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Code n°30 – Chiens

chiens

Chiens

 

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

Les homophobes qui nous comparent à des chiens, c’est les autres ! C’est pas nous !

 
 

Il est monnaie courante de voir dans les fictions traitant d’homosexualité les personnages homos se comparer à des chiens, s’aboyer dessus au moment du coït quand ils sont en couple, pratiquer le « dogtraining » ou le « pet sex »… alors que pourtant l’association entre homosexualité et zoophilie fera hurler ces mêmes créateurs de leurs propres clichés, et que les membres de la communauté LGBT s’offusqueraient bien que la comparaison canine puisse être révélatrice d’une quelconque vérité violente de leur désir homo prétendument « normal ». C’est tellement plus facile d’inculper les « méchants non-homosexuels homophobes » dans toute cette histoire plutôt que de se regarder soi-même ! Le code des « chiens », omniprésent dans la fantasmagorie homosexuelle, prouve à lui seul que l’homophobie n’est pas, comme on se plaît à nous le faire croire, « non-homosexuelle », mais qu’elle est homosexuelle.

 

CHIENS 1 Pet Shop Boys

Pet Shop Boys


 

N.B.1 : Exceptionnellement, ce code sera illustré à la fin par des extraits vidéo. Je me suis dit que je devais le faire, sinon, on ne me croirait jamais ! Et encore… j’ai dû faire une sélection car j’aurais eu une dizaine de films à vous montrer!

 

N.B.2 : Je vous renvoie également aux codes « Cannibalisme », « Animaux empaillés », « Scatologie », « Homosexualité noire et glorieuse », « Adeptes des pratiques SM », et « Coït homosexuel = viol », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 
 

1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

 

L’association de l’homosexualité à la zoo-sexualité révolte un grand nombre de personnes homosexuelles. Pourtant, certaines la font, soit « scientifiquement » pour justifier que l’homosexualité est naturelle, soit artistiquement et par « jeu » : les personnages homos à quatre pattes, tenus en laisse, se définissant comme des chiens, ou bien aboyant sur nos écrans, ne manquent pas dans les œuvres homo-érotiques. Passant maîtres dans l’art des bestiaires et la description d’aventures zoophiles, il semble que beaucoup d’individus homosexuels donnent des bâtons pour se faire battre. Le motif du chien, revenant fréquemment dans la fantasmagorie homo-érotique, n’est malheureusement pas toujours qu’une image. Par exemple, dans la pratique sexuelle de la sodomie et dans le discours, certains baptisent eux-mêmes la posture du sexe anal la plus communément employée lors du coït gay de « position du chien » (Terry Sanderson, Gay Kâma Sûtra (2003), p. 92). Et dans la vie, les personnes homosexuelles se comportent parfois comme des bêtes, même si elles trouvent l’analogie homosexualité-bestialité peu avouable ou scandaleuse. « J’ai rayé tout le passage sur la ressemblance de T. avec un chien, car il me semblait trop grossier, et pourtant : j’évoquais sa bisexualité, qui est un fait presque animal ; le fait que dans la baise la bestialité est un des fantasmes qu’il imprime (le fantasme de la rapidité du plaisir) ; son attachement sentimental, mais son infidélité constante (se retourner sur le dernier corps passé) ; tout son tempérament enfin : son goût de la promenade, du furetage, de la drague ; sa bonne humeur – il remuerait presque la queue – alternée avec des mouvements de mélancolie boudeuse ; son grand amour des chiens, qu’il aborde presque comme des frères, partout, dans la rue ; sa satisfaction à retourner les poubelles. Il aura fallu mettre beaucoup de ‘presque’ dans ce passage pour atténuer la grossièreté de la comparaison, mais elle n’est pas si fausse. » (Hervé Guibert, Le Mausolée des amants (1976-1991), p. 41)

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

Le personnage homosexuel croise un chien ou s’y identifie :

 

CHIENS 0 gay

 

On retrouve le chien dans énormément de productions traitant d’homosexualité: cf. le vidéo-clip de la chanson « Foolin’ » de Devendra Banhart, le film « Monster In The Closet » (1986) de Bob Dahlin, la chanson « Josy » de Nicolas Bacchus, le film « Oh My Dog ! » (2007) de Lydie Jean-Dit-Panel, la pièce Eva Perón (1969) de Copi, la chanson « Ouvre le chien » David Bowie, le film « Hush ! » (2001) de Ryosuke Hashiguchi (avec la boutique de toilettage pour chiens), le film « Lie Down With Dogs » (1995) de Wally White, la pièce Grand peur et misère du IIIe Reich (2008) de Bertold Brecht (avec les comédiens qui aboient sur scène), la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec « Sacha », le basset), le film « Bêtes de scène » (2000) de Christopher Guest, le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli, le film « Hayseed » (1997) d’Andrew Hayes et Josh Levy, le chien homosexuel du roman Mon chien stupide (2002) de John Fante (avec l’histoire d’un chien homo), le film « El Cumpleaños Del Perro » (1974) de Jaime Humberto Hermosillo, le film « Un après-midi de chien » (1975) de Sidney Lumet, le tableau Goliath (2005) de Thierry Brunello, la pièce Amor, Amor, En Buenos Aires (2011) de Stéphan Druet (avec Roberto, le trans M to F, comparé à un chien), la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès, la pièce Combat de nègre et de chiens (1979) de Bernard-Marie Koltès (avec Cal et Toubab), le film « Colloque de chiens » (1977) de Raoul Ruiz, le tableau Qui du maître ou du chien… ? (2003) de Xavier Gicquel, le roman Les chiens (1982) d’Hervé Guibert, la chanson « Mélancolie toujours » de Jann Halexander, la pièce Le Frigo (1983) de Copi (avec Médora, la chienne), le film « Mon Führer : La vraie histoire d’Adolf Hitler » (2007) de Dani Levy, le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, la pièce D’habitude j’me marie pas ! (2008) de Stéphane Hénon et Philippe Hodora, la nouvelle « La Baraka » (1983) de Copi (Puce, le tenancier du bar homo, avec son faux doberman), le film « Émilienne » (1975) de Guy Casaril, le film « Biloxi Blues » (1987) de Mike Nichols, le film « Curse Of The Queerwolf » (1988) de Mark Pirro, le film « Didier » (1996) d’Alain Chabat, le film « Temps de chien » (1995) de Jean Marboeuf, la B.D. de Logan dans Triangul’Ère 2 (2000) de Christophe Gendron (pp. 310-315), la pièce Les Précieux ridicules (2008) de Damien Poinsard et Guido Reyna (avec la scène de dogtraining), la B.D. Frances (2008) de Joanna Hellgren, le roman Dix petits phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, le roman Qui va promener le chien ? (1999) de Stephen McCauley, le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami (l’histoire d’amour homo commence d’ailleurs avec un accident de voiture impliquant le chien d’un des deux amants : « Ce qui arrivait était bien de la faute de la chienne… », p. 51), le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall (c’est un chien qui permet la rencontre amoureuse lesbienne entre Angela Crossby et Stephen Gordon), la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez (dans laquelle l’amant est comparé à un labrador), le one-man-show Comment j’ai mangé du chien (2012) d’Evgueni Grichkovets, le film « Les Chiennes savantes » (1996) de Virginie Despentes, le film « Diese Nacht » (« Nuit de chien », 2008) d’Elfi Mikesch, le film « Perro Amarillo » (2005) de Javier Van de Couter, le film « The Wild Dogs » (2002) de Thom Fitzgerald, la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer, le roman La Cité des rats (1979) de Copi (avec les ébats « homosexuels » du caniche et du fox-terrier), la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel (avec les chiennes), la chanson « Les Chiens perdus » du Beau Claude, le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic (avec les combats illégaux de chiens), la performance Nous souviendrons-nous (2015) de Cédric Leproust (avec le chien géant ou encore le chien en bois à roulettes), le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder (où Joe parie sur des chiens), la chanson « Garçon facile » de Bijou, etc.

 

CHIENS 2 Salo

Film « Salò ou les 120 journées de Sodome » de Pasolini


 

Certains personnages se retrouvent à quatre pattes, sont tenus en laisse, et imitent des chiens : cf. le film « Le Rôti de satan » (1976) de Rainer Werner Fassbinder, le film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 journées de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini (ces personnes animalisées doivent même manger leurs excréments), le film « O Fantasma » (2000) de João Pedro Rodrigues, la comédie musicale La Périchole : la chanteuse et le dictateur (2007) de Jérôme Savary (avec la meute SM tenue en laisse et qui rapplique sur la scène de l’Opéra Comique de Paris), la pièce Les Quatre jumelles (1973) de Copi, etc.

 

Par exemple, dans le film « Consentement » (2012) de Cyril Legann, Mr Chateigner, un client d’un hôtel luxueux, fait ramasser à son jeune garçon d’hôtel des billets de banque jetés à terre avec la bouche, comme pour un chien. Dans le one-woman-show Betty Speaks (2009) de Louise de Ville, Sarah la lesbienne confectionne un cocktail nommé la « Chienne rouge ». Dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Lucien, le nouvel amant de Bertrand, adore les chiens. Dans la pièce Des Lear (2009) de Vincent Nadal, le comédien sur scène ouvre une boîte de conserve de Pedigree Pal pour son dîner. Dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, le Maître de Cérémonie homosexuel, Aldebert, aboie sur son compagnon : « Wouf ! wouf ! le chien de garde ! » Et plus tard, c’est un autre des personnages, Burger, qui se mettra à aboyer sur scène. Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Esti, l’héroïne lesbienne, tombe sous le charme d’une jeune prof d’histoire, mademoiselle Schnitzler, qui lui montre sur une carte du ciel Sirius « le Grand Chien » (p. 82). Dans le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, Jenny, le transsexuel, se met à aboyer en émettant un grand « wouaf ! ». Dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Benjamin fait « wouaf » pour obéir ironiquement à son amant Pierre. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Lukacz joue à cache-cache avec Adam pour le draguer : ils imitent des cris de chiens et de singes pour se retrouver au beau milieu d’un champ de maïs, et instaurent ainsi leur premier véritable dialogue « amoureux ». Dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat, Catherine, l’héroïne lesbienne, veut être adoptée par le couple Fanny/Jean-Pierre comme un chien ; elle hurle à la mort ; Jean-Pierre lui répond : « On n’est pas à la SPA ici. » Dans la biopic « Life » (2015) d’Anton Corbijn, James Dean compare son compagne-photographe Dennis Stock à un chien : « Il me suivait comme un chien perdu. » Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Nina, l’héroïne lesbienne, est dévalorisée autant par ses parents que par sa maîtresse Lola qui conforme un couple régulier et machiavélique avec Vera. Par exemple, elle raconte que sa mère a donné le prénom « Nina » à sa nouvelle chienne : « Une mère qui donne le prénom de sa fille à sa chienne ! » Et plus tard, face à sa plainte de femme malaimée, Vera compare Nina à un toutou : « C’est vrai, tu as un côté chien battu qui est agaçant. » Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, Ziki et Kena, les deux héroïnes lesbiennes et amantes (dont les pères respectifs font campagne en politique), sont surprises en flagrant délit de bisou dans leur camionnette par Mama Atim, la commère de leur lotissement kényan, qui lance l’alerte d’une drôle de manière : « Les filles des politiciens, collées comme des chiens !! » Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, Virginia Woolf écrit en 1929 une autobiographie, Orlando, où elle dit que les deux choses essentielles bien supérieures à l’Amour sont « les chiens et la Nature ».

 

Il arrive que les homosexuels eux-mêmes se définissent comme des chiens ou des passionnés de ceux-ci : « Je t’ai aimé comme une chienne en chaleur. » (Mémé Huguette dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Allez, à poil ! ou j’encule le chien. » (le narrateur homosexuel lors d’une soirée déguisée gay très arrosée, dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair) ; « Moi, grosse chienne passive, t’attends à quatre pattes derrière la porte. » (le narrateur imitant une petite annonce qu’il aurait lue en vrai, idem) ; « Je suis un chien abandonné, un bâtard. » (Anne Cadilhac dans son concert Tirez sur la pianiste (2011), aux Feux de la Rampe à Paris) ; « Quand les chiens se dévorent entre eux, vérifie toujours que la pire chienne assise à la table, c’est toi. » (Doris, l’héroïne lesbienne de la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; « Dominique aimait bien imiter le chien. » (Tristan Garcia, La Meilleure part des hommes (2008), p. 162) ; « Rien qu’une vie de chien dans les caves et les souterrains, glory hole, glory hole. » (cf. la chanson « Glory Hole » de Benjamin Biolay) ; « Et si nous étions des chiens, une famille de chiens. […] Non, nous ne sommes même pas des chiens. » (Paul, le héros homo du film « Grande école » (2003) de Robert Salis) ; « Me voilà plus sale qu’un chien de malheur ! » (Yanowski pendant son concert Le Cirque des mirages, 2009) ; « Chien jaune’ : Quel joli terme ! » (une réplique du film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye) ; « J’en ai la gueule de chien. » (cf. la chanson « À table » de Jann Halexander) ; « J’ai appris le caniveau. N’y ai jamais vu que des chiens en laisse. Peut-être bien que moi aussi je suis en laisse, tenu serré au cou par une invisible corde. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 94) ; « Je dis que les chiens se marient avec qui leur ressemblent. Que j’aimerais être un chien. » (Doña Rosita dans la pièce La Tragi-comédie de Don Cristóbal et Doña Rosita (1935) de Federico García Lorca) ; « Nous autres, les coiffeurs, avons plus de flair que les chiens de chasse. » (un coiffeur de la même pièce de Lorca) ; « Deux ans chez les pédés, c’est comme les vies chez les chiens. Faut multiplier par 7. » (Jonathan, le héros homosexuel parlant de l’infidélité conjugale, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Ensuite il est entré une petite fille de six ans environ avec mon chien empaillé dans les bras et elle me l’a donné. » (le narrateur homosexuel dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, pp. 31-32) ; « Je me souviens de t’avoir regardé avec des yeux de labrador. » (Denis s’adressant à son amant Luther, dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta) ; « Tu pourrais arrêter de me suivre comme un toutou ? » (Mark, le chef de l’association LGBT londonienne, s’adressant à Mike, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « Je suis comme une chienne avec lui. » (Fabien à propos de son attitude avec son amant Herbert, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; « Tu aimes les p’tits chiens ? Moi aussi, j’les adore. » (Fabien s’adressant à Michel, idem) ; « J’aime bien les coups de langue et les caresses. » (Michel, idem) ; « On peut fonder une famille. Avec les enfants. Le petit chien. La belle-mère. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Son pouète pouète. Parfois je le lance, et je vais le chercher moi-même. » (Isabelle, l’héroïne lesbienne en parlant du chien, dans la pièce Elles s’aiment depuis 20 ans de Pierre Palmade et Michèle Laroque) ; « À l’époque, je pensais que j’étais horrible. Ils me traitaient comme un chien galeux. » (Jean-Marie, homosexuel parlant de ses camarades scolaires, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; « Caresses de chien donnent des puces. » (Mathieu s’adressant à son ex, Jacques, idem) ; « Je ne suis pas un chien de talus non plus. » (Arthur, homosexuel, s’adressant à Nadine, idem) ; etc.

 

CHIENS 3 We demand

 

Par exemple, dans le film « Bêtes de scène » (2000) de Christopher Guest, le magazine American Bitch adopte comme slogan d’accroche : « Pour les lesbiennes et leurs chiennes ! ». Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel, porte un collier clouté de chien. Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., le bulldog est d’ailleurs défini par Jonathan comme le « chien de gouine » par excellence. Dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, Léonore, l’héroïne lesbienne, doit réciter un rôle pour un casting, avec une réplique particulièrement difficile à prononcer :  « Sachez chasser le chien que je suis. » Dans le film « El Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo, la figure du chien occupe tout le tableau : dès le début, les deux héroïnes lesbiennes sont associées aux chiens ; ensuite, Lala est opérée à l’hôpital exactement en même temps que son chien Seraphín ; enfin, à un autre moment du film, le personnage de la bisexuelle, Ailín, est clairement comparé à un chien. Dans la pièce Les z’héros de Branville (2009) de Jean-Christophe Moncys, Bertrand de la Morne est associé à une chienne nommée Falbala ; et quand le Colonel Crevard change de sexe et devient une femme, il se met soudainement à quatre pattes sur scène. Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Santiago est comparé à un chien par Sidney. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael décrit Tex qu’il a surpris au sauna comme un « chien empoisonné » (ils finissent par coucher ensemble). Dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015), Jefferey Jordan entraîne sa maman dans le milieu homo : « Ma mère a voulu que je l’emmène en boîte gay. Elle voulait découvrir mon univers. Elle n’a pas été déçue du voyage. » C’est visiblement scabreux : « Comme les chiens à l’entrée, on s’démerde ! » Dans le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, Sieger et son amant Marc jouent à aboyer comme des chiens pour effrayer les vaches. Dans l’épisode 4 de la saison 3 de la série Black Mirror (« San Junipero »), l’héroïne lesbienne, Yorkie, dit qu’elle porte le nom d’une race de chien.

 

Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, le chien prend une place considérable : dès le début, Yoann, le héros homosexuel, pleure la « mort » de son aspirateur Tornado » qu’il traite comme son « petit bébé » et son toutou. Ensuite, il dit à différentes reprises qu’il « renifle » son amant Julien. Enfin, Julien, l’amant de Yoann, lui ordonne, comme à un chien « Assis ! ». Solange, le belle-mère de Julien, finit par ironiser sur le compte de Yoann : « Tu te retrouves tout seul, Julien. Même ton caniche t’abandonnes. »
 

Le chien est l’animal par excellence de la bourgeoise, personnage très important dans la cristallisation identitaire homosexuelle (cf. je vous renvoie au code « Bourgeoise » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. la chanson « Le Chien dans la vitrine » de Line Renaud, la chanson « Frozen » de Madonna, la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy (avec Line la bourgeoise-travesti M to F qui se définit elle-même comme « un vrai toutou »), le film « La Blonde contre-attaque » (2003) de Charles Herman-Wurmsfeld, le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard (avec le coiffeur homosexuel et son Yorkshire « Joséphine »), le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier (avec Jean-Paul, le pédé bourgeois avec son petit chien baptisé « Cocteau »), etc. « Pour le chien, j’ai revendu ses vêtements et fait un cerf-volant avec sa peau. » (la mamie de Tom, le héros homosexuel, dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen) Il peut également symboliser l’animal de l’Homme sans désir, qui vit seul, en vieux garçon. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, par exemple, Hugo, le héros homosexuel, possède un énorme chien en peluche dans sa chambre. Et la toute dernière réplique de ce spectacle mythique, c’est lui qui la donne, pour décrire sa solitude abyssale : « Je vais me retrouver bien seul maintenant. J’vais peut-être me prendre un chien… »

 

CHIENS 4 manger

Film « F. est un salaud » de Marcel Gisler


 

À plusieurs reprises dans les films représentant l’amour homo, les couples homos se baladent avec deux toutous qu’ils tiennent en laisse comme une symbole métonymique spéculaire d’eux-mêmes : on le voit par exemple dans le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa, ou bien quand le couple homo Jim/George promènent leurs deux chiens identiques dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford. Ils copient exactement la vie qu’ils associent pourtant à un couple « plan-plan » : cf. le documentaire « Une Vie de couple avec un chien » (1997) de Joël Van Effenterre, la chanson « Vie de couple avec un chien » de Jann Halexander », etc. « Je veux un mari, 2 enfants, une maison et un chien. Pas être une salope comme les autres. » (Paul, le héros homo parlant de ses amis homos en couple, dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « On devrait prendre un chien. Tu aimes les chiens. » (Sven à son copain Göran dans le film « Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen) ; « Leur effectif se montait maintenant à trois. Il y avait Stephen et Mary… il y avait aussi David [c’est le nom du chien]. » (le couple lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 435) ; « Tu sais quoi ? Je vais t’acheter un chien. » (Frédérique face à son amante Heïdi qui voudrait un enfant, dans le one-woman-show Paris j’adore ! (2010) de Charlotte des Georges) ; « Ils aiment beaucoup aussi un jeu très singulier qui consiste à courir à toute allure dans la ligne de démarcation entre la mer et le sable. […] parfois deux ensemble (les chiens), parfois seuls. […] C’est là où vous me direz : laisser tomber les chiens, asseyez-vous sur une dune, allumez une cigarette en faisant paravent contre le vent avec vos mains en cornet et pensez à quelque chose d’autre. Je vous soupçonne d’avoir eu un chien dans votre jeunesse, ça c’est une idée typique d’un maître de chien, Maître. Conard. » (la voix narrative du roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 13, où les chiens occupent une place prédominante) Comme autre exemple de couples gay « installés », nous trouvons Bob et Lee, le couple homo qui arrive dans le quartier pavillonnaire de Wysteria Lane dans la série Desperate Housewives (saison 4), a un chien qui s’appelle Raphaël (encore un nom de chien humain…). Et leur maladroite voisine, Mrs Delfino, kidnappe l’animal qui s’est sauvé pour essayer de gagner la sympathie de leurs nouveaux voisins si elle le leur retrouve… elle le met dans son garage à elle, fait semblant de le chercher partout, mais son mari rentre du travail, ouvre le portail du garage, d’où le toutou sort tout englué de peinture jaune pour avoir pataugé dans les pots achetés en avance pour peindre la chambre du futur bébé des Delfino. Et le chien se précipite vers ses deux maîtres, en mettant ses papattes sur le costume ultra cher de Bob (le plus masculin des deux), que les voisins devront rembourser… Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., pour tuer l’ennui, Jonathan et Matthieu veulent avoir un chien. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, Thomas et François envisagent toujours la filiation sous l’angle canin : « On aura p’têt notre petit chien… Et p’têt, qui sait, notre fils. » (Thomas) Ils se lancent dans un voyage en pleine forêt tropicale thaïlandaise pour aller chercher Tchang, un bébé de trois ans qu’ils veulent adopter. Voyant qu’il y a eu quiproquo à propos de l’adoption, ils rebroussent chemin : « C’est pas grave. On adoptera un chien. » (Thomas). Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, les personnages homosexuels sont très proches de leur chien. Adam appelle sa chienne « Madame » (c.f. épisode 8, saison 1). Et Éric, son futur amant, est entouré de ses six chiens et exerce le boulot de « promeneur de chiens »… ce qui fait ironiser Adam qui le rencontre au moment de la promenade canine : « Trop gay. » (c.f. épisode 4, saison 1). Et plus tard, Adam se moque d’Éric en l’associant avec mépris à un chien : « Tu sens pas comme une odeur de merde de chien ? »

 

CHIENS 5 Je t'aime toi

Film « Je t’aime toi » d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky


 

Il est assez fréquent que les couples homosexuels cinématographiques, au moment de « faire l’amour », s’approchent animalement, se mettent à aboyer, à grogner comme des chiens, à se mordre : cf. le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine (d’ailleurs, au début du film, Fabrice reproche à Bruno de le « suivre comme un chien »…), le film « Happy Together » (1997) de Wong Kar-Wai, le film « Freude » (2001) de Jan Krüger, le film « Jeffrey »(1993) de Paul Rudnick, le film « F. est un salaud » (1998) de Marcel Gisler, etc. « À ses façons, je compris que c’était mon derrière qui l’intéressait le plus. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 64) ; « Non c’est vrai, les chiens se reniflent le cul avant de baiser entre eux. Nous, les pédés, on ne se renifle pas forcément le cul avant. » (Simon, un des héros homosexuels du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 7) ; « Putain mais tu crois pas qu’on vaut mieux que ça, franchement, se renifler le cul et baiser comme des chiens dans la rue et se barrer comme si on ne s’était jamais connu, avec l’odeur de l’autre sur la queue, sur le cul, sur la gueule, sur les mains. » (Mike à « H. », op. cit., p. 60) ; « Je la trouve minable à la fin avec cette façon perpétuelle d’accommoder les humeurs de sa meuf avec ses propres désirs, comme si elle était sa chienne. » (Mike, le narrateur homosexuel par rapport à sa meilleure amie lesbienne Polly, soumise à sa copine Claude, op. cit., p. 107) ; « T. fait une aquarelle grandeur nature où il me dessine en position de chien, nu, un air soumis, et se dessine debout devant moi, me tenant par une laisse, un pied posé sur mon dos. Il écrit dessus en caractère gras DES-AMOUR(S) CHIENNE(S). » (Mike, op. cit., p. 126) ; « Comment on fait pour se reconnaître entre homos ? On fait comme les chiens : on se renifle le cul. » (Samuel Laroque dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Prenez votre temps. Reniflez-vous. Faites connaissance. » (le Père 2 s’adressant à son fils Gatal et à l’homme avec qui il veut l’accoupler, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) ; « Renifle-moi l’aisselle encore une fois. » (Richard s’adressant à son amant Kai, dans le film « Lilting », « La Délicatesse » (2014) de Hong Khaou) ; etc.

 

Certains rapports sensuels ou génitaux homosexuels sont dignes d’un documentaire animalier : « Je la renifle en animal. » (la voix narrative à propos de son amante lesbienne, dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 97) ; « Du bout de ta langue, nettoie-moi de partout. » (Ismaël à Erwann dans le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré) ; « T’aimerais ça, hein, que je te baise comme un chien ?… » (Dick, l’homo violé, à Allan, dans la pièce, Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) ; « Qu’est-ce qu’on trouve comme clientèle ? J’ai plus rien dans ma gamelle ! » (Mimi dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Il faut voir les jolis garçons timides qui se reniflent comme des chiens. » (cf. la nouvelle « Mémoires d’un chiotte public » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 93) Dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, Pretorius se retrouve parfois devant des amants bien complaisants dans la soumission : « Il se déshabille et se met à quatre pattes. » Dans sa nouvelle « Les Garçons Danaïdes » (2010), Essobal Lenoir décrit des bacchanales homosexuelles improvisées dans une forêt : « Nous progressions au pas dans une forêt sauvage, silencieuse, menaçante, d’obscurs voyous dont nous ne voyions luire au feu des phares et des rares réverbères que les étranges diadèmes de rangées de dents d’ivoire et d’or en couronnes. » (p. 101) Et quand il y a de la sauvagerie porno pour se rincer l’œil, les chiens ne sont en général pas loin : « Succédant à la troupe humaine, une meute de chiens galopait à notre rencontre. Il était trop tard pour arrêter. » (idem) Dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Jean-Luc saute sur Romuald comme un fauve. Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Delphine et Carole, nues dans leur lit d’« amour », grognent comme des chiennes en chaleur : Carole surjoue la chienne folle, et Delphine la tempère, en riant : « Tout doux… tout doux… vilaine bête. » Dans le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent, les deux jumeaux se tiennent en laisse. Dans la pièce Des Bobards à maman(2011) de Rémi Deval, Fred croit que sa mère est homophobe parce que, quand il était petit, il l’a vue séparer deux chiens, Titus et Tintin, qui se sodomisaient ; Max, l’amant de Fred conclut : « Ça existe, les chiens gays. Oui, mais c’est tabou… » Tu l’as dit, Bouffi… Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, Bryan dresse des chiens pour aveugles, et son amant Tom est vétérinaire. D’ailleurs, quand ils racontent leur première rencontre, au cabinet, Bryan laisse entendre que c’est en voyant Tom s’occuper de sa chienne qu’il s’est identifié à l’animal et qu’il est tombé amoureux de Tom : « La manière dont Tom s’est occupé de ma chienne… et de moi… ça m’a touché. » Le soir, Bryan, pour faire comprendre à Tom qu’il a envie de faire l’amour, se met à aboyer : « Ça fait plus d’une semaine. » Puis il feint de hurler à la mort , comme un loup. Tom le compare à un « labrador chocolat » qu’il aime bien.

 

CHIENS 6 rocco

« Si tu l’abandonnes, je t’encule » (Rocco Siffredi)


 

Mais la métaphore filée canine ne s’arrête pas là. Le chien est parfois employé comme symbole phallique : c’est le cas dans le one-woman-show Nana vend la mèche (2009) de Nana, ou lors du concert Live In London (2009) du chanteur George Michael (avec le chien gonflable qui sort de la braguette géante), etc. Le chien, dans la fantasmagorie homosexuelle, représente habituellement le machisme et le violeur homo « actif ». Je pense par exemple au dessin de Copi dans le journal Libération du 5-6 juillet 1979, représentant un chien sodomisant un chat et s’écriant : « J’aime les races inférieures ! » L’homosexualité canine est génératrice de violence. Dans le one-woman-show Paris j’adore ! (2010) de Charlotte des Georges, c’est au moment où la protagoniste se fait coller et mordiller la jambe par un chien surnommé Yahoo qu’elle dit : « Ça, c’est depuis que je mets du Jean-Paul Gaultier. »

 

Jonas et son chien Frigou, dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier


 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homosexuel de 15 ans, possède un caniche, Frigou, qu’il aime comme un amant : « Allez, viens, mon Frigou. Je t’aime. T’es tout beau. ». Il ne supporte pas que son père le traite mal (« Papa, ne lui parle pas comme ça ! »), mais ce dernier n’est pas de son avis (« Jonas, c’est juste un chien. »). Plus tard, Nathan fait croire à son futur amant Jonas qu’il a été abusé dès la classe de CM1 dans son école catholique de Saint Cyprien par un prêtre, qui l’aurait forcé à lui faire une fellation et qu’il aurait mordu au sexe : « Tu veux la suite ? Eh bien je l’ai mordu. J’étais comme un chien avec son os, tu vois ce que je veux dire ? » Dix-huit ans après, Jonas ne lâche pas ses folies canines, puisqu’il est arrêté par la police pour avoir provoqué une baston dans un club gay The Boys qu’il fréquente habituellement, et surtout « pour avoir mordu le bras » de l’homme éméché qu’il avait dragué sur la piste de danse…
 

L’amant homosexuel est carrément comparé à un chien de compagnie ! « Si on entendait mes pensées, on pourrait croire que je parle d’un chien de luxe toiletté. » (Cécile à propos de son amante Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, pp. 52-53) ; « Chaque fois que Fédora venait, Héloïse se transformerait en femme fatale. […] Avant-hier, Héloïse avait enfilé un chemisier transparent d’une totale indécence, et mis à son cou un authentique collier de chien acheté chez Manufrance. » (Hélène de Monferrand, Journal de Suzanne (1991), p. 334) ; « T’appelles ça une amie ? J’appelle ça un chien. » (un personnage à propos de l’héroïne lesbienne de la pièce Ma double vie (2009) de Stéphane Mitchell) ; « Tu prends ton air de chien battu. » (Sarah s’adressant à son amante Charlène, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent) ; « Stephen commençait à s’abandonner à des rêveries kaléidoscopiques. […] Des chiens de porcelaine… Il y a, chez Langley, de jolis chiens de porcelaine… Cela fait penser à quelqu’un… oh, oui, à Collins, naturellement. » (l’héroïne lesbienne parlant de sa nourrice tant aimée Collins, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 47) ; « Stephen devait s’abandonner à Mrs. Bingham, s’ébrouant sous les doigts rudes de la nurse comme un chien entre les mains d’un tondeur. » (idem, p. 50) ; « ‘En ce moment, je n’ai que mon chien sur qui me rejeter… c’est chose mélancolique que se promener seule, et j’ai toujours aimé la marche.’ Stephen aurait voulu dire : ‘Mais j’aime aussi marcher, permettez-moi de venir quelquefois avec vous et Tony. » (Angela Crossby et Stephen Gordon, Idem, p. 174) Dans le film « Avant la nuit » (2000) de Julián Schnabel, devant son amant du moment, l’écrivain cubain Reinaldo Arenas imite le chien faisant le beau avec la clé de l’appartement dans la bouche. Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, Lili est l’amante lesbienne « qui bave comme une chienne ». Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, le jeune Mathan, homosexuel, dit qu’il est intéressé par « les garçons, pas les chiens… quoique… ». Dans la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1, Hugo et Bart commencent à se tourner autour et vont finir par sortir ensemble… ce qui n’est pas du goût de Sara, la copine de Bart : « Il se comporte comme son petit toutou. » (c.f. l’épisode 262, diffusé le 9 août 2018).

 

CHIENS 7 loups

Film « Les Loups de Kromer » de Will Gould


 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan confond son chien (Nicky) avec l’amant homosexuel (Kévin) : « Deux choses me tenaient à cœur : avoir un chien et un ordinateur. Aucun rapport entre ces deux souhaits, si ce n’est que les deux allaient occuper une place importante dans ma vie. » (p. 21) D’ailleurs, il fait une crise de jalousie à son chien qui a un peu trop vite adopté Kévin à son goût : « Hé oh ! C’est bon ! Je t’ai demandé d’être gentil avec lui, pas de l’aimer plus que moi ! » (idem, p. 68) ; « Un après-midi, dans ma chambre, j’étais assis sur la moquette et je caressais Nicky. Kévin vint s’asseoir en face de moi et le caressa aussi. Inévitablement, nos mains se rencontrèrent sur le pelage de mon chien. Kévin me caressa la main en s’excusant. » (idem, p. 94) Bientôt, la jalousie s’étend à sa mère, puisque Bryan réprimande violemment son amant à propos d’elle aussi : « Si ça continue, ma mère va finir par t’aimer plus que moi ! T’as vu comme elle prend ta défense ! Comment tu fais pour séduire tout le monde ? […] Oui, t’as commencé par moi, puis mon chien et maintenant c’est ma mère ! » (idem, p. 158) Et quand on entend Bryan décrit son copain Kévin qu’il « aime tant » juste devant lui, on se demande s’il n’est pas en train de parler à son chien ! Le doute est permis… : « Il est d’une gentillesse ! Il comprend tout, tout de suite. Nous parlons la même langue. Je veux dire que nous nous comprenons toujours ! Souvent, je commence une phrase, il la termine, ou le contraire. » (Idem, pp. 361-362) Les crises de paranoïa de Bryan au sujet du pauvre chien Nicky qui n’aurait pas le droit de préférer Kévin à son maître (franchement, c’est dégueulasse de refuser ce DROIT à un animal, quand même…) reviennent : « Laisse-le tranquille ! […] Moi, ça me gêne. Il va finir par t’aimer plus que moi ! Quel traître ! Aucune reconnaissance ! Quand tu es là, je n’existe plus. C’est moi qui t’ai sorti de ta cage, t’as oublié ? » (idem, p. 392) Bryan croit à ce point que Kévin peut le « tromper avec un animal » que c’est bien lui qui instaure le lien de causalité homophobe entre chien et homosexualité, et qui prend son copain pour un gentil animal de compagnie.

 

Ce qui se produit également très fréquemment, c’est que le protagoniste homosexuel se sent traité comme un chien par son compagnon, et défend parfois son « titre » : « J’suis pas ton chien ! » (Philibert à David, dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher) ; « Tu ne me vois pas autrement que comme un chien fou. » (Vincent s’adressant à son vieil ex-amant Stéphane, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Pas plus que tout à l’heure je ne voyais clairement ce que je voulais, sinon continuer de marcher à côté d’elle comme un chien à côté de son maître. » (Laura en parlant de son amante Sylvia, dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 32) ; « J’ignore comment vous considérez ces sortes de choses, bien des gens les trouvent répugnantes et contre nature. Mais la nature elle-même est contre nature, comme l’observation des animaux vous l’aura prouvé, surtout si vous avez un chien là-bas à Petten. » (Laura s’adressant mentalement à la mère de son amante Sylvia, idem, p. 53) ; « Allo, moi, c’est Jean. J’adore me faire enfiler. Fais de moi ta chienne. » (cf. l’annonce d’un internaute faite à Bertrand, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 37) Dans la pièce Hors-Piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt, Stan se transforme mystérieusement en chien après un accident, et dès qu’il commence à « s’homosexualiser », Francis, l’homosexuel confirmé de la bande, rapplique précipitamment vers lui et tente une approche car il est intéressé par la métamorphose câline/canine de son ami : « Si si, je suis un chien ! J’suis un vrai cabot ! »

 

Tout comme la communauté homosexuelle fictionnelle, l’homophobie des personnages soi-disant « hétérosexuels » cultivent le lien entre chien et homosexualité. Par exemple, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, quand Mrs Shah déclare que « l’homosexualité et l’inceste sont des perversions » et qu’un étudiant lui demande le sens du mot « perversion », cette dernière répond : « Avoir des rapports sexuels avec un chien serait un exemple de perversion. » (p. 127) Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, lors du cruel « Jeu de la bouteille » organisé par Fábio, Léo, le héros homosexuel aveugle, croit donner son premier baiser à une fille… quand en réalité il est sur le point d’embrasser un chien (Pudding) sans le savoir. Un peu plus tard, Fábio, le méchant homophobe, aboie sur Léo dès qu’il passe à côté de lui, pour se foutre de sa gueule, et pour le soupçonner d’homosexualité.

 

CHIENS 8 Planeur

Film « Le Planeur » d’Yves Cantraine


 

Le personnage homophobe bisexuel/homosexuel aime comparer le protagoniste homo à un chien pour le soumettre : « Vous dégoûtez même les chiens ! » (des propos dits aux invertis dans le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto) ; « Tu traites mieux ta conne de chienne que moi. » (Rosário à son amant trans Tonia, dans le film « Morrer Como Um Hommen », « Mourir comme un homme » (2009) de João Pedro Rodrigues) Par exemple, dans le film d’animation « Piano Forest » (2009) de Masayuki Kojima, l’ambigu personnage de Kai insulte Takako de « chien ! ». Dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès, l’association entre drague homosexuelle et zoophilie canine est claire. Étant donné que le comportement animal du chien allie promiscuité, errance, infidélité, et bisexualité, les personnages de cette pièce, qui se déroule sur un lieu de drague homo, passent leur temps à se renifler et à se définir comme des chiens : « J’évite les ascenseurs comme les chiens évitent l’eau. » ; « Je suis chien et vous humain » ; « Plutôt ferions-nous mieux de nous chercher les poux plutôt que de nous mordre. » ; etc. Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Omar renifle le cul de son amant Emmanuel endormi ; et l’étudiant en histoire (qui se fera violer) porte sur son tee-shirt un dessin imprimé de chien. Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Vincent, le héros homosexuel, se décrit comme un « chien en laisse » quand il était en couple avec Stéphane.

 

À maintes reprises, le chien est le symbole du viol. Par exemple, au tout début du film « L’Arbre et la forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Frédérick, le héros homo, est terrifié de se retrouver nez à nez pendant sa ballade en forêt avec un chien d’un promeneur. L’animal lui rappelle les terribles chiens des camps de concentration qu’il a connus. Le chien est aussi le signe d’un fantasme de viol agressif, un langage métaphorique de la schizophrénie du personnage homosexuel : « Où suis-je ? Où ? C’est chez moi ici ? C’est bien chez moi, voici mon corps à côté de celui de mon chien. » (« L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Oh merde, ils m’ont déchiré le bras. » (Maria en parlant des chiens, dans la pièce Les Quatre jumelles (1973) de Copi) ; « Arrêtez ! Ma bonne m’assassine à coups de massue et mon chien afghan me mord les chevilles ! » (« L. » en parlant de Goliatha dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Arrêtez d’aboyer, saloperie de chiens ! » (la toute première phrase de la pièce Les Quatre jumelles (1973) de Copi). On retrouve cette agression symbolique par les chiens de garde invisibles dans la pièce Démocratie(s) (2010) d’Harold Pinter. Dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011), Karine Dubernet dit qu’elle n’est pas facile à vivre : « Je sais, caractère de chien. Oh le caractère de chien… » Mais elle va plus loin puisqu’à un moment de son spectacle, elle réalise avec son chien imaginaire des « acrobaties canines ». Elle avoue aussi qu’elle imite très bien les chiens : « Ne rigolez pas. Je fais très très bien le chien. Je fais que ça ! » Le chien serait une « seconde nature » chez elle…

 

Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Benjamin se plaint auprès de son amant Arnaud de ne pas avoir de chien. Celui-ci lui répond : « Si. J’en ai téléchargé un ce matin. » Plus tard, concernant l’échelle de Kinsey (barème d’homosexualité), Arnaud s’exclame : « C’est pas un truc inventé par les Nazis pour attraper les chiens errants ! » Plus tard, lorsque le psychothérapeute que Arnaud et Benjamin leur présente l’échelle de Kinsey, avec l’étape « Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuelle », Benjamin fait une analogie avec l’animal domestique de sa voisine : « Ah ?! Comme le chien de la voisine ! »
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Je vous renvoie par exemple à l’essai Le Pouvoir des chiens (1967) de Thomas Savage.
 

L’homophobie sociale la plus hétérosexuelle (donc la plus inconsciemment bisexuelle et ignorante) qui soit, aime à justifier le lien homophobe de causalité entre désir homosexuel (chose que personnellement je ne fais pas, d’ailleurs : je me contente de parler du lien de coïncidence) : j’ai en tête les lettres d’injures – non signées, ou dont la plume sent l’homosexualité refoulée des extrémistes à plein nez – reçues par Noël Mamère après le mariage de Bègles de 2004 (dont certaines sont publiées sur l’article « Homophobes en toutes lettres » de Blandine Grosjean, dans le journal Libération du 22 juin 2004) ; ou bien encore la bêtise confondante de la députée UMP Brigitte Barèges qui, à propos d’un texte PS visant à autoriser le mariage homo en France, n’a rien trouvé de mieux à dire que l’amour homosexuel était équivalent à la zoophilie (« Et pourquoi pas des unions avec des animaux ? »). Ça s’est passé le 26 mai 2011.

 

Mais loin de s’opposer à la connerie homophobe populaire, la communauté homosexuelle et gay friendly va complètement dans son sens, et va même jusqu’à la créer, c’est cela qui est paradoxal et fou ! Pensons aux tout récents clichés de la Top Model nord-américaine Janice Dickinson qui se promène le 3 juin 2010 dans les rues de Beverly Hills (États-Unis) avec ses deux chiens, un bouledogue anglais et un labrador chocolat, pour défendre le vote du mariage gay (cette campagne, à l’initiative du photographe Adam Bouska et de son partenaire Jeff Parshley, a pour but de sensibiliser les gens à la Proposition 8, un amendement à la constitution de l’État de Californie).

 

Il est assez fréquent, même si c’est étonnant, d’entendre les personnes homosexuelles se comparer à des chiens : « Nous sommes tous des petits chiens. » (Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe (1972/1973), p. 376) ; « L’homosexuel demeure un loup, libre et fier, farouchement indépendant et sans doute encore sauvage, et rien ne l’oblige à se faire chien, animal domestique, embourgeoisé et de bonne compagnie. » (Dominique Fernandez, Le Loup et le chien (1999), cité dans l’essai L’Infidélité : la relation homosexuelle en question (2009) de Christophe Aveline, p. 30) ; « Une jeune jardinière des espaces verts de la ville trouve un chien abandonné dans la forêt où elle travaille, […] le chien auquel elle réserve un destin surprenant, qui va révéler une face (très) cachée de sa personnalité. » (cf. le résumé du film « Temps de chien » (2011) de Viva Delorme, sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris ayant eu lieu le 7-16 octobre 2011 au Forum des Images de Paris) ; « Je me butais à dire que j’étais rejeté par ce même milieu, tout en le fréquentant assidument. Je savais que je me contredisais. Pire, j’avais tendance à me positionner en victime vis-à-vis à d’eux. […] On se haïssait. On se scrutait en chiens de faïence. Ainsi allaient nos humeurs. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant du « milieu homosexuel », dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 141) ; « Dans le couloir, je les entendais s’approcher, comme les chiens qui peuvent reconnaître les pas de leur maître parmi mille autres, à des distances à peine imaginables pour un être humain. » (Eddy Bellegueule parlant de ses deux agresseurs au collège, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 38) ; « Si le couple est réduit à la fidélité, je pense qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de couples. Ça ne me pose pas de problème que Bertrand aille voir ailleurs. Un chien est fidèle. Maintenant, il va aller tirer un coup. Et ça ne me fait ni chaud ni froid. Je ne crois pas à la fidélité physique, du premier jour de la rencontre jusqu’à la fin. » (Pierre parlant de son « couple » avec Bertrand, dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; etc. Dans l’autobiographie fictionnelle Folies-fantômes (1997) d’Alfredo Arias, le chien est même présenté comme un dieu : « J’ai marché dans la merde, expliqua Luisito. Avec ces nouvelles nourritures en conserve, les clebs chient des étrons en forme de santons. » (p. 272) Dans le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant, Harvey Milk participe à une publicité sur les crottes de chien : c’est un fait réel. Il est question des chiens dans le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles. En novembre 2015, lors de son interview à Télé Loisirs, Christophe Beaugrand fait un splendide lapsus : au moment où Malika Ménard lui demande les raisons pour lesquelles, alors qu’il s’assume homosexuel médiatiquement, il ne s’affiche pas avec son partenaire Ghislain, Christophe répond : « J’ai déjà présenté mon chien à la presse. Je n’ai pas encore envie de présenter Ghislain. » Je vous renvoie également à l’album de photographies de Christian Girard (avec une photo « Attention chien méchant »), au documentaire « Une Vie de couple avec un chien » (1997) de Joël Van Effenterre, etc.

 

Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves Saint-Laurent donne des noms de chiens à ses modèles et se justifie d’une telle vulgarité : « J’ai grandi entouré de chiens. Je les adore. Ils font partie de moi maintenant. » Dans son vidéo-clip « Sentimentale », la chanteuse Mylène Farmer nous présente ses chiens comme une relation amoureuse.

 

Le chien est un animal qui a une place presque surhumaine et amoureuse dans la vie de certaines personnes homosexuelles (pourtant pas du tout zoophiles !) : « Comment continuer l’un sans l’autre ? Il y a des moments comme ça où nous avons tous les deux l’impression d’être seuls au monde. » (Frédéric Mitterrand parlant de son chien, dans La Mauvaise vie (2005), p. 293) ; « J’ai toujours grandi au milieu des chiens, mais bien sûr, je ne leur ai jamais trouvé aucun attrait érotique. Je ne suis pas zoophile ! J’ai juste découvert que les garçons soumis qui jouent au chien, c’est excitant. » (Sir Michael Daniels, adepte du pet play et du dogtraining, cité dans le livre Le Sexe bizarre (2004) d’Agnès Giard, p. 149) ; « J’ai eu un chien qui, en cachette, me fumait tous mes cigares. » (Érik Satie cité dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou) ; « Loin de moi vous oublier, chiens chaleureux, meurtris de peu, pansés de rien. Comment me passerais-je de vous ? Je vous suis si nécessaire… Vous me faites sentir le prix que je vaux. Un être existe donc encore, pour qui je remplace tout ? Cela est prodigieux, réconfortant, un peu trop facile. » (l’écrivaine lesbienne Colette) ; « Je suis […] une femme qui a survécu en remplaçant les enfants par les diplômes, les bibliothèques dévorées, les livres avalés et pondus, sans oublier les petites chiennes… […] Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours été fascinée par les chiens. […] » (Paula Dumont, Mauvais genre (2009), p. 56-57) ; « Je me suis rappelé de mon premier amour canin. » (idem, p. 60) ; « Quiconque n’a pas été aimé d’un cocker ne sait rien de l’amour. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 115). « Je suis allée brosser la chienne qui en avait grand besoin et qui m’aimait, elle, d’un amour exclusif. » (idem, p. 127) ; « ‘Oui, je suis une encyclopédie canine ambulante !’ J’ai reconnu qu’elle [Solange, autre femme lesbienne] en savait beaucoup plus que moi sur un sujet où j’avais pourtant conscience d’être très au-dessus de la plupart des gens. » (idem, p. 245) ; « Je sais, dit Corydon, que, la plupart du temps, les gens qui passent et qui voient de loin deux chiens se chevaucher, concluent du sexe de chacun d’eux d’après la position qu’il occupe. Oserai-je vous raconter ceci ? C’était sur un des boulevards de Paris ; deux chiens étaient accouplés de la piteuse façon que vous savez causaient grand scandale auprès de certains, divertissaient grandement quelques autres. Je m’approchai. Trois chiens mâles rôdaient autour du groupe, attirés sans doute par l’odeur. L’un d’eux, plus hardi ou plus excité, n’y tenant plus, tenta l’assaut du couple. Je le vis se livrer pendant quelques temps à d’incommodes acrobaties pour chevaucher l’un des captifs… Nous étions là plusieurs, vous dis-je, à contempler cette scène pour de plus ou moins bons motifs ; mais je gage que je fus seul à remarquer ceci : c’est le mâle, et le mâle seul, que le chien voulait chevaucher ; il laissait délibérément de côté la femelle. Il s’évertuait encore et, comme l’autre était attaché et pouvait mal résister, peu s’en fallut qu’il ne parvînt à ses fins… quand survint un agent qui dispersa d’un coup les acteurs et les spectateurs. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), pp. 191-192) ; « Mes premiers souvenirs d’excitation sexuelle remontent à ma cinquième année, bien que je n’en aie eu conscience qu’au cours des dix dernières : je vis un jour des garçons jouer avec les organes génitaux d’un chien et, une autre fois, ces mêmes garçons s’amuser avec leurs propres sexes. Lorsque mon tour arriva, j’éprouvai un vif sentiment de culpabilité à l’égard de ma mère qui arriva bientôt, sans, d’ailleurs, avoir eu connaissance de ce qui venait de se passer. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, op. cit., p. 76) ; etc.

 

CHIENS 12 Gertrud Stein

Gertrude Stein (à gauche)


 

J. R. Ackerley a écrit carrément une biographie volumineuse sur son chien Queenie. Gertrude Stein, la photographe lesbienne, se prenait fréquemment en photo avec ses chiens (cf. l’autoportrait Tal Coat, 1934-1935). Marguerite Yourcenar, fille unique et orpheline de mère, a beaucoup pleuré la mort de son chien Trier quand elle était enfant (cf. la photographie où elle tient un cocker sur ses genoux) ; quand il est mort accidentellement, elle écrira : « Personne ne me comprendra si je me dis que je ne m’en consolerai jamais, pas plus que d’une mort humaine. » Pour ma part, j’avoue, pendant mon enfance et mon adolescence, avoir eu un rapport fusionnel et incestuel avec les chiens de mon entourage : il me faisait craquer (surtout les bassets et les labradors). J’en étais fou… même si depuis, je me suis calmé ;-).

 

Il arrive qu’entre partenaires homosexuels, les étreintes soient des pâles imitations des coïts canins, même inconscientes. « Tandis qu’il haletait comme un chien et que des mots s’échappaient en mince buée de ses lèvres, murmurant d’une voix rauque que c’était bon, unique et bon à la fois… » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), pp. 68-69) ; « La position du chien (celui qui est pénétré se place à quatre pattes et son partenaire l’approche par derrière, à quatre pattes aussi) est certainement la plus communément employée par le sexe anal entre les gays. » (Terry Sanderson, Gay Kâma Sûtra (2003), p. 92) ; « Elle [Catherine] m’a embrassée, respirée, flairée. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 37) ; « Nous [Paula et Catherine] nous sommes embrassées longuement dans l’entrée, sous le regard curieux et désapprobateur de la chienne qui voyait le déroulement de sa journée perturbé et qui, comme ses congénères, était jalouse des manifestations de tendresse qui ne lui étaient pas destinées. » (idem, p. 46) ; « Indépendamment des plaisirs amoureux, auxquels je ne connaissais pas grand-chose avant Martine, il y avait le fait de se réchauffer à une présence. On prend bien un chien, pour ne pas être seul ! » (idem, p. 78) ; etc. Cette simulation de passion animale incontrôlable est assez flagrant en boîte gay, quand certains couples se dévorent littéralement et avec impudence sur la piste de danse, sous les yeux de tous. Certains couples homosexuels (plus rares) pratiquent entre eux le « dogtraining » : l’un des deux amants est tenu en laisse par l’autre et devient le chien de son « maître ». Ils justifient généralement cet avilissement par le jeu ou le plaisir de la mise en scène, même s’ils pratiquent avec sérieux ces actes qui s’orientent vers le SM (cf. je renvoie au documentaire « Zucht Und Ordnung » (« Law And Order », 2012) de Jan Soldat, avec des statues de chiens dans la propriété des libertins). Par exemple, dans le docu-fiction érotique « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, le dogtraining est filmé, et des vrais chiens assistent aux coïts humains homosexuels.

 

Ne croyez pas que cette pratique soit un pur mythe ! Moi, par exemple, j’ai un ami homo de mon âge, par ailleurs homme de lettres très raffiné et propret sur lui, qui m’a montré tout récemment le collier piquant que lui avait offert en cadeau d’anniversaire son copain, avec qui il pratique (deux fois par semaine, en complément de coïts « classiques » !) le dogtraining, parce qu’il trouve cela vraiment « excitant et mignon ». J’étais mort de rire tellement je n’y croyais pas !

