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Ma vie sans « Têtu »

Je vous interdis de mépriser Têtu (…vous savez, le magazine qui commence par un « T » et qui finit par du « Q »… ;-)). Y’en a marre de ceux qui critiquent la revue qui m’a appris que je devais me raser de préférence avant d’avoir mangé plutôt qu’après pour éviter les saignements : ça a révolutionné ma vie, sans rire.

La pauvre-type attitude : une de mes grandes préoccupations

Maintenant que je me retrouve à nouveau, de par mon métier de prof, sur le chemin des écoliers, je suis particulièrement attentif aux élèves qui se retrouvent à part dans les groupes, rejetés de tous, qu’on abandonne sur la cour parce qu’on s’imagine qu’ils ne sont pas intéressants, qu’ils sont cons, pas drôles, et qu’ils le resteront toute leur vie. Parce que moi aussi, quand j’avais leur âge, j’étais cet adolescent-là, transparent, peu digne d’intérêt, qui ne faisait pas rire, qui ne plaisait pas, qui se faisait traiter de « fille », dont on se moquait sans vergogne. Et j’essaie, quand je peux, de montrer à ces adolescents isolés (…et, au fond, à tous les autres, car même les leaders de groupe, apparemment très populaires, vivent des moments de profonde solitude puisqu’ils sont entourés de faux amis, et qu’au bout du compte on a tous été, au moins une fois dans sa vie, cet enfant abandonné…) que toutes ces images de « pauvre type » ou de « pauvre fille » sont fausses, et qu’un jour, ceux à qui on a injustement collé ces étiquettes montreront à la face de tous ces frimeurs qui ont eu leurs heures de gloire pendant le collège que la pierre qui était rejetée est devenue pierre d’angle, qu’être efféminé et pédé n’est pas une tare mais une chance pour être plus proche de la fragilité et de la détresse des autres, que celui qu’on croyait faible et dont on a méprisé les talents peut finalement se révéler le plus fort.

Ai-je déjà été attiré par mes élèves du fait d’être homo ?

Les questions à 1000 euro… Est-ce que, de par mon métier de prof, je représente un danger pour la jeunesse ? Ai-je déjà été attiré par des élèves ? Est-ce que le fait que je parle ouvertement de mon homosexualité ne risque pas de perturber mes classes ? Ne suis-je pas en train de mélanger vie privée et vie sociale, ou de faire un quelconque prosélytisme ? Pour répondre à toutes ces questions, je dirais que parler de sexualité et de ses horizons de sens n’a rien de privé ni d’exhibitionniste : cela concerne tout le monde, les grands adolescents comme les adultes. Ce sont des questions qui doivent cesser d’être tabou. Et d’autre part, que mes élèves se rassurent. Fantasmatiquement, au niveau des désirs, je commence à me connaître, et je sais maintenant que je ne suis pas du tout attiré par les adolescents post-pubères. Pour vous parler franchement, les petits minets imberbes à peine sortis du nid m’emmerdent prodigieusement (je parle au niveau des fantasmes, bien sûr). Comme Jean-Louis Bory, je serais tenté de dire que, si dans cette histoire d’homosexualité il y en a qui pourraient trembler de souffrir mes avances, ce ne sont pas mes élèves… mais uniquement les papas de mes élèves ! Mon désir homosexuel est typiquement narcissique et œdipien (voire incestueux). Donc vous pouvez me confier vos bébés, vos écoliers du primaire, vos collégiens, vos petits boys scout blondinets en colo, et même vos lycéens pas encore mûrs : je ne les toucherai, je pense, jamais.

L’homosexualité : l’un des seuls prétextes sociaux pour se couper de l’Église

J’ai remarqué que l’un des sujets de société qui partageait actuellement le plus la population mondiale était l’homosexualité. Peu de personnes semblent avoir vraiment une idée ou une opinion précise là-dessus. La majorité ne sait pas quoi en penser. Même les responsables des grandes religions tiennent un discours encore trop flou et maladroit à ce propos. On se contente de dire qu’on est « pour » ou « plutôt contre » sans chercher à comprendre pourquoi, ni à s’en justifier.

