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Code n°72 – Femme étrangère (sous-code : Princesse orientale)

femme étrangère

Femme étrangère

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Étrangère à son pays et à elle-même

… à l’image de l’éloignement homosexuel de la différence des sexes et de soi-même

 

 

Très prégnant. Et pourtant, difficile d’en faire une généralité. Mais oui, force est de constater que la grande majorité des personnes homosexuelles aiment les femmes étrangères. Non pas tant les étrangères réelles que les étrangères cinématographiques. Non pas tant des femmes que des hommes hyper-féminisés et hyper-masculinisés. Non pas tant les étrangères qui parlent une langue autre que la nôtre que celles qui emploient notre propre langue avec un fort accent qui frise la sophistication glamour, un brin de prononciation curieuse entretenant le mystère de son origine et incarnant la classe internationale, une exagération qui paraît si involontaire qu’elle se naturaliserait presque.

 

 

Voilà : la femme étrangère (cinématographique), c’est en quelque sorte la victoire apparente de la séduction queer (littéralement, queer signifie « étrange », « bizarre »), c’est l’alibi vivant parfait de la superficialité, c’est la magicienne qui arrive (si on l’imite bien) à faire passer pour vraie et crédible la transgression de la différence des espaces/des sexes. Sa comédie identitaire a tout de l’exotisme excusable, charmant, délicieux, accidentel, du non-choix. Exactement comme l’homosexualité, a priori.

 

 

Après, quand on voit concrètement l’opportunisme de cette fausse ingénue (En effet : qui croit encore à l’accent franglais de Jane Birkin ? à l’honnêteté de Céline Dion ? à la virginité d’Anggun ou de Paris Hilton ? à l’innocence de Björk, franchement ?), sa réputation de « suceuse » professionnelle, son passé de collabo (espionne allemande ou strip-teaseuse russe du Crazy Horse ?), sa carrière de prostituée et de femme violée consentante, il est difficile que la communauté homosexuelle assume complètement cette femme venue d’ailleurs et repartant on ne sait vers quel destin tragique et suicidaire.

 

Colette dans Rêve d'Égypte

Colette dans Rêve d’Égypte


 

L’exotisme folklorique de l’Étrangère suinte. Car l’étranger vit toujours sous l’épée de Damoclès de l’éphémère. L’Étrangère court toujours le risque que son étrangeté soit connue et de moins en moins étrange. D’ailleurs, dans les faits, elle est souvent la risée de tous et les gens finissent par parodier et par se lasser de son accent. L’Étrangère, qui dans un premier temps ravissait, charmait, minaudait, conquérait, montre la vanité des apparences et de l’anticonformisme de principe, rappelle à ses dépens la vacuité du désir homosexuel, vient révéler la violence de la pratique homosexuelle (et de la pratique libertine tout court). C’est ce qui explique que ses fans homosexuels l’idolâtrent autant qu’ils la détruisent. Ce sont les femmes réelles, nettement moins exotiques et médiatiques qu’elle, qui paient en général la note de la déception homosexuelle pour l’Étrangère médiatique…

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Bourgeoise », « Bergère », « Planeur », « Actrice-Traîtresse », « Reine », « Carmen », « Vierge », « Voyage », « Destruction des femmes », « Putain béatifiée », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Homosexualité noire et glorieuse », « Substitut d’identité », « Amour ambigu de l’étranger », « Amant diabolique », « Méchant pauvre », « Liaisons dangereuses », « Prostitution », « Femme fellinienne géante et pantin », et à la partie « Joséphine Baker » du code « Noir », dans le Dictionnaire des codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) L’exotisme attrayant de l’Étrangère (cinématographique) :

Film "Kaboom" de Gregg Araki

Film « Kaboom » de Gregg Araki


 

Régulièrement dans les fictions homo-érotiques, la femme étrangère apparaît et séduit le personnage homosexuel : cf. le film « Robe d’été » (1996) de François Ozon (avec la femme espagnole), le film « La Comtesse aux pieds nus » (1954) de Joseph Mankiewicz, le spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008) de Michel Hermon, le téléfilm « L’Homme que j’aime » (2001) de Stéphane Giusti, la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi (avec Regina Morti, la cantatrice italienne), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec la Reine des Rats, une sorcière provenant de l’Hémisphère Sud), la chanson « A Bailar Calypso » d’Elly Medeiros, le vidéo-clip de la chanson « Who Is It ? » de Michael Jackson, le vidéo-clip de la chanson « Too Funky » de George Michael, la chanson « Candle In The Wind » d’Elton John, le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh (avec Jane, l’héroïne lesbienne, la femme écossaise perdue en Allemagne), la nouvelle La Nuit est tombée sur mon pays (2015) de Vincent Cheikh, etc. Par exemple, dans le film « Social Butterfly » (2012) de Lauren Wolkstein, une Américaine de 30 ans fait irruption dans une soirée d’adolescents sur la Côte d’Azur : la plupart des invités se demandent qui elle est, et ce qu’elle fait là. Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, est attiré par Paqui, la femme mûre espagnole, beaucoup plus âgée que lui ; elle lui apprend à danser les sevillanas, mais comme une femme. Plus tard, il se fait déflorer l’anus par Ingeborg, une assistance sexy norvégienne en Thalasso. Dans le roman The Age Of Innocence (1920) d’Édith Wharton, le personnage homosexuel adore « les femmes cosmopolites et étranges » (cf. le chapitre 20). Dans le roman Off-Side (1968) de Gonzalo Torrente Ballester, Domínguez se déguise en princesse russe. Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Ana, la belle Suédoise, séduit avec succès Jérémie, le héros homosexuel. Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, André, un des personnages homo, se lâche sur la chanson « Salma Ya Salama » de Dadida et fait un strip-tease dans la boîte gay Chez Eva.

 

« J’avais pour patronne une Hongroise […] une dame sans âge. » (Pretorius, le vampire homosexuel au service de la bourgeoise Élisabeth de Bataurie, dans la pièce Confessions d’un Vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « J’adore les Russes. Enfin, surtout les femmes russes. Je suis une femme russe. » (Anne Cadilhac lors de son concert Tirez sur la pianiste, 2011) ; « L’amie de ma tante a le teint pâle et les cheveux d’une rousseur typique. Son accent lui donne un charme indéfinissable. Quoiqu’elle soit assez maigre, fluette presque, je suis rapidement séduite. » (Alexandra, la narratrice lesbienne en séjour à Londres, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 17) ; « Celle qui parlait était une grande fille très brune avec un magnifique port de tête d’Espagnole. Malgré mon jeune âge et le peu de conscience des désirs qui m’agitaient, je me rendis bien compte qu’elle me plaisait beaucoup. » (idem, p. 224) ; « Je les regardais s’engouffrer tous dans l’escalier qui menait au balcon, lorsque je reconnus Perrette Hallery de dos… accompagné d’une magnifique femme en manteau de poil de singe, rousse à mourir sous son chapeau à voilette, la peau laiteuse et la démarche assurée. Le cliché de la belle Irlandaise, Maureen O’Hara descendue de l’écran pour insuffler un peu de splendeur à l’ennuyeuse vie nocturne de Montréal, la Beauté visitant les Affreux. […] La fourrure de singe épousait chacun de ses mouvements et lui donnait un côté ‘flapper’ qui attirait bien des regards admiratifs. Les hommes ne regrettaient plus d’être là, tout à coup. » (le narrateur homo parlant de la distinguée Maureen O’Hara, qu’il voit à l’opéra de Montréal, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 44) ; etc.

 

Dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), Charlène Duval, le travesti M to F, avoue être attiré par les « chansons de femmes exotiques ». Il chante la beauté troublante de celles qu’il appelle « les Brésiliennes », et qui ne viennent pas tant du Brésil que de son imaginaire cinématographique déterritorialisé. Les Brésiliennes en question ne sont pas véritablement des femmes : ce sont des travelos ou des transsexuels asexués, des extraterrestres incarnant la féminité dangereuse et machiste : « Prenez bien garde aux Brésiliennes… […] Les Brésiliennes ont des yeux incandescents. »

 

 

La princesse orientale Schéhérazade (le « piège à hommes » par définition) est un fantasme fortement homosexuel : cf. le roman La Noche Más Alegre de Scherezada. Escenas De Libertinaje Oriental (1915) d’Álvaro Retana, le poème « Abuela Oriental » de Witold Gombrowicz, le film « Les Mille et une Nuits » (1974) de Pier Paolo Pasolini, la chanson « Envole-moi vers les étoiles » de la comédie musicale Cindy (2005) de Luc Plamondon (avec Cindy déguisée en princesse orientale), le film « Taxi Zum Klo » (1980) de Frank Ripploh, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, le film « Brutti Di Notte » (1968) de Giovanni Grimaldi, le film « Pink Narcissus » (1971) de James Bidgood, le spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde (2008) de Philippe Robin-Volclair, la chanson « À demi nue » d’Oshen, le one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011) du travesti M to F Charlène Duval (qui se déguise en danseuse du ventre à un moment), la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi (avec deux des personnages homosexuels, Ahmed et Jean, qui portent une djellaba), les pièces L’Alligator et Thé (1966) de Copi et Jérôme Savary (déguisés en robe arabe), le vidéo-clip de la chanson « Todos Me Miran » de Gloria Trevi, le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz (avec la danseuse du ventre orientale), etc. « Je suis Sultana, la moitié de votre père. » (Sultana, la nouvelle copine du père de Chris, le héros homosexuel, dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) Par exemple, dans la pièce Agatha Christie’s Lesson In Crime (2011) de Ken Starcevic, l’Indien effectue une danse très efféminée et ambiguë. Dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, Mona, l’héroïne lesbienne, s’entraîne à danser la danse orientale devant une danseuse du ventre, Samia Kamaal (la plus grande danseuse d’Égypte), diffusée à la télé. Dans l’épisode 364 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 26 décembre 2018, Chloé Delcourt se rappelle les soirées extravagantes que son père homo, André, organisait : « Il m’avait organisé une soirée : c’était les 1001 nuits. »

 

Film "“Taxi zum Klo” de Frank Ripploh

Film « “Taxi zum Klo” de Frank Ripploh


 

Le héros homosexuel, en se mettant dans la peau de la femme étrangère, cherche à attirer le regard des autres sur son originalité, tout en exprimant paradoxalement par son exhibitionnisme étrange son malaise d’être dévisagé de la tête aux pieds, de passer pour une bête curieuse et vulgaire (surtout s’il est travesti).

 

 

Quelquefois, la femme étrangère est en réalité une projection sentimentale/esthétique/asexuée du héros homosexuel sur son amant : cf. le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie (avec Monica, la lesbienne italienne), le film « Unveiled » (2007) d’Angelina Maccarone, le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent, etc. « Chez Adrien [le héros homosexuel], chose étrange, la figure de la mère perdue aurait pris les traits de l’être métissé, les traits de l’homme à la peau noire : ceux de Malcolm. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 40)

 
 

b) L’Étrangère devient étrange et vénéneuse :

Petit à petit, l’irréalité et l’étrangeté, qui semblaient toutes-puissantes laissent place à la désillusion. L’Étrangère cristallise le mal-être existentiel du héros, qui, en marginal bobo ou drama queen, se sent littéralement étranger à sa propre vie. « Hier encore j’avais le cœur étranger à mon décor. » (cf. la chanson « Opaline » de Nourith) ; « Un taxi jaune éventre la nuit et l’étrangère en surgit. Le mascara coule de ses yeux gris et se mélange à la pluie. Dans les rues on sent l’énergie bouleversante odeur de vie. Le taxi la dépose au Chelsea où elle venait avec lui. À la radio ‘Call Me’ de Blondie. Contagieuse mélodie. Ronger sa mélancolie. » (cf. la chanson « L’Étrangère » d’Étienne Daho) ; « Yo quiero morir. » (Max, le héros homosexuel, s’improvisant sosie de Shakira, dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; « On est des étrangers partout. » (Maria par rapport à sa terre natale d’Albanie et son arrivée en Grèce, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras) ; etc.

 

Le sentiment d’être une étrangère n’est pas plaisant du tout : c’est celui de ne pas se sentir aimé ni intégré là où on vit et où on croit aimer. « Oh oui, vraiment, on me fait souvent sentir que je suis une étrangère. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 184) ; « Je trouve une jeune personne sortie des Mille et Une Nuits à qui j’offre ma fortune : aussitôt elle m’abandonne ! » (Pédé parlant d’Ahmed, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; etc.

 

L’Étrangère est tellement distante et inaccessible que son fan homosexuel finit par la détester et par l’adorer dans un même mouvement. Par exemple, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, la vénéneuse Russe Varia Andreïvskaïa, présentée comme « une espionne russe digne d’un vieux James Bond » (p. 66), est l’incarnation du danger sexuel étranger : « J’étais frappé par un fort accent dans sa prononciation. En détaillant sa physionomie, je me suis dit qu’elle devait être russe. Au moment où j’ai fait cette découverte romanesque, j’ai compris que je venais d’avoir ce qu’on appelle un coup de foudre. » (Jason, le héros homosexuel, op. cit., p. 56) ; « Je lui trouvais une froideur de vamp rétro. Quelque chose d’Eva Marie Saint dans ‘La Mort aux trousses’, l’exotisme slave en plus. » (idem, p. 53-54) ; « Quand elle écrivait, elle devait appuyer très fort sur son stylo, car son ongle devenait blanc à l’extrémité, et rosissait à la base, sous l’afflux du sang. Ce détail me prouvait qu’elle n’était pas de marbre. Comme pour me confirmer cette découverte, en réalité sans doute parce que j’avais passé les bornes en la détaillant de manière assez insistante, elle est sortie de son immobilité de statue, a tourné la tête et m’a lancé un regard excédé. » (idem, p. 54) ; « De toute évidence, je n’existais pas à ses yeux. » (idem, p. 54) Dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Atos Pezzini, el Divo, se fait insulter par une de ses actrices espagnoles de sa troupe après leur spectacle interlope : « Vieille pédale ! Va te faire enculer ! ». Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, se fait refouler par une danseuse de sevillanas espagnole pendant un festival andalou.

 

Le héros sent une attraction paradoxale pour cette femme interdite et scandaleuse sans qu’il comprenne pourquoi : « Ma mère, avant de partir, m’avait mis en garde contre les femmes étrangères : ‘Elles pourraient t’utiliser pour jeter des sorts à d’autres femmes. Éloigne-toi, toujours, toujours, des femmes étrangères.’ » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 45) ; « C’est la reine des rumeurs et des ouï-dire. Simone a la réputation d’être une fille volage et le fait qu’elle ait frayé autrefois avec un Boche n’arrange rien. C’est le genre de femmes que les gens bien-pensants haïssent. » (Thibaut de Saint-Pol, À mon cœur défendant (2010), p. 175)

 

L’attraction pour la femme étrangère, c’est aussi fatalement l’attraction vers l’inceste (elle est étrangère à notre génération), vers la prostitution (elle est étrangère à notre classe sociale), vers le viol et la guerre (elle est étrange dans ses pratiques sexuelles, et étrangère à notre pays) : cf. le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon (avec Pierrette la femme intrus par qui le scandale arrive), le poème « Canción De Amor A Los Nazis En Baviera » de Néstor Perlongher (avec la figure de Marlene Dietrich), le film « La Chatte à deux têtes » (2002) de Jacques Nolot (avec la guichetière), le roman Tanguy (1957) de Michel del Castillo (avec Rachel la Juive d’Europe Centrale), la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman (avec Leni Riefenstahl), le film « Comme les autres » (2008) de Vincent Garenq (avec Fina, la mère-porteuse), le film « Gigola » (2009) de Laure Charpentier, etc.

 

Par exemple, dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, veut transformer sa mère en étrangère pour mieux se l’approprier et vivre l’inceste avec elle : « Maman, j’adore quand tu parles espagnol. T’es encore plus belle que les secrétaires de papa. »

 

L’Étrangère est aussi cet(-te) amant(-e) manipulateur, intrusif, bisexuel, montrant son véritable visage diabolique, et refusant d’aimer le héros homosexuel : « Je n’appartiens à aucun endroit… vous oubliez que je suis l’étrangère. » (Angela Crossby, la femme bisexuelle s’adressant à son amante lesbienne Stephen, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 189) Ce partenaire sexuel peu fiable (cf. je vous renvoie aux codes « Méchant pauvre », « Liaisons dangereuses » et « Prostitution » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) rentre dans la peau de la femme « étrangère à elle-même », un peu folle, extravagante, superficielle, diabolique, étrange, dont l’ambiguïté inquiète. « Sans logique, je me quitte, aussi bien satanique qu’angélique. » (cf. la chanson « Sans logique » de Mylène Farmer) ; « Tu as toujours cet air étrange… » (cf. la chanson « Cet air étrange » d’Étienne Daho) ; etc.

 

Plus profondément, le fait que la quasi totalité des personnages homosexuels prennent les femmes pour l’Étrangère, même si ça a l’air fun de prime abord et à la gloire de l’esthétisme de la femme-objet, est le signe de leur incroyable et inconsciente misogynie. La femme réelle est mise à distance, reléguée à l’état de femme étrangère qu’on ne veut plus approcher, et qui ne viendra pas conquérir « notre espace corporel vital »…

 

Et plus profondément, l’attraction des héros homosexuels pour ce qui est étranger, ou leur souhait de changer carrément de nationalité, au-delà de l’humour et de la provocation légère, traduisent un racisme inversé, esthétisé… mais un racisme homophobe (dans le sens strict du terme « homophobie ») quand même. On peut le voir par exemple dans l’usage homosexualisant d’une féminisation xénophobe dépréciative : « J’lui trouve l’air tapette. Il paraît que tous ces messieurs en Georgie sont du genre folles tordues. » (Grady parlant de Bennett, dans le film « Fried Green Tomatoes », « Beignets de tomates vertes » (1991) de John Avnet)

 
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) L’exotisme attrayant de l’Étrangère (cinématographique) :


 

 

Un nombre non-négligeable de personnes homosexuelles aiment les femmes excentriques au physique atypique (Juliette, Anne Roumanov, Marianne James, Rosi de Palma, Alice Sapritch, Adriana Karembeu, Dolores O’Riordan, etc.), les femmes étrangères (Sade, Joséphine Baker, Marlene Dietrich, Greta Garbo, Anggun, Carole Fredericks, The Corrs, Maria Callas, etc.), les femmes un peu extra-terrestres (Cher, Björk, Mylène Farmer, Zazie, Jane Fonda, Lindsay Wagner, Jodie Foster, Brigitte Fontaine, Nabilla, Afida Turner, Arielle Dombasle, etc.), les femmes dont on ne comprend pas bien les paroles des chansons tellement elles cultivent leur accent étranger (Madonna, Jackie Kennedy, Jane Birkin, Carla Bruni, Axelle Red, Marilyn Monroe, Ingrid, Vanessa Paradis, etc.). Par exemple, le chanteur gay britannique Jimmy Somerville affectionne chez la chanteuse Donna Summer son côté « exotique » (cf. le documentaire « Sex’n’Pop, Part IV » (2004) de Christian Bettges). Frédéric Mitterrand s’est entouré de femmes étrangères durant toute sa vie : « Talitha, dont le prénom exotique me plaisait énormément. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 283) Le chanteur homosexuel Étienne Daho a fait appel, pour ses compositions, à des chanteuses venues d’ailleurs (Astrud Gilberto, Marianne Faithfull, Jeanne Moreau, etc.) qui incarnent tout à fait l’esthétisme queer & camp de l’Étrangère dont j’ai parlé en première partie de ce code. Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert est filmée l’attraction de Yves Saint-Laurent pour les femmes algériennes : « Magnifiques, ces bijoux. Le toc, j’adore. » s’exclamera-t-il face à Loulou.

 

L’Étrangère, c’est apparemment la classe au féminin, en lettres majuscules.

 

 

Cette femme – réelle mais surtout médiatisée – est souvent la mascotte de la communauté LGBT : « Les femmes étrangères me fascinent. » (James Dean dans la biographie James Dean (1995) de Ronald Martinetti, p. 209) ; « Quelle femme singulière ! Ce mélange inextricable de véritable folie créatrice et de coquetterie… » (Klaus Mann en parlant d’Else Lasker-Schüler, dans Journal (1945), p. 33) ; etc.

 

 


 

Par exemple, on peut penser au nom La Barbare choisie par une association lesbienne française (association qui dura de 1999 à 2007). Ou bien à la présence de l’actrice Joséphine Baker, qui fut la marraine et l’ambassadrice de nombreuses soirées interlopes des Nuits parisiennes. Autre exemple marquant : Dalida, la femme égyptienne exilée, à l’accent étranger à couper au couteau, avait toutes les cartes en main pour plaire aux personnes homosexuelles françaises : classe + beauté + voix unique + malheur. Elle était l’Originalité indétrônable !

 

 

Souvent, Mylène Farmer, la plus grande icône gay en France, aime se mettre dans la peau de femmes étrangères : cf. les vidéo-clips des chansons « California » et « L’Âme-stram-gram », le film « Giorgino » (1994) de Laurent Boutonnat, la chanson « Dans les rues de Londres » (avec Virginia), etc. C’est la même chose chez Madonna : cf. le film « Evita » (1996) d’Alan Parker, le vidéo-clip de la chanson « Nothing Really Matters », le vidéo-clip de la chanson « Don’t Tell Me », etc.

 

L’étrangère n’est pas tant une personne réelle qu’une attitude, une manière de parler et de prononcer bizarrement les choses, une façon de bouger/de danser : cf. la chanson « Je ne veux pas travailler » de Pink Martini, le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont (avec l’imitation de Cristina Cardoula, la relookeuse de la chaîne M6), les chansons de Carole Fredericks, etc. Par exemple, un soir où je me trouvais dans une boîte gay au Liban – le Bardo – (c’était en avril 2013), sur les écrans géants défilaient en boucle des images d’un cours de sevillanas andalouses pour accompagner nos danses modernes.

 

 

Il est fascinant de voir comme le chanteur homosexuel Mika est envoûté par les femmes étrangères, qu’elles soient orientales ou occidentales.

 

Mika face à Aline Lahoud

Mika face à Aline Lahoud


 

Dans l’émission de télé-crochet The Voice 3, en tant que coach, il répète sans cesse la même phrase pour expliquer pourquoi il a craqué pour l’une ou l’autre des artistes qu’il a intégrée à son équipe : « Tu étais si étrange… » Par exemple, le 25 janvier 2014, il flashe sur la chanteuse libanaise Aline Lahoud et dit sa passion pour la diva libanaise Fairuz et d’autres chanteuses « qui conduisent leur orchestre d’un index levé », à la baguette. Le 8 février cette fois, il jette son dévolu sur la chanteuse métisse Mélissa Bon, toujours avec la même obsession pour le queer féminin : « Tu es étrange. Tu es Sadéenne. » (en référence à la chanteuse soul-jazz Sade)

 

Pour ma part, j’ai, depuis ma plus tendre enfance, été touché esthétiquement par les femmes étrangères. Aux mariages, je me rapprochais des femmes étrangères, qui jouaient un personnage qui les isolait (et moi, je m’isolais par la même occasion ! je me sentais isolé) en même temps qu’il les mettait en valeur. J’aimais beaucoup regarder le concours Eurovision de la chanson, pour y voir des chanteuses étrangères. Encore aujourd’hui, les actrices/chanteuses étrangères avec un léger accent, voire un énorme accent (Axelle Red, Tina Arena, Ingrid, Ace of Base, Céline Dion, Cristina Rus, Cristina Marocco, Nourith Siboni, Anggun, Noa, Madonna, Amina, Ofra Haza, Radia, etc.) charment ma fantaisie.

 

 


 


 


 

 

C’est assez flagrant. La princesse orientale est source de fantasme dans la communauté homosexuelle. Je pense à la période Bollywood de la chanteuse Zazie ou de Madonna. Pierre Loti, quant à lui, aimait à se travestir vraiment en princesse orientale.

 

Film "Pink Narcissus" de James Bidgood

Film « Pink Narcissus » de James Bidgood


 

Actuellement, dans les pays indiens ou orientaux, les chanteuses-danseuses des vidéo-clips façon Bollywood (en général, ce sont des top models super bien gaulées, qui se contentent de faire du play-back mais qui ne sont pas toutes chanteuses) sont des icônes gays. Certains de mes amis homos vivant là-bas ou originaires de là-bas en sont méga fans ! Côté DOM-TOM, beaucoup d’hommes gays se reportent sur le zouk ! Et moi aussi ^^…

 

Par exemple, dans la pièce Le Frigo de Copi mis en scène par Gilles Pastor en 2004, le comédien algérien « Kiki » fait une danse du ventre en costume de femme orientale. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, un homme homosexuel est filmé déguisé en danseuse orientale voilée, sur un char de Gay Pride à Paris. Rodolf/Dora Richter – premier homme trans M to F – se déguisait en danseuse orientale.

 

Sofia Essaïdi et Kamel Ouali

Sofia Essaïdi et Kamel Ouali


 


 

L’Étrangère n’est pas une femme réelle : c’est une actrice qui joue l’étrangère, et que les personnes homosexuelles peuvent devenir en l’imitant : « Tu n’étais pas contente de me voir pleurer, mais j’éprouvais une tendresse particulière pour la Princesse indienne de Patagonie. Le jour où on l’a fait prisonnière et où la sorcière de la tribu ennemie lui a arraché ses boucles d’oreilles, j’ai trouvé le monde injuste. J’aurais voulu pouvoir voler jusqu’à la Terre de Feu et la reprendre aux mains d’êtres aussi sauvages. Je sais : c’était un feuilleton radiophonique. Mais il me donnait un avant-goût des atrocités à venir. » (Alfredo Arias s’adressant à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), pp. 157-158) ; « Les deux copines [Jacques et Luisito] prirent le chemin du retour, en récitant alternativement les noms d’actrices françaises et argentines. ‘Ginette Leclerc, Mona Maris, Martine Carol, Olga Zubarry, Arletty, Tita Merello, Leslie Caron, Elsa Daniel, Elvire Popesco…’ ; Ah non, celle-là n’est pas française’, protesta Luisito avec force. ‘Oui, elle est polaque ou roumaine’, dit Jacques. ‘Ou juive, comme toi. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 227-228) Par exemple, le dramaturge argentin Copi, à propos de sa toute première pièce Un Ange pour Madame Lisca (1962), dira que sa « Madame Lisca » est partie de « l’idée d’une femme d’Europe centrale, et d’une odalisque » (cf. l’article « Copi : Le Théâtre exaltant » de Michel Cressole, 1983)… mais il ne s’agit pas d’une femme connue, de chair et de sang.

 

 

b) L’Étrangère devient étrange et vénéneuse :

Petit à petit, d’étrange, la femme étrangère adulée par la communauté LGBT passe à dangereuse et à éloignée. Son irréalité (n’oublions pas que cette créature est avant tout cinématographique, comportementale) et son petit jeu trop visibles laissent place à la déception. L’Étrangère cristallise le mal-être existentiel des personnes homosexuelles, qui, en marginales bobos ou drama queen, se sentent littéralement étrangères à leur propre vie.

 

Le sentiment d’être une étrangère n’est pas plaisant du tout : c’est celui de ne pas se sentir aimé ni à sa place dans son corps/dans son milieu de vie. « Difficile d’imaginer ce brusque sentiment d’être étranger dans son propre pays ! » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 62)

 

L’étrangère est la jumelle narcissique de mort dans laquelle certaines personnes homosexuelles en dépression s’admirent avec émotion : « Ce jour-là, je courais vers une image, une femme. L’actrice égyptienne. Une grande star. Une grande dame. Souad Hosni. Elle passait à la télévision dans un feuilleton que j’adorais. Houa et Hiya : Elle et Lui. Je courais vers elle pour l’embrasser. Être pendant une heure avec elle, amoureux en pleurs, danseur libre, comédien de ma propre vie. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 32) ; « Je n’ai jamais oublié Souad Hosni. Je n’avais pas oublié son feuilleton Houa et Hiya qui me faisait courir dans mon adolescence, à la sortie du collège. J’avais depuis rattrapé mon retard en regardant presque tous les films qu’elle avait tournés. Je l’avais suivie de près, de très près, avec attention et une certaine admiration. Et puis, au début des années 90, après l’échec retentissant de son film ‘Troisième Classe’, elle avait disparu. Pendant deux ou trois ans, on ne savait pas où elle était. Elle se cachait en fait à Londres où elle soignait un mal de dos et une dépression chroniques. On la disait sans le sou, ruinée. L’État égyptien, qui payait pour son hospitalisation, avait fini par la lâcher, l’abandonner. En juin 2001, elle s’était suicidée en se jetant du balcon de l’appartement où elle résidait à Londres. […] Il m’a fallu beaucoup de temps pour trouver sa tombe. Face à elle, j’ai prié machinalement. J’ai lu des versets du Coran. J’ai dit des mots de ma mère. […] Je ne sais pas pourquoi je suis allé sur sa tombe. Mais je sais que dans les allées de cet immense et magnifique cimetière en ruine, je me suis vu dans ma fin, en train de partir définitivement. J’ai vu encore une fois le monde arabe autour de moi qui n’en finissait pas de tomber. Et là, j’ai eu envie de pleurer. De crier de toute mon âme. De me jeter moi aussi d’un balcon. » (idem, p. 91)

 

C’est aussi la femme « étrangère à elle-même » qui intéresse l’individu homosexuel, une femme un peu folle, extravagante, superficielle, diabolique, étrange, prisonnière de ses pulsions et de sa sincérité, une capricieuse dont l’ambiguïté inquiète : « Lattéfa était possédée mais je n’ai jamais su comment cela avait commencé pour elle. Pour quelle faute ? Quel crime ? Quel but ? Et jusqu’à quand allait-elle être étrangère à elle-même, juste à côté de la folie ? J’étais Lattéfa. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 86-87)

 

La femme étrangère cinématographique évoque le charme suranné de l’alliance entre timidité et audace, entre violence et charme ravageur. Elle est icône du viol consenti.

 

 

Plus profondément, le fait que la quasi totalité des personnes homosexuelles prennent les femmes pour l’Étrangère, même si ça a l’air fun de prime abord et à la gloire de l’esthétisme de la femme-objet, est le signe de leur incroyable et inconsciente misogynie. La femme réelle est mise à distance, reléguée à l’état de femme étrangère qu’on ne veut plus approcher, et qui ne viendra pas conquérir « notre espace corporel vital »…

 

Et plus profondément, l’attraction des personnes homosexuelles pour ce qui est étranger, ou leur souhait de changer carrément de nationalité, au-delà de l’humour et de la provocation légère (par exemple, Érik Satie se disait « anti-Français »), traduisent un racisme inversé, esthétisé… mais un racisme homophobe (dans le sens strict du terme « homophobie ») quand même.

 
 

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Code n°73 – Femme fellinienne géante et Pantin (sous-code : Cruelle marionnettiste)

femme fellini

Femme fellinienne géante et pantin

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Si tu es grande, blonde et à forte poitrine, tu m’intéresses aussi

 

Par leur façon de parler du couple « hétéro », nous comprenons tout de suite que beaucoup de personnes homosexuelles confondent la famille composée de la femme et de l’homme réels, avec la famille décrite par les prospectus publicitaires ou cinématographiques : un couple fusionnel et vivant la domination de l’homme sur la femme ou de la femme sur l’homme. L’attachement des personnes homosexuelles au mythe du prince charmant et de la princesse blonde, qu’elles attribuent bizarrement à tout individu qui s’accouple avec une personne du sexe « opposé », leur apparaît évidemment intolérable puisqu’elles le choisissent comme modèle de référence ou anti-modèle, et qu’elles ont pour la plupart du temps contribué à le rendre iconographiquement réel, par leur création d’une image violente du couple femme-homme. Car qui transforme la femme et l’homme en statues de cire à la fois stoïques et en conflit, sinon une majorité d’entre elles ? (cf. je vous renvoie au code « Femme et homme en statues de cire » dans mon Dictionnaire des Codes homos). Elles prouvent souvent à l’image qu’elles confondent le couple réel avec leurs effigies parce qu’elles le regardent précisément comme un objet destructeur, tout-puissant, et enviable. Le motif de la femme fellinienne géante et du pantin masculin, de la blonde vénéneuse qui manipule le mâle avec un rire sardonique, ou bien de l’amant amoureux de sa figurine qui se refuse sans arrêt à lui, reviennent fréquemment dans les œuvres homosexuelles.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles mettent fréquemment en scène l’impossibilité de l’union femme/homme, souvent par le traitement tragi-comique, à travers une scène de répudiation entre une femme hautaine et un homme désespéré l’implorant à genou, ou bien des disputes cataclysmiques jouées par des stéréotypes agressifs de chacun des deux sexes. C’est tout simple : la plupart d’entre elles ont tellement peur de la femme qu’elles adorent et qu’elles ont mise sur le piédestal de la vierge maternelle toute-puissante, qu’elles imaginent qu’elle les manipule, qu’elle va les engloutir, que la Madone va les percer de ses obus (= seins).

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Femme-Araignée », « Femme allongée », « Talons aiguilles », « Bergère », « Actrice-Traîtresse », « Femme et homme en statues de cire », « Destruction des femmes », « Parricide la bonne soupe », « Frankenstein », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Amant modèle photographique », « Poupées », « Sirène », « Regard féminin », « Pygmalion », « Putain béatifiée », et « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », dans le Dictionnaire des codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) La Géante :

Pièce Les Insatiables d'Hanokh Levin

Pièce Les Insatiables d’Hanokh Levin


 

Dans les fictions homo-érotiques, on retrouve souvent une femme géante, à la poitrine généreuse et dangereuse : cf. le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le film « A Streetcar Named Desire » (« Un Tramway nommé Désir », 1950) d’Élia Kazan, la comédie musicale Fame (2008) de David de Silva, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, le film « Carne Trémula » (« En chair et en os », 1997) de Pedro Almodóvar, le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte (avec Jenny, le plantureux transsexuel M to F), le film « Ma mère préfère les femmes (surtout les jeunes…) » (2001) d’Inés Paris et Daniela Fejerman, le roman Man And Superman (1903) de Bernard Shaw, la chanson « Poupée psychédélique » de Thierry Hazard, le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie (avec la référence à « une grande dame »), le film « Brüno » (2009) de Larry Charles, le film « The Dead Man 2 : Return Of The Dead Man » (1994) d’Aryan Kaganof, la chanson « Monsieur Sainte Nitouche » de French Cancan, la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat (avec le personnage lesbien de Catherine), la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier (avec Adèle, la femme féministe en rouge, à la poitrine imposante, et défendant la « montée » du pouvoir des femmes), le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems (avec la femme et ses « hautes bottes »), la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling, avec Merteuil perchée sur sa chaise géante), etc.

 

Cette femme est un être sur-féminisé et sur-masculinisé, à peine sexué (elle peut être transsexuelle), et qui a tout de la vamp phallique et castratrice, avec des jambes interminables et des obus à la place des seins. Par exemple, dans le one-(wo)man-show Le Jardin des Dindes (2008) de Jean-Philippe Set, Vaginette, le travesti M to F, dit qu’il a « des seins comme des obus ». Dans le film « Alice In Wonderland » (« Alice au Pays des Merveilles », 2010) de Tim Burton, Stayne, le valet, aime la « grandeur » d’Alice. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, se déguise en Madonna, avec le corset pointu qui met en valeur sa poitrine imaginaire. Et quand elle conseille à sa nièce Claire de faire le tapin et d’appâter le client, comme elle, elle lui dit : « Tu lui fais de l’œil avec les jambes. » Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, il est question d’une prostituée russe géante, Katouchka, qui est surnommée par Yoann l’amant de Julien « Catouchatte », par jalousie. Celle-ci aurait couché avec Julien, et fait des défilés pour Karl Lagerfeld, à poil, « avec un diamant à la place de la chatte ». Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Géraldine, la femme de Nicolas le héros homosexuel, est contrainte d’assister au mariage d’inconnus, Laurence et Martin, qu’elle cherche à détruire de son regard critique assassin : « On ne peut pas se concentrer avec deux obus pareils ! Une pute ! Avec des seins énormes ! » Dans le roman Harlem Quartet de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Amy Miller a des « jambes interminables », une poitrine opulente, et des talons aiguilles. Dans le téléfilm Under the Christmas Tree (Noël, toi et moi, 2021) de Lisa Rose Snow, Alma, l’héroïne lesbienne, dit sa fascination pour l’actrice aux longues jambes Vera Ellen, qui aurait réveillé chez elle son attraction lesbienne.
 

« Il est aussi grand que Wonder Woman… avec des talons. » (la bande de prostitués masculins homos face à la cantatrice trans M to F, Louvre, une grande blonde siliconée en concert, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Comme dans un film américain, elle a croisé les jambes si haut. » (Jean-Paul, le héros homosexuel par rapport à Catherine, dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor) ; « Truddy n’avait plus de force dans aucun muscle, le bourreau la soutenait par les cheveux comme un pantin malgré ses quatre-vingts kilos. » (Copi, « Les Potins de la femme assise » (1978), p. 40) ; « D’habitude les seins gros me font un effet puissant. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 222) ; « Pas la pointe des seins ! Je suis frigide ! » (« L. », le héros travesti M to F s’adressant au Rat dans la pièce Le Frigo (1973) de Copi) ; « Ah ! Comme il aimait être bien au chaud dans ses gros bras et contre ses seins énormes et mous, plus que son oreiller. » (Patrick à propos de sa mère adoptive lesbienne Ginette, la compagne de Lucie, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 27) ; « Le doute vous habite… Vous vous attendiez à Demis Roussos dans le rôle de Dieu ? Et vous vous retrouvez avec Anna Nicole Smith, Lolo Ferrari, la Cicciolina… De toute façon, je vais décevoir toutes vos attentes. » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’aime surtout les talons hauts. » (Laurent Spielvogel imitant sa maman dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « T’étais beau quand t’étais bébé. T’étais beau, t’avais l’air d’une petite fille. J’m’amusais bien avec toi : t’avais l’air d’une poupée. T’étais mignonne. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère s’adressant à lui, idem) ; « Curieusement, cette fille a de grands pieds. » (Vera, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Lola à propos de leur première rencontre, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « En général, elle se plie à ma volonté. » (Vera parlant de Lola à Nina, idem) ; « Si je comprends bien, ma relation avec Lola est sous ton contrôle ? » (Nina s’adressant à Vera par rapport à Lola, idem) ; « Je me demande si tu ne manœuvres pas dans l’ombre pour manipuler Lola. » (Nina s’adressant à Vera, idem) ; « D’une manière générale, je suis à ta disposition. J’éprouve une réelle volupté à laisser diriger ma vie par toi. » (Lola s’adressant à Vera, idem) ; etc.

 

Comédie musicale Blanche-Neige et moi (2014) de Cindy Féroc

Comédie musicale Blanche-Neige et moi (2014) de Cindy Féroc


 

La lesbienne et l’homosexuel fictionnels sont fascinés par la poitrine de la femme-objet juchée sur ses talons hauts. Par exemple, dans le film « Lingerie d’occasion » (1999) de Teresa Marcos, Luisa est subjuguée par la poitrine gigantesque de sa tante Marcella ; pareil pour Marcia dans son magasin de lingerie de Buenos Aires dans le film « Tan De Repente » (2002) de Diego Lerman. Dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa raconte ses aventures sexuelles lesbiennes, notamment les seins énormes de son amante Tatiana, ou bien la grosse touffe de l’entre-jambe du sculptural mannequin démesuré Adriana Karembeu qu’elle regarde d’en bas (« Oh ! Une petite femme barbue ! »). Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Eva, la femme mariée tentatrice, exhibe ses seins à Adam, avant que ce dernier ne découvre son homosexualité.

 

 
 

b) La cruelle marionnettiste manipulant un pantin masculin :

Souvent, cette femme géante manipule comme une marionnette l’homme miniature qui jadis a essayé de la séduire en orgueilleux King Kong : cf. le roman La Femme et le Pantin (1898) de Pierre Louÿs (avec Concha et Pancho), le film « La Dolce Vita » (1960) de Federico Fellini, le vidéo-clip de la chanson « Sans contrefaçon » de Mylène Farmer, le film « La Femme et le Pantin » (1936) de Julien Duvivier, la chanson « Miss Paramount » du groupe Indochine, le conte La Princesse et le Nain (1888) d’Oscar Wilde, le film « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar (avec le film en noir et blanc « L’Amant qui rétrécit » que Benigno est allé voir au cinéma), le film « The Devil Doll » (1936) de Tod Browning, le film « La Femme et le Pantin » (1931) de Josef von Sternberg, le film « Una Pareja Distinta » (1975) de José María Forqué (avec la femme à barbe et le travesti-clown), le vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer, le roman Le Visionnaire (1934) de Julien Green (avec Madame Plasse), la chorégraphie de la chanson « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman (avec Leni Riefenstahl et Goebbels), la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner, le spectacle musical Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, le roman L’Autre (1971) de Julien Green (avec Mademoiselle Ott et son frère nain), le film « Le Mystère Silkwood » (1983) de Mike Nichols, le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne (avec Ingeborg dans le centre de thalasso), le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, le film « Elevator Girls In Bondage » (1972) de Michael Kalmen, la pièce Baby Doll (1956) de Tennessee Williams (avec Archie, l’homme soumis à sa future femme Mégane), la pièce Musique brisée (2010) de Daniel Véronèse (avec la mendiante lesbienne présentée comme une marionnettiste), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears (avec Léa et Chéri l’homme-glaçon), etc.

 

« Si je comprends, maintenant, c’est moi la potiche ? » (Robert Pujol s’adressant à sa femme Suzanne, devenue chef de son entreprise, dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon) ; « On dirait la fiancée de King Kong. » (Georges s’adressant à Mercedes/Henri dans la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret) ; « Si au moins elle l’aimait, mais elle ne l’aimait pas, elle tenait à lui, un peu comme on tient à un objet d’art. Et il était à elle. » (Stéphanie par rapport à son mari Camille, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 260), « À elle seule elle était l’archétype de la blonde vénéneuse qui manipule le mâle, avec un rire ravageur. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite par un ami homosexuel angevin en 2003, p. 17) ; « Là, elle s’élève une jambe. Ici, elle touche un coude. […] Qu’elle s’en aille ! Qu’elle vous laisse tranquille ! Elle s’approche de vos pieds. Va-t-elle vous caresser un orteil ? Rien ne se passe. Elle s’approche de votre oreille et y susurre un ‘Détendez-vous’. » (le narrateur homosexuel à propos de l’infirmière de l’atelier de sophrologie, dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, pp. 203-204) ; « Elle manipule celui qui dit non. » (cf. la chanson « Hey, Amigo ! » d’Alizée) ; « Ton fil tu l’aimes déjà. » (cf. la chanson « Et tournoie… » de Mylène Farmer) ; « Des poupées qui disent oui ou non. Je dis non, je dis non, je dis non… » (cf. la chanson « Porno graphique » de Mylène Farmer) ; « Caroline says that I’m just a toy. She wants a man, not a boy. » (cf. la chanson « Caroline Says » de Lou Reed) ; « Elle se recule un peu et me contemple comme on le ferait d’un tableau. […] L’embaumeuse est une artiste. » (Luca, le héros homosexuel, cadavre parlant à la morgue, dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, pp. 33-34) ; « Give me all your love boy, You can be my boy, You can be my boy toy. » (Nicki Minaj dans la chanson « Give Me All Your Love » de Madonna) ; « Quand la porte s’est ouverte, je suis resté planté devant elle comme une grosse merde. Elle portait une robe noire moulante et décolletée, qui faisait ressortir sa peau laiteuse, ses seins pareils à deux blocs de beurre frais. Aux pieds, elle avait des mules en soie noire, avec un liseré genre plumes d’autruche de la même couleur. Elle avait des ongles vernis eux aussi de la même couleur, enfin si on considère que le noir est une couleur, aussi bien ceux des mains que ceux des pieds, comme j’ai pu m’en rendre compte quand elle a négligemment fait glisser sa mule gauche pour caresser son mollet droit avec ses orteils. Sa tenue, ça faisait limite pute du quartier rouge à Amsterdam, sauf que sur elle c’était superclasse, je sais pas comment vous dire, elle était superbelle, et superflippante. Je m’assois sur le tabouret en ébène. Elle m’apporte un verre avec une substance un peu trouble dedans, genre sirop d’orgeat ou de gingembre, vous voyez ce que je veux dire ? Je lui demande ce que c’est. Elle me dit de deviner. Je goûte. Un machin indescriptible. Amer, mais avec une note de citron, de sucre, et un arrière-goût un peu fade aussi, limite farineux, sauf que la farine ça a pas de goût, alors je dirais limite lacté, mais plus comme du lait en poudre que comme du vrai lait. Je lui dis que je ne devine pas. Et alors là, véridique, elle me fait : ‘C’est un philtre d’amour.’ » (Yvon parlant de Groucha dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 262-263) ; « Les auréoles des seins qui pointent sous le tissu, qui ont l’air de vouloir le transpercer […] » (idem, p. 264) ; « Elle me paraît minuscule, et comme en hauteur, au sommet d’une montagne, parmi les neiges éternelles. Pour couronner le tout, elle a beau être assise immobile dans le canapé, j’ai l’impression qu’elle remue ses hanches, qu’elle ondule de droite et de gauche, comme si elle faisait la danse du ventre, avec des oscillations de sirène, des variations régulières de courbe sinusoïdale. Vu d’ici, ça fait plein de petites étoiles scintillantes. L’image se décompose, à travers une sorte de filtre brumeux, un diamant taillé ou un kaléidoscope, comme dans les films psychédéliques ou les premiers épisodes de Columbo» (idem, p. 264) ; « Ça ressemble à un petit bonhomme, avec un tronc, deux bras, deux jambes, une tête un peu fibreuse, avec des petits fils comme à la base des poireaux. Là, je m’aperçois que c’est pas juste une illusion, que c’est véritablement un petit bonhomme. Sur ce qui fait office de tête, il y a des yeux dessinés, une petite bouche. Et au milieu du ventre, des aiguilles plantées. ‘Tu ne te reconnais pas ? qu’elle me fait. C’est toi. C’est une poupée vaudoue. Tu ne vois pas ? Les petits fils, sur la tête, ça ressemble à tes cheveux. J’ai même prévu d’accrocher des petites perles pour mieux imiter les dreadlocks.’ Au moment où je me reconnaissais, j’ai identifié les symptômes d’un bad trip. » (idem, p. 265) ; « J’avais pour patronne une Hongroise […] dame sans âge. » (Pretorius, le héros homosexuel en domestique de la bourgeoise Élisabeth de Bataurie, dans la pièce musicale Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « Toi, tu es mon pantin confondu. » (la femme en robe de soirée s’adressant à l’homme, dans la pièce Démocratie(s) (2010) d’Harold Pinter) ; « Il y a une fille dans mon lit !! Qu’est-ce que je vais faire avec ça ?? J’espère qu’elle ne va pas me toucher, la vicieuse ! Je ne suis pas un sex-toy, Mademoiselle ! » (Fabien Tucci, homosexuel, s’adressant à une femme qu’il surnomme comme la chanteuse Rihanna, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, la Carole est décrite par Vincent Garbo, le narrateur homosexuel, comme « la Marionnettiste » (p. 178) : « La grosse Carole, pute géante à bras tentaculaires, est entourée de nabots besogneux, tous occupés à ses aises. Ils sont fourmis naines à côté d’elle. » (idem, p. 8) ; « Ma Vieille m’impressionne trop, d’une autorité que je n’explique pas, quasi surnaturelle. Elle vit dans un monde qui n’est pas le mien, plane à une hauteur de vue qui me rapetisse d’autant. » (idem, pp. 104-105). Dans le film « La Manière forte » (2003) de Ronan Burke, le couple de femmes lesbiennes ausculte comme une momie le corps d’Adam plongé dans un semi sommeil tourmenté, en enfilant les gants pour extraire le précieux liquide spermique qui leur donnera un enfant. L’une d’elle, au moment où Adam commence à se réveiller, parle de l’homme comme d’un objet : « Nom d’un chien. C’est normal que ça soit aussi éveillé ? » Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Élisabeth se présente à son frère Paul comme l’Ariane dont il ne doit surtout pas lâcher le fil. Dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, Lucie, l’héroïne lesbienne, surnomme son agent artistique Jean-Chri « Jiminy Cricket ». Dans le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras, Strella, le héros transsexuel M to F, manipule sa figurine de Ken. Dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, les fées Preciosa et la Religieuse s’emparent d’Elliot. Dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, la figure homo-érotisée de Victor Hugo est dirigée concrètement comme un pantin. Dans le film « La Fiancée du pirate » (1969) de Nelly Kaplan, Marie est une femme qui veut être libre et fait semblant de se soumettre aux hommes pour mieux les avoir sous contrôle. Dans le film « Friendly Persuasion » (« La Loi du Seigneur », 1956) de William Wyler, Jacques se fait manipuler physiquement par les femmes qui le courtisent (les trois filles hideuses de la veuve Hudspeth), qui se le passent comme un objet, un ballon de foot, après l’avoir observé d’un air médusé. Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, le lien entre les écrivaines-amantes Vita Sackville-West et Virginia Woolf est à plusieurs reprises décrit comme toxique et filandreux.

 

L’union de la géante et du pantin symbolise d’abord une invraisemblance (on assemble les contraires), un paradoxe, un mensonge : « Son histoire, c’est comme un 69 entre Adriana Karembeu et Passe-Partout : ça tient pas du tout debout. » (Jérémy Lorca dans son one-man-show Bon à marier, 2015)
 

Évidemment, la femme géante tirant les ficelles du héros homosexuel, étant mère ou actrice ou même amant(e), est figure d’inceste et de viol : « Lady Griffith aimait Vincent peut-être ; mais elle aimait en lui le succès. […] Elle se penchait avec un instinct d’amante et de mère au-dessus de ce grand enfant qu’elle prenait à tâche de former. Elle en faisait son œuvre, sa statue. » (André Gide, Les Faux-Monnayeurs (1997), p. 273) ; « Je me rappelle ma mère sous la douche. Elle avait une foufoune gigantesque. » (Nikki dans le film « Toy Boy » (2009) de David MacKenzie) ; « Ma mère, c’était peut-être pas un homme, mais c’était un génie. C’était une grande dame. » (Gabriele, le héros homo, s’adressant à son amie Antonietta, dans le film « Una Giornata Particolare », « Une Journée particulière » (1977) d’Ettore Scola) ; « Ma mère travaille en usine en haut des fils en bobine. Dans les nuages, elle va, elle rêve. » (Rosa dans le spectacle musical Rosa La Rouge (2010) de Marcial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi) ; « Tu te passionnes pour les mères des autres, les reines de France, leurs petits maris, et toute l’histoire du temps. » (Félix, le héros homosexuel du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 205) ; « Résolument tournée vers le masculin, cette femme [« la marquise »] prenait un plaisir très particulier, s’évertuant, malgré le goût vif qu’elle en avait, à les réduire à rien. Elle aimait à faire naître une passion qui lui permettait de les faire souffrir. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 211) ; « Comment te dire ? Je suis un vieux pantin en lendemain de fête, un vieux pantin entre les mains d’un enfant bête. » (cf. la chanson « En miettes » d’Oshen) ; « Elle avait, mon père n’avait pas cessé de le répéter, ce par quoi il était irrésistiblement attiré. Ce qui le rendait jaloux, possessif, fou. Elle avait en elle cette part de lui qu’il ne comprenait pas et qu’il ne comprendrait jamais. Elle avait le sexe sur sa figure, à en croire mon malheureux père. Elle avait le pouvoir. Et c’est pourquoi il l’avait emprisonnée les premières années de leur mariage. » (Omar, le héros homo parlant de son père et de sa mère, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 56) ; « Ils me croient trop petite pour le retrouver. Mais je suis maligne. Ses yeux seuls m’ont boudée. Il me paraît plus petit dans ce grand lit, le cœur démuni au sein de la colonie. » (cf. le poème « Le Dos d’un cœur » (2008) d’Aude Legrand-Berriot) ; etc. Par exemple, dans sa chanson « Les Liens d’Éros », Étienne Daho cite « La Vénus à la fourrure » de Leopold Von Sacher-Masoch en faisant référence à « une femme qui fait de l’homme son jouet et le piétine impitoyablement ». Dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015), Pierre Fatus nous fait croire qu’il a couché avec une femme… mais on découvre qu’il s’agit de sa mère biologique : « La première femme avec qui j’ai couchée : la bombe ! Avec des seins… »
 

Parfois, le héros homosexuel ne supporte pas d’être humilié et rabaissé. Il planifie sa vengeance contre la femme fellinienne : « Tu t’es créé un monde pour être la reine. Mais réveille-toi. Tu ne l’es pas ! T’es juste une lycéenne comme toutes les autres. Tu vas tomber de ton piédestal. Pour une fois, c’est moi qui te regarderai de haut. » (Juna, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Kanojo, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « C’est une petite poupée de chiffon. » (Juna parlant de son amante Rinn, idem) Par exemple, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Charlène, l’héroïne lesbienne, se soumet complètement à la fille dont elle est amoureuse, Sarah. Mais Laura, une amie de la mère de Sarah, désacralise le personnage et la fait descendre de son piédestal : « Elle n’est pas si impressionnante que ça, ta Sarah. » Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, décrit sa mère de 130 kg comme une géante monstrueuse.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

La géante manipulatrice :


 

Certains sujets homosexuels disent aimer une femme toute-puissante et immense : « Ce corps féminin sensuel et triomphant a quelque chose d’étrange quand il surplombe celui qui repose inanimé et recouvert. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 270) ; « Le soir, à table, je regardais les seins d’Anne Dubosc. […] Anne avait les seins relevés dans une dernière fureur, deux seins de métal blanc. J’en fus jaloux. » (Christophe Tison, Il m’aimait (2004), p. 37) ; « Une femme se cogne contre mon visage, sa main gantée se resserre sur mon bras […] Ses yeux m’attaquent, c’est exceptionnel […] » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 9) ; « J’adore les filles qu’on peut escalader. » (Lea Delaria, femme lesbienne, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel) ; etc.

 

Par exemple, pendant le « prime » de l’émission The Voice 3 diffusée sur la chaîne TF1 le 22 février 2014, le chanteur homosexuel Mika présente la chanteuse Kylie Minogue (petite de taille) comme une géante (face à une Mélissa Bon qui complexe de se tenir droit parce qu’elle est grande de taille) : « Elle se tient comme un homme de huit pieds ! » Et lors de son concert à Paris-Bercy en avril 2010, Mika a choisi pour ses décors une femme géante, comme par hasard. Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves Saint-Laurent rencontre Betty, une grande blonde en boîte et lui sort : « Vous me plaisez. Je vous trouve moderne. Je vous trouve longue. » Il en fera sa nouvelle égérie. Dans son Autoportrait (1939), la photographe lesbienne Claude Cahun s’immortalise à côté d’un mannequin. Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, une femme géante nocturne vient annoncer à Bertrand Bonello dans son sommeil, en murmurant à son oreille, qu’il va mourir : « Répète après moi : ‘Je vais mourir d’un sectionnement des mains.’ »

 

FELLINIENNE Deneuve

 

J’ai remarqué chez mes amies lesbiennes un rapport très particulier à leurs seins et à ceux de leur(s) partenaire(s) sexuelle(s). À la fois elles les adorent ; et certaines complexent d’être plates, ou bien cherchent à le devenir en se faisant ôter les seins.

 

Cette tendance incestueuse et violente à célébrer une femme surdimensionnée est sociale et tout autant homosexuelle qu’hétérosexuelle. Elle est bisexuelle : cf. les publicités Kookaï avec les hommes miniatures soumis à des femmes géantes, le corset pointu de Madonna conçu par le couturier Jean-Paul Gaultier, le fameux lamé or de Marilyn Monroe, les collections de Thierry Mugler, la publicité de la Peugeot 205 (« On The Road again ») avec les autostoppeuses en cuir, les corsets-obus d’Yves Saint-Laurent, etc. « Pourquoi cette attirance pour les musées ? Il ne l’a jamais su. On passait des heures devant les agneaux à deux têtes. Il était bouleversé. Nous étions en plein syndrome de Stendhal. Ivres de beauté. Il voulait vivre là. À côté. Et moi j’étais là, sans savoir quoi faire. C’est dans un musée que j’ai senti que mon fils était un homme. (la voix-off de la mère de Bertrand, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud)

 

Publicité Kookaï

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« À Vienne, Gustave Klimt, à Paris, Regnault, le jeune prix de Rome ami de Mallarmé, Gustave Moreau dont c’est le cœur de la mythologie intime, à Londres Oscar Wilde et Aubrey Bearsley, en Allemagne von Stuck, en Belgique Delville, Toorop, Mellery ou Ferdinand Knopff : tous ont été obsédés par le thème de la femme destructrice. Ce ne sont qu’Hérodiades, Salomés et Judiths, que femmes thraces déchirant le corps d’Orphée ou contemplant rêveusement sa tête coupée. On retrouve, en costumes 1900, les mêmes redoutables et sataniques amazones dans les romans de l’époque : chez D’Annunzio (Il triomfo della morte), chez Pierre Louÿs (La Femme et le pantin) ou Octave Mirbeau (Le Jardin des supplices). L’homme – ou ce qu’il en reste : la tête, belle, douloureuse et asexuée – est donc chaque fois la victime d’une femme et comme prédestiné à l’être par ses aspirations célestes et sa nature ambiguë. » (cf. l’article « Monsieur Vénus et l’ange de Sodome : L’androgyne au temps de Gustave Moreau » de Françoise Cachin, Bisexualité et différence des sexes (1973), pp. 84-85) ; « Triomphe de la femme dominant un carnage de victimes masculines. Les héroïnes de Moreau sont fatales : les Érinnyes, Hélène de Troie, Salomé, inlassablement repeinte, Dalila, Circé, Lucrèce, Messaline, Lady Macbeth. » (idem, p. 88) ; « La Eva Duarte de Perlongher n’est pas la Evita de Perón. Elle est une princesse plébéienne qui distribue du ciel, non pas des couvertures, mais des portions de marijuana. Sa Eva est une déesse inoubliable, amazone péroniste, sortant ses griffes – induite de vernis à ongles Revlon –, qui hurle à la ‘trahison’ dès qu’on la touche et qui descend du ciel pour séjourner bordel en bordel. » (Introduction du recueil d’articles Prosa Plebeya (1997) de Néstor Perlongher, p. 10) ; « La macrogynophilie consiste à s’imaginer comme dans King Kong, mais à l’envers. C’est l’homme qui est lilliputien ! […]  Ce goût pour les géantes date d’ailleurs des années 1950 : les femmes occupent une place croissante dans la société. […] L’Américain Ed Lundt, 43 ans, est un pionnier du genre. Il rêve d’une femme inaccessible, plus monstrueuse que Godzilla. En 1988, il édite le premier magazine au monde uniquement consacré aux Giantess et des bandes dessinées où d’immenses créatures se font ‘escalader’. » (Agnès Giard, Le Sexe bizarre (2004), pp. 174-176) ; « J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante. Comme au pied d’un arbre un chat voluptueux. » (Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal (1857), idem, p. 178) ; etc.