 

CHIENS 11 SM

Dogtraining


 

L’imitation humaine du chien par certaines personnes homosexuelles (plus nombreuses qu’on ne croit) renvoie bien souvent au fantasme de viol, et parfois au viol réel malheureusement. Déjà, la blague qui circule beaucoup entre bandes d’amis gay aux soirées, c’est celle qui demande à l’un de ses membres « d’arrêter de faire sa chiennasse ». Cela dit, quand on voit dans certains sites de rencontres Internet les poses suggestives (et sérieuses !) de pas mal d’internautes qui « font l’amour à la caméra » et qui, par leur posture de chien, appellent clairement au viol, on comprend que la boutade n’est pas qu’un pur fantasme. Et quand on lit les pages de certaines autobiographies, telles que Une Mélancolie arabe (2008) d’Abdellah Taïa, on n’hésite plus à reconnaître que ce lien de coïncidence entre les chiens et le viol homosexuel peut exister : « Chouaïb était maintenant nu, entièrement nu. […] C’est à ce moment-là que j’ai réalisé ce qui allait physiquement m’arriver, se produire en moi. Exploser en moi. Pour la première fois. J’ai fermé mes fesses. J’ai fermé mes yeux. Avec force. […] Il a alors attrapé ma tête, m’a tiré les cheveux et a dit, autoritaire, vulgaire : ‘ouvre tes fesses, j’ai dit… Ouvre-les ou bien je te viole… Je le jure que je vais te violer, petite Leïla…[…] Je m’étais transformé en petit tigre enragé. Il aimait ça. La bagarre. Les défis. Les offensives. Il était de plus en plus excité. Moi aussi. En colère et excité. On se donnait des coups, pour de vrai, pour de faux. Il m’insultait. ‘Zamel’. Salope. Petite Leïla. Je le mordais, au bras, aux cuisses. On se poussait. » (pp. 22-23) Oui : quand on est inhumain, on peut se conduire comme un chien… même si cela paraît très « naturel ».

 

Dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla, Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, se fait tenir en laisse pendant ses concerts, et se décrit comme une « chienne de la nuit » : « Les chiens et les autres animaux sont très malins. »
 

Pour terminer, je vous suggère de regarder quelques vidéos très courtes de films à thématique homosexuelle (Attention, le contenu de ces extraits est réservé à un public exclusivement adulte.) Elle vous montre que je n’ai pas rêvé et que les personnes homosexuelles pratiquantes s’insultent elles-mêmes :

 

 

« Le Planeur » (1) d’Yves Cantraine

« Je t’aime toi » d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky

« Jeffrey » de Paul Rudnick

« Les Yeux fermés » d’Olivier Py

« Le Planeur » (2) d’Yves Cantraine

 
 

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Code n°32 – Clonage (sous-code : Fixette sur un amant perdu et déifié)

clonage

Clonage

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La recherche d’un autre soi-même projectivement valorisé, démultiplié à l’infini… et inexistant

 

Comme pour symboliser que l’union homosexuelle est prioritairement narcissique et égocentrique, même si en intentions et à l’image elle se veut tournée inconditionnellement vers l’autre, certains cinéastes filment les scènes érotiques homosexuelles dans des lits entourés de miroirs, multipliant les amants à l’infini tout en les centrant sur eux. Certes, le coït homosexuel semble ouvert sur l’extérieur car les miroirs favorisent l’impression d’agrandissement spatial… mais ceci n’est vrai que dans la logique spéculaire. Concrètement, l’amour homosexuel, indépendamment de la volonté des deux membres du couple, implique d’abord un refus de la Différence ( = la différence des sexes), un fantasme de clonage et de duplication androgynique de soi-même ; non un engendrement par la différence.

 

Nous retrouvons fréquemment le lien entre clonage et homosexualité dans les créations homo-érotiques. Ce n’est malheureusement pas toujours que de la fiction : nous ne nous étonnerons pas de voir actuellement certains membres du lobby homosexuel nord-américain défendre ardemment la mise en place du clonage reproductif aux États-Unis.

 

Il est monnaie courante, en effet, que la personne homosexuelle s’auto-persuade qu’elle est/a été éternellement l’Homme d’un seul amour (un amour en général adolescent, parfois décédé brutalement, idéalisé dans l’absence, immatériel, cinématographique, éclaté donc multipliable à l’infini) qu’elle ne retrouvera plus jamais, l’Homme d’un physique plus que d’un individu vivant, mais qu’elle essaie quand même de posséder à nouveau en se contentant tant bien que mal de la compagnie des sosies de celui-ci, clones humains qu’elle usera les uns après les autres parfois toute sa vie, parce qu’en réalité elle se recherche/se fuit elle-même à travers autrui pour ne plus exister.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Miroir », « Homme invisible », « Jumeaux », « Fusion », « Substitut d’identité », « Pygmalion », « Photographe », « Solitude », « Amant modèle photographique », « Éternelle jeunesse », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Moitié », « Frankenstein », « Amant narcissique », « Tomber amoureux d’un personnage de fiction ou du leader de la classe », à la partie sur « l’Autre » du code « Amant diabolique », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

a) Le fantasme homosexuel du clonage :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Revient très souvent dans les fictions traitant d’homosexualité le symbole du clone ou du sosie : cf. le film « Dans la peau de John Malkovich » (1999) de Spike Jonze, le film « Le Ciel de Paris » (1991) de Michel Bena (dans lequel Marc, le personnage homosexuel, a pour travail de faire des photocopies), le film « Gypsy 83 » (2001) de Todd Stephens (avec la thématique des sosies), le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock (avec Barbara et Myriam, les deux sosies), le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard (traitant directement du lien entre homosexualité et clonage, avec Thomas Steiner, le héros homosexuel « instance »), le film « Twice A Man » (1963) de Gregory J. Markopoulos, le film « Parallel Sons » (1995) de John G. Young, le film « L’Enfant Miroir » (1990) de Philip Ridley, la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco (avec le club des sosies officiels), le film « Mulholland Drive » (2001) de David Lynch (avec la thématique du « déjà-vu »), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, le film « Garçons de cristal » (« Nieh Tzu », 1987) de Yu Kan-ping, le film « Le Suivant » (2011) de Frédéric Guyot, le vidéo-clip de la chanson « Gay Bar » du groupe Electric Six, le film « Codependent Lesbian Space Alien Seeks Same » (« Extraterrestre lesbienne codépendante cherche de même », 2011) de Madeleine Olnek, le film « Uniformadas » (2010) d’Irene Zoe Alameda, etc.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

« Il est aujourd’hui possible de se reproduire sans êtres humains, sans homme et sans femme. […] La solution est la reproduction de bébés en laboratoire. » (une réplique de la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche) ; « On dit que chaque être humain a un sosie de par le monde. » (Brigitte dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; « Je me dis qu’avec les gènes que j’ai, je n’ai pas le droit de ne pas me reproduire. » (Pierre, le héros homosexuel envisageant la PMA, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Le Massachusetts vient de légaliser le mariage homosexuel. Je crois qu’en France c’est aussi le cas – corrige-moi si je me trompe. J’ai donné hier, dans le cadre d’un congrès, une conférence sur un sujet sensible : Le clonage à vertu thérapeutique et la culture des cellules souches. » (Randall, l’un des héros homos du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 225) ; « Aucune déraison. Je suis dans la peau d’une autre. Si je suis en prison – et j’y suis –pourquoi pas une autre ? […] Là, c’est un autre moi, c’est monkey me. L’animal, là, c’est bien ici-bas. Je manque ici de facéties. Là, c’est un autre moi, c’est monkey me. L’animal là, je connais ses pas. Un monkey moi. Je suis monkey me. » (cf. la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer) ; « Une femme a de multiples corps. » (Valmont dans la peau de Merteuil, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; « Je ne peux pas me cloner moi-même. » (John, le héros homosexuel du film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, les mêmes comédiens jouent des personnages identiques, mais à des époques différentes. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Mr Bénamou vient voir Zize, le travesti M to F, parce qu’il veut monter une agence de sosies et le voit comme un sosie de Madonna. Dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry imagine un monde parfait, aseptisé, sans défaut ni limites, en développant une théorie eugéniste digne d’Hitler, où chaque Homme serait pareil. Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, il est dit que les momies sont « construites en série ». Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, le Rat n’est pas un être unique ; c’est un clone, une conscience immatérielle, un brouillon, un objet vivant qu’on remplace par un autre (« D’ailleurs, je le trouve laid, ce rat. Ce n’est pas le définitif, j’espère. » se plaint la Comédienne). Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, Line, le présentateur travesti, mène une étude sur les sosies français, et fait un tour de France pour les trouver ; un peu plus tard dans la pièce, ses deux autres camarades scéniques, illustrant un couple homosexuel, se déguisent en poupées russes… et il est bien connu que l’effet gigogne s’apparente au clonage. Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, le Dr Apsey dévalorise son collègue et concurrent le Dr Jonathan Baldwin – par ailleurs en couple avec son patient Frank – en lui retirant son unicité et sa matérialité (« le Dr Baldwin et ses clones… »). Dans la pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine, il n’est pas anodin que toute l’intrigue (et tout le litige entre le chef d’entreprise travesti M to F Damien et son huissier Mr Alvarez aussi travesti que lui, mais secrètement et dans le refoulement) repose sur une facture de photocopieuse ! Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud nous est dépeint un monde sans différence des sexes, où la différence des générations s’est substituée à la différence des sexes à travers le clonage : concrètement, une société inhumaine, incestueuse, matérialiste, sans pitié. À un moment, le Père 1 de Gatal apprend au fiancé de son fils à concevoir par clonage une souris pour faire ensuite de même avec un humain… et le fiancé est fasciné par cette découverte : « Mes enfants croîtront dans ma chair. » Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Charlène, au moment où débarque Sarah (sa future amante) dans sa classe, est en train d’étudier les fonctions exponentielles en cours de maths.

 

Souvent, dans les fictions homo-érotiques, les jumeaux ne sont pas considérés comme deux êtres semblables et uniques, mais comme un même être dupliqué à l’identique, bref, comme des clones ou des androgynes : « Les jeux ne sont pas tout à fait faits, chère petite sœur. C’est toi ou c’est moi ! Puisque nous sommes jumelles ! On a commencé à se battre à l’intérieur du ventre de notre mère. » (la Comédienne à sa sœur Vicky, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi)

 
 

b) L’amour cloné idéalisé :

Tadzio dans le film "Mort à Venise" de Luchino Visconti

Tadzio dans le film « Mort à Venise » de Luchino Visconti


 

En général, le personnage homosexuel fait une fixette sur un amant disparu, cinématographique, immatériel comme un mirage, qu’il essaie tant bien que mal de remplacer/concrétiser par les clones imparfaits de ce dernier dans la réalité : cf. le roman Tous les garçons s’appellent Ali (2009) de Patrick Cardon, le roman Dream Boy (1995) de Jim Grimsley, le film « La Reine de la nuit » (1994) d’Arturo Ripstein, le roman Mort à Venise (1912) de Thomas Mann (avec la figure du jeune éphèbe Tadzio, le tentateur qui ne parle jamais d’ailleurs…), le film « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy (avec Alexandre, l’amour de jeunesse éternel), le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon (avec les images de Romain enfant, qui reviennent comme un leitmotiv), le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie (avec Don, l’amant immortel de Sébastien), le roman Los Ambiguos (1922) d’Álvaro Retana (avec la figure de l’amant qui est la réincarnation du jeune Antinoüs), le film « Il Compleanno » (2009) de Marco Filiberti (avec la figure angélique et quasi désincarnée de Mateo), le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro (avec Gabriel, la projection fantasmatique et lointaine de Giovanna et de son meilleur ami gay aveugle Léo), le film « Caro Michele » (1975) de Mario Monicelli, le film « Cher Disparu » (1965) de Tony Richardson, le film « Amour et mort à Long Island » (1997) de Richard Kwietniowski (avec le souvenir inextinguible de Ronnie), le tableau Alexandre (2006) d’Orion Delain, le film « Tenshi No Rakuen » (« À la recherche d’un ange », 1999) d’Akihiro, le film « Send Me An Angel » (2002) de Nir Ne’eman, le film « J’ai rêvé sous l’eau » (2009) d’Hormoz (avec la focalisation sur un homme mort), le roman Un Garçon d’Italie (2001) de Philippe Besson, le film « Como Esquecer ? » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino (avec Julia, l’héroïne lesbienne qui n’arrive pas à se défaire du souvenir de son « ex »), le roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste (avec Ednar qui ne pourra jamais se défaire du souvenir de son premier « amour » Dylan), le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde (avec Dorian Gray qui subjugue Lord Henry : « La jeunesse est la seule chose qui compte en ce monde. »), etc. Par exemple, dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, comme par hasard, le tableau que Ben, le héros homosexuel, a peint juste avant sa chute mortelle (une toile représentant le jeune et beau Vlad) sera jugé comme son meilleur. Vlad est l’icône vivante éternelle du fantasme homosexuel. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony, le héros homosexuel, raconte que son premier amour fut platonique. Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Alan Turing, le mathématicien homosexuel, n’a jamais réussi à aimer une autre personne que Christopher, son premier amour d’adolescence mort d’une tuberculose bovine, qu’il a eu à peine le temps d’aimer : « Je le connaissais à peine. » dira-t-il au proviseur de son pensionnat, à l’annonce de sa mort. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homo, semble passer de bras en bras, d’amant en amant (Nicolas son premier amour d’adolescence disparu, puis Nathan – lui aussi mort tragiquement –, puis le petit frère de Nathan, puis tous les hommes qui lui passent sous le nez), sans but et sans visage : « J’crois que je recherche un truc qui n’existe pas, en fait. »

 

Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel dit qu’il s’est lié d’amitié à l’école avec un certain Julien, un gars avec qui il a vécu ses premières expériences sexuelles dans les cabinets de toilettes (ils se sont comparés les zizis), et qui ressemblait au chanteur Steeven du groupe de Boys Band Alliage. Jefferey dit être attiré toujours par le même type d’hommes : des grands blonds aux yeux bleus. Et Julien correspond à cet archétype, même s’il est africain : « Un Africain blond aux yeux bleus, c’est bizarre, je vous l’accorde. » Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, a rencontré Nicholas lorsqu’ils n’avaient que 8 ans… et se retrouvent quelques années plus tard, dans le même lycée. Leur rencontre initiale d’enfance résonne comme un signe du destin (lié par une boule à neige en verre) : Phil a bousculé Nicholas qui sortait d’un supermarché et a fait renverser son sac plastique rempli de bouteilles d’eau minérale. Plus tard, à l’âge de 17 ans, en le revoyant, Phil interroge Nicholas, tout troublé : « Je ne sais pas si c’est un rêve, mais je crois qu’on s’est déjà rencontrés. »
 
CLONAGE Mathilde
 

Le héros homosexuel envisage l’amour comme un clonage, ou bien voit l’amant comme un clone de lui-même : « Je t’aimais, je t’ai toujours aimé… tu as changé mais tu prétends que c’est moi. Je ne te reconnais plus. Je t’ai même confondu avec un autre qui a la même allure que toi. Comment est-ce possible ? J’ai du mal à le croire. » (Bryan à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 313) ; « Quand est-ce qu’on refait l’amour ? On le réinvente maintenant comme à chaque fois. L’amour est le facteur exponentiel des corps. On se multiplie l’un l’autre. Rien de tout ça ne nous a été transmis, appris. Tout ça on l’avait dedans. » (les acteurs anonymes de la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier) ; « Tout tourne autour de moi, les petites Chloé et moi aussi en miniature. » (Cécile à propos de son couple avec Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 45) ; « Je me ferais charcuter esthétiquement pour devenir votre clone ! » (Janine à Simone, dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) ; « Si tout le monde avait les cheveux courts… Ah merde… ça, c’est du clonage… Non… c’est pas du clonage : c’est du communisme esthétique. » (Lourdes-Marilyn dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier) ; « Ne te mens pas à toi-même, Claudine ! Ta malédiction, accoudée à côté de cette glace, et ton air de creuser un remord naissant, n’était-ce pas l’inquiétude de constater intact ce visage aux yeux de havane, qu’aime ton amie ? » (Colette, Claudine en ménage (1946), pp. 147-149) ; « Involontairement, inconsciemment, chacun des deux êtres qui s’aiment se façonne à cette idole qu’il contemple dans le cœur de l’autre… » (Édouard dans le roman Les Faux-Monnayeurs (1997) d’André Gide, p. 83) ; « C’est fou comme il te ressemble, en plus jeune. » (Arnaud s’adressant à son amant Mario, en parlant de Matthieu, un de ses collègues de boulot, dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo) ; « Dans le car qui me ramenait chez moi, je décidai que trois était le chiffre parfait. Avec deux liaisons, on était écartelé entre deux choix simples. Il y avait là quelque chose de linéaire. J’étais en train de lire un livre en vogue sur la théorie du chaos, d’après lequel le chiffre trois impliquait le chaos. Je désirais le chaos parce que grâce à lui je pourrais créer mon modèle personnel. Je regardais les beaux objets fractals illustrant le volume et voyais Sheela, Linde et Rani dans l’un d’eux, s’amenuisant au fur et à mesure, le motif se répétant à l’infini. Je refermai le livre, convaincue d’avoir choisi la façon de mener ma vie. Le chaos était la physique moderne, c’était la science d’aujourd’hui. » (Anamika, l’héroïne lesbienne pensant à ses trois amantes qu’elle considère comme des clones d’elle-même, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, pp. 64-65) ; « Déjà réincarné ?!? Efficace, le système informatique là-haut ! Quoi ? En vitre ??? Je crois qu’il y a une erreur. » (le héros homosexuel réincarné en vitre, et se faisant accoster par différents prétendants « vitrés » comme lui, dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont) ; « Moi j’ai, moi j’ai essayé de vivre. Donné ici un sens à ma vie aussi. Moi j’ai tant voulu l’Autre. Ave. Milliers d’âmes anonymes. Ave. […] Où étais-tu alors, puisque je t’aime ? Où étais-tu encore, l’Imaginaire ? Es-tu un rêve ? Es-tu un frère ? » (cf. la chanson « J’ai essayé de vivre » de Mylène Farmer) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, Adrien, le héros homosexuel, fait, dans sa recherche amoureuse, une fixette sur les Noirs, personnes que son amant Malcolm cristallise entièrement dans sa personne réifiée : « Souvent, dans les bras de ces amants d’un soir, Adrien pensait à lui. Malcolm avait pénétré la mémoire de son corps et il ne s’étonnait plus que son désir le portât vers des hommes à la peau noire. Ils lui ressemblaient. Les mêmes cheveux où agripper ses doigts pour incliner amoureusement la tête, la même peau à la fois douce et tendue, aux reflets mordorés, la même odeur âcre et puissante, les mêmes yeux dont la lumière vient d’autres latitudes, les mêmes muscles saillants et fins, la même allure féline et noble. Tout cela rappelait Malcolm et portait Adrien à chercher l’amour des Noirs. Il s’interrogeait souvent sur les raisons secrètes du désir de cette beauté-là. Un désir de puissance, de virilité ? D’inverser l’ordre de l’Histoire ? D’aimer l’absolument autre ? Peut-être tout cela à la fois. » (pp. 34-35) ; « Ça m’interroge cette attirance pour les Blacks. » (idem, p. 46) ; « Toujours le lointain, l’impossible, l’inatteignable. […] J’dois pas aimer l’amour proche ! » (idem) ; « Il aimait ce corps d’homme métis. […] Adrien eut le sentiment étrange de n’être pas le seul à aimer un pareil corps. Il éprouva même une certaine gêne à l’idée que son regard s’inscrivît dans une longue chaîne de regards portés sur l’homme ébène. Désirs de Blancs fascinés par la puissance du corps du Noir, au point de vouloir la lui dérober, la posséder pour eux. N’était-il pas dans son regard comme un fils de colon, fier de tenir pour lui ce corps endormi ? » (idem, p. 50) Même si Adrien a la peau blanche, on peut tout à fait dire qu’en tombant uniquement amoureux d’hommes noirs, il s’adonne à son fantasme de clonage de lui-même, car le clonage obéit à une logique désirante, fantasmatique, et non d’abord à un raisonnement réaliste, empirique, incarné. « Il se demandait si, comme dans la chanson de Barbara, à travers le visage de ceux qu’il avait aimés après Malcolm ou essayé d’aimer, ce n’était pas encore son image qu’il recherchait. […] Ils lui ressemblaient. » (pp. 34-35) D’ailleurs, son amie Nathalie lui fait remarquer qu’à travers son obsession sexuelle et affective pour les Noirs, « il cherche un miroir exotique » (p. 46) de lui-même. Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Jacques, écrivain homosexuel, établit une typologie des amants homos, avec des références littéraires (Chester, Auden, Maxims, Vendel, Whitman) : « Ton amant, c’est pas un Maxims ? Le genre de gars dont on croit reconnaître son idéal au premier regard ? ou bien un Whitmann ? Un Vendelpark ? » demande-t-il sarcastiquement à son jeune amant Arthur.

 

Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Vincent (30 ans) et Stéphane (50 ans), les deux amants, sont chacun attirés par le fantôme d’un être immatériel, jeune et désincarné qu’ils voient en l’autre, et qu’ils passent leur temps à rechercher à l’extérieur de leur couple à travers une multitude d’amants de passage. Par exemple, le beau Vincent raconte que la première fois qu’il a couché homosexuellement, c’était dans un coin reculé d’une plage, à l’âge de 15 ans, avec un homme de 20 ans qui s’est tué à l’arme à feu un an après. Puis il révèle aussi à Stéphane que lorsqu’il l’a trompé, dans la période où il était en couple, il voyait le visage de Stéphane se superposer à son amant de passe. Quant à Stéphane, il est bloqué par un idéal physique de jeune homme angélique qu’il recherche chez tous ses amants : « Malgré leurs impuretés, ces êtres restent très purs, sans taches, comme si rien ne pouvait les abîmer. […] Y’en a tellement qui ont défilé. Des corps anonymes. Des amants d’une nuit. […] Des garçons qui se ressemblent tous, qui pourraient tous être le même, que j’aime parce qu’ils ne restent pas. […] Il m’a toujours semblé que tu étais insaisissable. » Vincent le lui fait remarquer : « T’as toujours été obsédé par l’éternelle jeunesse. » Et Stéphane confirme : « Oui, de jeunesse figée, fossilisée, je suis fasciné. »
 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, chacun des héros homosexuels du groupe est resté bloqué, hanté, envoûté par son premier amour homosexuel de jeunesse. Par exemple, Emory n’arrive pas à se détacher du souvenir de Peter, son amour impossible du lycée. Il répète, d’un air hébété et éthéré : « Je l’ai aimé dès que mes yeux se sont posés sur lui. J’étais au collège et lui au lycée. » Harold, quant à lui, est attiré par les petits jeunes qui ont le profil de Tex… même s’il regrette leur immaturité et leur manque d’intelligence. Quand ils se revoient entre eux le temps d’une soirée, les camarades homosexuels ont l’impression de s’être déjà vus (et pour cause ! Dans d’autres contextes – des contextes d’égarement, de drague dure –, ils ont parfois couché furtivement et préalablement ensemble : Donald, par exemple, raconte à Larry qu’ils s’étaient déjà rencontrés sans s’être précédemment présentés… parce qu’ils avaient baisé au sauna dans l’anonymat : « On s’est vus aux bains et on a couché ensemble, sans se parler, sans connaître nos prénoms. »). Même ceux qui sont infidèles, tel que Hank (qui est pourtant en couple avec Larry), en sortant avec le maximum d’amants (« Oui, je les aime tous ! Et Hank refuse de comprendre qu’il me les faut tous. Je n’ai pas la mentalité d’un homme marié ! »), partent à la recherche d’un seul et même homme invisible : en effet, le « couple » Hank/Larry a convenu, pour perdurer, que « tous ceux avec qui Larry trompait Hank s’appelleraient ‘Charlie ».

 

Dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, l’héroïne lesbienne, Alexandra, enchaîne les conquêtes et les amantes. Elles n’ont que très rarement un prénom. Elle semble vouloir conquérir un fantôme en toutes. Donc fatalement, elle picore par-ci par-là sans trouver entièrement satisfaction : « Le corps de chacun a sa façon d’aimer, et il me semble que je suis condamnée à trouver dans chacune des autres femmes, au hasard des rencontres, seulement un morceau du plaisir complet que je reçus d’elle, puisque sans doute jamais elle ne voudrait que nous vivions ensemble. » (p. 132)

 

Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, le vieux disquaire muet a coutume de collectionner les photos instantanées qu’il prend de tous les jeunes hommes androgynes qu’il croise dans son magasin… et il entreprose celles-ci dans son arrière-boutique, comme des reliques sacrées dans un mausolée. Son grand fantasme identitaire est incarné par le personnage de Rettore.
 

Le clone tant désiré est en fait un souvenir impalpable, un fantasme, un homme mort éternisé : « Bob n’a pas été tout à fait réel, pas tout à fait évanescent. Entre l’homme et l’aura, il a paru dans ta vie comme un concept – une incarnation de la foi. » (Félix par rapport au GI Bob, dans le roman La Synthèse du Camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 153) ; « Et dans un nuage le doux visage de mon passé. » (cf. la chanson « Que reste-t-il de nos amours ? » de Charles Trénet) ; « Il l’aimait, il l’aimait. Il était amoureux. Il était amoureux. Il était amoureux d’un fantôme. » (Jean Cocteau à propos de la relation entre M. Valmorel et Maxime, cité dans le spectacle musical Un Mensonge qui dit toujours la vérité (2008) d’Hakim Bentchouala) ; « L’amour que Marie [une domestique lesbienne] avait pour la bonne se serait posé sur n’importe laquelle, puisqu’à travers celle-ci ou celle-là c’était son amie d’enfance qu’elle voyait toujours. Je comprenais mieux ses craintes quant à l’issue de sa relation avec son nouvel amour, qui ‘ressemblait’ tant au premier et qui trouverait probablement la même fin : l’abandon. On ignore à quel point les émois de l’enfance peuvent suivre tout au long de notre existence, autant dans la joie que dans la tristesse, et se répéter toujours. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 187) ; « Ayant admis que la bonne n’était pour elle que l’image de sa camarade d’enfance dont elle était amoureuse, Marie ne prenait pas la chose trop mal. » (idem, p. 191) ; « À la vérité, je croyais que j’aimais toujours Thierry. Mais en réalité, c’était pas vrai. Je me raccrochais à un souvenir. Parce que j’avais peur. Et j’ai eu raison d’avoir peur. Parce qu’en effet, j’ai jamais retrouvé ça. » (Rodin parlant de son ex-amant, Thierry, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche, épisode 8, « Une Famille pour Noël ») ; etc.

 

Dans le roman Avec Bastien (2010) de Mathieu Riboulet, Bastien tombe amoureux à 8 ans de Nicolas, un de ses camarades de classe, qui disparaît peu après dans un accident de voiture ; n’ayant pu vivre sa vie avec ce garçon, le protagoniste la consacrera aux hommes que le hasard mettra sur sa route, et qui ne seront que de pâles réminiscences de ce premier fantasme idéalisé. Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, les amants d’Emmanuel portent tous le même peignoir imitation tigre ; d’ailleurs, Emmanuel sort toujours avec des mecs qui ressemblent à Omar, son « ex ». Dans les films « Contradictions » (2002) de Cyril Rota, « Abre Los Ojos » (« Ouvre les yeux », 2002) d’Alejandro Amenábar, ou encore « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, le protagoniste homosexuel se voit faire l’amour avec un partenaire changeant sans arrêt de visage. Dans le film « Rome désolée » (1995) de Vincent Dieutre, on nous parle d’amants différents et pourtant toujours semblables. Dans le film « Johan : Carnet intime d’un homosexuel » (1976) de Philippe Valois, Johan est comme un clone : Philippe recherche son image partout. Dans la comédie musicale La Bête au bois dormant (2007) de Michel Heim, Henri tombe amoureux de sa contrefaçon, Henriette. Dans le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, Jérôme part à la recherche de son amant Paul qu’il retrouve à travers les différents amants avec lesquels il couche. Dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, la narratrice lesbienne poursuit un clone appelée Mathilde, et qui est un best-of de féminité : « Dans combien de temps croiserai-je de nouveau l’amour ? Le croiserai-je un jour ? L’ai-je jamais croisé ? Mathilde est un mirage. » (p. 15) Dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, les amants homosexuels succédant au premier amour sont comparés à des « simulacres » (p. 74), c’est-à-dire à des images d’image. Dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, Nicolas voit en Julien, le jeune éphèbe de 20 ans, « l’incarnation de son idéal masculin » (p. 63) : « Si Nicolas l’avait croisé au hasard de cette boîte, il l’aurait assimilé aux clones inaccessibles de l’adolescence nouvelle. » Dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot, les amantes de la Reine Marie-Antoinette sont quasi jumelles et interchangeables (d’ailleurs, à la fin du film , Gabrielle de Polignac et Sidonie s’échangent leurs vêtements) : elles ont pour particularité d’être toutes plus jeunes qu’elle. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, tous les amants assassinés par Steve, le psychopathe homosexuel, ont exactement les mêmes caractéristiques physiques et comportementales (par exemple, Lucas et Vincent se ressemblaient). Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, Antonio a vécu son premier amour homosexuel avec un ouvrier de son entreprise, Michele, dans le secret. Cette relation, dit-il, a été rendue impossible parce qu’elle aurait été empêchée ou rendue anonyme : « J’aimerais faire revenir Michele ici. »

 

En règle générale, le héros homosexuel préfère pleurer un amant trop brutalement disparu mais qui au moins confortera par son absence l’idée que l’« Amour homosexuel » existe éternellement (sans preuve concrète, tout paraît plus solide et vrai aux yeux du passionné paranoïaque !) plutôt que de reconnaître qu’il n’a pas aimé vraiment, et que son amant, s’il avait été vivant, lui aurait offert une vie et un amour bien peu nourrissants. Le deuil lui permet de conforter incognito ses utopies amoureuses personnelles, de dorloter secrètement ses désirs narcissiques de mort, de cultiver son attraction abyssale pour l’amour impossible, et de mettre toutes ces manigances de Drama Queen à l’abris de la critique : « J’ai manqué l’amour qui m’était destiné. » (le héros homosexuel du film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye) Je suis un maudit. J’ai vraiment aimé et je serai définitivement privé de cet amour vrai… Remords éternels. « Il [Adrien] avait réalisé combien il aimait Malcolm, une fois ce dernier parti. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 34)

 

L’Amour ou l’identité envisagés comme un clonage, aussi idéalisants et embellissant soient-ils sur le moment, font des ravages intérieurs considérables et jettent le héros homosexuel dans les méandres du mensonge, de la consommation amoureuse, du fatalisme défaitiste, de l’errance désirante : « C’est quand même compliqué d’accoucher de soi-même. » (l’héroïne lesbienne du one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011) de Karine Dubernet) ; « Ils sont des milliers. Je ne peux pas en aimer un seul. » (Pier Paolo Pasolini dans son poème « Realtà », 1964) ; « C’est fou : j’ai l’impression que c’étaient d’autres filles. » (Anna parlant de son amante Cassie dans le film « La Tristesse des Androïdes » (2012) de Jean-Sébastien Chauvin) ; « Un nouveau corps soulage toujours d’un ancien, même si on s’en ennuie… » (Jean-Marc dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 278) ; « Il ne dira pas, non, il ne dira pas, que dans les night-clubs, la nuit, il fait la nouba, il ne dira pas, non, il ne dira pas qu’il se sent si seul qu’il passe de bras en bras. » (cf. la chanson « Il ne dira pas » d’Étienne Daho) ; « Mes nuits et mes amours passaient de mains en mains. » (cf. la chanson « 1er novembre (Le Fruit) » du Beau Claude) ; « Si j’osais, je dirais que les corps qui me touchent ont le même prénom que le mien. » (cf. la chanson « Entre elle et moi » des Valentins) ; « J’aime les Russes. Enfin… surtout les femmes russes. Je suis une femme russe. » (Anne Cadilhac dans son concert Tirez sur la pianiste, 2011) ; « Émile, François, Julien, Fabrice, souvent de l’un à l’autre je glisse. » (cf. la chanson « Ce je ne sais quoi. » du Beau Claude) ; etc. Le héros homosexuel a l’impression que toutes ses expériences d’amour se ressemblent dans la vanité/nullité : « Toutes les histoires d’amour se ressemblent. Même profil étrange. Mêmes scenari étranges. Seuls les visages changent. Toutes les histoires d’amour sont les mêmes. Toujours les mêmes problèmes. Toujours les mêmes dilemmes. » (cf. la chanson « L’Inconstant » d’Étienne Daho) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Drift » (2000) de Quentin Lee, Carrie, la meilleure amie de Ryan, le héros homosexuel, demande avec lassitude à ce dernier qui l’appelle « encore » sur son portable (« Joel ou Leo ? »), comme si Ryan enchaînait les mêmes histoires d’amour foireuses et passionnelles. Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, le constat d’une fatalité amoureuse homosexuelle est fait par Mike, le narrateur : « À la place de l’excitation d’une nouvelle rencontre, je ressens de l’abattement. Je regrette mon idée. C’est une fois encore la même chose, la même histoire, avec les mêmes protagonistes et la même fin, connue d’avance. […] Chui du genre à en avoir marre d’enchaîner les mecs comme si je savais faire que ça ! » (p. 60) Le sentiment de déjà-vu, d’éternel retour, de stagnation existentielle et amoureuse, même s’il rassure dans un premier temps, est un enfer à vivre.

 

Dans les fictions homo-érotiques, la communauté homosexuelle est connue pour être un concentré d’uniformité, une foule de personnes qui se croient originales mais qui se copient entre elles sous prétexte d’être en opposition avec les normes identitaires et amoureuses dictées par la société : « Je croise sur le trottoir de la rue Bonaparte dix, quinze folles de boutique. Peut-être j’en connais quelques-unes, je les confonds toutes. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 15) ; « J’en vois partout parce qu’il y en a partout ! Ça sort des placards ! » (Sibylle par rapport aux homos, dans la pièce En circuit fermé (2002) de Michel Tremblay) ; etc.

 

Le clonage qu’incarnent ou qu’incarneraient les membres du « milieu homo » n’annonce rien de bon sur la qualité de leurs rapports amoureux : il est plutôt l’illustration que toute violence humaine vient souvent de l’excès de ressemblances, ou du désir d’uniformité (appelé au mieux « jalousie », au pire « égalité »…) : « Je ne vois que des méchantes, le nez en l’air, méprisantes. » (un homo parlant des « clones » du Marais, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Ce qui est chiant avec vous les gays, c’est que vous voyez des gays partout. » (le Dr Katzelblum s’adressant à ses deux patients en couple homosexuel Benjamin et Arnaud, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc. Par exemple, dans le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh, Glen se moque ironiquement auprès de son nouvel amant Russell de leur cercle de « nains de jardin gays » qu’ils courtisent/qui les courtisent habituellement.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le désir homosexuel de clonage :

Un certain nombre de personnes homosexuelles abordent réellement la question du clonage. Elles pensent qu’elles sont, depuis la naissance, une photocopie, et non un original. « Hôpital général de Brazzaville. À deux heures dix, passées de minuit, des sanglots suffoqués évoquaient les instants fatidiques de ma vie. Dans une chambre à la lumière tamisée, où s’entassaient des nouveaux-nés dans des berceaux semblables les uns aux autres, j’étais comme quelque chose qui s’éveillait et combattait sa propre existence. » (cf. la toute première phrase qui ouvre l’autobiographie Le Flamant noir (2004) de Berthrand Nguyen Matoko, p. 11)

 

Par exemple, le romancier homosexuel Eddy Bellegueule (dont le pseudonyme est Édouard Louis) possède tous les ingrédients existentiels concrets pour s’imaginer qu’il est un clone de lui-même, qu’il n’existe pas en tant qu’être unique et désiré : il arrive après un enfant mort en fausse couche et avant deux jumeaux ! D’ailleurs, il cite sa propre mère : « Ton père voulait avoir un gosse, bon, il voulait une petite fille, mais on t’a eu toi, il voulait l’appeler Laurenne, j’avais râlé, je veux plus de fille, plus de pisseuse, et donc on t’a eu toi vu qu’on avait perdu l’autre. Ton père il l’a mal pris d’avoir perdu le premier gosse, il a mis du temps à s’en remettre. Il arrêtait pas de pleurer. Ça a pas été trop dur, parce que je suis une bonne reproductrice, je suis quand même tombée enceinte alors que j’avais un stérilet, et j’ai eu des jumeaux [mes petits frère et sœur], alors bon, et ça reste entre nous, mais ton père il a un sacré engin. » p. 76-77) C’est la raison pour laquelle il explique en interview qu’à travers son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule (2014), il veut « rompre avec ce qu’on avait fait de lui pour se réinventer ». Autrement dit, il a essayé d’opérer sur sa personne deux actes totalement liés symboliquement : le suicide et le clonage.

 

Vidéo-clip de la chanson "Mao Boy" d'Indochine

Vidéo-clip de la chanson « Mao Boy » d’Indochine


 

Chez beaucoup de personnes homosexuelles, le clonage est avant tout un fantasme esthétique très fort, un moyen de se starifier ou de gommer leur passé (ceci est très net chez les individus transgenres et transsexuels ; un peu moins extrême et sérieux chez l’individu homosexuel lambda). « Mes idées, ce sont mes mecs. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) Par exemple, dans la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo, tous les comédiens de la Compagnie Ouvre le Chien deviennent physiquement des clones de David Bowie métamorphosé en Ziggy Stardust. En 1973, Michel Journiac a réalisé deux moulages d’après son propre visage.

 

CLONAGE Lonely Lisa

Vidéo-clip de la chanson « Lonely Lisa » de Mylène Farmer


 

La tentative de clonage n’est pas qu’amoureuse. Elle est aussi et d’abord identitaire (cf. je vous renvoie à la partie sur la « peur d’être unique » dans le code « Moitié » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Certains comédiens, notamment transgenres et/ou transsexuels s’essaient à l’atavisme de personnalité sur leurs spectateurs. Par exemple, dans son one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), David Forgit, le travesti M to F, prétend cloner les trois prostituées qu’il interprète (la mère, la grand-mère et la fille) et investir le corps de chacun des membres du public, par son inversion physique et comportementale des sexes : « Je suis bisexuelle. Bisexuée. Je porte les deux sexes. J’ai été envoyée par des extra-terrestres. […] N’oubliez jamais ça : en chacun de nous sommeille une mémé comme moi. » dit la vieille Huguette ; « Mes sœurs salopes, prenez le taureau par les couilles ! » conclut la fille Gwendoline.

 

Beaucoup d’icônes gays s’amusent d’ailleurs à se cloner : cf. les vidéo-clips des chansons « As » de George Michael et « Crazy » de Seal, le film « The Lady From Shanghai » (1948) d’Orson Welles (avec le visage démultiplié de Rita Hayworth), le vidéo-clip de la chanson « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « Viva Forever » des Spice Girls, la publicité Pepsi de Britney Spears (apparaissant à différentes époques), le vidéo-clip de la chanson « J’ai pas 20 ans » d’Alizée, le vidéo-clip de la chanson « Du temps » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « Nothing Really Matters » de Madonna, le vidéo-clip de la chanson « Can’t Get You Out Of My Head » de Kylie Minogue, le vidéo-clip de la chanson « Black Or White » de Michael Jackson, etc.

 

Vidéo-clip de la chanson "As" de George Michael et Mary J Blige

Vidéo-clip de la chanson « As » de George Michael et Mary J Blige


 

En toile de fond, le phénomène de la starification laisse entrevoir le problème de la schizophrénie. En effet, à force de se voir projetée sur différents écrans ou dans beaucoup de films, la vedette est tentée de croire qu’elle a été capable de s’auto-cloner, et donc de douter de son unicité : « Je suis régénérée. J’ai des tonnes d’idées et tellement à faire que je devrais me cloner pour tout mener à bien. » (la chanteuse Madonna, à l’occasion de la sortie de son album « Hard Candy », citée dans la revue Le Figaro Madame du 5 avril 2008)

 
 

b) Beaucoup de sujets homosexuels ont cristallisé leur désir homosexuel sur une personne de leur existence (en général un premier amour d’adolescence mythifié) et passent leur vie adulte avec les clones imparfaits de l’éphèbe disparu :

Bien des personnes homosexuelles envisagent l’amour comme un clonage, ou alors voient l’amant comme un clone d’elles-mêmes : « Aimer sa semblable, c’est vouloir se mettre au monde une deuxième fois. » (Marie-Jo Bonnet, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? (2004), p. 126) ; « L’amour fantasmé vaut mieux que l’amour vécu. » (Andy Warhol) ; etc.

 

Le clonage est un fantasme identitaire et amoureux très répandu dans les rangs homosexuels. En général, en amour, le sujet homosexuel fait une fixette sur un amant disparu, cinématographique, immatériel comme un mirage, qu’il essaie tant bien que mal de remplacer/concrétiser/ressusciter par le biais de clones imparfaits de ce dernier. « Marcel Proust devait partir en quête d’un nouveau visage qui ressemblaient aux précédents. Car, comme Charlus, il fut toujours fidèle à un même type que le désir lui avait fait choisir. » (Michel Larivière, Dictionnaire des homosexuels et bisexuels célèbres (1997), p. 286) ; « Le Beau Pâris a marqué mon destin ; tous les hommes que j’ai désirés par la suite lui ressemblaient un peu. » (Denis Daniel à propos de son amour de jeunesse surnommé « Pâris », dans son autobiographie Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 26) ; « Mon bien-aimé, je ne l’ai vu qu’une seule fois. Je ne l’ai plus jamais revu. C’était un Tunisien. » (Bruno Bisaro au public, avant d’entamer sa chanson « Aimez-moi », dans la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée, 2008) ; « J’ai une théorie. Les Alexandre sont tous beaux. » (l’écrivain Ron l’Infirmier, au micro de l’émission Homo Micro de RFPP, le 12 février 2007) ; « Évasions momentanées où ma conscience exigeait que tous les garçons ressemblent à Abdel. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant de son coup de cœur pour Abdel, un délinquant tué par les flics, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 99) ; « À l’âge de 15 ans, se souvient Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895), il eut sa première éjaculation nocturne. À cet âge, il aurait été séduit par un homme de trente ans. Il était très attiré par des soldats de 20 à 22 ans, dont il faisait le portrait en secret, ce qui suffisait à l’enflammer. Selon lui, l’homosexualité était prédominante dans l’armée allemande. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 79) ; « Dans sa jeunesse, Thomas Mann a été éperdument épris de ce Paul Ehrenberg, fils d’un professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Dresde. Cette passion a été si forte qu’il évoque encore une trentaine d’années plus tard dans ses carnets intimes. » (idem, p. 120) ; « Vendredi 20 décembre 1918. [À une soirée au club] J’ai été accaparé par un jeune homme élégant au visage de garçon gracieux et un peu fou, blond, beau type d’Allemand, plutôt fragile, qui m’a rappelé Requadt, et dont la vue m’a sans aucun doute fait une impression telle que je ne l’avais plus constatée depuis longtemps. Était-il simplement en tant qu’invité au club, ou vais-je le revoir ? Je m’avoue de bon gré que cela pourrait devenir une aventure. » ; « Samedi 21 décembre 1918. […] Je voudrais, plein d’esprit d’aventure, revoir le jeune homme d’hier. – Neige. Le soir, gel. » (Thomas Mann, cité dans Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 121) ; etc.

 

On peut penser par exemple à l’« Hubert » de Jean-Luc Romero, au « Maximin » de Stefan George, au « Vic » de François Reynaert, au « Julien » d’Yves Navarre, au « Ninon Cesarini » de Jacques Fersen, au « Frédéric » de Nicolas Bacchus, aux « Luca(s) » de Philippe Besson, au « Dylan » de Jean-Claude Janvier-Modeste, etc. Au long de leur parcours affectif et sentimental, une grande majorité de personnes homosexuelle courent après un modèle précis de garçons (ou de filles, dans le cas lesbien) – que catalyse cet amant mi-réel mi-fictionnel idéalisé avec le temps et les sentiments – plutôt qu’après un être humain réel, vivant et debout. Dans le cas de l’amour homosexuel, le fantasme humanisé (autrement dit la projection narcissique) semble avoir précédé l’Humain. Par exemple, entre 1877 et 1879, quand il est professeur à Rethel, Paul Verlaine s’éprend de la copie conforme de Rimbaud, Lucien Létinois. Dans l’essai Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, Jacques, le vieux couturier, a pour modèle et amant le jeune cadet de 16 ans, Pedro, qui ressemble plus à une apparition divine androgynique qu’à un être unique incarné : « Il s’immobilisa, interloqué devant cette nudité inattendue. ‘C’est un rêve. C’est un ange descendu sur terre’, soupira le vieux couturier. » (p. 261)

 

Tableau Un Coin de table de Henri Fantin-Latour (avec Paul Verlaine et Arthur Rimbaud)

Tableau Un Coin de table de Henri Fantin-Latour (avec Paul Verlaine et Arthur Rimbaud)


 

Dans ses Mémoires (1996), Gore Vidal raconte qu’il pleurera toute sa vie son amour de jeunesse Jimmie Trimble, mort brutalement à 19 ans sur l’île d’Iwo Jima (« Je n’ai jamais rencontré de nouveau mon autre moitié. », p. 53), et qu’il cherchera à « mal remplacer » en couchant avec des hommes qu’il n’aimera jamais vraiment, comme pour se venger de ce cruel coup du sort… ou de sa propre naïveté à faire perdurer un amour irréel de manière si catastrophique. D’ailleurs, quand il a une aventure génitale avec son ami Jack Kerouac, il décrit comment l’image de son premier amant s’est superposée au second : « Sous la douche, l’espace d’un instant, il [Jack Kerouac] eut 14 ans ; je ne voyais plus le sombre Jack aux muscles relâchés, mais bien le blond Jimmie, sinon que Jimmie, à 14 ans, était à la fois plus sérieux et plus mûr que Jack… » (idem, p. 350)

 

Pier Paolo Pasolini, le réalisateur italien, était attiré par les jeunes hommes des quartiers populaires, et celui qui l’a assassiné (Pelosi) correspondait à leur typologie : « Pelosi avait le physique type de la beauté populaire des jeunes Borgatari. » (la voix-off du documentaire « L’Affaire Pasolini » (2013) d’Andreas Pichler)

 

Dans le discours de beaucoup de personnes homosexuelles, l’amant est présenté comme un être pluriel, divisé, portant différentes casquettes et masques, un homme multiplié comme un clone. « Manolo a toujours été mon père, mon frère, mon compagnon, mon mari, toute ma vie. » (Juan Rodríguez à propos de son copain mort Manolo, dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta sur Play Cuatro, diffusé en juin 2011) ; « Hier, épreuve singulière. Un inconnu, un M. Bessy, est venu me proposer d’écrire un essai sur les masques mortuaires de personnages célèbres. Il me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green parlant d’un ancien camarade de classe, dans son autobiographie L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; etc.

 

Même si cela ne fera pas plaisir à tout le monde que je l’écrive, j’ai remarqué à de nombreuses reprises dans la réalité que lorsque les personnes homosexuelles vivaient un gros chagrin d’amour concernant une de leur relation amoureuse homosexuelle passée, ce n’était pas tant la personne de l’amant qu’elles pleuraient à chaudes larmes que l’illusion d’amour/d’identité que cette personne aimée soutenait comme elle pouvait : « J’écris pour retrouver Malcolm, évidemment, ou plutôt sa figure, ce qu’il représente. » (Hugues Pouyé parlant de son amant, dans le site Les Toiles roses, en 2009)

 

L’amoureux homosexuel préfère pleurer un amant trop brutalement disparu mais qui au moins confortera par son absence l’idée que l’« Amour homosexuel » existe éternellement (sans preuve concrète, tout paraît plus solide et vrai !) plutôt que de reconnaître qu’il n’a pas aimé vraiment, et que son amant, s’il avait été vivant, lui aurait offert une vie et un amour bien peu nourrissants. Le deuil lui permet de conforter incognito ses utopies amoureuses personnelles, de dorloter secrètement ses désirs narcissiques de mort, de cultiver son attraction abyssale pour l’amour impossible, et de mettre toutes ces manigances de Drama Queen à l’abris de la critique.

 

L’amant absent n’est finalement que le prétexte et la diversion d’une autre de nos peines, plus légitime cette fois : la tristesse de la pratique de l’homosexualité. Quand un « amour » homosexuel se termine, on désespère surtout du fardeau existentiel/du mensonge amoureux qu’on s’impose souvent à nous-mêmes à vouloir cet amour vrai, magnifique, et éternel ; on désespère de se relancer dans une recherche harassante des clones d’un amant possible mais peu idéal.

 

De ma propre expérience, j’ai rencontré dans le « milieu homosexuel » énormément de potes et d’amis qui m’ont confié en tête à tête qu’ils avaient l’impression d’enchaîner sans fin les « amourettes » peu comblantes, de courir après un amant immatériel, qui n’existait pas, et qui n’était que la projection idéalisée d’eux-mêmes. Un objet d’expiation de leur propre culpabilité de ne pas s’estimer suffisamment eux-mêmes, de ne pas se sentir aimés, ou bien d’agir homosexuellement. « Peu à peu, je fis mon chemin dans le milieu. Toujours dans un cadre très discret, je passais d’un appartement à un autre, d’un corps à un autre, aucune contrarié par le manque de plaisir, alors que dehors, j’étais l’être le plus anonyme dépourvu d’intérêt. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 114)

 

Dessins de Roger Payne

Dessins de Roger Payne


 

Par exemple, dans ses dessins pornographiques vintage réalistes, il est facile de constater que le nord-américain Roger Payne reproduit toujours le même type d’hommes, avec un visage et une pilosité identiques… comme s’il cherchait à donner corps à un pur produit de son imaginaire intérieur, à un être à figure humaine mais qui au fond n’existe pas dans sa réalité relationnelle concrète… comme s’il essayait finalement d’actualiser/de satisfaire par son crayon un fantasme mono-maniaque inaccessible.

 

Je sais, pour ma part, que mon désir homosexuel s’origine pareillement sur une fixation narcissique à mon propre reflet projectivement valorisé, puisque je ne suis attiré sexuellement et fantasmatiquement que par un seul type d’homme-image précis : les hommes hispaniques très poilus (ceux que je pourrais être aux yeux des autres). Autrement dit, mon homosexualité m’oriente vers des clones de moi-même, des « moi … mais en mieux », car dans la réalité, je n’ai jamais été attiré sexuellement ni par moi-même, ni par mon frère jumeau, ni par mon père, ni par mes copies conformes humaines. C’est pourquoi je parle bien ici prioritairement de clone, d’être fantasmé, d’homme-image, plus que d’un être de chair et de sang qui existerait dans mon histoire. Jusqu’à ce jour, je n’ai jamais su m’expliquer autrement que par un phénomène inconscient de « narcissisme imparfait » pourquoi mon désir génital homosexuel s’était durablement fixé sur cet archétype de masculinité très spécifique que je n’ai croisé ni à l’école, ni au collège, ni dans ma propre famille, ni dans mon entourage proche : j’ai toujours louché sur le carré de poils qui dépassait d’une chemise, exactement comme certains hommes dits « hétéros » loucheraient spontanément sur la poitrine des femmes… et cette obsession purement plastique et corporelle (quasi fétichiste et clonesque) reste une énigme pour moi, encore aujourd’hui.

 

"Livre blanc" de Copi

« Livre blanc » de Copi


 

Le clonage est aussi une réalité désirante collective : la communauté homosexuelle est connue pour être un concentré d’uniformité, une foule de personnes qui se croient originales mais qui se copient entre elles sous prétexte d’être en opposition avec les normes identitaires et amoureuses dictées par la société, sous prétexte de défendre une « égalité des droits » présentée comme indiscutablement juste : « Il n’y avait vraiment que des hommes sur cette plage. Tous des clones. […] Tous bodybuildés. » (Gaël-Laurent Tilium décrivant une plage gay d’Ibiza, dans son autobiographie Recto/Verso (2007), p. 216) ; « J’ai vécu assez longtemps pour savoir que j’appartiens à une certaine catégorie de femmes qui ne sont originales qu’en apparence. Quand je me rends dans une assemblée de deux cents goudous, je repère mes semblables au premier coup d’œil. Sans nous être concertées, nous arborons toutes la même panoplie, ce qui est la preuve que nous avons subi un conditionnement identique. » (Paula Dumont, Mauvais genre (2009), p. 8) ; « J’ai, au cours de mon existence, rencontré de nombreusesbutchs qui n’ont jamais ouvert que L’Auto Journal ou L’Équipe et qui me ressemblent comme des sœurs jumelles. » (idem, p. 87) ; « Sous l’apparence constitutionnelle de la liberté d’expression, les clones ont conquis le pouvoir des médias et se sont attribué le pouvoir de contrôler les sources d’information. » (Philippe Guillaume, La République des clones, 1994) ; etc. Par exemple, dans son autobiographie La Mauvaise Vie (2005), Frédéric Mitterrand décrit les « ballets de clones » (p. 331) gravitant dans le « milieu homosexuel » asiatique.

 

CLONAGE Stereotypes

« Nous demandons aux médias la fin des stéréotypes sur les gays ! »


 

Avant de s’étendre à tous les communautaires, à la base, le terme de « clone » ne concernait que les hommes « bear » : « Un clone est un homme qui travaille sa virilité. Dans sa version vintage de 1978, ça donne : moustache, barbe, gym, jeans 501, tee-shirt blanc et chaussures Red Wing. » (cf. la revue Têtu n°127, novembre 2007, p. 86) Mais avec le temps, on voit que le clone-bear a servi de prototype à de nombreux sous-ensembles de clones homosexuels.