 

Un soir que je me trouvais à une soirée organisée par mon groupe catho de jeunes adultes de Savigny-sur-Orge, en 2007, on avait décidé de traiter d’un sujet plutôt difficile : les prises de position de l’Église catholique qui nous posent le plus problème ou question. Pendant ce débat improvisé, on est arrivés à trouver ensemble un brin de réponses sur tous les thèmes de société possibles inimaginables, même les plus épineux (le cas des divorcés remariés, l’euthanasie, l’avortement, le préservatif, etc.)… Tous les thèmes sauf un seul : l’homosexualité ! Comme par hasard ! Même en fin de soirée, personne n’est arrivé à se mettre d’accord. Comme s’il s’agissait d’une question ultra difficile, insoluble. Et quand elle est un peu abordée dans les émissions de télé, tout le monde s’excite en un rien de temps. Ceux qui se disent « hétéros » ont peur de gaffer et de blesser quand ils en parlent ; ceux qui se disent « homos » la défendent avec une assurance trop assurée et agressive pour s’appuyer sur une vraie réflexion sur le désir homosexuel (d’ailleurs, quand on leur demande de mettre des mots sur leur homosexualité, la discussion tourne vite court… On arrive très vite à les coller sur des points pourtant hyper connus de la culture générale homosexuelle). Que se passe-t-il donc avec le désir homosexuel ? Si vous voulez mon avis, je crois qu’il ne déchaînerait pas autant les passions et ne diviserait pas autant les gens s’il ne portait pas déjà en lui la trace ou les germes du viol.

 

Sans rancune, frère Paul ! (et vive les dominicains !)

 

Pendant l’été 2002, alors que je venais de faire mon coming out à mes parents et que j’apprenais à découvrir le « milieu homosexuel » à travers les associations, les établissements gay friendly, et Internet, j’avais décidé de partir à la rencontre de mes amis internautes de Caramail en faisant un petit Tour de France, parfois en stop, parfois en train, entre Paris, Orléans, Montpellier, et Marseille. La dernière étape de mon parcours était Marseille. Le « carapote » que je devais voir n’avait pas de quoi me loger. Me retrouvant à la rue, j’ai donc pris sur moi pour aller sonner au couvent des frères dominicains de Marseille, car mon grand-frère fait partie de l’ordre, et donc j’espérais que mon lien de parenté avec ma « presque-belle-famille » et l’hospitalité chrétienne me serviraient de passeport… ce qui fut en effet le cas ! Le frère Jean, un type super, m’a accueilli chaleureusement au portail et m’a laissé une chambre sans me demander aucune explication ni argent. En toute gratuité (…bref, en clair, le frère Jean est un homme de Dieu !) Comme il m’avait en plus laissé les clés de cette oasis spirituelle en plein cœur de la cité grouillante, je pouvais sortir à loisir le soir dans les bars homos marseillais et revenir à l’heure que je voulais : le pied !

 

