non, sont attirées par la « femme violée du bout du monde », afin de se servir d’elle comme « opportunité » pour prouver l’oppression machiste qui les domine/dominerait. Dès qu’un fait d’actualité concernant le malheur des femmes se présente (par exemple les mères célibataires dans les hôpitaux, les femmes qui veulent se faire avorter, les femmes talibanes, etc.), le MLF accoure vers ses victimes pour les instrumentaliser à leurs fins : « Les femmes battues, c’était parfait ! Parce que si les femmes étaient battues, c’est bien parce qu’il y avait quelqu’un pour les battre. » (Annie Sugier)

 

Dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), Paula Dumont dénonce ce « monde misogyne où toutes les femmes sont emprisonnées » p. 116), tout en se montrant agressivement solidaire à ses semblables sexuées : « Je tiens à mon genre, je mesure ce qu’il m’a coûté et ce dont je lui suis redevable. » (p. 116) ; « Aujourd’hui, je considère que j’ai eu de la chance d’être ce que je suis, femme et homosexuelle. Que soient donc bénis mon genre, qui n’est mauvais que pour les imbéciles, et mon amour des femmes. Amen. » (p. 117). Celle qui demanda à sa maman pourquoi elle n’était pas dotée d’un pénis comme les garçons, et qui s’habillera en cow-boy à l’âge adulte, défend, comme par amnésie, qu’elle n’a jamais détesté son identité sexuée de femme, et jalousé les hommes : « En aucune façon j’aurais voulu être un homme. » (p. 117) Quel incroyable fossé entre intentions et actions !

 

Le rapport des femmes lesbiennes à la femme lesbienne proche de la femme-objet ou de la beauté est souvent idolâtre, c’est-à-dire destructeur dans la convoitise. « Être fem n’a jamais été une expérience simple, ni dans les anciens bars lesbiens des années 1950, ni maintenant. Les fems étaient profondément chéries mais aussi dévalorisées. » (Joan Nestle parlant des femmes féminines – lesdites fem – , dans Attirances : Lesbiennes fems, Lesbiennes butchs (2001) de Christine Lemoine et Ingrid Renard, p. 26) Il apparaît donc clair aux femmes lesbiennes défendant les femmes et leur amour des femmes qu’elles ne peuvent pas être misogynes ni contre elles-mêmes, alors que pourtant, beaucoup de faits et paroles montrent l’excès destructeur et misogynes de leurs bonnes intentions !

 
 

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Code n°47 – Différences culturelles

 

Différences culturelles

Différences culturelles

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

L’orgueil érotisé du petit Génie

 

La difficulté à rentrer en relation avec les autres, à trouver sa place dans la société, à rester soi-même tout en se mélangeant aux êtres humains, n’est pas propre aux personnes homosexuelles. Elle est humaine et universelle, bien entendu. Cependant, chez elles, l’adaptation au monde, le rapport au phénomène de groupe, l’assimilation sereine et amicale aux sphères collectives, ont eu tendance à se faire dans la douleur, la violence et la rupture. L’adaptation excessive aux regards de l’entourage et l’oubli de leur propre regard négatif sur eux-mêmes vont encourager beaucoup d’individus homosexuels à affirmer l’existence d’une différence radicale par rapport aux autres.

 
CULTURELLES 2 Dubernet
 

En plus de se baser sur le corps (cf. je vous renvoie au code « Différences physiques » du Dictionnaire des Codes homosexuels), cette différence dite « naturelle et fondamentale » est d’ordre social, culturel et intellectuel. Très jeunes, certains sujets homosexuels vivent le choc des cultures avec leur entourage comme une véritable épreuve, puis un moyen de sortir du lot. Il n’est pas très étonnant qu’il y ait parmi les personnes homosexuelles un certain nombre de petits surdoués ou d’individus blessés dans leur amour propre parce que dans leur cursus scolaire, ils ont senti que leurs talents avaient été fortement dévalués ou ignorés. Beaucoup d’entre elles ont l’impression qu’elles ne sont radicalement pas sur la même longueur d’onde que les autres, qu’ils ne pourront jamais les comprendre totalement. Le fossé avec le reste de l’Humanité « hétérosexuelle » se creuse au fil des ans, et se fixe parfois en orientation sexuelle. L’homosexualité est envisagée à l’âge adulte comme une solution bien pratique pour camoufler par l’identitaire leur problème d’intégration sociale sans le régler vraiment à la racine.

 

Affirmer « Je suis différent », ainsi que le font beaucoup de personnes homosexuelles, n’est pas faux en soi, étant donné que tout Homme est unique et donc fondamentalement différent des autres. Mais le problème peut se situer dans les conséquences fâcheuses que la reconnaissance de leur différence jugée « exceptionnelle » ou « minable » peut entraîner sur leur rapport aux autres : mépris, isolement, exclusion, orgueil mal placé. « Je croyais que j’étais un petit garçon singulier et les autres garçons étaient jaloux de moi, parce qu’ils étaient, eux, on ne peut plus ordinaires. » (Luc, le héros homo du roman Frère (2001) de Ted Van Lieshout, p. 128)

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Différences physiques », « « Je suis différent » », « Bobo », « Poids des mots et des regards », « Se prendre pour Dieu », « Milieu homosexuel infernal », « Homosexualité noire et glorieuse », « Haine de la famille », « Petits Morveux », « Promotion « canapédé » », « Bovarysme », « Faux intellectuels » et « Solitude », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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FICTION

 

Très souvent dans les fictions traitant d’homosexualité, le personnage homosexuel a le sentiment de ne pas être du même monde que les autres : cf. le film « Le Feu follet » (1963) de Louis Malle, le film « Un Élève doué » (1998) de Bryan Singer, le film « Whole New Thing » (2005) d’Amnon Buchbinder, le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore (avec la distance prise par rapport aux camarades de classe « footeux » et dragueurs de filles), le film « Oublier Chéyenne » (2004) de Valérie Minetto (avec l’éloignement du monde adolescent), le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve (avec le choc culturel au lycée), le film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce, le film « Will Hunting » (1997) de Gus Van Sant (avec l’élève surdoué), le film « La Meilleure façon de marcher » (1976) de Claude Miller (où le personnage homosexuel s’isole dans les livres pour ne pas affronter ses camarades de colonie de vacances), le film « Les Loups de Kromer » (2003) de Will Gould (avec la thématique du rejet social des homos en tant qu’espèce culturelle à part), le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson (avec Léo, le marginal social), le film d’animation « Shark Tale » (« Le Gang des Requins », 2004) d’Eric Bergeron (avec Lenny, le petit requin trouillard et complexé), les chansons « L’Innamoramento » et « Lonely Lisa » de Mylène Farmer, la chanson « Toujours debout » d’Emmanuel Moire (évoquant l’isolement sur la cour d’école face aux rituels de drague), etc.

 

L’impression d’être différent commence toujours par une dévalorisation de soi. « J’étais une épave. Je me sentais vraiment mal. » (Emory, le héros gay efféminé, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) Le personnage homo se compare à l’excès aux autres et se sent minable par rapport à eux : « Parfois, je crois que je suis fou. Je ne vois pas les choses comme les autres. » (Kenny dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford) ; « Stephen était un désastre social. Aux ‘garden parties’, c’était toujours un échec, elle semblait mal à l’aise et peu aimable. […] Ou elle ne disait mot ou elle bavardait trop librement. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe, p. 100) ; « Mes semblables me dépriment, je ne sais pas être comme eux. » (Denis Lachaud, J’apprends l’allemand (1998), p. 133) ; « Avec des si, je n’aurais jamais eu l’étiquette du mouton noir. » (cf. la chanson « Paradis imaginé » de Monis) ; « Sa différence le poussait à chercher l’anonymat, loin du mépris quotidien des Antillais. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son roman autobiographique Un Fils différent (2011), p. 65) ; « À l’école, les garçons se moquaient de moi parce que j’écoutais des trucs de filles. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; « Je ne sais pas jouer les nanas cools » (Laurel s’adressant à son amante Stacie, dans le film « Freeheld », « Free Love » (2015) de Peter Sollett) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, Antoine est jugé de la tête aux pieds par ses collègues à cause de sa tenue vestimentaire. Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Léo, le héros homosexuel, est la risée des gars de sa classe : il vit l’isolement à cause du rejet social de sa cécité.Dans le vidéo-clip de la chanson « College Boy » d’Indochine (réalisé par Xavier Dolan), le personnage principal, homosexuel, est lynché dans son lycée, dans sa famille, puis finit par se faire crucifier par ses camarades de classe. Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, Tom, l’un des héros homos, est un handicapé social : « La vérité, c’est que je ne suis pas très à l’aise… sauf avec les animaux. Je ne suis pas très à l’aise dans ma propre peau. » Dans la série Demain nous appartient diffusé en 2017 sur la chaîne TF1, Étienne, l’interne homo à l’hôpital de Sète, était pendant l’adolescence l’ancien camarade de classe de Victoire Lazzari, le souffre-douleur du lycée, surnommé « Bouboule » par ses camarades. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Rupert, le jeune héros homo de 10 ans, est maltraité à l’école à cause de son homosexualité : « Au collège, j’ai découvert la méchanceté ordinaire des garçons de mon âge. ».

 

 

Ce sentiment de différence repose sur les goûts, sur les fantasmes de peur ou d’identité inexistantes, et non sur des faits et des réalités objectifs : « Si j’étais comme les gens avec qui j’ai grandi, je regarderais le catch en buvant des bières en canette. J’amènerais ma copine sur un parking pour lui tripoter les seins. J’aime être différent. Parce que je vaux mieux. » (Paul, l’un des héros homos du film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Tu aurais pu être né en Bavière, en Basse-Saxe ou en Rhénanie, t’engager dans les Jeunesses avec tous les copains, te sentir très tôt un peu différent, caresser le torse imberbe de Franz sous les douches, le retrouver la nuit tombée dans sa couchette, devenir officier, ne jamais porter de triangle rose ou violet, être promu commandant, exterminer des homosexuels, coucher avec des garçons. Mais tu es né en France, tu es né juif, tu voulais être chimiste et rejoindre de Gaulle. » (Félix, l’un des héros homos du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 110) ; etc.

 

Il aura suffi que le personnage homosexuel n’ait pas été invité aux « boom » de son collège, qu’il n’ait pas été bon en sport, qu’il se soit dirigé davantage vers les arts et les livres que vers le foot, l’alcool, et les filles, qu’il ne corresponde pas à l’archétype caricatural de masculinité ou de féminité qu’il a vu au cinéma, pour vite s’écarter des groupes et se réfugier dans son propre monde. Par exemple, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Stéphane pense être « en retard par rapport aux autres » en matière d’amour, de flirts, et de sexualité. Dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, Adrien se décrit comme « l’adolescent qui s’endort dans la honte de ne ressembler à aucun des siens » (p. 42). Dans l’épisode 68 « Restons zen ! » (2013-2014) de la série Joséphine Ange gardien, Romane, l’héroïne lesbienne, a eu une scolarité très tourmentée : elle a été renvoyée de plusieurs lycées, elle a fait plusieurs fugues. Quand le personnage homosexuel évoque son cursus scolaire, il ne manque pas de cynisme : « Le collège… Les plus belles années de notre vie… » (Allan dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson)

 

Le sentiment de différence culturelle commence d’abord avec la famille. Le personnage homosexuel ne s’identifie pas à ses parents ni aux membres de son entourage proche : « Je suis née un 24 décembre, dans une famille de blaireaux incultes. » (Karine Dubernet dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate !, 2011) ; « Notre Mère Nature m’a fait porter un sacré coup… en me faisant naître dans une petite ville de l’Indiana. » (Billy dans le film « Billy’s Hollywood Screen Kiss » (1998) de Tommy O’Haver) ; « C’est l’enfer. » (Nathan, le héros homosexuel racontant son calvaire, dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel) ; etc. Dans la pièce Chroniques des Temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le héros homosexuel a des propos lapidaires à l’égard de la « beaufitude » de ses géniteurs et de leur prétendue « débilité pavillonnaire » (il parle de « ses cons de parents »). Dans le film « Pièce montée » (2010) de Denys Granier-Deferre, Marie, la lesbienne excentrique, cultive cyniquement/avec élégance son statut d’outsider : par exemple, le jour du mariage de son frère, elle porte un grand chapeau original et une robe transparente (on lui voit même la culotte), se définit comme le vilain petit canard de la famille, et joue à fond le jeu de la provocation homosexuelle.

 

Le sentiment de différence homosexuelle peut provenir également de la nationalité. « Tu es tellement, tellement, tellement différent. Et j’ai très peur de ce qui peut t’arriver. » (le père d’Éric le héros homo racontant sa difficulté d’intégration sociale en tant que Noir aux Etats-Unis, dans l’épisode 7 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn). Par exemple, dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti, François et Serge, Algériens de naissance et de culture, souffrent d’être des « étrangers » dans leur terre d’adoption, la France. Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca, homosexuel, raconte son arrivée à Paris, dans un foyer de jeunes travailleurs où il a quelques difficultés à s’afficher gay : « Les garçons du foyer étaient un peu différents de moi. » Ce sont parfois les membres de son entourage qui font au héros gay sentir cette différence. « Ils se moquaient toujours de moi. Sûrement à cause de l’accent. » (Heïdi, la lesbienne dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali)

 

CULTURELLES 1 Corde

Film « La Corde » d’Alfred Hitchcock


 

La honte culturelle de soi se transforme très souvent en mépris hautain. Le complexe de supériorité procède en général d’un gros complexe d’infériorité. « En classe, je ne fus pas très attentive. Je me sentais supérieure à tous mes camarades. » (Anamika dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 37) ; « À la sagai, je m’étais sentie plus intelligente que les collègues de mon père, et je me sentais systématiquement plus en avance que la plupart des personnes de mon entourage. » (idem, p. 181) ; « Ce que tu regrettes ton adolescence… » (Anton s’adressant ironiquement à son amant Vlad, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; « L’adolescence, c’est une période terrible. » (Hall dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc. Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Hubert, le jeune héros gay, traite ses camarades lycéens de haut, et dit textuellement qu’il fait partie d’« une classe de crétins ». Dans le film « La Corde » (1943) d’Alfred Hitchcock, les deux amants homosexuels sont persuadés de leur avance intellectuelle par rapport à leurs pairs. On retrouve le même scénario dans le film « Le Génie du mal » (1959) de Richard Fleischer. Dans la série nord-américaine United States Of Tara, le thème de l’homosexualité est mis en lien avec la différence intellectuelle : Marshall, le petit surdoué, l’enfant parfait de l’école, se trouve être l’homo de l’intrigue. Dans le film « James » (2008) de Connor Clements, le jeune James tombe amoureux de son professeur M. Sutherland et se sent en décalage avec ses camarades d’école du point de vue intellectuel. Dans le film « Un beau jour, un coiffeur… » (2004) de Gilles Bindi, la volonté d’isolement est marquée par le mépris : le héros homosexuel, un jeune prof de philo se considérant plus intelligent que les autres, exprime son dégoût des fêtes, des « djeunes », des « cools », et s’estime bien loin des préoccupations des gens de son âge. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros gay, considère qu’il a par rapport aux autres un « esprit supérieur », même s’il porte en lui un fort complexe d’infériorité et qu’il s’est fait « jeter » par ses amis au lycée. Dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, le jeune et beau Garbo n’a que mépris pour sa société, ses semblables scolaires (qu’il qualifie de « crétins larbins »), et ses éducateurs : « Dès son début, la vie ne lui fut que risettes, grimaces, faux-semblants et tartuferies d’andouilles. » (p. 16) ; « Toute Société n’est qu’une Immonde et Insatiable Salope. » (idem, p. 17) ; « Je tiens les enseignants pour gens facilement puérils, rarement déniaisés de l’enfance et jamais sortis de l’école, seulement grimpés sur l’estrade. » (p. 44) ; « J’ai toujours vécu à l’école comme tout seul en résistance dans le maquis. […] Vincent Garbo, enfant comme adolescent, a toujours été doué d’une intelligence largement suffisante à bluffer le système […]. » (Vincent Garbo parlant de lui à la troisième personne, idem, p. 72) ; « Tu n’as jamais aimé l’école. T’étais un vieil enfant trop sage qui faisait semblant de faire son âge parmi les loups sans élégance. » (c.f. chanson « À quoi ça tient » de Romain Didier) ; etc.

 

Derrière le fantasme de différence culturelle se cache un perfectionnisme frisant la mégalomanie et le purisme : « J’ai essayé d’être le meilleur homme possible. » (Steven dans le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa) ; « Un amour passionné des belles-lettres me distinguait de tous les autres potaches. » (le narrateur homo du roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, p. 8) ; « Tu n’as jamais aimé l’école, l’odeur du cuir, les heures de colle, les résumés d’histoire de France. T’étais un vieil enfant trop sage qui f’sait semblant de faire son âge parmi les loups sans élégance. »

(c.f. la chanson « À quoi ça tient » de Romain Didier) ; etc.
 

Le sentiment de différence a pu être instillé par une idéalisation parentale excessive ou bien une surprotection incestueuse : « Regarde : tu es beau, intelligent, bon élève. Tes parents vivent dans le mythe d’un fils parfait. » (Chris à Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 112) Dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, Abram reproche à sa mère de l’avoir trop couvé et de l’avoir coupé des enfants de son âge (je vous renvoie à tout le chapitre sur les phobies et la douilletterie dans le code « Différences physiques » du Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

CULTURELLES 3 Lacernaire

Lacenaire dans « Les Enfants du Paradis » de Marcel Carné


 

Le héros homosexuel va jusqu’à suspecter ses semblables d’homophobie et de jalousie parce qu’il établit une fausse distance culturelle avec eux, une distance bien souvent jalouse/méprisante, justement : il garde ses talents pour lui, et attise donc les convoitises. « Quand j’étais enfant, j’étais déjà plus lucide, plus intelligent que les autres. Ils ne m’ont pas pardonné. Ils voulaient que je sois comme eux. » (Lacenaire parlant à Garance, dans le film « Les Enfants du Paradis » (1943-1945) de Marcel Carné) ; « Je croyais que j’étais un petit garçon singulier et les autres garçons étaient jaloux de moi, parce qu’ils étaient, eux, on ne peut plus ordinaires. » (Luc dans le roman Frère (2001) de Ted Van Lieshout, p. 128) ; « Il jalousa les autres garçons pétants de santé qui marchaient, couraient, dansaient et faisaient l’amour, lui qui ne pourrait jamais rien faire de cela, sauf, et c’était peut-être son seul réconfort, avoir des relations sexuelles, car cette partie de son corps n’avait pas été affectée : son pénis bandait, et il lui arrivait très souvent d’en jouir. » (Marcel, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 17)

 

Paradoxalement, le goût de la différence culturelle, poussée à l’extrême, conduit à son rejet, au sectarisme communautariste entre marginaux et à l’homophobie homosexuelle (cf. je vous renvoie au code « Milieu homosexuel infernal » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Outre la mauvaise réputation qu’avait la Savane la nuit, je rapportais en détail à ma mère certaines agressions dont j’avais été témoin. Sur la place, je rencontrais toutes sortes d’individus ; les ‘branchés’ étaient une population très hétéroclite. On était du même bord, mais on ne se fréquentait pas. Sans doute par manque de confiance, beaucoup se méfiaient de leur propre clan et jouaient à cache-cache en permanence, se dénigrant et se méprisant mutuellement. Impensable pour un groupe déjà victime du malheur de sa propre différence ! C’est quand même surprenant et regrettable d’en arriver là. […] Cette histoire de clans est une fatalité pour la communauté et l’on ressentait une rivalité oppressante entre les groupes différents. En fait, chaque groupe entrait dans une catégorie bien distincte : les extravagants, les cancaniers, les très discrets et enfin les ‘leaders’, ceux qui incitaient à la prise de conscience contre les discriminations et l’homophobie dans la région d’outre-mer. Je trouvais bien dommage cette diversification au sein de la communauté. » (Ednar parlant des lieux de drague antillais homosexuels, dans le roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, pp. 188-189)

 

Eh oui ! Il arrive toujours un jour où « l’autre » qu’on ne cherche pas à devenir ou qu’on fuit, c’est nous !

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

CULTUREL Tennessee Williams

Tennessee Williams


 

Dans la réalité concrète, beaucoup de personnes homos se sentent différentes des autres êtres humains, intellectuellement parlant, et cultivent d’ailleurs cette différence, si bien qu’on ne sait plus trop si celle-ci est objective ou bien artificielle, si ce sont les autres qui ont commencé à en faire une essence/un problème ou bien elles. Ce qui est sûr, c’est qu’elles vivent les rapports sociaux comme un choc violent, un fossé de perceptions. Elles ne se sentent pas sur la même longueur d’onde que le commun des mortels : « C’est cette absence de vérité, de justesse entre mon regard et celui des autres qui me laisse si solitaire. » (Jean-Luc Lagarce dans son Journal, 2008) ; « J’ai pas très bien vécu l’école. Ensuite, j’avais beaucoup de mal à m’entendre avec les gens. Y’a certaines personnes qui qualifiaient ma personnalité de bizarre. Je préfère être différent mais unique, on va dire, qu’être comme tout le monde et n’avoir rien à raconter. » (le chanteur belge Loïc Nottet dans le magnéto de l’émission Danse avec les stars sur la chaîne TF1, le 9 décembre 2015) ; etc.

 

Le sentiment de différence culturelle commence d’abord avec la famille. Il arrive que le sujet homosexuel ne s’identifie ni à son papa ni à sa maman, et que ces derniers – ou bien son statut social – lui fassent honte : « Quand j’étais petite, mes parents, qui avaient juste de quoi ne pas mourir de faim, avaient laissé en friche ce qui relevait de l’esthétique, en particulier dans le domaine vestimentaire. On ne portait que des vêtements bon marché, on se les passait des uns aux autres entre cousins, on rapetissait et ravaudait. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 175) ; « Mon caractère, ma façon d’être, de me vêtir me différenciaient des autres élèves. J’étais grand pour mon âge et, grâce à mes parents, à ma mère surtout, j’étais toujours vêtu avec recherche ; l’éducation que j’avais reçue faisait de moi, je l’avoue, un garçon assez précieux mais, à seize ans, bien des jeunes gens ressemblent à des filles. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 82) ; « Ce milieu ouvrier dans lequel j’ai vécu, et cette misère ouvrière qui se lit dans la physionomie des habitations à l’arrière-plan, dans les intérieurs, les vêtements, les corps eux-mêmes. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), pp. 19-20) ; « Pourquoi, moi qui ai tant éprouvé la honte sociale, la honte du milieu d’où je venais quand, une fois installé à Paris, des gens qui venaient de milieux sociaux si différents du mien, à qui je mentais plus ou moins sur mes origines de classe, ou devant lesquels je me sentais profondément gêné d’avouer ces origines, pourquoi donc n’ai-je jamais eu l’idée d’aborder ce problème dans un livre ou un article ? » (idem, p. 21) Dans ses essais (La Place (1983), Une Femme (1987), et La Honte (1997)), Annie Ernaux a beaucoup écrit sur la « distance de classe » qui la séparait de ses propres parents.

 

Le sentiment de différence homosexuelle peut venir de la nationalité, du décalage de cultures ou d’éducations : « Être lesbienne, c’est être toujours étrangère dans les cadres où je suis. Je suis étrangère à la culture anglaise ; bien sûr c’est ma langue, mais ce n’est pas ma langue maternelle. » (Patricia Duncker citée dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 178) ; « Je dis souvent que j’appartenais à 4 identités normalement incompatibles : je venais du Sud, juif, gay et pauvre. » (Perry Brass, vétéran gay, dans le documentaire « Stonewall : Aux origines de la Gay Pride » de Mathilde Fassin, diffusé dans l’émission La Case du Siècle sur la chaîne France 5 le 28 juin 2020) ; etc. Patrick White a souffert à l’école anglaise de ton statut de « colon » et de « provincial » aux vues de ses compatriotes londoniens, ainsi que du fossé culturel avec ses camarades écoliers ; il disait lui-même que le niveau intellectuel de leurs conversations le navrait. Les camarades de classe de Jean Genet se moquaient de lui et le rejetaient parce qu’il était un « enfant trouvé » : « J’ai su très jeune que je n’étais pas français, que je n’appartenais pas au village » écrit-il dans L’Ennemi déclaré (1910-1944). Dans le biopic « Noureev, le Corbeau blanc » (2019) de Ralph Fiennes, on voit que Rudolf Noureev, le danseur et chorégraphe homo russe, a fait une fixette sur ses origines paysannes : « Bien sûr, moi, je suis un plouc d’Oufa ! » (région provinciale de Russie) s’indigne-t-il face à ceux qui veulent le garder pour eux dans sa mère-patrie russe. Il fera de son complexe social un moteur d’ascension sociale pour devenir chef de ballet à Paris.

 

Au fond, le ressenti homosexuel d’une supposée « différence radicale avec les autres » repose sur les goûts, sur les fantasmes de peur ou d’identité inexistantes, et non sur des faits et des réalités objectifs : « Tous les blocages sont dans ma tête. » (Christian, le dandy homosexuel de 50 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Je n’avais qu’un désir : c’est d’être différent de mes camarades. Je ne voulais surtout pas être comme les autres enfants. Non non non. » (Karl Lagerfeld dans le documentaire « Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld : une guerre en dentelles » (2015) de Stéphan Kopecky, pour l’émission Duels sur France 5) ; etc.

 

Film "Tanguy" d'Étienne Chatiliez

Film « Tanguy » d’Étienne Chatiliez


 

Le fossé entre les personnes homosexuelles et le reste de l’Humanité s’est creusé en général au collège, dans une indifférence/isolement savamment et lentement travaillés. « C’est un bon sujet, un enfant respectueux et tendre, plus faible et plus petit que ses camarades mais plus intelligent : il tient sans effort la tête de la classe. Bref, sage comme une image. » (Jean-Paul Sartre en parlant de Jean Genet, dans sa biographie Saint Genet (1952), p. 14) ; « Le lycée fut pour moi une effroyable et sinistre expérience. […] Je voulais toujours être pianiste et mes parents ne m’obligeaient pas à aller à l’école tous les jours. J’y allais juste assez pour rester au niveau de ma classe. Maintenant, des années plus tard, mes professeurs sont extrêmement perplexes à l’idée que quelqu’un d’aussi négligent que moi ait pu devenir un auteur à succès. La vérité est que je ne crois guère à l’école. » (Carson McCullers, citée dans la biographie Carson McCullers (1995) de Josyane Savigneau, p. 43) ; « Face à mes bouffées de stress matinales, ma mère avait fini par s’inquiéter et appeler le médecin. Il avait été décidé que je prendrais des gouttes plusieurs fois par jour pour me calmer. Ma mère répondait, quand la question lui était posée, que j’étais nerveux depuis toujours. Peut-être même hyperactif. C’était l’école, elle ne comprenait pas pourquoi j’accordais tant d’importance à ça. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 64) ; « Retarder artificiellement le moment de l’arrivée dans la cour de l’établissement puis dans le couloir. » (idem, p. 66) ; « Jamais je ne parvins à complètement m’intégrer aux cercles de garçons. Nombreuses étaient les soirées où ma présence était soigneusement évitée, les parties de football auxquelles on ne me proposait pas de participer. » (idem, p. 121) ; « J’étais plutôt rejeté. » (Jean-Paul Gaultier, le couturier racontant qu’adolescent, il venait trouver refuge chez sa grand-mère pour échapper à l’ambiance pesante à l’école et au collège) ; « Dès la maternelle, collé au instit, pendant la récré j’étais en échec scolaire, un élève très sensible instable, ayant peur de tout et du regard des autres. J’ai redoublé le CP et j’ai eu la colère de voir mes camarades passer d’un niveau alors que moi je restais dans la même classe, j’étais le rejeté, l’exclu de mes frères et sœurs qui ne comprenaient pas pourquoi je n’étais pas avec eux et ils me regardaient tous. » (cf. le mail d’un ami, Pierre-Adrien, 30 ans, juin 2014) ; etc. Par exemple, le chanteur Mika raconte comment ses camarades se foutaient de ses manières.

 

Comme par réflexe de survie, la honte de soi/des autres a tendance à se transformer en mépris hautain. Le complexe de supériorité procède souvent d’un fort complexe d’infériorité : « Je savais que j’étais intelligent, que j’avais du talent. » (un témoin homo de l’essai Mort ou Fif (2001) de Michel Dorais, p. 91) ; « J’affichais une distance méprisante vis-à-vis des autres élèves avec qui je ne discutais jamais. » (Jean Le Bitoux se décrivant à la fac, dans son essai Citoyen de seconde zone (2003), p. 56) ; « Il m’est impossible d’oublier tous ces camarades de classe, ces dégénérés qui se complaisent désormais dans une médiocrité vulgaire. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 7) ; « Il me fascine. […] Je me rends compte très rapidement qu’il est aussi doué que moi en classe et aussi médiocre en foot. » (l’auteur, parlant d’un autre de ses camarades de qui il tombe amoureux car il est à part, comme lui, idem, p. 11) ; « Ah ! Si seulement j’avais pu être mauvais élève, juste un peu, pour faire comme les autres. » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), p. 34) ; « Je m’estimais différent, et pourquoi pas, mieux que les autres. » (Berthrand Nguyen Matoko à propos de son collège à Brazzaville, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 46) ; etc.

 

La souffrance identitaire des personnes homosexuelles provient très souvent d’un sentiment de différence-isolement : peu importe finalement le support ou le prétexte de ce sentiment (orientation sexuelle, statut social, nationalité, religion, intellect, pauvreté ou richesse matérielle, culture…). « Au bout du compte, j’aurai davantage souffert de la haine homophobe de la part de personnes partageant mes origines que du racisme antiarabe. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 8) ; « Il faut dire que Sweig a du mal, en public comme en privé. » (la voix-off dans le documentaire « Stefan Sweig, histoire d’un Européen » (2015) de François Busnel) ; etc.

 

Ce sentiment de différence culturelle se construit non seulement sur une rupture radicale avec les autres mais aussi – ce qui revient au même – sur une relation fusionnelle (voire homosexuelle), comme l’illustrent ces lignes étonnantes de l’autobiographie Une Mélancolie arabe(2008) d’Abdellah Taïa : « J’étais comme eux, absolument comme eux. On faisait la nouiba : chacun se donnait à l’autre. On baissait nos pantalons et on faisait l’amour en groupe. J’étais moi-même avec eux. Moi-même et différent. Je les adorais, oui, oui. Je restais avec eux même quand ils m’insultaient, me traitaient d’efféminé, de zamel, de pédé passif. » (p. 13) Il existe un rapport d’attraction-répulsion étrange entre la personne homosexuelle et son entourage bisexuel/adolescent. Comme si le désir homosexuel indiquait la présence d’une rupture relationnelle due à une jalousie narcissique, nourrie par les deux « camps » (hétéro et homo).

 

Je me souviens, pour ma part, que je me suis souvent senti dévalué dans mes capacités intellectuelles et artistiques pendant mon cursus scolaire. Il faut dire paradoxalement que je le cherchais bien ! J’avais un rapport blessé aux groupes et à la collectivité en général, et je marquais la distance pour faire mon intéressant/pour ne pas affronter les gars de mon âge. Je montrais quand même suffisamment de talents à mes camarades pour leur laisser deviner ma singularité et ma richesse de caractère, pour attiser leur curiosité – au collège, j’ai quand même été élu délégué de classe en sixième – mais comme par ailleurs je ne partageais pas assez mes trésors et mon amitié (vu que je m’isolais, que je ne me liais pas assez aux garçons de ma classe, que je me sentais différent de mes semblables culturellement parlant, et que je faisais cavalier seul), cette curiosité s’est mutée très vite en incompréhension, en jalousie, en sarcasme homophobe : la même classe qui m’avait élu chef un an auparavant m’a rejeté massivement en cinquième. Ils se sont mis inconsciemment en tête de dénoncer ma peur, ma misanthropie, mon isolement, mon « originalité suspecte ». Je crois en effet qu’ils étaient jaloux sans le savoir, mais aussi qu’ils cherchaient maladroitement à me connaître ; et comme je ne me donnais pas et que je ne me laissais pas connaître, ils se sont vengés aveuglément. L’homosexualité contient ce secret d’avarice et de peur, qu’on vous arrache parce qu’on a décidé de ne pas lâcher l’affaire avec vous. L’homophobie est le signe violent d’une profonde déception que la rencontre collective et amicale – qui promettait d’être riche – n’ait pas pu se faire.

 
 

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Code n°48 – Différences physiques

différences physiques

Différences physiques

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

Homosexualité : Le corps mal porté

 

La question tabou qui habite toute personne homosexuelle par rapport à l’homosexualité, et qui suit une croyance populaire relativement tenace et homophobe, c’est : Devient-on gay/lesbienne parce qu’on est laid(e) et qu’on n’a pas su plaire ? (sous-entendu : L’amour homosexuel est-il positif, vraiment libre, ou bien naturellement mauvais à la racine ?).

 

Cela vaut le coup de s’arrêter sur cette question, non pour y répondre et la justifier… mais pour la reformuler autrement:

 

Et si nous parlions de la haine de soi comme probable terrain porteur de l’homosexualité ? Et si nous abordions chez les personnes homosexuelles la question du mépris de son corps et de son sexe de naissance, un mépris « naturalisé » sous forme d’orientation sexuelle éternelle qui définirait un individu dans son entier pour éviter de se poser des questions et noyer le poisson ? Et si nous parlions ENFIN du lien entre corps biologique et désir (ou plutôt « manque de désir » dans le cas homosexuel) ?

 

Bizarrement, nos contemporains, en applaudissant à l’« identité homosexuelle », en validant/justifiant le désir homosexuel comme un désir d’amour, comme un signe de réconciliation extraordinaire avec son MOI profond, n’ont pas compris que le masque collé sur le visage des personnes homosexuelles n’était pas leur vraie peau, mais juste un cache-misère non pas d’une tête objectivement affreuse derrière, mais d’une honte existentielle et d’un manque d’amour de soi/des autres, encouragé par une société matérialiste violente qui privilégie la beauté plastique à la beauté du coeur, qui veut nous transformer en objets de consommation.

 

Film "La Piel Que Habito" de Pedro Almodóvar

Film « La Piel Que Habito » de Pedro Almodóvar


 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Haine de la beauté », « Différences culturelles », « Homosexualité noire et glorieuse », « Extase », « « Je suis différent » », à la partie « Diable au corps » du code « Ennemi de la Nature », à la partie « Foot » du code « Solitude », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

Ce n’est pas la laideur qui rend les personnes homosexuelles. C’est le sentiment de laideur

 

Nous entendons toujours le même croyance absurde de la part des membres de la communauté homosexuelle : la conscience – parfois précoce – d’être fondamentalement différents des autres (cf. je vous renvoie avec insistance aux codes « « Je suis différent » » et « Différences culturelles » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Cette différence homosexuelle dite « naturelle », « objective », « corporelle », qui ne serait pas le fruit d’un choix mais bien une donnée biologique voire génétique, repose en réalité sur des dissemblances physiques ressenties comme minoritaires, écartantes/écartées socialement, et qui deviennent ensuite, selon ce qu’en font l’entourage et la personne qui les porte, une « identité » intégrée mentalement et sexuellement. Cela peut provenir de la taille, de l’obésité, de la dentition, d’une voix suraiguë, de la maigreur, d’un handicap quelconque, d’une couleur de peau rejetée, d’un physique génériquement opposé au sexe biologique ou aux estampes des garçons et des filles télévisuels, d’un complexe de se savoir fragile, limité, ou insignifiant (la croyance et l’identification à l’Homme invisible rôdent…), etc. Difficile de ne pas faire le lien entre des physiques honteux d’eux-mêmes et l’affirmation d’une homosexualité. Cependant, ce lien n’est pas de causalité, mais de coïncidence, c’est-à-dire qu’il a été instauré davantage par le fantasme ou l’impression subjective que par la Réalité. L’homosexualité n’est pas une question de physique particulier – il n’y a pas de « corps homosexuel » (contrairement à ce que proclament certains militants homosexuels radicaux) – mais de rapport idolâtre à son corps et aux images médiatiques des corps sexués.

 

Pour moi, cette « différence physique homosexuelle » n’est ni vraiment innée ni vraiment acquise, ni totalement biologique ni à l’inverse totalement culturelle : elle est surtout symbolique, désirante, relationnelle ; elle a trait à un manque d’amour, à notre liberté fondamentale permise par notre unicité, unicité matérialisée entre autres par notre incarnation. Elle se joue dans les rapports de désir – des rapports souvent violents et peu pacifiés dans le cas du désir homosexuel – entre l’individu et son propre corps, et entre l’individu et le corps social.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles ne se considèrent pas comme rentrant dans les canons de beauté mondialisés, ne sont pas, pour reprendre les mots de Pierre Loti, « leur genre », c’est-à-dire conformes au reflet projectivement valorisé d’elles-mêmes. La plupart d’entre elles n’ont pas cru en leur physique, n’ont pas désiré habiter leur corps sexué, ont refusé – puis adulé – le sport. Que cela soit à juste titre ou non n’est pas la question : la beauté d’une personne n’est pas mesurable à la plastique de son corps. Ce n’est pas tant le corps réel que la démarche, la manière de se tenir, un regard fuyant, une carcasse physique mal portée, la posture ou la stature chétive exprimant un « excusez-moi d’exister » qui indiquent une homosexualité. À l’âge adulte, il arrive que certaines personnes homosexuelles fassent payer leur sentiment de laideur physique aux autres en jouant les monstres qu’elles croient être, en accentuant leurs traits prétendument horribles par une humeur massacrante et une fierté provocatrice. « Verlaine vécut le drame de se croire tel : mal-né, environné sans fin de l’épouvante qu’il suscitait. » (cf. l’article « Poétiquement correct » d’Alain Borer, dans le Magazine littéraire, n°321, mai 1994, p. 40) Ou alors au contraire, elles se découvrent belles à vingt ans. Après des années de galère au collège et au lycée, l’heure de la vengeance esthétique sonne et la métamorphose est parfois spectaculaire. Elle ne dit pas pour autant une réconciliation avec soi-même : le narcissisme est souvent une auto-déclaration de haine déguisée.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

Dans certaines œuvres de fiction traitant d’homosexualité, le personnage homosexuel dit qu’il n’aime pas son corps. Je vous renvoie notamment au film « Les Complexés » (1965) de Franco Rossi, au film « Odio Mi Cuerpo » (« Je hais mon corps », 1975) de Leon Klimovsky, au film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant (avec Harvey évoquant ses grandes oreilles), à la chanson « Dieu a-t-il les oreilles décollées et le Front National » de Nicolas Bacchus, à la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier, à la chanson « Qu’est-ce que t’es belle » de Marc Lavoine et Catherine Ringer, à la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti (avec Chloé, l’hétéro rejetée à l’école parce qu’elle est rousse), etc.

 

Rosi de Palma dans le film "Kika" de Pedro Almodovar

Rosi de Palma dans le film « Kika » de Pedro Almodovar


 

En général, le héros homosexuel ne se trouve pas beau. Écoutez sa litanie de la dévalorisation de soi : « Je ne suis pas mignonne. » (Rinn, l’héroïne lesbienne de la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Je suis petit, gringalet, moche. » (Marcel dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; « J’aime pas trop ma mâchoire. » (le premier amant de Nathan s’adressant à ce dernier, dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo) ; « Je suis maigrelet, maigre et laid. » (Ernst décrivant son adolescence, dans le roman J’apprends l’allemand (1998) de Denis Lachaud, p. 120) ; « Je suis d’une laideur ridicule. » (Emmanuel Fruges dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 193) ; « J’étais horriblement laid. » (Dzav parlant de lui quand il était enfant, dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard) ; « J’ai toujours su que je n’étais pas une enfant comme les autres. J’étais assez vilaine, bien sûr, vous n’en serez pas surpris. Grosse et terne, déjà. Et comme si ça ne suffisait pas, j’étais malade. Hémophilie sévère, m’avait-on dit un jour, sans plus de précision. […] Une barrière me séparait de mes camarades. Je n’avais pas le droit de shooter comme eux dans un ballon, ni de courir comme une folle dans la cour. » (Corinne dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 214) ; « Ednar ne vivait que pour survivre. Il avait tant morflé dans sa jeunesse, qu’il avait fini par se détester lui-même car il ne s’était jamais senti réellement bien dans sa peau. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son roman très autobiographique Un Fils différent (2011), p. 141) ; « Je suis moche, juif, pédé. Je fume de l’herbe pour avoir le courage de me regarder en face. » (Harold, l’un des héros homosexuel du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Jane avait détesté la puberté, l’intrusion du sang et des seins, les messes basses entre filles et les invitations des hommes qui les suivaient en voiture en roulant au pas. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 29) ; « J’ai vraiment un corps de base. Si j’étais une voiture, je serais sans option. Mon père m’a eue en soldes. C’est un radin. Moi, si je me mets à nue, je peux faire une pub pour Action Contre la Faim. Avec des mouches autour des yeux. » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « J’ai un corps lourd, pas attirant. J’ai la physionomie d’un clown. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; « C’est là ton problème : avoir cru qu’une femme ne pourrait pas être attiré par ton corps. » (Palomino, l’amant d’Eisenstein, idem) ; « À l’époque, je pensais que j’étais horrible. Ils me traitaient comme un chien galeux. » (Jean-Marie, homosexuel parlant de ses camarades scolaires, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; « J’étais très maigre. Très seul. Tout le temps. On me surnommait le Corbeau blanc. » (Rudolf Noureev, dans le biopic « Noureev, le Corbeau blanc » (2019) de Ralph Fiennes) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, Vianney organise via internet un « plan cul » avec Mike, mais lui demande de venir chez lui qu’à la stricte condition d’arriver « les yeux bandés » : « Tu ne dois jamais voir ma laideur repoussante. » (p. 84) Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand se désigne lui-même comme un « thon ». Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel commence son spectacle en disant qu’il était Superman et qu’il s’est transformé en nabot homosexuel : « L’homme du futur, plus fort et plus résistant, s’est transformé en nain efféminé. » Le comédien tourne en dérision sa petite taille, et dit qu’il aurait aimé être grand, blond aux yeux bleus : « 1m66, ça fait marrer. »

 

Cependant, ce sentiment paranoïaque d’être différent peut se fonder chez le héros homosexuel sur un substrat de réel : un handicap ou une difformité perçue comme minoritaire socialement parlant : « Je pense à mon corps maigre, à mon grand nez pointu. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 39) ; « Sir Philip regardait Stephen lorsqu’elle jouait avec les chiens dans le jardin, il observait la curieuse impression de force qui se dégageait de ses mouvements, la ligne allongée de ses membres – elle était grande pour son âge – et l’équilibre de sa tête sur ses épaules plus larges qu’elles n’auraient dû l’être. » (le père décrivant sa fille lesbienne Stephen, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 36) ; « Cette boule-là, c’était la confirmation que j’étais pas comme les autres. » (Gérard, l’un des héros homosexuels, racontant qu’à 16 ans il a eu peur d’une ex-croissance, dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco) ; « Willy était toujours malade. » (Éa parlant de Willy, le gamin transgenre M to F qui se prend pour une fille, dans le film « Le Tout Nouveau Testament » (2015) de Jaco Van Dormael) ; « J’étais un enfant à la santé fragile. » (Willy, idem) ; etc. Physiquement, le personnage homosexuel n’est pas toujours « gâté » par la Nature : on peut penser à Devotee, l’homosexuel privé de bras et de jambes dans le film « Devotee » (2008) de Rémi Lange. Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Léo, le héros homosexuel, est aveugle de naissance et n’a aucune idée de sa beauté plastique.

 

Dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo, Bernard, le héros homosexuel, raconte que quand il était petit, il était dyslexique et prenait des cours de rattrapage tous les samedis. Il marchait les pieds en canard et avait les oreilles décollées. Il louchait, ce qui l’obligeait à porter des lunettes. Il était appelé « Nanard, le vilain p’tit Canard » par ses camarades. Un tel traumatisme lui a, selon lui, bloqué la parole et lui donnait l’air d’« un autiste ». Et une fois arrivé à l’âge adulte, il complexe d’avoir une petite bite. Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Adam, le héros homosexuel, est complexé par la taille de son sexe anatomique. Il va même faire un coming out pour assumer ce dernier, et descendre son pantalon devant tous les camarades de son lycée à la cantine.

 

On découvre peu à peu que le problème soi-disant « physique » du personnage homosexuel sort du cadre strictement naturel et privé du corps individuel, et concerne en fait une réalité relationnelle, désirante, sociale, un manque (ou un trop-plein) d’amour qui n’a rien à voir en soi avec son corps objectif : « À cette date, Olivier était un garçon très maigre, avec un appareil dentaire et des lunettes, timide et solitaire. Il était le souffre-douleur de la classe tout entière. » (Olivier, le personnage homo du roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, pp. 69-70) ; « Je me croyais malingre, mal bâti, rachitique, principalement parce que je ne plaisais pas aux filles. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 20) ; etc. Par exemple, dans le one-man-show Presque célèbre (2010) de Thomas VDB, Freddie Mercury a les « dents en avant parce qu’il suce des bites ».