 

En cherchant à devenir un seul et même modèle (= l’Homme-objet asexué, l’Androgyne tout-puissant), la grande majorité des personnes homosexuelles sont dans un processus inconscient de mimétisme d’elles-mêmes. Et elles s’étonnent ensuite d’être aussi facilement catalogables sous forme de grandes sous-parties homosexuelles marchandes (bear, daddy, minet, crevette, efféminé, fem, butch, etc.)…

 

Clubbing 100% gay et 100% hommes

Clubbing 100% gay et 100% hommes


 

J’ai déjà passé une soirée à l’Amnésia, la boîte parisienne de Johnny Hallyday, vers 2005, pour un tea dance exclusivement « réservé aux mecs », et j’ai vu de mes propres yeux une fosse – qu’on appelle aussi piste de danse – bourrée à craquer de plusieurs centaines d’hommes torse poils, huilés, épilés, et bodybuildés (beurk…), que je ne pensais croiser que sur les couvertures de Têtu, et qui étaient, vus de loin, de parfaits clones ! J’ai mesuré combien l’anti-conformisme et le poncif de la « différence à tout prix » n’étaient qu’une recherche voilée de conformisme qui ne s’assumait pas comme tel, que l’illustration d’une « diversité de supermarché » qui impose un seul modèle standard, déshumanisé.

 

Le clonage qu’incarnent ou qu’incarneraient les membres du « milieu homo » n’annonce rien de bon sur la qualité de leurs rapports amoureux : il est plutôt l’illustration que toute violence humaine vient souvent de l’excès de ressemblances, ou du désir d’uniformisme (appelé au mieux « jalousie », au pire « égalité »…).

 

Paradoxe du désir homosexuel (le désir idolâtre par excellence, c’est-à-dire un élan pour et contre lui-même) : le clone que les personnes homosexuelles recherchent – parfois toute leur vie – est en réalité un « tue-l’amour », un fantasme qui, dès qu’il se concrétise « le moins mal possible » à travers un amant plastiquement et comportementalement agréable, finit malgré tout par plomber le désir d’aimer, ennuyer profondément, et ne pas durer : « Pourquoi le cacher ? Il faut qu’une femme soit féminine pour m’attirer, les garçons manqués comme Martine, dans la mesure où ils me ressemblent trop, ne m’inspirent que des sentiments asexués » (p. 35) déclare la pourtant très masculine écrivaine Paula Dumont dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010).

 

J’ai souvent évoqué dans mes écrits la parenté existante entre homosexualité et gémellité (cf. je vous renvoie au code « Jumeaux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Et je crois qu’elle s’explique par le fait que l’amour homosexuel et la gémellité peuvent tous deux donner l’illusion de l’auto-engendrement de soi-même par soi (ou par quelqu’un qui lui ressemble vaguement), bref, l’illusion que le clonage humain est possible et beau, à travers la science, la Nature, ou l’« amour ». Or, bien entendu, les faits montrent que le couple homosexuel tout comme le duo gémellaire, s’ils s’apparentent à des formes de clonage, sont des faux clonages, des clonages incomplets… et souvent des clonages ratés quand les êtres humains se forcent à les croire complets et vrais ! En effet, même deux vrais jumeaux, tout en étant semblables et possédant le même patrimoine génétique, resteront uniques et non-identiques ; et dans un couple homosexuel, il faut peu de temps pour se rendre compte que son partenaire amoureux est à des années lumière de nous ressembler, quand bien même il ait de prime abord un corps semblable au nôtre !

 
 

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Code n°34 : Coït homosexuel = viol (sous-code : Strangulation)

coït

Coït homosexuel = viol

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
Avis aux lecteurs : ce code contient des passages qui peuvent choquer les âmes sensibles ou les plus jeunes.
 

B.D. Kang de Copi

B.D. Kang de Copi


 

Non, amis lecteurs, ce code ne présentera pas les actes homosexuels comme nécessairement dépravés, brutaux, avilissants, glauques, meurtriers, dénués de douceur, de beauté ou de spiritualité, ni des actes obligatoirement circonscrits au toucher ou à la pénétration … comme donnerait à le penser le signe « égal » de son titre. Mais au contraire il parlera surtout des actes homosexuels « hors milieu », doux, acorporel, parfois même uniquement verbaux ou visuels. Il abordera aussi bien la question des coïts homos que des simples baisers, échangés en rase campagne, loin des établissements du Marais, entre partenaires vivant une relation de fidélité honorable. Car même ces actes posés dans des cadres apparemment respectueux reposent sur la même violence, la même discrimination, que les actes qui sont posés dans l’obscurité d’une backroom de sauna : la violence de l’éjection de la différence des sexes, différence sur laquelle repose toute existence humaine et tout amour qui sait l’accueillir… même si cette violence sera bien sûr graduelle. Tout acte homo, même pas encore posé mais déjà prospecté et cru beau, est violent. Et à chaque fois qu’il est posé, l’exclusion de la différence des sexes se rejoue concrètement. Après, bien sûr, il a des contextes où cette expulsion est plus visible, plus nette, plus blessante. Elle a bien sûr des degrés de puissance, de violences et de gravité. Mais déjà, qu’on en ait conscience ou pas, qu’on enrobe cette violence (par la sincérité, par les sentiments, par l’esthétisme, par la bonne intention) ou pas, elle est là. Et ne sera pas sans effet dans l’insatisfaction, la déception, le malaise, ressentis y compris par deux partenaires de même sexe qui la pose en ayant l’impression d’accomplir un geste banal d’amour et de plaisir.

 

La violence lors du coït sexuel humain n’est pas le propre de l’homosexualité. Elle fait aussi partie du coït hétérosexuel (et beaucoup moins du coït femme-homme aimant). En revanche, je souligne qu’avec la pratique homosexuelle, l’expulsion de la différence qu’elle induit universellement est un facteur aggravant de violence.

 

C’est la raison pour laquelle ce code concerne spécialement les personnes homosexuelles qui sont persuadées qu’elles ne sont pas violentes quand elles embrassent leur copain (ou leur copine, pour les femmes lesbiennes) ou quand elles couchent avec ; et surtout les personnes pacsées, « mariées », en couple « fidèle et durable », connues pour être sobres dans leurs pratiques sexuelles, peu fantaisistes et peu identifiables comme « typiquement du ‘milieu’ », des crèmes de garçons ou de filles, quoi.

 

En revanche, les personnes homosexuelles qui trouvent que je n’exagère pas dans mes propos, celle qui sont conscientes d’être violentes quand elles pratiquent l’homosexualité, et qui font même parfois violence à leur partenaire en connaissance de cause (encore que… je me demande si on peut faire un geste pareil vraiment « en connaissance de cause »…), vous pouvez passer votre chemin !

 

Bref, autant dire que tout le monde peut rester 😉 ! Parce que je ne connais quasiment aucun individu homosexuel pratiquant qui, quand il sort avec quelqu’un, ou même devient violent avec lui, ne le fait pas par amour, par désespoir – jugé « beau » par le désespéré – , ou avec les meilleures intentions du monde… !

 

Il est étonnant de voir dans énormément de films traitant d’homosexualité – y compris ceux qui s’attachent à présenter l’amour homosexuel sous son meilleur jour (c’est ça le pire, cet écart prodigieux entre intentions et actes !) – que la scène de fornication homosexuelle ressemble à un viol, ou aboutit même carrément à un meurtre. On le voit bien : les réalisateurs homosexuels mettent en scène ce qu’ils ne veulent pas qu’on leur attribue. Cette représentation catastrophique de la copulation homosexuelle, mise en scène par les personnes homosexuelles elles-mêmes, est très inconsciente, est d’une naïveté inquiétante car elle laisse supposer pour le coup qu’elle s’actualise bien plus souvent qu’on ne le croie dans la réalité concrète… même si, une fois qu’il devient réel, le viol s’opère à visage caché, dans des contextes sombres qui ne seront pour la plupart jamais dévoilés au grand jour (intimité d’une chambre, pénombre d’un parc ou d’une ruelle, secret d’un échange porno entre deux webcam, cadre clandestin de la prostitution, affaires de crime passionnel étouffées par l’argument-bulldozer de l’« homophobie 100% hétérosexuelle », etc.). La difficulté du thème que j’aborderai ici, c’est qu’il est éminemment intime, tabou, honteux, et que la violence psychologique (faisant partie de la violence physique, en amont comme en aval) n’est pas immédiatement visible à l’œil nu, ni même scientifiquement quantifiable.

 

La question de la définition de l’acte homosexuel en tant que « viol » est épineuse, d’une part parce que le viol n’est pas l’apanage des individus homosexuels (bien des couples intégrant la différence des sexes se traitent mal ; et toute sexualité humaine, même aimante, comporte une part de violence, qui ne s’appelle plus « violence » quand elle est canalisée vers la vie et l’amour), d’autre part parce qu’il existe une gradation de violences y compris dans la catégorie très diversifiée des actes homosexuels (il y a quand même une différence objective entre les pratiques sexuelles qui se vivent dans une backroom, par exemple, et une gentil rendez-vous « câlins et massages ») ; et enfin, en troisième lieu, parce que le viol est en grande partie défendu et vécu comme un enchantement par les acteurs homosexuels eux-mêmes (cf. je vous renvoie surtout au code « Déni », ainsi qu’à la partie sur le « Désir de viol » dans le code « Viol » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Du coup, nous ne sommes pas aidés pour comprendre toute la violence immédiate et rétrospective de l’acte homosexuel fictionnel. Et pourtant, elle existe bel et bien, et reste à dénoncer !

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Cannibalisme », « Symboles phalliques », « Vampirisme », « « Première fois » », « Adeptes des pratiques SM », « Corrida amoureuse », « Liaisons dangereuses », « Douceur-poignard », « Mort-Épouse », « Déni », « Désir désordonné », « Violeur homosexuel », « Scatologie », « Homosexuel homophobe », « Voleurs », et « Viol », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

Film "Cost Of Love" de Carl Medland

Film « Cost Of Love » de Carl Medland


 

Souvent, on entend dire de la part de personnes homosexuelles que les réticences (voire l’homophobie) des gens par rapport à l’homosexualité viendraient principalement du fait qu’ils ne supporteraient pas l’idée de voir deux mecs s’embrasser ou « s’enfiler ». Ils trouveraient ça gratuitement sale parce qu’ils feraient une incompréhensible allergie à la différence et à une expérience inédite, ils feraient mentalement une transposition exagérée de films porno-SM ou de leurs propres fantasmes cauchemardesques cachés sur leur propre réalité, et n’auraient rien compris des sentiments et de la douceur des « vrais » couples homos. En d’autres termes, la gêne des « hétéros » ne viendrait que d’un choc culturel, que d’un refus de comprendre et de tester l’acte homo ; en aucun cas elle se justifierait par les faits, ou par une violence objective des gestes amoureux homosexuels. 

 

Film "Les Mille et une nuits" de Pier Paolo Pasolini

Film « Les Mille et une nuits » de Pier Paolo Pasolini


 

Or, je crois que l’acte homosexuel – et je parle même du simple baiser, de la caresse – est en soi violent, même s’il peut être intentionnellement doux et respectueux. C’est ce qui le motive (un désir de fusion, un désir d’éloignement du Réel, un désir de se faire plaisir – ou à l’extrême inverse de s’oublier totalement en faveur du plaisir de l’autre – plutôt que de s’orienter vers la vie, une prévalence des intentions et des sentiments sur l’Amour en actes et sur l’horizon de sens-durée de ce Dernier) qui est violent. Beaucoup de personnes homosexuelles ne vénèrent pas véritablement l’autre puisque l’amour de sa chair va jusqu’à l’absorption symbolique. Fantasmatiquement, la distance entre le sujet et l’objet s’efface, et dans cet effacement le « je » se perd également, alors qu’il prétendait, par un rapprochement fiévreux à la réalité concrète, se retrouver lui-même. On voit souvent, dans les films comme dans la vie quotidienne, des amants se prier de se laisser respirer, de cesser de se marcher sur les pieds. La juste distance de vie entre eux deux n’est pas respectée au maximum. En termes de pulsions, aimer homosexuellement signifie chercher à posséder, à avaler, et même plus radicalement à faire disparaître l’être aimé par le désir d’absorption (cf. je vous renvoie aux codes « Fusion » et « Cannibalisme » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Quand certaines personnes homosexuelles embrassent leur amant (en discothèques notamment), il est fréquent qu’elles miment l’acte de dévoration. Elles savent très bien toute la part de bestialité qu’il y a dans leurs gestes, mais elles détestent se l’entendre dire, et la mettent sur le compte de l’expression fougueuse et spontanée de la passion (cf. je vous renvoie au code « Chiens » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Pourtant, la violence de la pulsion est bien là.

 

Si le désir homosexuel conduit à la beauté-laideur de l’humanité-bestialité, les actes génitaux qu’implique l’amour homosexuel constituent-ils pour autant un viol ? Voilà une question importante faisant peu débat, même si elle soulève un tollé général avant même d’être traitée. Je répondrai en disant « oui et non ». Pas autant et pas moins que la majorité des personnes homosexuelles ne le disent. Dans le sens génital et donc social du mot « viol », majoritairement non. Oui, au moins dans son sens symbolique, c’est-à-dire de la contamination des fantasmes sur la réalité concrète.

 

Ceux qui ne voient dans la sodomie qu’un viol obéissent à une croyance sociale absurde réduisant le rapport amoureux homosexuel à un acte bestial, purement compulsif, et dénué d’amour. Cette vision hétérosexuelle et homosexuelle des coïts homosexuels est souvent très éloignée de la réalité, car bien des accouplements entre amants homosexuels se déroulent pacifiquement, avec beaucoup de respect et de tendresse, sans forcément en passer par la pénétration anale. J’ai bien écrit « vision homosexuelle », car aussi curieux que cela puisse paraître, l’association de la sodomie au viol et à la bestialité ne vient pas uniquement des personnes homophobes : elle est aussi le fait des personnes homosexuelles. « S’il y en a qui connaît l’animal qui est en moi, c’est bien toi, non ? » (Pierre s’adressant à son amant Benjamin, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) Les scènes de viol homophobe, juxtaposées cinématographiquement à des scènes d’amour homosexuel ne manquent pas dans les créations homo-érotiques : le film « Du même sang » (2004) d’Arnault Labaronne en fournit un parfait exemple. Chez beaucoup d’auteurs homosexuels, la pénétration anale est fréquemment présentée comme impossible ou ultra-violente. À l’image, beaucoup de personnes homosexuelles diabolisent la sodomie pour la pratiquer sans états d’âme dans la réalité concrète, alors qu’elle n’est ni un geste abominable ni un acte essentiel. Elles aiment nourrir l’inconscient collectif qui associe la sodomie à l’acte odieux, en profitant du fait que seuls ceux qui la pratiquent seraient autorisés à en parler en connaissance de cause et à la diaboliser. Elles amplifient alors iconographiquement la douleur qu’elle engendrerait, comme dans la scène des noces du film « Salò ou les 120 Journées de Sodome » (1975) de Pier Paolo Pasolini. Un certain nombre d’auteurs homos associent dans leurs créations le pénis de la pénétration anale à tous les symboles phalliques dangereux imaginables. La sodomie est souvent diabolisée, en même temps que sanctifiée. Elle ne convertirait pas le violé en maudit, mais au contraire lui révèlerait sa sainteté, son innocence de martyr. Je crois qu’ici la diabolisation de la pénétration anale est à prendre prioritairement dans son sens symbolique – le personnage homosexuel troue l’arrière-train de son compagnon comme une épingle perce un simple papier cartonné –, avant d’être considérée dans son sens « réellement fantasmé ». D’ailleurs, rien qu’en regardant les faits, on constate qu’entre hommes gays, la pénétration anale n’est pas tellement monnaie courante, du fait aussi de sa violence : « Quant aux hommes homo-bisexuels, […] la pénétration anale est souvent pratiquée par près de 25% d’entre eux (24,9% pénétration insertive et 24,1% pénétration réceptive) contre 2,5% chez les hétérosexuels. » (Enquête sur la Sexualité en France (2008) de Nathalie Bajos et Michel Bozon, p. 253) Même si le lien de causalité entre pénétration anale et viol est en lui-même absolument détestable et injuste, en revanche, il convient de ne pas relativiser ni de nier le lien de coïncidence. Car c’est le déni de ce dernier qui peut du coup rendre le fantasme du viol par la sodomie actualisable. Quand on demande en privé à certains hommes gays ce que la sodomie leur procure, ils sourient de l’incongruité de la question, puis finissent par cracher le morceau : « Pour tout avouer, ça fait pas du bien… » Biologiquement, la pénétration par l’anus ne va pas de soi, et peu de gens la trouve plaisante. La sodomie dit une sexualité par défaut. Les hommes gays font avec ce « trou corporel » (en plus de la bouche pour la fellation) parce qu’ils n’ont pas trop le choix ailleurs s’ils veulent pénétrer leur partenaire. Même si certains médecins affirment que la sodomie est sans danger, ils ne vont pas jusqu’à dire qu’elle est bonne pour la santé, ni respectueuse et fertile. Par la pénétration anale, on force un chemin qui n’est pas naturellement celui de la pénétration sexuelle classique. Il manque à l’endroit de l’anus les sécrétions vaginales : on est obligé d’user de produits artificiels, de vaseline, de lubrifiants, pour faciliter le passage du pénis. De plus, le sphincter de l’anus est puissant et parfois résistant, donc la sodomie peut causer une peine initiale, au moins un inconfort dans un premier temps. Certains hommes gays constatent également après avoir été pénétrés une période de constipation passagère, signe que l’acte sexuel de la sodomie bouleverse temporairement le métabolisme naturel des individus. Une pénétration anale ne se fait pas sans douleur. Dans les guides de kâma sûtra gay – qui mettent pourtant un point d’honneur à dédramatiser jusqu’aux pratiques sexuelles les plus avilissantes –, on insiste beaucoup sur la douceur et les précautions à avoir au moment de la pénétration, sur l’accoutumance du partenaire pénétré. Même si ce n’est pas clairement dit, la nécessité du forcing dans l’acte sodomite est implicite. Si la pénétration anale va en se banalisant dans les discours sociaux actuels, il ne faut pas oublier qu’au départ, elle fait mal aux personnes pénétrées et pénétrantes, pas seulement physiquement mais aussi psychiquement. Dans le film « Mauvaises Fréquentations » (2000) d’Antonio Hens, le personnage de Guillermo nous dit bien ce qui se passe la « première fois », et aussi pendant l’après-sodomie. « Je ne m’étais jamais laissé pénétrer. Mais il a dit que j’allais aimer, je n’avais qu’à me détendre. Malgré la salive et mes efforts pour me relaxer, ça faisait un mal de chien. Voyant qu’il n’y arrivait pas, il s’est mis à pousser de toutes ses forces. J’ai jamais eu aussi mal. Mais depuis, je me dilate sans problème. » Par la suite, beaucoup de personnes gays réécrivent l’épisode de la pénétration dans l’angélisme – la prostate serait même, selon certains, le « point G homosexuel » ! (pourquoi pas, après tout ?) –, ou se mettent à mépriser les partenaires sexuels qui mettent du temps à accepter la sodomie. Mais le malaise concernant la pénétration anale revient autrement dans le couple, généralement sous forme d’agressivité et d’indifférence mutuelles.

 

COÏT De mon sang

Film « Du même sang » d’Arnault Labaronne


 

Avant d’être plus rarement un acte réel, le viol est déjà un fantasme homosexuel. Toutes les personnes homosexuelles n’ont pas ressenti le viol ni ont été génitalement violées par leur amant du seul fait d’avoir pratiqué la sodomie. Il ne s’agit pas d’homosexualiser le viol, pas plus que de définir intégralement comme violent tout acte amoureux de nature homosexuelle. Une fois encore, j’insiste pour que soient laissés les emblèmes du désir homosexuel au pays des mythes et que nous ne les ramenions pas systématiquement à la réalité concrète, comme le ferait l’esprit cartésien, superstitieux, homosexuel, hétérosexuel, ou homophobe. C’est aussi la société qui nous apprend à trouver les actes homosexuels sales, alors que sur le coup et en soi, ils ne sont ni sales ni entièrement violents, et peuvent être dans le meilleur des cas l’expression de la force d’un amour authentique. Ils possèdent la dualité désarmante des réalités fantasmées : ils font à la fois beaucoup de bien et beaucoup de mal. Bien des accouplements homosexuels, incluant la sodomie et la fellation, restent tout à fait honorables. Cependant, ils leur manquent le respect corporel de la finalité symbolique, et donc procréative, de l’acte génital aimant et incluant la différence des sexes : si tout couple n’est pas tenu évidemment de « faire un enfant » à chaque fois qu’il « fait l’amour » – contrairement à ce que pensent beaucoup de personnes homosexuelles qui reportent leur croyance en l’obligation de la procréation sur les institutions religieuses et la société « hétérosexiste » (il suffit d’écouter l’actuel pape Benoît XVI parler de la non-sacralisation de la procréation dans le couple femme-homme pour en voir le cœur net : « Même si la maternité est un élément fondamental de l’identité féminine, cela n’autorise absolument pas à ne considérer la femme que sous l’angle de la procréation biologique. Il peut y avoir en ce sens de graves exagérations, qui exaltent une fécondité biologique en des termes vitalistes et qui s’accompagnent souvent d’un redoutable mépris de la femme. […] Ce n’est pas en se contentant de donner la vie physique que l’on enfante véritablement l’autre. La maternité peut trouver des formes d’accomplissement plénier même là où il n’y a pas d’engendrement physique. », cf. « Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde », 2004) –, et que vivre le plaisir sexuel pour le plaisir sexuel n’est absolument pas condamnable, il y a cependant dans le coït femme-homme aimant, même non-procréateur, une annonce sous-jacente de l’enfant qui peut donner à l’union conjugale une ouverture qui tue l’égoïsme, une dimension supérieure que l’acte homosexuel, s’inscrivant davantage dans une perspective de l’instant que dans un projet de vie éternelle, ne possède pas.

 

Si le rapport entre viol et actes génitaux et corporels homosexuels doit être relevé, il faut veiller d’une part à ne pas faire du viol l’apanage des personnes homosexuelles – nulle sexualité n’est à l’abri du viol, que ce soit entre la femme et l’homme qu’entre semblables sexués (le mariage dit « hétérosexuel » peut aussi servir à camoufler des abus sexuels au sein de certains couples femme-homme ; La sodomie, par exemple, n’a rien d’une pratique proprement homosexuelle puisque 15% des hommes et 13% des femmes hétérosexuels l’exerceraient régulièrement ; cf. Alfred Spira, Rapport Spira Bajos, 1992). Par ailleurs, les Français (hétéros et homos confondus) pratiquant la pénétration anale restent une minorité. « En 1992, seulement 24% des femmes et 30% des hommes déclaraient en avoir fait l’expérience, alors qu’en 2006, ils sont respectivement 37% et 45%. » (Enquête sur la Sexualité en France (2008) de Nathalie Bajos et Michel Bozon, p. 276) –, et d’autre part, à ne pas réduire les rapports homosexuels à la seule pénétration anale. Je n’entends pas par « viol homosexuel » que l’analité ou la sodomie. Je prends soin de le souligner car en ce moment, un certain courant de pensée véhicule l’idée selon laquelle les « ennemis des homos » seraient hostiles aux couples homosexuels uniquement par dégoût de la sodomie, ou bien que les femmes lesbiennes seraient plus douces dans leur sexualité que les hommes gays, ce qui me semble être absurde. Le terme « viol » tel que je l’emploie s’applique déjà au simple baiser homosexuel et aux coïts lesbiens. Il ne saurait se réduire à la possession d’un pénis, car même les femmes lesbiennes peuvent désirer pénétrer, comme le montre les propos d’Élisabeth à son frère Paul dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville : « Je t’ai percé un jour, mon p’tit bonhomme ! » Beaucoup de femmes lesbiennes, à la sexualité pourtant débridée, sont les premières à se rassurer sur la non-violence de leurs accouplements : en se comparant à des hommes gays forts consommateurs de sexe, elles prétendent être plus « sentimentales » lors de leurs coïts, moins bestiales et moins portées sur le sexe du fait d’être femmes. Je veux bien admettre que la sexualité masculine soit par nature plus compulsive et hygiénique que la sexualité féminine, cela ne décharge en rien le désir et l’acte génital lesbiens de leur brutalité. Si l’accouplement lesbien ne dégageait aucune violence, il n’aurait pas envahi à ce point-là l’univers machiste du porno. Certaines femmes lesbiennes avancent qu’elles ne forcent pas des voies non-naturelles lors de leurs étreintes, et qu’en plus, leur coït serait « égalitaire » puisqu’il ignorerait les distinctions discriminatoires de la passivité et de l’activité induites par la pénétration anale ou vaginale. Mais le viol, s’il n’est pas, comme nous l’avons vu précédemment, réductible à la pénétration, peut être précisément dans l’absence de conflit des corps, dans l’invasion du fantasme sur la réalité concrète. La sexualité homosexuelle, parce qu’elle n’a pas l’aval de la Nature et qu’elle ne vit pas des bienfaits concrets de la différence des sexes, bascule malgré elle vers le mythe, la représentation fantasmatique, la prédominance du faire-semblant, le mime. En ce sens, elle traduit un désir de viol. Elle se manifeste par une propension plus grande à l’envie de possession, comme pour illustrer que la fusion des corps n’est pas un minimum complète et qu’il faut la forcer. Dans le coït femme-homme aimant, au contraire, il y a une nécessaire confrontation à la réalité symbolique de la différence des corps, un essentiel combat entre les partenaires qui laisse un espace à l’amour, à l’humour, et à la Réalité. La rencontre sexuelle grandissante ne se passe pas dans une exacte réciprocité, dans l’illusion d’une perfection désincarnée, dans une simultanéité partagée et mimée : la réciprocité implique justement un déséquilibre, un curieux va-et-vient, une plongée vers le mystère du sexe inconnu, un donner-recevoir, une confiance insensée… bref, une nécessaire inexactitude qui fait toute l’exactitude et la beauté du coït femme-homme désirant, même s’il n’est pas toujours parfait techniquement parlant.

 

Film "Broken Sky" de Julian Hernandez

Film « Broken Sky » de Julian Hernandez


 

La part fantasmatique me semble plus accrue dans les pratiques homosexuelles que dans la génitalité entre une femme et un homme dont les gestes sont davantage dictés par une correspondance des corps, un horizon procréateur, un ajustement des anatomies. La dissymétrie corporelle imposée lors des actes homosexuels est illustrée par la distinction actif/passif qui se maintient de manière tenace dans la communauté homosexuelle : beaucoup moins dans le couple formé par une femme et un homme, à qui il ne vient même pas à l’idée de se demander qui est l’actif ou le passif lors des coïts tellement les deux amants ont l’assurance d’être confirmés par la Nature, et qu’ils se savent acteurs ensemble de leur amour (la femme est active dans l’accueil !). Les personnes homosexuelles sont davantage obligées d’inventer des pratiques sexuelles qui, parce qu’elles les éloignent de la Réalité, rejoignent la réalité concrète de manière plus brutale, quand bien même elles désirent rejoindre intentionnellement la délicatesse. Bien entendu, les pratiques SM n’intéressent qu’une minorité d’entre elles, car la plupart ne supportent pas l’idée de soumission, de souffrance, de domination et de représentation dans l’acte sexuel. Mais quand la violence n’est pas ouvertement douloureuse, elle peut se traduire sous d’autres formes dans le couple homosexuel : la fougue, l’infidélité, l’attachement au sexe, la lassitude, le goût du paraître, la jalousie, le manque d’écoute et d’envie, etc.

 

Dans l’absence de résistances que semble offrir l’uniformité homosexuelle, dans la confrontation rassurante et terne des semblables, on retrouve la violence rose et policée des Barbie : celle qui cherche à préserver de toutes les aspérités du réel. Simone de Beauvoir décrit très bien sur certains passages du Deuxième Sexe (1949) la prédominance du fantasme sur la Réalité lors du coït lesbien : « Entre femmes l’amour est contemplation ; les caresses sont destinées moins à s’approprier l’autre qu’à se recréer lentement à travers elle ; la séparation est abolie, il n’y a ni lutte, ni victoire, ni défaite. […] L’anatomie préside à l’ordre des caresses, vouant la rencontre des corps de femmes au manque et au mime. » (Simone de Beauvoir, Deuxième Sexe (1949) citée dans l’article « Simone de Beauvoir » de Sylvie Chaperon, sur le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2002) de Didier Éribon, p. 67) Dans l’accouplement homosexuel, le viol se situe plus dans l’envahissement du mythe sur la réalité concrète qu’en actes désignés socialement comme « violents ». Que les personnes homosexuelles le veuillent ou non, la discordance corporelle lors des unions génitales homosexuelles fait de l’homogénitalité davantage une simulation d’orgasme qu’une communion réelle vécue à deux. Pendant le coït anal notamment, l’un des amants jouit ; l’autre se fait spectateur de l’orgasme du premier sur lui, et réécrit a posteriori son plaisir, qui reposera davantage sur l’avant et l’après lecture de la mise en scène de la rencontre sexuelle que sur l’expérience concrète d’un assouvissement partagé simultanément avec le partenaire. Cette approche du sexe est en partie désincarnée, déséquilibrée, et donc potentiellement sadomasochiste. La fellation, pratique qui n’est pas exclusivement homosexuelle mais qui reste très répandue parmi les hommes gays, est un autre exemple de spectacle idolâtre de la génitalité. Le fellateur s’abaisse devant l’autel du pénis de l’homme qui reçoit la fellation. Moins il y a de face-à-face dans les positions sexuelles entre deux personnes, plus nous nous éloignons du relationnel et rejoignons la violence infantilisante du mythe.

 

Film "L'homme blessé" de Patrice Chéreau

Film « L’Homme blessé » de Patrice Chéreau


 

Il semble que, dans le rapprochement amoureux homosexuel, le passage violent du mythe à la réalité fantasmée s’initie bien avant le passage à l’acte génital et la pénétration anale ou vaginale. Le viol se limite au simple baiser sur la bouche. Quand on écoute certaines personnes homosexuelles raconter leur premier baiser homosexuel, on les trouve bizarrement peu enthousiastes. Elles ne sont ni dégoûtées, ni amusées, mais juste fascinées par un geste qu’elles situent davantage sur le terrain de la science-fiction que sur celui de la beauté mémorable. Il leur a souvent laissé une impression de catapultage forcé dans un monde inconnu, paranormal. « Nous nous sommes embrassées, et j’ai su que ma vie avait basculé. J’ai été projetée d’un monde à l’autre. J’ai été poussée. » (Corinne, témoin lesbien mimant le mouvement de projection violente vers l’avant avec la main, dans l’émission Ça se discute sur la chaîne France 2, le 18 février 2004) C’est comme s’il faisait passer brutalement du fantasme à la réalité fantasmée en entravant une liberté. Relativement nombreux sont les sujets homosexuels qui ont fondu en larmes quand ils l’ont reçu. Même dans les fictions, nous voyons quelques exemples de ce surprenant « baiser-homosexuel-qui-fait-pleurer ». « Et voilà que je pleure, sans expliquer pourquoi. G. me regarde avec une douce interrogation. Que lui dire ? Que je ne l’aime pas ? Ce n’est pas vrai. Aimer, c’est si facile. Que je l’aime moins ? Ce n’est pas vrai non plus. C’est autrement, voilà tout. Je pleure parce que je cède à mon désir de caresses. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), pp. 47-48) Il est parfois clairement associé au viol (cf. « Yossi et Jagger » (2002) d’Eytan Fox, « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, etc.). Le baiser homosexuel peut avoir la violence d’une caresse dénuée d’amour, comme le décrit Stefan Zweig dans son roman La Confusion des sentiments (1926) : « Ce fut un baiser comme je n’en avais jamais reçu d’une femme, un baiser sauvage et désespéré comme un cri mortel. » (Stefan Zweig, La Confusion des sentiments (1928), p. 126)

 

Film "Vil Romance" de José Celestino Campusano

Film « Vil Romance » de José Celestino Campusano


 

Bien souvent, l’initiation à la génitalité homosexuelle est vécue comme un traumatisme. Il n’est pas anodin que les artistes homosexuels traitent régulièrement des « première fois » dans leurs créations (cf. Dictionnaire des Codes homos). Même si les personnes homosexuelles n’ont pas le monopole du viol ou du fantasme de viol – beaucoup de jeunes filles ou de garçons hétérosexuels ont vécu leur défloration comme un viol. En revanche, je crois que leurs unions corporelles y sont plus biologiquement, corporellement, psychiquement, et symboliquement exposées que les unions entre la femme et l’homme, du fait de l’exclusion radicale de la différence des sexes dans tous les couples homosexuels, et de la nature du désir homosexuel, davantage tourné vers la réification. Si les jeunes adolescents homosexuels reculent au maximum l’échéance de leur premier « passage à l’acte », que la majorité d’entre eux sont allés à la génitalité « comme on va chez le dentiste », ce n’est pas sans raison. Il y a une violence dans l’acte génital (et simplement sensuel) homosexuel, qui reste difficile à définir, mais qui pourtant existe. Cela vaut le coup d’écouter les récits du premier rapport sexuel des personnes homosexuelles : on a parfois l’impression d’entendre une mise en scène de viol – et plus rarement un viol réel. Ceci transparaît parfois dans le discours des personnages fictionnels homosexuels. « La première fois, c’est toujours bizarre » avoue Julián, dans le film « Krámpack » (2000) de Cesc Gay. Dans « Quels adultes savent » (2003) de Jonathan Wald, le jeune Roy, demande à son amant qui vient juste de le déflorer : « On se sent toujours comme ça après ? »

 

Dans la bouche des personnes homosexuelles réelles, le sentiment de viol concernant le dépucelage se mêle souvent à l’optimisme forcé. « La première fois où ça s’est fait avec un garçon, c’était très fort… très violent. » (Denis, témoin homosexuel dans l’émission Bas les Masques, sur la chaîne France 2, en septembre 1992) Mais au final, la violence symbolique gagne tout le tableau. « Ça s’est passé mal, très très mal, parce que c’est comme si ça en rajoutait encore, en définitive. Le fait de passer à l’acte, pour moi, faisait que ça rajoutait encore de la complication à mon existence. » (Olivier, 37 ans, parlant de la découverte de son homosexualité et de son premier passage à l’acte homosexuel, dans l’émission « Une Vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité » (2002) de Serge Moati) Il n’est absolument pas rare de rencontrer des sujets homosexuels qui ont vu leur amant effondré juste après qu’ils l’aient « déniaisé ». Sur le coup, ils n’ont pas saisi pourquoi. Ce dernier s’est tout de suite excusé d’avoir pleuré, leur a assuré que c’étaient des larmes de joie et de découverte, qu’elles étaient un soubresaut de culpabilité induite par le poids culturel (« judéo-chrétien » !) et éducationnel. Et l’énigme s’est approfondie sans trouver d’écho. Beaucoup de personnes homosexuelles ne peuvent même pas dire leur souffrance du viol à leur partenaire, car elles sentent qu’il ne pourra pas les comprendre. Et plus profondément encore, il leur est difficile de lui avouer un fantasme de viol – et plus rarement un viol réel – consenti à deux.

 

Film "Sex Life In L.A." de Jochen Hick

Film « Sex Life In L.A. » de Jochen Hick


 

En amour homosexuel, rapt et ravissement se confondent souvent. La lecture enchanteresse que beaucoup de personnes homosexuelles font de l’assemblage des corps entre semblables sexués n’efface pas la violence des fantasmes et des réalités qu’ils peuvent impliquer. En désir, bon nombre d’individus homosexuels veulent voler leur partenaire amoureux. Il est parfois possible d’en entendre certains affirmer textuellement qu’ils couchent avec de beaux garçons rien que pour leur « voler leur beauté » et se l’appliquer à eux-mêmes. Cette expression en dit long sur ce qu’est l’acte homosexuel dans son essence : un fantasme de vol motivé par un désir non pas seulement d’aimer l’autre pour ce qu’il est, mais aussi d’être lui et de se dérober à soi. C’est sûrement ce qui explique que dans beaucoup d’œuvres de fiction, les protagonistes gays se définissent comme des « voleurs » après avoir vécu leur première expérience homosexuelle. En image, les rapports corporels homosexuels sont fréquemment montrés comme des vols, des viols, voire des meurtres, comme on va le voir plus explicitement maintenant dans le « GRAND DÉTAILLÉ ».

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

a) La violence du coït masculin fictionnel :

Film "Kick Off" de Rikki Beadle-Blair

Film « Kick Off » de Rikki Beadle-Blair


 

Dans les fictions homo-érotiques, l’accouplement génital homosexuel est souvent figuré comme un viol, et s’achève parfois par la mort d’au moins un des deux amants : cf. le roman La Dette (2006) de Gilles Sebhan, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le film « Du même sang » (2004) d’Arnault Labaronne, la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson, le film « Hey, Happy ! » (2001) de Noam Gonick, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, le film « L’Homme que j’aime » (2001) de Stéphane Giusti, le roman Querelle (1947) de Jean Genet, le film « La Ley Del Deseo » (« La Loi du désir », 1986) de Pedro Almodóvar, le roman Nicolas Pages (1999) de Guillaume Dustan, le film « Le second mari de Cléopâtre » (1998) de Jon Reiss, le film « Cruising » (1980) de William Friedkin (se déroulant dans le milieu sado-masochiste), la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, le roman Eustace Chisholm And The Works (1967) de James Purdy, le film « Reflection In A Golden Eye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, le roman Giovanni’s Room (1955) de James Baldwin, le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, le film « Happy Together » (1997) de Wong Far-Wai, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman, le roman Radcliffe (1963) de David Storey, le roman Pompes funèbres (1947) de Jean Genet, les photos de Joseph Caprio (1992) (montrant la violence de la pénétration), la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner (avec le coït violent entre Joe et Roy), le film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salo ou les 120 journées de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini, la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely, le film « Honey Killer » (2013) d’Antony Hickling, le film « Cannibal » (2005) de Marian Dora, le vidéo-clip de la chanson « Foolin’ » de Devendra Banhart, etc.

 

Film "Les Damnés" de Luchino Visconti

Film « Les Damnés » de Luchino Visconti


 

Des allusions sont faites à la douleur provoquée par le coït homo, souvent sur le mode satirique, mais parfois sérieusement : « Toute sodomie commence par un viol. » (Paul dans la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener) ; « Je reçois de la vessie un direct qui littéralement me casse en deux. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 28) ; « Tu avais mal à l’endroit du… coït. » (Dominique, évoquant à son pote Jérôme la folle nuit d’amour alcoolisée qu’il a/aurait vécu avec François le personnage homo, dans la pièce On la pend cette crémaillère ? (2010) de Jonathan Dos Santos) ; « Pourquoi être gay est-ce si difficile ? […] Je me sens mal. Et j’ai encore mal au cul… » (Eddie, parlant de la sodomie, et déçu que Scott l’ait dépucelé et pris pour un simple « plan », dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Je vais avoir du mal à m’asseoir pour un moment. » (Doyler, le héros homosexuel s’adressant à Anthony qui l’a sodomisé, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « Ça me plairait. Mais ça fera peut-être un peu mal. » (Doyler sur le point de sodomiser son amant Jim, idem) ; « Vous avez plus de chance que moi. Quand je ne me fais pas arrêter, mon client a une maladie vénérienne. » (Emory, le héros homosexuel efféminé racontant la promiscuité des saunas et des lieux de drague homosexuel qu’il fréquente, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; etc. Par exemple, dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, le coït, selon Jean-Luc (le héros homosexuel), ça doit être « rapide comme une diarrhée ». Dans le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic, quand Citron, le héros hétéro, demande à Radmilo, son ami homosexuel, ce que ça procure l’acte homo (et surtout la sodomie), ce dernier répond : « Ça fait mal. » Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, se fait sodomiser par Palomino : « Ça fait mal. Ça pique ! Je vais vomir. Je saigne ! ». Ce dernier le rassure un peu : « Une vierge est censée saigner. »

 

Film "L'Homme au bain" de Christophe Honoré

Film « L’Homme au bain » de Christophe Honoré

Quelquefois, le viol est carrément filmé, et plus simplement suggéré. Par exemple, dans le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto, Fefe force son amant Pietrino à faire l’amour avec lui. Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, le coït homosexuel entre Vivi et Norbert est une simulation de hold-up. Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca voit un de ses amants au lit comme « un braconnier » qui va le tuer pendant le coït : « Il m’a foutu la peur de ma vie ! » Il le voit comme un être virtuel : « Et moi, j’étais en dessous, et je tapais ESCAPE ESCAPE ESCAPE !! » Dans le roman La Ciudad Y El Pilar De Sal (1947), Jim viole Bob. Dans le film « J’embrasse pas » (1991) d’André Téchiné, Manuel Blanc se fait violer par un mec sous les yeux d’Ingrid. Dans la pièce Les Rats (2008) de Jean-Pierre Pelaez, l’accouplement homosexuel est associé à la bestialité de la fornication des rats. Dans le roman El Matadero (1838-1840) d’Esteban Echevarría, un jeune « unitaire » se fait sauvagement sodomiser par la barbarie « rosiste ». Dans le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, le jeune et beau Cédric veut sans cesse faire l’amour avec son copain Mathieu, mais ce dernier résiste : « Non ! J’ai pas envie… J’ai l’impression que tu penses qu’à ça… J’aime pas comment t’es ! » Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, pendant qu’Antonin et Hubert font l’amour, la chanson « Laisse-moi t’embêter » de Noir Désir passe en fond sonore. Dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, au moment du coït, Raúl se montre à chaque fois très brutal avec son jeune amant Roberto : « Pendant nos rapports, tu as été assez violent. » avoue sans grande résistance ce dernier ; à l’écran, leur tout premier ébat nous est clairement présenté comme un viol (on voit le pauvre Roberto hurler à Raúl : « Tu vas me faire mal !!! […] Ça fait mal !!! »). Dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia, Malik, le héros homosexuel, se fait pénétrer sauvagement par un inconnu dans la rue. Dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt, Paul force son amant Jack à faire l’amour avec lui : à la fin de l’agression, Jack lui dit qu’il « l’a foutu en l’air ». Dans le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre, le coït dans la backroom est présenté comme un viol, le prostitué Rubén semble faire « payer » physiquement à son client le fait que ce dernier le paye financièrement (il lui « bourre » l’arrière-train comme un malade). Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, les premiers contacts corporels entre Marc et Engel sont particulièrement violents : Marc part en courant, se débat ; ils se battent au judo ; ils se blessent lors d’un exercice de simulation d’émeute. Dans le film « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls, le héros homo fracasse le crâne de l’homme qu’il vient d’embrasser sur la bouche dans un vestiaire de douches à la piscine : il finit par le tuer. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso Davide, le héros homo de 14 ans, est enculé contre un mur en verre, sur fond rouge, par un autre prostitué.

 

Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Omar supplie à son amant Emmanuel de ne pas le pénétrer (« Arrête ! Arrête ! Non. »), mais ce dernier n’a que faire de ses plaintes et le viole tout en feignant de lui demander l’autorisation (« S’il te plaît… S’il te plaît… ») ; une fois qu’Emmanuel a fait sa petite affaire, Omar s’en va contrarié (« Ça y est ? C’est bon ? Tu t’es vidé ? J’peux me rhabiller ? »). Un peu plus tard, on revoit Emmanuel en pleine action de viol sur un jeune étudiant en histoire, au départ consentant, mais qui va le regretter puisque cela déchaîne la hargne de son agresseur, qui lui flanque plein de fessées, le bat, s’apprête à l’étouffer.

 

Le viol que le protagoniste subit n’est pas nécessairement lié au toucher ou à la pénétration. Il peut s’agir d’un viol psychologique, verbal, tout aussi perturbant. « On se contamine si facilement quand on couche ensemble. » (Léopold s’adressant à son amant Franz, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « J’ai juste envie de vomir à chaque fois que tu me touches. » (Édouard parlant à son amant Georges, dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco) ; etc. Par exemple, dans le film « Bulldog In The Whitehouse » (« Bulldog à la Maison Blanche », 2008) de Todd Verow, la sodomie est présenté comme l’instrument de pouvoir et de domination qu’utilise Bulldog sur le secrétaire de presse. Même le personnage « passif » peut violer : « Les mecs passifs et menteurs, ça existe. » (Davide, un des potes gays de Tommaso, dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek)

 

Film « Entre couilles » (2012) de Sadri Tijani

 

Il est fréquent que la violence du coït homosexuel n’apparaisse pas clairement comme choquante, y compris au regard des victimes qui le subissent et qui, bien souvent, font une relecture enchanteresse postérieure d’un acte qu’elles ont quand même « un peu voulu » dans leur tête et dans leur cœur : « Ce fut doux et violent. » (Jean-Marc en parlant du coït qu’il a vécu avec Michael, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 256) ; « On se bastonne entre mecs. Et puis après, on fait l’amour. » (Arnaud, le héros homo parlant de son amant Benjamin, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Je l’aime à son corps défendant. » (cf. la chanson « Les Mauvais Choix » d’Étienne Daho) ; « Cette violence nous rassemble. » (le juge Kappus au sujet de Julien, dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 184) ; « J’aime trop pétrir ses fesses de coureur, me coller à son dos cambré de statue. Je le renverse dans le lit : il m’est livré. Il est à moi. Alors je sais que son sexe m’appartient. Je le saisis d’un coup, son sexe bandé et chaud dont il est si fier, son gros membre de beau garçon. J’avale son gland rose, son bourgeon gonflé prêt à donner sa sève. Je le sens si bien quand il me prend, bien large et vigoureux. J’aime qu’il me déchire, qu’il m’éventre tout entier du bas en haut. Enfin, je suis si terriblement heureux quand je danse empalé sur lui. » (le narrateur homosexuel du roman Chambranle (2006) de Jacques Astruc, p. 97) Par exemple, dans le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, quand Ed exprime ses remords à Arnold son ex-amant (« Arnold, je ne suis pas sûr que quand on couchait tous les deux c’était aussi satisfaisant pour moi que pour toi. Quelquefois, c’était un peu violent, un peu trop déchaîné. »), ce dernier ne voit pas où était le problème (« C’est drôle. Moi, j’demande que ça. » lui répond-il). Dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, quand Linde est prise de remords de coucher avec Anamika, une jeune femme de vingt ans de moins qu’elle (elle a l’impression de la violer, exactement comme les agresseurs masculins d’Anamika qui l’avaient violée dans un bus : « Je pense que nous devrions arrêter. Parce que tu es jeune et que je suis vieille. Parce qu’ils t’ont agressée, mais que je suis tout aussi coupable qu’eux. […] C’est à peine si tu as l’âge d’être consentante. C’est du détournement de mineur. », pp. 120-121), Anamika ne riposte pas, et s’étonne même des excuses de sa compagne : « Pourquoi tu dis ça ? »

 

On retrouve bien ce déni du viol génital dans le discours des protagonistes du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz. En effet, Simon, l’un des protagonistes homosexuels, se fait sodomiser par un inconnu dans un coin du Louvre : « Dans une odeur de pisse rance et de merde, sur des capotes souillées, il me fait l’amour. Égoïstement, avec gaucherie. C’est rapide, douloureux, brutal. Il hurle sa jouissance qui arrive, me mord l’oreille, jouit, se retire et le temps que je me retourne, que je lui offre un regard plein de reconnaissance pour sa bite en moi, il dit ‘Je dois aller bosser, je suis en retard’. » (p. 15) Il se justifie d’éprouver du plaisir dans l’acte homosexuel, et spécialement la sodomie, même si ses propos restent très ambivalents : « C’est bon et douloureux à la fois. » (idem, p. 27) ; « (Ça me blesse un peu) Mais c’est pas ça ! C’est pas choper quelqu’un et le baiser. Chuis pas un chien. C’est prendre ce que tu as de plus intime, tu vois, ton cul, et boum, tu le donnes, tu l’offres, comme le plus beau cadeau que tu puisses faire à quelqu’un. Ça fait mal de se faire enculer, même après des années de pratique. Ben c’est pas anodin d’aller chercher de la douleur chez quelqu’un. […] J’ai besoin d’un amour en forme de bite dure qui me rentre en dedans. […] C’est pas vain, parce que la douleur, je l’ai longtemps pour moi. C’est ça ma preuve qu’on m’a aimé, même cinq minutes, même dans le froid, même mal. Ma preuve d’amour c’est l’érection du mec et ma preuve que je suis en vie, c’est la douleur qu’il me laisse après. » (idem, p. 16) Quant à Mike, le narrateur de l’histoire, il cautionne également la violence de l’acte homosexuel, dans une nonchalance qui laisse pantois : « Je m’ennuie un peu, mais je joue le jeu de l’excitation. Ça dure longtemps. De lassitude, je finis par supplier à son oreille ‘Prends-moi, putain, défonces-moi, steplé.’ P. devient encore plus animal, presque violent, il déchire un peu la corolle de mon téton droit en le pinçant, me mord les oreilles, respire en crachotant dans mon visage, serre avec ses genoux mes deux jambes l’une contre l’autre tout en donnant des coups rageurs de bite entre mes cuisses. Je sens ruisseler cette petite vague de foutre qui se déverse tandis que P. est pris de spasmes. Il gesticule encore quelques secondes au dessus de moi, puis s’arrête et s’abandonne de tout son poids sur moi, comme un corps mort. » (Mike, idem, p. 44) ; « Quand c’est fini je lui caresse les cheveux. Il transpire, son front est humide. Il me dit ‘tu m’as fait mal’. Sa voix est étreinte par l’émotion. Je lui réponds : ‘C’est pas ce que tu voulais ? » (Mike à propos de son amant « R. » qu’il a pénétré, op. cit., p. 69) ; etc.

 

Film "Presque rien" de  Sébastien Lifshitz

Film « Presque rien » de
Sébastien Lifshitz


 
 

b) Pas plus doux entre femmes, faut pas croire ! :

Film "Lesbian Psycho" de Sharon Ferranti

Film « Lesbian Psycho » de Sharon Ferranti


 

Certaines héroïnes lesbiennes se targuent d’être « plus douces », « plus sentimentales », et « moins brutales » dans leur coït que leurs homologues masculins (« hétéros » comme gays). Mais à l’écran ou sur papier, on a des surprises ! Leur lecture angéliste, sexiste, et misandre, de la sexualité lesbienne rentre très souvent en porte-à-faux avec ce qui nous est montré (par elles ! c’est ça le comble) sur nos écrans et dans les discours : je vous renvoie à des œuvres telles que le film « Shoot Me Angel » (1995) d’Amal Bedjaoui (où la gendarmette et sa voleuse font l’amour ensemble), le roman Deux Dames sérieuses (1943) de Jane Bowles, le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, le film « Looking For » (2006) de Michelle Pollino, le film « The Return Of Post Apocalyptic Cowgirls » (2010) de Maria Betty, le film « Tan De Repente » (2003) de Diego Lerman, le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose-Marie, le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, le film « Agathe et Lou » (2013) de Noémie Fy, le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (avec l’écolière agressée par sa camarade sous la douche), etc.

 

Par exemple, dans la nouvelle « Une Langouste pour deux » (1978) de Copi, un parallèle direct est fait entre la scène d’amour lesbien qui unit Marina et Françoise, et la séance de torture entre les deux enfants François et Ludovic : « François lui enfonça le manche de la pelle dans l’anus de Ludovic et se mit à sauter sur lui ; cependant, François serrait très fort la main de Marina. » (p. 83) Dans le one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa raconte ses étreintes torrides avec Tatiana (« enlacées comme deux petits bagarreuses ») qui prennent l’allure d’un rapt : « Elle me bâillonnait la bouche. » Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, on ne compte pas moins de quatre scènes et demi de pur sexe, dont certaines sont tellement interminables et poussées que même les deux actrices se sont en tournage considérées traitées comme des « prostituées » par le réalisateurs.

 

Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, quand Polly, la meilleure amie lesbienne de Simon, lui apprend comment s’est fait sauter dessus par sa « folle » de copine Anna (« J’ai poussé la fenêtre qui donnait sur sa chambre, plongée dans le noir, et dès que j’ai posé le deuxième pied à l’intérieur, elle a surgi de l’ombre et d’un coup, elle a posé sa main sur ma bouche, m’a plaqué face contre le mur. D’une seule main, elle a ouvert mon slim, et elle a glissé des doigts qu’elle avait mouillés préalablement dans sa bouche. Au début, j’avais mal, mais elle a continué en m’insultant. Si je gémissais, elle me mettait des baffes […] elle m’a attaché les poignets, bâillonné la bouche et elle m’a godée à fond, et juste avant que je jouisse une deuxième fois, elle a arrêté. Elle m’a libérée, elle m’a mise à genoux devant elle et elle m’a obligée à la lécher, à la faire jouir. Après, elle m’a laissé en plan, elle a dit ‘maintenant, je suis crevée, on dort’. », pp. 33-34), Simon s’insurge à sa place, en dénonçant la violence de leur coït : « Je trouve ça glauque. Pas l’homosexualité féminine, mais entendre quelqu’un raconter qu’il s’est fait violer et devoir trouver ça normal, ça me saoule. » (p. 34) Mais Polly a l’air de trouver que le viol est normal, car il serait compris dans la fougue passionnelle de la copulation lesbienne : « Je suppose qu’elle pense que le sexe lesbien est forcément violent. » (Mike, le narrateur, idem, p. 47) ; « Dans le sexe, c’est surtout Claude qui parle, qui dit ‘Maintenant je suis un mec, je viens de te voir passer devant moi dans la rue, je te chope dans un coin sombre et je te baise comme la belle salope que tu es…’ Polly aime bien être passive, ça l’arrange que Claude veuille toujours être dominante. » (cf. la description du couple lesbien Polly/Claude dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 74) ; etc.