 

La cougar Madonna

La cougar Madonna (et le fameux corset de Jean-Paul Gaultier


 

Beaucoup de chanteuses lesbiennes ou les icônes gays friendly s’amusent à regarder l’homme enfermé dans sa boule de neige, dans son bocal ou dans son théâtre de marionnettes : cf. les chansons « It’s Raining Men » des Weather Sister, « Lui ou Toi » d’Alizée, « Tu nages » d’Anggun ou de Céline Dion, « Tchiki Boum » de Niagara, etc. « Je suis plutôt King Kong que Kate Moss, comme fille. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006), p. 11) ; « Los chicos son de molde y nosotras de corazón. » (cf. la chanson « Si Yo Fuera Un Chico » de Beyonce) ; etc.

 

Steven Cohen

Steven Cohen


 

Chez les personnes homosexuelles, cette tendance à s’identifier à une femme géante dominatrice et castratrice peut être l’expression d’un viol jadis vécu, ou bien d’un inceste avec la mère (biologique mais surtout cinématographique), voire d’un désir suicidaire de transidentité. « Wanda, le travesti, dansait, insouciante, avec Angelito. Géante, la crinière déployée, avec ses chaussures d’homme à talons aiguilles, c’était un monument de près d’un mètre quatre-vingt-dix qui se mouvait comme un serpent. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 83) ; « La Chola avait caché ses courbes dans une serviette et avait formé avec une autre un énorme turban. Celle qui enveloppait son corps était trop petite et l’autre, immense, lui donnait une apparence de géante. Elle portait, matin et soir, des talons aiguilles, toujours pailletés. […] À chaque pas, ses hanches chaloupaient et ses seins vibraient légèrement. […] La plantureuse voisine avait trouvé une autre solution, une autre religion, proposée par une secte qui, selon la Chola, s’appelait l’Église scientifique» (idem, pp. 187-188) ; « Ernestito parvint à ouvrir les yeux, à se décoller du matelas et à récupérer la liberté de ses mouvements. Tiré par un fil invisible, il se retrouva au pied du lit de sa mère. Cecilia [la mère d’Ernestito] dormait, un sourire aux lèvres. Il crut qu’elle ronflait. » (idem, p. 263) ; etc. Par exemple, l’artiste Niki de Saint-Phalle, après avoir été violée dans son enfance, sculpte des « Nanas » plantureuses et dominatrices.

 

Geri Halliwell (Spice Girls)

Geri Halliwell (Spice Girls)


 

Elles désirent inconsciemment être dominées par une femme forte, soit parce qu’elles ont été dominées par une figure maternelle imposante, ou bien parce qu’elles ont été maltraitées et veulent reprendre le dessus.

 

Inna Shevchenko, fondatrice des Femen

Inna Shevchenko, Femen


 

En figurant mentalement ou iconographiquement les femmes ainsi, c’est une manière aussi pour elles ne mettre la gent féminine réelle à distance. Et pour ce qui est des femmes lesbiennes, c’est une manière de se justifier d’exploiter les hommes réels (dans les cas par exemple d’« homoparentalité », où les hommes sont considérés comme des vaches à sperme). « Les mecs sont interdits… non… en fait, j’dis en déconnant. C’est une affaire de proportion. Il nous faut une part des garçons comme il nous faut une part d’handicapés dans les entreprises. (rires) » (Charlotte et Marion dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy dans l’émission Tel Quel diffusée sur la chaîne France 4 le 14 mai 2012)

 

Par exemple, selon les propres mots du peintre homosexuel Gustave Moreau adressés à Henry Rupp (Cahiers III, p. 25), la femme est bien l’incarnation du Mal (= Mâle = femme macho) : « Cette femme ennuyée, fantasque, se donnant le plaisir très peu vif pour elle de voir son ennemi à terre, tant elle est dégoûtée de toute satisfaction de ses désirs. »

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi

 

« Pour le psychanalyste Alfred Adler, l’orgueil que certains homosexuels tirent de leur ‘particularité’ représente la compensation d’un profond sentiment d’infériorité et d’insécurité vis-à-vis de la femme. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 198) Tout est dit.
 
 

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Code n°74 – Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois

femme vierge se faisa

Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

 

« Le prologue fut la clairière des chênes… »

 

Si je vous dis que la grande majorité des personnes homosexuelles se prennent pour une actrice de film d’épouvante que le destin a envoyée courir au fin fond d’une forêt noire où elle se fait violer un soir d’été ou de carnaval, vous me rirez au nez… et vous aurez bien raison ! C’est ridiculement vrai !

 

Elles célèbrent la femme-objet surtout en tant que martyre violée, d’abord à l’image, et parfois dans la réalité télévisuelle (pensons à Barbara, Dalida, Marilyn Monroe, Rita Hayworth, Édith Piaf, etc.). L’identification à la femme violée est un moyen pour elles d’exister et de se forger un destin maudit grandiose. Loin de s’insurger pour le triste sort réservé à la reine du carnaval, elles cristallisent la scène en estampe à imiter. Le viol est un fantasme esthétique homosexuel lié à la féminité fatale.

 

Cette poupée carnavelesque brûlée « vive » symbolise à mon avis deux choses : d’une part l’existence d’un fantasme de viol (chez la plupart des individus homosexuels ; parfois l’expression inconsciente d’un viol réellement vécu par une minorité d’entre eux) ; et d’autre part l’hypocrisie et la violence dramatique qui se cachent derrière la fête organisée socialement autour de l’homosexualité. La communauté homosexuelle met régulièrement en scène le viol cinématographique de leurs icônes féminines, non pour dénoncer le viol des femmes réelles, mais pour le magnifier et s’y identifier afin de cacher leur propre viol/fantasme de viol.

 

La scène du viol de leur actrice fétiche contient souvent les mêmes ingrédients : la femme vierge qu’elles adorent court comme une folle (c’est le cas de le dire !) et se fait violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois. Cette héroïne tragique se prend les pieds dans sa belle robe, est ridiculisée/honorée par les carcans de sa féminité (les talons hauts, les grandes robes à crinoline, la couronne de diadèmes de travers, les cheveux longs décoiffés, le maquillage qui coule, etc.).

 

Il ne s’agit pas d’un vrai viol, mais prioritairement d’une mise en scène de fantasme de viol. La majorité des personnes homosexuelles s’intéressent davantage à l’actrice qui singe l’agression qu’à la femme véritablement violée. Même les moins excentriques et efféminées d’entre elles adorent se mettre dans la peau de la « folle perdue » effarouchée, ayant de la peine à parler, feignant la fausse résistance pour qu’on la viole sans qu’on ait besoin de le lui demander, s’excusant mélodramatiquement d’avoir enclenché une situation cataclysmique, implorant le pardon pour sa conduite involontairement scandaleuse. Plus qu’un réel désarroi, ces personnes exhibent un fantasme de viol parce qu’elles le trouvent esthétiquement beau et émouvant, bien avant de le juger ridicule. Déjà très tôt, dans la cour de récréation, elles aimaient particulièrement les filles qui criaient au viol pour un oui pour un non, et qui prenaient la fuite (…en ralentissant un peu pour vérifier qu’elles étaient bien poursuivies par les garçons) en n’attendant qu’une chose : qu’on leur soulève la jupe. En particulier beaucoup d’hommes gay, dans leur jeunesse, se prenaient vraiment pour ces filles-là. Au lieu de leur courir après, ils se sont joints discrètement à leur course. Ils voulaient que le loup les attrape pour le simple plaisir d’avoir eux aussi le droit de pousser le cri-qui-tue : « Au viol !!! », cri qui leur était injustement interdit parce qu’ils étaient nés garçons.

 

FORÊT 1 Noir et blanc

Film « Les Amoureux » de Mai Zetterling


 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Reine », « Destruction des femmes », « Putain béatifiée », « Prostitution », « Milieu homosexuel infernal », « Matricide », « Actrice-traîtresse », « Femme-Araignée », « Femme allongée », « Emma Bovary « J’ai un amant ! » », « Violeur homosexuel », « Homosexuel homophobe », « Vierge », « Oubli et amnésie », « Jardins synthétiques », « Cour des miracles homosexuelle », « Funambulisme et somnambulisme », à la partie « Carnaval » du code « Clown blanc et masques », à la partie « Jeu virant au drame » du code « Jeu », et à la partie « Cris de l’actrice de film d’épouvante » du code « Viol », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Viol dans la forêt :

L’histoire du désir homosexuel commence dans une forêt. « Le prologue fut la clairière des chênes. », comme nous l’indique à juste propos Elisabeth Taylor dans le film très homophile « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, où l’homosexualité du héros homosexuel, Sébastien, est mystérieusement illustrée par un cauchemar de sa cousine, Catherine (Elisabeth Taylor) dans lequel elle se met dans la peau d’une femme vierge violée dans une forêt un soir de carnaval.

 

Film "Suddenly Last Summer" de Joseph Mankiewicz

Film « Suddenly Last Summer » de Joseph Mankiewicz

 

En général, la forêt est d’abord associée par le personnage homosexuel à une femme, une actrice maternelle : « La femme-araignée m’a montré du doigt un chemin dans la forêt… » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 264) ; « Tiens, voilà la vieille qui passe là-bas. Tiens, voilà la vieille qui sort du grand bois. Ah ! Quelle merveille, La vieille, la vieille. Ah ! Quelle merveille, cette vieille-là… » (cf. la chanson « La Vieille » de Charles Trénet) ; « Je croyais que ma vraie mère, c’était Marie Laforêt. » (Stéphane, le personnage gay de la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « J’aime une forêt. » (Omar dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 150) ; « J’ai 600 ans. Ma mère était sorcière. […] Ma mère a été brûlée vive, et moi bannie. Mais avant qu’elle ne périsse, elle m’a fait jurer de rendre cette forêt à jamais maudite. Que ceux et celles qui y rentrent d’en ressortent jamais. […] Promettez-moi une chose. Si je vous dis de courir, de fuir la forêt sans vous retourner, faites-le, sans discuter. » (la mystérieuse Sévéria s’adressant à Ariane, la sœur du héros homosexuel Hector, dans la forêt, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Stephen, l’héroïne lesbienne, évoque « son récent désir des forêts » (p. 143). Le bois est donc signalé inconsciemment comme un lieu d’origine. Et cette origine, c’est souvent la sexualité, et plus particulièrement la sexualité violente. Par exemple, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah et Charlène, les deux amantes, se retrouvent à parler de leur dépeculage dans un bosquet. Sarah dit que « la première fois, ça ne se passe jamais bien. Charlène lui rétorque qu’elle ne l’a jamais fait avec un homme. Puis elles entendent un bruit de bête sauvage effrayante qui les fait quitter précipitamment le lieu, terrorisées.
 

On retrouve le thème du viol en lien avec la forêt dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (Paul est enterré par sa sœur Élisabeth dans une forêt), le roman Les Bienveillantes (2006) de Jonathan Littell, la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard (dans laquelle la mère de Dzav  est prostituée au Bois de Boulogne), le film « J’aimerais j’aimerais » de Jann Halexander, le film « Marche triomphale » (1976) de Marco Bellocchio, la pièce Nightwood (1936) de Djuna Barnes, le film « Saint » (1996) de Bavo Defurne (avec le saint Sébastien gay tué collectivement dans une forêt), la nouvelle « Trahison de la forêt » (1904) de Renée Vivien, le film « Je t’aime, je te tue » (1971) d’Uwe Brandner, le film « Chasse à l’homme » (2010) de Stéphane Olijnyk, le film « Amnesia » (2005) de Denis Langlois, la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier, le film « Brigade des mœurs » (1984) de Max Pécas, le film « Lesbian Psycho » (2010) de Sharon Ferranti (avec les meurtres de lesbiennes à répétition lors d’un camping sauvage), le film « Dreamwood » (1972) de James Broughton, les pièces La Nuit juste avant les forêts (1977) et Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès (avec Fatima violée dans le jardin), la pièce Guantanamour (2008) de Gérard Gelas (avec Fadia égorgée dans une forêt), le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec Williams nu dans la forêt, espionné par le Major), le film « Les Trois Souhaits » (1999) de Rudolph Jula, le film « The Singing Forest » (2003) de Jorge Ameer, le roman Forêt haute mortelle randonnée (2002) d’Eyet-Chékib Djazari, le roman Ma Forêt Fantôme (2003) de Denis Lachaud, le film « Le Frère du Guerrier » (2002) de Pierre Jolivet, le spectacle musical La Bête au bois dormant (1997) de Michel Heim, le film « The Woodsman » (2004) de Nicole Kassell, le film « Amants criminels » (1998) de François Ozon (avec Luc violé dans une forêt), le film « Promenons-nous dans les bois » (1999) de Lionel Delplanque, le film « Un Chant d’amour » (1950) et la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude (où des meurtres ont lieu dans la forêt), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec Madeleine, la rousse vierge violée dans un bois par des hommes masqués), le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye (avec le suicide de Wang Ping dans la forêt), la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo), le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio (avec la peur d’entrer dans la forêt), le film « Les Fraises des bois » de Dominique Choisy, le film « Chaleur humaine » (2012) de Christophe Predari, le film « Tchernobyl » (2009) de Pascal Alex-Vincent, la chanson « Imprudentes ! » de Georgius, etc.

 

Par exemple, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Bernard fait son coming out à Didier au moment du dessert… qui est une forêt noire ! Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, la forêt est le lieu de l’incitation au sexe, de la tentation amoureuse interdite et clandestine. Engel a établi un code pour inviter à l’acte homo son collègue de travail puis amant Marc : il propose le footing en forêt (« Une virée en forêt ? » ; « Mais si tu as quand même envie de courir… »). Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, c’est au moment où Rachel, l’héroïne lesbienne mariée à un homme Heck qu’elle n’aime pas et découvrant son homosexualité, emmène Heck dans une forêt pour qu’il la baise sauvagement. Non seulement ce dernier ne s’exécute pas, mais en plus le couple marié tombe sur deux mecs homos batifolant derrière un arbre.

 

Film "Lesbian Psycho" de Sharon Ferranti

Film « Lesbian Psycho » de Sharon Ferranti

 

Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, Audrey, l’agresseur homophobe qui se fait passer pour ami, entraîne son pote homo Anton dans la forêt russe avant de le faire tabasser par ses potes. Il le prévient d’abord : « La forêt n’est pas l’endroit le plus sûr. » Sur son conseil, il le fait courir, avant de le mater se faire rouer presque mortellement de coups.
 

En général, dans les fictions homo-érotiques, la forêt fait peur : « Nous [les Rats] décidâmes à l’unanimité que cet endroit n’était pas le nôtre. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 130) Elle apparaît comme le lieu d’un viol ou de la mort : « Plus les nœuds se resserrent autour de son corps et plus l’imagination de Clara s’envole. Elle se retrouve alors nue à l’orée d’un bois. » (cf. le film « Belle de nature » (2009) de Maria Beatty) ; « Il était une fois, au cœur d’une forêt sombre et mystérieuse, un loup féroce qui dévorait tous les voyageurs qui s’y aventuraient. » (Isabelle racontant une histoire à Félix, le héros homo, dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ; « Chloé avait du sang entre les dents quand on l’a retrouvée inanimée dans la forêt de Sénart […]. Elle avait reçu un mauvais coup sur la tête, sans doute d’un homme qui en voulait à son corps. » (la narratrice lesbienne parlant de sa compagne, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 136) ; etc. Le film « L’Arbre et la Forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau démarre précisément par une scène de ballade en forêt, pendant laquelle Frédérick, le protagoniste homosexuel, revit un terrible traumatisme : en tombant nez à nez avec le chien d’un promeneur qui lui rappelle son passage dans les camps de concentration nazis. Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Matthieu s’est tué en voiture contre l’arbre d’une forêt. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany (le héros homosexuel) et son grand frère Ody sont contraints de fuir dans une forêt, parce Dany a tiré à l’arme à feu sur ses agresseurs homophobes. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, fait un cauchemar où il voit son amant Kevin sodomiser Samantha dans un jardin en pleine nuit.

 

Film "Mezzanotte" (2014) de Sebastiano Riso

Film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso


 

Dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, l’allusion à l’avortement se lit entre les lignes de la métaphore de la vierge au bois violée : « La dame en noir […] Devais-je, ne devais-je pas ? là était la question ! Pressée, pressante et autoritaire, la mort ne me laissa pas le temps de répondre, elle m’inséra la tige glacée qui commençait un curieux voyage à travers la nuit de mon plus intime intérieur. […] Étais-je morte ou semi-consciente ? Je ne sais plus. Je me souviens uniquement d’un rêve, un simple songe qui occupa toute la nuit. […] et le rêve recommençait, semblable au précédent. J’étais dans une clairière brûlée par le soleil du mois d’août. […] Pas de surprise, qu’un terrain défraîchi. Autour de lui, une forêt dense respire bruyamment. Le chant des arbres qui saignent m’appelle, sans crainte, j’abandonne alors la clairière. […] la clairière était ma chambre, triste mais tranquille, la forêt était au-delà de mes murs ; cette forme obscure, ombre habile et trompeuse était l’idée vraie d’un goudron qui avait eu le pouvoir de m’asphyxier ! la serre bruyante avait un attrait irrésistible mais son sol renfermait un monstre noir auquel personne ne pouvait échapper. Pas même le soleil ! […] Ce matin, plus de trace de la mort. Enfuie avec la nuit, mes rêves et mon soupir, elle m’a abandonnée sans espoir de la revoir. » (pp. 108-114)

 

Le viol sylvestre dont parle l’homosexuel ou la lesbienne se fait dans un contexte de drague homosexuelle, de prostitution, ou même parfois d’amour conjugal homo : « Je suis dans la forêt. Et j’y resterai tant que je ne t’aurai pas vue. » (Rinn, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Ça, c’est la forêt. Ça, c’est encore la forêt… » (Diane, tout pendant qu’elle feuillette tranquillement un album d’aquarelles, alors qu’elle vient de faire interner son fils homo, Steve, en hôpital psychiatrique, dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan) ; « J’avais dix-huit ans, j’étais vierge et j’en avais assez de sublimer en rêvant dans mon lit à des êtres inaccessibles ou en tripotant dans l’ombre des parcs publics des corps fugitifs qui n’étaient pas là pour l’amour mais pour la petite mort qui dure si peu longtemps et qui peut être triste quand elle n’est agrémentée d’aucun sentiment. » (le narrateur homosexuel dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 25) ; « Les jardins du Sacré-Cœur sont bien gardés par les flics ! Vous ne me faites pas peur ! » (Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Gare à tes fesses Mathilde. Je vais te voir, je vais t’avoir, à moi, rien qu’à moi ! Un, deux, trois, nous irons au bois. […] Mes mains te dévorent. Je te bouscule contre un arbre. […] J’aime ma violence. » (la voix narrative lesbienne dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 153) ; « Dors, dors, petit méchant loup… nous irons demain cueillir des fraises… dans les bois de Saint-Amour ! » (Louise au jeune garçon de Jeanne, dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « Promenons-nous dans les bois pendant que l’amour n’y est pas. » (cf. la chanson « Plus fort que moi » du groupe Cassandre) ; « On n’est pas obligé de finir dans les bois comme des putes. » (Polly, l’héroïne lesbienne à son pote homo Mike, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 32) ; « Ariane, j’ai bien lu ton dernier mail. Je ne suis pas surpris par ce que tu m’as dit. Et j’ai eu peur que tu m’en veuilles. Je savais que tu aimais Arsène mais qu’au fond de toi… (soupir). Qu’est-ce que ça a dû être dur pour toi, ma sœur adorée, de cacher la vérité. Mais maman aussi, elle doit savoir. Arsène et moi, on se donnait des rendez-vous secrets dans la forêt des Charniers. Des fois, j’y vais seul. Je sais que c’est une folie. Cette forêt, elle est fréquentée par des toxicos, des néo-nazis, des pédés comme moi. Et il y a autre chose. Il y a quelque chose de plus étrange qui m’attire là-bas. Tu sais, c’est un lieu chargé d’histoires tellement sordides… où le sang a coulé… Tu sais, petite sœur : la peur, elle peut faire naître en nous bien des choses. » (cf. les premiers mots de Hector par rapport à son amant Arsène, à sa sœur Ariane, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; « Le lendemain, je reçus de nouveau la visite de ma petite voisine [âgée de 14 ans]. Elle avait mis dans ses cheveux de jolis rubans roses et portait une robe marron. Elle était apprêtée comme pour un dimanche. Je la sentais nerveuse, impatiente, elle d’ordinaire si calme. Sans attendre, elle me demanda si je voulais aller me promener dans la forêt. Le temps n’était guère favorable, on entendait au loin les grondements de l’orage. Ma curiosité piquée au vif, je me demandais ce qu’elle avait pu comploter la nuit durant. Après m’être assez couverte pour affronter les intempéries, je l’accompagnai vers la forêt, dans un silence total. Je la sentais tendue, contrariée presque, et pourtant déterminée. Je pressai le pas vers ce mystérieux rendez-vous, sans en connaître ni le lieu ni le motif. Soudainement, avec l’audace qu’ont par instants les timides, elle me dit qu’elle ressentait un besoin pressant. Elle se dirigea vers une petite clairière. Comme la veille, elle s’accroupit en soulevant sa robe, mais cette fois elle se retroussa tout à fait. Elle me dit : ‘J’ai écouté ce que vous m’avez recommandé hier, je fais attention à ne pas me souiller.’ Je la vis bien écarter les jambes. Elle pissait un peu, se montrer à moi était son seul dessein. Quand elle eut fini, je sortis un mouchoir de ma manche et m’approchai d’elle. Elle s’était fait comprendre, et elle me regarda avec un air de soulagement puis de ravissement. Tout doucement, je passai le tissu sur sa fente. Je sentais son souffle sur ma nuque et, quand je la regardais dans les yeux, je voyais comme de la reconnaissance. Je laissai tomber à terre le petit mouchoir, et avec ma main d’abord, puis mes doigts, je la caressai. Bientôt, il y eut un autre genre de mouillé, et mon doigt glissait comme s’il était enduit de la meilleure huile. Il y en eut plus que je n’aurais pu le penser. D’un coup, elle était comme en transe, au plus fort de l’émotion inattendue qu’elle avait reçue. Mes doigts continuaient en cadence de la caresser, bien que le mieux pour elle fût passé. Me servant alors de mon plus petit doigt comme les hommes d’autre chose, je décidai d’aller avec elle plus avant. Je m’approchai davantage pour, comme j’en avais l’envie, donner à ma bouche le plaisir qu’elle préfère, quand l’orage éclata, inondant d’un coup nos corps en entier. Ne voulant pas tout perdre, je ramassai le mouchoir et le passai entre ses cuisses, puis le rangeai aussitôt, bien à l’abri dans ma manche. Avec mon aide, elle se rajusta. On se mit à courir au plus grand train possible en direction de la route. La voiture d’un voisin s’arrêta et nous ramena chacune chez nous. Ce fut d’abord elle qui descendit. Je vis sa mère ouvrir la porte de la maison. Un signe de la main… Et bonsoir… » (Alexandra, l’héroïne lesbienne adulte, violant la gamine de 14 ans, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 24-26) ; « Loup y es-tu ? Que fais-tu ? » (Steeve, le psychopathe homosexuel tuant un jeune homme dans une forêt urbaine, dans le film « Cruising », « La Chasse » (1980) de William Friedkin) ; « Oui, j’ai fait carrière au bois… » (la mère transgenre dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Bande de faux-culs, vous les bourgeois ! Vous êtes les premiers à défiler dans les manifs ‘Les pédés au bûcher !’, mais on vous voit dans les bois ! » (Herbert, homosexuel, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; « Tu devrais rentrer chez toi. C’est pas un endroit pour toi. » (Serge rencontrant pour la première fois son jeune amant Victor dans un parc parisien plein de prédateurs, dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, Benji a un rencard « sexe » avec un homme aux « toilettes près du bois, la première porte au fond ». Dans la chanson « 1er novembre (Le Fruit) » du Beau Claude, le chanteur fait une rencontre amoureuse dans une forêt le Jour de la Toussaint : « Le frisson de tes pas électrise les feuilles. » Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, « avoir l’appel de la forêt » signifie avoir envie de se prostituer et de « se faire sauter » : Zize, travesti M to F, relooke Claire, sa « nièce hideuse », comme une pute et la laisse sur un parking pour qu’elle fasse son apprentissage de la sexualité. Dans le film « L’Hôtel des Amériques » (1981) d’André Téchiné, le jeune postier, draguant dans les sous-bois, se fait tabasser. Dans le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Michel est l’homme qui court dans la forêt et qui s’y fera tuer. Dans le film « Teens Like Phil » (2011) de David Rosler et Dominic Haxton, l’amitié entre Phil et Adam sera détruite après un événement inattendu dans un parc, qui va plonger les deux garçons dans l’autodestruction et la violence. Dans certaines nouvelles d’Essobal Lenoir, la forêt est montrée comme un lieu de drague homosexuelle idéal mais dangereux : « La présence incongrue d’un landau, faut-il le dire ? au beau milieu de ce chemin verdoyant, à la lisière de cette forêt vouée depuis des lustres aux sabbats des pédérastes de toute la région […]. ‘Que fait cet homme sans femme, avec ce bébé, parmi toutes ces tantes ?’ se demandait le fils. […] Toutes ces lopettes allaient l’attaquer, lui voler son bébé ou le violer pendant qu’il dormait. » (cf. la nouvelle « À l’Ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 30-31) D’ailleurs, dans la nouvelle « Les Garçons Danaïdes » (2010), Pascal s’y fait violer : « Nous progressions au pas dans une forêt sauvage, silencieuse, menaçante, d’obscurs voyous dont nous ne voyions luire au feu des phares et des rares réverbères que les étranges diadèmes de rangées de dents d’ivoire et d’or en couronnes. […] Succédant à la troupe humaine, une meute de chiens galopait à notre rencontre. Il était trop tard pour arrêter. » (p. 101) Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, le groupe de prostitués homosexuels vivent dans les parcs de Catano, comme des clochards, et font l’objet de descentes policières fréquentes.

 

Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, la forêt est un lieu de mort, où l’on jonche des cadavres et où se trouve une sorcière nommée « l’Avorteuse ». C’est le lieu du crime homophobe : Herbert y est tué par un adversaire homo, Guy.
 

Dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander, Hector Da Silva, le héros homosexuel, est retrouvé mort, mystérieusement assassiné dans la Forêt des Charniers ; sa sœur, qui visiblement avait un lien incestueux avec lui, et qui mène l’enquête dans cette même forêt, est aussi obligée de s’enfermer dans les toilettes publiques d’une clairière parce qu’elle est poursuivie par trois violeurs.

 

La forêt donne même à l’amant homosexuel habituellement aimé un visage de violeur. Par exemple, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, quand Esti et Ronit se retrouvent toutes les deux pour la première fois dans un bosquet et qu’elles sont prêtes à se dire leur amour, Ronit dit à Esti qu’elle « a l’air d’un tueur en série » (p. 139) ; « Esti a reculé d’un pas. La moitié de son visage a disparu dans l’ombre. Autour de nous, les arbres bruissaient et bourdonnaient. » (idem, p. 143) Dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, le pacte diabolique entre Brittomart et Fabien se fait à proximité d’une forêt urbaine : « Il se tut ; leurs pas se ralentirent et ils quittèrent l’avenue pour s’engager dans un petit bois. ‘Arrêtons-nous, dit l’homme quand ils eurent atteint une clairière. Le silence est ici d’une profondeur admirable. Il semble que la nuit nous tienne dans ses mains refermées. Personne au monde ne saurait dire où nous sommes.’ » (p. 73) Dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, au moment où Sylvia propose à Laura de coucher avec elle pour la première fois, celle-ci vit un trouble : « Je reposai sur la table le papier à cigarette avec son petit tas de tabac. J’étais totalement désorientée, comme perdue dans une forêt obscure mais chaude et humide et embaumant le jasmin. Sans un regard vers elle, je me levai et allai tirer les rideaux, tout en murmurant : ‘Nel mezzo del cammin di nostra vita, Mi ritrovai per una selva oscura.’ Je me déshabillai dans la plus grande confusion. Je ne savais plus où j’en étais. » (p. 35) Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, après avoir vu la nudité violente d’un homme transsexuel M to F portant une chevelure de rousse, un jeune chasseur, traumatisé, tente de fuir en courant la forêt mais fait tomber son fusil et finit par se métamorphoser en cerf.

 

La forêt est le lieu de la confrontation amoureuse fatale. Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar tue son amant Khalid dans une forêt (la Mamora, la plus grande forêt du Maroc) : « À l’intérieur de cette forêt noire, […] Khalid a eu une idée surprenante. Il oubliait visiblement, de plus en plus, qui il était et surtout qui était son père. La forêt juste devant nous, proche, très proche, la foule derrière nous, abandonnée, nous avons repris notre conversation à la fois sérieuse et folle. Et, cette fois-ci, c’était moi qui avais du mal à suivre, à être à la hauteur. » (Omar, p. 123) ; « L’heure de la vengeance avait sonné. La forêt n’était plus la forêt. Je n’étais plus dans la forêt. Khalid devait payer un jour à l’autre. » (idem, p. 128) ; « Un autre jeu, entre nous, allait commencer. Mais ce n’était pas vraiment un jeu. Nous avons vite compris que dans la forêt les jeux n’avaient pas le même sens ni le même goût qu’ailleurs. » (idem, p. 137) ; « Dès les premiers mots, j’ai su que ce que nous venions de vivre intensément ensemble, cet échange, cette fusion, cette transformation, ce pacte, cette forêt noire […]. » (p. 165) Et juste après son homicide, Omar se maquille en femme-objet violée : « Les pieds nus j’ai marché dans la forêt. À la main droite un rouge à lèvres. Chanel. Il était neuf. Il venait de Paris. […] Maintenant, sur cette route, au milieu de la forêt, je sais. Maintenant que la nuit va partir, ce crime va revenir et son souvenir sera atroce. » (idem, p. 178)

 

Film "L'Inconnu du lac" d'Alain Guiraudie

Film « L’Inconnu du lac » d’Alain Guiraudie

 

Parfois, dans cette forêt, le héros tombe sur le diable. Celui-ci le viole, et le transforme en « Homme nouveau », autrement dit en homosexuel : cf. la nouvelle El Bosque, El Lobo Y El Hombre Nuevo (1991) de Senel Paz, le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, etc. Par exemple, dans le one-man-show Parigot-Brucellois (2009) de Stéphane Cuvelier, « Big Demon » est le nom du prostitué transsexuel du Bois de Boulogne.

 

Aux yeux de la victime ( ?) homosexuelle, ce choc sexuel – qu’elle appellera « dépucelage » – est une révélation : « Raconte-moi les bois ! » (Dick, l’homosexuel violé, à Max, dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) Dans le film « Notre Paradis » (2011) de Gaël Morel, Vassili rencontre Angelo, un autre compère prostitué, inanimé dans le Bois de Boulogne ; celui considère ce nouvel amour homosexuel, connu après l’agression, comme une véritable seconde naissance : « Je suis né il y a quelques jours dans un bois. Et tout qui s’est passé avant ça compte pas. »

 

L’amalgame de la forêt avec le viol qu’opère souvent le personnage homosexuel ne repose pas systématiquement sur un viol réel. Il peut renvoyer symboliquement chez lui à une peur panique (enfantine et humaine) de la sexualité dans sa globalité. Par exemple, dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Stephen, l’héroïne lesbienne, se refuse à Martin, un prétendant masculin qui la respecterait, parce qu’elle veut garder pour elle le confortable état virginal de l’Ève damnée et écartée définitivement du Jardin d’Éden, et surtout cristalliser les images du viol sylvestre (la fameuse « scène primitive » dont parlent certains psychanalystes) qu’elle a vu et empêché étant petite : « Stephen avait erré jusqu’à un vieux hangar où l’on rangeait les outils de jardinage et y vit Collins et le valet de pied qui semblaient se parler avec véhémence, avec tant de véhémence qu’ils ne l’entendirent point. Puis une véritable catastrophe survint, car Henry prit rudement Collins par les poignets, l’attira à lui, puis, la maintenant toujours rudement, l’embrassa à pleines lèvres. Stephen se sentit soudain la tête chaude et comme si elle était prise de vertige, puis une aveugle et incompréhensible rage l’envahit, elle voulut crier, mais la voix lui manqua complètement et elle ne put que bredouiller. Une seconde après, elle saisissait un pot de fleurs cassé et le lançait avec force dans la direction d’Henry. Il l’atteignit en plein figure, lui ouvrant la joue d’où le sang se mit à dégoutter lentement. Il était étourdi, essayant doucement la blessure, tandis que Collins regardait fixement Stephen sans parler. Aucun d’eux ne prononça une parole ; ils se sentaient trop coupables. Ils étaient aussi très étonnés […] Stephen s’enfuit sauvagement, plus loin, toujours plus loin, n’importe comment, n’importe où, pourvu qu’elle cessât de les voir. Elle sanglota et courut en se couvrant les yeux, déchirant ses vêtements aux arbustes, déchirant ses bas et ses jambes quand elle s’accrochait aux branches qui l’arrêtaient. » (Stephen encore enfant, pp. 38-39) ; « Elle vit Martin se promenant parmi de sombres places vertes… il lui était facile d’imaginer son existence dans les forêts lointaines, une vie d’homme embellie par le danger, chose primitive, forte, impérieuse… une vie d’homme, la vie qui aurait pu être le sienne… Et ses yeux s’emplirent de lourdes larmes de regret, encore qu’elle ne sût pas tout à fait pourquoi elle pleurait. Elle savait seulement que le sentiment aigu d’une grande perte, un sentiment aigu d’imperfection la possédait, et elle laissa les larmes couler sur ses joues, les essuyant du doigt à mesure qu’elles tombaient. Elle vint à passer près du vieux hangar où elle avait vu Collins dans les bras du valet de pied. »

 

Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Dianne et son frère homo Phil courent dans une forêt. Et cette forêt est vraiment à l’image de la sexualité du héros : un mélange d’inceste (avec sa mère, sa meilleure amie et sa sœur) et de destruction (à l’âge adulte, la forêt est dévastée par un violent orage).
 

La forêt est aussi lieu à la fois du viol réel et du viol fantasmé, désiré. Par exemple, dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, il suffit d’écouter Éric raconter sa première expérience sexuelle avec une fille (une expérience ratée qui le conduit à se retrancher vers l’homosexualité) pour comprendre que la forêt homosexuelle qui fait tant peur peut être une symbolisation du sexe touffu de la femme, ou une métaphore de l’arrivée précipitée dans le monde de la génitalité-sans-amour : « Un film, vieux de plusieurs décennies, se déroula dans sa tête. Éric devait avoir 16 ou 17 ans, lorsqu’au détour d’une dune, en Bretagne, durant les grandes vacances, il s’était perdu dans un fourré, en compagnie d’une amie un peu plus âgée que lui. Ils s’étaient éloignés de leur campement. […] La jeune fille, qui s’appelait Julie, l’attira peu après dans la clairière d’un petit bois et, se transformant soudain en Érynnie, lui arracha les vêtements, le forçant à se débattre, mais, plus rapide, et surtout plus agile que lui, elle parvint à le maîtriser et à lui faire perdre sa virginité. C’était un souvenir douloureux. À la fois surpris et humilié, Éric se jura de ne plus jamais s’y laisser prendre. Ce fut la première et la dernière relation physique qu’il eut avec une femme. Cet événement fut-il à l’origine de son homosexualité, ou celle-ci couvait-elle déjà en lui depuis sa plus tendre enfance ? » (pp. 9-10)

 

Dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa, l’humoriste bisexuelle, raconte comme elle a rencontré une première fois le prince charmant dans une forêt, un homme qui l’a laissée tomber pour au moins 30 ans.

 

Il n’est pas anodin que la forêt dans les œuvres homo-érotiques soit également le lieu de l’auto-viol (autrement dit de l’homoviol onanique) : cf. le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie (avec Armand, le héros homosexuel, courant dans la forêt et s’y masturbant), le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs (avec Erik se masturbant dans la forêt) ; etc. « Je rêve pour sortir du bois, pour ma toute première fois… [d’une branlette] » (un des personnages homos de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel)

 
 

b) Je suis une gentille, et je suis poursuivie par un méchant

« C’est dans la nuit de Rébecca que la légende partira. » (cf. la chanson « Trois nuits par semaine » du groupe Indochine)

 

Film "Blanche-Neige et les 7 nains" de Walt Disney

Film « Blanche-Neige et les 7 nains » de Walt Disney

 

Pour rentrer dans la forêt maudite, c’est souvent que le personnage homosexuel se met dans la peau d’une femme vierge. Il désire incarner une figure allégorique qui le tient beaucoup à cœur : celle de la Fugitive, de la Folle perdue. « Y’a toujours ce moment fatidique qui te revient où l’homme en moi a l’angoisse de se retrouver paumé dans la forêt comme le Petit Chaperon rouge ou Blanche-Neige. » (Jarry dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Ne pars pas dans les bois toute seule : tu vas te faire violer ! » (Hugues, le héros homosexuel, s’adressant à sa femme Catherine, qui finira par croiser dans la forêt un homme diabolique avec « une tête de fou, démoniaque, le sexe à l’air », dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; etc.

 

Cette fugitive joue la femme pure que la sexualité ne touchera jamais ou ne touchera que brutalement : « C’est là le problème ! Aujourd’hui il y a des hommes qui se sont posés sur mon arbre. Tu te rends compte ? Justement mon jour de lessive ! » (Jeanne à son amie Louise dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi, p. 37)

 

Dans la série des fictions représentant des vierges homosexuelles courant dans une forêt, vous avez le film « Alice In Wonderland » (« Alice au pays des merveilles », 2010) de Tim Burton (avec Alice courant dans la forêt), le vidéo-clip de la chanson « Run » de Leona Lewis, le vidéo-clip de la chanson « Ma Révolution » de Cassandre (avec la femme violée courant dans la forêt), le film « Bug » (2003) d’Arnault Labaronne (avec une Aurore avançant dans une forêt virtuelle), le film « The Others » (« Les Autres », 2001) d’Alejandro Amenábar (avec Nicole Kidman en femme haletante et perdue dans un bois), le film « La Meilleure façon de marcher » (1975) de Claude Miller (avec Philippe courant dans la forêt), le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore (avec Steven courant dans une forêt après avoir été attaqué), le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma (avec Laura courant dans la forêt, comme damnée par son mensonge identitaire honteux), le film « Wild Side » (2004) de Sébastien Lifshitz (avec Mikhail courant dans la forêt), la pièce Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet (avec les femmes hystériques enfermées dans un hôpital psychiatrique au cœur d’une forêt), le film « The Cream » (2011) de Jean-Marie Villeneuve (deux amants se courent après dans une forêt), le film « Homophobie » (2012) de Peter Enhancer (filmant un homme qui court vers son amant… mais on a l’impression qu’il va l’agresser), le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska (avec le père Adam, secrètement homosexuel, courant dans la forêt), etc.

 

La fugitive – ou le personnage homosexuel qui s’y identifie – ne court pas nécessairement dans une forêt, d’ailleurs. Il court tout court ! : cf. le roman Courir avec des ciseaux (2007) d’Augusten Burroughs, les nouvelles « La Prisonnière » (1925) et « La Fugitive » (1927) de Marcel Proust, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato (avec la princesse en robe qui court comme une dératée), le film « In & Out » (1998) de Franz Oz (avec la mariée à qui il n’arrive que des catastrophes qui viennent gâcher son rêve de princesse), le film « Sara préfère la course » (2013) de Chloé Robichaud, le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, etc. « Je cours, je cours. Sans respirer. Puis je tombe. Des gens rient. » (Khalid dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 10) ; « Je courais, je courais, je courais. Mais pourquoi ? » (Franz, le héros homosexuel racontant un de ses rêves érotiques, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Nous courions sur le chemin du collège, dans la chaleur impitoyable de l’après-midi. Qui allait arriver le premier ? Moi, bien sûr. Comme toujours. Moi, le plus fort. Moi, le garde du corps. Moi, parce que c’est ce que je savais faire mieux que Khalid. Courir. Courir. Courir. Depuis le début de notre amitié, de notre histoire. Courir à en mourir. » (Omar parlant de son amant, idem, p. 83) ; « Elle se met à marcher comme une folle dans tout Paris, elle est bouleversée par la mort du pauvre jeune homme […] elle continue à marcher dans Paris, et les peintres qui peignent sur les trottoirs la regardent, parce qu’elle marche comme une folle, la pauvre, comme une somnambule… » (Molina, le personnage homosexuel, parlant de Lénie, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 81) ; « Une barrière me séparait de mes camarades. Je n’avais pas le droit de shooter comme eux dans un ballon, ni de courir comme une folle dans la cour. » (Corinne dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 214) ; « Essoufflée, la jeune femme arrive à une cabine téléphonique. » (Anne-Catherine poursuivie par la Guilde, dans le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, p. 311) ; « Le clocher se dressait, haut et menaçant, au-dessus des tombes, tel un instrument de vengeance. Il ne manquait qu’une fille terrifiée courant dans l’allée en chemise de nuit pour la transformer en véritable affiche de film d’épouvante. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 72) ; « Je marche dans Babel et dans ses dédales. » (Pierre Fatus dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive !, 2015) ; etc.

 

Film "The Gay Bed & Breakfast Of Terror" de Jaymes Thompson

Film « The Gay Bed & Breakfast Of Terror » de Jaymes Thompson

 

Le personnage homosexuel aime visiblement courir, et envisage la fuite de la vierge menacée de viol comme un esthétisme sublime. Par exemple, dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, Catherine est la femme courant « comme si elle avait une bande de loups de Sibérie à ses trousses ». Dans le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque, La Schtroumpfette tourne dans des films d’épouvante. Dans la chanson « Les Enfants de l’aube » de Bruno Bisaro, la voix narratrice se voit en train de courir « sur les talons/l’étalon d’une reine en cavale ». Dans le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler, Martha se rappelle son premier émoi lesbien pour Karen quand elles étaient à l’école ensemble : ce fut lorsqu’elle la vit haletante, poursuivie par le prof de chimie (« Quelle jolie fille ! »). Dans la première scène du film « Close » (2022) de Lukas Dhont, Rémi et Léo, les deux amants de 13 ans, courent comme des dératés.

 

Dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, l’héroïne, Madeleine, joue à merveille la femme traquée, l’héroïne tragique… pas si fugitive que cela, puisqu’elle joue la vierge effarouchée pour noyer le poisson de sa collaboration sexuelle avec celui qu’elle prétend fuir, le méchant Nazi Heinrich : « Je dois quitter Paris au plus vite ! À n’importe quel prix. […] Désemparée, ne sachant pas où aller. […] Pour la première fois de ma vie, je sens la mort qui plane sur moi. Il faut fuir, et vite. » (pp. 20-21) ; « Je voudrais tellement lui dire ce qui m’est arrivé aujourd’hui ? Comment vais-je réussir à garder mon secret ? » (idem, p. 22) ; « Je risque ma peau. Pour qui ? Pour quoi ? Je n’ai que vingt-quatre ans ! » (idem, p. 49) ; « Je suis la maîtresse d’un espion, d’un traître, d’un ennemi ! » (idem, p. 78) ; « Comment le sort a-t-il pu mettre un Boche sur ma route ? […] Comme je regrette ces nuits d’ivresse ! […] Je suis en danger. Où que j’aille, les nazis me rechercheront. » (p. 78) ; « J’étouffe ! Je me revois dans les bras de cette brute. Grâce au ciel, j’ai échappé au pire. » (p. 86) ; « Ai-je eu raison de fuir ? » (p. 136) ; « Il me reste deux rues à traverser pour atteindre Lyon Perrache, lorsque quatre hommes surgissent et s’approchent rapidement de moi. Avant que je n’aie eu le temps de réagir, ils me poussent à terre. Aussi surprise qu’épouvantée, j’appelle à l’aide de toutes mes forces. Cela n’effraie pas mes agresseurs. » (idem, p. 56) ; etc.

 

Mais revenons à notre fugitive dans la forêt, et observons l’attitude qu’elle adopte quand elle y pénètre. En général, elle s’y frotte violemment, même si elle garde une certaine majesté et une démarche solennelle au départ. « Il était une fois une jeune rêveuse qui vagabondait seule dans la forêt. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite par un ami romancier en 2003, p. 61) ; « Somnambule j’ai trop couru dans le noir des grandes forêts. » (cf. la chanson « En rouge et noir » de Jeanne Mas) ; « Il était une fois quelque part dans un pays qu’on ne connaît pas une fée qui avançait dans le froid avançait dans un mauvais temps tonight. » (cf. la chanson « La Nuit des Fées » du groupe Indochine) ; « Je descendis en nuisette et en mules. Je traversai le jardin. Les herbes folles me caressaient les jambes et me faisaient frissonner atrocement. Mais ce n’était rien à côté des ronces cruelles dévorant la chapelle, ronces dans lesquelles, telle Cendrillon, je perdis une mule, et aussi quelques gouttes de sang. La porte de la chapelle était entrouverte. Je me jetai à genoux contre le tombeau de la mère de lady Philippa. » (Bathilde se rendant devant la tombe de lady Philippa, la jeune bourgeoise violée par son père, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 306) ; etc. Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Julia est la femme violée par son père, qui marche seule « avec provocation » dans les rue de Harlem, regardée par tous les passant : « On peut dire qu’elle est perdue. Voilà pourquoi elle marche aussi lentement. »

 

Film "Shortbus" de John Cameron Mitchell

Film « Shortbus » de John Cameron Mitchell

 

Mais très vite, la fugitive s’affole comme une femme hystérique, et paniquer en courant dans tous les sens. J’ai en tête cette scène très importante du film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, dans laquelle on voit Sofia, la « psy », filmée en panique totale dans une forêt, comme si elle était poursuivie par un violeur.

 

La folle course sylvestre « à la Ingrid Bergman » dans la nouvelle « Adiós a Mamá » (1981) de Reinaldo Arenas est à ce titre très signifiante : le narrateur homo se décrit en train de traverser une forêt où il se fait griffer par des branchages et des fougères ; il joue une star de cinéma défigurée et magnifiquement pressée. Cette femme en fuite est généralement sublimée par la figure de la cavalière pourchassée, une amazone désespérée et forte à la fois : Marnie dans le film « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) d’Alfred Hitchcock, Leonora dans le film « Reflets dans un œil d’or » (1967) de John Huston, Mylène Farmer dans le vidéo-clip de sa chanson « Libertine » et de « Je te dis tout », la mariée de la pièce Bodas De Sangre (Noces de sang, 1932) de Federico García Lorca, Tamsin dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, la reine de la chanson « Les Enfants de l’aube » de Bruno Bisaro, Gina G. dans le vidéo-clip de sa chanson « Ti Amo », le roman Sur un cheval (1960) de Pierre Guyotat, etc. « Comme Raftery [le cheval de Stephen, l’héroïne lesbienne] prenait son élan, les singulières imaginations de Stephen se renforcèrent et commencèrent à l’obséder. Elle se figura qu’elle était poursuivie, que la meute était derrière elle au lieu d’être en avant, que les gens excités, les yeux étincelants, la poursuivaient, des gens cruels, implacables, infatigables… ils étaient nombreux et elle n’était qu’une créature solitaire, avec les hommes dressés contre elle. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 165) ; etc. Dans le film « Farinelli » (1994) de Gérard Corbiau, Farinelli, le castra, tombe de fièvre à chaque fois qu’il entend les galops de son cheval blanc qui fend la forêt à toute allure et duquel il serait tombé dans son enfance. En réalité, c’est de son viol et de la castration opérée par son frère qu’il parle, mais il ne le découvrira qu’à la fin du film. Dans le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, on assiste à la cavalcade des amants homosexuels suite au meurtre qu’ils ont commis.

 

La course de la vierge folle renvoie davantage à un viol fui qu’à la course joyeuse de celui qui va de l’avant : « J’ai couru longtemps. Je me suis lavé les mains dans la rivière. C’était juste une dispute. » (Abram, le héros homosexuel, après avoir assassiné la Tonka au poignard, dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (2011) de Peter Fleischmann) La femme qui court dans la forêt peut être aussi la mère qui se dérobe au désir incestueux de son fils homosexuel. « Élisabeth de Bataurie coure vers moi. De toute façon, elle coure toujours vers moi. » (Pretorius, le vampire parlant de sa femme bourgeoise favorite, dans la pièce Confessions d’un Vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; etc. Par exemple, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Hubert, le jeune héros homosexuel, se rêve habillé en costume de marié, poursuivant en vain dans une forêt sa propre maman en robe de mariée, qui galope plus vite que lui. Il a été le « roi » de sa mère dans son enfance, et lui demande à l’âge adulte de « le rejoindre dans son Royaume ». Dans un autre film de Dolan, « Les Amours imaginaires » (2010), Francis, le héros homosexuel, court dans la forêt à la poursuite de Marie, habillée en rouge et portant des talons aiguilles rouges. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Rudolf, l’un des héros homos, écrit un roman dans lequel il se met dans la peau de sa grand-mère, une fugitive qui finit par pleurer pendant sa promenade dans la forêt montagneuse : « Elle marche d’un pas régulier, calme et décidé à la fois. Elle regarde la vallée. Son village est minuscule vu d’ici. Elle décide de tout quitter : sa famille, son village, son pays. C’est agréable d’être seule. Pour la première fois de sa vie, elle est vraiment seule. Elle regarde les passants dans la rue. Leurs mouvements sont beaux. Brusquement, elle pleure. » Au même moment, on voit son pote (homo aussi) Gabriel courir comme une folle perdue dans la forêt autrichienne : il y voit une statue grandeur nature d’un cerf criblé de flèches.

 
 

c) Devenir la Reine du Carnaval immolée au feu de l’été :

La femme violée, illustrant que le désir homosexuel est un fantasme de viol, occupe une place très importante dans les créations artistiques homosexuelles, et donc dans l’inconscient collectif homosexuel : on la retrouve dans le roman El Pecado Y La Noche (1912) d’Antonio de Hoyos, la chanson « Sauvez-moi » de Jeanne Mas, la comédie musicale Into The Woods (1986) de Stephen Sondheim, le film « La Captive » (2000) de Chantal Akerman, le roman L’Homme traqué (1922) de Francis Carco, le vidéo-clip de la chanson « Piece Of Me » de Britney Spears, le film « Cat People » (« La Féline », 1942) de Jacques Tourneur, le film « Mujer Al Borde De Un Ataque De Nervios » (« Femme au bord de la crise de nerfs », 1987) de Pedro Almodóvar, les films « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) et « Psychose » (1960) d’Alfred Hitchcock, les chansons « L’Annonciation », « Libertine », et « Avant que l’ombre » de Mylène Farmer, la nouvelle El Fiord (1969) d’Osvaldo Lamborghini (racontant un viol collectif), le film « Antonia et ses filles » (1995) de Marleen Gorris, le film « La Reine Margot » (1994) de Patrice Chéreau (toujours avec la scène du viol collectif), le téléfilm « Un Amour à taire » (2005) de Christian Faure (avec Sarah, la femme violée), le film « Flying With One Wing » (2004) d’Asoka Handagama (où l’héroïne est violée par le docteur), le film « Beckmann Und Markowski » (1996) de Kai Wessel, le film « Ascetic : Woman And Woman » (1976) de Kim Shu-hyeong, le film « Frenesi » (1996) d’Alfonso Albacete, la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) de Copi, les chansons « Maria-Magdalena » et « Don’t Be Agressive » de Sandra, le vidéo-clip de la chanson « Oui j’l’adore » de Pauline Ester (avec une femme qui vit plutôt bien la maltraitance que lui inflige son compagnon), le film « Tabou » (1931) de Friedrich Wilhelm Murnau, le film « The Woman I Stole » (1933) d’Irving Cummings, le film « La Fontaine d’Aréthuse » (1949) d’Ingmar Bergman (avec le personnage de Viola), le film « Monolog Eines Stars » (1974) de Rosa von Praunheim, le film « La Mort de Maria Malibran » (1971) de Werner Schroeter, la pièce Adriana Mater (2002) d’Amin Maalouf, le film « La jeune fille assassinée » (1974) de Roger Vadim, le film « Daayra, la ronde brisée » (1996) d’Amol Palekar, le film « Wet And Rope » (1979) de Koyu Ohara, le film « Sudden Impact » (1983) de Clint Eastwood, le film « Scarlet Diva » (2000) d’Asia Argento, la pièce Cosmétique de l’ennemi (2008) d’Amélie Nothomb, le roman Éden, Éden, Éden (1971) de Pierre Guyotat, la pièce Démocratie(s) (2010) d’Harold Pinter (avec le viol de la femme caché par quatre comédiens en avant-scène), le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (avec Gabrielle, la femme violée amnésique, en fuite), le film « Belly Dancer » (2009) de Pascal Lièvre (avec l’identification à la femme violée), la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim (avec la femme violée par « le Cosaque »), le one-woman-show de Betty Speaks (2009) e Louis de Ville, le film « Le Locataire » (1975) de Roman Polanski (avec l’identification des personnages homosexuels à la femme violée), le film « Totò che Visse Due Volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresco (avec le viol de l’ange), etc.

 

D’ailleurs, il n’est pas rare d’entendre le personnage homosexuel dire sa fascination identificatoire à la femme violée : « Rien n’est plus émouvant qu’une belle femme qui souffre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 77) ; « Je la regarde : elle a vingt ans. Je la regarde : elle est blonde, elle a la peau douce et une expression fatiguée, elle a peur. Je la regarde : elle passe la porte que Gisèle devant elle retient, elle passe la porte et elle plonge en enfer pour tenter de sortir d’un autre enfer. C’est le début du printemps, les frimas d’avril, elle laisse derrière elle les arbres que le vent fait frissonner, une jeunesse pauvre et digne, des illusions peut-être et elle pénètre dans la chaleur artificielle d’une ancienne demeure bourgeoise reconvertie en maison close. Elle vient vendre son corps puisque c’est tout ce qu’il lui reste. » (Vincent décrivant la mère-prostituée d’Arthur, son amant, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 203) ; « J’aime Hadda. Elle est noire, Hadda. Elle est très grande. Je n’arrive pas à lui donner un âge. Vingt ans ? Elle ressemble à une femme que j’ai connue de loin, juste avant l’adolescence. Qui ? Où ? Une parente ? Une parente noire ? Hadda ne parle pas. On lui a coupé la langue ? Elle n’a plus rien à dire ? Elle a déjà tout dit ? tout ? Tout ? On m’a dit qu’elle était devenue muette. […] Je l’ai suivie, Hadda. Un corps généreux, tellement noir. Un corps vaste, inédit. Beau ? Un corps pour les hommes, les saints, les dieux. Les enfants. Un appel. […] Où commencent les origines de Hadda ? De quelle forêt arrive-t-elle ? » (Omar en parlant de la bonne – qu’il définit très souvent comme une prostituée –, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, pp. 78-79) ; « J’avais rêvé que j’observais le viol de lady Philippa par les vitraux brisés de la chapelle. En même temps, j’étais lady Philippa moi-même, contemplant terrorisée mon propre visage dans l’ouverture en forme d’ogive, depuis la pierre tombale où je subissais ce terrible attentat. En revanche, mon agresseur lui-même n’était dans mon rêve qu’une masse sombre et sans visage. » (Bathilde dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 303) ; etc.