 

Le héros homosexuel semble avoir des problèmes physiques (phobies, allergies, maladies bénignes…) liés davantage au psychique qu’à son corps extérieur… même si ce dernier finit par être le signe visible de son traumatisme interne. « Je suis fragile, moi. J’ai eu les oreillons petit. » (Yoann, le héros homosexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) Par exemple, dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, Zac est asthmatique ; dans le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, Scott est neurasthénique ; dans le film « Elle ou lui ? » (1994) d’Alessandro Benvenuti, Leo est victime d’allergies ; dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, fait des crises de tachycardie dans les dortoirs du collège ; etc. Le personnage homosexuel est généralement cru et encouragé dans sa douilletterie, dans sa simulation de maladie : « On lui avait recommandé de ne pas courir : le docteur Caronade […] interdisait à Fabien tout exercice violent. » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 19) ; « Je suis allergique au pollen. » (Alan Turing, le mathématicien homosexuel, dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum) ; etc. Trop dorloté, le personnage homosexuel est aussi trop peu reconnu dans sa peur d’exister : « Ta scarlatine à dix ans, tu n’avais pas eu des tas de misères auxquelles les médecins ne comprenaient rien ! et puis ta bronchite chronique l’année de ton volontariat… » (la mère dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, pp. 29-30)

 

Film "All Over Me" (réalisatrice anonyme)

Film « All Over Me » (réalisatrice anonyme)


 

Ce n’est pas tant le corps visible que le corps invisible, fantasmé, insignifiant, non-désiré, qui tourmente le personnage homosexuel : « Je crois que mon plus gros problème est d’être jeune et beau. C’est mon plus gros problème parce que j’ai jamais été jeune et beau. Oh bien sûr j’ai été beau, et Dieu merci j’ai été jeune, mais les deux en même temps jamais. De toute façon, ça ne se remarquait pas. » (Arnold, le héros homosexuel du film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart) ; « Vous auriez tant voulu être beau. […] Vous êtes quelconque… […] Quelques centimètres vous manquent. » (la voix narrative s’adressant à elle-même, dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, p. 123) ; etc.

 

C’est le corps trop désiré d’une vedette, une projection narcissique sur grand écran ou sur magazine, qui lui fait dévaluer son propre corps, par comparaison. « J’aurais aimé beaucoup de choses. J’aurais aimé être beau. » (Éric Caravaca dans le film « Dedans » (1996) de Marion Vernoux) ; « La seule chose que j’ai toujours voulue est d’être beau. » (Albert dans le roman Mademoiselle de Maupin (1835) de Théophile Gautier); « Il n’était pas aussi beau qu’il l’aurait voulu. » (Fabien dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 35) ; « J’ai longtemps voulu être admiré, pensa M. Fruges. J’ai enragé de ma laideur.’ » (idem, p. 168) ; « De toute façon, je vois pas pourquoi j’me fais chier. Chuis pas normale. » (Marie, l’héroïne lesbienne par rapport à sa musculature, dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma) ; etc.

 

On découvre que l’impression de vilenie vient du refus de se reconnaître unique, d’accepter ses limites corporelles : « Solitaire dans mon photomaton, j’suis pas belle. » (cf. la chanson « Amélie m’a dit » d’Alizée) Le héros homo n’aime pas son corps parce qu’au fond il dévalorise les autres ou au contraire les idéalise : « Malcolm est même trop beau pour moi, moi qui n’ai jamais eu aucune assurance sur mon physique. » (Adrien dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 60)

 

Le héros homosexuel est souvent attiré par ce dont il croit manquer corporellement (poils, muscles, poitrine, minceur, etc.), par un inaccessible corporel. Par exemple, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, le jeune Dany, homosexuel au corps glabre, est attiré par les hommes très poilus du torse.

 

L’impression d’être « négativement différent physiquement » peut aller jusqu’à la négation de sa propre sexuation : « Vous savez, Collins, je dois être un garçon parce que je sens exactement comme si j’en étais un, je me sens semblable au jeune Nelson de l’image, là-haut. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, à Collins, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 28) Le personnage homosexuel non seulement se trouve moche, mais en plus, peut avoir tendance à associer cette soi-disant laideur à son homosexualité pour ne pas remettre en cause le mépris qu’il se porte. « C’est laid, les gays. […] J’suis gay. » (les quatre personnages homos de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel)

 

Le personnage homo n’est pas « objectivement » moche. Quand il se croit « quelconque », son insignifiance ne vient pas, en réalité, de son physique, mais de son attitude à ne pas se rendre aimable. Son impression de laideur est juste obsessionnelle : comme il ne correspondra jamais complètement au « reflet projectivement valorisé de lui-même » que ses fantasmes ont construit, son purisme esthétique lui fera dire qu’il est incurablement affreux : « Quand je me regarde dans la glace, je ne me trouve pas magnifique. » (Frank l’homo dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) En somme, il ne sera jamais satisfait de lui parce que dans sa tête, il a décidé de ne pas l’être. Le mécontentement est une posture narcissique de principe chez lui : il serait magnifique qu’il n’en fera pas moins la gueule aux soirées. C’est tellement niais, de sourire ! C’est tellement con, la bonté ! Et, aussi paradoxal que cela puisse paraître, pour cet esthète, c’est tellement laid, la vraie beauté ! Seul le mépris ou l’indifférence trouve physiquement grâce à ses yeux.

 

Au lieu de se reconnaître tel qu’il est, il arrive qu’il pousse l’orgueil jusqu’à s’enlaidir exprès, et se présenter comme un ignoble monstre : « Ces derniers temps, mon corps a poussé dans tous les sens, mon visage est devenu un tableau de bord de supersonique, tous les matins je découvre de nouveaux boutons. Je suis repoussant, un spécimen au bestiaire de l’horreur. » (Ernst décrivant son adolescence, dans le roman J’apprends l’allemand (1998) de Denis Lachaud, p. 112) ; « À cause des blessures que j’ai reçues à la guerre du Pacifique, mon aspect physique est tel que tout le monde est révulsé à ma vue, au point de vomir ou même de s’évanouir. » (Garnet Montrose dans le romanJe suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 10) ; etc.

 

Il y a parfois chez ce personnage homosexuel une forme de complaisance dans la paresse (une paresse qui a l’air éthique puisqu’elle se pare d’une sagesse stoïcienne : à quoi bon se fagoter comme il faut et se soigner physiquement puisque tout n’est qu’apparences et que tout passe ?), d’abandon complice à la laideur, d’héroïsme trouvé dans le fait de se laisser vaincre par le temps et la mort, de démarche militante à s’éloigner des poncifs physiques définis par la mode.

 

Dans l’extrême inverse, certains héros homosexuels redisent autrement leur haine du corps en devenant cette fois de vraies beautés à l’âge adulte. Il est rare que le personnage homosexuel revienne sur son passé ingrat (= un gras), sur la genèse de sa métamorphose corporelle, mais cela arrive quand même. Par exemple, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, un des clients du sauna avoue qu’il était obèse dans son adolescence, une « taille XXL, large comme une baleine » : « J’ai pas toujours été l’Adonis sculptural que vous avez devant les yeux. » Il nous fait comprendre que lui et ses compagnons au corps parfait sont en fait très mal dans leur peau, non d’être enfin parvenus à tailler leur corps selon leur convenance, mais parce qu’ils sont restés nombrilistes.

 

Ce n’est pas parce que le personnage homosexuel se dirige docilement vers les salles de sport qu’il aime pour autant son enveloppe corporelle. N’oublions pas que ce qui l’a motivé à la travailler, ce n’est pas l’amour de son corps : son corps ne sera que l’instrument d’une vengeance dirigée contre… son propre corps d’enfant ! C’est pourquoi le protagoniste homo peut tout à fait adopter le comportement apparemment contradictoire de Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall : elle commence par dire « Je déteste toutes ces sortes de sports pour les filles. » (p. 78), puis se lance quand même tête baissée dans l’escrime et l’équitation : « La passion de Stephen pour la culture physique s’accrut et envahit la salle d’étude. » (idem, p. 79) Se considérer comme un objet d’adoration, cela ressemble à une démarche d’amour et de réconciliation avec soi-même, pour se sentir mieux dans sa peau : c’est en réalité une nouvelle forme de détestation de soi.

 

Beaucoup de personnages homosexuels, pour masquer leur haine d’eux-mêmes dans le narcissisme, versent dans l’homosexualisation de leur corps (ils parlent d’un « corps homosexuel »), autrement dit dans une forme d’eugénisme positif qui réduit les êtres humains à leurs fantasmes asexués de toute-puissance et à leurs pulsions sexuelles. Par exemple, dans son one-woman-show La Lesbienne invisible (2009), Océane Rose Marie explique que « LA lesbienne aurait l’index plus haut que l’annulaire ». Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, les deux amantes Ziki et Kena s’amusent à s’habiller de vêtements féminins inhabituels pour Kena la garçonne : « Je te l’ai dit : mon corps est allergique aux robes. »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

Montgomery Clift dans le film "Freud" de John Huston

Montgomery Clift dans le film « Freud » de John Huston


 

Force est de reconnaître qu’il existe un lien de coïncidence (très connu par les personnes intéressées, mais si peu montré au grand jour, forcément…) entre laideur physique et homosexualité, entre complexes physiques et désir homosexuel. « Attends, Sonia, elle peut pas être lesbienne. Elle est trop belle. Tous les garçons, ils craquent sur elle. » (Clara, l’héroïne lesbienne s’adressant à sa meilleure amie Zoé qui lui annonce que la belle Sonia est également lesbienne, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret) Si les personnes homosexuelles n’avaient pas une sombre affaire de vengeance à régler avec leur propre corps/passé, jamais elles ne se sentiraient le besoin urgent d’aller se refaire une musculature de rêve dans les salles de sport ni une garde-robes impeccable et fashion pour être au goût du jour ; jamais certains artistes comme Océane Rose-Marie (qui, lors de son one-man-show La Lesbienne invisible (2009), part en guerre contre le « préjugé tenace » de la mocheté homosexuelle : « Je tiens à préciser que ce n’est pas la laideur qui rend les femmes homosexuelles. » ; traduction = « On peut être homo ET désirable ; si si, je vous assure, c’est possible ! » ou « L’homosexualité n’est pas une identité et un amour par défaut, motivée par un complexe, une peur, ou une souffrance »), ou encore des revues telles que Têtu (nous proposant des modèles gays « canons » pour leur couverture), ne s’insurgeraient autant contre la « fallacieuse réputation » de laideron-mal-dans-ses-baskets, de pauvre-type-incasable-et-pas-cool, de garçon manqué « pas baisable/mal baisée » ou de tapette quelconque sur la cour du collège, qui collerait à la peau de tout individu homosexuel (… en réalité, une réputation majoritairement colportée et pérennisée par les personnes homosexuelles elles-mêmes !).

 

Beaucoup de personnes homosexuelles disent explicitement ne pas aimer leur physique : « Je suis né le 30 mars 1933. […] J’étais très laid, un véritable petit singe. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des singes (2000), p. 22) ; « Dès que ma mère a appris qu’elle était enceinte de moi, elle a hésité à me garder. Viens ensuite la naissance où l’accouchement fut une boucherie tant pour elle en perfusion de sang que pour moi avec l’oreille déchiré, je suis arrivé dès le départ dans la souffrance. […] À l’âge de 6 mois, méningite à haemophilus, les médecins ne savaient pas si j’allais en ressortir vivant, seul un groupe de prière a intercédé en ma faveur auprès du ciel pour que j’en ressorte indemne. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; « J’étais si complexé par mon corps malingre. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 251) ; « Ce que j’ai trouvé difficile, c’est ma féminité, ma fragilité physique. » (un témoin gay dans l’essai Mort ou Fif (2001) de Michel Dorais, p. 47) ; « Je hais mon visage. » (le peintre britannique Francis Bacon dans le documentaire « Francis Bacon » (1985) de David Hinton) ; « J’ai été pendant l’enfance un vrai garçon manqué avant de me transformer à la puberté en une godiche timide, puis en boudin coincé vers vingt ans. » (cf. l’article « À trois brasses du bonheur » de Sophie Courtial-Destembert, cité dans l’essai Attirances : Lesbiennes fems, Lesbiennes butchs (2001) de Christine Lemoine et Ingrid Renard, p. 56) ; « Je me trouvais grosse et inacceptable. » (Louise Bourgeois parlant de son adolescence, dans le film documentaire « Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse, la mandarine » (2009) d’Amei Wallach et Marion Cajori) ; « J’étais maigre, ils avaient dû estimer ma capacité à me défendre faible, presque nulle. […] Quand j’ai commencé à m’exprimer, à apprendre le langage, ma voix a spontanément pris des intonations féminines. Elle était plus aiguë que celle des autres garçons. Chaque fois que je prenais la parole mes mains s’agitaient frénétiquement, dans tous les sens, se tordaient, brassaient l’air. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 16 puis p. 27) ; « Certains universitaires homosexuels, alors honnis et secrets, m’accordaient pleinement leur confiance et leur société, qui était instructive ; car, marginalisés par leur ‘vice’ comme moi par ma difformité, ils avaient spécialement développé leur culture, leur originalité ou leur talent ; ils faisaient généralement d’excellents professeurs. Passant moi-même pour un peu excentrique aux yeux du vulgaire, je me sentais comme normal en leur société. » (Paul Veyne, atteint d’une difformité physique à la tête, dans son autobiographie Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), p. 159) ; « J’ai été mal dans ma peau jusqu’à l’âge de 20 ans. Je me trouvais moche, je ne plaisais pas. J’ai vite compris qu’il fallait que je séduise par autre chose que mon physique. J’avais l’humour caustique, un peu anglais. J’étais vieux à 20 ans et jeune à 40, l’âge où j’ai commencé à déboutonner mon corset. » (Stéphane Bern, Paris Match, août 2015) ; « Tu nais, coiffée de la tête jusqu’aux genoux, toute velue. » (la voix-off de Christine s’adressant à elle-même par le tutoiement, dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; « J’espère ne pas devoir faire les cours de natation. » (Isaac, femme F to M qui s’appelle initialement Taïla, dans l’émission Zone interdite spéciale « Être fille ou garçon, le dilemme des transgenres » diffusée le 12 novembre 2017 sur la chaîne M6) ; « Je me sentais pas du tout bien dans ma peau. » (Lucas Carreno, femme F to M, pendant le débat « Transgenres, la fin d’un tabou ? » diffusé sur la chaîne France 2 le 22 novembre 2017) ; etc.

 

Dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Christian, le dandy homosexuel de 50 ans, raconte son appréhension des salles d’éducation physique et sa peur des scènes de douches collectives dans les vestiaires. « C’est extrêmement difficile à vivre. J’ose à peine regarder les autres. Quand c’était intime, j’étais dans le malaise. »

 

Dans l’émission Radioscopie sur France Inter, le 6 mai 1976, quand Jacques Chancel demande à Jean-Louis Bory si « physiquement il se plaît », Bory lui répond spontanément : « Ah nan ! Devant ma glace, je ne me ferais pas ! » Il trouve qu’il a le pif énorme de son grand-père. Et il se rappelle avoir sorti une phrase qui avait blessé sa mère : « Tu aurais pu faire un effort avec papa pour me réussir physiquement parlant. »
 

La romancière lesbienne Carson McCullers est « cette adolescente trop grande et embarrassée d’elle-même se vivant comme ‘anormale’. » (Josyane Savigneau, Carson McCullers (1995), p. 198) Edmund White adolescent se sentait un Sissy Boy qui n’arrivait pas à « parler viril », à « paraître viril » (Edmund White, Un Jeune Américain (1984), p. 9). Marc Batard se décrit lui-même comme « le petit bâtard aux grandes oreilles » (Marcel Batard, sur le site www.e-llico.com, consulté en juin 2005). Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld ont porté, quand ils étaient tout petits, les cheveux longs. Jean Le Bitoux souffre pendant son adolescence de sa petite taille : « Je ne grandissais plus depuis des années. Je fus dix ans durant le plus petit de ma classe. » (Jean Le Bitoux, Citoyen de seconde zone (2003), p. 30) Pierre Loti ne supportait pas de ne mesurer qu’1,62 m… et c’est pour cela qu’il portait souvent des souliers à ressort ou à semelle compensée. James Dean, le gringalet solitaire, vivait mal sa petite taille et sa mauvaise vue (il gardait même ses lunettes au lit !). Le comédien Fabien Tucci a un cheveu sur la langue. Federico García Lorca zozotait et refusait qu’on enregistre sa voix lors des interviews. Le dramaturge Copi « a une voix de viole de gambe » (cf. la biographie Copi (1990) du frère de Copi, Jorge Damonte, p. 67). Suzy Solidor complexa de sa voix étonnamment grave, Tennessee Williams de ses jambes paralysées, Cy Jung de sa cécité de personne albinos (« Bigleuse à 8 ans. Maboule à 18 » écrit-elle dans Tu vois ce que je veux dire, 2003), Montgomery Clift de ses grandes oreilles ; Frida Kahlo de sa pilosité et de son corps accidenté ; Harry Glenn Milstead (Divine) de son obésité, Gastón Baquero ou James Baldwin de leur peau noire ; Truman Capote de sa petite taille et de sa voix suraiguë ; Violette Leduc, Paul Verlaine, ou Érik Satie, de leur physique prétendument disgracieux ; le chorégraphe Mehdi Kerkouche, de sa petite taille et de son efféminement. Par exemple, dans l’émission de speed-datings Et si on se rencontrait… sur M6 (diffusée le 2 mai 2022), Enrique, un Vénézuelien homo de 38 ans, de son propre aveu, a été obèse et a les oreilles décollées. Par ailleurs, j’ai très clairement en tête cette photo d’Andy Warhol (1958) de Duane Michals, où l’on voit justement le plasticien se cachant le visage avec les mains pour ne pas être vu : pour moi, c’est la photo de la haine de soi par excellence.

 

Andy Warhol par Duane Michals

Andy Warhol par Duane Michals


 

Ce qui est pervers dans cette histoire de la haine homosexuelle de son physique, c’est qu’elle peut parfois reposer sur un substrat de réalité, sur une difformité ou une laideur presque « objective » : une maladie, un handicap, un visage disgracieux, on ne les invente pas ! Cela s’impose à certains individus. Mais c’est à nous, êtres humains, de distinguer, parmi les contingences humaines, ce qui relève de notre liberté, et ce qui nous est imposé. Dans toutes les situations, y compris celles où notre marge de manœuvre est limitée, nous avons à comprendre que rien n’est une fatalité, pas même notre corps. Si on ne peut pas le changer, notre liberté s’exprime au moins dans notre manière d’y consentir ou de « vivre avec » le mieux possible. Il y a toujours une décision qui se joue en chacun de nous d’aimer notre corps ou de le rejeter. Et c’est vrai qu’on remarque chez les personnes homosexuelles une tendance au rejet plus qu’à l’acceptation. On le constate à leur posture et à leur démarche corporelle. « Physiquement, il ressemblait un peu à ses dessins : un être immatériel, un peu funambule, qui marchait à tâtons. » (Alfredo Arias en parlant de son ami Copi, dans l’article « Copi, ma part obscure » d’Hugues Le Tanneur, dans le journal Éden du 12 janvier 1999)

 

La haine de son corps est la marque d’une peur/misanthropie enfantine, d’un désir de se couper de ses semblables/de se fuir soi-même… et comme on somatise parfois, ce qui au départ n’était pas naturel peut donner l’apparence « naturelle » de la maladie ou de la phobie : « Je m’inventais des maladies pour rester à la maison. Mon père était au travail et je me sentais bien dans ce cocon auprès d’elle [ma mère]. Au point que j’allais devenir phobique de l’école. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 18) ; « J’ai commencé à me détacher de ma mère. J’ai cessé de faire le malade. » (idem, p. 27) ; « Par souci de ma santé fragile et aussi pour éviter que je n’apprisse de vilaines choses, ma grand-mère m’avait interdit de jouer avec les garçons du voisinage. » (Yukio Mishima, Confession d’un masque (1971), p. 31) ; « Mon enfance fut maladive. On me diagnostiqua une maladie à l’époque où je ne connaissais pas encore l’existence de l’asthme. À cause de l’asthme, j’allais à l’école de manière sporadique. » (Patrick White cité sur le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003) ; « J’ai toujours vécu tellement protégé, quasiment sans sortir de chez moi. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 78) ; « Par la suite, elle surveilla mon alimentation avec une telle affectueuse tyrannie que les repas de famille devinrent pour moi une véritable supplice de Tantale. » (Denis Daniel en parlant de sa mère, dans son autobiographie Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 17) ; « Jusque là, ma famille m’avait volontairement soustrait à l’épreuve d’éducation physique avec l’aide d’un tas de certificats médicaux. » (idem, p. 24) ; « Tu connais, chère amie, mes goûts avérés ou plutôt mes dégoûts et mes allergies ! » (idem, p. 65) ; « Une véritable peur de la vie résulta de sa façon de nous élever, mon frère et moi. […] Au début de ma tendre enfance, je n’ai été privé que d’une chose : jouer avec d’autres enfants. Ma mère prétendait que j’avais une santé fragile et me gardait constamment auprès d’elle. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 76) ; « J’étais asthmatique et de terribles crises m’assaillaient parfois, me poussant dans un état plus proche de la mort que de la vie. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 61) ; etc.

 

Dans la série des douillets homosexuels faussement/vraiment malades, jugés « naturellement différents » alors que leur corps n’avait bien souvent que la forme de leurs fantasmes, de leurs peurs inavouées, et de leur dégoût d’eux-mêmes inconscient, on retrouve par exemple le peintre Francis Bacon, qui, étant petit, souffrait d’asthme et dû suivre des cours particuliers. Couvé par sa mère, Andy Warhol avait peur d’aller à l’école et simulait des maladies telles que la scarlatine, les allergies, ou les crises nerveuses pour arriver à ses fins. Malcolm Lowry, quant à lui, était un adolescent douillet et fragile. Jean Cocteau faisait croire à de fausses appendicites, scarlatines, rubéoles, pour ne pas se rendre au collège, et sa mère cédait à tous ses caprices. Afin d’éviter les rigueurs de l’internat au lycée, Paul Verlaine fut placé sur décision de sa mère dans l’Institution Landry. Tennessee Williams ne pouvait pas faire de sport comme les autres parce qu’à 11 ans, il se retrouva avec les jambes paralysées. José Lezama Lima, Marcel Proust, et Raúl Gómez Jattin, n’ont pas été épargnés par les attaques d’asthme qui les écartaient des jeux des enfants de leur âge. Federico García Lorca, qui faillit mourir du typhus à 14 ans, n’aimait pas le collège, et prétextait son handicap aux jambes qui le rendait boiteux pour ne pas faire de sport. Montgomery Clift était allergique à la laine. André Gide simulait des crises nerveuses pendant lesquelles il hurlait : « Oh ! Je souffre tellement ! Je souffre tellement ! ». Durant sa vie d’adulte, Pierre Louÿs se croyait tuberculeux et se donnait peu d’années à vivre.

 

Ce que beaucoup de personnes homosexuelles ont du mal à intégrer, c’est que cette haine de leur corps, même si elle peut s’expliquer scientifiquement et visuellement, n’a rien de profondément objectif, fondé, justifié : c’est dans leur cœur et leur regard que le problème de la « laideur/différence » physique homosexuelle se joue ; pas ailleurs. « On me dit que je suis mignon, mais je ne me plais pas. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 51) ; « Elle ne s’aimait pas et son corps, me semble-t-il, encore moins que le reste. Je pourrais écrire un florilège des expressions négatives dont elle se servait pour parler d’elle dans ses lettres : ‘une petite boulotte inculte’, ‘je me sens figée comme une vieille huile rance’, ‘tu vas serrer dans tes bras une bûche larmoyante’, ‘je tire au-dessus de ma tête le couvercle de ma poubelle’. Comment pouvait-elle se mépriser ainsi ? » (Paula Dumont par rapport à son amante Catherine, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 170) Elles se focalisent sur un détail pour transformer ce dernier en énormité qu’il n’est pas : « Tout a commencé par le nez. J’avais un gros nez et personne ne voulait de moi. » (Harold Lang, cité dans l’autobiographie Palimpseste – Mémoires (1995) de Gore Vidal, p. 202) Le sentiment de laideur ne s’appuie pas sur la réalité, mais sur une jalousie par rapport aux modèles fantasmatiques médiatiques : « La forme d’amour la plus reculée dont je me souvienne, c’est mon désir d’être un joli garçon… que je voyais passer. » (Jean Genet cité dans la biographie Saint Genet (1952) de Jean-Paul Sartre, p. 99) ; « Je n’étais pas mon genre. » (Pierre Loti, cité dans le Dictionnaire des Cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 301) ; « De cette période, je sais également que j’enviais ma sœur. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, parlant de la beauté de sa sœur, dans le roman Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 75) ; etc. La dévalorisation de son corps vient surtout du rêve narcissique déçu de ressembler à ses héros cinématographiques : « On se demande pourquoi on a souvent tendance à oublier les héros de notre enfance tels que Robin des Bois, Spock et l’incontournable Superman auxquels on voulait ressembler, que ce soit pour leur physique ou leur témérité. Alors assumons, messieurs ! » (cf. l’article « Megging, Messieurs ! » de Monique Neubourg, dans la revue Sensitif, n°44, mars 2010, p. 54) Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, quand on demande à Yves Saint-Laurent quel est le don de la Nature qu’il aurait aimé avoir et qu’il n’a pas, il répond : « la force physique ».

 

Carson McCullers

Carson McCullers


 

C’est un rapport blessé/méfiant au corps qui peut indiquer une homosexualité : « À 8 ans, Gide entre à l’École Alsacienne. Il a peur de la plupart des autres enfants mais s’attache passionnément à deux garçons en particuliers. Ils ont en commun d’être pâles, fragiles et délicats, comme Gide lui-même. » (Virginie Mouseler, Les Femmes et les homosexuels (1996), p. 28). Qu’on le veuille ou non, il existe un lien entre désir homosexuel et misanthropie/haine de soi. « Il n’aimera jamais le sport. Il n’aura jamais confiance dans son corps. » (Jean-Paul Sartre à propos de Jean Genet, dans sa biographie Saint Genet (1952), p. 15) ; « Je ne me supporte plus moi-même. » (Nancy, un homme transsexuel M to F, dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan) ; « J’ai quatorze ans. Je ne suis pas très grand, plutôt frêle car je prends bien soin d’éviter les clubs de sport et je multiplie les excuses pour être dispensé des cours d’éducation physique au collège. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 18) ; « On voyait bien que Violette Morris n’était pas bien dans sa peau. Elle s’était coupée les seins. Elle avait des seins énormes. » (Marie-Jo Bonnet lors de sa Conférence « Violette Morris, histoire d’une scandaleuse », donnée le 10 octobre 2011 au Centre LGBT de Paris)

 

Violette Morris

Violette Morris


 

La volonté homosexuelle d’en finir avec son corps sexué peut aussi, malheureusement, résulter d’un manque d’amour et d’amitié dans la vie des personnes homosexuelles : « Jamais personne ne me dit que je suis belle. » (la femme transsexuelle F to M, portraiturée dans le documentaire « Le Genre qui doute » (2011) de Julie Carlier)

 

La honte originelle de son corps est tellement injustifiée et honteuse à révéler que certaines personnes homosexuelles ont trouvé la parade pour l’innocenter : elles la naturalisent, et créent une « espèce » anthropologique homosexuelle. L’expression « corps homosexuel » revient à différentes reprises : chez Monique Wittig (Le Corps lesbien en 1973), Jean Danet, Gregory Woods, Sylvain Ferez (Le Corps homosexuel en-jeu en 2007), Camilla Storgaard (et ses « corps queer »), etc. L’argument naturaliste du « corps homosexuel » ou de la supposée « laideur qui rendrait naturellement homo », même s’il est homophobe et fallacieux (ce n’est pas notre corps qui commande nos désirs ni notre manière de le regarder avec bienveillance), arrange bien des personnes homosexuelles qui ne veulent surtout pas faire état de leur rapport souffrant/complexé à leur propre corps, qui ne sont pas enchantées de découvrir leur liberté et leur responsabilité dans le mépris de leur personne, qui ne souhaitent pas que l’on fasse la correspondance entre leur honte existentielle et un probable viol qu’elles ont/auraient subi dans l’enfance (et dans lequel leur corps est fatalement impliqué). Elles finissent par se rendre compte que le désir homosexuel n’est pas une réalité objectivable comme d’autres réalités corporelles : « La différence entre être homosexuel et être Noir, c’est qu’être Noir, ça n’a pas à s’annoncer : ça se voit. L’homosexualité, ça ne se voit pas forcément. » (Lionel, témoin homosexuel interviewé dans l’émission-radio Je t’aime pareil d’Harry Eliezer, spéciale « Papa, maman, les copains, chéri(e)… je suis homo », diffusée le 10 juillet 2010 sur France Inter) Par exemple, dans son film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014), le réalisateur homosexuel Daniel Ribeiro a choisi de mettre sur le même plan l’homosexualité et la cécité. C’est forcément touchant pour l’homosexualité (en plus de la mettre à l’abri du jugement moral), mais c’est quand même faux et abusif : la cécité n’est pas, contrairement à l’homosexualité, de l’ordre du désir, mais est principalement de l’ordre corporel.

 

La série gay friendly "Uggly Betty"

La série gay friendly « Betty La Fea » (« Ugly Betty »)


 

C’est généralement à travers l’art que la honte homosexuelle de son corps passe le plus inaperçue, trouve sa plus belle justification/cachette. Par exemple, la communauté homosexuelle a tendance à se choisir comme représentantes des chanteuses ou actrices à l’anatomie atypique (Juliette, Marianne James, Anne Roumanov, Chantal Ladesou, Rossy de Palma, Sylvie Joly, Valérie Lemercier, Lady Gaga, Brigitte Fontaine, Catherine Ringer, Juliette, etc. ; rien d’étonnant que la série télévisée Ugly Betty soit aussi homo-érotique !). Les créateurs homosexuels aiment mettre en scène des personnages socialement rejetés pour leur physique, au faciès peu publicitaire, voire carrément monstrueux : je pense à Tracy l’héroïne obèse de la comédie musicale Hairspray (2011) de John Waters, au Roi Jean le premier monarque sourd dans le film « Le Roi Jean » (2009) de Jean-Philippe Labadie, à l’Elephant Man (1980) de David Lynch, à Norma la femme défigurée du film « La Piel Que Habito » (2011) de Pedro Almodóvar, à la lilliputienne Jacqueline Mignot dans la nouvelle « La Césarienne » (1983) de Copi (« Elle était fort complexée vis-à-vis des autres femmes socialistes de sa génération », p. 65), à la Duchesse d’Albe dans la nouvelle « L’Autoportrait de Goya » (1978) de Copi (« Sa laideur jetait un froid autour d’elle. », p. 12), etc. Finalement, ils semblent vénérer davantage des spectres immatériels et des esprits de morts exposés dans un Musée des Horreurs, que des corps vivants, existants, et nous ouvrant à l’universelle incarnation.

 

Un peu comme chez certains gothiques qui prennent plaisir à s’enlaidir et à se tatouer de partout pour masquer leur mal-être corporel, certaines personnes homosexuelles font mine de rentrer volontairement dans le jeu de leur soi-disant « disgrâce congénitale ». Cela pourrait s’appeler l’inversion du stigmate en orgueil paradoxal : « Au lycée, son intégration n’est pas facilitée par son apparence physique. En quelques mois, elle est devenue une adolescente longue et maigre, qui ne tardera pas à atteindre, prématurément, sa haute taille d’adulte, 1,75 m. Ce ne fut sans doute pas très facile à vivre, mais la jeune fille en tire un sentiment accru de singularité. » (Josyane Savigneau, Carson McCullers (1995), p. 44) ; « Il se trouve simplement que je ne fais pas partie de celles-là. […] Je me suis toujours sentie moche, je m’en accommode d’autant mieux que ça m’a sauvée d’une vie de merde à me coltiner des mecs gentils qui ne m’auraient jamais emmenée plus loin que la ligne bleue des Vosges. » (Virginie Despentes à propos des femmes séduisantes, dans son essai King Kong Théorie (2006), p. 10) À l’âge adulte, il arrive que certaines personnes homosexuelles fassent payer leur sentiment de laideur physique aux autres en imitant les monstres qu’elles croient être, en accentuant leurs traits prétendument horribles par une humeur massacrante et une fierté provocatrice. « Verlaine vécut le drame de se croire tel : mal-né, environné sans fin de l’épouvante qu’il suscitait. » (cf. l’article « Poétiquement « correct » d’Alain Borer, dans le Magazine littéraire, n°321, mai 1994, p. 40) Alain Pacadis, après avoir eu honte de son physique, a entretenu l’image qu’il s’en faisait en devenant « crasseux, alcoolique et drogué, avec l’œil globuleux, le cheveux amidonné de gras, la démarche courbée par une scoliose soigneusement entretenue. » (cf. l’article « Alain Pacadis » de Didier Éribon, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 349) Drôle de manière de prendre le pouvoir sur sa propre haine de soi… Parfois même, certaines célébrités homosexuelles se vengent de s’être crues aimées uniquement pour leur plastique : Marlon Brando, par exemple, se laissa complètement aller à la fin de sa vie, en devenant obèse et hideux. D’autres même se suicident parce qu’elles ne supportent pas de vieillir et de s’enlaidir. Ils opèrent un acte iconoclaste sur leur propre personne… comme s’ils se doutaient d’être vraiment faits de chair et de sang.

 

Je vous propose de passer outre cette comédie homosexuelle de la dévaluation/adoration de soi dans la destruction de son corps, pour aller à l’essentiel de mon propos : pour moi, la mocheté physique homosexuelle n’existe pas. Pas une seule personne homosexuelle n’est laide, en réalité. Vous m’entendez : pas une ! En revanche, je crois que beaucoup d’entre elles ne se rendent pas désirables (… et certaines vont même jusqu’à se rendre trop belles plastiquement pour se rendre inaccessibles et indésirables !) Je pense en particulier à ces nombreuses femmes lesbiennes qui, par paranoïa du viol/de la sexualité (paranoïa qu’elles n’avoueront pour la plupart jamais), s’enlèvent tout sex-appeal pour décourager les garçons de les draguer ; je pense à ces hommes gays qui s’abandonnent vestimentairement et physiquement parlant – ne me regardez pas comme ça, s’il vous plaît… – pour ne surtout pas « faire mec » et plaire ; ou bien à ces dandys qui affichent une arrogance et une sophistication tellement parfaites esthétiquement qu’ils sont très peu avenants, même physiquement.

 

C’est le rapport au corps qui est souvent laid chez les personnes homosexuelles ; non leur corps réel. En fin de compte, elles sont complètement à côté de la plaque quand elles parlent en mal de leur corps. Si elles devaient mépriser quelque chose dans cette affaire, cela devrait être uniquement leur manière de se comporter gestuellement et de se tenir, leur démarche parfois superficielle et hautaine/honteuse, leur manque d’amour d’elles-mêmes, leur relation haineuse/blessée/envieuse à leur propre corps et aux corps des autres en général.

 

Parfois, elles aiment trop leur physique pour l’aimer vraiment tel qu’il est (c’est à dire comme une matière sacrée et fragile à la fois), et s’en servent pour s’isoler des autres : « Mon caractère, ma façon d’être, de me vêtir me différenciaient des autres élèves. J’étais grand pour mon âge et, grâce à mes parents, à ma mère surtout, j’étais toujours vêtu avec recherche ; l’éducation que j’avais reçue faisait de moi, je l’avoue, un garçon assez précieux mais, à seize ans, bien des jeunes gens ressemblent à des filles. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 82)

 

On a du mal à soupçonner cette haine de soi chez l’individu homosexuel bien fait, bien apprêté, très musclé, suffisant, fier de ses attributs physiques, narcissique à souhait, et sûr de son pouvoir de séduction donjuanesque. Qui, par exemple, ira voir dans l’assurance violente de l’acteur porno une auto-flagellation, une dévalorisation avilissante ? Et pourtant… se traiter comme un objet, n’est-ce pas autre chose que se détruire et s’enlaidir le cœur (et donc le corps) ?

 
 

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Code n°49 – Dilettante homo (sous-codes : Roue de voiture / Paresse)

dilettantes

Dilettante homo

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Communauté homosexuelle :

« Génération Paresse » ? Plutôt Génération terrorisée par le Réel !

 

Film "Drôle de Félix" d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Film « Drôle de Félix » d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau


 

Gender, es-tu là ? Existe-t-il un lien entre homosexualité et paresse ? Assurément oui. Mais il n’est pas causal. Loin de moi l’idée de faire des personnes homosexuelles une population naturellement et spécifiquement plus flemmarde que la moyenne. Nous devenons tous paresseux quand le désir ou l’amour des autres nous quittent.

 

La paresse homosexuelle n’est pas un fait objectif, puisque dans la réalité – contrairement au fiction, où les héros homosexuels paresseux fleurissent –, elle semble très peu volontaire puisque liée à la peur d’affronter le Réel, liée à une angoisse existentielle très courante et bien compréhensible (« Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? Suis-je assez solide pour être quelqu’un de bien et qui va faire de grandes choses ? »). Et nous savons bien que la peur, quand on est petit, est un sentiment difficile contrôlable. Le personnage de la dilettante homosexuelle dans les fictions, une fois transposé dans le quotidien des personnes homosexuelles, indique surtout un rapport distancé et craintif au Réel, aux autres. Elle pourrait s’appeler « misanthropie » ou « homophobie » (peur du même) ou « mépris de soi » : je pense par exemple aux individus homosexuels masculins qui ont rejeté, étant adolescents, le sport, le foot (peur du ballon), les bagarres, les corps à corps avec leurs semblables sexués, les jeux collectifs, les travaux manuels, toute activité physique qui nécessite l’effort ou la force ; ils ont préféré se réfugier dans un monde plus imaginaire et féminin, où ils étaient sûrs qu’on ne leur reprocherait pas d’être des mauviettes et des « garçons sensibles ».

 

Par ailleurs, ce qui est analysé comme une paresse homosexuelle est parfois plus positivement une juste résistance à la suractivité du monde moderne mécanisé, de la société capitaliste, marchande, productiviste, brutale et barbare (d’aucun dirait « patriarcale » et « machiste »). Une quête de poésie et d’idéaux, une revendication de la sensibilité et d’un droit à la fragilité. Un appel à l’authenticité.

 

Globalement, je dirais que le dilettantisme, c’est l’absence de liberté, de conscience, de désir. Il n’a donc pas à être jugé d’abord comme une mauvaise volonté, mais bien comme une ABSENCE de volonté… ce qui, pour le coup, ne juge pas des personnes, et peut déculpabiliser les sujets homosexuels.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Étant donné qu’elles pensent que l’action cinématographique peut se substituer à l’action réelle, beaucoup de personnes homosexuelles vont développer une forme de schizophrénie. Il leur sera difficile de connecter leurs actions à leur conscience, leur cœur à leurs mains. Leurs actions se chargent souvent d’une intention esthétique qui paralyse leur rayonnement et leur efficacité. En s’obligeant à tout styliser, elles ont tendance à reproduire des attitudes qu’elles ont déjà vues chez tel ou tel acteur, à ne pas être à ce qu’elles font ni à ce qu’elles sont, même quand elles agissent concrètement et en toute sincérité. Souvent trop conscientes d’être observées parce qu’elles désirent être leur propre spectateur, elles se pensent agissantes tout pendant qu’elles agissent, ce qui enlève du naturel à leurs gestes, surcharge ceux-ci d’intentions. Trop souvent, elles font sans faire, sans mettre de désir dans leurs actions (En image, cela est symbolisé par les protagonistes homosexuels dilettantes, plongés dans un semi-sommeil, qui ne savent rien faire de leurs mains… pas même changer une roue de voiture !). Leur paresse peut aussi prendre la forme de l’hyper-activité, de l’investissement massif des domaines artistiques, universitaires, intellectuels, cybernétiques, décisionnels et non plus actionnels : elles s’occupent de tout sauf de ce qui devrait pourtant mobiliser leurs priorités du moment, ou de ce à quoi leur sexe et leur corps les prédisposent davantage. Dans les deux cas (l’inaction ou l’activisme), elles tendent à refuser le « faire collectif » et « concret ».

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Bourgeoise », « Artiste raté », « Différences physiques », « Manège », « Bovarysme », « Fan de feuilletons », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Voyeur vu », « Télévore et Cinévore », « Femme au balcon », « Sommeil », « Femme allongée », « Main coupée », « Promotion ‘canapédé’ », « Obèses anorexiques », « Faux révolutionnaires », à la partie « Foot » du code « Solitude », et à la partie « Schizophrénie » du code « Doubles schizophréniques », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le héros homosexuel sans sens pratique ou paresseux :

Jacob dans le film "La Cage aux folles" d'Édouard Molinaro

Jacob dans le film « La Cage aux folles » d’Édouard Molinaro


 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, beaucoup de héros homosexuels sont montrés, ou se montrent eux-mêmes, comme des incapables, des cruches sans bras : « Regardez ces fainéants ! » (Zize, le travesti M to F face aux homos, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Je me demande pourquoi il y a toujours autant de pédales chez les bourgeois. Ça doit être l’absence d’effort physique. À force de rien foutre assis sur des fauteuils, leurs gènes deviennent mous et dégénérés. » (le boucher – Philippe Nahon – dans le film « Seul contre tous » (1998) de Gaspard Noé) ; « J’étais incapable de planter un clou. Je savais que quelque chose clochait chez moi. » (Frank, le héros homo de la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; « Au moins, Olivier, il sait faire quelque chose. » (Philibert s’adressant à son amant David, dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher) ; « Nous autres on est des bonnes à rien, même pas à faire des gosses. » (Suzy Solidor dans le film « Jalousie » (1936) de Jean de Limur) ; « J’étais même pas foutu de faire un cendrier qui n’était pas bancal. » (Jean-Luc, le héros homo, parlant de son expérience en atelier poterie, dans la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch) ; « Je n’aurai jamais la main ! » (le narrateur du recueil Une Saison en enfer (1873) d’Arthur Rimbaud) ; « Ben oui, j’suis fainéant. Je vais pas le crier sur les toits. » (le jeune Mathant dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Chaque jour, même parcours, ne rien faire, attendre et voir. Errer dans les limbes de mon âme qui boîte. Rester dans ma chambre, me bercer dans le ouate. Dormir, me blottir contre mes idées noires. » (cf. la chanson « Je baille » du Beau Claude) ; « Vous passez votre temps à flâner dans votre chambre ou à nager au Forty Foot. » (Tante Eva en parlant à Anthony, son neveu homosexuel, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « Tu vas répondre, feignasse ?! » (Julien s’adressant à son amant Yoann, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Comme je vous le disais, j’ai pas mal de temps libre. » (Gabriele, le héros homo licencié de son travail, s’adressant à son amie Antonietta, dans le film « Una Giornata Particolare », « Une Journée particulière » (1977) d’Ettore Scola) ; « Défaitiste, inutile et de tendance dépravée : voilà ce qu’ils ont dit. » (Gabriele par rapport à son renvoi de la radio, idem) ; « Va travailler, comme ton père te l’a appris ! » (la mère de Rettore se plaignant de l’oisiveté de son fils homo prostitué, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Moi, dans ma vie, je suis séropo. Voilà ce que je fais dans la vie. » (Sean, le héros homo du film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo) ; etc.

