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Film « Au premier regard » : la cécité inattendue de Daniel Ribeiro

1 – Au Royaume des Aveugles, les Borgnes (homosexuels) sont Rois !

 

AU 1er REGARD baiser

Gabriel, Léo… et les petits oiseaux


 

Pour ceux qui iront voir ce film, je vous suggère ce petit exercice tout bête : vous écouterez, vers la fin du long métrage, la bande-son qui a été choisie pour illustrer le long et langoureux baiser entre les deux héros Gabriel et Leonardo. Il n’y a aucun violon, mais juste des petits gazouillis d’oiseaux tout mignons. Je vous jure que c’est vrai et que la démarche a été sincère ! Les petits zoziaux pendant le baiser final. Voilà. C’est ça que le monde gay friendly va, pendant quelques semaines voire quelques années, applaudir et trouver « magnifique », « profond », « nouveau », « pur ». Cuculand va encore remporter une nouvelle victoire. Et les rares voyants vont se trouver encore plus seuls à voir ! (Soupir)

 

 

À peine sorti en salles en France (48 heures, pour être précis) et dans une vingtaine de pays, la critique s’enflamme déjà pour le tout nouveau film brésilien « Au premier regard » de Daniel Ribeiro, traduction de «  Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » = « Aujourd’hui, je ne veux pas rentrer seul » (Rien à voir avec la chanson « J’veux pas rentrer chez moi seule » du groupe Regrets des années 1980 … quoique… en y réfléchissant bien, si : ce film reproduit exactement en filigrane la revendication immature de la lolita pré-pubère, à la drague osée mais idéalisée, policée et pas du tout assumée… Daniel Ribeiro, à son insu, est l’exemple-type du militant homo nouvelle génération, qui se présente comme « homo mais pas gay » pour ne pas avoir à questionner sa propre pratique homosexuelle).

 

 

« Au premier regard » est un film qui est déjà primé au Teddy Awards. Et les appréciations dithyrambiques des premiers spectateurs fusent. De quoi parlent les critiques qui n’analysent pas ce film et qui ne comprennent pas pourquoi ils l’aiment tant ? Ben « de l’Amour », pardi ! Ils n’ont que ça en bouche : les intentions plutôt que les faits. Ils glosent sur la « pudeur », le « soleil », la « pureté », la « sobriété », l’« innocence », la « poésie », la « fraîcheur », la prétendue gratuité de la démarche de Ribeiro et l’absence de didactisme. Le discours sur l’Amour, c’est facile, c’est passe-partout et c’est difficilement critiquable. Plutôt que d’argumenter longuement, plutôt que de parler de ce qui a été vu à l’image et de son sens, mieux vaut s’attacher aux bonnes intentions qu’on veut lui prêter, mieux vaut s’extasier comme des midinettes bobos anti-milieu-gay face à un « Amour universel ». « Au Premier Regard’ est un film touchant et très important pour notre cinéma national. Principalement en faisant de l’Amour l’unique drapeau qui doit exister entre deux personnes. » (un journaliste brésilien en conclusion de son article).

 

AU 1ER REGARD soleil

 

Et comment peut-il en être autrement ? Ce film est d’une poésie et d’une naïveté objectivement agréables, efficaces, confondantes. À tel point que certains pourraient le juger scolarisable ! Pas d’image choquante. Une jolie romance qui finit bien, qui en apparence n’impose pas ses messages : elle nous est présentée comme une histoire d’amour singulière qui se trouve concerner deux garçons, « mais qui aurait tout aussi bien pu concerner un garçon et une fille : PEU IMPORTE ! La différence des sexes, on s’en fout : l’important, c’est l’Amûûûr. » Ce film est un étalage de bons sentiments, de jolies musiques (violons, guitares), de jolies cartes postales (avec la Nature, les belles lumières, les rires, la danse, la lune, les vacances, les oiseaux, les sensations d’un aveugle et celles d’un voyant qui apprend à rentrer dans la perception inconnue de son amant, etc.), de gentils messages universels appris et rebattus. Bref, une imitation réchauffée des morales attribuées au Petit Prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. » ; « Les véritables aveugles sont en réalité les voyants… et les voyants les mal-voyants. » ; « L’important, c’est d’aimer l’autre, dans sa fragilité, dans sa différence, tel qu’il est. » ; blabla blabla.

 


 

Derrière cette guimauve dégoulinante et imparable se trouve en réalité l’idéologie sentimentaliste et anti-naturaliste LGBT qui stipule que le corps sexué n’a que peu d’importance, que nous serions tous des anges asexués libres d’aimer qui nous voulons à partir du moment où nous obéirions à nos sentiments et à notre ressenti individuel. À travers ce type de films, on nous laisse croire (à tort) que la débauche de sensations – et de leurs mises en scène – va pallier à l’éjection de la différence des sexes, éjection qui reste pourtant objectivement violente puisque la différence des sexes est le socle de notre existence à tous et, si elle est librement accueillie, le roc qui nous permet d’aimer au mieux, pleinement et durablement, et de respecter les amitiés même entre personnes de même sexe.

 
 

2 – Au milieu de ce bal de sensations et de mièvreries, comment s’y retrouver ? Comment garder les pieds sur Terre et son sens critique ?

 

Déjà en comprenant une chose très importante (peut-être la plus importante) : qu’en dépit des apparences, « Au premier regard » n’est pas un film sur l’homosexualité, et encore moins sur la vie de couple homo (qu’on ne voit jamais, d’ailleurs). Il est juste un portrait des soubresauts de l’attrait homo-érotique qui peuvent exister dans toute amitié adolescente forte. « Au premier regard » a totalement aplati, déproblématisé l’homosexualité. Sur ce point, certains critiques – et le réalisateur lui-même – ne pourront pas me contredire, puisqu’ils ont planifié sciemment de ne pas traiter du sujet : « Daniel Ribeiro donne à voir un spectacle pas si commun, où l’homosexualité vomie actuellement par les intégristes et arriérés en tous genres n’est jamais un problème, jamais remise en question. À la façon du new new queer cinéma, elle est au centre de l’histoire sans jamais en être l’enjeu premier. Leonardo, aveugle et gay, veut être indépendant, et savoir si Gabriel éprouve des sentiments pour lui. L’histoire est toute simple mais Daniel Ribeiro la raconte avec une fraîcheur et une énergie positive totalement enthousiasmantes. » (Nicolas Bardot sur Film de culte)

 

Film "Beautiful Thing" d'Hettie McDonald

Film « Beautiful Thing » d’Hettie McDonald

Film "Au premier regard" de Daniel Ribeiro

Film « Au premier regard » de Daniel Ribeiro

 

Le lissage de la problématique de l’homosexualité ravit bien sûr ceux qui rêvent de films bulldozer ou de films rouleau-compresseur-à-fachos-et-à-clichés-homo-érotiques-négatifs : « Dans cet euphorisant premier long métrage, rien n’est dramatique. La bienveillance colorée dont fait preuve Ribeiro rappelle l’énergie positive de ‘Beautiful Thing’ qu’il a regardé quand il avait lui-même 16 ans avec son petit ami de l’époque. Le film parvient à trouver l’équilibre parfait pour être positif sans être ravi de la crèche, doux sans être mièvre. La finesse d’écriture lui permet de ne guère s’embarrasser d’antagoniste et de rendre ses personnages extrêmement attachants. » (Nicolas Bardot, idem)

 

AU 1ER REGARD fuck

 

D’autre part, nous arriverons à démêler le vrai du faux par rapport à ce type de films gay friendly « touchants » en acceptant d’être un peu touché émotionnellement par eux. Parce que c’est logique d’être ému. C’est humain. Et je l’avoue : mon corps, mes sens et une part de mon cœur ont vraiment aimé « Au premier regard ». Mais la plus grande part de mon cœur – celle qui est attachée à l’Amour autant qu’à la Vérité et à la Réalité – ne l’a pas aimé. Qui a dit que les films de propagande étaient tous mal faits, incapables de nous toucher, et désagréables ? Au contraire : l’alliance réussie de la séduction et de la qualité au service d’un message faux, c’est la définition même du film de propagande. Reconnaître que nous avons été touchés en plein cœur ne peut que nous permettre de mieux comprendre avec distance ce qui a fait que ce genre de films marche et parvient à rouler un aussi grand nombre de gens dans la farine au point d’être proclamé « Succès de l’Année au Box-Office », « Patrimoine Mondial Cinématographique de l’Humanité ».

 

Ne perdons pas de vue que le projet du réalisateur Daniel Ribeiro, c’est clairement de donner à ses fantasmes amoureux et identitaires homosexuels irréalistes (irréalistes puisqu’ils fuient la différence des sexes) forme humaine, réaliste, positive, anodine et invisible : « Créer un film résolument positif était l’un de mes objectifs. On a vu tellement de récits d’apprentissage ou de coming out où les choses se finissent mal, et ils ont un impact important parce qu’ils font le portrait d’une réalité à laquelle beaucoup de jeunes gays doivent faire face. Mais je pense qu’il y a également le besoin de créer un portrait optimiste avec un aboutissement heureux pour un ado gay tombant amoureux pour la première fois. Il y a une quinzaine d’années, quand j’avais 16 ans, ce que je voulais voir c’était des personnages gays décrits de façon positive parce que ce qui m’intéressait au cinéma c’était de voir des personnages dans lesquels je pouvais me reconnaitre. L’exception étant ‘Beautiful Thing’, qui parvenait à montrer qu’être gay, c’était possible. » (Daniel Ribeiro, entretien réalisé le 23 juin 2014) Le postulat de base du film est par conséquent fondamentalement mensonger. Même si ça ne se voit pas « au premier regard », justement (mais au deuxième, troisième…) ! Même si ce film est pétri de bonnes intentions. Gardons la réalité de l’imposture initiale en mémoire. Et ainsi, nous verrons très vite s’éclairer petit à petit les incohérences ou les messages subliminaux que contient ce film « innocent ». Car ils sont nombreux !

 
 

3 – Le handicap : l’alibi – idéal mais malhonnête – de l’homosexualité

 

Ce qui est très gênant dans « Au premier regard », parce que l’analogie entre les deux me parait totalement abusive, c’est que l’homosexualité est mise sur le même plan que le handicap. Implicitement, Ribeiro laisse entendre que l’amour homosexuel serait aussi fort et légitime que l’amour pour les personnes handicapées, ou bien que la réalité du handicap serait identique à celle de l’identité/amour homosexuel-le.

 

Ce film est le fruit d’une projection abusive sur une réalité – la cécité couplée d’homosexualité – qui est très exceptionnelle et qui me semble virtuelle (même si elle est bien-intentionnée). Encore à ce jour, je n’ai jamais rencontré de personnes homosexuelles qui soient aveugles de naissance, et je me suis toujours demandé comment un individu aveugle pouvait devenir/être homosexuel, puisque l’homosexualité est suscitée principalement par la vue (plus que par le toucher), par le cinéma, par la projection fantasmatique sur des photos de magazines, par la jalousie vis à vis de l’homme-objet ou de la femme-objet cinématographiques. Si jamais mon constat était erroné, je m’excuse à l’avance des personnes aveugles de naissance ET homosexuelles qui m’entendraient ; et je demande à rencontrer illico des personnes homosexuelles aveugles dont l’homosexualité n’aurait pas été stimulée par la connaissance de films érotiques ou pornos, ou par la mémoire sensitive d’un viol corporel. Car en effet, je crois qu’elles n’existent pas. Je ne doute pas que les personnes aveugles de naissance aient une idée (belle !) de ce qu’est la beauté (quoique cette perception a sûrement ses particularités bien spécifiques et minoritaires : d’ailleurs, pendant le film, le personnage de Léo demande à un moment donné à sa meilleure amie Giovanna s’il est physiquement beau… parce qu’il n’a aucune idée des critères de beauté du monde visuel des personnes valides). Je ne doute pas non plus que les personnes aveugles ont également une génitalité et qu’elles ressentent des sentiments d’amour vrais. Mais je ne crois pas que cette beauté, cet amour, cet univers fantasmatique et cette activité génitale qu’elles vivent obéissent aux mêmes critères que les personnes qui voient avec leurs yeux. Je ne crois pas que ces critères soient homosexualisables ou transposables à l’identique sur n’importe quelle relation humaine à deux. Projeter sur les personnes non-voyantes des fantasmes d’hommes voyants (et qui plus est, des fantasmes inhumains, car rejeter la différence des sexes qui nous a fait tous naître, relève de l’inhumanité angéliste), c’est malhonnête, c’est mal les connaître ELLES, c’est utiliser leur cécité à des fins romantico-individualistes, c’est exploiter la fragilité des autres. Personnellement, je trouve cela choquant.

 

Je comprends bien que l’innocence de la cécité (une réalité subie : d’ailleurs, de surcroît dans le film, Léo est aveugle de naissance) confère du naturel, de la simplicité, de l’empathie, de l’émotion et de la tendresse à l’homosexualité. Or l’homosexualité, on ne sait pas si elle est subie ou non. On ne sait pas si c’est un fait de nature ou de culture. Comme le handicap, elle est bien le signe d’une anomalie (une personne ne fuit pas la différence des sexes sans raisons ; et une personne ne devient pas handicapée s’il n’y a pas eu à l’origine une erreur dans son processus de développement : je me permets de reprendre les mots justes de Jean-Baptiste Hibon, père de famille et homme handicapé IMC – Infirme Moteur Cérébral – qui insiste pour que le handicap soit bien défini comme une « erreur »). Mais l’homosexualité touche à l’identité sexuée, à la génitalité et à la sexualité bien plus profondément que le handicap physique, qui lui ne remet pas en cause la différence des sexes ni la sexualité. Donc moralement et concrètement, c’est difficile de mettre sur le même plan le handicap physique et l’homosexualité. Le handicap possède une innocence (parce que la plupart du temps il s’impose à la personne qui le porte) que l’homosexualité n’a pas (certaines homosexualités sont des choix, voire des mauvaises actions). L’homosexualité est tout sauf innocente : le rejet de la différence des sexes qu’elle illustre est signe de souffrances et, si celles-ci ne sont pas identifiées, moteur de violences.

 

Il y a derrière cette analogie compassionnelle entre homosexualité et handicap une volonté de mettre la pratique homosexuelle à l’abri de la responsabilité, de l’analyse, de la liberté, du jugement, et d’entourer l’homosexualité du doux manteau de la solidarité. Car qui, humainement, peut être contre l’existence d’un handicap ou contre les personnes handicapées ? À travers cette réalité du handicap et de la relation d’amitié avec la personne handicapée, Daniel Ribeiro a la malhonnêteté de nourrir deux amalgames fâcheux : d’une part l’amalgame entre l’amitié et l’amour (qui sont pourtant des réalités relationnelles bien distinctes) et d’autre part l’amalgame entre la personne et le désir/l’amour/la pratique homosexuels qu’elle peut vivre (or une personne humaine ne se définit par le désir sexuel qu’elle ressent, ni par l’acte sexuel qu’elle pose, ni par le « couple » homosexuel qu’elle composerait).

 

Il n’est pas juste qu’un film comme « Au premier regard » instrumentalise la pureté de l’adolescence, l’empathie face à la fragilité qu’est le handicap, pour justifier d’un amour ambigu (= le « couple » homo) qui, contrairement au handicap, n’est pas un fait physique : il n’existe pas de corps homosexuel (alors qu’il existe un corps handicapé, diagnosticable comme tel). L’homosexualité est prioritairement un fait désirant, bien avant de se manifester par une réalité corporelle.

 

AU 1ER REGARD handicapé morgan_gay_film

Film « Morgan » de Mickael Akers


 

Comme les films de blacksplotation (qui n’hésitent pas à marier le Gay Power au Black Power, l’anti-homophobie à l’anti-racisme, pour servir leurs propres intérêts), on peut constater actuellement que certains réalisateurs pro-gays surfent sur la vague victimiaire du handicap pour donner corps à leurs propres fantasmes amoureux : cf. le film « Morgan » (2012) de Mickael Akers, le film « Chip et Ovi » (2008) de Panagiotis Evangelidis, le film « Ex Drummer » (2007) de Koen Mortier, le roman L’Amour en relief (1982) de Guy Hocquenghem (racontant le charme « typique » et attachant d’un jeune Tunisien aveugle qui ne devine rien de la grâce qu’il dégage), le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay (avec Rob, l’amant homosexuel aveugle), etc.

 

La juxtaposition cinématographique d’un mal et de l’homosexualité est une recette qui marche de plus en plus car elle repose sur un chantage aux sentiments et des réalités humaines douloureuses qu’il est extrêmement difficile de cautionner. Tout comme le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure exploitait la difficulté du coming out pour justifier le « couple » homo, tout comme le film « Les Joies de la famille » (2008) d’Ella Lemhagen exploitait le malheur de l’orphelin pour justifier la « beauté » de l’adoption « homoparentale », tout comme le film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie MacDonald exploitait le malheur de la précarité et du chômage pour dépeindre une idylle amoureuse homosexuelle, tout comme le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears exploitait le malheur de la xénophobie pour justifier la force de l’« amour » homo, tout comme le film « Loin du Paradis » (2002) de Todd Haynes exploitait le malheur du racisme pour justifier la « véracité » de l’« identité homosexuelle », tout comme le films « Love ! Valour ! Compassion ! » (1997) de Joe Mantello exploitait sincèrement le malheur du Sida pour justifier les « couples » homos, tout comme le film « Tom Boy » (2011) de Céline Sciamma exploitait le « malheur » de l’adolescence et de sa soi-disant « cruauté » pour justifier la schizophrénie transidentitaire d’une adolescente, tout comme le film « Comme les autres » (2008) de Vincent Garenq exploitait le malheur de la stérilité pour justifier la Gestation Pour Autrui (= les mères porteuses), tout comme le téléfilm « Un Amour à taire » (2005) de Christian Faure exploitait le malheur de la guerre pour justifier la force de l’histoire d’« amour » homo, tout comme le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald exploitait le malheur de la vieillesse et de la mort pour prouver la beauté du « couple » homo, tout comme le film « Harvey Milk » (2008) de Gus Van Sant exploitait le malheur de l’homicide et de la folie meurtrière pour justifier le courage du militantisme LGBT, tout comme le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenn Ficarra exploitait le malheur de la prison pour démontrer la puissance de l’amour entre deux hommes, tout comme le film « Week-end » (2011) d’Andrew Haigh exploitait le désespoir amoureux pour justifier la « beauté » des « plans cul », tout comme le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2005) d’Ang Lee exploitait le malheur de l’homophobie intériorisée pour rappeler l’urgence du coming out, le film « Au premier regard » utilise également le handicap pour nous faire signer aveuglément le certificat d’« amour » décerné à la relation d’amitié entre deux adolescents. Désolé, mais chez moi, ça ne prend pas.