 

L’identification à la femme bourgeoise abusée est massive : « Tu me hais, comme tous les pédés haïssent les femmes, sauf dans les films en noir et blanc où les actrices y souffrent avec dignité. » (Diana à Mitchell, dans la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane) ; « À partir du moment où il était entré dans cette maison, il n’avait rien vu que le visage de Berthe renversé en arrière dans le désordre de sa chevelure opulente. » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 113) ; « À sa façon, il l’aimait, mais il ne l’aimait que malheureuse, la plaignant dans son cœur avec cette mystérieuse sincérité des êtres doubles. » (Oncle Firmin par rapport à Élise, idem, p. 223) Par exemple, dans son spectacle Charlène Duval… entre copines(2011), Charlène Duval (un homme travesti) se met à la place de Tina Turner (en racontant que cette dernière a été battue par son mari). Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1979) de Manuel Puig, Molina, le personnage homosexuel, est fasciné malgré lui par la femme violée cinématographique ; quand il raconte ses films des années 1930 à son compagnon de cellule, Valentín, qu’il tente par la même occasion de draguer, il ne cache pas sa complaisance face à la position de soumission de ses héroïnes féminines : « Le magnat lui flanque une gifle terrible qui la fait tomber par terre, et s’en va. Elle reste étendue sur un tapis qui ressemble à de l’hermine, ses cheveux sont encore plus noirs que l’hermine est blanche, et ses larmes qui scintillent, on dirait des étoiles… » (p. 217) ; « Elle est la fois une déesse, et une femme très fragile, qui tremble de peur. » (idem, p. 57) Valentín tente de le raisonner : « Pour être femme, il ne faut pas être… je ne sais pas, moi… martyre. » (p. 230) Mais rien n’y fait. Molina justifie tout par l’esthétique, y compris le viol.

 

Le personnage homosexuel est attaché à la femme violée comme à une mère, ou une jumelle narcissique (cf. je vous renvoie au code « Viol », ainsi qu’à la partie « Mère-putain » du code « Matricide » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard, la mère de Dzav se prostitue au Bois de Boulogne. Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, la forêt est directement liée à la prostitution maternelle : dès que le couple homo y pénètre, il se demande s’il ne va pas y croiser une prostituée : « Et si on trouvait une prostituée pour ton père ? » (Khalid à Omar, p. 124) Dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, la forêt est le lieu de l’adultère : c’est là que Suzanne Pujol (la mère jouée par Catherine Deneuve) vit toutes ses aventures extra-conjugales. Les premières images du film la montrent d’ailleurs en train d’y faire son jogging avec son survêtement rouge.

 

Le viol n’exercerait pas d’attraction fantasmatique chez le personnage homosexuel s’il n’était pas magnifié par les réalisateurs de cinéma, et s’il n’était pas suivi d’une vengeance. La femme violée est belle surtout parce qu’elle revient à la charge de celui qui a/aurait abuser d’elle (cf. je vous renvoie à la partie « Catwoman » du code « Femme-Araignée » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Mireya [l’héroïne de la série La Vie désespérée de Mireya, la blonde de Pompeya] taillade le visage du Morocho, son homme, avec une bouteille de vin Mendoza qu’elle a cassée sur le comptoir en étain du café El Riachuelo. Mireya court désespérée dans la rue. Il pleut des cordes. La blonde s’appuie contre un réverbère et pleure à chaudes larmes. Ses pleurs se mélangent aux gouttes de pluie. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 247)

 

Si le personnage homosexuel se passionne pour la femme violée comme un fanatique épicurien se prosterne devant un char de mi-carême. En même temps qu’il rêve de la destruction flamboyante de son idole féminine, il sait que les flashs des photographes qui la consument/la consomment, l’immortalisent aussi, la rendent toute-puissante.

 

La reine du carnaval coiffée sur un poteau d’exécution (parfois un tronc d’arbre de forêt) est un cliché homosexuel très couru dans les œuvres artistiques homo-érotiques (cf. je vous renvoie à la partie « Carnaval » du code « Clown blanc et masques », et à la partie « Saint Sébastien » du code « Adeptes des pratiques SM » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels). Son viol a lieu en général un soir de Mardi gras : « Par le plus grand des hasards, ça tombait le jour de la mi-Carême. » (Avril parlant du meurtre que lui et Lacenaire ont perpétré, dans la pièce Lacenaire (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt) ; « Mon premier souvenir, c’était le soir du bal de Mardi gras. C’est vraiment mon premier souvenir. Avant le printemps dernier, je ne me souviens de rien, de rien du tout. C’est comme si ma vie avait commencé et fini ce soir-là. » (Catherine dans le film « Suddenly Last Summer », « Soudain l’été dernier » (1960) de Joseph Mankiewicz) ; « C’était un soir de Mardi gras, le dernier jour du carnaval. » (cf. la chanson « La Légende de Rose Latulipe » de Cindy et Ronan dans la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon, où Rose Latulipe rencontre le diable) ; « Un jour, influencé par l’atmosphère permissive du mardi gras, quelqu’un émit l’idée vague, en lorgnant l’objectif qui saillait sur mon ventre, de photos porno. […] Quelques jours plus tard cependant, Didier, dans l’oreille de qui l’idée avait fait mouche, me proposa sans ambages d’immortaliser ses ébats avec sa copine Aurore. » (la voix narrative, dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 24-25) ; « Ta mère est là, quelque part, en train de faire son dernier carnaval. » (le marabout parlant à Patrick, travesti, dans le film « 30° couleur » (2012) de Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue) ; etc.

 

Dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, il n’est pas anodin que l’explosion meurtrière de la chaudière qui met le feu à la fête interlope et fait un carnage de « folles homos » dans l’Hôtel Continental ait lieu un soir estival de carnaval : « C’est mardi, mais c’est mardi gras. Aujourd’hui, les folles du Continental sont permises de se travestir, elles vont et viennent sans arrêt des galeries Lafayette qui se trouvent tout près, ce soir il y a un grand bal autour de la piscine. » (p. 129) ; « Et c’est Paris au mois de mai. » (p. 132) Dans le film « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, au cinéma Orpheus, en bas de chez Giles le héros homo (qui habite avec une femme muette, Elisa, qui fait l’amour avec une bête de l’Espace), est à l’affiche le film « Mardi Gras : Descente aux enfers ». Dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, Segundo se trucide le pied par flagellation pendant le carnaval péruvien. Dans le roman Harlem Quartet (mise en scène par Élise Vigier en 2018) de James Baldwin, Julia Miller, la fille-à-pédés, violée par son père, et qui devient mannequin, raconte, sur fond d’amnésie et de fête, qu’elle a reproduit le viol de son enfance : « Pour Mardi gras, des gens m’ont photographiée, ici, à la Nouvelle-Orléans. J’ai rien compris. Et je suis ici. […] À chaque fois que je me mettais à dormir, je faisais des rêves horribles. » Je vous renvoie aussi aux fantômes homosexuels de la boîte gay du film « Poltergay » (2006) d’Éric Lavaine, discothèque qui a brûlé dans les années 1970 (cf. le code « Milieu homosexuel infernal » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Dans le vidéo-clip de la chanson « Thriller » de Michael Jackson, on retrouve la femme violée dans un bois suite à une sortie loisir au cinéma avec son petit copain (ce dernier finira par se transformer en monstre). Dans le film « Gilda » (1946) de Charles Vidor, Rita Hayworth se définit comme la reine du carnaval qui va mourir. Le film « The Queen » (2006) de Stephen Frears nous montre une Reine d’Angleterre dans la tourmente médiatique, et à qui l’on discute la couronne et la légitimité.

 

Au départ, la femme est érigée sur un piédestal, comme une vraie duchesse. « Vamos, subiendo la cuesta, que arriba la noche se viste de fiesta… » (cf. les paroles d’une chanson de Tita Merello, entonnée au moment où China meurt assassinée par un coup d’État, dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) ; « Nous courûmes tous vers Notre-Dame, la Reine des Rats en tête, suivis du serpent, et nous grimpâmes sur le haut du balcon d’où la Reine adressa un bref discours à la foule. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 93) ; etc.

 

Puis l’intronisation laisse place à la détronisation et au massacre : « C’est de ta faute si nous mourrons de faim. […] Tu es une mauvaise reine. Je vais te manger ! » (la Princesse à sa mère la Reine, dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Je déteste les cantatrices d’opéra, il est impossible de les faire taire. » (Cyrille dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi)

 

Par exemple, dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, le Thénardier dit à sa femme qu’il « l’a violée un soir près de Versailles ». Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Camille se dirige vers les flammes de l’arbre qui a tué son fils et qui brûle. Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, un soir de carnaval urbain brésilien, Rosa, la jolie prostituée, manque de se faire égorger au rasoir par le client du bar où Julien lui déclare son amour. Puis, au milieu de la foule, Julien lui déclare son amour. Mais, entraînée par la fête, Rosa se dérobe. Ils se prêtent serment sous un voile rouge : une déclaration d’amour qui sent le soufre car elle repose sur un ultimatum, une promesse d’amour que Rosa ne va pas tenir.

 

Le fan et sa déesse se donnent mutuellement rendez-vous pour la fusion destructrice finale : « Je vous attends dans l’au-delà per il grande finale ! » (la cantatrice Regina Morti, idem) ; « C’est le rêve de ta vie de te faire bien empaler, enculé efféminé, petite Reine de la Beauté du podium de ton quartier. » (Fifi à Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 304) ; « Le perroquet vert, témoin d’un meurtre d’une princesse russe, et qui perdait les plumes. » (Copi, La Cité des Rats (1979), p. 75) ; « J’ai été intronisée Andouille de France. » (Zize, le travesti M to F, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; etc.

 

Dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, Abram, le héros homo, a rencontré la Tonka lors d’un carnaval, et se force à tomber amoureux d’elle, avant de l’assassiner : « J’ai décidé d’essayer avec la Tonka. »

 

Au fur et à mesure, la reine carnavalesque se met à trébucher de ses talons hauts, à perdre son prestige : « Elles trébuchaient dans l’escalier, dans les couloirs elles chancelaient, et leurs rires nous fusillaient, nos mères désemparées. » (cf. la chanson « Nos Mères » des Valentins) Le peuple qui a jadis adulé l’actrice la traîne maintenant en procès parce qu’elle a osé être humaine. Par exemple, dans la nouvelle « Les Potins de la femme assise » (1978) de Copi, on nous raconte la lente descente aux enfers de Truddy, une femme apparemment ordinaire, qui va peu à peu être intronisée comme une reine du carnaval, avant de finir livrée à la vindicte populaire, à la destruction massive sans motif apparent : « Tout le restaurant éclata de rire lorsqu’elle trébucha sur le pas de la porte et s’écroula par terre. » (p. 31) ; « Elle se retrouva, couverte d’ecchymoses, sur le sol de la voiture que les gens secouaient. » (idem, pp. 34-35) ; « Deux rangées de motards protégeaient le cortège de cris hostiles de la foule qui se massait à leur passage sur les trottoirs. Le mot ‘guillotine’ était scandé de plus en plus fermement. Truddy s’agrippa aux grilles et cria ‘Help ! Help ! Help !’ le plus fort qu’elle put. » (p. 36) ; « Dans un dernier flash, elle vit le visage de sa mère, morte à sa naissance et qu’elle n’avait connue que par des photos. » (p. 40) Dans L’Hystéricon(2010) de Christophe Bigot, le lecteur assiste à une fête finale tournant autour de la peste de l’histoire, Amande, une fille qui, parce qu’elle a trop brillé et qu’elle a croqué tous ses camarades pendant le roman, va « passer à l’échafaud » sur décision de la collectivité : « Tout le monde s’étais mis sur son trente et un pour cette soirée d’adieu. Les couleurs exaltant le bronzage étaient de sortie, environnées de parfums légers ou capiteux, boisés ou fruités. Mais Amande était à coup sûr la plus belle, une fois encore. […] Avec son turban cerise sur la tête, son débardeur assorti, sa minijupe noire et ses espadrilles à talon compensé, elle était ravageuse, et elle le savait. Une véritable reine. Mais ce qu’elle ignorait, c’est qu’elle venait en réalité de faire une toilette de condamnée à mort. » (pp. 418-419)

 

Très souvent, le personnage homosexuel observe sa princesse flamber sur un char qu’il a lui-même : « La jeune prostituée était devenue une torche vivante, elle courait dans tous les sens, s’écrasant contre les derniers miroirs qui volaient en éclats. » (cf. la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, p. 55) ; « J’espère qu’un jour elle flambera avec ses nylons et sa torche. » (la voix narrative à propos de Marilyn, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 71) ; « Où est-elle ? Ça sent le brûlé ! Oh, zut, je l’ai mise dans le grille-pain ! Qu’est-ce qu’elle a rétréci, on dirait une baudruche. » (Loretta Strong dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi) ; « Je leur [les Hommes-Singes de l’Étoile Polaire] fous une grenade ! Et hop ! Bon débarras ! Aïe, je brûle ! Faites-moi une place dans le frigidaire ! » (idem) Par exemple, lors du concert Météor Tour (2010) d’Indochine à Bercy, une Miss Italy sous les flammes est exhibée en gros plan sur les trois écrans géants de la scène.

 

Cette crémation iconoclaste est en partie désirée par le personnage homosexuel. Son rapport avec la reine est idolâtre, c’est-à-dire qu’il est d’ordre passionnel : c’est un « je t’aime/je te hais », une attraction-répulsion. Comme il le ferait avec une poupée vaudou sacrée, il la maltraite : « Je te tue, Madame ! Tu sais ce que je vais faire avec ta porcelaine de Limoges ? Je vais te lacérer les fesses et je vais te crever les yeux, ma petite patronne ! » (Goliatha à « L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Le perroquet vert, témoin d’un meurtre d’une princesse russe, et qui perdait les plumes. » (Copi, La Cité des Rats (1979), p. 75) Mais cette maltraitance se veut acte d’amour : si le héros gay incendie sa star, c’est pour prouver qu’elle est indestructible. Il faut que ça finisse mal, éternellement mal, pour cette pauvre reine du carnaval incendiée ! C’est la règle ! Par exemple, dans son spectacle Charlène Duval… entre copines (2011), Charlène Duval (un homme travesti) se met dans la peau d’une jeune fille « pauvre, laide, sans avenir […] maltraitée par un macro, qui meurt à la fin dans une super-production » ; plus tard, elle continue de rêver d’une mort cinématographique féminine grandiose : « Le rôle de ma vie, c’est Marie-Antoinette. » (Charlène Duval dans le spectacle Charlène Duval… entre copines (2011) de Charlène Duval) Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, l’héroïne lesbienne s’émeut pour Marie-Antoinette, « la reine infortunée, comme si, pour quelque raison, la malheureuse femme en appelait personnellement à Stephen. » (p. 314) ; « Je suis certain d’être bon pour la guillotine, rien qu’à y penser mes cheveux se dressent sur ma tête. Quand je songe au procès qui m’attend je suis encore plus effrayé. Tant pis, je me suiciderai quand cette vie me deviendra trop dure. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 125)

 

La Reine du héros homosexuel est celle qui ne part jamais, même quand elle fait ses adieux : « La tradition veut que je ne meure jamais ! » (la Reine dans la pièce La Pyramide !(1975) de Copi) Son fan veut « mourir pour toujours sur scène », comme elle (ou comme Dalida) : « Restons ici, ma Fifi ! Moi je vais mourir aussi ! C’est mon dernier printemps ! » (Mimi à Fifi dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 300) Dans la nouvelle « La Mort d’un phoque » (1983) de Copi, suite au carnage opéré sur la reine du carnaval Glou-Glou Bzz « au milieu d’un désordre phénoménal (les tables cassées parmi les bouteilles arrosées de confettis) » (p. 22), le narrateur se fait à son tour massacrer et « trucider la bite » : « À chaque fois que je laissais échapper un cri, l’assistance repartait d’un gros rire. […] Et ne songeons même pas à demander de l’aide aux esquimaux : pour cette peuplade, Glou-Glou Bzz représentait plus qu’une reine. » (p. 24) Le protagoniste homosexuel suit celle qu’il a immolée/qui a été immolée jusqu’à la tombe, dans une imitation parfaite de la mise en scène meurtrière du carnaval.

 

Le viol de la reine du carnaval se déroule en général en plein été, de préférence le soir (comme s’il s’agissait d’un cauchemar, d’une pure parenthèse) : « Quel maquillage porte à l’aube maman ? » (Copi, Un Livre blanc (2002), p. 27) Par exemple, dans la pièce La Pyramide (1975) de Copi, la mère apparaît sous les traits d’une souveraine carnavalesque violée « un soir de juillet ». Dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, Laura, l’héroïne lesbienne, se fait passer, le temps d’un été, pour un garçon ; elle sera punie de son mensonge par l’ensemble de ses camarades de jeu qui, une fois le pot aux roses découvert, décideront de la déshabiller en pleine forêt, pour la punir. C’est l’été, dans la forêt, que se fait parfois la rencontre du personnage homosexuel avec le diable violeur : « Au début de l’été […] l’intrus se tenait là et me regardait de ses yeux bleus grands ouverts. […] Dégoûté de lui – et surtout dégoûté de ce qu’il m’avait fait perdre mon empire sur moi-même –, je lui lançai : ‘Allez donc au diable !’ […] L’incident venait d’avoir lieu dans le bois des pins. » (Garnet Montrose concernant sa rencontre avec Daventry, dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, pp. 40-41) ; « Savez-vous qu’un pucelage ne pèse pas lourd un soir d’été ? » (Démétrius à Helena quand ils se trouvent en forêt, dans la pièce Le Songe d’une nuit d’été (1596) de William Shakespeare) ; « C’est mon premier été. » (Tareq, le héros homosexuel syrien arrivé en Finlande, dans le film « A Moment in the Reeds », « Entre les roseaux » (2019) de Mikko Makela) ; « Dans la chaleur de l’été… c’est sûr il va se passer des trucs. » (Vincent, héros homo, dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare) ; etc.

 

C’est la raison pour laquelle cette saison est crainte : « ‘Je me suis toujours méfié de l’été’, avait dit Pierre Gravepierre. Pourquoi résonnaient-ils comme une vérité première, inattaquable ? Pascal n’eut pas besoin de chercher longtemps la réponse. Tout ce qui lui était arrivé de pire, lui était arrivé en été. » (Claude Brami, Le Garçon sur la colline (1980), p. 123) ; « L’été cet enculé pousse même le vice jusqu’à me faire demander l’heure aux frimeurs à lunettes réfléchissantes. » (Vincent dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 58) ; etc. Elle est annoncée sous les auspices de la mort et de la violence insouciante : « Tu lis Les Fleurs du mal ‘aimé’ : c’est le livre le mieux pour l’été. » (cf. la chanson « Toc de mac » d’Alizée) ; « Pourquoi on parle d’avenir ? C’est l’été, Chloé ! » (Malik parlant à Chloé dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Les escaliers du Sacré-Cœur de Paris. Un nuit du mois d’août. » (cf. les didascalies de la Acte I de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 299) ; « Après maintes étés est mort le cygne. » (George citant un roman d’Aldous Huxley dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford) ; « Jane regarda une nouvelle fois le bâtiment en ruine qui s’élevait de l’autre côté de la rue, comprenant que, même en été, son ombre s’étirerait dans la chambre, étouffant toute chance de chaleur. Elle avait pris l’immeuble de derrière pour une réplique, plus jolie que le leur, plus élégant et rénové, mais peut-être était-ce l’inverse et leur bâtiment était-il le reflet de l’immeuble délabré. Cette idée lui donna l’impression d’être petite, et l’enfant qu’elle portait plus petit encore, un poisson solitaire piégé dans des eaux fluviales. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, pp. 70-71) ; « Il fait une chaleur d’hété…ros ! » (Seb, personnage homo, décrivant une situation orageuse, dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion) ; etc. L’été décrit dans les fictions homosexuelles s’apparente à la fournaise d’un enfer symbolique. Par exemple, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Frank, le héros gay, décrit l’ambiance de la backroom où il s’est rendu, cette pièce obscure imprégnée d’une atmosphère « violente comme une brise d’été ». Dans le film « Une si petite distance » (2010) de Caroline Fournier, la canicule estivale est présentée comme un moment de mort. Dans le film « Vacation ! » (2010) de Zach Clark, des vacances d’été entre quatre amies de collège dégénèrent, et se concluent tragiquement. Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Mathan, le jeune héros homosexuel, affirme que « l’été, c’est l’adversaire de la Création »… ce à quoi répond son ex-amant Jacques : « Eh bien il faut le vaincre. […] J’aime bien être dans le renoncement de l’été. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Rupert, le héros homosexuel, parle de « l’été de mes 11 ans » comme un événement traumatique où il a été à la fois violé symboliquement par ses camarades de classe, et trahi par la star (John F. Donovan) qu’il idolâtrait. »

 

On retrouve les liens de coïncidence entre l’été homosexuel et le viol dans de nombreuses œuvres homosexuelles : cf. le film « A Midsummer Night’s Dream » (1999) de Michael Hoffman, la chanson « Gourmandises » d’Alizée (« Les baisers d’un été où la main s’achemine… […] Oh Loup, y es-tu ? »), la chanson « Cruel Summer » du groupe Bananarama, le film « Pluies d’été » (1977) de Carlos Diegues, la chanson « Trois nuits par semaine » du groupe Indochine, les chansons « L’Été », « Un Merveilleux Été » (racontant une rupture amoureuse), et « Les Bords de Seine » d’Étienne Daho, le roman El Mismo Mar De Todos Los Veranos (1978) d’Esther Tusquets, le roman La Mort en été (1953) de Yukio Mishima, le film « Été 85 » (2020) de François Ozon, le film « Summer Blues » (2002) de Frank Moslvold, le film « Tania Borealis ou l’étoile d’un été » (2001) de Patrice Martineau, le roman El Color Del Verano (1982) de Reinaldo Arenas (roman d’anticipation racontant le débordement frénétique d’un carnaval de la Havane sous la dictature cubaine), le roman Chronique d’un été (2002) de Patrick Gale, le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, le film « Le Sable » (2005) de Mario Feroce, le film « Laberinto De Pasiones » (« Le Labyrinthe des passions », 1982) de Pedro Almodóvar, le film « Aux folles les pompiers ! » (2003) de Didier Blasco (« Elles ne sont pas toutes mortes cet été. Certaines ont survécu. Voici le témoignage de deux rescapées. »), le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, le film « Froid comme l’été » (2002) de Jacques Maillot, le film « Les Orages d’un été » (1996) de Kevin Bacon, le film « L’Été de mes 17 ans » (2004) de Chen Yin-yung, le film « Summer Of Sam » (1999) de Spike Lee, le film « Summer Storm » (2004) de Marco Kreuzpaintner, le film « Summer Wishes, Winter Dreams » (1973) de Gilbert Cates, le film « Le Zizi de Billy » (2003) de Spencer Lee Schilly, le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitmann (qui se déroule pendant les grandes vacances), le film « The Greenage Summer » (1961) de Lewi Gilbert, le roman Été (1982) de Jean-Renaud Camus et Denis Duvert, le film « Dernier été à New Ulm » (1995) de Keith Froelich, le film « Vols d’été » (1988) de Yousry Nasrallah, la chanson « Réveiller le monde » de Mylène Farmer, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, le roman Le dernier été des Indiens (1982) de Robert Lalonde, les films « Jeux d’été » (1951) et « Sourires d’une nuit d’été » (1955) d’Ingmar Bergman, le roman Un Été indien (1943) de Truman Capote, le recueil de poèmes Amor de Verano (1985) de Nancy Cárdenas, la pièce Le Songe d’une nuit d’été (1595) de William Shakespeare, le roman Les Autres, un soir d’été (1970) d’Hector Bianciotti, le film « Parfum d’absinthe » (2005) d’Achim von Borries (avec la vague estivale de suicides), le film « Un Été américain » (1969) d’Henry Chapier, le concert Météor Tour (2010) d’Indochine (où le lien entre été et guerre est fait), le film « Pauline » (2009) de Daphné Charbonneau, le film « And Then Came Summer » (« Et quand vient l’été », 2000) de Jeff London, le téléfilm « Clara, cet été-là » (2002) de Patrick Grandperret (avec le thème de la perte de la virginité), le film « Il Compleanno » (2009) de Marco Filiberti (avec la mort de Francesca, la femme de Mateo qui se fait écraser par une voiture quand elle découvre Mateo au lit avec un homme), la chanson « Summertime Sadness » de Lana del Rey, le film « Frauensee » (« À fleur d’eau », 2012) de Zoltan Paul, le film « Sexual Tension : Volatile » (2012) de Marcelo Mónaco et Marco Berger, le film « My Name Is Love » (2008) de David Färdmar, le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, le film « Hors Jeux » (1980) d’André Almuro, film « Daniel » (2012) de Vincent Fitz-Jim, le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet (avec l’été toujours meurtrier), etc.

 

Le viol homosexuel a lieu en général pendant un soir d’été, ce moment flou de transition entre le fantasme du viol et la réalité fantasmée du viol : « Un jeune homme rencontre un étranger pour un plan sexe, une expérience qui va le changer à jamais… » (cf. description du film « Spring » (2011) de Hong Khaou sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris) ; « Je suis homo, j’avais un copain qui est mort cet été, on l’a assassiné sous mes yeux. » (Kévin parlant de son amant Bryan, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 460) ; « J’me suis fait violer quand j’avais 15 ans. Un été, par un oncle. » (Marie dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow) ; « La lun’ se lève dans le ciel rouge comm’ par un’ nuit d’été ! Cachafaz et la Raulito vont passer de l’autre côté ! » (le Chœur des voisines dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Pour toi, j’ai perdu l’innocence, l’honneur, l’honorabilité. Je t’ai connue sur le trottoir, le corps ouvert de falbalas, là-bas, là-bas sur les ramblas. Au bord du fleuve, un soir d’été. » (Cachafaz à son amant Raulito, idem) ; « C’était l’été de nos treize ans. L’été des sœurs de sang. Dovid a eu migraine sur migraine, cet été-là. » (Ronit dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 217) ; « Tous les étés sont meurtriers. » (le sosie homosexuel d’Isabelle Adjani dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « C’est meilleur que l’été indien. » (les deux chanteurs, en prononçant cette phrase, se coupent chacun le visage en deux, idem) ; etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi

 

Dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, Ahmed perd son seul et unique amour l’été : « Oui, l’être aimé. Car s’il n’était pas certain au début de l’été de ses sentiments envers Saïd, la romance des dernières semaines l’a affirmé, et la mort vient de le confirmer : il était amoureux de son ami, quoi qu’il fût. » (p. 47) Dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, l’été est associé à la fois à la fusion homosexuelle et à la rupture entre les amantes : « Dans son lit, par cette tiède nuit d’été austral, Gabrielle s’étonne des remous imprévisibles qui créent en elle les mots de la lumineuse Émilie. Égarée, emportée dans un vertigineux tourbillon, il lui revient en mémoire la détresse d’Ulysse sur le point de succomber au chant mortel des sirènes. » (pp. 72-73) ; « Vous dans votre hiver, moi dans mon été. » (Émilie s’adressant à sa compagne Gabrielle, idem, p. 175) Le film « Last Summer » (2013) de Mark Thiedeman relate l’histoire de deux adolescents que la vie (et l’été) va séparer. Dans le film « Le Maillot de bain » (2013) de Mathilde Bayle, l’été se revêt d’inceste : le jeune Rémi, 10 ans, ressent son premier émoi pour un beau papa de 35 ans. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, chaque été, c’est le temps de l’absence de Georges (en voyage) et de la mort du couple Georges/William. Dans le film « Mourir comme un homme » (2009) de João Pedro Rodrigues, Tonia le trans raconte comment il a été violé à jamais par le regard de son amant, un soir d’été. Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar assassine son amant Khalid pendant l’été, en plein cœur d’une forêt : « L’été était triste. La vie mélangée au vin rouge bon marché était triste. » (p. 96) ; « Il n’y aura pas de prochaines vacances d’été. Tout s’arrête ici. » (p. 170) Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, sur la terrasse de l’appartement new-yorkais de Michael et Harold, on lit cette inscription au mur : « SUMMER 1918 ». Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Abby raconte qu’elle a couché avec son amie d’enfance Carol qu’elle connaît depuis l’âge de 10 ans, un soir d’été. Dans le film « La Maison vide » (2012) de Matthieu Hippeau, Vincent, homosexuel, pénètre dans une maison vide pour la cambrioler, en plein été. Dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, le mélange entre été, guerre, carnaval, et homosexualité, est complet : « Vous dites : cet été est si beau. On s’en veut de l’aimer tellement. Je dis : on oublie la guerre avec ce merveilleux soleil. La guerre, on ne sait plus ce que c’est. Vous dites : ce sont des choses épouvantables, les choses que vous dites, vous ne devriez pas dire de pareilles choses. Vous pensez comme moi. Vous oubliez la guerre. » (Vincent à Proust, p. 19) ; « Sans la guerre, sans ce magnifique été de l’absence des hommes, nous serions-nous rencontrés ? » (idem, p. 24) ; « Après tout, pourquoi cet été de toutes les tragédies ne pourrait-il pas être l’été de toutes les comédies ? » (idem, p. 28) ; « Rien n’a changé dans nos tranchées de boue séchée au soleil de juillet. » (idem, pp. 138-139) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Viol dans la forêt :

Existe-t-il des correspondances concrètes entre le code de la « femme vierge violée un soir de carnaval ou d’été dans une forêt » et les personnes homosexuelles réelles ? Bien sûr que oui. Les symboles ne tombent pas comme ça du ciel : ils ont bien été créés par plusieurs consciences humaines ; et ils traduisent au moins une réalité fantasmatique qui mérite d’être étudiée.

 

Certains auteurs homosexuels nous montrent du doigt ce lieu énigmatique de la forêt, sans même savoir eux-mêmes trop pourquoi : « C’est un peu des fantômes au bord des allées du bois. » (Gilles parlant de ses circuits de drague homosexuelle au Bois de Vincennes, dans l’émission Backstage à la radio France Culture, le lundi 23 mai 2016, à propos du film « Promenons-nous dans les bois » de Claire Simon) ; « Pour Philippe, ce chemin vers la forêt… Salam… Abdellah. » (cf. dédicace personnelle du romancier Abdellah Taïa sur mon exemplaire de son roman Jour du Roi, à la Librairie parisienne Les Mots à la Bouche à Paris, le 10 septembre 2010) Selon eux, la forêt serait le théâtre d’un viol : « Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon et Nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait. » (Rimbaud dans une lettre à Paul Demeny, le 15 mai 1871) ; « Je suis folle de rage de ce qu’en face de trois hommes, une carabine et piégée dans une forêt dont on ne peut s’échapper en courant, je me sente encore aujourd’hui coupable de ne pas avoir eu le courage de nous défendre avec un petit couteau. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie, 2006) ; « À sept ans, ce garçonnet [Ednar] subit des attouchements sexuels de la part d’un collègue de travail de son père. Malheureusement, sachant que personne ne s’intéresserait à son problème, il ne put se confier. Man Éloi, sa mère, ne détectait pas les soucis de son fils, ni à quel point il était martyrisé par son frère. Il ne put jamais trouver les mots pour exprimer son désarroi et sa souffrance. […] Et voilà qu’en plus de toutes ces difficultés, un autre drame s’ajouta à son calvaire. Une nouvelle tentative d’agression sexuelle perpétrée par Octave [23 ans], l’un des meilleurs copains de son frère Hugues. À onze ans, la vie d’Ednar commençait par une descente aux enfers, cet abîme qui déjà le convoitait en le livrant à la merci et à l’incompréhension des personnes censées l’aimer et le protéger. Affecté par ce sentiment de culpabilité, cet enfant ne put dévoiler les secrets trop lourds à porter dans son cœur. Jamais dans sa famille il n’osa avouer son malheur dans le sous-bois. Il en parla à demi mots à ses copains de classe, qui eux non plus n’avaient pas le droit de répéter ces choses-là aux grandes personnes. À l’époque, il n’était pas permis aux jeunes enfants de dénoncer les perversités ni les égarements des anciens. […] Ce traumatisme inavouable fut l’un des plus grands secrets de sa vie. Et lorsqu’il devint adulte lui-même, il évoqua cette mauvaise rencontre comme ‘l’incident’ qui n’aurait jamais dû être. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son roman autobiographique Un Fils différent (2011), pp. 12-13) ; etc.

 

Je vous renvoie également au documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan (sur la transsexualité), au chapitre intitulé « La Belle au bois violée » de l’essai Qu’avez-vous fait de la libération sexuelle ? (2002) de Marcela Iacub, à la première planche de la B.D. autobiographique Journal (1) (1997) de Fabrice Neaud (qui démarre précisément par une agression au centre aéré dans une forêt), à la biographie Femme qui court (2019) de Gérard de Cortanze (sur Violette Morris).

 

FORÊT 7 Fabrice Neaud

 

A priori, on pourrait se dire que la peur de la forêt n’a rien de spécifiquement homosexuel. En effet, je ne connais pas grand monde qui ne serait pas effrayé à l’idée de connaître l’expérience solitaire d’une nuit en pleine forêt… ; et puis la forêt où habiterait le grand méchant loup hante depuis très longtemps l’imaginaire des enfants.

 

Seulement, c’est sur la résurgence de ce thème enfantin dans le discours de personnes maintenant adultes (et dont beaucoup sont homosexuelles), que j’aimerais retenir votre attention, car celle-ci nous explique la nature du désir homosexuel : un désir enfantin, en apparence festif et chaleureux, mais qui est fondé sur un éloignement du Réel, une peur de la sexualité, et une attraction idolâtre pour le viol cinématographique (et parfois réel). Encore une fois, j’indique une tendance et des généralités du désir homosexuel, qui ne sont pas des généralités sur LES homos.

 

« Un jour, chez des amis, alors que les parents étaient fort occupés à deviser dans le fond du parc, je fus le témoin d’une véritable orgie enfantine, à laquelle, d’ailleurs, je ne pris aucune part, me sentant trop décontenancé à la vue des petites filles. Des frères, des sœurs, d’autres garçons se livraient à des expériences sexuelles très poussées et je garderai toujours en mémoire le spectacle de la sœur d’un de mes camarades ‘utilisée’ par quatre garçons à la suite… Cette scène (qui se renouvelait, d’ailleurs, paraît-il, à chacune des réunions familiales, à l’insu des parents, naturellement) fut interrompue, ce jour-là, par l’entrée intempestive de la mère de l’une des fillettes… Ce fut un beau scandale. Il y eut des scènes pénibles. Un procès faillit en résulter mais, au cours des interrogatoires, chacun se tira d’affaire par des mensonges. Cet épisode aux couleurs crues s’imprima profondément dans mon esprit et me fit, plus que jamais prendre en horreur les filles et les femmes. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 79)

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi

 

Mes amis. Quand je vous dis que mon Dictionnaire des Codes homosexuels est inspiré et qu’il me dépasse en grande partie, ce n’est pas de la connerie. Le 10 octobre 2014, un ami de Facebook, David Hockley, m’a filé le lien d’un documentaire, « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check, qui retrace le parcours de trois personnes homosexuelles qui ont découvert l’Amour de Jésus et de l’Église catholique pour elles. Et l’une d’elles, Rilene, une femme de 60 ans, raconte qu’après être sortie de 25 années de relation avec sa compagne Margo, c’était comme si elle avait quitté un « rêve ». Et elle revient précisément sur un souvenir violent qui l’a marqué (un viol incestueux de deux jumelles dans une forêt), qu’elle a vécu dans les années 1980 avec Margo, qui est resté gravé en elle comme un déclic de la violence de l’homosexualité, et qui constitue un écho parfait à ce code sur la femme violée dans une forêt au soir de carnaval : « C’était en 1983-1984, au début de notre relation. On était allées faire un tour dans les forêts de Géorgie. Ça s’appelait ‘Fête de la Femme’. Il y avait plein de femmes aux seins nus et nageant nues dans le lac. Dans ce lieu de camp, en pleine forêt, deux femmes étaient… comment dire… en train de s’aimer. Et elles se sont retournées vers nous, et j’ai eu un choc… parce qu’elles étaient des jumelles identiques, de vraies jumelles. J’ai eu comme une réaction viscérale. Ça m’a énormément perturbée. Et j’ai dit à Margo : ‘Elles sont jumelles, celles qui sont en train de faire l’amour ?’ Elle m’a répondu : ‘Oui.’ Et j’ai rajouté : ‘Ça te semble juste ?’ Et elle m’a rétorqué : ‘Si tu commences à juger, alors les gens pourront commencer à nous juger nous.’ Ce fut un moment de réveil de ma conscience. C’était une situation tellement embarrassante que j’aurais eu l’opportunité de m’éloigner de Margo, mais à l’époque je ne l’ai pas fait. »
 

Dans le documentaire « Viol : elles se manifestent » (2014) d’Andrea Rowling-Gaston (où plusieurs intervenantes sont lesbiennes), certaines femmes ont été violées dans une clairière ou une forêt. Charles Trénet a été trouvé nu quand il avait 15 ans, en train de s’amuser avec son camarade Max Barnes dans un jardin de l’Hôtel Mustafa Ier.
 

Dans la culture du « milieu homosexuel », dans les sphères de rencontres amoureuses entre individus de même sexe, le rapport désirant vis à vis de la forêt est souvent idolâtre, souffrant et rêvé : il ne faut pas perdre de vue que les bois sont à la fois les lieux excitants de la fusion d’amour clandestine, l’espace libertaire de tous les possibles (comme au moment du carnaval où les conventions sont inversées et soi-disant détruites), mais aussi les endroits de la perte d’identité, de l’angoisse, de l’exploitation : « Une grande place en bordure du Bois où vont ceux qui ne savent plus où aller, c’est là que je l’ai rencontré. » (Christian Giudicelli parlant de sa première rencontre avec Kamel sur un lieu de prostitution, dans son autobiographie Parloir (2002), p. 15) ; « Un jour, l’un des garçons de la bande de ma cité, Morad, un dealer réputé pour sa dureté, m’a accosté à l’entrée du bois. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p 77) ; « J’ai continué à soigneusement éviter de croiser […] Morad, mon violeur du bois de Sèvres. » (idem, p. 83) ; « J’avais seize ans. La prof d’italien nous emmenait voir une pièce. Je suis arrivé en retard. Chaillot était fermé. Alors j’ai voulu connaître le sexe. Le sexe était plus fort. Plus fort que la peur. Plus fort que moi. Je suis descendu dans les jardins. J’avais lu dans Le Nouvel Obs que ça draguait. J’ai zoné dans les bosquets, moyennement rassuré. Un mec s’est approché, beaucoup plus vieux que moi, trente ans, moustachu. Il m’a demandé ce que je faisais là. J’ai dit ‘Je drague’. Il a dit ‘Moi aussi’. Je l’ai suivi jusque derrière une espèce de monument grec. On s’est embrassé. J’avais déjà roulé des pelles à deux ou trois filles, mais là c’était différent. Électrique. Après on s’est sucé. Le goût était horrible. J’ai joui, je ne me souviens pas comment. Je ne me permettais pas de faire très attention à ces choses-là à l’époque. Quand je suis rentré à la maison j’étais en sueur, j’avais envie de vomir. » (Guillaume Dustan racontant sa première fois homosexuelle, dans son autobiographie Plus fort que moi, 1998) ; etc.

 

Dans son autobiographie Retour à Reims (2010), quand Didier Éribon parlent des endroits de drague homosexuelle, et notamment des parcs et des forêts, il les associe inconsciemment à un lieu de viol, à une cour des miracles où « casseurs de pédé », loubards, prostitués, clients aisés, flics, gravitent ensemble, bref, à un espace du viol consenti : « Les lieux gays sont hantés par l’histoire de cette violence : chaque allée, chaque banc, chaque espace à l’écart des regards portent inscrits en eux tout le passé, tout le présent, et sans doute le futur de ces attaques et des blessures physiques qu’elles laissèrent, laissent et laisseront derrière elles – sans parler des blessures psychiques. Mais rien n’y fait : malgré tout, c’est-à-dire malgré les expériences douloureuses que l’on a soi-même vécues ou celles vécues par d’autres et dont on a été le témoin ou dont on a entendu le récit, malgré la peur, on revient dans ces espaces de liberté. » (p. 221)

 

Aussi farfelu que cela puisse paraître, certaines personnes homosexuelles ont réellement vécu un viol dans une forêt, comme le rapporte Daniel Welzer-Lang à la fin de son essai Le Viol au masculin (1988) : « Le viol d’homme ? Un secret honteux encore moins verbalisé que le viol de femme. C’est à cette époque que moi-même je me suis souvenu : J’ai 6 ans, il a 13 ans. Je me souviens de lui comme du ‘fiancé’ de ma sœur. Il a un solex et un grand chien que je dois appeler policier. Il m’emmène sur son solex pour me faire plaisir. Il s’arrête à la lisière d’un bois. ‘Viens’, me dit-il. Je ne me souviens plus très bien, les images se brouillent, son sexe est sorti, il le masturbe. ‘Tu sais comment ?…’ je regarde éberlué. Je n’ai aucune information sur ce qu’il dit, sur ce qu’il fait. Il veut que je le touche. J’ai peur. Je suis seul dans la forêt avec lui. Pas possible de fuir. Je touche, je regarde en l’air, il veut aussi me… Je ne me souviens pas de la suite. Il s’appelait Jacky, habitait Épinal, la ville de mes parents. ‘Si tu en parles, je te casserai la gueule, je saurai toujours te retrouver…’ Il m’a ramené. J’ai senti son regard, longtemps, longtemps… J’ai jamais été violé. Il ne m’a pas pénétré. Je n’en ai jamais parlé avant… Une période récente… J’avais oublié… Oubliée aussi cette main de camionneur qui cherche à te caresser quand tu dors, et que tu acceptes de masturber… pour avoir la paix. 18 ans… Oubliée cette main du pion de l’établissement scolaire qui m’avait pris en stop près de Gérardmer… 16 ans. J’ai éprouvé un énorme plaisir à ses caresses discrètes, très respectueuses de ma personne. J’ai regretté ce soir-là que… Gestes enfouis dans mes images d’adolescent : chaque homme sait qu’il n’a pas toujours été dominant. » (pp. 188-189)

 
 

b) Je suis une gentille, et je suis poursuivie par un méchant

La femme violée cinématographique courant comme une folle pour échapper à un agresseur souvent invisible est un fantasme identificatoire que l’on peut facilement observer chez certaines personnes homosexuelles si on y prend garde : cf. le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud (avec la blonde pleurant dans le taxi pendant que le paysage urbain défile). Par exemple, dans le documentaire « Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse, la mandarine » (2009) de Marion Cohen et Amei Wallach, on nous montre le passion de Louise Bourgeois pour la figure de la fugueuse. L’actrice courant au ralenti dans une forêt ou dans un couloir est un vrai fantasme homosexuel : beaucoup d’icônes gay (cf. les vidéo-clips des chansons « Alice et June » du groupe Indochine, « Everytime » de Britney Spears, « Substitute For Love » de Madonna, « It’s All Coming Back to Me Now » de Céline Dion, « Just A Little Bit » de Gina G., « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer, « C’est la vie » de Marc Lavoine, etc.) sont des fugitives : « Je pense que cette image de moi, pleurant, courant, sur le tapis, devait être une très belle image. » (une témoin dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo)

 

Mais inversons maintenant le tableau. Symboliquement, je crois que la cristallisation homosexuelle sur la figure de la fugitive menacée de viol est l’expression, à mon avis, d’une course des sujets homosexuels vers la mort : à force de fuir la mort réelle, ils la rejoignent en désir par leur sacralisation de la mort fictionnelle de la reine carnavalesque cinématographique. « Victor Garcia, Copi, Jérôme Savary font partie des gens qui courent devant la mort. » (Colette Godard, L’Enfant de la fête, 1996) ; « J’étais dans ma deuxième vie. Je venais de rencontrer la mort. J’étais parti. Puis je suis revenu. Je courais. Je courais. Vite, vite. Vite. Vite. Vers où ? Pourquoi ? Je ne le sais pas pour l’instant. Je ne me rappelle pas tout. Je ne me rappelle rien maintenant à vrai dire. Mais ça va venir, je le sais. » (les toutes premières lignes de l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008) d’Abdellah Taïa, p. 9) ; « La mort m’avait choisi. » (idem, p. 14) ; « Je courais pour rencontrer le cinéma, entrer la bouche ouverte dans sa religion et ses images. […] Ce jour-là, je courais vers une image, une femme. L’actrice égyptienne. Une grande star. Une grande dame. Souad Hosni. Elle passait à la télévision dans un feuilleton que j’adorais. Houa et Hiya : Elle et Lui. Je courais vers elle pour l’embrasser. Être pendant une heure avec elle, amoureux en pleurs, danseur libre, comédien de ma propre vie. » (idem, p. 32) ; « Je n’ai jamais oublié Souad Hosni. Je n’avais pas oublié son feuilleton Houa et Hiya qui me faisait courir dans mon adolescence, à la sortie du collège. J’avais depuis rattrapé mon retard en regardant presque tous les films qu’elle avait tournés. Je l’avais suivie de près, de très près, avec attention et une certaine admiration. Et puis, au début des années 90, après l’échec retentissant de son film Troisième Classe, elle avait disparu. Pendant deux ou trois ans, on ne savait pas où elle était. Elle se cachait en fait à Londres où elle soignait un mal de dos et une dépression chroniques. On la disait sans le sou, ruinée. L’État égyptien, qui payait pour son hospitalisation, avait fini par la lâcher, l’abandonner. En juin 2001, elle s’était suicidée en se jetant du balcon de l’appartement où elle résidait à Londres. » (idem, p. 91) ; etc.

 

En ce qui concerne mon propre vécu, je me souviens que, lorsque j’avais 5-8 ans, j’adorais déjà l’actrice violée en fuite. D’ailleurs, au centre aéré comme sur les cours de récré, j’imitais les femmes fugitives, les magical girls pressées, les Drôles de Dames ou Super Jaimie courant à perdre haleine, les héroïnes aériennes des dessins animés tels que Cat’s Eyes, Jeanne et Serge, Sheera, Daphnée deScoubidou, la rousse Sheila à la cape d’invisibilité dans Le Sourire du Dragon, etc. Et dans la vie réelle, quand je devais jouer à des jeux collectifs comme le « loup-chaîne », la « balle aux prisonniers », l’« épervier », ou bien le « cache-cache », mon excitation était à son comble, car j’avais l’occasion de me faire mon film intérieur du viol singé. Du moins, c’est ainsi que je l’analyse maintenant, avec du recul. J’aimais en rajouter dans l’affolement de ma course, dans la gestuelle, dans les mouvements de tête (il ne faut pas perdre de vue que, dans mon imaginaire, j’avais une chevelure exceptionnelle, un vrai brushing de star !) ; et quand je courais, je me sentais puissante et fragile en même temps, j’étais en train d’écarter des branches et des feuillages fictifs avec mes mains, je simulais d’avoir fait une course énorme et héroïque (alors qu’objectivement, je n’aimais pas courir de longues distances…), d’être à bout de souffle, et d’arriver au ralenti sur la ligne d’arrivée d’un 100 mètres olympique. Bref, la star dans son clip, pourchassée par les paparazzis. Je prenais un malin plaisir à rentrer inconsciemment dans la peau de la vierge en fuite, criant « au viol ! ».

 
 

c) Devenir la Reine du Carnaval immolée au feu de l’été :

La fascination identificatoire pour la femme violée, je l’ai observée chez beaucoup de personnes homosexuelles : « Cette résurgence du thème de l’androgyne à la fin du XIXe siècle est peut être le revers de l’obsession de la femme fatale. » (Françoise Cachin, « Monsieur Vénus et l’ange de Sodome : L’androgyne au temps de Gustave Moreau », Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 90) Le désir homosexuel pousse les êtres humains à se prendre pour les archétypes de la féminité tragique. Chez les hommes gay, cela se fera davantage par le biais de l’esthétisme ; côté femmes lesbiennes, on penche plus sur le registre du militantisme politique. Mais dans les deux cas, c’est la même louange iconoclaste/iconodule. Par exemple, dans le documentaire « Debout ! » (1999) de Carole Roussopoulos, on voit clairement que les femmes féministes, lesbiennes ou non, sont attirées par la « femme violée du bout du monde », afin de se servir d’elle comme « opportunité » pour prouver l’oppression machiste qui les domine/dominerait. Dès qu’un fait d’actualité concernant le malheur des femmes se présente (par exemple les mères célibataires dans les hôpitaux, les femmes qui veulent se faire avorter, les femmes talibanes, etc.), le MLF accoure vers ses victimes : « Les femmes battues, c’était parfait ! Parce que si les femmes étaient battues, c’est bien parce qu’il y avait quelqu’un pour les battre. » (Annie Sugier)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles s’intéressent à la femme violée médiatique (Maria Callas, Régine, Barbara, Chantal Goya, Dalida, Marilyn Monroe, Rita Hayworth, Édith Piaf, Britney Spears, Lady Di, Eva Perón, Judy Garland, Greta Garbo, Madonna, Yvonne George, etc.). Par exemple, dans son autobiographie Le Ruisseau des Singes (2000), Jean-Claude Brialy dit sa passion pour la Dame au Camélia, Marie Duplessis, qui fut violée très jeune par son père, se prostitua, et mourut à 23 ans.

 

L’identification à la femme violée peut parfois être le signe d’un viol homosexuel (incestueux) vécu dans l’enfance : « Un soir que je passais dans un parc, j’ai entendu crier. C’était une fille qu’une gang de gars essayait de violer ! Je me suis aussitôt senti à sa place. » (François cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, p. 173) ; « Oh mon papili, emmène-moi dans la forêt ! » (Guillaume, le héros bisexuel suppliant face à son père dans un rêve éveillé où il se prend pour une impératrice autrichienne, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; etc. Dans son autobiographie Antes Que Anochezca (1992), Reinaldo Arenas, le romancier cubain, illustre que son goût des femmes fatales médiatiques est à l’image d’un contexte familial troublé : « Le monde de mon enfance était un monde peuplé de femmes abandonnées. » (p. 20)

 

L’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias suffit, à elle seule, à prouver le lien coexistant entre le désir homosexuel et la reine carnavalesque violée (= intronisée puis détrônée) dans une forêt. Tout y est ! Lisez plutôt ces quelques morceaux choisis : « Elle a mis à chauffer la cire sur la cuisinière. Les pots ont explosé et le liquide brûlant a recouvert son corps comme une horrible robe dégoulinante. Elle a passé des mois à l’hôpital. Nous avons entendu son cri désespéré quand elle s’est regardée dans le miroir pou la première fois après l’accident. Nous étions à notre porte, sur la terrasse. Elle est rentrée comme une folle dans le poulailler et, pour se venger de sa tragédie, elle a égorgé, une à une, toutes les poules qui essayaient de s’envoler avec terreur. J’ai compris l’absurdité d’avoir des ailes sans pouvoir voler. Elle a fini par saisir le coq qu’elle a achevé avec les dents. Un nuage laissa filtrer les rayons d’une lune grise qui illumina le terrible visage monstrueux, ensanglanté par le sang du coq. Quelque temps après, elle est repartie. Elle a disparu dans la nature. Peut-être a-t-elle cherché dans la jungle la compassion des bêtes […]. Ce poulailler devint ma scène : il avait été le décor d’une véritable tragédie, je pouvais donc l’habiter de mes fantaisies. » (pp. 166-167) ; « On expliquait mal comment une si grande actrice [Cora Margot] était tombée dans une telle déchéance qu’elle fût forcée à promener son art dans un petit cirque de dernière catégorie qui n’avait même pas pu se payer un toit pour son chapiteau. » (idem, p. 304) ; « J’adore le Carnaval, les défilés, les carrosses, les chariots décorés. La seule chose qui me dérange, ce sont les types qui viennent pisser derrière nos arbres du trottoir. » (une des 3 tantes d’Alfredo, op. cit., p. 111) ; « Tu n’étais pas contente de me voir pleurer, mais j’éprouvais une tendresse particulière pour la Princesse indienne de Patagonie. Le jour où on l’a fait prisonnière et où la sorcière de la tribu ennemie lui a arraché ses boucles d’oreilles, j’ai trouvé le monde injuste. J’aurais voulu pouvoir voler jusqu’à la Terre de Feu et la reprendre aux mains d’êtres aussi sauvages. Je sais : c’était un feuilleton radiophonique. Mais il me donnait un avant-goût des atrocités à venir. » (Alfredo s’adressant à sa grand-mère, op. cit., pp. 157-158) ; « Tu m’as surpris, le soir du carnaval. Je m’étais faufilé, en pleine nuit, à l’extérieur, encore en pyjama. Au-delà du terrain vague, brillaient les lumières du dancing où les gens s’amusaient. Je me suis arrêté dans la maison en ruine où vivait encore une vieille. Je me suis assis à côté d’elle en silence. Nous avons vu quelques masques se diriger vers le dancing. Puis mon attention fut attirée par des rires venus d’un petit cirque miteux. Sur la pointe des pieds, je me suis approché de la fenêtre d’une roulotte. La trapéziste avait une blessure entre les jambes. Le dompteur y enfonça une énorme chose. Elle criait, mais à l’évidence cela lui procurait du plaisir. Quand je suis rentré, tu m’as grondé. Je me suis endormi, j’ai rêvé que la trapéziste et le dompteur me découvraient, me tiraient par une jambe vers eux et me serraient entre leurs corps. Des cailloux chauds roulèrent dans mon sexe. » (idem, p. 157) ; etc.

 

Un certain nombre d’artistes homosexuels sont iconoclastes avec les icônes de la féminité qu’ils adorent. À mon sens, ils expriment leur jalousie de ne pas parvenir à être/de croire être elles. « Je me souviens de Copi jouant la Loretta dans un fourreau de Saint-Laurent et crachant ce texte en vingt-cinq minutes en avalant de la vodka. » (Christian Bourgois dans la biographie Copi (1990) du frère de Copi, Jorge Damonte, p. 7) Mais dans un second temps, paradoxalement, l’immolation de la star se veut aussi acte d’amour, de purification par le feu, prétend être une preuve que l’actrice détruite iconographiquement est immortelle… parce qu’elle résiste même aux flammes des langues et des spotlights !

 

LIBERTINE

 

On retrouve un lien entre l’homosexualité et la reine brûlée du carnaval à travers la figure de Jeanne d’Arc, ce travesti portant des habits d’homme et qui symbolisant l’androgynie (Marie-Christine Pouchelle, « L’Hybride », Bisexualité et différence des sexes (1973), pp. 80-81).