 

La vie de certains personnages homosexuels semble vide, douillette, et désertée par la prise de risque : « J’ai rien à dire. […] Il m’arrive jamais rien. […] Je sais, c’est chiant. » (le comédien du one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont) ; « Tu sais…moi, j’me fais chier depuis que je suis née. » (Teena, l’héroïne lesbienne du film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce) ; « Un risque, tout de même, dans ma vie. Merci. » (le juge Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 97) ; « Je suis restée toute seule dans ma petite maison à attendre, occupant mes journées aux arts quotidiens du ménage et de la cuisine, ainsi qu’à l’art de la réflexion discrète. À attendre quoi ? […] À attendre quoi, je vous pose la question. » (Jeanne dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « À cette époque, j’étais en première année à l’Institut des arts graphiques, je me destinais donc, pas par goût mais par pure paresse, à un métier d’imprimerie, comme mon père, comme mon frère, sans savoir encore tout à fait lequel. » (le narrateur homosexuel dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 27) ; etc. Ils semblent tenaillés par une peur existentielle : « Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? Je ne sais rien faire. » (Gwendoline dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Ça me crève de ne rien foutre. » (Charlotte, l’héroïne lesbienne du film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Par exemple, dans le film « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, aucun des personnages ne travaille, et certains se montrent particulièrement peu habiles de leurs mains (par exemple, Étienne est tellement maladroit qu’il casse un œuf sans le faire exprès). Dans le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen, Jan, l’un des héros homosexuels, ne sait même pas s’occuper du jardin de sa maison. Dans le film d’animation « Shark Tale » (« Le Gang des Requins », 2004) d’Eric Bergeron, Lenny, le fils requin, est présenté comme une vraie lopette qui a peur de mal faire, et qui ne passe jamais à l’action. Dans le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel, Éric, le héros gay, n’est pas du tout manuel. Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros homosexuel, imite sa mère, jusqu’à être contaminé par son dilettantisme : « Elle ne fait rien de ses journées et prend un ton râleur et exaspéré pour le cacher. » Il fuit les sports collectifs, le monde des travaux manuels, fait tout pour être exempté du service militaire. Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Stéphane, le héros homosexuel, est tellement peu débrouillard qu’il ne sait même pas aller chercher une bouteille de vodka dans un comptoir de bar. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Frankie demande à son amant Todd pourquoi il continue de faire le métier de danseur qui le barbe. Celui lui répond : « Je sais rien faire d’autre. » Dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015), Jefferey Jordan, le héros homo, définit tout homosexuel comme « une espère de grosse feignasse qui marche sur un fil ». Dans la biopic « Life » (2015) d’Anton Corbijn, James Dean est un j’m’en foutiste présenté comme un génie-sans-effort. Lui-même confirme sa réputation : « Je suis paresseux, c’est tout. » Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, se définit lui-même comme un glandeur invétéré : « Là où j’assure, c’est pour me la couler douce, écouter de la musique ou glander dans notre bibliothèque. » Sa meilleure amie Katja lézarde aussi : « Je crève d’ennui. ». Et l’amant éphémère de Phil, Nicholas, lui avoue qu’il « aime bien glander »… et il papillonne tellement qu’il finit par sortir avec Katja !

 

Parfois, c’est l’émergence de l’amour homosexuel qui pompe l’énergie de travail (cf. je vous renvoie à la partie « Fatigue » du code « Manège » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « J’ai même plus envie de travailler. » (Florence après sa rencontre avec Hélène, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) L’homosexualité annonce un éloignement de l’actionnel. Par exemple, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, c’est lorsque Franz s’installe chez son amant Léopold qu’il se tourne les pouces, n’a plus l’énergie de trouver un appartement ou du boulot, passe son temps à écouter de la musique, se transforme en un lion en cage, attendant avec angoisse et déception le retour de son ingrat de prince. Il veut absolument « rêver », mais le rêve vire au cauchemar. Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., depuis que Jonathan s’est installé avec son copain Matthieu, il ne fait plus rien dans la maison, comate devant l’ordinateur, ne fait plus la vaisselle. Il se laisse complètement aller. Dans l’épisode 68 « Restons zen ! » (2013-2014) de la série Joséphine Ange gardien, Romane, l’héroïne lesbienne, dit à son père qu’elle a décidé de vivre en Thaïlande, et d’arrêter la fac. Mais elle ne donne pas la vraie raison… qui est son homosexualité.

 

Dans le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela, Leevi et son amant Tareq doivent retaper la maison de campagne du père de Leevi, Jouko. Leevi ne semble pas débrouillard et se tape sur le doigt avec un marteau. Et son père le méprise dans l’exercice du bricolage : « J’aurais dû me douter que tu n’y arriverais pas. » Il n’hésite pas à le dévaloriser même devant Tareq : « Mon fils ne sait rien faire. » Et en effet, Leevi est plus occupé à tapoter sur son portable et à lire des livres (d’ailleurs, il est thésard en littérature) qu’intéressé par les travaux manuels : « C’est la première fois que je fais ça. » Concernant la pêche, son père a essayé de l’initier, mais Leevi ne s’est pas laissé enseigner : « Je n’étais pas très doué… » avoue-t-il à Tareq, plus habile de ses mains. Néanmoins, Leevi comme Tareq ne se poussent pas au travail. Bien au contraire. Ils préfèrent batifoler dans les roseaux, faire de la barque et l’amour. Ils esquissent un semblant de remord : « Je t’ai ralenti dans ton travail… » (Tareq) « C’est pas grave ! » (Leevi). Et Tareq se fait un peu violence (« Je suis ici pour travailler. ») mais Leevi le prend mal d’être repoussé et de ne pas parvenir à désoccuper complètement son partenaire. Les deux amants, au final, ne remplissent pas le contrat paternel et les travaux n’avancent pas : « Rien n’est fait ici ! » constate Jouko, qui les chasse de la maison.
 

Dans beaucoup d’œuvres de fiction homo-érotiques, le personnage homosexuel ne veut pas travailler et se montre particulièrement paresseux : cf. le roman Mimi (2011) de Sébastien Marnier, le film « La Cage aux Folles II » (1981) d’Édouard Molinaro (avec le personnage de poule mouillée de Zaza), le film « Bent » (1997) de Sean Mathias (avec Max, le héros homosexuel artiste se la coulant douce), le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky (avec Mona et Tamsin, vivant passivement leur amour de vacances), le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier (avec le portrait de Loïc, le « j’m’en foutiste » homosexuel), le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitman, le film « Un Trabajo Tranquilo » (1974) de Pasquale Festa Campanile, le film « Absences répétées » (1972) de Guy Gilles, le film « 101 Reykjavik » (2000) de Baltasar Kormakur, le roman Les Rêves du Paresseux (1940) d’Alberto Moravia, la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillots de bain (2012) de Christophe et Stéphane Botti, le film « Godelureaux » (1960) de Claude Chabrol (avec les dandys oisifs), le film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie Macdonald (avec l’errance des deux amants homosexuels, vivant en HLM), le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le film « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy (les sœurs jumelles Solange et Delphine se lèvent à 11h30 tous les matins…). le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache (avec le play-back d’un travesti M to F sur la chanson « C’est la ouate » de Caroline Loeb, un classique gay), le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, le film « Vacation ! » (2010) de Zach Clark, le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, etc.

 

 

Extrêmement souvent, le héros homosexuel revendique sa fainéantise : « Je ne suis pas naturellement courageux physiquement. » (Claude dans le film « Déclin de l’Empire américain » (1985) de Denys Arcand) ; « J’aime être dilettante. » (Louis dans la pièce Juste la fin du monde (1999) de Jean-Luc Lagarce) ; « Je déteste l’idée de travailler. » (Chéri dans le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears) ; « Je suis pour vivre couchée. » (Léonore, l’héroïne lesbienne de la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau) ; « J’suis une loque. » (Philippe, le héros homo du film « Une Histoire sans importance » (1980) de Jacques Duron) ; « J’ai jamais travaillé. » (cf. la chanson « Banlieue Nord » de Johnny Rockfort, dans la comédie musicale Starmania de Michel Berger) ; « Au large de Miami dans mon hamac, je me laisse bercer par le ressac, discipline quotidienne. Tous les jours j’encaisse, je vous le confesse sans aucune faiblesse le prix de la paresse. » (cf. la chanson « Au large de Miami » d’Arnold Turboust) ; « C’est simple, si la vie était un magazine féminin, j’habiterais un superbe loft duplex de 458 mètres carré mansardé avec poutre apparentes, beaucoup de cachet… Je ne pourrais pas travailler, ah ben non, je suis une femme libérée mais comment vous voulez que je bosse avec toutes les choses que j’ai à acheter… » (le comédien de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je suis fait pour rien faire et surtout pour bien le refaire ! Je suis fait pour la fête, pas pour la prise de tête, non ! » (Philippe d’Orléans, le frère homosexuel de Louis XIV, dans la chanson « À qui la faute ? » de la comédie musicale Le Roi Soleil de Kamel Ouali) ; « Je veux travailler mais ne rien faire. » (Rosa dans la pièce musicale Rosa La Rouge (2010) de Marcial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi) ; « Ne m’oblige pas à travailler. » (Cachafaz à son amant Raulito dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « J’ai pas envie de travailler. » (Gérard Robert dans la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim) ; « Moi, je vis d’amour et de danse, je vis comme si j’étais en vacances. » (cf. la chanson « Laissez-moi danser » de Dalida) ; « On est heureux, c’est con, hein, on n’en fout pas une rame. » (Doumé à son amant Willie, dans le roman La meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 68) ; « Scum favorisera la force de non-travail. » (cf. une réplique de la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche) ; « J’me suis toujours trouvée trop paresseuse pour me battre. » (Karin dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant », « Les Larmes amères de Petra von Kant » (1972), de Rainer Werner Fassbinder) ; « Il n’y a pas plus paresseuse que moi ! » (Michel Hermon dans son spectacle-cabaret Dietrich Hotel, 2008) ; « Je déteste tout ce monde d’attardés qui ne parlent que du cours des drogues et des chemises indiennes. Je les supporte parce que ça amuse Pierre, il essaie des drogues nouvelles et passe toute la journée assis à côté de la piscine en position de lotus à regarder fixement le soleil pendant que je dessine à côté de lui. » (le narrateur homosexuel parlant de son amant Pierre, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 65) ; « Travail ? Pas la peine. » (Steeve dans la pièce Bang, Bang (2009) de Lascars Gays) ; « Perdre son temps est une façon comme une autre d’en user. » (Denis, le héros homosexuel geek faisant l’éloge de la paresse hédoniste, de l’agir inutile et de « l’art pour l’art », dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta) ; « Je suis fainéante. » (Giovanna dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho », « Au premier regard » (2014) de Daniel Ribeiro) ; « J’ai pas envie de bosser. » (Gabriel, l’un des héros homos, idem) ; « Je suis à Pôle Emploi depuis deux ans. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Mauvaises Fréquentations » (2000) d’Antonio Hens, Guillermo, le jeune héros homo, est un paresseux (et fier de l’être !) ; son but affiché dans la vie est d’en faire le moins possible et ne pas travailler : « Parfois, je m’imagine gagnant au loto. Pas besoin de travailler. Mon père se tue pour trois fois rien. Moi, je ne veux pas d’horaires, pas de chef, gagner beaucoup et en faire le moins possible. » Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, l’histoire d’amour se passe en plein été : Oliver et Elio tuent leur ennui en prenant des bains de soleil… et en couchant ensemble. Dans le film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion, Osmond, le machiavélique bisexuel, est décrit comme un « dilettante stérile ». Dans le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, les protagonistes homosexuels ont une réputation de glandeurs : « Vous, les gars des ranchs, vous n’êtes que des bons à rien ! » dit leur chef Aguirre ; l’un d’eux, Hennis (le blond), ne faillit pas à cette réputation puisqu’il avoue que « le plus long voyage qu’il a effectué dans sa vie est celui qui l’a conduit à la poignée de sa cafetière ». Dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, Claude a soutenu qu’« il était pédé » pour être réformé du service militaire. Dans le film « Camping 2 » (2010) de Fabien Onteniente, pour imiter le très efféminé Patrick qui n’a jamais travaillé de sa vie, Jean-Pierre s’habille comme lui : en rose, avec un débardeur où il est écrit « NO JOB ». Dans le sketch « Le Colonel » de Pierre Palmade, le très homosexuel chasseur de la Guéronnière veut en faire le moins possible et passer une semaine à se la couler douce : pour cela, il négocie un traitement de faveur avec son supérieur. Dans la pièce Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou, le compositeur Érik Satie dit qu’il est un mélange d’Adam et d’Ève, « des paresseux sans doute » ; il ne semble d’ailleurs pas avoir une grande idée du travail (« Sachez que le travail, c’est la liberté… La liberté des autres. »). Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, les héros sont montrés totalement désœuvrés ; à part pour l’équeutage des haricots, ils ne foutent rien dans leur baraque, et ne savent même pas organiser une vie commune avec un partage équilibré des taches (p. 204). Dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, Marcus, le héros homosexuel, est très oisif et sèche tous les cours. Dans le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye, Wang Ping avoue qu’il n’a jamais travaillé, et qu’il est resté éternellement étudiant. Dans le roman Autobiographie érotique (2006) de Bruce Benderson, Romulus, le prostitué roumain, « glande en Hongrie ». Dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, Laurent (Cyrille Thouvenin) est l’étudiant dilettante refusant de travailler, et peu motivé par son cursus scolaire. Dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow, Sébastien figure l’homosexuel dilettante devant sa télévision, qui ne donne aucun coup de main pour les services à la maison. Dans le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears, Johnny ne veut pas venir travailler à la laverie automatique de son amant Omar. Dans le film « Grande École » (2003) de Robert Salis, Louis-Arnault ne fait jamais la vaisselle. Dans le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti, l’oisif Aschenbach ne fait rien d’autre de ses journées qu’observer passivement son entourage. Dans le film « Swimming Pool » (2002) de François Ozon, Sarah est la femme rigide qui ne se mouille jamais (dans tous les sens du terme ! elle ne veut même pas se baigner dans la piscine par peur des microbes !), qui ne retrousse ses manches que pour le maquillage du crime. Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Paul est présenté comme un fainéant « qui refuse de faire un effort », et sa sœur Élisabeth, comme une bonne à rien qui, selon son frère, « ne sait pas travailler et qui n’a jamais travaillé » ; cette dernière cherche à démentir cette réputation en se trouvant un travail… mais le seul « métier » qu’elle accepte est un travail de figuration, c’est-à-dire le mannequinat ; ensuite, en épousant un milliardaire qui meurt accidentellement sitôt le mariage consumé, elle règle finalement le problème en s’assurant un veuvage prospère qui la dispensera de travailler. Dans le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, Mathieu est présenté par sa sœur comme un « glandeur », tandis que Cédric, le petit copain de Matthieu, n’a pas de travail. Dans le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, Arnold ne travaille pas et ne sait rien faire de ses mains : son seul métier consiste à jouer le travesti la nuit, autrement dit à l’exhibition. Dans la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy, Sébastien l’homosexuel dit qu’il ne veut pas travailler : « J’en fous pas une de la journée… » ; le seul « boulot » qu’il accepte, c’est celui de gogo dancer… Dans le film « Les Yeux fermés » (2000) d’Olivier Py, Ahmed est présenté comme « un oisif authentique » ; et il confirme sa réputation : « Je suis le garçon qui ne fait rien. C’est terrible. Ma mère est morte, elle m’a laissé un peu d’argent. Je me laisse vivre. » Dans le roman Des chiens (2011) de Miko Nietomertz, Claude, la compagne de Polly, traite sa copine et ses deux potes gays Simon et Mike de paresseux : « Vous me faîtes rire, les deux pédés et la lesbienne, on dirait deux burnes accrochées à une bite. Accrocs au virtuel, hein, c’est ça ? Parfois, je pense à vous et je me dis que vous êtes vraiment à côté de la plaque, tous autant que vous êtes, les trois branleurs capables de rien. La génération virtuelle, celle qui existe même pas vraiment. Vous avez quoi dans vos vies à part vous branler et coucher avec le premier venu ? Du cinéma, de l’écriture, ah lala, mais on vous a pas appris la vie, je te jure. Moi je vous conseille de vous bouger, de trouver quelque chose à faire de vos vies, parce que c’est pas la vie qui va venir vous chercher dans vos petits appartements bourgeois avec vos petits ennuis bourgeois et vos petites gueules bourgeoises. Un jour il faudra faire bouillir la marmite au lieu d’attendre que les allocs vous tombent dans la gueule. » (p. 80-81) Dans le film « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent, Ricky, le héros homosexuel, et ses deux potes gay fashion victim, arrivant fraîchement de la ville et débarquant dans la ferme du grand-père de Ricky, sont incapables d’aider ce dernier aux champs… et quand ils sont forcés à le faire, ils lui bousillent son tracteur en se disputant le volant ; ils ne sont bons qu’à exécuter des « chorés » dans la grange à papy (avec de chapeaux de cow-boys à la Madonna), à jouer aux cartes, et à se la couler douce à la ferme sur des transats (« Toi et tes amis, vous êtes plus utiles au four qu’au moulin, hein… » remarque le grand-père).

 

Film "Far West" de Pascal-Alex Vincent

Film « Far West » de Pascal-Alex Vincent


 

À plus grande échelle, l’homosexualité, si elle devient une option et une loi d’État, apparaît alors comme un signe de crise profonde d’un pays qui connaît(-ra) une grande hausse du chômage. « L’homosexualité, c’est de la peur, de la paresse. C’est criminel de la part d’un État d’avoir infantilisé ainsi les gens. » (le père de Claire, l’héroïne lesbienne, parlant du « mariage pour tous », dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener). Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Jacques, le héros homo, a la flemme de travailler, et au moment d’être à découvert, se réveille un peu : « Faut que je travaille. Et très très vite. ».

 
 

b) Changer la roue de voiture :

Dans certaines créations artistiques, il arrive que le personnage homosexuel masculin ne sache pas changer une roue de voiture, ou refuse de le faire : cf. le film « Drôle de Félix » (1999) de Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot, le film « Le Soleil assassiné » (2002) d’Abdelkrim Bahloul, le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody, le film « Loin » (2001) d’André Téchiné, la chanson « Équivoque » de Jean-Luc Lahaye ; etc.

 

La roue de secours est comme la métaphore homo-fictionnelle du manque d’enracinement du désir homosexuel dans la réalité et dans le bon sens humain, ou bien le signe d’une exploitation, ou même un symptôme de lesbianisme : « Vous êtes incapable de changer un pneu. » (Lydia s’adressant à Otho le personnage homosexuel, dans le film « Bettlejuice » (1988) de Tim Burton) ; « Les homos sont ceux qui ne savent pas réparer une voiture. » (cf. une réplique de la pièce Faim d’année (2007) de Franck Arrondeau et Xaviéra Marcjetti) ; « Iris urinait contre une roue de la voiture pendant que Carina poudrait de poivre ses moustaches en bavardant avec elle. » (Copi, La Cité des Rats (1979), p. 44) ; « Vous savez quoi ?!? La roue de secours, elle est crevée ! » (César, parlant de lui-même, et se plaignant d’être le dindon de la farce du projet d’homoparentalité du couple lesbien Kim-Alexandra, dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier) ; « Y’a plein de femmes qui ont leur permis poids-lourds : les lesbiennes. » (Anthony Kavanagh dans son one-man-show Anthony Kavanagh fait son coming out, 2010) ; « Je sais changer une roue… et là, elle croit que je suis lesbienne. » (Agathe dans la pièce Les Deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi) ; etc. Par exemple, dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry, le héros homosexuel, ne sait pas changer sa roue de voiture : c’est une passante qui est obligée de le faire à sa place ! Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, dit que sur la fraterie de quatre enfants dont il fait partie, ils sont deux, sa sœur et lui, à avoir fait un coming out : « Ça fait un beau ratio ! ». Il fait la remarque qu’avec sa frangine, qui a choisi d’être chauffeur routier, de se comporter en mec, de changer les plaquettes de freins de leur père, et lui qui a décidé d’assumer sa féminité, d’être hôtesse de l’air, il a dû y avoir « inversion ». Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, le taxi de Rana crève. Et ni sa conductrice ni sa passagère transsexuelle F to M Adineh ne savent changer la roue. Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, Guy, homosexuel, ne sait pas changer sa roue de voiture. Il tue Herbert, l’amant caché de son amoureux Hugues, avec un cric.

 

Film "Priscilla, folle du désert" de Stephen Elliott

Film « Priscilla, folle du désert » de Stephen Elliott


 
 

c) La simulation d’action :

L’hyper-activité chez le héros homosexuel n’est pas non plus un gage d’ancrage dans le réel. Certains personnages gays se transforment, surtout à travers l’art et la culture (bodybuilding et gonflette, aussi), en fous de travail ou en hommes de terrain (fermiers, ouvriers), pour faire illusion sur leur paresse ou leur désir d’éloignement de la réalité ; et certaines héroïnes lesbiennes, à la force du poignet, s’imposent dans des milieux masculins physiquement difficiles (l’agriculture, l’armée, le sport, la mécanique, etc.) : cf. le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2005) d’Ang Lee, le film « W… imie » (« Aime et fais ce que tu veux », 2013) de Małgorzata Szumowska, le film « Far West » de Pascal-Alex Vincent, le film « Oublier Chéyenne » (2005) de Valérie Minetto, le film « Stadt, Land, Fluss » (« La Clé des champs », 2011) de Benjamin Cantu (racontant l’idylle entre deux garçons fermiers), « Désirs interdits » (« Hombres de Piel dura », 2019) de José Celestino Campusano, la chanson « Travaillera Rusticana » de O’dett, etc.

 

 

Ces personnages se détournent en réalité de ce que leur sexe d’origine et leur corps sexué les prédisposaient un peu plus à faire, soit en faisant des métiers trop manuels pour eux, soit au contraire en fuyant tout travail manuel : « Ceux qui me considèrent comme un oisif, un bon à rien, un dilettante, devraient connaître l’énergie que je dépense sans compter [dans l’écriture]. » (la figure de Marcel Proust dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 109)

 

D’ailleurs, dans les discours de certains héros homosexuels et transsexuels, le rôle social se confond avec le rôle cinématographique : « Le travail ne me fait pas peur : je suis un peu décorateur, un peu styliste. Mais mon vrai métier, c’est la nuit que je l’exerce, travesti : je suis artiste. » (cf. la chanson « Comme ils disent » de Charles Aznavour)

 

Si le personnage homosexuel aime le travail, ce sera juste « dans l’idée », pour le « trip »… ou pour regarder le bel ouvrier qui bûche à sa place : « J’aimais d’instinct ce monde de la mer, ces hommes qui ne vivaient qu’auprès de la mer, des bateaux. Je voulais de tout mon cœur appartenir à ce monde-là, être en compagnie de ces hommes. Je pressentais que je saurais amarrer les bateaux, répondre à des ordres qu’on gueule, avoir ce visage buriné, ces rides ensoleillées, ces vêtements usés. Les premiers rêves de mon enfance ont été des rêves de marins. […]. Je ne suis pas devenu marin. » (Luca, le héros du roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, pp. 29-32) ; « La sueur qui ruisselait de son torse convergeait dans sa lavogne ombilicale. » (cf. la description du tondeur travaillant à l’extérieur de la propriété du narrateur homosexuel, dans la nouvelle « Crime dans la cité » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 73) ; « Je me penchai sous ma voiture. Un apprenti m’aperceva et se relevit. Il finissait sa journée, et ça se voyait sur son bleu de travail qu’il n’avait de bleu que le nom. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 97) ; « Je dois avouer qu’il est beau dans son gilet bleu et son pantalon de toile. Il n’a vraiment pas l’air d’un Boche. On croirait un de ces jeunes ouvriers qui travaillent sur les chantiers navals et, si je ne le connaissais pas, je m’y serais laissée prendre. » (Madeleine dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 194) ; « Ce jardinier, on le dirait sorti d’un calendrier des Dieux du Stade. » (Tom, le héros homosexuel en parlant de son futur amant qui le fait fantasmer, Louis, le jardinier sexy de la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen) ; « Si tu veux faire le potager tout nu, tu le fais. » (Graziella s’adressant à Louis, idem) ; etc. Par exemple, dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le héros homosexuel envie la vie calme des pêcheurs. Mais seulement « envie »…

 

Par exemple, dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Gabriel, Nicolas et Rudolf, les trois potes gays parisiens, ne sont pas du tout débrouillard ni manuels. Ils font semblant de l’être, juste le temps de la carte postale. Notamment, Nicolas se prend sérieusement en photo torse nu avec une hache à la main pour faire croire qu’il sait couper du bois dans un chalet montagnard en Autriche… mais il se garde bien de faire vraiment le travail de bûcheron après ! Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Simon, le héros homo, fantasme sur un ouvrier paysagiste horticole qui s’occupe des espaces verts de son quartier résidentiel.

 

Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, est décrit comme « une dilettante avec des intérêts encyclopédiques ». Et en effet, il voyage au Mexique pour soi-disant tourner un film, et on ne le voit jamais au travail. Mary Sinclair vient lui rendre visite et s’étonne de son inactivité : « Il est 10h du matin… et vous êtes encore en pyjama ? » Face à son dilettantisme, Eisenstein joue les débordés : « J’ai une quantité illimitée de travail. »
 

Je vous renvoie également à l’expo photos Hommes à la tache (2015) du photographe Marc Martin, présentant des clichés d’ouvriers sexys, à la galerie Au Bonheur du Jour à Paris, et qui illustre parfaitement le simulacre homosexuel d’action.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La peur/paresse de faire :


 

Dans le langage courant et dans la pensée populaire, quand on dit « C’est pas un boulot de tapette », on sous-entend que c’est un boulot difficile ou de qualité… et donc on associe l’homosexualité au travail mal fait, voire pas fait du tout ! La paresse est, dans l’inconscient collectif, souvent associée à l’homosexualité.

 

Plus qu’une vraie paresse, l’inactivité homosexuelle, comme je le disais dans la notice explicative, vient davantage d’une peur de ne pas savoir faire (peur par exemple de soulever une lourde charge, de mettre les mains dans le cambouis, de se salir, de ne pas savoir se boucher le nez sous l’eau ou plonger, de changer une roue de voiture, d’être attaquant au foot, etc.), une angoisse de se confronter à l’effort (autre qu’intellectuel) et à la réalité/Réalité. C’est ce que semble nous faire comprendre la scène cocasse de la biscotte de La Cage aux Folles (1973) avec Zaza Napoli… tout fictionnelle qu’elle soit. La décontraction excessive est souvent l’arme ultime des angoissés.

 

 

Si on les écoute, beaucoup d’individus homosexuels (le plus souvent garçons) sont montrés, ou se montrent eux-mêmes, comme des incapables, des « lopettes » : « La tendance à l’efféminé est une forme de mollesse, celle de l’homme qui fait traîner son manteau pour s’éviter l’effort de le soulever. » (Aristote, Éthique à Nicomaque, chapitre VII, cité dans l’essai Queer Critics (2002) de François Cusset, p. 31) ; « Carson, qui avait toujours eu des domestiques, ne savait rien faire. » (Josyane Savigneau, Carson McCullers (1995), p. 81) ; « Mon père était bricoleur, et fier de ses capacités en ce domaine, comme il était fier du travail manuel en général. […] Moi, je ne savais rien faire de mes dix doigts. Et dans cette incapacité voulue, j’investissais bien sûr tout mon désir de ne pas lui ressembler. Plus tard, j’allais découvrir que certains intellectuels adorent bricoler et qu’on peut à la fois aimer les livres, et s’adonner avec plaisir aux activités pratiques et manuelles. Cette découverte me plongerait dans des abîmes de perplexité : un peu comme si toute ma personnalité se trouvait mise en cause par la déstabilisation de ce que j’avais longtemps perçu et vécu comme un binarisme fondamental, constitutif (mais en réalité, seulement constitutif de moi-même). Il en ira de même avec le sport. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), pp. 57-58) ; « Je désirai plus que tout être ‘réformé’ pour éviter d’aller à l’armée. » (idem, p. 111) ; « Il fallait s’occuper de l’intendance, du ménage, des paperasses et de mille autres broutilles qui me parurent rapidement insurmontables. Je n’avais aucune idée de ce que signifiait équilibrer un budget ou payer des factures d’eau et d’électricité. J’avais vécu jusqu’ici dans une bulle spirituelle et je ne m’attendais pas à la violence de la confrontation aux réalités du quotidien. » (Jean-Michel Dunand parlant de la vie religieuse communautaire, dans son autobiographie Libre : De la honte à la lumière (2011), pp. 86-87) ; « J’ai tenu comme j’ai pu. J’ai arrêté de travailler. Je suis devenu une petite femme. Ta conception de la femme. » (Abdellah Taïa s’adressant à son ex-amant Slimane avec qui il vivait une relation amoureuse déséquilibrée, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 117) ; « Jean Cocteau a eu la vie facile. » (Yves Riou et Philippe Pouchain dans leur documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique », 2013) ; « Je le voyais, Abdellah. Naïf. Amoureux. Paresseux. Ambitieux. Décidé à conquérir Paris. Impatient. Source de mal malgré lui pour ceux qui tombaient en amour pour lui. Seul, pour son plus grand bonheur. Seul, pour son plus grand malheur. » (Abdellah Taïa parlant de lui à la troisième personne, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 63) ; « Avec l’homosexualité, on n’est pas avec ceux qui font le boulot. On est dans les rapports de désir. On oublie toujours la production, c’est marrant, on oublie qu’il faut qu’il y ait des gens qui travaillent quand même. » (Alain Soral dans l’émission 100% Politique de Patrick Buisson traitant du « communautarisme gay » sur la chaîne LCI en 2003) ; « Je ne veux pas prendre un studio pour me retrouver seul face à moi-même, livré à moi-même (pauvre petit). Je ne sais pas faire la bouffe. Je sais me laver le linge et faire l’entretien courant du ménage, repasser et nettoyer. Mais j’ai du mal à me gérer moi même, je suis en insécurité permanente, comme si la mort m’attendait à chaque coin de rue. Une nouvelle référence à la fainéantise (le je-m’en-foutisme) que tu cites comme un point inhérent à l’homosexualité. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; « J’ai vécu dans du coton, dans du capitonnage douillet. Je baigne dans le miel. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; « Guillaume II est superficiel et agité, incapable de travailler sérieusement, sentimental et théâtral, arrogant et parfois même violent, et il recherche les applaudissements comme un homme de théâtre. » (Baechler cité dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, pp. 48-49) ; etc.

 

Dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), la romancière lesbienne Paula Dumont dit qu’elle « est de nature plutôt dilettante » (p. 171) : « Tout au long de mes années de lycée, les enseignants m’avaient reproché mon dilettantisme. » (idem, p. 39) Et quand elle tire le portrait de sa compagne Martine, elle arrive au même constat : « Pendant toute ma carrière, je n’ai vu une novice aussi inefficace que Martine. Elle tardait à se lever le matin. […] Sa vocation était de travailler quand ça lui chantait, de jaser avec les autres forains, de bronzer à côté de son étalage, bref de ne plus avoir de comptes à rendre à un patron et de se tourner les pouces. […] J’étais arrivée à la conclusion que Martine, malgré de grandes proclamations d’indépendance et d’actes de foi en vue d’une vie libre et sans entraves, ne rêvait que de ne pas travailler du tout, ni chez un patron, ni à son propre compte. » (pp. 25-26)

 

Il arrive que cette peur de faire s’habille d’orgueil et d’une paresse assumés pour se cacher. On l’enrobe de préciosité, de mystère, d’arrogance, ou d’agressivité. « Je suis paresseux. » (Étienne Daho dans l’émission Alcaline sur France 2 le 20 février 2014) Par exemple, le poète Arthur Rimbaud ne veut pas trouver de boulot : il prétexte ne pas avoir de temps à perdre à gagner sa vie en travaillant. Ce n’est pas sans raison que François Coppée le définit comme un « fumiste réussi » (cf. l’article « Sentes buissonnières » de Daniel Grojnowski, dans le Magazine littéraire, n°321, mai 1994, p. 45). Dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), Charlène Duval, après avoir dit que l’héritière Paris Hilton « ne faisait rien de ses journées », avoue très innocemment : « Nous sommes tous un peu héritières… ». Dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi, le « couple » Gustav/Luca, est tellement branché médias qu’ils ne savent même pas se faire la cuisine.

 

Derrière cette paresse homosexuelle, la décontraction travaillée ou la désinvolture déprimée, se cachent souvent un viol ou des pratiques violentes. « Devant mon représentant, mes absences commencèrent à faire désordre. Je donnais l’impression de ne rien faire et d’être immensément riche. Ce qui, mal s’en fut, suscita d’énormes questions. Il pensait, en effet, que j’étais tombé dans une histoire de drogue. Le moyen le plus sûr était de l’ignorer totalement, lorsqu’il souhaitait faire ma chambre de fond en comble. Mais s’avouer homosexuel et, par-dessus le marché, se faire entretenir, n’était pas mieux non plus. » (Berthrand Nguyen Matoko, multipliant les absences au travail car il commence à se prostituer avec des hommes, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 115) La censure que certaines personnes homosexuelles s’imposent pour dissimuler ces violences/souffrances peut prendre la forme de la phobie scolaire, de la désertion du devoir d’État, du chômage, de la dépression, de l’incapacité à mobiliser ses forces à un quelconque ouvrage orienté vers le bien commun.

 
 

b) Changer la roue de voiture :

DILETTANTE Roue

Laissez-moi faire…


 

La roue de secours serait comme la métaphore homo-fictionnelle du manque d’enracinement du désir homosexuel dans la réalité et dans le bon sens humain, ou bien le signe d’une exploitation, ou même un symptôme de lesbianisme : « Depuis toujours, j’ai un vrai problème avec les objets, qui semblent se liguer contre moi dès que je les approche. Ainsi, j’évite les marteaux et les pinces, je ne touche pas à l’électricité […]. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des Singes (2000), p. 404) Dans l’émission V.I.P. de la chaîne KTO diffusée le 2 janvier 2016, Dominique Fernandez, académicien homosexuel, révèle qu’il s’ennuie souvent, mais également qu' »il ne sait même pas planté un clou » Quand je me trouvais en études à Rennes, j’avais fait le test de poser une question facétieuse à un groupe d’amis gays que je fréquentais, la question-qui-tue : « Qui sait changer la roue crevée d’une voiture en cas d’accident ? » Sur les six personnes interrogées, aucune ne savait ! Il y en aurait, des stages de confrontation au réel (et à sa réalité sexuée) à faire, dans le « milieu homosexuel » !

 

Le chanteur Mika

Le chanteur Mika

 

Je sais, pour ma part, que mon désir homosexuel est un des signaux de ma peur d’être qui je suis (un homme). Je n’ai jamais eu vraiment le sens pratique pour tout ce qui est le jardinage, le bricolage, la mécanique, le sport, la cuisine, les mathématiques, les travaux manuels, les jeux de logique ou de construction. J’ai conscience aussi que cela est du en infime partie par mon éducation parentale : mes parents, même encore aujourd’hui, ont eu peur que je fasse, que je me blesse, que je m’y prenne mal… et ont agi « à ma place », toujours avec les meilleures intentions du monde. Mais voilà…

 
 

c) La simulation d’action :

DILETTANTE Colt

 

Dans l’extrême inverse, comme faisant écho à la paresse, certaines personnes homosexuelles sombrent dans un activisme forcené : on les dit « incapables de rester inactives » (Ronald Martinetti, James Dean (1995), p. 105). Le dilettantisme peut se traduire alors par une peur obsessionnelle de l’ennui. On s’investit à fond dans les milieux artistiques ou intellectuels pour se fuir et fuir ses identités d’homme ou de femme. « En dehors du travail, je ne sais rien faire. C’est à peine si je sais remplir un chèque. » (Yves Saint-Laurent dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert) ; « J’aimerais partir. Ne rien faire. Pour tout oublier. Devenir sage. » (Yves Saint-Laurent, dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton) ; etc. L’hyper-activité n’est pas un gage de fidélité au réel. Comme le font par exemple certains individus homosexuels – qui, avec le temps, se sont transformés en fous de travail (c’est mon cas !) pour faire illusion sur leur paresse ou leur désir d’éloignement du réel –, ou bien certaines femmes lesbiennes qui, à la force du poignet, se sont imposées dans des milieux masculins physiquement difficiles (l’agriculture, l’armée, le sport, la mécanique, etc.) pour « se donner un genre/un nouveau sexe », on se lance dans toute sorte d’activités qui nous détournent de ce à quoi notre sexe d’origine et notre corps sexué nous prédisposaient un peu plus à faire. « Il a choisi, dès son plus jeune âge, une profession plus ou moins libérale : il est tailleur, coiffeur, chapelier, antiquaire (bien sûr), ébéniste en meubles précieux, quelquefois notaire ou huissier. Il est bien rare qu’il exerce un métier manuel. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 102) ; « J’exerce ce métier qui en est si peu un. » (Christian à propos de son statut d’écrivain, dans l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli, p. 111) ; « J’habitais la banlieue et même si c’était intenable, j’étais toujours fourrée avec les garçons, je passais mon temps à réparer les mobylettes. C’était ma vie, ça : réparer des mobylettes, fumer des clopes, aller regarder le football. » (Gaëlle, une femme lesbienne de 37 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, pp. 56-57) Par exemple, Violette Morris, la collaboratrice lesbienne de la Gestapo, dirigeait le Garage Perching en France, dans les années 1930. Oui, ce n’est pas parce qu’on s’affaire qu’on est efficace, qu’on « fait pleinement », et qu’on a échappé à l’image, au paraître, à une forme détournée de paresse !

 

Cela peut sembler paradoxal (c’est la sempiternelle disjonction entre les intentions et actes…) mais l’activisme est tout à fait une forme de fuite du Réel et de l’action vraie, libre. On s’agite mais on n’est ni vraiment efficace ni vraiment aimant. L’activisme est le propre de la pulsion. Et le désir homosexuel, de par son exclusion de la différence des sexes, est un des désirs humains les plus pulsionnels qui soient. Il est donc logique qu’il pousse celui qui s’y adonne à la fois à l’activisme et au dilettantisme.

 

Avec la pratique homosexuelle, on est plus dans le faire et dans l’avoir que dans l’être et le vouloir ; on est plus dans le ressenti que dans le véritable désir et le vouloir ; on est plus dans le droit que dans le devoir ; plus dans le fantasme que dans le Réel ; plus dans le génital que dans le sexuel (au sens large) ; plus dans l’excitation (intercalée de fortes phases d’engourdissement, de lassitude, de désinvolture) que dans l’engagement durable et solide. La vraie action, ce n’est pas tellement faire, ce n’est pas le rendement ou l’efficacité telle que le monde la définit : c’est aimer Jésus et être devant Lui. C’est pour ça que je crois qu’une Marthe Robin, qui est restée prostrée sur son lit pendant des années, a plus agi qu’un executive man qui s’agite dans tous les sens devant ses écrans. C’est pour ça aussi que je crois que le Paradis n’a rien de reposant !

 

La flemme homosexuelle, c’est surtout celle du déni des limites objectives du couple homo, c’est celle de l’angoisse (injustifiée) de la frustration génitale (nécessaire de temps en temps), c’est celle du déni de la beauté de la continence sexuelle (continence proposée de manière catastrophique et caricaturale par le curé du film « Paresse » (2000) de Frank Mosvold, ci-dessous), c’est celle du renoncement à la pratique homo, non pas parce que cette pratique serait intégralement mauvaise et sans bénéfices, mais bien parce qu’elle n’est pas la meilleure et qu’elle est excluante de la différence des sexes qui seule permet d’aimer pleinement. La paresse homosexuelle est au fond le refus de remettre en cause ses fantasmes amoureux asexués.

 

 

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Code n°50 – Don Juan homo (sous-codes : Macho / Cow-boy / Footballeur)

Don Juan

Don Juan

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Le parfait Don Juan qui fait son coming out

 

Photo-montage avec James Dean et Marlon Brando

Photo-montage avec James Dean et Marlon Brando


 

Qui mieux que le cow-boy, le footballeur, ou le mannequin de charme, représentent l’Éternel Masculin ? En revanche, ce qu’on se figure moins, c’est que plus un être humain cherche à imiter ces hommes-objets hyper-virils, plus il s’oriente vers la bisexualité, voire l’homosexualité. Car aller à l’hétérosexualité, cela revient finalement à louvoyer avec l’homosexualité (les deux étant jumeaux de désir, unis par le mythe machiste de l’homme-objet tout-puissant asexué). C’est particulièrement flagrant dans le cas des femmes lesbiennes (beaucoup d’entre elles avouent rêver d’être des cow-boys Marlboro). C’est aussi vrai chez tous ces hommes gays bodybuildés qui fréquentent assidûment les piscines et les salles de sport, chez les acteurs bisexuels ou « homos planqués d’Hollywood » que tout le monde croit aux bras d’une femme, chez les têtes d’affiche de la presse LGBT (cf. les modèles des couvertures de Têtu, qui font très hétéros : c’est bien l’homme hétéro qui est le roi de la communauté homo), chez tous ces « métrosexuels » soi-disant encore « hétéros » mais qui ressemblent à de vrais dandys bisexuels. L’ambiguïté de l’archétype du séducteur bisexuel ne devrait pas nous étonner : il ne faut pas oublier que Don Juan, dont l’obsession principale est de plaire à tout le monde et par tous les moyens, est bien obligé d’élargir son terrain d’exploration amoureux au-delà de la gent féminine.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Parricide la bonne soupe », « Frankenstein », « Bergère », « Se prendre pour Dieu », « Éternelle jeunesse », « L’homosexuel = L’hétérosexuel », « FAP la ‘fille à pédés’ », « Clonage », « Amant narcissique », « Désir désordonné », « Homosexuels psychorigides », « Tomber amoureux des personnages de fiction ou du leader de la classe », « Haine de la beauté », à la partie sur le « goût de l’uniforme » dans le code « Défense du tyran », à la partie « paradoxes du libertin » du code « Liaisons dangereuses », à la partie « bodybuilding » du code « Poupées », à la partie « Foot » du code « Solitude », et à la partie « divin artiste » du code « Pygmalion », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

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FICTION

 

a) Le Don Juan homosexuel :

Les Princes Disney revisités

Les Princes Disney revisités

 

On retrouve la figure mythique de l’éternel séducteur dans beaucoup de créations artistiques à thématique homosexuelle, car Don Juan est bien souvent homosexuel ! : cf. le film « Les Lois de l’attraction » (2001) de Roger Avary, le roman Casanova (1930) de Stefan Zweig, le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino (avec Oliver, le bel Américain), la chanson « Dom Juane » de Catherine Lara, le film « L’Été de mes 17 ans » (2004) de Chen Yin-yung, la chanson « Aimez-moi » de Bruno Bisaro, les films « Tesis » (1996) et « Abre Los Ojos » (« Ouvre les yeux », 2002) d’Alejandro Amenábar (avec la figure emblématique du lover Eduardo Noriega), le manga Don Giovanni (1996) de Yôji Fukuyama (avec une Donna Elvira appelée indifféremment « Donna » ou « Don »), le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella (avec Dick, le Don Juan diabolique ambigu sexuellement), la chanson « Le Mec plus ultra » de Michel Blanc («Je suis le mec plus ultra, toutes les filles sont dingues de moi… »), le film « Le Tombeur de ces dames » (1961) de Jerry Lewis, le roman Le Portrait de Dorian Gray (1891) d’Oscar Wilde, la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone (avec le personnage de Louis), le roman Un Nieto de Don Juan (1928) d’Álvaro Retana, le roman El Misántropo (1972) de Llorenç Villalonga, le roman El Día Que Murió Marilyn (1970) de Terenci Moix (avec Jordi Llovet), la pièce Don Juan Último (1994) de Vicente Molina Foix, le poème « Don Juan » (1819) de Lord Byron, le film « La Bande à papa » (1955) de Guy Lefranc, le film « Les Don Juan de la Côte d’Azur » (1962) de Vittorio Sala, le film « Drôle de séducteur » (1977) de Gene Wilder, le film « Le Journal du Séducteur » (1995) de Danièle Dubroux, le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli (avec le personnage de Wade), le film « L’Innocent » (1976) de Luchino Visconti, la pièce Psy (2009) de Nicolas Taffin (avec M. Carrière), la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset (avec le personnage de Jean-Louis), la pièce La Tragi-comédie de Don Cristóbal et Doña Rosita (1932) de Federico García Lorca, le film « Don Juan et Faust » (1922) de Marcel L’Herbier, le film « Don Juan 73 » (« Don Juan ou si Don Juan était une femme », 1972) de Roger Vadim, le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears (avec Chéri, le personnage du séducteur androgyne), la pièce Amour, gore, et beauté (2009) de Marc Saez (avec Éric, le Don Juan bisexuel), le film « Toy Boy » (2009) de David MacKenzie (avec le personnage de Nikki), la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet (avec le personnage d’Álvaro), la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir (avec le Don Juan homo), la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz (dans laquelle Henri de Sacy, Don Juan invétéré, fait croire qu’il est en couple avec son meilleur ami Norbert), la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau (avec le très séduisant top model Quentin Beaumont, qui est bisexuel), la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H. (avec Jonathan, le héros homosexuel, faisant figurant dans les films), le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald (avec Prentice, le jeune auto-stoppeur, le mec caricaturé branleur, accompagnant le couple de lesbiennes dans leur périple, mais qu’elles traitent de « Sissi » parce qu’il fait de la danse…), le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré (avec Narcisse, le leader de sa classe au basket, convoité par toutes les filles), one-man-show Les Bijoux de famille (2015) de Laurent Spielvogel (avec Marcco, l’amant volage et séducteur), etc. L’homme hyper-viril est le dieu et le fantasme de beaucoup de héros homosexuels : cf. le one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc (avec l’attrait du héros homo pour les hommes bien hétéros), le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras (avec Dany attiré par les hommes poilus), la chanson « Angèle » de Sébastien Roch et Coralie Caulier, la chanson « Henri, pourquoi n’aimes-tu pas les femmes ? » de Dranem, la chanson « Le Garçonne » de Georgel, etc.