 

Clou du spectacle et du chantage aux sentiments : Daniel Ribeiro a mis en place dans son film une méthode très classique pour redorer le blason de l’homosexualité à peu de frais : la composition de la caricature des « hétéros ». C’est une astuce très répandue actuellement : pour neutraliser les critiques sur l’« amour » homosexuel, beaucoup de réalisateurs homosexuels ou gay friendly extériorisent systématiquement les problèmes des « couples » homos sur cette espèce cinématographique odieuse que composent « les hétérosexuels » (et nous avons de sacrés spécimens de « beaufs hétéros » dans « Au premier regard » : la mère de Léo, Karina, Giovanna, et bien évidemment Fábio et ses copains). Grâce à ces monstrueux « hétéros homophobes », les cinéastes pro-gays font passer les limites et les fragilités des « couples » homos réels pour un processus purement circonstanciel et extérieur : si les unions homosexuelles n’arrivent pas à perdurer et à satisfaire, ce serait uniquement parce que la société ne les encouragerait pas, et qu’elles seraient empêchées par la cruauté gratuite des Hommes (… et surtout des hommes : les mâââles).

 

AU 1ER REGARD méchants mecs

 

Quand nous voyons des films traitant de l’homosexualité et choisissant pour toile de fond des événements terribles venant détruire une romance homosexuelle présentée comme idyllique, nous avons tous envie de dire à la fin de la projection que la spectaculaire catastrophe ou l’agression extérieure rendent les unions homosexuelles, sinon idéales, du moins justifiables, même si dans les faits, ces films sont bien éloignés de la réalité quotidienne des « couples » homosexuels de chair et d’os. Qui peut essayer de comprendre avec un certain détachement les mécanismes de l’homophobie, après avoir vu un tel carnage d’« amour » construit sur pellicule ? Qui peut paraître humain de remettre en cause une image d’Épinal de l’« amour » homosexuel contrebalancée par une violence visuelle assurément percutante, mais ô combien exagérée ? Difficile, par exemple, de ne pas avoir le cœur brisé en voyant sur les écrans le désarroi du mari de Cathy Whitaker dans le film « Loin du Paradis » (2002) de Todd Haynes, homme qui n’arrive résolument pas à réprimer ses penchants homosexuels malgré toute la bonne volonté du monde, ou de ressortir du visionnage du « Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee en affirmant la bouche en cœur que l’« amour » homosexuel n’est pas réel et merveilleux, même si nous l’avons vu entravé. Qui peut humainement se réjouir de voir dans le film « Au premier regard » de Daniel Ribeiro l’humiliation que des camarades de classe font subir à un aveugle innocent et avide d’amour (cf. l’épisode du « jeu de la bouteille » proposé par le méchant Fábio lors de la fête chez Karina : au moment où Léo s’apprête à croire qu’il embrasse une fille, on lui présente un chien) ? Personne ! Vraiment personne !

 

Mais, je vous le demande, est-ce que l’Amour ne se manifeste que dans les cas extrêmes où la liberté humaine se rapproche de la nullité ? À travers de tels films, les réalisateurs homosexuels sont plutôt en train d’enfermer l’Amour dans un cadre déterministe et fataliste. Ils valident par un regard orienté vers des situations particulièrement dramatiques une vision de l’existence humaine et de l’Amour très négative. Ils énoncent que l’Homme n’est que rarement libre et heureux, et que c’est cela sa vérité d’amour. Comment peuvent-ils espérer ensuite que leur défense du désir homosexuel apparaisse aux yeux de la société comme aimante ?

 

Il semble paradoxal de prouver l’Amour par son contraire. Face à ce nouveau type de « films choc » (qui, soit dit en passant, dans leur formule, ne s’opposent pas aux comédies sentimentales et enjouées de l’homosexualité), nous sommes pris entre l’extrême compassion et la méfiance de l’émotionnel, si bien travaillé par le cinéma. Au fond, la révolte et l’empathie ne sont que des effets recherchés par ceux qui créent le mythe du couple télégénique homosexuel heureux pour masquer la réalité d’une union beaucoup moins rose dans les faits. Ils universalisent, en quelque sorte, un méfait opéré sur un personnage télévisuel homosexuel vivant un scénario-catastrophe, pour ensuite justifier leurs utopies personnelles et des revendications concernant la communauté gay très discutables dans la réalité concrète. L’injustice filmée ne laisse pas de marbre, c’est sûr. Mais il y a une sorte de malhonnêteté intellectuelle à traiter de l’homosexualité avec d’autres thèmes qui lui sont liés mais non de manière causale (par exemple la folie meurtrière des camps de concentration, le déferlement incontrôlé de l’homophobie dans certains milieux sociaux culturellement pauvres, une agressivité familiale exacerbée, l’émergence inopinée du Sida, le handicap visuel, etc.).

 

Ne nous laissons donc pas déborder par nos émotions : écoutons la Réalité, qui est bien meilleure conseillère. En effet, comme humainement et éthiquement nous ne pouvons pas cautionner la haine et le mépris, nous sommes encouragés à signer sans réfléchir à des versions idylliques et victimisantes de l’« amour » homosexuel. Réveillons-nous. Le couple homosexuel n’est pas le couple homosexuel cinématographique.

 
 

4 – Les incohérences du scénario pas si anodines :

 

Est-il besoin de le rappeler ? Je crois que oui, malheureusement : le « couple » Léo/Gabriel du film « Au premier regard », tout vraisemblable et touchant qu’il est effectivement à l’écran, est un couple scénarisé, fictionnel, construit de toutes pièces, irréel.

 

À y regarder de plus près, il est facile de relever dans l’œuvre de Daniel Ribeiro les nombreuses incohérences et irréalités qui prouvent que ce long-métrage est un film idéologique, malhonnête. Un film de propagande.

 

AU 1ER REGARD Cruauté

 

Par exemple, la cruauté des camarades de Léo est totalement irréaliste et ahurissante. Non seulement parce qu’elle est improbable (je n’ai jamais vu, dans mon vécu d’élève ni de toute ma carrière de prof, d’élève aveugle se faire lyncher par ses camarades de classe. Y compris en ZEP ! Dans le monde réel, les élèves lycéens handicapés ou aveugles sont au pire isolés et ignorés de leurs copains, au mieux chouchoutés. Même dans des contextes scolaires hostiles) mais qu’en plus elle est motivée par une idéologie derrière : idéologie qui diabolise les adolescents et les hommes, idéologie qui célèbre les femmes et l’asexualisation des rapports humains. En effet, l’ignominie des lycéens dans « Au premier regard » est censée rehausser l’injustice homophobe et la réparation de celle-ci par l’acte homosexuel merveilleux et vainqueur final. Daniel Ribeiro met en place, mine de rien, une dramaturgie manichéenne, où les méchants sont très méchants, et les gentils très gentils. Mais ce n’est pas ça, le Réel ! Ce n’est pas ça, la jeunesse ! Et ça n’a pas à le devenir.

 

Les gentils bobos (avec leurs jolies guirlandes électriques)

Les gentils bobos (… avec leurs jolies guirlandes électriques!)

AU 1ER REGARD les crès méchants

Les crès crès méchants hétéros homophobes


 

Autres types d’incohérences, cette fois d’un point de vue thématique : il y a des faits attribués à l’homosexualité ou au monde du handicap qui me paraissent totalement erronés. Un mec homo qui a une super relation avec son père, et qui prend plaisir à se faire raser – alors qu’il n’a même pas un poil de barbe – par lui ? Jamais vu dans le réel. Une famille qui s’oppose à ce que son fils aveugle parte en programme d’études à l’étranger ? Jamais vu dans le réel (Au contraire, ces familles classe moyenne poussent à fond, en général). Le gars aveugle du lycée qui est entourée de la fille à pédé canon et du plus beau gars du lycée, ce n’est pas réaliste, malheureusement. Le mec aveugle canon – joué par un acteur qui n’est pas aveugle –, non plus… même s’il joue très bien l’aveugle, et que toutes les personnes aveugles ne sont pas des laiderons.

 

De même, concernant spécifiquement l’homosexualité, comme je le soulignais en début d’article, dans ce film, l’acte homo est totalement banalisé, déproblématisé, vidé de désir, de possessivité, d’impatience et d’envie, super bien vécu. Léo ne doute jamais de son homosexualité. Il ne semble même pas la découvrir. Tout semble couler de source pour lui, se faire sans vague (à part avec le semblant de rêve éveillé qu’il expérimente pendant la nuit, et qui le trouble à peine). Ribeiro donnerait presque à croire que la personne aveugle est un pantin. Léo se fait embrasser sur la bouche ? Ça ne lui fait ni chaud ni froid ; il se contente d’être étonné (je n’ai jamais vu ce genre de réactions dans le réel). Tout de suite après la soirée du baiser, son copain ne lui adresse plus la parole et se tient à distance ? Ça ne lui fait toujours rien ! Et après avoir reçu son baiser, ou après avoir entendu Gabriel le désavouer, n’importe qui de normalement constitué aurait été ravagé de chagrin. Léo, lui, non. Il prend tout bien. Il dit calmement à Giovanna qu’il est amoureux d’un garçon et qu’il s’agit de Gabriel (sans craindre les foudres de LA jalouse de l’histoire). Il ne se révolte jamais. Dans le bus, il voit arriver Gabriel et Karina, soupçonnés d’avoir flirté ensemble. Mais quand il sent Gabriel l’effleurer pour aller dans le fond du bus avec « les cools », il n’affiche aucune tristesse (encore une fois, réaction super réaliste… La cécité a bon dos !). Magiquement, en présence de Gabriel, Léo fait tomber toutes ses barrières (danser, prendre sa douche, être à poil face à un autre, boire, aller en soirée, jouer à des jeux débiles, etc.) : c’est peut-être beau, mais c’est de la science-fiction.

 

AU 1ER REGARD Douche

 

Idem du côté de Gabriel. Le personnage ne présente aucun tiraillement intérieurs par rapport à l’homosexualité. Même quand il est troublé physiquement par Léo sous la douche, il n’a pas peur de ce qu’il ressent : il a juste peur que ça se voie. Ça ne l’inquiète absolument d’être suspecté par les autres d’« homosexuel » (je ne connais pas beaucoup d’adolescents réels qui, à 15 ans, auraient cette force d’âme) ni de rester avec Léo sur un transat tout un après-midi après que tous les autres soient sortis de la piscine et aient pris leur douche. Ribeiro semble avoir totalement projeté sur son personnage sa sérénité d’adulte concernant l’homosexualité (or, je doute qu’à 15 ans, il ait lui-même été aussi relax !). Autre incohérence : la passivité de Gabriel vis à vis de la méchanceté des gars de la classe avec son copain Léo. J’en connais plus d’un, dans le réel, qui leur serait rentré dans le lard. La relation de Gabriel avec les mecs est totalement zappée dans le film. Inexistante. Pourtant, il est censé être le nouveau, le beau mec de la classe que même les autres gars essaient de convoiter, au moins amicalement. Rien de tout cela. Certaines relations dans ce film sont totalement dématérialisées. Enfin, la scène du baiser final dans la chambre est certainement la moins naturelle de tout le film : le spectateur ne sent absolument aucune angoisse de la part de Gabriel (alors que pourtant, la situation la justifierait largement). On devine que le réalisateur a absolument voulu forcer les sourires et l’ambiance détendue de la déclaration d’amour. Personnellement, je n’y crois pas une seule seconde. Et encore moins si on me met un bruitage printanier derrière ! Un premier baiser, un aveu d’amour (et surtout de type homosexuel), ce n’est jamais anodin.

 

Pour moi, la BIG incohérence du scénario d’« Au premier regard » réside quand même dans la relation-fantôme et sortie de nulle part entre Gabriel et Karina, relation totalement inconsistante, vidée de dialogues et de psychologie, toujours filmée à distance, suggérée par l’ellipse ou par le point de vue extérieur d’un tiers ignorant (= Giovanna), alors que pourtant pendant tout le film elle est censée être ambiguë, grandir en proximité et en intensité, constituer la plus grande menace à la faisabilité du couple Léo/Gabriel, entrer dangereusement en compétition avec LA Love Story homosexuelle « inattendue » de l’histoire. Que se disent Karina et Gabriel ? Pourquoi Gabriel se laisse toucher par Karina, draguer par elle ? Pourquoi accepte-t-il que l’ambiguïté amoureuse plane aussi longtemps ? Pourquoi Karina n’est jamais consultée dans les dialogues et a juste un rôle lisse d’allumeuse tentatrice adolescente ? Pourquoi Giovanna, l’héroïne connue pour ses élans possessifs, ne fait-elle pas une scène à Karina la pétasse, mais plutôt à l’innocent Léo ? Pourquoi Gabriel passe autant de temps avec Karina pour finalement lui foutre un vent et se mettre magiquement en couple avec celui à qui il a fait croire qu’il était avec cette fille ? Pourquoi Gabriel n’est-il pas déchiré intérieurement par ses sentiments et ne présente aucune trace de questionnements bisexuels ? Pourquoi Daniel Ribeiro neutralise à la dernière minute tous les ressorts dramaturgiques, tragiques qu’il a mis en place dans son scénario, sous prétexte qu’il lui faut imposer sa Happy End, qu’il lui faut donner une image absolument positive de l’homosexualité ? (la question de la dramaturgie – et donc le projet cinématographique de la neutraliser – est pourtant lancée dès les premières minutes du film, puisque Giovanna dit qu’« il n’y a pas de drame pendant les vacances ») Pourquoi Daniel Ribeiro résout-il, dédramatise-t-il (au sens cinématographique du mot « drame ») et aplanit-il aussi arbitrairement les conflits, les trahisons, les mensonges, les jalousies entre ses héros, les réalités que ses situations narratives posent forcément ? (Par exemple, on ne saura pas pourquoi Gabriel a menti à Léo concernant le baiser qu’il lui a donné. On ne comprendra pas la réconciliation magique entre Giovanna et Léo, ni la conversion inattendue de Giovanna à la croyance que Léo et Gabriel formeraient un « beau couple ».)

 


 

Vous voulez que je vous dise : l’inconsistance du personnage de Karina (qui incarne la fausse menace du film, voire l’entremetteuse gay friendly, en un peu moins fort que Giovanna) prouve à elle seule que l’amour homosexuel de cette histoire est totalement cousu de fils blancs, téléphoné, mythomane. Karina est le double fictionnel du réalisateur Daniel Ribeiro, le personnage-prétexte, la spectatrice gay friendly qui a été téléportée dans l’histoire et qui attend passivement la formation du couple homo à l’issue de l’intrigue, le personnage qui ne fait quasiment rien, qui apparaît dans la trame narrative comme une simple figurante parce qu’elle est guidée par la bonne intention. Karina, c’est, je crois, Daniel Ribeiro.

 

Au bout du compte, il suffit d’étudier un peu la cohérence du scénario d’« Au premier regard » pour s’apercevoir qu’il n’est pas subtil. Ce film annule les résolutions de conflits parce qu’en réalité, Daniel Ribeiro a voulu fuir tout conflit, éviter tout drame, court-circuiter toute polémique ou ambivalence. Or, une bonne œuvre artistique affronte les conflits, les aspérités du Réel, les drames de l’existence humaine, embrasse nos élans intérieurs parfois contradictoires, et leur propose une solution. Là, « Au premier regard », malgré son apparent réalisme (qui repose principalement sur la sensation, les bonnes intentions et les belles images), est un film de propagande sombrant dans la guimauve et vidant finalement toutes les situations dramaturgiques fictionnelles ou humaines, d’Incarnation, de Réalité, de psychologie, d’Humanité. C’est un délicieux bonbon acidulé qui charme les papilles et le cœur du spectateur pendant 1h35… mais les bonbons, tout agréables soient-ils, ça ne nourrit jamais personne.

 

Indéniablement, « Au premier regard » est un film qui donne envie d’être amoureux. Mais il ne conduit pas à l’Amour vrai. Tout au plus, il réveille des bons sentiments, des sensations, mais il ne donne pas les bonnes clés ni le vrai chemin pour aimer : la différence des sexes et les amitiés désintéressées. En ce sens il constitue une publicité mensongère. Il oblige le spectateur à résoudre le « douloureux » tiraillement intérieur qu’il a semé en lui, entre beauté et irréalité, entre Vérité et sincérité. En effet, ce film est beau ET faux à la fois. Il est sincère MAIS faux. Et c’est parce qu’il est beau tout en étant faux qu’il m’a rendu un chouia mélancolique pendant quelques heures après le visionnage. Sûrement du fait d’avoir chatouillé en moi une homosexualité dans le sens de mes poils (lol). Mais aussi, je me suis dit, en tant que spectateur, qu’il était une douce chimère, un pieux mensonge, une orchestration d’autant plus perverse qu’il est « bien efficace » et qu’il fait « bien envie ». Qu’on se sente homo ou pas. Il sème des faux désirs dans le cœur des adolescents et des adultes déjà blessés par les mauvaises références et expériences de la différence des sexes. Il constitue une pommade grisante qui soulage et apaise (effet placebo) mais qui ne guérit rien. Il est un cache-misère efficace. Et moi, je n’aime pas l’hypocrisie des cache-misère.