 

Enfin, je finirai par parler des liens étonnants qui existent entre l’homosexualité et l’été. Cette période de l’année est associée par certaines personnes homosexuelles à une phase d’incertitude, de flou artistique perturbant entre la réalité et la fiction, de fête carnavalesque qui finit mal, voire de viol : « L’été, c’est la période de liberté avant de rentrer dans la norme sociale. » (le présentateur de Yagg pendant l’Avant-Première du film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, au Cinéma Gaumont Opéra Premier de Paris, en présence de la réalisatrice, le 14 avril 2011) ; « État d’alerte dans de nombreux départements, la terre hurle de soif, les vignes crèvent sur pied, la forêt brûle, ça pue les vacances, les autoroutes puent le goudron et la mort, couscous parties dans les campings, les maisons de retraite sont des saunas. On appelle ça l’été, ce bonheur. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 158) ; « Au milieu de l’été de mes 15 ans, j’ai fait une tentative de suicide. » (Perry Brass, vétéran gay évoquant le harcèlement scolaire, dans le documentaire « Stonewall : Aux origines de la Gay Pride » de Mathilde Fassin, diffusé dans l’émission La Case du Siècle sur la chaîne France 5 le 28 juin 2020) ; etc. Pendant son concert Les Murmures du temps (2011) au Théâtre de L’île Saint-Louis, le chanteur français Stéphane Corbin ne cache pas son aversion pour l’été : « Depuis, l’été me rend triste. » ; « Saison d’été, les yeux mouillés. » Toujours dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, l’été renvoie à la prostitution et à l’inceste : « L’été est pervers ! s’est écrié Coco. Cette saison nous révèle les trésors insoupçonnés que l’hiver nous cache, sous les tricots, les vestes, les pantalons. » (p. 16) Par exemple, quand Alfredo s’adresse à sa grand-mère en ces termes (« Je crois que tu as menti, ce soir d’été. On est descendus sur la terrasse pour sentir la fraîcheur de la nuit et on a entendu une voiture s’arrêter. On s’est déplacés silencieusement pour espionner. On a vu le beau garçon, l’athlète qui faisait de délicats dessins de fleurs. Il faisait chaud. Il était presque nu dans la voiture. Sa peau brillait, recouverte d’une fine pellicule de sueur. Le conducteur de la voiture était un homme plus âgé, aux cheveux blancs. Ils se sont embrassés sur la bouche. Et tu m’as dit que c’était son père. », p. 165), celle-ci cautionne le viol et joue la politique de l’autruche comme le fait la reine du carnaval fictionnelle : « C’est vrai, un père qui aime profondément son fils. » Dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), Abdellah Taïa raconte son premier contact violent/fascinant avec la sexualité : il avait 13 ans quand il a vu un voisin des impasses du Bloc 14 se masturber : « C’était l’été, en plein été, août, le 7 août. […] Abdellah, fils de Ssi Aziz, se masturbait. » (p. 11) Plus tard, on l’entend associer son destin de femme vierge violée à une ambiance estivale brutale : « Je voulais dire beaucoup de choses. Des histoires secrètes. Des mots d’été chauds. Mes impressions, ce que ce petit chef m’inspirait, les torrents qu’il était en train de provoquer en moi. Le feu. Le sang. La glace. Le vent. Je voulais surtout qu’il sache que malgré tout ce qu’on disait sur moi à Hay Salam, ‘la petite fille’, ‘la poupée’, malgré tous les surnoms de trahison j’étais encore vierge. Vierge vierge. Vierge des fesses. » (pp. 20-21)

 

C’est l’été qui marque l’arrivée du Réel, et donc un réveil brutal pour les endormis. Comme le montrent les paroles du Christ, cette saison est le moment de la clarté embrasante de la Révélation apocalyptique de Dieu : « Jésus parlait à ses disciples de sa venue. Il leur dit cette 
parabole : ‘Voyez le figuier et tous les autres arbres. 
Dès qu’ils bourgeonnent, vous n’avez qu’à les regarder pour savoir que 
l’été est déjà proche. 
De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le 
royaume de Dieu est proche. 
Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas sans que tout 
arrive. 
Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. » (Lc 21, 29-33)

 
 

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Code n°75 – Fleurs (sous-code : Fleuriste gay)

fleurs

Fleurs

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Les fleurs sont les êtres vivants androgynes par excellence : elles ne possèdent ni organes génitaux, ni gamètes mâle ou femelle. C’est leurs principales caractéristiques. Symboles d’innocence absolue, de fantasme de se prendre pour Dieu, il était logique qu’elles soient récupérées par de nombreux artistes homosexuels, dans leurs créations comme dans le réel. Les personnes homosexuelles choisissent souvent la fleur comme étendards épinglés à leur poche de chemises, ou bien comme métaphores poétiques d’elles-mêmes. Toute-puissance de l’Être minéral désincarné, au corps éthéré et sans limite, synthèse inhumaine de la beauté et de l’amour (adolescent) : voilà ce qu’offrent les fleurs. La communauté homo a d’ailleurs choisi sa déesse d’identification : Ève, la femme végétale dont l’innocence florale ne tardera pas à voler en éclat dans le marais-cage du narcissisme (cf. Je vous renvoie au code « Femme végétale » du code « Bergère » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Amoureux », « Jardins synthétiques », « Se prendre pour Dieu », « Eau », « Ennemi de la Nature », « Innocence », « « Plus que naturel » », à la partie « Cuculand » du code « Milieu homosexuel paradisiaque », à la partie « Plante carnivore » du code « Cannibalisme », et aux parties sur la « Femme végétale » et « Ophélie » du code « Bergère », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 
 

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FICTION

a) Le pouvoir des fleurs :

Film "Franswa Sharl" d'Hannah Hilliard

Film « Franswa Sharl » d’Hannah Hilliard


 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, la fleur est fréquemment montrée comme un signe d’homosexualité : cf. le film « Homme aux fleurs » (1984) de Paul Cox, le film d’animation « La Princesse et la Grenouille » (2009) de Ron Clements et John Musker, le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (avec la fleur rouge sur l’oreille de Watson), le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen (avec les fleurs dans le générique du début), le vidéo-clip de la chanson « Mon Coloc » de Max Boublil, le film « Ken Burns » (2011) d’Adrienne Alcover (avec les fleurs tatouées), le tableau Jason, The Sexiest Of The Supreme Elves de Lorenn le Loki, le roman Les Hortensias (1896) de Robert de Montesquiou, la pièce Flor De Otoño (1972) de Rodríguez Méndez, le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin (avec l’orchidée), la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, la pièce Flowers (1976) de Lindsay Kemp, la pièce Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, le film « Ich Möchte Kein Mann Sein » (1933) de Reinhold Schünzel, le film « Illtown » (1996) de Nick Gomez, le film « Khochkach » (« Fleur d’oubli », 2006) de Salma Baccar, le dessin Il Papavero Rosa (1999) de Sandra Venturini, le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye (où la première image du film est un nénuphar), le tableau Osman (1972) de Jacques Sultana, la photo Le Marin (1985) de Pierre et Gilles, la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi, les photos Rose (1989) et Calla Lily (1986-1988) de Robert Mapplethorpe, le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine (avec des plans fixes sur une énorme fleur rose de bougainvilliers, qui entrecoupent les scènes d’action), le film « Frauensee » (« À fleur d’eau », 2012) de Zoltan Paul, le film « Soongava » (« Dance Of The Orchids », 2012) de Subarna Thapa, le roman Le Chancelier de Fleur (1907) de Robert de Montesquiou, le roman Le Silence des fleurs (2013) de Sophie Lapointe, le poème « Le Langage des fleurs » (1902) de Renée Vivien, le film « All Flowers In Time » (2010) de Jonathan Caouette, film « Spider Lilies » (2007) de Zero Chou (Jade, l’héroïne lesbienne, se fait un tatouage de fleur), la chanson « Monocle et col dur » de Juliette, etc.

 

Poème "Le Langage des fleurs" de Renée Vivien

Poème « Le Langage des fleurs » de Renée Vivien


 

La fleur renvoie à la beauté sacrée et réelle de la sexualité, de la virginité. « J’adore les fleurs blanches. » (Océane Rose Marie dans le one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « Oui. Quelques hortensias. Ça devrait aller. » (la phrase finale de Lola, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Vera, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Lesbos en fleur. » (le docteur Peloursat, dans la pièce 13 à table de Marc-Gilbert Sauvajon) ; etc. Par exemple, dans la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao, Philippe, l’un des héros homos, se retrouve à un moment donné en tenue d’Adam sur scène, avec une fleur de tournesol à la place du sexe. Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, un narcisse est filmé en gros plan en éclosion… en hommage au narcissique Narcisse. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Eugenia arrange les fleurs dans la cuisine, pour le jour du « mariage » de Ben et George.

 
 

b) L’adolescent homosexuel se prend pour une jeune fille en fleur :

Le chanteur Federico Moura

Le chanteur Federico Moura


 

La fleur dit d’abord l’état béat et transitoire de l’enfance androgyne : cf. le roman À l’ombre des jeunes filles en fleurs (1919) de Marcel Proust, la chanson « Flower Power » de Nathalie Cardone, la chanson « L’Enfant-fleur » de Catherine Lara, la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec la métaphore de l’enfant végétal), la chanson « Le Guide » de Stefan Corbin (et le narrateur et avec sa « salopette à fleurs »), etc. Par exemple, dans le roman L’Évasion de Kamo (1984) de Daniel Pennac, le jeune Kamo se fait appeler « Fleur ». Dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, Denis, le héros homosexuel, dit que lorsqu’il était petit, il voyait des visages humains à la place de tous les motifs fleuris des tapisseries de sa chambre d’enfant. Dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, la chambre de Lord Henry est tapissée de lilas, de roses et de marguerites.

 

"Le Livre blanc" de Copi

« Le Livre blanc » de Copi


 

« C’est le champs de coquelicots où je cueillais des bouquets pour la fête des mères. » (Marco, le héros homosexuel se rappelant son enfance, dans le film « Footing » (2012) de Damien Gault) ; « Ce fut même lui [Orphée] qui apprit aux peuples de la Thrace à reporter leur amour sur des enfants mâles et à cueillir les premières fleurs de ce court printemps de la vie qui précède la jeunesse. » (Ovide, Les Métamorphoses, Texte 4, X, 64-85) ; etc. Par exemple, dans le film « Close » (2022) de Lukas Dhont, Léo, le jeune héros homo de 13 ans, travaille avec ses parents dans la cueillette des fleurs.

 
 

c) Je suis une fleur :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Il arrive que le personnage homosexuel se considère comme la progéniture d’une mère végétale : « Quelles étaient les origines de cette femme ? […] Et d’où venait ce prénom, son prénom, Zhor ? D’un autre temps ? Zhor, une femme fleur. Toutes les fleurs ? » (Omar en parlant de sa mère, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 92) ; « Démerde-toi pour te réincarner en fleur, dans un champ vert et bleu. » (Vincent Garbo à Carole, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 89) ; « Je décide d’attendre sans bouger un long et profond sommeil qui ressemble à la mort comme je l’imagine. J’y vois maman dans une grande robe blanche. Elle me sourit, court dans un champ de fleurs bleues. On dirait qu’elle vole. » (le narrateur du roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 88) ; « J’ai le charisme d’une feuille morte quand tous les jours je veux être une fleur » (c.f. la chanson « Il ou Elle » de Bilal Hassani) ; etc. Il s’agit souvent de la maman cinématographique : cf. le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon (avec le générique fleuri du début, dans lequel chaque actrice est figurée par une fleur), le film « Miss O’Gynie et les hommes fleurs » (1973) de Samy Pavel, etc. Dans le générique du début du film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, la tête des protagonistes lesbiennes est remplacée par un bouquet de fleurs.

 

Certains héros prétendent aimer énormément les fleurs : « J’aime les fleurs et le vent dans les branches. » (Aldebert dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) Ils les aiment tellement que beaucoup se prennent même (ou sont pris) pour des fleurs : cf. le film « Un Hombre Llamado Flor De Otoño » (1978) de Pedro Olea, le roman Notre-Dame des Fleurs (1946) de Jean Genet, la nouvelle « Fleur de chair » (2007) d’Yvan Quintin, etc. « Marie-Fleur est gouine de chez gouine. » (la mère du héros homosexuel, dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; « Ils avaient rêvé d’avoir un fils comme lui, fonceur, costaud, bagarreur. J’étais le contraire : fragile de partout. Il m’appelait ‘Fleur de cristal’. » (Romain parlant de son père, dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, p. 27) ; « Je ne supporte pas l’idée de flétrir. » (Jarry dans son one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Ne suis-je pas une adorable fleur ? » (Helena dans une nouvelle d’un ami homosexuel écrite en 2003, p. 10) ; « La forêt et moi, c’est la même chose. » (Julien Brévaille, l’un des héros homosexuels du roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 52) ; « Si tu étais un minéral, que serais-tu ? » (Pablo posant une question à son futur-amant Bruno, dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, Santiago, un des deux protagonistes, a un nom de famille particulièrement significatif : il s’appelle La Rosa. Dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, Prior se compare à une fleur, l’orchidée. Dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Benjamin, l’un des héros homos, au moment de se choisir une fleur d’identification, dit qu’il est un cactus.

 
FLEURS 3 Grand Schtroumpf
 

On retrouve le cliché du fleuriste homosexuel dans certaines fictions homo-érotiques : cf. le film « À cause d’un garçon » (2002) de Fabrice Cazeneuve, le film « Rachel Getting Married » (« Rachel se marie », 2008) de Jonathan Demme, le roman La Cité des rats (1979) de Copi (avec les géraniums ;ainsi que l’enterrement de la mère de la fleuriste), le film « Valentine’s Day » (2009) de Garry Marshall, le roman Monsieur Vénus (1889) de Rachilde (avec le jeune ouvrier fleuriste), : le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, etc.

 
 

d) Se prendre pour une fleur divine… ou même le Créateur des fleurs ! :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Le symbole de la fleur illustre chez le personnage homosexuel qui s’y identifie un fantasme de se prendre pour un ange ou pour Dieu : cf. le roman Les Lesbiennes, ces fleurs du bien (2011) de M. Milan, la pièce Le Langage des fleurs (1935) de Federico García Lorca, etc.

 

Par exemple, dans la pièce musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet, Álvaro nous apprend que les fleurs sont « son péché mignon ». Dans Notre-Dame des Fleurs (1946) de Jean Genet, le prostitué travesti qui a donné son prénom au titre de ce roman se surnomme « Divine ». Dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, Audric a le pouvoir de créer des fleurs et s’intéresse à la botanique.

 

Bien évidemment, ce fantasme finit par se révéler éphémère : « J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J’ai essayé d’inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J’ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! » (Arthur Rimbaud, Une Saison en enfer, 1873)

 
 

e) L’amant homosexuel floral :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Les fleurs représentent également l’amour homosexuel ou l’amant homosexuel : cf. le film « Un Chant d’amour » (1950) de Jean Genet, le film « Say It With Flowers » (1934) de John Baxter, la chanson « Madeleine » de Jacques Brel (avec le bouquet de lilas que Madeleine ne recevra pas), le film « L’Invité de la onzième heure » (1945) de Maurice Cloche, le film « The Pollen Of Flowers » (1972) d’Ha Kil-jong, le tableau Robinson et Vendredi (2007) d’Éric Raspaut, le tableau Francis et Laurent (2007) de Kinu Sekigushi, etc.

 

Par exemple, dans le film « Imagine Me & You » (2005) de Ol Parker, l’idylle amoureuse entre Rachel et Luce s’entoure de fleurs. Luce est fleuriste de métier, déjà. La première fois qu’elles s’embrassent, c’est sur un coussin de fleurs et de roses odorantes dans l’arrière-boutique. Et tout leur « amour » est centré sur le lys : c’est la fleur préférée de Rachel, et celle-ci signifierait l’amour : « Le lys veut dire : Je te défie de m’aimer. »Dans la saison 2 de la série lesbienne The L World (saison 2), Shane s’amourache de la fleuriste qui vient lui livrer des fleurs. Dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot, Sidonie, l’héroïne lesbienne, doit broder un dahlia rose sur demande (ambiguë) de la Reine Marie-Antoinette : « Une broderie qui imiterait un dahlia… Vous voyez ? » Dans le film « Seijû Gakuen » (« Le Couvent de la Bête sacrée », 1974) de Noribumi Suzuki, on assiste à des scènes lesbiennes parmi les fleurs. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah et Charlène, les deux amantes, à chaque fois qu’elles s’adonnent à une séduction homosexuelle, portent comme par hasard, une robe fleurie. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony MacMurrough, un des héros homosexuels, se sent « comme une jeune fille avec sa fleur » ; et il voit ses amants-prostitués de manière similaire : « C’est drôle, cete façon qu’ils ont de vous déshabiller toujours de dos. Dévoilant la fleur de leur virginité. »

 

« Chaque fleur a son pot. Mais pas de fleur, pas de pot. » (Benoît, évoquant l’absence de compagnon dans sa vie, dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen) ; « Je lui montrais comment faire une explication pour le bac en français. On avait un groupement de textes tiré des Fleurs du mal. Quand je relisais avec lui ‘Parfum exotique’, j’avais des frissons des pieds à la tête. J’avais l’impression que ça parlait de lui, de nous. » (Mourad, l’un des personnages homosexuels, parlant d’Esteban, un camarade de classe, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 339) ; « Puis lui vint la conviction que cette femme était belle : elle ressemblait à une fleur étrange qui aurait poussé dans l’obscurité, quelque fleur rare, quelque fleur pâle sans tache ni imperfection. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, à propos d’Angela Crossby dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 173) ; « Elles s’en allèrent par les jardins […] car les jardins étaient doucement embaumés de l’odeur des giroflées et d’autres pâles fleurs […] Stephen pensait qu’Angela Crossby ressemblait à ces fleurs. » (idem, p. 189) ; « Ses mains encore dans mes cheveux. Ses yeux sérieux que je regarde de tout près bien qu’il fasse trop sombre maintenant pour y distinguer quoi que ce soit d’autre qu’un fugitif éclat de lumière. Alors une brusque exhalation de tout le corps – comme en ont les fleurs, par à-coups – venue on ne sait d’où, on ne sait de qui (peut-être à la fois de nous deux) nous inclut lentement dans le même remous, nous relie aux mêmes vibrations, comme si l’air entre nous les vêtements et jusqu’à la peau même tout avait disparu, abolissant jusqu’à la conscience claire d’être soi devant l’autre… » (Mireille Best, Hymne aux murènes (1986), p. 143) ; « Ahmed tourne le regard vers la Seine et l’île de la Cité, avec la Cathédrale Notre-Dame. Il se demande s’il y a encore un Quasimodo qui y vit, prêt à tout par amour pour lui. Il s’imagine en un grand Tzigane ténébreux et sensuel, dansant sur le parvis, mais en pleurs parce que son beau Phébus l’a laissé pour épouser un autre garçon, Fleur-de-Lys, alors qu’il est lui-même poursuivi par Frollo, un prêtre déterminé à en faire son amant secret. Dans ses fantasmes, l’Algérien adapte sans gêne les grands classiques français à sa guise ! » (p. 52) Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010) , p. 52) ; « Tu déboules comme une fleur. Il faut que j’assume ! » (Delphine en voulant à sa copine Carole de la forcer au coming out, dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini) ; etc.

 

Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, l’amour lesbien est véritablement mis sous le signe de la fleur. Déjà, Ronit est comparée à une belle plante : « Ronit était là. Telle qu’Esti en avait gardé le souvenir, et plus encore. Dès le premier coup d’œil, on voyait qu’elle ne vivait plus ici ; elle ressemblait à une fleur exotique qui aurait poussé de façon inopinée entre les pavés. Rose et somptueuse, elle était habillée comme les femmes des magazines ou sur les affiches. » (p. 85) Et lorsque Ronit et Esti s’offrent des fleurs (« Tiens. C’est pour toi. Des hortensias. », p.225), le lecteur comprend qu’elles vont finir par coucher ensemble. Dans leur cas, l’hortensia est la métaphore botanique (cucul à la base ; mais pas si élogieuse, au final) de leur « amour » qui grandit : « L’hortensia avait poussé à la diable, le sol était trop humide pour y ramper. Je n’aurais pu m’asseoir en dessous, même si je l’avais voulu. D’ailleurs, j’étais beaucoup plus grosse qu’à l’époque. Je suis pourtant restée longtemps accroupie, les paumes appuyées contre le sol humide, les ongles enfoncés dans la terre. Je me suis finalement relevée et, tandis que je retournais chez Esti et Dovid [le mari d’Esti], je tentais de gratter la ligne de terre emprisonnée sous mes ongles. Et plus je grattais, plus elle s’enfonçait, le noir s’incrustait dans le rouge. […] Cela faisait des années que nous nous étions approprié l’hortensia. Dedans, nous étions invisibles, hors de portée de la maison, des regards du dessus et alentour. Il y avait l’odeur, je m’en souviens. Un arôme puissant d’hortensia pourri et d’humus. Encore maintenant, l’odeur végétale des hortensias conserve son pouvoir. » (Ronit, op. cit., pp. 212-213)

 

Étant connotée amoureusement (comme la danse), la fleur est en général la représentation d’une génitalité irréelle, décorporéisée, non-reconnue, non-respectée : « Tu étais une petite fleur et je t’étouffais. » (Schmidt s’adressant à son ami Jenko, dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller)

 
 

f) Les fleurs du viol :

Je vous renvoie à la partie « Plante carnivore » du code « Cannibalisme » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Par frustration due à l’éloignement du Réel, le héros homosexuel fictionnel cherche souvent à détruire les fleurs et l’amour désincarné qu’elles représentent. Par exemple, dans le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler, la jeune Mary vole le bouquet de roses, en voulant le faire passer pour une preuve incriminante du lesbianisme entre Karen et Martha. Dans le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen, Göran, l’un des héros homosexuels, détruit les fleurs du jardin de ses voisins, en signe de riposte contre leur « homophobie hétérosexuelle ».

 

Les fleurs peuvent indiquer l’existence d’un amour-trahison, la violence douce et trompeuse de l’amour homosexuel. « J’avais l’impression d’avoir donné mon âme à un être qui met une fleur à sa boutonnière. » (Basile le peintre, parlant de Dorian Gray, dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Avant que ses baisers ne deviennent couteaux, que ses bouquets de fleurs ne me fassent la peau, dés-adorer l’adorer. » (cf. la chanson « L’adorer » d’Étienne Daho) ; « Tu es la fleur empoisonnée de mon ultime sérénade, ma séductrice envenimée. » (Cachafaz à son amant Raulito, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « T’avais dans la tête une fleur dont les pétales te faisaient peur. C’est pas facile de vivre avec. » (c.f. la chanson « À quoi ça tient » de Romain Didier) ; etc.

 

Pièce "Nous sommes une femme" de Jean-Philippe Daguerre et Charlotte Matzneff

Pièce « Nous sommes une femme » de Jean-Philippe Daguerre et Charlotte Matzneff


 

Très souvent, la fleur est liée à un secret : cf. le film « Hana To Hebi » (« Fleur secrète », 1974) de Masaru Konuma, le film « La Flor De Mi Secreto » (« La Fleur de mon secret », 1995) de Pedro Almodóvar, la chanson « Les Fleurs de l’interdit » d’Étienne Daho, etc. Je pense qu’inconsciemment, ce secret, c’est le viol. « C’est un marchand de fleurs. Ma colline, mon coin non fumeur. C’est un garçon d’honneur, une vigne où le mistral se meurt. […] Et c’est pour aller vivre ailleurs qu’on abîme ce qu’on était hier. C’est comme un dard en plein cœur, une épine qui rougit de sa fleur. […] Ailleurs, l’herbe n’est pas plus belle. D’ailleurs, j’ai honte de celle, celle qui pour se faire aimer cachait son herbe folle, même s’il en restait un brin dans ses paroles. » (cf. la chanson « Marchand de fleurs » des Valentins). Dans l’épisode 7 de la saison 3 de la série Astrid et Raphaëlle (2021), intitulé « Les Fleurs du mal », ce qui lie – mais finalement aussi conduit à la mort – les deux amantes lesbiennes Françoise Martoli et Delphine Burand, c’est leur amour lesbien secret scellé par la création (par Françoise, horticultrice du Jardin des Plantes à Paris) de roses bleues. Le mari de Delphine, en découvrant le pot aux roses (… bleues !) les tuent toutes les deux par jalousie.

 

Film "Otto" de Bruce LaBruce

Film « Otto » de Bruce LaBruce


 

Dans le discours du héros homosexuel, la fleur renvoie parfois à la beauté de la sexualité flétrie ou abîmée par le (fantasme de) viol, le (fantasme d’) inceste, ou la (fantasme de) prostitution : cf. le film « The Flower Thief » (1960) de Ron Rice, le film « House Of The Black Rose » (1969) de Kinji Fukasaku, le film « Belle Salope » (2010) de Philippe Roger (avec Cédric, jeune prostitué, avec son bouquet de fleurs destiné à la base à sa mère internée dans une clinique psychiatrique), le roman Notre-Dame des Fleurs (1946) de Jean Genet, le roman Flor Del Mal (1924) d’Álvaro Retana, le recueil poétique Les Fleurs du mal (1857) de Charles Baudelaire, le film « Dahlia noir » (2006) de Brian De Palma, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1959) de Joseph Mankiewicz, le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie, etc. « Tu lis Les Fleurs du mal ‘aimé’ : c’est le livre le mieux pour l’été. » (cf. la chanson « Toc de mac » d’Alizée) ; « Cette fleur, il me l’a volée. » (la voix-off de l’ange se faisant sauvagement sodomiser, dans le film « Toto Che Visse Due Volte », « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto) ; « Le sexe est une fleur maudite plantée entre deux cornes de Satan ! » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 25) ; « Elle faisait vraiment vieille pute, dans son peignoir à fleurs. Peut-être était-elle réellement une pute, d’ailleurs. » (Corinne décrivant sa mère, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 226) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] avait erré jusqu’à un vieux hangar où l’on rangeait les outils de jardinage et y vit Collins [la femme que Stephen aime] et le valet de pied qui semblaient se parler avec véhémence, avec tant de véhémence qu’ils ne l’entendirent point. Puis une véritable catastrophe survint, car Henry prit rudement Collins par les poignets, l’attira à lui, puis, la maintenant toujours rudement, l’embrassa à pleines lèvres. Stephen se sentit soudain la tête chaude et comme si elle était prise de vertige, puis une aveugle et incompréhensible rage l’envahit, elle voulut crier, mais la voix lui manqua complètement et elle ne put que bredouiller. Une seconde après, elle saisissait un pot de fleurs cassé et le lançait avec force dans la direction d’Henry. Il l’atteignit en plein figure, lui ouvrant la joue d’où le sang se mit à dégoutter lentement. Il était étourdi, essayant doucement la blessure, tandis que Collins regardait fixement Stephen sans parler. Aucun d’eux ne prononça une parole ; ils se sentaient trop coupables. Ils étaient aussi très étonnés. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de, pp. 38-39). « Stephen s’enfuit sauvagement, plus loin, toujours plus loin, n’importe comment, n’importe où, pourvu qu’elle cessât de les voir. Elle sanglota et courut en se couvrant les yeux, déchirant ses vêtements aux arbustes, déchirant ses bas et ses jambes quand elle s’accrochait aux branches qui l’arrêtaient. » (p. 39) ; « Les senteurs des prairies émouvaient étrangement ces deux êtres […] Comme sa fille [Stephen], Anna avait été remuée par le parfum des reines-des-prés sous les haies ; car en ceci mère et fille ne faisaient qu’un, toutes deux ayant dans leurs veines l’ardeur du sang celtique sensible à toutes ces nuances. […] Dans cette prairie ensoleillée, un grand désir d’aimer s’était soudain emparé d’Anna Gordon, les avait possédées toutes deux, tandis qu’elles se tenaient ensemble, jetant un pont entre la maturité et l’enfance. » (idem, pp. 44-45) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Lucie, la serveuse sadique harcèle Jules, le héros homosexuel, avec ses roses, ainsi que les deux autres invités qu’elle surnomme « ses trois petites roses ». Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Adèle offre un bouquet de fleurs à son frère gay William, pour l’enfermer de manière très incestuelle dans son homosexualité. Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, il y a des fleurs partout : sur les tapisseries (la mère de Kai), sur les tables de repas, dans la chambre de maison de retraite de Junn la mère du héros homosexuel Kai. D’ailleurs, ce dernier offre à sa chère et douce maman des hortensias violets. Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, toutes les prostituées, pour aguicher le client, porte une rose rouge à la main. Dans la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1, Hugo, le héros homo de 25 ans, dit qu’il ne peut pas se passer de voler : « Le cambriolage, j’y suis accro ! » (c.f. l’épisode 260, diffusé le 2 août 2018). Il cambriole les luxueuses villas de Sète, en laissant à chaque forfait, un bouquet de fleurs en souvenir. Bart Valorta, son complice, s’interroge sur ce curieux rituel : « Pourquoi les fleurs ? » Hugo lui répond : « C’est une manière de m’excuser. » Le Gentleman-cambrioleur… Hugo et Bart finissent par sortir ensemble et composer le Gang des Fleuristes (homosexuels) !

 

La fleur homosexuelle a donc souvent un parfum de désincarnation et de mort. « Le plus bel atout de la chambre était une cheminée en chêne sculptée de fruits et de fleurs.[…] Elle remarqua un visage parmi la flore sculptée et sursauta. Ses yeux firent la mise au point et elle en vit d’autres, joyeux et androgynes sous des cheveux emmêlés de lierre. Les sourires paraissaient bienveillants mais Jane les imaginait s’altérer avec les ombres, et elle espérait qu’ils ne perturberaient pas les rêves de l’enfant. » (Jane, l’héroïne lesbienne enceinte, demeurant dans la chambre de son futur enfant, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 39) Par exemple, dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Matthieu, le héros homosexuel qui périt dès le début dans un accident de voiture se métamorphose, comme Narcisse : son corps écrabouillé contre la voiture, tripes à l’air, est associé à une composition florale (« On dirait un massif de fleurs. ») ; et quand Franck parle de sa mort, il associe son ami à un bosquet de tournesols jaunes. Dans la pièce Y’a un cadavre dans le salon ! (2022) de Claire Toucour, Simon (homosexuel latent) est poussé volontairement du haut d’un immeuble par son meilleur ami Julien qui veut se débarrasser de lui… et sa chute mortelle est amortie par un parterre de fleurs de fleuristes gays de la Gay Pride.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le pouvoir des fleurs :

Marcel Proust

Marcel Proust


 

Dans l’inconscient populaire, la fleur est fréquemment montrée comme un signe d’homosexualité… et on comprend pourquoi ! Beaucoup de personnes homosexuelles sont amatrices de fleurs (Jean Cocteau, Colette, Pedro Almodóvar, etc.), en portent sur elles comme un étendard (le gardénia à la boutonnière de Marcel Proust, le tournesol géant arboré par Oscar Wilde, la fleur de lys de Mylène Farmer, l’orchidée à la boutonnière des costumes voyants de Jean Lorrain, etc.). Par exemple, dans le documentaire « 68, Faites l’amour et recommencez ! » (2008) de Sabine Stadtmueller, le réalisateur Rosa von Praunheim parle toujours avec une rose devant lui en guise de faux micro (sûrement en référence à son surnom féminisé). Dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, Mateo, homosexuel et séropositif, porte à un moment une pâquerette accrochée à l’oreille. Le célèbre coiffeur gay polonais Antoine de Paris adorait la fleur de lys et l’offrait toujours ses amis gays. Romaine Brooks, lesbienne, également.

 

Jérémy Patinier

Jérémy Patinier


 
 

b) L’adolescent homosexuel se prend pour une jeune fille en fleur :

Schtroumpf Coquet

Schtroumpf Coquet


 

Quasiment toutes les fleurs sont hermaphrodites, c’est-à-dire qu’elles n’ont ni de sexe mâle ni de sexe femelle. Il est donc logique que ceux qui rêvent du sexe unique ou d’un dépassement de la différence des sexes, à savoir la majorité des personnes homosexuelles ou transgenres, s’y identifient. « Sans savoir pourquoi, j’adorais le film ‘Ne mangez pas les marguerites’ ! » (Lea Delaria, lesbienne, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel) Ils veulent retrouver « l’innocence radicale des fleurs » (Gilles Deleuze, Félix Guattari, L’Anti-Œdipe (1972/1973), p. 81).

 

Je vous renvoie au documentaire « Orchids, My Intersex Adventure » (2011) de Phoebe Hart (parlant des personnes dites « intersexuées »).

 
 

c) Je suis une fleur :

"Photo de la Honte" (moi à 7 ans, avec ma pâquerette)

« Photo de la Honte » (moi à 7 ans, avec ma pâquerette)


 

On entend parfois des individus homosexuels se déclarer enfants d’une mère végétale, en général cinématographique : « Elle [Cecilia] contempla sans se lasser la peinture de son fils. Une Mae West pointait entre les feuillages tropicaux, où abondaient fleurs, papillons. À ses pieds, une panthère noire. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 229)

 

Ils prétendent aimer énormément les fleurs, au point de s’y identifier : cf. l’essai Les Lesbiennes, ces fleurs du bien (2009) de Milan Roman, le projet Myosotis défendant les personnes trans (2019), etc. Petite anecdote personnelle : moi qui n’ai pas du tout la main verte, ni la folie des fleurs (je n’en ai même pas chez moi), je peux pourtant dire que j’ai eu inconsciemment, très jeune, ce que je pourrais appeler « un fantasme sexuel floral ». En effet, quand j’étais à l’école maternelle, chaque élève de ma classe avait eu le choix d’un petit symbole figuratif accompagnant l’étiquette de son prénom (cette étiquette se trouvait coller sur tous les bordereaux, les chemises pour classer les dessins, les peintures, le porte-manteau nominatif, etc.). Et moi, j’avais élu (comme par hasard…) la pâquerette comme dessin me représentant. Charmant, non ?

 

En ce qui concerne maintenant le cliché du fleuriste homosexuel, tout caricatural et réducteur qu’il soit, il n’est pas seulement fictionnel. Certains fleuristes se revendiquent ouvertement homosexuels, et font des compositions florales leur fond de commerce : pensons à Yann Cinquin, aux boutiques florales ouvertement LGBT Wax Flower, Orchidées et Compagnie, etc. Ce lien de coïncidence entre homosexualité et monde floral est connu, ou tout du moins deviné, même si les communautaires homosexuels préfèrent le juger « homophobe » pour ne pas l’analyser : « J’ai dit à ma mère : ‘Mais c’est quoi l’homosexualité ?’ Et ma mère m’a dit : ‘Ah tu sais, quand on va faire nos courses chez Leclerc, dans la galerie marchande, tu vois le fleuriste, c’est ça l’homosexualité.’ ‘C’est-à-dire ?’ ‘Ben, ce monsieur-là, il est un homosexuel. […] Je devais avoir 14 ans. » (Lidwine, femme lesbienne de 50 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 64) De mon côté, je connais personnellement des fleuristes homosexuels, qui m’assurent exercer ce métier par choix et par goût personnel des plantes. Et lorsque j’avais publié pour la premier fois ce code de la Fleur (dans l’ancienne version du site de l’Araignée du Désert), cela avait déclenché une réaction épidermique assez bluffante sur Facebook de la part d’un ami homosexuel (dont j’ignorais la profession) qui s’est senti démasqué – pire que ça, exorcisé ! – puisque sur mon Mur, il a commencé à sortir de ses gonds : « Comment tu sais que je suis fleuriste ? » ; « Laisse mes fleurs tranquilles ! » ; puis il a posté un lien Youtube d’une scène d’exorcisme du fameux film « L’Exorciste ». Alors que, voilà, j’ai quand même des codes plus trash que celui-là… 😉

 
 

d) Se prendre pour une fleur divine… ou même le Créateur des fleurs ! :

Le symbole de la fleur illustre chez les personnes homosexuelles qui s’y identifient un fantasme de se prendre pour un ange ou pour Dieu. Par exemple, dans son documentaire « La Villa Santo Sospir » (1949), grâce à un jeu de caméra filmant au ralenti et en marche arrière, Jean Cocteau se présente explicitement comme un créateur de fleurs.

 
 

e) L’amant homosexuel floral :

Dans le discours de certains individus homosexuels, les fleurs symbolisent également l’amour homosexuel ou l’amant homosexuel : « Stéphane avait le privilège des jonquilles. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 63) ; « Tout comme les femmes, nous sommes sensibles aux hommages floraux. » (Jean-Luc, homosexuel de 27 ans, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 97) Étant connotée amoureusement (comme la danse), la fleur est en général la représentation d’une génitalité irréelle, décorporéisée, non-reconnue, non-respectée.

 

« Le temps nous [lui et le père Basile] enveloppa dans un tourbillon difficile à définir, celui de la léthargie du bonheur. J’avais fini par me dévoiler comme une fleur qui étale ses pétales en plein soleil. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p.34)

 
 

f) Fleur/Fêlure :

Par frustration due à l’éloignement du Réel, beaucoup d’individus homosexuels cherchent à détruire les fleurs et l’amour désincarné qu’elles représentent : il n’est pas rare de les entendre réprimer leur romantisme, leur côté « fleur bleue » (expression tellement signifiante !), fustiger la gnangnantise des bouquets de fleurs après les avoir offert à foison.

Cette auto-punition indique à mon sens l’existence d’une homophobie intériorisée (la fleur étant spontanément associée aux univers féminins), d’un attachement excessif à l’esthétisme, d’un amour-trahison, de la violence douce et trompeuse de l’amour homosexuel.

 

Dans le discours des personnes homosexuelles, la fleur peut renvoyer à la perte des idéaux, à la beauté de la sexualité flétrie ou abîmée par le (fantasme de) viol, le (fantasme d’) inceste, ou la (fantasme de) prostitution : « Pourquoi donc le jeune Adrien Baillon, le plus masculin des homos de Montmartre, viril au lit et casse-cou dans les rues, sodomite actif et criminel aguerri, railleur des tantes et frère de pogne de Mignon, répond-il de toujours au sobriquet de reine de ‘Notre-Dame-des-Fleurs’ ? » (François Cusset, Queer Critics (2002), p. 183) ; « Je crois que tu as menti, ce soir d’été. On est descendus sur la terrasse pour sentir la fraîcheur de la nuit et on a entendu une voiture s’arrêter. On s’est déplacés silencieusement pour espionner. On a vu le beau garçon, l’athlète qui faisait de délicats dessins de fleurs. Il faisait chaud. Il était presque nu dans la voiture. Sa peau brillait, recouverte d’une fine pellicule de sueur. Le conducteur de la voiture était un homme plus âgé, aux cheveux blancs. Ils se sont embrassés sur la bouche. Et tu m’as dit que c’était son père. » (Alfredo Arias à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 165) ; « Je me rappelle plus particulièrement Pinkie Sikes avec sa chevelure teinte en rouge, ses escarpins à talons aiguilles et son incroyable entrain sur le pont. […] Pinkie, une fleur du Sud d’une grande indépendance avait, à mon avis, presque 50 ans. À coup sûr, elle devait son indépendance à quelque procédure juridique car elle avait dû être quelques années plus tôt, une créature éblouissante. En fait, elle était encore éblouissante, quoique plutôt grotesque à cause de son maquillage et de ses courageux efforts pour paraître moins que son âge, en portant des chaussures à très haut talons, des jupes courtes et des vêtements de petite fille. J’aimais beaucoup Miss Pinkie. Malgré ma timidité maladive, elle ne faisait presque pas peur. » (Tennessee Williams à 17 ans, Mémoires d’un vieux Crocodile (1972), pp. 40-41)

 

Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko raconte comment, après avoir été violé par un homme adulte, il était « comme une fleur asséchée par un trop plein de soleil » (p. 40)

 

Dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), le journaliste homosexuel Brahim Naït-Balk raconte à propos des fleurs un épisode fascinant qui lui est arrivé et qui l’avait apparemment chamboulé : « Mon père avait été hospitalisé pendant de nombreux mois à la suite d’un accident dans la mine. Il avait partagé la chambre avec un homme d’une soixantaine d’années avec lequel mes parents avaient sympathisé. Dès qu’il me voyait, il paraissait enchanté. J’étais majeur mais loin de tout comprendre. Quand il a quitté l’hôpital, ma mère m’a dit : ‘Je lui ai promis que tu passerais le voir. Tu vas lui acheter des fleurs.’ Je n’en avais aucune envie, mais elle a tellement insisté que j’ai fini par céder, comme toujours. Je me revois dans ce village, devant sa petite maison, les fleurs à la main comme un imbécile. Je ne comprenais pas pourquoi les voisins me regardaient de travers… J’ai frappé, ma mère l’avait prévenu de ma visite, je suis rentré et il s’est jeté sur moi, cherchant à m’embrasser en me serrant à m’étouffer. Il était négligé, mal rasé… Les fleurs étaient tombées par terre, mais il se fichait royalement de mon bouquet. Alors qu’il m’embrassait de force sur la bouche, j’ai juste eu l’énergie de le repousser et de m’enfuir. » (p. 96) Les fleurs marquent ici la perte de l’innocence, la présence d’un désir incestueux et homosexuel qui ne rend pas libre.

 

D’ailleurs, dans les créations homosexuelles, on assiste souvent à une inversion de ce type : l’Homme est végétalisé, alors que la faune et la flore sont personnifiés. Généralement, cet échange signifie socialement une robotisation et une déshumanisation de l’être humain (cf. l’article « El Pez Doncella » (1998) de Manuel Rivas).

 
 

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Code n°76 – Focalisation sur le péché (sous-code : Péché « originel »)

focalisation

Focalisation sur le péché

 
 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Pédé = Péché ?

 

Pièce Homosexualité de Jean-Luc Jeener

Pièce Homosexualité de Jean-Luc Jeener


 

« Pédé » n’est pas synonyme de « péché »… même si ces deux mots riment et que, par haine d’elle-même, la communauté LGBT, pourtant persuadée qu’elle ne croit ni en Dieu ni en l’existence du péché, essaie de les faire fusionner.

 

En effet, les personnes homosexuelles pratiquant leur homosexualité passent leur temps à parler du « péché », à dire que ce sont les autres (et surtout les catholiques) qui le font, qui les jugent, qui les réduisent et les enferment dans leurs actes peccamineux, alors qu’en réalité, c’est leur propre pratique qui les exclut de l’Église et du Salut, alors que ce sont elles seules (et leurs « amis » hétéros-gays friendly) qui se focalisent sur le péché, elles seules qui s’étiquettent « pécheurs », « exclus du Salut et du Pardon de Dieu », et « maudits », pour se tenir chaud dans la victimisation et ne surtout pas se remettre en cause, alors qu’au contraire les vrais catholiques rejettent le péché mais aiment le pécheur et défendent la distinction cruciale entre personne homo et acte homo. Ils savent que la Miséricorde de Dieu pour les personnes homosexuelles est immensément plus grande qu’elles ne L’imaginent.
 

Vidéo-clip de la chanson "Je te rends ton amour" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Je te rends ton amour » de Mylène Farmer


 

Pour une inversion incroyable et malhonnête, le diable réussit à faire croire aux esprits faibles et blessés qui lui obéissent que le péché le plus grave qui va faire mourir l’Homme, c’est la différence des sexes, donc le corps sexué, le mariage d’amour entre la femme et l’homme, la procréation aimante, et le célibat sexué consacré à Dieu. Alors que dans les faits, et aux yeux de Dieu, c’est la différence (des sexes) qui nous permet d’aimer, de Le connaître, et d’aimer totalement ; c’est l’accueil respectueux de la différence des sexes qui sauve vraiment tout être humain du péché. La sexuation, le mariage aimant entre la femme et l’homme, le célibat consacré, et parfois (si c’est donné) l’engendrement biologique dans la différence des sexes, ce sont les plus grands actes d’amour neutralisant le péché.

 

Les personnes homosexuelles, rejetant la différence des sexes de par leur désir sexuel, actualisent souvent cette inversion diabolique entre péché et sainteté (et d’autant plus quand elles pratiquent leur homosexualité et s’y identifient identitairement), au point de considérer que la différence des sexes est diabolique, et qu’elles deviendront saintes (ou des « pécheurs sanctifiés » !) une fois qu’elles l’auront évacuée de leur vie ou qu’elles chercheront à la détruire. Parfois, elles se rendent compte que le véritable péché réside dans la destruction et le mépris de la différence des sexes… et dans ces cas-là, elles sombrent dans une dépression de Drama Queen surjouant la victimisation de l’héroïne maudite et damnée, se confondant en excuses et en remords. Mais la plupart du temps, elles ne s’en rendent pas compte, et clament que le péché est une invention venant de l’Église, une création des gens « saints… et hypocrites ». Pire : elles considèrent qu’elles sont encore plus divines et éloignées du péché depuis qu’elles se prennent pour l’Incarnation du plus grand des Pécheurs, depuis qu’elles se prennent pour l’Incarnation vivante et individuelle de la différence des sexes, depuis qu’elles sont en couple homo, depuis l’opération chirurgicale leur ayant mutilé leur corps sexué, depuis leur divorce. Leur focalisation verbale sur le péché, qui se veut un pastiche ironique drôlissime et subversif de la bien-pensance « hétéro-patriarcale », une instrumentalisation camp de la culpabilité que la société ferait peser sur elles, est en réalité un appel et un rappel inconscient que l’éjection de la différence des sexes dans leur identité et dans leurs actes sexuels est concrètement peccamineuse et qu’elle les fait souffrir. C’est la raison pour laquelle elles reviennent sans arrêt, dans leurs créations artistiques, sur l’épisode de la pomme et du péché « originel » d’Adam et Ève raconté dans la Bible, épisode auquel elles s’identifient (y compris celles qui prétendent ne pas croire en Dieu). Nous devons écouter cet appel et le comprendre comme une illustration que les actes homosexuels sont vraiment des péchés graves dont pâtissent ceux qui les posent.
 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Homosexualité noire et glorieuse », « Blasphème », « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », « Clown blanc et Masques », « Cour des miracles », « Se prendre pour Dieu », « Désert », « Mort », « Mort = Épouse », « Jardins synthétiques », « Ennemi de la Nature », « Je suis différent », « Icare », « Vampirisme », « Déni », « Homosexuel homophobe », « Milieu homosexuel infernal », « Appel déguisé », « Désir désordonné », « Amant diabolique », « Femme et homme en statues de cire », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été dans un bois », « Se prendre pour le diable », « Curé gay », « Vierge », et « Attraction pour la ‘foi’ », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

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FICTION

 

a) Le péché est partout et je suis un damné du Jardin d’Éden :

Film "La meilleur façon de marcher" de Claude Miller

Film « La meilleure façon de marcher » de Claude Miller


 

Dans les fictions homo-érotiques, il est souvent question du péché : cf. la chanson « It’s A Sin » du groupe Pet Shop Boys, la chanson « Such A Shame » du groupe Talk Talk, la photo La Faute énorme de Duane Michals, le roman El Último Pecado De Una Hija Del Siglo (1914) d’Álvaro Retana, le roman El Pecado Y La Noche (1910) d’Antonio de Hoyos, la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener, le film « Sin In The Suburbs » (1964) de Joseph W. Sarno, le film « The Sins Of Rachel » (1972) de Richard Fontaine, le film « Ordinary Sinner » (2001) de John Henry Davis, le film « Saints And Sinners » (2004) d’Abigail Honor et Yan Vizinberg, le film « Pecata Minuta » (1998) de Ramón Barea, le film « Preaching To The Perverted » (1997) de Stuart Urban, la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, le film « Dirty Little Sins » (« Sale petit péché », 2005) de Kett Blakk, la pièce Dans la solitude des champs de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès (où il est fait mention des 7 péchés capitaux), le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia, le film « Paresse » (2000) de Frank Mosvold, le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler, la série It’s a Sin (2021) de Russel T. Davies, etc.

 

Film "Los Abrazos Rotos" de Pedro Almodovar

Film « Los Abrazos Rotos » de Pedro Almodovar


 

C’est l’épisode biblique du jardin d’Éden perdu et du « péché originel » d’Adam et Ève qui semble obséder le héros homosexuel : cf. le film « Fruits amers » (1967) de Jacqueline Audry, le film « Secret Garden » (« Jardin secret », 1987) d’Hisayasu Sato, la chanson « Sapho et Sophie » d’Alain Chamfort, le film « Big Eden » (2000) de Thomas Bezucha, Le film « Expelled To Eden » (2005) d’Eran Koblik Kedar, le film « The Stepford Wives » (« Et l’homme créa la femme », 2004) de Frank Oz, la chanson « 1er novembre (Le Fruit) » du Beau Claude, la chanson « Quand tu m’appelles Éden » d’Étienne Daho, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron (avec la scène incestueuse finale de la pomme entre Julien et sa maman), la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia (avec le thème de la chute de la pomme), le recueil de poésies Sombra Del Paraíso (Ombre du Paradis, 1944) de Vicente Aleixandre, le roman Le Jardin des chimères (1921) de Marguerite Yourcenar, le roman Éden, Éden, Éden (1970) de Pierre Guyotat, le roman La Busca Del Jardín (1978) d’Héctor Bianciotti, le film « The Apple » (2008) d’Émilie Jouvet, la chanson « Paradis inanimé » de Mylène Farmer, le film « The Gardener Of Eden » (1981) de James Broughton, le film « Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal » (1997) de Clint Eastwood, le roman Invitados En El Paraíso (1958) de Manuel Mujica Lainez, les jardins picturaux des toiles de Pierre et Gilles, le film « Les Enfants du Paradis » (1945) de Marcel Carné, le film « Adam et Ève » (1995) de Joaquim Leitao, le film « Bug » (2003) d’Arnault Labaronne, le film « Les Majorettes de l’Espace » (1996) de David Fourier, les fresques La Création du Monde, Adam, Le Paradis de Michel-Ange (1475-1564), le film « Sotvoreniye Adama » (« La Côte d’Adam », 1993) de Yuri Pavlov, le roman Le Jardin d’acclimatation (1980) d’Yves Navarre, le film « De la chair pour Frankenstein » (1994) d’Antonio Margheriti et Paul Morrissey, le vidéo-clip de la chanson « Tristana » de Mylène Farmer (avec la pomme empoisonnée), le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, le film « La meilleure façon de marcher » (1976) de Claude Miller, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, le film « Paradis perdu » (1939) d’Abel Gance, le film « Eden’s Curve » (2003) d’Anne Misawa, le roman Del Huerto Del Pecado (1909) d’Antonio de Hoyos, le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie (avec le meurtre du père dans la serre par le couple lesbien), le roman The Rubyfruit Jungle (1973) de Rita Mae Brown, le one-man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set (avec Blanche-Neige se faisant poursuivre par le chasseur Rocco), la chanson « Miss Paramount » du groupe Indochine (avec la mention du film « Le Jardin des Tortures »), le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma (avec le croquage de pomme filmé comme un péché acté), la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi (avec la métaphore du Jardin d’Eden inversé, avec une Ève violée : « Mon parc est semé de gens morts ! »), le film « Adam And Eve » (2006) de Stian Kristiansen, le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, le roman La Pérdida Del Reino (1972) de José Bianco, la chanson « J’veux pas être jeune » de Nicolas Bacchus (où les amants homosexuels se rendent « jusqu’au jardin désert qu’ils n’avaient pas cherché »), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate (2011) de Karine Dubernet (avec la comédienne arrivant sur scène en Éve), le vidéo-clip de la chanson « Only Gay In The World » de Ryan James Yezak, le film « Gan » (« Un Jardin », 2003) de Ruthie Shatz Adi Barash (racontant l’histoire de deux jeunes prostitués de Tel Aviv), le film « Notre Paradis » (2011) de Gaël Morel, le film « Teens Like Phil » (2011) de David Rosler et Dominic Haxton, le film « Tchernobyl » (2009) de Pascal Alex-Vincent (filmant le dépucelage de deux adolescents dans une forêt), la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor (avec la mention de la pomme et du serpent), la chanson « Jardin d’Éden » de Zaho, etc.

 
FOCALISATION Adam & Steeve
 

« En réalité, je préfère les représentations du péché originel. Cette faute que nous continuons de payer, elle m’a toujours intéressé. Et le cri silencieux d’Ève chassée du paradis, il m’apparaît tout à coup que cela pourrait être le mien. » (Luca, l’un des héros homosexuels du roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 43) ; « Sur un arbre, je veux croquer la pomme. » (Philippe par rapport à Bernard, dans la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier) ; « J’ai enfin trouvé mon alter ego. Car c’est moi qui fais l’homme. Accroche-toi comme tu peux à ma ceinture. Viens croquer dans la pomme. » (cf. la chanson « C’est moi qui fais l’homme » de Ginie Line) ; « Serpent, je ne mange pas de ce pain-là. » (OSS 117 s’adressant à son amant diabolique lui tendant sa pomme d’amour, dans le film « OSS 117 : Rio ne répond plus » (2009) de Michel Hazanavicius) ; « Ses yeux étaient immenses, ses cheveux tombaient en désordre sur ses épaules. La peau de son ventre faisait des plis, rentrait en elle-même. Je me suis rendu compte que nous étions nues. » (Ronit et Esti, les deux amantes du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 243) ; « Nous étions seuls au monde. La forêt nous avait éloignés de tout et, plus ou moins, libérés de tout. Nous étions nus. Nous avions enlevé nos vêtements rapidement. » (Khalid et son amant Omar, dans la pièce Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 137) ; « Melocotón et boules d’or, deux gosses dans un jardin. » (cf. la chanson « Melocotón » de Colette Magny) ; « Après l’avoir laissée dans le bâtiment Pouchkine, je sentis mon cœur déborder d’un savoir que je ne sus pas identifier sur-le-champ. J’avais tant de fois imaginé ce qu’avait dû ressentir Newton quand la pomme lui était tombée sur la tête, lui révélant brusquement les lois de l’attraction universelle. […]J’aurais aimé qu’il y ait eu un objet tout simple comme une pomme, quelque chose de palpable que je pourrais observer de près et tenir en main, humer et mordre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant de son émoi homosexuel, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 11) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] avait erré jusqu’à un vieux hangar où l’on rangeait les outils de jardinage et y vit Collins et le valet de pied qui semblaient se parler avec véhémence, avec tant de véhémence qu’ils ne l’entendirent point. Puis une véritable catastrophe survint, car Henry prit rudement Collins par les poignets, l’attira à lui, puis, la maintenant toujours rudement, l’embrassa à pleines lèvres. Stephen se sentit soudain la tête chaude et comme si elle était prise de vertige, puis une aveugle et incompréhensible rage l’envahit, elle voulut crier, mais la voix lui manqua complètement et elle ne put que bredouiller. Une seconde après, elle saisissait un pot de fleurs cassé et le lançait avec force dans la direction d’Henry. Il l’atteignit en plein figure, lui ouvrant la joue d’où le sang se mit à dégoutter lentement. Il était étourdi, essayant doucement la blessure, tandis que Collins regardait fixement Stephen sans parler. Aucun d’eux ne prononça une parole ; ils se sentaient trop coupables. Ils étaient aussi très étonnés. […]Stephen s’enfuit sauvagement, plus loin, toujours plus loin, n’importe comment, n’importe où, pourvu qu’elle cessât de les voir. Elle sanglota et courut en se couvrant les yeux, déchirant ses vêtements aux arbustes, déchirant ses bas et ses jambes quand elle s’accrochait aux branches qui l’arrêtaient. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), pp. 38-39) ; « Le jardin, au lever du soleil, lui sembla tout à fait étranger, comme un visage bien connu qui se serait soudain transfiguré. […]Elle prit soin d’avancer doucement, car elle se sentait un peu fautive. » (idem, p. 135) ; « La femme est l’avenir des pommes. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Dans toute femme, il y a une Ève malveillante qui sommeille. » (Rodin, l’un des héros homosexuels dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche, épisode 8 « Une Famille pour Noël ») ; « Hedwig, tu me donnes un bout de pomme ? » (Tommy s’adressant au héros transgenre M to F Hedwig, dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell) ; « Moi je suis comme le vent, j’emporte mon secret dans un jardin d’Éden, m’allonger dedans. » (cf. la chanson « L’Alizé » d’Alizée) ; « Mathilde et moi, c’est un drôle de paradis, un jardin luxuriant. » (la narratrice lesbienne dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 29) ; « Nunca me ha llamado la atención lo de Eva y la manzana, porque de Eva soy hermana y tentarse es cosa humana. » (cf. les paroles d’une chanson de Tita Merello, citée dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) ; « Nous [les Rats] lui [le serpent] exprimâmes notre admiration sincère et la Reine des Rats l’invita à passer les vacances de Pâques enroulé dans notre arbre si jamais à Pâques, lui, l’arbre et nous-mêmes nous nous trouvions encore en vie et en liberté. […]Le serpent répondit qu’il était hermaphrodite et qu’il se fécondait tout seul. » (Gouri, le narrateur bisexuel du roman La Cité des rats (1979) de Copi, pp. 76-77) ; « Tant pis pour la Bible. Je veux mettre ma dent dans la pomme d’Adam. J’aime les filles et les garçons, j’aime tout ce qui est bon. Je suis bi-zarrement faite. » (Anne Cadilhac dans son concert Tirez sur la pianiste, 2011) ; « Je cherche un Adam pour croquer ma pomme. » (cf. la chanson « Avis au sexe fort » de Zazie) ; « Prions que l’enfer ne nous sépare pas. » (Valmont s’adressant à Merteuil, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; « Mon prof d’éducation physique… Moi, il m’a tout appris. C’est lui qui disait : ‘Un hétéro, c’est un homo qui s’ignore tant qu’il n’a pas goûté au fruit défendu.’. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Comme disait ma grand-mère, à force de croquer la vie à pleine dent, on en perd son dentier. » (idem) ; etc.

 

Le « péché » dans le jardin, dont il est beaucoup question au sein de la fantasmagorie homosexuelle, en plus d’être un esthétisme décadent « innocent et folklorique », peut figurer le viol entre la femme et l’homme, ou bien l’acte homo, ou bien la perte de l’innocence, ou tout simplement la découverte de la différence des sexes. Par exemple, dans la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti, Ève est présentée comme l’origine d’un monde pécheur. Dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou, Érik Satie dit qu’il est un mélange d’Adam et d’Ève, « des paresseux sans doute ». Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, la pulpeuse Eva, la belle tentatrice, essaie de faire succomber le jeune prêtre Adam, secrètement homosexuel. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Sissi, une cantatrice fantomatique transgenre des montagnes, raconte que, lorsqu’un de ses fans lui a lancé une pomme en plein concert, elle « en a perdu sa couronne » au moment où elle a croqué le fruit. Dans le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, après leur coït adultère, les deux amants (dont Paul) croquent la pomme ensemble. Dans la comédie musicale Adam et Steeve jouée à l’intérieur du film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, le couple homo formé par Adam et par Steeve remplace et répare le péché originel opéré par « les hétéros homophobes » Adam et Ève, le couple femme-homme défectueux : ce nouvel amour sans différence des sexes est qualifié de « Vérité du Ciel » même s’il n’est pas écrit dans la Bible. Le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan nous montre en premières images la mère de Steve, le héros homosexuel, cueillant une pomme sur un arbre. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, l’amour entre Frankie et Todd est mis sous le signe du péché originel dès le départ. Dans la cuisine, ils se parlent de « la cire sur les pommes pour les faire briller ». Puis ils rejouent la scène du jardin d’Éden dans un parc de la San Francisco, où Frankie, près de l’arbre où ils s’abritent, menace son amant de l’attraper dans sa toile d’araignée, telle une Ève maléfique. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Thérèse, l’héroïne lesbienne, croque une pomme rouge dans la voiture que conduit sa compagne Carol.
 

Quand le personnage homosexuel a l’humilité de reconnaître son désir homosexuel comme un « signe de péché », et l’acte homosexuel comme un péché, c’est-à-dire une action qui rejette la différence des sexes et Dieu, il parle ouvertement de « péché »… et ce n’est pas si rare, surtout chez les héros homosexuels croyants qui ont un tant soit peu la crainte de Dieu : « Longtemps, il [Adrien, le héros homosexuel] avait cru ce penchant, ce mauvais penchant, surmontable. Dieu serait plus fort que son désir. Il saurait même dissiper, extirper jusqu’à sa racine ce mal profond. Il avait bien fini par comprendre, de guerre lasse, que la blessure resterait longtemps. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 25) ; « Vous comprendrez que de tels péchés parfois sont difficiles à avouer. » (cf. la chanson « Partenaire particulier » du groupe Partenaire particulier) ; « Je m’étais peu intéressé au péché, à ce que ça signifie vraiment. Cette fois, c’est sûr, j’en ai fait un. Les gens qui croient ont raison de dire qu’il faut toujours expier. » (Bjorn, l’un des héros homosexuels du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 154) ; « La vie que je mène n’est pas parfaite, mais c’est ma vie, je l’ai façonnée d’après mes rêves en veillant à la tenir à distance du terrible glaive de Dieu. » (Michael, le narrateur homosexuel du roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 90) ; « Une brebis égarée, j’en suis une depuis un petit bout de temps… » (Luc, l’un des héros homosexuels du roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 234) ; « Tous mes idéaux, des mots abîmés. […]Pourtant, je voudrais retrouver l’innocence. » (cf. la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer) ; « De ses flèches j’étais la cible. Je n’ai pas eu le choix. Renoncer me met au supplice. Mes prières montent vers toi. Dieu, pourquoi me sentir si coupable ? Pourquoi sentir l’orage en moi ? Dieu du Coran ou de la Bible. Donne-moi la force et la foi, enfin. C’était un amour impossible… Pourquoi me sentir coupable ? Pourquoi sentir l’orage en moi ? Pourquoi me sentir misérable ? Pourquoi sentir l’orage en moi ? » (cf. la chanson « L’Orage » d’Étienne Daho) ; « C’est une espèce de malédiction. Tu penses qu’on va aller en enfers ? » (Bryan s’adressant à son amant Tom, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; « There’s no place in Heaven for someone like me. » (c.f. la chanson « No Place in Heaven » de Mika) ; etc.