Un midi, les six frères dominicains qui résidaient à cette période dans le couvent m’ont gracieusement offert le repas. Comme je ne pouvais pas donner la vraie raison de ma mystérieuse présence, et que les religieux qui m’entouraient n’osaient pas, par pudeur ou par indifférence, me la demander, ils ont commencé à me poser tout un tas de questions inintéressantes sur la pluie et le beau temps : quels sont les coins de ma région natale choletaise et angevine intéressants à visiter ? quels sont les plats typiques à déguster là-bas et quelle est l’histoire de la Vendée et du Maine-et-Loire ? quels sont les intellectuels espagnols que j’ai lus ? etc. etc. Les références qu’ils me citaient m’étaient inconnues. Je n’étais pas, je le voyais bien, à la hauteur de l’érudition qu’ils attendaient de moi. En plus, je n’ai jamais eu l’esprit très pratique ; pour me repérer géographiquement dans l’espace, par exemple, mémoriser le nom des rues, les marques de voitures ou de fringues, ou bien pour retenir des anecdotes historiques précises de sujets qui ne m’intéressent pas, j’ai toujours été une bille… J’avais envie de leur répondre qu’à part la marque du dernier vernis à ongles d’Alizée, je ne connaissais pas grand chose… Je sais juste que Dieu est amour pour tous les Hommes, et que je suis aimé spécialement par Lui : ça me suffit pour vivre heureux ;-). Comme les dominicains sont un ordre prêcheur et intellectuel, certains frères aiment étaler leur science et vous démontrer qu’ils connaissent mieux votre vie (qui est censée pourtant leur être étrangère) que vous-même, pour gagner la joute verbale, pour vous transformer en imbécile, et ne pas vous écouter. C’est exactement ce qui s’est passé avec le jeune frère asiatique Patrick Nguyen qui, en me voyant aussi peu affable sur le cours de la maugette (= le haricot blanc de la Vendée) et le classement des ventes de Coteaux du Layon en France, m’a demandé devant tout le monde si je comptais un jour publier mes mémoires. J’avais déjà songé à l’écriture d’un livre après la rédaction de mes travaux universitaires, mais je me suis bien gardé de le dire et de dévoiler que je venais à Marseille pour sortir dans les établissements gay, rencontrer des internautes homosexuels, et nourrir ma réflexion sur le « milieu homo ».

 

C’est alors que ce gentil ecclésiastique, fier de son cerveau, sûr de ses bons mots et de sa supériorité intellectuelle, a rajouté : « Quel nom pourrions-nous leur donner, à tes mémoires ?… Ah oui ! Je sais ! Et si on les appelait « Memorias de un Burro » ? » (traduction de l’espagnol : « Mémoires d’un Âne ») Sa question acerbe ne demandait pas de réponse. Un seul des frères l’a entendue, comprise, et s’est montré choqué par la méchanceté gratuite de son confrère. Les autres n’ont pas relevé. Sur le coup, il m’a fallu dix bonnes secondes pour comprendre que je venais de me faire « casser » sévère… donc c’était trop tard pour répliquer. Je m’en suis voulu, après-coup, de ne pas avoir répondu du tac o tac, et d’avoir laissé ce cher frère Patrick Nguyen dans une arrogance que j’ai malheureusement observée chez un certain nombre de frères dominicains (arrogance qui me semble d’autant plus inacceptable qu’elle vient de personnes qui ont pour vocation première l’écoute et l’humilité).

 

Mais avec quelques années de recul, aussi bizarre que cela puisse paraître, cette histoire me plait énormément, et arrive même à me faire rire. Je me dis que si un jour, dans 50 ans, j’avais à écrire ma vie (chose qui semble peu probable… en tout cas difficile à dire du bas de mes 30 ans), ou si un essayiste avait l’idée de se pencher un jour sur ma vie pour en faire une biographie, le titre choisi par ce frère dominicain serait parfait. Car c’est tout à fait ça ! Je suis un véritable âne, dans tous les sens du terme ! Têtu comme un Aragonais, inculte comme un teen-ager, incapable comme un mec homo ! Tu avais raison, Patrick.

Le désir homosexuel : par nature, homophobe

Ce qu’on a du mal à comprendre (…et pourtant, les faits homophobes viennent sans cesse le rappeler), c’est que le désir homosexuel est par nature homophobe. Il est à la fois pour et contre lui-même car il est le signe d’une idolâtrie. Quand la société aura compris cela, elle fera un très grand pas vers la compréhension de l’homosexualité ! Quand elle verra que l’homophobie n’est pas seulement, comme on se rassure de le penser, un refoulement de son désir homosexuel, mais aussi et surtout une acceptation sans limite et irréfléchie du désir homosexuel, elle ne sera même plus tentée de l’appeler « désir ». Le désir homosexuel est plus un refoulement du Désir que réellement un désir. Les personnes homophobes se trouvent autant chez les personnes qui refoulent leur homosexualité que du côté des individus qui disent « assumer totalement et fièrement leur homosexualité » pour ne pas avoir à se remettre en cause.