 
 

5 – « Au premier regard » à travers le tamis de mon Dictionnaire des Codes homosexuels :

 

Pour parachever ma critique, j’ai décidé de passer le film de Ribeiro au tamis de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, exactement comme je l’avais déjà fait pour le film « La Vie d’Adèle » d’Abdelatif Kechiche, ceci pour mieux vous aider à comprendre en quoi « Au premier regard » est un film qui montre un refus de s’accepter soi-même, d’accepter ses limites et sa condition humaine. Il est un éloge sincère de l’individualisme et de la misanthropie narcissique :

 

– cf. la diabolisation de la solitude et la sacralisation de l’individualisme : le titre original du film (« Aujourd’hui je veux rentrer seul. ») + l’obsession chez les personnages de rompre leur solitude (Giovanna et Léo) + gémellité vestimentaire de Léo et Gabriel (pas seulement due à l’uniforme scolaire). (code « Solitude ») (code « Jumeaux »)

 

AU 1ER REGARD Jumeau

 

– cf. le narcissisme de chacun des personnages : les bruitages aquatiques pendant le générique d’ouverture + les premières images du film montrant Léo et Giovanna autour de la piscine en train de poétiser sur leur souffrance d’être seuls et de ne jamais avoir été embrassés + l’omniprésence des points d’eau (piscines, lacs, douches) + Léo entend en rêve une phrase qui semble expliquer l’origine de son homosexualité (« Ça doit être parce que je nageais bien avant. »). (code « Amant narcissique ») (code « Eau »)

AU 1ER REGARD Douche + masturbation

AU 1ER REGARD douche fesse

AU 1ER REGARD Fond piscine

AU 1ER REGARD Leo Narcissique

AU 1ER REGARD narcissisme proximité

AU 1ER REGARD piscine

AU 1ER REGARD Piscine

AU 1ER REGARD toilettes

 

– cf. la prédominance du fantasme d’androgynie : le quatuor Giovanna/Gabriel/Léo/Karina ou du trio Giovanna/Léo/Gabriel + la mention des moitiés de visage de Léo + le numéro de la salle de classe (« 211 »). (code « Quatuor ») (code « Trio ») (code « Moitié »)

AU 1ER REGARD Trio

AU 1ER REGARD Quatuor

 

– cf. l’identification androgynique à la Lune : Gabriel propose à Léo de voir l’éclipse de lune : « La lune disparaît dans le ciel. » (Gabriel). Léo lui demande l’intérêt de regarder les éclipses. Gabriel lui explique qu’il y a une éclipse quand « le soleil, la Terre et la lune sont tous les trois exactement alignés » (Gabriel) Sous l’éclairage lunaire, Gabriel voit en Léo un androgyne illuminé à moitié par la lune et brûlé par le soleil de l’autre. (code « Lune ») (code « Fusion »)

 

– cf. l’ennui et l’oisiveté comme stimuli du sentiment amoureux homosexuel (« Où situerais-tu ton degré d’ennui sur une échelle de 0 à 10 ? » demande Léo à Giovanna) + la paresse affichée de tous les personnages (« Je suis fainéante. », Giovanna ; « J’ai pas envie de bosser. », Gabriel) + l’éloge des vacances (« On ne vit jamais de drame pendant les vacances. », Giovanna) + Giovanna en Emma Bovary esseulée (elle est toujours fourrée à la bibliothèque) + l’absorption de drogues (Léo fait son coming out à Giovanna sous l’effet de l’alcool ; et il reçoit son premier baiser de Gabriel parce que ce dernier était/aurait été bourré). (code « Dilettante homo ») (code « Manège ») (code « Bovarysme ») (code « Drogues »)

AU 1ER REGARD Embrasser

 

– cf. le registre des contes de fée omniprésent, montrant l’immaturité des personnages : l’obsession chez Léo d’embrasser quelqu’un sur la bouche (« Tu pourrais te transformer en crapaud. » le prévient Giovanna) + Léo justifie sa naïveté et son côté fleur bleue en soutenant que « les meilleures choses sont les plus classiques » + la sacralisation de la première fois (la grande théorie de Léo sur l’Amour, c’est que les premières fois sont toujours les bonnes ; « Il y a toujours une première fois. » soutient-il en se laissant aller à vivre sa première cuite, et en s’infligeant la théorie relativiste de l’expérimentalisme intégral) + l’imitation inconsciente du film « Titanic » et de « Jack je vole !! » (en plus, Ribeiro a eu le bon goût de choisir pour son héros le prénom de Leonardo Di Carpaccio…). (code « Conteur homo ») (code « Première fois ») (code « Amant modèle photographique »)

AU 1ER REGARD Titanic

AU 1ER REGARD prince charmant

 

– cf. la fuite du Réel par la musique et par l’omniprésence des maternantes de son existence : Léo est fan de musique classique sous l’influence de sa grand-mère + la sonnerie de portable de Léo qui indique l’arrivée des appels maternels est la musique enfantine Casse-Noisette de Tchaïkovsky + Gabriel aime lire + Gabriel est DJay à la fête de Karina (code « Grand-Mère ») (code « Mère possessive ») (code « S’homosexualiser par le matriarcat ») (code « Musique comme instrument de torture ») (code « Bovarysme »)

AU 1ER Mère possessive

 

– cf. le désir de se prendre pour Dieu : « J’ai des supers pouvoirs. » dit Léo pour se justifier ironiquement de se tenir en suspension sur sa chaise. (code « Se prendre pour Dieu ») (code « Super-héros »)

 

– cf. le refus de regarder le Réel tel qu’il est : la cécité du héros (voire du réalisateur !) + le regard féminin (à la fin, Karina a les yeux explosés à cause du chlore de la piscine) (code « Lunettes d’or ») (code « Regard féminin »)

 

– cf. le contre coup d’Icare : Léo qui se prend pour le soleil pendant tout le film, et qui a des coups de soleil, des brûlures. (code « Icare »)

 

– cf. l’allégorie de l’ascenseur : Léo se fait comparer à un ascenseur en plein cours par Fábio, un camarade se moquant du bruit de sa machine à dactylographier en braille (« L’ascenseur monte ! »). (code « Femme au balcon »)

AU 1er REGARD Ascenseur

 

– cf. la diabolisation des autres et surtout des hommes : Léo est la risée des gars de sa classe + l’image catastrophique des hommes… excepté le père de Léo (« Vous êtes cons, les gars. » dit Karina à la bande de Fábio qui a essayé d’entourer discrètement Léo pour le faire tomber sur la cour) + les ambiances détestables de fêtes lycéennes ou de colo où ça boit et ça drague de tous les côtés. (code « Différences culturelles ») (code « Solitude ») (code « Parricide la bonne soupe »)

 

– cf. le mépris des enfants et de la paternité, au profit de l’individualisme : Léo dit qu’il ne veut pas d’enfants et qu’il n’en voit pas l’intérêt (« Je ne veux pas d’enfants. Il y a assez de gens comme ça sur Terre. »). (code « Petits Morveux »)

 

– cf. la destruction de la différence des sexes : Léo et Gabriel se rendent au cinéma voir un film où un monstre écrabouille dans ses mains un marié et une mariée, et ça les fait super marrer + la situation familiale de Gabriel (« Ma mère est morte quand j’étais petit. »). (code « Orphelins ») (code « Parricide la bonne soupe ») (code « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma ») (code « Haine de la famille ») (code « Femme et homme en statues de cire ») (code « Conteur homo »)

AU 1ER REGARD Enfermé ciné

 

– cf. le mépris des femmes : Les filles de l’histoire sont toutes repoussées en amour et doivent tolérer leur rôle de « bonne copine gay friendly » et d’entremetteuses (« Comment ton meilleur ami peut t’abandonner comme ça ? » s’insurge Giovanna à propos de son meilleur ami gay Léo ; « Je suis alcoolique maintenant. », Giovanna ; « Vous feriez un beau couple. », Giovanna à Léo à propos de Gabriel) + l’hystérie possessive et sur-protectrice de la mère de Léo. (code « Fille à pédés ») (code « Destruction des femmes ») (code « Mère possessive »)

 

– cf. la sacralisation de la différence : la cécité de Léo. (code « Différences physiques »)

 

– cf. l’idéalisation désincarnante de l’être aimé : Gabriel porte le nom d’un ange et arrive à l’improviste en classe (comme l’Ange Gabriel) + personne ne connaît l’identité ni l’origine de Gabriel + Gabriel est le fruit d’une projection fantasmatique féminine que Léo ne peut qu’imaginer à défaut de voir (« Le nouveau est super mignon. » décrit Giovanna à Léo ; elle lui dit dans les détails les caractéristiques physiques de Gabriel, ses bouclettes angéliques, son corps, ses faits et gestes ; elle nourrit les fantasmes homo-érotiques de Léo et fait de Gabriel un être fantasmé, un idéal de perfection) + un désir malveillant et intrusif tel un chat (« Tu as vu la vidéo du chat qui rentre dans la machine ? », Gabriel essayant de partager à Léo le souvenir d’une vidéo qu’il a vue sur internet). (code « Amant diabolique ») (code « Clonage ») (code « Tomber amoureux du leader de la classe ou d’un personnage de fiction ») (code « Chat »)

AU 1ER REGARD narcissisme

AU 1ER REGARD Narcissisme

 

 

– cf. la place de la rumeur et du regard des autres : L’homosexualité n’est pas le fruit du Réel mais d’une rumeur grivoise et malveillante (Fábio, à plusieurs reprises, érotise l’amitié entre Léo et Gabriel… et ces derniers finissent par lui obéir !) (code « Poids des mots et des regards »)

AU 1ER REGARD amitié

 

– cf. le désir schizophrénique de se fuir et de changer d’identité : Léo rêve de partir loin (il parle de « déménager », de faire un programme d’études à l’étranger), dans un pays imaginaire où personne ne le connaîtrait, où il serait possible de « s’inventer sa propre personnalité ». (code « Voyage ») (code « Substitut d’identité »)

AU 1ER REGARD substitut

 

– cf. le mal de vivre et la désespérance : « Il fait toujours nuit pour moi. » dit Léo, en provocation, à sa mère. (code « Appel déguisé »)

AU 1ER REGARD Nuit

 

– cf. la banalisation du repli sur soi : Léo se masturbe dans son lit grâce à l’odeur du pull de Gabriel qu’il a revêtu. (code « Symboles phalliques »)

 

– cf. l’éloge des pulsions effrénées, « spontanées » : Gabriel s’essaie à la lecture du braille et tombe sur une phrase qui commence ainsi : « La locomotive a relâché… ». (code « Train »)

 

– cf. le travestissement de l’amitié : tous les personnages pensent à sortir les uns avec les autres, et détruisent ainsi leur belle amitié + Léo tombe amoureux du premier ami qui lui accorde de l’attention (= Gabriel). (code « Solitude »)

 

– cf. le rôle de l’homophobie dans l’actualisation et la formation du « couple » Léo/Gabriel : Totale ambiguïté du personnage de Fábio (le blond aux cheveux longs), élève qui fait plein d’allusions à l’homosexualité entre Gabriel et Léo alors même qu’ils ne sont pas encore ensemble et que lui, même s’il est homophobe, attend leur union et voit de l’homosexualité dans une simple amitié ou un rapprochement corporel (« Alors, Leonardo, tu as un nouveau copain ? ») + Fábio aboie sur Léo pour attirer son attention + Gabriel, l’homo qui ne s’assume pas et qui ment à Léo quand il lui dit qu’il ne se souvient de rien de la fête où pourtant il lui a donné son premier baiser. (code « Homosexuel homophobe ») (code « Chiens ») (« Faux Révolutionnaires »)

AU 1ER REGARD Hétéros

 

– cf. la violence du chevauchement de la fiction sur la Réalité : le « Jeu de la bouteille » organisé par Fábio et qui piège Léo qui est sur le point d’embrasser un chien (= Pudding) sans le savoir. (code « Jeu ») (code « Chiens »)

 

– cf. l’idéalisation anachronique de modèles homo-érotiques esclavagistes et belligérants : Léo et Gabriel font un exposé en classe sur l’Histoire de Spartes et la relation entre soldats. (code « Entre-deux-guerres ») (code « Milieu homosexuel paradisiaque ») (code « Fresques historiques »)

 

– cf. la justification du vol ou du viol homosexuel à partir du moment où il serait consenti, réciproque et partagé joyeusement à deux : l’amour est considéré comme un objet, une marchandise dérobée/dérobable à deux (« Léo, si tu avais volé un baiser à quelqu’un, tu le lui rendrais ? » dit Gabriel au moment de déclarer sa flamme à Léo pour que celui-ci lui rende son baiser). (code « Voleurs ») (code « Viol »)

Avenir Pour Tous et La Manif Pour Tous, même langue de bois autour de l’Union civile et de l’homosexualité (la manif LMPT des 4-5 octobre 2014, c’est juste PAS POSSIBLE pour moi)

Frigide Barjot (qui boude), Philippe Brillault (maire du Chesnay), Ludovine de la Rochère et Albéric Dumont

Frigide Barjot (qui boude), Philippe Brillault (maire du Chesnay), Ludovine de la Rochère et Albéric Dumont (qui jubilent), en juin 2014 dans le cadre des pétitions au CESE

 

 

 

Le drame de notre mouvement des « consciences » de 2012-2013 en France, c’est que ceux qui s’en sont institués responsables – Frigide Barjot d’un côté, Ludovine de la Rochère et Albéric Dumont de l’autre – n’ont toujours pas compris la loi Taubira ni la gravité du PaCS (je vous renvoie entre autres aux trois articles à ce sujet : article 1, article 2 et article 3).

 

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Post de Frigide Barjot sur Facebook le 20 juillet 2014

 

Frigide Barjot sort maintenant le champagne pour l’adoption de l’Union civile en Croatie (cf. ci-dessus sur Facebook) : elle n’a toujours pas réalisé que l’homosexualisation tacite de toute loi humaine, est une atteinte désastreuse aux personnes homosexuelles, bien avant d’avoir des effets collatéraux sur les couples femme-homme et leurs probables enfants.

 

Capture d'écran 2014-07-20 09.50.50

Interview de Ludovine de la Rochère pour Famille Chrétienne le 2 mai 2013

 

Ludovine de la Rochère, quant à elle, continue de botter en touche (cf. ci-dessus l’article de Famille Chrétienne) en s’opposant timidement à l’Union civile sans jamais expliquer pourquoi (à quoi bon, alors, dire qu’elle est « contre » ?), tout simplement parce qu’elle n’a pas les arguments et qu’en plus elle ne les assume pas : car oui, la seule manière de s’opposer efficacement au PaCS, c’est justement de poser un jugement net sur les actes homosexuels – chose dont elle est incapable car elle confond « jugement des actes » et « jugement des personnes », et elle n’y connaît quasiment rien en matière d’homosexualité – et d’oser remettre en cause la notion d’« hétérosexualité » – chose dont elle est également incapable car elle n’a toujours pas fait la distinction entre « hétérosexualité et « différence des sexes ». L’opposition de Ludovine au PaCS est par conséquent inexistante et, par omission, presque identique à la défense pro-PaCS-amélioré de Frigide Barjot. Elle est une opposition de principe, guidée surtout par un différent personnel avec sa rivale. Elle génère implicitement un conflit d’égos, une Guerre Froide au sein de la Manif Pour Tous dont deux parties illégitimes et incompétentes se disputent la tête.

 

Mais le plus triste dans l’histoire, ce n’est pas cela. Le plus triste, c’est tous ceux qui gravitent autour de ces deux starlettes. C’est qu’il n’y a pas de PÈRE un peu charismatique qui ose tenir tête à la querelle des gamines capricieuses et qui ose leur dire que la direction, ce n’est ni de leur âge ni de leurs compétences. Nous n’avons eu que des chiffes molles qui ont fait passer leur manque d’autorité pour de la « bienveillance » (tacitement chrétienne et un chouïa politisée : Écologie humaine, Sens Commun, etc.), des réconciliateurs de bazar qui ne nomment pas les problèmes, des Jean-Pierre Foucault souriants (et flippés à l’intérieur : genre Philippe Brillault en médiateur de réconciliation Sacrée Soirée), des hystériques proposant une unité de principe et qui hurlent au gâchis des énergies – unité autour de quoi et de qui ? Ils n’ont même pas les couilles de prononcer le nom du Christ, ni de proposer une vraie réflexion sur l’homosexualité.

 

Par leur silence et leur refus de revenir sur le PaCS (selon eux, ce serait « extrémiste » et « trop radical » ; ce sera… allez, je lâche le mot… « homophobe »), les « intellectuels » catholiques rentrent dans le jeu du crêpage de chignons entre la grande sœur et la petite, et empêchent les gens qualifiés de parler.

 

Tant qu’il n’y a pas de Vérité, à quoi cela sert de s’annoncer comme les chantres de la Charité ou de l’engagement politique (« chrétien ») ? Tant qu’il n’y a pas de Vérité ni les bonnes personnes pour La porter, rien ne sert d’aller à nouveau défiler. Notre véritable combat est avant tout un combat d’idées et de mots. Pour l’instant, malheureusement, les moyens ont pris le pas sur les personnes et les idées. Et ça, c’est inefficace et inadmissible. Pour la manif LMPT des 4-5 octobre 2014 prochains, je ne me déplacerai pas.

 

Je veux bien m’opposer aux lois gouvernementales sur la famille. Mais pas comme ça. Pas avec ces arguments-là. Pas avec ces porte-parole-là. Et encore moins avec la frange radicalisée et GUDarde qui se présente comme « catholique » ou jusque-boutiste (Civitas, Farida Belghoul, TV Libertés et toute la frange chrétienne flirtant avec le FN). Mon seul combat (celui que la plupart des personnes de notre mouvement – y compris les Veilleurs – a quasiment laissé tomber), c’est l’abrogation de toutes les lois qui se valent de l’homosexualité pour s’imposer à tous de manière universaliste, autrement dit le PaCS et le « mariage pour tous ». Et ce combat ne se fera pas sans la verbalisation laïque de l’homosexualité ni la verbalisation explicite de la Charité-Vérité catholique.