 

Par exemple, dans le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012), Samuel Laroque raconte qu’il taille une pipe à un prêtre exorciste qu’il compare à Shrek. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Howard, découvrant son homosexualité, file en panique au confessionnal. Dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, le narrateur homosexuel croit en son « existence pécheresse » (p. 137) Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, Kena, l’héroïne lesbienne, accepte de recevoir des prières de délivrance et d’exorcisme de sa communauté catholique kenyane qui la croit possédée parce qu’ils ont découvert son homosexualité : « Tu oublies les démons qui possèdent cette enfant ! » dit Mercy, sa mère, à son mari John. Le pasteur de l’église où Kena se rend tous les dimanches fait répéter à tous les fidèles qui imposent leurs mains sur la pauvre jeune femme : « Nous brisons ses liens avec les démons ! ».

 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Lola trompe sa copine Vera d’un commun accord avec Nina. Se profile la culpabilité : « Vera, est-ce que tu considères que ma liaison avec Nina est une faute ? » s’interroge Lola. Vera acquiesce : « Peut-être même un péché. » Lola conclut : « Cette femme est diabolique. Elle a trouvé le moyen de me déculpabiliser. »
 

Mais chez le héros homo, la reconnaissance du péché est souvent bien trop pleurnicharde et théâtrale pour être repentante et vraiment coupable. C’est un petit caprice sincère, une mise en scène pour pleurer le péché sans agir concrètement contre. « Je me suis baladé dans la rue des péchés. Tout ce que je peux te dire, c’est qu’ils peuvent se les garder, leurs pèches ! » (Arthur, le personnage homosexuel à Atlanta, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) Par exemple, dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm (dans l’épisode 3 de la saison 1), Emmanuel, l’un des séminaristes, noir et homosexuel, confesse auprès d’un prêtre sa première expérience homosexuelle passée avec un homme anonyme à Carthage (« Les détails s’imposent à moi de façon démoniaque. Pourquoi je me sens si coupable ? »)… pour mieux se justifier de succomber ensuite au péché dans les bras d’un autre séminariste, Guillaume. Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, Richard reproche à Junn, la mère de Kai son amant décédé dans un accident, d’avoir culpabilisé ce dernier au point de le maintenir dans le secret de son homosexualité et de l’avoir conduit à la mort. Celle-ci semble se défiler… mais en réalité, elle souligne une culpabilité justifiée et inconsciente chez les eux amants homos : « C’est votre culpabilité. Je ne vais pas jouer au psy. […] Cette culpabilité, il l’a toujours ressentie. Je n’ai pas étouffé Kai. »

 

En général, c’est par la voie du sarcasme et du ricanement que le personnage homosexuel dramatise/croit dramatiser ses actes homosexuels en utilisant des termes religieux anachroniques/cinématographiques diabolisants qui ne correspondent pas (ou qui correspondent trop !) à ce qu’il a fait ou à ce que son entourage en aurait dit. Le héros homosexuel est soit affolé par l’existence du péché (le péché étant entendu comme la rupture avec Dieu ou l’absence de Dieu), soit excité (même sexuellement) par le péché (et l’interdit/l’orgueil qu’il génère) : « Je suis le roi des péchés. » (sa Majesté Ignace dans la pièce Iwona, Księżniczka Burgunda, Yvonne, Princesse de Bourgogne (1938) de Witold Gombrowicz) ; « Si vous aimez le show, vous brûlerez en enfer avec nous ! » (les héros homosexuels de la comédie musicale Adam et Steeve dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Tu ne m’emmèneras pas sur la voie du péché ! » (Nathalie face à Tatiana avec qui elle rêve de faire l’amour, dans le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa) ; « I’m a sinner. I like it that way. » (cf. la chanson « I’m A Sinner » de Madonna) ; « Pietro veut devenir carmélite pour expier mes péchés. Mais je n’ai pas de péchés ! Bien sûr j’ai des péchés, des très grands péchés, lui-même n’est-il pas un de mes péchés ? » (le narrateur homosexuel parlant de son amant Pietro, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 146) ; « Et voici la star des péchés, Ada la violente ! » (Cherry s’adressant à son amante Ada dans la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) ; etc.

 

Avant même d’avoir pris le temps de laisser parler la Miséricorde, le héros homosexuel décrète à la place de Dieu qu’il ira en enfer. Par exemple, dans le téléfilm « Prayers For Bobby » (« Seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy, Bobby, le héros homosexuel, joue sa drama queen écartelée, pour mieux se justifier d’une part de pratiquer son homosexualité, et d’autre part de se suicider : malgré ce qu’il prétend (« Je ne veux pas choisir le péché. »), en s’étiquetant « homosexuel » et en s’engageant dans une pratique homosexuelle, il veut absolument être pécheur, et ce, malgré les tentatives de sa mère pour lui apprendre la Miséricorde de Dieu (« Je crois qu’Il aime le pécheur, pas le péché. » lui dit-elle) : « Je ne voulais pas aller en enfer mais j’irai quand même. […]Tu as raison maman, je suis condamné à brûler en enfer. Je suis damné. Je voudrais ramper sous une pierre et dormir pour toujours. […]Je sens Dieu qui me regarde les yeux remplis de pitié. Il ne peut pas m’aider car j’ai préféré le péché à la vertu. » Dans le spectacle musical Luca, l’Évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, le héros homosexuel se filme entouré de flammes dans un monastère, et passe son temps à soutenir qu’il est maudit : « Nous, les monstres du Créateur. » Même la bande-annonce du concert indique que « Luca est condamné à mort à cause de son homosexualité ». Le comédien sur scène se met à pasticher des phrases que les « homophobes catholiques » ou que Dieu auraient prononcées, et qu’il reprend à son compte : « Le Sida est la punition divine sur les homos et les drogués. » Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael est le prototype du catho homo sans cesse culpabilisé par sa foi (… en réalité par sa propre pratique homosexuelle en discordance avec sa foi) : « Je vais mourir !!! »
 

 

Quand le héros parle de la découverte de son homosexualité, le spectateur ne sait pas s’il cite les gens de son entourage, ou les pensées qu’il leur prête, ou les propos qu’il aurait entendus, ou même s’il dit ce qu’il est le seul à penser (tout semble mélangé) : « La Bible dit que nous sommes des pécheurs. » (l’un des amants de Paul, dans le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari) ; « Parfois, je pense que Dieu me punit. À cause de ce qu’on a fait ensemble. » (Esti, l’héroïne lesbienne juive, s’adressant à sa compagne Ronit, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 144) ; « Saïd est mort, tué par l’orage, un signe peut-être que Dieu n’approuve pas ce que les garçons s’apprêtaient à faire ce soir. » (Saïd et Ahmed, le couple homo maudit, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 48) ; « Quel péché ai-je commis pour être ainsi châtié de mon vivant ? » (le Jésuite dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Les rares condamnations à mort concernent le péché de tribadisme, c’est-à-dire d’homosexualité. » (la comédienne transgenre F to M dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems) ; « Qu’est-ce que tu préfèrerais ? Qu’on se torture pour les péchés de nos ancêtres ? Mon grand-père était un nazi. Tu veux que je me suicide ? » (Petra, l’héroïne allemande s’adressant à son amante Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 37) ; « Nos péchés sont têtus. Nos repentirs sont lâches. Nous nous faisons payer grassement nos aveux. Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux, croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; etc.

 

La croyance (et même la adhésion à la croyance) au désir homosexuel en tant qu’« identité pécheresse » (je ne parle pas ici des actes homosexuels, qui eux sont clairement peccamineux : le désir homosexuel, n’ayant pas visiblement fait l’objet d’un choix, peut tout au plus être considéré comme un « signe de péché », mais jamais comme un « péché » : le péché présuppose la liberté et la décision de se couper sciemment de Dieu) peut traduire chez le héros homosexuel une homophobie extérieure intériorisée : « Polly dit que le sida n’est pas une fatalité, que les pédés doivent arrêter de penser qu’ils le méritent. ‘C’est faux, c’est même archi-faux, affirme-t-elle, c’est comme quand vous pensez que vous méritez de vous faire agresser. Faut arrêter avec tout ça, on ne mérite pas le sida ni de se faire agresser quand on est pédé. Par contre, on peut se demander si cette propension des pédés à croire ça ne cache pas plutôt une forme d’auto-homophobie intériorisée. ’ Elle a tort. » (Mike, le narrateur homosexuel parlant de son amie lesbienne Polly, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 72-73)

 

Son entourage amical homosexuel ou gay friendly ou homophobe conforte le héros homosexuel dans ce « choix » qu’il aurait fait d’être condamné au péché : « Brûlez en enfer. » (cf. un écriteau d’une passante face au défilé de la première Gay Pride londonienne de 1984, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « Elle va aller en enfer ! » (une des paroissiennes protestantes évangéliques parlant d’Elena après avoir découvert l’homosexualité de cette dernière, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « C’est péché. » (Kevin dans la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell) ; « Le seul intérêt de l’homosexualité, c’est le péché. » (le père de Claire, l’héroïne lesbienne de la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « C’est un péché. Dieu ne te le pardonnera pas. » (Rana s’adressant à Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; « Ils ont envoyé Evaristo au Yucatan. Comme ça, il pourra expier tous ses péchés. » (Amada concernant le héros gay, dans le film « Le Bal des 41 », « El Baile de los 41 » (2020) de David Pablos) ; etc.
 
 

b) Le péché est nulle part puisque j’aime et je suis homo !

Contrebalancement impressionnant. Cette focalisation homosexuelle sur le péché est souvent suivie immédiatement après d’une censure : parce que j’ai culpabilisé, c’est vous qui m’avez jugé ! et pour rien, en plus ! Régulièrement, le héros homosexuel se focalise sur le péché, mais par mauvaise foi, va soutenir que cette focalisation vient des autres et pas de lui : « Tu es la personne la plus immorale que je connaisse ! » (Larry s’adressant à son pote gay Emory qui lui renvoie son infidélité, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Ils ont commis le péché original. Ils n’auront pas d’héritiers. Mais quel amour est idéal ? Qui est normal ? » (cf. la chanson « Adam et Yves » de Zazie) ; « Ça ne peut pas être péché que d’aimer. Jamais je ne goûterai le regret, plutôt se haïr, se rendre, mourir à la guerre sainte. Ça suffit ! Et alors ? La foi sèchera mes larmes. Sûrement que le soleil s’éteint et que Lucifer me guide, et je serai une ombre comme la Tour de Babel… et ton amour, Père rappelle-toi !! L’Église promulgue que je suis une pédale de merde, si c’est ça mon péché, je suis coupable, comme une infâme Inquisition. Mais je n’ai tué personne. Je me sens coupable d’être seulement moi. Je ne douterai, je ne douterai pas de moi. Non. Je ne douterai pas de moi. » (cf. la chanson « Madre Amadísima » de Haze et Gala Evora) ; « J’ai pris ce que tu m’as donné, de mon plein gré. Ce n’est pas de ta faute, Thérèse. » (Carol, l’héroïne lesbienne consolant son amante Thérèse en pleurs, culpabilisant d’avoir couché avec elle, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; etc.

 

À la croyance que le péché serait partout, le héros homosexuel va opposer celle que le péché n’est nulle part à partir du moment où il y a la sincérité que le péché n’existe pas, où il est considéré que les personnes « aiment » et n’ont « pas choisi » leur désir homosexuel : cf. le roman Ser Gay No Es Un Pecado (1994) d’Óscar Hermes Villordo, le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, etc. « Allons bâtir ce nouveau monde où l’on ignore le péché. » (cf. la chanson « Au commencement » d’Étienne Daho) ; « La ‘faute’ n’existe pas. » (Aaron, l’un des héros homosexuels du film « Tu n’aimeras point » (2009) de Haim Tabakman) ; « Nous ne cherchons pas de faute. » (le fiancé de Gatal s’adressant à son amant, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) ; « Ben, tu penses que tout ça est de ma faute ? » (Ben s’adressant à son amant George, dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs) ; « De là à dire que nous les homos nous vivons dans le péché… Nous suivons bien mieux les Dix Commandements : Aimez-vous les uns les autres, Tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin, etc. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc. Par exemple, dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny, le héros homosexuel, range arbitrairement son homosexualité du côté de l’évidence, de la censure, du chantage aux sentiments, et à l’abri de la culpabilité : « Je ne peux pas changer ce que je suis. Est-ce que c’est vraiment de ma faute ? » dira-t-il en pleurs au révérend Ritchie. Plus tard, lors d’une prêche caricaturalement homophobe de Lena, la femme du pasteur Ralph (secrètement homosexuel), dans un temple protestant, il s’insurgera encore plus radicalement devant toute l’assemblée en rejetant sur la prédicatrice sa propre culpabilité (« Pourquoi cette question [de l’homosexualité] vous intéresse tant ? ») et en lui tenant le discours de l’anti-jugement soi-disant « déculpabilisateur » : « Que celui qui n’a pas péché jette la première pierre. »

 

La procréation (et donc l’enfant) est parfois invoquée par le personnage ou le « couple » homosexuel fictionnel pour cacher la réalité du péché de la pratique homosexuelle. Au fond, le péché d’Adam (homosexualisé/bisexualisé) ou d’Ève (féministe/lesbianisée), c’est de s’auto-créer, c’est de chercher à avoir un enfant et à l’élever tout seul, sans former un couple avec quelqu’un d’autre, sans amour, sans différence des sexes : « Elle a fait un bébé toute seule, elle a fait un bébé toute seule, c’était dans ces années un peu folles où les papas n’étaient plus à la mode, hou hou, elle a fait un bébé toute seule. » (cf. la chanson « Elle a fait un bébé toute seule » de Jean-Jacques Goldman) ; « Je deviens mère mais je reste une femme libre. » (Isabelle, la postulante au titre de mère porteuse, auprès du héros homosexuel Pierre, qui lui répond « Moi aussi. », dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Oh femme unique, péché, désir, pour un serpent de Bible, a brisé son Empire. » (cf. la chanson « Ève lève-toi » de Julie Piétri) C’est d’incarner l’Amour à soi seul, sans la différence des sexes.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le péché est partout et je suis un damné du Jardin d’Éden :

Quand l’individu homosexuel a l’humilité de reconnaître son désir homosexuel comme un « signe de péché », et l’acte homosexuel comme un péché, c’est-à-dire une action qui rejette la différence des sexes et Dieu, il parle ouvertement de « péché »… et ce n’est pas si rare, surtout chez les personnes homosexuelles croyantes : « Clermont-Ferrand, ce 20 octobre 1968. J’accuse aujourd’hui ma mère d’avoir fait de moi le monstre que je suis et de n’avoir pas su me retenir au bord de mon premier péché. Tout enfant, elle me considère comme une petite fille et me préfère à ma sœur, morte aujourd’hui. De mon père, j’ai le souvenir lointain d’un officier pâle, doux, presque timide, perpétuellement en butte aux sarcasmes de son épouse. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 75) ; « J’ai désobéi à la totalité des Dix Commandements. » (Paul, racontant sa première visite au confessionnal après des années de débauche homosexuelle, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; « Je pense que les homosexuels éprouvent, peut-être inconsciemment, un tel poids d’opprobre sur leur être, au simple énoncé de ce mot, alors qu’il ne devrait s’agir que d’une lucidité sur leur vie, que la notion de péché est brouillée pour eux comme la surface d’une mare frôlée par les ailes d’un martin-pêcheur. » (Henry Creyx, Propos décousus, propos à coudre et propos à découdre d’un chrétien homosexuel (2005), p. 69) ; « La confession est dévalorisée par une sorte de contre-tabou, et très particulièrement chez beaucoup, beaucoup trop d’homosexuels même chrétiens, qui gèrent mal l’idée de péché qui lui est nécessairement associée. » (Idem (2005), pp. 71-72) ; « Ça n’a pas été facile de le dire. Surtout avec tout ce nuage noir de sida, de péché, de tout ce qui était interdit. » (Olivier, agriculteur homosexuel, dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre) ; « Le seul problème que ça m’a posé était religieux. J’ai été chrétien. J’avais le sens du péché. Et donc ça m’a posé problème à cet égard. Jamais à l’égard de la société qui ne me paraît pas mériter tant de révérence. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel, Rich Juzwiak, homosexuel, face à ses proches à qui il cachait ses actes homos, développe l’étrange sensation de « se sentir étrangement coupable alors qu’on n’a rien fait de mal ».

 

Très jeunes, les personnes homosexuelles, par superstition, peur ou haine d’elles-mêmes, ou sous l’influence de films d’épouvante qui les ont traumatisées, se sont identifiées au mal (cinématographique) qu’elles ont vu ou imaginé en comprenant la Vérité biblique de manière très approximative : « J’ai peur. La même peur qu’enfant, lorsque je pénétrais dans des églises, et que je me sentais pointé du doigt par toutes les statues, accusé de choses que j’étais incapable d’avouer, n’ayant aucune éducation catholique, ni baptême, ni catéchisme, pourtant ne doutant pas que mes fautes étaient terribles. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 107)

 
FOCALISATION Adam et eve
 

Certaines se sont même crispées sur la scène primitive du péché dit « originel » de la Genèse, autrement dit, ont considéré leur origine sexuée, existentielle, comme un péché : cf. le documentaire « Forbidden Fruit » (2000) de Sue Maluwa Bruce, Beate Kunath et Yvonne Zuckmantel. « C’est par un chemin bien long que je choisis de rejoindre la vie primitive. Il me faut d’abord la condamnation de ma race. » (Jean Genet, Journal du voleur (1949), p. 33) Certains auteurs gays se sont beaucoup intéressés au péché des origines d’Adam et Ève : Walt Whitman, Oscar Wilde, Pier Paolo Pasolini, Julien Green, John Cheever, Francis Bacon, etc. « L’attraction qu’a pour moi le sens du péché originel, c’est qu’il s’agit, je crois, d’une expérience universelle. » (John Cheever, cité dans le site La Isla de la Ternura, consulté en janvier 2003) Dans son article « Cuba, El Sexo Y El Puente De Plata » (1986) compris dans son essai Prosa Plebeya (1997), le poète homosexuel argentin Néstor Perlongher parle de la « nostalgie ironique d’une perte » (p. 120). Le dessinateur homosexuel Ralf König, qui parle beaucoup du récit de la Genèse de manière parodique, a même un serpent chez lui ! Or, comme l’explique très bien Jean-Pierre Winter, cette obsession homosexuelle ou transgenre pour l’origine de l’existence humaine et finalement pour être sa propre origine, cache un péché d’orgueil, que le psychiatre associe à un mouvement paranoïaque destructeur : « Les personnes préoccupées de façon trop exclusive par la question de leur origine, ou des origines en général, ont tendance à se sentir exclues et persécutées. » (Jean-Pierre Winter, Homoparenté (2010), p. 94)

 

Dans les cas où l’individu homosexuel parle du péché en tant que découverte de son homosexualité ou en tant qu’expérience sexuelle concrète, l’auditeur ne sait pas s’il cite (ironiquement) les gens de son entourage, ou les pensées qu’il leur prête, ou les propos qu’il aurait entendus, ou même s’il dit ce qu’il est le seul à penser (tout semble mélangé) : « J’étais dans le péché. » (Pierre, homosexuel, né dans une famille très catholique, témoignant dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Ma famille est très catho ; nous allions à l’église tous les dimanches. Au début, quand mes parents ont été au courant de mon homosexualité, ils ont flippé. Ils ont voulu me faire exorciser ! Ils ne comprenaient pas. C’était le mal, le diable. » (Cécile, témoin lesbienne dans la revue Têtu, n°69, juillet-août 2002) ; « Je voyais toujours le péché. Mes parents étaient très croyants. Pour eux, l’homosexualité c’était condamné, Dieu rejetait et haïssait les gais. Un dieu d’amour y paraît. Mes parents voulaient toujours me changer. J’étais coupable, j’étais pas bon, si je ne voulais pas, si je ne pouvais changer. Ils me faisaient lire des livres de témoignages de gais qui avaient réussi à changer et s’étaient mariés. J’étais un gros monstre, un déchet de la société. Si la religion n’avait pas été là, j’aurais peut-être pas essayé de me suicider. C’était super-opprimant cette idée du péché, de l’anormalité, de la faute, avec tout le monde qui y croit autour. » (un témoin homosexuel dans l’essai Mort ou Fif (2001) de Michel Dorais, p. 75) ; « Son mal-être rebondissait instinctivement parce que, dans son for intérieur, il avait commis l’irréparable en s’abandonnant aux bras de son copain Dylan. […]Après les grands secrets de mes six, dix et treize ans, à ma vie s’ajoutait maintenant le ‘péché’ qui n’aurait jamais dû être. » (Ednar, le narrateur homosexuel parlant des viols pédophiles qu’il a subis, et les mélangeant avec la découverte de son homosexualité puis la pratique homosexuelle, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, pp. 19-20) ; « Dans le train, il y a quelques jours, une religieuse aux yeux brillants, protubérants, fixait le monde. C’était le visage de l’Inquisition. » (Annie Ernaux, Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), p. 44) ; « Tout se passe comme si, par ses déambulations quasi somnambuliques, le pédéraste cherchait à troquer sa solitude contre la participation à une malédiction collective. » (Roger Stéphane, Parce que c’était lui (2005), pp. 77-78) ; « Chaque fois que j’ai un orgasme, je ressens un très fort sentiment de culpabilité après coup. C’est normal, ils l’ont bien dit au catéchisme : se masturber, ce n’est pas bien. Il faut se retenir jusqu’au mariage, sinon on va en enfer. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 23) ; « Un des procédés les plus utilisés par les médias pour discréditer le combat des défenseurs de l’amour vrai et de la vie est de leur attribuer cette pensée plus ou moins secrète à l’égard des sidéens : ‘C’est bien fait, Dieu les a punis ! ’ Propos malveillants qui n’ont jamais été tenus que dans l’imagination désordonnée de journalistes en mal de calomnie ou, peut-être, par quelque chrétien égaré, en contradiction radicale avec les exigences de la charité. » (Thomas Montfort, Sida, le vaccin de la vérité (1995), p. 15) ; « S’ils savaient que je suis homo, j’crois qu’ils m’enverraient bouler, parce que l’homosexualité à la campagne, c’est considéré comme quelque chose de mal. » (Sacha, jeune Allemand homo, dans le documentaire « Homo et alors ?!? » (2015) de Peter Gehardt) ; « J’ai l’impression que je serai mort bien avant la diffusion de ce film. Je ne sais pas pourquoi je vous parle. J’ai l’impression d’un retour de ce vieux poison. Je le ressens comme une punition. Parce que je donne une mauvaise image de ces pauvres chrétiens. » (Thomas, homosexuel, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; « J’ai peur d’être un mauvais sujet, peur de ne pas être un homme bon. Et cette peur est tellement intense que je sens bien qu’elle m’éloigne de Dieu. » (Alexander, en couple avec Sven un pasteur, idem) ; « Enfant, le réalisateur allemand Rosa Von Prauheim éprouvait une vive crainte de la damnation. » (la , idem) ; « C’était un péché d’avoir des pensées impudiques et bien sûr de se masturber. Je tenais le compte du nombre de fois où je me masturbais et je me sentais horriblement coupable. Plus j’essayais de réprimer mes pulsions, plus ça m’excitait. Tout ça était vraiment terrible. » (Rosa Von Prauheim, le réalisateur homosexuel, idem) ; etc.

 

Par exemple, dans son essai L’Homosexualité au cinéma (2007), Didier Roth-Bettoni fait lui-même l’association entre Sida et péché quand il parle du film « Mensonge » (1991) de François Margolin : « Mensonge’ fait sans hésiter porter le poids du péché (le VIH) sur les homosexuels. » (p. 594). Dans la biopic « Ma Vie avec Liberace » (2013) de Steven Soderbergh, le pianiste virtuose gay Liberace avoue à la fois qu’il a la Foi et qu’il a toujours été catholique, et en même temps qu’il finira en enfer : « J’étais damné d’une manière ou d’une autre… »

 

La croyance (et même l’adhésion à la croyance) au désir homosexuel en tant qu’« identité pécheresse » (je ne parle pas ici des actes homosexuels, qui eux sont clairement peccamineux : le désir homosexuel, n’ayant pas visiblement fait l’objet d’un choix, peut tout au plus être considéré comme un « signe de péché », mais jamais comme un « péché » : le péché présuppose la liberté et la décision de se couper sciemment de Dieu) peut traduire chez l’individu homosexuel une homophobie extérieure intériorisée. « Je lui répétais sans arrêt que l’homosexualité était quelque chose de dégoûtant, de ‘carrément dégueulasse’, qui pouvait mener à la damnation, à l’enfer ou à la maladie. » (Eddy Bellegueule parlant de son petit frère Rudy qu’il veut transformer en « hétérosexuel », dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 53) Par provocation et par instrumentalisation de ce qui est considéré comme une blague, une grande part de la communauté homosexuelle va clamer haut et fort son attachement pour les « péchés » et son étiquette de « foyer de pécheurs qui ne se repentiront jamais », juste pour se rendre intéressante et donner une consistance à « l’homophobie » qu’elle est la première à s’infliger.

 
Focalisation Péché
 

L’entourage amical homosexuel ou gay friendly ou homophobe conforte parfois l’individu homosexuel dans ce choix qu’il aurait fait d’être condamné au péché. Par exemple, lors de l’enterrement du jeune Matthew Shepard en 1998 dans le Wyoming, des militants de la Westboro Baptist Church, emmenés par leur pasteur protestant Fred Phelps, ont manifesté avec des pancartes « God Hates Fags » (« Dieu déteste les pédés ») ou « Matt In Hell » (« Matthew en enfer »). On peut également penser au fameux écriteau « Les Pédés au bûcher » de la Manifestation Anti-PaCS à Paris en 1998 – écriteau dont on ne sait pas trop d’où il est sorti tellement il ne correspondait pas à l’esprit paisible de la Manif (il est même fort possible qu’il ait été élaboré par une personne homosexuelle soucieuse de se faire passer pour une personne du cortège afin de discréditer l’événement).
 
 

b) Le péché est nulle part puisque j’aime et je suis homo !

Contrebalancement impressionnant. En général, la focalisation homosexuelle ou transgenre sur le péché est suivie immédiatement après d’une censure : parce que j’ai culpabilisé, c’est vous qui m’avez jugé ! et pour rien, en plus ! « Ralf König a choisi d’ignorer la culpabilité. » (la du documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) L’individu homosexuel se focalise régulièrement sur le péché, mais par mauvaise foi, va dire que cette focalisation vient des autres et pas de lui : « Rien qu’une soirée, j’ai embrassé deux mecs. Certes, c’était un jeu stupide et les deux mecs sont hétéros, mais ça m’a plu. Pendant cette soirée, j’ai oublié mes parents et leur point de vue satanique sur l’homosexualité. » (Simon, un témoin homosexuel cité dans la revue Têtu, juin 2002) ; « Aux yeux des chrétiens, je suis un sataniste. De mon point de vue, bien sûr, je ne le suis pas. Satan n’est pas au cœur de ma vision des choses. Ce n’est pas un dieu. Il incarne la rébellion. Si je pouvais être mon propre dieu, tout cela lui serait égal. » (Gaalh, la star norvégienne de death metal, ouvertement homosexuel, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay », 2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc.

 
FOCALISATION Trans
 

À la croyance que le péché serait partout, le sujet homosexuel va opposer celle que le péché n’est nulle part à partir du moment où il y a la sincérité que le péché n’existe pas, où il est considéré que les personnes « aiment » et n’ont « pas choisi » leur désir homosexuel. La procréation (et donc l’enfant) est parfois invoquée pour cacher la réalité du péché. Le péché d’Adam (homosexualisé/bisexualisé) ou d’Ève (féministe/lesbianisée), c’est de chercher à s’auto-créer, c’est de chercher à avoir un enfant et à l’élever tout seul, sans former un couple avec quelqu’un d’autre, sans amour, sans différence des sexes. C’est se définir comme un clone ou un « co-parent ». Et malheureusement, on y est !

 

Par exemple, dans le documentaire « Deux hommes et un couffin » de l’émission 13h15 le dimanche diffusé sur la chaîne France 2 le dimanche 26 juillet 2015 montre la mère porteuse (Veronica) au volant de sa voiture, en train de croquer une pomme tout en disant sa satisfaction d’offrir les deux bébés qu’elle porte à un « couple » homo. Incroyablement signifiant concernant le péché d’Ève. Tous les éléments y sont, et ce n’est même pas une mise en scène calculée. Satan se grille tout seul !
 

Pierre et Gilles

Pierre et Gilles

 

Aussi étonnant que celui puisse paraître à nos contemporains athées et laïcistes, le climat social relativiste fortement gay friendly en Occident, tendant à banaliser et à idéaliser les actes homosexuels pour leur retirer toute négativité et culpabilité, tout caractère peccamineux, renforce paradoxalement la force du péché homosexuel (et le sentiment de culpabilité qui va avec). Dans bien des cas, surtout quand il s’agit d’homosexualité, c’est le bannissement systématique de cette bonne gêne, de ces appels intérieurs de la conscience, qui est vraiment perturbant, et non la gêne en elle-même. Beaucoup de personnes homosexuelles se matraquent à elles-mêmes « C’est pas de ta faute ! C’est pas de ta faute ! » (cf. le film « Will Hunting » (1997) de Gus Van Sant), parce que précisément elles s’infligent souvent la culpabilité de ne plus se reconnaître coupables pour des actes qui parfois la mériteraient. L’encouragement à renier ses erreurs n’a jamais été une preuve d’amour de soi. La phobie de la culpabilité demeure le plus sûr moyen d’expérimenter de vieux réveils de conscience inexpliqués et coûteux. Ce n’est pas pour rien si, par exemple, la scène d’aveux déchirés de Marthe, l’héroïne lesbienne du film « La Rumeur » (1961) de William Wyler, émeut autant certaines personnes homosexuelles encore aujourd’hui : « La répugnance et le dégoût d’elle-même qu’elle éprouve me bouleverse quand je revois le film. Et je pleure en me demandant pourquoi. Pourquoi est-ce que cela me bouleverse ?!? Ce n’est qu’un vieux film idiot… Les gens ne réagissent pas comme ça aujourd’hui… Mais je ne crois pas que ce soit le cas. Les gens éprouvent toujours un sentiment de culpabilité que je partage, même si on prétend assumer sa condition en s’écriant : ‘Je suis heureuse, bien dans ma peau, bisexuelle, homo’, on a beau dire ‘Je suis homo et fière de l’être’, on se pose toujours la question de savoir ‘Comment est-ce que je suis devenu comme je suis ? ’. » (Susie Bright citée dans le documentaire « The Celluloïd Closet » (1981) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman) L’embarras des sujets homosexuels face à leur désir ou à leur couple dit une part de la culpabilité justifiée qu’engendrent certains actes homosexuels. Loin d’être inquiétante, cette juste culpabilité est salutaire : elle dit que la conscience personnelle s’anime et se révolte à bon droit. Les personnes homosexuelles devraient s’accrocher à leurs gênes intérieures : elles sont de l’or en barre, des signes que leur conscience est encore en vie et qu’elle les appelle à se réveiller !
 

Vidéo-clip de la chanson "Such A Shame" de Talk Talk

Vidéo-clip de la chanson « Such A Shame » de Talk Talk


 
 

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Code n°77 – Folie (sous-code : Sacralisation du fou)

Folie

Folie

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

Le Rempart de la folie

 

Pet Shop Boys

Pet Shop Boys


 

Artistiquement, l’esthétique de la folie attire beaucoup les personnes homosexuelles : pour elles, le délire « transgressif » est davantage vecteur de Vérité que la Vérité même. Et la transgression de la différence des sexes qu’elles souhaitent mettre en place dans leurs amours leur apparaît comme une douce folie, qui apprendrait à la société une diversité raffinée, inaudible et rafraîchissante.

 

À d’autres moments, elles simulent le délire, par dérision cynique (quitte à abuser de la féminisation et à singer avec complaisance l’injure « folles ») mais aussi par peur ou désir de devenir vraiment folles. À l’image, elles cultivent l’ambiguïté du psychopathe et la présomption de démence, en chantant des comptines par exemple, ou en s’identifiant à l’ermite donquichottesque mis au ban de la société, mais qui malgré les apparences, dirait au monde les plus profondes vérités : en général, le mythe du vieux fou délirant, du « libre penseur » bohème, du sage étranger et pauvre (et homosexuel !), etc., les séduit intellectuellement beaucoup. Elles aiment ce qu’elles appellent « la littérature de la folie », l’écriture indécidable où on ne distingue plus bien si leurs auteurs ont réellement toute leur tête ou s’ils simulent la folie sous l’effet de drogues ou d’une vérité transcendante offerte uniquement aux simples d’esprit.

 

Mais dans les faits, la « folie » qu’elles promeuvent n’est pas du tout une folie mesurée, une folie libre, car elle est déconnectée du Réel (à commencer par son socle : la différence des sexes) et déconnectée des autres. Elle rime avec isolement narcissique. Certes, dans la Bible, il est marqué noir sur blanc que Dieu ne choisit pas des gens parfaits pour annoncer son Royaume, mais des fous. Et je crois personnellement que ce sont elles, les « folles », qu’Il élit aussi pour Le révéler. « Ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages. » (Paul, 1 Cor. 1, 27) Mais ceci ne devient effectif que dans l’accueil humble du Seigneur et de son ordre naturel.

 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Reine », « Bobo », « Amour ambigu de l’étranger », « Humour-poignard », « Cirque », « Se prendre pour Dieu », « Pygmalion », « Bourgeoise », « Artiste raté », « Déni », « Faux intellectuels », « Faux révolutionnaires », « Homosexualité noire et glorieuse », « Désir désordonné », « Femme étrangère », « Milieu psychiatrique », « Infirmière », « Milieu homosexuel paradisiaque », « Amoureux », « Emma Bovary « J’ai un amant ! » », « Planeur », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Cour des miracles », « Doubles schizophréniques », « Androgynie Bouffon/Tyran », et à la partie « Carnaval » du code « Clown blanc et Masques », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Folie « géniale » et « vraie » :

Dans les fictions traitant d’homosexualité ou trouvant un fort écho chez le public homo, il est pas mal question de folie : cf. le roman La Folie en tête (1970) de Violette Leduc, le roman The Mad Man (1994) de Samuel R. Delany, le film « Florence est folle » (1944) de Georges Lacombe, la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa, le one-woman-show La Folle Parenthèse (2008) de Liane Foly, le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, la pièce La Cage aux folles (1975) de Jean Poiret, le one-man-show Jefferey Jordan s’affole ! (2013) de Jefferey Jordan, la reprise de la chanson « Crazy » de Seal par Aude Henneville dans The Voice France (première édition, en 2011), la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor, le vidéo-clip « Let Your Head Go » de Victoria Beckham, la chanson « Can’t Get You Out Of My Head » de Kylie Minogue, le film « Totò che visse due volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto (avec l’éloge bobo de la folie), le film « The Producers » (« Les Producteurs », 1968) de Mel Brooks, la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, la chanson « Loca » de Shakira, le film « Alice In Wonderland » (2010) de Tim Burton (avec le Chapelier dépeint en grande folle), la pièce Une Envie folle (2014) de Fabrice Blind, la chanson « Escargot » d’Éric Mie, etc.

 

Pièce Une Envie folle de Fabrice Blind

Pièce Une Envie folle de Fabrice Blind


 

En général, Le personnage fou est présenté comme un sage qui énonce de grandes vérités : cf. le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec la grand-mère Mathilde), le roman Son Frère (2001) de Philippe Besson (avec le vieux marin), les chansons « Psychiatric » et « Maman a tort » de Mylène Farmer, le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti (avec les clowns blancs), le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (avec Leonora qui va révéler de manière codée l’homosexualité de son cousin), le film « Le Placard » (2001) de Francis Veber (avec le personnage de Félix Santini), le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec Madame Alison), le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini (avec le facteur déluré), les personnages du Roi Lear (1604) ou de Macbeth (1623) dans William Shakespeare, le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon (avec le personnage d’Augustine), la pièce Transes… sexuelles (2007) de Rina Novi, le film « Dernier des fous » (2005) de Laurent Achard, etc.

 

Par exemple, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel, dans ses accès de délires hallucinatoires, confond son lapin en peluche avec Dido son vrai lapin vivant… et il enterre son lapin en peluche avec la même tristesse hystérique que lui aurait causé la mort réelle de Dido. Le spectateur finit par comprendre que Dido a concrètement disparu en même temps que sa doublure-objet. Puis plus tard, dans l’hôtel abandonné, Dany discute, dans une sorte de rêverie éthérée et « poétique », avec le fantôme géant de son lapin Dido. On cherche encore le message caché et « puissant » de ces scènes « délire »… Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Frau Heike Becker est la vieille folle qui a des visions de fantômes mais qui dit la vérité. Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare , Mathias Le Goff envoie un texto tendre à sa fille Victoire lui parlant de l’équipe de water-polo gay dont il a la charge : « Ton papa avec les fous. » Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, sir Harold Nicolson, le mari-couverture de Vita Sackville-West, lesbienne, traite Virginia Woolf de « folle », et reproche à sa femme de s’enticher de « sa géniale malade ».

 

Selon la théorie inversante de certains créateurs homosexuels, le fou serait le sage (caché) et le savant serait un imbécile. Le génie fou serait même prioritairement homosexuel ! Par exemple, dans le roman Nightwood (Le bois de la nuit, 1936) de Djuna Barnes, Robin Vote, une jeune Américaine à l’allure androgyne, somnambule hantée par une légère folie, fascine son entourage. On retrouve la thématique du « surdoué » inculte et fou dans le roman Le Joueur d’échecs (1943) de Stefan Zweig, le film « Nell » (1994) de Michael Apted, le téléfilm « Le Petit Homme » (1991) de Jodie Foster ; ou dans le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, notamment. Par exemple, dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand se targue d’être à la fois « folle et sensée ». Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon dit qu’elle a intitulé son concert « Folie » puis se corrige en disant que c’est finalement « Free », en associant ainsi la liberté à la folie.

 

Vidéo-clip de la chanson "Désenchantée" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer


 

Dans les fictions homo-érotiques, la folie prend des allures de fête, de méga Gay Pride mondialisée : « Tous les fêlés sont des anges. » (cf. la chanson « C’est dans l’air » de Mylène Farmer) ; « L’école de la folle sagesse peut sauver le genre humain. » (cf. une réplique dans la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg) ; « Qui a plus de raison qu’un fou ? » (Louis II de Bavière dans la pièce Le Roi Lune (2007) de Thierry Debroux) ; « En moi le sage et fou vont apprendre à ne plus vivre seul. » (cf. la chanson « Dragon de feu » d’Étienne Daho) ; « Vous savez, la folie, parfois c’est charmant ! » (Monsieur Charlie dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Pourquoi se prendre la tête ? Faites comme moi : perdez-la ! » (le héros travesti M to F du one-(wo)man-show Le Jardin des Dindes (2008) de Jean-Philippe Set) ; « Moi, je pense que l’avenir est aux Beurs, aux pédés, aux chômeurs, à tous les défoncés qui sont en train d’inventer une nouvelle culture, une nouvelle spiritualité. » (Nathalie, une des protagonistes lesbiennes du roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, p. 151) ; « La folie est l’humour de l’intelligence. » (Nietzsche dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « En attendant d’être des rois, mes amis et moi sommes les acteurs d’une version de la folie des grandeurs, … sous une pluie de confettis » (cf. la chanson « Mes amis et moi » d’Arnold Turboust) ; « C’est mardi, mais c’est mardi gras. Aujourd’hui, les folles du Continental sont permises de se travestir, elles vont et viennent sans arrêt des galeries Lafayette qui se trouvent tout près, ce soir il y a un grand bal autour de la piscine. » (la voix narrative du roman Copi, Le Bal des Folles (1977), p. 129) ; « Avec tous ces papillons ! Je deviens folle ! » (China dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) ; « Moi, j’aime les vieux. Ils sont fous. » (Mégane dans la pièce Baby Doll (1956) de Tennessee Williams) ; « Je suis Foufou ! » (Frankie, bourré, dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson) ; « Il paraît qu’elle est folle. » (Louise, le personnage trans M to F, parlant de lui à la troisième personne, dans la chanson du téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « Depuis tu cueille les fleurs du mâle, heureux de vivre en diagonale comme un fou sur son jeu d’échecs. Allez savoir à quoi ça tient de naître noir, ou blond, ou brun, ou d’être gay. » (c.f. la chanson « À quoi ça tient » de Romain Didier) ; etc.

 

Souvent, les héros homosexuels s’affublent ironiquement du qualificatif de folie (de « folle » ou « grande folle »), comme pour forcer et neutraliser la présomption sociale de folie (et d’homophobie aussi !) qui pèse sur leur homosexualité : « Une folle à lier !!! » (Bernard à propos de son ami gay efféminé Emory, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Cette folle est très amusante, non ? » (Michael par rapport à Harold, son coloc aussi gay que lui) ; « Je croise sur le trottoir de la rue Bonaparte dix, quinze folles de boutique. […] Mon futur public, me dis-je méchamment. Non, ils ne lisent pas. » (le narrateur homosexuel à propos des personnes homosexuelles, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 15) ; « Tu es vraiment complètement folle. » (Mary, un transsexuel M to F s’adressant à Strella, également trans, dans le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras) ; « Il est barje. » (Alex parlant d’André, son beau-père homosexuel, dans l’épisode 364 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 26 décembre 2018) ; etc. La folie devient alors un féminin autoparodique, un savoureux cynisme, une préciosité de connivence interlope.

 

Par exemple, dans le film « Glückskinder » (« Laissez faire les femmes ! », 1936) de Paul Martin, Frank, le héros homosexuel, se tourne vers son compagnon Stoddard en s’exclamant : « Je viens d’avoir une idée complètement folle ! »… ce à quoi ce dernier lui répond « Venant de toi, ça ne m’étonne guère… ».
 

Chez le héros homosexuel, la folie est plus profondément une posture narcissique, un désir de se rendre intéressant(e) en jouant sa Drama Queen : « Je suis dingue. » (Donato s’adressant à son amant Konrad, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; « Vous allez penser que je suis complètement folle… » (Damien, le héros travesti M to F, dans le pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine) ; « Je suis prêt à suivre tous les traitements que vous voulez. La camisole chimique. » (la mère folle dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau) ; « Je suis folle ! Je suis folle ! Je suis folle ! Je suis folle ! Je suis folle ! Je vais me pendre à la vieille poutre apparente ! » (« L. », le héros transgenre M to F, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Promettez-moi que vous ne serez pas méchant avec moi dans votre gazette. On a propagé de telles insanités à propos de mon soi-disant mauvais caractère ! Il paraît que j’ai l’habitude de gifler mes partenaires. » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; etc. Le personnage gay ou lesbien trouve ça beau et drôle d’interpréter la tarée. « Folle n’est pas un emploi. C’est un rôle. » (Gérard, le héros homosexuel de la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim) ; « Je l’ai vue à la télé et ça m’a rendu dingue. […] Notre seul point commun, c’est d’être cinglées. » (Strella, le héros transsexuel M to F parlant de la cantatrice Maria Callas, dans le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras) ; « Les yeux des filles, ça sert à quoi ? Ça sert à mettre le feu partout. Ça rend fou. » (Charlène Duval, le travesti M to F du one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « Mélancolie. Par la porte opposée elle voit sa folie qu’elle va jeter plus loin de toi. […] C’est bien ça, un peu de déraison. Lonely Lisa. Devisée et tous à l’unisson. Lonely Lisa. C’est bien ça, un peu de déraison. » (cf. la chanson « Lonely Lisa » de Mylène Farmer) ; etc.

 

La folie ferait partie du « processus créateur »… Par exemple, dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, le Traducteur-auteur joue au fou qui perd la tête (p. 155).

 

Parfois, le héros envisage son homosexualité et sa folie comme une snobisme victorieux : « Vous pensez que je suis folle, je suis juste sous l’emprise de mes hormones, je veux diriger l’empire des sens, être votre maîtresse à tous ! […] Oui, c’est ça dont on manque, de folie… de folles… Oui, c’est pour ça que moi je suis gay, voilà j’ai réussi à le prouver ! La folie, c’est la seule chose qui ne soit pas mondialisée. La folie c’est la véritable différence entre les gens, c’est la vérité. C’est quand on est fou qu’on est différent. La reine des folles, c’est moi ! Voilà ce qu’il nous faut : Une folle présidente ! » (le narrateur de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier, p. 101) Il prétend trouver dans la folie son identité profonde, la quintessence de son être : « Je suis folle donc je suis ! » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 32) ; « La sagesse : qu’est-ce que c’est ? » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; etc.

 

Dans certaines fictions, le héros homosexuel cherche même à passer pour un fou (pour, par exemple, être exempté du service militaire) : cf. le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, le film « Yves Saint-Laurent » (2013) de Jalil Lespert, etc. « À la toute fin de l’entretien, je redis au psy mon espoir qu’on voudra bien me reconnaître pour fou. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 85)

 
 

b) La folie ma compagne/m’accompagne :

À ce propos, il est étonnant de constater que le protagoniste homosexuel est souvent entouré d’une femme folle (une mère, une sœur, une voisine, une amie, une « fille à pédé », la femme cinématographique, un être imaginaire, etc. ; je vous renvoie à la partie sur la « Mère folle » sur le code « Milieu psychiatrique » du Dictionnaire des Codes homosexuels) qu’il traite comme son bon laquais (qu’il s’autorise à massacrer verbalement ou physiquement) mais dont il ne peut pourtant pas se séparer : cf. le film « Diva Histeria » (2006) de Denis Gueguin, le film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo (avec la voisine folle-dingue ricanante de Giulia), etc. « C’est ma voisine Ariane. Elle est folle. » (André dans le film « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; « Ça fait combien de temps que tu la supportes, l’autre folle ? » (Philippe, le héros homosexuel parlant à son compagnon, dans la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier) ; « Les actrices sont toutes des malades mentales. » (Doris, l’héroïne lesbienne de la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; « J’aime une comédienne : Sybil Vane. […] Elle est devenue folle. » (Dorian Gray dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Je savais que tu étais folle. Mais pas à ce point-là. » (Hugo le héros gay s’adressant à Julia sa meilleure amie lesbienne, dans le film « Como Esquecer », « Comment t’oublier ? » (2010) de Malu de Martino) ; « Cette folle perverse rêve depuis des années d’être tuée, elle est à la recherche d’un assassin, voilà : elle l’a trouvé : c’est moi. » (le narrateur homosexuel parlant de Madame Audieu, la voyante, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 110) ; « Je suis folle Karine. Folle. Et c’est follement beau d’être folle ! » (Petra dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant », « Les Larmes amères de Petra von Kant » (1972) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Les pathologies – cleptomanes, mythomanes, pyromanes – me fascinent. » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; etc.

 
 

Fred – « T’es complètement folle !

Alice – Non, Fred, c’est toi la folle ! »

(cf. un dialogue entre Fred, le héros homo, et sa meilleure amie hétéro, dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis)

 
 

c) Douce folie de l’amour homo :

Dans la fantasmagorie homosexuelle, c’est également l’amour homosexuel qui est envisagé comme une folie : cf. le film « Folle d’elle » (1998) de Jérôme Cornuau, le film « Le Fou du Roi » (1983) d’Yvan Chiffre, la chanson « Crazy For You » de Madonna, la chanson « Je t’aime » de Lara Fabian, etc. « Vous êtes aussi toquées l’une que l’autre. » (Marie-Louise, une brodeuse, par rapport au « couple » lesbien formé par Sidonie et la Reine Marie-Antoinette, dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot) ; « J’ai passé une nuit de folie, les garçons ! Faut que je vous raconte ! Anna l’actrice, elle s’appelle Anna et pas Vanessa, elle est folle ! » (Polly, l’une des héroïnes lesbiennes du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 34) ; « Je suis fou, mais je t’aime. » (Arsène parlant à Hector dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; « La réalité, c’est que nous nous aimons comme des fous. » (Bryan par rapport à son couple avec Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 335) ; « Je suis fou d’amour, fou, fou ! » (Ahmed dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « J’ai voulu être folle. Avoir un bonheur fou. » (l’héroïne de la pièce La Voix humaine (1959) de Jean Cocteau) ; « T’es dingue. » (Jonas s’adressant à son amant Nathan, dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier) ; etc. Parfois, le trouble de la bisexualité est présenté d’ailleurs comme un symptôme de folie : « Je suis roi devenu fou. » (cf. la chanson « Indélébile » de Christophe Wilhem et Zaho)

 

La folie prend des allures de « magnifique passion » (un peu forcée, mais tant pis : la fin justifierait les moyens)… et pas du tout comme une idolâtrie ou un fanatisme qui enfermerait la personne : « J’ai toujours été folle des chaussures. Avec des paillettes. » (Zize, le travesti M to F dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Quand je quittais la scène, elles m’attendaient en coulisse par grappes ! Parfois elles montaient par le trou du souffleur ! Et plus je faisais la folle sur scène, plus elles m’adoraient. » (Cyrille, le héros homo de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Je suis fou des enfants. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 68) ; « Mais vous savez, je l’aime énormément, cette petiiiiiite ! » (Carole Fredericks dans la version live 1989 de « Maman a tort » de Mylène Farmer) ; « Je l’aime comme une dingue. Je pensais pas qu’un jour, j’aimerais quelqu’un comme ça. » (Carole parlant de son amante Delphine, dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini) ; etc.

 

La folie est présentée par certains héros homosexuels comme une naïveté « fleur bleue » hors du commun, idyllique. Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, au collège, s’est occupé de la déco de la fête du lycée, et trouve son immaturité à la fois touchante et ridicule : « Je faisais des étoiles en alu, et des nuages en coton. Il faut une folle pour ce genre de choses. » Celle-ci est mise en lien direct avec le premier émoi homosexuel (non-réciproque) d’Emory pour Peter, un gars hétérosexuel. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Doyler propose à son amant Jim de « sécher » la messe et d’aller se baigner « pour qu’il soit avec lui, pour être fou »… et pour le draguer.

 
 

d) Le doute :

Derrière l’euphorie littéraire, cinématographique et intentionnelle, plane un sérieux doute sur la valeur de cette « folie » homosexuelle, et de son contrôle. Par exemple, dans le roman Los Alegres Muchachos De Atzavará (1988) de Manuel Vázquez Montalbán est remis en doute le délire soi-disant maîtrisé des « faux fous » homosexuels (p. 265). Le lecteur ou le spectateur sent qu’une fois confrontée au Réel, la folie et son pouvoir excitant tombent à plat et manifestent une fuite d’une souffrance/violence, d’une peur, que nous étudierons amplement dans le code « Milieu psychiatrique » du Dictionnaire des Codes homosexuels : « C’était notre seule façon de nous en sortir, la folie. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 89) ; « Le fou, il nous protège. » (cf. une réplique de la pièce musicale dans la pièce Toutes les chansons ont une histoire (2009) de Quentin Lamotta et Frédéric Zeitoun) ; « Tu es fou. » (Giovanna, amusée face au désir de son meilleur homo Léo de partir dans un pays imaginaire où chacun pourrait « se réinventer », dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho », « Au premier regard » (2014) de Daniel Ribeiro) ; « Et ma folie me bouscule en m’éloignant des crépuscules. » (le héros du film « À mon frère » (2010) d’Olivier Ciappa) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Folie « géniale » et « vraie » :

Dans le discours social actuel sur l’homosexualité, ou bien en bouche de beaucoup de célébrités homosexuelles, on entend une louange de la folie, souvent entendue d’ailleurs comme un synonyme d’homosexualité : « Plus ça va, moins je m’intéresse à l’écriture institutionnalisée sous la forme de la littérature. En revanche, tout ce qui peut échapper à cela, le discours anonyme, le discours de tous les jours, […] ce que les fous disent depuis des siècles dans le fond des asiles, ce que les ouvriers n’ont pas cessé de dire, […] ce langage à la fois transitoire et obstiné qui n’a jamais franchi les limites de l’institution littéraire, de l’institution de l’écriture ; c’est ce langage-là qui m’intéresse de plus en plus. » (Michel Foucault, Dits et Écrits I, 1954-1988 (2001), p.1280. Voir également Sa défense du fou p. 1003) ; « Je suis un fou qui aime l’humanité. Ma folie c’est l’amour de l’humanité. » (Vaslav Nijinski, Cahiers (1919), p. 7) ; « J’aurais aimé être une femme. Une vraie femme. J’aurais aimé être un fou. Un vrai fou. C’est ce que j’allais devenir, un jour. Fou comme les pirates de Salé qui ont terrorisé le monde aux XVIIe et XVIIIe siècles. Fou, corsaire, porté par un grand rêve et à la recherche d’un moyen pour le révéler aux autres, le crier, l’écrire. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 28) ; « Étrange tapette, insensée […] Attention, les tapettes deviennent folles. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, parlant de lui-même, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc. Dans la pensée queer actuelle, on nous offre des délires identitaires ou des travestissements comme de l’Esprit, comme des traits de génie (cf. le documentaire « Se dire, se défaire » (2004) de Kantuta Quirós et Violeta Salvatierra, la thèse La « folle » révolution autofictionnelle : Arenas, Copi, Lemebel, Puig, Vallejo (2009) de Lionel Souquet, etc.). Par exemple, dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), Jean-Louis Chardans explique que le « goût du scandale c’est le comportement dit de ‘folle » (p. 291).

 

À titre d’illustrations, dans une émission télévisée en 1983, Laurent Boutonnat avoue que ce qui l’a attiré chez Mylène Farmer, c’était son caractère « névrotique ». L’écrivain français Hervé Guibert se passionne pour Zouc, l’actrice déjantée. Dès l’âge de 9 ans, à l’école, le couturier Jean-Paul Gaultier dessinait des danseuses des Folies Bergère, et a trouvé dans l’univers de sa grand-mère la « liberté » et la folie fantaisiste qu’il recherchait pour fuir l’enfer scolaire. Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, Barbara, la femme de Bertrand, joue la folle ou bien se voit définie ainsi : « J’avais envie d’être folle. J’avais envie d’être conne. » dit-elle quand elle s’habille de manière excentrique. Plus tard, elle s’empêtre dans son propre jeu : « Je crois que je deviens dingue. » Et sur scène, elle joue le rôle d’une folle : « Moi, rendue folle par les piqûres de la mouche » Les pseudonymes que se donnent un certain nombre d’internautes sur les sites de rencontres LGBT empruntent énormément au lexique de la folie, et sont quasiment signés « Dingo » : Delireman, Crazyboy, Loco69, Fol Bavard, etc. Certains théâtres parisiens où la programmation est particulièrement gay friendly portent la trace de la folie : par exemple, À la Folie Théâtre. Je pense aussi à l’agence de clubbing gay La Démence. Les témoignages d’auteurs homosexuels aussi : cf. l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias.

 

Chez certaines personnes homosexuelles, la folie est une posture narcissique, un désir de se rendre intéressant(e) en jouant le psychopathe inquiétant ou bien la Drama Queen humoristique qui feint la folie : « Je cherche un mari mais je ne suis pas folle vous savez. Bonsoir. » (cf. une annonce d’un profil lu sur un chat de rencontres gays en mai 2014, et pastichant le sketch de Florence Foresti – l’icône gay par excellence ! – qui parodie l’actrice Isabelle Adjani) ; « Je veux faire des films qui rendent les spectateurs fous, qui les pousse à commettre un meurtre. » (le réalisateur japonais Hisayasu Sato) ; etc. Il n’y a qu’à voir le succès que remportent des chanteuses ou des actrices borderline comme Judy Garland, Jeanne Mas, Mylène Farmer, Dalida, Maria Callas, Lady Gaga, Chantal Goya, Valérie Lemercier, etc., dans la communauté homosexuelle pour le constater !

 

Pensons également à la publicité « Perrier c’est fou ! » popularisée et interprétée par Copi à partir d’un personnage du Frigo, Goliatha, avec ses gros sourcils, et qui prononce la fameuse réplique « C’est fou, non ? ».