 

La violence du coït homosexuel ne se situe pas forcément dans une brutalité objective mais plutôt dans la fuite de la Réalité et de la différence des sexes. C’est pourquoi elle se retrouve aussi, et de manière d’autant plus surprenante, dans les coïts fictionnels lesbiens. Au départ, le personnage homosexuel féminin ne mesure pas le danger qui se profile, bien au contraire : « Mathilde me domine de son mètre soixante. La victoire se lit dans ses yeux, une victoire sans défaite, sans bataille, sans adversaire. Voilà ce que le sexe a de fabuleux : rendre loisible à chacun, quelle que soit sa position, de savourer son triomphe hors d’une quelconque rivalité avec l’autre. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 62) Une fois la juste et nécessaire violence/réalité de tout coït humain évacuée, le clone travesti de cette dernière s’infiltre, mais cette fois de manière plus voilée, plus pernicieuse, plus inattendue, plus grégaire : « Dès la porte de sa maison franchie, nous nous étions ruées l’une sur l’autre et avions fait l’amour telles deux furies. Notre voracité avait de quoi surprendre. » (idem, pp. 8-9) ; « Je comprends le sens du verbe baiser. Je vais la prendre, la niquer, la mettre… Pas dans l’immédiat mais c’est exactement ce qui va se passer. Un instant, je suis marrie de ce constat : il choque mes principes ; il s’oppose à l’idée que je me fais de l’amour. Mathilde n’est pas un objet ; je ne peux me résoudre à adopter un comportement et des pensées à l’allure si misogyne. » (idem, p. 21) ; « Je veux qu’elle me prenne, presque qu’elle me fasse mal. » (idem, p. 23) Le viol passe inaperçu car il est scellé par le consentement mutuel entre les deux femmes (sachant qu’en réalité, le consentement n’a jamais été un gage de véritable liberté ni de respect en amour) : « Je me souviens simplement de mes gestes, de l’avoir poussée vers son lit, et, allant droit au but, d’avoir constaté que son désir était aussi violent que le mien. » (Suzanne à propos d’Héloïse, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 306)

 
 

c) Lors de l’accouplement homo, l’un des deux amants tente d’étouffer ou d’étrangler son compagnon :

Film "L'Inconnu du Nord-Express" d'Alfred Hitchcock

Film « L’Inconnu du Nord-Express » d’Alfred Hitchcock


 

Comme pour illustrer que le problème majeur du couple homosexuel est celui du rejet de la différence des sexes, et donc plus foncièrement celui du manque d’espace de chasteté qui permet une relation d’amour sereine et une assise solide dans le Réel, de nombreux romanciers, dramaturges, et réalisateurs homosexuels mettent en image des scènes d’« amour » homosexuel où les deux protagonistes s’empêchent de respirer, s’étripent, se tenaillent la gorge, se tordent littéralement le cou !

 

Film "Drôle de Félix" d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Film « Drôle de Félix » d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau


 

Je vous renvoie aux meurtres des amants homosexuels par strangulation dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky (avec la scène finale où Mona tente de noyer sa copine Tamsin), le roman Un Anneau d’argent à l’oreille (1982) de Tony Duvert (avec le Professeur Brisset, retrouvé étranglé dans son hôtel particulier de Neuilly), le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau (qui s’achève par le crime sur la couche : Henri étrangle Jean puis se met à pleurer sur son cadavre nu), le film « Good Boys » (2006) de Yair Hochner (avec les coup de ciseaux et l’étouffement par oreiller entre amants), le film « L’Étrangleur de Boston » (1968) de Richard Fleischer, le film « Contradictions » (2002) de Cyril Rota, le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, le film « Rope » (« La Corde », 1948) d’Alfred Hitchcock, le film « Dial M. For Murder » (« Le Crime était presque parfait », 1954) d’Alfred Hitchcock, le film « Casualty » (1999) d’Andy Abrahams Wilson, le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron (quand à la fin Paulo tente d’étouffer son copain avec un oreiller), le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, la pièce Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien, la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi (où Madame Lucienne a été étranglée d’une seule main), le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee (où Wilma, le flic travelo, aurait tué son amant par strangulation), les film « New Wave » (2008) et « Notre Paradis » (2010) de Gaël Morel, la pièce Ma double vie (2009) de Stéphane Mitchell (dans laquelle Tania, l’héroïne lesbienne, est soupçonnée d’avoir cherché à étrangler Léa au judo), le film « Cost Of Love » (2010) de Carl Medland, le film « L’Étrangleur » (1970) de Paul Vecchiali, le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (Lorelei essaie de tuer sa copine Stella par strangulation), le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent (avec Charlène qui finit par étouffer son amante Sarah avec un coussin), le vidéo-clip de la chanson « Ça fait mal et ça fait rien » de Zazie, etc.

 

« Aïe ! Aïe ! Aïe ! Vous m’étranglez ! » (le personnage de Pédé se faisant enculer par le travesti Fifi, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Plus j’aime quelqu’un, plus j’ai envie de le tuer. […] Moi, c’est parce que je t’aime que je veux te tuer. […] Je pourrais t’étrangler. » (Cherry à son amante Ada, dans la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) ; « Adam introduisant son membre urino-reproducteur dans le derrière d’un canard tandis qu’il l’étranglait. » (Copi, La Cité des Rats (1979), p. 88) ; « Cinq autres [hommes] s’emparèrent de l’albatros pour lui enfoncer une bouteille de bière dans l’anus tout en l’étranglant. » (idem, p. 139) ; « Tu m’as étranglée. » (Joséphine à sa sœur Fougère, dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Au moment de jouir, j’exulte et je l’égorge. » (le vampire Prétorius, racontant une de ses aventures sexuelles avec un homme, dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander)

 

Quand Querelle étouffe son amant arménien dans Querelle de Brest (1947) de Jean Genet, il lui vient à l’esprit que le visage de l’homme étranglé ressemble au sien quand il éjacule. Dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, Veronika « viole » (pour ainsi dire, car l’acte ressemble à un cauchemar) Nina, et l’étouffe avec un coussin. Dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, pendant que Luc et Jean font l’amour sous la douche, le premier essaie de noyer le second. Dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, tandis que Dorian embrasse le peintre Basile, il l’étrangle jusqu’à le faire mourir. Dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco, Arnold, l’un des héros homosexuels, tente d’étrangler son meilleur ami (lui aussi homo) Georges. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, Gatal, le jeune héros homosexuel, a opté pour « la strangulation en comité restreint » afin d’asphyxier et de punir son fiancé de l’avoir trompé avec un autre homme dans un hôtel. Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Vincent et Stéphane, les deux ex-amants, s’avouent qu’ils ont maintes fois rêvé de s’assassiner l’un l’autre… et notamment par strangulation : « Mourir par ta main, ça aurait été romanesque. » (Stéphane) Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Juna étouffe ses amies (Suki et Kanojo) à distance, pendant un combat de magie, en enserrant leur cou. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, est presque étranglé à mort par Dick, l’homme qu’il aime, sur un bateau. Plus tard, à la fin du film, il étouffe son amant Peter avec un coussin (« Tu m’étouffes… »), en se confondant en excuse pendant son forfait : « Pardon… pardon… »

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin et Bryan, les deux amants, se chahutent et se battent. Au départ, Bryan fait semblant d’étrangler son copain, mais le geste devient sérieux, au point que Kévin le supplie d’arrêter : « Qu’est-ce que tu fais ? Arrête ! » (p. 163) Apparemment, la strangulation semble une pratique sexuelle courante du couple, vu qu’un peu plus tard, Bryan propose à nouveau à Kévin de lui « faire sa fête » en le faisant manquer d’air : « Quand tu rentres, d’abord je t’embrasse, parce que tu me manques de trop et que j’en meurs d’envie, ensuite je t’étrangle. » (idem, p. 220)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La violence du coït homosexuel masculin :

La violence dans la pratique homosexuelle et dans les couples de même sexe n’est malheureusement pas qu’un mythe (je vous renvoie à ce lien ainsi qu’à celui-ci.). Depuis toujours dans l’histoire des civilisations humaines, l’accouplement génital homosexuel est associé à un viol. Dans la Bible, par exemple, les actes homosexuels (sodomie, pédérastie, mais aussi sentiments actés) sont clairement définis par saint Paul comme une « abomination ». Le mot est certes fort, mais explicite. Nous pouvons penser par ailleurs aux représentations homosexuelles de David et Goliath marquées par le sadomasochisme, aux tableaux de Caravage (XVIe siècle) représentant le sacrifice d’Isaac par Abraham comme un viol, à Ganymède enlevé par un aigle noir sur ordre de Zeus (dans la mythologie grecque).

 

Film "La Baie sanglante" de Mario Bava

Film « La Baie sanglante » de Mario Bava


 

Plus proches de nous sont les témoignages des personnes homosexuelles elles-mêmes. Loin de contredire ce qu’ont deviné nos ancêtres, elles avouent également vivre un viol au moment de leurs ébats sexuels (avec ou sans pénétration anale, peu importe : l’essentiel n’est pas dans les rôles d’« actif/passif ») : « Pour lui, l’acte sexuel ressemble toujours à un viol. » (Jean-Paul Sartre parlant de Jean Genet, dans la biographie Saint Genet (1952), p. 127) ; « Lorsque je fais l’amour avec lui, je ne fais que reproduire un rite cannibale qui consiste à m’emparer de sa jeunesse […]. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 137) ; « J’ose t’aimer par effraction. » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), p. 75) ; « Je sais bien que T. m’a trahi. […] Je suspends la pierre juste au-dessus de la tête de T., qui dort sur le ventre, et enfin je la lâche, j’entends un fracassement, je suis douché d’un liquide chaud et collant, son sang, ses particules cervicales. […] Je vais me recoucher et j’enlace le corps humide qui m’a trahi, je me serre contre lui, je ne le retourne pas, je me fraye lentement un passage entre ses fesses. » (Hervé Guibert, Le Mausolée des amants (2001), p. 39) ; « Chouaïb était maintenant nu, entièrement nu. […] C’est à ce moment-là que j’ai réalisé ce qui allait physiquement m’arriver, se produire en moi. Exploser en moi. Pour la première fois. J’ai fermé mes fesses. J’ai fermé mes yeux. Avec force. […] Il a alors attrapé ma tête, m’a tiré les cheveux et a dit, autoritaire, vulgaire : ‘ouvre tes fesses, j’ai dit… Ouvre-les ou bien je te viole… Je le jure que je vais te violer, petite Leïla… […] Je m’étais transformé en petit tigre enragé. Il aimait ça. La bagarre. Les défis. Les offensives. Il était de plus en plus excité. Moi aussi. En colère et excité. On se donnait des coups, pour de vrai, pour de faux. Il m’insultait. Zamel. Salope. Petite Leïla. Je le mordais, au bras, aux cuisses. On se poussait. » (Abdellah Taïa décrivant le coït avec son cousin Chouaïb dont il est amoureux, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), pp. 22-23) ; « Je l’ai fait. Je savais ce que je faisais. J’ai fait avec ce garçon ce que je n’ai jamais fait avec toi. Des gestes nouveaux. Des pratiques nouvelles. Du danger. Une grande violence. Le noir autrement qu’avec toi. » (Abdellah Taïa s’adressant à son amant Slimane et lui racontant une infidélité, idem, p. 122) ; « Je flairais un brin d’allégresse, lorsque la sensation de ses doigts pour me pousser à danser contre lui pénétrait sur ma chair, créant une vive douleur. Cependant, je désirais cette souffrance pour reprendre conscience de mon corps, comme emporté loin de moi par la vague de plaisir. […] Ruisselant de sueur, il me mordillait les fesses en cherchant à introduire d’une manière décidée, son majeur dans mon orifice anal. La douleur me pinçait. En dépit du retrait que désirait ma conscience, mon corps finit sa course, prisonnier comme ces vers de terre au bout d’un hameçon. […] À peine fut-il sur moi, que je versais des larmes de désolation. L’instant de sodomie, rigoureusement chargé, vit tout mon être disparaître dans les profondeurs du mal pour ne devenir qu’une empreinte. Les filles pensais-je alors, subissent-elles le même sort ? J’avais terriblement mal et je hurlais que jamais plus je ne résisterais, mais qu’il fallait que cela cesse. Torture terrifiante qui m’incendiait de partout, son sexe sans pitié qui me ravageait par des tamponnements secs et violents. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), pp. 66-68) ; « En observant Bruno pénétrer Fabien, la jalousie m’a envahi. Je rêvais de tuer Fabien et mon cousin Stéphane afin d’avoir le corps de Bruno pour moi seul, ses bras puissants, ses jambes aux muscles saillants. Même Bruno, je le rêvais mort pour qu’il ne puisse plus m’échapper, jamais, que son corps m’appartienne pour toujours. » (Eddy Bellegueule simulant des films pornos avec ses cousins dans un hangar, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 154) ; « On s’est quand même furieusement envoyés en l’air. » (Bertrand parlant de ses coïts avec Pierre, dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, les coïts filmés lors du concert SM – et qui n’ont pas été du tout scénarisés ni joués par des acteurs (comme l’avoue très simplement le réalisateur lui-même) – sont en réalité de véritables scènes de torture. Dans le documentaire « Zucht Und Ordnung » (« Law And Order », 2012) de Jan Soldat, les deux « vieux amants » se torturent l’un l’autre et montrent tout fiers à la caméra leurs instruments de torture sexuelle (raquettes électrisées pour se fouetter le cul, colliers piquants, menottes, etc.). La Fistinière bis ! Je vous renvoie à la violence « conjugale » observée dans les « couples » homos (cf. http://m.slate.fr/story/65941/violence-conjugale-couples-homosexuels)… qui n’ont évidemment le monopole de la brutalité dans les coïts (mais force est de constater que l’éjection de la différence des sexes est un facteur aggravant de violence !).

 

Film "L'Homme blessé" de Patrice Chéreau

Film « L’Homme blessé » de Patrice Chéreau


 

Comment expliquer cette violence plus accrue dans le coït homosexuel ? Je crois qu’elle vient de la frustration engendrée par l’ennui, par la fadeur d’une uniformité amoureuse sans relief (narcissique, on peut le dire) et peu tournée vers les altérités fondamentales de l’Humanité, par la stérilité du trop-plein de ressemblances, par le désir sécuritaire et peu nourrissant de se rassurer en se centrant sur soi et sur ses jumeaux sexués.

 

En outre, l’acte génital humain est le lieu de découverte de nos plus belles beautés mais aussi de révélation de nos plus profondes blessures, limites, fragilités. Et comme le désir homosexuel, contrairement à la coupure fondatrice et relationnelle qu’est la différence des sexes (une saine et nécessaire blessure, une faille pouvant être porteuse de vie), est une blessure où la différence et la vie ont du mal à se nicher (même si en intentions il aspirerait à avoir les mêmes vertus que la différence des sexes), une blessure qui a pu provenir d’un viol et qui en tout cas en fait souhaiter un, il fait naître des sentiments paradoxaux et contradictoires au cœur de tout individu qui le ressent. « J’ai demandé au ciel de me dire pourquoi je suis là ? Qui j’étais ? Et quelques jours plus tard, on dit que le hasard n’existe pas, je regardais la télé le soir en zappant les chaînes, je vois un film érotique chouette et je vois un homme de dos, et l’autre personne je la voyais pas et après je me rends compte que ce sont deux homosexuels. Je n’avais jamais vu d’homosexuel en chair et en os et de les voir en plus en plein acte de violence. J’ai eu comme un coup de poignard, une monté de colère, un viol de mon être, une déchirure, je savais ce que c’était des pédés mais le voir physiquement a été comme un choc, comme une balle en pleine tête et à partir de ce moment-là ma vie est devenue un enfer, car je suis quelqu’un de craintif, et le moindre problème qui surgit faut que je tente de le résoudre sinon je peux paniquer très vite et là je me remémore ces images sans cesse. À m’en faire gerber et presser ma tête et ma poitrine continuellement comme dans un étau. Je me suis dit : ‘T’es un homme et eux aussi donc tu peux faire cet acte aussi’ et que je ne pouvais imaginer qu’un homme puisse descendre aussi bas dans l’instinct animal malsain. » (cf. le mail d’un ami, Pierre-Adrien, 30 ans, juin 2014) Et c’est le fait de reconnaître en son amant un désir de viol (jumeau du sien !) qui, bien souvent réveille l’homophobie, la violence, j’en suis de plus en plus convaincu (cf. je vous renvoie au code « Homosexuel homophobe », l’un des plus importants de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « Chaque étreinte, chez les pédérastes, peut se terminer par la mort, par le crime purificateur ; un jour ou l’autre, la raison s’éveille – pour un instant – et le plus fort tue le plus faible, après avoir assouvi son désir ; il le tue d’autant plus facilement que la nausée, le dégoût montent toujours à nos lèvres d’êtres sans amour tout de suite après l’acte, comme une marée de remords. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 98) C’est la pratique de l’acte homosexuel qui crée conjointement l’homosexualité et l’homophobie, dans un même mouvement : « Tout à coup, il se retrouva sur mon dos. J’essayai de l’en faire tomber. Il me fit une habile clé de bras pour pouvoir s’enfoncer un peu en moi. Je me cabrai de douleur, comme un cheval, nous éjectant tous deux du lit. Nous roulâmes le long du sol, en nous frappant. Puis, épuisés, nous nous séparâmes. Il jura ; s’habilla ; partit. C’était la première et dernière fois que je me faisais presque enculer. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 146)

 
 

b) Pas plus doux entre femmes, faut pas croire ! :

Film "Kaboom" de Gregg Araki

Film « Kaboom » de Gregg Araki


 

Certaines femmes lesbiennes se targuent d’être « plus douces », « plus sentimentales », et « moins brutales » dans leur coït que les hommes (« hétéros » comme gays). Je nuancerai beaucoup le tableau ! Leur lecture angéliste, sexiste, et misandre, de la sexualité lesbienne (mais pas si farfelue à bien des égards : c’est vrai que les hommes ont, en général, une sexualité plus compulsives que les femmes) rentre très souvent en porte-à-faux avec ce qu’elles font dans le secret de l’alcôve : je vous renvoie aux clubs de sadomasochisme lesbien (à Paris, il existe même une association spéciale pour ça : les Maudites Femelles), et au phénomène accru – et si mal connu – de la violence conjugale entre femmes lesbiennes. De toute façon, il suffit d’écouter et de prêter l’oreille quand nos chères, douces, tendres, et poétiques amies lesbiennes parlent de « sexe entre filles » pour comprendre toute la part de violence, de « déchargement » pulsionnel (et de vengeance d’elles-mêmes, après tout) qui se vit dans leurs coïts.

 

Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, on assiste à au moins 4 scènes de pur cul, d’une indécence et d’une brutalité qui tentent de se faire passer in extremis pour « non-pornographiques » et « aimantes ». Mais en coulisses, les deux actrices (qui jouaient le rôle d’Adèle et d’Emma) ont avoué qu’elles avaient été traitées comme des « prostituées » par le réalisateur qui les a poussées à bout, notamment pour prouver coûte que coûte que deux femmes peuvent jouir au lit sans la présence d’un homme ou d’un pénis. À l’écran, on les voit d’ailleurs pousser des hurlements orgasmiques qui ne semblent ni beaux ni libres (par moment, le spectateur se sent mal à l’aise de les voir se mordre ou se donner des fessées, à l’apogée de leur « orgasme »…).

 
 

c) Lors de l’accouplement homo, l’un des deux amants tente d’étouffer ou d’étrangler son compagnon :

Comme pour illustrer que le problème majeur du couple homosexuel est celui du rejet de la différence des sexes, et donc plus foncièrement celui du manque d’espace de chasteté qui permet une relation d’amour sereine et une assise solide dans le Réel, on découvre qu’un certain nombre de personnes homosexuelles s’entretuent par étouffement et strangulation : cf. le Masque-empreinte de Jean Cocteau avec une main lui enserrant le cou (1930) exposé à la Cinémathèque de Bercy à Paris. Ne me regardez pas avec des yeux ronds : c’est véridique. « La strangulation est un mode d’assassinat qui a été souvent employé sur des pédérastes. » (Daniel Borillo et Dominique Colas, L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005), pp. 272-284)

 

Film "L'Homme blessé" de Patrice Chéreau

Film « L’Homme blessé » de Patrice Chéreau


 

La liste de faits divers dans lequel sexe/homosexualité non-assumée/strangulation sont liés est longue et très incomplète, mais déjà, elle peut nous donner une idée de l’ampleur du phénomène. Par exemple, en Allemagne, le serial killer Fritz Haarmann a défrayé la chronique car il a tué au minimum 24 hommes de tous âges entre 1918 et 1924, en les étouffant et en les découpant ensuite : « Au moment de l’étreinte sexuelle, Haarmann, à la façon de ces passionnées qui mordent leur amant à l’épaule, étouffait dans ses mâchoires, en les serrant à la gorge, les adolescents qu’il tenait sans défense et immobilisé sous le poids de son corps. » (cf. un extrait des rapports de police sur les crimes du « boucher de Hanovre », cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 224) Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, on voit Pierre Bergé essayer d’étrangler Jacques de Bachère, l’amant occasionnel de Yves Saint-Laurent. En 1983, le tueur en série homosexuel Dennis Nilsen, surnommé « l’Étrangleur à la cravate » tue ses victimes masculines (15 en tout) par strangulation. Le 11 décembre 1986, l’écrivain français Alain Pacadis, qui avait tenté de se suicider en 1982, meurt étranglé par son compagnon, âgé de 20 ans, qui voulait, dira-t-il à la police, le « délivrer de son désespoir ». Aux États-Unis, Jeffrey Dahmer (« le monstre de Milvaukee »), cannibale et nécrophile, homosexuel de surcroît, a tué entre 1978 et 1991 dix-sept jeunes hommes : il veut à chaque fois faire l’amour avec des hommes inanimés et morts, qu’ils aimaient asphyxier. Le 23 décembre 2002, dans les Hauts de Seine, Philippe Digard (26 ans) étouffe et tue Ilia, un jeune prostitué homosexuel. En 2001 à Houston aux États-Unis, Richard Masterson a tué par strangulation le travesti Darin Honeycut : selon lui, Darin lui avait demandé de lui serrer le cou pour lui causer une asphyxie érotique, une pratique consistant à priver d’oxygène le cerveau d’un partenaire pour décupler son orgasme. En septembre 2003, à Lausanne, le jeune Russe Salomon (34 ans) étrangle son amant de 63 ans au terme d’une soirée arrosée (le prévenu prétend avoir réagi de manière violente et impulsive, sous le coup d’un dégoût irrépressible qu’il fait remonter à une tentative de viol subie de la part d’un homme, lorsqu’il avait 10 ans). Le soir du 2 novembre 2008, à Saint-Aygulf, le Tunisien Ramzi Berrejeb (28 ans) étrangle un retraité avec qui il a eu une relation homosexuelle non-assumée. Le 15 février 2010, le prince saoudien homosexuel Saud Bin Abdulariz Bin Nasir al Saud (34 ans) a été reconnu coupable du meurtre du serviteur (32 ans) qui partageait sa chambre, et son lit, dans un luxueux hôtel londonien (ce dernier a été retrouvé étranglé, le corps couvert de bleus et de morsures au visage). En juillet 2012, Maurice Mjomba (29 ans et homo), un activiste engagé pour les droits des LGBT de Tanzanie, est retrouvé mort étranglé chez lui. En juin 2011, le Nîmois Laurent Julien, âgé de 30 ans, a été mortellement étranglé, juste après la feria. Le crime « homophobe » n’était en réalité qu’une séance « amoureuse » homosexuelle qui avait mal tournée… Au Texas (États-Unis), le 17 juillet 2015, Bryan Michael Canchola (20 ans) a tué son amant Stephen Sylvester (18 ans) en l’étranglant. What else ?

 
 

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Code n°35 – Collectionneur homo (sous-codes : Matérialiste / Consommateur gay)

collectionneur

Collectionneur homo

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Collection de lunettes de soleil d'Elton John

Collection de lunettes de soleil d’Elton John


 

Le désir homosexuel – tout comme le désir hétérosexuel – semble tendre fortement vers le matérialisme, l’« être objet » ou le « devenir icône vivante ». Ce n’est pas un hasard si le Pop Art, art machinique par définition, soit venu par les artistes homosexuels. Les responsables marketing l’ont bien compris. Les personnes homosexuelles sont en général les cibles privilégiées du libéralisme économique (cf. l’émission Zone interdite de Pascal Lebovici et d’Édouard Duchâtenet sur le marketing gay, sur la chaîne M6, 1998) : en règle générale, elles ont un pouvoir d’achat supérieur à la moyenne, dépensent plus pour leurs loisirs, voyagent davantage, sont des prescripteurs de mode. Beaucoup d’entre elles aiment le monde de la publicité et se sentent à leur aise dans les temples occidentaux que sont les supermarchés. Rares sont celles qui ne s’attachent pas à leurs petites affaires. C’est leur côté « soigneux » qui plaît à leurs stars (cf. la chanteuse Samantha Fox interviewée dans le documentaire « Sex’N’Pop, Part IV » (2004) de Christian Bettges) : elles sont souvent les fans idéaux, les collectionneurs par excellence, les antiquaires et conservateurs méticuleux, les maîtres de l’amour à revendre ou de la radinerie, les bonnes poires de la société de consommation élitiste, les constructeurs de maisons design inhabitables. On les connaît pour leur matérialisme, ou une autre version du matérialisme : l’anti-matérialisme affiché. Celui-ci se base sur un rejet précieux des impératifs de la mode, sur un pseudo « vœu de pauvreté ». Se cachent très souvent derrière les personnes bourgeoises-bohème d’aussi grands matérialistes que lesdits « bourgeois » ou les teen-agers à l’affût des derniers gadgets de la culture de masse, car ils désirent vivre eux aussi dans l’image. Voire vivre l’image, celle-ci devenant leur réalité.

 

La tendance à la collectionnite aiguë chez les personnes homosexuelles ne leur fera sans doute pas plaisir… car c’est se faire à soi-même l’aveu d’un esclavage et d’une immaturité. Le goût du kitsch ou du camp ne serviront pourtant pas longtemps d’écran de fumée à cette observation ! Nous allons voir dans ce chapitre quels sont les liens entre homosexualité et fétichisme, homosexualité et désir d’être objet, homosexualité et surconsommation sexuelle, homosexualité et idolâtrie, homosexualité et psychopathie monomaniaque et puérile. En effet, qui collectionne si ce ne sont les enfants ou les « vieux gars » qui ont peur de manquer, de perdre, d’abandonner ou de mourir ? Même s’il ne s’agit pas d’en faire une généralité, la collection dit un non-usage de ce qu’on aime, un conservatisme mortifère, une fermeture à la vie, une mise sous verre, un refus de grandir, une rigidité et un matérialisme poussiéreux. L’« effet musée » tant dénoncé à juste titre part le romancier Alejo Carpentier !

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Promotion ‘canapédé’ », « Poupées », « Ville », « Pygmalion », « Animaux empaillés », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Fan de feuilletons », « Télévore et Cinévore », « Peinture », « Haine de la beauté », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Musique comme instrument de torture », « Voleurs », « Bobo », « L’homosexuel = L’hétérosexuel », « Homosexuels psychorigides », à la partie « Antiquaires » du code « Fresques historiques » et à la partie « Enfant dans la galerie des ancêtres » du code « Ombre », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

Roman Le Collectionneur de Chrystine Brouillet

Roman Le Collectionneur de Chrystine Brouillet


 

Bien souvent dans les fictions traitant d’homosexualité, le personnage homosexuel est conservateur et collectionneur : cf. le film « The Collector » (2009) de Ryan Kipp, le dessin animé Les Simpsons (avec Waylon Smithers, homo et collectionneur), le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (avec les collections de Sébastien, le cousin homo), le roman Le Collectionneur (1995) de Chrystine Brouillet, l’album Bijoux et Babioles de la chanteuse Juliette, le film « Made In America » (1992) de Richard Benjamin, le film « Collateral » (2004) de Michael Mann (avec le personnage de Vincent), la pièce Les Indélébiles (2008) d’Igor Koumpan et Jeff Sirerol (avec le héros homosexuel fan de gadgets), le film « The Collection » (1978) de Michael Apted, le film « Violence et Passion » (1974) de Luchino Visconti, le film « Le Glaive et la Balance » (1962) d’André Cayatte (avec le personnage de Jean Ozenne), le film « La Maison de campagne » (1969) de Jean Girault (avec le personnage de Jacques Maury), le film « La Souris » (1997) de Gore Verbinski, le film « Misteria » (1993) de Lamberto Bava, le film « Augustin » (1994) d’Anne Fontaine, le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli (avec Théron et ses collections d’oiseaux), le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart (avec Arnold, le collectionneur de lapins), le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta (avec les collections de papillons sous verre), la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi (avec Louis du Corbeau, un richissime collectionneur d’art), le film « Die Jungfrauen Maschine » (« Virgin Machine », 1988) de Monique Treut (avec Susie et sa collection de godemichés), le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens (avec la collection de canards de la mère de Jeanfi, le steward homo), le one-woman-show Betty Speaks (2009) de Louise de Ville (avec Alex, l’héroïne lesbienne, et sa collection de baskets), le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie (avec Lili le Petit Chat), la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi (avec Solitaire voulant faire collection de momies et l’exposer dans sa galerie), le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee (avec le collectionneur de poupées), la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier (avec la Comtesse Conule de la Tronchade nous faisant visiter sa collection de bites dans son Musée des Bites), le film « Cancer mon amour » (2007) de François Zabaleta (traitant des collectionneurs d’art contemporain), la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes (avec Frank, le héros homo, et sa collection de photos érotiques), le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson (avec Zize, travesti M to F, et sa meilleure amie Annonciade, travestie aussi, avec leurs collections de bijoux, de beaux manteaux de vison, de quincailleries, de pierres précieuses, de lunettes), le film « The Stepford Wives » (« Et l’homme créa la femme », 2004) de Frank Oz (avec Roger, le héros homosexuel très sympa et très frivole, habillé à la dernière mode : vêtements Gucci, Dolce & Gabanna, Versace, etc.), le roman La Vie est un tango (1979) de Copi (le père d’Horacio Silberman est le directeur du Musée des Beaux-Arts de Buenos Aires), le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes (avec Mr Mosk, le conservateur du musée), le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet (avec Ruth, une des héroïnes lesbiennes, qui possède une grande collection de chapeaux), etc.

 

 

« Monsieur est collectionneur ! » (Mimil à son colocataire et futur amant homosexuel Jeff, dans la pièce Les Babas Cadres (2008) de Christian Dob) ; « J’suis un vrai collector dans ce domaine. » (Jarry en évoquant ses anecdotes de vie, dans son one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Vous n’avez pas de chance. Je conserve tout. » (Pierrette l’héroïne lesbienne du film « Huit femmes » (2002) de François Ozon) ; « Je passai les premiers jours à redisposer les meubles de mon appartement […], avec cette joie enfantine qui vous prend dès que vous vous trouvez devant de beaux et rares objets ressemblant à d’antiques jouets. Car tout ici était d’époque : chaises, fauteuils, canapés, buffets, armoires, la bibliothèque du salon… […] Entendre ces objets vivants, aux matières si nobles, bruire et crisser, m’emplissait de ravissement. » (le narrateur homosexuel du roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, pp. 15-16) ; « Je ne voulais pas me l’avouer, mais, tandis que mon regard se portait négligemment à travers la vitrine d’un magasin, sur un service de porcelaine, je commençais à entrevoir, à l’horizon, l’esquisse du bonheur. » (idem, p. 140) ; « Maria-José [le héros transsexuel M to F] était la seule héritière de Louis du Corbeau, propriétaire de la plus complète collection au monde d’art précolombien, sans compter les Rubens et les Géricaults qui tapissaient son château du Berry. Elle se demanda ce qu’elle allait faire de sa fortune. » (cf. la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 33) ; « Les objets comme des collections de sable, témoins de nos escales dans le monde amoureux. » (le Comédien dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) ; « Harold fait une collection de barbituriques qu’il prépare pour anticiper le long hiver qu’est la mort. » (Michael se moquant de son colocataire homo, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Tu le connais, le coup de la collection… » (Jerry travesti en Daphnée s’adressant à Joe travesti en Joséphine, dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder) ; « Je collectionne des trucs. Toutes ces choses qui ont appartenues à quelqu’un qui les avait perdues ou jetées. » (Nicholas, le héros homosexuel, présentant son cabanon-musée à son amant Phil, dans le film « Die Mitter der Welt », « Moi et mon monde » (2016) de Jakob M Erwa) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi, Damien, le héros homosexuel, possède une collection de 75 paires de chaussures qu’il ne met jamais. Dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, Laura, l’héroïne lesbienne, exerce le métier de conservatrice de musée. Dans le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Didier collectionne les serviettes de bain. Dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau, Jeanjean fait la collection des « mies de pain peint ». Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, un des personnages du quatuor homosexuel, qui a des collections de vaisselle, de tapis, passe aux aveux : « Je possède beaucoup. » Dans le roman Du côté de chez Swann (1913) de Marcel Proust, il est dit de Swann qu’« il entassait ses collections » (p. 24). Dans la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne, France la bourgeoise lesbienne collectionne des « Prousteries » Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Georges, le héros homo, possède dans son appartement des statuettes, des tableaux de maîtres. Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Julien, le héros bisexuel, collectionne autant les tableaux de peinture que les conquêtes : « Je collectionne aussi les nanas. » Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, se rend dans « son club de collectionneurs de pipes » avec son ami Carter.

 

Cette « collectionnite » homosexuelle peut s’expliquer par une éducation (incestuelle/incestueuse) ou une enfance tournée vers les collections, l’opulence et le matériel. « Ma sœur me reproche d’être trop gâtée. Mais elle n’arrête pas de m’offrir des cadeaux. » (Kanojo, l’une des héroïnes lesbiennes de la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) Par exemple, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, la mère d’Hubert, le héros homosexuel, collectionne des papillons. « J’ai tout. Tu me demandes n’importe quoi. Je l’ai ! […] Alors c’était ça, la vie ? Des cadeaux à ras bord ? » (Didier Bénureau dans son one-man-show Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « J’essayais de ne pas exagérer dans mes dépenses, mais mes goûts pour tout ce qui est culturel – le cinéma, les livres, le théâtre, les disques – finissaient par coûter cher à ma mère qui tenait les cordons de la bourse comme une grande ourse veille sur ses petits. » (le narrateur homosexuel parlant de sa mère qui ne sait plus où entreposer les collections de son fils, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 28) ; etc.

 

Film "Fashion Victims" d'Ingo Rasper

Film « Fashion Victims » d’Ingo Rasper


 

Les héros homosexuels sont présentés comme des individus matérialistes, peu détachés du matériel et de l’image : « Vous serez les témoins du profond attachement que j’ai professé de mon vivant aux objets quotidiens ! » (« L. », le héros travesti M to F, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Tu aimais les jouets et autres gadgets. » (Cécile parlant à son amante Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 48) ; « J’suis un agent de consommation. Quand j’ai l’argent, je consomme à fond. Je m’endette, je m’achète tout ce qui me passe par la tête. Je me jette comme une bête sur le dernier gadget. Je vis mon p’tit train-train de citoyen moyen. » (cf. la chanson « L’Enfant de la pollution » de Ziggy, le héros homosexuel de l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; « Je prends mon petit vanity de… 23 kg. » (le narrateur homosexuel racontant son voyage vers New York, dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair) ; « Mes adieux au pavillon furent difficiles. J’ai un grand sens de la propriété et j’avais l’impression que tout, le lit, la télé, la salle de bains, avait fini par m’appartenir. » (Jean-Marc, le narrateur homosexuel du roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 307) ; « Tu t’démerdes plutôt bien, le glam, le décor, le goût de l’image et du confort. » (cf. la chanson « La Vie continuera » d’Étienne Daho) ; « Nos p’tites sorties, nos p’tits restos, j’en ai marre ! » (Manu s’adressant à son amant Philippe dans le film « Comme les autres » (2008) de Vincent Garenq) ; « Elle doit me prendre pour un antiquaire, elle me dit que les seules folles qu’elle a comme clientes sont plus ou moins brocanteuses Porte-Clignancourt. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 87) ; « Je me replongeai satisfait et crâneur dans le flot majestueux des gais consommateurs. » (le narrateur homosexuel décrivant un magasin assailli par une clientèle gay, dans la nouvelle « Kleptophile » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 79) ; « Ils [les homos] font des tas d’emplettes aux Galeries Lafayette. » (cf. une réplique de la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; etc. Par exemple, dans la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron, Claude dit de sa compagne Margot qu’« elle n’a jamais pu se priver du superflu ». Dans le film « The Adventures Of Iron Pussy » (2003) d’Apichatpong Weerasethakul, le protagoniste homo fonde sa vie sur les vêtements. Dans le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque, les « Maraisiennes » sont présentées comme d’insupportables consommateurs de sacs, de magasins, de Smart-phone. Dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton, François et son copain Claude vont toujours faire du shopping (ce qui rase passablement le second…). Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, « les homos font des tas d’emplettes aux Galeries Lafayette ». Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, les trois potes gays Nicolas, Rudolf et Gabriel ont vraiment du mal à quitter leurs petites habitudes de citadins parisiens, et ont du mal à s’adapter à leur nouveau train de vie montagnard en Autriche. Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Vincent, le jeune héros homo de 30 ans, est présenté comme un gars inculte, oisif, peu travailleur (il est d’ailleurs au chômage), ne lisant pas (alors qu’il sort pourtant avec un célèbre romancier, pour la gloire et le matériel). Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Franck reproche à son beau-frère Nicolas (secrètement homosexuel) d’être « surtout occupé à dépenser son fric ». Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel s’ennuie à la campagne, sans portable et sans réseau sur son téléphone. Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca est un amoureux des fringues et des objets. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, François, l’un des héros homos, est hyper dépensier… surtout avec la carte bleue de son copain, Thomas.

 

Film "Xenia" de Panos H. Koutras

Film « Xenia » de Panos H. Koutras


 

On retrouve le collectionneur fétichiste homosexuel vivant dans un intérieur design très fourni (ou carrément épuré façon « déco acajou asiat’ ») dans les films « Urbania » (2004) de Jon Shear, « Le Cas d’O » (2003) d’Olivier Ciappa, « Gelée précoce » (1999) de Pierre Pinaud, « Le Bon Coup » (2005) d’Arnault Labaronne, « Madame Édouard » (2004) de Nadine Monfils, le film « The Bridge » (2005) de George Barbakadze (où ça transpire l’ennui dans l’appartement de Niko et Luka), la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H. (où le couple homo Matthieu/Jonathan, vivant dans un très bel appartement, va finir par s’y enterrer vivant), le film « Rue des roses » (2012) de Patrick Fabre (Medhi et son amant Axel vivant dans un superbe Loft bobo), le film « Bug Chaser » (2012) de Ian Wolfley (avec le copain homo black possédant un super appart’), la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder (avec l’appartement-musée de Léopold), le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou (avec la belle maison bobo de Richard et Kai, décorée aux bons soins de Kai), etc. « Cet appartement semble sortir d’un magazine de décoration. L’endroit lui évoquait une galerie d’art moderne, vaste et impersonnel. » (Jane parlant de l’appart qu’elle partage avec sa compagne Petra, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 21)

 

Parfois, l’attachement homosexuel aux objets se décline hypocritement et chroniquement en mise en scène « bobo » de rejet du matérialisme, en destruction iconoclaste (trop violente pour traduire une libération du matériel) : « Simon raconte avec pudeur que le matin même, il est allé dans l’appartement de Gilberto détruire chacune de ses affaires. Il a déchiré les chemises de Gilberto, consciencieusement, les unes après les autres, il a brisé le joli cendrier chiné ensemble contre la table du salon (Gilberto ne fume pas). Il a aussi déchiqueté les billets d’avion des vacances qu’ils avaient passés ensemble en Hollande, et tout un tas de papiers officiels. Simon dit ‘J’ai déchiqueté ces billets parce que c’est une manière de lui dire qu’il ne peut rien garder, même pas le souvenir heureux de ce voyage.’ Il a jeté par terre dans la salle de bain toutes les affaires de toilettes de Gilberto qui se sont cassées, parfum, rasoir, eau de toilette, etc., et sur le bureau, il a shooté son Mac, allant jusqu’à enfoncer complètement son pied dans l’écran. Il a écrasé des clopes sur le tapis en prenant soin de bien le cramer. Il a fermé les rideaux, parce que le soleil qui éclaboussait l’appartement le minait. Il est allé chercher un rasoir, et il a lacéré les rideaux. Il a fait le tour de l’appartement, et a trouvé à tout ce bazar quelque chose de touchant. Comme si sa rupture était enfin matérialisée par tous les morceaux éclatés de la vie de Gilberto, la leur depuis quelques mois. Il est allé chercher sa caméra chez lui. De retour dans l’appartement de Gilberto, il a filmé en laissant la caméra caresser ce champ de bataille de sa colère, en racontant (voix off) tout ce qu’il avait brisé. Il a terminé en filmant la boîte aux lettres dans laquelle il a laissé sa clef et y a donné un énorme coup de poing qui l’a complètement déformé. ‘Voilà. J’ai monté le film toute la journée, je l’ai appelé a-mor(t). Et c’est tout.’ » (Simon, par vengeance, détruit l’appartement de son « ex » Gilberto, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 109-110) ; « Les survivantes [les folles] en peignoir bleu ciel et capeline sanglotent sur le trottoir pour leurs affaires perdues. » (la voix narrative racontant l’incendie-attentat dans une boîte gay parisienne, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 133) ; « Il serait pas un petit peu gay, ton mec ? ll a un chat, il kiffe les vieilles, il aime bien le shopping. » (Sonia s’adressant à sa pote Joëlle par rapport à Philippe le mari de celle-ci, dans le film « L’Embarras du choix » (2016) d’Éric Lavaine) ; etc.

 

Le plus pathétique dans la vie cloisonnée et « plan-plan » des personnages homosexuels collectionneurs, c’est qu’ils n’emmagasinent pas que les objets. Ils entassent aussi les êtres humains, les amants. Dans leur tableau de chasse s’étalent des collections de partenaires sexuels. « Je me suis tapé quelques-uns des types les plus canons de la planète. Je t’ajouterais bien à ma collection. » (Rick, l’un des personnages homos, s’adressant à Sébastien, dans le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, p. 119) ; « Il y a de nombreuses choses qu’un homme peut se permettre de collectionner : des porcelaines et des verres anciens, des tableaux, des montres, des bibelots, des éditions rares, des tapisseries, des bijoux précieux. M. Pujol se moquait de telles choses, elles manquaient de vie : M. Pujol collectionnait des invertis. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), 1932, p. 499) ; etc. Par exemple, dans la nouvelle « La Carapace » (2010) d’Essobal Lenoir, le protagoniste homo rêve d’un vieillard qui le fixe du regard comme s’il faisait partie d’une collection d’animaux empaillés : « La nuit, je m’imaginais hypnotisé, épinglé dans ses collections, entre un papillon et une mygale. » (p. 14) Dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, l’oncle homosexuel du jeune Marcel, lui aussi homo, collectionne les ruptures amoureuses.

 

La collection peut être une manière de soudoyer et de violer l’autre. Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves Saint-Laurent envahit son amant Jacques de cadeaux. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le monde où la différence des sexes a été totalement rejetée se trouve être un espace totalement mécanisé, où les personnages homos sont des robots qui se clonent entre eux et ne vivent que pour leur travail, leur image, leur production, le matériel : par exemple, le Père 2 de Gatal, le héros homosexuel, est fan de voitures ; lui et son mari habite une belle maison bourgeoise où tout est blanc et millimétré.

 

Un certain nombre de héros homosexuels vivent leur libertinage (et s’en excusent) par une schizophrénie paranoïaques qui consiste à prendre les objets pour des êtres vivants, à faire parler les objets et à s’y identifier. Par exemple, dans son one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011), Raphaël Beaumont fait parler un gode, se met dans la « peau » d’une vitre, etc. Dans la nouvelle « Mémoires d’un chiotte public » (2010) d’Essobal Lenoir, ce sont des chiottes qui racontent l’histoire… ou plutôt les histoires de cul homosexuelles ou leurs fantasmes homo-érotiques qu’elles voient défiler chez elles. « Je mélange parfois les toiles de l’appartement. Il y a des visages, des Jocondes, des objets mystérieux qui me regardent. » (le Comédien dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) ; « Jean, le téléphone est toujours mort ? » (cf. une réplique de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Il était avant tout un nain, creusant des galeries obscures dans les mines de la littérature, à la recherche d’un filon scintillant. Il était un conservateur de rêves. Oui, le dernier archiviste d’histoires futiles. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 171) ; « Smokrev ! C’est un collectionneur. » (Haftmann à propos du Comte Smokrev, idem, p. 292) ; « Smokrev revint fréquemment dans la boutique. Il achetait toujours quelque chose : un jour une collection de gravures sur l’architecture viennoise, le lendemain, une biographie des compositeurs d’opéras italiens, etc. » (idem, p. 299) ; « Goudron organisait tant de salons et de soirées fréquentées par des centaines de personnes ridicules de toutes sortes. Il les collectionnait, vous savez. Et il y avait nom pour chacune. » (le pervers Comte Smokrev s’adressant à Pawel Tarnowski, au sujet de son mécène homosexuel Goudron, idem, p. 308) ; etc. Je vous renvoie à l’article « Prenez garde aux objets domestiques » de Claude Cahun, spécial « L’Objet », publié dans la revue Cahiers d’art le février 1936.

 

Photographie Autoportrait (1932) de Claude Cahun

Photographie Autoportrait (1932) de Claude Cahun


 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Jean-Claude Dreyfus

Jean-Claude Dreyfus et ses cochons


 

Aujourd’hui, les personnes homosexuelles ont la réputation d’être des antiquaires, des collectionneurs (d’art). Même s’il y a de nombreuses exceptions à cette tendance, il n’y a pas de cliché sans feu : Gertrude Stein, Philippe Jullian, Oscar Wilde, Elton John (avec ses milliers de paires de lunettes et ses centaines de paires de chaussures), Jean Boullet, Jean-Claude Dreyfus (avec ses cochons), Gustave Caillebotte, Henri III, James Dean, Jean Cocteau, Johann Joachim Winckelmann, Pierre Loti, Marcel Proust, Andy Warhol, Yves Saint-Laurent, Jean-Claude Dreyfus, furent et sont de grands collectionneurs.

 

Par exemple, dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton, Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent maintiennent une relation affective avec leurs collections et objets : « Je crois en rien. Alors raison de plus pour croire aux choses, à ses objets inanimés. » (Pierre Bergé) Ils compensent par le matériel leur manque d’amour. Tout leur univers est centré sur le fric, les objets et la possession, à tel point que Pierre Bergé avoue que si, de son vivant, Yves Saint-Laurent avait dû connaître la vente aux enchères de leur collection, « il aurait été saisi de vertiges ». Pauvre chaton…

 

Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent

Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent


 

« Leur imagination est charmée à la vue de beaux jeunes gens, à la vue de statues ou de peintures dont ils aiment à entourer leur chambre. » (J. L. Casper, parlant « des homos », dans son Traité pratique de Médecine légale, 1852) ; « J’étais en adoration devant un animateur d’Europe1, Jean-Louis Lafont, dont la voix et l’allure d’éternel adolescent me ravissaient. Je collectionnais les autocollants avec sa photo et passais tout mon argent de poche en achat de 45 tours. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 29) ; « Une collection d’art, c’est un moment de la vie. Nos objets, nous les avons choisis, aimés à deux. » (Pierre Bergé parlant de sa vie commune avec Yves saint-Laurent, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert ; « Je suis un collectionneur d’œuvres d’art et il est un artiste. Je lui ai écrit et ensuite, nous avons parlé pendant six mois sans que j’entende sa voix. Nous parlions d’art, rien de sexy, rien de ça je le jure ! Un jour, je suis allé à Londres et je l’ai rencontré, fin de la partie. Nous sommes ensemble depuis plus d’un an maintenant. » (le chanteur Ricky Martin parlant de son amant Jwan Yosef, artiste londonien d’origine syrienne, mars 2017) ; « J’étais à un poil près de devenir homosexuel. Des hommes me poursuivaient et me proposaient de venir avec eux voir leurs timbres. » (Werner Loertscher, cité dans l’essai Dieu est amour (2019) de Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre, Éd. Flammarion, Paris, p. 94) ; etc.

 

Par exemple, dans le documentaire « L’Atelier d’écriture de Renaud Camus » (1997) de Pascal Bouhénic, l’écrivain français Renaud Camus avoue trouver une « grande jouissance à la classification ». Dans sa pièce autobiographie Ébauche d’un portrait (1992), le dramaturge Jean-Luc Lagarce raconte sa liaison avec un antiquaire collectionneur. Dans l’autobiographie Folies-fantômes (1997) d’Alfredo Arias, il est question des collections de papillons et de photos d’hommes musclés appartenant à Ernestito. Par ailleurs, l’essai La Petite Collection : Écrits sur l’homosexualité (2004) de Jeremy Bentham porte plutôt bien son nom !

 

Pour ma part, quand j’étais petit, j’étais aussi très collectionneurs. Je démarrais des collections que je ne terminais jamais : les B.D., les porte-clés, les épices, les marionnettes, les films de Disney, les jeux de 7 Familles, etc. Plus tard, dans ma vie d’adulte, à force d’être invité dans des demeures appartenant à des amis homosexuels, j’ai parfois pu voir combien la vie de certains était sclérosée par le matériel, par les collections d’objets insolites ou rares (collection d’armes, de peluches, de DVD, de fringues, de livres…). Une vie réglée comme du papier à musique.

 

Cette « collectionnite » homosexuelle peut s’expliquer par une éducation ou une enfance tournée vers les collections et le matériel : ce fut le cas de Louis II de Bavière, de François Reichenbach (élevé dans une riche famille de collectionneurs de tableaux), de Yukio Mishima, etc.

 

COLLECTION vrai Mylène

Produits dérivés de Mylène Farmer


 

Certains sujets homosexuels aiment posséder en séries. Les chanteuses icônes gays (Lady Gaga, Mylène Farmer, Madonna, etc.) ne s’y sont pas trompées. Elles ont su exploiter leur fétichisme et leur tendance à collectionner en leur proposant toute leur camelote. En France par exemple, Mylène Farmer est l’une des artistes françaises dont la gamme de produits dérivés est la plus étendue. On ne compte plus les remix des vieux « tubes » et les éditions collector (vendus et échangés à prix d’or sur Internet) que l’artiste propose à ses groupies homos. La « chanteuse-machine-à-sous » Björk fait de même. Les artistes vénérés par la communauté gay sont d’ailleurs connus autant pour leur personne que pour leurs accessoires collectionnés (exemple : la petite culotte ou le soutien-gorge de Madonna, la « Robe du Scandale » de Marilyn Monroe, l’araignée métallique du concert de Mylène Farmer, etc.).

 

Les personnes homosexuelles sont présentées ou se présentent parfois d’elles-mêmes comme des individus matérialistes, peu détachés du matériel et de l’image : « Oh la la, j’ai envie de tout acheter ! » (Laura, homme M to F, parti en shopping à Londres, dans l’émission Zone interdite spéciale « Être fille ou garçon, le dilemme des transgenres » diffusée le 12 novembre 2017 sur la chaîne M6) ; « Je suis assez matérialiste, à tous points de vue. J’aime la beauté, un peu comme si je goûtais l’essence des choses. » (Jean-Philippe, homosexuel interrogé dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 88) ; « C’est un de mes travers, je ne sais pas le quitter. […] C’est pour cela que je traîne avec moi tant de petites affaires qui n’ont plus aucun sens. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 161) ; « Je suis un obsédé des fringues de designer. » (le chanteur Sam Sparro dans la revue Têtu, n°135, juillet-août 2008, p. 62) ; « J’aime les fringues, j’aime sortir du lot. Pas question de m’habiller dans des magasins bon marché et de passer inaperçu dans la foule compacte. Tout petit, maman m’achetait déjà des vêtements haut de gamme, de marque, et c’est une faiblesse qui ne m’a jamais quitté. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 67) ; « La communauté gay a souvent, dans la société contemporaine, un cran d’avance sur le reste de la population. Comme le disent crûment les spécialistes de marketing, les gays sont les meilleurs prescripteurs ; ils devancent les attentes du marché puis les modèlent. Dans la mode, la musique, la publicité, les goûts, les valeurs consuméristes, ils tiennent le haut du pavé. […] Le Marais se veut le lieu le plus branché de France. » (Alain Minc, Épîtres à nos nouveaux maîtres (2002), pp. 72-73) ; « J’ai toujours eu une relation particulière avec les supermarchés, qui sont pour moi comme des cavernes d’Ali Baba. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des singes (2000), p. 216) ; « Tous les métiers en ‘eur’ s’adaptent à la vie gay : vendeur, concepteur, décorateur, designer, etc. Les carrières gays sont étonnamment tournées vers les services et le commerce. » (cf. la revue Têtu, n°127, novembre 2007, p. 111) ; « Vous avez un sacré pouvoir d’achat, vous, les couples gays ! Ça part dans les relais-châteaux… » (Dominique de Souza Pinto, à la conférence « Le Lobby gay… Un bruit de couloir » à l’Amphithéâtre Érignac à Sciences Po Paris, le mardi 22 février 2011) ; « En accordant dorénavant beaucoup de temps à mon entourage professionnel notamment féminin, je m’intronisais aussi plus que jamais en femme, au point que les conversations que je tenais ressemblaient aux leurs. En effet, lorsque j’arrivais le matin, c’était pour parler de vêtements ou de cuisine ; de même que pendant les heures de déjeuner, je traînais les magasins avec ce même entourage à la recherche de petits bibelots de décoration. Ma condition était l’archétype voulu d’une vie de femme, mes propos et mes réactions, ceux d’une fille vivant seule. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 130) ; etc.