Voyage en Côte d’Ivoire pour défendre le mariage d’amour entre l’homme et la femme

Jusque-là, nous avons très peu communiqué, le père Cédric Burgun (prêtre du diocèse de Metz), Maria Hildingsson (secrétaire général de la FAFCE à Bruxelles) et moi-même, sur notre Mission – sur la famille et le mariage – en Côte d’Ivoire (du 16 au 22 juin 2014). Parce que c’était trop grand d’un coup à raconter : il fallait digérer. Parce que rien ne sert de faire goûter ce qui est juste semé. Mais à présent, je veux bien vous en toucher deux mots. Car ce qui n’est pas donné est perdu. Ce n’est pas possible de garder pour soi tant de cadeaux et de ne pas les partager !

 

19 Abidjan

 

Le sujet de l’homosexualité a été une clé, et je pense, l’un des détonateurs, pour faire comprendre la singularité, l’enjeu et l’urgence de notre visite. La Côte d’Ivoire est mine de rien un pays très concerné par l’homosexualité (et tout ce qu’elle illustre : infidélité, libertinage, divorces, éclatement des familles, société matérialiste, libéralisation des moeurs, sorcellerie, sécularisation, perte de la foi, etc.), et déjà particulièrement pressionné pour accepter les conditions idéologiques pro-gays et pro-Gender des « aides au développement » que leur imposent les pays occidentaux (et quand ce n’est pas l’agenda politique international qui accule la Côte d’Ivoire à justifier l’homosexualité, ce sont Internet ou la télé qui s’en chargent : personnellement, j’ai halluciné de voir que dans un pays où 50% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté, on voit des pubs sur la « 4G » partout ; et la chaîne Canal + est omnipotente là-bas).

 

43 Abidjan

 

Le terme « homosexualité », tellement entouré de mystère, d’incompréhension, de peur et de violence, devient un mot magique une fois qu’il est vécu et expliqué en Jésus, sans être justifié idéologiquement (= identitairement et sentimentalement) : il suscite curiosité, intérêt pour les réalités de notre temps, et même un torrent de Charité et de Miséricorde. Il a permis aux oreilles des Ivoiriens de s’ouvrir sur la beauté de la différence des sexes, du message de l’Église sur les couples, sur l’enjeu de l’implication politique de la Côte d’Ivoire dans l’échiquier international. Bref, il a été source d’une grande libération. Le père Cédric peut en attester avec les fardeaux très lourds qu’il a reçus en confession là-bas ! Maria peut également confirmer la force des échanges privés qu’elle a eus avec les intellectuels ivoiriens. Et la réaction d’enthousiasme des nombreux curés de paroisses à Abidjan qui se sont disputés nos interventions sur la fin parle d’elle-même !

 

De mon côté, une de mes plus belles victoires de ce voyage, c’est qu’au moins 4 personnes sont venues me dirent en privé qu’avant de m’avoir entendu, elles « détestaient vraiment les homosexuels » et que j’avais réussi l’exploit de casser en deux leur hache de guerre intérieure (certaines m’ont même serré dans leurs bras, en dévoilant leur joie de comprendre enfin la Bonne Nouvelle du message de l’Église sur l’homosexualité : une sorte d’Eurêka génial ! Et dire que sur Twitter, certaines mauvaises langues homosexuelles prédisaient que j’allais étendre ma propre homophobie au continent africain… Elles n’ont rien compris.)

 

Un Français habitant en Côte d’Ivoire m’a fait cet étonnant remerciement à l’issue de la semaine : « Maria, Cédric et moi, vous avez réussi à faire en une semaine en Côte d’Ivoire ce que la Manif Pour Tous n’a pas réussi à faire en deux ans en France. » Et aux vues du succès et de l’impact de cette Mission, aux vues des dossiers que nous portions (la politique et le droit international avec Maria ; l’Église avec le père Cédric ; l’homosexualité avec moi), je ne peux que lui donner raison. Effectivement, en France, personne n’a osé s’avancer sur le terrain du politique (ce n’est venu timidement – et de manière éclatée en plus – qu’après mai 2013). En France, l’Église catholique ne s’est quasiment pas prononcée sur la question du « mariage pour tous ». Et enfin, en France, personne n’a osé parlé d’homosexualité et n’a remis en cause la pratique homosexuelle ni, par conséquent le PaCS, et encore moins le « mariage pour tous ». On va voir ce que notre Mission va donner en Côte d’Ivoire. Mais ce qui est sûr, c’est qu’Elle a « gâté le coing » (comme on dit en ivoirien = synonyme de « cartonner »), a fait jaser, a préparé un barrage solide, qui au pire ne permettra pas à des lois comme le « mariage pour tous » de passer en douce et sous le manteau dans ce pays.

 

Cathédrale d'Abidjan (première pierre posée par saint Jean-Paul II)

Cathédrale d’Abidjan (première pierre posée par saint Jean-Paul II)


 

Au final, la Côte d’Ivoire nous a donné une force nouvelle. La force de la foi et de la ferveur simple pour Jésus et son Église (d’ailleurs, passer des 6 messes dominicales de 500 personnes chacune, avec des chants sublimes, à nos messes françaises en peau de chagrin, c’est un peu hard…). Certes, le contraste entre l’engouement africain pour Dieu et la violence de certaines pratiques – intimes, sexuelles, familiales, sociales, politiques – « frôle la schizophrénie », comme me l’a commenté avec raison un ami français qui a contracté le virus de l’Afrique. Mais ce qui reste de la Côte d’Ivoire, c’est surtout la beauté de cet abandon irréfléchi du Peuple ivoirien dans les bras de Jésus et de Marie. Les Africains mettent moins de barrières entre eux et l’Église. Ils nous aident à avoir la simplicité des Enfants de Dieu.

 

Le père Cédric, Maria et moi sommes revenus de ce voyage avec l’impression que nous n’avons pas seulement été compris, mais que nous avons été aussi enseignés. Par exemple, un jour, une femme ivoirienne m’a dit que mon appel pressant à ne pas parler de l’homosexualité avec des arguments religieux, et donc à respecter l’effacement de Jésus quand Il guérit les Hommes, lui avait fait penser au « Va, ta foi t’a sauvé » de la Bible. En effet, Jésus ne dit pas « Je t’ai guéri et je suis Jésus, le Super Guérisseur. ». Il va jusqu’à attribuer à la foi de ceux qu’il guérit le mérite de Sa propre action. « C’est ta foi en moi qui t’a sauvé. » J’ai trouvé cette remarque tellement juste ! J’en aurais pleuré car elle était l’écho parfait à ma modeste remarque, encore plus profond que ce que j’avais dit, même. Cette femme m’a décrit son désir d’aller à la rencontre des personnes homosexuelles, dans des lieux de débauche, et d’être cette présence silencieuse et aimante auprès d’elles. Il y a de grands prophètes et évangélisateurs en Côte d’Ivoire.

 

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Non seulement le Peuple ivoirien et le Peuple français sont sur la même longueur d’ondes (miracle permis dans/par la foi), mais parfois même le Peuple ivoirien a une longueur d’avance. Quand nous avons vu, nous pauvres visiteurs français, comment nos hôtes ivoiriens (une équipe d’une douzaine de personnes au départ) se sont donnés sans compter, ont parfois séché leurs heures de bureau pour rester auprès de nous, ont cassé leur rythme de travail, ont sacrifié pendant une semaine leur santé et leur salaire, ont gardé le sourire et leur inconditionnel humour pour tout donner à cette Mission malgré leur grande fatigue (je me rappellerai longtemps des interminables parties de rigolade et d’échanges lors des « débrief » nocturnes dans les maquis et autres troquets ivoiriens à l’air libre), nous avons compris avec force et enthousiasme que Jésus nous donnait de véritables frères partout sur Terre !

 

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Dernière image forte que je garde de ce premier (et trop court !) voyage en Terre d’Afrique : ce tableau surréaliste que j’ai vu le dernier jour de notre séjour en descendant de voiture pour rejoindre le père Cédric et Maria dans une paroisse d’Abidjan qui avait programmé pendant la messe dominicale de la Fête-Dieu une immense procession du Saint Sacrement dans les rues d’un quartier populaire de la capitale. La scène était très émouvante (ça faisait un peu remake inattendu du film « Mission » avec Jeremy Irons, mais en plus vrai) : j’ai aperçu le père Cédric – qui ne m’a pas vu –, seul Blanc fondu dans une marée noire christique. Il défilait tout près de l’ostensoir où reposait le Corpus Cristi, entouré d’un groupe de prêtres en habit, de fumées d’encens, et porté par une multitude innombrable de Noirs chantant dans la joie et les percussions de fanfare le nom de Jésus. Sans le faire exprès (car je crois qu’il ne s’attendait absolument pas à être embarqué dans une solennité aussi imposante), le père Cédric était l’incarnation vivante du « Missionnaire » humble et serviteur. Et sa présence incongrue et pourtant totalement naturelle dans ce paysage humain étranger, le signe de la réussite de notre Mission, du métissage de nos deux pays.

 

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Je me suis engouffré dans cette foule presque 100% ivoirienne, en retrouvant sans difficulté Maria (une blonde suédoise au milieu de Noirs, c’est le « Où est Charlie ? » le plus facile qu’il m’a été donné de résoudre dans ma vie !). Cette procession d’une simplicité et d’une beauté absolues était non seulement l’anti-circuit touristique par excellence, mais a été ce grand cadeau inespéré du Seigneur qui nous a fait réaliser que notre voyage était en réalité un pèlerinage.

 

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Francia chiama Italia: Unioni civili, legge contro l’omofobia, matrimonio gay, questione del gender

19 juin 2014, 00:24

(…) a differenza di quanto successo in Francia, voi dovrete affrontare tutta una serie di problematiche contemporaneamente. Dovete chiarirvi le idee, questo è importante per voi. Voi dovrete affrontare la questione delle unioni civili (uc), della legge contro l’omofobia, del matrimonio gay e della questione del gender e questo non vi facilita certamente. Chiaramente tutto è nato dal coming out e dalla riduzione della persona al proprio orientamento sessuale come ho spiegato prima. L’unione civile è la prima legge che si basa sull’orientamento delle persone omosessuali, è una legge molto grave. Per la prima volta non si  riconoscono gli uomini e le donne ma si riduce la persona alle proprie pulsioni. C’è un elemento di violenza in questa  legge. Inoltre l’uc giustifica dal punto di vista sociale l’atto del ripudio. Si può interrompere l’uc senza neanche mettere al corrente uno dei due partner. Quindi è la giustificazione sociale del ripudio. Inoltre finisce per contrattualizzare ogni sorta di unione umana: l’amicizia, la fratellanza sono un contratto, una sorta di commercio, di scambio. Dal pdv sociale l’uc finisce per distruggere la gratuità dell’amicizia e di tutti i legami sociali…bisogna essere coscienti di cosa rappresenta l’uc. Il matrimonio per tutti, cosa produce effettivamente? Elimina la connessione d’amore tra i due genitori biologici quando invece sappiamo che tutti gli esseri umani hanno bisogno che i propri genitori biologici si amino. Lo ripeto: il matrimonio gay elimina la connessione d’amore tra i due genitori biologici, questo è gravissimo. Riduce le persone alla loro tendenza sessuale e terzo punto di criticità il matrimonio gay da almeno 3 genitori a ogni bambino. Quando in Francia i giuristi si son resi conto di questo hanno detto « c’è qualcosa che non funziona » e tutte le situazioni a cui si dà un bambino agli omosessuali ci sono almeno 3 genitori. Nel caso ci sia un bambino nato da una precedente unione tra un uomo e una donna, il matrimonio per tutti finisce per giustificare il divorzio, così nel caso di divorzio ci sono almeno 3 genitori. Nei casi dicoparentalità si hanno 4 genitori,  due coppie una formata da due uomini e una da due donne, in caso di procreazione artificiale assistita si hanno 3 genitori, e la madre viene eliminata. Conosco almeno 4 casi di ragazzi che non hanno avuto il diritto di conoscere la propria madre biologica e due genitori maschi che non sanno neanche più chi sia. Nel caso dell’adozione si hanno 3 genitori, nel caso dell’utero in affitto sono 3 genitori. Tutte queste situazioni nel matrimonio gay significano dare minimo 3 genitori a ogni bambino, non solo viene soppressa la connessione d’amore dei genitori biologici ma in più si danno almeno 3 genitori a ogni bambino. Per quanto riguarda il gender, si dice che la differenza dei sessi non esiste. Sarebbe una sorta di gioco di ruolo, un costrutti sociale che permette all’uomo di dominare sulla donna. Noi in Francia abbiamo fatto dei grandi errori, perciò vi darò qualche consiglio per non ripeterli: non abbiamo parlato altro che della procreazione dei bambini e non abbiamo denunciato l’eterosessualità. Se voi nn fate altro che parlare della filiazione incoraggiate chi vuole proporre la legge, di dividerla in due parti: « se per voi il problema non è l’amore omosessuale, allora facciamo passare il matrimonio in nome dell’amore e poi parleremo successivamente dell’adozione e delle conseguenze che può avere sui bambini ». Questo è quello che è successo in Francia, perchè non abbiamo osato parlare di omosessualità perchè avevamo paura, e abbiamo parlato solo di bambini, mentre dall’altra parte non si fa altro che parlaredell’amore e sono riusciti a imporre la legge.Se non parlate che di procreazione finite per giustificare le uc. Bisogna parlare di bambini ma bisogna anche parlare d’amore, d’amore nella differenza dei sessi e anche di omosessualità. Lo so che è difficile perchè non essendo omosessuali vi diranno di chiudere la bocca. Ma se parlate di bambini e procreazione la legge verrà divisa in due parti ecc… Se vi lascerete definire come eterosessuali, finirete per giustificare tutte le alternative non procreative a livello sessuale e tra queste c’è l’omosessualità. Penso che in Francia avremmo potuto vincerla la battaglia se avessimo veramente parlato di omosessualità e se avessimo detto che la questione del matrimonio gay è innanzitutto una questione umana e non una questione di eterosessualità omosessualità o omofobia. Bisogna uscire da questa visione dell’uomo caratterizzata esclusivamente dalla sua genitalità. Voi non ne parlate ma dall’altra parte non fanno altro che parlare di questo, loro non fanno che palare diomosessualità e di ugualianza tra omosessualità ed eterosessualità, non parlano di altro. Se voi pensate che l’omosessualità non sia un problema, verrà strumentalizzata dai nostri oppositori per imporre delle leggi che non hanno nulla a che fare con l’omosessualità ma hanno capito che funziona, utilizzano come loro jolly omofobia, omosessualità… Buon lavoro.

(trascrizione tratta dal convegno « Omosessualità Controcorrente, vivere secondo la Chiesa ed essere felici »ed. Effatà con Philippe Ariño)

Article « ‘Le Mariage’ de Jean-Luc Jeener » (publié dans la revue « France catholique » du 20 juin 2014)

PDF Jeener

 

Et le critique initiale en intégralité :

 

La pièce Le Mariage de Jean-Luc Jeener au Théâtre du Nord-Ouest
 

LE RÉALISME INGÉNIEUX… ET POURTANT SUSPECT !

 
 
I – UN RÉALISME AUDACIEUX

 

« Si tu veux qu’on se parle, il va falloir que tu apprennes à ne pas avoir peur des mots ! » (le père à sa fille Claire)

 

Vous vous sentez facilement submergé par les débats d’idées trop animés et trop poussés entre amis ? N’allez pas voir cette pièce. Vous sortiriez la tête pleine comme une pastèque ! En revanche, si vous aimez la haute voltige intellectuelle, les dialogues bien écrits, les pièces-miroir-social contemporaines, vous vous délecterez en assistant au Mariage de Jean-Luc Jeener.

 

L’intrigue est simple : il s’agit d’un huis clos dans lequel, pendant un apéro, un père (interprété par l’auteur lui-même) reçoit sa fille Claire et la compagne de celle-ci, Suzanne, qui lui annoncent leur intention de se marier et d’avoir des enfants… ce qui ne ravit absolument pas le père !

 

Quand Jean-Luc Jeener cherche à baptiser ses pièces, il ne se foule pas. Le thème est dans le titre. Éponymie directe ! Il veut parler de l’homosexualité ? : il intitulera sa pièce Homosexualité (j’étais allé la voir en 2008). Il veut traiter du « mariage pour tous » ? Sa nouvelle pièce s’appelle Le Mariage ! La prétention naturaliste est affichée d’emblée !

 

Le parti pris de Jeener est réaliste : pas de poésie. Le Mariage est une pièce quasi photographique. Même si le ton du débat est encore trop soft par rapport au réel, c’est quand même la première pièce sur le « mariage pour tous » et ses enjeux, que je vois de mes propres yeux en France. Le Mariage a le mérite de poser les bases de l’échange intellectuel de haute tenue, d’étaler toutes les cartes de l’argumentaire des deux parties d’un débat français qui n’a pas eu lieu. En cela, je la trouve visionnaire et courageuse. C’est une pièce didactique, pédagogique, où il y a du contenu et de l’écoute. Et ça fait du bien ! On en a tellement manqué !

 

En plus, Jeener a la finesse de ne pas orchestrer le combat rebattu entre essentialistes (ou naturalistes) et constructionnistes (ou culturalistes Gender & Queer) puisque le discours de son héros (le père) n’est pas uniquement spiritualo-biologiste : ce dernier parle bien de l’articulation Nature/Culture : il défend « l’intelligence de la culture » (« Nous nous complétons. Et ça, c’est magnifique culturellement. ») Le dramaturge a tellement bien compris le sujet de l’homosexualité qu’il est l’un des seuls artistes français que j’aie entendus à ce jour remettre en cause l’hétérosexualité ! « Homosexuel donne hétérosexuel. Hétérosexuel, c’est le ‘contraire pratique’ d’homosexualité. L’hétérosexualité qui montre bien la folie de ce monde ! » (le père) C’est du très grand ! et du très précoce !