 

 

Certains critiques bobos n’hésitent pas à ratifier (d’un rire « jubilatoooire »… bien forcé) la « transcendance » de la « Folie » des « artistes » homosexuels : « Copi nous laisse une pièce d’une gaieté folle, si drôle que les spectateurs, de fou rire en fou rire, n’ont pas le temps de penser à l’incroyable défi de l’auteur. » (cf. l’article de Michel Cournot « Une Visite inopportune de Copi : Java-requiem », dans le journal Le Monde, daté du 22 février 1988)

 
 

b) La folie ma compagne/m’accompagne :

Vidéo-clip de la chanson "Je te rends ton amour" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Je te rends ton amour » de Mylène Farmer


 

Beaucoup d’artistes ou de réalisateurs homosexuels éprouvent une grande tendresse et une forte connivence de sensibilité avec le personnage de la femme hystérique incomprise et excentrique. « Quelle femme singulière ! Ce mélange inextricable de véritable folie créatrice et de coquetterie… » (Klaus Mann en parlant d’Else Lasker-Schüler, dans son Journal 1937-1949, p. 33)

 

C’est le cas par exemple de François Ozon avec le personnage d’Augustine dans le film « Huit Femmes » (2001), de Rainer Werner Fassbinder avec Petra von Kant dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (1972), de Pedro Almodóvar avec Gloria dans « ¿ Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? » (1984) ou encore « Mujeres Al Borde De Un Ataque De Nervios » (1989), de David Forgit le comédien travesti M to F parodiant uniquement des prostituées hystéros dans son one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) (par exemple Marie-Chantal qui laisse 17 messages sur répondeur, Mémé Huguette qui « simule la démence régressive »), de Didier Bénureau imitant la belle-mère acariâtre et cinglée, de Cyrille Étourneau avec sa Lucie la cruelle amoureuse dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013), de Thibaut de Saint-Pol avec sa Madeleine (surnommée « la vieille folle » ou « la vieille sorcière du Gaou ») dans le roman À mon cœur défendant (2010), etc. Pour eux, la folie est carrément un art, une stratégie géniale, un cri touchant et transperçant l’âme. Ils se refusent à la mépriser. Pire que ça : ils s’y identifient. Je me rappelle par exemple du fort succès, auprès du public homosexuel, qu’a rencontré le personnage de « Madame Foldingue » (interprétée par Claire Nadeau) dans les années 1980 dans l’émission Cocoricocoboy de Stéphane Collaro sur TF1.

 

Madame Foldingue

Madame Foldingue


 
 

c) Douce folie de l’amour homo :

« Quand on aime, on est ffffou… » ; « Grand fffou, va ! » Autant de répliques de films qui font tout de suite efféminées dès qu’elles sont prononcées en « live ».

 

Un certain nombre de personnes homosexuelles affirment vivre la folie en amour. Une passion inénarrable (cf. l’autobiographie Fou de Vincent (1989) d’Hervé Guibert). « J’étais devenu un zombie. Un fou dans la nuit. Un mystique de l’amour. Un amoureux éconduit. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 53) Elles qualifient tout simplement de « folie » l’état amoureux. C’est très fréquent (cf. je vous renvoie aux codes « Amoureux » et « Liaisons dangereuses » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 
 

e) Le doute :

Cependant, et malgré tout, l’éloge homosexuel de la folie laisse se profiler une angoisse, une insatisfaction, une souffrance et une violence qu’on étudiera plus en détails dans le code « Milieu psychiatrique » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels : « À vrai dire, je n’aime que les fous. Et cette folie est difficile à vivre. » (Thérèse, femme lesbienne de 70 ans dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Dans son château, le Marquis de Sade renouvelait ce qu’il appelait ‘les sept jours de Sodome et Gomorrhe’, où il sodomisait ‘en musique’ jusqu’à douze jeunes garçons dans la même matinée. Cette perversion et cette dépravation se terminèrent chez les fous à la suite de l’histoire des bonbons à la cantharide : un jour, Sade distribua aux prostituées et à leurs clients du domaine Ventre (l’un des anciens quartiers réservés de Marseille) des chocolats à la cantharide. Cette ‘blague’ érotique eut pour résultat non seulement une orgie collective qui dura deux jours, mais aussi deux morts. Arrêté, Sade échappa à la prison et à l’échafaud en simulant la folie. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 160) ; « Quand ma mère sent l’odeur de son parfum sur moi, elle me demande si je ne suis pas fou à porter un parfum de femme, celui de ma propre mère. Elle formule la thèse de la folie pour ne pas laisser échapper cet autre mot, ‘pédé’, ne pas penser à l’homosexualité, l’écarter, se convaincre que c’est de la folie qu’il s’agit, préférable au fait d’avoir pour fils une tapette. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 123) ; etc.

 

Au fond, je crois que nous avons affaire – avec les personnes homosexuelles adulant la folie – à de faux fous, qui parodient plutôt la véritable (et bonne) folie en s’enfermant dans l’image réductrice de folie diffusée à la télévision ou au cinéma (l’excentricité, l’exhibition, l’euphorie, le délire bruyant, le culot, l’originalité, etc.). Car la belle folie décrite par saint Paul dans la Bible comprend le Réel et l’Église, reconnaît la transcendance christique. Comme l’a exprimé le philosophe émérite Gérard Leclerc à l’Université d’Été du Printemps Français au Château de Lignière le 29 août 2013, « les plus fous des plus fous, ce sont ceux qui ont le plus le sens de l’absolu ».

 
 

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Code n°78 – Frankenstein (sous-code : Homme nouveau)

Frankenstein

Frankenstein

 
 

NOTICE EXPLICATIVE

Le transhumanisme et la création de cet être d’apparence humaine affranchi des limites de notre condition humaine (sexuation, procréation, souffrance, mort…) et baptisé Cyborg empruntent bien le chemin de l’homosexualité puisqu’on voit souvent, dans le discours des personnes homosexuelles et dans leurs oeuvres de fiction, la référence à Frankenstein.

 

Que dit la résurgence du personnage de Frankenstein (créé en 1818 par Mary Sheller) dans la fantasmagorie homosexuelle ? Une impression, chez certaines personnes homosexuelles, d’être un monstre ou un objet sacré : sûrement. Une envie de posséder et de réifier son amant : également. Une idolâtrie, surtout. Pour un Homme invisible, un Superman asexué (ou hyper-féminisé et hyper-masculinisé à la fois) qui libèrerait l’Humanité de toutes ses contraintes.

 

L’homosexualité est une forme d’eugénisme new look : elle célèbre l’existence d’un mythique « Homme nouveau » (inconsciemment, l’androgyne asexué ou pluri-sexué ; « consciemment », son actualisation humaine imparfaite, c’est-à-dire « la personne bisexuelle ») reposant sur la diabolisation d’un autre Homme nouveau présenté comme préhistorique (« l’hétérosexuel » ou « l’homophobe »).

 

L’homosexualité masculine semble émerger d’un sentiment de non-conformité par rapport à l’image masculine imposée par les médias, d’une peur fondée avant tout sur certaines images faussées de l’homme réel. « J’avais l’impression que d’être homosexuel faisait de moi un sous-homme. C’est pour ça que j’ai longtemps été mal parce que je courais après une espèce d’image masculine, qui est un archétype social, mais qui n’est pas une réalité en définitive. Je courais après ça… et moi, je suis pas comme ça. » (Olivier, témoin homosexuel de 37 ans, dans le documentaire « Une Vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité » (2002) de Serge Moati) La même chose semble s’être produite pour l’homosexualité féminine : la comparaison excessive à la femme-objet a certainement été décisive. « Je n’étais pas bien belle. Je n’étais pas une pin up. J’étais toujours un peu rondouillarde… » (Micheline, femme lesbienne citée dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 50)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles croient avoir échappé à l’identification à l’image idéalisée de l’homme-objet en la rejetant intellectuellement bien après l’avoir adulée. Mais ce processus d’intellectualisation arrive souvent trop tard. Ce n’est qu’après avoir intégré l’idée que l’image médiatique de la masculinité était leur réalité profonde qu’elles disent ensuite que rationnellement, elle ne doit pas l’être, qu’elles sont pleinement elles-mêmes sans les médias et en dehors de tout modèle humain marchand. C’est pour cela qu’elles tentent ensuite de reproduire, à coup de sincérité, de clichés photographiques, de maquillage (et parfois de scalpel !), le miracle du Frankenstein, sur elles-mêmes ou sur leurs partenaires sexuels.

 

Les créateurs de l’homme-objet, de « l’hétérosexuel », ce sont souvent les personnes homosexuelles elles-mêmes. C’est déjà le cas historiquement (le terme « homosexuel » est apparu en 1869, et a précédé celui d’« hétérosexuel », survenu un an après) ; c’est aussi le cas en image – avec toutes les représentations d’un Frankenstein fabriqué par un savant fou homosexuel – et parfois dans la réalité : nombreux sont par exemple les photographes gay qui ont réifié l’homme-objet en estampe sacrée, et lui prépare une place confortable dans l’espace public. Difficile maintenant, quand on se ballade dans une ville de France, ou quand on surfe sur Internet, d’échapper visuellement aux couvertures aguicheuses de la presse gay où s’étalent les mannequins Ken et des Frankenstein athlétiques, stoïques, antipathiques, et au regard « de braise »/éteint.

 
 

N.B. : Voir également les codes « Homme invisible », « Don Juan », « L’homosexuel = L’hétérosexuel », « Morts-vivants », « Fantasmagorie de l’épouvante », « Milieu homosexuel infernal », « Médecin tué », « Femme et homme en statues de cire », « Femme allongée », « Clonage », « « Je suis différent » », « « Plus que naturel » », « Pygmalion », « Amant modèle photographique », « Se prendre pour Dieu », « Femme fellinienne géante et pantin », « Différences culturelles », la partie « amant-objet » du code « Poupées », la partie sur le « corps morcelé » du code « Ennemi de la Nature » et la partie « mise en scène de son enterrement » du code « Mort », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le personnage homosexuel se prend pour Frankenstein ou le docteur qui l’a créé :

FRANKENSTEIN 1

Film « The Rocky Horror Picture Show » de Jim Sharman


 

Régulièrement dans les fictions traitant d’homosexualité, le mythe de Frankenstein apparaît : cf. le film « Frankenstein » (1931) de James Whale (dans lequel le monstre est créé par un couple d’hommes gay), la comédie musicale Big Manoir (2007) d’Ida Gordon et d’Aurélien Berda, le film « De la chair pour Frankenstein » (1974) d’Antonio Margheriti et Paul Morrissey, la B.D. Anarcoma (1983) de Nazario (avec la création du Frankenstein macho), le roman El Anarquista Desnudo (1979) de Luis Fernández, le film « Frankenstein Monster » (1974) de Rossani Brazzi (avec notamment des bains entre femmes), le film « La Fiancée de Frankenstein » (1935) de James Whale (avec les docteurs Frankenstein et Prétorius), le film « Island Of Lost Souls » (1933) d’Erle C. Kenton, le film « I Was A Teenage Frankenstein » (1957) d’Herbert L. Strock, le film « House Of Horrors » (1946) de Jean Yarbrough, le film « Le Fils de Frankenstein » (1939) de Rowland V. Lee, le film « Frankenstein créa la femme » (1967) de Terence Fisher, le film « Insatisfaites poupées érotiques du professeur Hitchcock » (1971) de Fernando Di Leo, le film « The Making Of Monsters » (1990) de John Greyson, le spectacle musical Créatures (2008) d’Alexandre Bonstein et Lee Maddeford, la pièce Asseyez-vous sur le canapé, j’aiguise mon couteau (2013) d’Alexandre Delimoges (avec une Comtesse Frankenstein qui crée une créature gay), le vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer, la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander (avec le vampire nommé Prétorius, exactement comme le créateur de Frankenstein), le film « Young Frankenstein » (« Frankenstein Junior », 1974) de Mel Brooks (Dr Frankenstein Junior et Frankenstein jouent au couple), la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec le Docteur aux faux airs de Frankenstein), le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec l’effrayant Docteur Lebrun), la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo, le film « Lust For Frankenstein » (1998) de Jesus Franco (film érotique), le film « Tras El Cristal » (1987) d’Agustí Villaronga, le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys (avec Bryan dans le comas juste après son accident de moto), le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman (avec la scène d’embaumement du corps du Rav), le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard (avec le héros « instancé », pris pour un Dieu par sa mère), le film « Brüno » (2009) de Larry Charles, la chanson « Sensiblement modifiés » de Stanislas et Béatrice Rosen, le film « Smooth » (2009) de Catherine Corringer, le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (avec Vera sur le billot, recevant des décharges électriques pour obéir aux diktats de la chirurgie esthétique), la performance Golgotha (2009) de Steven Cohen (avec la scène d’électrocution sur la chaise électrique), le film « La Piel Que Habito » (2011) de Pedro Almodóvar, le film « Opération d’un discours » (2008) de Camille Ducellier (avec les deux chirurgiens travaillent la plastique des corps), le vidéo-clip de la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer (avec le Petit Chaperon Rouge sur la table d’opération, et se transformant en femme-araignée), etc.

 

FRANKENSTEIN 2

Clip « Dégénération » de Mylène Farmer


 

Régulièrement, le héros homosexuel crée l’homme-objet (= Frankenstein), c’est-à-dire l’hétérosexuel, l’homosexuel-le, le transsexuel ; ou bien est considéré comme un être bionique qui va être construit de toute pièce et téléguidé par son amant-savant fou : « J’ai créé un monstre : j’ai pris un transsexuel, j’en ai fait une lesbienne. Gniarc gniarc gniarc ! » (Édouard à Jenny, dans le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte) ; « María-José n’en était pas à sa première expérience chirurgicale. » (le transsexuel de la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, pp. 29-30) ; « Jane avait allumé les lampes pour repousser l’obscurité et le salon renvoyait un éclat blanc sous l’éclairage soigneusement réglé, si stérile qu’il n’aurait pu appartenir à la clinique de quelconque chirurgien esthétique. Il était facile d’imaginer un chariot entrant dans cet espace presque vide, poussé par des chirurgiens masqués, prêts à sculpter une beauté. Elle se les représenta un instant, leurs mains gantées s’activant profondément dans le sang. L’image évoquait trop la naissance venir et elle la chassa. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 135) ; etc. Par exemple, pendant toute la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Frank et son amant Jonathan surnomment le Dr Apsey (le psy de Frank) « Frankenstein » : l’homonymie entre le patient et son soignant laisse entendre la fusion amoureuse et identitaire des deux protagonistes. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, le médecin qui va opérer la narratrice transgenre F to M pour son changement de sexe se montre particulièrement cruel, despotique et infantilisant : « Il va falloir perdre cette habitude de s’excuser ou de remercier tout le temps. ‘Masque neutre’, vous vous rappelez ? Ça va venir. Une déconstruction, ça prend du temps. » Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le docteur Blaise Poppyx, homosexuel, va implanter des faux pectoraux et des poils sur le fiancé de Gatal.

 

Très souvent, les amants homosexuels fictionnels veulent s’opérer l’un l’autre… pour généralement ne faire plus qu’Un et se greffer ensemble : « J’vais te recoudre. » (Saint Loup à son compagnon Casta dans le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot) ; « J’ai toujours aimé expérimenter. Observer jusqu’à quel point je pouvais transformer les gens. C’est mon côté docteur Frankenstein. » (Amande dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 95) Par exemple, dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Gabriel et son futur amant Léo se rapprochent en allant voir ensemble au cinéma un film où un robot monstrueux tient dans sa main un marié et une mariée qu’il écrabouille.
 

Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Alan Turing, le mathématicien homosexuel, tombe amoureux de Christopher, son camarade de classe au pensionnat britannique, son unique ami qu’il perdra brutalement. Plus tard, quand Turing crée une machine à décoder les messages nazis, il la baptise « Christopher », en hommage à son amant disparu. Il a la prétention d’humaniser les robots, d’être le père (incompris) d’un « Electrical Brain » qui réagirait « comme le ferait une personne » : « Vous ne comprendrez jamais ce que je suis en train de créer ! » Même si intellectuellement il sait encore faire la différence entre un Homme et une machine, il pense néanmoins que la machine « pense »… et mérite d’être aimée.

 

FRANKENSTEIN 6

Film « Frankenstein Monster » de Rossani Brazzi


 

Bien évidemment, le mythe de Frankenstein rappelle le désir de se prendre pour Dieu. Par exemple, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar propose à Khalid, son amant, d’aller au cinéma voir le film « Re-Animator », relatant l’histoire d’« un homme qui réveille les morts » (p. 111) ; et à la fin de l’histoire, il le tuera pour mieux le posséder/ressusciter. Dans le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman, le Docteur Frank-N-Furter, le dieu transsexuel, crée Rocky, un parfait Monsieur Muscle ; il est la parfaite résurgence queer de Frankenstein. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la pièce commence par une femme sur scène (la narratrice transgenre F to M) qui se met en position fœtale, comme un monstre difforme sur une table d’opération : elle exprime en quelque sorte que son corps lui appartient et qu’elle serait son propre matériau.

 

FRANKENSTEIN 3

Film « The Raven » de Lew Landers


 

En général, la mégalomanie du Docteur Frankenstein aboutit à une hybridité machine-Homme monstrueuse : « Le laboratoire du corps humain transforme toute la beauté du monde en dégoût. » (le comédien prononçant son slam sur la sodomie, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) Le mythe de Frankenstein renvoie à une conception réifiante, violente, et marchande du corps humain : « Ça se ressoude tout seul. » (Irina parlant de son doigt cassé, dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi) ; « Quelqu’un est déjà entré là-dedans. Ou c’est un petit Frankenstein ? » (le skinhead gay s’adressant à Jane, l’héroïne lesbienne enceinte, en l’agressant, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 96) ; etc. Par exemple, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi, le Docteur Frankenstein est d’ailleurs clairement la figure du Pygmalion violeur : « Je viens de greffer un cerveau artificiel de mon invention ! » (le Professeur Vertudeau évoquant la lobotomie opérée sur la cantatrice Regina Morti) ; « Cette dame est ma créature. » (idem) « Je t’ai vu la violer sur la table d’opération ! » (l’Infirmière s’adressant au professeur Vertudeau à propos de Regina Morti) ; « Vous avez détruit mon chef-d’œuvre ! » (le Professeur s’adressant à l’Infirmière, idem) ; « Son regard croisa celui de Mann et elle eut un aperçu du professionnel qu’il était, un médecin qui connaissait les rouages secrets du corps féminin, un homme capable de vous démonter. » (Jane dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 175) ; etc.

 

Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, présente l’inconvénient de son métier : « Y’a le revers de la médaille : tu vieillis plus vite que d’habitude. » Il se rend chez un chirurgien pratiquant la « médecine esthétique pour rajeunir. Le résultat n’est d’ailleurs pas toujours à la hauteur de ses espérances. « T’as l’impression d’être un monstre et qu’il faut refaire toute ta gueule. ». Jeanfi parle « des effets mordants du peeling » et des ratés de son médecin qui le bronze de trop.
 
 

b) Le mythe eugéniste de l’Homme nouveau :

L’homosexuel fictionnel croit au mythe de l’Homme nouveau, auto-créé (sans Dieu) ou parfait comme une race tout juste sortie de sa table d’opération : cf. le film « The New Man » (1992) de Mike Hoolbloom, le film « The New Women » (2001) de Todd Hughes, le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, le film « Nouveaux Mecs » (1994) de Sonke Wörtman, le roman Borderlands/La Frontera : The New Mestiza (1987) de Gloria Anzaldúa, le film « Desi’s Looking For A New Girl » (2000) de Mary Guzmán, le film « Twee Vrouwen » (« Deux fois femme », 1985) de George Sluizer, le film « Un Homme un vrai » (2002) de Jean-Marie et Arnaud Larrieu, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, le film « Best Men » (1997) de Tamra Davis, le roman Un Garçon parfait (2008) d’Alain Claude Sulzer, la B.D. En Italie, il n’y a que des vrais hommes (2008) de Luca de Santis et Sara Colaone (au titre si ironique que cela ?), la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis, le film « The Stepford Wives » (« Et l’homme créa la femme », 2004) de Frank Oz, etc.

 

La défense de l’Homme Nouveau s’engendrant lui-même suit en général une logique esthétique (et donc consumériste, marchande, conquérante, homosexuellement/minoritairement universaliste, pulsionnelle, pornographique) plus qu’une noble quête éthique : « Sébastien évoquait un dieu du stade. Il aurait pu symboliser la beauté aryenne la plus pure. » (Jean-Paul Tapie, Dix Petits Phoques (2003), p. 12) ; « Ce n’est rien, trois points de suture dans le prépuce et quatre dans le testicule et vous serez un homme neuf ! » (le lieutenant Kling au narrateur dans la nouvelle « La Mort d’un phoque » (1983) de Copi, p. 22) ; « Je me ressaisis avec énervement, on est gay, on a le devoir d’être plus fort que soi, d’être puissant, de bander dur et d’avoir un désir infaillible. C’est dans les films porno qu’on apprend cela, les seuls endroits où l’homosexualité existe de plein droit. Je lui fais l’amour avec autorité, sans déroger sous ses plaintes. » (Mike, le narrateur homosexuel, dans le roman Des Chiens (2011), p. 69) ; « Couchons-nous et demain, lesbiennes et pédales seront le genre humain. » (Cf. la reprise parodique de l’Internationale, dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini) ; etc. Je vous renvoie au chapitre « Un vrai mec » dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin (p. 63) : « Jake a fouillé dans la poche de son jean et m’a remis une carte chiffonnée, de couleur kaki, avec son numéro de portable. Dessus, JAKE GREENLEAF se détachait en lettres vert foncé entrelacées de lierre. En dessous, en minuscules, il était marqué : New Man. Cette référence à un homme nouveau m’a paru géniale et je le lui ai dit. » (p. 73) Par exemple, le voix narrative du roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig fait l’éloge des Élisabéthains, cette « race anglo-saxonne » présentée comme supérieure. Le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet traite justement de l’idéologie sectaire de l’Homme nouveau, à travers l’exemple du monde lisse et inhumain du monde de l’entreprise qui construit des « nouveaux aristocrates » (p. 179), « une race d’hommes » (p. 180).

 

Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, l’être humain est mesuré comme un cheval : il doit correspondre exactement à l’idéal physique des eugénistes homosexuels, obnubilés par la « pureté » et le « pedigree » des couples homos qu’ils veulent former à tous prix pour assurer leur descendance. Toute la pièce tourne autour du culte de la Virilité, du couple homosexué, de la Fertilité de la semence des Mâles.
 

Par ailleurs, il est intéressant de noter que la prise de conscience du statut d’« Homme nouveau » arrive généralement après un viol : cf. la nouvelle El Lobo, El Bosque Y El Nuevo Hombre et Fresa Y Chocolate (1992) de Senel Paz, le film « Théorème » (1968) de Pier Paolo Pasolini, etc. L’Homme nouveau, c’est l’Homme violé, qui a vécu l’épreuve traumatisante du viol qu’il présente comme un rite initiatique merveilleux et révélateur d’une homosexualité « profonde », pour ne pas s’écrouler identitairement.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

a) L’importance du mythe de Frankenstein dans le désir homosexuel :

FRANKENSTEIN 4

Sourire pour la photo?


 

Commençons par ce beau clin d’œil : James Whale, le réalisateur du fameux premier film « Frankenstein » (1931), est comme par hasard homosexuel !

 

Je vous renvoie également au documentaire « Creature » (1998) de Parris Patton, aux nombreux croisements entre l’univers queer de la série La Famille Addams (avec le personnage de Lurch, notamment) et celui de Frankenstein. Dans le film « Gods And Monsters » (1998), Ian McKellen (acteur homosexuel) interprète le rôle de James Whale. Dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, on apprend que José Luis Amarilla va voir « El Jovencito Frankenstein » au cinéma (p. 30).

 

On décèle une parenté incestueuse dans cette affaire de Frankenstein homosexuel. Tout donne à penser que symboliquement la personne homosexuelle est le fils ou le père improbable de l’homme-objet (cf. le code « Tante-objet ou maman-objet » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, certains drag-king lesbiens copient Elvis Presley, le symbole de l’Éternel Masculin. Le père de l’écrivain Malcolm Lowry gagna un concours du meilleur Monsieur Muscles de sa région (cf. le documentaire « Le Volcan » (1976) de Donald Brittain). Le père de Gore Vidal était une star de l’athlétisme ayant représenté les États-Unis aux Jeux olympiques d’Anvers (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 64). Jean-Claude Brialy, dans son autobiographie Le Ruisseau des singes (2000), présente son père comme un homme-objet séduisant, beau et sportif.

 

Régulièrement, par le cinéma, la photographie, l’outil Internet, la danse, la psychanalyse, la chirurgie, certains artistes et intellectuels homosexuels créent l’homme-objet (= Frankenstein), c’est-à-dire l’hétérosexuel, l’homosexuel-le, le transsexuel ; ou bien se considèrent comme des êtres bioniques qui vont être construits de toute pièce et téléguidés par leur amant-savant fou : « J’aimerais changer de corps, le faire refaire au complet pour pouvoir me dire que je recommence ma vie à zéro. » (Jean-Philippe, un témoin homosexuel, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, p. 88) ; « Quand on est trans, on sait qu’on doit se réaliser. » (Marie, homme M to F, pendant le débat « Transgenres, la fin d’un tabou ? » diffusé sur la chaîne France 2 le 22 novembre 2017) ; etc. Par exemple, on doit à l’écrivaine lesbienne Cathy Bernheim une version « au féminin » de Frankenstein, Cobaye Baby (1987), ainsi que la biographie de l’auteur de Frankenstein, Mary Shelley (1987) et Mary Shelley – La jeune fille et le monstre (1997). L’Homme qui s’identifie à Frankenstein essaie, par ses propres moyens et par la science, de donner corps à ses fantasmes amoureux, à pulsions homosexuelles, à ses désirs narcissiques de mort/toute-puissance : « Je cherche Mister Perfection. » (Brüno dans le film « Brüno » (2009) de Larry Charles)

 

Par rapport au mythe de Frankenstein, les personnes homosexuelles adoptent très souvent une attitude de déni idolâtre : elle critique le Frankensteinisme chez les autres (cf. la parodie des dégâts de la chirurgie esthétique dans le one-woman-show Nana vend la mèche (2009) de Frédérique Quelven, avec l’agence fictive « Relooking Extrem ») pour mieux s’y soumettre dans les faits.

 
Concrètement, le mythe de Frankenstein, en des termes plus réalistes, instaure une dichotomie corps/âme : il s’agit du fantasme humain de mettre l’âme de quelqu’un dans le corps de quelqu’un d’autre. C’est du transfert de personnalités, ou plutôt de personne. C’est de la violation d’unicité du corps, et donc de la violation de personnes.
 
 

b) L’idéologie eugéniste de l’Homme nouveau (transhumanisme) :

FRANKENSTEIN 5

Film « Œdipe (N + 1) » d’Éric Rognard


 

Revient souvent dans les discours des personnes homosexuelles le complexe d’adolescence de ne pas être un « vrai garçon » et « une vraie fille » (et, pour le coup, de devenir un « vrai homme » ou une « vraie femme » avec le coming out ou le passage à l’acte homosexuel), ou bien chez les personnes transsexuelles ce désir de devenir « une vraie femme » ou « un vrai garçon » par la chirurgie : je vous renvoie aux documentaires « Enough Man » (2004) de Luke Woodward, « Glamazon : A Different Kind Of Girl » (1993) de Rico Martinez, « 100% Woman » (2004) de Karen Duthie, etc. « Comment une vie bascule à travers une main qui s’aventure… Je suis devenue une vraie femme. » (Thérèse par rapport à sa toute première fois lesbienne, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Et beaucoup plus tard, j’ai reconstitué ce que j’avais vécu naïvement, sans la moindre arrière-pensée, le schéma relationnel de cette communauté liée par un pacte dont le secret était l’érotisme masculin ou, pour m’exprimer sans voile, les relations homosexuelles qu’entretenaient les membres de son équipe de base, au centre de laquelle se trouvait le guide charismatique de base, le Männerheld – le héros des hommes. » (Nicolaus Sombart par rapport aux Wandervogel allemands, dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 124) ; etc. Dans le premier numéro du premier journal homosexuel en Allemagne nazie Der Eigene, Adolf Brandt dédie le journal aux « individus forts » qui organisent leur vie selon leurs propres codes et refusent de se conformer à la morale des masses.

 

Même si cette conscience identitaire prend au départ l’apparence d’une enthousiasmante Renaissance, de l’« Orgueil », du « Progrès », de la « Beauté », du « Droit », de l’« Égalité », du jeu, elle dit en réalité une haine de soi et une honte injustifiée ; et les moyens employés pour les camoufler sont beaucoup moins poétiques. La croyance en l’Homme nouveau a été, rappelons-le, le centre névralgique de l’idéologie nazie pendant la Seconde Guerre mondiale ; elle est déplacée aujourd’hui vers le mythe du self-made man individualiste, hédoniste, athée, bisexuel : « Ainsi certains n’hésitent-ils plus aujourd’hui à laisser entendre qu’ils seraient de ‘pure condition homosexuelle’. » (Jean-Pierre Winter, Homoparenté (2010), pp. 111-112)

 

Le mythe de l’Homme nouveau auto-créé est défendu par de nombreuses personnalités homosexuelles : André Gide (cf. Corydon, en 1923), Stefan Sweig, William Burroughs, Monique Wittig (cf. Les Guerrillères en 1969), tous les défenseurs zélés du coming out (présentant l’annonce de l’homosexualité ou la rencontre avec leur « moitié » comme une résurrection), la grande majorité des personnes homosexuelles qui pensent que tous les couples femme-homme seraient « les hétérosexuels » et que « les homos » seraient tous des « victimes d’homophobie », etc. « L’homophobie qui peut exister, les inégalités hommes/femmes qui demeurent ne sont, en définitive, que des prétextes pour construire une nouvelle humanité, affranchie de toutes normes et de toutes références à un ordre quelconque. Une société où chaque individu dans la force de son vouloir est un nouveau dieu puisqu’il se définit lui-même dans un déni de la réalité. » (Élizabeth Montfort, Le Genre démasqué (2011), p. 82) Par exemple, dans l’Angleterre de la fin du XIXe siècle, le groupe d’intellectuels formé par Bertrand Russell, Lytton Strachey, E. M. Forster ou J. M. Keynes, faisait l’éloge des invertis, ceux qui pratiquent des plaisirs interdits et soi-disant « supérieurs » (« Higher Sodomy ») à la « banale » sexualité femme-homme.

 

Des penseurs comme Fabrice Hadjadj, ou encore Tony Anatrella, nous avertissent de l’inquiétant chemin qu’est en train de prendre notre monde social et scientifique de plus en plus techniciste, qui, obnubilé par son idée de progrès, transforme peu à peu l’Homme en machine asexuée et désincarnée, et vise un « post-humain » concrètement inhumain et activement bisexuel/asexuel : « On a séparé la sexualité de la procréation, puis la procréation de la conjugalité, ensuite la procréation de la parenté ; et si l’on veut à présent dissocier la procréation de la différence sexuelle en laissant entendre qu’un enfant peut se concevoir et être éduqué en dehors de cette différence fondamentale. La prochaine étape consistera à déshumaniser la conception d’un enfant en dehors de toute union sexuelle, du portage maternel et de l’accouchement. Certains se réjouissent déjà que la femme soit un jour libérée de la maternité grâce à la machine à ‘fabriquer’ des bébés. » (Tony Anatrella, Le Règne de Narcisse (2005), p. 113) La mutilation du corps que s’imposent les personnes transsexuelles en fournit l’exemple le plus extrême. Mais les couples homosexuels, en rejetant ce bloc fondamental du Réel qu’est la différence des sexes, rejoignent, au moins au niveau du désir, la même réification monstrueuse de Frankenstein.

 

Il existe toute une confrérie scientifique de chirurgiens qui exploitent le mal-être des personnes transgenres pour se faire du fric sur leur dos. C’est le cas du docteur Jean Chambry, visiblement homo, qui promeut la transition des transgenres (cf. l’émission Zone interdite spéciale « Être fille ou garçon, le dilemme des transgenres » diffusée le 12 novembre 2017 sur la chaîne M6).
 
 

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Code n°79 – Frère, fils, père, amant, maître, Dieu

frère, fils, amant

Frère, fils, père, amant, maître, Dieu

 

NOTICE EXPLICATIVE

 
 

La relation « amoureuse » homosexuelle : pas ajustée

 

Film "I Think I Do" (1997) de Brian Sloan

Film « I Think I Do » (1997) de Brian Sloan


 

À première vue, le couple homosexuel ressemble à un grand feu d’artifice. On y découvre une infinité de désirs, y compris des désirs non-amoureux. Éros, Philia, et Agapê semblent s’être donnés rendez-vous pour fusionner ensemble, pour fêter la plénitude de l’androgyne. Le problème, c’est que dans cette énorme salade composée, on les a perdus en route ! On ne les retrouve plus que par bribes, car à la base, on n’a pas voulu les distinguer (le noeud du problème et là : on n’a pas cherché à les dissocier, à les définir, pour mieux les unir : tout s’est joué au niveau du refus du désir, de la liberté !). C’est pourquoi la relation homosexuelle est un « magma » informe qui n’a pas d’identité claire ni le goût extraordinaire qu’on attendrait de l’Amour vrai. Elle n’aide pas ceux qui la composent à se positionner pour vraiment se sentir à leur place, pour vraiment se sentir aimés. Comme elle a trait à un peu à tous les types de liens sociaux possibles (fraternité, amitié, spiritualité, paternité, camaraderie, etc.), la personne aimée dans le cadre conjugal homosexuel est amenée à porter les nombreux et inconfortables masques du frère, du fils, du père, du « bon copain », du maître, du Dieu, qui ne lui reviennent pas exactement, qui sont trop grands ou trop petits pour sa taille, et qui ne lui donnent pas une identité fixe assez solide pour un engagement durable et une confiance partagée à deux. Il est aisé de prétendre aimer sincèrement quelqu’un, sans prendre le temps de se pencher sur les raisons profondes de notre attachement à lui. L’amant peut servir de prétexte pour régler précipitamment toutes les blessures d’enfance que nous ne voulons pas affronter. Au départ, l’amour que nous lui portons prend l’apparence d’un enthousiasmant « best-of d’amour(s) »… avant de se transformer, au fil du temps, en épouvantable (ou ennuyeuse !) pieuvre à six têtes.

 

Comment peut-on qualifier le couple homo ? Quelle place y occupe le partenaire amoureux ? Est-il aimé pour qui il est vraiment, ou est-il juste un « bon copain », un compagnon de vie, un frère, un substitut paternel ou filial, quelqu’un qu’on « aime bien » mais qu’on n’aime pas pleinement, quelqu’un qu’on aime trop parce qu’on l’« adore » ? Toute personne homosexuelle en couple serait en droit de demander à son compagnon : « Tu me dis que tu es mon frère, mon fils, mon père, mon amant, mon maître, mon Dieu… mais qui suis-je vraiment dans l’histoire ? Suis-je unique ? M’aimes-tu vraiment ? Es-tu unique pour moi ? Qu’est-ce qui me rend plus spécial à tes yeux qu’un autre ? Qu’est-ce que nous attendons de nous ? Que faisons-nous ensemble, au juste ? Arrête de m’infantiliser ! Je ne suis pas ton père ! Qu’est-ce qui nous différencie de simples colocs’… à part le sexe ? »

 

N.B. : je vous renvoie également aux codes « Inceste », « Amant modèle photographique », « Poupées », « Inceste entre frères », « Infirmière », « Mère possessive », « Cannibalisme », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Pygmalion », et à la partie sur l’« amitié » dans le code « Solitude », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

En remettant en question la valeur de l’amour homosexuel tel que je le fais, je m’expose probablement aux foudres de certaines personnes homosexuelles qui prétendent – le plus sincèrement du monde ! – qu’elles aiment profondément leur partenaire ou qu’elles ont vraiment connu le « Grand Amour », souvent au prix de nombreux sacrifices qui suffisent à prouver la force surhumaine de leurs sentiments. Mais je continue de penser que la majorité d’entre elles confondent l’amour avec l’impression d’amour qui se dégage de différents types de liens (entre deux frères, deux amis, un élève et son maître, une personne malade et son visiteur, un acteur et son public, un père et son fils, etc.) qui peuvent assurément offrir des instants de complicité « forts » mais qui ne sont pas d’ordre purement aimant.

 

Étant donné que l’union conjugale homosexuelle n’est pas procréatrice mais réellement fantasmée (dans le sens de « réalité fantasmée » que j’emploie dans mon livre, à savoir une réalité forcée, où priment les fantasmes), l’identité des amants au sein du couple homosexuel devient fatalement floue. Quand certains sujets homosexuels essaient de parler de leur relation d’amour, nous ne savons jamais trop s’ils se réfèrent à une union paternelle, fraternelle, amoureuse, amicale, gémellaire, féodale, religieuse, ou autre. Ils définissent leur partenaire comme un père, un fils, un grand frère protecteur, un bon ami, un frère jumeau, un confident, un fidèle serviteur, un maître, un roi, un demi-dieu, mais ils ne sont convaincus par aucun de ces qualificatifs.

 

Dans un premier temps, comme le lien homosexuel touche un peu à tous les types de liens humains possibles, il ressemble à une étourdissante salade composée renfermant le meilleur. Nous pourrions dire que c’est un « best-of d’amour(s) » ! Mais à vouloir tout mettre dans cette salade, et surtout des éléments qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, elle finit par ne plus avoir de goût. Plus les jours et les mois se succèdent, et moins les partenaires homosexuels se surprennent… ou plutôt si : ils se découvrent, mais dans le mauvais sens. Tous deux portent tellement de masques à la fois qu’ils sont amenés à se demander qui ils sont véritablement pour l’autre et pour eux-mêmes. « Mon copain m’assure qu’il m’aime… mais m’aime-t-il vraiment d’amour, ou comme un simple ami, un substitut paternel, un tendre frère, ou un dieu tout-puissant, que je ne suis à l’évidence pas ? » À la longue, leur questionnement peut devenir très vite obsédant puisqu’il met en lumière une angoissante absence de projet de vie, et un refus mutuel de l’acceptation libérante de leur inaliénable unicité. « Je reste avec l’autre parce que je n’ai pas la force de le quitter et de m’aimer seul » pourraient s’avouer intérieurement à elles-mêmes beaucoup de personnes homosexuelles !

 

L’amalgame entre amour et amitié par exemple est beaucoup plus dramatique que ce que nos sociétés actuelles le pensent : l’un et l’autre se détruisent quand nous les faisons fusionner ensemble. Certaines personnes homosexuelles camouflent leur gêne de cette confusion dans le cynisme dédramatisant. « Je fais l’amour de temps en temps comme on va à la piscine, rongée de culpabilité à mon tour parce que je n’aime ma partenaire que d’amitié. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 174) Elles savent implicitement que le massacre de l’amitié par les gestes de l’amour équivaut souvent au massacre de l’amour aussi. Une fois qu’elles et leur compagnon sont unis par le sexe, elles se rendent compte qu’il est difficile de faire machine arrière et de s’avouer qu’ils se seraient davantage respectés s’ils étaient restés simplement amis, s’ils n’avaient pas grillé bêtement les étapes. La promesse des corps n’obéit pas à nos croyances en la banalité du passage de l’amour à l’amitié, ni les actes sexuels à nos intentions de les atténuer.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles se retrouvent prises à leur propre jeu de la séduction. Ce n’est pas qu’elles n’aiment pas leur partenaire. Elles « l’apprécient beaucoup », « l’aiment bien », éprouvent une « profonde affection pour lui », le considèrent comme un petit frère qu’on cajole, comme un « bon copain », un parrain, un confident qui avec le temps finira par devenir par la force des choses indispensable. Elles l’aiment … oui, c’est certain… mais pas d’amour. Et c’est là tout le problème. Leur union sentimentale, ce n’est pas rien, et pourtant, ça ne suffit pas : elle ne les comble pas un minimum comme l’Amour vrai comble un maximum. Elles savent au fond qu’elles auraient très bien pu choisir avec leur partenaire « amoureux » l’option amicale qui les compromette moins et qui leur apporte tout autant (si ce n’est plus !), qu’elle aurait trouvé dans l’amitié les mêmes avantages que ceux qu’elles expérimentent dans l’amour homosexuel… excepté la jouissance génitale, les « je t’aime » à lire sur le portable, les croissants chauds servis au lit le dimanche matin, et le nounours à blottir contre soi la nuit, … bref, tout ce qui, sans l’amour véritable, ne fait partie que des « à-côtés » détestables de la passion amoureuse éphémère.

 

Dans la majorité des couples homosexuels qui nous entourent, on se demande quelle drôle de relation « amoureuse » il est en train de se vivre. Les amants homosexuels n’ont pas pour autant l’impression de s’enfoncer dans un mensonge flagrant puisqu’ils sont souvent tous les deux très sincères au départ et vivent quand même ensemble des moments authentiques ponctuels qui leur font oublier les désagréments persistants de l’amalgame des sentiments humains amoureux, amicaux ou filiaux, ces derniers étant en temps normal liés sans s’équivaloir. Mais au final, certains décrivent leur couple comme un « nous » dépassant et étouffant le duo. « ‘Nous’, c’est cette entité autosuffisante, cette famille pas si facile à définir. Maris, amants, amis, frangins, tout à la fois ? » (Élisabeth Lebovici, « Gilbert and George », dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 222) Les amants homosexuels forment une famille à deux en quelque sorte, mais cloisonnée sur elle-même. Pour cette raison, il n’est pas étonnant de voir arriver l’asphyxie chez bon nombre d’entre eux.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

Le personnage homosexuel ne sait pas qualifier la nature de sa relation amoureuse homosexuelle autrement que comme un fourre-tout sans beaucoup de goût :

 
 

a) Mon amant homosexuel est mon frère :

Beaucoup de personnages homosexuels considèrent leur amoureux comme leur frère (…et plus si affinités) : « Es-tu un frère ? Es-tu un rêve ? À des milliers d’âmes anonymes. » (cf. la chanson « J’ai essayé de vivre » de Mylène Farmer) ; « Vous êtes plus qu’un frère. » (Bernard s’adressant à son futur amant Didier, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Cyril et Sébastien Ceglia) ; « Je recherche mon frère, mon jumeau. » (Paul, le héros homosexuel du film « Seeing Heaven » (2011) de Ian Powell) ; « Si Hall meurt, je meurs. » (Arthur, le personnage homosexuel, parlant de son frère, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc. C’est le cas par exemple dans le film « Comme un frère » (2005) de Bernard Alapetite et Cyril Legann, dans la photo Comme des frères (1982) de Jean-Claude Lagrèze, etc. (J’évoque plus largement le cas des frères de sang qui couchent ensemble, à travers un autre code, celui de l’« inceste entre frères » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.) Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Ronit et Esti veulent mélanger leur sang : « On pourrait devenir des sœurs de sang. […] Si on mélange notre sang, on sera sœurs pour toujours. » (pp. 214-215) Georges et Alexandre, les deux protagonistes homosexuels du film « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy, font de même. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, afin d’être au chevet de son copain Bryan à l’hôpital, Kévin se fait passer pour son frère. Un peu plus tard, quand Bryan sort de sa convalescence, l’effusion que son amant lui réserve au moment des retrouvailles n’étonne pas le lecteur : « Bryan, mon frère, j’ai envie de t’embrasser ! » (p. 233) Dans le film « Rose et noir » (2009) de Gérard Jugnot, quand on demande à Saint Loup et Casta quelle est la nature de leur relation, Casta répond par une entourloupe : « La vérité, c’est que nous sommes frères. » Mais la surenchère de Saint Loup (« On peut dire ça comme ça… ») laisse planer l’équivoque homosexuelle. En tombant sur certaines descriptions amoureuses de l’amant homo, on est surpris de voir qu’il est comparé maintes et maintes fois à un frère : « Rosário, je l’aime comme mon frère, comme mon petit ami. » (Tonia dans le film « Mourir comme un homme » (2009) de João Pedro Rodrigues) ; « Nous sommes comme des frères. » (Malik à son amant Bilal dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « Aujourd’hui, votre fils a plus besoin d’un frère. » (le héros homo évoquant son homosexualité à son père qu’il vouvoie et à qui il adresse une lettre à la troisième personne, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy)

 

Par exemple, dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin, Arielle, la « fille à pédé », confond le frère de son meilleur ami Antoine, Gérard, avec un de ses amants : « T’as un nouveau prétendant ? » « Non, c’est mon frère. » répond-il. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homosexuel, drague 18 ans après avoir perdu son amant de jeunesse Nathan, le frère de ce dernier, Léonard. Une façon pour lui de conjurer le sort et de retrouver Nathan. Dans le film « Knock at the Cabin » (2023) de Night Shyamalan, pour voler Wen, leur future « enfant » obtenue par GPA dans une clinique asiatique, Eric fait passer son « mari » Andrew pour « son frère » et le faire rentrer dans la salle d’accouchement comme si lui était le vrai peur de la gamine.
 
 

b) Mon amant homosexuel est mon fils :

Capture d’écran 2013-08-27 à 11.16.28

Film « Rue des Roses » de Patrick Fabre


 

Dans certaines œuvres de fiction traitant d’homosexualité, l’amant est considéré comme un fils. Je vous renvoie au roman Todos Los Parques No Son Un Paraíso (1978) d’Antonio Roig (avec la relation ambiguë entre Roig et Ronald), au poème « La Portée de quelques notes » (2008) d’Aude Legrand-Berriot, au film « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider (avec une relation infantilisante et très mal vécue par les deux amants), au film « Rue des Roses » (2012) de Patrick Fabre (Mehdi est en couple avec un homme plus jeune, Axel), à la chanson « Quatre Vies » d’Emmanuel Moire, à la pièce Un cœur de père (2013) de Christophe Botti, etc. Dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, Joe accueille Roy comme un « fils prodigue ». Dans le film « Corps à Cœur » (1978) de Paul Vecchiali, Louis, un garagiste âgé, fait une déclaration d’amour inattendue à son employé Pierrot : « Je me disais que je t’aimais comme un fils. Je t’aimais. Mais pas comme un fils. Toi tu ne te rendais compte de rien. » Dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval, Fred traite son amant Max comme un môme, et lui chante la comptine de « La Petite automobile ». Dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder, Petra et sa servante Marlène maintiennent une relation infantilisante : la première envoie la seconde faire des dessins. Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Julien traite son amant Yoann comme un petit enfant qu’il amène au Parc Astérix. Et Yoann s’excite toujours autant d’y être emmené. Dans le film « Entre les corps » (2012) d’Anaïs Sartini, Marie, l’amante d’Hannah, traite pour rire sa partenaire de « petit bébé » parce que celle-ci (24 ans) est plus jeune qu’elle : « Je me sens comme une pédophile… » dit-elle après l’avoir embrassée. Dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Frédérique traite sa copine Heïdi de « bébé »… et la différence d’âges de 10 ans entre elles n’aide pas, il faut le reconnaître. Et quand leur ami homo Jean-Luc parle d’avoir un enfant, il s’annonce déjà comme une mère possessive : « Je me connais, je serai une vraie maman poule. » Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, William sort avec un homme marié, Georges, qui a le double de son âge, et qui l’infantilise en l’appelant « Sugar ». Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Petra traite son amante Jane de « bébé ». Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Julien traite son amant Yoann comme un petit enfant qu’il amène au Parc Astérix. Et Yoann s’excite toujours autant d’y être emmené.

 

FRÈRE 1

Film « Taxi Zum Klo » de Frank Ripploh


 

Le personnage homosexuel décrit son amant comme son propre « bébé d’amour » : « Mathilde s’extrait de mon ventre. » (la voix narrative parlant de son amoureuse, dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 91) ; « Oh ! Pascal, Pascal !… J’ai pas de fils. Mais c’est un comme toi que j’aurais voulu. Un exactement comme toi. » (Pierre au jeune Pascal dans le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami, p. 253) ; « J’veux baiser qu’avec toi, ça s’dit pas. Et un bébé comme toi, ça s’prête pas. » (cf. la chanson « Caribbean Sea » d’Étienne Daho) ; « Mais de toi je ferai ce que je voudrai. » (Bruno s’adressant à son « fils » et amant Jérémie, parodiant Niagara, dans le téléfilm « Sa raison d’être » (2008) de Renaud Bertrand) ; « Je serai de loin ta mère, comme ta mère. » (Khalid s’adressant à son amant Omar, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 150) ; « Chéri ! C’est maman ! » (Benjamin parlant à son amant Pierre dès qu’il arrive dans leur appart, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Ça va, bébé, t’as passé une bonne journée ? » (Arnaud s’adressant à son amant Benjamin, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Je suis sûr que t’étais l’enfant parfait. » (Bryan s’adressant amoureusement à son amant Tom, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; « Tiens compagnie à papa. » (un client s’adressant perversement à David, le jeune homosexuel de 14 ans, dans le cinéma porno, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; etc.

 

L’amant est aimé par le héros homosexuel comme ce dernier imagine qu’une mère aime son fils : « Et maintenant… on ouvre le petit paquet secret… celui que je tenais caché… avec quelque chose de très bon… pour accompagner le thé… du cake ! » (Molina à son amant Valentín, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 185) ; « On n’aime plus sa maman ? » (Franck à son « fils/meilleur pote » Matthieu, en lui fonçant dessus pour rire, dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel) ; « J’éprouve même ce que j’imagine être le sentiment d’une mère pour son enfant… Moi qui n’en aurai jamais. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 14) ; « Lui [Édouard, le copain de Georges], il cherche une mère… Ça tombe bien. » (Arnold parlant de Georges, dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco) ; etc. Le personnage homosexuel englue son amant d’une sollicitude très maternelle : « Je le forçais à sortir avec un sparadrap sur le nombril que je vérifiais quand il rentrait et je ne le laissais jamais sortir seul le soir. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 41) ; « J’aime Perón comme s’il était mon fils. » (la mère d’Evita dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Mourad venait d’entrer dans la cuisine. Il souriait de joie en entendant son petit Jason si plein d’énergie pris d’un nouvel accès d’autoritarisme. » (Christophe Bigot, L’Hystéricon (2010), p. 333) ; « J’aime les hommes qui aiment leur mère. » (Léopold s’adressant à son amant Franz, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Je me suis toujours demandé pourquoi elle m’aimait. J’ai vaguement pensé que j’étais un substitut maternel, comme on dit. Cette idée ne me plaît guère, mais il n’est pas mauvais de la regarder en face. » (Suzanne en parlant de sa compagne Héloïse, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 78) ; « Lola, viens ici. Je ne t’autorise pas à faire ce genre de caprice. » (Vera l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Lola, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Ça va ! Je suis pas ta mère ! » (Lola s’adressant à son amante Nina, idem) ; « Tu ne sais jamais rien. J’en ai assez de te materner, Nina. » (idem) ; etc. Par exemple, dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Delphine, l’héroïne lesbienne explique à son amante Carole que c’est en jouant au papa et à la maman sur la cour d’école qu’elle a vécu sa première expérience lesbienne : « On jouait au papa et à la maman. Comme y’avait pas assez de papas, j’ai fait le papa. » Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le Dr Katzelblum suit en psychothérapie Benjamin/Arnaud et essaie de les aider à s’assumer en tant que couple homo. Il s’y prend de manière progressive, par des petits exercices pratiques. Et notamment, il tente de leur faire la main de l’autre : « Finalement, c’est pas très dur. C’est comme prendre un enfant par la main. »

 

Souvent, l’attrait du personnage homosexuel pour les amants qui ont l’âge d’être son fils, mais qui ne se laissent pas manipuler comme des bébés, font place chez lui à l’amertume et au mépris jeuniste : « Je ne suis pas ton ‘petit Jan’. » (Jan résistant à la drague de son ami Matthieu, dans le film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser) ; « Je m’étais fait l’illusion de retrouver en vous ma propre jeunesse, mais rien en vous ne me séduit. Il y a trente ans je vous aurais peut-être trouvé désirable, et encore je ne suis pas sûr de cela, et puis vous n’étiez qu’un nouveau-né. » (Cyrille au Journaliste dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) Par exemple, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., le couple Matthieu (28 ans) et Jonathan (23 ans) parlent, en plaisantant, de leur soi-disant « grande différence d’âges ». Et plus tard, ils s’infantilisent l’un l’autre sans s’en rendre compte : « Il est trop mignon quand il fait des dodos. » (Jonathan) Dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, la relation amoureuse entre le très vieux et autoritaire Raúl et le très jeune Roberto commence à révolter mollement le second : « Je ne suis pas ton fils. »

 
 

c) Mon amant homosexuel est un simple ami :

Je reprends de manière beaucoup plus complète la confusion entre amitié et amour homosexuel dans mon code « solitude » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Cela dit, on peut quand même faire mention de quelques œuvres de fiction traitant du mélange entre amitié et amour homosexuel : cf. le film « Les Amis » (1970) de Gérard Blain, le film « I Am Not What You Want » (2001) de Kit Hung, le film « Mon Ami, mes amants » (2002) de Jean-Daniel Cadinot, la chanson « Amis, amants » du groupe What For, etc. Par exemple, dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, Erik décrit son amant Paul comme son « meilleur ami ».

 

Entre les personnages de fiction homosexuels, il est parfois question de sex friends, de « potes de baise » : « Elle était avec ses copines… enfin, ses exs… enfin, ses potes… enfin, ces autres gouines branchées. » (Océane Rose Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « Entre amants, entre amours, entre amis. » (cf. une réplique de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Je ne peux plus continuer avec Jo. Il ne se passe plus rien. On est passés d’une relation fusionnelle à une relation fraternelle. » (Matthieu parlant de la relation d’un an qu’il vit avec Jonathan, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; etc. On ne sait pas trop si les héros entre eux sont amis ou amants… ou les deux. Par exemple, dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Henri présente son « mari » Dominique comme son frère… alors que c’est juste son meilleur ami.

 
 

d) Mon amant homosexuel est mon père :

L’amant homosexuel recherche un amant protecteur et paternel : cf. la chanson « Aime-moi comme ton enfant » de Catherine Lara, le roman Julia (1970) d’Ana María Moix, le film « L’Isola Di Arturo » (« L’Île des amours interdites », 1961) de Damiano Damiani, le film « Charlotte dite ‘Charlie’ » (2003) de Caroline Huppert (où Charlie est troublée en massant la mère de sa copine Babou), etc. Je vous renvoie au code de l’« inceste » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels. Par exemple, dans le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela, Tareq, le héros homosexuel, raconte que sa première fois homosexuelle, à l’âge de 17 ans, il l’a vécue avec un homme plus âgé que lui : « Je cherchais sûrement une figure paternelle. »

 

Dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow, Sébastien appelle son amant Paul « mon papounet ». Dans la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane, Alex et Mitchell simulent une relation neveu/oncle. Dans le roman Deux femmes (1975) de Harry Muslisch, Laura soupçonne son amante Sylvia de ne pas avouer son homosexualité à sa maman parce qu’elle a aussi l’âge d’être sa mère : « Inconsciemment, tu lui tiens peut-être rancune d’être tombée amoureuse d’une femme qui lui ressemble. » (p. 60) Sylvia réagit ironiquement : « Ah bon, tu es ma mère, alors ? » Ce à quoi Laura lui rétorque dans une attitude de provocation vexée : « À cela près que je ne m’occupe pas de ton père. En tout cas je suis aussi une femme, et toi tu es une petite garce. » Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, une patiente lesbienne reçoit un beau diamant de la part de Lili, sa compagne lesbienne de 73 ans, à l’occasion de « leur » un an de vie ensemble : « C’est pour ça que Lili, c’est mon deuxième papa. » Dans le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh, Russell appelle sincèrement son amant Glenn (du même âge) « Dad » ; et quand il lui annonce qu’il est orphelin, il lui propose à son tour de lui servir de substitut paternel : « Et si je faisais semblant d’être ton père… » Dans la performance Nous souviendrons-nous (2015) de Cédric Leproust, le narrateur adulte joue au petit enfant dont la vie s’est arrêtée à la mort de son parrain. Dans le film « Demain tout commence » (2016) d’Hugo Gélin, Bernie, le producteur homosexuel, drague ouvertement Samuel (joué par Omar Sy) et se faisant passer pour un enfant à protéger : « Tu m’adoptes ? »

 

Le personnage homosexuel s’adresse à son amant comme s’il était son père, ou bien est considéré par les gens de l’extérieur comme le fils de son petit ami : « N’oublie pas de me ré-enfanter. » (Daniel s’adressant à son amant Luther dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta) ; « Désolé papa. » (Jack, 22 ans, à son amant Paul, du même âge, dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt) ; « Je ne sais pas si Harvey a deviné qu’on formait un couple : il se peut qu’il se soit trompé et nous ait pris pour père et fils. » (Michael en parlant de son couple avec Ben, dans le romanMichael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 80) ; « Et c’était cela la seule différence. C’était qu’une autre silhouette, un autre visage, se détachaient de l’arrière-plan pour se préciser aux côtés de son père… Pierre Gravepierre ! » (Pascal à propos de son amant Pierre, dans le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami, p. 131) ; « Physiquement, j’aime mieux qu’ils soient plus mûrs, je recherche plutôt un papa. » (Bjorn dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, pp. 159-160) ; « Douze ans de plus que moi… Il pourrait être mon père. » (Damien par rapport à son amant Norman, dans la pièce Les Deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi) ; « Je suis dans ton ventre, je suis un fœtus, je m’oublie. » (Alice à son amante Elsa dans le film « Alice » (2004) de Sylvie Ballyot) ; « Salut Christine. Tiens, t’es venue avec ta mère ? » (Nathalie Lovighi sortant une blague acerbe à une amie lesbienne lors d’une soirée, dans le spectacle de scène ouverte Côté Filles au 3e Festigay de Paris en 2009) ; « Mon père… J’ai épousé mon père. Putain d’Œdipe… » (Marilyn, la videuse lesbienne de la boîte Le Gouine, parlant de sa compagne, dans le one-woman-show Paris j’adore ! (2010) de Charlotte des Georges) ; « Fermant les yeux, elle essaya de reconstituer le visage paternel, son beau visage qui parfois semblait inquiet ; mais l’image fut lente à se former et s’effaça aussitôt, car les morts doivent souvent faire place aux vivants. Ce fut l’image d’Angela Crossby qui subsistait tandis que Stephen était assise ans le vieux fauteuil de son père. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 186) ; « La voisine prit le nouveau-né dans ses bras, ouvrit son corsage, mettant à nu un sein bien rond d’où, tout gonflé comme il était, le lait sortait déjà. Elle le guida vers la petite bouche qui instantanément se mit à téter. Je m’imaginais tétant ce joli sein, et me renouvelai la promesse que je m’étais faite : posséder un corps féminin et en avoir tous les plaisirs possibles. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 27) ; etc.