 

Don Juan est un personnage dont la sexualité n’est pas très claire. Jouant sans cesse l’ambiguïté, il flirte avec l’homosexualité. D’ailleurs, on trouve beaucoup de héros homosexuels qui se définissent comme des Don Juan (ratés) : « Peut-être que j’étais populaire, mais je t’assure que je me sentais seul. » (Patrick, le héros gay qui était le gars le plus populaire de son lycée, dans le téléfilm « Un Noël d’Enfer » – « The Christmas Setup » – (2020) de Pat Mills) ; « J’ai jamais été un champion avec les filles. » (Martin, le héros sur qui pèse une forte présomption d’homosexualité, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Tu ne veux pas épouser une femme parce que tu les aimes toutes ? Épouse donc un mec ! » (Norbert s’adressant à son pote Henri, avec lequel il feint d’être en couple, dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz) ; « Le donjuanisme, c’était un masque. Je suis une tantouze. Victime d’une homosexualité latente. » (le héros du film « MASH » (1970) de Robert Altman) ; « De grands hommes l’avaient aimée, de grands écrivains l’avaient chantée ; l’un d’eux, disait-on, était mort parce qu’elle l’avait refusé ; mais Valérie Seymour n’était pas attirée vers les hommes… » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 320) ; « Il rêvait d’être un acteur célèbre, adulé. Il se voyait beau comme Matt Damon, Brad Pitt ou Johnny Depp, s’imaginant baraqué, avec des jambes hypermusclées qui lui permettraient de bondir et de courir après des bandits pour les arrêter. Il remporterait un oscar ou deux, ferait la une de tous les journaux et serait poursuivi par des paparazzis. Il voulait tant qu’on l’aime… » (Marcel, un des héros gays du roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 18) ; « Avant l’arrivée des rockeurs, les chanteurs de charme en étaient quasiment tous. » (Gérard, dans la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim) ; « Quand j’étais au collège, je sortais avec beaucoup de filles… comme Alan. Je portais des vêtements de mec, et des chaussures de mec. » (Michael, le héros homosexuel parlant de son grand « amour », dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Alors, on n’est pas si différents des hétéros, finalement ? ’ Cette fois-ci, ses sourcils levés donnèrent à Jurgen un air malicieux et Jane vit qu’il était beau, d’une beauté que Hollywood qualifie en général de dangereuse. » (Jane, l’héroïne lesbienne parlant de son pote gay Jurgen, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 112) ; « J’étais la seule fille du Jamel Comedy Club. » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « Il a beaucoup de succès. » (Frankie reconnaissant le charme de son futur amant Todd dansant sur la piste de danse du club gay, dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson) ; « À part ça, on me prend toujours pour un coureur de jupons. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Manifestement, il a tout pour lui : beau, intelligent. » (Guillaume, le héros homosexuel, par rapport à Grégory le petit copain de Gérard, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, Antoine, le héros, a peur de « passer pour un sauteur, un Don Juan puéril, qui pourrait effrayer les recruteurs. Ou pour un homosexuel » (p. 15). Dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, Philippe, le « dandy macho », qui sort avec Sophie Marceau, le Don Juan faisant tomber toutes les filles… est pourtant secrètement homo ! Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Tom traite de « gros pédé » le nouveau chanteur à minettes à la mode « Micky »… aussi homo et chanteur que lui ! « Ça fait quoi d’être le dandy des filles ? » lui demande d’ailleurs son futur amant Louis. Dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, Laure, l’héroïne transgenre, « traîne toujours avec des garçons ». Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Juna, l’héroïne lesbienne, est vraiment convoitée par toutes les filles de son club, et avoue que « la seule personne qu’elle aime, c’est elle » (d’ailleurs son nom fait un écho parfait à Don Juan). Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Yoann, le héros homosexuel, et Julien, le héros bisexuel, maintiennent une relation amoureuse. Mais Yoann tolère d’être un à-côté, et que Julien préfère les femmes : « Oh il aime trop les nanas. » Julien ne s’en cache pas : « Je collectionne aussi les nanas. » Solange, la belle-mère de Julien, semble jalouse de ce succès : « Depuis que tu passes à la télé, toutes les filles doivent te courir après. » Julien refroidit son enthousiasme : « Oh… ça va, ça vient… » Il semble que le donjuanisme soit même une preuve par défaut de l’homosexualité de Julien : « T’as tellement honte de ton homosexualité que tu enchaînes les conquêtes. » (Zoé, l’ex-femme de Julien) Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le « syndrome John Travolta » est le nom donné au pédé honteux qui ne s’assume pas.
 

Rocky créé par le docteur transgenre, dans le film "The Rocky Horror Picture Show" de Jim Sharman

Rocky créé par le docteur transgenre, dans le film « The Rocky Horror Picture Show » de Jim Sharman


 

Dans le film « Jumanji : Bienvenue dans la jungle » (2017) de Jake Kasdan, Bethany, la bimbo blonde et Don Juane du lycée, se retrouve, une fois transposée dans le jeu de Jumanji, dans la peau d’un homme dodu, le professeur Roberon, son avatar. Cette nouvelle identité fait qu’on voit à l’écran le professeur s’homosexualiser et donner des leçons de séduction pour « attraper » les hommes.
 

Le héros homosexuel a de qui tenir. Souvent, on découvre que s’il joue au Don Juan, c’est qu’il a vu son propre père comme un Don Juan, ou bien que ce dernier s’est comporté comme un Don Juan. « Je suis un ancien mannequin. » (Paola dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral) Par exemple, dans la pièce Mi Vida Después (2011) de Lola Arias, Vanina, l’héroïne lesbienne, qui a été la fille chérie de son père militaire, décrit celui-ci comme « l’homme qui posait comme un play-boy ». Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, la famille de Simon, le héros homo, parle d’une émission de télé-réalité (Bachelor) dans laquelle le candidat donjuanesque sélectionné par la production est, selon le père de Simon, « clairement gay ». D’ailleurs, ce même père est décrit par son fils comme l’ancien « beau gosse » du lycée qui a séduit sa mère.
 

Don Juan a beau plaire aux femmes, il les use, les veut uniquement vierges (les « déjà utilisées » ne l’intéressent guère…), et se montre étonnamment misogyne, comme un vrai homosexuel : « Les filles tournent autour de toi… » (Abra s’adressant à Cal, le héros homosexuel se foutant des filles et interprété par James Dean, dans le film « East Of Eden », « À l’est d’Éden » (1955) d’Elia Kazan) ; « Moi, je serai un piège à filles. » (Carl, l’hétéro gay friendly du film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « Il paraît que c’est un truc de pédés, d’homos refoulés, les mecs qui niquent des gonzesses dans tous les coins. » (Fred s’adressant à Greg son futur amant, dans le film « Les Infidèles » (2011) de Jean Dujardin) ; « Je ne veux pas mourir assassiné par une femme. J’ai passé ma vie à fuir les femmes ! […] Quand je quittais la scène, elles m’attendaient en coulisse par grappes ! Parfois elles montaient par le trou du souffleur ! […] Et plus je faisais la folle sur scène, plus elles m’adoraient. » (Cyrille, le héros homo de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi)

 

Par exemple, dans la pièce Une Visite inopportune (1988), justement, il est amusant de voir comment les termes « Don Juan » et « homosexuel » pourraient tout à fait, dans le contexte, s’interchanger : Cyrille, en essayant de draguer le jeune journaliste, lui demande « Est-ce que vous êtes un don Juan ? », comme il lui demanderait s’il est homo. Dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, le personnage du Don Juan, Claude Hupper, prétexte qu’il « est pédé » pour ne pas faire l’armée. Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Mourad, l’un des deux protagonistes homos, est la figure même du Don Juan, « lui qui savait pouvoir briser tous les cœurs, lui dont les yeux de braise et les lèvres à la couleur de raisin muscat affolaient filles et garçons depuis toujours » (p. 169).

 

L’homosexuel est d’ailleurs le descendant symbolique direct de Don Juan : « Silvano était son fils unique, la mère de Silvano était morte de la tuberculose quand celui-ci avait à peine deux ans. Anibal fut le père et la mère de cet enfant qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau. À quarante ans, gaillard de naissance, il se sentait plus le frère aîné de son fils que son père. […] Le père de Silvano avait une réputation de don Juan. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 86) ; « J’écoutais ce Don Juan qui ventriloquait par ma voix Sganarelle. » (le héros homosexuel se définissant comme un être habité par un Don Juan, dans la nouvelle « Terminus Gare de Sens » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 65) ; « efféminé = effet minet » (cf. un jeu de mots entendu dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Attends, Sonia, elle peut pas être lesbienne. Elle est trop belle. Tous les garçons, ils craquent sur elle. » (Clara, l’héroïne lesbienne parlant à Zoé de Sonia sa future amante, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret) ; « T’as une de ces cotes avec les mecs, toi. » (Clara s’adressant dans le privé à Sonia, idem) ; « J’aime les garçons autant que les filles. Ça te choque ? » (Sonia s’adressant à Clara, idem) ; « Tout le monde aime Oliver. » (Elio parlant à sa mère de son amant Oliver) Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino ; etc.

 

On trouve ce fantasme d’être le Don Juan, l’homme-objet, chez la femme lesbienne fictionnelle : « J’ai un mec à l’intérieur de moi qui me dit : ‘Il faut pas que t’aies un mec à l’intérieur de toi ! » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « Je me sentais pleine d’audace. J’avais passé tellement de temps à me prendre pour l’homme des films qu’il me semblait avoir vécu ses expériences. J’enfourchai mon vélo en m’imaginant être un tombeur, un homme averti. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 24) ; « Ma tante rangeait derrière mon oncle, ma grand-mère derrière mon grand-père. D’un côté, j’en étais indignée. Mais de l’autre, j’aimais être un petit prince. Quand je serais grande j’aurais un harem plein de femmes. » (idem, p. 168) ; « Je veux devenir un playboy professionnel […] , j’entrerai dans l’armée. […] Ce sera que pour fréquenter l’école militaire. Pour m’entraîner et avoir un corps magnifique. Je veux dire un corps rude et robuste comme le vôtre. » (Anamika à Adit, un homme qui a l’âge d’être son père, idem, p. 206) Le versant féminin et lesbien de Don Juan, c’est la prostituée (ou la « fille à pédés »). Par exemple, dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Floriane est la Don Juane qui a une réputation de tombeuse de mecs, voire de « pute » et qui, pour faire mentir cette réputation sulfureuse, drague Marie : « Si jamais François sait que chuis pas une vrai salope, c’est fini. »

 

Tout comme Narcisse, le Don Juan bisexuel n’a qu’une obsession : rester jeune et plaire éternellement à tout le monde. Les membres d’un seul sexe ne lui suffisent pas ! Il mise tout sur le paraître et les sentiments, au détriment de l’amour : « Si je renonce à plaire, je me tue. » (Albin alias « Zaza » dans le film « La Cage aux Folles II » (1981) d’Édouard Molinaro) ; « Je sais que je plais et que je dois plaire. » (Antigone dans la pièce Antigone (1922) de Jean Cocteau) ; « Je croyais pouvoir contenter tout le monde. » (Miguel, le héros bisexuel marié, s’adressant à son amant Santiago, dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León) ; « Je peux continuer de plaire, d’aimer, je reste jeune. » (Robert Hirsch dans le film « Traitement de choc » (1972) d’Alain Jessua) ; « J’veux être parfaite pour qu’on ne me reproche rien. J’veux plaire à mes parents, à mes amis. » (Florence, l’héroïne lesbienne, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Je veux être beau. Je veux qu’on me désire et que tout le monde ait envie de coucher avec moi. » (Pierre, le héros homosexuel de la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Aujourd’hui, je veux vraiment que tous m’aiment. Doux pour ceux qui désirent la douceur ; modeste parmi ceux qui se vantent ; sévère pour ceux qui cherchent auprès de moi un appui. Désaccordé d’avec moi-même, je partage vite l’avis de ceux qui ne sont pas du mien. » (Jean-Louis Bory, La Peau des zèbres (1969), p. 34) ; « J’aime plaire. » (Irena dans le film « Cat People », « La Féline » (1942), de Jacques Tourneur) ; « Je veux qu’on m’aime, je veux qu’on m’aime, je veux qu’on m’aime. » (cf. la chanson « Un Serpent sans importance » d’Étienne Daho) ; « J’ai tant besoin que l’on m’aime. » (la voix narrative lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 114) ; etc. Par exemple, dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le héros homosexuel vit « l’ignoble espoir de plaire ».

 

Le personnage homosexuel adopte une attitude double face au célèbre séducteur. À la fois il le trouve atrocement prétentieux et surfait, et pourtant terriblement attirant. La haine qu’il ressent pour le macho cache une idolâtrie : « Je crois qu’il était hétéro et rien ne nous excite plus que ce genre d’animal. » (François, un des héros gays du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 126) ; « Quant à Stephen, elle le [Roger Antrim] détestait, et cette aversion s’augmentait d’un sentiment d’envie des plus humiliants. Car, en dépit de ses imperfections, elle enviait au jeune Roger ses lourds et forts brodequins, ses cheveux ras et sa veste d’Eton ; elle lui enviait son droit de grimper aux arbres, de jouer au cricket et au football : son droit d’être parfaitement naturel ; elle lui enviait par-dessus tout son admirable conviction qu’être un garçon constituait, dans la vie, un privilège. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 63) ; « Vous devez fatiguer de vous faire dire que vous êtes beau. » (Amanda s’adressant à Nelligan Bougandrapeau, le héros homosexuel de la pièce En circuit fermé (2002) de Michel Tremblay) ; « Tu te prends pour la réincarnation de David ou quoi ? » (Jian Cheng s’adressant à Wang Ping qui se regarde dans la glace, dans le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye) ; « Le problème, c’est que tu n’aimes que toi. » (Adrien s’adressant à Louise, le personnage trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « Il a tout pour lui. Quand il rentre dans une pièce, tout le monde le remarque. Moi le premier. » (Vincent par rapport à son amant Fabio à qui il n’ose pas dire non et à qui il est soumis, dans l’épisode 96 « Trois anges valent mieux qu’un ! » de Joséphine ange gardien) ; etc. Dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Juliette, l’héroïne lesbienne, jalouse Antoine, le Don Juan de son collège. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros gay, jette les photos des footballeurs qu’il a utilisées pour faire son article sur l’équipe de foot de son lycée. Dans le film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion, Isabelle, l’héroïne bisexuelle, ne veut pas se marier avec le beau Ward Burton : « Je l’ai refusé car il était trop parfait. »
 
 

b) Le personnage homosexuel est fasciné par les cow-boys, ou joue lui-même au cow-boy :

Film "Far West" de Pascal-Alex Vincent

Film « Far West » de Pascal-Alex Vincent

 

En général, les personnages homosexuels, gays ou lesbiens, aiment se mettre dans la peau de l’archétype de la masculinité par excellence : le cow-boy. On le voit par exemple dans le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, le film « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent, le film « Nowhere » (1997) de Gregg Araki, « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, les vidéo-clips des chansons « Don’t Tell Me » et « American Pie » de Madonna, le film « Tombstone » (1993) de George Pan Cosmatos, la chanson « Cowboys And Kisses » d’Anastacia, le film « Drugstore Cowboy » (1989) et « Même les cow-girls ont du vague à l’âme » (1994) de Gus Van Sant, le film « Cowboy Jesus » (1996) de Jamie Yerkes, le film « Johnny Guitar » (1954) de Nicholas Ray, le film « Héros de l’Alaska » (1923) de Ralph Ceder, le film « Femme ou Démon » (1939) de George Marshall, la cow-girl du film « La Blonde du Far-West » (1953) de David Butler, le film « Le Banni » (1941) d’Howard Hawks et Howard Hughes, le film « Tokyo Cowboy » (1994) de Kathy Garneau, le film « Macadam Cowboy » (1969) de John Schlesinger, le film « Horse » (1965) d’Andy Warhol, le film « Lonesome Cowboys » (1968) d’Andy Warhol, le film « Exquisite Corpses » (1989) de Temistocles Lopez, le film « The Hi-Lo Country » (1998) de Stephens Frears, le film « Kipling Meets The Cowboy » (1985) de John Greyson, le film « Cowboys and Angels » (2003) de David Gleeson, l’album « Be West » (2008) de Jeanne Mas, le film « Les Larmes du Tigre noir » (2001) de Wisit Sasanatieng, la photo Deux Cowboys (1970) de Carl Corley, le vidéo-clip de la chanson « Mon Coloc » de Max Boublil, le one-woman-show Nana Rodéo (2009) de Frédérique Quelven, la chanson « Rodéo » de Zazie, le film « Lucky Luke » (2009) de James Huth (avec la masculine Camility Jane), les films « Post Apocalyptic Cowgirls » (2008) et « The Return Of Post Apocalyptic Cowgirls » (2010) de Maria Beatty, le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald (avec Stella, l’héroïne lesbienne jouant la femme-cowboy camionneuse), la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis (avec le duo « fille à pédé »/meilleur ami homo Alice et Fred, tous deux déguisés cow-boys), le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton (avec Bernard le Cow-boy… avec son sombrero rose), la chanson « Peter’s Cowboy Song » de Family Guy, le film « Big Eden » (2000) de Thomas Bezucha, etc.

 

Certains personnages homosexuels s’identifient à l’allégorie de la virilité à cheval (version masculine avec le cow-boy, ou féminine avec l’amazone) : « Pour moi, être libre, c’est de chanter des chansons de cow-boy rodéo. » (Carmen, la femme « libérée » de la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Christian Bordeleau) ; « Mon Pedro, il aime bien les cow-boys. » (la figure de Muriel Robin parlant de son ami gay, dans le one-woman-show La Folle Parenthèse (2008) de Liane Foly) ; « C’est comme ça les cow-boys pédés. » (Vincent, le lycéen chamboulé par son visionnage du film « Le Secret de Brokeback Mountain », dans le film « Ce n’est pas un film de cowboys » (2012) de Benjamin Parent) ; « Tu seras le cow-boy de Dona. » (Bernard, le héros homosexuel s’adressant au transsexuel M to F « Géraldine » dans le public, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Vous avez devant vous le dieu du rodéo ! » (Ron, l’hétérosexuel sidéen soupçonné d’homosexualité, dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Nathalie, l’héroïne lesbienne, rêve de devenir cow-boy. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Tex, le jeune gigolo homosexuel déguisé en cow-boy, est le « cadeau d’anniversaire » d’Harold. Dans la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès, Clark, le cow-boy macho, est en réalité un puceau à l’homosexualité latente, une vraie mauviette. Dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier, César, le héros hétérosexuel lourdingue, fait une allusion au film « Le Secret de Brokeback Mountain » à Kim l’héroïne lesbienne dans l’avion, histoire de créer artificiellement une petite connivence sur la base de l’homosexualité. Dans la B.D. Rocky & Hudson, les cow-boys gays (2012) d’Adão Iturrusgarai, Rock et Hudson forment un couple de cow-boys gays, qui vivent à Palerme Rose, loin, très loin, à l’Ouest. En dehors de leurs crises de couple, ils ont affaire aux lois du far ouest homophobe, mais peuvent compter sur le shérif tout acquis à leur cause. Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, la grand-mère de Tom (le héros homo)est une vieille bique champêtre au caractère bien trempé, une femme intraitable, indépendante, qui danse la country, qui est armée d’un fusil de chasse. Graziella la surnomme ironiquement « John Wayne » et conseille à Tom de l’imiter : « Prends exemple sur ta grand-mère : un vrai bonhomme. » Ce dernier finira par avouer : « J’aime bien les westerns. » Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Jérémie, le héros homosexuel, possède dans son bureau un tableau intitulé « Fucking Cowboys ».

 

Pourtant, le cow-boy hyper viril, en même temps qu’il est mis sur un piédestal, incarne la menace homophobe : « C’est une chose difficile que d’être homosexuel au pays des cow-boys. » (4 journalistes en chœur, et en direct du Wyoming, aux États-Unis, dans le film « Le Projet Laramie » (2001) de Moisés Kaufman) Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, les deux pères tortionnaires de Gatal, le héros homo, l’affublent sans cesse du même surnom : « mon Cowboy ». Ils le forcent au coming out et à la formation d’un couple homosexuel.
 

Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa), Glass a été mise enceinte à 16 ans aux États-Unis et vit désormais en Allemagne. Son fils, Phil, le héros homo, raconte le vide existentiel qu’il expérimente du fait de ne pas connaître son père biologique, et son père prend la figure d’un amant-cow-boy : « Les copains nous interrogeaient sur notre père. Alors on demandait à Glass, qui disait un truc du genre ‘Un marin en voyage’. Ou bien ‘Un cow-boy dans un ranch’. » Ce cow-boy, dans l’imaginaire du jeune homme partant à la recherche de son père au States à la fin du film, peut être travesti : « Qu’est-ce que je vais trouver ? Peut-être que c’est un marin, un cow-boy dans un ranch, un hippie, un travesti, un taulard ou bien qu’il vend des armes. Va savoir ? »
 
 

c) L’étonnante fusion entre le gros macho et l’homosexuel :

N.B. : Je vous renvoie également au code « L’homosexuel = L’hétérosexuel » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Le macho, chanteur de charme, roulant des mécaniques et faisant de la gonflette, cache bien son jeu ! Plus il cherche à correspondre aux canons de la masculinité définis par les médias, plus il s’homosexualise, à la surprise générale : cf. le film « Crescendo » (2003) de Jean-Daniel Cadinot, le film « Once More » (« Encore », 1988) de Paul Vecchiali (avec le personnage de Franz), le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, le film « El Chico Temido De La Vecindad » (1989) d’Enrique Gómez, le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte (avec l’animateur « beauf »), le one-man-show Et après on va dire que je suis méchant… (2008) de Frédérik Sigrist (avec le prince charmant de Blanche-Neige, finalement homosexuel), le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi (avec le très masculin Fabio), le film « Camping 2 » (2010) de Fabien Onteniente (avec l’efféminé Patrick, jouant le sosie d’Elvis Presley), etc.

 

Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Sébastien, le héros homosexuel, incarne au départ le macho de base, avant de virer sa cuti. Dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow, Paul, l’homosexuel, évoque son « côté grec macho ». Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, que l’on traitait de tapette-crevette à l’école, devient à l’âge adulte le bodybuilder super musclé. Dans la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne, Bernard, le macho, est en réalité décrit comme un homo : il est impuissant (sexuellement parlant), se fait traiter plusieurs fois d’« enculé », de « pédé », et de « voleur » par Sharon. Dans le film « Un Nuage entre les dents » (1973) de Robin Davis, le macho Bobby Pilon se trouve être en réalité homo. Dans son Premier One-Woman-Show (2011), la jeune humoriste Amandine Gay, en plaisantant sur la curieuse homophonie homosexuelle de son nom de famille, présente ses ancêtres virils comme de probables grosses tapettes : « Je descends de vikings anglais. Je ne sais pas quel genre de vikings c’était… » Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Cameron Drake, l’acteur hétéro oscarisé pour son rôle d’homosexuel dans un film, reçoit le titre d’« Homme le plus sexy de l’année ». Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Benjamin, l’homosexuel efféminé, écoute du rap hard-core. Dans la série et téléfilm It’s a Sin (2021) de Russell T. Davies, le père de Ritchie (le héros homo), homophobe, critique le chanteur Barry Manilow, en disant que « c’est une tante »… mais la mère le contredit, en soutenant que « Manilow est adoré par les femmes ».

 

Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, les hommes – y compris les hétéros – sont tous dévirilisés : soit ils bandent mou, soit ils ont des migraines, soit ils fuient, soit ils sont homos ! Même le personnage d’Yvon, censé être le seul « hétéro beauf pur jus » de l’histoire, se laisse émasculer et retirer sa couronne donjuanesque par Groucha, une femme-macho : « Je garde le meilleur pour la fin, mon petit Yvon. Le produit de la dernière salve du pendu marque aussi la fin de ta propre carrière de don Juan. Grâce à ce cocktail à base de mandragore pilée, tu ne pourras plus nuire à la gent féminine. Je t’ai coupé le sifflet. C’est fini, les prouesses libertines. Tu resteras impuissant jusqu’à la fin de ta vie. Ça t’apprendra à préférer les fillettes remplies de vin aux vraies femmes de chair et de sang. » (Groucha, p. 267)

 

La particularité du macho/homosexuel), c’est le refus de ses faiblesses et de ses limites humaines : « Je hais la faiblesse sous toutes ses formes. » (Cyril dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 14)
 

Film "Männer Wie Wir" de Sherry Horman

Film « Männer Wie Wir » de Sherry Horman


 

Le machisme n’est pas nécessaire un concept sexué. Le déni de ses faiblesses, pouvant se traduire en général par une violence inconsciente, est exercé aussi bien par certains héros homosexuels hommes que par certaines héroïnes lesbiennes femmes : « Je vis avec un homme macho, et il se trouve qu’en plus, il a ses règles. » (Océane Rose-Marie parlant de sa compagne, dans son one-woman-show Châtons violents, 2015)

 

L’un des exemples actuels les plus parlants de cette fusion entre le macho et l’homosexuel dans les fictions homosexuelles, c’est le figure du footballeur homo masculin, très en vogue en ce moment (le flic homo commence à venir, mais c’est l’étape suivante qui nous attend…) : cf. le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano, le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le film « Pourquoi pas moi ? » (1999) de Stéphane Giusti (avec Nico, interprété par Bruno Putzulu, et découvrant l’amour sur le stade), le film « All Stars » (1997) de Jean Van de Velde, le film « The Sum Of Us » (1994) de Kevin Dowling et Geoff Burton, le film « Jeu de miroir » (2002) de Harry Richard, le film « Strakarni Okkar » (« Esprit d’équipe », 2005) de Róbert I. Douglas (racontant l’histoire d’un footballeur gay islandais), le film « After » (2009) de Mark Pariselli, le Premier One-Woman-Show (2011) d’Amandine Gay (avec les tee-shirts des footballeurs dessinés par Jean-Paul Gaultier), le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau (avec le personnage homo de Levi), la série La Nouvelle Maud (2010) de Bernard Malaterre, la série Queer As Folk (2005) de Russell T. Davies, le film « Refuge » (2010) d’Arthur Musah, le film « Vivir De Negro » (« Vivre dans le noir », 2010) d’Alejo Flah, le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore, le film « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy (avec les joueurs de basket très efféminés), la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset (avec Michael, le rugbyman), etc.

 

« Je suis marié avec un footballeur. » (Philippe Mistral dans son one-man-show Changez d’air, 2011) ; « Le foot, c’est un truc de pédés. » (Marie-Ange dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) ; « Dans le football français, il y a 253 homosexuels. » (Ruzy, le footballeur homosexuel, idem) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, Laure et Lisa restent sur le banc de touche pendant que les garçons jouent au foot… et cette scène est filmée comme une cruelle injustice. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, l’entraîneur de football américain du campus universitaire traitent ses joueurs de « bande de sales tarlouzes ». Et quand Jenko et Zook jouent ensemble au football américain et qu’ils forment un duo gagnant, ils sont baptisés de « nouveau couple » par les commentateurs de matchs. Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand fait allusion aux enlacements homosexuels des « footballeurs qui dribblent en cachette » dans les vestiaires. Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, arrête son regard sur un beau joueur de footballeur américain jouant sur un terrain de jeu situé sur le chemin de l’école. Dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, George a découvert à la fac que les footballeurs de l’équipe du collège l’excitaient plus que les volleyeuses. Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, Luce et Rachel, les deux amantes, vont voir ensemble un match de foot américain. Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, Adineh l’héroïne transsexuelle F to M joue au foot avec Ali. Dans la biopic « Ma Vie avec Liberace » (2013) de Steven Soderbergh, le pianiste virtuose gay Liberace avoue qu’il a perdu sa virginité avec un footballeur.

 

Le footballeur fictionnel faisant fantasmer le héros homosexuel peut être parfois l’allégorie du viol ou du désir (incestueux) de viol : « Puis il est venu dans mon lit. Avec des grosses jambes de footballeur. J’avais l’impression de devenir de plus en plus petit. Comme une fille. Puis il est rentré en moi. » (Franz racontant son rêve avec son beau-père, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder)
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

a) Le Don Juan homosexuel ne vit que pour plaire, et combine l’auto-adulation à l’auto-détestation :

DON JUAN Duris
 

De près ou de loin, on peut constater que le chemin de Don Juan et celui de la communauté homosexuelle se croisent. « Regarde, c’est Bellegueule, la pédale. » (le roux et le petit, les agresseurs d’Eddy Bellegueule, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 20) ; « Ma sensibilité hors du commun fait craquer toutes les femmes. » (Peter Gehardt, ironique, dans son documentaire « Homo et alors ?!? », 2015) ; « J’ai couché avec la terre entière. Enfin, j’ai fait ce que j’ai pu. C’est une phrase un peu donjuanesque. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; « J’aurais rêvé de plaire aux femmes… et puis aussi aux hommes, bien sûr. J’ai rêvé de plaire. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc. Par exemple, lors de l’émission Apostrophe du 22 décembre 1978, sur la chaîne Antenne 2, l’écrivain français homo Marcel Jouhandeau s’amuse de voir que son patronyme (« JOUHANDEAU ») compose l’anagramme du légendaire séducteur (« DON JUAN »). Juste avant le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur, on nous passe la musique du crooner Julio Iglesias en musique d’attente. En Espagne, en 1920, Luis Buñuel et Federico García Lorca ont joué la pièce Don Juan à la Resi (l’université prestigieuse de Madrid).

 

Les personnes gays sont connues pour être des « hommes à femmes », depuis l’époque des cours d’école jusqu’à l’âge adulte (N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Bergère » et « Tante-objet ou Maman-objet » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Ma vie est un repaire de chanteuses dont personne ne se souvient que moi. » (Pascal Sevran, Tous les bonheurs sont provisoires, 2005) ; « Il n’est pas nécessaire, pour expliquer l’attitude ambivalente à l’égard du rival, d’invoquer une homosexualité latente ou refoulée. Le rival détourne vers lui une bonne partie de l’attention que le sujet, en bonne hétérosexualité, devrait réserver à l’objet ; cette attention est forcément ‘ambivalente’ puisqu’à l’exaspération suscitée par l’obstacle se mêle l’admiration et même l’exaspération que suscite les prouesses du don juan. » (René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978), p. 474) ; « Dès les premiers jours, je fus happé par un groupe de jeunes filles qui me décrétèrent mignon comme un ‘petit blanc’ et donc enfant de riche et de bonne éducation. Bientôt, ma personne fit le tour de la classe auprès des collègues masculins qui, jalousement, trouvèrent à leur tour que j’étais efféminé et que cet aspect attirait la compagnie des filles. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 46) ; « Je suis persuadé d’être homosexuel. J’ai fréquenté de nombreuses femmes. Sans plaisir particulier, il est. Cela m’a valu trois chaudes-pisses que j’ai considérées par la suite comme le châtiment de la nature pour des relations contre-nature. Aujourd’hui, toutes les femmes me font horreur, et, plus que toutes, celles qui me poursuivent de leur amour ; elles sont malheureusement très nombreuses. » (lettre de Ernst Röhm, à 42 ans, le 25 février 1929) ; etc. En un temps où l’homosexualité est encore considérée par le vulgaire comme un vice contre nature, qualifier des relations hétérosexuelles contraires à la nature était particulièrement osé.etc. De nombreux réalisateurs homosexuels réactualisent le mythe de Don Juan en cherchant à s’entourer des plus belles femmes du monde et en les transformant en monstres sacrés du cinéma mondial (François Ozon, Pedro Almodóvar, Werner Schroeter, Rainer Werner Fassbinder, George Cukor, etc.). À noter que chez Marcel Proust, un personnage comme Saint-Loup est un homme à femmes qui se fait homme-femme… et que dans l’Antiquité, on l’a déjà rappelé, l’homme à femmes passait pour efféminé à cause précisément de ses fréquentations. Gregorio Maranon, auteur espagnol des années 1930, affirme que don Juan « en » était : en effet, il établit que le premier modèle historique de don Juan, le comte de Villamediana, grand seigneur de la cour de Philippe IV, avait été convaincu de sodomie.

 

Le désir utopique et donjuanesque de plaire à tout le monde est très marqué dans l’hypersensibilité homosexuelle. On peut y voir en toile de fond un complexe d’infériorité, une haine de soi sous-jacente. « À 10 ou 11 ans, j’étais un enfant secret et sensible. Un tendre. Un timide, quoi. Je voulais être impeccable, toujours, en toutes circonstances. Je voulais surtout être aimable et aimé. » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), p. 33) ; « Je sentais que j’étais le favori. » (idem, p. 37) ; « Pourquoi une telle fascination de mon corps et une telle volonté de plaire ? Sans doute pour me venger du corps malingre de mon enfance et de mon manque de succès auprès des filles. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 139) ; « Jean Marais était très très très cavaleur. Et je pèse mes mots. » (un des interviewés, dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) d’Yves Riou et Philippe Pouchain) ; « Cocteau avait besoin de plaire pour exister. […] Cette quête de la célébrité l’aura toujours obsédée. » (idem) ; « J’avais besoin d’être désirée. » (Rilene, femme lesbienne du documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; etc. Je vous renvoie au documentaire sur Rainer Werner Fassbinder « Je ne veux pas seulement qu’on m’aime » (1992) d’Hans Günther Pflaum. Dans le discours de Kim Pérez Fernández-Figares, homme transsexuel, le désir d’être admiré, de plaire, est récurrent (Fernando Olmeda, El Látigo Y La Pluma (2004), p. 257). Dans En Pays connu (1949), l’écrivaine Colette dit être obnubilée par le « souci de plaire, de plaire jusqu’aux portes de la mort ».

 

Dans la réalité concrète, le Don Juan mythique se personnifie partiellement dans la personne bisexuelle/homosexuelle : « J’avais toujours été persuadé d’être le séducteur, comme ce fut le cas tout au long de ma vie. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 49) ; « Je me faisais un point d’honneur d’avoir toutes les filles… […] Les hommes m’attirent bien moins, mais pour moi c’est plus pratique. […] J’aime qu’on m’admire. J’aime montrer mon corps. » (Bruno, un garçon bisexuel de 25 ans, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, pp. 204-205) ; « C’est un homme très ‘mâle’. Ici, il a une réputation d’homme à femmes. » (Ricardo Berdejo Arigo parlant de son amant, lettre écrite en novembre 1928, cité dans l’essai De Sodoma A Chueca (2004) d’Alberto Mira, p. 60) ; « Il usait de son physique et de son charme exotique pour séduire les filles. […] Il reconnut avoir pris un malin plaisir à courtiser toutes ces jeunes filles qui lui tournaient autour. » (Ednar, le personnage homosexuel du roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 96) ; « J’ai connu un garçon qui était parfaitement hétérosexuel et qui avait toutes sortes de maîtresses ravissantes. Je suis sûrement le seul garçon qu’il n’ait jamais connu. Et ça ne l’empêche pas d’être resté complètement hétérosexuel. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; etc.
 

Dans les concours de beauté masculine, nombreux sont les rois de beauté à se révéler gays. Par exemple, en Suisse, deux Mister Suisse ont fait séparément leur coming out : Olivier Marillier (Mister Suisse romande 2008), Raphaël Millius (Mister Suisse romande 2011). Gérald, le chanteur à minettes du boys band des G Squad, le tombeur de ces demoiselles, a fait quelques années après son succès son coming out et s’est marié avec un homme aux États-Unis.
 

Maintenant, même les modèles d’identification de virilité les plus importants pour les petits garçons (footballeurs, sportifs) sont homosexualisés. Par exemple, dans la publicité pour les matelas Léo (2017), même le très viril judoka noir Teddy Riner joue les homos en faisant croire qu’il va passer une nuit torride avec un homme qui se révèlera finalement être son lit. Tout le monde y passe, par l’homosexualité.
 

L’étiquette du Don Juan est parfois une façade homophobe inventée par l’entourage de l’individu homosexuel pour dissimuler la réalité du désir homosexualité : « Eddy c’est un vrai don Juan, tu le verras toujours avec des filles, jamais avec des garçons. Elles veulent toutes de lui. Ce qui est sûr c’est qu’il sera pas pédé celui-là. » (la mère d’Eddy Bellegueule, pour cacher l’homosexualité de son fils, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 67) Par exemple, Ramon Fernandez, à en croire son biographe de fils homo, Dominique Fernandez, est un « homosexuel raté » (p. 57) incapable d’assumer son « orientation sexuelle » et cachant celle-ci par un donjuanisme et une réputation d’« homme à femmes » (p. 127) : « Courir de femme en femme est souvent le symptôme d’une quête qui ne peut être assouvie avec aucune d’entre elles. Pourquoi en changer si souvent, sinon parce qu’elles ne servent que de dérivatif à un désir qui refuse de se satisfaire avec son véritable objet ? […] Toutes les femmes, aucune femme. » Ou bien elle est une façade ironico-camp créée par l’individu homosexuel, une carcasse d’autosuffisance sensée masquer la haine de soi par un excès de confiance « conscient » de son orgueil : je pense par exemple au chanteur gay Claude Gélébart qui a décidé de se faire appeler « le Beau Claude ».

 

Le Don Juan homosexuel ne demande qu’à fuir sa condition d’homme-image superficiel et glacial qu’il passe pourtant son temps à parfaire/construire. Son drame en amour, c’est qu’il est sincère sans être vrai, qu’il est amoureux sans être aimant, qu’il sentimentalise tout par peur de s’engager : « Je suis Doña Juana jusqu’au moment de passer à l’acte. Après, tout me paraît compliqué, irréel. Trop cérébral et revanchard, mon désir retombe comme un soufflé au moment d’être consommé. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 179) ; « Je paraissais aux autres froid et distant. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 22) ; « Moi qui suis si froid, si complexé… » (idem, p. 138) ; « Tu sais combien j’ai souffert de cette réputation fallacieuse de grand bourgeois distant et froid. » (idem, p. 139) Après, ou tout pendant qu’il veut à tout prix plaire, notre Casanova cherche aussi à choquer et à déplaire pour prendre le contre-pied de son conformisme de star, ou de la beauté plastique qui lui avait fourni son principal pouvoir : « Il faut décevoir. » (Renaud Camus dans le documentaire « L’Atelier d’écriture de Renaud Camus » (1997) de Pascal Bouhénic) On remarque que les personnes qui se comportent dans la vraie vie comme Don Juan suivent un processus d’autodestruction, d’androgynie destructrice, une quête faustique abyssale puisqu’elle se fonde sur des biens matériels périssables : « Faust est à l’égal de Don Juan. » explique Jean Le Rider (lors de la rencontre-débat Atelier de la pensée sur le thème « Quand commence la signature d’un pacte avec le diable ? », animée par Laure Adler, à l’Odéon Théâtre de l’Europe, le 6 juin 2009).

 

Les personnage homosexuelles adoptent une attitude double face au séduisant bellâtre : à la fois elles le trouvent atrocement prétentieux, et pourtant terriblement attirant. La haine qu’elles ressentent pour le macho cache une idolâtrie : « [À 14 ans] Je crois bien me souvenir d’avoir envié, en mon for intérieur, ceux de mes camarades qui connaissaient des jeunes filles. » (Jean-Luc, homosexuel de 27 ans, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 78)

 

Il semblerait que ce soit l’attrait jaloux pour un Don Juan charismatique (dont le pouvoir de séduction est réel ou grossi), qui génère le désir homosexuel : « Il m’avait paru beau garçon, sûrement le plus beau de la soirée. Sa démarche faite d’ondulations dures, comme une danse sévère, attirait les yeux des femmes. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 65) ; « C’est à cet instant que je me retrouvais nez à nez avec Yoro. Surpris par cette rencontre, pour le moins étonnante, qui me faisait perdre mon latin, je restais interdit. […] Je me tétanisas devant lui qui était le mâle même dans toute sa splendeur : Mec à femmes aux yeux de nous tous au ministère. » (idem, p. 134) ; « Je me rappelle. J’adorais Elvis Presley. Mais c’était surtout parce que je le trouvais sexy. Elvis était un personnage artificiel, très maquillé. Et je le trouvais super sexy. Aujourd’hui encore, je suis convaincu qu’il avait une sensibilité gay. Mais comme il était tenu par son manager, il n’a jamais pu l’exprimer, surtout à cette époque. » (Rosa von Prauheim, le réalisateur homosexuel interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Ce qu’un gay veut plus que tout au monde, c’est d’attirer l’attention d’autres hommes. Les gays aimeraient avoir le sentiment que tous les hommes les ressentent et les regardent. C’est pour ça qu’ils adorent les divas. » (Mykki Blanco, idem) ; « Les gays aiment se voir comme des créatures glamour et mangeuse d’hommes. » (Jan Noll, idem) ; etc. Le don juanisme homosexuel se traduit souvent par une misogynie très forte : « Je suis persuadé d’être homosexuel. J’ai fréquenté de nombreuses femmes. Sans plaisir particulier, il est. Cela m’a valu trois chaudes-pisses que j’ai considérées par la suite comme le châtiment de la nature pour des relations contre-nature. Aujourd’hui, toutes les femmes me font horreur, et, plus que toutes, celles qui me poursuivent de leur amour ; elles sont malheureusement très nombreuses. En revanche, j’aime ma mère et ma sœur, de tout mon cœur. » (lettre de Ernst Röhm, à 42 ans, le 25 février 1929)
 


 

Dans son sketch « Le métier d’humoriste » (2018), Tom Villa raconte une histoire vraie : il a retrouvé un ancien camarade de classe qui, à l’époque, faisait craquer toutes les filles et sortait avec celles qu’il voulait… et qui aujourd’hui a fait son coming out homosexuel. CQFD.
 
 

b) Devenir le cow-boy homosexuel :

Film "Adam & Steve" de Craig Chester

Film « Adam & Steve » de Craig Chester


 

Beaucoup de personnes homosexuelles sont attirées par la figure du cow-boy et s’y identifient : « I want to be a cow-boy. » (une phrase dite effrontément par Christophe Honoré en plein cours d’anglais, citée dans son autobiographie Le Livre pour enfants (2005), p. 89) Par exemple, Dans le documentaire « Des filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger, Jeanne, la réalisatrice, s’est choisie une drôle de sonnerie de portable : de la musique country

 

Je vous renvoie aussi au rodéo homosexuel filmé dans le documentaire « The Gift » (2005) de Louise Hogarth, à l’émission de télé-réalité américaine « Queer Or Straight » diffusée sur Pink TV (le lieu choisi est une grange à la Dallas), au docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles (avec Brüno et sa tenue de cow-boy), au personnage du cow-boy dans le groupe des Village People. Le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, mettant en scène l’amour surprenant entre deux cow-boys, a été un succès mondial au box-office, et restera longtemps LA référence du film homosexuel sensible et réussi.

 

 

L’écrivaine lesbienne Paula Dumont, qui, quand elle était petite, demandait à sa mère pourquoi elle n’avait pas de pénis, et qui s’habillera en cow-boy une fois adulte, soutient, comme par amnésie, qu’« en aucune façon elle aurait voulu être un homme » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 117). Et nous devons pourtant la croire, en dépit du bon sens ! Ce n’est pas l’homme réel qu’elle a désiré incarner, mais bien l’homme-objet (… quand bien même, dans son esprit, il y a fort à parier qu’elle ait amalgamé les deux) : « Ne nous cherchons pas d’excuses et soyons honnête, mon propre idéal d’élégance, c’est celui du cow-boy Marlboro. À défaut d’être capable de ses prouesses au rodéo, je suis fascinée par les vrais jeans américains et les chemisiers à carreaux. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 173) On retrouve exactement ce paradoxe sous la plume de Louise Welsh : « Jane avait vu des photos de Petra jeune, les cheveux lissés en arrière, vêtue de tailleurs stricts à carreaux ou à rayures, un feutre penché de façon désinvolte sur la tête, ressemblant tour à tour à David Bowie dans sa phase berlinoise et à Al Pacino jeune à la mode ‘Scarface’. ‘Je n’avais pas l’intention de me faire passer pour un homme. ’ dit Petra. » (Jane, l’héroïne lesbienne en couple avec Petra, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 82)

 

Pourtant, le cow-boy hyper viril, en même temps qu’il est mis sur un piédestal, incarne la menace homophobe : cf. le documentaire « La Domination masculine » (2009) de Patric Jean (avec le cow-boy montré comme une symbolisation du machisme patriarcal et homophobe) Cela est bien logique : l’identification au cow-boy est une esthétisation de la haine de soi et de sa sexuation.
 