 

En outre, sur scène, le héros paternel balance vertement des constats sur l’acte homosexuel qui sont politiquement incorrects, souvent vrais, et qui ne sont pas homophobes (ils ne le deviennent que parce qu’ils ne distinguent pas l’acte homosexuel de la personne homosexuelle) : « On ne légifère pas sur une infime minorité. » ; « Ce type d’amours ne dure pas. Tu peux fuir la réalité. Elle te rattrapera. » ; « Il est tiède… comme le sera votre mariage. » ; « L’homosexualité est une infantilisation. » ; « La mort est en marche. » ; etc. Le père associe la pratique homosexuelle à la peur, à la paresse, à l’infantilisation d’une société qui veut tuer son Peuple à petit feu et à coup de slogans amoureux. Il a raison. Jeener dénonce les hypocrisies des nouveaux riches adulescents bobos qui, à travers la promotion de l’homosexualité, cherchent à justifier leurs peurs et leurs privilèges (« Vous êtes une petite bourgeoise. » dira le père à Suzanne) quitte à se contredire eux-mêmes dans des fausses nuances (« Je suis pour le mariage mais pas pour les mères porteuses. » affirme Suzanne) et dans leur caprice (« Je veux un enfant et je l’aurai ! » gémit Claire).

 

Cette pièce est tellement réaliste que le spectateur en oublierait presque qu’il est au théâtre ! Pendant la représentation à laquelle j’ai assistée (le 5 juin 2014 dernier), des gens dans le public parlaient même tout haut et prenaient spontanément part à la discussion. C’est à la fois bon et mauvais signe. Bon signe pour le réalisme et l’interactivité que suscite une telle intrigue. Mauvais signe parce que le spectateur n’a plus tellement conscience de participer à une œuvre artistique qui l’évade du Réel, qui marque la belle frontière entre fiction et réalité, et qui mérite sa retenue d’auditeur.

 

Petit bémol, donc. Le Mariage est tellement en avance sur son temps qu’elle perd les trois-quarts de ses spectateurs. Même le public du Théâtre du Nord-Ouest (pas le plus ignare de Paris !) semble avoir trouvé la pièce un peu compliquée et trop « psychologique ». Jeener est un petit génie, en avance sur son époque. Il doit en porter l’isolement. Et je crois qu’il le fait très bien, d’ailleurs. Mais il en paie forcément les conséquences quand même.

 
 

II – D’ÉTONNANTES INCOHÉRENCES ET IMPROBABILITÉS

 

Toute la partition du père a l’air bonne. Et pourtant… quand on se place trop prêt du tableau qu’on portraiture avec minutie, on finit par ne plus le voir bien. Trop de réalisme nuit au réalisme. Car tout d’un coup, c’est l’intention qui finit par se supplanter au Réel.

 

En regardant l’ensemble de la pièce Le Mariage, le spectateur se rend assez vite compte des petites incohérences qu’elle contient. Par exemple, au début, le père dit de manière coquine et entendue à sa fille Claire qu’il devine aisément qu’elle aide sa copine Suzanne à la rédaction de sa thèse : « J’imagine que tu lui donnes un coup de main !… » Et juste après, il feint de tomber des nues quand elle lui annonce qu’elles sont en couple, et rentre dans une colère homérique pas très naturelle.

 

Autre exemple de légères improbabilités : le personnage de Suzanne n’arrête pas de se plaindre d’être « interrompue ». Alors que dans les faits, elle a nettement moins d’arguments que le père et écoute plus qu’elle n’a d’idées à défendre. Également sur la tonalité qu’elle choisit, on se met à douter : elle répond très vite de manière insolente à son futur « beau-père », et face à sa copine qui ne s’en offusque même pas… alors que pour une première réunion « familiale », on attend quand même un peu plus de timidité et de politesse. Mais non. Son insolence devrait passer comme une lettre à la Poste ! Par ailleurs, l’étudiante en psycho effrontée utilise d’elle-même un jargon (par exemple le mot « altérité ») que je n’ai jamais entendu de la bouche des vrais théoriciens du queer. C’est peu probable.

 

Ensuite, même si ça se donne l’air de clasher sur scène entre comédiens, ça ne pètera jamais comme ça dans la réalité, je peux vous l’assurer ! Une sentence paternelle telle que « L’homosexualité est une mort » par exemple, elle n’aurait même pas eu la chance et l’espace temporel d’être prononcée dans un contexte réel. Concrètement, ça claque la porte pour moins que ça ! La situation narrative du débat et sa durée théâtrale sont déjà totalement improbables à cause de la nature-même des discussions sur l’homosexualité, une nature explosive, et que je n’ai jamais vue dépassionnée, dialogale, sur le terrain. Encore une incohérence, donc…

 

Pareil, dans Le Mariage, la colère du père arrive souvent comme des éclairs dans un beau ciel bleu dégagé. Ses coups d’éclat sont très téléphonés. Personnellement, je n’y crois pas. Jeener se force à rentrer dans la peau de l’irascible et orageux papy Mougeot, se met à insulter et à invectiver les deux femmes quand on s’y attend le moins, et sans réel motif situationnel. Par exemple, quand Suzanne console chastement Claire qui s’effondre en larmes, il leur saute dessus en leur demandant d’« aller faire leurs cochonneries ailleurs ! ». En bonne caricature du patriarche XVIIIe siècle, il les menace de « leur ficher la torgnole qu’elles méritent » ! Il se laisse aller à la violence… alors que son discours serait suffisamment solide pour ne pas avoir à se saborder lui-même par ce genre de facilités. Ce n’est pas crédible. À un moment, de « rage », papa balance ses livres par terre. Je vais vous dire quelque chose qui va peut-être étonner les spectateurs qui trouvent déjà Jeener habituellement trop « sanguin » sur scène : pour moi, il ne sait pas s’énerver (même si, pour d’autres émotions, il joue à la perfection).

 

Nouvel autre détail qui décrédibilise un peu le tout : Jeener a conçu sa pièce comme une dissertation (structure pas très heureuse pour une œuvre dramaturgique, mais bon…) et au beau milieu de la narration, voyant que l’action s’essoufle, le personnage du père nous présente scolairement son plan en trois parties (a – l’homosexualité, b – le mariage, c – la filiation) : « On a parlé de l’homosexualité. Mais on n’a pas parlé du mariage. » Cette conduite interventionniste du metteur en scène par l’intermédiaire de son héros frise l’amateurisme et trahit finalement quelques longueurs. Avec Le Mariage, le public a droit aux clichés pathos sincères, aux ressorts dramaturgiques faciles de la tragédie : le couple amoureux, le père qui se fâche, la nana en pleurs, le pater qui fait souffrir, le pardon final. C’est ce qui fait que la pièce paraît un peu longuette, et que Jeener est obligé de rallonger la sauce par une deuxième partie sur le « mariage ». La dramaturgie du Mariage tourne en rond, devient malgré elle un peu bavarde.

 
 

III – L’INCOHÉRENCE PERMISE et CALCULÉE : UNE JUSTIFICATION VOILÉE DE L’HOMOSEXUALITÉ

 

J’ai du mal à croire que Jean-Luc Jeener n’ait pas calculé ces réalismes forcés, ces incohérences. Ou plutôt je crois qu’il s’est coulé lui-même en le faisant exprès, qu’il a coulé « un peu » sa pièce, et qu’il a coulé exprès son héros et son argumentaire pour mieux justifier inconsciemment son propre sentimentalisme bisexuel inavoué/inavouable !

 

Car en effet, tout pousse dramaturgiquement le spectateur à ne pas prendre le parti de l’opposition au « mariage homo ». L’agressivité est du côté du pater familias esseulé. Le « privilège » de la consternation est réservé aux filles, et donc confié au public. Claire fusille son père du regard tout le long de la pièce, joue l’indignation abasourdie « qui se passe de commentaires ». Sous nos yeux, le père se fait lapider verbalement par les deux amantes, littéralement cracher dessus : « Vous êtes un vrai salaud… » (Suzanne) ; « Vieux schnock ! » (idem) ; etc. Dans les répliques, le mépris est toujours imputé au père, soi-disant « prisonnier de ses préjugés judéo-chrétiens » ; jamais aux deux femmes (alors qu’il y aurait largement plus de quoi le leur attribuer !).

 

Et le père arrive malgré ça à flatter la partie adverse, à se faire passer pour le fautif de l’histoire qui doit demander pardon. Il prête à celles qu’il contredit toutes les qualités (ce qui n’est pas le cas dans l’autre sens). Le personnage de Suzanne est auréolé de gloire, d’intelligence, de génie, par exemple : « Elle est malicieuse, ta petite amie. » ; « Vous êtes très observatrice. » ; « Elle a du caractère ! » Jeener place la jeune universitaire comme la « Voix de la Conscience » du Mariage, celle qui se défend bien, qui a du répondant, qui parle cash, qui donne une leçon d’humanité et de sensibilité au « vieil ours mal léché ». Elle est à peine caricaturée comme une jargonneuse Gender ou comme une pauvre thésarde en psycho qui ferait finalement des analyses de comptoir pour justifier ses propres fantasmes identitaires/amoureux.

 

Le père est un personnage d’autant plus agaçant aux yeux du public qu’il a en apparence raison argumentativement, mais qu’il pèche régulièrement par impatience et manque d’écoute (Suzanne n’arrête pas de lui demander de cesser de l’interrompre : pauvre petite chatte…).

 

Jeener donne l’illusion que c’est un débat équilibré puisque le fait que le père soit seul contre deux serait compensé par le double temps de parole qui lui est accordé ainsi que par sa profusion d’arguments plus solides que ceux des deux femmes réunies. Mais en réalité, il fait tenir au père des thèses non pas simplistes, mais inappropriées : c’est-à-dire fondées sur la « Nature culturelle » des choses ou bien sur la « Foi », deux domaines bien subjectifs ou au contraire bien froids, finalement (« Cette rupture sexuelle a été voulue par Dieu. C’est une constante de la Nature. » ; « Le seul intérêt de l’homosexualité, c’est le péché. » ; il cite Sodome et Gomorrhe)… alors qu’en face, du côté du « couple » lesbien, on entend des arguments affectifs et sentimentaux beaucoup plus passe-partout et convaincants pour nos contemporains (= être soi, être libre, s’accepter soi-même, aimer, ne pas se mettre à la place de l’autre, être sympa, etc.). L’argumentaire du père est plus paradoxal et inextricable que celui de la partie adverse. Se mêlent à ses arguments de poids, un aphorisme de bas étage qui les plombe. Son discours repose souvent sur l’anathème insultant et clairement homophobe (« Tous les pédés de la Terre » ; « les pédés et les gouines » ; etc.), sur la présomption de folie (« La folie de cette société » ; « À cause de la folie de ce gouvernement de merde ! » ; « Je ne suis pas totalement stupide. Je me doutais bien d’une folie de ce genre ! » ; il traite régulièrement sa fille et sa compagne de « folles »), sur le refus arbitraire du « progrès » (« Cette société du futur, je n’en veux pas ! » ), sur l’orgueil vidé d’empathie (« Je ne dis pas d’horreurs. Je dis la Vérité. »), sur un déni apparent de réalité (il refuse d’accréditer l’homosexualité de sa fille : pour lui, l’homosexualité n’existe pas en tant qu’identité ni en tant que désir : c’est juste un acte, et donc une pratique ponctuelle et passagère qui doit être banalisée : « Ma fille couche avec des femmes. Ça ne me dérange pas. »), sur une rébellion antigouvernementale qui semble gratuite (« Notre président de la République sape les fondements de notre société. »), sur la promotion d’un amour désincarné entre l’homme et la femme.

 

En effet, le père défend la différence des sexes comme quelque chose de « formidable », qui a reçu la « Grâce de Dieu » (« De toutes les altérités, c’est la plus importante. »). Mais il ne dit pas en quoi elle serait formidable ou importante. Il la fige en principe moral, culturel ou religieux : « C’est la grande loi de Dieu : une femme est une femme, un homme est un homme. » assène-t-il militairement, en citant la Genèse. Il s’exprime comme un vieux gars célibataire et cérébral, qui écrit et intellectualise plus qu’il ne pense à aimer. Il ne parle pas véritablement d’Amour. Et la seule fois où il évoque la différence des sexes couronnée par l’Amour, c’est sur le ton agressif de la révolte (« Un enfant, c’est le résultat d’une nuit où un homme et une femme se sont aimés ! ») ou sur le registre du regret et de l’amour impossible (il a été quitté par sa femme, même s’il prétend toujours l’aimer : « On ne s’entend plus. »). Le père est donc « un peu » mal placé pour convaincre sur la beauté de la différence des sexes aimante… En plus, il aggrave son cas en tenant à divers moments un discours à la Zemmour, pas assez argumenté pour paraître « non misogyne » et non-sexiste aux oreilles d’un public non averti : « Les hommes sont des primaires. Les femmes des secondaires. » ; « Si une société se féminise trop, elle devient dangereuse. »

 

J’avais déjà remarqué dans les pièces de Jeener sur l’homosexualité, que les arguments employés ne sont certes pas les plus attendus ni les plus communs, mais pour autant, ce ne sont pas non plus les plus réalistes ni les meilleurs. Par exemple, dans la pièce Homosexualité (2008), malgré les discours bien montés du supérieur de séminaire, je m’étais fait la réflexion que jamais un vrai prêtre catholique ne parlerait comme ça, ne se comporterait comme ça et n’utiliserait ce genre de démonstrations pour se justifier de ne pas cautionner l’homosexualité.

 

De même avec Le Mariage, le discours paternaliste sur l’homosexualité, tout élaboré et novateur qu’il soit, ne donne pas le meilleur de l’argumentaire d’opposition à la pratique homo ni au « mariage pour tous ». Le père s’excite trop pour que ce soit une saine colère convaincante. On n’a pas affaire à de la vraie haine productive. Pourtant, on aurait été censés avoir toutes les preuves en mains, au niveau de ses mots, de ses arguments et de ses attitudes, pour le penser haineux-à-raison ou souffrant et pour le traîner en procès d’homophobie. « Vous pouvez entendre que tout ça est douloureux pour moi ! » (le père) Mais on n’y croit pas. Parce que Jeener ne suit pas avec son cœur ce qu’il énonce en tant que personnage. Il s’excuse d’être dur tout en ne l’étant pas vraiment puisqu’il valide et décrit explicitement sa dureté (démarche qu’un vrai dur n’aurait jamais) : « Je suis insupportable. Mais j’ai des convictions. » ; « J’exagère un petit peu la forme. Mais pas le fond. » ; « Je suis insupportable. » ; etc. Finalement, il a tout fait pour perdre la joute oratoire, ou la faire perdre au personnage qu’il joue. Il n’a pas orchestré un vrai débat équilibré (c’est une habitude chez Jeener, visiblement, dès qu’il traite de l’homosexualité au théâtre : déjà dans sa pièce Homosexualité, on retrouvait le même schéma « 2 pro-gays contre 1 anti »). Il déblatère des arguments qui semblent n’aller que dans le sens de l’antithèse. Mais de cœur, il semble partisan de la thèse des deux muettes. C’est la raison pour laquelle le personnage de Suzanne répète à maintes reprises au père : « Vous parlez sans sentir. Vous parlez sans sentir. »

 

Le Mariage est une pièce qui laisse la part belle aux arguments du père. Il déblatère ses constructions mentales, et plus à propos que les filles. Mais c’est une illusion d’optique. Car Jeener sait que le blabla est moins vendeur pour un public avide de silence et de discours affectifs simplifiés, qu’une tirade riche et inaccessible. Le dramaturge pèche par bavardage (sa pièce ne serait d’ailleurs pas si bavarde si elle était totalement vraie au niveau du discours). Il a beau avoir raison, il se grille en interprétant l’excès de justification, l’excès de réalisme. Comme un homme qui veut absolument prouver qu’il a raison… parce qu’il n’en est pas si sûr lui-même, et parce qu’il s’attache davantage à « avoir raison » qu’à aimer. En donnant les mauvais arguments (ou pas les meilleurs) à son opposition, même s’il (se) donne l’illusion qu’ils sont bons par leur quantité, il finit par ne pas être crédible, par se faire seppuku en direct, et par justifier la partie adverse. Ce ne sont pas les arguments habituels du débat du « mariage pour tous », certes, mais ce n’est pas les bons non plus.

 

Jeener défend mal son personnage principal et son bout de gras. On dirait qu’il le fait exprès. Comme le « vieux con » désabusé, qui sait qu’il offre des perles aux cochons, qui s’en rend compte et qui lâche cyniquement/tendrement l’affaire. J’ai raison… mais au diable la raison « rationnaliste » ! Ne soyons pas plus royaliste que le roi… Je m’abandonne (à regret ?) à l’« amour » et à la compassion contrariée ! Je m’adapte bon gré mal gré au rythme de mon époque et de mes contemporains qui me font de la peine à s’aimer mal, mais qui me touchent malgré tout dans leur sincérité. Et « c’est mieux ainsi »…  « J’en veux juste à ce siècle, à cette société qui banalise tout. » (cf. phrase finale) Et nous, spectateurs, assistons, médusés, à l’abandon laconique du « vieux réac », du faux guerrier. Nous avons même droit à son mea culpa final : « À vous aussi je demande pardon. » Il dira à sa fille qui veut se faire inséminer qu’il considèrera son enfant comme son propre fils ! C’est « bôôô »… Comme par hasard, le pardon final ne va que dans un sens : du père vers les filles, et non l’inverse. C’est mine de rien une pièce de la contemplation de la repentance de celui qui a raison et qui aurait dû l’assumer.

 

Moi, je trouve ça fascinant et étrange, ce militantisme faussement jusque-boutiste, ce parcours oratoire qui s’arrête avant sa victoire, ou qui retourne miraculeusement sa veste in extremis. À l’image du père et/ou de l’artiste qui n’est pas allé manifester au « Manif Pour Tous » parce que soi-disant « il y a d’autres formes pour défendre ses idées »… mais finalement, ces formes-là, même sur une scène de théâtre, elles ne sont pas davantage assumées et défendues que sur le pavé…

 

À la surprise générale, on lit en filigrane dans Le Mariage une justification par défaut de l’homosexualité, un soutien en demi-teinte. Une des toutes dernières tirades de la pièce est explicite et va dans ce sens : « L’homosexualité est une mort. La mort est belle… sauf qu’elle est moins belle que la vie. » D’ailleurs, le père finit par souhaiter au couple de tourterelles sur le chemin du départ précipité un « bon mariage ! »

 

Déjà, dans sa pièce Homosexualité, le parti pris de Jeener en faveur de la justification de l’amour homosexuel m’avait surpris par son ambiguïté. Même si le prêtre accompagnateur (Paul) du héros (Pierre) s’était bien débrouillé pour démonter la solidité de l’amour entre les deux partenaires homos (Pierre et Julien), je m’étais fait la réflexion qu’il le cautionnait malgré tout parce que jamais un prêtre catholique n’aurait tenu un discours aussi caricatural, et parce que la citadelle argumentative qu’il avait bâtie pour récuser l’homosexualité résonnait elle aussi comme un aveu de faiblesse, un manquement d’amour.