 

L’amant est aimé par le héros homosexuel comme ce dernier imagine qu’un fils aime sa mère : « Tu crois qu’il est comme ma belle-mère ? » (Zize, travesti M to F, parlant de son mari à sa mère, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « C’est drôle, ça ne fait pas un mois qu’on se connaît et je te dis des choses que je n’ai jamais dites à personne, à part à ma mère ! » (Kévin à Bryan, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 100) ; « Aujourd’hui, après, quelques jours d’interruption ayant expédié au mieux mes obligations, j’ai enfin eu le temps de me faire cajoler par la bonne. J’ai acheté toutes sortes de produits sans regarder à la dépense, notamment une poudre parfumée que l’on indique en cas d’irritation de la peau chez les bébés. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 98) ; « Je t’aime. Je t’aime autant que ma mère ; peut-être même plus… Je t’aime. » (Tanguy à Gunther, dans le roman Tanguy (1957) de Michel del Castillo, p. 89) ; « Valentín… je crois que depuis mon enfance, je ne me suis jamais senti aussi content. Depuis le temps où maman m’achetait un jouet, ou quelque chose comme ça. » (Molina après sa nuit d’amour avec Valentín, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 210) ; « Il [Adrien] avait aussi un immense besoin d’être aimé. Il y avait en lui un enfant qui cherchait à être protégé, consolé, un enfant qui requérait un amour total. […] Il était bien conscient que cet amour-là ressemblait à l’amour perdu de la mère. » (Adrien parlant de son jeune amant Malcolm, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 40). Dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard, Bonnard propose à son copain Dzav d’être sa mère.

 

Ce rapport incestueux avec l’amant apparaît au final comme une illusion : « Le téléphone sonne. Son cœur s’illumine à l’idée que Ginette ait finalement pensé à elle. Mais ce n’est que sa mère. » (Lucie dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 31) ; « T’es pas ma mère : t’es ma copine. » (Rosário à son amant trans Tonia dans le film « Morrer Como Um Homen », « Mourir comme un homme » (2009) de João Pedro Rodrigues) ; « L’homosexualité est une infantilisation. » (le père de Claire s’adressant à sa fille et à la compagne de celle-ci, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; etc. Le personnage homosexuel finit parfois par punir les amants mûrs qu’il s’est choisi comme pères de substitution, en affublant de qualificatifs âgistes ces prétendus « vicieux qui veulent jouer le rôle de sa mère » (la voix narrative dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 161). Forcément : n’étant pas son père réel, ils finissent fatalement dans son esprit par être des imposteurs !

 
 

e) Mon amant homosexuel est mon maître et mon Dieu :

Dans certains créations artistiques, le personnage homosexuel déifie son amoureux : cf. le film « F. est un salaud » (1998) de Marcel Gisler (où un fan se laisse soumettre par sa rock star), le film « In The House Of Brede » (1975) de George Schaefer, le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, le film « Je t’aime, je t’adore » (2002) de Manuel Blanc, la chanson « Monsieur Amour » de Colette Mars, la chanson « Mon Secret » de Suzy Solidor, la chanson « Amen-moi » de Bilal Hassani ; etc. « Gérard et moi, c’était une allégeance absolue. » (Guillaume dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; « Excuse-moi. J’avais oublié que t’es un dieu. » (Bart s’adressant amoureusement à Hugo, dans l’épisode 268 de la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1 le 13 août 2018) ; « Je t’aime comme un fou, comme un soldat, comme une star de cinéma. » (Philippe s’adressant à Gabriel – et parodiant Lara Fabian – dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce) ; « À cet instant je me sentis comme sainte Véronique, tant mon émotion était grande. » (Alexandra, la narratrice lesbienne, en train d’essuyer les sécrétions vaginales de sa jeune voisine, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 53) ; « Je voudrais le suivre où il ira. Il est ma vie. Je suis son Roi. Pour tout vous dire, je l’ai juste rêvé. » (cf. la chanson « Je l’ai pas choisi » d’Halim Corto) ; etc. L’amant est considéré comme un ange ou un demi-dieu : « Tu es un ange merveilleux. » (Pietrino à son amant Fefe dans le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto) ; « C’était bien le jour de Khalid. » (Omar, qui voit son amant comme un roi, comme le substitut d’Hassan II, dans le roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 90) Dans le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, David, l’amant homosexuel, est comparé à Dieu : « J’ai passé des semaines dans les bras du Bon Dieu. » (p. 12) Dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, Santiago compare la toile qu’il a peinte de son amant Miguel au « Corps du Christ ». Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Stephen, l’héroïne lesbienne, appelle sa nurse Collins « sa déesse » (p. 29). Dans l’épisode 365 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 27 décembre 2018, André, le héros homosexuel, dit qu’il est sorti avec un bel Allemand, Otto, « beau comme un dieu grec ».

 

L’amour entre amants homos prend la forme de la relation entre un fidèle et son dieu : « Qu’en est-il de l’existence de Dieu ? Et de Mathilde ? » (la voix narrative dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 103) ; « J’ai subitement envie de la vouvoyer. J’ignore d’où me vient cette aspiration à la distance. […] Je vous en prie, madame. » (idem, p. 90) ; « Tu es celui que j’aime… comme Dieu. » (Pierre à son amant Julien, dans la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener) ; « Elle est dure avec moi, je vous jure. Je lui lave les pieds comme si elle était Jésus et elle m’engueule, elle me parle mal. » (Polly parlant de son amante Claude, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 115) ; « Je t’idéalisais, je te consommais puis je t’ignorerai. » (c.f. la chanson « Comme ça » d’Eddy de Pretto) ; etc. Par exemple, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Arthur appelle son amant Jacques « mon ange ».

 

À ce propos, on observe très souvent dans les fictions homosexuelles que le verbe « aimer » est remplacé par celui d’« adorer » (qui signifie « vouloir être semblable à ») : « Comme les dieux qu’on adore adorer, j’adorais adorer. » (cf. la chanson « L’adorer » d’Étienne Daho) ; « Je t’embrasse et t’adore. » (Chris à Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 121) ; « Je veux que le monde entier sache combien je vous adore. » (Stephen à Angela dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 196) ; « Je vous adore, vous et vos naïfs stratagèmes… » (Émilie parlant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 58) ; « J’t’adore. » (Erika s’adressant à son amante Jézabel, dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco) ; « Je reconnais t’avoir adoré passionnément. » (Basile s’adressant à son amant Dorian dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « J’l’adore, c’est vrai. » (Yoann, le héros homosexuel, parlant de son amant bisexuel Julien, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Il l’aime et il l’adore. » (cf. la chanson « Insondables » de Mylène Farmer) ; « Je l’adore. Et tu l’adoreras aussi. » (Vita Sackville-West, lesbienne, s’adressant à sir Harold Nicolson à propos de Virginia Woolf, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc.

 

Cette adoration possessive n’est pas toujours comprise du héros homosexuel, qui voit dans l’attachement amoureux excessif de son partenaire une attitude déplacée et immature. Dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi, par exemple, Cachafaz n’apprécie pas de « se faire idolâtrer par un pédé ». Dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Dan veut que son amant Gerry, avec qui il vit depuis une vingtaine d’années, « comprenne une fois pour toute qu’il n’est pas Superman » (p. 237).

 
 

f) Mon amant homosexuel est un peu tout et rien à la fois :

Le personnage homosexuel adopte une vision extra-large de son amoureux : il serait à la fois son frère, son ami, son « pote », son père, son voisin, son parrain, son cousin, son double, son confident, son roi, son Dieu. Dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, par exemple, Félix rencontre tout au long de son voyage des inconnus qui deviennent tour à tour les membres/les amants de sa symbolique famille parallèle élargie. Dans le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre, Rubén, un client de 40 ans appelle Eloy son jeune prostitué (au look christique) « mon amour, mon petit » ; ils découvrent qu’ils ont le même nom de famille ; et un peu plus tard Eloy révèle à son client qu’il vient d’une famille de 8 enfants, et qu’il a toujours aimé les douches serrés comme des sardines avec ses frangins en caleçon… et que ça aurait inconsciemment stimulé son homosexualité !

 

FRÈRE 2

 

Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel, entretient une relation de séduction avec son grand-frère Ody, son parrain homo Tassos, ses amis de passage (qui parfois l’entretiennent financièrement et sont en général plus âgés que lui), son pote Stefanos (compagnon fashion victim rencontré aux toilettes), son père biologique Lefteris disparu puis retrouvé sous la forme d’un homme politique d’extrême-droite qui doit selon lui correspondre aux critères pileux de ses fantasmes de magazines. Ody laisse entendre à la fin que leur père biologique à lui et à Dany n’est peut-être même pas Lefteris. Dans le film « Vacationland » (2006) de Todd Verows, le héros homo embrasse son amant qui finit par changer de visage et prendre la forme d’un businessman puis d’un grand-père. Dans le film « Ma vie avec Liberace » (2013) de Steven Soderbergh dresse le portrait de Liberace, un pianiste virtuose absolument tyrannique autant que doucereux avec ses amants qu’il infantilise et exploite en les traitant tôt comme des dieux (il dira « Mon Sauveur !!! » ou bien « Je suis un peu toute ta famille. » à son amant Scott) tantôt comme des diables qui lui ont pourri la vie.

 

La relation entre amants est en général ludiquement/amoureusement indéfinie : « J’ai une infinie tendresse pour toi. Qui durera toute la vie. » (Emma s’adressant à Adèle, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche) ; « Jonatán, mon père et mon roi, mon frère et mon amant. » (cf. la nouvelle « Jonatán » (2000) de Blas Matamoro) ; « Mon amour pour vous n’est pas celui qu’on porte à une amie, à une mère. Sinon, aurais-je un tel désir de vous bercer dans mes bras ? » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 176) ; « Il est le maître, le frère, mon jumeau. » (Julien Brévaille à propos de son amant Loche, dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 65) ; « Mary n’aurait aucune place dans son cœur, dans sa vie, pour un enfant, si elle venait à Stephen. Elles seraient tout l’une pour l’autre si elles demeuraient dans cette parenté sans limites : père, mère, ami, amant, tout… étonnante plénitude ! Et Mary, l’enfant, l’amie, la bien-aimée. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 393) ; « Tandis qu’elle tenait la jeune fille dans ses bras, Stephen sentait qu’en vérité elle était toutes choses pour Mary : père, mère, amie et amant, et Mary toutes choses pour elle : l’enfant, l’amie, la bien-aimée. » (idem, p. 412) ; « Il s’appelle Robert Edwards. Il a vingt-trois ans. Il a soixante-dix-neuf ans. […] Il est ton père, ton frère, ton ami : tu le connais depuis toujours. » (Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 232) ; « Croyez-en le vieux bonhomme désabusé que je suis devenu, et qui vous aime comme un père, un frère, un ami. » (la figure de Proust à son amant Vincent dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 183) ; « Sachez que je vous aime tout entière. […] Je vous aime femme, mère, amie, amante. » (Émilie à Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 107) ; « Ma Dame, aujourd’hui, je suis votre enfant. Consolez-moi. Aujourd’hui, je suis votre amie. Écoutez-moi. Aujourd’hui, je suis votre sœur. Gardez-moi. Aujourd’hui, je suis votre amante. Aimez-moi. Aujourd’hui, je suis à vos pieds. Sauvez-moi. » (idem, p. 156) ; « Le papa, c’est toujours Dieu. » (Thierry le héros homo, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche, épisode 8 « Une Famille pour Noël ») ; « À toi mon frère que j’ai aimé comme un père. » (Didier Bénureau dans son concert Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Je peux pas encore aller la voir à l’hôpital, parce que je suis pas de sa famille. (En pleurant) Tu te rends compte, je ne peux pas aller voir ma femme à l’hôpital parce que je ne suis pas de sa famille, mais je suis TOUTE sa famille à moi toute seule ! Putain, je-suis-pas-sa-fa-mille ! Ils se foutent de ma gueule, moi je veux la voir, j’en ai rien à foutre que je sois pas mariée, j’ai bien le droit de voir ma femme, je dors avec elle toutes les nuits. » (Polly parlant de son amante Claude, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 115) ; « Dany, quand tu dis que tu m’aimes, tu m’aimes un peu comme un pote, c’est ça ? Alors comme un frangin ? Comme un cousin, donc ? Comme deux mecs en prison ? » (Billy Stevens, le personnage homo du faux film « Servir et protéger » s’adressant à son futur amant Dany en pleine guerre du Vietnam, en faisant mine de ne pas comprendre les sentiments que son camarade de tranchée qu’il porte sur le dos lui exprime, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; « Je suis voleur. Vous êtes Roi. Autrement dit, nous sommes deux frères. » (cf. le poème ironique que Lacenaire adresse au Roi, dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; « On dirait ma sœur. » (Benjamin parlant de son amant Arnaud, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc. Dans le roman L’Agneau carnivore (1945) de Agustín Gómez-Arcos, le protagoniste définit son amoureux comme « son frère amour, son seul dieu ». Dans l’épisode 86 « Le Mystère des pierres qui chantent » de la série Joséphine Ange-gardien, diffusée sur la chaîne TF1 le 23 octobre 2017, Louison est grillée pour son homosexualité par des photos prises sur téléphone portable à une soirée, où elle enlace – à la base amicalement – sa meilleure amie Clara. C’est la confusion des sentiments : « Clara, c’était ma meilleure amie. C’était comme une sœur. » Louison finit par faire un vrai coming out.

 

Dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, Anamika, l’héroïne lesbienne de 20 ans, se pose la question de rajouter à la liaison qu’elle a déjà avec Linde une mère de famille, et celle qu’elle maintient par ailleurs avec Rani sa domestique, une troisième relation amoureuse avec Sheela, une de ses camarades de classe : « J’avais l’esprit ailleurs, occupé à peser le pour et le contre afin de savoir si je devais avoir une relation amoureuse de plus, avec quelqu’un de mon âge, une jeune fille sans mari ni fils. Une jeune fille qui n’était ni ma domestique ni mon aînée. Une personne qui était plus ou moins mon égale. » (p. 64) Finalement, son cœur recherche non seulement des relations lesbiennes avec des personnes de chair et de sang, mais plus fondamentalement une union lesbienne divine : « L’exposé fut donné par une fille de terminale, qui parla de l’image de la déesse-mère dans la civilisation Harappan. Je songeai à Linde à chaque fois qu’elle disait ‘déesse-mère’. » (idem, p. 232)

 

Dans l’épisode 432 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 1er avril 2019, Barthélémy Vallorta dit à son amant Hugo Quéméré qu’il est pour lui à la fois « son chevalier servant, son ami, son amant».
 

 

Dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), le libraire Pawel Tarnowski, homosexuel continent, repousse son élan physique et sentimental envers le jeune David : « Pawel cherche la source de cette douleur. Essaie de la comprendre. L’homme que je cherche est en moi. Quel est cet homme ? Est-ce l’icône de mon père perdu ? Est-ce donc cela la source de la blessure primitive : la sensation laissée par l’absence du père.[…]Il jeta un coup d’œil au sol. Le garçon y dormait immobile. Pendant un long moment, Pawel le tint dans son esprit comme un père tient un enfant de deux ans sur ses genoux. Puis, il se tourna et s’endormit. » (pp. 362-363) Le dialogue final (p. 476) entre David et lui montre bien le lien trop riche et trop diversifié qui les unit. David essaie de définir le regard que Pawel pose sur lui : « C’était le regard que posait parfois mon père sur moi. Est-ce que je suis comme un fils pour vous, Pawel ? » Pawel lui répond : « Oui, un peu comme un fils. » David rajoute : « Et un ami ? » Pawel de lui répondre : « Oui, ça aussi. » David prolonge, en prêchant le faux pour savoir le vrai : « Mais un jeune ami qui dit des choses puériles. » Pawel tente de s’en sortir sans rien révéler de ses sentiments amoureux mal ajustés : « C’est le cas parfois. Mais je vois l’homme que tu es en train de devenir. Un homme bon qui marchera avec moi le long de la Vistule lorsque cette guerre sera finie, qui me racontera des choses sages et corrigera ma pauvre philosophie. » Père, fils, ami, maître. On a la totale !
 

Mais au bout d’un moment, fatigué de cette dispersion ou de son amant multi-visages, le personnage homosexuel se demande à quoi il joue, qui il aime, et quelle est sa véritable place dans sa relation amoureuse avec l’amant trouble : « Is it my brother ? Is it a friend of mine ? » (cf. la chanson « Who Is It ? » de Michael Jackson) ; « Que sommes-nous ? Un couple ? » (Julien à son amant, dans la pièce Une Rupture d’aujourd’hui (2007) de Jacques-Yves Henry) ; « J’ai voulu que tu sois toutes les femmes à la fois : amie, amante, sœur, mère, j’ai voulu m’abandonner dans une seule femme. […] Je t’aime je t’admire je t’adore, je te tue. » (Alice à Elsa dans le film « Alice » (2004) de Sylvie Ballyot) ; « Et toi, qui es-tu ? Si je suis de la famille, qui es-tu ? Mon frère ou ma sœur ? » (Kévin à son amant Bryan dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 159) ; « Quand on nous voit ainsi tous les deux, je me demande souvent ce que les gens pense de nous : voilà deux frères, deux amis ou deux amants ? » (Bryan à Kévin, idem, p. 423) ; « Dans les escaliers, je demande ‘Mais nous deux, on est quoi ? Des amants ? Un couple ?’ Il me regarde en levant les yeux au ciel. » (Mike à son amant Léo dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 100) ; « Je veux un tatouage, symbole de l’Amour. C’est juste un tatouage. Même si tu choisis le même que ton père, ça ne fera pas revenir ton frère. » (Jade, l’héroïne lesbienne du film « Spider Lilies » (2007) de Zero Chou) ; etc.

 

On comprend que le héros, en cherchant à donner différents masques inappropriés à son amant, pèche par narcissisme : « Je pensais que… Je t’ai aimé comme un frère, comme un fils, parce que je croyais que tu étais comme moi. » (Valcárcel à Herrera, dans le film « ¡ Harka ! » (1941) de Carlos Arévalo) ; « J’vois bien que je te demande quelque chose que tu peux pas me donner. » (Christophe à son amant Boris, dans le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ; « Je l’aime pour ce qu’il ne sera jamais. » (Julien Brévaille à propos de son amant Loche, dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 157) ; « Il y a une phrase dans son album : ‘L’homme doit être mari, père, soldat.’ Moi, je ne suis ni mari, ni père, ni soldat. » (Gabriele, le héros homo, s’adressant à son amie Antonietta, dans le film « Una Giornata Particolare », « Une Journée particulière » (1977) d’Ettore Scola) ; etc.

 

C’est alors que le vertige arrive : « Khalid, ami, frère, double de moi, traître, traître qui faisait le fier seul… » (Omar dans le roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 91) Dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Jean-Marc se fait plaquer par son amant Mathieu, beaucoup plus jeune que lui, après plusieurs années de vie commune. « Mais pourquoi me sentais-je encore responsable de ce trop bel acteur qui avait pris trop de place dans ma vie pendant sept ans et de qui j’avais été séparé depuis près de quinze ans ? Encore le rôle du père, du mentor, du Pygmalion que j’avais joué auprès de lui pendant si longtemps ? » (p. 43) ; « J’avais quand même vécu tout ce temps avec un gars de quinze ans mon cadet ! Au commencement, ce n’était pas très grave, j’en avais 39, lui 24, mais j’avais prédit dans un moment de découragement […] qu’un jour je serais un monsieur de 50 ans et lui un toujours jeune homme de 35… et c’est exactement ce qui s’était produit. » (idem, p. 228)

 

Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, occupe toutes les identités qu’il veut vis à vis des hommes qu’il essaie de séduire. Par exemple, Dick, l’homme dont il est amoureux, lui demande une imitation : « Fais-moi une imitation. » Et Tom imite la voix du père de Dick, et la ressemblance est tellement frappante que Dick dit « C’est éblouissant. » et se tourne vers sa compagne en désignant humoristiquement Tom comme son père : « Marge, je te présente mon père. » Plus tard, Tom, en s’écrivant à lui-même et en faisant parler Dick (qu’il a assassiné), qualifie leur relation ambiguë de toutes les catégories : « Je t’écris à toi, le frère que je n’ai jamais eu. Mon seul véritable ami. Tu es un peu mon fils. » ; « Tu es le frère que je voulais avoir. » Tom finira par assassiner son dieu humain qu’il idolâtre. Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin (mis en scène par Élise Vigier en 2018), Jimmy a vécu en couple avec Arthur pendant 14 années, et pleure son absence : « Il me manque mon ami. Il me manque mon amoureux. Il me manque mon frère. » Quant aux sentiments de Hall, le frère d’Arthur, à l’égard d’Arthur, ils oscillent entre adoration, amour conjugal, narcissisme et idolâtrie aussi : « L’adoration est-elle un blasphème ou la promesse de la Gloire éternelle ?[…] Arthur est mon âme. La prunelle de mes yeux. » Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, ne sait pas quelle place il occupe dans le cœur de son « amant » Nicholas : souvenir d’enfance ? plan cul ? petit copain ? troisième roue du carrosse ? Grand Seigneur ? (« T’habites un château de contes de fées. » lui fait la remarque Nicholas) Impossible de répondre. Face à son amie Tereza, Phil ne sait même pas lui dire « s’il a un copain » ou pas : « Je ne sais rien de lui. J’ai l’impression de ne pas le connaître. » Et effectivement, le « couple » finira par imploser.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

La majorité des personnes homosexuelles ne savent pas qualifier la nature de leur relation amoureuse homosexuelle autrement que comme un fourre-tout sans beaucoup de goût :

 
 

a) Mon amant homosexuel est mon frère :

Je vous renvoie à l’essai Comme un frère, comme un amant (1993) de Georges-Michel Sarotte. Parfois, la relation qui se vit entre deux personnes homos d’un même couple est plus fraternelle qu’aimante : « Dans leurs lettres, Annemarie Schwarzenbach et Carson McCullers disent s’aimer ‘comme des frères’. » (Josyane Savigneau, Carson McCullers (1995), p. 98) ; « L’aspect physique excepté, nous ressemblions à des frères, des jumeaux inséparables. Entre nous, il s’agissait d’une histoire de famille, pas du compagnonnage des petites amours. Moins épuisé, je ne doute pas que Claude aurait répondu à l’infirmière curieuse : ‘Ce monsieur qui vient me voir tous les jours, c’est moi. » (Christian Giudicelli, Parloir (2002), p. 20)

 
« Roissy, terminal 2. Une agent de sécurité vérifie nos passeports. […] Elle remarque que nous avons le même nom. Beaugrand-Gérin. ‘- Vous êtes frères ? Vous vous ressemblez !’ Je lance un regard amusé à Ghislain. ‘- Non. Nous sommes mariés !’ Le visage de la femme-colosse s’empourpre d’un sourire gêné. ‘- Oh. Pardon…’. » (c.f. l’autobiographie Fils à papa(s) (2021) de Christophe Beaugrand, où ce dernier raconte qu’il va cherche avec son « mari » leur enfant acheté par GPA aux États-Unis, Éd. Broché, Paris, p. 10).
 

b) Mon amant homosexuel est mon fils :

Quelquefois, l’amant homosexuel est considéré, par celui qui prétend l’aimer, comme le fils que leur couple n’accueillera pas. S’instaure alors dans le binôme homosexuel un processus d’infantilisation incestueuse (qui n’a pas forcément à voir avec la différence d’âges entre les partenaires, d’ailleurs : deux personnes du même âge peuvent tout à fait s’infantiliser l’une l’autre sans qu’intervienne le fossé des générations). « Je me sentais bien. L’étonnement, l’espoir, m’occupaient tour à tour pendant nos rencontres. Son âge ne devint plus alors le handicap qui parfois, me frustrait en sa compagnie. […] tel le culte paternel. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), pp. 124-125) Par exemple, Peter Pears dit de son compagnon Benjamin Britten qu’il « lui était dévoué comme un petit enfant passionné et proche » (cf. « Apuntes biográficos » de Benjamin Britten, sur le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003). Dans le documentaire « Cet homme-là (est un mille-feuilles) » (2011) de Patricia Mortagne, Xavier sort avec Guillaume « qui pourrait être son fils ».

 

FRÈRE 3

Lord Douglas et Oscar Wilde


 

En ce qui concerne le phénomène d’imitation du lien parent/enfant, Sigmund Freud décrit les sujets homosexuels comme des êtres qui ont tendance à se lancer à la poursuite d’objets de désir qui leur ressemblent afin de pouvoir « les aimer comme leur mère les a aimés ». Et on observe en effet que la relation mère/fils (ou plutôt l’image que certaines homosexuelles s’en font : à la fois une idéalisation excessive, et un modèle impérieux/oppressant) est très souvent transposée dans la relation amoureuse homosexuelle. L’amant est aimé par la personne homosexuelle comme cette dernière imagine qu’une mère chérit son fils : « Je suis arrivé à t’aimer si fort (plus que tout au monde) que je me suis donné l’ordre de ne t’aimer que comme un papa. » (cf. une lettre de Jean Cocteau à Jean Marais, citée dans l’article « Jean Marais » d’Arnaud Lerch, le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 312) ; « Ce que je cherche, c’est le droit d’aimer, non pas pour la seule jouissance physique, mais pour le droit de tenir quelqu’un dans me bras. […] Je réclame cela parce que je n’ai pas de fils. » (Havelock Ellis, L’Inversion sexuelle (1909), cité dans l’essai L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005) de Daniel Borillo et Dominique Colas, p. 367) ; « Il va dans le noir de son passé égyptien et, comme ma mère, j’ai envie de prier pour lui, de le soutenir, de loin, de près. » (Abdellah Taïa parlant de son amant Karim, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 65)

 

Par exemple, dans l’émission Toute une histoire spéciale « Mon père est parti avec un homme » diffusée sur la chaîne France 2 le 5 décembre 2013, quand le romancier Jacques Vialatte a vécu sa première grande histoire avec un homme et qu’il signale qu’elle a duré 9 mois, la présentatrice Sophie Davant sort une boutade qui fait rire tout le monde, mais qui reste un beau lapsus : « Le temps d’une grossesse, quoi… » (… même si, dans son esprit, elle parlait certainement de la nouvelle naissance que constituerait le coming out ou la rencontre de « l’amour » homosexuel). Dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre, Patrick raconte comment un jour, pour mentir à un de ses collègues sur son homosexualité, il s’est senti obligé de faire passer son « conjoint » pour son fils afin de justifier son absence et de se rendre à l’hôpital assister son amant. Il s’en veut encore de sa lâcheté homophobe.

 

Dans les relations amoureuses que Magnus Hirschfeld, homosexuel notoire, a entretenues en Allemagne dans les années 1920-30, on observe presque toujours un décalage générationnel et paternaliste : « Le secrétaire de l’Institut est un certain Karl Giese. C’est l’amant préféré de Hirschfeld, de 30 ans plus jeune que lui (il a donc 21 ans en 1919). Il ne distingue par une nature hautement sensible. Il sert Hirschfeld dans tous les détails de la vie domestique. Il l’appelle « papa », comme beaucoup de gens à l’Institut à cause de son rôle paternel. Ou encore Oncle Hirschfeld. Un autre amant est très attaché au maître de céans ; il se surnomme Tante Magnesia. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 112) ; « C’est là que Magnus Hirschfeld rencontre Li Shiu Tong, surnommé Tao Li, un jeune étudiant en médecine qui devient son compagnon. L’écart d’âge entre les deux est de 40 ans. Tao Li a donc 25 ans au début de leur liaison. Liaison hors du commun, homosexuelle, interraciale, intergénérationnelle. En outre, elle n’est pas monogame, puisque Hirschfeld garde sa relation avec Karl Giese. Ce ménage à trois ne vivra pas sans problème. Hirschfeld entretient financièrement ses deux amants. » (idem, p. 113)
 
 

c) Mon amant homosexuel est un simple ami :

J’aborde de manière très détaillée dans le code « solitude » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels le fréquent mélange qui est fait dans les sphères relationnelles homosexuelles entre amitié et amour… à tel point que je dis que l’amitié est la grande oubliée/ennemie de la communauté homosexuelle, puisque la drague monopolise la grande majorité des rapports interpersonnels entre individus homos. Dès qu’ils s’entendent bien, les sujets homosexuels ont tendance à passer très vite à la vitesse supérieure, et à ne pas se laisser le temps de l’amitié ; ils deviennent parfois amis, mais ce sera après avoir couché ensemble. Et quand ils sont en couple, étant donné que l’amour qu’ils vivent n’est pas trépidant, il semble qu’il n’y ait que la génitalité qui les empêche de dire ouvertement qu’ils ne sont que « de simples amis et pas plus »… alors que c’est bien souvent le cas : y compris quand le feeling est bon entre eux, ils ne sont pas plus que de bons amis. Ils se rendent compte que, mis à part les moments de sexe et de sensualité clairement conjugaux, mis à part l’officialisation sociale de leur statut de « couple », rien ne les distingue d’un duo formé de deux meilleurs amis ; et après leur rupture, si elle arrive un jour, ils comprennent très vite qu’ils auraient mieux fait d’en rester à l’amitié plutôt que de chercher à simuler l’amour fou. Ils vivaient côte à côte, certes, mais objectivement, au niveau de la force de leur lien, rien ne les distinguait de deux colocataires ou de deux amis… « Nous n’existions plus ensemble. […] Bien pis, nous nous détruisions. […] Quel était le bon sens de cette forme d’amour ? Un amour-amitié ou un amour-passion. Certes, je ne voulais pas m’enfermer dans une définition. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant de sa relation qui bat de l’aile avec son amant Yoro, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 140)

 

Cet « amour d’amitié » (détournement du beau Philia grec ou thomiste), cette « amitié forcée » (et du coup dénaturée), ces « amitiés particulières » (nom donné traditionnellement aux couples homos, et qui me paraît si révélateur !), font dire à certains penseurs que la notion de « couple homosexuel » est discutable, voire inappropriée pour deux personnes du même sexe qui décident de composer un ménage. Dans son essai Le Règne de Narcisse (2005), Tony Anatrella préfère le terme de « duo » à celui de « couple » pour qualifier une union entre deux hommes ou entre deux femmes. Et Chekib Tijani, l’auteur du très contesté essai 700 millions de GEIS (2010), va jusqu’à mettre le couple homosexuel sur le compte de la simple camaraderie travestie en « amour » : « Un gei [c’est ainsi que Tijani définit l’individu homo] qui est en relation avec un autre gei n’a pas le sentiment de vivre en couple, ce sont deux ‘copines’. » (p. 63)

 
 

d) Mon amant homosexuel est mon père :

Parfois, l’amant homosexuel est vraiment considéré comme un père de substitution par les personnes homosexuelles : « Rech. son père de substitu. » (cf. une petite annonce lue dans la revue Têtu, n° 127, novembre 2007, p. 200) ; « Aujourd’hui, c’est le 19 juin, la fête des Pères, et comme tu es mon Miam, mon papa Miam, je ne t’oublie pas. » (Julien à son amant Pascal Sevran, dans l’autobiographie Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006) de Pascal Sevran, p. 169)

 

FRÈRES 5

 

Si vous regardez les photos de Virginia Woolf avec Violet Dickinson, il est assez frappant de voir leur posture et leurs attitudes : on dirait que la première est une petite fille fragile se réfugiant sous les jupes de sa maman. Woolf semble avoir reproduit le même schéma avec ses autres amantes : « J’aime être avec elle, j’aime sa splendeur. […] Il y a sa maturité et sa poitrine épanouie : le fait qu’elle navigue, toutes voiles dehors, en haute mer, alors que je me contente de caboter le long des côtes ; son aptitude, je veux dire, à prendre la parole devant n’importe quel auditoire, à représenter son pays… à surveiller l’argenterie, les domestiques, et les chows-chows, sa maternité aussi… bref, le fait qu’elle est (ce que je n’ai jamais été) une vraie femme. » (Virginia Woolf en parlant de Vita Sackville-West dans son Journal, le 15 septembre 1922)

 

FRÈRES 4

 

Dans son essai autobiographique La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), Paula Dumont parle d’un couple d’amies lesbiennes à elle, Martine et Huguette, dans lequel s’est instauré un rapport de fille/mère très prononcé : elle évoque chez Martine « son besoin de trouver une mère poule qui la protège » (p. 117). Dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy de l’émission Tel Quel diffusée sur la chaîne France 4 le 14 mai 2012, Charlotte appelle son amante Marion « bébé ». Dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, on nous raconte la rencontre entre Nicolaus Sombart et son amant beaucoup plus âgé que lui Carl Schmitt. « Est-ce pour cette raison qu’il a cherché en Schmitt, son amant beaucoup plus âgé que lui, un père de substitution ? Il aurait pu être son fils. » (p. 273)

 

Souvent, l’amant est aimé par la personne homosexuelle comme cette dernière imagine qu’un fils aime sa mère : « J’aimerais être nourri par vous, c’est-à-dire que j’aimerais être nourri par vous comme par ma mère. » (un patient homo dans l’article « Le Complexe de féminité chez l’homme » (1973) de Félix Boehm, Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 442) ; « C’était une relation maternelle entre elles deux. » (Marie-Jo Bonnet parlant de la relation « amoureuse » entre Yvonne de Bray et Violette Moriss, lors de sa conférence « Violette Moriss, histoire d’une scandaleuse » le 10 octobre 2011 au Centre LGBT de Paris) ; « Je t’ai protégé de tout, probablement trop. » (Pierre Bergé s’adressant à Yves Saint-Laurent, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert) ; etc.

 

Cette configuration relationnelle particulière est explosive. Dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), Jean-Louis Chardans parle des couples lesbiens et des fréquentes « associations d’une partenaire jeune et d’une autre plus âgée » (pp. 48-49) : « Dans un cas, la personnalité de la jeune femme est étouffée, jusqu’à la rendre incapable ‘éprouver les sentiments naturels d’amour et le désir d’un foyer normal ; dans l’autre, si elle parvient à s’arracher à l’emprise de la plus âgée, elle laisse dans la vie de celle-ci un vide qui ne pourra jamais être comblé. »

 
 

e) Mon amant homosexuel est mon maître et mon Dieu :

Dans les discours de beaucoup de personnes homosexuelles, si on prête un peu l’oreille, on a l’occasion d’entendre que le verbe « aimer » est régulièrement remplacé par le verbe « adorer ». La relation d’homme à homme (ou de femme à femme) est souvent envisagée comme une relation d’Homme à Dieu : « J’aimais vraiment Alfred. Ce n’est pas assez dire que je l’aimais, je l’adorais. » (Marcel Proust en parlant d’Alfred Agostinelli, son amant qui se tua en avion, cité dans l’article « Chronologie » de Jean-Yves Tadié, dans la revue Magazine littéraire, n°350, Paris, janvier 1997, p. 22) ; « C’est une famille qui s’aime. Non. Qui ne s’aime pas ; qui s’adore. » (un amie de Francesca, parlant de la « famille recomposée » du couple lesbien Francesca-Olga + Florence l’enfant obtenue par PMA, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy de l’émission Tel Quel diffuséesur la chaîne France 4 le 14 mai 2012) ; « Tout au fond de moi, je suis figée d’amour. Paralysée par l’adoration. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 45) ; « Ernestito tomba à genoux devant Nacho comme il aurait pu le faire devant un saint d’une religion inconnue. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 260) ; « Mon corps était devenu ton corps. Mais tu voulais encore et encore plus. Quoi, plus ? Je ne savais plus quoi te donner… Tu exigeais que je sois là pour toi, tout le temps. Je l’ai fait. Avec plaisir. Avec amour. Avec dévotion, je t’aimais. Je t’adorais. J’ai quitté les autres, ma vie, mon chemin dans Paris, mes projets, pour toi. » (Abdellah Taïa s’adressant à son « ex » Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe, 2008) ; « Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; etc.

 
 

f) Mon amant homosexuel est un peu tout et rien à la fois :

La relation entre amants homosexuels est en général ludiquement/amoureusement indéfinie : « Adieu aux baisers de mon tonton, pardon, de mon parrain. » (Kamel en parlant à/de son amant Christian, dans l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli, p. 164) ; « Manolo a toujours été mon père, mon frère, mon compagnon, mon mari, toute ma vie. » (Juan Rodríguez parlant de son copain décédé, Manolo, dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta sur la chaîne Play Cuatro, juin 2011) ; « Hubert fut mon ami, mon amant, le grand frère bienveillant qui m’a tant manqué lorsque j’étais enfant, et, qui sait ?, le père qui a disparu, qui sermonne et protège. » (Jean-Luc Romero, On m’a volé ma vérité (2001), p. 40) ; « Je pense à lui comme le grand frère qui m’a manqué, comme l’ami protecteur qui aurait pu m’aider. » (Kim Pérez Fernández-Figares, homme transsexuel, à propos de son amant Philippe, cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 254) ; « La recherche d’un ami, d’un héritier spirituel, d’un compagnon et amant choisi à la fois pour sa beauté, son talent et sa distinction l’obsède. » (Michel Larivière parlant de l’écrivain français Robert de Montesquiou, dans le Dictionnaire des homosexuels et bisexuels célèbres (1997), p. 252) ; « Les hommes que j’érotisais ressemblaient à mon père, à mon frère surtout. » (Justin, 34 ans, abusé dès l’âge de 4 ans par son père, son oncle, et son frère aîné, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, p. 249) ; « J’ai fini par adopter les codes des garçons : marcher comme un mec, parler comme mon père et mes frères, regarder les filles comme mon père et mes frères les regardaient, me battre avec les copains comme un vrai mâle. » (une amie lesbienne, Stéphanie, 31 ans, en 2012) ; « Pierre est un compagnon. Et il est devenu un partenaire avec le PaCS. Et ensuite il sera mon mari. » (Bertrand dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; « Comment t’appeler ? Frère de sang ? Frère de lait ? Copain, ami, amour ? » (c.f. la chanson « Copain ami amour » de Dave) ; etc.

 

Au départ, ça a l’air « fort », ce lien amoureux qui s’étire à foison dans l’envolée lyrique (« Tu es mon Tout, mon Roi, ma Lune, mon Ciel étoilé… »), qui semble exprimer une profonde plénitude. En réalité, quand on regarde les faits et ce que vivent véritablement les amants homosexuels, on se rend compte qu’il existe une forme de compromis incestueux, d’arrangement qui ressemble à de l’amour parce qu’en apparence il contente les deux membres du couple, mais qui au final est une paix bancale : « Martine, qui cherchait désespérément la mère qui l’avait abandonnée à trois jours, m’avait rencontrée fort à propos. Sous cet angle, nous étions complémentaires, moi qui jouais le rôle de l’adulte sérieuse et responsable et elle qui était perpétuellement en quête de protection. » (Paula Dumont dans son essai autobiographique La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 231) ; « Je voudrais rapporter le cas, que j’ai pu observer récemment, d’un jeune homme, fiancé à une jeune femme de la façon la plus bourgeoise, et qui tombe amoureux d’un homme plus âgé que lui, qu’il prend de son propre aveu d’abord pour modèle, puis pour maître et enfin pour amant. Cet amant lui-même, bien que ‘purement homosexuel’, me racontera plus tard que, nullement attiré par mon malade au départ, il n’avait été intéressé que par la présence de sa fiancée et la situation triangulaire créée lors d’un dîner. Lorsque le malade, jaloux de son amant, abandonna pour lui sa fiancée, cet amant se désintéressa complètement de lui. Interrogé par moi sur les raisons de ce revirement, il me dit : ‘L’homosexualité, croyez-moi, c’est vouloir être ce que l’autre est.’ » (Jean-Michel Oughourlian cité dans l’essai Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978) de René Girard, pp. 469-470) ; etc. En fait, ce n’est pas parce qu’il y a consentement mutuel pour s’exploiter l’un l’autre, ou pour jouer vis à vis de son partenaire un rôle qui ne nous revient pas mais qui anesthésie pour un temps les problèmes, que l’exploitation et la comédie disparaissent et cessent d’entretenir le couple homosexuel dans le mensonge identitaire. Bien au contraire ! La barque se charge petit à petit.

 

FRÈRE 6

Christopher Isherwood et Don Bachardy


 

Bien souvent, sans même qu’elle puisse en parler directement à son partenaire, la personne homosexuelle se demande quelle est sa place dans son couple, quel rôle elle joue, quelle importance elle a aux yeux de son « chéri ». Cela peut engendrer en elle un questionnement très obsédant (j’ai connu personnellement ces bouffées d’angoisse quand je me voyais infantilisé ou traité de « petit écureuil » ou de « Titi » par certains de mes ex-amants !), mais aussi très libérant si elle se pose les bonnes questions. Elle peut mesurer qu’en donnant différents masques inappropriés à son amant, elle est entrée dans une comédie amoureuse qui flatte deux narcissismes, mais qui ne permet à aucun des deux partenaires du couple homo de se sentir pleinement à sa place : « Bien élevé. Énarque. Suffisamment jeune. Suffisant riche. Suffisamment beau. Supérieur. C’est pour ça qu’avant j’avais choisi Quentin. Supérieur, il l’était dans tous les domaines, enfin c’était ce qui me semblait à l’époque. Il avait 26 ans, moi 23. Il était beau. Il savait ce qu’il y avait de meilleur. Il suffisait de le suivre. Le seul problème c’est que Quentin avait si peur des gens qu’il se sentait obligé de les détruire. Moi, je n’avais pas de moi. J’étais vide. Il me remplissait. » (Guillaume Dustan, Nicolas Pages (1999), p. 112) ; « Aux côtés d’hommes, je m’ennuie très rapidement. Même en présence d’homosexuels. Je les considère comme des pères ou frères. Je dois coucher avec des hommes qui n’affrontent pas la vie. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles, en revenant sur les fonctionnements complexes de leur couple, parle de ce décalage engendré par l’accumulation de rôles, et qui surcharge la structure conjugale homosexuelle sur la durée, au point de la rendre soit impossible et non-viable, soit hyper compliquée et lourde-dingue : « J’ai tenu comme j’ai pu. J’ai arrêté de travailler. Je suis devenu une petite femme. Ta conception de la femme. Je suis devenu Saâd, ton copain d’enfance. Je suis devenu une sculpture entre tes mains. » (Abdellah Taïa parlant de son amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 117) Dans l’essai autobiographique La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010) de Paula Dumont, Catherine est très ambiguë et torturée avec son amante Paula, alors que pourtant elle se veut d’une grande sincérité et d’une totale franchise. On a l’impression qu’elle ne sait pas ce qu’elle veut. À la fois elle revient chroniquement vers Paula pour lui dire qu’elle l’aime d’amour (« C’est une forme d’amour, tu es de ma famille. », p. 167), mais elle refuse de lui appartenir et ne veut pas s’engager parce qu’elle ne se sent pas exactement amoureuse (« Ce que j’éprouve et éprouverai toujours pour toi, c’est de la tendresse », p. 184) Si elle fait un pas, c’est pour mieux reculer de trois pas ensuite. À quel jeu joue-t-elle ? Au fond, ce n’est pas tant qu’elle ne sait pas ce qu’elle veut, ni qu’elle serait vraiment compliquée par nature ; il y a chez elle comme un mécanisme vital de résistance à l’entreprise homosexuelle de travestissement de l’amour, un juste rejet du contrat préétabli de la félicité homosexuelle tendu par une personne en face qui la couve du regard et qui prétend l’aimer à condition qu’elle endosse la pile très pesante de masques qui ne lui vont pas : le masque de la sœur, de la bonne copine, de la mère de substitution, de la sœur, de la fille, de la maîtresse, de la déesse, de la star, de l’amie.

 

Cette indécision de l’amant homosexuel qui se dérobe, qui glisse des doigts comme un savon, et qui fait vivre les montagnes russes émotionnelles à son compagnon qui veut le faire rentrer dans son jeu de rôles incestueux/amoureux pour mieux le posséder, semble insupportable, égoïste, insensée. Mais au fond, elle vaut de l’or, car elle nous rappelle qu’on ne peut pas tricher longtemps en Amour, et que le désir homosexuel est un désir tellement « touche-à-tout d’Humanité » qu’il finit par ne plus toucher grand-chose ni grand monde.

 
 

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Code n° 80 – Fresques historiques (sous-codes : Antiquaire homo / Scarlett O’Hara / Temps / Instant / Futurisme)

fresques his

Fresques historiques

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

L’espace-temps sentimentalisé et déréalisé

 

Sketch "Les Antiquaires" de Michel Serrault et Jean Poiret

Sketch « Les Antiquaires » de Michel Serrault et Jean Poiret


 

Quand on ne s’aime pas assez soi-même, qu’on s’éloigne de sa réalité sexuée et de la différence des sexes qui nous fonde, il n’est pas étonnant que l’on fuie dans le même mouvement la différence des espaces… et celle qui lui est concomitante : la différence des temps (passé, présent, futur) ! Ce code « Fresques historiques » se propose justement d’analyser le curieux rapport des personnes homosexuelles au temps (je dis « curieux » car il est de type idolâtre, c’est-à-dire d’adoration-répulsion-déni). Elles ont tendance à remplacer le trio (de l’Éternité !) passé-présent-futur par leur caricature passéisme-instant-futurisme (passéisme qui prendra souvent la forme du conservatisme de l’antiquaire : nous étudierons d’ailleurs la figure de l’antiquaire homosexuel). Autrement dit elles tendent à s’enfermer dans un passé mythique imaginaire pour mieux nier leurs véritables racines et histoires ; à se noyer dans la consommation pour mieux nier leur réalité quotidienne – au nom pourtant d’un hédonisme qui paradoxalement met la dégustation de « l’instant présent » au centre, le fameux Carpe Diem du bobo… – ; à s’annuler toutes perspectives d’avenir durable et heureux par une promotion pourtant obsessionnelle du progrès et par une fuite constante en avant (= « ça ira mieux demain, on ne sait pas de quoi demain sera fait, je suis en perpétuelles déconstruction et reconstruction, j’ai toute la vie devant moi pour m’éclater. »). Les époques convoitées par le public homosexuel ont souvent trait avec les civilisations héliocentriques (culte solaire), telles que la Grèce Antique, les Incas ou l’Égypte Ancienne.

 

Stéphane Bern à la Cour de Versailles

Stéphane Bern à la Cour de Versailles (Pas l’air tarte… ^^)


 

Le déni homosexuel concernant le Réel et Ses limites est particulièrement observable à travers le traitement de la mémoire opéré par la communauté homosexuelle. Beaucoup de ses membres refusent catégoriquement de poser un regard sur leur passé. Ils réécrivent souvent leur histoire personnelle sous forme de légende noire, comme si leur jeunesse « hétérosexuelle » n’avait été que mensonge, ou au contraire idyllique. Le passé qu’ils ressuscitent est prioritairement mythique, sentimental, impersonnel et folklorique. J’en tiens pour preuve la passion qu’énormément d’artistes homos développent pour les grandes fresques historiques kitsch (la Rome et la Grèce antiques, la Guerre de Sécession nord-américaine avec Scarlett O’Hara, la Révolution française, le règne de Sissi Impératrice, etc.). La reconstitution des temps dits « anciens » sert en général à la contemplation narcissique et à la fuite de la Réalité. La majorité des personnes homosexuelles partent, comme Marcel Proust, « à la recherche du temps perdu », mais en réalité pour ne pas affronter ce qu’elles ont à vivre dans le présent. Le travail de réactivation de la mémoire tel qu’elles le conçoivent n’est pas un acte volontaire et libre : le passage de la dégustation de la madeleine de Proust le montre parfaitement. Il est principalement impulsé par le culte de l’instant, la tristesse nostalgico-anachronique, et le désir d’isolement social. Il a donc peu à voir avec la vraie mémoire, celle qui fait aimer l’Humanité, qui est partiellement intelligible et contrôlée par le Désir. Pour beaucoup d’entre elles, « l’histoire officielle est une hallucination » (le poète argentin Néstor Perlongher, dans l’article « Néstor Perlongher : La Parodia Diluyente » de Miguel Ángel Zapata) et la tradition se confond avec le « détritus » (idem).

 

Il n’y a que l’instant, le ressenti sensoriel immédiat et l’imaginaire qui, en théorie, sont capables d’abolir le Temps. Mais ceci n’est vrai que si ceux-ci ne tiennent pas compte de l’Incarnation concrète du Temps dans laquelle ils s’inscrivent pourtant nécessairement.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Déni », « Faux intellectuels », « Artiste raté », « Peinture », « Pygmalion », « Wagner », « Parricide la bonne soupe », « Télévore et Cinévore », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Oubli et Amnésie », « Parodies de Mômes », « Fan de feuilletons », « Collectionneur homo », « Faux Révolutionnaires », « Jardins synthétiques », « Se prendre pour Dieu », « Animaux empaillés », « Poupées », « Planeur », « Entre-deux-guerres », « Reine », « Voyage », « Femme au balcon », « Bobo », « Grand-Mère », « Éternelle jeunesse », « Bovarysme », « Médecin tué », « Différences culturelles », « Conteur homo », « Voyante extra-lucide », à la partie « Cuculand » du code « Milieu homosexuel paradisiaque », à la partie « Stars vieillissantes » du code « Actrice-Traîtresse », à la partie « Extra-terrestre » du code « « Plus que naturel » », à la partie « Décorateur homo » du code « Maquillage », à la partie « Fixette sur un amant perdu et déifié » du code « Clonage », à la partie « Grands Hommes » du code « Défense du tyran », et à la partie « Travestissement » du code « Substitut d’identité » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le passé désincarné, idéalisé ET méprisé :

Vidéo-clip de la chanson "Remember The Time" de Michael Jackson

Vidéo-clip de la chanson « Remember The Time » de Michael Jackson


 

Dans la fantasmagorie homosexuelle, le personnage homosexuel adopte souvent une conception mythologique, hachée et sentimentaliste du Temps. Il rentre (ou s’imagine rentrer) dans un espace-temps totalement littéraire et folklorique, comme s’il était dans la Machine à remonter le Temps : cf. le roman Le Parcours du rêve au souvenir (1895) de Robert de Montesquiou, le film « Le Nom de la Rose » (1986) de Jean-Jacques Annaud, le vidéo-clip de la chanson « It’s A Sin » du groupe Pet Shop Boys, la chanson « Sadness » du groupe Enigma, la comédie musicale Graal de Catherine Lara, le vidéo-clip de la chanson « Vogue » de Madonna façon « Cour sous Louis XIV » dans le MTV Show en 1990, la chanson « Le Boulevard des rêves » de Stéphane Corbin, la publicité Pepsi (2002) de Britney Spears, la tournée Aphrodite (2011) de Kylie Minogue, le vidéo-clip des chansons « Remember The Time » et « Black Or White » de Michael Jackson, le recueil Poèmes saturniens (1866) de Paul Verlaine, Les Chevaliers de la Table ronde (1933) de Jean Cocteau, les chansons « Libertine », « Pourvu qu’elles soient douces », et « Jardin de Vienne » de Mylène Farmer, le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo (avec l’attirance pour la culture gréco-latine), les tableaux et les textes modernistes du XIXe siècle, le vidéo-clip de la chanson « Sobreviveré » de Mónica Naranjo, le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, le film « Games That Lovers Play » (1971) de Malcolm Leigh, le film « The Greatest Showman » (2017) de Michael Gracey (avec l’Égyptien efféminé), le film « Claude et Greta » (1969) de Max Pécas, le film « Le Grand Blond avec une chaussure noire » (1972) d’Yves Robert, les tableaux Les Hardlanders de Thierry Brunello, les photos Statue Series (1983) et Athena (1988) de Robert Mapplethorpe, le one-woman-show La Folle Parenthèse (2008) de Liane Foly (avec le décor gréco-romain de la boîte gay Le Guet-Apens de Pedro), le film « Maurice » (1987) de James Ivory (avec Clive, le fan de Grèce antique), les films « In & Out » (1997) et « Joyeuses funérailles » (2007) de Frank Oz, le roman Le Chant d’Achille (2014) de Madeline Miller (revisitant l’Iliade et la Guerre de Troie en se concentrant sur une histoire d’amour entre Achille et Patrocle), la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi (sur fond de nostalgie rétro années 1930 à Paris), le roman Les Nouveaux nouveaux Mystères de Paris (2011) de Cécile Vargaftig (qui est un voyage dans une machine à remonter le temps), le roman Reise In Die Vergangenheit (Le Voyage dans le passé, 1929) de Stefan Sweig, etc.

 

 

Beaucoup de personnages homosexuels sont en quête non pas de la véritable histoire mais d’un super-primitivisme (une préhistoire forcée et construite par la panmythologie) qui va leur permettre de se rendre créateurs de leur propre existence (cf. le noachisme antéchristique). Par exemple, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset, Guillaume, le héros homosexuel, voit la préhistoire comme une « multitude d’accouplements » bisexuels. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino Oliver, le personnage homo, est expert en Grèce Antique et en archéologie. Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, Virginia Woolf écrit en 1929 une autobiographie, Orlando, où elle se met dans la peau d’un homme du XVIe siècle qui change de sexe.
 

Quand le héros homosexuel se tourne vers le passé, ce n’est pas tant pour l’honorer dans sa réalité que pour l’édulcorer, le noyer dans la nostalgie, le passéisme, les larmes, la reconstitution folklorique en carton-pâte ou bas-relief, la culpabilité, l’orgueil narcissique : « J’aimerais pouvoir remonter le temps. » (Delphine, l’héroïne lesbienne, dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini) ; « Je réalise que ce n’est pas la vie qui est importante – mais les souvenirs. » (Chris, le héros homosexuel du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 194) ; « Pourquoi cette attirance pour les musées ? Il ne l’a jamais su. » (la voix-off de la mère de Bertrand, parlant de son fils, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; « Mon frère est un sentimental, il s’accroche aux souvenirs comme le caramel à la casserole ! » (un des héros de la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, p. 15) ; « Toi Sodome, moi, Gomorrhe. Hein, Sodomette ? » (Jézabel, l’héroïne bisexuelle s’adressant à son pote gay Greg, dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco) ; « Mon émerveillement ne faisait que commencer. Les salles, ornées de fresques grandioses, auraient mérité la visite à elles seules. » (Éric, le narrateur homo parlant de la Villa Borghese, dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 20) ; « Après le repas, Ethan reste seul à la table du Samothrace. Il laisse son regard se perdre dans les fresques. Tout doucement, il s’imagine à la grande époque grecque, lorsque le sanctuaire des Grands Dieux était en activité sur l’île de Samothrace. Il se demande quelle place il aurait occupé dans cette société. Comme beaucoup de gens, il ne s’imagine pas en simple paysan travaillant la terre. Il aurait plutôt été de ceux qui gravitaient dans les hautes sphères du pouvoir. Sans doute aurait-il tenu le rôle de grand prêtre. […] Il s’imagine habillé comme dans les péplums, d’un minimum de tissu, tous muscles dehors et il serait entouré par des femmes aussi belles que les représentations d’Athéna. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 64) ; « La fresque la plus imposante du lieu [le café Samothrace] représente la Grand-Mère. Elle est mise en scène de la manière la plus traditionnelle qui soit : assise, avec un lion à ses côtés. Son nom secret, dévoilé uniquement aux initiés, est Axieros et elle est la maîtresse toute puissante du monde sauvage. » (idem, p. 54) ; « Ahmed tourne le regard vers la Seine et l’île de la Cité, avec la Cathédrale Notre-Dame. Il se demande s’il y a encore un Quasimodo qui y vit, prêt à tout par amour pour lui. Il s’imagine en un grand Tzigane ténébreux et sensuel, dansant sur le parvis, mais en pleurs parce que son beau Phébus l’a laissé pour épouser un autre garçon, Fleur-de-Lys, alors qu’il est lui-même poursuivi par Frollo, un prêtre déterminé à en faire son amant secret. Dans ses fantasmes, l’Algérien adapte sans gêne les grands classiques français à sa guise ! » (Ahmed, le héros homosexuel du roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 52) ; « Les débris avaient été poussés dans les coins, quelques cartes postales et des photographies de magazines avaient été punaisées sur les murs. Une fresque d’amateur s’épanouissait sur l’un d’eux. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 239) ; « Si j’avais une machine à remonter le temps, j’irais nulle part. » (Shirley Souagnon disant qu’à toutes les époques elle aurait été persécutée, dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « Il y a trop de personnes appartenant à mon passé que je n’ai plus jamais envie de voir pour que j’aie un compte Facebook. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 191) ; etc. Par exemple, dans son one-woman-show La Lesbienne invisible (2009), Océane Rose-Marie décrit la déco mérovingienne chez Chrysanthème, une de ses amies lesbiennes. Dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm (dans l’épisode 3 de la saison 1), Emmanuel, l’un des séminaristes, noir et homosexuel, a dirigé des fouilles archéologiques à Carthage pour le musée du Louvre… et c’est là-bas qu’il a connu sa première expérience homosexuelle. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Ted, l’un des héros homos, est scotché à sa télé devant Games Of Thrones, et se dit fan de Daenerys Targaryen, « la princesse exilée » : « Je l’adore ». Il se déguise même avec des costumes péplum chez lui.