 

Les habitations de beaucoup de personnes homosexuelles ressemblent davantage à des musées qu’à des maisons fonctionnelles. Dans le style « maison-gadget » inhabitable, surchargée ou au contraire trop épurée, on trouve par exemple la Villa Sospir de Jean Cocteau, la maison de Salvador Dalí, le palais de Pierre Loti, les châteaux disneylandiens de Louis II de Bavière, la Tour de Chia de Pier Paolo Pasolini, la maison d’Antonio de Hoyos, etc.

 

Parfois, l’attachement homosexuel aux objets se décline hypocritement et chroniquement en mise en scène « bobo » de rejet du matérialisme : « Je suis très peu attaché aux objets. » (André Gide dans le documentaire « Avec André Gide » (1952) de Marc Allégret) ; « Dieu sait si nous autres, les invertis, nous sommes prudents en matière d’argent, quoi qu’en dise la légende ! » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, interrogé dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 87) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check, Rilene, femme homosexuelle, raconte qu’elle est restée 25 années avec sa compagne Margo, et que tout leur quotidien était fondé sur le matériel : les vêtements, les voyages, les maisons : « L’argent était devenu quelque chose de très important pour moi. Le matériel était ce qui me maintenait dans la relation. » Paul, un autre témoin homosexuel du documentaire, était dans le même « trip bobo » avec son compagnon Jeff, avec qui il a vécu 24 ans dans diverses résidences à la campagne aux États-Unis.

 

Le plus pathétique dans la vie cloisonnée et « plan-plan » d’un certain nombre de personnes homosexuels collectionneuses, c’est qu’elles n’emmagasinent pas que les objets. Elles entassent aussi les êtres humains, les amant(-e)s. La collection de conquêtes sexuelles avait déjà été conceptualisée par le Marquis de Sade : « Sade imaginait une utopie sexuelle où chacun avait le droit de posséder n’importe qui ; des êtres humains, réduits à leurs organes sexuels, deviennent alors rigoureusement anonymes et interchangeables. Sa société idéale réaffirmait ainsi le principe capitaliste selon lequel hommes et femmes ne sont, en dernière analyse, que des objets d’échange. Elle incorporait également et poussait jusqu’à une surprenante et nouvelle conclusion la découverte de Hobbes, qui affirmait que la destruction du paternalisme et la subordination de toutes les relations sociales aux lois du marché avaient balayé les dernières restrictions à la guerre de tous contre tous, ainsi que les illusions apaisantes qui masquaient celles-ci. Dans l’état d’anarchie qui en résultait, le plaisir devenait la seule activité vitale, comme Sade fut le premier à le comprendre – un plaisir qui se confond avec le viol, le meurtre et l’agression sans freins. Dans une société qui réduirait la raison à un simple calcul, celle-ci ne saurait imposer aucune limite à la poursuite du plaisir, ni à la satisfaction immédiate de n’importe quel désir, aussi pervers, fou, criminel ou simplement immoral qu’il fût. En effet, comment condamner le crime ou la cruauté, sinon à partir de normes ou de critères qui trouvent leurs origines dans la religion, la compassion ou dans une conception de la raison qui rejette des pratiques purement instrumentales ? Or, aucune de ces formes de pensée ou de sentiment n’a de place logique dans une société fondée sur la production de marchandises. » (Christopher Lash, La Culture du narcissisme (1979), pp. 105-106)

 

De nos jours, l’idée qu’on peut collectionner les amants passe très bien dans les cercles d’homosociabilité fréquentés par la plupart des personnes homosexuelles qui se disent pourtant « hors milieu ». Dans leur tableau de chasse s’étalent des collections de partenaires sexuels : « Au lieu d’étudiants ou d’artistes en herbe, j’ai collectionné un nombre impressionnant de paumés en crise de croissance auprès desquels je me sentais embarqué dans un voyage salutaire loin du monde des lettres. » (Christian Giudicelli, Parloir (2002), p. 21)

 

COLLECTIONNEUR Cochons

Collection de Dreyfus


 

Xavier Rinaldi – « Le ‘marché de la viande[sous-entendu les cercles de drague] est-il plus développé chez les gays que chez les ‘normaux’, comme vous dites ?

Henry Chapier – Oui, évidemment. Ce marché est entretenu par le marketing, mais pas seulement. Les gays ont, c’est vrai, un peu moins d’obligations qu’une famille. Les publicitaires ont compris qu’ils constituaient une proie facile. Mais le marketing n’est pas le seul responsable. »

(Henri Chapier interviewé par Xavier Rinaldi dans l’essai Christine Boutin, Henry Chapier, Franck Chaumont : Les homosexuels font-ils encore peur ?, (2010), p. 64)

 
 

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Code n°37 – Corrida amoureuse (sous-codes : Taureau / Rouge et Noir / Minotaure)

corrida

Corrida amoureuse

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

Tauromachie et Homosexualité

 

Détruire l’autre, mais le faire avec une telle élégance, un tel art, que la splendeur étincelante de celle-ci ferait oublier l’horreur de la destruction : voilà la fusion entre éthique et esthétique que cristallise la tauromachie.

 

Il arrive plus fréquemment qu’on ne croit que les personnes homosexuelles sont étrangement fascinées par la violence/l’entièreté de la passion. Prisonnières de leurs bonnes intentions et de leurs prétentions artistiques, elles ne se voient plus agir en amour, et pensent qu’elles peuvent aimer et être aimées à n’importe quel prix, y compris en ayant recours à la brutalité et au meurtre. Il s’agit d’une croyance absurde, puisque l’Amour vrai, même s’il se manifeste parfois dans des situations d’épreuves, n’a jamais eu besoin de la souffrance ni de la mort pour exister. Mais elles s’obstinent à la rendre effective par l’intermédiaire de l’esthétique.

 

C’est pourquoi certaines d’entre elles arrivent à se passionner pour « l’art » de corrida, la mise en scène du risque qu’il représente, la sacralisation du danger (notamment sexuel).
 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Liaisons dangereuses », « Désir désordonné », « Amant diabolique », « Femme et homme en statues de cire », « Cheval », « Mort = Épouse », « Chat », « Aigle noir », « Araignée », « Quatuor », « Symboles phalliques », « Animaux empaillés », « Ennemi de la Nature », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », à la partie « Cowboy » du code « Don Juan », à la partie « Polysémie de l’adverbe ‘contre’ » du code « Fusion », à la partie « Sang » du code « Mariée », et à la partie « Femme en rouge » du code « Carmen », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) L’importance de la tauromachie dans le monde fictionnel homosexuel :

Tableau Study For Bullfight n°1 de Francis Bacon

Le Tableau Study For Bullfight n°1 de Francis Bacon

 

Dans les œuvres fictionnelles traitant d’homosexualité, bizarrement, il est énormément question de taureau, de tauromachie et de corrida : cf. le roman Les Bestiaires (1926) d’Henri de Montherlant, les romans La Torería (1909), La Noche De Walpurgis (1912), et El Martirio De San Sebastián (1917) d’Antonio de Hoyos, le vidéo-clip de la chanson « Memorabilia » (1991) de Marc Almond et Soft Cell, le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee (avec les taureaux bravos), le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade (avec Benjamin, l’un des héros homos, habillé en matador), les films « Un autre homme » (2008) et « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier, le one-man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set (avec « Pierrot le taureau »), le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur, la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, le film « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar (avec Lydia, le torero professionnel), la chanson « Manolo, Manolete » de Vanessa Paradis, le film « De sable et de sang » (1987) de Jeanne Labrune, la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le film « Pourquoi pas moi ? » (1998) de Stéphane Giusti (avec José – Johnny Hallyday – en « homoparent » toreador), le roman La Corrida du premier mai (1957) de Jean Cocteau, le roman Le Faucon maltais (1930) de Dashiell Hammett (avec les personnages de Juana et Triasca), le roman El Misántropo (1972) de Llorenç Villalonga, la pièce D’habitude j’me marie pas ! (2008) de Stéphane Hénon et Philippe Hodora, le film « L’Assassinat de Trotsky » (1970) de Joseph Losey, le film « L’Arrière-Pays » (1997) de Jacques Nolot, la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron, le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier (affiche dans le couloir), etc. Par exemple, dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (1987) de Bernard-Marie Koltès, il est dit que le monde est tenu à la pointe de la corne d’un taureau. Dans le film « Rebel Without A Cause » (« La Fureur de vivre », 1955) de Nicholas Ray, Jim Stark imite le taureau. Dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, Éric, un des héros homosexuels, est un aficionado de corrida. Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, Heck, le mari de Rachel l’héroïne lesbienne, écrit sur les courses de taureaux à Pampelune.
 

Tableau de Christian Gaillard

Tableau de Christian Gaillard

 

Parfois, au détour d’une scène de film homo-érotique, il n’est pas rare de voir apparaître sur les murs de la chambre du héros homosexuel une affiche de corrida : cf. le film « Pôv’ fille ! » (2003) de Jean-Luc Baraton et Patrick Maurin, le film « Grande École » (2003) de Robert Salis, le film « La Meilleure façon de marcher » (1975) de Claude Miller, film « Good Boys » (2006) de Yair Hochner, etc.

 

Le personnage homosexuel, pour se grandir comme un dieu et s’inventer un destin grandiose, se met parfois dans la peau d’un grand toréador : « Je suis habituellement le personnage qui chante si j’aime ce qu’il chante – il faut me voir gesticuler avec ma cape pendant l’air de toréador. » (le narrateur homosexuel parlant de l’opéra La Bohème de Puccini dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 18)
 
 

b) Corrida amoureuse :

Diego dans le film "Matador" de Pedro Almodóvar

Diego dans le film « Matador » de Pedro Almodóvar

 

Souvent dans les fictions traitant d’homosexualité, le torero est soit l’amant faisant fantasmer le héros homosexuel, soit lui-même homosexuel : cf. le roman Adoration du torero (1930) de Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein, le roman Llanto Por Ignacio Sánchez Mejías (1935) de Federico García Lorca, la chanson « Le Tango » de Jeanne Mas, le film « Los Amantes Pasajeros » (« Les Amants passagers », 2013) de Pedro Almodóvar, la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), etc. Par exemple, dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), Charlène Duval évoque une aventure qu’elle a entretenue avec un torero. Dans la pièce Hors-Piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt, un des « ex » du personnage homosexuel de Francis, est Paco, un torero de Séville. Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Ben, l’amant de Michael, est comparé à un taureau (p. 21). Dans le sketch « Fabienne et Steph » des Petites Annonces d’Élie Sémoun et Franck Dubosc, l’une des deux lesbiennes (la plus butch) porte un tee-shirt avec une tête de taureau dessus. Dans le roman Le Joueur d’échecs (2007) de Stefan Zweig, Czentovic est associé à un taureau. Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, pendant un mariage, la mère de Clara, l’héroïne lesbienne, chante son amour des picadors et des toréadors. Dans le roman Alabama Song (2007) de Gilles Leroy, Scott, le héros homosexuel, est fasciné par Lewis, ce jeune « cadet si viril qui parle fort, écrit et boit sec, aime les corridas – ou les matadors, ou leurs couilles – et raconte sa participation à des conflits » auxquels Zelda, la femme de Scott, ne croit pas une seconde.

 

« À l’occasion d’une colonie de vacances, il rejoigna au péril de son quatre heures le front républicain contre la tauromachie, dont il devenait un adversaire acharné jusqu’à ce qu’il obtena les oreilles et la queue d’un matador. » (Essobal Lenoir parlant de lui à la troisième personne du singulier, dans sa nouvelle « Une Vie de lutte » (2010), p. 169) ; « Pour toi, je suis devenu un petit taureau. » (Fefe à son amant Pietrino dans le film « Toto Che Visse Duo Volte », « Toto qui vécut deux fois »(1998), de Daniele Cipri et Francesco Maresto) ; « Tes abdos pour ne pas oublier que t’es un taureau… » (Chloé s’adressant à Martin, le héros soupçonné d’être gay, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Le garçon mugissait, écartelait sa croupe sur mon lutrin et contactait par intervalles cet étau de chair qui broya ma tête, au point que ce fut un centaure qui se releva et trotta vers le palier supérieur. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Au musée » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 110) ; « On n’agite pas un chiffon rouge devant un taureau enragé ! » (Guen, le héros homosexuel, dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt) ; « Je veux redevenir taureau. » (Jerry travesti en Daphnée, dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder); etc.

 

La résurgence de la corrida (pourtant mentionnée par des auteurs homosexuels qui veulent défendre la beauté de l’amour homosexuel : vrai paradoxe…) illustre le « rituel de la cruauté » instauré par une certaine drague homosexuelle : « Tu t’es retourné et m’as jeté un dernier regard, comme le matador avant de quitter l’arène qui regarde une dernière fois le taureau qu’il vient de terrasser, pour être certain qu’il est bien en train d’agoniser. Ne t’inquiète pas, je suis ce taureau, je suis dans le même état. Tu n’as pas raté ta cible. Tes paroles et tes gestes méprisants me transpercent toujours le cœur. Comme ce taureau, je vis mes derniers instants, je ne m’en relèverai pas. » (Bryan à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, pp. 306-307) ; « Mon lit est une arène. » (Mercedes, la nymphomane de la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet) ; « Je veux te voir […]rentrer dans son ventre, oh matador ! » (cf. la chanson « Je voudrais la connaître » de Patricia Kaas) ; « Dans un duel amour à mort, je serai le matador. » (cf. la chanson « Une Femme blessée » des L5) ; « Tous les matins, c’est la même corrida. Lever la tête, ouvrir les bras. » (cf. la chanson « C’est la vie » de Marc Lavoine) ; « Trop c’est trop. Il avance vers elle comme un torero. » (cf. la chanson « Emmène-moi vers les étoiles » de la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon) ; « Dans la corrida qui m’oppose à toi, le taureau n’est pas celui que l’on croit. Dans la corrida qui te livre à moi, le taureau se cache sous ta peau de vache. » (cf. la chanson « La Corrida » du Teenager dans la comédie musicale La Légende de Jimmy (1992) de Michel Berger) ; « On dirait un ballet. Chacun se dérobe et puis revient. On se frôle. On repart. L’un plante une banderille. La muleta exécute une véronique. Olé ! Il faut maintenant porter l’estocade, lâcher la cape et brandir l’épée. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 116) ; etc.

 

Film "La meilleure façon de marcher" de Claude Miller

Film « La meilleure façon de marcher » de Claude Miller

 

Le couple homosexuel fictionnel s’annonce donc comme une dangereuse danse de courtisans, une corrida amoureuse fatale : cf. la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia (entre Didier et Bernard), la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet (avec la scène SM entre Álvaro et son amant transsexuel M to F Octavia/Roberto), la chanson « Tango » de Nicolas Bacchus, le roman Tengo Miedo Torero (2002) de Pedro Lemebel, la chanson « Duel au soleil » d’Étienne Daho, le vidéo-clip de la chanson « Take A Bow » de Madonna, la pièce La Ménagerie de verre (1944) de Tennessee Williams (avec le taureau furieux), etc. Par exemple, dans le film « La Meilleure façon de marcher » (1975) de Claude Miller, Philippe, le héros homosexuel condense à la fois la figure du toréador (au cours du bal masqué final, il se travestit en Carmen jalouse) et celle du taureau (il plante un couteau dans la cuisse de Marc, déguisé en toréador). Dans le vidéo-clip très marquant de sa chanson « Sans logique », Mylène Farmer déguisée en taureau embroche son amant-toréro efféminé. Dans le film « Matador » (1985) de Pedro Almodóvar, Maria tue ses amants à la manière d’un toréador. Dans le film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser, Matthieu joue au toréador avec Jan, son amant.
 

Vidéo-clip de la chanson "Sans logique" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Sans logique » de Mylène Farmer

 

Les cornes du taureau (ou bien sa queue et son sexe), ainsi que le sabre planté en lui par le picador, sont des symboles phalliques très employés dans la fantasmagorie homosexuelle : cf. le vidéo-clip de la chanson « Sans logique » de Mylène Farmer, le film « Matador » (1985) de Pedro Almodóvar (avec, au début du film, la juxtaposition entre un coït amoureux humain et un cours de corrida), le film « Pink Narcissus » (1971) de James Bidgood, etc.

 

Film "Pink Narcissus" de James Bidgood

Film « Pink Narcissus » de James Bidgood

 

Le taureau symbolise la puissance génitale (certains disent bien « bander comme un taureau » !), et donc le fantasme de viol : « Mes sœurs salopes, prenez le taureau par les couilles ! » (cf. le conseil final de Gwendoline, la lycéenne travestie M to F, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Les vaches se déplacent à la recherche de semence de taureau qui manque sur la Voie Lactée. » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Alors, depuis : scronch, scronch ; tchouk, tchouk, tous les samedis soir, ni vue ni connue au milieu des taureaux qu’elle ignore de toute la morgue de son ruminant ministère. » (cf. la nouvelle « Margot, histoire vache » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 119-120) ; « Il puait l’homme comme les hommes peuvent puer. Il me prenait comme le taureau prend une vache. […] Les hommes sont tellement bêtes. » (Petra, l’héroïne lesbienne parlant de son ex-mari Franck, dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant », « Les Larmes amères de Petra von Kant » (1972) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Je viens de faire des politesses à un taureau… [la honte…] » (Guillaume, un peu troublé, dans la pièce En panne d’excuses (2014) de Jonathan Dos Santos) ; « Par le taureau qui me racheta, suis-je oui ou non le Maître de la Jungle ? » (Mowgli dans le roman Le Livre de la Jungle (1894) de Rudyard Kipling) ; etc. Par exemple, dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Géraldine suspecte Mgr Lanu, le curé, d’homosexualité : « »

 

Film "Hable Con Ella" de Pedro Almodóvar

Film « Hable Con Ella » de Pedro Almodóvar

 

Le taureau renvoie aussi à la figure paternelle érotisée, ainsi qu’au parricide par la mère/la femme lesbienne. « Elle décida, sans rien en dire à personne, d’acheter dans le sud de la France une propriété où l’on élevait des taureaux. […]Le souhait caché de cette marquise était de pratiquer la même chose sur un homme. » (une marquise lesbienne officiellement « attirée par la castration », dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 211-212) Je vous renvoie à la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir (avec le père et « ses épaisses moustaches en forme de cornes de taureau », p. 29), au tableau Taureau ascendant balance (2007) d’Orion Delain, etc.

 
 

Kavanagh – « Papa, j’suis homo !!!

Son père – Eh bien moi, j’suis taureau et ta mère est balance ! »

(cf. le one-man-show Anthony Kavanagh fait son coming out (2010) d’Anthony Kavanagh)
 

 

Thésée et le Minotaure

Thésée et le Minotaure

 

En lien avec l’amant-torero ou l’amant-taureau, il est parfois fait référence au mythe paternel et incestueux du Minotaure, cet être mi-humain mi-taureau enfermé dans le labyrinthe où Thésée est perdu : cf. la chanson « Minotaure » de Niagara, la couverture du recueil de nouvelles Le Mariage de Bertrand (2010) d’Essobal Lenoir (avec le Minotaure homosexualisé), le recueil de poèmes Octavie ou la deuxième mort du Minotaure (1985) de Geneviève Pastre, la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti, le film « Johnny Minotaur » (1971) de Charles-Henri Ford, le tableau Minotaures (1999) de Philippe Barnier, le tableau Thésée et Minotaure (1991) de Charles-Louis La Salle, etc. « Moloch me pénétra. » (la voix poétique parlant d’un Minotaure, dans le poème « The Howl » (1956) d’Allen Ginsberg). Par exemple, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Jonathan dit qu’il se trouve enfermé dans sa relation de couple avec Matthieu « comme dans un labyrinthe ». Dans la pièce Jardins secrets (2019) de Béatrice Collas, Maryline, l’héroïne bisexuelle, décrit Gérard son mari violent et qui l’a violée comme « une espèce de créature mythologique mi-homme mi-taureau ».

 

Sculpture du Minotaure

Sculpture du Minotaure


 
 

c) En rouge et noir :

En écho lointain à la passion amoureuse destructrice que figure le corps à corps entre le torero et le taureau (d’aucun se serviraient de la béquille artistique de l’alliance entre Éros et Thanatos, ou entre l’Amour et la mort, pour l’interpréter), on retrouve énormément le cliché romantique stendhalien du rouge et du noir dans la fantasmagorie homosexuelle. « L’encre sur le papier si blanc. Je la vois rouge. Je sais qu’elle est noire mais je la vois rouge. Ce rouge, tout ce rouge, c’est un peu de mon sang, on dirait. Sang d’encre. Se demander pourquoi l’expression signifie si couramment la noirceur. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 11)

 

Un grand nombre de héros homosexuels, ou leur(s) compagnon(s), sont habillés en rouge et noir, ou parle de ce duo de couleurs. Cela rajoute un zeste de mystère sulfureux à leur personnage : cf. la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec le très homosexuel Baron Osvald Lovejoy), la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi, la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, le film « Belly Dancer » (2009) de Pascal Lièvre, le film « Bettlejuice » (1988) de Tim Burton (avec le personnage homosexuel d’Otho), la pièce On la pend cette crémaillère ? (2010) de Jonathan Dos Santos (avec le personnage homo de François), la comédie musicale Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor (avec le personnage bisexuel de Jean-Paul), le film « Morrer Como Um Homem » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues (avec le personnage de Tonia), la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias (avec les personnages inquiétants du Coryphée et de « la Téré »), le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot, la pièce La Rose tatouée (1950) de Tennessee Williams, le roman La Rose noire (1950) de Tyrone Power, l’album Le Noir et le Rose (1983) de Jean Guidoni, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le roman L’Ombre ardente (1897) de Jean Lorrain, le film « Rojo Y Negro » (1942) de Carlos Arévalo, le film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie Macdonald, le film « La Couleur pourpre » (1985) de Steven Spielberg, la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, la chanson « En rouge et noir » de Jeanne Mas, la série Orange Is The New Black (2013) de Jenji Kohan, le film « Fresa Y Chocolate » (« Fraise et Chocolat », 1993) de Tomás Gutiérrez Alea et Jual Carlos Tabio, le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Huit femmes » (2002) de François Ozon (surtout avec les personnages de Chanel et Pierrette), le film « Le Jupon rouge » (1987) de Geneviève Lefebvre, le film « L’Auberge espagnole » (2002) de Cédric Klapisch, le film « Rouge » (1988) de Stanley Kwan, l’affiche du film « Tacones Lejanos » (« Talons aiguilles », 1991) de Pedro Almodóvar, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman (avec le binôme Salomé/Élisabeth), le film « Gone With The Wind » (« Autant en emporte le vent », 1939) de Victor Flemming, la pièce Une Rupture d’aujourd’hui (2007) de Jacques-Yves Henry, la pièce La Femme assise qui regarde autour (2007) d’Hedi Tillette Clermont Tonnerre, le one-man-show Élie Kakou au Point Virgule (1992) d’Élie Kakou en curé-prof de lettres enseignant Le Rouge et le Noir de Stendhal, le film « Nuits rouges de Harlem » (1971) de Gordon Parks, le film « House Of The Black Rose » (1969) de Kinji Fukasaku, la photo En Rouge et Noir (1979) d’Orion Delain, la pièce Juste la fin du monde (1999) de Jean-Luc Lagarce, la chanson « La Femme-chocolat » d’Olivia Ruiz, la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor (avec Jean-Paul, le héros homo), le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (avec un enlacement lesbien entre une femme en burka noire et une autre en rouge), etc. Par exemple, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, Arlette est « habillée d’un fourreau de percale noire et d’un boa rouge » (p. 102). Dans le film « RTT » (2008) de Frédéric Berthe, Peyrac, le flic qui va s’homosexualiser au fur et à mesure de l’histoire, se vêt en rouge et noir. Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Clara et Sonia, les deux futures amantes, sont habillées pareil et avec les mêmes couleurs : rouge et noir.

 

La combinaison chromatique rouge/noir est bien évidemment un code classique de la féminité fatale, ou du machisme diabolique : il symbolise la passion androgynique expulsant/vénérant excessivement la différence des sexes (cf. Je vous renvoie aux codes « Carmen », « Se prendre pour le diable » et « Femme-Araignée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « Regardez ma robe ! Vous m’avez tachée de sang ! En plus, je vous ai dit du noir. » (Evita s’adressant à l’infirmière, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « L’hortensia avait poussé à la diable, le sol était trop humide pour y ramper. Je n’aurais pu m’asseoir en dessous, même si je l’avais voulu. D’ailleurs, j’étais beaucoup plus grosse qu’à l’époque. Je suis pourtant restée longtemps accroupie, les paumes appuyées contre le sol humide, les ongles enfoncés dans la terre. Je me suis finalement relevée et, tandis que je retournais chez Esti [l’amante cachée de Ronit] et Dovid [le mari d’Esti] , je tentais de gratter la ligne de terre emprisonnée sous mes ongles. Et plus je grattais, plus elle s’enfonçait, le noir s’incrustait dans le rouge. » (Ronit, l’héroïne lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, pp. 212-213) ; « Je porte le slip de Khalid. J’ai mis du rouge à lèvres. Je suis Omar. Je ne suis ni garçon ni fille. […]Mes lèvres sont rouges. Dieu les aime-t-il comme ça ? Mes yeux sont rouges. Sont-ils des amis de Satan ? Mon sexe est rouge. Il fait froid. Il n’est plus à moi. […]Je suis prêt. Assis en plein milieu de la chaussée. Sur le goudron noir. » (Omar, le héros homosexuel parlant de son amant Khalid qu’il vient d’assassiner, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 179) ; « Le rouge, le noir… le blues, l’espoir, noir ! » (c la chanson « Double Je » de Christophe Willem) ; « Voici la vive couleur de son sang ! Pas d’hydropisie ni de jaunisse en lui, mais la fraîcheur d’un rouge écarlate, auquel se mêle toute la brume de cette nuit obscure et meurtrière. » (Garnet Montrose, le héros homosexuel du roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 159) ; « Je n’aime pas les roses noires. » (Jules, le héros homosexuel de la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Mon cœur est si noir qu’il est pourpre. » (Romeo s’adressant à son amant Johnny, dans le film « Children Of God », « Enfants de Dieu » (2011) de Kareem J. Mortimer) ; « Dans un jardin de roses noires résiste ma peau. » (cf. la chanson « Madre Amadísima » de Haze et Gala Evora) ; « Rouge, noir, rouge, noir. C’est pas possible… On est tombé sur la machine de Jeanne Mas ! » (Damien découvrant un soutien-gorge et une culotte féminine oublié dans une machine à laver de la laverie, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza) ; etc. Par exemple, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet, Alba et Yolanda, les deux femmes lesbiennes indépendantes qui jettent les hommes dont elles ont été jadis amoureuses, portent des œillets rouges dans les cheveux et sont habillées en rouge et noir.

 

La combinaison des deux couleurs rouge et noir, que le héros homosexuel présente parfois comme une opposition chromatique, peut renvoyer aussi à un sentiment d’homophobie, ou à un viol réellement vécu par lui : « Aujourd’hui, je suis un rose parmi les bruns. On ne peut pas mélanger le rose parmi les bruns. » (Jean-Marc, le héros homosexuel de la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Anna portait encore son manteau rouge mais ses talons hauts avaient laissé la place à une paire d’escarpins noirs bien sages. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 29) ; « Le couteau tremblait dans les mains de Jane. Mann agrippait sa cuisse au-dessus de la blessure. Il portait un pantalon noir mais celui-ci devait être trempé de sang car autour de lui, le sol était tout rouge. » (idem, p. 234) ; etc.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

a) L’importance de la tauromachie dans le monde homosexuel réel :

CORRIDA Tapette

 

L’homosexualité de certains toreros est de notoriété publique : pensons par exemple à Jesulín de Ubrique, José Ortega Cano, Francisco Rivera Ordoñez («Paquirri »), César Lácar, etc. D’ailleurs, l’habit de lumière du matador, même s’il sert le folklore d’un « sport » particulièrement machiste et réservé à la gent masculine, est esthétiquement très androgyne. L’efféminement des toreros ressort dans l’iconographie traditionnelle romantique et néo-baroque : cf. les tableaux d’Ignacio Zuloaga, le tableau Le Toréador (1985) de Pierre et Gilles, le tableau Torero hallucinogène (1969-1970) de Salvador Dalí, les dessins de Paul Boulitreau, le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud (avec Barbara, la femme cornue déguisée en taureau), etc. Et il fait partie des blagues courues du « milieu ».
 

Rudolph Valentino et Pola Negri

Rudolph Valentino et Pola Negri

 

Un certain nombre de personnes homosexuelles s’intéressent à la corrida : Federico García Lorca, Pedro Almodóvar, Jean-Michel Othoniel, Michel Leiris, Jean Cocteau (avec notamment un texte dans Mon Premier Voyage, 1936), Francis Bacon, Bernard Rapp, Henri de Montherlant, Álvaro Retana, Èjzenštejn, Santi Vila, etc. « C’est un beau garçon, d’une trentaine d’années, passionné par les taureaux. » (Ricardo Berdejo Arigo parlant de son amant, dans une lettre datant de novembre 1928) ; « Durant le trajet, Miranda nous a expliqué que le Syndicat international des nains s’était dernièrement occupé de démonter un réseau d’exploitation de créatures de petite taille, qui sévissait en Espagne et dans le sud de la France. L’imprésario impliqué était espagnol. Il organisait des corridas avec des nains toreros. Il avait des contacts dans divers pays d’Europe et d’Amérique latine. Le réseau accueillait les enfants nains des familles pauvres. Cet imprésario les formait à l’art de la tauromachie. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 299)

 

James Dean, notamment, aimait se déguiser en torero, et il n’était pas rare de le voir traîner, une muleta négligemment posée sur l’épaule, dans les bars d’Hollywood Boulevard ; il se faisait appeler « Drugstore Matador ». Quelques individus homosexuels sont même sortis avec les maîtres de la tauromachie : « C’est vers l’Espagnol viril, le légendaire torero que se tourne son désir : le beau Raphaël Rodriguez Rapyz, de 14 ans son cadet, sera son amour le plus fort. » (Michel Larivière parlant du poète espagnol Federico García Lorca, dans son Dictionnaire des homosexuels et bisexuels célèbres (1997), p. 154) Par exemple, le transformiste Modesto Mangas avoue avoir été l’amant secret d’aristocrates et de toreros célèbres.

 

 

b) Corrida amoureuse :

Vous vous douterez bien que le rapprochement entre le monde homosexuel et la tauromachie n’a pas de quoi nous rassurer quant à la nature même du désir homosexuel, qui est un élan plus incontrôlable, emprisonnant, refoulé (et donc homophobe) que libre et aimant : « L’homosexualité et la masturbation proviennent en partie des conditions de la captivité. […]On retrouve les mêmes réactions chez les bêtes à cornes parquées (béliers ou taureaux). » (Paul Guillaume, La Psychologie des singes (1942), cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 274). Quand Berthrand Nguyen Matoko, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), raconte son entrée dans le milieu prostitutif homosexuel, il choisit de devenir un électron libre lancé aveuglément dans une arène : « Je m’engageais comme un taureau que rien ne peut retenir dans sa course. » (p. 100)
 

CORRIDA Dans le mille

 

La présence de la corrida dans la vie des personnes homosexuelles ne nous apaisera pas davantage concernant leurs amours. Certaines projettent sur la corrida leurs propres tourments/déboires sentimentaux, ou bien envisagent la relation amoureuse avec leur compagnon comme un combat à mort : « Il faisait l’amour avec un mélange d’innocence et de fougue que je l’avais surnommé ‘mon petit taureau’. » (Denis Daniel, Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 81) ; « N’en pouvant plus d’attendre une lettre de lui, j’avais décidé d’aller me distraire aux courses de taureaux. La bête qu’on tue, c’est moi. » (Jacques Laval, Les Degrés du cœur (1985), p. 110) ; « Sert [le peintre] pense que je suis bête, et je pense qu’il est bête. Je le giflerai le premier, car je sens de l’amour pour lui. Sert m’abattra si je le gifle. Sert a du sang espagnol. Les Espagnols aiment le sang du taureau, c’est pourquoi ils aiment les assassinats. Les Espagnols sont des gens affreux, car ils commettent des assassinats de taureaux. L’Église, le pape en tête, ne peut pas arrêter le taureaucide. Les Espagnols croient que le taureau est un fauve. Le toréador pleure avant l’assassinat du taureau. On paie beaucoup le toréador, mais il n’aime pas cette activité. Je connais beaucoup de toréadors à qui le taureau a décousu le ventre. J’ai dit que je n’aimais pas le massacre des taureaux, alors on ne m’a pas compris. Diaghilev [l’ancien amant de Nijinski] disait à Massine que la corrida était un art magnifique. Je sais que Diaghilev et Massine diront que je suis fou et qu’on ne peut pas m’en vouloir, car Diaghilev recourt toujours à cette astuce intellectuelle. Lloyd George fait la même chose avec les hommes politiques. C’est un Diaghilev, car il pense qu’on ne le comprend pas. Je les comprends tous les deux, c’est pourquoi je les défie en combat, un combat de taureaux et pas de beuglements. Je beugle mais je ne suis pas un taureau. Je beugle, mais le taureau tué ne beugle pas. Je suis Dieu et Taureau. » (Vaslav Nijinski, Cahiers (1919), pp. 74-75) ; « Il avait une trentaine d’années. […]Son tee-shirt arborait une tête de loup à la gueule immense. En repensant à ce tee-shirt il me semble hideux et vulgaire. Mais ce soir-là il m’impressionnait énormément. Son souffle était celui d’un bœuf, puissant, odorant (l’odeur du pastis), et je le sentais dans ma nuque. » (Eddy Bellegueule face à un homme qui l’attire et le drague dans les méandres du labyrinthe humain d’une discothèque, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 177) ; etc.

 

CORRIDA Event

 

L’allusion au taureau peut symboliser chez l’individu homosexuel l’ambiguïté sexuelle androgynique, une bisexualité asexualisée. Par exemple, dans la mise en scène (2010) d’Adrien Utchanah de la pièce La Pyramide (1975) de Copi, le vendeur d’eau, déguisé en moitié-homme moitié-femme, porte un casque avec une corne de taureau.
 
 

c) En rouge et noir :

CORRIDA Dégâts

 

Le rouge et le noir sont des couleurs qui font partie du langage que certains intellectuels homos actuels emploient pour parler de la communauté LGBT. En premier lieu, on pensera bien évidemment à l’essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel. Mais également à l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot. Dans son autobiographie Flamand noir (2004), Bertrand N’Guyen Matoko raconte qu’il a été dès sa naissance baptisé comme un flamant rose qui finalement deviendra, dans sa maturité d’adulte, noir.
 

Mais il y a autre chose : la mise en scène des représentations publiques de l’homosexualité tourne très souvent autour du rouge et du noir. Par exemple, je me suis rendu au spectacle très gay Rouge et noir interprété par So Show ! à la « Soirée Années 80 » organisée au Réservoir à Paris, le 3 mars 2010. Pour son one-man-show Petit cours d’éducation sexuelle (2009), Samuel Ganes choisit de se mettre en scène tout de rouge et de noir vêtu. La pièce musicale Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander adopte également une ambiance « drap rouge sur piano noir ». Je pense à la tenue des comédiens-chanteurs du spectacle musical Une Étoile et moi à la « Soirée Judy Garland » organisée au Palace, à Paris, le 22 juin 2009. Il y en a même qui vont jusqu’à soutenir, comme Michel Larivière dans son Dictionnaire des homosexuels et bisexuels célèbres (1997), que Stendhal, l’auteur du fameux Rouge et le Noir (1830), était homosexuel (p. 25) ! « On passait des heures devant les agneaux à deux têtes. Il était bouleversé. Nous étions en plein syndrome de Stendhal. Ivres de beauté. Il voulait vivre là. À côté. Et moi j’étais là, sans savoir quoi faire. C’est dans un musée que j’ai senti que mon fils était un homme. » (la voix-off de la mère de Bertrand, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) Quoi qu’il en soit, le symbolisme des couleurs rouge et noir renvoie à l’association amour/mort, et peut être un clin d’œil à la corrida, au cinéma, et au théâtre, tous ce espaces rouges et noirs dans lesquels la violence est rejouée… et parfois actualisée.

 
 

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Code n°40 – Cour des miracles homosexuelle (sous-code : Choeurs de tragédie grecque)

cour des

Cour des miracles homosexuelle

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La nostalgie d’une royauté bafouée

 

COUR DES MIRACLES Bossu

Film d’animation « Le Bossu de Notre-Dame » de Walt Disney


 

Un certain nombre de personnes homosexuelles s’intéressent à la Cour des miracles du Moyen-Âge. Cette étrange passion homosexuelle se fait passer pour un grand élan de solidarité (= éloge du multiculturalisme, de la pauvreté), de militantisme (= éloge de la marginalité « dérangeant » le « Système ») ou bien artistique (= éloge de l’originalité). En réalité, elle cache un grand orgueil (celui de se rêver Christ à la place du Christ, de vivre une royauté égocentrée… par manque d’amis véritables), un fantasme d’irréalité transgressive et de fantaisie festive qui finissent par montrer toute leur vanité et leur horreur une fois confrontées au Réel, une haine de soi (= homophobie) maquillée d’autosuffisance et de rire.

 

Nous aurions tort de nous fier aux apparences. Au vrai pauvre, bien des personnes homosexuelles lui préfèrent son icône – souffrante ou euphorique – et son absence. Elles le transforment en image folklorique. Le nécessiteux qu’elles bercent sur leur sein n’est autre que la « romanichelle de luxe » (Esméralda dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo), le vagabond sublimé des poètes maudits, le « bon sauvage » étranger, « la transfiguration d’un état de misère » pour reprendre les termes d’un de mes amis romancier homosexuel. Elles dépeignent une pègre qui, au lieu d’être constituée de vrais pauvres, se compose plutôt de cercles d’intellectuels libertins – donc un peu d’elles-mêmes ! – s’amusant à imiter, par moquerie ou/et générosité, les images d’Épinal de pauvres qu’ils se fabriquent dans leur imaginaire pour se donner bonne conscience. Elle sert de prétexte à l’exhibition carnavalesque et au déni de la pauvreté. C’est la raison pour laquelle les motifs du cirque, des fêtes foraines, du chœur de tragédie grecque, et des cours des miracles, reviennent excessivement souvent dans les œuvres homosexuelles. Vêtus de haillons, les faux mendiants homosexuels se donnent en spectacle, en entonnant la litanie de la honte de l’Occidental narrant son malheur face au soi-disant malheur planétaire apocalyptique. Ils se glissent subtilement dans la foule colorée et masquée qu’ils ont eux-mêmes créée pour s’élever en chefs. « En attendant d’être des rois, mes amis et moi sommes les acteurs d’une version de la folie des grandeurs, … sous une pluie de confettis » chante Arnold Turboust dans sa chanson « Mes amis et moi ». Intellectuellement, l’esthétique de la folie du SDF-bouffon donquichottesque séduit beaucoup les auteurs homosexuels bobos : pour eux, le délire « transgressif » est davantage vecteur de Vérité que la Vérité même. Elle est en réalité l’expression de leur propre homophobie/misanthropie/athéisme.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Homosexualité noire et glorieuse », « Faux révolutionnaires », « Milieu homosexuel infernal », « Milieu homosexuel paradisiaque », « Reine », « Folie », « Milieu psychiatrique », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Bobo », « Défense du tyran », « Homosexuels psychorigides », « Amour ambigu de l’étranger », « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre », « Cirque », « Magicien », « Mariée », « Doubles schizophréniques », « Grand-mère », « Drogues », « Quatuor », « Voleurs », « Homosexuel homophobe », « Méchant pauvre », « Prostitution », « Putain béatifiée », « Humour-poignard », « Voyante extralucide », à la partie « Carnaval » du code « Clown blanc et Masques », et à la partie « Nain » du code « Amant modèle photographique », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) La cour des miracles, une rêverie :


 

Dans beaucoup d’œuvres homo-érotiques apparaît une pègre, une foule carnavalesque grimaçante et ricanante, un groupe de personnages atypiques et difformes (nains, drogués, trans, travestis, prostituées, femmes déguisées en mariées, escort boys, personnages siamois, vieillards, géants, etc.) entourant le héros homosexuel : cf. le film « Die Unendliche Geschichte » (« L’Histoire sans fin », 1984) de Wolfgang Petersen (avec la cour de la jeune reine), le vidéo-clip de la chanson « Le Brasier » d’Étienne Daho, le vidéo-clip de la chanson « Substitute For Love » de Madonna, le vidéo-clip de la chanson « Libertine » de Mylène Farmer, le film « Antes Que Anochezca » (« Avant la nuit », 2000) de Julián Schnabel, le concert de Mika à Paris Bercy le 26 avril 2010 (et surtout la chanson « Big Girl »), le film « Totò Che Visse Due Volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresco, le film « Mann Mit Bart » (« Bearded Man », 2010) de Maria Pavlidou, le film « 30° couleur » (2012) de Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue, le film « Le Sang du Poète (1930) » de Jean Cocteau (entouré de gitans), le roman Joyeux animaux de la misère (2014) de Pierre Guyotat, le film « Splendori E Miserie Di Madame Royale » (« Madame Royale », 1970) de Ugo Tognazzi, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le film « Jugatsu » (1990) de Takeshi Kitano, la nouvelle L’Encre (2003) d’un ami homosexuel angevin (avec la Cité des Laiderons), le film « Tan De Repente » (2003) de Diego Lerman, le film « Opera De Malandro » (1986) de Ruy Guerra, les films « Accattone » (1961), « Mamma Roma » (1962), et « La Ricotta » (1963) de Pier Paolo Pasolini, la pièce Quai Ouest (1985) de Patrice Chéreau, le roman Monsieur de Phocas (1901) de Jean Lorrain, la nouvelle « De La Melancolía De Las Perspectivas » (1983) d’Héctor Bianciotti (avec sa population bigarrée : des nains, des prostituées, des alcooliques, des mariées, etc.), le roman La Noche De Walpurgis (1910) d’Antonio de Hoyos (avec la cour des miracles de bourgeois homosexuels déguisés en pauvres), le film « A Rainha Diaba » (1975) de Antonio Carlos Fontoura, le film « Die Hure Und Der Hurensohn » (1982) de Dagmar Beiersdorf, le vidéo-clip de la chanson « Relax » du groupe Frankie Goes To Hollywood, le roman Los Alegres Muchachos De Atzavará (1988) de Manuel Vázquez Montalbán, le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot (avec les aborigènes et les trois drag-queen réunis autour d’un grand feu de joie), le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman, le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand (décrivant à la fin la « faune » homosexuelle dans toute sa diversité), le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, le film « The Greatest Showman » (2017) de Michael Gracey, le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion (avec le chœur de pédales chantant « Alléluia »), etc. Par exemple, dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, Vincenzo est obsédé par le qu’en-dira-t-on à propos de l’homosexualité de son fils Antonio : dans les lieux publics, il est persuadé que tout le monde l’a identifiée et en rient sarcastiquement.

 

Film "The Rocky Horror Picture Show" de Jim Sharman

Film « The Rocky Horror Picture Show » de Jim Sharman


 

Se crée le mythe snobinard du « bonheur entre exclus » et de la « force jouissive » (jubilatooooire) de la transgression des codes sociaux : « Ici on est tous des frères dans la joie dans la misère… À la cour des miracles, mendiants et brigands dansent la même danse… » (cf. la chanson « À la cour des miracles » de la comédie musicale Notre-Dame de Paris de Luc Plamondon) ; « Les vieux nobles qu’elle recevait étaient des amis de son père, aussi laids qu’elle. Le vieux comte des Asturies était couvert de verrues et le duc de Castille, son parrain, était bossu. » (Copi dans sa nouvelle « L’Autoportrait de Goya » (1978), p. 12) ; « On est tous des imbéciles, on est bien très bien débiles. » (cf. la chanson « On est tous des imbéciles » de Mylène Farmer) ; « Son visage se tordit tandis qu’il regardait le labyrinthe de livres. Littérature ! Littérature – les Olympiades des nains de jardin ! Bavardage des déments ! Il fit un pas vers l’avant et renversa une étagère de livres par terre. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 176) ; « Goudron organisait tant de salons et de soirées fréquentées par des centaines de personnes ridicules de toutes sortes. Il les collectionnait, vous savez. Et il y avait nom pour chacune. Cette courtisane communiste, Madame Kortovsky était ‘Le Ballon rouge’ et Francœur, l’éditeur catholique, était ‘La Mante religieuse’. Picasso était ‘Le Minotaure’ et vous ‘Le Prince noir’. » (le pervers Comte Smokrev s’adressant à Pawel Tarnowski, au sujet de son mécène homosexuel Goudron, idem, p. 308) ; etc. Par exemple, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, le couple Khalid/Omar se rend à Douar Dbada, qui est une sorte de cour des miracles : « Ils sont un peu dangereux là-bas. […] En plus des prostituées, il y a des maquereaux, les dealers de drogue… Les fous… Des assassins aussi… Les voleurs d’enfants… » (p. 125) Dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, la cour des miracles entourant l’héroïne est composée de dandys efféminées, de femmes-à-barbe, d’hommes travestis en nonnes, de nains, de Noirs, de « copines » transgenres, etc.

 

Au départ, le héros homosexuel prétend trouver dans cette cour des miracles multiculturelle et marginale un refuge à la soi-disant intolérance sociale par rapport à son homosexualité, une famille qui reconnaît enfin sa royauté et la primauté de ses désirs identitaires/amoureux profonds : « Peut-être que ce qui fut jadis la Cour des Miracles saurait le guérir de sa peur, l’aider à s’affirmer auprès des siens. » (Ahmed en parlant du quartier gay du Marais, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 52) ; « Tout est permis au bal de Savoy. » (Madeleine, dans la comédie musicale Ball Im Savoy, Bal au Savoy (1932) de Paul Abraham) ; etc. Par exemple, dans la bande dessinée La Foire aux Immortels (1992) d’Enki Bilal, Jean-Ferdinand Choublanc, « Gouverneur de la Cité autonome de Paris » est manifestement homosexuel et a réuni une cour d’adhérents autour son parti dont tous sans exception très fortement maquillés. Et Choublanc s’adresse à ses maquilleurs en les appelant « les filles » et à son intendant en l’appelant « chéri », intendant avec lequel il partage son bain. Dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, les deux compères Bill et Étienne sont décrits comme des « lutins farfelus et fantoches ». Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, suit un cortège carnavalesque mystique de squelettes mexicains masqués. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, le petit monde de la nuit de la ville italienne de Catano s’anime autour de la prostitution : les prostitués, les travelos, les sosies de Mary Poppins ou Marilyn Monroe, les macs, les gigolos, le vieux disquaire muet, etc.

 

La particularité de cette cour des miracles homosexuelle, c’est qu’elle est souvent prise d’hilarité (comme les hyènes… juste avant ou après de frapper violemment) : « Je cours, je cours. Sans respirer. Puis je tombe. Des gens rient. […] Autour de lui [Hassan II], un souk. Beaucoup de femmes. […] Elles rient de moi. Cela les amuse : moi qui tombe et sur le point de pleurer. Elles rient longtemps sans vraiment me regarder. » (Khalid, le protagoniste homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 10) ; « Tout le monde a ri. Tout le monde. Tous ces gens avec qui j’ai grandi. […]  Le pire, c’est que je ne les ai même pas détestés. » (Pauline, l’héroïne lesbienne racontant un spectacle public où elle a été la risée des gens de son village parce qu’elle a joué le premier rôle et s’est travestie en homme, dans le film « Pauline » (2009) de Daphné Charbonneau) ; « Parfois je la voyais au milieu d’autres hommes habillés. Allongée sur le dos, les jambes en l’air, avec pour toute parure ses talons aiguilles. Il y avait là des profs de la fac, des laborantins en blouse du département de chimie, quelques-uns des garçons au rire gras avec qui j’avais déjeuné au RU. Ils ne la caressaient pas. Ils se contentaient de la regarder, de la montrer du doigt et de rire. Et elle riait avec eux, dans cette posture humiliante. Dans d’autres rêves, elle se moquait de moi avec sa copine, pendant les cours de Gritchov. Je ne comprenais pas ce qu’il y avait de si comique dans ma tenue. » (Jason, le héros homosexuel décrivant Varia Andreïevskaïa, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 59) ; « La foule riait aux éclats, ils lançaient sur Truddy des pavés. » (Copi dans sa nouvelle « Les Potins de la femme assise » (1978), p. 40) ; « Tous nous ovationnèrent, pleurant et riant […] » (Gouri, le rat bisexuel du roman La Cité des Rats (1979), p. 94) ; « Les rires de la foule des hommes » (idem, p. 104) ; etc. Par exemple, dans le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, la cour homosexuelle de Bob (composée de drogués) passe insensiblement de l’agression au rire : ça passe ou ça casse. Dans sa chanson « À table » de Jann Halexander, le protagoniste homosexuel décrit « le rire déformant des visages » des membres d’une fête de famille.

 
 

b) La cour des miracles homosexuels, un cauchemar :

Film "Poltergay" de

Film « Poltergay » d’Éric Lavaine


 

Symboliquement, la cour des miracles homosexuelle ressemble à la voix d’une schizophrénie. Le héros homosexuel se sent entouré de nains et de clowns rieurs qui, après s’être amusés et après l’avoir intronisé, vont le momifier, le trahir et le brûler sur un char (cf. je vous renvoie au code « Méchant Pauvre » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. la chanson « L’Horloge » de Mylène Farmer, la chanson « Porno-graphique » de Mylène Farmer, la chanson « No More I Love You’s » d’Annie Lennox, la comédie musicale Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, les vidéo-clips des chansons « Sans contrefaçon », « Sans logique », « Désenchantée », « L’Âme-Stram-Gram » et « Optimistique-moi » de Mylène Farmer, etc. Par exemple, dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, lors d’une séance de karaoké, où Steve (le héros homosexuel) se ridiculise, la prestation vire à la vision d’enfer : il voit tous les clients du bar ricaner (au ralenti), puis en menace violemment un avec une bouteille de bière car il ne gère pas l’humiliation.

 

« Le fond de leur rire avait quelque chose de métallique. » (Pretorius, le héros homosexuel parlant des clients de l’Hôtel du Transylvania, dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander)

 

 

La cour des miracles, c’est aussi le retour homophobe d’un désir homosexuel pratiqué (retour violent prêté uniquement à « la société »… mais qui n’est en réalité que la société des amants, que le monde de la prostitution et de la drogue) : cf. le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau (avec la gare parisienne se transformant en cour des miracles), le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (avec la cour homosexuelle gitane de Sébastien, qui finit par l’assassiner, en représailles), le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, l’opéra-rock Starmania de Michel Berger (avec le gang des Étoiles Noires), le film « Twist » (2004) de Jacob Tierney et Adrienne Stern, le film « Garçons d’Athènes » (1998) de Constantinos Giannaris, etc. « C’est une chose difficile que d’être homosexuel au pays des cow-boys. » (4 journalistes en chœur, et en direct du Wyoming, dans la pièce Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman) ; « Autour de moi, les hommes forment une ronde. […]  Le spectacle de la gare est immuable. Presque rituel. » (Léo, le héros homosexuel du roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 213) ; « Vous n’avez jamais rencontré de vrais homosexuels. Ce sont des bossus qui riraient de votre mariage. » (le père de Claire, l’héroïne lesbienne, s’adressant à sa fille et à sa compagne Suzanne à propos de leur projet de « mariage pour tous », dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « C’est un petit monde. Vous devez tous vous connaître, non ? » (l’Inspecteur s’adressant à Franck, le héros homosexuel, pour enquêter sur les crimes homophobes de l’île qui est un lieu de drague gay hostile et impitoyable, dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie) ; etc.