 

Ça m’amuse, avec cette nouvelle pièce jeenerienne Le Mariage, de débusquer également la part de lâcheté et d’incohérence de la démarche artistique de son auteur. Car, comme je l’ai déjà largement expliqué dans mes livres, je lis dans tout relent homophobe une auto-pénitence et une auto-autorisation personnelle de quand même croire « exceptionnellement » à l’homosexualité pour soi parce qu’on n’y croit pas généralement pour les autres. Une part – la plus lucide – de Jeener détruit l’homosexualité, l’autre part – celle qui, dans ses pièces, finit par vaincre même si elle perd toujours la bataille argumentative – la défend. Un aveu voilé d’homosexualité (… ou pas) : « Vous n’avez jamais rencontré de vrais homosexuels. Ce sont des bossus qui riraient de votre propre mariage ! » déclare cyniquement le père – voûté, fatigué et rieur comme un vieux bossu, comme par hasard… – à Claire et Suzanne.

 

Il y a du paradoxe dans les pièces de Jean-Luc Jeener, donc finalement beaucoup de contenu. Ça en agacera peut-être certains, qui y verront une prise de tête inutile, une « masturbation intellectuelle » qui n’attirera pas les foules, un étalage de « clichés » (c’est ce qui est ressorti des commentaires post-pièce que j’ai écoutés discrètement à la sortie du théâtre). Mais d’un autre côté, ça passionnera ceux qui n’essaient pas d’arracher à l’auteur ses intentions partisanes et son didactisme, ceux qui ne cherchent pas à tout prix à répondre à la question « Mais dans quel camp se place-t-il ? Qu’a-t-il cherché à défendre, au juste ? ». Et ça passionnera surtout ceux qui, comme moi, s’affairent à mener le plus loin possible l’enquête de son positionnement moral.

 

Et c’est vrai que même à l’issue de la pièce, on a encore du mal à savoir où Jeener veut en venir. Comme le grand sculpteur de génie qui réalise devant nous une œuvre technique prodigieuse, complexe, fouillée argumentativement, … et puis qui, à peine après l’avoir esquissée, la remet en doute et l’efface. Pour la beauté du geste ! pour la fugacité de l’événement ! pour le caractère éphémère de l’exercice rhétorique ! bref, pour le théâtre ! Et à l’inverse, Jeener sauve par la passion et l’empathie ce qu’il avait pourtant disséqué/détruit méthodiquement pendant une heure et quart avec une honnêteté intellectuelle saisissante, glaçante. Démarche masochiste ? Torturée, tout du moins ! L’artiste expose, concernant l’homosexualité (un sujet qui le travaille !), son propre conflit entre raison et sentiment, entre homosexualité latente et description clinique et désabusée de l’homosexualité pratiquée/identitarisée. Conflit qu’il exhibe tel quel, comme un gosse qui ne prétend pas le résoudre parce qu’il prétend trop le résoudre.

 

La pièce Le Mariage repose donc sur le faux réalisme. Trompe l’œil qui sied parfaitement au théâtre, me direz-vous ! Et je trouve l’exhibition de ce déchirement moral intérieur, de ce combat spirituel et identitaire, tout à fait réussie et riche. Cela mérite vraiment un traitement dramaturgique. Merci Monsieur Jeener. J’aime décidément beaucoup ce que vous faites. Et je ne veux pas que vous mouriez !

Film « La Mante religieuse » de Natalie Saracco : rêverie de femme bobo exaltée

Mante 1

 

Le tout dernier film de Natalie Saracco, « La Mante religieuse », vient de sortir dans les salles françaises. Ne vous en faites pas : je ne vais pas dégainer et jouer mon rabat-joie. Tout ce qui contribue à grandir l’Église et à faire connaître le Christ « aux périphéries » me réjouit profondément et ne réveille en moi (du moins, j’essaie) aucune amertume ni jalousie mal placée. La preuve : j’ai adoré – dans le sens christique du verbe – des films comme « Des hommes et des dieux » et « Qui a envie d’être aimé ? ». Donc il m’arrive d’aimer très fort des films cathos-sur-les-cathos. Si si. Je n’hésite pas à applaudir quand ça me plaît franchement. Et quand je n’aime pas, je n’hésite pas non plus à ne pas applaudir.

 

Pour ce qui est de « La Mante religieuse », je n’applaudirai pas. Et j’entends déjà la cohorte de certains « cathos » se rêvant avant-gardistes et « ouverts » me traiter de « grand méchant blasé » parce qu’ils devinent (à raison) que je ne vais pas en dire que du bien. Ils me tiennent le discours de la bonne intention : « Pour une fois qu’au niveau artistique et médiatique les cathos de conviction montent au créneau avec une œuvre osée, originale, moderne, sans concession, accessible aux non-croyants, il y a à encourager plutôt qu’à chercher la petite bête. Un peu de hauteur de vue ! Mets ton égo et les détails qui te chiffonnent de côté ! On passe sur les imprécisions et on avance ensemble, comme une grande famille aux multiples sensibilités et parcours, y compris les moins ‘catholiquement corrects’ et les plus cabossés. C’est ça, la Charité et la Miséricorde divine ! ».

 

MAIS MAIS MAIS…

 

Ce n’est pas parce qu’une œuvre parle de Dieu, d’Amour, de conversion, de Miséricorde, qu’elle est forcément bien. Ce n’est pas parce qu’on est en gros d’accord sur les intentions et le But, que pour autant il ne faut pas être précis et qu’on ne peut pas discuter les formes et le fond choisis… surtout quand le fossé entre intentions et Vérité ne relève plus du détail et heurte notre conscience. L’exaltation de certains spectateurs autour de « La Mante religieuse » me fait penser à l’euphorie aveugle qu’il y a eue (et qu’il y a encore) autour de films comme « Tree Of Life » ou « La Passion » de Mel Gibson. À l’époque, je me souviens, au sujet de « La Passion », que je m’étais pris les foudres de certains cathos tradis/convertis parce que j’avais osé dire que j’avais trouvé ce film grotesque, risible, narcissique, manichéen, proche du délire mystique et du contre-témoignage chrétien (certes, Jésus nous demande à chacun de consentir à porter notre croix… mais en aucun cas c’est Lui qui nous donne notre croix ; jamais non plus Il nous demande de nous prendre pour Lui ; jamais Il nous demande de souffrir comme Lui a souffert : au contraire, Il se bat pour que nous n’ayons pas à souffrir comme Lui !). Toute création cinématographique catho, y compris celle qui défend l’Église, est critiquable. Ce n’est pas uniquement le thème qui fait la justesse et la légitimité d’une œuvre artistique. Ce n’est pas davantage la foi ou le parcours spirituel de l’artiste qui l’a créée. C’est avant tout l’œuvre elle-même et le traitement du thème religieux qui comptent. On peut tout à fait défendre artistiquement Jésus MAL, ou bien Le défendre artistiquement BIEN. Et parfois, on croit Le défendre, alors qu’en réalité on Le caricature, en sélectionnant ce qui chez Lui nous arrange, ou en choisissant de se placer devant Lui. Bref, artistiquement, on peut faire la moitié du bon chemin et se servir de cela pour ensuite s’arrêter à mi-parcours et se reposer sur ses lauriers. Et ça, ça ne va pas. Le dire n’annule pas la beauté et le mérite de la « première moitié de parcours ». Mais au moins, qu’on ne m’oblige pas à penser que celle-ci est aboutie, parfaite, sainte, incritiquable, 100% juste, car dans le cas de « La Mante religieuse », ce n’est pas vrai.

 

Mante paroissienne

 

Il y a de belles pousses dans « La Mante religieuse ». C’est indéniable. C’est le récit d’une conversion spectaculaire qui force le respect. Il comporte de beaux messages (de Paix, d’Amour, d’Espérance, de défense de la vulnérabilité humaine, de l’accueil des pauvres et des pécheurs). En plus, les comédiens et la réalisatrice nous rabâchent les oreilles pendant les avant-premières pour nous dire que ce film a été une « aventure humaine » extraordinaire, a eu des fruits spirituels concrets, et que l’intrigue a débordé positivement sur le réel, sur les comédiens, sur le public, qu’il a produit de belles réflexions et de beaux échanges (l’actrice principale – Mylène Champanoï – va d’ailleurs se faire baptiser et faire baptiser son enfant). Je comprends les quelques amis qui l’ont trouvé magnifique et qui ont pleuré. Il y a dans ce film une mise à nue courageuse (presque humble), une audace et une sincérité (je n’ai pas dit « Vérité ») pour pousser un cri d’écorchée vive. Un cri certes maladroit et volontairement sale, agressif, provoquant, fougueux, désespéré. Mais un cri qu’on entend et qui ne laisse pas insensible, qui remue le cœur. Je comprends ce qu’a voulu faire passer Natalie Saracco, et je perçois un peu la foi sincère, impétueuse qui la traverse.

 

Je dis simplement que la sincérité (même spirituelle) n’excuse pas tout et ne suffit pas à faire une belle œuvre d’art mature et sainte. Il y a dans « La Mante religieuse » des immaturités (et nous sommes tous des cathos immatures, moi le premier) et des messages qui, à mon avis, ne sont pas évangéliques. Pire, je trouve qu’ils confinent parfois à la rêverie de la femme exaltée néo-convertie. C’est ce que j’appellerais la « tentation Frigide Barjot » : avancer sa rebellitude et sa conversion religieuse pour s’auto-proclamer sainte Marie-Madeleine des temps modernes ; agir dans la précipitation pour justifier l’urgence de l’Évangélisation. Désolé, mais ce chantage aux sentiments et cette prétention qui s’annonce comme de l’humilité ou du courage (alors qu’on peut tout à fait être blessé ET malhonnête, être audacieux ET inconséquent, être pauvre ET aussi orgueilleux qu’un riche, être athée converti ET aussi prétentieux qu’une grenouille de bénitier, être vulgaire ET manquer de sainteté), ils ne sont pas justes. Même si Natalie Saracco en a un peu conscience en s’auto-décrivant comme une femme « passionnée et intempérante », volcanique, battante, jusque-boutiste et excessive, un peu borderline, indigne d’être aimée de Dieu et des cathos, je ne pense pas qu’elle se rende compte de toutes les immaturités (spirituelles et affectives) qui transparaissent dans son film « struggle of life ». Car elle est prise dans la spirale de son volontarisme : elle parle de « cracher ses tripes », et semble défendre un cinéma de l’extrême (pas de l’ultra extrême, car elle veille à ne pas trop scandaliser ; mais elle veut quand même déranger à tout prix). Je doute aussi que ceux qui plébiscitent ce film se rendent également compte des immaturités dont je vais parler. Car quand je me permets de les évoquer avec eux, ils me rétorquent qu’elles constituent tout le charme incorrect du film, qu’elles seraient dénoncées parce que montrées, qu’elles seraient excusables parce qu’assumées. Mais moi, je ne me base pas sur des intentions apparentes ni affichées pour juger une œuvre. Je ne m’appuie pas sur ce que le film semble raconter, défendre, dénoncer, ou sur les effets qu’on souhaite lui prêtés, mais avant tout sur ce qu’il raconte, défend et dénonce concrètement. Et quand je regarde avec honnêteté les faits, je vois effectivement qu’il y a problème. Tant sur le fond que sur la forme.

 
 

LA SOUFFRANCE AVANT LA FORCE QUI LA LIBÈRE (ET QUI NE LA JUSTIFIE ABSOLUMENT PAS !)

 

La première chose qui me dérange et qui m’apparaît comme une immaturité, voire une fausseté, c’est le message de fond du film, qui pourrait se résumer à cette bonne intention = prouver l’humanité de tous les Hommes (y compris des saints prêtres) et dire que toute fragilité humaine est guérie par la Miséricorde divine. En théorie, rien à redire. Mais le film « La Mante religieuse » est tellement centré sur la « fragilité », qu’il en oublierait finalement de dire qu’elle n’est pas un but, mais seulement un moyen (non nécessaire et non justifiable, en plus !) pour conduire à Dieu.

 

« Les plus grands fans de films, ce sont des prêtres et des religieuses, qui m’ont dit : ‘Grâce à ton film, on va comprendre qu’on n’est pas des robots.’ » déclare Natalie Saracco pendant une de ses interviews (lors de l’avant-première au cinéma Publicis des Champs-Élysées, le 28 mai 2014 dernier). J’ai l’impression que la réalisatrice a fait la part belle à la base mais pas tellement au sommet. Elle se rend plus proche de l’humanité pécheresse (et elle s’est attachée à en grossir les traits les plus coupants) que de la divinité et de l’humanité rachetée. « C’est un film qui parle de notre fragilité. » ; « J’ai puisé dans mon cœur, dans mon ADN. Donc c’est vrai que Jézabel me correspond à fond. Par contre, j’ai absolument pas fait ce qu’elle a fait. J’ai fait des choses qu’elle a pu faire, que le père David a pu faire. Je suis un mélange des deux, et je l’assume complètement. Mais comme nous tous, quoi. L’ombre et la lumière, basta ! Je dirais : s’il y a qu’un seul saint, c’est Dieu. Nous on est juste humains. » N.S. défend l’idée (fausse à mon avis) selon laquelle la maturité serait réductible à la souffrance, ou en tout cas à l’expérience empirique de celle-ci et au nombre de galères qu’on aurait accumulées dans sa vie. Par exemple, en « castant » son comédien Marc Ruchmann pour jouer le rôle de David, elle a pensé au départ qu’il « n’avait pas la maturité pour faire le personnage : il n’avait pas assez souffert. […] Il fallait qu’il vive des trucs. »

 

L’un des grands messages du film, c’est qu’il faut tomber bien bas pour monter bien haut. « Le fait que David trébuche lui permet de se relever. » (Natalie Saracco) ; « Il faut que le grain de blé tombe en terre. Par sa mort, Il lui donne la vie. » (idem). Le mal est présenté comme un besoin, une condition de Salut, une action nécessaire pour revenir encore plus fort vers Dieu. « Jézabel avait besoin de ça pour se réveiller, d’un choc. » Dans le discours de N.S., la souffrance ou le péché sont survalorisés : « Tu te laisses déborder par la souffrance. » Le mal est montré comme le moteur du bien, ou comme au moins son plus grand détonateur. Ça, c’est une vision très manichéenne du Bien, et bien peu évangélique, à mon sens. Car en réalité, le Bien n’a jamais eu besoin du péché pour exister et pour être déjà grand. Et la souffrance ne purifie pas forcément. Il ne faut pas attribuer à la blessure humaine la Force qui la dépasse, qui lui donne vie et qui lui permet d’être fertile. Je crois qu’avec « La Mante religieuse », il y a inversion entre souffrance et « dépassement de la souffrance ». Et c’est gênant. Car le mal est toujours injustifiable, même si sa faiblesse laisse passer la victoire du Bien sur lui.

 
 

UNE FOI UN PEU JEUNE

 

« La Mante religieuse » a le défaut de sa qualité : c’est un film jeune. Il exprime une foi spontanée, débordante (« comme une sortie de boîte après avoir picolé », dira N.S.). Il part d’un bon sentiment, mais nécessiterait d’être consolidé. Il suffit d’écouter Natalie Saracco pendant les avant-premières pour comprendre qu’elle a la fougue des néo-convertis (« J’étais déjà barrée, la tête dans l’Amour de Dieu avant… » prévient-elle), mais aussi le discours encore bouddhisant du relativisme religieux. En effet, elle et ses acteurs parlent de la foi comme d’une nouvelle « came », d’une « énergie », d’un manichéisme (« Nous, humains, ballotés entre le bien et le mal, le yin et le yang qui est en nous… »), d’une « grande philosophie » (Mylène Champanoï), d’un équilibre parfait entre le Bien et le mal (qui seraient deux forces équivalentes). Cette foi n’est pas encore assumée comme préférentiellement catholique. « Je suis chrétienne, pratiquante et tout. Mon meilleur ami est musulman, l’autre il est juif. C’est le même Dieu d’Amour, d’accord ? Dieu rassemble. C’est l’humain qui fout la pagaille, comme d’habitude. » (N.S.)

 

Natalie Saracco prétend transcender la catholicité par des formules et des mots qui font joli mais qui gagneraient à être plus concrets, à dépasser le slogan poétique ou démago : « ‘La Mante religieuse’, c’est une histoire. C’est une histoire qui ne se limite pas à la religion catho. » ; « C’est un film qui parle de l’Amour. De la fragilité humaine. » (idem) ; « Je remercie le Ciel et les étoiles et tout le monde ! » (idem) ; « C’est un film qui s’adresse aux jeunes, à ceux qui n’ont pas la foi. » (idem) ; etc.

 

Et cette foi embryonnaire apparaît en filigrane dans « La Mante religieuse ». À l’intérieur du synopsis, il y a peu d’analyse et de raisonnements. C’est voulu, en plus. C’est surtout la quête de Sens et le témoignage émotionnel qui sont mis en avant : « On est dans le cadre du pur témoignage. » (N.S.) ; « Ce film pose la question du Sens de la Vie. » (idem). Selon ses défenseurs, en gros, « La Mante religieuse » ne se critiquerait pas, ne s’interprèterait pas trop, ne se rationnaliserait pas. Il se « vivrait », tout simplement. C’est avec une désinvolture travaillée (bobo, quoi) que Natalie Saracco nous propose son histoire : « Ce film ne parle pas de la religion catholique, ni des trois religions monothéistes. C’est un film à tiroirs. C’est un film qui pose des questions et qui n’a pas la prétention d’apporter des réponses. Donc c’est un film effectivement qui peut déranger. » Mais elle se soucie finalement peu du message. Et ça finit par se voir.