 

La délicieuse peste Scarlett O'Hara dans le film "Gone With The Wind"

La délicieuse peste Scarlett O’Hara dans le film « Gone With The Wind »


 

En bonne Drama Queen qui se respecte, le personnage homosexuel s’identifie parfois à la Scarlett O’Hara du film « Gone With The Wind » (« Autant en emporte le vent », 1939) de Victor Flemming et à l’époque de la Guerre de Sécession nord-américaine : cf. le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault, le film « Saved By The Belles » (2003) de Ziad Touma, le film « Sylvia Scarlett » (1935) de George Cukor, la chanson « Scarlet Woman » du groupe Taxi Girl, le roman Les Dix Gros Blancs (2005) d’Emmanuel Pierrat, le vidéo-clip de la chanson « Un point c’est toi » de Zazie, le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon, le roman Tiempos Mejores (1972) d’Eduardo Mendicutti, le film « Scarlet Diva » (2000) d’Asia Argento, le film « A Bit Of Scarlet » (1996) d’Andrea Weiss, la chanson « It’s All Coming Back To Me » de Céline Dion, le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré (avec « Scarlett », la chienne de Julie), la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec le Petit Chaperon Rouge en Scarlett), le one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011) de Charlène Duval (où Patrick Laviosa joue au piano « Autant en emporte le vent »), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec Madeleine O’Hara, la femme rousse violée), le roman Notre part féroce (2025) de Sophie Pointurier (la fille de la narratrice lesbienne s’appelle Scarlett, en hommage à « Autant en emporte le vent »), etc. « J’ai regardé ‘Gone With The Wind’ à 7 heures du matin. » (Jean-Marc, le narrateur homosexuel du roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 204) Par exemple, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, Émilie, l’amante secrète de Gabrielle, compare la résidence (« Bois-Rouge ») de cette dernière à « Tara, la propriété de Scarlett O’Hara, dans ‘Autant en emporte le vent’. Cela ne lui avait pas déplu, à elle [Gabrielle], d’être comparée à Scarlett de façon indirecte… » (p. 50) Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, propose à Mme Schmidt, une passagère à mobilité réduite, une occupation : « Tu verras, c’est génial, y’a le film ‘Autant en emporte le vent’. » Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca rentre dans la peau d’une actrice vieillissante qui fait des publicités, Marie-Astrid : « Dans ‘Autant en emporte le vent’, en 1939, c’est moi qui faisais le vent. »

 

Le protagoniste a tendance à se réfugier dans un monde de dînettes digne des petites filles modèles de la Comtesse de Ségur. On retrouve la passion pour l’époque de l’impératrice Sissi chez le personnage de JP dans la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand, ainsi que le goût pour la mythologie bavaroise « à la Heïdi » à travers l’intérêt de beaucoup de personnes homosexuelles pour le film « The Sounds Of Music » (« La Mélodie du bonheur », 1965) de Robert Wise (cf. la chanson « So Lang’ Man Traüme Noch Leben Kann » du groupe Münchener Freiheit, le film « Cabaret » (1972) de Bob Fosse, le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, etc.). « Moi, j’étais de plain-pied avec les héroïnes de la comtesse de Ségur. » (Suzanne, l’héroïne lesbienne du roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 39) ; « Bonsoir, Fairwell, Aufwiedersehen, goodbye… » (le diable et l’ange chantant la « Mélodie du bonheur » à Maxence dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot) ; etc.

 

 

Dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012), Samuel Laroque célèbre les chanteuses de son enfance (Dorothée, Chantal Goya, Mylène farmer, etc.) et les dessins animés (Candy, les Schtroumpfs). Dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan, Romain Canard, le coiffeur homosexuel, organise des soirées revival années 1980, et débarque déguisé en Princesse Sarah.

 

Notre héros homosexuel se met en mode « J’écris mes mémoires, à la lumière de la bougie (… à 19 ans, au XXIe siècle) », et s’imagine à des époques qu’il n’a même pas connues : « Je suis né à Paris à la fin du siècle dernier… Curieuse phrase et cette impression d’ancien combattant qui va raconter sa guerre ! Finalement, ça me va bien. Je ne l’ai pas toujours été. Je n’en avais pas très envie. Combattant. Je le suis devenu contraint et forcé le jour où j’ai décidé que je ne me laisserai plus faire, ni influencer ni modeler comme je ne voulais pas, comme je ne pouvais pas. » (le jeune Bryan, 16 ans, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 18)

 

C’est l’attrait passéiste qui semble le moteur de la formation du couple homosexuel fictionnel. Par exemple, à la toute fin du film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Léo et Gabriel, une fois en couple, font un exposé en classe sur l’Histoire de Spartes et la relation entre soldats. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah demande une aide aux devoirs d’histoire à sa future amante Charlène.

 

Film "Maurice" de James Ivory

Film « Maurice » de James Ivory


 

C’est un peu ridicule, ce jeu de rôle sincère. Certains héros homosexuels finissent par s’en rendre compte. Par exemple, dans le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh, Glen, pour se moquer du mobilier archaïque de l’appartement de son amant Russell, ironise : « T’as braqué un vide-grenier ? »

 
 

b) L’antiquaire homosexuel :

Cet enfermement immature et irréaliste dans des passés picturaux ou cinématographique ressort et est rappelé par un personnage bien connu de l’inconscient collectif au sujet de l’homosexualité : dans beaucoup d’œuvres homo-érotiques apparaît la figure de l’antiquaire homosexuel : cf. le film « Les Arnaud » (1967) de Léon Joannon (avec Josseron l’antiquaire homo), la chanson « La Grande Zoa » de Régine, le film « L’Innocent » (1976) de Luchino Visconti, le film « Il y a des jours… et des lunes » (1989) de Claude Lelouch (avec Francis Huster en prêtre en couple avec un antiquaire), le film « Le Troisième Sexe » (1959) de Veit Harlan (avec le personnage de Boris), le film « Bas fond » (1957) de Palle Kjoerulff-Schmidt, le film « Blacula » (1972) de William Crain, le film « Cent francs l’amour » (1985) de Jacques Richard, le film « Paradis perdu » (1939) d’Abel Gance, le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder, le film « Via Margutta » (1959) de Mario Camerini, le film « Professeur » (1972) de Valerio Zurlini, le film « L’Oiseau au plumage de cristal » (1968) de Dario Argento, le film « Diaboliquement vôtre » (1967) de Julien Duvivier (avec l’antiquaire joué par Claude Piéplu), le film « Gang Anderson » (1971) de Sidney Lumet (avec Martin Balsam), le film « Spéciale Première » (1974) de Billy Wilder, le film « Minuit dans le jardin du bien et du mal » (1997) de Clint Eastwood, le film « J’en suis » (1996) de Claude Fournier, le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne (avec la mention d’un antiquaire homo), le film « Mon meilleur ami » (2006) de Patrice Leconte (avec le marchand d’art joué par Daniel Auteuil), le film « Faustrecht Der Freiheit » (« Le Droit du plus fort », 1975) de Rainer Werner Fassbinder (avec l’antiquaire homo Max), le roman Oh ! Boy ! (2000) de Marie-Aude Murail, le roman La Ligne de beauté (2008) d’Alan Hollinghurst (où Nick, le héros gay, est fils d’un antiquaire), le roman Le Malfaiteur (1948) de Julien Green, etc.

 

« C’est des enculés antiquaires ! » (Fifi en parlant des homos, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Elle doit me prendre pour un antiquaire, elle me dit que les seules folles qu’elle a comme clientes sont plus ou moins brocanteuses Porte-Clignancourt. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 87) ; « Moi, je voulais être antiquaire. Avec rien que de l’ancien. » (l’un des héros homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Je suis devenu antiquaire. Nous sommes, avec mon compagnon Raymond, spécialisés dans le Charles X. » (Laurent Spielvogel imitant André, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « On peut la retrouver rue des saint pères. Décorateur et antiquaire. » (cf. la chanson « La Grande Zoa » de Régine) ; etc.

 

S’il n’est pas antiquaire, le héros homosexuel en a au moins l’ambition : cf. la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez (avec Vivi qui fait les brocantes), le film « Une Femme un jour » (1977) de Léonard Keigel (avec la brocanteuse Nicky), le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes (avec le duo d’experts artistiques Sulky et Sulku), etc. « J’adore les antiquités. » (Thomas dans la pièce L’Anniversaire (2007) de Jules Vallauri) ; « J’adore les antiquités. » (un des personnages homos de la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; etc.

 

FRESQUES Emory

Michael et Emory dans le film « The Boys In The Band » de William Friedkin


 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, l’un des héros homosexuels – le plus maniéré –, est antiquaire… mais il a apparemment un problème avec la différence des temps : « Le dernier bouquin que j’ai commencé à lire, c’était en 1912.»

 
 

c) Le Présent réduit à la pulsion de l’instant :

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Le héros homosexuel ne vit pas davantage au présent, qu’il délaisse au profit de l’instant, de la sensation immédiate, de la pulsion : cf. le ballet Alas (2008) de Nacho Duato (avec l’insistance sur l’instant), la chanson « L’Instant X » de Mylène Farmer, la chanson « Vertige » de Mylène Farmer, le roman Un Instant d’éternité (1988) d’Edgar Morgan Forster, etc. « J’avais de la difficulté à vivre le moment présent […]. Vivre rétrospectivement a toujours été l’un de mes plus graves défauts. […] Déjà, enfant, ma mère me reprochait d’être trop impatient. » (Jean-Marc, le narrateur homosexuel du roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 59) ; « Instant présent, tu es l’essence du voyage. » (cf. la chanson « Vertige » de Mylène Farmer) ; « Lorsqu’on s’y attend le moins, traverser Paris en courant, sur la seule magie d’un instant, du message clair de tes yeux. » (cf. la chanson « au Jack au mois d’avril » d’Étienne Daho) ; « Je choisissais les plus beaux et vivais une intense aventure de dix secondes avec chacun. » (le narrateur homo parlant du jeu des regards à l’opéra, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 44) ; « Il faut profiter de l’instant présent. » (Evelyn, la veuve gay friendly du film « Indian Palace » (2012) de de John Madden) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny et Romeo, en sortant ensemble, sont, selon la définition du premier, rentrés dans un rêve (« Il n’y a pas de notion de temps dans les rêves. ») puisque Roméo lui dira peu après : « On a perdu la notion du temps. »

 

Derrière l’éloge de l’instant, qui a l’air positif et enchanteur, se profile la croyance désenchantée en la vacuité de l’existence, en l’impermanence de l’amour : « Pas de passé, pas d’avenir. Pas de passé, pas d’avenir. » (cf. Johnny Rockfort dans la chanson « Banlieue Nord » de l’opéra-rock Starmania) ; « L’agitation du café retombe un peu, étrangement. On dirait, tout à coup, que la pudeur reprend ses droits dans une sorte d’assourdissement des conversations. […] Mon regard s’évade. Vous demandez : à quoi pensez-vous ? Je réponds : précisément, à rien. Je regarde ce monde autour de nous, ce monde singulier des gens dans les cafés, ce monde qui est un instant, une réunion du hasard. Je pense que nous n’aurons plus jamais la compagnie qui est la nôtre en ce moment, que ceux qui sont ici, dans ce lieu, ne se connaissent pas entre eux, qu’ils se trouvent ensemble par coïncidence, qu’ils se disperseront sans éprouver un sentiment de perte, qu’ils ne se reverront pas, que cette assistance n’existe que le temps de boire un café, lire un journal, rédiger du courrier, raconter une enfance. Et c’est une idée qui m’intéresse, sans que je sache expliquer pourquoi. » (Vincent s’adressant à son amant Marcel Proust dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 59)

 

Souvent, le héros homosexuel individualise le temps en propriété privée, en possession individualiste fugace, en mixture confuse entre passé/présent/futur célébrant l’éclat de l’Instant et de la Sensation immédiate : « De l’art dans chaque souvenir. […] Tout s’est rassemblé. Comme un musée de mon histoire, un art contemporain. » (le comédien dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’ai eu un rêve. Le passé et le présent se confondaient. » (Maria, l’héroïne lesbienne dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas) ; etc. Par exemple, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, Vincent, le héros homosexuel établit son propre calendrier et se croit « en l’an 17 de son temps » (p. 63). Dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus fusionnent le monde de la Seconde Guerre mondiale et l’ère du numérique internet.

 
 

d) Le Futur réduit à une projection fantasmatique :

L’accueil que réserve le héros homosexuel au futur n’est pas meilleur que celui offert au passé et au présent… car sa fuite en avant se vit dans la rupture avec un passé diabolisé ou dans l’absence de conscience du Réel : « Je tuerai le passé. Lorsqu’il sera mort, je serai libre. » (Dorian dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Je ne crois pas que le passé compte, murmure Simon, après on va rentrer dans des trucs psychologiques, le gourou Freud, tout ça, c’est une secte pour moi. » (Mike Nietomertz, Des chiens (2011), p. 33) ; « Dans l’rétro ma vie qui s’anamorphose. » (cf. la chanson « California » de Mylène Farmer) ; « Ma mémoire aux portes condamnées, j’ai tout enfoui les trésors du passé. Les années blessées. Comprends-tu qu’il me faudra cesser… » (cf. la chanson « L’Innamoramento » de Mylène Farmer) ; « La robe rouge du passé t’enserre, t’étouffe. » (l’actrice jouant Dalida dans le spectacle musical Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini) ; « Qu’est-ce que je vous ai fait ? Parce que j’ai dû vous infliger quelque humiliation dans le passé dont je ne me souviens pas ou qui m’a échappé. » (la Comédienne s’adressant à sa sœur Vicky dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; etc. Par exemple, dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la narratrice transgenre F to M noircit le tableau de son passé, évoque « le souvenir de l’enfermement dans lequel elle a passé son enfance ».

 

Le héros homosexuel désire tout simplement l’abolition du Temps : « Peut-être nous nous trouvions dans un temps passé ou futur que jamais mémoire d’homme n’avait enregistré (c’était là mon souhait secret). » (Gouri, le narrateur homosexuel du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 125) ; « It’s too late. I’m in love. » (Charlène s’adressant à son amante Sarah au moment de l’embrasser, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent) ; etc.

 

On entend souvent dans les chansons homo-érotiques qu’« il est trop tard » (cf. les chansons « La Veuve noire », « L’Horloge », « Allan » et « City Of Love » de Mylène Farmer ; « C’est trop tard » d’Alizée), parce que bon nombre de personnages homosexuels voient le Temps comme un ennemi (cf. Je vous renvoie à la partie sur la peur-panique de vieillir dans le code « Éternelle jeunesse » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Beaucoup de films et de romans à thématique homo-érotique choisissent un cadre futuriste pour traiter d’homosexualité : cf. le film « Bug » (2003) d’Arnault Labaronne, la trilogie « Dead Or Live » (1999-2002) de Takashi Miike, le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman, le film « Metropolis » (1927) de Fritz Lang, le film « Le Cinquième Élément » (1997) de Luc Besson, le film « Papa, il faut que j’te parle… » (2000) de Philippe Becq et Jacques Descomps, le film « Amidonnée » (2001) de Cath Le Couteur, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, la B.D. Anarcoma (1983) de Nazario, le film « Fresh Kill » (1994) de Shu Lea Cheang, le film « Clandestino Destino » (1987) de Jaime Humberto Hermosillo, le film « Dandy Dust » (1998) d’Hans A. Scheirl, le film « Tigerstreifenbaby Warter Auf Tarzan » (1998) de Rudolf Thome, le film « Hey, Happy ! » [2001) de Noam Gunick, le film « Priscilla, folle du désert » (1994) de Stephan Elliott, le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, le roman Joyeux animaux de la misère (2014) de Pierre Guyotat, le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, etc. Par exemple, dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, Maria va voir au cinéma un film de science-fiction dans lequel Jo-Ann, sa jeune et future partenaire de théâtre (avec qui elle jouera un couple lesbien), interprète une super-héroïne aux pouvoirs destructeurs.

 

Ce n’est pas hasard si les œuvres de science-fiction abordent souvent le sujet de l’homosexualité : cf. la pièce La Revolución (1972) d’Isaac Chocrón, le film « G.O.R.A. » (2003) d’Omer Faruk Sorak, le roman Venus Plus X (1960) de Theodore Sturgeon, le roman The Crooked Man (1955) de Charles Beaumont, la nouvelle The Crime And Glory Of Commander Suzdal (1964) de Cordwainer Smith, le roman La Main gauche de la nuit (1969) d’Ursula K. LeGuin, le roman When It Changed (1969) de Joanna Russ, le roman Dhalgren (1976) de Samuel R. Delany, les romans 334 (1976) et On Wings Of Songs (1979) de Thomas M. Disch, le film « Barbarella » (1968) de Roger Vadim, le film « Space Thing » (1968) de B. Ron Elliott, le film « Nowhere » (1997) de Gregg Araki, « (T) Raumschiff Surprise-Periode 1 » (2004) de Michael Herbig, etc.

 

Le déni de la réalité temporelle passé/présent/futur se résout presque systématiquement dans l’idéologie progressiste de la post-modernité transhumaniste, et concrètement dans la violence, avec toujours la fausse dichotomie « passé/futur » orchestrée par bons nombres de personnages homosexuels ou gays friendly. Par exemple, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener s’opposent le progressisme « amoureux » (avec le couple Claire/Suzanne) et le conservatisme un peu caricatural du père de Claire (qualifié de « vieux schnock » par ses adversaires féminines lesbiennes : il s’écrit avec force face à l’homosexualité et toutes les lois qui l’accompagnent « Cette société du futur, je n’en veux pas ! »).

 

Les amants homos fictionnels effacent le passé de l’un et de l’autre, et regrettent de s’être précipités dans l’acte homosexuel, acte qui les extrait du Réel, et donc du Temps, en leur donnant l’impression d’être allés trop vite ou trop lentement, d’avoir été catapultés dans le passé ou le futur. « À chaque fois c’est pareil, ça marche et j’ai l’impression que je serais heureuse jusqu’à la fin de ma vie, et au bout de six mois, ça y est, on s’engueule pour un rien, on se parle mal, et surtout on se fait la gueule comme ça, tssss. […] J’ai perdu du temps, j’ai perdu du temps. » (Polly par rapport à son amante Claude, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 76-77) Par exemple, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Howard, le héros homosexuel, sent que depuis son coming out, le temps (= sa liberté, finalement) s’est accélérée et a été annulée : « Je veux ma vie d’avant !! » proteste-t-il contre son futur amant, Peter, qui s’amuse de l’irréversibilité de la situation de son copain qui dessert ses propres intérêt : « Ça, autant y renoncer. »
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le passé désincarné, idéalisé ET méprisé :

Parmi les personnes homosexuelles, il y a pléthore de passéistes, de nostalgiques et d’amoureux des civilisations passées. Je vous renvoie à l’essai Pier Paolo Pasolini et l’Antiquité (1997) d’Olivier Bohler, à l’essai Corydon (1924) d’André Gide, à la fascination pour l’hellénisme et l’Égypte chez Terenci Moix, à la passion de Yukio Mishima pour le Japon impérialiste des samouraïs, etc. « Je suis employée pour les Musées nationaux au service de restauration des œuvres anciennes. » (cf. l’article « À trois brasses du bonheur » de Sophie Courtial-Destembert, dans l’essai Attirances : Lesbiennes fems, Lesbiennes butchs (2001) de Christine Lemoine et Ingrid Renard, p. 57) ; « J’aimais les looks avec les catogans en cheveux blancs. » (Karl Lagerfeld dans le documentaire « Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld : une guerre en dentelles » (2015) de Stéphan Kopecky, pour l’émission Duels sur France 5) ; etc.

 

Illustrations Grèce Antique du dessinateur d'érotisme gay Roger Payne

Illustrations Grèce Antique du dessinateur d’érotisme gay Roger Payne


 

Énormément de films homo-érotiques sont construits sur la nostalgie musicale bobo-kitsch ou la reconstitution « historique » : cf. le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan, le film « Priscilla folle du désert » (1994) de Stephan Elliott, le film « Muriel » (1994) de P.J. Hogan, le film « C.R.A.Z.Y » (2005) de Jean-Marc Vallée (avec les chansons d’Aznavour), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec Aznavour en musique de fond), le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, le film « Tacones Lejanos » (« Talons Aiguilles », 1991) de Pedro Almodóvar, le film « Lili Marleen » (1981) de Rainer Werner Fassbinder, le film « Les Mille et une nuits » (1974) de Pier Paolo Pasolini, le film « La Belle et la Bête » (1946) de Jean Cocteau, la comédie musicale Hairspray (2011) de John Waters, le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, etc.

 

Par exemple, dans le documentaire « L’Atelier d’écriture de Renaud Camus » (1997) de Pascal Bouhénic, Renaud Camus avoue son « amour du désuet », du kitsch littéraire vieillot. Beaucoup de personnes homosexuelles sont attirées par les cultures gréco-latines : Olivier Delorme, Raúl Gómez Jattin, Jean Cocteau, Oscar Wilde, Marguerite Yourcenar, Julien Green, Benjamin Britten, Friedrich Hölderlin, Pierre de Coubertin, Gustav Wyneken, John Addington Symonds, Jacques de Ricaumont, Siméon Solomon, Joan Joachim Winckelmann, Érik Satie, Sappho, Pier Paolo Pasolini, etc. En bouche d’un certain nombre de théoriciens queer ou d’esthètes bourgeois, la Grèce Antique est encore la terre-symbole d’un idéal pédérastique chantée par Jean Lorrain, Fersen, André Gide, et bien d’autres. Christian Isermayer, un historien d’art, était homo. Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, l’équipe historique de water-polo gay des Crevettes pailletées s’est déguisée en Égyptiens antiques.

 

FRESQUES Statues

La plastique « parfaite » des statues grecques


 

Dans son autobiographie L’Amant pur (2013), David Plante raconte qu’il est un jeune écrivain américain amoureux d’une Grèce de chimères classico-érotiques. Dans son spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013), Alexandre Vallès chante son amour impossible en effleurant des bas-reliefs égyptiens : « Tu es la beauté incarnée, partie à tout jamais. »

 

Ludovic Le Floch et ses hommes-taureaux

Ludovic Le Floch et ses hommes-taureaux


 

Il est étonnant de voir toutes les personnes homosexuelles qui sont soit profs d’histoire-géo, soit grands collectionneurs, soit fanas des grandes épopées et des personnages qui ont marqué l’historiographie mondiale. Par exemple, dans le documentaire « Ma Vie (séro)positive » de Florence Reynel (diffusée le 2 avril 2012 sur la chaîne France 4), Vincent, homme homosexuel de 28 ans, rêve d’être archéologue et prof d’histoire.

 

L’anachronisme an-historique et la fuite vers les contrées lointaines est le propre du romantisme échevelé et, à notre époque si bisexuelle, de la boboïtude, particulièrement branchée vers l’esthétique seventies chavirée (cf. les films avec Julianne Moore tels que « Far From Heaven », « Loin du Paradis » (2002) de Todd Haynes, ou encore « A Single Man » (2010) de Tom Ford). Le plus grave, c’est que cet anachronisme a souvent une prétention commémorative et réaliste. Par exemple, dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, la Reine Christine, pseudo « lesbienne », est catapultée à l’époque moderne, dans laquelle elle marche dans une fête foraine. Les historiens menteurs nous annoncent avec aplomb et sincérité que la biographie qu’ils ont tordue est fidèle aux faits.

 

 

En bonnes Drama Queen qui se respectent, certaines personnes homosexuelles s’identifient parfois à la Scarlett O’Hara du film « Gone With The Wind » (« Autant en emporte le vent », 1939) de Victor Flemming et à l’époque de la Guerre de Sécession nord-américaine. Par exemple, le réalisateur homosexuel Georg Cukor a créé de toute pièce le personnage de Scarlett. On retrouve la passion pour l’époque de l’impératrice Sissi dans le film autobiographique « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne (inutile de souligner qu’aux États-Unis, l’un des qualificatifs signifiant « pédé » est « sissy »…), ainsi que le goût pour la mythologie bavaroise « à la Heïdi » à travers l’intérêt de beaucoup de personnes homosexuelles pour le film « The Sounds Of Music » (« La Mélodie du bonheur », 1965) de Robert Wise : cf. le documentaire « Les Refrains du nazisme » (2003) d’Olivier Axer et Suzanne Benze, la pièce autobiographique Ébauche d’un portrait (2008) de Jean-Luc Lagarce, les goûts du chanteur Jean-Sébastien Lavoie dans l’émission À la recherche de la Nouvelle Star en 2003, etc. Je suis moi-même grand fan du film « La Mélodie du bonheur ».

 

 

Quand l’individu homosexuel se tourne vers le passé, ce n’est pas tant pour l’honorer dans sa réalité que pour l’édulcorer, le noyer dans la nostalgie, le passéisme, les larmes, la reconstitution folklorique en carton-pâte ou bas-relief, la culpabilité, l’orgueil narcissique : « Tu aimais aller à la mosquée de temps en temps. Tu disais que tu aimais la gymnastique de la prière, être au milieu des inconnus en prière, dans la parole simple et directe avec Dieu. Dès qu’on s’est rencontrés, tu as arrêté de le faire. Tu n’osais plus. Notre lien est sacrilège aux yeux de l’islam. Tu n’arrivais pas à te débarrasser de ce sentiment. Je n’ai pas essayé de te faire changer d’avis. Moi-même je vivais dans cette contradiction. Moi-même j’avais besoin de croire. Je voulais croire. On a fini par trouver une solution. Je t’ai emmené à l’église Saint-Bernard et on a regardé les autres prier. Les églises, ce n’était pas nous à l’origine, cela ne représentait rien dans notre mémoire spirituelle. Rien ne nous attachait à elles et, pourtant, nous y sommes retournés plusieurs fois et nous avons fini par y découvrir une nouvelle spiritualité. Nous l’avons inventée ensemble, cette religion, cette foi, cette chapelle, ce coin sombre et lumineux, ce temps en dehors du temps. Ce christianisme non loin de Barbès. » (Abdellah Taïa par rapport à son amant Slimane, dans l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 118) ; « La première fois que je me suis intéressé aux vampires, ça a été à 14 ans. Toutes les minorités se retrouvent dans le personnage du vampire. C’est le symbole du marginal de toutes les époques. Je crois que je suis né au siècle dernier. » (le romancier homosexuel Tony Mark, lors de la Soirée spéciale « Vampirisme et Homosexualité » au Centre LGBT de Paris, le 12 mars 2012) ; « Je vivais partout sauf à Montréal, à toutes les époques sauf à la mienne, dans toutes les couches de la société sauf dans celle où j’étais né (les imprimeurs sont une denrée plus que rare à l’opéra) ; je hurlais à m’en péter les cordes vocales mes amours malheureuses et je suppose que ça me consolait de mes amours inexistantes. » (Michel Tremblay évoquant son arrivée dans la vie adulte à 18 ans et sa passion pour l’opéra, dans son roman autobiographique La Nuit des princes charmants (1995), p. 38) ; etc.

 

Par exemple, lors de la conférence « Différences et Médisances » autour de la sortie de son roman L’Hystéricon, à la Mairie du IIIe arrondissement le 18 novembre 2010, le romancier Christophe Bigot s’identifie à la Révolution française et à la figure très ambiguë de Camille Desmoulins. Autre exemple : le chanteur Stéphane Corbin dit que son album Les Murmures du temps (2011) a été « créé pour la nuit, dans l’esprit amoureux, à écouter des chansons nostalgiques », pour « faire revivre chacune des personnes, chacun des instants » ; il s’imagine dans la peau d’un centenaire. Adolf Brandt fonde en 1903 la Gemeinschaft Der Eigenen que l’on peut traduire par Communauté des propriétaires de soi. Laquelle se réclame ouvertement de l’idéal de la Grèce antique. Il ne s’agit pas tant, pour les personnes LGBT pratiquant leur homosexualité, d’allier le temps à l’Éternité (Celle qui reconnaît la finitude des choses humaines, Celle qui reconnaît la mort et la victoire de la vie sur celle-ci) mais plutôt de la réduire à l’immortalité (celle qui nie le Réel et les contingences humaines) : cf. le documentaire « Act-Up – On ne tue pas que le temps » (1996) de Christian Poveda.

 

Ça plane bien, en apparence… Mais qui s’éloigne du Temps et du Réel s’éloigne aussi des autres et de sa propre Humanité : « Pendant quelques années, cependant, je me suis sentie un peu en marge. Ni homme, ni femme, la figure de l’androgyne me fascinait mais je ne voyais pas comment concilier ma soi-disant virilité avec ce qui faisait de moi une femme, d’autant que j’étais censée être hétérosexuelle. Un jour, je me suis découverte lesbienne, et rétrospectivement je crois que l’union s’est faite en moi. […] Pour autant, je ne suis rien d’autre qu’une fille, une vraie, et qui en a dans le bonnet. Finalement, à travers toutes ces figures de mon passé, je vois le désir d’être avant tout une femme solide et indépendante, comme Elisabeth Première, mais en moins vierge, ou Margaret Thatcher, mais en moins idiote, et en moins laide aussi j’espère. » (cf. l’article « De la virilité des lesbiennes » posté par la journaliste lesbienne Septembre dans www.yagg.com 16 janvier 2010)

 

Les personnes homosexuelles pratiquant leur homosexualité, même si elles se vantent de ressusciter l’Histoire, sont au contraire Ses fossoyeurs. Elles vénèrent un passé qui n’existe que dans les livres et dans ce que l’époque platonicienne irréaliste a forgé avec la complicité de l’ère rationnaliste, sentimentaliste et individualiste des Lumières : « Le goût du Camp pour le passé est devenu sentimental à l’extrême. » (cf. l’article « Le Style Camp » de Susan Sontag, L’Œuvre parle (1968), p. 430) ; « J’ai toujours préféré la mythologie à l’Histoire parce que l’Histoire est faite de vérités qui deviennent à la longue du mensonge, et que la mythologie est faite de mensonges qui deviennent à la longue des vérités. » (Jean Cocteau dans le documentaire « Jean Cocteau, autoportrait d’un inconnu » (1983) d’Edgardo Cozarinsky) ; etc.

 
 

b) L’antiquaire homosexuel :


 

Cet enfermement immature et irréaliste dans des passés picturaux ou cinématographique ressort et est rappelé par un métier bien connu de l’inconscient collectif au sujet de l’homosexualité. On trouve dans la communauté homosexuelle un certain nombre d’antiquaires : Robert Ness, Jacques-Kléber Aubier, Jean-Nérée Ronfort (retrouvé chez lui par son compagnon en 2012, et assassiné par trois prostitués roumains), etc. Par exemple, « Mademoiselle Az » est une antiquaire connue d’Évelyne Rochedereux (Évelyne Rochedereux, « Hommage aux camionneuses », citée dans l’essai Attirances : Lesbiennes fems, Lesbiennes butchs (2001) de Christine Lemoine et Ingrid Renard, p. 49). Yvonne Brémond d’Ars était également antiquaire. Jean-Luc Lagarce, dans sa pièce autobiographique Ébauche d’un portrait (2008), raconte sa liaison avec un antiquaire collectionneur. Les diverses résidences de Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent sont des salons des antiquaires. Pour ma part, j’ai rencontré pas mal d’antiquaires homosexuels, beaucoup exerçant à Paris ; et même des antiquaires lesbiennes vendant des libres sur les quais de Seine… ou en rase campagne !

 

L’antiquaire homosexuel a en effet un côté snob ou bobo qui l’oblige à se penser « hors milieu gay » et à migrer vers des bourgades provinciales pittoresques s’il n’a pas les moyens de vivre dans les beaux quartiers citadins tel que Montmartre. Je pense par exemple au petit village Percheron de La Perrière (Normandie, France), investi depuis les années 1990 par de nombreux antiquaires du Marais arrivés sur les lieux dans le sillage de la styliste Chantal Thomas.

 

« Les seuls homos qu’il y avait, c’était l’antiquaire du coin. » (Yann, un des témoins homos parlant de sa difficulté à trouver des référents ouvertement homosexuels à son époque, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Passée l’École Nationale des Beaux-Arts, Jean-Luc, devenu antiquaire, s’était installé à Clermont-Ferrand et avait ouvert, rue du Chevalier-Français, la classique boutique vert-noir à la devanture soigneusement vernissée : Antiquités-Décoration. […] Présentations, car le jeune antiquaire n’est pas seul : comme chaque soir, vers les six heures, un cénacle charmant se forme, par affinités, dans l’arrière-boutique de la rue du Chevalier-Français. L’élite intellectuelle de Clermont est là : un sculpteur célèbre, un tailleur, un fils de magistrat, un autre antiquaire. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, décrit dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 73) ; « Pendant l’Occupation, je fus, bien entendu, l’ami de nombreux officiers allemands. J’évitais ainsi la déportation et pus, grâce à mes relations, ouvrir mon premier magasin d’antiquités. Ces quatre années furent, quoique comparativement plus calmes, une longue suite d’aventures sentimentales, fort compliquées, selon ‘notre tradition’. Très vite, grâce au premier argent si généreusement laissé par mon attaché d’ambassade, je me fis un nom dans la hiérarchie des antiquaires. […] Beaucoup d’hommes de tous âges venaient chez moi, par goût des objets d’art ou dans l’espoir d’une aventure. » (Jean-Luc, op. cit., pp. 86-88) ; etc.

 
 

c) Le Présent réduit à la pulsion de l’instant :

Les personnes homosexuelles pratiquant leur homosexualité ne vivent pas davantage au présent, qu’elles délaissent au profit de l’instant, de la sensation immédiate, de la pulsion. Derrière l’éloge de l’instant, qui a l’air positif et enchanteur, se profile la croyance désenchantée en la vacuité de l’existence, en l’impermanence de l’amour : « J’aurais pu naître à n’importe quelle époque, j’aurais été bien nulle part. » (Shirley Souagnon, humoriste lesbienne, dans l’émission Bref à Montreux (Suisse), sur la chaîne Comédie +, diffusée en décembre 2012)

 

Notre réalité corporelle spatio-temporelle est noyée par beaucoup de créateurs homosexuels dans l’art, le sentiment et le progrès, comme l’explique parfaitement la philosophe Susan Sontag : « Le Happening touche le spectateur en l’entourant d’une trame d’éléments de surprise, asymétriques, sans péripétie et sans dénouement ; il s’agit là de l’irrationalité du rêve, plutôt que de la logique habituelle de l’art. Les Happenings, comme les rêves, ignorent la notions du temps. N’utilisant ni l’intrigue, ni la chaine rationnelle du discours, ils ne connaissent pas le passé. Comme l’indique leur dénomination – Happenings (Choses qui arrivent) – tout s’y passe dans le présent. » (cf. l’article « Les Happenings : Art des confrontations radicales » de Susan Sontag, L’Œuvre parle (1968), p. 406)

 
 

d) Le Futur réduit à une projection fantasmatique :

L’accueil que réservent certains individus homosexuels au futur n’est pas meilleur que celui offert au passé et au présent… car leur fuite en avant se vit dans la rupture avec un passé diabolisé ou dans l’absence de conscience du Réel : « Dans le grand parc solitaire et glacé, deux spectres ont évoqué le passé… » (Paul Verlaine s’adressant à son amant Arthur Rimbaud, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 30) ; « Vous savez, cher Marcel, je dois les excuser, ces Argentins. Malgré tout, ils m’ont donné un foyer. Loin, très loin de ce passé horrible. Grâce à ces Indiens, j’ai pu survivre. C’est pour cette raison profonde que je suis prête à leur pardonner leur exubérance, leur exotisme. À dire vrai, ils ont quand même un peu de charme. » (Madeleine s’adressant à la photo de Marcel Proust dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 247) ; « La philosophie de Michel Foucault, son scepticisme, son relativisme ont pour point de départ un constat historique : le passé de l’humanité est un gigantesque cimetière de vérités mortes, d’attitudes et de normes changeantes, différentes d’une époque à l’autre, toujours dépassées à l’époque suivante. » (Paul Veyne, Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), p. 210) ; etc.

 

Pourtant, les apparences sont trompeuses car ils semblent chanter l’avenir et le progrès à tue-tête dans leurs créations et leurs discours. Je vous renvoie au journal mensuel homosexuel Futur (1952-1955). Par exemple Louis II de Bavière est connu pour avoir des projets grandiloquentes et mégalomaniaques : il fait construire des châteaux futuristes. Michael Jackson, Thierry Mugler, Andy Warhol, Yves Saint-Laurent se sont essayés au futurisme. « J’ai toujours rêvé de visiter les châteaux de Louis II de Bavière. » (Guillaume, le héros bisexuel du film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne)

 

Il est assez symptomatique qu’une chanteuse comme Mylène Farmer (l’icône gay française par excellence) célèbre le futur (jusque dans ses concerts High Tech et ses clips) tout en disant à chaque fois qu’il n’existe pas et qu’il vient toujours à manquer (cf. le titre de sa tournée 2013, « Timeless », ainsi que ses messages millénaristes). D’ailleurs, toutes les icônes gays jouent à être des prêtresses de l’espace : Jane Fonda, les Spice Girls, Björk, Mylène Farmer, Lady Gaga, Britney Spears, Madonna, etc.

 

De plus en plus avec les nouvelles législations mondiales fondées sur les « identités » sexuelles et les sentiments amoureux (« Union civile », « mariage pour tous », adoption, etc.), les personnes homosexuelles se font les chantres du progressisme égalitariste (qu’elles incarneraient, bien évidemment, par leur désir homosexuel et l’affichage de ce dernier). Elles – et leurs suiveurs politiques qui les instrumentalisent – font ainsi du passé table rase, justifiant leur démarche iconoclaste et mémoricide par l’idéologie de la modernité : « Nous ne sommes plus au XVe siècle. » (Nicolas Gougain par rapport à sa défense du « mariage gay », dans l’émission Mots croisés d’Yves Calvi, sur le thème « Homos, mariés et parents ? », diffusée sur la chaîne France 2, le 17 septembre 2012) ; « On n’est plus au XIXe siècle. » (une manifestante pro-mariage-gay et pro-égalité, dans le documentaire « Les lendemains tristes du mariage gay » (2013) de Matthias Barbier) ; « C’est un progrès indéniable. » (cf. le discours d’Erwann Binet, rapporteur officiel de la loi du « mariage pour tous » en France, à l’Assemblée Nationale, en avril 2013) ; etc.

 

Le déni de la réalité temporelle passé/présent/futur se résout presque systématiquement dans l’idéologie progressiste de la post-modernité transhumaniste, et concrètement dans la violence, avec toujours la fausse dichotomie « passé/futur » orchestrée par bons nombres de personnes homosexuelles ou gays friendly : « Ne nous y trompons pas : le postmodernisme n’a pas de grand dessein : son unique but est de déconstruire ce qui fut construit avant lui ; de fragmenter, d’éparpiller, d’émietter en une infinité d’individus qui ne sont plus guère en relations, mais seulement en communication. » (le Père Verlinde, « Les Attaques du démon provenant de l’extérieur de l’Église », dans les Attaques du démon contre l’Église (2009), p.189)

 
 

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Code n°81 – Funambulisme et somnambulisme (sous-code : Trapéziste homo)

funambule

Funambulisme et somnambulisme

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Inconfort existentiel et désirant

Film "Les Équilibristes" de Nico Papatakis

Film « Les Équilibristes » de Nico Papatakis


 

Il arrive que dans les fictions traitant d’homosexualité il y ait des personnages (homos ou non) exerçant le métier de funambule dans un cirque, ou s’improvisant équilibristes le long d’un muret, ou se levant la nuit pour prononcer tout haut ce que leur « conscience diurne » a censuré. Je vous épargnerai le laïus symboliste à deux balles du funambule qui serait l’allégorie de l’« admirable » inconfort de la condition humaine : la figure de l’artiste marginal, « révolutionnaire », asexué et bisexuel, entre Ciel et Terre, pris en deux eaux (homme ou femme ? être humain ou Dieu ?), non-positionné, désengagé, est suffisamment rebattue et applaudie comme modèle social, pour mériter d’être notre unique objet d’attention. En revanche, ce qui m’intéresse davantage, c’est le sens dépolitisé et déromantisé de ces scènes aériennes de funambulisme/somnambulisme. Car si les personnages homosexuels se sentent obligés de sortir de la mêlée pour voltiger dans les airs ou s’avancer dans la nuit quand personne ne les attend, c’est bien qu’ils ont quelque chose à fuir, qu’ils ont un fait violent, censuré, et pourtant réel, à annoncer : le viol ou le fantasme de viol de leur papa littéraire.

 

Parce qu’une part d’elles-mêmes désirent vivre à côté de leurs réalités, il existe souvent dans l’esprit des personnes homosexuelles un rapport douloureux au décalage (ressenti pourtant par tout être humain) entre le monde vécu et le monde perçu, qui fait qu’elles pensent que la vie est un songe, une gigantesque mascarade. Les œuvres homosexuelles traitent régulièrement des morts-vivants, en lien avec le funambulisme et le somnambulisme. En général, leurs scènes de rêve éveillé révèlent une réalité très noire qui énonce que la Réalité n’existe pas. C’est la raison pour laquelle bon nombre d’artistes homosexuels se revendiquent d’un symbolisme ou d’un surréalisme nihiliste.

 

Les personnes homosexuelles s’identifient souvent à ce peuple de zombies, marchant sans but, dans la nuit, téléguidés par leurs pulsions sur un lieu de drague. La somnolence métaphorique qui les gagne témoigne de leur révolte inconsciente et impuissante face à un désir de viol (ou un viol réel) qui aurait dû les choquer. De façon réitérée dans les fictions, l’état de semi-sommeil du somnambule est à la fois synonyme de moment de vérité, et de viol.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Icare », « Folie », « Planeur », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Aigle noir », « Sommeil », « Clown blanc et Masques », « Femme-Araignée », « Voleurs », « Extase », « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau », « Cirque », « Femme au balcon », « Magicien », « Corrida amoureuse », « Boxe », « Cour des miracles », « Morts-vivants », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Prostitution » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) L’acrobate funambule :

 

FUNAMBULISME Carte

 

Quelquefois, au détour d’une œuvre artistique traitant d’homosexualité, on aperçoit un funambule (qui peut être homosexuel d’ailleurs) : cf. la pièce Les Caprices de Marianne (1833) d’Alfred de Musset (avec la figure romantique d’Octave), le film « La Cage aux Folles II » (1981) d’Édouard Molinaro, le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron (avec Paulo), le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau, le spectacle Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou, le film « Les Équilibristes » (1991) de Nico Papatakis, la chanson « Optimistique-moi » de Mylène Farmer, le film « When Night Is Falling » (1995) de Patricia Rozema (avec Petra l’acrobate lesbienne), le vidéo-clip de la chanson « It’s Ok To Be Gay » de Tomboy (avec la fée Clochette en funambule sur le lit de l’enfant futur gay), le film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser (avec Jan, l’un des deux héros gays, jouant au funambule en bords de mer), la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias (avec les cigognes funambules), le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec l’équilibriste), etc.

 

Par exemple, dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, Miguel prend en photo Santiago en train de faire le funambule sur leur plage secrète. Dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015), Jefferey Jordan, le héros homo, définit tout homosexuel comme « une espère de grosse feignasse qui marche sur un fil ».

 

Vidéo-clip de la chanson "Optimistique-moi" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Optimistique-moi » de Mylène Farmer


 

Ce funambule marche sur un fil et risque à tout moment de perdre l’équilibre et de tomber : cf. le film « La Chatte à deux têtes » (2002) de Jacques Nolot, le vidéo-clip de la chanson « No Big Deal » de Lara Fabian, etc. Il symbolise la marginalité de l’homosexualité – une condition qui suspend l’être entre deux mondes – ainsi que le risque mortel que fait vivre le désir homosexuel. « J’étais sur un fil… et je suis tombée. » (Maryline, l’héroïne bisexuelle, dans la pièce Jardins secrets (2019) de Béatrice Collas). Par exemple, dans le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, Uloomji, le futur amant de Timofei, tombe sous les roues de voiture de ce dernier après un numéro de funambule raté sur un mur. Dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, Luca, le héros homosexuel, a glissé sur une rampe et fait une chute mortelle dans l’Arno parce qu’il a joué à l’équilibriste : « J’avançais dans la ville, comme un somnambule. […] J’ai marché le long du parapet, à la manière d’un funambule. » (pp. 220-221) ; « Fasciné par les lointaines galaxies, je somnambulais sous un ciel noir que voilaient peu à peu les laiteuses brumes de l’aube. […] La nuit finissante transformait cette fenêtre en miroir, et c’était en soi-même qu’il semblait dangereux de se pencher. » (le narrateur homosexuel dans la nouvelle « Terminus Gare de Sens » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 63-64) ; etc.

 
 

b) Le somnambule :

FUNAMBULISME Kang

B.D. « Kang » de Copi


 

Dans la fantasmagorie homosexuelle, en lien étroit avec le funambulisme, il est question aussi de somnambulisme : cf. l’opéra La Somnambule (1831) de Vincenzo Bellini, le poème « Romance Sonámbulo » dans le recueil Romancero Gitano (1928) de Federico García Lorca, le film « Memento Mori » (1999) de Kim Tae-yong et Min Kyu-dong, la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim (avec Anne-Lise la somnambule), le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green (avec Élise la somnambule), le film « Los Amantes Pasajeros » (« Les Amants passagers », 2013) de Pedro Almodóvar (avec le coït avec une somnambule), le roman Die Schlafwandler (Les Somnambules, 1931) d’Hermann Broch, le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta (avec le personnage de David), le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent, etc. Le héros homosexuel (ou un proche de son entourage) avance et se déplace pendant la nuit sans avoir conscience de son mystérieux voyage. Dans le roman Notre part féroce (2025) de Sophie Pointurier, la maman de la narratrice est la Dame Blanche, retrouvée sur le bord de la route, en pleine nuit : « Tu as souvent des crises de somnambulisme? Ça va pas du tout, là… » (p. 98) ; « Sa silhouette frêle s’était baladée sous la lune pendant que son double dormait du sommeil du juste dans son lit. » (p. 107).

 

Roman Les Somnambules d'Ophélie Femmarty

Roman Les Somnambules d’Ophélie Pemmarty


 

Par exemple, dans la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stephane Druet, la Reine de Cœur est somnambule. Dans le film « L’Arbre et la Forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Marianne est la femme somnambule qui parle toute seule dans le couloir, et qui au fond exprime inconsciemment l’homosexualité latente de son mari Frédérick. Dans le téléfilm nord-américain The Christmas House (Duel à Noël chez les Mitchell, 2022) de Rich Newey, Brandon, le héros homosexuel, avoue que lorsqu’il était petit, il était somnambule.

 

En général, le personnage somnambule laisse libre court à son inconscient et dévoile pendant sa promenade nocturne la terrible réalité d’un traumatisme (un viol ou un crime) qu’il a vu ou qu’il a jadis vécu. « Somnambule j’ai trop couru dans le noir des grandes forêts. » (cf. la chanson « En rouge et noir » de Jeanne Mas) ; « Elle marche comme une somnambule. » (Molina, le héros homosexuel parlant de Léni, la femme collabo, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, pp. 43-44) ; « Une fille comme moi, une fille comme il y en a mille, ça avance sur un fil en regardant devant soi. Volez-lui son cœur. » (cf. la chanson « Une Fille comme moi » de Priscilla) ; « T’es somnambule ou quoi ? » (Mariela s’adressant à son mari Miguel, qu’elle retrouve endormi dans la cuisine, et qui commence à s’homosexualiser sans qu’elle ne le sache, dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León) ; etc.

 

Dans beaucoup de films homo-érotiques (« Du même sang » (2007) d’Arnaud Labaronne, « Les Nuits fauves » (1992) de Cyril Collard, « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, « Les Yeux fermés » (2000) d’Olivier Py, « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, etc.) et de créations théâtrales (cf. le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) décrivent les rituels de baise homosexuelle dans les backrooms, les parcs, les jardins publics et surtout les quais portuaires, comme une chorégraphie de somnambules qui se flairent comme des chiens. « Je me perds entre les buissons, je croise des garçons auxquels je n’ai pas envie d’agripper ma solitude. Regards fermés, gestes lents, comme des funambules suicidaires. Ils font l’amour debout, le jeans baissé sur les chevilles. Sur leur visage un air triste d’avoir abandonné le combat. » (Simon arpentant les lieux de drague homosexuels, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 14-15) ; « Onze mille vierges sous acide lysergique consolent des malabars tendus et mélancoliques. Fille de joie me fixe de ses yeux verts. Des claques ??? Jusqu’à l’Hôtel de l’enfer. […] Onze mille cierges, alcool et barbiturique. Je flotte dans les rues comme sous analgésique. Mon costume souillé de larmes et de suie, de la rue des Saints Pères à Soho tu me poursuis. » (cf. la chanson « Onze mille vierges » d’Étienne Daho) ; etc.

 

Dans la pièce Macbeth (1623) de William Shakespeare, c’est au moment de sa promenade somnambulique que Lady Macbeth cafte le meurtre qu’a opéré son mari Macbeth. Elle regarde ses mains blanches tachées du sang invisible du viol.

 

Pièce Macbeth de William Shakespeare

Pièce Macbeth de William Shakespeare


 

Couramment, le funambulisme et le somnambulisme sont associés à la folie, à un désir et un viol incestueux (cf. le vidéo-clip de la chanson « Optimistique-moi » de Mylène Farmer, la chanson « Les Pieds dans la lune » des Valentins, le film « Reflection In A Goldeneye » (1967) de John Huston, etc.). « Je déambule, je fais des bulles, je somnambule. » (cf. la chanson « Papa m’aime pas » de Mélissa Mars) ; « Sauras-tu me regarder ? Mais tu ignores mes signes, toi, mon cruel funambule. Alors je crache ces lignes, fracassé et somnambule. » (cf. le père d’Étienne Daho dans la chanson de ce dernier « Boulevard des Capucines ») ; « Vous pouvez coucher dans le lit. Moi, je peux dormir assise. » (Mme Simpson à Irina, dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi) ; « Sans ça, je pourrais piquer une crise de somnambulisme. » (« L. », le héros transgenre M to F, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; etc. Par exemple, dans le roman Le bois, la nuit (1936) de Djuna Barnes, Robin Vote, jeune Américaine à l’allure androgyne, somnambule hantée par une légère folie, fascine son entourage.

 
 

c) Le trapéziste homosexuel ou objet de fantasme homosexuel :

Film "Trapèze" (1956) de Carol Reed

Film « Trapèze » (1956) de Carol Reed (avec Tony Curtis)


 

Le personnage homosexuel des fictions homo-érotiques est parfois trapéziste, ou bien est attiré par un trapéziste athlétique et aérien : cf. la chanson « Le Trapéziste » de Jean Guidoni, la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau, le roman La Peau des Zèbres (1969) de Jean-Louis Bory (avec les laveurs de carreaux), le vidéo-clip de la chanson « À contre-courant » d’Alizée, le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig (avec les oiseaux-trapézistes), le film « Behind Glass » (1981) d’Ab Van Leperen (avec le laveur de carreaux), le roman Hablar Desde El Trapecio (1995) de Leopoldo Alas, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato, le roman El Mismo Mar De todos Los Veranos (1978) d’Esther Tusquets, le roman El Ángel De Sodoma (1928) d’Hernández Catá, le roman El Misántropo (1972) de Llorenç Villalonga, le film « Victor, Victoria » (1982) de Blake Edwards (avec Richard di Nardo, l’amant homosexuel de Toddy), le film « La Tristesse des Androïdes » (2012) de Jean-Sébastien Chauvin (avec des images hommes aériens sautant d’un building à un autre, et figurant les vicissitudes et la rupture prochaine de la relation amoureuse lesbienne), etc.

 

FUNAMBULISME trapeze artist

 

Le motif du trapéziste renvoie à la dangerosité de l’idolâtrie homosexuelle pour les corps mis à mort ou en risque : « Plus je grandissais, plus je me suis dit que je deviendrai gay.’ dit Will à sa mère. À cela, cette dernière ne put que bredouiller : ‘Mais pourquoi ?’ Il lui répondit : ‘Parce que je veux jouir de moi-même. » (cf. dialogue du film « The Trapeze Artist » (2012) de Will Davis) ; « Je sais pas. J’suis pas trapéziste. » (Frédérique, l’héroïne lesbienne de la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) ; « La Caille évoquait l’atmosphère empestée de la Gaîté-Rochechouart, où pour la première fois, il avait vu Bambou exécuter la voltige au trapèze. Un athlète le lançait ensuite en l’air, le recevait sur ses biceps, lui faisait faire trois grands sauts périlleux, avant de l’empoigner par un anneau de sa ceinture, et le présenter, vivant soleil, aux applaudissements du public. Il avait suffit d’un regard de la Caille pour découvrir chez cet acrobate, un personnage dont la souplesse n’était rien moins qu’équivoque. Mais que de temps passé ! » (Francis Carco, Jésus la Caille, 1914) ; « Mon grand-père le clown s’est suicidé en cours de spectacle. Il s’est pendu au trapèze, tout le monde croyait à un numéro comique ! Il a eu quinze minutes d’applaudissements avant qu’on s’aperçoive qu’il était mort ! » (le Machiniste dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; etc.

 

Les frères Ming et Rui au Teatro Zinzanni

Les frères Ming et Rui au Teatro Zinzanni


 

Par exemple, dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, la psychiatre lesbienne rêve qu’elle chute en trapèze… qu’on peut interpréter comme l’inceste familial ou une mauvaise gestion du complexe œdipien : « Je refais le rêve du cirque. Si… tu sais bien… le numéro de trapèze. Mon père, ma mère et moi… » (la psy)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

 

Une fois transposé dans le Réel, on voit qu’il existe des croisements esthétiques et désirants entre somnambulisme/funambulisme/trapézisme et homosexualité : cf. l’article « Le Numéro de Barbette » (1926) de Jean Cocteau, l’exposition « Des Jouets et des Hommes » (2011) au Grand Palais de Paris, etc. Par exemple, en 2014, le chanteur Stéphane Corbin a créé, avec 177 artistes, un collectif « contre l’homophobie », et qui s’appelle comme par hasard Les Funambules. Autre exemple. En d’autres endroits de son Journal, Thomas Mann, homosexuel, fait part de ses émotions homoérotiques, y compris vis-à-vis de son propre fils homo. « Vendredi 20 septembre 1919. Hier soir, j’ai remarqué de la lumière à travers la porte vitrée fermée de l’appartement des enfants, et comme je devais de toute façon réveiller Katia [sa femme] , qui s’était enfermée en me laissant dehors, nous avons fait une enquête. Il s’est avéré qu’Eissi était étendu dans son lit, incroyablement découvert et toutes lumières de la chambre allumées. Jeux pubertaires ou tendances à des actes de somnambulisme que nous avions déjà remarqués au Tegernsee ? Peut-être les deux à la fois. Quelle forme prendra la vie de ce garçon ? Quelqu’un comme moi ne « devrait » évidemment pas mettre d’enfants au monde. » (Philippe Simonnot, Le Rose et le Brun (2015), p. 121)

 

FUNAMBULISME Boston ce-somnambule-en-slip-sous_6ne2p_30g4mr

 

Par exemple, à Boston (États-Unis), en 2013, une sculpture de Tony Matelli a fait scandale dans le Campus de Wellesley College, car elle représentait un homme somnambule en slip et faisait peur aux étudiants. Elle a fait l’objet de pétitions pour son retrait.

 

Abdallah

Abdallah


 

Les personnes homosexuelles sont parfois de vrais trapézistes : Barbette, Abdallah Bentaga (l’amant de Jean Genet), ou encore Miss Urania, Will Davis, étaient homosexuels. Pendant ses concerts, Jean Guidoni joue au funambule (La Boule Noire, Paris, avril 2007).

 

Will Davis

Will Davis


 

Dans son spectacle Mugler Follies (2002), le couturier Thierry Mugler met en scène une femme dont le rêve est de devenir funambule.

 

Spectacle Mugler Follies de Thierry Mugler

Spectacle Mugler Follies de Thierry Mugler


 

Plus qu’un motif esthétique, l’association entre somnambulisme/funambulisme/trapézisme et le désir homosexuel illustre la dangerosité de la croyance et de la pratique homosexuelles, ainsi que la coïncidence entre homosexualité et viol/violence/inceste.

 

Commentaire dans le site Au Balcon

Commentaire dans le site Au Balcon


 

« Je voudrais te demander pardon. Je sais que tu ne me pardonneras jamais. Tu me l’as dit à l’époque, très fermement. Mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Mon désir de perfection me hante. C’est désagréable, j’en conviens. En plus, je t’ai fait peur dans la pénombre de la chambre que nous partagions. Tu as ouvert les yeux. On pouvait lire ton étonnement. Mais ça me prenait comme ça, de me réveiller vers deux ou trois heures du matin, comme un somnambule. J’allais jusqu’à l’armoire où se trouvaient tes vêtements que je revêtais, à moitié endormi. » (Alfredo Arias s’adressant à sa grand-mère chez qu’il allait visiter la nuit, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 160) ; « Comme un magicien, il nous donnait l’illusion de flotter au-dessus d’une foule de cadavres. » (Romala Nijinski, la femme du célèbre danseur bisexuel Nijinski, dans sa biographie Nijinski, 1934) ; etc.

 

Gay Circus Charles Knie

Gay Circus Charles Knie


 

Les personnes homosexuelles, sans en prendre vraiment conscience, nous présentent la fébrilité de leurs « amours » qui ne tiennent qu’à un fil et sur un équilibre incertain. « Funambules aux yeux ouverts » (Christophe Aveline, L’Infidélité : La relation homosexuelle en question (2009), p. 23) ; « Les amants [homosexuels] sont des équilibristes qui se tiennent par la main, s’assistent mutuellement. C’est un jeu entre la vie et la mort du couple qui tient sur un fil. » (idem, p. 55)

 
 

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