 

Queen

Queen


 

Cette cour des miracles représente donc la conscience du viol, exprimée par le traditionnel chant du chœur de tragédie grecque qui annonce la mort prochaine (physique et déjà symbolique) du héros homosexuel : cf. le film « Hey, Happy ! » (2001) de Noam Gonick (avec les trois femmes asiatiques), la pièce Macbeth (1623) de William Shakespeare (avec le chœur des sorcières), le film « Bug » (2003) d’Arnault Labaronne (avec les trois drag-queen), le film « Anguished Love » (1987) de Pisan Akarasainee, le film « Puta de Oros » (1999) de Miguel Crespi Traveria (avec le cortège des pleureuses), le film « Les Sorcières » (1966) de Pier Paolo Pasolini et Luchino Visconti, les pièces de Federico García Lorca telles que La Savetière prodigieuse (1926) ou Doña Rosita la célibataire ou le langage des fleurs (1935), la chanson « Bohemian Rhapsody » du groupe Queen, la chanson « Duel au soleil » d’Étienne Daho, la comédie musicale La Bête au bois dormant (2007) de Michel Heim (avec les trois bonnes fées travesties), les films « Pepi, Luci, Bom Y Otras Chicas Del Montón » (1980), « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) et « Mujer Al Borde De Un Ataque De Nervios » (« Femme au bord de la crise de nerfs », 1987) de Pedro Almodóvar, le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus (avec le chœur des femmes ouvrières galloises), etc. Par exemple, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi, les chœurs des voisins – qui se fait appeler aussi « le chœur des âmes » – sont toujours les annonciateurs de mort ou de violence, et la symbolisation de la contemplation de l’horreur à distance. Ils annoncent le viol, et dans le même mouvement, le nient. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Nicolas, Gabriel et Rudolf, les trois héros gays sans avenir, forment le chœur montagnard de « Sissi », une cantatrice fantomatique transgenre M to F autrichienne.

 

« Au milieu d’un désordre phénoménal (les tables cassées parmi les bouteilles arrosées de confettis) […] À chaque fois que je laissais échapper un cri, l’assistance repartait d’un gros rire […]. Et ne songeons même pas à demander de l’aide aux esquimaux : pour cette peuplade, Glou-Glou Bzz représentait plus qu’une reine. » (le narrateur homosexuel se faisant trucider la bite, après le carnage de la reine du carnaval Glou-Glou Bzz, dans la nouvelle « La Mort d’un Phoque » (1983) de Copi, pp. 22-24) ; « Je ne fais jamais partie des chœurs. On a quand même son orgueil ! Les chœurs sont les seuls morceaux d’opéra que j’écoute de l’extérieur, en restant assis dans mon fauteuil, en ‘regardant’ dans ma tête un spectacle plutôt qu’en le vivant comme si j’étais un des protagonistes. J’aime écouter les chœurs, je n’aime pas les vivre. » (le narrateur homosexuel parlant de l’opéra La Bohème de Puccini dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 19) ; « Je ne savais plus si j’étais heureux de l’observer parce que je le trouvais émouvant dans son ridicule ou si je souffrais avec lui de chanter des choses idiotes dans une œuvre idiote, entouré d’idiots déguisés comme pour un carnaval de pauvres. J’aimais croire qu’il était conscient de la petitesse et de l’insignifiance de ce qui l’entourait sur ce plateau et que ce qu’il ressentait était la honte d’en faire partie. Le Prince Charmant existait donc et il était habillé en petit page d’opérette dans une mauvaise production d’opéra ! » (le narrateur homosexuel parlant du chanteur Wilfrid Pelletier, idem, p. 50) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La cour des miracles, une rêverie :

Quand j’étais enfant et adolescent, j’étais très attiré par l’univers moyen-âgeux de la Cour des miracles. Il m’arrivait d’en faire un jeu (par exemple, j’avais créé « Les Aventures de Jean », une mise en scène nocturne théâtralisée de personnages fictifs habitant l’univers de mon frère jumeau, Jean), et j’aimais ces univers clos avec des personnages étranges autant qu’inquiétants (le jeu du Cluedo, le jeu télévisé Fort Boyard, etc.).

 

Cette attraction pour les salons de précieuses, pour les bals masqués peuplés de Colombine, de voyantes extra-lucides, de brigands, de sorcières, de courtisanes, de nains, d’Esméralda et autres créatures extraordinaires, je pense la partager avec un certain nombre de personnes homosexuelles. Et il n’est pas étonnant que dans l’imaginaire collectif LGBTI, la « communauté homosexuelle » mondiale soit régulièrement décrite comme une pâle copie de la cour des miracles littéraire. Par exemple, lors de son entretien avec J. O’Higgins en 1982, le philosophe homosexuel Michel Foucault assimila les quartiers homosexuels des grandes villes nord-américaines comme San Francisco ou New York aux « cours médiévales, qui définissaient des règles très strictes de propriété dans le rituel de cour » (Michel Foucault, « Choix sexuel, Acte sexuel », Dits et écrits II, 1976-1988 (2001), p. 1150). Dans sa thèse « Avatares De Los Muchachos De La Noche » qui précède son recueil de poésies Austria-Hungría (1992), Néstor Perlongher évoque le monde extrêmement codifié de la nuit et de la prostitution masculine. Dans ses mémoires Coto Vedado (1985), Juan Goytisolo aborde « la réalité brutale de la cour des miracles espagnole » dans les quartiers homosexuels de Barcelone.

 

Beaucoup d’auteurs homosexuels se plaisent à chanter les louanges d’une cour des miracles interlope, d’une nation « élue » qui aurait le devoir d’annoncer au monde la grandeur transgressive de la marginalité, de la négation de la différence des sexes : John Cameron Mitchell, Pier Paolo Pasolini, Steven Cohen, Essobal Lenoir, Philippe Besson, Hervé Guibert, Federico Fellini, Jean Cocteau, Marcel Proust, Severo Sarduy, Osvaldo Lamborghini, Rancinan, etc. « Un gigantesque bidonville. Ernestito et moi adorions ces habitants grossiers, populaires, dangereux. Ils faisaient souvent partie de nos histoires, de nos fantaisies. Ils devenaient, à leur insu, les interprètes de nos feuilletons imaginaires. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 186)

 

Cette nation-pègre voulue par beaucoup de personnes homosexuelles/transsexuelles ressemble, dans les faits, à une cour royale de maison close, dans laquelle gravitent les maquereaux et leurs dandys escort-boys (leurs mignons) fêtant la jouissance libertine, la mixité sociale et intergénérationnelle : « À soixante-dix ans, Lito [une femme transsexuelle transformée en homme] continuait à mener une existence de play-boy. Toujours tiré à quatre épingles, il était le plus souvent escorté par une cour de jeunes gens aux casiers judiciaires chargés. Par on ne sait quel miracle, cette petite pègre l’adorait. Ils avaient l’élégance de prolonger son règne lorsque l’un d’eux devait s’éclipser quelques temps à l’ombre d’une cellule. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 291) On en trouve un exemple parlant avec la bande des Cockettes dans les années 1970 à San Francisco (États-Unis), groupe d’érotomanes et cocaïnomanes revendiqué : « On ne pensait qu’à faire la fête, à s’éclater. On ne se rendait pas compte qu’on créait quelque chose de magique. On vivait dans notre monde. On réalisait nos rêves et nos fantasmes. On se fichait de ce qui se passait à l’extérieur. Les Cockettes étaient très incestueuses. Tout le monde couchait avec tout le monde… sous LSD… » (Rumi, un survivant travesti M to F des Cockettes, interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) Je vous renvoie également au documentaire « Paris Is Burning » (1980) de Jennie Livingston, sur la sous-culture du voguing dans les bas quartiers nord-américains, avec des concours de travestis noirs.

 

COUR DES MIRACLES Rois

Francky Goes To Hollywood


 

Plus gravement, il est possible d’entrevoir dans cette foule indiscernable de personnes gay friendly, hétéro, homo, bi, transgenre et transsexuelle, le phénomène (décrit magistralement par Philippe Muray) de possession hystérique collective, prenant l’étrange masque de l’euphorie carnavalesque agressivement plaintive : « Le Possédé. Comme tel, il souffre. Tout ce qui ne lui plaît pas le fait tellement saigner qu’il porte plainte ; mais il jouit encore tellement lorsqu’il porte plainte qu’il est incapable de se voir en train de porter plainte et de rire de lui-même. C’est ainsi qu’il est comique, d’un douloureux comique que plus personne n’ose nommer ainsi. C’est un comique de doléance, comme il y a un comique de répétition, et ce nouveau comique, absolument inconnu des anciennes littératures, est souvent très réussi. » (Philippe Muray, Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005), p. 71) Ça sent la misère culture et affective à plein nez.

 
 

c) La cour des miracles homosexuels, un cauchemar :

La cour des miracles, symboliquement, c’est la voix de la schizophrénie. Par exemple, ce n’est pas un hasard si le téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve, dont la trame est l’homosexualité, commence par un débat sur l’obligation du pluralisme des langues. Cette question de la « prose babélique », de la pluralité du langage et des sexualités, a intéressé des chercheurs tels que Michel Foucault ou Nicolás Rosas. Il existe une correspondance entre le monde babélique/babylonien et le « milieu homosexuel ».

 

Dans le monde homosexuel actuel, je retrouve des actualisations incomplètes de la cour des miracles médiévale dans beaucoup de mouvements LGBTI : le milieu associatif homosexuel dans son ensemble (peuplé souvent de « cas sociaux »), les Gay Pride (avec les chars des Maghrébins, des daddies, des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, etc.), les discothèques et les bars (de plus en plus compartimentés en sous-catégories : les bears, les crevettes, les minets bodybuildés, les fem, les butch, les trans, les sadomasos, etc.) et surtout surtout les sites de rencontres internet (les fameux chat, hyper ritualisés et habités par des profils improbables de profonds mythomanes). Là, on a vraiment l’impression de rentrer dans un monde de fous, très codifié.

 

La cour des miracles, c’est aussi le retour homophobe d’un désir homosexuel pratiqué (retour prêté à « la société »… mais qui n’est en réalité que la société des amants ou le monde de la prostitution). Le libertinage donne une illusion de liberté et construit en réalité un ghetto doré, avec des nouvelles règles d’autant plus rigides et féroces qu’elles constituent des barreaux invisibles, tacites : la société homosexuelle est en effet fondée sur la double vie, la dissimulation, le mensonge, le paraître, l’anonymat, la pulsion sexuelle (…et ses caprices inattendus), un désir sexuel qui n’ose pas assumer son nom ni ses pratiques : « Outre la mauvaise réputation qu’avait la Savane la nuit, je lui rapportais en détail certaines agressions dont j’avais été témoin. Sur la place, je rencontrais toutes sortes d’individus ; les ‘branchés’ étaient une population très hétéroclite. On était du même bord, mais on ne se fréquentait pas. Sans doute par manque de confiance, beaucoup se méfiaient de leur propre clan et jouaient à cache-cache en permanence, se dénigrant et se méprisant mutuellement. Impensable pour un groupe déjà victime du malheur de sa propre différence ! C’est quand même surprenant et regrettable d’en arriver là. […] Cette histoire de clans est une fatalité pour la communauté et l’on ressentait une rivalité oppressante entre les groupes différents. En fait, chaque groupe entrait dans une catégorie bien distincte : les extravagants, les cancaniers, les très discrets et enfin les ‘leaders’, ceux qui incitaient à la prise de conscience contre les discriminations et l’homophobie dans la région d’outre-mer. Je trouvais bien dommage cette diversification au sein de la communauté. » (Ednar parlant des lieux de drague antillais, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, pp. 188-189) ; « Quant aux quais de la Seine, il y a belle lurette qu’ils abritent, en plus des traditionnels clochards, les idylles d’horribles couples. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 59) ; etc.

 

Enfin, la cour des miracles fictionnelle représente, une fois transposée dans le réel, la conscience du viol (un viol réel ou/et fantasmé), le chœur symbolique des garçons sauvages et adolescents qui annoncent la mort prochaine (physique et/ou psychique) de la personne homosexuelle. « Ils se sont rapprochés de moi en se masturbant. J’étais allongé sur le dos au milieu du lit bleu. J’ai fermé les yeux et j’ai essayé de m’imaginer encore une fois à la piscine, l’eau, le chlore, le plongeoir, la paix, le luxe. Un rêve impossible à l’époque. Je nageais mais dans la peur. Je tremblais, à l’intérieur. Je ne voyais plus les garçons sauvages mais je les sentais venir, se rapprocher de mon corps, le renifler et le lécher. Dans un instant le violenter, l’un après l’autre le saigner. Le marquer. Lui retirer une de ses dernières fiertés. Le briser. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 25) Pour ma part, j’ai vécu au collège cette petite descente aux enfers qu’a opérée sur moi la cour des miracles de mes camarades collégiens. En effet, tous les garçons de ma classe de 5e m’ont violenté sur la cour d’école du collège Jeanne d’Arc à Cholet, ceux-là mêmes qui m’avaient intronisé roi et délégué de classe en 6e, un an auparavant.

 

La cour des miracles est finalement la représentation fantasmagorique (et parfois l’actualisation concrète) de l’idolâtrie sociale. Un désir passionnel déçu. Elle sied donc parfaitement au désir homosexuel.

 
 

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Code n°41 – Curé gay

curé gay

Curé gay

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Montgomery Clift dans le film "La Loi du silence" d'Alfred Hitchcock

Montgomery Clift dans le film « La Loi du silence » d’Alfred Hitchcock


 

Les Oiseaux qui se cachent pour vomir, version gay… Avant que certains cathos se choquent ou que certains anti-cathos sautent de joie, je tiens à préciser que ce code va traiter du cliché du prêtre ou de la religieuse représenté(e) dans les fictions traitant d’homosexualité, comme « gay » (ou « lesbienne »). Je parle bien des clichés de l’homosexualité, pas d’abord de la réalité improbable de ces clichés (merci de bien comprendre le fonctionnement de mon Dictionnaire en lisant le mode d’emploi, avant de me faire dire ce que je ne dis pas ou de prendre au pied de la lettre les codes).

 

J’ai pour habitude de dire qu’il n’y a pas de cliché sans feu… et que, donc, s’il y a dans les fictions parlant d’homosexualité autant de prêtres homosexuels refoulés, pervers et pédophiles, et de bonnes sœurs lesbiennes frustrées, c’est qu’il y a un fond de vérité. Et pourtant… le cliché du « curé gay » fait presque exception à la règle !

 

Jésus porte le péché du monde sans être pour autant pêcheur. Il est donc logique que nos prêtres, qui ont revêtu le Christ, subissent le même sort que Lui. Ça ne veut pas dire que l’accusation d’homosexualité soit avérée pour eux, mais bien qu’ils sont habités par le Christ… et pour le coup, plus attaqués par le démon !

 

La délirante présomption d’homosexualité des prêtres (ou, ce qui revient au même, d’homophobie intériorisée) était déjà une accusation et une manœuvre courante des Nazis pour discréditer l’Église et ses serviteurs : « J’estime qu’il y a dans les couvents 90 ou 95 ou 100% d’homosexuels. […] Nous prouverons que l’Église, tant au niveau de ses dirigeants que de ses prêtres, constitue dans sa majeure partie une association érotique d’hommes, qui terrorise l’humanité depuis mille huit cents ans. » (Heinrich Himmler dans son discours du 18 février 1937, cité dans l’essai Le Triangle rose (1988) de Jean Boisson, p. 73)

 

Photomontage "Benetton" du Pape Benoit XVI collé aux lèvres de l'imam Mohamed Ahmed al-Tayeb

Photomontage « Benetton » du Pape Benoit XVI collé aux lèvres de l’imam Mohamed Ahmed al-Tayeb


 

J’en ai rencontrés, des prêtres homosexuels. Et même un nombre plus important que je n’aurais pu imaginer, j’avoue. Cependant, ma vision du phénomène n’est d’une part pas très représentative de l’ensemble du Clergé (car mon statut médiatique de « Catho homo » m’expose évidemment plus à recevoir prioritairement les confidences des curés touchés par l’homosexualité), et d’autre part, les prêtres homos restent une minorité (et de toute façon, la question de leur orientation sexuelle se pose à peine une fois passée leur ordination puisqu’ils font vœu de continence, qu’ils se sentent homos ou attirés par l’autre sexe ; ce qui pose uniquement problème, c’est quand ils passent à l’acte).

 

CURÉ GAY Panorama

 

Seule la réalité de terrain nous permet de comprendre que, de par leur recherche de pureté (recherche souvent fructueuse et épanouissante, quoi qu’en disent les médias qui prennent leurs mythes pornographiques pour des réalités), les célibataires consacrés attisent les sarcasmes et les jalousies, et que le clergé n’est pas – même au tiers, comme on l’entend parfois, comme qu’il s’agissait d’une statistique avérée – un « repère d’homosexuels ». En revanche, à l’extérieur de l’Église, on observe beaucoup de fascination mêlée de rancœur, de la part des personnes homos qui se rêvent « religieuses à la place des religieux », car les prêtres, par leur choix de vie radical, les renvoient forcément à leur inconstance et à leur détournement de l’Idéal d’Amour. Par conséquent, elles projettent souvent sur eux leurs propres fantasmes libertins de saints ratés.

 
 

N.B. : Je vous également aux codes « Attraction pour la « foi » », « Se prendre pour Dieu », « Putain béatifiée », « Pédophilie », « Viol », « Homosexuels psychorigides », « Homosexuel homophobe » et « Blasphème », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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FICTION

 

Le personnage homosexuel est un prêtre ou une religieuse :

 

Toile de Fernando Botero

Toile de Fernando Botero


 

Les curés gays ou les nonnes lesbiennes sont très nombreux dans les œuvres artistiques homosexuelles. J’ai dressé une liste non-exhaustive : cf. le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar (avec la Mère supérieure lesbienne), la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, la B.D. Muchacho (2006) d’Emmanuel Lepage (avec Gabriel de la Serna, séminariste homo), le film « Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot » (1965) de Jacques Rivette, le film « Lilies, les Feluettes » (1996) de John Greyson (avec l’évêque homosexuel), la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone (avec le prêtre gay et pédophile), le film « La Vie est un long fleuve tranquille » (1988) d’Étienne Chatiliez (avec Patrick Bouchitey en curé efféminé chantant « Jésus revient »), le film « The Devil’s Playground » (1976) de Fred Schepisi, le film « Les Loups de Kromer » (2003) de Will Gould (avec les dernières images du film montrant la queue de loup – signe d’homosexualité dans l’histoire – dépassant de la soutane du prêtre homophobe qui s’éloigne sur le chemin…), le film « Au nom du Père » (1972) de Marco Bellocchio, le roman L’Agneau carnivore (1975) d’Agustín Gómez Arcos, le film « The Boys Of St Vincent » (1992) de John N. Smith (avec les frères de l’orphelinat St Vincent), le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le film « In The House Of Brede » (1975) de George Schaefer, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude (avec le pasteur Elvström), le film « La Cage aux Folles II » (1981) d’Édouard Molinaro, le film « La Nonne et les sept Pécheresses » (1972) de Sergio Garrone, le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi (avec le vicaire homo), le roman inachevé La Religieuse (1780) de Denis Diderot (avec les prêtres homosexuels chez le Comte de Mirabeau), le film « La Pire de toutes » (1990) de Maria Luisa Bemerg, le film « Mais ne nous délivrez pas du mal » (1970) de Joël Séria, la pièce Jeffrey (1993) de Paul Rudnick, le roman Ser Gay No Es Un Pecado (1994) d’Óscar Hermes Villordo, la pièce Les Longues Vacances de Salazar (1997) de Manuel Martínez Medeiro (avec le cardinal Cerise, homosexuel frustré voulant revivre ses premiers homosexuels de pensionnat avec le dictateur Salazar), le film « Les jours et les nuits de China Blue » (1984) de Ken Russell, le film « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy (avec le père de Trennes, homosexuel refoulé), le film « Pianese Nunzio, 14 Anni A Maggio » (1996) d’Antonio Capuano (avec le père Alonso), le roman El Ángel descuidado (1965) d’Eduardo Mendicutti, le roman Los Nietos De San Ignacio (1916) de Joaquín Belda, le film « Le Nom de la Rose » (1986) de Jean-Jacques Annaud, le film « Conan le Barbare » (1981) de John Milius, le roman A.M.D.G. (1910) de Pérez de Ayala, le film « Butterfly » (2004) de Yan Yan Mak, le film « Couvent de la Bête sacrée » (1974) de Norifumi Suzuki (Mayumi, jeune femme libérée, décide de rentrer dans les ordres), le film « Extramuros » (1985) de Miguel Picazo, le film « Manuel Y Clemente » (1985) de Javier Palmero, le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, le film « Le Canardeur » (1974) de Michael Cimino, le roman Extramuros (1978) de Jesús Fernández, le film « Le Narcisse noir » (1947) de Michael Powell-Emeric Pressburger, le film « If… » (1968) de Lindsay Anderson, le film « Fantasmes » (1967) de Stanley Donen, le film « Jeunes filles au couvent » (1972) d’Eberhard Schroeder, le film « Storia Di Una Monaca Di Clausura » (1973) de Domenico Paolella, le film « Les Religieuses du Saint Archange » (1973) de Domenico Paolella, le film « Flavia la Défroquée » (1974) de Gianfranco Mingozzi, le film « Intérieur d’un couvent » (1976) de Walerian Borowczyk, le film « Lettres d’amour d’une Nonne portugaise » (1976) de Jess Franco, le film « Le Confessionnal » (1995) de Robert Lepage, le film « Wet And Rope » (1979) de Koyu Ohara, le film « Prêtre » (1994) d’Antonia Bird (avec le père Greg), le film « Un Printemps sous la neige » (1983) de Daniel Petrie, le film « Lilies » (1996) de John Greyson, le film « Het Sacrament » (1989) d’Hugo Claus, le film « Sister Emmanuelle » (1981) de Joseph Warren, le film « Quam Mirabilis » (1994) d’Alberto Rondalli, le film « Dominique Suor Sorriso » (2001) de Roger Deutsch, le film « Pecata Minuta » (1998) de Ramón Barea, le film « Les Destinées sentimentales » (1999) d’Olivier Assayas, le film « Split Wide Open » (1999) de Dev Benegal, la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener (avec Pierre le jeune prêtre homosexuel, en couple avec Pierre), la chanson « Ils en sont tous » (1949) de Robert Rocca, le one-man-show Cet homme va trop loin (2011) de Jérémy Ferrari (avec le Père Vert), la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, la chanson « Jesus Is Gay » de Gaël, le film « Une Chose très naturelle » (2010) de Christophe Larkin (avec David, l’ancien séminariste), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, la publicité étrangère « Love For All » pour la marque de vêtements Björn Borg (avec les deux prêtres mariés à l’Église par une femme pasteur), la comédie musicale Peep Musical Show (2009) de Franck Jeuffroy (avec le père François), le film « Souffle au cœur » (1971) de Louis Malle (avec le jésuite pédéraste), le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto (avec Fefe, le curé gay), le film « Il y a des jours… et des lunes » (1989) de Claude Lelouch (où Francis Huster joue le rôle d’un prêtre en couple avec un antiquaire), la série Ainsi soient-ils de la chaîne Arte (2012) de David Elkaïm (avec des portraits de cinq séminaristes, très romancés et caricaturaux ; et l’un d’entre eux est évidemment homo), le roman Deux garçons, la mer (2013) de Jamie O’Neill (Jim, l’un des héros homos, se destine à la prêtrise), le film « In The Name Of » (2012) de Malgoska Szumokska (avec Adam, un jeune prêtre engagé et populaire, qui finit par se découvrir homo), la pièce L’Émule du Pape (2013) de Michel Heim (avec Tazzio, l’amant du Pape), le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi (avec le prêtre montré comme homosexuel refoulé), l’opéra King Arthur (2009) d’Hervé Niquet (avec les deux moinillons homosexuels), le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer (avec le pasteur Ralph, homophobe et secrètement homosexuel), la pièce Les Feluettes (2015) de Michel Marc Bouchard (avec Monseigneur Bilodeau), etc.

 

Séminaristes « nouvelle génération »

 

Les allusions à l’homosexualité latente des prêtres sont plus ou moins directes : « Un ecclésiastique, un abbé pédalait. Mon Dieu, qu’il pédalait, pédalait bien l’abbé. » (cf. la chanson « L’Abbé à l’harmonium » de Charles Trénet) ; « Les curés, ce sont des hommes comme les autres : des obsédés. » (Nana dans son one-woman-show Nana vend la mèche, 2009) ; « Drag-queen avec moins de paillettes = un curé. » (une réplique du one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur) ; « Le pays a été sodomisé par la religion. » (Nasser dans le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears) ; « Je payais en toute hâte, empochai mon ticket et me jetai sur les portes du théâtre sans regarder vers la queue où, j’en étais convaincu, une dizaine d’homosexuels – dont un prêtre –, plus méchants les uns que les autres, riaient de ma déconvenue. » (le narrateur homosexuel à l’opéra, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 35) ; « J’préfère encore me faire tripoter par un prêtre comme mes copains cathos quand ils vont au caté. » (Laurent Spielvogel à propos du rabbin à qui il va rendre visite, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; etc.
 

Par exemple, dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Jim, le jeune adolescent homosexuel, s’est fait attouché par un prêtre, le frère Pocycarpe (ce dernier lui a déboutonné sa chemise et caressé le torse). Cet abus donne raison aux suspicions anticléricales émises par Doyler, l’amant de Jim : « Ces curetons, c’est tous des pervers et des frustrés. Attention aux curés de tous les côtés ! ». Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Géraldine, la femme de Nicolas le héros homosexuel, sort des propos hyper homophobes, et soupçonne Mgr Lanu le prêtre qui doit présider l’enterrement du père de Nicolas, d’être homosexuel : « Je pense qu’il est un peu huhuhu. C’est un pédé, quoi ! » Nicolas fait des jeux de mots salaces entre le nom de famille Lanu et l’anus, bien entendu. Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca hallucine, avec l’application I-phone GrindR, de découvrir des homos partout autour de lui : « J’étais pas habitué, moi ! Je viens du Nord-pas-de-calais. À part le curé, y’avait personne ! » Dans le film « Tout mais pas ça » (« Se Dio vuole », 2015) d’Edoardo Falcone, Andrea, veut devenir prêtre, mais n’ose pas encore le dire à ses parents. Tommaso, son père anticlérical, voit Andrea partir en mobylette avec son pote Furio, et s’imagine déjà qu’ils couchent ensemble… alors qu’ils ne font que se rendre à des réunions d’enseignement chrétien animées par un prêtre. La prêtrise est mise sur le même plan que le coming out.

 

Cette réputation est parfois confirmée par le personnage homosexuel lui-même. « Ton père est différent des autres pères. » (le père travesti M to F, ancien curé et ancien évêque de Bruxelles, faisant son coming out à son fils Peter et parlant de lui à la troisième personne, dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau ; il veut fonder l’Association des Travestis Évêques Belges, l’ATEB) On retrouve quelques héros homosexuels religieux vivant en couple homo, ou bien fréquentant les lieux de drague homosexuelle tels que les saunas ou les parcs. Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, lors d’un de leurs premiers dîners, Pierre Bergé compare son futur amant Yves Saint-Laurent à un prêtre pour le dragouiller : « Quand vous êtes venus saluer [à la fin du défilé Dior], vous aviez l’air d’un séminariste. »… ce à quoi Yves lui fait cet aveu : « Je suis passé chez les curés, oui. » Dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, Adrien, séminariste, se voit dans une situation et dans des actions qui ne lui ressemblent pas : « Et Adrien était là aussi [sur la Place Dauphine, lieu de prostitution]. Adrien faisait comme eux. Il était l’un d’eux. Il en éprouvait de la honte. Comment lui, le prêtre, pouvait-il être impliqué dans ce vil commerce des corps, côtoyer ces êtres en manque de chair, se mettre en chasse comme eux ? » (p. 27) Le personnage homosexuel fige l’acte schizophrénique en question esthétique pour ne pas agir selon sa conscience. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, le père d’Henri est prêtre. Et à la fin de la pièce, Edmond se marie avec le père Gilbert.

 

Dessin "Klostertraum" (1952) de Clovis Trouille (le bien nommé...)

Dessin « Klostertraum » (1952) de Clovis Trouille (le bien nommé…)


 

L’homosexualité de l’ecclésiastique est parfois une projection fantasmatique du héros/de l’auteur gay. « Le président se faisait sodomiser par le pape de l’Argentine. » (la voix narrative du roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 56) ; « Un prêtre sur trois en est. » (Julien dans la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener) ; « Si les jeunes imitaient leurs profs homos, il y aurait davantage de bonnes sœurs. » (Harvey Milk dans le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant) ; « Mais entrez donc Monseigneur. Toujours toujours, tu t’y frottes… typique. » (cf. la chanson « Bouchon rue de Liège » du Beau Claude) ; « Y’a deux semaines, j’ai postulé pour rentrer dans les ordres. » (Jarry dans son one-man-show Atypique, 2017); etc. Par exemple, dans la pièce Le Bossu de Notre-Dame (2010) d’Olivier Solivérès, le méchant Frollo est homosexualisé et comparé à Blanche-Neige. Dans le film « Madre Amadísima » (2010) de Pilar Tavora, l’un des personnages s’adresse à la photo du pape Benoît XVI en le suspectant d’être affilié à plein d’homos dans ses proches collaborateurs. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, les papes sont tous féminisés : les comédiens nous parlent de « la Jean-Paul II, la Pie XII, la Paul VI, la Benoît XVI ». Dans la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays, le pape Benoît XVI est transformé en gay. Dans son one-man-show Anthony Kavanagh fait son coming out (2010), Kavanagh compare le pape à une « vieille drag-queen ». Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, lorsque la narratrice transgenre F to M se travestit en moine ermite, « un samedi soir, la veille de Pâques » ; et elle évoque « la Papesse Jeanne ». Dans les fictions traitant d’homosexualité, même Jésus est transformé en pédale : « Oh je n’ai fait que prendre exemple sur Jésus… mais si vous voyez… Jésus (elle mime une folle sur la croix – mime les clous, la couronne, la chaleur) » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Plus tard, Jésus-Christ est crucifié. Il aimait beaucoup les hommes. » (une phrase de la B.D. de Cuneo, dans la revue Triangul’Ère1 (1999) de Christophe Gendron, p. 130).

 

Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, dans la boîte gay Chez Eva, Adrien, le héros homo, pour se débarrasser d’Alexandre (l’hétérosexuel), fait croire à son pote sadomasochiste Bibiche que ce dernier est un « ex-séminariste grand amateur de flagellation » pour qu’il le maltraite physiquement… ce qui excite Bibiche encore plus. Et un peu plus tard, Fripounet, l’un des serveurs homos de la boîte, se montre aussi très entreprenant avec un prêtre puisqu’il n’hésite pas à le toucher. Il fantasme également sur le Christ : « Qu’il est beau, ce Jésus… ».
 

Parfois même, le personnage homosexuel est à l’origine de l’acte homosexuel du prêtre. Dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, par exemple, c’est le héros gay lui-même qui, juste pour braver l’interdit de la profanation, va pervertir un curé et le faire basculer dans l’homosexualité, en attribuant ensuite son acte aux séminaires : « Qu’est-ce qu’on leur apprend, bon Dieu, dans les écoles à curés ? […] Ce pauvre type s’est défroqué ! » (p. 134) On voit bien, à travers ce roman, que les curés en question sont en réalité des hommes homosexuels déguisés en curés pour s’amuser/faire scandale, et porter à confusion sur la véritable identité des prêtres. D’ailleurs, Vincent Garbot, une fois son infamie opérée, vole sa soutane au pauvre curé rongé de culpabilité, et la porte avec complaisance et narcissisme, comme un trophée : « Il faut dire que le noir de l’habit boutonné jusqu’au col me va comme un gant. » (idem, p. 135) Autre exemple : dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, deux hommes barbus déguisés en nonnes fréquentent le cabaret anar de Kyril. Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, la Reine Christine, pseudo « lesbienne », a une liaison avec le cardinal Azzolino.

 

Film "Les Amitiés particulières" de Jean Delannoy

Film « Les Amitiés particulières » de Jean Delannoy


 

L’image caricaturale du curé pédé peut répondre à un fantasme (d’amour ou/et de viol) projeté : « Moi, c’que je veux, c’est violer le curé ! » (Camille dans la chanson finale du one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « Voilà la bonne sœur… ! » (Emory, homosexuel très efféminé, se moquant d’Alan, le héros homosexuel refoulé, dans le film « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « La religieuse était pleine de vie et, bien qu’elle ne fût pas jolie, je fus attirée par elle. […] J’étais insensiblement attirée et sous le charme de la sœur. […] Je concentrai mon esprit sur les pensées choquantes qui me traversaient l’esprit. Je l’imaginais déshabillée et en situation de me donner ce que j’aurais voulu d’elle sur l’instant. […] J’avais souvent pensé que dans les couvents, parmi ces femmes enfermées, certaines devaient entre elles trouver un peu de satisfaction… » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 221-223) ; « Était-elle en train de flirter ? […] Ils remontèrent le chemin blottis l’un contre l’autre comme des jeunes mariés hésitants. » (Jane, l’héroïne lesbienne à propos du jeune père Walter, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 48) ; etc. Dans le film « Le Cavalier noir » (1960) de Roy Baker, un prêtre s’oppose aux agissements d’un bandit de grand chemin qui sème la terreur sur son passage… et ce bandit tombe justement amoureux de son bienfaiteur en habit.

 

L’homosexualisation de l’homme clérical qui est en chemin de pureté est souvent le fruit d’une vexation féminine ou d’une jalousie homosexuelle de ne pas parvenir à le séduire ou à l’égaler. Pour faire fléchir un prêtre, certains personnages homosexuels vont prêcher le faux pour savoir le vrai : « Peut-être que t’es pédé d’ailleurs… » Par exemple, dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, Jézabel, l’héroïne bisexuelle, traite de « pédé » le beau père David dont elle est amoureuse, par jalousie et test, parce qu’il se refuse à elle.

 

En général, le sacerdoce n’est pas considéré par le héros homosexuel comme une vie, un engagement, une intériorité ouverte sur l’extérieur, mais uniquement comme un déguisement, une apparence, une extériorité tournée vers un égocentrisme, un bout de tissu : « Wanda passa son bras autour de la taille de Mary et elles s’éloignèrent en glissant, couple incongru, l’une vêtue aussi sombrement qu’un prêtre, l’autre dans sa robe de soirée de flou chiffon bleu. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 489) Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Omar se surnomme « Sœur Omar de la Perpétuelle Indulgence ». La parodie de religion, ce ne sont pas les prêtres réels, mais les personnages homosexuels eux-mêmes. Par exemple, dans la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim, Dieu est un bourgeois aristo homosexuel, Jésus une grande folle, Marie un travesti, et l’Esprit Saint le désir homosexuel.

 

On lit souvent chez le personnage homosexuel se prenant pour un curé un fantasme de sainteté inversé. Il cherche le salut et la pureté dans la perdition. L’homosexualité pratiquée lui apparaît comme une forme de sainteté inédite, originelle. Il rentre au bordel comme il rentrerait au couvent. « Pietro s’est décidé à changer définitivement de sexe, il veut devenir carmélite. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 146) Par exemple, dans la pièce Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton, l’une des salles du sauna où se rend le protagoniste homo est appelée « la Chapelle Fistine » (jeu de mots entre le fist-fucking et la fameuse Chapelle Sixtine au Vatican). Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, les ecclésiastiques sont en réalité des imposteurs homosexuels déguisés en curés, « les folles habillées en abbesses » (p. 113) : « Mimile se souleva la soutane et nous montra son postérieur. » (p. 115) ; « Mimile vint nous rejoindre dans le lit de l’archevêque pour coucher avec nous. » (Gouri, p. 95) Tout cela sont des mises en scène libertines volontairement blasphématoires, peu réalistes, mais voulues authentiques, y compris dans la dérision et le sarcasme. « Je veux faire le prêtre. Je veux être une traînée ! » (Paul, héros homo chantant dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso)

 

Le personnage homosexuel, vexé d’avoir mal répondu à sa vocation à la sainteté, se venge sur les prêtres réels de son entourage. Pourtant, il se sentait originellement « appelé ». « Savais-tu qu’avant de devenir médecin, j’avais résolu d’entrer dans les ordres ? » (Randall dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 235) Dans son one-man-show Ali au pays des merveilles (2011), Mr Folaste, qui voulait initialement devenir jésuite, « a fini pédophile, comme tous ces pédérastes ». Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel commence son spectacle par une blague sur les prêtres pédophiles qui, dans les magasins de vêtements Kiabi, « rentrent dans du 8 ans »… même si au départ, il annonce qu’il ne le fera pas : « Je ne ferai pas de vannes vulgaires sur les prêtres. »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Autobiographie "Confidences dérangeantes d'un homme d'Église" de William Nasarre

Autobiographie de William Nasarre


 

Dans les faits, les prêtres « homosexuels pratiquants » ne manquent pas. Parmi les cas les plus connus, on retrouve André Baudry (ancien séminariste et fondateur d’Arcadie dans les années 1950 en France), Salvador Guasch, Antonio Roig, Ernesto Jiménez, Antonio Rocco, Vitaliano Della Sala, Franco Barbero (cf. le documentaire Les Règles du Vatican (2007) d’Alessandro Avellis), José Mantero, Hugues Pouyé (prêtre pendant 13 ans), Jean-Michel Dunand, etc. Dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta sur Play Cuatro, (2011), une sœur « défroquée », María-José Casillo, témoigne de sa souffrance d’être partie du couvent – et plus largement de l’Église catholique – parce qu’elle a connu l’amour lesbien avec une autre religieuse, et qu’elle a rompu ses vœux. Dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Christian, le dandy quinquagénaire homosexuel, dit avoir aimé toucher (chez les Jésuites) le sexe des hommes plus âgés que lui. Dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Bertrand N’Guyen Matoko raconte comment il s’est fait violer, adolescent, par son confesseur le père Basile.

 

Je vous renvoie également à l’autobiographie Confidences dérangeantes d’un homme d’Église (2006) de William Nasarre, au blog du père Jonathan sur Facebook (itinéraire d’un prêtre qui se dit ouvertement homosexuel, mais qui parle à visage caché), à tous ces films de « nunsploitation » (dont parle l’essayiste Didier Roth-Bettoni) dans lesquels des œuvres cinématographiques lient homosexualité et ordres religieux, au documentaire « Axel von Auerperg » (1973) de Rosa von Praunheim, au documentaire croate « Nuns in your Business ! » (2020) d’Ivana Marinić Kragić, etc.

 

Comme le reconnaît très honnêtement le prêtre catholique Xavier Thévenot, maintenant décédé, mais pionnier de la réflexion ecclésiale en matière d’homosexualité, dans son essai Homosexualités masculines et morale chrétienne (1985), « il n’est pas rare, quoique cela ne soit pas systématique (comme on l’a parfois affirmé), que l’homosexualité soit une des composantes de la prêtrise. » (p. 181) Par ailleurs, dans son essai Je vous appelle amis (2010), le maître de l’Ordre des dominicains Timothy Radcliffe explique qu’il y a parmi ses frères ordonnés un certain nombre d’individus homosexuels, mais que cela ne pose pas de problème ni de distinction fondamentale entre eux étant donné que l’exigence de la continence dans le célibat s’applique à tous, qu’ils soient homos ou non. Et on retrouve un certains nombres de religieux liés de près ou de loin aux associations et aux communautés comme la Fraternité Aelred, l’association David et Jonathan (D&J), le mouvement Devenir Un En Christ (DUEC), la Communion Béthanie, l’association Courage international, etc.

 

le Franciscain Father Mychal F. Judge

le Franciscain Father Mychal F. Judge


 

Certains prêtres ou séminaristes, en vivant une double vie parce qu’ils refusent de concilier leur obéissance à l’Église avec leurs penchants homosexuels, racontent parfois le rêve éveillé (un cauchemar schizophrénique) qu’ils vivent quand ils fréquentent les lieux de drague homosexuelle et qu’ils ne pratiquent pas ce qu’ils savent vrai : « En raison de mes horaires, différents de ceux des frères, j’avais les clés de la porte d’entrée du carmel. Je n’étais pas supposé disparaître le soir après le dîner. Mais je m’en arrogeais discrètement le droit et filais vers les lieux de rendez-vous homosexuels. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 49) ; « J’avais solutionné le problème en divisant ma vie en deux parties. Studieux et chaste au séminaire, je me dissipais pendant les vacances scolaires. J’avais découvert que les saunas servaient de lieux de rencontre et je les fréquentais de manière totalement compulsive. » (idem, p. 71)

 

Il est certain que la pratique homosexuelle guette tous les regroupements humains où la différence des sexes est absente ou méprisée/sacralisée, où la tentation de se prendre pour Dieu est fatalement plus forte (cf. je vous renvoie au code « Se prendre pour Dieu » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels), les ordres religieux ne faisant pas exception à la règle. Ce fut le cas des Templiers au XIIe et XIIIe siècles : « Quelque opinion que l’on adopte sur la règle des Templiers et l’innocence primitive de l’Ordre, il n’est pas difficile d’arrêter un jugement sur les désordres de son dernier âge – désordres analogues à ceux des ordres religieux. Les Templiers, jugés, avouèrent leurs mœurs. L’Ordre du Temple fut, sur ordre de Philippe le Bel et du Pape Boniface VIII, anathémisé, aboli et ses membres suppliciés. » (l’historien Jules Michelet, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 130) L’histoire humaine regorge d’anecdotes démontrant une pratique réelle de l’homosexualité aux séminaires, au sein des couvents et des abbayes. « Dans les couvents [pendant la Renaissance française], on croit trouver des vierges, on tombe sur des lesbiennes. » (Louis-Georges Tin, L’Invention de la Culture hétérosexuelle (2008), p. 115) ; « Le Vatican compte une forte majorité d’homosexuels. Et je vais vous expliquer pourquoi. Dès ses débuts, le christianisme a exclu et fustigé les femmes, condamné la société et milité pour le célibat. » (Uta Ranke-Heinemann dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; « Au début, je croyais que ce n’était que des ragots, ces histoires d’orgies dans les locaux du séminaire. Mais la rumeur s’est confirmée. Le sexe était partout. On nous encourageait presque. On nous disait : ‘Si vous êtes homos, de nos jours, ce n’est plus un obstacle pour devenir prêtre’. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Les homosexuels étaient sur-représentés. Je dirais qu’ils formaient la moitié des séminaristes, voire un peu plus. » (Daniel Bühling, jeune prêtre défroqué, idem) ; etc.

 

Jean de Prévallier, professeur à l’Académie de Médecine de Paris (1715-1792), a écrit en 1780 des mots fatalistes sur la prêtrise, qui se présentent pourtant sous un jour « objectif » et « scientifique » : « Si l’on examine le chiffre brut des sodomistes que donnent les dossiers de la police, quant à la qualité de l’individu, on est frappé de la prédominance du clergé et de la domesticité. Toutefois, à notre époque, si l’on fait la comparaison entre la quantité des sodomistes de chaque catégorie, et la totalité des individus appartenant à cette catégorie, le clergé prend la première place. Quant à la continence que les moines, les prêtres, les religieux et les religieuses observent soi-disant, en vertu du privilège spécial conféré par les ordres sacrés, il y a longtemps que l’on sait positivement à quoi s’en tenir à cet égard par les désordres scandaleux d’un certain nombre d’entre eux. Il n’y a plus d’illusion possible, car il est avéré et reconnu par les casuistes mêmes que les plus chastes, ne résistant souvent le jour qu’au prix des plus violentes luttes de la chair, sont tourmentés la nuit par des hallucinations lubriques, des rêves libidineux, des images érotiques qui les amènent à des pollutions ou à la masturbation. Leur célibat n’est plus qu’un grossier trompe-l’œil pour les simples et les ignorants, cachant une nécessité indispensable au maintien de sa hiérarchie et de son autorité. Que peuvent faire ces jeunes hommes de vingt à vingt-cinq ans, souvent vigoureux et pleins de vie ? Un jour ou l’autre, contre leur gré dans la plupart des cas, la chair triomphe et le vice de Sodome s’installe en eux, malgré leur désir de rester purs… »

 

Dans son roman-documentaire La Maison battue par les vents (1996), le père Malachi Martin, qui a été un proche du Pape Jean XXIII puis de Paul VI, ouvre la Boîte de Pandore du Vatican et du clergé international : « La Maison des Saints Anges – nom de ce monastère – avait la réputation d’être un havre pour plusieurs membres de l’Ordre ayant une orientation homosexuelle. » (pp. 448-449); « La propagation de l’homosexualité active dans les séminaires d’Amérique du Nord comme dans l’ensemble du clergé. » (Pape Jean-Paul II, p. 370) ; « une homosexualité et une pédophilie cléricales apparemment devenues frénétiques ; les contours d’une profonde crise morale. » (p. 384) ; « Il existe un système de protection mutuelle qui va de la Chancellerie d’O’Cleary jusqu’au Collège des Cardinaux. Et beaucoup de types qui voudraient en sortir n’en ont pas le cran. Un groupe de prêtres homosexuels, vœux rompus, de vocations avortées et de trahison abyssale de la confiance que leurs congrégations avaient placée en eux. Ce club ecclésiastique pratiquant l’homosexualité et la pédophilie comprenait aussi le clergé de haut rang, jusqu’à des évêques auxiliaires et titulaires. Cela fonctionnait comme une mafia cléricale.[…] Innocent ou non, quiconque vendait la mèche était sûr de finir comme lui, isolé et enterré sous une avalanche de contre-accusations. » (Père Michael O’Reilly, p. 466 à 481) ; « Des évêques mutaient continuellement leurs jeunes amants de paroisse en paroisse » (p. 481) ; « nombre croissant d’ecclésiastiques activement homosexuels, de la complicité de certains évêques avec les pratiques en question et de la connivence que montraient vis-à-vis d’elles ceux qui n’y étaient pas directement impliqués. » (p. 484) ; « un réseau plus vaste qu’aucun de nous s’y attendait. » (p. 498) ; « l’homosexualité était un mode de vie ‘parfaitement acceptable’ » (p. 580) ; « Ce qui lui meurtrissait l’âme, c’était la malignité des Dominicains entre eux. D’une manière troublante, ses frères religieux de la Maison des Saints Anges constituaient un groupe d’hommes ayant choisi de vivre ensemble et excluant tout esprit qui leur était étranger. » (p. 472) ; « La documentation montrait que l’activité homosexuelle et le satanisme rituel avaient atteint un niveau organisationnel au sein du clergé américain, mais parce que les mêmes noms et les mêmes lieux revenaient dans chacune des deux séries de données. » (p. 532) ; « connexion de fait entre l’homosexualité pédophile et le satanisme ritualiste au sein du clergé » (p. 533) ; « Il apparaissait tout à coup comme incontestable que l’organisation catholique romaine comprenait désormais – pendant le pontificat de Jean-Paul II en cours – un contingent permanent de clercs qui adoraient Satan et qui aimaient ça, d’évêques et de prêtres qui sodomisaient des jeunes garçons et se sodomisaient entre eux, ainsi que des religieuses qui accomplissaient des ‘Rites noirs’ de la Wicca et qui entretenaient des relations lesbiennes à l’intérieur comme à l’extérieur de la vie conventuelle. […] Non seulement il s’accomplissait des rites et des actions sacrilèges aux Autels du Christ, mais cela se faisait avec la connivence ou, du moins, la permission tacite de certains Cardinaux, archevêques et évêques. La liste des prélats et des prêtres concernés avait de quoi causer un énorme choc à quiconque la découvrait. Au total, ces hommes ne formaient qu’une minorité comprise entre un et dix pour cent du clergé total. Mais parmi cette minorité, nombreux étaient ceux qui occupaient des positions incroyablement élevées par le rang et l’autorité au sein des chancelleries, séminaires et universités. De ces deux faits, le plus crucifiant pour le Pape slave était le pouvoir d’un tel réseau, si disproportionné eu égard au statut minoritaire de la mouvance en question dans les rangs de l’Église. L’influence prépondérante du réseau tenait d’une part aux alliances de ce dernier avec des groupes laïcs extérieurs à la sphère catholique romaine, d’autre part au nombre écrasant de professeurs des séminaires, des universités et des écoles catholiques affichant une opposition ouverte et comme allant de soi aux dogmes et enseignements moraux de l’Église. Mais il existait un troisième fait : C’était ce Souverain Pontife qui avait rendu une telle influence possible. Il avait vu la corruption. Mais sa décision avait été de ne pas excommunier les hérétiques. » (pp. 583-584)
 

Suite à la publication du document de 2005 du pape Benoît XVI (appelant à la prudence concernant les séminaristes qui présentaient des tendances homosexuelles profondément enracinées), j’ai su par exemple qu’aux Philippines, le frère prieur et supérieur d’une communauté religieuse que je connais a vu la moitié des séminaristes faire leur valise ! Et à force de m’entretenir avec certains prêtres et religieux, je sais que dans telle ou telle congrégation religieuse (Frères de saint Jean, Jésuites, Dominicains, etc.), dans tel ou tel média catho (revue, radio… Dans certaines radios en France, 40 % du personnel « en est », je peux l’attester !), dans tel ou tel diocèse, et même au Vatican (où il existe une petite « mafia rose » enserrant le Pape : véridique), la proportion des frères à avoir des tendances homosexuelles se retrouverait, à la louche, dans une fourchette de 1/3 à ½. Cette homosexualité dans le Clergé n’est pas à ignorer, car elle est croissante… même si elle est peu quantifiable et peu révélatrice d’une soi-disant « frustration ou homophobie ou homosexualité refoulée » qui serait générée par le célibat consacré.

 

Si on veut prouver que les prêtres sont aussi des hommes comme les autres, on y arrivera toujours ! Car ils le sont. Tous les Hommes sont pécheurs (… sauf Jésus et Marie). Le plus gênant dans ce discours de l’évidence, c’est que ceux qui se focalisent sur les défaillances des prêtres oublient pour le coup que la majorité d’entre eux sont non seulement humains mais surtout divinisés par le sacrement du sacerdoce, remplis par la grâce et la liberté du don entier de sa personne à Jésus et à son Église. Et là, en effet, c’est la question de la foi en Dieu qui rentre en ligne de compte, et qui fait que les incrédules (emprisonnés par leurs pulsions et jaloux de voir que les prêtres les contrôlent avec succès et joie) s’arrêtent en route, et les confiants continuent le chemin.

 

La mauvaise foi génère des caricatures de curés gays, provenant bien souvent de pseudo « catholiques pratiquants », ou même de prêtres défroqués, froissés de ne pas avoir suivi jusqu’au bout leurs idéaux, ou blessés par des gens d’Église peu charitables : « Le conflit entre Amour et Église, ce sont les évêques et les cardinaux qui l’ont causé, parce qu’ils sont tous des homosexuels refoulés. » (le père Franco Barbero dans le documentaire Les Règles du Vatican (2007) d’Alessandro Avellis) ; « Il y a bien des pédés asociaux, mais souvent ceux-là sont prêtres. » (cf. le blog du chanteur Nicolas Bacchus) ; « Si on faisait des statistiques dans le clergé catholique espagnol, certains diocèses présenteraient un pourcentage élevé d’homosexuels. » (José Mantero, ex-prêtre catholique, cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 151) ; « C’est clair : ce sont des concubines notoires. » (Gustav, homosexuel, décrivant cyniquement deux religieuses italiennes qui ont répondu négativement à sa défense du DICO – le PaCS local – lors d’un micro-trottoir, dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi) ; etc.

 

Certains vont tellement vite à homosexualiser tout le clergé qu’ils en arrivent, parfois avec une sincérité incroyable, à proposer des théories abracadabrantes sur l’homosexualité du Christ (en lien par exemple avec saint Jean, le disciple que Jésus « aimait », ou bien avec l’iconographie ambiguë du baiser de Judas). Par exemple, lors d’une interview publiée le 19 février 2010 dans le magazine Parade, le chanteur homosexuel Elton John affirme que « Jésus était un gay compatissant, super-intelligent ».

 

Il semblerait que beaucoup de personnes homosexuelles, croyantes mais non pratiquantes, et tellement persuadées qu’elles sont des fidèles plus authentiques que les vrais catholiques pratiquants parce qu’elles n’obéiraient pas « bêtement/scolairement » à l’Église comme des grenouilles de bénitier, se soient prises pour leurs propres caricatures : les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (ces hommes excessivement grimés en nonnes provocatrices lors des Gay Pride) en fournissent un bel exemple. Elles voient leur détournement des préceptes de l’Église comme une inversion révolutionnairement sainte. Parfois, ce sont les hommes homosexuels qui, en se déguisant en prêtres fréquentant les lieux de drague gay, alimentent eux-mêmes l’amalgame entre homosexualité et prêtrise : rappelons par exemple que le philosophe français Roland Barthes allait au club parisien Le Rocambole déguisé en ecclésiastique, juste pour porter préjudice à l’institution vaticane et mal agir en toute impunité. La parodie homosexuelle d’Église peut être très sérieuse, comme nous le constatons avec les hordes de FEMEN (seins nus, affichant des messages anticléricaux, portant le voile) lancée par Caroline Fourest, oubien dans le documentaire « Mamá No Me Lo Dijo » (2003) de Maria Galindo, où l’on voit des femmes lesbiennes déguisées en prêtres, célébrant des messes en plein air sur la place publique, et réclamant le mariage des prêtres ou l’ordination des femmes prêtres pour combattre le supposé « sexisme » de l’Institution vaticane.

 
CURÉ GAY Queen of homophobia
 

C’est par leurs provocations anticléricales collégiennes, ou leurs pastiches sincères de rites cultuels catholiques, qu’une grande majorité des personnes homosexuelles prouve que la perversion et l’obsession sexuelle ne viennent pas d’abord des prêtres mais de ceux qui les jalousent/ignorent/détruisent : « Dans ma prochaine nouvelle, j’me tape des curés dans la grotte de Lourdes ! » (l’écrivain Ron l’Infirmier dans l’émission Homo Micro de la radio RFPP, le 12 février 2007) ; « Évidemment, je ne vois pas le prêtre en charge de ma paroisse venir m’embrasser sur la bouche. Mais alors, qu’il laisse cela à celui qui en aurait envie parce que cela monterait naturellement de son être accordé à cet embrassement. » (Henry Creyx, Propos décousus, propos à coudre et propos à découdre d’un chrétien homosexuel (2005), p. 32) ; etc.