 

À bien y regarder, on entend de la bouche de certains personnages du film des messages à la rigueur théologique un peu douteuse (et ne commencez pas à me dire : « ouais, mais c’est pour montrer leur humanité… »). Par exemple, le père David tient un discours présenté comme profond, et pourtant, concrètement, il sort des phrases qui ne sont pas justes : « C’est mieux de ne pas avoir de limites. » (un prêtre catho digne de ce nom ne dirait jamais ça, puisqu’il reconnaît justement les limites humaines comme lieux d’expression de la Grâce divine) ; « Qui sait ? Peut-être que t’as l’âme d’une sainte… » affirme le père David à Jézabel (un vrai prêtre catholique ne douterait pas que tout être humain a déjà l’âme d’un saint !)

 

« La Mante religieuse » dénote au fond d’un manque de confiance aux sacrements : sacrement du sacerdoce (fortement remis en cause dans le film, rompu même, et qui ne sera réparé que dans la mort), sacrement du pardon inexistant (le pardon final de Jézabel ne passera pas par le sacrement de réconciliation, mais par une expiation bobo pathos avec la mise en scène de scarification à la cire rouge au milieu d’un cercle de bougies ; le père David, quant à lui, meurt sans rédemption, sans possibilité de se racheter : et ce n’est pas la gamine dans la bagnole qui lui donne l’absolution, faut arrêter le délire), sacrement du mariage (inexistant – on ne voit pas de couples ni de famille de tout le film –, voire carrément présenté comme une tentation, avec la glorification esthétisée et spiritualisée de l’amour impossible entre le curé et sa jeune brebis). La prière n’est pas non plus montrée comme un dialogue serein avec Dieu, mais uniquement comme une supplique, un cri inutile au moment de tomber.

 

Mante 3 prière vaine MarcRuchmann

 

La mort téléphonée du père David à la fin revient à régler le péché par l’accident puis par une conversion finale non moins téléphonée de l’héroïne. Et la vocation religieuse inattendue de Jézabel n’est pas libre : la jeune femme rentre au couvent parce qu’elle aime encore David et pour se consoler de son crime, pour remplacer son amour impossible par une vie monastique ; pas uniquement pour Dieu.

 

C’est plus fort que lui, on dirait ! Le bobo catho a cette passion – obsessionnelle et magique – de la rupture (exactement comme Frigide Barjot devant sa glace de salle de bain) : « Par rapport à moi, le détonateur de ce film, ça a été cet accident… puis la rencontre du cœur de Jésus. » (N.S. parlant de son accident de voiture qui a failli lui coûter la vie et qui, selon elle, a été le déclencheur du film) ; « C’est cet accident qui a été la source de tout ça. » (idem) Je crois que les ruptures font partie de la foi… mais qu’elles ne sont fécondes et ne prennent tout leur relief que dans une continuité dépassionnée.

 

Ce n’est pas pour des prunes si, dans les écoles de théâtre et les conservatoires, on nous apprend dans notre formation de comédiens à ne pas mimer de manière trop explicative ou stéréotypée les émotions : on ne doit pas jouer celui qui joue la tristesse, ni celui qui tombe amoureux, ni celui qui boit un verre. On doit juste être triste et tomber amoureux et boire un verre : point ! Dans le film de Natalie Saracco, beaucoup de scènes sont cousues de fil blanc : la séduction y est très appuyée, la mélancolie, le sexe, la souffrance, l’empathie, l’humour (très téléfilm TF1 ou France 2), la solidarité, la colère, tout est grossi à gros traits. C’est peu subtil et trop naïf. Bien sûr, un peu d’humanité et de sur-jeu ne fait pas de mal. Mais tout est une question de dosage. Et dans « La Mante religieuse », j’ai l’impression que Natalie Saracco a voulu s’imposer de ne pas user du doseur pour faire son gâteau, prouver qu’on peut être un excellent réalisateur sans s’imposer de contraintes. Alors que la contrainte est pourtant un gage de réussite et de respect plus solide que le soi-disant « lâcher prise ».

 

Mante sourire

 

Par exemple, le traitement de la joie dans « La Mante religieuse » se fait sur le mode de l’illustration démonstrative. Il s’agit d’une joie très téléphonée, grossie, extatique, « visible » : l’accueil des SDF, la gamine dans la voiture, le sourire final de Jézabel dans son lit, etc. Désolé, ce n’est pas ça, la vraie joie. Elle ne se limite pas qu’aux sourires ou aux rires. Souvent, c’est plus grave, plus contenu et plus intérieur que ça. Idem pour la tristesse : Natalie Saracco la dépeint de manière très adolescente : le sang contre le mur, l’autoflagellation autour d’un cercle de bougies, le mascara qui coule, les larmes bien visibles, la sortie de boîte, etc. Navré de le souligner, mais la réalisatrice en a fait une caricature de tristesse, de souffrance.

 

Seule exception du film : il y a une scène où précisément la réalisatrice ne tombe pas dans son habituelle tarte à la crème émotionnelle : c’est (comme par hasard !) celle où Jésus est mis en avant en toute humilité, par le chant des religieuses (« Je viens vers toi, Jésus ») et par l’exposition du Saint-Sacrement. Ce film gagnerait tellement à être plus pudique, plus dans l’intériorité de la foi !

 

Néanmoins, il faut comprendre Natalie Saracco. Elle sort (à peine…) de la phase passionnelle et amoureuse de la première rencontre-claque avec l’Église, où tout est rose avec des angelots autour, où tout est voulu ensuite dark parce que ça donne à la conversion rose un côté plus « rock’n’roll » et plus mature. D’ailleurs, son film, selon ses propres dires, est construit comme une « tragédie grecque ». C’est en fait une comédie romantico-dramatique, façon « Les Oiseaux se cachent pour vomir ». À 20 ans, c’est mignon et compréhensible. À 40 ans, un peu moins…

 

Mante Rouvillois

Natalie Saracco et le frère Samuel Rouvillois


 

Natalie Saracco (exactement à l’image de Frigide Barjot) a un petit côté femme-vampirisante, exaltée, accaparante, castratrice, bisexuelle latente, très maternelle… et mante religieuse, justement ! C’est le revers de médaille de sa générosité, de sa soif spirituelle et aussi de ses blessures d’enfance. Comme toute personne blessée et born again, qui essaie de se racheter une innocence béate après ses excès du passé, elle surfe sur le registre de la fusion. Fusion avec ses acteurs. Avec son public. Avec son Dieu. Avec sa propre histoire. Avec ses personnages. Par exemple, pendant les avant-première, Natalie Saracco simule la connivence parfaite avec ses partenaires, ses scénaristes et ses curés qu’elle appelle « chouchou » : « Ma chérie », « Mon cœur », « mon p’tit loup », « frère Sam » (au frère Samuel Rouvillois), etc. Ça sent la camaraderie (sincère mais forcée quand même) à plein nez. Moi, désolé, j’ai besoin de distance, de temps, de relation réelle, de Vérité surtout. Chez Natalie Saracco, l’élan est là, et c’est déjà super, très touchant. Mais il a besoin d’être purifié, je crois. Et je ne pense pas être le seul à trouver ça « too much ».

 

Mante 2 sang

 

Pendant le film, pareil. La distance de chasteté entre le prêtre et l’Église n’est pas toujours respectée (le père David dit à un moment donné maintenir avec Elle un rapport « fusionnel » : où est la chasteté du sacerdoce là-dedans ? et l’Esprit Saint ?). La distance de chasteté entre l’héroïne et l’Église n’est pas toujours respectée non plus. Et ce, jusqu’à la fin : Jézabel qui lèche et touche le sang de David laissé contre le mur de son appartement, c’est du pathos superstitieux à deux balles, par exemple. Dans la Bible, Jésus avait déjà conseillé à Marie-Madeleine qui voulait Le retenir sur Terre de Lui lâcher la grappe. Là, on observe chez l’héroïne de « La Mante religieuse » mais aussi chez la réalisatrice ce même désir magdalénien accaparant (un peu hystérique, disons-le) de conserver sensiblement/matériellement le trésor christique fraîchement découvert. Et cette démarche de mettre la main sur le Prêtre n’est pas pleinement confiante et mature. On mettra ça sur le compte de la tentation typique de certains néo-convertis. Mais encore une fois, même si c’est pour les valoriser, les curés catholiques n’ont pas à être mis en cage, mis en boîte, dominés par des femmes séductrices, frigides et éplorées. Même si elles se présentent comme « converties ».

 

Mante curé en cage

 
 

MÉPRIS INATTENDU ENVERS LES « CATHOS DE BASE »

 

C’est tout un rapport à l’Église (ni trop proche, ni trop éloigné) qui est à travailler, à mûrir. Et je le dis pour nous tous. Ce n’est pas si facile, d’autant plus quand on a la chance de découvrir l’Église comme la grande Passion de notre vie !

 

Je n’ai pas senti dans le film « La Mante religieuse » et dans le discours actuel de Natalie Saracco cette juste distance d’Amour. Ni même cette bienveillance vis à vis de l’« Église intermédiaire », de l’Église-classe-moyenne. Seules sont célébrées l’« Église d’en haut » et l’« Église underground ». L’Église des extrêmes, quoi.

 

C’est surprenant, les paradoxes de la sincérité et de l’idolâtrie. Au départ, c’est la minauderie et l’Opération « Charme ». On note chez N.S. un rapport de séduction par rapport à l’Église. C’est visible dans l’intrigue. Rien que le titre du film (= la Mante religieuse) annonce déjà l’attitude courtisane de la femme fatale vis à vis de la catholicité. Et le but affiché de Jézabel, l’héroïne, c’est de conquérir l’amour du jeune curé : le pire, c’est qu’elle arrive à ses fins, en plus ; et cet « amour », jusqu’à la fin du film, ne sera jamais remis en cause ni discuté. En plus, Jézabel parvient même à mettre la main sur le trophée qu’elle convoitait tant depuis le départ : le col romain ! Tout un symbole. Je sais bien qu’on peut arriver à Dieu pour les mauvaises raisons – et même dans ce cas-là, Il s’en arrange – mais quand même ! C’est mieux de se rendre compte avant qu’elles sont peu ajustées !

 

Et dans la vraie vie, Natalie Saracco ne paraît pas en être sortie, de ce rapport de séduction avec l’Église. Elle semble toujours flirter avec le public catho pendant les avant-premières (au moins une trentaine en France), elle leur tape dans le dos en leur laissant entendre que ça les décoince de boire cul sec le breuvage de sa provocation, et que ça leur fait du bien de sortir de leur petit monde guindé ! On sent dans son discours un mépris mi-taquin mi-sérieux contre « les bons paroissiens ». Un mélange de « On les aime bien au village » + « Ils sont quand même lourds… ». « Tu vois, les cathos, ils savent s’éclater au pieu ! (j’rigole). » (N.S. au Publicis) Par exemple, lorsqu’une spectatrice avoue qu’elle a d’abord été heurtée de voir le curé David succomber charnellement au charme de Jézabel et qu’ensuite elle s’est laissée émerveiller par ce dérapage ecclésiastique (« Ça m’a fait péter une case, j’avoue. »), Natalie Saracco réagit comme une adulescente attardée fêtant sa petite victoire d’avoir réussi à décoincer la catho prude et à lui faire vivre son premier dépucelage : « Yeah ! » Baby ! [vidéo ci-dessous à la 46’53] Non non, on n’est pas du tout, mais alors pas du tout, pris pour des cons…

 

 

Et dans le film, mine de rien, la césure entre les cathos gentils et les cathos pharisiens (qui ne changeront d’ailleurs pas !) est nette. On les voit, les méchants-cathos-hypocrites-qui-devraient-se-convertir-et-qui-n’y-parviendront-pas : Madame Marguerite (the best one, l’indéboulonnable chef de chorale qui a la « cruauté » de virer Jézabel du chœur de la paroisse, cette mégère improbable qui « viderait à elle seule les églises », qui à la fin ne pleure même pas la mort du curé, et qui même l’accuse : très crédible… : depuis la pub Carambar « Jeanine tu es sortie sans tes gants », je n’avais jamais vu pareil phénomène), le sacristain (jaloux et voleur), Madame de Courcy (la mère de l’héroïne, très à cheval sur les horaires de messes et d’enterrements), les parents beaufs de Miss Daisy le gars transgenre M to F (qui ont des images pieuses chez eux mais qui se font traiter de croyants hypocrites qui ne mettent pas leur foi en pratique parce qu’ils « jugent » le travesti), certaines religieuses (montrées comme des femmes peu épanouies et autoritaires), etc. On sent donc dans « La Mante religieuse » un mépris plus ou moins assumé du « bon paroissien » au profit de la promotion du « nouveau catho » (sale, blessé, en cuir, écorché, Marie-Madeleine), un catho New Generation soi-disant « tellement plus saint » que les cathos propres sur eux et irréprochables, soi-disant « tellement plus exemplaire par son contre-exemple » que les cathos ordinaires.

 

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Moi, ce genre de manichéismes moralisateurs faciles me gave grave, je vous le dis tout de suite. D’une part parce qu’ils ne sont pas réalistes, et d’autre part parce qu’ils font l’inverse de la Charité qu’ils prétendent illustrer. On ne les sent pas du tout dans des films tels que « Des hommes et des dieux » ou « Qui a envie d’être aimé ? ». Pour le cas de « Qui a envie d’être aimé ? », par exemple, j’ai pleuré à chaudes larmes. Car la louange de Dieu n’a pas eu besoin d’arrogance, ni de couper l’Église en deux, pour prouver sa beauté. Et les méchants, eux, ont tous une seconde chance. Dans « La Mante religieuse », à part l’exception de conversion qu’est l’héroïne (et encore… je ne suis pas sûr que son amour du père David soit pleinement purifié même au final), les méchants ne se voient proposer aucun chemin de rédemption. Et dans le discours de la réalisatrice, ça casse encore un peu (et sans réalisme en plus) de la paroissienne, de la vieille bigote, de la « dame caté », et plus globalement « du vieux » (c’est ce qui s’appelle « tirer sur l’ambulance »…). Euh… on va peut-être songer à se calmer ? Ce film contient le paradoxe suivant : il réalise l’exploit d’être à la fois pro-Dieu/pro-Église/pro-catholiques, et anti-catholiques. Alors que Natalie Saracco ne s’étonne pas de voir un accueil mitigé et circonspect du public catho qu’elle drague…

 

Mante la soeur

 
 

COMPLAISANCE DANS L’EXCÈS

 

En général, le procès d’intentions intenté par Natalie Saracco et son équipe aux spectateurs qui n’ont pas apprécié le film – pour en réalité ne pas écouter leur juste gêne – est sensiblement le même : il repose d’une part sur l’idéologie du relativisme culturel (= les cathos ne sont pas culturellement préparés à regarder en face la sexualité et l’étendue du Salut du Peuple de Dieu = il faut les décoincer tout en montrant qu’on cherche à les comprendre et à les rassurer, ces braves bêtes), d’autre part sur la présomption que la foi éloignerait du réel et de l’incarnation humaine, ou bien que la Réalité serait du côté du « trash » et du « gênant » (« Beaucoup de cathos n’ont pas aimé et ont jugé certaines scènes trop réalistes. » m’a dit en toute bonne foi un journaliste catho acquis à la cause de « La Mante religieuse »). Non, je regrette, ce n’est pas ça qui fait qu’on n’aime pas le film. Il faut arrêter de prendre les cathos pour des cons.

 

Certes, Natalie Saracco nous assure que « rien n’est complaisant dans son film », qu’« il ne s’agit pas d’un film pornographique » (ce qui est vrai, en plus). Elle tourne en dérision l’indignation et la réserve que certains « cathos coincés et prudes » expriment (ou plutôt exprimeraient) à la vue de certaines scènes chaudes de son film. L’équipe du film n’assume pas ses immaturités et ses dérapages (autre preuve d’immaturité, d’ailleurs !) : Mylène Champanoï (l’actrice qui joue Jézabel) dit par exemple en interview qu’elle n’a pas joué « à poil » mais « nue » ; N.S. prétend sincèrement que le prêtre n’est pas « tombé » mais qu’il a « trébuché ». Bon, ok, si vous voulez…

 

mante sexe

 

Mais ce que Natalie Saracco ne comprend pas, c’est que ce n’est pas en soi le fait qu’il y ait des scènes érotiques qui dérangent (moi, personnellement, j’en ai vues d’autres, et des largement pires !) : c’est d’une part leur lien avec la thématique ecclésiale (j’ai envie de dire : « What’s the fuck ? » Faut-il nécessairement faire une « Vie d’Adèle bis » sauce catho ?), et d’autre part leur inutilité. On peut tout à fait suggérer filmiquement la débauche et la luxure sans les illustrer au pied de la lettre ou jusqu’à leurs ultimes conséquences. Les mises en scène de sexe ou de baisers dans « La Mante religieuse » sont tout simplement illustratives et inutiles. C’EST BON, on a compris que l’héroïne était bi-lesbienne (il aurait suffi de nous montrer deux femmes qui se tiennent la main et qui se disent « je t’aime » : pas besoin de la scène chaude et des nibards et des baisers). On a compris que l’héroïne était la tentatrice et le danger sexuel (pas besoin des regards appuyés, des gros plans sur les yeux et sur les toiles de tableau, pas besoin du fond rouge, des costumes « femme fatale » et des bains coulants et des nombreuses scènes de transgression de la limite fidèle/prêtre).

 

Mante rouge

 

On a compris que le prêtre avait dérapé (pourquoi montrer qu’il se désape ? Pourquoi montrer presque tout le dérapage ? Un simple baiser aurait suffi). On a compris que l’héroïne culpabilisait d’avoir conduit son amant à la mort (Pourquoi cette mise en scène de scarification à la cire rouge et à poil ?). Quel est l’intérêt de tout ça, sinon de choquer pour choquer ? Justement, Natalie Saracco chante la puissance de la suggestion en se valant de la scène de l’homme marié dans la discothèque, où on comprend que Jézabel a fait une fellation ; et on ne voit rien du tout. Mais alors pourquoi elle n’a pas étendu cet effet à tout son film ? Ça restera pour moi un mystère. Ou plutôt la preuve d’un petit caprice propre à la frivolité bobo.