DON JUAN Brokeback 2
 
 

c) Le macho homosexuel :

Les personnes homosexuelles hommes sont en général attirées par des individus qu’elles désignent comme « machos » et « hétéros », et qui ressemblent à l’homme-objet cinématographique : « Qui n’est jamais tombé sous le charme d’un ‘hétéro’ ? » (Romain, 20 ans, dans la revue Têtu, n°135, juillet-août 2008, p. 208) ; « En France, une enquête réalisée auprès de plus de 1000 homosexuels montre que 83% recherchent des partenaires à l’allure virile, contre seulement 13% qui préfèrent des hommes d’allure efféminée. » (Michel Bon et Antoine D’Arc, Rapport sur l’homosexualité de l’homme (1974), p. 269, cités dans l’essai X Y de l’identité masculine (1992) d’Élisabeth Badinter, p. 240) Les hétérosexuels fictionnels et les individus hétérosexuels ont longtemps servi – et servent encore – de modèles dans les couvertures des magazines de la communauté homosexuelle. « La culture gay considérait souvent les hommes hétérosexuels comme le type sexuel idéal. » (cf. l’article « Genres, identités sexuelles et conscience homosexuelle… » de George Chauncey, dans l’essai Les Études gays et lesbiennes (1998) de Didier Éribon, p. 102)

 

Madonna l’avait prédit avec ses cow-boys, et Mylène Farmer avec ses beaux hidalgos : l’homme-objet macho est en voie de devenir homosexuel. Les salles de musculation sont de nos jours investies par bon nombre de personnes homosexuelles. Certains hommes qui ont la réputation d’être des Don Juan dans la vie se révèlent être d’orientation homosexuelle : c’est le cas de Rock Hudson, James Dean, George Michael, Juan Fersero (un ancien « Monsieur Univers » espagnol), Tab Hunter, Marlon Brando, la top model lesbienne Gia Carangi, « ce pédé de Cary Grant » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 321), Nicolas Vitiello du groupe What For, Franck Delay du groupe 2BE3, Ricky Martin, Zackary Quinto, Tiziano Ferro, Rex Gildo (le crooner allemand), etc. Le documentaire « Man Of The Year » (1994) est un docu-fiction dans lequel le réalisateur retrace la période où il fut élu « Homme de l’Année » par le magazine Playgirl – un magazine « de charme » pour femmes – et où on lui retira son titre après son coming out.

 

Dans son essai L’Homosexualité au cinéma (2007), Didier Roth-Bettoni souligne le lien quasi systématique entre les films avec Aldo Maccione – le prototype du macho italien roulant des mécaniques – et l’homosexualité (p. 564). Le machisme et le désir homosexuel sont des frères. Par exemple, en 1992, la photographe féministe et lesbienne Leonard Zoe expose des photographies de sexe de femmes, toutes prises frontalement et de près, comme l’aurait fait un homme machiste.

 

C’est par l’hétérosexualité – et non l’amour vrai de l’autre sexe – qu’une personne s’oriente peu à peu vers l’homosexualité : « J’ai voulu donner à voir la liberté d’hommes qui en arrivent à se travestir pour accéder à une frange d’hommes inaccessibles autrement qu’avec cette apparence même grossière de féminité, et montrer à quel point ils y accèdent vraiment… Ou de ces hétérosexuels mariés qui ont besoin de travestissement pour vivre leurs fantasmes, tout en pouvant être contre les pédés. Et de ceux qui ramassent les miettes. » (Jacques Nolot cité dans l’article « Les Grands Fonds » d’Olivier, sur la revue Illico, 31 octobre 2002)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles, même efféminées ou fem, sont machistes/sexistes dans leurs comportements, c’est-à-dire qu’elles imitent l’image qu’elles se font mentalement de la force virile de l’homme-objet, pour se donner du caractère et une identité.

 

Par exemple, beaucoup de ces rappeurs qui se la jouent super virils sont en réalité des homosexuels. C’est le cas du rappeur 2PAC, de Monis. Autre exemple : Berthrand Nguyen Matoko, dans sa jeunesse, a été mannequin de charme pour des photos de nus : « Des séances de photos en spectacle où le corps avait la parole, je devins l’ovation des plus belles fesses, du plus beau sourire… […] Je plaisais aux hommes et en contrepartie, l’argent me plaisait. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 120)

 

Fondamentalement, je crois que le machisme n’a pas de sexe, ni d’orientation sexuelle. Il n’appartient pas plus aux femmes qu’aux hommes, pas plus aux individus hétéros qu’aux individus homos. L’homosexualité, même entre femmes, dessert également le machisme : « Volontaire ou non, la pédagogie homosexuelle poursuit toujours le même but : l’apprentissage du rôle masculin. » (Élisabeth Badinter, X Y de l’identité masculine (1992), p. 129) ; « Je te dis qu’elle est macho. » (Martine à propos de Marie, une femme lesbienne, dans l’essai autobiographique La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010) de Paula Dumont, p. 202) C’est une idée fausse de dire que seuls les hommes hétéros peuvent être machistes : le machisme est humain, et est porté par des désirs faibles, lâches, égocentriques, éloignés du Réel, tels que les désirs hétérosexuel et homosexuel.

 

Si j’avais à définir le machisme, je dirais qu’il est le refus de sa faiblesse (et des défaillances humaines en général), une négation de la souffrance, une non-acceptation des limites du Réel et de la liberté des autres, un désir de se prendre pour un objet ou pour Dieu pour cacher un viol : « Sa furieuse quête de la masculinité… provoqua le désir de se purger de toute sensibilité pour devenir un objet pleinement viril. » (L. Segal à propos du suicide de l’écrivain homosexuel Yukio Mishima, citée dans l’essai X Y de l’identité masculine (1992) d’Élisabeth Badinter, p. 203) ; « J’ai été violé comme une femme, on m’a considéré comme un trou et je ne voulais plus être une femme, je ne voulais surtout pas être homosexuel, encore pire… je voulais être carrément macho. » (cf. un témoin interviewé dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang, p. 193)
 

Jean-Louis Chardans, dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), fait même un lien entre homosexualité et inceste à travers l’archétype du Don Juan : « À l’instar des types ‘Don Juan’, poursuivant à travers toutes les femmes une mère idéale, ces individus homosexuels recherchent souvent dans leurs relations avec des hommes plus âgés un père idéal. » (p. 48) Il n’a peut-être pas tort.

 

L’individu homosexuel a de qui tenir. Souvent, on découvre que s’il joue au Don Juan, c’est qu’il a vu son propre père comme tel, ou bien que ce dernier s’est comporté comme tel. Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko parle de son papounet comme d’un gentleman « très adulé par les femmes » (p. 17) : « Tout Louhoua estimait mon père. Star-patriarche du coin, charismatique, c’était un homme très séduisant. » Dans la biographie Ramon (2008), Dominique Fernandez fait la prouesse de retracer la vie de son père. Ce dernier a écrit en 1924 un roman intitulé Philippe Sauveur et qui traitait d’homosexualité. Son fils s’en étonne encore, même s’il laisse échapper quelques indices d’homosexualité latente chez son père, qui était pourtant un homme marié et un coureur : « Écrire sur l’homosexualité, à cette époque, quand on était soi-même, ou qu’on passait pour l’être, un homme à femmes ! Quelle étrange curiosité poussait l’apprenti romancier ? » (p. 129)

 

Pour clôturer ce chapitre sur le Don Juan homosexuel, je ne peux pas faire l’impasse sur l’homme médiatique le plus homosexualisé du moment : le supposé « footballeur gay ». Le monde du sport, et notamment du sport le plus viril qui soit – le foot – est de nos jours simultanément hétérosexualisé et homosexualisé : « Le statut du footballeur a beaucoup changé depuis quinze ans. […] Beckham est l’incarnation des nouveaux hommes féminisés, les fameux ‘métrosexuels’. » (Éric Zemmour, Le Premier Sexe (2006), pp. 16-17) ; « Un mec qui joue au foot, c’est une tapette. » (Antoine de Caunes) ; « Dans le monde du foot, y’a beaucoup de lesbiennes. » (une femme lesbienne faisant elle-même du foot, dans l’émission Dans les yeux d’Olivier d’Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq, spéciale « Les Femmes entre elles », diffusée sur la chaîne France 2 le 12 avril 2011) ; etc.

 

Tout de suite, on a en tête le calendrier annuel des Dieux du Stade (pour le rugby cette fois), autant acheté – si ce n’est plus ! – par un public homosexuel qu’un public non-homosexuel. Les chansons homosexuelles « I Will Survive » de Gloria Gaynor ou « Go West » du groupe Pet Shop Boys sont devenues des hymnes de supporters de stade de foot, individus pourtant peu réputés pour leur homophilie. Et de plus en plus de joueurs de foot font leur coming out ou sont connus pour être homosexuels : Yoann Lemaire, Anton Hysén, Brahim Naït-Balk, Justin Fashanu, Landon Donovan, Jonathan De Falco, Michel Platini, Olivier Rouyer, Marcus Urban, Thomas Hitzlsperger, Robbie Rogers, Michael Sam, etc. Certaines femmes lesbiennes cherchent également à s’homosexualiser en imitant le footballeur hétérosexuel : « J’habitais la banlieue et même si c’était intenable, j’étais toujours fourrée avec les garçons, je passais mon temps à réparer les mobylettes. C’était ma vie, ça : réparer des mobylettes, fumer des clopes, aller regarder le football. » (Gaëlle, femme lesbienne de 37 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, pp. 56-57) Actuellement, le recensement des sportifs homos est toujours plus médiatique et valorisé : on montre en exemple des athlètes comme Gus Johnston (hockey sur glace), Matthew Mitcham (natation), Ian Roberts (rugby), Amélie Moresmo (tennis), Michelle Ferris (cyclisme), Martina Navratilova, etc.

 

Le footballeur gay est un moyen pratique pour beaucoup de personnes homosexuelles de cacher leur homosexualité, donc de pratiquer une homophobie tout en faisant les beaux : « Mon père pensait que le football m’endurcirait et il m’avait proposé d’en faire, comme lui dans sa jeunesse, comme mes cousins et mes frères. J’avais résisté : à cet âge déjà je voulais faire de la danse ; ma sœur en faisait. Je me rêvais sur une scène, j’imaginais des collants, des paillettes, des foules m’acclamant et moi les saluant, comblé, couvert de sueur – mais sachant la honte que cela représentait je ne l’avais jamais avoué. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 30) ; « J’avais échoué, avec Sabrina, dans la lutte entre ma volonté de devenir un dur et cette volonté du corps qui me poussait vers les hommes, c’est-à-dire contre ma famille, contre le village tout entier. Pourtant je ne voulais pas abandonner et continuais à me répéter cette phrase, obsédante, ‘Aujourd’hui je serai un dur’. Mon échec avec Sabrina me poussait à accentuer mes efforts. Je prenais garde à rendre ma voix plus grave, toujours plus grave. Je m’empêchais d’agiter les mains lorsque je parlais, les glissant dans mes proches pour les immobiliser. Après cette nuit qui m’avait révélé plus que jamais l’impossibilité pour moi de m’émouvoir pour un corps féminin, je me suis intéressé plus sérieusement au football que je ne l’avais fait auparavant. Je le regardais à la télévision et apprenais par cœur le nom des joueurs de l’équipe de France. Je regardais le catch aussi, comme mes frères et mon père. J’affirmais toujours plus ma haine des homosexuels pour mettre à distance les soupçons. » (idem, pp. 195-196) ; etc.
 
 

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Code n°51 – Doubles schizophréniques (sous-codes : Dialogue contradictoire / Ventriloque / Schizophrénie)

doubles schizophréniques

Doubles schizophréniques

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La bilatéralité avec les autres et avec soi

 

François Sagat

François Sagat


 

Le désir homosexuel est l’expression du climat fortement anti-naturaliste de nos sociétés actuelles qui encouragent l’individu à vider ses actes de leur portée symbolique et à dissocier l’être du faire, le corps de l’esprit, les actes de leurs sens. Même si la schizophrénie n’est pas l’apanage du désir homosexuel, je crois que celui-ci fait partie, avec le désir hétérosexuel, des plus puissantes forces humaines écartelantes qui existent. Si j’avais à en donner une seule définition, je pourrais dire que le désir homosexuel tend davantage à la désunion réifiante de l’être qu’il habite qu’il ne veille à son unité humanisante. C’est la raison pour laquelle bon nombre de personnes homosexuelles l’associent inconsciemment ou volontairement à la schizophrénie (Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe (1973), p. 37).

 

Jonathan Caouette

Jonathan Caouette


 

Pour expliquer cette déconnexion de l’être et du faire, nous découvrons souvent que c’est la discordance entre les moyens et le but que nous nous fixons sincèrement, encouragée par la sacralisation de nos propres bonnes intentions, qui nous impose parfois ce pénible décalage de la schizophrénie. Beaucoup de personnes homosexuelles postulent qu’on peut très bien arriver au Bien par le Bien mais aussi par le mal, car elles ont la passion impatiente du Bien. Par exemple, lorsqu’un Érik Rémès avoue avoir contaminé plusieurs personnes du Sida, et qu’il déclare peu après qu’il est « un garçon très romantique, très fleur bleue » (Érik Rémès, dans l’article « Érik Rémès, Écrivain » de Julien Grunberg, sur le site www.e-llico.com consulté en juin 2005), nous avons de fortes raisons de penser qu’il est malgré tout sincère. Dans le monde des intentions, son action et ses propos sont explicables et respectables, même si, une fois considérés à la lumière de la Réalité et de la Vérité, ils ne sont bien évidemment plus justifiables.

 

La discordance entre le moyen et le but fait réellement souffrir beaucoup de personnes homosexuelles car elles ne récoltent pas les « bons » fruits de leur sincérité. Étant donné qu’elles font du Bien leur priorité sans faire attention aux moyens qu’elles vont mettre en œuvre pour le rendre concret, elles auront tendance à assigner au mal les vertus (et parfois même la création !) du Bien. À force de dire que l’échec peut être le cadre du succès, elles finissent par penser que le mal est la condition de l’existence de la Vérité, voire la Vérité même. « C’est par les fautes que nous sommes les plus vrais » déclare par exemple Jean Cocteau (Jean Cocteau, dans le documentaire « Jean Cocteau, Autoportrait d’un Inconnu » (1983) d’Edgardo Cozarinsky).

 

L’élan schizoïde et déchirant du désir homosexuel s’exprime par ce qu’on appelle l’androgynie psychique. On entend par cette expression la dualité psychologique rencontrée dans le processus d’individuation, et, comme le souligne Barbara Gagné dans L’Androgynie psychique chez Carl Gustav Jung (2001), la « rencontre dans l’esprit (humain) des deux principes, féminin et masculin » (p. 10), mais je rajouterais aussi jeune et adulte (pour la différence des générations), ainsi que serviteur et maître (pour la différence des espaces). Elle se résout chez l’Homme au mieux dans la différenciation et la rencontre non-fusionnelle pacifiée d’un duo de personnages symbolisant dans l’iconographie les deux principes de l’androgynie psychique (la femme et l’homme, l’enfant et l’adulte, le serviteur et le maître), au pire dans la fusion destructrice de ces mêmes personnages (alors différenciés à l’extrême par la caricature : la femme-objet et le macho, le sale gosse et l’adulte despotique, l’esclave-bouffon et le tyran). Cette réalité psychologique n’est pas propre aux personnes homosexuelles, bien sûr. L’androgynie psychique est, selon Jean Libis, le signe d’une blessure que porte chaque Homme en lui du fait de se savoir incomplet et fragile. Si elle est intégrée comme naturelle, elle permet la reconnaissance de ses manques humains, et donc l’accueil du Désir. Mais plus elle est camouflée ou cultivée dans l’ignorance et l’orgueil, plus elle peut être le signe à la fois d’un viol réel subi et l’expression d’un désir de violer, de se diviser à nouveau. Elle se traduit alors par une séparation en deux de la conscience, donc par la schizophrénie ; et plus particulièrement chez les personnes homosexuelles, en orientation sexuelle homo-érotique.

 

C’est pourquoi les auteurs homosexuels traitent fréquemment du thème des doubles schizophréniques, figurés dans les fictions par deux personnages burlesques réagissant comme des jumeaux toujours en accord/désaccord. Comme nous pouvons le constater dans la pièce de William Shakespeare Macbeth (1623) par exemple, le roi et sa femme symbolisent, selon les termes de Pierre Leyris, « l’androgyne psychique », c’est-à-dire le conflit intérieur d’une conscience né d’un crime fictionnel, et exprimé à l’image par deux personnages épuisant à eux deux toutes les possibilités de réactions au meurtre (remord, défi, indifférence, euphorie, culpabilité, angoisse, etc.) comme le feraient les parties détachées d’une même individualité. De même, dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, il nous est dit que Paul et sa sœur Élisabeth sont « les deux membres d’un seul corps ». Dans les créations artistiques homosexuelles, les monologues intérieurs prennent en général la forme du dialogue schizophrénique en couple. Se superposent dans cet échange l’invitation perverse et l’appel au déni et à la résistance au viol. Mais cette joute verbale schizophrénique n’est ni si horrible ni si banale que ne nous le montre l’image. Elle a quand même pour but inconscient d’occulter par son vacarme la guerre fantasmée et parfois réelle que se livre l’individu réel à lui-même en se laissant faire par son désir de viol.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Fusion », « Androgynie bouffon/tyran », « Inceste entre frères », « Miroir », « Ombre », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Femme et homme en statues de cire », « Substitut d’identité », « Pygmalion », « Jumeaux », « Désir désordonné », « Folie », « Moitié », « Poupées », « Animaux empaillés », à la partie « Laurel et Hardy » du code « Amant modèle photographique » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Ne faire qu’Un avec un autre que soi :

Pièce Le Retour au désert de Bernard-Marie Koltès

Pièce Le Retour au désert de Bernard-Marie Koltès


 

Dans les fictions homo-érotiques, le désir homosexuel est souvent représenté par deux marionnettes (comme les deux papys du Muppet Show) : cf. la chanson « Alice et June » d’Indochine, le film « Le Frère, la sœur… et l’autre » (1970) de Douglas Hickox, la pièce Juste la fin du Monde (1999) de Jean-Luc Lagarce (avec la relation jalouse entre Louis et Antoine), la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé (avec Stan et le héros), le film « Le Roi Jean » (2009) de Jean-Philippe Labadie (avec les deux soldats de plomb), le roman Bob et Bobette s’amusent (1919) de Francis Carco, le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb, le tableau Robinson et Vendredi (2007) d’Éric Raspaut, le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza (avec le gardien de la fac, une sorte de fantôme et une voix de la conscience), le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar (avec Mateo Blanco et Harry Caine), la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi (avec Cyrille et Hubert, le journaliste-bras-droit), le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (avec les deux sénateurs), le film « La Fiancée de Frankenstein » (1935) de James Whale (avec les docteurs Frankenstein et Pretorius), le film « La Femme et le Pantin » (1931) de Josef Von Sternberg (avec les deux politiciens), la pièce Les Bonnes (1947) de Jean Genet (avec les deux domestiques Claire et Solange), la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin (avec Avril et Lacenaire), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, la pièce Une Nuit au poste (2007) d’Éric Rouquette (avec Isabelle la shootée et Diane l’hystérique), le film « The Virgin Soldiers » (1969) de John Dexter, la pièce Arlequin, Valet de deux maîtres (1745) de Goldoni (avec Federico et sa sœur Beatriz qui se fait passer pour lui), le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1969) de Billy Wilder, le roman Les deux morts de John Speidel (2003) de Joe Haldeman, le film « Un Amour de Swann » (1983) de Volker Schlöndorff (avec le duo androgynique Swann/Odette), la pièce Le Cri de l’ôtruche (2007) de Claude Gisbert (avec Paul et Bob), la chanson « La Chanson du coq et de l’âne » du spectacle musical Émilie Jolie de Philippe Chatel (chantée par Arnold Turboust et Étienne Daho), le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie (avec Eva et Mathilda), le dessin animé « Alice au pays des merveilles » (1951) de Clyde Geronimi (avec le Chapelier toqué – particulièrement efféminé – et le lièvre – animal connu pour ses pratiques « homosexuelles »), la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher (avec David et Philibert), le roman Mi Novia Y Mi Novio (1923) d’Álvaro Retana, la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi (avec Louise et Jeanne, amies « collées » depuis l’enfance), la pièce Attachez vos ceintures (2008) de David Buniak (avec Ibrahim, le double du protagoniste homosexuel), le film « Collateral » (2004) de Michael Mann (avec Vincent et Max), la chanson « Laure et Lise » de Renaud Hantson, le film « L’Heure du désir » (1954) d’Egil Holmsen, le film « La Polka des marins » (1951) d’Hal Walker, le film « Trannymals Go To Court » (2007) de Dylan Vade, le film « Satyricon » (1969) de Federico Fellini, la pièce Les Précieux Ridicules (2008) de Damien Poinsard et Guido Reyna (avec les deux nièces), le spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde (2008) de Philippe Robin-Volclair (avec les deux oiseaux homos Édouard et Luigi), le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli, les films « Le Soldat récalcitrant » (datant de 1950, avec le fameux tandem Lewis/Martin), le film « Irma à Hollywood » (1950) et « Bon Sang ne saurait mentir » (1951) d’Hal Walker, la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer (avec Janine et Simone), la comédie musicale Cabaret (1966) de Sam Mendes et Rob Marshall (avec Victor et Bobby, les deux cabarets boys identiques), la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Céglia (avec Didier le grand et Bernard le maigre), l’opéra King Arthur (2009) d’Hervé Niquet (avec les deux moinillons homosexuels), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec les deux CRS Pardieu et Donadieu), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec Smith, le héros homosexuel, et London sa demi-sœur), le film « Bancs publics (Versailles Rive droite) » (2009) de Bruno Podalydès (avec les deux vieux joueurs de Backgammon 2 comparés au duo comique Poiret/Serrault), la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet (avec les deux servantes Claudia et Elsa ), le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes (avec Sulky et Sulku), etc.

 

« Tu es Laurel et moi Hardy. Tu es Batman et moi Robyn. Tu es Tom et moi Jerry. » (Karma s’adressant à sa copine Amy, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « Mon histoire sans la sienne n’a aucun sens. Cyril est ma réciproque. Nous sommes réunis à jamais dans cet univers qu’il affectionnait tant. […] Je suis entrée en lui comme il est entré en moi. […] Sans lui, je n’existe pas. » (la psychiatre concernant son patient Cyril, dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, pp. 219-221) ; « J’avais affaire à un double cas de Docteur Jekyll et Mister Hyde. » (Jean-Marc en parlant du couple homo Dan et Gerry, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 205) ; « Faisons à nous deux un héros de roman. […] J’irai dans l’ombre à ton côté. Je serai l’esprit. Tu seras la beauté. » (Cyrano s’adressant à Christian dans la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan) ; « Ah, non, Linda, arrêtez ! Ah, la salope, elle m’est rentrée dedans ! Allô, Linda, sortez tout de suite ! » (Loretta Strong, le héros travesti M to F, dans la pièce éponyme (1978) de Copi) ; « J’étais chez Khalid. Je dormais avec mes vêtements de jour dans son lit. Seul dans son lit. Puis avec lui. Mais, du plus loin de mon sommeil, c’est moi qui parlais cette fois-ci. ‘Non, non, ce n’est pas moi… Oui, oui, c’est moi… Moi… Sûr… Sûr…’. » (Omar, le héros homosexuel dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 44) ; « Nous n’aurions dû être que deux êtres humains à la fois. » (Jacques, le héros homosexuel quinquagénaire s’adressant à son amant Mathan, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Mes dieux chéris adorés, faites que jamais nous ne nous séparions, lui de moi et moi de lui. » (la naïade abusive fusionnant avec Hermaphrodite, dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré) ; « Nous sommes toutes deux emplies de la vieille paix de Morton, parce que nous nous aimons si profondément… et parce que nous sommes une perfection, une chose parfaite, vous et moi… non deux personnes distinctes, mais une seule. » (Stephen, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Angela, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 191) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, les deux ex-amants Danny et Zach sont l’un pour l’autre une conscience. Par exemple, à chaque fois que Zach fume dans un lieu non-fumeur, Danny le surprend et le rappelle à l’ordre par surprise. Ils partagent une seule et même vie, comme deux moitiés d’homme : « On peut rendre notre vie plus belle. » (Zach) ; « Seulement un petit désagrément avec moi-même… » (Zach après l’engueulade avec son double, Danny) ; etc. Ils se marchent fatalement sur les pieds : « On ne s’entend pas très bien, pas vrai ? » (Danny s’adressant à son amant Zach, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « Toi et moi, on a connu une trahison de trop. » (Zach à Danny, juste après l’avoir embrassé sur la tête, idem) Quand Zach déclare à Danny « Tu peux me sauver grâce à ta vie. », celui-ci lui répond : « Écoute-moi : je ne suis pas toi ! » Dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), Merteuil et Valmont s’amusent à interchanger leur rôle et leur peau, en parlant à la place de l’autre.
 

Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel intercale toujours dans son discours des interruptions d’Aurélie, sa meilleure amie, qui lui coupe la parole avec des questions gênantes et inquisitrices. Il la présente comme « son double » On découvre petit à petit que le double en question est plutôt un modèle narcissique impersonnel (d’autre fois, Aurélie devient « Armelle ») et un peu trouble : « Les soirées déguisées, on adore ça. C’est le moment parfait pour être quelqu’un d’autre. Pour montrer son double. » ; « Eh ben oui. Tous mes copains ont une sœur maléfique ! » Le héros ne se gêne pas pour la maltraiter : « Pourquoi Armelle est là à toutes les soirées ? C’est de la schizo. »

 

Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, le héros homosexuel, considère son colocataire Benji, très loquace, comme sa « petite voix » : « T’es pas les autres : toi, c’est moi. »

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, quand Kévin fait remarquer à son copain Bryan qu’il parle de son cerveau et de lui-même comme s’ils étaient deux entités dissociées, Bryan lui répond : « C’est un peu ça. Des fois, j’ai l’impression d’être un étranger dans ce corps. Je ne sais pas si c’est le mot qui va bien. C’est plus l’impression de désaccord, de perte de contrôle, avec des envies, des pulsions et des idées que je préférerais ne pas avoir, dans lesquelles je ne me reconnais pas, qui me mettent mal à l’aise… Tu comprends ? » (p. 374)

 

Dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage, la schizophrénie est au centre de l’intrigue : « C’est mon lot quotidien, les schizophrènes. […] Traiter deux patients qui partagent le même psychisme, c’est comme en traiter un seul qui en aurait plusieurs. » (le psy) Les deux meilleurs amis, Jean-Louis (l’hétéro) et Jean-Charles (le transgenre M to F Jessica) « partagent le même psychisme » : « Je deviens sa demi-sœur. » (Jean-Charles parlant de Jean-Louis)

 

Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, Jenko (le grand beau gosse) et son collègue Schmidt (le gros petit) se disputent beaucoup : « Tu me tires vers le bas. » (Jenko) ; « Tu étais une petite fleur et je t’étouffais. » (Schmidt) À la fin, face à cette drôle de fraternité, Zook, leur camarade-rival, conclut à propos de Schmidt : « C’est lui son âme-sœur. »

 

DOUBLES Jumeaux diaboliques

 

Le double schizophrénique peut être un animal. « Le rat sortit son museau de la poche du veston grisâtre et secoua ses moustaches ; il écouta les pas du propriétaire du veston, M. Alphand, qui entrait dans la bibliothèque, furieux, et faisait sonner sa canne contre le dossier de la chaise où la veste était accrochée ; le rat poussa un cri et alla se cacher entre les livres. […] Le rat avait pris possession de la bibliothèque de M. Alphand. » (cf. la première phrase de la nouvelle « La Servante » (1978) de Copi, p. 61) Par exemple, dans son one-(wo)man-show Madame H. raconte la saga des transpédégouines (2007), Madame H. parle à « Montherlant », son écharpe en hermine. Dans la pièce Toutes les chansons ont une histoire (2009) de Quentin Lamotta et Frédéric Zeitoun, les deux mainates dans leur cage sont les commentateurs désopilants des humains qui les entourent. Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, le perroquet de doña Mechita fait des siennes.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

L’animal en question est l’indicateur, chez le personnage homosexuel, à la fois du voyeurisme et de la paranoïa : « Goliatha, le rat me regarde ! J’ai peur ! » (« L. », le héros travesti M to F de la pièce Le Frigo (1983) de Copi) Par exemple, dans le film « Le Naufragé » (2012) de Pierre Folliot, la mère d’Adrien (le héros homo), par une hallucination, voit en vrai son fils mort dans sa baignoire : Adrien vient habiter ses pires cauchemars.

 

Ce double androgynique est aussi bien souvent un membre de la famille du héros (la mère et surtout le frère ou la sœur). Par exemple, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Jules, le héros homosexuel, avoue que sa sœur a fait une dépression. Dans la pièce Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès, Mathilde et Adrien symbolisent une androgynie psychique. D’ailleurs, à un moment, on ordonne leur séparation (« Séparez-les ! ») tellement le frère et la sœur sont fusionnels. Dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, les deux frères Sandre (le pessimiste terre à terre) et Audric (le rêveur) forment une seule entité. Dans le film « Psychose » (1960) d’Alfred Hitchcock, l’esprit de la mère morte occupe l’esprit de son fils Norman. Dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi, la Reine et sa fille sont les deux parties encéphaliques d’un même cerveau, celui de leur auteur : « Dès que ma fille n’est plus là, ma mémoire défaille. » Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, le frère d’Europe entend sa sœur lui parler de l’intérieur, de manière invisible, par transmission de pensées : « Je t’aime. Faut pas t’inquiéter pour moi. » Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, la grande sœur de Juna (l’héroïne lesbienne) est une voix-off accaparante qu’on ne voit jamais et que Juna tuera en la carbonisant. Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, Adineh l’héroïne transsexuelle F to M a un frère – à la fois de sang et symbolique –, qui se nomme Emad, qu’elle invoque et qui va l’aider à s’exiler en Allemagne pour son opération de changement de sexe : « C’est mon frère. Il n’est pas d’ici. »
 

En toile de fond de ce duo uni à la vie à la mort se lit très souvent l’inceste (en général entre frères), le narcissisme et le viol. « J’ai passé mon temps à vous séparer et à recoller les morceaux ! » (Jasmine s’adressant à ses frères Djalil et François – Djalil est le demi-frère de François – dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti) ; « On finit toujours par se disputer. » (François et Jasmine, frère et sœur jumeaux, idem) ; « Tu lis en lui comme dans un livre ouvert à l’envers. » (Félix, le héros homosexuel parlant de son frère Victor, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 177) ; « Je l’aime. Il a une double personnalité, ça me fascine. Soit il reste immobile pendant des heures, soit il saute sur moi. » (le narrateur homosexuel parlant de son amant Pietro, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 66) ; « Vous êtes habituée à vivre avec votre sœur qui vous facilitait tout. Toute seule, vous êtes comme un enfant. » (Fougère dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Le ventre collé contre le grand lit de fer. Je cherche mon frère. J’avance vers le sommier. Le dos fermé couché, j’ai mal à reconnaître. La voix de mon frère, un sanglot étouffé. Pour le rencontrer, j’ai fait un millier de mètres à pied car ils nous ont séparés. » (cf. le poème « Le Dos d’un cœur » (2008) d’ Aude Legrand-Berriot) ; « Dianne et moi, on était comme McGyver et son couteau, les asperges et la sauce hollandaise ou les jumelles Olsen. Elle était mon ange gardien, mon amie et alliée. Et moi, son deuxième cœur. » (Phil, le héros homo à propos de sa sœur jumelle, dans le film « Die Mitter der Welt », « Moi et mon monde » (2016) de Jakob M Erwa); etc.

 

Par exemple, dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, la mère apparaît comme une voix de la conscience, un double schizophrénique « attachiant » et désagréable, qui ne lâche pas son fils homosexuel Guillaume d’une semelle, et qui le transforme en moulin à parole parlant pour deux (« Tu promets de ne pas monopoliser la conversation, hein ? » demande Clémence, une amie de Guillaume pendant une soirée entre filles) : d’ailleurs, c’est le même acteur qui joue le fils et la mère. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, William, le héros homo, et Adèle sa sœur, ont une relation particulièrement fusionnelle et incestuelle. Ils semblent inséparables et sont même une menace pour l’amant de William, Georges, qu’ils torturent psychologiquement pour lui faire payer sa double vie de bisexuel : « Qu’est-ce que c’est que cette sangsue ?? » demande ce dernier pour les déscotcher, en vain. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Jane, l’héroïne lesbienne et la jeune Anna, 13 ans, sont comme des jumelles, des reflets narcissiques : elles ont la même éraflure au visage… et le même fantasme de viol/la même expérience du viol.

 
 

b) Ne faire qu’Un avec deux soi-même (schizophrénie) :

Parfois, le personnage homosexuel ne fait qu’Un avec deux lui-même. C’est ce qui s’appelle la schizophrénie… pardon… la « transidentité ». « Une moitié de lui est en lutte contre une autre. » (la Belle par rapport à la Bête, dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau) ; « Vous aviez raison. Je suis pas hétéro. Je suis bipolaire, c’est tout. » (Arnaud, le héros homo s’adressant à son compagnon Benjamin et à son psy, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Elle est María José et lui José María, deux personnes à part entière si l’on tient compte des prénoms, mais rien à voir avec l’idée que se font ceux qui opèrent l’amalgame des deux en un être unique. Il s’agit de quelque chose de profondément religieux, d’ineffable. Ils sont deux, je le répète. » (Luisa Valenzuela, « Leyenda De La Criatura Autosuficiente » (1983), p. 68) ; « Il faut que je me parle. D’homme à homme. De mâle à mâle. De sujet à sujet. » (Jarry se parlant à lui-même, dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Votre petite fille intérieure fait du mal à votre petit garçon intérieur. » (John, le héros homosexuel s’adressant à Mr Carter dont il est amoureux, dans le film « Alone With Mr Carter » (2012) de Jean-Pierre Bergeron) ; « Je suis une femme coincée dans un corps d’homme. » (Mia, le héros transsexuel M to F, dans la série Hit & Miss (2012) d’Hettie McDonald) ; « Signé : Sarah Connor. C’est mon vrai prénom à l’intérieur. » (Karine Dubernet dans le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate !, 2011) ; « Jean-Marc, c’est le cerveau caché de notre groupe. » (Jean-Henri dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « J’ai un mec à l’intérieur de moi qui me dit : ‘Il faut pas que t’aies un mec à l’intérieur de toi ! » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « Maintenant, mon corps me dit : ‘Fais ta vie. Je fais la mienne. » (idem) ; « J’ai toujours eu deux facettes. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; etc.

 

Il est question de schizophrénie dans beaucoup de créations homo-érotiques : cf. le film « Abre Los Ojos » (« Ouvre les yeux », 2002) d’Alejandro Amenábar, le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le one-man-show Hétéropause (2007) d’Hervé Caffin et de Maria Ducceschi, le film « Der Januskopf » (1920) de Friedrich Wilhelm Murnau, le film « Doctor Jekyll And Sister Hyde » (1971) de Roy Ward Baker, le film « La Vie intime du Docteur Jekyll » (1974) de L. Ray Monde, le film « Dr Jekyll And Mrs Hyde » (1995) de David Price, la chanson « Pull-over » de Mélissa Mars (avec l’hémisphère gauche et droit), les romans Mr Burke et Mr Hare, Assassins (1891) et Cœur double (1891) de Marcel Schwob, le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, le film « Body Double 22 » (2010) de Brice Dellsperger, la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell, la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo (traitant du dédoublement de personnalité), le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky (avec Nina, l’héroïne lesbienne mi-ange mi-démon, mi-cygne blanc, mi-cygne noir), la pièce Le Frigo (1983) de Copi mise en scène d’Érika Guillouzouic en 2011 (avec le héros transgenre M to F, déguisé et coupé en deux pour figurer la mère et le fils), etc.

 

« Seul, tu vis comme à deux, quand tu y repenses ! Moi, je vis comme pour deux ! » (Nathalie Rhéa dans son one-woman-show Wonderfolle Show, 2012) ; « Je n’ai pas l’impression de jouer la comédie mais d’imiter une actrice de cinéma détestable, comment s’appelait-elle ? Elle ne jouait que dans les films de vampires. » (Vicky dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Je suis comédienne. Je suis habitée par plusieurs personnages. » (Nathalie Rhéa dans le one-woman-show Wonderfolle Show, 2012) ; « Seul, tu vis comme à deux, quand tu y repenses ! Moi, je vis comme pour deux ! » (idem) ; « Les patients qui viennent pour les troubles de la personne ont les mêmes troubles que vous. » (Dr Apsey s’adressant à son patient homo Frank, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; « Ils – mes doubles – sont les ennemis des psychiatres. » (Renaud dans la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo) ; « Je pensais que ça me libèrerait de mon ambivalence. » (Tom parlant de l’amour homo qui le déçoit, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, la Comédienne dit que lorsqu’elle interprète un rôle, elle « n’a pas l’impression de jouer » : « Ce qu’il y a de plus éprouvant, c’est que soi-même on devient théâtral. […] Si au moins je sentais le personnage… » Dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, Dominique, le héros homosexuel, évoque sa « dualité fondamentale » (p. 13). Dans la pièce Loretta Strong (1974) de Copi, Linda se fait les questions/réponses à elle-même. Dans la série nord-américaine United States Of Tara (2009-2011) de Diablo Cody, on retrouve le thème de l’homosexualité en lien avec la schizophrénie : Tara est une mère de famille qui a des troubles dissociatifs de l’identité, et elle se met par exemple dans la peau d’un vétéran du Vietnam tombant amoureux d’une femme. Dans le roman Stella Manhattan (1993) de Silviano Santiago, l’homosexualité d’Eduardo se manifeste dans un dédoublement de personnalité en Stella. Dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry fait les questions et les réponses à lui tout seul, en devançant son public. « Vous savez pourquoi ?/Non on ne sait pas pourquoi. » Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Jacques, Mathan, le jeune héros homosexuel, dit que son prénom intègre l’hybridité entre deux noms : Matthieu et Nathan.

 

Le héros homosexuel dit « s’absenter sur place » : « Je le vois bien que vous êtes là. Mais moi, est-ce que je suis là, moi ? Voilà le problème. » (Jeanne au Vrai Facteur dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) Il n’arrive pas à comprendre ce qu’il fait : « Qu’est-ce que je suis en train de faire ? » (le héros homo suite à la révélation de son homosexualité, dans le film « Komma Ut », « Coming Out », 2011) de Jerry Carlsson) ; « Je ne sais pas vraiment ce que je fais. » (Elena par rapport à sa relation lesbienne avec Peyton, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « Puis-je penser quelque chose et agir autrement ? » (la voix-off d’Audrey, l’agresseur homophobe dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; « Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Aujourd’hui je ne sais pas ce qu’il m’arrive. » (Jeanne dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « Je n’aime pas ce mélange de rêve et de réalité, j’ai peur d’être encore amené à tuer comme dans mes précédents rêves. […] Je sais que même si je ne suis pas un criminel, mon emploi du temps de ces quatre derniers jours m’est complètement sorti de la tête, n’aurais-je pas pendant cette période tué pour de bon ? Est-ce que Marielle ne courra pas un danger restant seule avec moi ? Non, voyons, je suis la personne la plus pacifique du monde. Les gens violents dans leurs rêves sont dans la réalité incapables de tuer une mouche. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 134)

 

Il invente parfois un métalangage narcissique où il parle de lui à la troisième ou la deuxième personne du singulier : « Je’ a disparu. Je suis plus moi même… C’est plus moi dans le jeu. » (l’Actrice dans la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je lève les yeux sur la fenêtre d’une chambre de bonne où j’ai habité il y a bien quinze ans. Avant Pierre. Tu es en train de t’inventer un roman pour toi seul. Est-ce que ce n’est pas me dis-je là la raison pour laquelle tu as perdu deux débuts de romans, tu refuses d’avance l’accueil d’un public, tu te fâches avec ton éditeur ? » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi) ; « Après j’ai mieux compris l’expérience du Louvre. Devant le tableau de Raphaël, c’était sûrement Vincent imbécile ébahi qui au lieu de se contenter du plaisir des yeux s’était livré à un peu discret touche-pipi dans la poche du plus large futal de Garbo. À moins que ce ne fût le contraire. Car même aujourd’hui, avec un recul de six ans, il m’est encore impossible de dire en toute honnêteté lequel de Vincent ou de Garbo a depuis le début de ce micmac sexuel manipulé l’autre, à qui en réalité la main, à qui le manche. D’ailleurs Vincent Garbo se fout bien de le savoir. […] De ce nouveau point de vue, évidemment, ma déjà pénible existence se complique de jour en jour. Très conscient d’être tantôt Vincent et tantôt Garbo, et de plus en plus rarement l’un et l’autre à la fois, je me retrouve continûment dans le complexe souci de savoir avec exactitude qui je suis. […] Il faut vous figurer deux types en moi, deux types comme à l’affût sur un toit, j’ai dit. Si vous voulez, deux Vincent Garbo face à face et l’un dans l’autre, à la fois confondus et dissociés dans une hypostatique engeance. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 56 à p. 81) ; etc.

 

Cette schizophrénie revient souvent sur le héros sous forme de culpabilité malsaine qui le maltraite parce que cette culpabilité n’est précisément pas connectée à la conscience ni à la réalité : « Pourquoi j’ai appelé ? Pourquoi j’ai fait ça ? Je n’aurais pas dû. » (Bernard après avoir appelé son premier amour Peter par téléphone, forcé par le diabolique Michael, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Donald !!! Donald !!! Qu’est-ce que j’ai fait ??? Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait ? Ça commence. L’angoisse. Je la sens. Seigneur, je n’y arriverai pas !!! » (Michael après avoir traîné tous ses amis homos en procès, idem) ; « L’homme qui vivait en moi, j’en avais même peur. » (Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; etc.

 

Il y a plus grave. La division du héros homosexuel avec lui-même peut se résoudre par un coup de folie, voire un meurtre. « C’est vous l’ambiguïté ! » (Didier, le héros hétéro s’adressant à son futur amant Bernard, l’homo déclaré, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) Par exemple, dans le film « Dressed To Kill » (« Pulsions », 1980) de Brian de Palma, le tueur psychopathe travesti M to F est atteint d’un dédoublement de personnalité. Dans la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet, Mathilda est atteinte du syndrome de Gilles de la Tourette. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Karl Becker et sa femme Heike maquille le meurtre du Dr Alban Mann en cachant le cadavre de la femme de celle-ci, Greta, dans l’immeuble délabré qui fait face au leur. Karl (exactement comme la Lady Macbeth shakespearienne) traduit la conscience cachée du meurtre de Mann ou la conscience de la collaboration de Heike : « Je me souviens de la couverture dans laquelle nous l’avons enveloppée, du bruit des planches qui couinaient quand tu les soulevais. Quelqu’un pleurait. Par moments, je crois que c’était moi, mais à d’autres, je crois que c’était toi, ou peut-être Greta. Peut-être qu’elle n’était pas morte quand tu l’as clouée là-dessous. » (p. 248)

 
 

c) Ventriloque et dialogue contradictoire :

Lon Chaney

Lon Chaney


 

Comme le héros homosexuel (à cause d’une pratique amoureuse qui exclut la différence des sexes) est en proie à une division entre son corps et son âme, ou en proie à la dissociation entre son désir profond et ses actes, la voix de sa conscience lui revient souvent sous forme de voix de ventriloque avec qui il instaure un dialogue de sourd, en général houleux et passionnel, dans lequel ses pulsions (domination/soumission) s’entrechoquent et s’expriment par le paradoxe (cf. je vous renvoie aux codes « Androgynie bouffon/tyran » et « Fusion » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Film "Cabaret" de Bob Fosse

Film « Cabaret » de Bob Fosse


 

On retrouve régulièrement le ventriloque dans les fictions homo-érotiques : cf. le film « La Triche » (1984) de Yannick Bellon, le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, le film « The Unholy Three » (1925 pour Tod Browning, et 1930 pour Jack Conway), le film « The Mostly Unfabulous Social Life Of Ethan Green… » (2005) de George Bamber (avec Mari Carmen et sa marionnette homosexuelle, le lion Rodolfo), le roman La Ventriloque (1998) de Claude Pujade-Renaud, la pièce Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou, le film « Au cœur de la nuit » (1946) d’Alberto Cavalcanti, le film « Broadway 39e rue » (1999) de Tim Robbins (avec les deux ventriloques), la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, le poème « Les Ventriloques » (1981) d’Harold Pinter, la pièce Des Lear (2009) de Vincent Nadal, le film « Bienvenue à bord » (2011) d’Éric Lavaine (avec le ventriloque et sa marionnette en forme de boa rose), le roman Les Garçons (2009) de Wesley Stace (George est un volubile pantin de ventriloque), la série télévisée H (2000) (où Sabri a acheté une marionnette à un ventriloque), la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet (avec Myriam parlant à sa poupée), etc.

 

« Je t’ai vue te plier en deux lentement, comme la poupée d’un ventriloque. » (l’écrivain s’adressant à Laura, l’un des héroïnes lesbiennes du roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 118) ; « J’écoutais ce Don Juan qui ventriloquait par ma voix Sganarelle. » (le narrateur de la nouvelle « Terminus Gare de Sens » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 65) ; « Et il paraît qu’il y en a qui s’en servent comme un ventriloque. » (Samuel Laroque parlant du vagin des femmes, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; etc.