 

Est-il besoin de rappeler que l’idée des prêtres catholiques gays ou du séminaire comme « repaire d’homosexuels » étaient un des arguments fréquemment employés par les Nazis pour pourchasser les personnes homosexuelles et l’Église ? « J’estime qu’il y a dans les couvents 90 ou 95 ou 100% d’homosexuels. […] Nous prouverons que l’Église, tant au niveau de ses dirigeants que de ses prêtres, constitue dans sa majeure partie une association érotique d’hommes, qui terrorise l’humanité depuis mille huit cents ans. » (Heinrich Himmler dans son discours du 18 février 1937, cité dans l’essai Le Triangle rose (1988) de Jean Boisson, p. 73)

 

L’homosexualité attribuée aux curés prouve justement par défaut la ténacité, l’intégrité et la force exceptionnelles de la grande majorité des vrais prêtres. Plus on est dans la Vérité, plus on est attaqués. Et l’homosexualisation de ceux qui sont en chemin de pureté (homosexualisation prenant au départ la forme de la revendication du mariage des prêtres, de la cessation de leur voeu de célibat, ou du sacerdoce des femmes) est souvent le fruit d’une vexation féminine ou d’une jalousie homosexuelle de ne pas parvenir à les séduire ou à les égaler. Pour faire fléchir un prêtre, on va prêcher le faux pour savoir le vrai : « Peut-être que t’es pédé d’ailleurs… »

 

Cela ne veut pas pour autant dire que les hommes d’Église sont parfaits, n’ont pas leurs défaillances, et qu’ils ont tous une sexualité équilibrée. Cependant, ils doivent tendre à la perfection et être exemplaires, car ils sont davantage responsables que des laïcs du salut des autres âmes, ayant été ordonnés pour habiter le Christ. Les prêtres et religieuses, parce qu’ils sont sanctifiés et ont reçus des grâces en abondance, ont moins d’excuses de mal agir. Et il est urgent pour eux, s’ils se sont écartés en actes de leur engagement religieux (en pratiquant des actes homosexuels par exemple), de revenir à la Vérité. Car ils risquent gros : la Vie éternelle. Certains – et j’en connais beaucoup – sont en grand danger, je le dis honnêtement. En danger de mort. L’enfer est peuplé précisément de ces gens-là qui savent mais qui ne font pas, de ces croyants non pratiquants. D’ailleurs, le seul véritable croyant non pratiquant, c’est/c’était le diable.

 

"Coming out" de José Mantero en Espagne

« Coming out » de José Mantero en Espagne


 

Soyons lucides. Depuis ma récente visibilité médiatique en tant que catho homo continent, beaucoup de prêtres, de séminaristes, viennent se confier à moi, me parler de leurs pratiques homosexuelles clandestines (parfois, il arrive aussi qu’ils me draguent !). J’ai même entendu des témoignages d’amis séminaristes, vivant leur homosexualité dans le plus grand secret, alternant les phases de continence avec des moments d’orgie sexuelle sur les lieux de drague, qui m’avouaient qu’à l’intérieur de leur séminaire, certains de leurs camarades sortaient ensemble. Je sais qu’ils ne me mentent pas, car ils m’ont vidé leur sac avec une grande transparence, un véritable attachement à leur Église, et sans volonté de scandale. Tout cela sont des faits. Je n’invente rien de ce que je vous raconte, même si je suis tenu au secret de la « confession », et qu’au-delà de ces révélations, je n’en aime que davantage mon Église et son incarnation humaine. Je sais que malgré leur nombre important, ces prêtres « homos pratiquants » restent une MINORITÉ dans l’Église catholique (en revanche, ce que j’observe de plus en plus, c’est que ce sont les frères de sang des prêtres catholiques qui ont tendance à faire des coming out ! C’est mon cas puisque mon grand frère est prêtre, mais j’ai eu l’occasion de le constater dans la famille de beaucoup de jeunes prêtres ; dans les cas connus, le frère jumeau du cardinal Jean Daniélou). Parfois une minorité puissante, qui exerce des chantages dignes d’une mafia gay (je pense à l’inadmissible groupuscule d’ecclésiastiques homosexuels qui exerce actuellement un petit pouvoir à la Curie romaine). Mais cette réalité d’Église n’enlève rien à la force et l’authenticité du célibat continent de l’ensemble des consacrés. Tout le contraire. L’Église catholique, parce qu’Elle est grande et belle, et qu’Elle est globalement conduite par des hommes et de femmes droits qui font ce qu’ils disent, ne souffrira pas excessivement de ces croyants non pratiquants qui La trahissent. Cependant, c’est pour ces prêtres égarés (et parfois blessés dans leur affectivité, voire malades : eh oui, appelons un chat un chat !) que j’écris ce code : s’ils me lisent, qu’ils se convertissent au plus vite, qu’ils se purifient, qu’ils reviennent en actes à ce qu’ils savent. Calmement, fermement, rapidement, et dans la joie. Le fardeau de la continence concrètement vécue est plus léger que celui de l’intuition non-actée de la vérité de la continence.

 

Lors de son passage à l’émission On n’est pas couché de Laurent Ruquier sur la chaîne France 2 le 1er octobre 2011, la religieuse-sexologue québécoise Marie-Paul Ross disait que ce qui l’a poussée à écrire son essai Je voudrais vous parler d’amour et de sexe (2011), c’était la grande détresse dans le domaine de la sexualité qu’elle avait entrevue au contact de ses compagnons prêtres et moniales. Je me situe dans la même démarche, cette fois sur le sujet spécifique de l’homosexualité. C’est de l’intérieur que l’Église doit se sanctifier et devenir ce qu’Elle est. C’est par les actes – non pas qu’on est sauvés (car l’Amour n’est pas une question de mérite) mais – qu’on trouve le vrai bonheur.

 

Je finirai en proposant une porte de sortie à tous ces prêtres gays « pratiquants » qui se reconnaissent dans la lecture de ce code, qui savent très bien intellectuellement tout ce que j’écris, mais qui n’ont pas de lieu pour en parler. Un ami prêtre catholique solide, d’une discrétion absolue, et d’une profonde écoute, en tombant sur mes lignes, s’est spontanément proposé pour créer une sorte de « Conversion Info Service », et pour accueillir tout prêtre qui aurait besoin de parler avec un véritablement « frère de ministère » (que je ne suis pas ^^). Une seule adresse : jeveuxaimer@live.fr

 
 

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Code n°42 – Défense du tyran (sous-codes : Grands Hommes / Fantasme pour les uniformes et les militaires)

Défense du

Défense du tyran

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Comment une victime peut-elle en arriver à défendre son bourreau ?

 

Défense du tyran (ou de celui qui est présenté et cru comme tel)

Défense du tyran (… ou de celui qui est présenté et cru comme tel)

 

L’amour de son bourreau qu’on appelle « Syndrome de Stockholm » ? ou bien le désir de viol qu’on surnomme poétiquement le désir homosexuel, cela vous dit quelque chose ? Si vous me regardez avec scepticisme et horreur, je vous engage déjà, avant de vous lancer dans la lecture de ce chapitre, dans la lecture des codes « Viol » et « Déni » parlant de cet incroyable désir de viol, dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels. Le traitement de la fusion (souvent complète dans les fictions, incomplète dans la réalité) entre la « victime » et le « bourreau » est plus approfondi dans le code « Androgynie Bouffon/Tyran », et surtout dans les codes « Homosexuels psychorigides » et « Hitler gay » (dans lesquels je traite des dictateurs homosexuels).

 

Quand les êtres humains n’arrivent pas à se retrouver sur un relatif pied d’égalité, ce qui arrive toujours un jour ou l’autre, chacun tient à l’égard des autres à la fois le rôle de bourreau et celui de victime. S’ils ne prennent pas conscience de ces deux masques qu’ils peuvent endosser du fait de leur liberté, et qu’ils choisissent de se vouloir éternellement victimes, ils ne se confesseront ni bourreaux ni finalement victimes, étant donné que leurs tendances de bourreaux leur interdiront d’élire pour destin une communion à celui de leurs victimes. C’est ce qui arrive à beaucoup de personnes homosexuelles, qui présentent les tyrans comme de gentils agneaux à prendre en pitié, et les victimes (qu’elles défendaient à l’origine) comme une impitoyable foule de monstres ricanants à ignorer/mépriser. Leur anti-conformisme de principe les amène à sacraliser ce qui est horrible, non parce qu’elles l’aiment vraiment, mais parce qu’elles s’imaginent que c’est diabolisé par les autres, donc désirable. La compassion homosexuelle pour le méchant, poussée à l’extrême, peut les conduire à la fascination des figures d’autorité qu’elles prétendent par ailleurs haïr. Dans leur adolescence, elles ont été très souvent éblouies par les leader de leur classe, ou bien par des grands hommes historiques (Louis XIV, Napoléon Bonaparte, Néron, Charles de Gaulle, etc.). Elles sont les premières à être profondément touchées par la blessure d’amour du mythique dictateur que tout le monde devrait éthiquement mépriser mais aussi saluer pour sa sincérité maladroite et blessée.

 

Comme les Hommes ne sont pas de la perfection dont elles avaient rêvée, elles préfèrent se rabattre sur celui qui est entier (quitte à ce que ce soit dans le mal !). Le mensonge sur la pureté est pour elles encore pire que la méchanceté affichée du tyran, qui, lui, a le mérite de jouer courageusement son rôle jusqu’au bout sans retourner sa veste. Elles vont donc très souvent vénérer/mépriser la trahison, en se montrant à elles-mêmes qu’elles peuvent héroïquement choisir pour modèle une personne qu’elles n’auraient (comme la « majorité ») a priori pas élu non plus, parce qu’elles se persuadent qu’elles se doivent d’être ouvertes, infidèles et anti-conformistes, y compris avec elles-mêmes ! Ainsi, à propos des nazis trahis en 1944 pendant la Libération par le peuple français qui avait auparavant collaboré avec eux, Jean Genet écrit en 1947 dans Pompes funèbres : « Ils ne furent pas seulement haïs mais vomis. Je les aime. » Certaines personnes homosexuelles assurent leur inconditionnel soutien aux célébrités réputées pourtant homophobes (Élisabeth Schwarzkopf, Brigitte Bardot, etc.), au souverain solitaire, ou bien, comme Jean Cocteau, au « gendarme incompris ».

 

Si les personnes homosexuelles sont tentées de soutenir le tyran et de s’y identifier, c’est bien parce qu’inconsciemment et en fantasmes, elles se reconnaissent dans les drames personnels qu’il a/aurait vécus (despotisme parental, solitude de cour d’école, non-reconnaissance des talents, profonde déception du monde, etc.). Elles savent très bien qu’avant de devenir ce qu’il est, il a été victime (à commencer de lui-même !). Malheureusement, elles gardent souvent une vision figée et révolue du dictateur quand il était encore beaucoup plus victime que bourreau, sans la connecter à ce qu’il est devenu par la suite : une version plus dommageable du bouc émissaire.

 

Généralement, le tyran incarne le mal qu’elles désirent mais qu’elles détestent assez pour ne pas l’imiter : le louvoiement avec le totalitarisme ou le terrorisme ne restera qu’un jeu ironique « second degré ». Par exemple, dans le roman À la recherche du temps perdu (1913-1927) de Marcel Proust, le baron Charlus se fait passer pour un espion allemand souhaitant passionnément la victoire de l’Allemagne, plus pour provoquer le chauvinisme ambiant que par conviction personnelle. Mais le problème, c’est que beaucoup de personnes homosexuelles ne maîtrisent pas autant leur jeu auto-parodique qu’elles le souhaiteraient, car elles ont pris le tyran en sincérité et en esthétique. C’est la raison pour laquelle elles vont parfois défendre concrètement les tyrans modernes. « Redevenir gendarme, chasser le voleur, consoler la victime. Subitement, je voudrais pratiquer l’abus de pouvoir par personne ayant autorité. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 44)

 

Le soutien mutuel entre homosexualité et dictature n’est pas toujours qu’une mise en scène sortie des cerveaux soucieux de cultiver l’amalgame entre homosexualité et monstruosité. Parfois, elle a été réalité. Comme le signale très justement Reinaldo Arenas, écrivain cubain incarcéré en tant qu’« homosexuel » dans les prisons de Fidel Castro, s’il y a bien une chose qui a développé la répression sexuelle à Cuba, ce fut précisément la libération homosexuelle : « Je crois franchement que les camps de concentration homosexuels et les policiers déguisés en jeunes hommes obséquieux pour débusquer et arrêter les homosexuels ne contribuèrent qu’à un développement de l’activité homosexuelle. » (Reinaldo Arenas, Antes Que Anochezca (1992), pp. 132-133)

 

L’amour entre le monarque et son mignon efféminé est historiquement connu (Edward II et Piers Gaveston, Louis XIII et son favori Charles Albert de Luynes, Hitler et Ernst Röhm ou bien Arno Breker, Napoléon Bonaparte et sa « Tante Urlurette » Cambacérès grâce à qui l’homosexualité ne fut jamais condamnée par le Code Civil, Pétain et sa « Guestapette » Abel Bonnar, Nelson Mandela et son chauffeur Cecil Williams, Louis II de Bavière et son mignon Ludwig, Staline et le frêle Arménien Mikoyan, etc.). Les tyrans qui ont le plus persécuté la communauté gay étaient particulièrement entourés de personnes homosexuelles. Dans le cercle politique proche de Fidel Castro, par exemple, Reinaldo Arenas atteste qu’il y a eu de nombreux hommes homosexuels (Armando Valladares, Alfredo Guevara, etc.). Rien que si nous regardons le gouvernement de Tony Blair en 1998, nous pouvions compter sur seize ministres quatre hommes homosexuels (Chris Smith, Ron Davies, Nick Brown, et Peter Mendelson), ce qui n’est pas une petite moyenne ! Beaucoup de personnes homosexuelles font partie de l’entourage proche des puissants. Fréquemment, homosexualité et Jet Set ne font qu’un. « Nous sommes un peu comme le Dom Juan de Molière : nous avons développé une morale progressiste, mais nous, nous sommes toujours du côté des maîtres. » (le metteur en scène Patrice Chéreau, cité dans l’essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel, p. 109)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles connaissent mieux que quiconque les mécanismes des systèmes dictatoriaux. Le seul problème, c’est qu’au lieu de les dénoncer, elles les adorent. Elles sont ces enfants des « démocraties » actuelles, qui, par manque de combats, cautionnent des systèmes répressifs qu’elles vomissent et pourtant attendent. « L’homo [dans le sens grec d’homme] democraticus entretient vis-à-vis du despotisme un rapport ambigu : il l’exècre mais regrette aussi sa disparition. À la limite, il semblerait presque inconsolable de ne pas être opprimé : alors, faute d’ennemis réels, il s’en forge des imaginaires ; il se délecte à l’idée qu’il vit peut-être vraiment sous une dictature, que le fascisme va lui tomber du ciel, perspective qui le remplit de crainte autant que d’espoir. » (Pascal Bruckner, La Tentation de l’innocence (1995), p. 135) Tout ce qui fait le décorum à paillettes dissimulant l’horreur du totalitarisme les époustoufle, les captive et les désarme. Par exemple, elles soutiennent artistiquement le kitsch, l’art totalitaire par excellence. Certaines se sont concrètement agenouillées devant les beaux soldats allemands, ce paquet cadeau doré de la dictature nazie – nombreux sont les intellectuels et les artistes homosexuels à avoir rempli les rangs des collaborateurs pendant la Seconde Guerre mondiale –, et expriment parfois leur amour-répulsion pour le régime nazi, à la fois dans l’humour camp, mais aussi très sérieusement : « Je ne peux pas m’empêcher d’avoir pour Hitler une admiration pleine d’angoisse, de peur et de stupeur » déclarera André Gide dans son Journal, le 20 août 1940. Par exemple, au générique de son film « Passion » (1964), Yasuzo Masumara écrit le mot passion à côté d’une énorme croix gammée rouge : difficile d’être plus clair…

 

Dès que la corrélation entre homosexualité et totalitarisme est faite, cela provoque généralement un tollé dans la communauté homosexuelle. « Problème sociologique : pourquoi tant de pédérastes chez les collaborateurs ? » s’interroge Jean Guéhenno (cité dans l’article « Écrivains et collaboration » de Emmanuel Pierrat, sur le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2002) de Didier Éribon, p. 123). Certains intellectuels évacuent presque systématiquement le lien de coïncidence par le rejet pourtant justifié du lien de causalité. « Il est évident qu’il y avait des homosexuels parmi les nazis ou, inversement, des nazis parmi les homosexuels, mais cela ne signifie rien en soi. L’idée d’un lien intrinsèque entre adhésion au nazisme et orientation homosexuelle est si paradoxale… » (cf. l’article « Nazisme » de Michel Celse, op. cit., pp. 334-338) Ils s’imaginent qu’ils fuient l’extrémisme d’où ils viennent, en choisissant celui qui lui est opposé. En réalité, ils passent souvent d’un fondamentalisme à un autre, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Nous ne serons pas étonnés de lire André Gide écrire dans Morceaux choisis (1921) que « les extrêmes le touchent ».

 

Il y a quelque chose d’incompréhensible dans le soutien homosexuel au totalitarisme, une attitude de défense/déni comparable à celle du personnage de Molina dans le roman Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) face au film nazi « Destino », ou au refus de Manuel Puig de prendre connaissance du contenu du livre de Susan Sontag sur le campC’est comme si j’en avais peur, ou peur de prendre conscience de certaines choses dont j’ai seulement l’intuition, ou peur de ne pas être d’accord et de sentir qu’elle tripote des choses que j’aime », cf. l’interview « El Folletín Rescatado, Entrevista A Manuel Puig » (1972) d’Emir Rodríguez Monegal, dans Revista De La Universidad De México, vol. XXVII, n°2, octobre 1975, pp. 25-35) : une curieuse fascination qui refuse de se rendre intelligible. Cette attraction homosexuelle vers la dictature suit majoritairement une logique esthétique (Le fantasme de l’uniforme et des attributs physiques de l’hyper-virilité nazie dans la communauté homosexuelle est assez marqué) et une logique intentionnelle plus qu’une dialectique d’amour et de Réalité. Vous connaissez sûrement la fameuse citation de Pascal : « Qui veut faire l’ange fait la bête ». Quand les personnes homosexuelles ne prennent pas conscience de la nature totalitaire et idolâtre de leur désir homosexuel, parce qu’elles confondent l’humilité avec l’humiliation, la Vérité avec la sincérité, ou bien l’autorité avec l’autoritarisme, il arrive qu’elles cherchent à imiter en actes l’image du tyran qu’en intentions elles prétendent sincèrement combattre. Ainsi, une minorité d’entre elles peut passer insensiblement de la douceur à la violence, autrement dit de « pédale douce » à « pédale dure », comme l’a filmé Gabriel Aghion.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Don Juan », « Promotion ‘canapédé’ », « Viol », « Témoin silencieux d’un crime », « Déni », « Tomber amoureux des personnages de fiction ou du leader de la classe », « Super-héros », « Fresques historiques », « Reine », « Adeptes des pratiques SM », « Tout », « Patrons de l’audiovisuel », « Homosexuel homophobe », « Méchant Pauvre », « Androgynie Bouffon/Tyran », « Homosexuels psychorigides », « Douceur-poignard », « Hitler gay », à la partie « L’homo combatif face à l’homo lâche » du code « Faux révolutionnaires » et à la partie « Traître » du code « Homosexualité noire et glorieuse », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Tyran, je t’aime ! :

Le Capitaine Crochet de Disney

Le Capitaine Crochet de Disney


 

Bien souvent, dans les fictions traitant d’homosexualité, le personnage homosexuel défend à la surprise générale le tyran qu’il prétend haïr, et fait même parfois partie de l’entourage de ce dernier : cf. la pièce Lettre d’amour à Staline (2011) de Juan Mayorga, le roman Un Assassin est mon maître (1971) d’Henri de Montherlant, le film « La Reine Margot » (1994) de Patrice Chéreau, la chanson « Mon Légionnaire » de Serge Gainsbourg, le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears, le roman El Ángel Descuidado (2002) d’Eduardo Mendicutti, le film « L’Assassinat de Trotsky » (1970) de Joseph Losey (avec la sacralisation du traître), le film « La Tendresse des loups » (1973) d’Ulli Lommel, le film « Sérénade au bourreau » (1951) de Jean Stelli, le film « Le Conformiste » (1970) de Bernardo Bertolucci, le film « Tendre voyou » (1966) de Jean Becker, le film « Bons baisers à lundi » (1974) de Michel Audiard, le film « Furyo » (1983) de Nagisa Oshima (où David Bowie et le Capitaine Yonoi mélangent des sentiments très ambivalents), le film « Mon capitaine, un homme d’honneur » (1995) de Massimo Spano, le film « Un Thé avec Mussolini » (1998) de Franco Zeffirelli, le tableau Le Bleu (1998) de Xavier Gicquel, le film « Broderskab » (« Brotherhood », 2009) de Nicolo Donato, la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener, le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie (Franck défend Michel, l’assassin, jusqu’au bout), le film « Free Fall » (2014) de Stephan Lacant, etc.

 

C’est surtout la beauté physique, la recherche d’une force masculine orgasmique, ou l’esthétisme de la contradiction, qui consolident le soutien ambigu du héros homosexuel à son despote. Par exemple, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel, pénètre dans la villa d’un richissime homme politique d’extrême droite, Lefteris Christopoulos, pour lui soutirer de l’argent, et aussi parce qu’il le trouve physiquement attirant. Il le force d’ailleurs, sous la menace d’un révolver, à se mettre torse nu pour vérifier s’il a le torse aussi poilu que son père fantasmé… : « Je m’endormais sur son torse. Il était hyper poilu. » Dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, le romancier Prosper Mérimée célèbre en la figure transgressive de Lacenaire « un salaud littéraire », « la force de l’impétueux ». Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le Père 2 (homosexuel) de Gatal (son fils homo aussi) écoute de la musique militaire (fanfares) bien fort dans l’appartement. Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, le prochain roman de Jacques, écrivain homo, traite de l’Incendiaire de Belfort.

 

Film "Festen" de Thomas Vinterberg

Film « Festen » de Thomas Vinterberg


 

Il n’est pas rare que les tyrans fictionnels et leurs « victimes » louvoient ensemble : « Y’a des baisers volés dans des trains de tsarines. » (cf. la chanson « Gourmandises » d’Alizée) ; « La façon dont elles l’avaient traité ne le choqua point ; il trouvait les deux vieux travelos adorables, il se mit à bander. » (le Prince Koulotô se mettant à désirer ses violeurs, dans la nouvelle « Les vieux travelos » (1978) de Copi, p. 90) ; « On dit ‘la guerre ! la guerre !’… mais c’est surtout à la Libération qu’on en a bavé ! » (la femme collabo travesti M to F dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau) ; « Je préfère coucher avec les pédés. Les Français, quoi ! » (Hanna s’adressant à son frère Donnadieu, dans le film « Je suis à vous tout de suite » (2015) de Baya Kasmi) ; « J’ai pris ce que tu m’as donné, de mon plein gré. Ce n’est pas de ta faute, Thérèse. » (Carol, l’héroïne lesbienne consolant son amante Thérèse en pleurs, culpabilisant d’avoir couché avec elle, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; etc. Par exemple, dans le roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, Ednar, le héros homo, couche trois fois à l’armée avec Octave, son violeur d’adolescence, comme pour se venger/justifier de sa propre culpabilité : « Je ressentais ce désir comme une sorte de revanche pour satisfaire égoïstement ma propre libido. » (p. 92) Dans son one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011), le comédien raconte qu’il s’est rendu sur un site de rencontres fictif Syndromedestockholm.com pour retrouver son violeur, et le draguer ouvertement. Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, lorsque le groupe LGBT de Mark propose à ses militants homosexuels de s’associer au mouvement des mineurs gallois, l’un d’eux refusent car il voit en ces ouvriers les homophobes de son adolescence : « Ces types-là me tabassaient sur le chemin du retour de l’école… » Dans le film « Aishite Imasu 1941 » (2004) de Joel Lamangan, le personnage homo séduit un commandant japonais. Dans le film « Après lui » (2007) de Gaël Morel, une mère tombe amoureuse de l’assassin de son fils. Dans le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg, Christian finit par excuser son père qui a jadis abusé de lui. Dans le film « Le Quatrième Homme » (1983) de Paul Verhoeven, le protagoniste sort avec un de ses agresseurs. Dans le roman Tanguy (1957) de Michel del Castillo, Tanguy tombe amoureux de Firmin, l’adolescent parricide. Dans la pièce Les Bonnes (1947) de Jean Genet, Solange et Claire ont beau préméditer le meurtre de leur maîtresse, elles échoueront, et quelque part, elles la célèbrent dans l’iconoclastie. Dans le film « Hôtel du Nord » (1938) de Marcel Carné, Adrien le confiseur entretient une liaison avec un lieutenant. Le film « Haltéroflic » (1983) de Philippe Vallois retrace la passion sadomasochiste et amoureuse entre un flic et un athlète. Dans le roman Hawa (2010) de Mohamed Leftah, Zapata, le héros homosexuel, est séduit par un flic. Dans la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud, le gardien policier tombe sous le charme de Marina, le travesti, qui le drague avec insistance. Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le Dr Katzelblum a écrit plusieurs livres sur le « Syndrome de Stockholm », le « transfert émotionnel ».

 

 

Le fantasme de l’uniforme militaire, voire carrément des soldats non-agréés (les militaires parallèles, les bad boys, les skins et ladite « racaille »), est très marqué chez certains personnages homosexuels : ils s’abaissent devant l’ennemi comme devant une idole : « Je crois en un dieu semblable à un cadet militaire soumis à ma folie de pédale. » (le narrateur de la nouvelle « El Marqués De Sebregondi Llega Y Retrocede » (1988) d’Osvaldo Lamborghini) ; « J’aime les voyous. Tu ne le savais pas ? » (Doumé, un des héros homosexuels du roman La meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 79) ; « Les sales types, les voyoux comme Herbert, j’adore ça. » (Fabien, le jeune héros homosexuel, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; « Je veux devenir un playboy professionnel […], j’entrerai dans l’armée. […] Ce sera que pour fréquenter l’école militaire. Pour m’entraîner et avoir un corps magnifique. Je veux dire un corps rude et robuste comme le vôtre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne s’adressant à Adit, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 206) ; « La police se ramollit. Pas de croix gammée au défilé. » (Mark, le chef LGBT regrettant ironiquement que la Gay Pride n’ait pas été attaquée par les forces de l’ordre britanniques, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « J’ai toujours trouvé les agents de police très attirants ! » (Christopher Wren, le héros homosexuel de la pièce The Mousetrap, La Souricière (1952) d’Agatha Christie, mise en scène en 2015 par Stan Risoch) ; « Oh tu sais, les gaillards musclés en uniforme, ça ne m’effraie pas exactement. » (André, homosexuel, dans l’épisode 367 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 31 décembre 2018 sur TF1) ; etc.

 

Par exemple, dans son poème Le Condamné à mort (1952), Jean Genet fantasme sur les « beaux soldats ». Dans le roman Philippe Sauveur (1924) de Ramon Fernandez, Philippe, le héros homosexuel, poursuit des jeunes militaires dans les bas-fonds de Londres. Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Nounours, le peintre homo d’art contemporain, se marie avec le flic noir, à la toute fin. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, lors de ses fiançailles, Gatal jure fidélité à « son promis, qui sera son soldat pour la vie ». Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, quand un vieux voisin de résidence menace Mark, le jeune activiste gay, de faire venir un policier pour stopper les nuisances sonores de leurs « orgies », ce dernier s’exclame de manière lascive et provocatrice au passage : « J’espère bien ! » Juste après, à la Gay Pride à laquelle Mark assiste, est écrit en gros sur une banderole : « Il est vraiment hétéro ce flic ! ». Dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis, Jean-Marc est attiré par le groupe de scouts paramilitaires des Virilius, et tombe amoureux de leur chef. Dans le film « Un Héros très discret » (1995) de Jacques Audiard, le Capitaine plaque tout pour suivre un bel Américain : « Il s’appelle Marlon, il a 20 ans, il vient de Virginie, il est beau comme un char d’assaut. Il me fait découvrir le jazz et le charme violent des armées victorieuses. Ah, Albert, l’amour, l’amour ! » Dans la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy, Sébastien dit être attiré par les militaires en entraînement. Dans son one-woman-show Betty speaks (2009), Louise de Ville rêve de se rendre à une « soirée pompières, policières, maîtresses nageuses ». Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael fait cyniquement remarquer à son pote efféminé et homo Emory que son terrain de prédilection est la musique militaire. Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, certains personnages homos expriment leur attirance pour « les hommes en tenue militaire ». Dans le film « Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ » (1982) de Jean Yann, César (Michel Serrault) est moins sensible à la reine Cléopâtre qu’à ses gardes… Dans le film « Un Éléphant ça trompe énormément » (1976) d’Yves Robert, Daniel, le héros bisexuel, veut continuer de « siffler les militaires » même au moment de sortir avec une femme. Dans le film « Le Rebelle » (1980) de Gérard Blain, Beaufils exprime son goût de la marginalité et de la violence de la dénommée « racaille » : « Il n’y a que cela qui me fait bander. » Dans le film « Pas si grave » (2002) de Bernard Rapp, Leo est troublé par le beau policier espagnol qui, le soir venant, se travestit dans un cabaret. Dans la pièce Les Z’Héros de Branville (2009) de Jean-Christophe Moncys, Bertrand de la Morne s’acoquine sexuellement avec des militaires. Dans le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, Timofei, le héros hétérosexuel, au moment où il découvre son homosexualité, se met à avoir des hallucinations, et notamment au volant de sa voiture : il s’imagine le temps d’un instant qu’un agent de la circulation lui fait de l’œil. Dans le film « Poltergay » (2006) d’Éric Lavaine, quand Marc, le protagoniste principal, menace la bande de fantômes gays qui hante la maison où il a emménagé avec sa femme, d’appeler la police s’ils ne débarrassent pas le plancher immédiatement, le chef de la troupe, loin d’être apeuré par les menaces, s’en va avertir ses copains de la bonne nouvelle d’une manière provocativement sautillante et communicatrice : « Les gendarmes ?!? […] Les gendarmes !!! Les gendarmes !!! Les gendarmes !!! » Dans la pièce Cachafaz (1978) de Copi, les deux amant Raulito et Cachafaz montent une boucherie humaine rien qu’avec la chair des flics qu’ils tuent : « Un’ fois vidé et bien grillé, c’est délicieux un policier ! » (le chœur des voisins) Dans le film « Les filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie, pour se séduire, les deux héroïnes se déguisent en militaires lors de leurs jeux amoureux. Dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan, Romain Canard, le coiffeur gay, dit son fantasme pour les flics en uniforme. Dans la comédie musicale Frankenstein Junior (2012) de Mel Brooks, Ziggy, le page homosexuel, drague le Gendarme à qui il colle aux basques. Dans le film « Pauline » (2009) de Daphné Charbonneau, la jeune Pauline, héroïne lesbienne, a choisi, pour son premier rôle théâtral, de rentrer dans la peau d’un homme en uniforme avec une cape. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, une femme travesti en homme, « Virgo Fortis », est pourchassée par « des soldats qui veulent la violer ». Ces mêmes militaires, la narratrice F to M s’identifiant à Virgo Fortis cherche ensuite à les imiter vestimentairement et comportementalement, donc à devenir physiquement ses « violeurs ». D’ailleurs, elle s’imagine en pleine guerre de Vendée, dans la peau d’un soldat royaliste. Dans le film « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer, Tomas, le héros homo allemand, est attiré par un beau soldat israélien en treillis dans un parc de Jérusalem.

 

Emprisonné par ses pulsions amoureuses et ses fantasmes esthétiques, focalisé sur les intentions plus que sur l’Amour en actes, le héros homosexuel en arrive parfois à acquitter le méchant de sa méchanceté, à l’innocenter en se disant que le « bien par le mal » ferait plus de bien que le Bien même, que la sincérité ou la beauté excusent tout ! « Je n’ai jamais laissé personne d’autre que toi me dévaster. » (Peyton, l’héroïne lesbienne, à sa compagne Elena, dans le film « Elena » (2011) de Nicole Conn) Il est touché par la blessure d’amour secrète et la maladresse destructrice de l’homme blessé, du dictateur, de la rose pleine d’épines du Petit Prince : « Je veux me délivrer de mon arrogance. » (Marie-Christine, la méchante reine, dans la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet) ; « Que ferait-on sans les Aubépine qui parsèment le plat pays de nos existences ? » (le narrateur homosexuel parlant d’Aubépine, la princesse méchante, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 439) ; etc. Par exemple, dans le téléfilm « Marie Besnard, l’Empoisonneuse » (2006) de Christian Faure, on retrouve un portrait – ambigu et presque ami – de Marie Besnard, la fameuse tueuse en série (1896-1980), présentée comme une valeureuse victime de la rumeur, et une digne servante de sa folie. Dans le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel, Éric défend un cambrioleur. Dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco, Georges, de gauche, est en couple avec Édouard, homme politique de droite de plus en plus médiatisé, et qui va refouler son homosexualité pour rentrer dans le rang. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Dick est responsable du suicide d’une femme, Silvana, qu’il a mis enceinte et qui s’est suicidée par noyade. Tom, le héros homosexuel amoureux de Dick, se dévoue pour servir d’écran : « Je suis prêt à dire que je suis le coupable. »

 

L’anti-conformisme de principe que le héros homosexuel adopte pour cacher son manque de désir, de liberté, et de personnalité, le fait parfois chérir la contradiction du dictateur, opter pour la trahison à ses propres idéaux de pureté (par purisme ! voilà le paradoxe) et pour la collaboration : « À tous les méchants. » (Lucie, la maîtresse de cérémonie macabre, rendant hommage en chanson, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « J’ai des fidèles ennemis. Parce que les gens ne me connaissent pas. » (Érik Satie dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou) ; « Les lettres que vous lisez sont la preuve de son innocence. » (le rat Gouri prenant la défense du criminel Emilio Draconi, dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 70) ; « Elle les aime autoritaires. » (Liam par rapport à Karma qu’il croit lesbienne mais qu’il drague quand même, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « La peinture qu’elle avait achetée se trouvait encore devant sa porte, mais Jane avait rechigné à se mettre au travail. Les mots seraient encore là même si elle appliquait une nouvelle couche de laque ; elle voulait que leur laideur reste gravée au fer rouge dans les souvenirs des Mann comme ils l’étaient dans les siens. La colère qu’elle avait pu ressentir vis-à-vis de la fille en rapport avec le graffiti avait disparu. Si c’était Anna qui avait dégradé sa porte, elle l’avait fait par désespoir et par peur de ce que les soupçons de Jane pourraient entrainer pour son père. Si c’était Mann, alors lui aussi était désespéré et effrayé. Cette idée la travaillait. » (Jane, l’héroïne lesbienne qui ne se décide pas à effacer le graffiti homophobe « Lesben Raus ! » qui figure à la peinture rouge sur le mur d’entrée de l’appartement qu’elle partage avec sa compagne Petra, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 155) ; etc. Par exemple, dans le film « L’Arbre et la Forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Frédérick, le héros homosexuel, finit par aimer la musique de Wagner qui lui a été imposée dans les camps de concentration nazis : « Ils jouaient beaucoup Wagner aux camps. […] Quand j’écoute Wagner, je prends ma revanche sur les Nazis. » Dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Jean-Marc se force à aller voir un navet cinématographique, non par plaisir, puisqu’il exècre « la misogynie, la veulerie, la vulgarité » de l’acteur Eddie Murphy, mais par anti-conformisme de principe : « Encore une fois pour changer le mal de place. » (p. 45) Dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, George, le héros homosexuel exerçant le métier de prof à la fac, défend l’antisémitisme des Nazis devant ses étudiants.

 
 

b) L’attirance pour les Grands Hommes et les monarques :

Très souvent, le héros homosexuel choisit pour modèle d’identification les grands personnages de l’Histoire, ayant un destin grandiose, wagnérien, mais aussi tragique : cf. la sculpture Napoléone d’Ange et Damnation, le roman Venus Bonaparte (1994) de Terenci Moix, le film « Uncut » (1997) de John Greyson (avec l’étudiant obsédé par l’ancien Premier ministre canadien Pierre Trudeau), le film « Les Rebelles du Dieu Néon » (1992) de Tsai Ming-liang (avec l’amour pour le chef de bande), le film « Adieu Bonaparte » (1984) de Youssef Chahine, le one-man-show Alex Lutz (2008) d’Alex Lutz (avec l’identification à Louis XIII), les romans Alexis ou le Traité du vain combat (1929) et Mémoires d’Adrien (1951) de Marguerite Yourcenar, la pièce Jules César (1599) de William Shakespeare, le roman Le Crépuscule des Bourbons (2012) de Philippe Gimet (avec les ébats du Duc de Richelieu et du jeune et beau Louis-Marie de Montédour-Trémainville), etc. « Tu as l’étoffe d’un homme politique. » (Jean-Marc parlant à son amant Jean-Jacques, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « J’aimerais savoir ce qui te rend aussi fort. […] J’ai besoin d’être un leader. » (Jean-Jacques à Jean-Marc, idem) ; « À un moment donné, elle [Stephen, l’héroïne lesbienne] avait beaucoup aimé qu’on lui fit la lecture ; elle aimait surtout les livres qui parlaient des héros ; mais à présent, de telles histoires stimulaient tellement son ambition qu’elle désirait intensément les vivre. Elle, Stephen, désirait maintenant être Guillaume Tell, ou Nelson, ou la charge de Balaklava tout entière. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 28) ; « La nuit, je restais éveillée dans mon lit, oubliant un moment la dure réalité de mes seize ans et de ma condition de faible femme dénuée de fortune, pour imaginer que j’étais l’homme des films. Je voulais la richesse, le pouvoir, la célébrité […]. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 24) ; « Après le repas, Ethan reste seul à la table du Samothrace. Il laisse son regard se perdre dans les fresques. Tout doucement, il s’imagine à la grande époque grecque, lorsque le sanctuaire des Grands Dieux était en activité sur l’île de Samothrace. Il se demande quelle place il aurait occupé dans cette société. Comme beaucoup de gens, il ne s’imagine pas en simple paysan travaillant la terre. Il aurait plutôt été de ceux qui gravitaient dans les hautes sphères du pouvoir. Sans doute aurait-il tenu le rôle de grand prêtre. […] Il s’imagine habillé comme dans les péplums, d’un minimum de tissu, tous muscles dehors et il serait entouré par des femmes aussi belles que les représentations d’Athéna. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 64) Par exemple, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Khalid est attiré par la figure fantasmée d’Hassan II : « Je suis devant lui. Je rêve. […] Il a du charme. Détermination. Cruauté. Tendresse. Tout est là. Je le reconnais. […] Il m’attire, il me domine. Je suis à lui. Il est le Roi. Le roi Hassan II. Il est beau. Je l’aime. Sans douter, je l’aime. On m’a appris à l’aimer. À dire son nom. À le crier. Il est beau. Il est important. Tellement beau, tellement important. » (p. 9) Dans le roman Deux Garçons (2014) de Philippe Mezescaze, Philippe, le héros homo, s’identifie à Caligula, et joue le rôle au théâtre. Dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau, Jeanjean joue beaucoup avec ses excréments : il en fait des petits personnages, parmi lesquels un Louis XIV qu’il a façonné de ses mains. Dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, se croit à la Cour de Sisi Impératrice et prend son père pour l’Empereur d’Autriche. Dans le film postiche « Servir et protéger » intégré dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Billy Stevens, le héros homosexuel, s’adresse à la statue du président Lincoln comme si elle était vivante. Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Bram, le héros homo noir, se « déguise » en Barack O’Bama. Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, au Musée Beaubourg, Arthur, le héros homo, scotche devant un tableau représentant un Napoléon stylisé.

 

Le soutien aveugle du héros homosexuel au tyran résulte souvent d’un désir déçu d’héroïsme, d’un don de sa personne au mauvais maître. Il soutient un dieu bassement et uniquement mondain, télévisuel, historiquement médiatique, alors qu’il rêverait inconsciemment de suivre Jésus, le dieu divin et humain… mais son orgueil personnel l’empêche d’assumer sa soif de vraie grandeur.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Il était mince, il était beau, il sentait bon le sable chaud… :

DÉFENSE DU TYRAN Romero avec Trierveiler 3 sept 2014
 

Même si c’est désagréable de le reconnaître, bien souvent, on observe dans les rangs homosexuels une défense anti-conformiste (inconsciente ?) de celui que tous attaquent/attaqueraient : le tyran, le violeur, le dictateur. « Les femmes préfèrent les salauds, nous aussi parfois. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 75) ; « J’ai vu ses beaux yeux bleus, en effet, et j’ai fait comme tout le monde : j’ai oublié la démocratie. » (Philippe, le compagnon de Pascal Sevran, se mettant à défendre le beau dictateur de Syrie, op. cit., p. 90) ; « Philippe me tue. […] Ouf ! Sur ce ton-là nous nous retrouvons, Philippe et moi. Les dictateurs ont cela de bien qu’ils nous laissent des monuments grandioses et qu’ils sont très conservateurs. Oui, que Castro protège la ‘splendeur coloniale’ de La Havane et nous lui pardonnerons beaucoup. Philippe me tue. » (Pascal Sevran, op. cit., p. 199) ; « Je ne dormais pas. J’attendais. Couché sur le ventre, j’essayais de retrouver dans ma tête des images du chef barbu de la bande qui, je devais me rendre à l’évidence, m’avait séquestré. » (Abdellah Taïa racontant la scène de viol que lui a fait subir son cousin Chouaïb alors qu’il n’était qu’un adolescent, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 18) ; « Tout en lui rendant ses coups, tout en étant aussi malin et cruel que lui, je sentais bien dans mon cœur le faible que j’avais pour lui et je savais que je pouvais plus tard tomber sérieusement amoureux de lui. Le demander en mariage. Et être à lui. » (idem, p. 24) ; « J’aimais Chouaïb. À présent, je l’admirais. » (idem, p. 26) ; « Je dois toutefois avouer que, même en plein enfer, une partie de moi était heureuse, aimait ça, ce machisme, cette dictature… Je me disais alors : ‘C’est ça l’amour, c’est ça l’amour… j’ai de la chance… Il faut tenir le coup… C’est ça l’amour…’ » (Abdellah Taïa s’adressant à son ex-amant Slimane, avec qui il a vécu une longue liaison à l’âge adulte, op. cit., p. 117) ; « Dans cette fascination du chef et de la force, il y avait beaucoup de féminité latente, une certaine forme d’homosexualité. Au fond, chez la plupart de ces intellectuels fascistes, je pense à Brasillach, à Abel Bonnard, à Laubreaux, à Bucard, il y avait le désir inconscient de se faire enculer par les S.S. » (Emmanuel Berl s’adressant à Patrick Modiano, cité dans la biographie Ramon (2008) de Dominique Fernandez, p. 140) ; « Toute la vie de cet homme double a dû se jouer là, à Tiffauges. La grandeur guerrière et les déchirements entre les élans sexuels et mystiques. Qui lui jetterait la première pierre ? » (Julien Green à propos de Barbe Bleue, Gilles de Rais, dans son autobiographie L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, p. 33) ; etc.

 

Certaines personnes homosexuelles soutiennent à la surprise générale le tyran qu’elles prétendent haïr, et font même parfois partie de l’entourage de ce dernier. « Des questions qui n’ont peut-être pas de réponse. Comment expliquer que Proust, dont la mère est juive, ne semble pas gêner par l’antisémitisme de Léon Daudet ? Voilà quelque chose que j’ai du mal à comprendre. […] Comment comprendre l’indulgence de Proust pour Léon Daudet ? » (Pierre Dumayet cité dans l’article « Pierre Dumayet : Énigmes proustiennes » de Pierre-Marc de Biasi, sur la revue Magazine littéraire, n°350, janvier 1997, p. 37) ; « On s’étonne aujourd’hui de l’amitié de Barney pour D’Annunzio ou de son mépris pour la démocratie. » (cf. l’article « Natalie Barney » de Catherine Gonnard, sur le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 59) ; « Comme l’Italie était belle sous le fascisme. » (Pasolini, antifasciste pourtant, dans la première ligne d’un de ses Essais, cité dans le documentaire « L’Affaire Pasolini » (2014) d’Andreas Pichler) ; « Même l’écrivain français Brazillach, en dépit de ses penchants homosexuels, et de sa sensibilité à l’homo-érotisme nazi, admirera Hitler pour les sacrifices de ses plus chers camarades sur l’autel de la raison d’État. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 217) ; etc. Par exemple, on ne comprend pas pourquoi Elton John chante « Stan » en duo avec le rappeur « homophobe » Eminem au Grammy Awards en 2001. Charles Trénet imite le Maréchal Pétain. Magnus Hirschfeld milite contre la guerre avant 1914 mais une fois celle-ci déclenchée, il vient aider des milliers d’homosexuels à être des « soldats normaux ». Muriel Robin, l’humoriste lesbienne, se met, au nom de la légitime défense, de la victimisation et d’un féminisme d’arrière-garde, à prendre le parti de Jacqueline Sauvage, la femme battue qui avait tué son mari violent en 2012 et à qui François Hollande avait accordé éhonteusement la grâce présidentielle totale : Robin a d’ailleurs repris le rôle dans le téléfilm « Jacqueline Sauvage : c’était lui ou moi » d’Yves Resnier diffusé en 2018 sur TF1.
 

Dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, on nous raconte la rencontre entre Nicolaus Sombart et son amant beaucoup plus âgé que lui Carl Schmitt, un bourreau nazi. En 1984, Nicolaus Sombart sait bien qu’on va lui reprocher de glorifier un complice des crimes nazis. Il se défend : « » (p. 273)

 

C’est surtout la beauté physique, la recherche d’une force masculine orgasmique, ou l’esthétisme de la contradiction, qui consolident le soutien ambigu des personnes homosexuelles à un despote. « Je regarde les hommes mais je n’ai pas l’impression que c’est leur corps qui m’attirent mais leur énergie. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) Nous semblons partir à la conquête d’une force caricaturale parce que nous avons douté ou méprisé notre force naturelle. Étonnant. Les écrits et fantasmes d’Eddy Bellegueule – l’écrivain gauchiste au look « facho de droite », passant dans les bras d’un tyran à l’autre – en sont une belle illustration. Je vous renvoie à cet article sur l’État islamique parodié pour des soirées gays.

 

Il n’est pas rare que les tyrans et leurs « victimes » homosexuelles louvoient ensemble : « Ils se promènent, à la recherche d’aventures, sur les quais de la Seine, tout en ayant leurs grandes et petites entrées chez les puissants de ce monde. » (Jean-Louis Chardans évoquant les individus homosexuels, dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 20) ; « J’étais un efféminé qui méritait les coups. Je ne voulais pas que la surveillante me retrouve dans le même couloir, recroquevillé, le regard implorant – même si, je l’ai dit, la plupart du temps j’essayais, sans toujours y parvenir, de garder le sourire quand ils me frappaient. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 88) ; « C’était une victime qui s’offrait à ses bourreaux. Comme s’il avait quelque chose à expier. » (cf. la voix-off parlant des œuvres provocatrices de Pier Paolo Pasolini, qui toute sa vie a cherché à se faire des ennemis partout, dans le documentaire « L’Affaire Pasolini » (2014) d’Andreas Pichler) ; « Après dîner, nous faisons un enregistrement de L’École des femmes avec Jouvet. Cette pièce souvent si comique est proprement déchirante. Le vrai sujet est l’incompréhension humaine, Agnès victime et bourreau, ou précisément bourrelle de son bourreau. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, mars 1981, p. 19) ; « L’homosexuel fera tout ce qui est en son pouvoir pour renforcer la puissance du chef de horde dont il tentera de prolonger le plus longtemps possible la durée du gouvernement qui seule lui assure la survie. » (Michaël Kühnen, 2004, p. 6) ; etc. Par exemple, Élisabeth Schwarzkopf, réputée homophobe, est paradoxalement une icône gay. Pascal Sevran défend Brigitte Bardot dans l’émission 93, Faubourg Saint-Honoré (2004) de Thierry Ardisson. Alberto Cardín est l’auteur de l’article (au titre provocateur) « Apología De Anita Bryant » dans la revue Diwan (n°8, 1978) : rappelons qu’Anita Bryant est connue médiatiquement pour avoir tenu des propos ouvertement homophobes. Truman Capote tomba amoureux de Perry, un dangereux criminel dont il s’est amouraché après avoir lu un article de journal sur lui (cf. le film « Scandaleusement célèbre » (2007) de Douglas McGrath retrace leur curieuse relation). Jean-Luc Lagarce, dans son Journal (2008), prend la défense d’un terroriste incendiaire. Dans son autobiographie Parloir (2002), Christian Giudicelli prend le criminel Kamel sous son aile, et ne comprend pas sa propre attitude inconsciente de soumission : « Je me maudis d’avoir minimisé la faute de Kamel. Comment ai-je pu supposer qu’on allait l’oublier, qu’il n’aurait pas à payer ? […] J’ai agi en irresponsable. » (p. 47)

 

DÉFENSE army

Film « The Raspberry Reich » de Bruce LaBruce


 

On nous parle du fantasme esthétique homosexuel pour les fascismes de Mussolini ou de Franco dans l’essai The Image Of Man (1996) de Gregory L. Mosse. Il est observable dans des œuvres telles que les poèmes de Stefan George, le film « ¡ Harka ! » (1941) de Carlos Arévalo, le film « A Mí La Legión » (1942) de Juan de Orduña, le film « Raza » (1942) de J. L. Saenz de Heredia, etc. Terenci Moix, Rafael de León, et bien d’autres, aiment beaucoup de divas du franquisme (Lola Flores, Juanita Reina, Concha Piquer, etc.). La B.D. La Verdadera Historia del Superguerrero del Antifaz, La Superpura Condesita Y El Super Ali Kan (1971) de Nazario reprend le mythe d’un super-héros qui symbolisait la Phalange pendant le franquisme. Concernant les autres collaborations esthétiques entre les personnes homosexuelles et les régimes totalitaires, je vous renvoie par exemple à la sérigraphie Mao (1973) d’Andy Warhol. Marguerite Radclyffe Hall, une des femmes lesbiennes les plus connues au monde, se rapproche clairement du fascisme.

 

Le fantasme de l’uniforme militaire, voire carrément des soldats non-agréés (les militaires parallèles, les bad boys, les skins et ladite « racaille »), est très marqué chez les personnes homosexuelles (cf. les représentations de la force virile exacerbée, dans les dessins de Tom of Finland, de Roger Payne, les films de Bruce LaBruce, de Jacques Scandelari, etc.) : « Cette virilité fasciste ou communiste est un fantasme d’homosexuels, Gide à Moscou, Brasillach à Berlin. Ce dernier ne s’est jamais inquiété des déportations d’homosexuels allemands par les nazis. » (Éric Zemmour, Le Premier Sexe (2006), p. 78) Elles s’abaissent devant l’ennemi comme devant l’idole de la violence conquérante : « Ces hooligans des beaux quartiers avaient une force, une originalité et une curiosité peu communes. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 194) ; « Sa prédilection le porte vers l’uniforme et les mauvais garçons, loufiats ou cambrioleurs. » (Roger Stéphane, Parce que c’était lui (2005), p. 33) ; « Il est mignon Kamel, il correspond au look qui m’attire : le look racaille. Les garçons de mon milieu m’ennuient. » (Christian Giudicelli, Parloir (2002), pp. 95-96) ; « Ah ! Les culs virils, ce fut ma perte ! Que de fantasmes faits chair : tous ces ‘képis blancs’ moulés dans leurs pantalons au pli impeccable, ces martiaux ‘paras’ sculptés par leurs treillis de combat… » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 79) ; « Je l’aimais, pour sa moustache, son blouson en cuir et pour ce vélomoteur, Peugeot 103, sur lequel il m’invitait chaque fois à monter. » (Abdellah Taïa à propos de son cousin Chouaïb dont il est amoureux, dans son autobiographique Une Mélancolie arabe (2008), p. 18) ; « Cette année, les cadets de cinquième année étaient d’une particulière beauté. Au moment d’aller à la douche, quand nous étions tous forcés de nous déshabiller, la beauté de leur corps athlétique imposait un silence presque religieux. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 194) ; « Lors du procès de Kuno von Moltke en 1907, un soldat nommé Bollhardt déclare à la barre que dans les régiments de Postdam, les relations sexuelles entre officiers et hommes du rang sont monnaie courante. Le tribunal est fasciné par le puissant sex-appeal que semble exercer l’uniforme des cuirassiers. Harden, quant à lui, déclare que ‘des régiments entiers de cavalerie étaient infestés d’homosexualité’. Des soldats allaient jusqu’à se prostituer eux-mêmes dans certains quartiers de Berlin, et même sur l’Avenue de la Victoire. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), pp. 52-53) ; « À l’âge de 15 ans, se souvient Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895), il eut sa première éjaculation nocturne. À cet âge, il aurait été séduit par un homme de trente ans. Il était très attiré par des soldats de 20 à 22 ans, dont il faisait le portrait en secret, ce qui suffisait à l’enflammer. Selon lui, l’homosexualité était prédominante dans l’armée allemande. » (idem, p. 79) ; « Nul doute que Ramon Fernandez n’ait fréquenté les bars britanniques explorés par les personnages de son livre Philippe Sauveur et croisé, au moins dans la brume, les figures sculpturales de soldats et de marins évoqués avec tant de complaisance. » (Dominique Fernandez à propos de son père homosexuel Ramon, dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 54) ; etc. J. R. Ackerley est attiré par les hommes des classes sociales défavorisées, et en particulier ceux revêtant l’uniforme (cf. le roman The Prisoners Of War, 1923). L’écrivain allemande Christa Winsloe, profondément anti-militariste et anti-prussienne, écrit pourtant la pièce de théâtre Jeunes filles en uniforme (1931). Dans le film « Chantons sous l’Occupation » (1976), Jean-Louis Bory condamne chez les hommes homosexuels « le goût de la botte, du cuir, du métal, et les fameuses messes de Nuremberg ».