 
 

BOBO

 

Mante 4 bobo

 

On retrouve en effet dans « La Mante religieuse » tous les ingrédients de la culture bobo (bourgeoise-bohème) que je développerai dans mon prochain livre. Cette culture de la fausse décontraction, et qui, pour se rendre plus adulte, a parfois recours au trash : par exemple l’univers « sexe drogue & rock’n roll », la mise en scène émotionnelle de la rencontre entre l’intellectuel de gauche (ou le catho « cool ») et les « gens de peu », l’héroïne artiste peintre, le monde des vernissages, le curé trentenaire, barbu, roulant en scooter dans Paris, parlant comme un djeuns, les bougies, les potes gays ou travestis, etc. Certes, la réalisatrice en vient, de cet univers beaux-ardeux athée underground… mais on voit qu’elle ne veut pas en sortir pour autant. Elle se ligote justement à son côté marginale bipatride, « catho… mais sans l’image qui va avec ». Et ça, c’est hyper bobo.

 

Même « en live », Saracco se la joue « copine cool » avec tout le monde, en cultivant un langage vulgosOuais », « Merci, c’est cool », « les gonzesses », « la meuf », etc.), qui se veut sans concession, mais qui en réalité est un rôle peu libre, un franc-parler pas si « franc » que ça. Car je suis sûr qu’elle pourrait employer un registre moins camionneur et tout aussi juste pour exprimer les mêmes choses. Il y a beaucoup d’image et d’insécurité derrière ce jargon. Et en plus, on n’est jamais « pote de tous » sur commande ; surtout pas en se contentant de sortir des gros mots en public, en forçant son rire pour se donner une contenance, et en offrant des images qui pourtant peuvent faire objectivement violence à un certain public.

 

Plus qu’un épate-bourgeois, le film « La Mante religieuse » est un épate-bobos : tous les spectateurs soucieux de ne pas entendre de messages moraux qui remettent trop en question leurs propres pratiques (religieuse, sexuelle), tous les cathos complexés d’être cathos ou complexés de l’Église-Institution traditionnelle sont enchantés, hurlent « Géniâl, ce film ! Trop ouf ! Trop jubilatoire ! Lumineux ! Dérangeant… », en s’excusant après d’une telle effusion soi-disant « anormale » chez eux (« D’habitude, les films cathos sur les cathos, ça me rase… »).

 

Personnellement, j’attends un cinéma catholique plus adulte… ce qui ne signifie pas « plus triste » ou « plus propre ». Mais là, c’est encore de la fausse rebellitude. Un conseil : allez voir « La Mante religieuse ». Mais avec la liberté de ne pas le trouver forcément génial… car en effet, je crois qu’il ne l’est pas. Et avec la solidarité fraternelle de promouvoir une œuvre qui, quand même, donne envie de croire en Dieu.

Homosexuál Philippe Ariño: Cirkev o homosexualite pochopila všetko (Slovaquie)

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Od roku 2002 sa pohybuje v parížskom homosexuálnom prostredí, ktoré skúma, analyzuje a dokumentuje. Philippe Ariño začínal ako stredoškolský profesor španielčiny, potom ochotnícky herec, neskôr animátor v rádiu a autor siedmich publikácií o homosexualite. Bol pri zakladaní hnutia La Manif Pour Tous, aj keď názorovo sa s ostatnými osobnosťami hnutia nezhoduje. Raz organizátor, inokedy účastník konferencií o homosexualite, ochotne podáva svoje svedectvo na školách a v médiách. V septembri mu vyjde album a koncom roka ďalšia kniha. Spôsob, akým hovorí o homosexualite, nás asi prekvapí, ale zaiste rozšíri naše jednoduché videnie sveta homo-hetero a prinúti sa zamyslieť. Je pre neho paradoxom, že tí, ktorí neveria v Pravdu, nám tvrdia, že Ju vlastnia (Suite sur ce lien ; et ci-dessous, la traduction en français)

 

11 QUESTIONS POSÉES par le journaliste slovaque ŠTEFAN DANIŠOVSKÝ

 

1. Nos lecteurs ne vous connaissent vraisemblablement pas. Qu’est-ce que vous leur diriez de vous-même ? Je m’appelle Philippe Ariño. J’ai 34 ans. J’habite à Paris. Je suis bloggeur du site l’Araignée du Désert (www.araigneedudesert.fr), et j’ai créé un Dictionnaire des Codes homosexuels, unique en son genre. Beaucoup de gens me voient comme un extra-terrestre parce que je suis à la fois homosexuel et catholique pratiquant, parce que je dis que l’alliance entre les deux peut être tout à fait heureuse – et moteur de sainteté ! – à partir du moment où l’homosexualité est identifiée et donnée à l’Église et au monde sans être pratiquée.

2. Vous avez publié quelques livres sur l’homosexualité, sur l’homophobie, etc. Vos opinions sont forgées pas seulement par les études mais surtout par votre expérience personnelle. Vous aviez connu quelques relations homosexuelles, et puis, il y a trois ans, vous avez pris la décision de vivre en continence. Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui vous a poussé à cette décision ? Quand j’ai compris que mon insatisfaction en « couple » homo ne venait ni des garçons adorables avec qui je sortais, ni de moi (qui suis adorable aussi !^^), mais uniquement de la pratique homo et des conséquences de l’expulsion de la différence des sexes dans toute union homo et hétéro, j’ai arrêté du jour au lendemain. Je n’allais pas essayer tous les mecs de la Terre pour découvrir finalement ce que j’ai toujours su : que l’Amour vrai n’est pas une question de sincérité, de sentiments ou de confort, mais une question de corps et d’accueil de la différence des sexes. Aimer, c’est choisir le meilleur incarné, le meilleur possible, et pas seulement le « convenable » ou la sécurité.

3. Un fois vous avez dit que la continence vous avait donné la liberté. C’est assez paradoxal, n’est-ce pas ? On a plus de plaisir durable à arrêter de fumer que de connaître le petit plaisir de « s’en fumer une » régulièrement. Pareil pour l’homosexualité. On a largement plus de plaisir à ne pas la pratiquer qu’à la pratiquer. Je vous jure, j’en connais tous les avantages et pas les inconvénients (sauf la privation de génitalité… mais la génitalité sans véritable amour, quelle angoisse et quel ennui !). Vous savez, la liberté, ce n’est pas la soumission à toutes ses pulsions. C’est le choix de les canaliser pour en tirer le meilleur. Je connais davantage le plaisir en me privant de ce que j’aime (= le sexe et l’affectivité homosexuels) qu’en m’en gavant et qu’en gâchant les belles amitiés masculines désintéressées qui font aujourd’hui ma joie de vivre.

4. Je suppose que ce fût surtout votre expérience personnelle dans laquelle vous avez puisé pour écrire votre livre L’homosexualité en vérité. Dans ce livre vous décrivez l’homosexualité comme la souffrance par laquelle toutes les personnes sont marquées. Vous pensez vraiment que ça s’applique à tous ? J’imagine qu’il y des personnes homosexuelles parmi nous qui ne perçoivent aucune souffrance de ce genre. Ce n’est pas parce qu’on ne ressent pas de douleur qu’on ne souffre pas… surtout dans le climat mondial actuel qui banalise toutes les souffrances humaines sous prétexte que personne ne devrait souffrir et que tout le monde devrait « tomber amoureux », « former un Couple », jouir. Je n’homosexualise pas le viol et ne causalise pas le lien entre viol et désir homosexuel (même si, à ce jour, 90 amis homos m’ont révélé avoir vécu un viol). Je me contente simplement de montrer que le désir homosexuel est le signe mondial d’une peur de la sexualité et d’un contexte d’absence de liberté humaine. L’homosexualité n’est qu’une blessure particularisée (elle s’est fixée en désir érotique chez certaines personnes) d’une blessure universelle qu’est la sexualité (en latin, sexualité vient du verbe « secare », qui veut dire « couper »), qu’est la difficulté d’union entre l’homme et la femme, et qu’est le péché originel.

5. Dans un entretien vous avez dit que « l’Église a tout compris de l’homosexualité ». Là, les catholiques seront d’accord mais croyez-vous que ça parle aussi à ceux qui ne reconnaissent pas l’Église ou ceux qui se moquent d’elle ? Détrompez-vous. Mon discours ne fait pas l’unanimité chez tous les cathos, et ne flatte absolument pas les cathos puisque je leur révèle que si l’homosexualité existe, c’est parce qu’ils n’ont pas formé de couples femme-homme assez aimants et qu’ils se sont éloignés de l’Église ! Il y a mieux, comme nouvelle ! Et concernant les personnes homosexuelles, c’est parce qu’elles souffrent dans leur identité et dans leurs amours, qu’elles sont particulièrement ouvertes aux questions spirituelles… même si, par orgueil, elles n’assument pas souvent cette soif de foi et se présentent comme athées. Mais il y a un grand fossé entre ce qu’elles pensent en grand groupe et ce qu’elles connaissent de leur homosexualité dans leur cœur. Le jour où elles cessent de jouer un rôle et qu’elles se regardent en vérité, elles lâchent les armes et m’écrivent des mails-fleuve ! Actuellement, je reçois beaucoup de confidences de frères homosexuels qui, en off, m’avouent que j’ai identifié dans mes écrits plein d’éléments précis de leur propre vie… alors que j’étais censé ne pas les connaître du tout. Ces coïncidences troublantes que j’ai soulignées ont agi en eux comme une bombe intérieure. Elle n’a pas fini d’exploser !

6. On peut dire alors que l’Église est le mieux préparée et munie à aider ces personnes. Est-ce qu’elle le fait bien et suffisamment ? L’Église catholique le fait super bien. Elle réussit à mettre en pratique l’alliance entre la Charité et la Vérité. En revanche, ce sont certaines gens d’Église qui, parce qu’elles ne L’écoutent pas toujours bien et qu’elles ne tiennent pas assez compte de la justesse des propos de Jean-Paul II et de Benoît XVI sur l’homosexualité, qui ont de sérieux progrès à faire ! Encore trop de croyants catholiques pensent que le simple fait de parler d’homosexualité est dangereux, revient à lui donner trop d’importance et à la justifier, nie qu’elle puisse être guérie par Dieu. Ils pensent à la guérison avant de savoir ce qu’il y a à guérir, ou bien décident à la place de Dieu comment Celui-ci va guérir la personne qui se ressent homo.

7. Dans votre dernier livre L’homophobie en vérité vous parlez du lien non-causal entre le désir homosexuel et viol. Vous avancez que la véritable homophobie, c’est la pratique homosexuelle. Une allégation choquante qui a provoqué une forte désapprobation dans le milieu homosexuel mais aussi pas mal des doutes de la part d’hétérosexuels. Pourriez-vous justifier cette allégation ? Tous les cas d’homophobie que je connais (insultes, attaques physiques, viols, meurtres) ont lieu dans des cadres de pratiques homosexuelles, c’est-à-dire entre personnes homosexuelles, dans les sphères amoureuses ou prostitutives. Sans exception. Ce n’est pas un hasard si, étymologiquement, « homophobie » signifie la « peur du même » ! Les agresseurs des personnes homosexuelles ne supportent pas de voir reflétée en elles leur propre blessure au niveau de la sexualité. L’homophobie, c’est l’acte homosexuel, car celui-ci étant l’expulsion concrète de la différence des sexes, alors que toute personne homosexuelle existe grâce à la différence des sexes, il rejoue, à chaque fois qu’il se pose, l’exclusion de la personne homosexuelle. Par ailleurs, l’homophobie n’est pas que la pratique homosexuelle : elle est aussi l’identité homosexuelle. Et ça s’explique très bien. Enfermer une personne dans son orientation homosexuelle, la définir selon ses pulsions, selon ce qu’elle fait au lit ou selon personnes qui l’attirent sexuellement, cela revient à la prendre pour une « bite sur pattes » ou un « vagin sur pattes », c’est lui retirer son humanité et la réduire à un animal. Pour cette raison, les lois pro-homos et gay friendly, malgré les apparences, sont extrêmement homophobes.

8. Le livre est alors basé sur votre expérience, ce qui est très intéressant mais difficile à soutenir avec les arguments scientifiques et médicaux. C’est d’ailleurs ce qui vous est reproché par vos critiques. Avez-vous trouvé les faits similaires soutenant votre thèse ailleurs, chez autre auteurs, dans d’autres pays,… ? Je tiens à préciser que mes livres ne sont absolument pas un témoignage individuel (auquel cas il aurait une valeur bien relative et bien peu intéressante), mais bien des essais analytiques tout à fait sérieux scientifiquement, et qui se basent sur de nombreux témoignages et enquêtes que j’ai faits dans le cadre de mes études (rien que pour le théâtre, j’ai vu plus de 500 pièces traitant du sujet de l’homosexualité). D’ailleurs, plein de psychologues et psychiatres de renom s’y réfèrent et me félicitent. Si j’avais voulu raconter ma vie, j’aurais écrit une autobiographie ! Si mes détracteurs veulent absolument individualiser mon discours et lui retirer sa valeur universelle, en m’interdisant d’employer le « nous » ou en m’imposant leur relativisme subjectiviste (« Si Philippe Ariño parle, ce n’est qu’en son nom ! Il ne doit pas prendre son cas pour une généralité. Il faut prendre ce qu’il dit avec des pincettes, pour un témoignage. »), ce sont de la caricature et de la censure de leur part.

9. Vous êtes un opposant ardent de la loi du mariage pour les couples homosexuels adoptée l’an dernier en France, mais pas à cause de la protection d’enfant ou de la famille. Vous demandez son abrogation parce que la loi ne respecte pas la spécificité des personnes homosexuelles. Pour vous, elle est homophobe de même manière qu’aurait été la loi sur les unions civiles. Mais les autres le voient différemment ; plutôt comme quelque chose auquel ils ont droit. Dans le cadre du « mariage pour tous », je ne défends pas en priorité la famille ni l’enfant car le mariage n’est pas qu’une question de filiation : il est d’abord et avant tout question d’amour dans la différence des sexes, qu’on soit célibataire ou en couple. Le seul crime de la loi Taubira, et il est énorme, c’est d’autoriser tout enfant à avoir minimum trois « parents », et surtout de supprimer la condition d’amour entre les deux parents biologiques comme meilleur cadre d’existence et de construction pour un enfant. Les pro-mariage-pour tous se disent également en faveur de l’enfant et de la famille. La seule chose qui nous distingue d’eux, c’est la croyance en la différence des sexes en tant que meilleur socle d’amour et d’existence humains. Ceux parmi les opposants au « mariage pour tous » qui ne se sont basés que sur la filiation pour argumenter notre combat ont contribué à créer deux choses catastrophiques : d’une part à faire que la loi Taubira soit coupée hypocritement en deux (elle est passée au nom de « l’amour » puisque nos gouvernants ont estimé que notre seul problème était celui des conséquences de la loi sur la filiation), d’autre part à justifier tacitement l’Union civile.

10. Très récemment vous avez écrit sur la résistance contre cette loi « nous avons la trouille d’exposer ouvertement ce que nous pensons, ce contre quoi nous nous battons ». C’est comme si chacun a besoin de faire son « coming out » contre l’inacceptable, et sans quoi il est presque impossible d’arrêter la pression de lobby. Pourquoi on n’entend pas plus de témoins comme vous, personnes qui se disent homosexuelles, y a-t-il la peur, l’indifférence, … ? Oui. Nous avons eu honte ET de nous présenter comme catholiques, ET de parler clairement du couple homosexuel. Puis à propos des témoins ouvertement homos opposés au « mariage gay » (une grande majorité des personnes homos, en réalité, avant que celui-ci devienne soudainement à la mode), je constate que dès qu’il y a une pratique homosexuelle, il y a une honte (inconsciente) qui s’installe. Car la pratique homosexualité exprime un mal-être existentiel et un rejet de la source de vie universelle qu’est la différence des sexes – rejet qui n’est pas soulagé par une amitié désintéressée, malheureusement, et qui induit une forte culpabilité. C’est ce qui explique, à mon sens, le silence et l’autocensure des personnes homosexuelles vis à vis d’elles-mêmes. La continence – c’est-à-dire le don total de son homosexualité aux autres et à Dieu – libère tout d’un coup la parole, et fait que l’homosexualité devient une joie de vivre et la consolation de toutes les blessures humaines. C’est très étonnant. Par ailleurs, il ne faut pas désespérer de la rareté des témoins homos. Elle est logique – avec les personnes homos, nous avons affaire à une majorité d’individus blessés, donc souvent timorés, mal dans leur peau, peu courageux – mais pas irréversibles : Dieu utilise particulièrement les personnes blessées pour annoncer Sa résurrection. Enfin, le « lobby LGBTI » n’a que la puissance que la société bisexuelle et hétérosexuelle lui donne. Sinon, il est très divisé… et mort de peur.

11. Le mois prochain est dédié à la lutte contre l’homophobie et nous allons voir des actions et des parades publiques dédiées à son soutien. Qu’est-ce que ça représente pour vous et comment allez-vous le vivre personnellement ? La lutte contre l’homophobie est ma priorité et me tient particulièrement à cœur. Car l’homophobie, envisagée comme une violence universelle et humaine, est la haine de soi qui, si elle n’est pas identifiée, peut se traduire par des viols, des suicides et générer beaucoup de mal être au sein de la communauté homosexuelle. Malheureusement, aujourd’hui, ceux qui se présentent comme « anti homophobie » considèrent l’homophobie comme tout frein qui est fait à leurs désirs de toute-puissance ou comme tout lien entre homosexualité et souffrance/violence, et empêchent de parler du viol… alors que la véritable homophobie, ce n’est pas autre chose que le viol ! L’homophobie est devenue l’insulte facile et le prétexte pour ne pas regarder l’identité des agresseurs homophobes, qui est particulièrement bisexuelle ! Je veux dénoncer cette hypocrisie. Le meilleur moyen de lutter contre l’homophobie, c’est précisément de l’identifier comme ce qu’elle est – un viol – et d’en décrire les mécanismes pour mieux l’enrayer. C’est ce que je fais par mon travail. Et c’est très motivant. Ça donne un sens et un combat à ma vie.