 

Par exemple, dans le dessin animé South Park, Herbert Garrison, le héros homosexuel, discute à la façon d’un ventriloque avec une marionnette actionnée par sa main droite, qu’il appelle M. Toque. Dans le roman Parole de ventriloque (2002) de Pauline Melville, le père Napier, un missionnaire jésuite exalté et homosexuel refoulé veut la destruction de la relation incestueuse entre un frère et une sœur, Béatrice et Danny McKinnon. Dans la pièce Musique brisée (2010) de Daniel Véronèse, Madame Adela est schizophrène : elle se travestit en homme pour se désengager du meurtre de son beau-frère qu’elle a perpétré, en disant que c’est son voisin, un certain « Monsieur Carve », qui l’a tué avec le révolver. D’ailleurs, on retrouve le thème du ventriloque : Adela joue sa sœur Josefina avec sa main. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, lorsque la narratrice transgenre F to M se travestit, elle rentre dans la peau de différents personnages masculins, et croit s’enfanter elle-même. Elle se fait les questions et les réponses à elle(s)-même(s), joue à la marionnette avec son bras. Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, Noémie et Alfonsine, respectivement habillées en rouge et noir, sont des cousines éloignées, « toujours collées l’une à l’autre » et parlant tout le temps, se disputant et s’injuriant : « Vous n’êtes pas fute-fute ! » ; « Vous êtes laide ! Moi, je suis quelconque. » ; « Bécasse ! » ; etc. Dans le film « Les Douze Coups de Minuit » (« After The Ball », 2015) de Sean Garrity, Maurice, le styliste homosexuel, associe toujours ensemble Tannis et Simone, les deux filles épouvantables de sa chef Élise, en disant qu’elles sont jumelles : « Il dit ça tout le temps ! » se plaint Simone. Tannis et Simone sont inséparables, menteuses, voleuses, expriment tout haut ce que pense l’autre.

 

Dans la performance Nous souviendrons-nous (2015) de Cédric Leproust, le narrateur tombe amoureux de son jouet en bois, « Kiki », que lui avait offert son parrain décédé quand il était petit. Il dit que « c’est comme une présence apaisante et rassurante pour lui » : « Je ne l’ai pas choisi. Il ne m’a pas choisi. » Il semble vivre avec cet être-machine une relation fusionnelle où l’un existe au détriment de l’autre : « Il y a eu assemblage de cellules. Il va grandir. Moi pas. Il va gémir. Moi pas. Il va finir. Moi pas. Je suis pourtant dedans. Il se racle la gorge… et c’est ma voix qui sort. »
 

Dans les fictions, on a droit au dialogue schizophrénique du viol consenti : cf. la chanson « Bohemian Rhapsody » du groupe Queen (« We will not let you go/Let me go !/We will not let you go/Let me go ! »), la chanson « Point de suture » de Mylène Farmer (« Prends-moi dans tes draps. Donne-moi la main. Ne viens plus ce soir. Dis, je m’égare. »), la chanson « Les Yeux noirs » du groupe Indochine (« Viens là. Viens avec moi. Reste là. Ne pars pas sans moi. Et cette nuit, dans ce lit, t’étais si jolie. »), la chanson « Ainsi soit-je » de Mylène Farmer (« Tu sais bien que je mens./Je sais bien que je mens./Je sais bien que tu mens. »), la chanson « Maman a tort » de Mylène Farmer (live 1989 à Bercy avec Carole Fredericks dans le rôle de la mère : « Je suis ta mère, je suis ta mère, alors tu es ma fille !/Mais je suis pas ta fille, mais je suis pas ta fille et tu n’es pas ma mère !/Je suis ta mère, je suis ta mère, alors tu es ma fille !/Mais je suis pas ta fille, mais je suis pas ta fille et tu n’es pas ma mère ! »), « Alejandro, please, just let me go ! Alejandro, just let me go ! » (cf. la chanson « Alejandro » de Lady Gaga) ; « Je ne veux pas qu’elle s’introduise. J’aime être contrainte. Je ne veux pas qu’elle m’introduise. Même si elle me dit qu’elle m’aime. » (SweetLipsMesss dans le spectacle de scène ouverte Côté Filles au 3e Festigay au Théâtre Côté Cour à Paris en avril 2009) ; etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet, Muriel et Magdalena, les deux vieilles qui se déplacent comme deux sœurs siamoises, de manière très mécanique, s’exprime par un étrange dialogue alterné où l’une finit les phrases de l’autre, et c’est un disque qui tourne à vide.

 

Dans la chanson « Regrets » de Mylène Farmer se superpose l’invitation perverse au viol à la résistance à celui-ci. Tandis que Mylène évoque avec son amant Jean-Louis Murat leurs « jeux d’antan, troublants… », elle l’incite à nier le viol (« N’aies pas de regrets, fais-moi confiance et pense à nous… N’ouvre pas la porte. Tu sais le piège. ») ; et ce dernier tient le discours de l’appel séducteur : « Viens ce soir, viens me voir. Viens t’asseoir près de moi. Reste-là. »

 

Dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, la mère et la fille passent leur temps à simuler leur séparation tout en partant jamais, comme les deux moitiés siamoises d’un même corps : « Tu ne sortiras pas d’ici avant que je sois morte, ça tu peux en être sûre ! » (Evita s’adressant à sa mère) ; « Écoute, Evita, donne-moi le numéro du coffre-fort. Ou bien laisse-moi partir. Laisse-moi partir ? Tu n’as pas besoin de moi ! » (la mère à sa fille) C’est le même scénario entre les autres personnages : « Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! » (Ibiza frappant la mère) ; « Allez-vous-en ! Restez là ! Allez-vous-en ! Non, restez là ! » (Evita à l’infirmière)

 

Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, maintient une relation tellement fusionnelle avec sa sœur hystérique Florence qu’il finit par l’animer comme une marionnette et à lui prêter sa voix, en jouant ses répliques puis les siennes.
 

Le héros homosexuel croit pouvoir incarner à lui seul la différence des sexes. Pour le meilleur… et surtout pour le pire. Par exemple, dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, quand il parle devant sa glace, imite un dialogue entre Dick et sa compagne Marge, en alternant la voix masculine puis féminine… parce qu’il est amoureux de Dick. Plus tard, face à Marge, Tom se noie dans le dédoublement schizophrénique du psychopathe ou du mythomane : « Il vit dans des tas de réalités différentes, Dickie… » À la fin, Tom étouffe son amant Peter avec un coussin, en se confondant en excuse pendant son forfait : « Pardon… pardon… »
 
 

 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Ne faire qu’Un avec un autre que soi :

Mannequins de Thierry Mugler

Mannequins de Thierry Mugler


 

Dans le discours de certaines personnes homosexuelles, le désir homosexuel est représenté par deux marionnettes (comme les deux papys du Muppet Show). Beaucoup d’auteurs homosexuels ont créé des duos de personnages à l’image de leurs tendances sexuelles duelles et divisantes : cf. Sherlock Holmes et le Dr Watson d’Arthur Conan Doyle (cf. l’article « Sherlock Holmes, l’ombre du héros » de Meryl Pinque, sur le site www.faustroll.net, consulté en juin 2005), Don Quichotte et Sancho Panza de Miguel de Cervantes, Laurel et Hardy, les deux régisseurs plateau homosexuels Élie Semoun et Dieudonné, Wilfred Jackson et Hamilton Luske, la photo Le Festin des Barbares (2013) de Gérard Rancinan (fonctionnant beaucoup sur les associations de doubles), etc. Par ailleurs, des duos comiques homosexuels se sont fait connaître comme des frères siamois terribles : c.f. la chanson « Nous voici réunis » de Charpini et Brancato.

 

 

Ce double schizophrénique est bien souvent un membre de la famille du héros (la mère et surtout le frère ou la sœur). Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko dit que pendant son enfance, les amis de son père le « confondent toujours avec ses sœurs » (p. 17).

 

En toile de fond de ce duo uni à la vie à la mort se lit très souvent l’inceste (en général entre frères), le narcissisme et le viol. « Là, dans cette obscurité, dans cette exécution, cette mort volontaire, je me suis souvenu de ma sœur hantée. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 123) ; « C’est Laurel et Hardy. Don Quichotte et Sancho Panza. » (Pierre racontant sa première impression quand il a rencontré son « mari » Bertrand, dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; etc.

 
 

b) Ne faire qu’Un avec deux soi-même (schizophrénie) :

Vu à Paris près du métro Barbès

Vu à Paris près du métro Barbès


 

Parfois, l’individu homosexuel pense ne faire qu’Un avec deux lui-même. C’est ce qui s’appelle la schizophrénie ou troubles bipolaires… pardon… la « transidentité » ou la « transsexualité ». « Greta Garbo avait deux voix. L’une […] était une voix un peu élevée. […] La seconde était sa douce voix ‘masculine’, dont elle se servait à l’écran. Elle parlait toujours d’elle-même à la troisième personne du masculin. Elle aimait porter mes habits. Je pense qu’elle se voyait comme un garçon accompagné d’un autre garçon. Elle gardait toujours un œil sur les filles… » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 454) ; « Ma maison avait deux tours : l’une plongée dans la lumière et l’autre obscure. » (Hugues Pouyé parlant de son enfance dans le site Les Toiles roses en 2009) ; « Tous les matins se ressemblaient. Quand je me réveillais, la première image qui m’apparaissait était celle des deux garçons. Leurs visages se dessinaient dans mes pensées, et, inexorablement, plus je me concentrais sur ces visages, plus les détails – le nez, la bouche, le regard – m’échappaient. Je ne retenais d’eux que la peur. » (Eddy Bellegueule parlant de ses deux agresseurs le grand roux et le trapu, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 63) ; « Il y a plusieurs personnages en moi. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc.

 

Un certain nombre de personnes homosexuelles souffrent de schizophrénie, même si elles ne le nomment pas comme ça. Le désir homosexuel, tel quel, est un désir marquant déjà chez l’individu qui le ressent une division identitaire. Et cette division s’accentue dès qu’il se pratique. Comme chaque acte homosexuel nous éloigne du Réel puisqu’il nous fait éjecter la différence des sexes (qui est le socle de notre existence et de l’amour quand elle est vraiment accueillie), il entraîne vers une forme de schizophrénie, autrement dit de décalage entre la sincérité et la Vérité, entre le désir et l’action, entre le vouloir et le faire.

 

Photo Henri Michaux (1925) de Claude Cahun

Photo Henri Michaux (1925) de Claude Cahun


 

C’est pourquoi certaines personnes homosexuelles vantent ouvertement les bienfaits de la schizophrénie : Gilles Deleuze, Félix Guattari, Néstor Perlongher, Claude Cahun, etc. « Le schizophrène n’est pas homme et femme. Il est homme ou femme. Il est mort ou vivant, non pas les deux à la fois, mais chacun des deux au terme d’une distance qu’il survole en glissant. Il est enfant ou parent, non pas l’un et l’autre, mais l’un au bout de l’autre comme les deux bouts d’un bâton dans un espace indécomposable : tout se divise, mais en soi-même. » (Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe (1972/1973), p. 91) D’autres sont connues pour être schizophrènes, comme par exemple le mathématicien John Nash. En 1990 lors de la Troisième Conférence annuelle des gays et lesbiennes des Premières Nations à Winnipeg (États-Unis), une nouvelle dénomination et catégorie identitaire queer sont nées : les « Deux-Esprits », ou encore « les bispirituels ».

 

Il est fréquent de les voir sur scène rentrer dans la peau de plusieurs personnages : pensez à Philippe Mistral, Laurent Laffitte, David Forgit, Karine Dubernet, Jérôme Commandeur, Alex Lutz, Thierry Le Luron, Yves Lecoq, etc. Par exemple, dans son one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), le travesti M to F David Forgit endosse le rôle de trois personnages (la mère, la grand-mère et la fille), trois schizophrénies pour ainsi dire. Dans son avant-dernière pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1984), Copi, habillé de bleu marine, interprétait chacun des 11 rôles qu’il avait composé en changeant sa voix. Dans sa pièce Le Frigo (1983), il jouait en travesti tous les rôles, changeait 14 fois de costumes. Le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne traite véritablement d’un dédoublement de personnalité chez un homme qui a toujours pensé qu’il était une femme, et qui a été entretenu dans ce mensonge schizophrénique à cause du prétexte de « l’identité et de l’amour homosexuels » matraqué par son entourage et sa famille. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la narratrice transgenre F to M joue à être un mélange « cisgenre » d’homme et de femme : « Après Victor, je suis devenue Mimi. Mi-homme, mi-femme. » À la fin de son spectacle, dans un délire travesti sérieux, la comédienne achève son spectacle en barbu et en enfilant des boucles d’oreilles de diva, avec une question désinvolte « Et alors ? » qui lui fait quitter la salle. Magistral…

 

DOUBLES - claude cahun que me veux te 1928

Photo Claude Cahun que me veux-tu? (1928) de Claude Cahun


 

On se retrouve quelquefois face à la schizophrénie de l’acteur qui ne s’éprouve pas jouer, qui mord à l’hameçon de sa propre sincérité autoparodique : « Paradoxal et rare, il pouvait ‘faire l’acteur’ sans se sentir Acteur. » (Jorge Lavelli dans la biographie du frère de Copi, Jorge Damonte, Copi (1990), p. 32) ; « En ce qui concerne ses romans Copi aimait ses personnages. Souvent il leur prêta son nom. Il prenait du plaisir à la confusion qui s’installait. » (Jorge Damonte, idem, p. 9) ; « Lui-même aurait pu tout quitter d’un seul coup. Faire sa valise pour ailleurs. Exactement comme ses personnages. » (Jorge Lavelli parlant de Copi, dans l’article « Copi : toujours souffrir, toujours mourir, et toujours rire ! » d’Armelle Héliot, dans le journal Le Quotidien de Paris du 16 février 1988) ; « Le seul problème était de parvenir à se démaquiller. » (Alfredo Arias parlant de son ami Copi qui ne parvenait pas à faire la distinction entre fiction et Réalité, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 12) ; « Je m’enfermais dans un personnage à deux visages. J’étais l’illustration vivante du héros né de l’imagination de Robert Louis Stevenson dans la nouvelle L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde. Le bon grain et l’ivraie qui nous habitent tous se scindaient sous l’effet d’une drogue chez ce notable anglais. » (Jean-Michel Dunand, dans le chapitre intitulé « Dr Jekyll et Mr Hyde », sur l’autobiographie Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 50) ; « Je serais intéressé de discuter plus longuement avec toi à ce sujet, notamment sur les symboles de division très présents dans l’inconscient homosexuel. J’ai cru un temps sombrer dans la schizophrénie sous le poids de mon homosexualité refoulée. J’ai créé mon alter ego, Joseph First qui pouvait faire en cachette ce que Julien Parent ne pouvait pas faire. Bien sûr Julien détestait ce que Joseph faisait et rêvait de le tuer, dans ce sens tu as raison, c’est très destructeur. Mais si on regarde bien, c’est Julien le bon catho qui souhaitait devenir père de famille qui a créé Joseph, parce que Julien ne pourrait jamais faire ou exprimer ce qui était en lui véritablement. Je pense donc que l’expression intérieure de division de l’homosexualité est une conséquence plutôt qu’un caractère intrinsèque. » (Julien, mai 2012, sur Facebook) ; « J’ai procédé à une césure sans m’en rendre compte entre mon corps et ma tête. » (personne intersexe qui se fait appeler « M », dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018) ; etc.

 
 

c) Ventriloque et dialogue contradictoire :

Jean Cocteau

Jean Cocteau


 

Comme les personnes homosexuelles (à cause d’une pratique amoureuse leur faisant exclure la différence des sexes) sont en proie à une division entre leur corps et leur âme, ou en proie à la dissociation entre leur désir profond et leurs actes, la voix de leur conscience leur revient souvent sous forme de voix de ventriloque avec qui elles instaurent un dialogue de sourd, en général houleux et passionnel, dans lequel leurs pulsions (domination/soumission) s’entrechoquent et s’expriment par le paradoxe (cf. je vous renvoie aux codes « Androgynie bouffon/tyran » et « Fusion » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Photo Conversation avec mon moi par Annakarin Quinto

Photo Conversation avec mon moi (2011) par Annakarin Quinto


 

On assiste parfois dans la réalité à une rencontre étonnante entre homosexualité et monde des ventriloques. Par exemple, dans le Figaro du 24 février 1980, Copi fait une simulation d’interview avec ses propres personnages. Il s’adresse à la Eva Perón de son spectacle et lui fait faire sa promo. Dans sa photographie Autoportrait (1939), Claude Cahun pose à côté d’un mannequin. Dans la pièce Le Frigo (1983), le rat est employé comme une marionnette de ventriloque par Copi. C’est « l’obsession-fétiche, une marionnette de mousse à laquelle il prétendait ressembler comme un frère » (cf. l’article « Copi, à jamais pas conforme » d’Armelle Héliot, dans le journal Le Quotidien de Paris du 15 décembre 1987).

 

 

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Code n°52 – Douceur-poignard (sous-code : Si fragile)

douceur-poignard

Douceur-poignard

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

 

De « pédale douce »… à « pédale dure » (comme l’a filmé Gabriel Aghion)

 

« Qui veut faire l’ange fait la bête » dit l’adage pascalien. Et ses plumes se transforment en griffes…

 

Film "the Rocky Horror Picture Show" de Jim Sharman

Film « the Rocky Horror Picture Show » de Jim Sharman

 

La faiblesse doucereuse, contrairement à la fragilité, à la vulnérabilité ou à l’humilité, est le terrain propice à l’émergence de la brutalité, est là où se niche la violence. Seule la force est douceur, finalement. La séduction, quant à elle, est une fausse douceur.

 

Cela se vérifie également sur le terrain de l’identité et de l’amour humains. Le boulet d’un couple (homo ou hétéro, peu importe) qui reste ensemble sans s’aimer véritablement, qui n’a pas la force de se quitter ni de rester ensemble, c’est bien la douceur/tendresse. Rien de pire que cette arme dégoulinante et mielleuse qui s’appuie sur la défaillance humaine et la misère affective pour asservir et conserver l’autre (dans le sens de l’enfermement de la boîte de conserve, ou de la réconciliation sur l’oreiller) quand plus rien d’autre que les sens et le contact des corps ne peut sauver la relation. La tendresse est le signe extérieur de richesse le plus communément employé dans la communauté homosexuelle/hétérosexuelle, soit pour faciliter le passage à l’acte sexuel d’un couple nouvellement formé (les câlins sont la bonne conscience de ceux qui ne veulent pas assumer de « draguer » ni de « coucher »), soit pour anesthésier pour un temps les problèmes d’une union homo qui essaie de tenir sur la durée. Mais cette douceur, comme elle ne s’appuie pas sur un amour plein et solide, et qu’elle ne se fonde pas sur la Réalité (et notamment sur le roc le plus puissant du Réel qu’est la différence des sexes), finit par se renverser en violence avec le temps. Le rose se change en noir. D’ailleurs, il n’est pas anodin de remarquer que ce sont les héros homosexuels qui se présentent dans les fictions comme les plus fragiles/sensibles qui se révèlent au final les plus brutaux.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Éternelle jeunesse », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Dilettante homo », « Adeptes des pratiques SM », « Parodies de mômes », « Amoureux », « Femme-Araignée », « Liaisons dangereuses », « Conteur homo », « Musique comme instrument de torture », « Chat », « Milieu homosexuel paradisiaque », « Déni », « Différences physiques », « Bergère », « Première fois », « Coït homo = viol », « Innocence », « Se prendre pour Dieu », « Androgynie bouffon/tyran », « Humour-poignard », « Vierge », à la partie « Femme-Paon » du code « Homosexuels psychorigides », à la partie « Polysémie de l’adverbe ‘contre’ » du code « Fusion », et surtout à la partie « Tendresse » du code « Drogues », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Je suis sensible, doux, et ne ferais pas de mal à une mouche…

 

Dans les œuvres homo-érotiques, le héros homosexuel se présente ou est présenté comme la gentillesse et la fragilité incarnées : « J’essaie de pas faire mal à qui que ce soit. » (Roy, le héros homosexuel du roman Dream Boy (1995) de Jim Grimsley, p. 73) ; « Je suis délicat, moi, tu sais ! » (le prisonnier efféminé du film « L’Homme aux nerfs d’acier » (1973) de Michele Lupo) ; « Un rien ne me blesse. […] Je suis comme ça : sentimental. » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 32) ; « Je suis née caressante. » (la religieuse lesbienne dans le roman Sur les femmes (1760) de Denis Diderot, p. 186) ; « Aujourd’hui, je veux vraiment que tous m’aiment. Doux pour ceux qui désirent la douceur ; modeste parmi ceux qui se vantent ; sévère pour ceux qui cherchent auprès de moi un appui. Désaccordé d’avec moi-même, je partage vite l’avis de ceux qui ne sont pas du mien. » (Jean-Louis Bory, La Peau des Zèbres (1969), p. 34) ; « Tu es si sensible. » (Bernard s’adressant ironiquement à son ami homo Emory dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « J’ai les poignets fragiles. » (Tex, le cowboy prostitué, idem) ; « Il est si fragile. » (Didier par rapport à son amant Bernard, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Céglia) ; « Pourtant sommeille en moi une princesse toute en délicatesse. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Laissez-moi vivre comme je l’entends, dans le rose et dans la soie. » (Zaza, le héros homosexuel de la pièce La Cage aux Folles (1975) de Jean Poiret) ; « Je suis un garçon très sensible et attentionné… attiré seulement par les garçons très sensibles et attentionnés. » (Max, le héros homo essayant de faire comprendre à Sophie – qui le drague – qu’il est homo et qu’elle n’a aucune chance avec lui, de la pièce Une heure que de nous (2014) de Maxime Daniel et Muriel Renaud) ; « J’viens d’un p’tit village du Nord. Pédophilie, ça vous dit quelque chose ? Moi, au milieu de tout ça, j’ai compris que j’étais très sensible. Trop sensible. » (Jeanfi, le steward homo dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; « Je découvris la douceur des regards complices de ces androgynes que sont parfois les adolescents. » (le narrateur homosexuel parlant de ses années collège, dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 18-19) ; « J’avais oublié combien elle était fragile. Sur le moment, j’ai été incapable de penser à autre chose ; appuyée contre moi, elle reposait entre mes bras et sur ma poitrine, et je la sentais à peine tant elle était légère. » (Ronit, l’héroïne lesbienne par rapport à son amie Esti, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 142) ; « J’ai besoin qu’on me tienne la main. Je suis fatiguée. » (Charlène Duval, le travesti M to F, dans son one-(w)man-show Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « Je ne suis pas un monstre mais une fille douce que le désir des hommes jamais n’intéressa. » (c.f. la chanson « Monsieur Vénus » de Juliette) ; etc. Par exemple, dans la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim, Gérard, l’un des héros homos, chante « son côté fragile ». Dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, Marie-Muriel, la grande bourgeoise homophobe, se réjouit que son fils aîné, homosexuel, soit « si sensible ». Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Joan, la fiancée répudiée par Alan Turing, homosexuel, le baptise de « fragile Narcisse ».

 

Film "Pornography : A Thriller" de David Kittredge

Film « Pornography : A Thriller » de David Kittredge


 

Cette pseudo fragilité peut agir comme une bombe à retardement car elle est le discours typique emprunté à la femme libérée, incarnée partiellement par la femme frigide, lesbienne ou transsexuelle (cf. la dangerosité d’Irena, la femme-tigresse qui joue toujours la vierge effarouchée, dans le film « La Féline » (1942) de Jacques Tourneur) : « Elle est si fragile, être une femme libérée, tu sais, c’est pas si facile… » (cf. la chanson « Femme libérée » de Cookie Dingler) ; « Je je suis si fragile qu’on me tienne la main. » (cf. la chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « Pardonnez-moi… J’aurais pas dû vous inviter… Je ne suis pas prête… » (la femme de 59 ans réagissant comme une vierge effarouchée au lit avec un jeune homme de 19 ans, dans le film « Madame » (1997) de François Ozon) ; « Je suis trop fragile et beaucoup trop désirable. » (Octavia, le transsexuel M to F de la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet) ; « Oh, je suis si fragile… » (Lucie, la psychopathe dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Être un héros, voler dans les plumes, défier d’un regard… J’ai le chapeau, j’ai le costume. Après ça je m’égare. Tout doux comme un homme. Bourru comme un saule en somme… J’ai tout fait pour me croire plus fort que fort. J’ai 200 fois perdu le nord. Face à la vie mon corps se défile, je me sens fragile… » (cf. la chanson « Fragile » de Christophe Wilhem) ; « Le gay est délicat et distingué. Le gay est courtois… ou hypocrite. » (le narrateur homosexuel se moquant d’un cliché gay, dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair) ; etc.

 

Plus que sensible, le héros homosexuel verse dans la sensiblerie, dans la sensibilité exacerbée, dans la douilletterie. C’est la poule mouillée qui s’exprime : « On s’assied sur le lit, on se caresse, on s’embrasse avec fureur ou grande tendresse, alternativement. Il s’allonge et je le caresse doucement, je découvre son corps avec mes doigts devenus beaucoup plus sensibles. J’arrive à son visage, il murmure ‘J’ai envie de pleurer. C’est comme un rêve, un truc trop beau pour être vrai. Je me demande quand la tuile va nous tomber dessus.’ » (Vianney s’adressant à Mike, son « plan cul », dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 85)

 
 

b) La douceur du personnage homosexuel finit par être le reflet de sa violence intérieure mal contenue :

Aussi inattendu que cela puisse paraître, dans les fictions homo-érotiques, la violence est souvent associée à la douceur : cf. le roman L’Agneau carnivore (1975) d’Agustín Gómez Arcos, le roman La Colère de l’agneau (1985) de Guy Hocquenghem, le film « Pédale douce » (1996) suivi de « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot, l’album Le Noir et le Rose de Jean Guidoni, le film « Fresa Y Chocolate » (« Fraise et chocolat », 1992) de Tomás Gutiérrez Alea, le roman Requins et coquins (2003) d’Hervé Claude, l’album Hard Candy de Madonna, le film « La Tendresse des Loups » (1973) d’Ulli Lommel, le film « Si douces… si perverses » (1969) d’Umberto Lenzi, le film « Le Mouton enragé » (1973) de Michel Deville, le film « Flower And Snake » (1974) de Masaru Konuma, le film « No Skin Off My Ass » (1990) de Bruce LaBruce, le film « Rosatigre » (2000) de Tonino De Bernardi, le film « Csokkal Es Körömmel » (« Baisers et égratignures », 1995) de György Szomjas, le film « Araignée de satin » (1985) de Jacques Baratier, le vidéo-clip de la chanson « It’s Ok To Be Gay » de Tomboy, le tableau Les Griffes du dormeur (1995) de Michel Giliberti, le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin (avec le personnage de peste joué par Emory, le héros gay le plus efféminé et délicat du groupe), le roman Le doux venin des abeilles (2013) de Lisa O’Donnell, etc.

 

Il y a dans certains personnages homosexuels comme une schizophrénie de Jean-qui-est-gentil/Jean-qui-est-méchant, un mélange inopiné de douceur et de violence. Par exemple, dans le film « Femmes en cage » (1950) de John Cromwell, Evelyn Harper incarne une femme à la fois romantique et butch. Dans le film « Ding Dong » (1995) de Todd Hughes, des vendeurs de produits de beauté se transforment en serial killers. Dans le film « L’Invité de la onzième heure » (1945) de Maurice Cloche, Serge est un psychopathe pourtant présenté par sa mère comme « une nature délicate ». Dans le roman Tirano Banderas (1978) de Ramón del Valle-Inclán, le baron de Benicarlés est un mélange de colombe et de vipère. Dans le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte, le chorégraphe Michael est l’incarnation de la grâce et du totalitarisme le plus impitoyable. Dans le film « Zodiac » (2012) de Konstantina Kotzamani, Giota, homme transsexuel M to F, est la femme au « serpent à plumes ». Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Stuart, l’artiste aérien, pianiste et fan raffiné de théâtre, pratique le sadomasochisme. Dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage, Jean-Charles, le héros transsexuel M to F, est à double face : « Tu connais mon côté midinette… » dit-il à son meilleur ami Jean-Louis, qui lui répond : « Là, j’ai affaire à ton côté garce ! » Dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, le couple homosexuel de Greg et Mike possède une galerie d’art appelée Cactus Flower. Dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le fouet dans le dos succède aux caresses ; et il est question de la violence des sourires. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel très efféminé, rachitique, post-pubère, et a priori hyper sensible, est celui qui fait des crises d’hystérie disproportionnées, manie le révolver avec une facilité déconcertante, tire sur ses ennemis, fait des hold-up privés dignes des plus mauvaises sitcoms nord-américaines. Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Kanojo et Juna, les deux amantes lesbiennes, jouent aux jeux vidéo ensemble tout pendant qu’elles se draguent : « Tu vois que tu es violente toi aussi. » s’en amuse Juna ; Kanojo riposte : « Non, je suis naturellement douce. » Dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, Darling, le héros travesti M to F, incarne la douceur violente : il presse les couilles du médecin hétéro qui vient à domicile chez Marie.

 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homosexuel, qui pourtant était un adolescent doux et coincé, une fois arrivé à l’âge adulte, a déclenché une baston dans un club gay The Boys qu’il fréquente habituellement. Il est arrêté par les flics. L’un d’eux, Caroline, est une ancienne camarade de classe. Son collègue homme, en l’apprenant, glisse une remarque sarcastique dans la voiture qui amène Jonas au poste : « Et tu foutais déjà le bordel comme ça à l’époque ? ». Caroline prend sa défense : « Laisse-le tranquille. Y’a pas plus gentil que Jonas. » Le garçon sage du collège s’est transformé avec le temps en caïd. Plus tard, Jonas pénètre dans un hôtel de luxe, L’Arthémis, et le standardiste, Léonard, le prend pour un faux doux, un criminel armé, et préfère lui fouiller son sac : « Je sais pas. Je vérifie que t’aies pas d’arme, de couteau. J’en sais rien. » Jonas n’est pas le seul homo du film à se montrer violent alors qu’il a l’air d’être inoffensif. Par exemple, l’assassin homosexuel de Nathan (le petit copain de Jonas), un prédateur de sortie de boîte, a entraîné il y a 18 ans de cela les deux jeunes hommes dans sa voiture, les a forcés à écouter à fond une chanson de midinette (« T’en va pas » d’Elsa), et a frappé Nathan à mort…
 

« Ma douceur n’est qu’une grimace.» (Lacenaire dans la pièce éponyme (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt) ; « C’est vrai que la musique adoucit les mœurs. » (Rodolphe Sand, tout en racontant des horreurs, dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « Alors que les hommes acceptent petit à petit d’être de petites chattes, nous ne revendiquons pas encore d’être de vrais loups… Qui voit le loup en elle ? Hein, qui a vu le loup ? » (l’un des comédiens de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je sais que la gentillesse des pédés est à double tranchant. » (Senel Paz, Fresa Y Chocolate, Fraise et chocolat (1991), p. 25) ; « Y’a un truc dur qui se dégage des lesbiennes. » (Florence, l’héroïne lesbienne dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Le jour on est tranquilles, on passe incognito, le soir on change de peau, et on frappe au hasard. » (cf. la chanson « Quand on arrive en ville » de Johnny Rockfort et Sadia dans la comédie musicale Starmania de Michel Berger) ; « Prends ma douce main dans ta face, toi le businessman qui décide à notre place. » (cf. la chanson « La Zizanie » de Zazie) ; « Attention au pédé agressif. Sobre, il est dangereux… Saoul, il est mortel. » (Harold, le doucereux et cynique homosexuel, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Michael est le charme… désincarné. » (Harold parlant de son colocataire, homo comme lui, idem) ; « Contrairement à ce que l’on enseigne, la brutalité ou la douceur sont des moyens équivalents pour atteindre son objectif. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 105) ; « Comme dit votre grand-père, je suis une main de fer dans un gant de crin. » (Laurent, le héros homo, imitant sa mère Mamita, dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; « Mary pensait à toutes ces choses qu’elle trouvait si profondément attrayantes en Stephen [l’héroïne lesbienne] : la cicatrice sur sa joue, l’expression de ses yeux, sa force et sa bizarre et timide douceur… sa force qui, à certains moments, ne parvenait pas à être douce. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), pp. 447-448) ; « Ma vieille technique reste toujours efficace. Un coup de séduction, un coup de griffe. » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Douleur, douceur : vous êtes les deux à la fois. Tant pis pour moi. » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 170) ; « Cette capacité à passer de l’hystérie à la douceur maternelle… » (Elliot, le héros homo s’adressant à Preciosa dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Les mecs passifs et menteurs, ça existe. » (Davide, un des potes gays de Tommaso, dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek) ; « La rose et le ring » (c.f. la chanson « Monocle et col dur » de Juliette) ; etc.

 
 

Louise – « Merde.

Jeanne – Tu es fâchée ?

Louise – Je n’ai pas dit que je suis fâchée. J’ai dit un gros mot gentiment, c’est tout. »

(Copi, La Journée d’une Rêveuse, 1968)

 

Film "Huit Femmes" de François Ozon

Film « Huit Femmes » de François Ozon


 

En général, dans les films ou les romans parlant d’homosexualité, les créateurs homos poussent le cynisme jusqu’à nous parler de grands drames (guerre, maladie, viol, etc.) à travers un traitement rose bonbon ou cabaret. « À la surprise générale, Lola sort de son sac à main un petit revolver et descend le chef de la bande. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 253) Par exemple, dans le roman La Douceur (1999) de Christophe Honoré, Steven a 11 ans lorsque, envoûté par Jeremy, un des camarades de colonie de vacances, il se laisse entraîner dans la complicité d’un crime d’une barbarie insoutenable sur un autre enfant du camp. Dans le film « Love, Valour And Compassion » (1997) de Joe Mantello, la scène en tutu finale singe l’hécatombe du Sida qui va emporter la majorité des protagonistes homosexuels. Le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (dont le sujet principal – le Sida et la recherche du père – est pourtant grave) commence par une chanson jazzy anesthésiante très calme : « Tout doux, tout doux, tout doucement… en flânant gentiment. » La violence du vidéo-clip « Relax » du groupe britannique Frankie Goes To Hollywood contraste totalement avec le titre de la chanson.

 
 

c) En amour, le désir homosexuel, malgré son apparence angélique, est à double tranchant… :

La violence de l’identité homosexuelle se retrouve aussi dans l’apparente douceur du couple homo. Pourtant, tout semblait rose au départ (cf. je vous renvoie aux codes « Amoureux » et « Milieu homosexuel paradisiaque » dans mon Dictionnaire des codes homosexuels). Dans les fictions, l’attraction homosexuelle paraissait reposer essentiellement sur la recherche de tendresse plus que dans l’énonciation explicite de l’assouvissement d’une pulsion. « Je veux de la tendresse. » (Mimi Mathy s’adressant à Liane Foly, au moment où elle va simuler qu’elle veut vivre une relation lesbienne, dans le « Medley La Lampe magique » des Enfoirés font leur cinéma, en 2009)

 

Mais très vite, sans réel, sans différence des sexes, la violence de la fusion, la vanité de la similarité, l’overdose de tendresse se profilent dans le couple homo fictionnel. « Cette douceur mêlée de tristesse, c’est bien le goût de notre amour. » (Inès de Castro s’adressant à Don Diego, dans la pièce La Reine morte (1942) d’Henry de Montherlant) Très souvent, les personnages homosexuels se sentent trahis par l’amour et la sensualité homosexuels : « Quand je la touche, cette carte, elle est plus froide que les autres ; pourtant, c’est la carte des baisers, des caresses, l’amour à demi fou, ce doit être celle qui te trahit, je n’y comprends plus rien. » (la voyante s’adressant à Juan-Carlos, dans le roman Boquitas Pintadas, Le plus beau tango du monde (1972), p. 97) ; « Je souffre de tes yeux, de tes mains, de tes lèvres… qui savent si bien mentir… et je demande à mon ombre, sans trêve… si ce baiser sacré… peut me trahir. » (cf. les paroles d’un boléro citées dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 215) ; « la violence douce de tes mains » (le narrateur du spectacle musical de la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; « Avant que ses baisers ne deviennent couteaux, que ses bouquets de fleurs de ne fassent la peau, désadorer l’Adoré. » (cf. la chanson « L’adorer » d’Étienne Daho) ; « Chez toi la faiblesse c’est inséparable de la brutalité. » (Rimbaud s’adressant à son amant Verlaine, dans le film « Rimbaud Verlaine » (1995) d’Agnieszka Holland) ; « Il se le répétait mentalement. Pierre Gravepierre. Pierre Gravepierre. Ça sonnait agréable, rauque et doux à la fois. Pierre Gravepierre. Un curieux nom. » (le narrateur homosexuel du roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami, p. 56) ; « Son âme était moins tendre que sa chair, moins douce que les caresses de ses mains de jeune garçon. » (Laura en parlant de son amante Sylvia, dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 63) ; « Au fait, qu’aimait-elle en moi ? Je perçois bien la sincérité, sinon de sa tendresse, au moins de son désir, et je crains – oui, déjà, je crains – que ce désir seul l’anime. » (Colette, Claudine en ménage (1946), pp. 147-149) ; etc. Dans beaucoup de films, l’amour homosexuel est présenté comme une prison, un cocon étouffant et enfermant : cf. « Sexual Dependency » (2002) de Rodrigo Bellott.

 

L’insatisfaction, la frustration de vivre un « relation » qui a du mal à s’incarner (même si, extérieurement, avec le sexe et la tendresse, elle semble avoir toutes les apparences de l’Amour vrai), aboutit à un agacement croissant, à des violences et des infidélités (cf. je vous renvoie au code « Manège » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « Je repensai à l’après-midi passé avec Rani. Jusque-là nous avions été très douces l’une avec l’autre, mais aujourd’hui j’étais devenue violente et elle avait paru apprécier. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant de l’un de ses amantes, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 112)

 

Par exemple, dans son roman Sur les femmes (1760), Denis Diderot évoque la violence du coït homosexuel avec son cortège de « caresses empoisonnées » (p. 186). Dans « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, Michel est l’amant homosexuel tout doucereux, alors que c’est lui le dangereux assassin.

 

Film "The Boys In The Band" de William Friedkin (avec le caressant et impitoyable Harold)

Film « The Boys In The Band » de William Friedkin (avec le caressant et impitoyable Harold)


 

Pour finir avec le thème de la douceur-poignard homosexuelle fictionnelle, il est étonnant, dans un certain nombre de films homo-érotiques, de voir la scène où la carte d’un roi de coeur est confondue avec (ou se retourne en) un roi de pique : cf. Le film « Les Amoureux » (1992) de Catherine Corsini, le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitman, le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot (avec « Pique », le Roi de Cœur), le livre Le Cœur de Pic (1937) de Lise Deharme (illustré par 20 photographies de Claude Cahun), etc. C’est de la part des personnes homosexuelles elles-mêmes que vient la description de l’ambiguïté destructrice des unions amoureuses qu’elles vivent. « C’est drôle… Je ne tombe avec vous que sur du pique et du carreau. » (Adèle, la cartomancienne de bazar, s’adressant de manière piquante à Georges, l’amant de son jeune frère William, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; « Valet de cœur et 7 de pique. » (Félicité, la « femme-à-barbe » cartomancienne, dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

a) Je suis sensible, doux, et ne ferais pas de mal à une mouche…

Film "Sur le chemin des dunes" de Bavo Defurne

Film « Sur le chemin des dunes » de Bavo Defurne


 

Dans le langage courant, on a l’habitude, pour cultiver l’euphémisme et la pudeur avec une certaine ironie, de qualifier les individus homosexuels de « garçons sensibles ». Souvent, les personnes transsexuelles M to F se choisissent des pseudonymes caressants et ingénus, de doux prénoms : on peut penser à Divine, à Bambi ou encore à Coccinelle. La réalité de la construction de leur identité et de leur passé est beaucoup moins douce…

 

« Nous, les pédés… nous minaudons. » (Edmund White, La Tendresse sur la peau (1984), p. 175) ; « Si j’ai pu faire du mal, c’est tout à fait inconsciemment. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 9) ; « On les dit racistes, conservateurs, ils affirment faire de l’art pour tous, antiformaliste et antiélitiste. » (cf. l’article « Gilbert and George » d’Élisabeth Lebovici, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 222) ; « Ah la la ! Vous n’êtes vraiment pas galant avec les dames, vous ! Faut-il que vous soyez lâche, pour maltraiter une faible fille comme moi !… » (un travesti M to F s’adressant au gardien d’un dancing, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 37) ; « Il paraît que j’ai les mains très douces. On m’en a dit monts et merveilles. » (le journaliste homo dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; « J’ai vécu dans du coton, dans du capitonnage douillet. Je baigne dans le miel. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc.

 

Nous voyons certaines personnes homosexuelles (surtout les plus efféminés, mais aussi les plus bobos) jouer la comédie de la fragilité perturbée et caressante, sans contenu : « Moi en fait ce qui me gêne, c’est que moi je suis traversée d’homosexualité… mais j’ai l’impression… je ne me sens pas du tout concernée tout d’un coup ici. Bizarrement. Je n’entends jamais le mot ‘amour’, ‘solidarité’, ‘aventure humaine’, et finalement je me rends compte que l’homosexualité, y’a une violence autour de ça… mais je ne peux pas parler d’homosexualité de manière polémique. Moi, ce n’est pas ma nature, ce n’est pas ce que je suis. Moi, j’ai toujours été du côté des fragilités, du côté de la douceur, du côté des gens différents, et il y a des choses que je ne peux pas entendre, que je ne peux pas comprendre. » (la romancière lesbienne Nina Bouraoui plombant le débat sur le « mariage gay » dans l’émission Culture et dépendances, diffusée sur la chaîne France 3 le 9 juin 2004, par un numéro ahurissant de drama queen bobo)

 

Et beaucoup de personnes – qui se présentent démagogiquement comme « hétéros » pour s’assurer une étiquette de personnes ouvertes et gay friendly – sont prêtes à soutenir cette image de douceur des personnes homosexuelles (qui, en effet, individuellement, sont souvent des crèmes d’hommes et de femmes ; c’est en couple qu’elles se métamorphosent) : « Est-ce que le bon sens ce n’est pas l’homosexualité ? Qui ne fait mal à personne, qui est physiquement inoffensive, moralement innocente, alors que l’hétérosexualité est physiquement dangereuse et moralement criminelle ! » (le romancier Michel Tournier dans la revue Masques, n°23, automne 1984)

 

Par exemple, certaines psychanalystes féministes actuelles qui annoncent que l’arrivée des personnes homosexuelles et des femmes aux commandes du monde audiovisuel et professionnel va « préserver l’image de douceur de la femme » (Loïs Bonner dans le documentaire « Pin Up Obsession » (2004) d’Olivier Megaton) se voilent complètement la face ! Surtout quand on prend conscience que la plupart des membres de la communauté homosexuelle, en collaboration avec des individus machistes et hétérosexuels (Russ Meyer, John Waters, et bien d’autres), ont contribué à construire et à intérioriser des images insultantes ou déréalisées de la gente féminine. Les personnes homosexuelles sont héritières, et parfois conceptrices, de la culture de l’image violente de la femme née après la Seconde Guerre mondiale (cf. je vous renvoie à l’important documentaire d’Olivier Megaton, « Pin Up Obsession », diffusé sur ARTE le 21 novembre 2004, et qui retrace l’inquiétante histoire de la vision de la femme dans nos médias, ainsi qu’au code « Destruction des femmes » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 
 

b) La douceur de certaines personnes homosexuelles finit par être le reflet de leur violence intérieure mal contenue :

DOUCEUR YSL

 

Par excès de gentillesse et de fragilité, paradoxalement, certaines personnes homosexuelles deviennent ces « dames de fer » que décrit Yongyooth Thongkonthun, qui nous font bien rire sur le moment alors qu’elles devraient plutôt nous inquiéter sur la durée. « Mais derrière cette façade glamour se cache sans doute une part d’ombre. » (Peter Gehardt, ironique, dans son documentaire « Homo et alors ?!? », 2015) Dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), Jean-Louis Chardans dépeint la communauté interlope comme « une faune étrange, cancanière, chipoteuse, plus féminine que n’importe quelle assemblée de femmes » (p. 34) Je vous renvoie également au titre signifiant de l’essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel, portraiturant le « milieu homosexuel » comme un panier de crabes… roses.

 

La romancière Marguerite Duras n’avait pas tort de dire qu’elle voyait « dans l’apparente douceur de l’homosexualité une provocation à la violence » (cf. l’article « Marguerite Duras », dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 137). Dans le documentaire « Let’s Dance – Part I » (diffusé le 20 octobre 2014 sur la chaîne Arte), il est question de danser de manière « férocement glamour ».