Lien entre homosexualité et viol ?

Mon livre (Homosexualité intime + Homosexualité sociale) traite des liens entre désir homosexuel et viol. Cela peut choquer si on en reste à la définition sociale du mot « viol ». Mais en réalité, elle est plus vaste. Par « désir de viol », je n’entends pas seulement le désir de posséder quelqu’un sexuellement ou d’être possédé sexuellement, mais aussi le désir d’être objet ou fétiche sacré, d’être double, d’être quelqu’un d’autre, d’être une moitié d’Homme, d’être Dieu, d’aimer d’un amour fou.

L’homosexualité : pas seulement une affaire de capacité, mais de corps

Je ne suis pas d’accord pour qu’on dise que les personnes homosexuelles ne PEUVENT pas être de bons parents. Ce n’est pas en termes de « capacité », de « possibilité » qu’il faut voir la chose, mais d’idéal : d’une part, tout ce qui est possible n’est pas forcément idéal ; et d’autre part, il est intellectuellement tout à fait envisageable qu’un enfant grandisse avec plus d’amour dans une famille monoparentale ou homoparentale que dans une famille intégrant la différence des sexes. La présence de la différence des sexes dans un couple est importante mais ne suffit pas à elle seule pour décréter que l’unique forme de famille possible pour accueillir un enfant est le couple femme-homme. C’est l’expérience aimante et joyeuse de la différence des sexes qui est idéale. Pas la différence des sexes seule. C’est pourquoi je dirais que le couple homosexuel n’est pas idéal pour l’accueil d’un enfant, même si dans les faits, il PEUT très bien le faire. Je ne dis pas que les couples homosexuels ne sont pas capables d’élever correctement des enfants. C’est qu’ils ne « doivent pas forcément, dans l’idéal ». Ce n’est pas pareil. Pour être un bon parent, cela ne dépend pas que de l’individu ou du couple : cela dépend aussi de la structure conjugale où cet individu s’inscrit, et des bienfaits non-négligeables du respect de la différence des sexes.

Forum du livre à Nice en 2004

Je me trouvais au Forum du Livre de Nice en juillet 2004. J’avais déjà bien avancé dans la rédaction de mon livre, et, comme j’étais obligé de venir passer le concours du Capès dans cette ville du sud, j’ai eu la chance d’assister à une conférence-débat passionnante sur le thème « Est-on dépendant de la culture que l’on a reçue ? » lors de ce meeting littéraire. Ça prenait un peu l’allure d’un causerie populaire improvisée, où chaque participant pouvait prendre la parole quand l’animatrice la leur donnait. Le mariage de Bègles était encore présent dans toutes les mémoires, et le débat s’est donc peu à peu orienté vers le sujet de l’homosexualité. Et là, alors que tout le monde restait très courtois et politiquement correct à propos des personnes homosexuelles, un type de 70 balais a déboulé en pleine assistance pour hurler très fort : « De toute façon, ils ont tous été violés quand ils avaient 10 ans… ! ». L’ensemble des gens qui étaient là se sont alors insurgés à l’unisson contre le vieux pirate qui est clairement passé pour un fou. Le tollé général qu’il a soulevé était génial à observer. Personne n’a cherché à savoir si ce qu’il disait avait du sens, contenait un substrat de vérité. Non, tous se sont mis à le huer et à le traiter de tous les noms, avant de passer à un autre sujet. Moi, intérieurement, je me marrais. J’avais envie d’hurler l’aveuglement social concernant le désir homosexuel, et en même temps, je ne pouvais rire qu’intérieurement de ce monsieur qui causalisait trop vulgairement un lien entre viol et désir homosexuel pour espérer être entendu et ne pas mettre les pieds dans le plat. Pris en sandwich entre deux camps aussi homophobes l’un que l’autre, j’ai préféré m’écraser… pour préparer, quelques années plus tard, ma réponse…