 

Paul Stanley

Paul Stanley


 

L’excès de fragilité, le sur-jeu sincère de la vulnérabilité, peuvent en effet attirer les ennuis, et même le viol homophobe, car ils aimantent/exacerbent les personnalités violentes, agressées par le mal-être perceptif des êtres fragiles (qui les renvoie à leur propre fragilité qu’elles ne veulent pas voir). « Si véritablement je n’étais pas leur star, à coup sûr, je devins par la suite une célébrité parmi eux [les garçons]. Ma féminité les rendait impulsifs les uns les autres. Ils m’aimaient, me parlaient avec douceur en me caressant la nuque ou le dos, comme il était permis ici pour démontrer une certaine affection. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 58) Par exemple, dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang, les paroles de Richard, homme homosexuel violé, montrent que le viol peut être suscité par une douceur superficielle ou une absence de force : « L’autre jour, il y avait une femme à la gare. […] J’ai pensé qu’elle allait se faire violer. Elle n’était pas provocante. C’est sentir la faiblesse des gens… Quand une nana paraît ou peut paraître faibles, les gens… » (p. 187) L’effet-miroir de la faiblesse crée parfois des violences incontrôlées, des réveils compulsifs terribles. Dans son autobiographie La Mauvaise Vie (2005), Frédéric Mitterrand explique clairement les mécanismes de l’homophobie et de l’amour-vache au sein du couple homosexuel, qui peuvent prendre le chemin de l’excès de douceur et de gentillesse : « Les plus graves menaces surgissent quand on est trop gentil ; le garçon est troublé, il s’expose à éprouver de la sympathie, il ne peut plus mépriser commodément. Si sa nature est franchement mauvaise, il peut prendre peur, s’enrager et devenir incontrôlable avec des pulsions de meurtre pour se débarrasser du gêneur qui a bousculé son équilibre et ses habitudes. […] Des Pelosi la grenouille, j’en ai croisé pas mal dans des endroits glauques à Paris. » (p. 163)

 

Film "The Boys In The Band" de William Friedkin (avec Michael)

Film « The Boys In The Band » de William Friedkin (avec Michael)


 

Il n’est pas rare de constater dans les faits que derrière la mauviette homosexuelle se cache quelqu’un d’extrêmement apeuré, orgueilleux, narquois et parfois effrayant. Elle exorcise sa peur et sa haine d’elle-même par un mépris qu’elle trouvera « délicieusement esthétique et raffiné ». Il n’est pas anodin d’observer au théâtre qu’une des astuces pour incarner au plus près un rôle de délicieux méchant est de cultiver une préciosité masculine, donc une homosexualité. Iconographiquement, l’homme-paon caressant, le versant masculin de la femme-paon – personnage de cabaret très présent dans la fantasmagorie homosexuelle – symbolise parfois le dictateur (cf. je vous renvoie au code « Homosexuels psychorigides » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Sur scène et au cinéma, les artistes homosexuels interprètent souvent des rôles de dictateurs ou de méchants crapuleux.

 

« Ces tapettes peuvent se montrer étonnamment dures. » (James Agee, cité dans l’autobiographie Palimpseste – Mémoires (1995) de Gore Vidal, p. 177) ; « Tu sais, je ne suis pas si gentil… » (Yves Saint-Laurent s’adressant à son amant Pierre Biergé, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert) ; « Charmant ou cassant. Tout comme moi. » (Pascal Sevran à propos de Bertrand D., dans son autobiographie Le Privilège des jonquilles (2006), p. 125) ; « Ça tire un peu mais c’est doux, mes bisous. » (Nicolas Bacchus lors de son concert Chansons bleues ou à poing, en juillet 2009 à Avignon) ; « La femme en noir était petite de taille, sans âge et portait des habits noirs. Elle était sans doute une mendiante et elle avait hérité d’un certain pouvoir. Elle savait faire. Elle savait toucher. […] Elle était entrée en moi, dans mon esprit, mon âme lui appartenait, elle la regardait avec douceur, avec brutalité. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 93-94) ; etc.

 

Par exemple, l’entourage de Truman Capote le décrit comme un « vautour à l’apparence de colombe » (Carlos Yusti dans le site Isla de la Ternura, consulté en janvier 2003). On nous parle du « mélange étrange d’immaturité et d’agressivité » chez James Dean (Schary cité dans la biographie James Dean (1995) de Ronald Martinetti, p. 219). Le plasticien chilien Pedro Lemebel dit qu’il écrit avec « un rugueux gant en velours » (1997). Dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris du Forum des Images de Paris, en octobre 2013, Jenny Bel’Air, le fameux travesti M to F qui a animé les excentriques nuits du Palace, est décrit dans toute sa dualité comportementale : « Transgenre, ni Blanche ni noire, une violence à faire peur et une douceur attendrissante, Jenny a le port d’une reine et l’âme d’une clocharde à moins que ce ne soit l’inverse. » (p. 80) Dans le journal Le Figaro (cf. l’article « Marilú Marini retrouve Copi » d’Armelle Héliot, daté du 7 janvier 1999), la comédienne Marilú Marini décrit Copi comme « quelqu’un d’hyper-sensible et de timide » mais aussi de violent : « Copi a toujours eu la violence d’un poète. »

 

« Visconti était à la fois un homme délicieux et un despote absolu. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des singes (2000), p. 279) ; « J’espère que dans ses biographies elle ne sera pas dépeinte par la postérité toute de blanc vêtue ou avec une auréole. C’était une garce, et je ne veux pas qu’elle apparaisse comme un ange. » (Robert Walden à propos de Carson McCullers, dans la biographie Carson McCullers (1995) de Josiane Savigneau, p. 317) ; « Il n’y a rien que je puisse dire d’elle qui ne pourrait être contredit par quelqu’un d’autre, et cela serait également vrai. Carson était l’être le plus angélique qui soit au monde, et en même temps le plus infernal, le plus odieux des démons. […] C’était un papillon, mais un papillon d’acier. » (Arnold Saint Subber, op. cit., p. 332) ; « Marcel est génial, mais c’est un insecte atroce, vous le comprendrez un jour. » (Lucien Daudet à propos de Marcel Proust, cité dans Le Passé défini (1953) de Jean Cocteau) ; « Il avait beau être un tyran, on finissait par l’aimer pour cela, quand on en connaissait les raisons. » (Céleste, la nourrice de Marcel Proust, citée dans l’article « Sainte Céleste » de Diane de Margerie, sur le Magazine littéraire, n°350, janvier 1997, p. 44) ; « J’accuse les hommes de croire des hypocrites, moitié pédés, moitié hermaphrodites, qui jouent les durs pour enfoncer du beurre, et s’agenouillent sitôt qu’ils ont peur. » (cf. la chanson « J’accuse » de Michel Sardou) ; « La morale de cette histoire c’est que, chez les gays, les apparences sont trompeuses. Oui, mesdames, vos lions superbes et généreux’ sont parfois des… ‘lionnes’ ! » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 111) ; « Ce qu’il a de merveilleux, c’est cette ambivalence entre son côté doux, tendre et féminin, et une frustration violente qui peut être dangereuse. » (Élia Kazan en parlant de Marlon Brando, dans le documentaire « Marlon Brando » (2000) de Toby Beach et Peter Yost) ; « C’est quelqu’un qui m’a toujours fait peur par son extrémisme et sa violence. Mais il surprenait aussi par son élégance et sa douceur. C’était un personnage contradictoire. D’une impertinence telle qu’elle aboutissait à la violence. La plupart du temps, il était très silencieux. Il se tenait toujours dans un coin, d’où il observait les choses avec un rire de dédain. » (Alfredo Arias à propos de Copi, cité sur l’article « Copi, ma part obscure » d’Hugues Le Tanneur, dans le journal Eden du 12 janvier 1999) ; etc.

 
 

c) En amour, le désir homosexuel, malgré son apparence angélique, est à double tranchant… :

La violence de l’identité homosexuelle se retrouve aussi dans l’apparente douceur du couple homo. Pourtant, tout semblait rose au départ (cf. je vous renvoie aux codes « Amoureux » et « Milieu homosexuel paradisiaque » dans mon Dictionnaire des codes homosexuels). La tendresse paraît être la monnaie privilégiée des « libres » échanges amoureux dans la communauté homosexuelle. Par exemple, aux Universités d’Été de Marseille (UEH), on trouve un « Coin Câlins » où ceux qui le désirent peuvent chercher caresses et réconfort…

 

Mais très vite, sans réel, sans différence des sexes, la violence de la fusion, la vanité de la similarité, l’overdose de tendresse se profilent dans le couple homo. « On s’est éclatés. L’amour j’adore, j’adore un peu trop. » (Kamel s’adressant à Christian Giudicelli, dans l’autobiographie de ce dernier, Parloir (2002), p. 15) ; « La tendresse, c’est terrible. Elle nous fait nous abandonner. » (Jean-Luc Lagarce dans son Journal, 2002) ; « J’ai beaucoup pensé à Tomski. Je pense toujours à lui – plein de tristesse, plein de tendresse… » (Klaus Mann, Journal (1989-1991), p. 209) ; « Je devins distant avec mes camarades, de même qu’avec le père Basile, nos rapports s’orientèrent sur la voie des remises en question. Je lui reprochais de s’être épris de moi d’une manière excessive, et pensais que c’était une faute de m’avoir fait découvrir ses pulsions sexuelles ; je lui reprochais également l’initiative, qu’il avait prise de me combler de petits cadeaux, de me parler souvent avec douceur par rapport aux autres élèves, et de s’appliquer à m’expliquer que j’étais beau et tout rose, comme un bébé qui vient de naître. […] Cet amour était devenu une abjection qui m’étouffait à la manière d’une proie exposée aux griffes de son prédateur. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), pp. 40-41) ; « Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; etc.

 

L’insatisfaction, la frustration de vivre un « relation » qui a du mal à s’incarner (même si, extérieurement, avec le sexe et la tendresse, elle semble avoir toutes les apparences de l’Amour vrai), aboutit à un agacement croissant, à des violences et des infidélités (cf. je vous renvoie au code « Manège » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « J’étais jeune alors, j’ignorais que trop de soins et de tendresse peuvent asservir un homme. » (Denis Daniel à propos de ses amours masculines, dans son autobiographie Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 104) ; « Les Dieux sont étranges. Ce n’est pas uniquement de nos vices qu’ils font des instruments pour nous châtier. Ils nous mènent à la ruine par ce qu’il y a en nous de bonté, de douceur, d’humanité, d’amour. » (Oscar Wilde, De Profundis, 1897) ; « Un jour, le démon de midi ou de onze heures entre en jeu, un gamin parle et c’est le scandale, plus ou moins vite étouffé : ‘M. Un-Tel, le coiffeur (ou l’antiquaire) de la Place-aux-Huiles… Qui aurait cru ça ? … Si gentil… si doux… Surpris avec un petit garçon de douze ans !’ … et papati… et patata… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dont l’acte pédophile sur mineur est dénoncé, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 103) ; etc.

 

Certaines personnes gay friendly ou homosexuelles, en mal d’arguments, et surtout pour dédouaner et excuser les individus homosexuels et leur métamorphose en brutes épaisses dès qu’ils se mettent à pratiquer leur homosexualité, se mettent comme par enchantement à avancer l’existence de la différence des sexes entre hommes et femmes (alors qu’elles la nient en temps normal), et notamment du soi-disant fossé qui existerait entre les « couples » d’hommes et les « couples » de femmes, pour laisser croire que la violence de la pratique homosexuelle ne viendrait que de la masculinité, et non de la féminité. Or, qu’on soit homme ou femme, la violence de la pratique homosexuelle est universelle, car expulser la différence des sexes, c’est toujours violent. Ce n’est pas parce que cette violence se traduira différemment selon qu’on est deux hommes ou selon qu’on est deux femmes, qu’elle disparaît pour autant. Bien au contraire. Les témoignages de femmes lesbiennes abondent pour mettre à bas le cliché de la « douceur des femmes lesbiennes en couple » et ces allégations sur la soi-disant « douceur exceptionnelle des femmes entre elles »… : « Tu ne vas pas me dire qu’une femme homosexuelle est douce ! Ou alors je n’ai pas rencontrées les bonnes… Elles sont tout, sauf douces. » (Laura, femme lesbienne citée dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 201)

 

Si l’on regarde – au-delà du couple homosexuel – comment la violence de la pratique homosexuelle se traduit au niveau social (dans la communauté homosexuelle ainsi que dans la société), on peut voir aussi comment l’argument de « l’amour » ou bien les gestes de l’amour sont instrumentalisés par les militants LGBT ou hétéros gay friendly, puis renversés en armes. L’exemple des kissing montrent bien ce retournement agressif de la douceur : des couples homos s’embrassent à pleine bouche sur des places publiques, pas d’abord pour s’aimer, mais surtout pour provoquer et choquer. La douceur est détournée en violence. Bluffante contradiction entre intentions et actes.

 

Vol d'enfants par la revendication de la douceur parentale

Vol d’enfants par la revendication de la « douceur » parentale


 
 

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Code n°53 – Drogues (sous-code : Tendresse / Lesbienne alcoolique / Obsédés sexuels)

drogues

Drogues

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

DROGUES 12 Kang seringue

B.D. « Kang » de Copi


 

Les drogues dans les œuvres fictionnelles homo-érotiques sont régulièrement présentées des comme stimuli du désir homosexuel, surtout par les héros qui vivent une phase de dépression et de mépris d’eux-mêmes, par les personnages bisexuels qui ne veulent assumer leur passage à l’acte homosexuel autrement que par l’excuse de l’accident dû à l’ivresse, mais également par les personnes homosexuelles « assumées » qui comparent leur avenir amoureux à un doux alcool qui les conduit à la fois au nirvana et à la mort. La figure du drogué homosexuel, et notamment de la lesbienne alcoolique, est un archétype de l’« homosexualité noire », queer, décontractée, décomplexée, déproblématisée, et « sans prise de tête », bref, bobo et homophobe.

 

Ceci n’est pas éloigné de la réalité. La consommation de drogues dans le « milieu homo » est particulièrement élevée, voire en général plus élevée qu’ailleurs (je tiens ces informations de buveurs invétérés, de fidèles clients de bar gay, et autres consommateurs de poppers et cocaïne). Que cela soit l’illustration d’un rejet et d’un isolement qu’ont subi les personnes homos, que cela soit le reflet d’une stratégie de survie face à une oppression homophobe/homosexuelle, ne fait à mes yeux aucun doute ! Celui qui se drogue est toujours quelqu’un qui a manqué d’amour. Et la drogue appelle en particulier les personnes qui ne s’aiment pas assez elles-mêmes, qu’on a poussé à la consommation, qui sont fragiles… et les personnes homosexuels sont fragilisés quand elles décident d’actualiser leur désir homosexuel par le couple.

 

Le point commun entre le désir homosexuel et l’abus de drogue, c’est qu’ils ne s’appuient pas sur le Réel, le premier parce qu’il a éjecté le socle le plus fondamental du Réel qu’est la différence des sexes, le second parce qu’il cherche à fuir les limites du corps individuel et social. Et chacun sait que lorsque nous quittons le Réel, même au nom de bonnes choses à la bases (l’amour, la tendresse, le plaisir, l’art, la « communion spirituelle », l’évitement de la souffrance, etc.), nous rejoignons tôt ou tard la violence, et nous nous soumettons à ce que nous consommons plus passivement qu’activement/librement.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Bonbons », « Bobo », « Homosexualité noire et glorieuse », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Morts-vivants », « Attraction pour la foi », « Scatologie », « Extase », « Main coupée », « Fan de feuilletons », « Télévore et cinévore », « Tout », « Peinture », « Jeu », « Bovarysme », « Voyage », « Planeur », « Douceur-poignard », « Symboles phalliques », « Milieu homosexuel infernal », à la partie « Matérialiste » du code « Collectionneur homo », et à la partie « Nourriture comme métaphore du viol » dans le code « Obèses anorexiques », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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FICTION

a) Le héros homosexuel drogué :

DROGUES 1

Film « Le Festin nu » de David Cronenberg


 

Souvent dans les fictions traitant d’homosexualité, le personnage homosexuel consomme de la drogue (cigarettes, alcool, cocaïne, etc.) : cf. le film « Poppers » (1984) de José María Castellvi, le one-(wo)man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, la pièce La Carne De Tablado (1918) d’Álvaro Retana, le roman L’Ange impur (2012) de Samy Kossan, le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, le film « Into It » (2006) de Jeff Maccubbin, la peinture La Blanche et la Noire (1904) de Félix Valotton, le film « Like It Is » (1998) de Paul Oremland, le film « Mandragora » (1997) de Wiktor Grodecki, le film « L’Affaire Crazy Capo » (1973) de Patrick Jamain, la pièce Son mec à moi (2007) de Patrick Hernandez, la pièce Fatigay (2007) de Vincent Coulon, le film « Opium » (2012) d’Arielle Dombasle, le film « Little Lies » (2012) de Keith Adam Johnson (Phillip, le héros homo, boit beaucoup), le film « My Brother The Devil » (2012) de Sally El Hosaini, le film « Sugar » (2004) de John Palmer, le film « Blow » (2000) de Ted Demme, le film « Mondo Trasho » (1970) de John Waters, le film « Good As You » (2012) de Mariano Lamberti, la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Tony Rome est dangereux » (1967) de Gordon Douglas, le film « Une si jolie petite plage » (1948) d’Yves Allégret, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, le film « Absences répétées » (1972) de Guy Gilles, le film « La Jeunesse de la bête » (1965) de Seijun Suzuki, le film « Traffic » (2000) de Steven Soderbergh, le film « Nowhere » (1997) de Gregg Araki, le film « Sin Destino » (1999) de Leopoldo Laborde, le film « Prinz In Hölleland » (« Prince en enfer », 1992) de Michael Stock, le film « F. est un salaud » (1998) de Marcel Gisler, le film « Morirás En Chafarinas » (1995) de Pedro Olea, le film « Pasajes » (1995) de Daniel Calparsoro, le film « 15 » (2003) de Royston Tan, le film « J’ai rêvé sous l’eau » (2012) d’Hormoz, la chanson « Voyage sans retour » de Jack dans la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon, la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson (avec Max, le héros homosexuel drogué), le film « Yiss – J’arrête » (2008) de Mercure & Malin, le film « Absences répétées » (1972) de Guy Gilles, la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard, la pièce Démocratie(s) (2010) d’Harold Pinter, le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, le roman Boquitas Pintadas (La Vie est un tango, 1979) de Copi (avec la cocaïne), le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras (Strella, le héros transsexuel, se shoote tout le temps), le film « Holding Trevor » (2007) de Rosser Goodman, le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau (avec Jules, l’écrivain homosexuel alcoolique ; sa camarade de soirée, Michèle, s’étonne qu’il ne fasse pas partie, comme elle, du monde du spectacle : « Drogué, alcoolique et gay… Et t’es pas comédien ??? »), le film « Les Amants passagers » (2013) de Pedro Almodóvar (avec certains membres de l’équipage qui se shootent dans les cabines de l’avion), le film « La Garçonne » (1936) de Jean de Limur (avec la fumerie d’opium), le one-man-show Bon à marier (2015) de Jérémy Lorca, le film « Darkroom – Tödliche Tropfen » (« Backroom – Drogue mortelle », 2019) de Rosa von Praunheim, etc.

 

Par exemple, dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, le héros-vampire Pretorius boit autant de sang que de vin rouge. Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Tom, le chanteur homosexuel, se sniffe sa coke poudrée en cachette… et sa mère est une alcoolique mondaine (« T’as pas encore bu, maman, quand même ? »). Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel, boit comme un trou. Dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée, Rayon, le héros transsexuel M to F, est toxicomane. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, le père Adam sombre dans l’alcool en même temps qu’il découvre son homosexualité. Et en confession, il reçoit un jeune, Rudy, qui lui avoue qu’il a taillé une pipe à un type après une fête alors qu’il était bourré. Plus tard, Rudy tombera vraiment dans la pratique homo et dans les filets d’un autre jeune délinquant du centre, Adrian, décrit comme « toujours camé ». Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, tous les personnages homosexuels fument des clopes. Dans le film « Pigalle » (1993) de Karim Dridi, Jésus, surnommé le Gitan, est un petit trafiquant de son quartier. Dans la série Hit & Miss (2012) d’Hettie McDonald, Mia, le héros transsexuel M to F se drogue aux hormones et à l’alcool. Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Doris, l’héroïne lesbienne se drogue à la cocaïne. Dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, le narrateur homosexuel se retrouve à maintes reprises « complètement camé et saoul » (p. 26) : « Je fume du hasch comme un dingue. » (idem, p. 63) ; etc. Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, la Comédienne se fume un joint. Dans la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays, Steeve fait un trafic de poppers, « la » drogue associée par définition au « milieu homo ». Dans le roman La Cité des Rats (1979), Copi-Traducteur fait allusion à « son passé d’alcoolique » (p. 155) ; et le personnage de Gouri fume son cigare de haschisch. Dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, « L. » prend des champignons hallucinogènes. Dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, le Baron Lovejoy, ouvertement homosexuel, se drogue. Dans le film « Forty Deuce » (« Quarante partout », 1982) de Paul Morrissey, un prostitué (interprété par Kevin Bacon) essaie de couvrir la mort par surdose d’un autre gamin. Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, dès que Rana, chauffeuse de taxi, découvre la transsexualité de sa passagère intersexe F to M Adineh, elle l’accuse comme par hasard de trafic de drogue : « T’es un toxicomane ! » Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, vivait une relation amoureuse cachée avec Charles, un homme décrit comme un alcoolique suicidaire. Dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Kyril, le dandy mariéré avec son monocle, se rend dans une fumerie d’opium. Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Arthur, le personnage homosexuel, se drogue et meurt car son cœur s’est arrêté. Dans le téléfilm Fiertés (épisode 1) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018, la clope occupe une grande place dans le jeu de séduction homosexuelle : « Je fumais, je buvais, j’faisais le mur pour aller dans les bars gays. » (Victor, le héros homo). Par ailleurs, lors d’une soirée arrosée, Noémie est sur le point de se lesbianiser parce qu’elle a ingurgité sans le savoir du AMD. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, John, le héros homo, meurt d’une overdose.

 

La drogue est souvent liée à l’homosexualité et au monde homo, gay comme lesbien : « En Australie j’avais eu l’impression que les gays buvaient plutôt moins que leur compatriotes ; je me trompais. » (Ashe, l’un des héros homos du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 37) ; « Les nouvelles de l’école diront que j’suis pédé, que mes yeux puent l’alcool, que j’ferais bien d’arrêter. » (cf. la chanson « Le Chanteur » de Daniel Balavoine) ; « Je préfère fumer mon opium. » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Si tu es un alcoolique, sois pédé ! » (cf. la chanson « Sois pédé ! » de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Pour avoir du poison blanc, on ferait tout. » (Charlène Duval dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « Avec des si, je n’aurais jamais rencontré l’alcool. » (cf. la chanson « Paradis imaginé » de Monis) ; « Silvano pensa : ce n’est pas possible, je suis en train de vivre une hallucination provoquée par la cocaïne que j’ai prise ce matin. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 88) ; « Allez ! On va se bourrer la gueule ! » (Nicolas, le héros homos entraînant ses deux potes gays Gabriel et Rudolf en boîte, dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha) ; « Je n’aimais pas son haleine à l’odeur de bière et de cigarette. […] Quand j’ai été dans sa bouche, j’ai trouvé ça divin. J’ai oublié qui j’étais. » (le jeune Mathan parlant de sa première fois homosexuelle, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Vodka, ma meilleure amie. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; etc.

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, un groupe de potes gays se retrouve le temps d’une soirée sex & drogs et passe le plus clair de leur sauterie à s’autoparodier en alcooliques pour se justifier de consommer avec excès : « Ça se voit toujours quand tu es bourré. » (Donald à Michael) ; « Certains boivent, d’autres se droguent. » (Larry) ; « Je suis moche, juif, pédé. Je fume de l’herbe pour avoir le courage de me regarder en face. » (Harold) ; « Je mangerais à en devenir malade. J’ai très faim. Je goûterais bien tes lasagnes à l’opium. » (Harold à Michael) ; « Harold fait une collection de barbituriques qu’il prépare pour anticiper le long hiver qu’est la mort. » (Michael à Harold) ; « Folle saoule ! » (Michael à Emory) ; etc.

 

La consommation de drogues est associée à la nature même ou à l’origine du désir homosexuel. « Ta mère est une alcoolique. » (la mère d’Howard – le héros homosexuel – s’adressant à une petite demoiselle d’honneur, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz). Par exemple, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, notamment, le Dr Apsey parlant de l’homosexualité de son patient Frank, dit qu’il y a « trop d’alcool dans sa personnalité ». Dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval, l’alcool est à la fois l’écran et le révélateur de l’homosexualité : les adjectifs « bourré » et « homos » sont synonymes dans la bouche de la mère de Fred (« C’est une ville de bourrés ici ! »). Dans le film « Entre les corps » (2012) d’Anaïs Sartini, la clope est le symbole phallique par excellence dès qu’Hannah use pour draguer une nouvelle fille. Le roman A Glance away (1961) de John Edgar Wideman entrelace les monologues intérieurs d’un ex-drogué noir et d’un professeur de littérature blanc et homosexuel. Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, c’est juste après que Konrad ait demandé à son secouriste Donato à l’hôpital s’il avait une cigarette pour lui (Donato lui répond « non ») qu’il l’encule juste après dans une voiture : c’est la séquence filmique juxtaposée. Dans le thriller religieux Father Elijah : An Apocalypse (Père Elijah : une Apocalypse, 1996) de Michael D. O’Brien, le héros, le Père Elijah, moine découvre Rome et sa décadence croissante : « L’autre côté du panneau d’affichage était une publicité pour du cognac. Deux hommes nus y apparaissaient, allongés sur le dos dans un lit, bras dessus, bras dessous, les yeux dans les yeux, buvant avec deux pailles dans un unique verre. » (p. 29)

 

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B.D. « Kang » de Copi


 

Dans l’épisode 430 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 28 mars 2019, Flore Vallorta suspecte son fils Bart de couvrir son pote Hugo pour empêcher ce dernier d’être incarcéré pour trafic de drogues (« Si ça se trouve, Bart est dealer et il livre de la drogue à Hugo. »)… alors qu’en réalité, Bart cache leur liaison homosexuelle.
 

Parfois, le héros homosexuel se drogue parce que ses parents l’ont initié très tôt aux drogues : « C’est à cause de ça que ses enfants sont morts de façon accidentelle, ils devaient expier le péché de leur père noir qui était par ailleurs trafiquant de drogue. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 88) Par exemple, dans le film « Saturn’s Return » (2001) de Wenona Byrne, Barney, le héros homo, est fils de deux « soixante-huitards attardés » qui l’ont abandonné et l’ont rendu dépendant à la drogue. Dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, Daphnée est le prototype de la mère indigne et droguée : « Oh, mon Dieu ! que c’est dur de descendre après l’acide. J’ai le cerveau en marmelade ! » (p. 156) Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, est entouré de drogués et de dealers : sa propre mère, Juan son protecteur, Kevin son amant, etc. Il finit lui-même par dealer.

 
 

b) Drogue comme moteur et symbole de l’homosexualité de circonstance ou de la bisexualité homophobe :

DROGUES 2 OSS117

Film « OSS 117 : Rio ne répond plus » de Michel Hazanavicius


 

C’est parfois l’alcool ou la drogue qui révèle au héros son homosexualité et qui à la fois la gomme. Ce comportement sera alors appelé « homosexualité de circonstance » ou « bisexualité » ou « homosexualité latente et refoulée », voire même « homophobie » (dans le cas où l’acte homosexuel, ou le désir homosexuel ne seront pas assumés) Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael, l’un des héros homosexuels, avant son coming out, simulait qu’il était saoul pour cacher son homosexualité : « C’était le syndrome : ‘Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai bu ! » Dans le one-man-show Pareil… mais en mieux (2010) d’Arnaud Ducret, c’est l’alcool qui rend homo en boîte. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, sort avec son ami Kevin sur la plage après avoir fumé ensemble des pétards. Plus tard, à l’âge adulte, ils se retrouvent et s’unissent en corps également à cause de l’alcool : cette fois, ils s’enfilent 3 bouteilles d’alcool.

 

Dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, sous les effets de l’alcool, deux adolescents islandais Gabriel et Markus sortent ensemble pendant un voyage scolaire en Angleterre. Quand la mère de Gabriel constate, inquiète, le changement d’attitude de son fils à son retour, elle associe inconsciemment l’homosexualité de Gabriel à l’absorption de stupéfiants : « Tu as essayé des drogues en Angleterre, c’est ça ?? » Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, comme Romeo n’est pas en état de rentrer chez lui tellement il est saoul, Johnny (son futur amant) le ramène dormir chez lui. Un peu plus tard, après la nuit d’amour des deux garçons, la mère de Romeo suspecte chez son fils un changement qu’elle attribue à la drogue… alors qu’en réalité, Romeo lui cache son couple homosexuel : « J’ai pas besoin de cette saloperie. » lui dit-il (en laissant entendre que l’amour d’un homme lui suffit…). Dans le film « Lifeboat » (1944) d’Alfred Hitchcock, Gus drague le capitaine Rittenhouse quand il est bourré. Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, c’est au moment où Rémi et Damien se bourrent la gueule que Rémi crache le morceau et avoue ses sentiments à son ami. Il s’est d’ailleurs volontairement murgé pour que ça sorte sans esclandres. Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, c’est en fumant des joints que Stan, le héros qu’on croyait irréductiblement hétéro, s’homosexualise et fait des avances à Guen, homosexuel. Dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, Mardonio, dans un moment d’ivresse, pelote son pote Segundo comme si ce dernier était une femme. Dans le film « Le Bal des 41 » (« El Baile de los 41 », 2020) de David Pablos, Evaristo fume une cigarette au moment où Ignacio lui frôle la main pour lui faire comprendre qu’il est intéressé.

 

Dans beaucoup de fictions homo-érotiques, la drogue est l’instrument de l’initiation homosexuelle, une initiation plus forcée que libre, voulue involontaire. Par exemple, dans le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee, Elliot découvre son homosexualité lors des soirées alcoolisées et planantes autour des concerts hippies de Woodstock. Dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Didier a une aventure d’un soir avec son voisin de pallier, Bernard, après un apéritif bien alcoolisé ; d’ailleurs, Bernard est un homosexuel notoire, et Didier lui fait cette drôle de remarque : « Vous avez de l’alcool dans le cerveau. » Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Jonathan, le héros homo, boit beaucoup et arrive souvent bourré dans l’appart qu’il partage avec son copain. D’ailleurs, tout au long de la pièce, le vin est présenté comme un moyen de déstabilisation, de gaieté et de désinhibition amoureuse homosexuelle. Dans le film « The Morning After » (2011) de Bruno Collins, c’est après avoir enfilé plusieurs bières que Harry, le héros hétéro, s’engage vers l’homosexualité : il se voit embrasser Thom pendant qu’en réalité il « roulait une pelle » à sa copine. Dans le film « Humpday » (2010) de Lynn Shelton, deux copains soi-disant « hétéros » se retrouvent, après une beuverie, dans le même lit (ils tourneront un film porno gay ensemble). Dans le film « Les Infidèles » (2011) de Jean Dujardin, Fred et Greg, meilleurs amis de toujours, finissent par coucher ensemble à l’hôtel de Las Vegas après une soirée bien arrosée. Dans la pièce Three Little Affairs (2010) d’Adeline Piketty, l’alcool sert d’excuse pour maquiller l’homosexualité latente de Rachel. Dans le film « Walk A Mile In My Pradas » (2012) de Joey Sylvester, Tony, hétéro convaincu, va découvrir, notamment dans l’ambiance très alcoolisée d’un club gay, sa double nature. Dans la pièce On la pend cette crémaillère ? (2010) de Jonathan Dos Santos, François, le héros homo, et Jérôme, pourtant présenté comme un hétéro, ont eu une liaison après une nuit alcoolisée. Dans le film « 30° Couleur » (2012) de Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue, l’alcoolémie pousse Patrick à un (exceptionnel ?) travestissement. Dans le film « OSS 117 : Rio ne répond plus » (2009) de Michel Hazanavicius, les étreintes collectives sur la plage glissent tout doucement vers les gestes homosexuels. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, Thomas et François, les deux amants, reviennent de la « Soirée Mousse » organisée par leur ami Paul complètement bourrés. Plus tard, ils racontent leur première fois, quand ils sont sortis ensemble. Thomas, jadis hétéro, est sorti avec François après avoir regardé avec lui un match de foot à la télé : « C’est à cause de la défaite ou de l’alcool. »
 

Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, c’est lorsque Oliver et Elio (jeune de 17 ans) commencent à sortir ensemble qu’ils fument… tout en le niant : « Je croyais que tu fumais pas ? » demande Elio. « Mais je ne fume pas. » lui répond Oliver, la clope allumée au bec. Pour préparer le passage à l’acte homo, Oliver met une cigarette dans la bouche d’Elio.
 

Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, les héros fument tous des drogues pour se draguer : « On fume un truc ? » (Jacques s’adressant à son ex, Mathieu). Lors de leur première rencontre, au cinéma, Arthur drague Jacques à distance en maniant une cigarette dans ses doigts au moment de la projection. Et au moment de sodomiser Jacques, Arthur, en boutade, dit qu’il « écrase sa cigarette » (preuve que la cigarette symbolise le sexe anatomique).
 

Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Delphine et Carole commencent à sortir ensemble parce qu’elles ont fumé : « T’as refumé ? » demande Delphine. Carole lui répond, après avoir résisté à Delphine : « C’est pas grave. On a trop bu de toute façon. » Plus tard, on voit que Carole abuse de la bouteille : « Moi, j’ai envie de picoler, ce soir. »
 

Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Bill, l’étrange voisin de Frankie, qui lui fait des avances et lui taille une pipe, le manipule en le faisant fumer un joint. Plus tard, lorsque Frankie pose à son futur amant Todd une question intéressée (« Tu fais quelque chose ce soir ? »), ce dernier lui répond : « On se défonce ? ». Au départ, Frankie croit que Todd lui parle de drogue, et finit par comprendre qu’il parle de sodomie. Double sens du verbe « se défoncer »…

 

La drogue pousse le héros homosexuel à s’oublier lui-même, à se laisser aller à la pulsion, à ne pas assumer ses actes homosexuels pour paradoxalement faciliter leur actualisation muette : « Avec un peu d’amour, beaucoup d’alcool, tout passe toujours. » (Jeanfi, le steward homo dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; « Je ne me souviens pas qui c’était. J’étais saoul. » (Nathan, le héros homo, n’assumant pas son baiser à Louis, dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel) ; « Le bon vin et la bonne musique excitent la curiosité. » (Larry, l’un des personnages homos du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Le vin que nous avions bu me rendait moins maîtresse de mon actes, et bientôt, en dépit de mes résolutions, mes gestes devinrent plus caressants. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 62) ; « On était tellement bourrés [pendant notre première relation sexuelle] qu’on s’en souvient même pas. » (Benji à Hugo, dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) ; « Elles avaient échangé un baiser une fois alors qu’elles étaient ivres pendant un réveillon de la Saint-Sylvestre, leurs langues se touchant jusqu’à ce que l’une d’elles – Jane ne se rappelait pas laquelle – se dérobe. » (Jane, l’héroïne lesbienne, et Ute, la femme mariée hétéro, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 32) ; etc. Par exemple, dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi, Alfonso couche avec Joaquín, mais cache son homosexualité derrière l’excuse de la « beuverie qui dérape entre potes ». Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Bernard a vécu son premier grand amour avec Peter, un gars hétéro. Ils ont couché ensemble « un soir, après une soirée arrosée autour d’une piscine », mais le problème, c’est que le lendemain, Peter a nié leur acte. Michael ironise l’idylle en disant que Peter devait être « tellement saoul qu’il ne se souvenait de rien ». Le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs retrace l’histoire d’un couple gay qui, au bout de 9 ans de vie commune, est détruit par la drogue (la drogue ici sert d’excuse pour occulter les faiblesses objectives du couple homo, qui n’ont rien à voir spécifiquement avec les drogues).

 

La consommation de drogues sert de préliminaire à l’union homosexuelle des corps, comme si les héros cherchaient à se voiler la face sur la violence des actes homosexuels qu’ils vont poser : « Je consomme une forte dose d’éther et je couche avec des hommes. » (Max Jacob dans le film « Monsieur Max » (2007) de Gabriel Aghion) Par exemple, dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Steeve est euphorisé sur la piste de danse du club par des drogues pour danser ; le fait de fumer est considéré comme une « régression anale ». Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Vincent et Stéphane, les deux anciens amants, boivent comme des trous pour célébrer leurs retrouvailles (ils coucheront à nouveau ensemble, même sans s’aimer). Dans le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela, Leevi et son amant Tareq boivent énormément de bières avant de sortir ensemble.

 
 

c) Le drogué homosexuel : nouveau prince charmant des artistes bobos

DROGUES 3 Gazon

Film « Donne-moi la main » de Pascal-Alex Vincent


 

Même si la drogue détruit quand on en abuse, il est pourtant étonnant de voir bon nombre de créateurs homosexuels lui dérouler le tapis rouge, comme si elle était un filtre d’amour à elle seule, comme si elle avait le pouvoir de sublimer le marginal homosexuel (celui-ci deviendrait soudain grâce à elle « révolutionnaire », « sublime dans l’auto-destruction et la chute », « corrosif », « gênant », « original », « artiste d’avant-garde »), de créer/décupler son désir amoureux, sa créativité, ses sensations, de fortifier son couple. Comme si elle était l’amant parfait même ! « Je suis addict. C’est pire qu’une drogue. » (William parlant de son amant Georges, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; « J’ai fait connaissance avec les mecs sans filtre. » (Jérémy Lorca parlant de ses amants, dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; etc.

 

Elle est présentée comme le symbole de l’insouciance et de la candeur adolescente, comme un amour underground original et chaviré, emprunt de nostalgie vintage : cf. le film « Des Jeunes gens mödernes » (2011) de Jérôme de Missolz, le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, le film « Plan B » (2008) de Marco Berger, le film « Heavenly Creatures » (« Créatures célestes », 1995) de Peter Jackson, le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, le roman Beatriz Y Los Cuerpos Celestes (1998) de Lucía Etxebarría, etc. « Je déteste tout ce monde d’attardés qui ne parlent que du cours des drogues et des chemises indiennes. Je les supporte parce que ça amuse Pierre, il essaie des drogues nouvelles et passe toute la journée assis à côté de la piscine en position de lotus à regarder fixement le soleil pendant que je dessine à côté de lui. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 65) ; « L’autre jour, il faisait gris comme le jour où Gilberto m’a quitté, mais ça allait. Je suis allé chez un mec pour baiser, on a fumé et avant de baiser, d’un coup tout est remonté. Je me suis mis à pleurer, je ne pouvais plus m’arrêter.’ En riant, il ajoute ‘Le pauvre garçon ne savait pas quoi faire ! » (Simon, le héros homosexuel, s’adressant à Mike dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 113) ; etc. Par exemple, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, Lou et Ahmed fument du hasch ensemble.

 

Certains réalisateurs font passer l’alchimie éphémère des drogues pour un coup de foudre puissant et « évident ». Ça se passerait même de commentaires ! Par exemple, dans le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh (le stéréotype du film bobo, à mon avis), Russell et Glenn sortent ensemble après une soirée en boîte gay bien arrosée, et pendant toute leur courte liaison (qui se résume à une banale histoire de fesses, matinée d’un échange de goûts et de sensations narcissiques façon « roman photo »), ils boivent, fument la clope à la fenêtre, reboivent, refument leur clope, dorment ensemble (oh la la, c’est trop « fort » et trop « beau », la tendresse…). Leur vie semble caractérisée par la consommation de drogues (« Trop de drogue… » dira à un moment Becky à Glenn). Comme leur histoire d’amour accidentelle finit par durer plus de temps qu’une cigarette… ça y est ! elle nous est présentée comme encore plus « vraie » que si elle avait été décidée et s’était faite naturellement, sans artifice ! D’ailleurs, les deux protagonistes incarnent la parfaite vision chavirée (et non-moins cucul… quoiqu’en disent les bears homos jouant les hétéros) de l’« Amour » défendue par les artistes LGBT bobos.

 

DROGUES 4 Week-End blouson

Film « Week-End » d’Andrew Haigh


 

DROGUES 6 Week-End Divan

Film « Week-End » d’Andrew Haigh


 

Les drogues permettent d’affaiblir et de posséder l’autre. « Beaucoup de mecs se saoulent pour pouvoir baiser. » (Larry, l’un des personnages homos du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) Par exemple, dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, Engel s’embrasse pour la première fois Marc en lui transférant sa bouffée de cigarette dans la bouche. Plus tard, ils feront l’amour dans les toilettes d’une boîte gay, en prenant chacun leurs pilules. Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Léopold fait boire le jeune Franz pour qu’il lui tombe dans les bras ; et ça marche puisque Franz enchaîne les verres et les cigarettes. Dans le film « La Partida » (« Le dernier match », 2013) d’Antonio Hens, Reinier rencontre Juan, un quadragénaire espagnol et voit en lui son passeport pour quitter Cuba et la misère ; les deux amants sont tombés dans les bras l’un de l’autre, sous ecstasy, lors d’une sortie en boîte.

 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Nathan, pour embrasser Jonas sur la bouche, le fait fumer dans la salle de sport du collège (ce qui deviendra une dépendance pour Jonas à l’âge adulte). : « Tiens, fume. Ça va te détendre. Une taffe. ». Jonas ne s’en trouve pas bien : « Oh… j’ai la tête qui tourne. ». Un peu plus tard, sur la cour du collège, Jonas en redemande : « Tu me fais tirer ? »… et Nathan lui met ironiquement le holà : « Mollo, Gainsbourg ! ». Pour se venger d’un camarade de classe homophobe qui lui taxe toujours des clopes, Nathan les empoisonne pour le rendre malade… et ça marche. Dans ce film, fumer, c’est comme s’homosexualiser. D’ailleurs, la maman de Nathan, qui fume comme un pompier et file des clopes à son fils, découvre que Jonas, le copain de Nathan, fume aussi, et lui pose une question qui pourrait se rapprocher d’une demande de coming out : « Ta mère, elle sait aussi que tu fumes ? Ce sera notre petit secret, alors… ». Dix-huit ans plus tard, Jonas plonge dans la drogue. Il fait boire Léonard (le petit frère de Nathan), pour s’attirer ses faveurs. Il déclenche des alarmes incendie dans les hôtels de luxe. Il consomme des hommes comme il consomme des clopes. À haute dose.
 
 

d) L’abus de drogues comme miroir de l’ascétisme du frustré mal dans sa peau :

DROGUES 13 Kang télé

B.D. « Kang » de Copi


 

Comme pour mieux dire l’abus de drogues chez les personnages homosexuels, ou bien leur homosexualité refoulée, ou même leur cyclothymie, on trouve parmi eux quelques ascètes anti-alcool et anti-plaisir (cf. je vous renvoie à la partie « Paradoxe du libertin » du code « Liaisons dangereuses », ainsi qu’au code « Obèses anorexiques », de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Sana, j’ai arrêté la drogue. Je ne prends plus de poppers. » (Kévin, le héros homo de la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone) ; « Elle me dit : Qu’est-ce que t’as, t’as l’air coincé. T’es défoncé ou t’es gay. Tu finiras comme ton frère. » (cf. la chanson « Elle me dit » de Mika) Mais cette aversion ne dure généralement pas longtemps. Certains héros homosexuels s’engouffrent d’autant plus excessivement dans la conduite addictive à l’âge adulte qu’ils se sont jadis réprimés de boire et de fumer. Le cours de leur désir homosexuel suit la courbe en dents de scie des effets « looping » de la drogue. Par exemple, dans le film « L’Un dans l’autre » (1999) de Laurent Larivière, Antoine, stressé d’entendre son ami Matthieu lui faire une déclaration d’amour (et surtout « titiller » sa propre homosexualité refoulée !), fume nerveusement une cigarette pour « digérer » la nouvelle !

 
 

e) Drogue et lesbianisme :

DROGUES 7 L World

Série « The L World »


 

Iconographie extrêmement peu étudiée, et pourtant tellement signifiante : le lien entre drogue et lesbianisme ! On retrouve beaucoup la figure de la lesbienne droguée dans les œuvres homo-érotiques (cf. la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet – avec Camille, la lesbienne trafiquante de drogue –, le film « Gasoline » (2001) de Monia Stambrini, le film « Tan De Repente » (2002) de Diego Lerman, le roman Beatriz Y Los Cuerpos Celestes (1998) de Lucía Etxebarría, le roman Héroïnes (1922-1925) de Claude Cahun, etc.), et surtout de la lesbienne alcoolique (cf. le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (1972) de Rainer Werner Fassbinder – avec Karin et Petra –, le film « Joe + Belle » (2011) de Veronica Kedar, la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau – avec Léonore –, la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim – avec Marcy –, la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer, le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch – avec Laura –, le film « Edge Of Seventeen » (1998) de David Moreton – avec Frieda –, la pièce Ma Première Fois (2012) de Ken Davenport – avec la lesbienne camionneuse –, le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald – avec Stella –, le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas – avec Maria -, le film « Perruche » (2014) de Roxanne Gaucherand, etc.).

 

Par exemple, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, le cliché de la lesbienne alcoolique revient à travers le personnage d’Hélène : « Hélène était addict à l’alcool. » Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Emma, l’une des deux héroïnes lesbiennes, boit beaucoup de bières, et elle dit qu’elle les « adore » : elle rebaptise même la célèbre marque « Gulden : la Bière des Goudous ! ». Dans le film « Bye Bye Blondie » (2011) de Virginie Despentes, Gloria et France se sont rencontrées dans un hôpital psychiatrique dans les années 1980. « Elles se sont aimées comme on s’aime à 16 ans : drogue, sexe et rock & roll. » (cf. la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris) La pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen (vous remarquerez la signifiance du titre) prend l’homosexualité pour thème central ; d’ailleurs, Wanda, la « fille à pédés » alcoolique, est bisexuelle. Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon se présente comme « une meuf qui boit de l’alcool » et se plaît à se montrer en train de se siffler des bières avec ses trois potes mecs musiciens. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah et Charlène, les deux amantes, boivent beaucoup, sont souvent bourrées et fument du shit, s’entraînant ainsi dans un cercle vicieux : « J’en ai marre : je fume trop avec toi. » riposte à un moment Sarah, celle qui a de qui tenir puisque sa propre mère est alcoolique et la bat. Dans son one-woman-show Chatons violents (2015) d’Océane Rose-Marie, Océane se murge au vin blanc en soirée. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Carol, l’héroïne lesbienne, provoque et envoûte sa future amante Thérèse, vendeuse de jouets, en s’autorisant à fumer des cigarettes même dans son magasin. Elle fume comme un pompier : « Quand on pense avoir atteint le fond, on tombe évidemment en panne de cigarettes. » C’est en buvant de l’alcool que Thérèse et Carol finissent par coucher ensemble. À la fin du film, Thérèse se rend à une fête hétéro. Du bas de l’immeuble, elle pousse le cri du cœur : « J’espère qu’il y a à boire ! »

 

« La gouine branchée, elle connaît toutes les drogues. » (Océane Rose-Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « Elle parle beaucoup, mais je ne l’écoute pas. Je la regarde intensément, essayant de lui faire comprendre la nature des sentiments qu’elle m’inspire, aidée par le vin qui me rend plus entreprenante. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 18) ; « L’alcool, dont j’avais sans doute abusé, me donnait autant d’audace qu’il me cassait les jambes. » (idem, p. 40) ; « Lucie savait que sa Ginette, dont le courage s’est souvent échoué par le passé au fond d’une bouteille, avait probablement fait une rechute et pris une bonne brosse ou deux. Comme quoi l’appel de l’alcool peut être plus fort que celui de l’amour. » (Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010), p. 30) ; « Je ne dis pas que toutes les lesbiennes boivent. » (Anthony Kavanagh dans le one-man-show Anthony Kavanagh fait son coming out, 2010) ; « C’est ma boisson journalière ! » (Solitaire en parlant du whisky, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « J’ai trop bu. » (Cassie l’héroïne lesbienne dans le film « La Tristesse des Androïdes » (2012) de Jean-Sébastien Chauvin) ; « J’reviens. J’suis complètement alcoolique. » (Suze acceptant tous les apéros sur son lieu de vacances, l’Ardèche, dans le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa) ; « Vous savez, c’est la politesse qui m’a rendue alcoolique. » (idem) ; « J’ai le vin gai.» (idem) ; « J’suis une grosse fumeuse. » (idem) ; « Tatiana, tu as trop bu. » (Nathalie s’adressant à Tatiana qui l’embrasse, idem) ; « Continue à te saouler avec du vin. Ça te rend divinement gaie/gay. » (Tatiana la lesbienne s’adressant à Nathalie, idem) ;« J’ai pas de thunes et j’ai envie de me bourrer la gueule. » (Polly, l’héroïne lesbienne dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 77) ; « Wanda, avec la flamme de l’enfer dans ses yeux, en proie aussi à une humeur infernale, buvait du cognac. Elle s’était de nouveau mise à boire beaucoup. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 497) ; « Depuis la mort de son mari, elle [Gabrielle, l’héroïne lesbienne] est consciente d’avoir sensiblement augmenté la consommation de cet ‘élixir de jouvence’ préconisé par Marc [= le whisky], son ami de longue date et médecin traitant. Elle n’est pas dupe. Qu’a-t-elle à perdre à quatre-vingt ans ? » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 15) ; « Je croyais que ces conversations nocturnes prendraient fin quand tu as arrêté de boire. » (Petra s’adressant à son amante Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 81) ; « Tu es une buveuse invétérée. » (Tielo s’adressant à sa « belle-sœur » Jane, idem, p. 128) ; « Les petites pingouines préfèrent le gros rouge. » (la chanson « Les Pingouins » de Juliette Gréco) ; etc.

 

La dépendance lesbienne à la drogue s’explique assez bien. La drogue non seulement éloigne du Réel, mais durcit les tempéraments, rend macho et violent (filles comme garçons), « masculinise » quelque part (dans le sens d’hyper-virilité cinématographique ; pas de sexuation garçon). Elle est le refuge de celui qui veut nier ses limites et ses faiblesses humaines pour devenir Superman. Par exemple, dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la narratrice transgenre F to M boit de la bière pour « faire mec ».

 
 

f) La drogue : le masque et le révélateur du viol

Si le héros homosexuel cherche autant à fuir sa Réalité, son corps, et à acquérir une valeur grâce aux drogues, c’est souvent parce qu’il cache qu’il a été violé, qu’il souffre, ou qu’il cherche à violer pour se venger de son viol passé. « Attention au pédé agressif. Sobre, il est dangereux… Saoul, il est mortel. » (Harold, l’un des personnages homos du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) Dans les fictions traitant d’homosexualité, la drogue est toujours le paravent du manque d’amour, de la haine de soi (homophobie), du divorce, du viol, de l’inceste, de la mutilation corporelle (particulièrement chez les héros transsexuels), d’une guerre, de la prostitution, d’une épidémie ou d’une catastrophe. « J’les connais depuis mon enfance, j’ai été leur jouet […] Y a juste l’alcool dont ils sont absolument incapables, tous, de se passer. C’est ça qui les tient debout. Quand le sida est arrivé, y se sont réfugiés dans l’alcool, toute leur génération, puis y ont commencé à regarder le monde s’écrouler autour d’eux, sans plus jamais y toucher. » (Michael à propos de sa bande d’amis homos, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, pp. 239-240) ; « Pendant un apéro au Boobs’bourg, en attendant les autres, Cody m’avoue qu’à New York il met des petites annonces sur craiglist.org en se faisant passer pour une fille : ‘Comme ça, quand les hommes ils veulent ma chatte, je dis à eux je suis un pédé mais je peux te sucer bien ta bite à fond et avaler ton jus. Ça marche, quoi, les hommes ils ont envie d’une fille parce qu’ils pensent que c’est la seule chose qui les fait bander mais un jour où ils sont en manque ils goûtent à la bouche ou le cul d’un pédé et d’un coup ils se rendent compte que ce qui les fait bander c’est le sexe, et pas une fille, quoi. Je suis comme une sorte de terroriste queer comme j’oblige les hommes hétéros de se rendre compte que tout le monde est pédé, quoi, parce que tout le monde bande pour n’importe qui.’ » (Cody, l’homosexuel américain s’adressant à son pote gay Mike dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 98-99) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, Miriam se pique à la testostérone pour devenir Lukas. Dans le film « Gun Hill Road » (2011) de Rashaad Ernesto Green, Michael se pique aux hormones dans les toilettes. Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, Stef, l’un des héros homos, décrit son pote gay Nono comme un véritable alcoolique, un homme malheureux en amour : « Il a vraiment un problème avec l’alcool. […] Quand il se fait larguer, il picole. Et comme il se fait souvent larguer… » Dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, George, le héros homosexuel, et son jeune élève Kenny, d’au moins 20 ans son cadet, partagent des drogues avant de vivre leur liaison incestuelle interdite. Dans le film « La Caduta Degli Dei » (« Les Damnés », 1969) de Luchino Visconti, la beuverie homosexuelle des soldats SS travestis cache (et pourtant illustre aussi) les débordements de la Seconde Guerre mondiale. Dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012), Samuel Laroque avoue sa peur du GHB, la « drogue du violeur », mais semble pourtant la demander : « Si quelqu’un veut mettre du GHB dans mon verre, allez-y ! » Dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, la réalité violente de la prostitution est camouflée par la monnaie d’échange invisible qu’est la tendresse : Adrien rencontre son amant Malcolm qui se prostitue, et leur créateur essaie de nous faire croire à une inattendue gratuité entre eux (Malcolm dit à Adrien : « T’as raison, on n’achète pas la tendresse, presque machinalement. » et celui-ci lui répond : « T’inquiète, j’te ferai rien payer. », p. 28).

 

Dans le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie, les héros homos couchent les uns avec les autres sous l’effet de drogues : « Pourtant, j’en ai pris des trucs. » dira Jean-Jacques. Par exemple, Armand finit par coucher avec Paul, son patron, sous l’effet de drogues : « Vous voulez vraiment que je vous dise ? J’veux coucher avec vous. On a quand même le droit d’avoir envie de son patron ! » Et il cède aussi aux propositions de son chef parce que ce dernier lui a mis de la drogue dans son café.

 

Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, c’est parce qu’il est drogué (avec une pilule) par Shane que Danny sort avec lui lors d’une fête : Danny est complètement défoncé. Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), tous les personnages incarnés par le travesti M to F David Forgit sont des junkies qui n’attendent qu’une chose : se faire violer et défoncer (dans tous les sens du terme) ! « Ah, qu’est-ce que j’ai fait de ma coke ? […] On m’a encore drogué au GHB ! J’attire cette drogue ! » Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Benjamin raconte à son psy sa première rencontre homosexuelle avec son amant Arnaud, à qui il a fait volontairement un croche-patte, alors que le tableau est idyllique. De son côté, Arnaud donne une autre version des faits au psychanalyste, en partant sur le quiproquo incestueux que le thérapeute lui parlait de sa première cuite : « Ma première fois, c’était avec mon oncle dans sa cave. » « Je comprends le traumatisme… » interrompt le psy. Arnaud poursuit : « J’avais 12 ans. J’étais consentant. […] C’était un Cabernet d’Anjou. Ma première cuite. »

 
 

g) Trois drogues plus dangereuses encore que les drogues connues : la tendresse, le sentiment et la bonne intention

 

Plus encore que les drogues dites « classiques » (tabac, alcool, héroïne, cocaïne, loisirs, musique, télé, Internet, cinéma, etc.), ce sont les choses qui restent bonnes quand on n’en abuse pas (sexe, tendresse, massage, boisson, nourriture, sincérité, etc.) mais qui deviennent terriblement oppressantes et enfermantes quand on en abuse et qu’on les utilise pour gommer le Réel, qui rendent le héros homosexuel le plus esclave des autres (ses amants) et surtout de lui-même.

 

Beaucoup de personnages homosexuels consomment de la tendresse comme ils se masturb(erai)ent : de manière trop compulsive, avide, puérile, et frénétique pour être tendre et libre, finalement (cf. je vous renvoie au code « Douceur-poignard » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Je vais t’inonder de ma tendresse. Je vais t’envelopper dans la chaude intimité de mon désir. » (Lola s’adressant à son amante Vera, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « De nouveau un dimanche d’une écrasante chaleur estivale, De nouveau mes regrets, ma tendresse, mes inquiétudes, mes interrogations de vous, vers vous, pour vous. De nouveau des mots, des phrases que je ne peux réprimer, des pensées nostalgiques : traces dérisoires, cendres laissées par le grand brasier qui m’enflamme depuis notre rencontre […]. » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 25) ; « J’ai relu vos lettres à défaut d’en recevoir de récentes. Qu’ils sont doux ‘les baisers de la Dame’ qui chavire avec moi et parle avec délices de ‘la révolution’ causée par notre rencontre. » (idem, p. 137) ; « J’éprouvai un élan de tendresse protectrice envers Rani. […] Cette nuit-là, je rêvai que dans un doux murmure je l’appelais Rani et lui demandais de partir avec moi dans un endroit où elle ne serait plus bonne à tout faire. » (Anamika parlant de sa domestique/amante, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 25) ; « La solution, c’est de la douceur, de la douceur, de la douceur. » (un des héros homos du film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré) ; « Tous ces Slaves trouvaient ma petite chambre tellement grande, et ils avaient tant besoin de tendresse… » (cf. la dernière phrase de la nouvelle « La Chambre de bonne » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 61) ; « Affamées de tendresse, elles se parlent se regardent. » (cf. le poème « El Pueblo » d’Aude Legrand-Berriot (2008), p. 25) ; « Dans ce que je suis, il y a un immense désir de tendresse » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 38) ; « « Il [Adrien] considérait d’ailleurs la fidélité sous un jour nouveau. La sexualité masculine conservait toujours quelque chose d’animal. Ni la tendresse ni l’amour – ce que transmettent les femmes – ne parvenaient totalement à dompter la puissance d’un désir brut, primitif, captivant. Ce désir de pénétrer et d’envahir la différence de l’autre ; de ne pas laisser la proie s’échapper. » (idem, p. 51) ; « Surtout pas de bisou ! Sinon, on va être en manque ! » (Fred, le héros homo ne voulant surtout pas que son copain Max l’embrasse devant sa mère pour que celle-ci découvre son homosexualité, dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « J’en ai profité pour faire ce que font certains hommes avec les femmes. Je les frôlais ou les touchais. Dans les moments d’affluence, cela passe inaperçu. Portée par mes réussites, j’osai davantage. Je me pressais contre elles et me frottais presque la fente. Les parfums mêlés provoquaient en moi des sensations enivrantes. J’eus des chaleurs et des poussées d’une intensité terrible. J’avais besoin d’un soulagement rapide. Trop nerveuse pour me maîtriser, en pleine crise, j’étais à l’affût du moindre sourire me permettant d’espérer le corps d’une femme qui, comme moi, serait dans cette quasi douleur du manque de chair et prête à s’offrir sur l’instant. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 44) ; « À ce moment, il m’apparut que seule la force – ou plutôt le chantage – me permettrait d’obtenir ce que maintenant j’en voulais : du plaisir. » (idem, p. 49) ; « Je veux préserver la relation particulière que je construis avec elle, n’étant pourtant dupe de rien et sans illusion sur mon attitude, sachant très bien que la tendresse que je manifeste à son égard n’est due qu’au plaisir que j’en espère et qu’un jour elle me donnera. Je sais trop qu’en ce qui concerne les femmes mon vice est mon seul ‘maître’. Dans le fond, et malgré les bons sentiments que j’ai souvent pour elle, je suis comme l’on est à la campagne, seulement guidée par l’intérêt. » (idem, p. 102) ; « J’attends que vienne en elle un désir assez fort pour l’avoir dans mon lit. Un peu triste comme elle est, je pense que sa tendresse n’en sera que plus intense quand le moment sera venu. Est-ce cruauté que ce calcul ? Sans doute, mais mon désir, qui est tout, me fait raisonner ainsi. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne parlant de Marie sa bonne, op. cit., p. 193) ; « La jeunesse est une drogue. Et je vois pas comment je pourrais m’en passer. » (Anne/Muriel Robin dans le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan) ; « On s’assied sur le lit, on se caresse, on s’embrasse avec fureur ou grande tendresse, alternativement. Il s’allonge et je le caresse doucement, je découvre son corps avec mes doigts devenus beaucoup plus sensibles. J’arrive à son visage, il murmure ‘J’ai envie de pleurer. C’est comme un rêve, un truc trop beau pour être vrai. Je me demande quand la tuile va nous tomber dessus. » (Vianney s’adressant à son amant Mike dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 85) ; « Si ton père a pu faire un bel enfant comme toi, tendre, croquant, c’est qu’il doit y avoir à l’intérieur de lui beaucoup de tendresse. » (Ruzy s’adressant à son amant Chris, dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) ; « Le droit d’accoucher de toutes les tendresses. » (c.f. la chanson « Tous les droits sont dans la nature » de Catherine Ribeiro) ; etc.

 

Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Vincent demande à son ex-amant Stéphane s’il l’aime encore, ce à quoi il lui répond : « Ce n’est plus de l’amour. C’est de la tendresse. De la nostalgie. » Vincent enchaîne immédiatement après par l’expression de son trouble à propos de la possessivité de Stéphane : « C’était étrange, ta dépendance. »
 

On entend souvent chez le personnage homosexuel une obsession pour le sexe (dans le sens de coït). Le sexe est l’autre drogue dure des héros homosexuels : « Tu dois comprendre que ‘ça’ […] est très important pour une lesbienne ! » (Peyton cherchant à expliquer à son amante Elena qui n’assume pas leur amour lesbien que sa proposition d’un amour platonique ne tient pas, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « Si tu me prends par les sentiments… » (Maxence quand Benji lui touche le « paquet », dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot) ; « Pfu, vous êtes pareils tous les deux, Simon et toi, complètement obsédés. Je vais finir par croire que c’est un syndrome homosexuel… Non, en fait j’en suis convaincue ! Un jour, tu vas voir, j’en aurais marre que les pédés parlent que de cul, on dirait que chez vous, si y avait pas le cul, y aurait rien. Vous êtes complètement obsédés, tous. Bande de freaks ! » (Polly, l’héroïne lesbienne à ses deux amis gay Simon et Mike, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 25) ; « Non seulement j’suis fou… mais en plus, je ne pense qu’à ça. » (Hervé Nahel lors de son concert au Sentier des Halles à Paris le 20 novembre 2011) ; « Un garçon pense au sexe toutes les 30 secondes. Alors vous en mettez deux ensemble… » (Matthieu se justifiant de coucher le premier soir avec Jonathan, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Comme quoi… un garçon ça ne pense qu’au sexe. » (idem) ; « Stephen apercevait leurs faces ravagées et pleines de reproches, aux yeux mélancoliques et obsédés d’invertis […] Des fusées de douleur, de brûlantes fusées de douleur… leur douleur, sa douleur, soudées ensemble en une immense et dévorante agonie. […] toute la misère de chez Alec. Et l’envahissement et les clameurs de ces autres êtres innombrables… » (Stephen, l’héroïne lesbienne racontant l’ambiance d’un établissement homo, Chez Alec, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 571) ; etc.

 

Par exemple, dans « Chacun cherche son chat » (1996) de Cédric Klapisch, Michel, le héros homosexuel, ne pense qu’à tirer son coup avec des mecs de passage et enchaîne les « plans cul » à l’appart. Dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin, Antoine, le héros homosexuel, trompe son copain Adar avec Alexis : « C’est que pour le sexe. » Dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell, Mélodie, l’héroïne bisexuelle, avoue qu’elle a des élans nymphomanes « tellement elle fait l’amour comme elle respire ».

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Homosexualité et drogue :

DROGUES 14 Femme assise héroïne

B.D. « Femme assise » de Copi


 

La drogue est souvent liée à l’homosexualité et au monde homo, gay comme lesbien. En ce moment, en France, on nous parle beaucoup du développement du « Chemsex » (ça se prononce « Kèmsexe ») dans le milieu homo, c’est-à-dire du sexe sous emprise de drogues. Ça se démocratise beaucoup. En général, les communautaires LGBT n’aiment pas trop aborder le sujet, de peur que ce lien renvoie à leur carence affective, au manque de sens de leur mode de vie, et leur donne une image de junkie névrosé et dépressif : « Le rapport entre drogue et homosexualité est rarement étudié. […] Si les poppers et l’ectasy restent associés à la culture gay, leur usage n’est pourtant pas confiné dans cet espace. » (cf. l’article « Drogues » de Marie Jauffret-Roustide, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 161) ; « C’est bien connu. Je fais tout le temps la fête et je me drogue. » (Peter Gehardt, ironique, dans son documentaire « Homo et alors ?!? », 2015) ; « C’est comme la nécrophilie : c’est un péché. Tout comme l’alcoolisme ou la toxicomanie. L’homosexualité, c’est la même chose. L’homosexualité ne conduit pas seulement à la pédophilie. Mais aussi au meurtre, à la dépression et à la toxicomanie. Les statistiques le prouvent. » (Petras Gražulis, président du groupe politique lituanien d’extrême droite Ordre et Justice, idem) ; « Si Pierre n’avait pas été là, j’aurais fini alcoolique au dernier degré à Paris. » (Bertrand parlant de son amant Pierre dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; etc. Et pourtant ! Même si les individus qui se droguent minimisent presque systématiquement leur souffrance et leurs actes, faut-il pour autant croire en leur sincérité « optimiste », nier les faits et la dignité des personnes ? Certainement pas.

 

DROGUES 9 Poppers

Poppers


 

Concernant la consommation de drogues dans la communauté homosexuelle (tabac, alcool, stupéfiants, poppers, etc.), difficile d’avoir des statistiques. C’est mon vécu et mes observations de terrain qui m’ont permis de constater la forte tendance des individus homosexuels à se fuir dans l’alcool, la drogue et le sexe. Je vous renvoie à l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager (p. 240 et p. 254), au documentaire « Mr Angel » (2013) de Dan Hun. Voir aussi Brigitte Lhomond, « Attirance et pratiques homosexuelles », dans L’Entrée dans la sexualité. Le Comportement des jeunes dans le contexte du Sida (1997), pp. 183-226. Dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla, le milieu dans lequel Linn et Jup, deux compères travestis, gravitent, est sclérosé par la drogue, le LSD, drogues et l’alcool.

 

« J’étais bien dans un milieu de garçons, rien que des garçons. La boisson coulait à flots. Boisson d’entrée à répétition pour celui qui fait la tournée des bars ; boisson d’attente pour celui qui reste de l’ouverture à la fermeture. Mes yeux hagards dévisageaient ces hommes dans ce lieu qui semblait être leur propriété. Complice, la nuit enrichissait la fuite des mensonges familiaux et leur permettait de vivre dans l’anonymat protecteur de cet environnement si confidentiel… » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 133) ; « Arrive pour Stéphane le service militaire, il déserte, disparaît pendant des mois dans les bas-fonds de Paris où j’ai fini par le retrouver, est repris, mis en asile psychiatrique militaire, et est gracié sur intervention de Mme Mitterrand, à la prière d’un haut fonctionnaire qui, épris de son charme, désirait avoir avec lui une liaison durable, une union. Cet amoureux malheureux téléphonait nuitamment à Estelle, la mère de Stéphane, en la suppliant, en vain, d’obtenir de son fils que ce fils adopte pour cela une conduite plus « cohérente » (c’était son mot) : ne plus se prostituer, cesser d’être dealer. » (Paul Veyne, Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), pp. 236-237) ; « La plupart des lieux de prédilection fréquentés par les homosexuels étaient urbains, civils, sophistiqués. Le scénariste américain Ben Hecht, à l’époque correspondant à Berlin pour une multitude de journaux des États-Unis, se souviendra longtemps d’y avoir croisé un groupe d’aviateurs, élégants, parfumés, monocle à l’œil, bourrés à l’héroïne ou à la cocaïne. » (Philippe Simonnot parlant de la libéralisation des mœurs dans la ville nazie berlinoise des années 1920-30, dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 30) ; etc.

 

Un jour, j’ai un ami homosexuel angevin, alcoolique notoire et client régulier des bars, qui m’a assuré que dans le « milieu homosexuel », on y buvait plus et on s’y droguait beaucoup plus facilement que dans des établissements dit « hétéros ».

 

DROGUES 8 Verlaine

Paul Verlaine


 

Ce sont aussi les récits et les vécus des personnalités homosexuelles connues qui nous informent que l’homosexualité et la drogue se tiennent très souvent la main. Nombre d’entre elles sont tombées dans le monde de la drogue (alcool, cocaïne, alcool, marihuana, absinthe, substances hallucinogènes, etc.) : Ángel Vázquez, Alain Pacadis, Paul Verlaine, Serguei Esenin, Graham Chapman, Malcolm Lowry, John Cheever, Michel Foucault, Alfred Jarry, Jack Kerouac, Ramon Novarro, Charles R. Jackson, Neal Cassady, Elton John, Jacques Adelsward, Raymond Roussel, Christopher Wood, Roland Barthes, Olivier Larronde, Thierry Le Luron, Eloy de la Iglesia, Raúl Gómez Jattin, Néstor Perlongher, William Burroughs, Hal Chase, Andy Warhol, Antoine Barraud, Truman Capote, Laurent Tailhade, Arthur Rimbaud, Jean Lorrain, John Cage, Leslie Cheung, la grande majorité des artistes homosexuels de la Movida madrilène (dans les années 1980 en Espagne), George Michael, Buck Angel, Jacques de Basher, etc.

 

Par exemple, en 1923 Jean Cocteau rencontra Louis Laloy qui l’a initié à la drogue ; toute sa vie, le poète deviendra dépendant des drogues (il se fait arrêter à Toulon en possession de stupéfiants), et fera une cure de désintoxication à cause de sa consommation d’opium. Marcel Proust était asthmatique, et pourtant, il fumait beaucoup. En juillet 2014, l’acteur de porno gay Bruno Knight est arrêté à l’aéroport de Lax en Californie (USA) avec du crystal meth caché dans le rectum.

 

Yves Saint-Laurent se prend lui-même pour une drogue (pensez à la publicité de son parfum « OPIUM : pour celles qui s’adonnent à Yves Saint-Laurent. ») et a à la fin de sa vie été très lucide sur son état de dépendance : « Je suis passé par bien des angoisses, bien des enfers. J’ai connu la peur et la terrible solitude, les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants, la prison de la dépression et de la Maison de la Santé. » (Yves Saint-Laurent dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton)

 

La consommation de drogues est parfois associée à la nature même du désir homosexuel : un désir lâche et déréalisant par essence, qui n’ose pas dire son nom, artistiquement abyssal, libertaire mais non libre, qui se veut spontané et décomplexé, mais qui en réalité ne s’assume qu’en ne s’assumant pas. « À cette époque [années 1965-1966], se souvient Christian Bourgeois, Copi était un personnage complètement lunaire qui flottait dans le monde. Il se défonçait beaucoup, il fumait des pétards énormes. C’était avant 1968, c’était l’homosexualité ‘naturelle’. » (Frédéric Martel, Le Rose et le Noir (1996), p. 158) ; « Il [Don José] se faufila derrière un paravent et nous entendîmes une profonde inspiration. Quelques secondes plus tard, il sortit de sa cachette, les narines toutes barbouillées de blanc. » (Alfredo Arias dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 293) ; « Ces invertis évoluent dans des milieux très particuliers, dans la société snob des intellectuels drogués ou malades. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 9) ; « Si l’Occupation avait radicalement supprimé la progression de la drogue en France, elle y avait en revanche développé l’homosexualité. » (André Larue, Les Flics, 1969) ; etc. Le chemin de la drogue croise également celui de la transsexualité et de l’asexuation des intersexes : « Ce que je redoute le plus avec ce syndrome XXY, c’est que si je prends pas d’hormones, je deviens fou, un danger envers les autres et moi-même. » (Vincent Guillot, militant intersexe, dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018). Dans le film biographique « Girl » (2018) de Lukas Dhont, Lara/Victor, garçon trans M to F de 16 ans, passe son temps à ingérer des hormones ou bien à se faire piquer par les médecins. Il veut d’ailleurs augmenter les doses mais c’est trop dangereux pour sa santé.

 
 

b) Drogue comme moteur et symbole de l’homosexualité de circonstance ou de la bisexualité homophobe :

C’est parfois l’alcool ou la drogue qui révèlent une homosexualité. Celle-ci sera alors appelée « homosexualité de circonstance » ou « bisexualité » ou « homosexualité latente et refoulée », voire même « homophobie » (dans le cas où l’acte homosexuel, ou le désir homosexuel ne seront pas assumés). « Le camp, pour la plupart, dit Flaubert en parlant des mercenaires au service du général carthaginois Amilcar, remplaçait la patrie. Vivant sans famille, ils reportaient sur un compagnon leur besoin de tendresse, et l’on s’endormait côte à côte sous le même manteau, à la clarté des étoiles… » (Gustave Flaubert, Salammbô (1862), cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 230) ; « J’ai décidé il y a trois ans que je souffrais d’une maladie. On peut appeler ça l’alcoolisme, on peut appeler ça l’addiction sexuelle, comme vous voulez, mais j’ai cessé de nommer ça la fête. » (Pierre Palmade, le 16 août 2005) ; « Devant mon représentant, mes absences commencèrent à faire désordre. Je donnais l’impression de ne rien faire et d’être immensément riche. Ce qui, mal s’en fut, suscita d’énormes questions. Il pensait, en effet, que j’étais tombé dans une histoire de drogue. Le moyen le plus sûr était de l’ignorer totalement, lorsqu’il souhaitait faire ma chambre de fond en comble. Mais s’avouer homosexuel et, par-dessus le marché, se faire entretenir, n’était pas mieux non plus. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 115) ; « Ma mère passait la soirée chez la voisine. Elle rentrait ivre avec la voisine, elles se faisaient des blagues de lesbiennes ‘Je vais te bouffer la chatte ma salope. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 66) ; etc.

 

Par exemple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, un des témoins homosexuels, un papy fermier de 83 ans, compare le fait d’aimer le vin avec l’homosexualité. Allen Ginsberg, comme il le disait lui-même, a été entouré toute sa vie de drogués et de voleurs. Le dramaturge Jérôme Savary raconte les « Hasch and Acid Parties » qu’il a partagées l’été à Ibiza avec Copi, Hilcia, Martine Barrat. Pierre Bergé, quant à lui, a maintenu bien des amants sous sa coupe rien qu’en les entraînant dans l’alcool (le couturier Yves Saint-Laurent, le peintre Bernard Buffet, etc.).

 

Dans beaucoup de contextes sociaux, la drogue est l’instrument de l’initiation homosexuelle, une initiation plus forcée que libre, voulue involontaire. Elle pousse l’individu qui s’y adonne à s’oublier lui-même, à se laisser aller à la pulsion, à ne pas assumer ses actes homosexuels pour paradoxalement faciliter leur actualisation muette : « En ingurgitant whisky sur whisky, il tenait tant du désir ardent de me faire danser sur des pas de salsa ou de rumba. » (Berthrand Nguyen Matoko racontant comment il s’est fait draguer par celui qui le violera, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 65) ; « Je vais te fumer. » (un jeune homophobe de Gennevilliers s’adressant à Lyes, homosexuel, en menaçant de « le baiser », dans le reportage « Homo en banlieue : le combat de Lyes » de l’émission Envoyé Spécial, diffusé sur France 2, le 7 février 2019).

 
 

c) Le drogué homosexuel : nouveau prince charmant des artistes bobos

DROGUES 10 Winston

 

Même si la drogue détruit quand on en abuse, il est pourtant étonnant de voir bon nombre de créateurs homosexuels lui dérouler le tapis rouge, comme si elle était un filtre d’amour à elle seule, comme si elle avait le pouvoir de sublimer le marginal homosexuel (celui-ci deviendrait soudain grâce à elle « révolutionnaire », « sublime dans l’auto-destruction et la chute », « corrosif », « gênant », « original », « artiste d’avant-garde »), de créer/décupler son désir amoureux, sa créativité, ses sensations, de fortifier son couple. Ce n’est pas un hasard si le poppers a été élu universellement « Drogue homosexuelle » par excellence. Jadis énormément vendu dans les clubs et les établissements gay, il paraît qu’elle dilaterait l’anus et faciliterait donc la sodomie…

 

La drogue est présentée comme le symbole de l’insouciance et de la candeur adolescente, comme un amour underground original et chaviré, emprunt de nostalgie vintage. C’est pourquoi elle est ouvertement défendue par certains intellectuels homosexuels. « Certaines drogues sont vraiment importantes pour moi, parce qu’elles me permettent d’avoir accès à ces joies terriblement intenses que je recherche, et que je ne suis pas capable d’atteindre seul. » (Michel Foucault dans son interview avec Stephen Riggins, 1983) Par exemple, le poète argentin Néstor Perlongher écrivait souvent complètement défoncé.

 

Aux yeux de beaucoup de personnes droguées ou alcooliques, la tentation « facile » de la drogue est souvent innocentée ou idéalisée parce que, ce que celui qui lui cède sa liberté refuse de comprendre dans son cœur, c’est le possible mariage entre mal et plaisir. Il croit naïvement que là où il y a plaisir, forcément il y a bonté ! Bercé par ses bonnes intentions, il butte systématiquement sur ce syllogisme fallacieux dont il refuse de voir la vanité : « Le pouvoir de jouissance d’une perversion (en l’occurrence celle des deux H : homosexualité et haschisch) est toujours sous-estimé. La Loi, la Doxa, la Science ne veulent pas comprendre que la perversion, tout simplement, rend heureux ; ou, pour préciser davantage, elle produit un plus : je suis plus sensible, je suis plus perceptif, plus loquace, moins distrait, etc. – et dans ce plus vient se loger la différence… Dès lors, c’est une déesse, une figure invocable, une voie d’intercession… » (Roland Barthes parlant de sa « Déesse H », c’est-à-dire Homosexualité et Haschisch, dans son autobiographie Roland Barthes par Roland Barthes, 1975) Or, intellectuellement, tout le monde peut comprendre que le problème des drogues n’est que celui de la liberté humaine mal utilisée. Tout le monde peut rationnaliser que la conduite addictive a aussi son confort et ses bénéfices. L’enfer offre ses maigres compensations et ses délices aussi ; sinon, personne ne serait tenté d’y aller ! La débauche, la luxure, et la perversion fournissent la petite dose d’illusion de bonheur et d’amour qui aide à faire oublier un temps le malheur vers lequel elles nous entraînent. Mais reconnaître que ce ne sont pas en soi les drogues qui sont mauvaises, mais leur usage humain abusif, voire reconnaître que l’abus peut aussi « faire du bien », cela ne doit pas nous faire oublier que globalement et sur la durée, la perversion et la consommation de drogues ne rendent pas heureux, font plus de mal que de bien, et ce, universellement. La fin ne justifie pas l’abus des moyens.

 
 

d) L’abus de drogues comme miroir de l’ascétisme du frustré mal dans sa peau :

Comme pour mieux dire l’abus de drogues chez les personnes homosexuelles, ou bien leur homosexualité refoulée, ou même leur cyclothymie, on trouve parmi elles quelques ascètes anti-alcool et anti-plaisir (cf. je vous renvoie à la partie « Paradoxe du libertin » du code « Liaisons dangereuses », ainsi qu’au code « Obèses anorexiques », de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Un autre trait frappant des mœurs de cette génération des moins-de-vingt-ans était son goût prononcé, presque exclusif, pour les jus de fruits. […] Ils réclamaient au bar des verres d’eau, comme si l’ivresse leur était désagréable. […] Ils ne buvaient pas. Ils ne fumaient pas. Ils incarnaient l’image de l’homosexualité heureuse. » (Benoît Duteurtre, Gaieté parisienne (1996), pp. 55) ; « Je n’ai jamais été attiré par le tabac et jamais fumé. Cet aspect m’excluait inconsciemment du groupe. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 94) Mais cette aversion ne dure généralement pas longtemps. Certaines s’engouffrent d’autant plus excessivement dans la conduite addictive à l’âge adulte qu’elles se sont jadis réprimées de boire, de fumer, et de baiser. Le cours de leur désir homosexuel suit la courbe en dents de scie des effets « looping » de la drogue. Entre déni et consommation, on se sait pas lequel encourage le plus l’autre. Par exemple, Yves Saint-Laurent était très sobre question boisson (il ne buvait pas une goutte d’alcool) avant de devenir alcoolique.

 
 

e) Drogue et lesbianisme :

DROGUES 15 Lesbienne alco

 

Phénomène extrêmement peu étudié, et pourtant tellement signifiant : le lien entre drogue et lesbianisme ! Si on ouvre un peu les yeux, on retrouve dans notre entourage social beaucoup de femmes lesbiennes droguées, qui, pour certaines, se diront volontiers « bisexuelles », « hors milieu », ou « lesbiennes occasionnelles » : ce fut le cas de Gribouille, Yvonne George, Violette Leduc, Virgina Woolf, etc. « Je vis de drogue. Chaque soir, une prise. […] Ne méprise pas la drogue. » (Anne-Marie Schwarzenbach, La Vallée heureuse, 1939) Par exemple, l’écrivaine nord-américaine Carson McCullers buvait à certaines périodes de sa vie une bouteille de cognac par jour ! Lors de la présentation de son roman Le Contenu du silence le 12 juin 2012 à la Galerie Dazelle à Paris, la romancière espagnole bisexuelle Lucía Etxebarría avoue qu’elle a énormément bu à une période de sa vie. Le monde lesbien s’inspire à foison des drogues pour se nommer lui-même : cf. le groupe musical Lesbians On Ecstasy, la revue lesbienne Barbiturik, etc.

 

Un certain nombre de mes amies lesbiennes reconnaissent que le phénomène de l’alcoolisme est particulièrement accru dans leurs cercles relationnels spécifiquement saphiques. Cela n’est pas démenti par l’essayiste Paula Dumont : « Certaines femmes auraient trop bu et le climat du séjour s’en serait ressenti. » (Caroline dans l’autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010) de Paula Dumont, p. 241) Par exemple, l’établissement Le Pulp (boîte de nuit lesbienne à Paris) a connu des soirées avec « de mémorables tabassages entre lesbiennes soûles » (cf. la revue Têtu, n°127, novembre 2007, p. 110). Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, on découvre que la Reine Christine, pseudo « lesbienne », a bu une fois toutes les gouttes de rosée cachées par sa mère.

 
 

f) La drogue : le masque et le révélateur du viol

Même s’il n’y a aucun lien de causalité, ni de liens essentialistes, à faire entre homosexualité et drogues (toutes les personnes homosexuelles ne sont pas alcooliques ni toxicos ni dépendantes des drogues ; moi, par exemple, je n’aime pas boire de vins ni d’alcool, et je n’ai jamais touché à une cigarette de ma vie !), force est pourtant de constater que l’Histoire humaine les a parfois réunis, et que cela a un sens (Quand on est drogué, on est plus susceptible d’être violé ou de violer). Par exemple, les premières personnes touchées par le Sida dans les années 1980 ont été les personnes homosexuelles, prostituées et droguées. Cela s’explique. Le mode de vie homosexuelle a tendance à s’orienter vers les conduites à risque et à la fuite de soi et du Réel, généralement parce qu’il y a un évitement de souffrance et une violence recherchée. Le désir homosexuel, par le manque de désir et la haine de soi dont il est signe, par sa faiblesse, invite, quand il s’actualise, à la mauvaise compensation, donc notamment à la consommation de drogues. Homosexualité et abus de drogue ont un point commun : ils se manifestent dans des contextes où la liberté humaine est mise à mal, où l’homophobie et la peur de soi/des autres battent leur plein. « Par peur d’être catalogués, les homosexuels [antillais] sortaient uniquement à la tombée de la nuit (pareil à des chauves-souris) pendant que les voyous et les drogués squattaient en permanence les lieux. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, Un Fils différent (2011), p. 188)

 

Qu’on le veuille ou non, l’abus de drogues est toujours le paravent et le signe, dans la vie de quelqu’un, d’un cruel manque d’amour, du mépris de soi, du divorce, du viol, de l’inceste, de la mutilation corporelle (particulièrement chez les personnes transsexuelles qui s’obligent à se piquer aux hormones régulièrement), d’une guerre, d’une épidémie ou d’une catastrophe. La drogue, censé désinhiber, a parfois poussé certaines personnes homosexuelles à violer ou à être violées parce qu’elles se trouvaient en faiblesse après avoir consommé de l’alcool ou des stupéfiants : « Me déshabillant avec une lenteur provoquée par les effets de l’alcool qui ne m’avantageaient guère, je me demandais ce que je faisais là. » (Berthrand Nguyen Matoko racontant comment il s’est fait violer, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 67)

 
 

g) Trois drogues plus dangereuses encore que les drogues connues : la tendresse, le sentiment et la bonne intention

DROGUES 11 Loverdose

 

Plus encore que les drogues dites « classiques » (tabac, alcool, héroïne, cocaïne, loisirs, musique, télé, Internet, cinéma, etc.), ce sont les choses qui restent bonnes quand on n’en abuse pas (sexe, tendresse, massage, boisson, nourriture, sincérité, etc.) mais qui deviennent terriblement oppressantes et enfermantes quand on en abuse et qu’on les utilise pour gommer le Réel, qui rendent l’individu homosexuel le plus esclave des autres (ses amants) et surtout de lui-même.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles consomment de la tendresse comme elles se masturb(erai)ent : de manière trop compulsive, avide, puérile, et frénétique pour être tendre et libre, finalement (cf. je vous renvoie au code « Douceur-poignard » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Elles veulent compenser le manque d’amour reçu durant leur enfance par une quête désespérée de tendresse à l’âge adulte : « Mon maître d’école fit remarquer à mes parents que je souffrais d’un manque d’affection et de tendresse qui démontrait à ses yeux, l’évolution d’une personnalité renfermée, amère, et presque sauvage. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 21) ; « Des liens de rivalité et de dépendance, des uns par rapport aux autres, s’installèrent par la suite. Nous étions en fait des assoiffés du renouveau et du sexe, même si nos mœurs nous obligeaient à une pseudo convivialité. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant de ses « potes de sexe », op. cit., p. 141) ; etc.

 

L’obsession pour le sexe (dans le sens de « coït génital ») et la compulsion semblent des caractéristiques des désirs homosexuels (et hétérosexuels !). « Et surtout, je ne pense qu’au sexe. » (Peter Gehardt, ironique, dans son documentaire « Homo et alors ?!? », 2015) Le sexe sert d’opium de beaucoup de couples homos : « Tais-toi et baisons. » (Laurent s’adressant à son copain André dans le docu-fiction « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; « Le sexe, c’était une jolie compensation. » (idem) ; « Je veux de la douceur, j’veux de la tendresse. » (cf. Liane Foly envisageant ponctuellement une relation lesbienne, dans le medley « La Lampe magique » du concert des Enfoirés 2009) ; « Vivre sans tendresse on ne le pourrait pas. Non non non non, on ne le pourrait pas. » (personne intersexe qui se fait appeler « M », et chantant une chanson à la guitare, dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018) ; etc.

 

Assurément, selon moi, la tendresse a toujours été et restera la drogue la plus consommée par le public homosexuel. Elle cache en général des pratiques beaucoup moins poétiques : consommation, domination-soumission, prostitution, viol (pardon… « réconciliations forcées sur l’oreiller »…), dépression, chantage aux sentiments, abnégation, oubli de soi, etc. Comme l’écrit à juste raison Tony Anatrella dans son essai Le Règne de Narcisse (2005), « la drogue est la négation de son corps et la fuite de son espace intérieur. » (p. 19) Quand on n’a plus de désir et qu’on fuit son corps, quand on ne trouve plus le Sens à son existence, il est logique qu’on se rue sur leurs caricatures : les bonnes intentions, les sens, les massages, la recherche de tendresse. J’ai appris par exemple que dans certaines « Universités d’été » LGBT organisées en France, avait été aménagé un « Coin spécial câlins » pour les vacanciers qui voulaient recevoir de l’affection, de la sensation, des papouilles… à défaut d’Amour (C’est moi, ou c’est la grosse misère… ?). Une grande majorité de personnes homosexuelles cèdent à leurs pulsions homosexuelles, s’enchaînent à une vie de couple confortable-mais-fade, ou « se casent » avec leur partenaire sexuel par défaillance, uniquement par peur d’être « en manque » de tendresse : « On ne peut pas être héroïque tous les jours et moi aussi j’avais trop besoin de ce que je trouvais auprès d’elle, tendresse, douceur, sensualité. » (Paula Dumont dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 161) ; « Pour être claire, tout au long de mon existence, j’ai rêvé avant tout d’une amie, c’est-à-dire une femme avec qui j’ai des affinités, auprès de qui je me sens dans un climat de confiance, de réconfort et de tendresse. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 101) ; « Malgré moi, j’ai éprouvé le besoin irrépressible de retourner au sauna […]. Ces rapports glauques m’attiraient et m’excitaient. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 46); « Julien a dormi avec moi la nuit dernière, dans mon lit. J’ai cédé. Il me l’a demandé avec tant d’insistance, de câlinerie, que j’ai cédé, comme on cède à un enfant gâté. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 14) ; « Je dois te préciser, chère amie, que ce genre de recherche hasardeuse et de fougue ne me plaisait guère. La ‘drague’ n’était pas une drogue pour moi, mais une nécessité. » (Denis Daniel, Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 81) Les désastres de la sincérité asexualisante et désincarnée (je dis « asexualisante » car les premières personnes à succomber à la drogue de la tendresse sont celles qui justement soutiendront que dans l’amour homosexuel, le sexe a très peu d’importance par rapport à la beauté des sentiments et de la sensualité platonique !) sont énormes parmi les personnes homosexuelles. Le seul remède que je leur propose pour sortir de ce pétrin, c’est le retour au Réel.

 
 

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