 

Il y a dans ce fantasme de militarisme une résurgence du viol ou d’un inceste inconscient, comme le montrent les propos des tantes d’Alfredo Arias concernant leur neveu homosexuel, dans l’autobiographie de ce dernier, Folies-Fantômes (1997) : « Quand notre neveu [Alfredo] a fait le lycée militaire, il croyait voir parfois, entre ces hommes en uniforme, les fantômes d’une femme qui apparaissait et disparaissait. Laquelle d’entre nous était-ce ? Qui de nous trois pouvait-ce être ? » (p. 148)

 

Dans la biographie Ramon (2008), Dominique Fernandez fait la prouesse de retracer la vie de son père qui « a été un collabo, des plus notoires ». Mais bizarrement, au jour des funérailles, il finit par soutenir ce dernier et par dire qu’il en est amoureux : « Une sorte de miracle transforme les funérailles du traître en acte de rédemption. » (p. 18) ; « Amoureux de mon père, je l’ai toujours été, je le reste. Ma mère, je l’ai admirée, je l’ai crainte, je ne l’ai pas aimée. Lui, c’était l’absent et c’était le failli, l’homme perdu, sans honneur. C’était le paria. » (idem, p. 45)
 

Emprisonnées par leurs pulsions amoureuses et leurs fantasmes esthétiques, focalisées sur les intentions plus que sur l’Amour en actes, un certain nombre de personnes homosexuelles en arrivent à acquitter le méchant de sa méchanceté, à l’innocenter en se disant que le « bien par le mal » ferait plus de bien que le Bien même, que la sincérité ou la beauté excusent tout ! « Manuel Puig écrit sur la trahison du cinéma qui, en nous faisant rêver de l’impossible, nous empêche parfois de vivre nos possibles. Il brosse le portrait réaliste et impitoyable d’une société qui pratique toutes les hypocrisies, y compris sexuelle, et dont le cinéma des années 1930 et 40 est l’un des principaux modèles de conduite. Il entretient un rapport douloureux avec le cinéma qu’il aime. Expression parfaite de son idéal esthétique fait de kitsch et de glamour, le cinéma américain tout comme son contemporain allemand est, avant tout, cinéma de propagande. » (Lionel Souquet, Le Kitsch de Manuel Puig (1996), p. 174)

 

Film "Lili Marlen" de Rainer Werner Fassbinder

Film « Lili Marlen » de Rainer Werner Fassbinder


 

Certaines personnes homosexuelles disent être touchées par la blessure d’amour secrète et la maladresse destructrice de l’homme blessé, du dictateur, de la rose pleine d’épines du Petit Prince. C’est exactement le cas de Charles Trénet, qui a défendu Marie Besnard, l’empoisonneuse, au moment de son procès retentissant. Autre exemple, dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder, le réalisateur semble justifier le crime passionnel : Petra, dans sa folie d’amour possessif et destructeur, est prise en pitié. Dans le roman L’Autre (1971), Julien Green prend la défense de Karin, celle que tout le monde rejette parce qu’elle a pactisé avec l’ennemi allemand. Dans son film « Huit Femmes » (2002), le réalisateur François Ozon magnifie littéralement son personnage d’Augustine (Isabelle Huppert) qu’il rend touchante à force de la dépeindre détestable et capricieuse : « Vous pensez toutes que je vous déteste. C’est pas vrai. J’aime tout le monde. Mais personne ne comprend ma façon d’aimer. On croit que c’est de la haine ! »

 

Film "Huit femmes" de François Ozon

Film « Huit femmes » de François Ozon


 

L’anti-conformisme de principe que certaines personnes homosexuelles adoptent pour cacher leur manque de désir, de liberté, et de personnalité, les fait parfois chérir la contradiction du dictateur, opter pour la trahison à leurs propres idéaux de pureté (par purisme ! voilà le paradoxe) et pour la collaboration : Bola de Nieves n’a pas caché sa sympathie pour Mao Zedong et Fidel Castro ; en 1948, après son voyage aux États-Unis, Salvador Dalí revient en Espagne et se déclare en faveur de la politique de Franco ; Rafael de León se met également du côté de « Generalísimo ». Alfredo Nosteirín était à la fois homo et phalangiste ; Natalie Barney exprime une admiration sans bornes pour le « grand » Mussolini. « De temps en temps, par gentillesse, par ce côté qui est un peu lâche en moi parce que j’aime pas faire de la peine, il m’arrive d’être lâche. Et cette lâcheté peut m’amener à me conduire comme un petit salaud. C’est là que la question de ma dignité personnelle intervient. Mais c’est une affaire personnelle entre moi et moi. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976)

 

La défense des tyrans par la communauté homosexuelle s’explique par la fragilité qu’est le désir homosexuel, et encore plus par la violence que constitue la pratique homosexuelle. Il est en effet facile de manipuler des gens fragiles. Ils sont plus influençables, plus agressifs, plus impressionnants. Il n’y a qu’à voir comment, en 2012-2013, les personnes homosexuelles pratiquantes ont massivement soutenu François Hollande (le tyran mou) et le « mariage pour tous » (loi qui, concrètement, va à l’encontre de leur réalité, de leur spécificité, et du respect de leur personne, loi qui les instrumentalise et les conduit à poser des actes graves et irréversibles : PMA, GPA, adoption, réduction de sa personne à ses pulsions sexuelles, encouragement à la pratique homo et enfermement dans celle-ci, etc.). Elles se laissent instrumentaliser et soutiennent un système libéral socialiste qui les broient, sans chercher à se révolter.

 
 

b) L’attirance pour les Grands Hommes et les monarques :

Charles de Gaulle (statue près des Champs-Élysée, à Paris)

Charles de Gaulle (statue près du Grand Palais, à Paris)


 

Très souvent, les personnes homosexuelles choisissent pour modèle d’identification les grands personnages de l’Histoire humaine, ayant un destin grandiose, wagnérien, mais aussi tragique : « Depuis longtemps, j’avais en tête l’idée de réaliser un film sur la fuite de Louis XVI et son arrestation à Varennes. […] J’étais fasciné par le destin des personnages. Par Marie-Antoinette, en premier lieu, choisie à 14 ans, sur catalogue, pour devenir la femme du roi de France. Puis par sa vie à Paris, son amour de l’art et de la culture, sa frivolité, ses aventures, le monde totalement irréel et déconnecté du peuple dans lequel elle vécut… Jusqu’à ce que la réalité la rattrape avec ce périple qui l’obligea, pour la première fois, à agir en femme responsable, à peine sortie du rêve et obligée d’affronter la réalité. On imagine ce que furent les deux jours que dura le voyage. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des singes (2000), pp. 374-375) ; « Je n’ai d’yeux que pour le pharaon. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 48) ; « Je trouvais le leader des étudiants d’une grande beauté. » (Jean Le Bitoux concernant mai 1968, dans son essai Citoyen de seconde zone (2003), p. 64) ; « Finalement, à travers toutes ces figures de mon passé, je vois le désir d’être avant tout une femme solide et indépendante, comme Elisabeth première, mais en moins vierge, ou Margaret Thatcher, mais en moins idiote, et en moins laide aussi j’espère. » (cf. l’article « De la virilité des lesbiennes » posté par « Septembre », une femme lesbienne, sur le site Yagg, le 16 janvier 2010) ; « J’aimais les histoires de chevalier, je m’imaginais Robin des Bois. […] J’ai souffert des autres pendant cette période. […] J’ai compris à quel point le monde est injuste. […] Au début du collège, avec mes cousins, nous avons fondé une armée dont j’étais bien sûr un des généraux (il n’y avait que des officiers ou presque dans notre armée). » (Bab El, dans son article « Tom Boy à l’affiche ») ; « Pour la fête des Rois chez le couturier Paul Poiret, en 1923, il fallait se costumer. Maurice Sachs, dans son livre ‘Au temps du Bœuf sur le toit’, sorte de journal des Années folles, a fait la liste des invités ! » (Dominique Fernandez dans la biographie Ramon (2008), pp. 88-89) ; etc.

 

Certains auteurs homosexuels aiment les Grands Hommes et la Jet Set : c’est le cas de Stephen Frears, Bola de Nieves, Truman Capote, Jean Cocteau, Andy Warhol, Alain Pacadis, Elton John, etc. Par exemple, le héros préféré d’Horatio Alger est Abraham Lincoln. Andy Warhol a fait une sérigraphie de Mao Zedong en 1973. Dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, Rosario Miranda raconte que lors du carnaval de son village natal, il se déguisa en pharaon, car il rêvait d’être un puissant monarque (p. 228). Dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko est fasciné autant que rebuté par l’aura de son père, « proche du curé de son école, proche du directeur du centre de Louhoua ». Parmi les personnes homosexuelles, on compte un certain nombre de « biographes des stars » (Frédéric Mitterrand, Stéphane Bern, Michel Larivière, Jean-Claude Pascal, Cecil Beaton, Andy Warhol, etc.).

 

Stéphane Bern

Stéphane Bern


 

Dans le premier numéro du premier journal homosexuel en Allemagne Der Eigene, Adolf Brandt dédie le journal aux « individus forts » qui organisent leur vie selon leurs propres codes et refusent de se conformer à la morale des masses. Pendant la conférence « Différences et Médisances » autour de la sortie de son roman L’Hystéricon (à la Mairie du IIIème arrondissement, le 18 novembre 2010), le romancier français Christophe Bigot avoue devant toute l’assistance son attraction pour les « grands personnages » historiques. Déjà, quand il se trouvait à l’école primaire, il endossait le rôle du juge impitoyable : « Je faisais le bourreau du Tribunal révolutionnaire sur la cour d’école. » Adolescent, il s’est identifié très tôt – avant de le dés-idéaliser à l’âge adulte – au procureur Camille Desmoulins, figure du romantisme avant l’heure pendant la Révolution Française : « Il est jeune, courageux, fougueux, c’est un amoureux. J’ai voué un culte à Camille Desmoulins pendant toute mon adolescence. […] C’est un homme violent qui désigne, à la vindicte populaire, les contre-révolutionnaires. » Desmoulins, c’est la figure du traître par excellence.

 

Ce choix de modèles d’identification « forts » est illustré par les témoignages d’hommes homosexuels récoltés par Xavier Thévenot dans l’essai Repères éthiques pour un monde nouveau (1982) : ces derniers disent apprécier entre autres le Général de Gaulle, Napoléon Bonaparte, Néron, etc. Dans mon entourage homosexuel, je connais un certain nombre d’amis, parfois historiens de formation, possédant dans leur bibliothèque une ribambelle de biographies d’hommes politiques charismatiques, ou bien votant pour l’extrême gauche/l’extrême droite (étant même, pour certains, favorables à la restauration de la monarchie ! Je parle par exemple des cathos tradis royalistes, soit légitimistes, soit orléannistes), et qui se sont parfois déguisés en Néron ou en Jules César quand ils étaient enfants. Dans le cas des individus homosexuels moins sophistiqués et moins dandys, le goût des Grands Hommes se reportera sur les stars de cinéma, les chanteurs, et les héros de dessins-animés… mais c’est la même idolâtrie pour l’héroïsme narcissique ! et la même preuve de la carence du référent paternel, du transfert de sa propre force virile.

 

Lors d’une visite guidée du cimetière du Père-Lachaise de Paris, que j’ai faite début février 2012, j’ai appris directement par le guide (lui-même homosexuel, et qui m’a avoué qu’il vit depuis 20 ans avec un homme qu’il a justement rencontré il y a 20 ans dans ces mêmes lieux !) que ce cimetière était un véritable lieu de drague homosexuelle, et que le « coin » le plus fréquenté des visiteurs homosexuels était (comme par hasard !) celui des Maréchaux d’Empire (les Généraux Masséna, Lefebvre, Foy, Caron de Beaumarchais, etc.) ! Cherchez la coïncidence…

 

Le soutien aveugle de l’individu homosexuel au tyran résulte souvent d’un désir déçu d’héroïsme, d’un don de sa personne au mauvais maître. Il soutient un dieu bassement et uniquement mondain, télévisuel, historiquement médiatique, alors qu’il rêverait inconsciemment de suivre Jésus, le dieu divin et humain… mais son orgueil personnel l’empêche d’assumer sa soif de vraie grandeur.

 
 

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Code n°47 – Différences culturelles

 

Différences culturelles

Différences culturelles

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

L’orgueil érotisé du petit Génie

 

La difficulté à rentrer en relation avec les autres, à trouver sa place dans la société, à rester soi-même tout en se mélangeant aux êtres humains, n’est pas propre aux personnes homosexuelles. Elle est humaine et universelle, bien entendu. Cependant, chez elles, l’adaptation au monde, le rapport au phénomène de groupe, l’assimilation sereine et amicale aux sphères collectives, ont eu tendance à se faire dans la douleur, la violence et la rupture. L’adaptation excessive aux regards de l’entourage et l’oubli de leur propre regard négatif sur eux-mêmes vont encourager beaucoup d’individus homosexuels à affirmer l’existence d’une différence radicale par rapport aux autres.

 
CULTURELLES 2 Dubernet
 

En plus de se baser sur le corps (cf. je vous renvoie au code « Différences physiques » du Dictionnaire des Codes homosexuels), cette différence dite « naturelle et fondamentale » est d’ordre social, culturel et intellectuel. Très jeunes, certains sujets homosexuels vivent le choc des cultures avec leur entourage comme une véritable épreuve, puis un moyen de sortir du lot. Il n’est pas très étonnant qu’il y ait parmi les personnes homosexuelles un certain nombre de petits surdoués ou d’individus blessés dans leur amour propre parce que dans leur cursus scolaire, ils ont senti que leurs talents avaient été fortement dévalués ou ignorés. Beaucoup d’entre elles ont l’impression qu’elles ne sont radicalement pas sur la même longueur d’onde que les autres, qu’ils ne pourront jamais les comprendre totalement. Le fossé avec le reste de l’Humanité « hétérosexuelle » se creuse au fil des ans, et se fixe parfois en orientation sexuelle. L’homosexualité est envisagée à l’âge adulte comme une solution bien pratique pour camoufler par l’identitaire leur problème d’intégration sociale sans le régler vraiment à la racine.

 

Affirmer « Je suis différent », ainsi que le font beaucoup de personnes homosexuelles, n’est pas faux en soi, étant donné que tout Homme est unique et donc fondamentalement différent des autres. Mais le problème peut se situer dans les conséquences fâcheuses que la reconnaissance de leur différence jugée « exceptionnelle » ou « minable » peut entraîner sur leur rapport aux autres : mépris, isolement, exclusion, orgueil mal placé. « Je croyais que j’étais un petit garçon singulier et les autres garçons étaient jaloux de moi, parce qu’ils étaient, eux, on ne peut plus ordinaires. » (Luc, le héros homo du roman Frère (2001) de Ted Van Lieshout, p. 128)

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Différences physiques », « « Je suis différent » », « Bobo », « Poids des mots et des regards », « Se prendre pour Dieu », « Milieu homosexuel infernal », « Homosexualité noire et glorieuse », « Haine de la famille », « Petits Morveux », « Promotion « canapédé » », « Bovarysme », « Faux intellectuels » et « Solitude », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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FICTION

 

Très souvent dans les fictions traitant d’homosexualité, le personnage homosexuel a le sentiment de ne pas être du même monde que les autres : cf. le film « Le Feu follet » (1963) de Louis Malle, le film « Un Élève doué » (1998) de Bryan Singer, le film « Whole New Thing » (2005) d’Amnon Buchbinder, le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore (avec la distance prise par rapport aux camarades de classe « footeux » et dragueurs de filles), le film « Oublier Chéyenne » (2004) de Valérie Minetto (avec l’éloignement du monde adolescent), le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve (avec le choc culturel au lycée), le film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce, le film « Will Hunting » (1997) de Gus Van Sant (avec l’élève surdoué), le film « La Meilleure façon de marcher » (1976) de Claude Miller (où le personnage homosexuel s’isole dans les livres pour ne pas affronter ses camarades de colonie de vacances), le film « Les Loups de Kromer » (2003) de Will Gould (avec la thématique du rejet social des homos en tant qu’espèce culturelle à part), le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson (avec Léo, le marginal social), le film d’animation « Shark Tale » (« Le Gang des Requins », 2004) d’Eric Bergeron (avec Lenny, le petit requin trouillard et complexé), les chansons « L’Innamoramento » et « Lonely Lisa » de Mylène Farmer, la chanson « Toujours debout » d’Emmanuel Moire (évoquant l’isolement sur la cour d’école face aux rituels de drague), etc.

 

L’impression d’être différent commence toujours par une dévalorisation de soi. « J’étais une épave. Je me sentais vraiment mal. » (Emory, le héros gay efféminé, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) Le personnage homo se compare à l’excès aux autres et se sent minable par rapport à eux : « Parfois, je crois que je suis fou. Je ne vois pas les choses comme les autres. » (Kenny dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford) ; « Stephen était un désastre social. Aux ‘garden parties’, c’était toujours un échec, elle semblait mal à l’aise et peu aimable. […] Ou elle ne disait mot ou elle bavardait trop librement. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe, p. 100) ; « Mes semblables me dépriment, je ne sais pas être comme eux. » (Denis Lachaud, J’apprends l’allemand (1998), p. 133) ; « Avec des si, je n’aurais jamais eu l’étiquette du mouton noir. » (cf. la chanson « Paradis imaginé » de Monis) ; « Sa différence le poussait à chercher l’anonymat, loin du mépris quotidien des Antillais. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son roman autobiographique Un Fils différent (2011), p. 65) ; « À l’école, les garçons se moquaient de moi parce que j’écoutais des trucs de filles. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; « Je ne sais pas jouer les nanas cools » (Laurel s’adressant à son amante Stacie, dans le film « Freeheld », « Free Love » (2015) de Peter Sollett) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, Antoine est jugé de la tête aux pieds par ses collègues à cause de sa tenue vestimentaire. Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Léo, le héros homosexuel, est la risée des gars de sa classe : il vit l’isolement à cause du rejet social de sa cécité.Dans le vidéo-clip de la chanson « College Boy » d’Indochine (réalisé par Xavier Dolan), le personnage principal, homosexuel, est lynché dans son lycée, dans sa famille, puis finit par se faire crucifier par ses camarades de classe. Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, Tom, l’un des héros homos, est un handicapé social : « La vérité, c’est que je ne suis pas très à l’aise… sauf avec les animaux. Je ne suis pas très à l’aise dans ma propre peau. » Dans la série Demain nous appartient diffusé en 2017 sur la chaîne TF1, Étienne, l’interne homo à l’hôpital de Sète, était pendant l’adolescence l’ancien camarade de classe de Victoire Lazzari, le souffre-douleur du lycée, surnommé « Bouboule » par ses camarades. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Rupert, le jeune héros homo de 10 ans, est maltraité à l’école à cause de son homosexualité : « Au collège, j’ai découvert la méchanceté ordinaire des garçons de mon âge. ».

 

 

Ce sentiment de différence repose sur les goûts, sur les fantasmes de peur ou d’identité inexistantes, et non sur des faits et des réalités objectifs : « Si j’étais comme les gens avec qui j’ai grandi, je regarderais le catch en buvant des bières en canette. J’amènerais ma copine sur un parking pour lui tripoter les seins. J’aime être différent. Parce que je vaux mieux. » (Paul, l’un des héros homos du film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Tu aurais pu être né en Bavière, en Basse-Saxe ou en Rhénanie, t’engager dans les Jeunesses avec tous les copains, te sentir très tôt un peu différent, caresser le torse imberbe de Franz sous les douches, le retrouver la nuit tombée dans sa couchette, devenir officier, ne jamais porter de triangle rose ou violet, être promu commandant, exterminer des homosexuels, coucher avec des garçons. Mais tu es né en France, tu es né juif, tu voulais être chimiste et rejoindre de Gaulle. » (Félix, l’un des héros homos du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 110) ; etc.

 

Il aura suffi que le personnage homosexuel n’ait pas été invité aux « boom » de son collège, qu’il n’ait pas été bon en sport, qu’il se soit dirigé davantage vers les arts et les livres que vers le foot, l’alcool, et les filles, qu’il ne corresponde pas à l’archétype caricatural de masculinité ou de féminité qu’il a vu au cinéma, pour vite s’écarter des groupes et se réfugier dans son propre monde. Par exemple, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Stéphane pense être « en retard par rapport aux autres » en matière d’amour, de flirts, et de sexualité. Dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, Adrien se décrit comme « l’adolescent qui s’endort dans la honte de ne ressembler à aucun des siens » (p. 42). Dans l’épisode 68 « Restons zen ! » (2013-2014) de la série Joséphine Ange gardien, Romane, l’héroïne lesbienne, a eu une scolarité très tourmentée : elle a été renvoyée de plusieurs lycées, elle a fait plusieurs fugues. Quand le personnage homosexuel évoque son cursus scolaire, il ne manque pas de cynisme : « Le collège… Les plus belles années de notre vie… » (Allan dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson)

 

Le sentiment de différence culturelle commence d’abord avec la famille. Le personnage homosexuel ne s’identifie pas à ses parents ni aux membres de son entourage proche : « Je suis née un 24 décembre, dans une famille de blaireaux incultes. » (Karine Dubernet dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate !, 2011) ; « Notre Mère Nature m’a fait porter un sacré coup… en me faisant naître dans une petite ville de l’Indiana. » (Billy dans le film « Billy’s Hollywood Screen Kiss » (1998) de Tommy O’Haver) ; « C’est l’enfer. » (Nathan, le héros homosexuel racontant son calvaire, dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel) ; etc. Dans la pièce Chroniques des Temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le héros homosexuel a des propos lapidaires à l’égard de la « beaufitude » de ses géniteurs et de leur prétendue « débilité pavillonnaire » (il parle de « ses cons de parents »). Dans le film « Pièce montée » (2010) de Denys Granier-Deferre, Marie, la lesbienne excentrique, cultive cyniquement/avec élégance son statut d’outsider : par exemple, le jour du mariage de son frère, elle porte un grand chapeau original et une robe transparente (on lui voit même la culotte), se définit comme le vilain petit canard de la famille, et joue à fond le jeu de la provocation homosexuelle.

 

Le sentiment de différence homosexuelle peut provenir également de la nationalité. « Tu es tellement, tellement, tellement différent. Et j’ai très peur de ce qui peut t’arriver. » (le père d’Éric le héros homo racontant sa difficulté d’intégration sociale en tant que Noir aux Etats-Unis, dans l’épisode 7 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn). Par exemple, dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti, François et Serge, Algériens de naissance et de culture, souffrent d’être des « étrangers » dans leur terre d’adoption, la France. Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca, homosexuel, raconte son arrivée à Paris, dans un foyer de jeunes travailleurs où il a quelques difficultés à s’afficher gay : « Les garçons du foyer étaient un peu différents de moi. » Ce sont parfois les membres de son entourage qui font au héros gay sentir cette différence. « Ils se moquaient toujours de moi. Sûrement à cause de l’accent. » (Heïdi, la lesbienne dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali)

 

CULTURELLES 1 Corde

Film « La Corde » d’Alfred Hitchcock


 

La honte culturelle de soi se transforme très souvent en mépris hautain. Le complexe de supériorité procède en général d’un gros complexe d’infériorité. « En classe, je ne fus pas très attentive. Je me sentais supérieure à tous mes camarades. » (Anamika dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 37) ; « À la sagai, je m’étais sentie plus intelligente que les collègues de mon père, et je me sentais systématiquement plus en avance que la plupart des personnes de mon entourage. » (idem, p. 181) ; « Ce que tu regrettes ton adolescence… » (Anton s’adressant ironiquement à son amant Vlad, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; « L’adolescence, c’est une période terrible. » (Hall dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc. Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Hubert, le jeune héros gay, traite ses camarades lycéens de haut, et dit textuellement qu’il fait partie d’« une classe de crétins ». Dans le film « La Corde » (1943) d’Alfred Hitchcock, les deux amants homosexuels sont persuadés de leur avance intellectuelle par rapport à leurs pairs. On retrouve le même scénario dans le film « Le Génie du mal » (1959) de Richard Fleischer. Dans la série nord-américaine United States Of Tara, le thème de l’homosexualité est mis en lien avec la différence intellectuelle : Marshall, le petit surdoué, l’enfant parfait de l’école, se trouve être l’homo de l’intrigue. Dans le film « James » (2008) de Connor Clements, le jeune James tombe amoureux de son professeur M. Sutherland et se sent en décalage avec ses camarades d’école du point de vue intellectuel. Dans le film « Un beau jour, un coiffeur… » (2004) de Gilles Bindi, la volonté d’isolement est marquée par le mépris : le héros homosexuel, un jeune prof de philo se considérant plus intelligent que les autres, exprime son dégoût des fêtes, des « djeunes », des « cools », et s’estime bien loin des préoccupations des gens de son âge. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros gay, considère qu’il a par rapport aux autres un « esprit supérieur », même s’il porte en lui un fort complexe d’infériorité et qu’il s’est fait « jeter » par ses amis au lycée. Dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, le jeune et beau Garbo n’a que mépris pour sa société, ses semblables scolaires (qu’il qualifie de « crétins larbins »), et ses éducateurs : « Dès son début, la vie ne lui fut que risettes, grimaces, faux-semblants et tartuferies d’andouilles. » (p. 16) ; « Toute Société n’est qu’une Immonde et Insatiable Salope. » (idem, p. 17) ; « Je tiens les enseignants pour gens facilement puérils, rarement déniaisés de l’enfance et jamais sortis de l’école, seulement grimpés sur l’estrade. » (p. 44) ; « J’ai toujours vécu à l’école comme tout seul en résistance dans le maquis. […] Vincent Garbo, enfant comme adolescent, a toujours été doué d’une intelligence largement suffisante à bluffer le système […]. » (Vincent Garbo parlant de lui à la troisième personne, idem, p. 72) ; « Tu n’as jamais aimé l’école. T’étais un vieil enfant trop sage qui faisait semblant de faire son âge parmi les loups sans élégance. » (c.f. chanson « À quoi ça tient » de Romain Didier) ; etc.

 

Derrière le fantasme de différence culturelle se cache un perfectionnisme frisant la mégalomanie et le purisme : « J’ai essayé d’être le meilleur homme possible. » (Steven dans le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa) ; « Un amour passionné des belles-lettres me distinguait de tous les autres potaches. » (le narrateur homo du roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, p. 8) ; etc.

 

Le sentiment de différence a pu être instillé par une idéalisation parentale excessive ou bien une surprotection incestueuse : « Regarde : tu es beau, intelligent, bon élève. Tes parents vivent dans le mythe d’un fils parfait. » (Chris à Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 112) Dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, Abram reproche à sa mère de l’avoir trop couvé et de l’avoir coupé des enfants de son âge (je vous renvoie à tout le chapitre sur les phobies et la douilletterie dans le code « Différences physiques » du Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

CULTURELLES 3 Lacernaire

Lacenaire dans « Les Enfants du Paradis » de Marcel Carné


 

Le héros homosexuel va jusqu’à suspecter ses semblables d’homophobie et de jalousie parce qu’il établit une fausse distance culturelle avec eux, une distance bien souvent jalouse/méprisante, justement : il garde ses talents pour lui, et attise donc les convoitises. « Quand j’étais enfant, j’étais déjà plus lucide, plus intelligent que les autres. Ils ne m’ont pas pardonné. Ils voulaient que je sois comme eux. » (Lacenaire parlant à Garance, dans le film « Les Enfants du Paradis » (1943-1945) de Marcel Carné) ; « Je croyais que j’étais un petit garçon singulier et les autres garçons étaient jaloux de moi, parce qu’ils étaient, eux, on ne peut plus ordinaires. » (Luc dans le roman Frère (2001) de Ted Van Lieshout, p. 128) ; « Il jalousa les autres garçons pétants de santé qui marchaient, couraient, dansaient et faisaient l’amour, lui qui ne pourrait jamais rien faire de cela, sauf, et c’était peut-être son seul réconfort, avoir des relations sexuelles, car cette partie de son corps n’avait pas été affectée : son pénis bandait, et il lui arrivait très souvent d’en jouir. » (Marcel, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 17)

 

Paradoxalement, le goût de la différence culturelle, poussée à l’extrême, conduit à son rejet, au sectarisme communautariste entre marginaux et à l’homophobie homosexuelle (cf. je vous renvoie au code « Milieu homosexuel infernal » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Outre la mauvaise réputation qu’avait la Savane la nuit, je rapportais en détail à ma mère certaines agressions dont j’avais été témoin. Sur la place, je rencontrais toutes sortes d’individus ; les ‘branchés’ étaient une population très hétéroclite. On était du même bord, mais on ne se fréquentait pas. Sans doute par manque de confiance, beaucoup se méfiaient de leur propre clan et jouaient à cache-cache en permanence, se dénigrant et se méprisant mutuellement. Impensable pour un groupe déjà victime du malheur de sa propre différence ! C’est quand même surprenant et regrettable d’en arriver là. […] Cette histoire de clans est une fatalité pour la communauté et l’on ressentait une rivalité oppressante entre les groupes différents. En fait, chaque groupe entrait dans une catégorie bien distincte : les extravagants, les cancaniers, les très discrets et enfin les ‘leaders’, ceux qui incitaient à la prise de conscience contre les discriminations et l’homophobie dans la région d’outre-mer. Je trouvais bien dommage cette diversification au sein de la communauté. » (Ednar parlant des lieux de drague antillais homosexuels, dans le roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, pp. 188-189)

 

Eh oui ! Il arrive toujours un jour où « l’autre » qu’on ne cherche pas à devenir ou qu’on fuit, c’est nous !

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

CULTUREL Tennessee Williams

Tennessee Williams


 

Dans la réalité concrète, beaucoup de personnes homos se sentent différentes des autres êtres humains, intellectuellement parlant, et cultivent d’ailleurs cette différence, si bien qu’on ne sait plus trop si celle-ci est objective ou bien artificielle, si ce sont les autres qui ont commencé à en faire une essence/un problème ou bien elles. Ce qui est sûr, c’est qu’elles vivent les rapports sociaux comme un choc violent, un fossé de perceptions. Elles ne se sentent pas sur la même longueur d’onde que le commun des mortels : « C’est cette absence de vérité, de justesse entre mon regard et celui des autres qui me laisse si solitaire. » (Jean-Luc Lagarce dans son Journal, 2008) ; « J’ai pas très bien vécu l’école. Ensuite, j’avais beaucoup de mal à m’entendre avec les gens. Y’a certaines personnes qui qualifiaient ma personnalité de bizarre. Je préfère être différent mais unique, on va dire, qu’être comme tout le monde et n’avoir rien à raconter. » (le chanteur belge Loïc Nottet dans le magnéto de l’émission Danse avec les stars sur la chaîne TF1, le 9 décembre 2015) ; etc.

 

Le sentiment de différence culturelle commence d’abord avec la famille. Il arrive que le sujet homosexuel ne s’identifie ni à son papa ni à sa maman, et que ces derniers – ou bien son statut social – lui fassent honte : « Quand j’étais petite, mes parents, qui avaient juste de quoi ne pas mourir de faim, avaient laissé en friche ce qui relevait de l’esthétique, en particulier dans le domaine vestimentaire. On ne portait que des vêtements bon marché, on se les passait des uns aux autres entre cousins, on rapetissait et ravaudait. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 175) ; « Mon caractère, ma façon d’être, de me vêtir me différenciaient des autres élèves. J’étais grand pour mon âge et, grâce à mes parents, à ma mère surtout, j’étais toujours vêtu avec recherche ; l’éducation que j’avais reçue faisait de moi, je l’avoue, un garçon assez précieux mais, à seize ans, bien des jeunes gens ressemblent à des filles. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 82) ; « Ce milieu ouvrier dans lequel j’ai vécu, et cette misère ouvrière qui se lit dans la physionomie des habitations à l’arrière-plan, dans les intérieurs, les vêtements, les corps eux-mêmes. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), pp. 19-20) ; « Pourquoi, moi qui ai tant éprouvé la honte sociale, la honte du milieu d’où je venais quand, une fois installé à Paris, des gens qui venaient de milieux sociaux si différents du mien, à qui je mentais plus ou moins sur mes origines de classe, ou devant lesquels je me sentais profondément gêné d’avouer ces origines, pourquoi donc n’ai-je jamais eu l’idée d’aborder ce problème dans un livre ou un article ? » (idem, p. 21) Dans ses essais (La Place (1983), Une Femme (1987), et La Honte (1997)), Annie Ernaux a beaucoup écrit sur la « distance de classe » qui la séparait de ses propres parents.

 

Le sentiment de différence homosexuelle peut venir de la nationalité, du décalage de cultures ou d’éducations : « Être lesbienne, c’est être toujours étrangère dans les cadres où je suis. Je suis étrangère à la culture anglaise ; bien sûr c’est ma langue, mais ce n’est pas ma langue maternelle. » (Patricia Duncker citée dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 178) ; « Je dis souvent que j’appartenais à 4 identités normalement incompatibles : je venais du Sud, juif, gay et pauvre. » (Perry Brass, vétéran gay, dans le documentaire « Stonewall : Aux origines de la Gay Pride » de Mathilde Fassin, diffusé dans l’émission La Case du Siècle sur la chaîne France 5 le 28 juin 2020) ; etc. Patrick White a souffert à l’école anglaise de ton statut de « colon » et de « provincial » aux vues de ses compatriotes londoniens, ainsi que du fossé culturel avec ses camarades écoliers ; il disait lui-même que le niveau intellectuel de leurs conversations le navrait. Les camarades de classe de Jean Genet se moquaient de lui et le rejetaient parce qu’il était un « enfant trouvé » : « J’ai su très jeune que je n’étais pas français, que je n’appartenais pas au village » écrit-il dans L’Ennemi déclaré (1910-1944). Dans le biopic « Noureev, le Corbeau blanc » (2019) de Ralph Fiennes, on voit que Rudolf Noureev, le danseur et chorégraphe homo russe, a fait une fixette sur ses origines paysannes : « Bien sûr, moi, je suis un plouc d’Oufa ! » (région provinciale de Russie) s’indigne-t-il face à ceux qui veulent le garder pour eux dans sa mère-patrie russe. Il fera de son complexe social un moteur d’ascension sociale pour devenir chef de ballet à Paris.

 

Au fond, le ressenti homosexuel d’une supposée « différence radicale avec les autres » repose sur les goûts, sur les fantasmes de peur ou d’identité inexistantes, et non sur des faits et des réalités objectifs : « Tous les blocages sont dans ma tête. » (Christian, le dandy homosexuel de 50 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Je n’avais qu’un désir : c’est d’être différent de mes camarades. Je ne voulais surtout pas être comme les autres enfants. Non non non. » (Karl Lagerfeld dans le documentaire « Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld : une guerre en dentelles » (2015) de Stéphan Kopecky, pour l’émission Duels sur France 5) ; etc.

 

Film "Tanguy" d'Étienne Chatiliez

Film « Tanguy » d’Étienne Chatiliez


 

Le fossé entre les personnes homosexuelles et le reste de l’Humanité s’est creusé en général au collège, dans une indifférence/isolement savamment et lentement travaillés. « C’est un bon sujet, un enfant respectueux et tendre, plus faible et plus petit que ses camarades mais plus intelligent : il tient sans effort la tête de la classe. Bref, sage comme une image. » (Jean-Paul Sartre en parlant de Jean Genet, dans sa biographie Saint Genet (1952), p. 14) ; « Le lycée fut pour moi une effroyable et sinistre expérience. […] Je voulais toujours être pianiste et mes parents ne m’obligeaient pas à aller à l’école tous les jours. J’y allais juste assez pour rester au niveau de ma classe. Maintenant, des années plus tard, mes professeurs sont extrêmement perplexes à l’idée que quelqu’un d’aussi négligent que moi ait pu devenir un auteur à succès. La vérité est que je ne crois guère à l’école. » (Carson McCullers, citée dans la biographie Carson McCullers (1995) de Josyane Savigneau, p. 43) ; « Face à mes bouffées de stress matinales, ma mère avait fini par s’inquiéter et appeler le médecin. Il avait été décidé que je prendrais des gouttes plusieurs fois par jour pour me calmer. Ma mère répondait, quand la question lui était posée, que j’étais nerveux depuis toujours. Peut-être même hyperactif. C’était l’école, elle ne comprenait pas pourquoi j’accordais tant d’importance à ça. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 64) ; « Retarder artificiellement le moment de l’arrivée dans la cour de l’établissement puis dans le couloir. » (idem, p. 66) ; « Jamais je ne parvins à complètement m’intégrer aux cercles de garçons. Nombreuses étaient les soirées où ma présence était soigneusement évitée, les parties de football auxquelles on ne me proposait pas de participer. » (idem, p. 121) ; « J’étais plutôt rejeté. » (Jean-Paul Gaultier, le couturier racontant qu’adolescent, il venait trouver refuge chez sa grand-mère pour échapper à l’ambiance pesante à l’école et au collège) ; « Dès la maternelle, collé au instit, pendant la récré j’étais en échec scolaire, un élève très sensible instable, ayant peur de tout et du regard des autres. J’ai redoublé le CP et j’ai eu la colère de voir mes camarades passer d’un niveau alors que moi je restais dans la même classe, j’étais le rejeté, l’exclu de mes frères et sœurs qui ne comprenaient pas pourquoi je n’étais pas avec eux et ils me regardaient tous. » (cf. le mail d’un ami, Pierre-Adrien, 30 ans, juin 2014) ; etc. Par exemple, le chanteur Mika raconte comment ses camarades se foutaient de ses manières.

 

Comme par réflexe de survie, la honte de soi/des autres a tendance à se transformer en mépris hautain. Le complexe de supériorité procède souvent d’un fort complexe d’infériorité : « Je savais que j’étais intelligent, que j’avais du talent. » (un témoin homo de l’essai Mort ou Fif (2001) de Michel Dorais, p. 91) ; « J’affichais une distance méprisante vis-à-vis des autres élèves avec qui je ne discutais jamais. » (Jean Le Bitoux se décrivant à la fac, dans son essai Citoyen de seconde zone (2003), p. 56) ; « Il m’est impossible d’oublier tous ces camarades de classe, ces dégénérés qui se complaisent désormais dans une médiocrité vulgaire. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 7) ; « Il me fascine. […] Je me rends compte très rapidement qu’il est aussi doué que moi en classe et aussi médiocre en foot. » (l’auteur, parlant d’un autre de ses camarades de qui il tombe amoureux car il est à part, comme lui, idem, p. 11) ; « Ah ! Si seulement j’avais pu être mauvais élève, juste un peu, pour faire comme les autres. » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), p. 34) ; « Je m’estimais différent, et pourquoi pas, mieux que les autres. » (Berthrand Nguyen Matoko à propos de son collège à Brazzaville, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 46) ; etc.

 

La souffrance identitaire des personnes homosexuelles provient très souvent d’un sentiment de différence-isolement : peu importe finalement le support ou le prétexte de ce sentiment (orientation sexuelle, statut social, nationalité, religion, intellect, pauvreté ou richesse matérielle, culture…). « Au bout du compte, j’aurai davantage souffert de la haine homophobe de la part de personnes partageant mes origines que du racisme antiarabe. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 8) ; « Il faut dire que Sweig a du mal, en public comme en privé. » (la voix-off dans le documentaire « Stefan Sweig, histoire d’un Européen » (2015) de François Busnel) ; etc.

 

Ce sentiment de différence culturelle se construit non seulement sur une rupture radicale avec les autres mais aussi – ce qui revient au même – sur une relation fusionnelle (voire homosexuelle), comme l’illustrent ces lignes étonnantes de l’autobiographie Une Mélancolie arabe(2008) d’Abdellah Taïa : « J’étais comme eux, absolument comme eux. On faisait la nouiba : chacun se donnait à l’autre. On baissait nos pantalons et on faisait l’amour en groupe. J’étais moi-même avec eux. Moi-même et différent. Je les adorais, oui, oui. Je restais avec eux même quand ils m’insultaient, me traitaient d’efféminé, de zamel, de pédé passif. » (p. 13) Il existe un rapport d’attraction-répulsion étrange entre la personne homosexuelle et son entourage bisexuel/adolescent. Comme si le désir homosexuel indiquait la présence d’une rupture relationnelle due à une jalousie narcissique, nourrie par les deux « camps » (hétéro et homo).

 

Je me souviens, pour ma part, que je me suis souvent senti dévalué dans mes capacités intellectuelles et artistiques pendant mon cursus scolaire. Il faut dire paradoxalement que je le cherchais bien ! J’avais un rapport blessé aux groupes et à la collectivité en général, et je marquais la distance pour faire mon intéressant/pour ne pas affronter les gars de mon âge. Je montrais quand même suffisamment de talents à mes camarades pour leur laisser deviner ma singularité et ma richesse de caractère, pour attiser leur curiosité – au collège, j’ai quand même été élu délégué de classe en sixième – mais comme par ailleurs je ne partageais pas assez mes trésors et mon amitié (vu que je m’isolais, que je ne me liais pas assez aux garçons de ma classe, que je me sentais différent de mes semblables culturellement parlant, et que je faisais cavalier seul), cette curiosité s’est mutée très vite en incompréhension, en jalousie, en sarcasme homophobe : la même classe qui m’avait élu chef un an auparavant m’a rejeté massivement en cinquième. Ils se sont mis inconsciemment en tête de dénoncer ma peur, ma misanthropie, mon isolement, mon « originalité suspecte ». Je crois en effet qu’ils étaient jaloux sans le savoir, mais aussi qu’ils cherchaient maladroitement à me connaître ; et comme je ne me donnais pas et que je ne me laissais pas connaître, ils se sont vengés aveuglément. L’homosexualité contient ce secret d’avarice et de peur, qu’on vous arrache parce qu’on a décidé de ne pas lâcher l’affaire avec vous. L’homophobie est le signe violent d’une profonde déception que la rencontre collective et amicale – qui promettait d’être riche – n’ait pas pu se faire.

 
 

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Code n°51 – Doubles schizophréniques (sous-codes : Dialogue contradictoire / Ventriloque / Schizophrénie)

doubles schizophréniques

Doubles schizophréniques

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La bilatéralité avec les autres et avec soi

 

François Sagat

François Sagat


 

Le désir homosexuel est l’expression du climat fortement anti-naturaliste de nos sociétés actuelles qui encouragent l’individu à vider ses actes de leur portée symbolique et à dissocier l’être du faire, le corps de l’esprit, les actes de leurs sens. Même si la schizophrénie n’est pas l’apanage du désir homosexuel, je crois que celui-ci fait partie, avec le désir hétérosexuel, des plus puissantes forces humaines écartelantes qui existent. Si j’avais à en donner une seule définition, je pourrais dire que le désir homosexuel tend davantage à la désunion réifiante de l’être qu’il habite qu’il ne veille à son unité humanisante. C’est la raison pour laquelle bon nombre de personnes homosexuelles l’associent inconsciemment ou volontairement à la schizophrénie (Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe (1973), p. 37).

 

Jonathan Caouette

Jonathan Caouette


 

Pour expliquer cette déconnexion de l’être et du faire, nous découvrons souvent que c’est la discordance entre les moyens et le but que nous nous fixons sincèrement, encouragée par la sacralisation de nos propres bonnes intentions, qui nous impose parfois ce pénible décalage de la schizophrénie. Beaucoup de personnes homosexuelles postulent qu’on peut très bien arriver au Bien par le Bien mais aussi par le mal, car elles ont la passion impatiente du Bien. Par exemple, lorsqu’un Érik Rémès avoue avoir contaminé plusieurs personnes du Sida, et qu’il déclare peu après qu’il est « un garçon très romantique, très fleur bleue » (Érik Rémès, dans l’article « Érik Rémès, Écrivain » de Julien Grunberg, sur le site www.e-llico.com consulté en juin 2005), nous avons de fortes raisons de penser qu’il est malgré tout sincère. Dans le monde des intentions, son action et ses propos sont explicables et respectables, même si, une fois considérés à la lumière de la Réalité et de la Vérité, ils ne sont bien évidemment plus justifiables.

 

La discordance entre le moyen et le but fait réellement souffrir beaucoup de personnes homosexuelles car elles ne récoltent pas les « bons » fruits de leur sincérité. Étant donné qu’elles font du Bien leur priorité sans faire attention aux moyens qu’elles vont mettre en œuvre pour le rendre concret, elles auront tendance à assigner au mal les vertus (et parfois même la création !) du Bien. À force de dire que l’échec peut être le cadre du succès, elles finissent par penser que le mal est la condition de l’existence de la Vérité, voire la Vérité même. « C’est par les fautes que nous sommes les plus vrais » déclare par exemple Jean Cocteau (Jean Cocteau, dans le documentaire « Jean Cocteau, Autoportrait d’un Inconnu » (1983) d’Edgardo Cozarinsky).

 

L’élan schizoïde et déchirant du désir homosexuel s’exprime par ce qu’on appelle l’androgynie psychique. On entend par cette expression la dualité psychologique rencontrée dans le processus d’individuation, et, comme le souligne Barbara Gagné dans L’Androgynie psychique chez Carl Gustav Jung (2001), la « rencontre dans l’esprit (humain) des deux principes, féminin et masculin » (p. 10), mais je rajouterais aussi jeune et adulte (pour la différence des générations), ainsi que serviteur et maître (pour la différence des espaces). Elle se résout chez l’Homme au mieux dans la différenciation et la rencontre non-fusionnelle pacifiée d’un duo de personnages symbolisant dans l’iconographie les deux principes de l’androgynie psychique (la femme et l’homme, l’enfant et l’adulte, le serviteur et le maître), au pire dans la fusion destructrice de ces mêmes personnages (alors différenciés à l’extrême par la caricature : la femme-objet et le macho, le sale gosse et l’adulte despotique, l’esclave-bouffon et le tyran). Cette réalité psychologique n’est pas propre aux personnes homosexuelles, bien sûr. L’androgynie psychique est, selon Jean Libis, le signe d’une blessure que porte chaque Homme en lui du fait de se savoir incomplet et fragile. Si elle est intégrée comme naturelle, elle permet la reconnaissance de ses manques humains, et donc l’accueil du Désir. Mais plus elle est camouflée ou cultivée dans l’ignorance et l’orgueil, plus elle peut être le signe à la fois d’un viol réel subi et l’expression d’un désir de violer, de se diviser à nouveau. Elle se traduit alors par une séparation en deux de la conscience, donc par la schizophrénie ; et plus particulièrement chez les personnes homosexuelles, en orientation sexuelle homo-érotique.

 

C’est pourquoi les auteurs homosexuels traitent fréquemment du thème des doubles schizophréniques, figurés dans les fictions par deux personnages burlesques réagissant comme des jumeaux toujours en accord/désaccord. Comme nous pouvons le constater dans la pièce de William Shakespeare Macbeth (1623) par exemple, le roi et sa femme symbolisent, selon les termes de Pierre Leyris, « l’androgyne psychique », c’est-à-dire le conflit intérieur d’une conscience né d’un crime fictionnel, et exprimé à l’image par deux personnages épuisant à eux deux toutes les possibilités de réactions au meurtre (remord, défi, indifférence, euphorie, culpabilité, angoisse, etc.) comme le feraient les parties détachées d’une même individualité. De même, dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, il nous est dit que Paul et sa sœur Élisabeth sont « les deux membres d’un seul corps ». Dans les créations artistiques homosexuelles, les monologues intérieurs prennent en général la forme du dialogue schizophrénique en couple. Se superposent dans cet échange l’invitation perverse et l’appel au déni et à la résistance au viol. Mais cette joute verbale schizophrénique n’est ni si horrible ni si banale que ne nous le montre l’image. Elle a quand même pour but inconscient d’occulter par son vacarme la guerre fantasmée et parfois réelle que se livre l’individu réel à lui-même en se laissant faire par son désir de viol.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Fusion », « Androgynie bouffon/tyran », « Inceste entre frères », « Miroir », « Ombre », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Femme et homme en statues de cire », « Substitut d’identité », « Pygmalion », « Jumeaux », « Désir désordonné », « Folie », « Moitié », « Poupées », « Animaux empaillés », à la partie « Laurel et Hardy » du code « Amant modèle photographique » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Ne faire qu’Un avec un autre que soi :

Pièce Le Retour au désert de Bernard-Marie Koltès

Pièce Le Retour au désert de Bernard-Marie Koltès


 

Dans les fictions homo-érotiques, le désir homosexuel est souvent représenté par deux marionnettes (comme les deux papys du Muppet Show) : cf. la chanson « Alice et June » d’Indochine, le film « Le Frère, la sœur… et l’autre » (1970) de Douglas Hickox, la pièce Juste la fin du Monde (1999) de Jean-Luc Lagarce (avec la relation jalouse entre Louis et Antoine), la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé (avec Stan et le héros), le film « Le Roi Jean » (2009) de Jean-Philippe Labadie (avec les deux soldats de plomb), le roman Bob et Bobette s’amusent (1919) de Francis Carco, le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb, le tableau Robinson et Vendredi (2007) d’Éric Raspaut, le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza (avec le gardien de la fac, une sorte de fantôme et une voix de la conscience), le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar (avec Mateo Blanco et Harry Caine), la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi (avec Cyrille et Hubert, le journaliste-bras-droit), le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (avec les deux sénateurs), le film « La Fiancée de Frankenstein » (1935) de James Whale (avec les docteurs Frankenstein et Pretorius), le film « La Femme et le Pantin » (1931) de Josef Von Sternberg (avec les deux politiciens), la pièce Les Bonnes (1947) de Jean Genet (avec les deux domestiques Claire et Solange), la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin (avec Avril et Lacenaire), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, la pièce Une Nuit au poste (2007) d’Éric Rouquette (avec Isabelle la shootée et Diane l’hystérique), le film « The Virgin Soldiers » (1969) de John Dexter, la pièce Arlequin, Valet de deux maîtres (1745) de Goldoni (avec Federico et sa sœur Beatriz qui se fait passer pour lui), le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1969) de Billy Wilder, le roman Les deux morts de John Speidel (2003) de Joe Haldeman, le film « Un Amour de Swann » (1983) de Volker Schlöndorff (avec le duo androgynique Swann/Odette), la pièce Le Cri de l’ôtruche (2007) de Claude Gisbert (avec Paul et Bob), la chanson « La Chanson du coq et de l’âne » du spectacle musical Émilie Jolie de Philippe Chatel (chantée par Arnold Turboust et Étienne Daho), le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie (avec Eva et Mathilda), le dessin animé « Alice au pays des merveilles » (1951) de Clyde Geronimi (avec le Chapelier toqué – particulièrement efféminé – et le lièvre – animal connu pour ses pratiques « homosexuelles »), la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher (avec David et Philibert), le roman Mi Novia Y Mi Novio (1923) d’Álvaro Retana, la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi (avec Louise et Jeanne, amies « collées » depuis l’enfance), la pièce Attachez vos ceintures (2008) de David Buniak (avec Ibrahim, le double du protagoniste homosexuel), le film « Collateral » (2004) de Michael Mann (avec Vincent et Max), la chanson « Laure et Lise » de Renaud Hantson, le film « L’Heure du désir » (1954) d’Egil Holmsen, le film « La Polka des marins » (1951) d’Hal Walker, le film « Trannymals Go To Court » (2007) de Dylan Vade, le film « Satyricon » (1969) de Federico Fellini, la pièce Les Précieux Ridicules (2008) de Damien Poinsard et Guido Reyna (avec les deux nièces), le spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde (2008) de Philippe Robin-Volclair (avec les deux oiseaux homos Édouard et Luigi), le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli, les films « Le Soldat récalcitrant » (datant de 1950, avec le fameux tandem Lewis/Martin), le film « Irma à Hollywood » (1950) et « Bon Sang ne saurait mentir » (1951) d’Hal Walker, la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer (avec Janine et Simone), la comédie musicale Cabaret (1966) de Sam Mendes et Rob Marshall (avec Victor et Bobby, les deux cabarets boys identiques), la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Céglia (avec Didier le grand et Bernard le maigre), l’opéra King Arthur (2009) d’Hervé Niquet (avec les deux moinillons homosexuels), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec les deux CRS Pardieu et Donadieu), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec Smith, le héros homosexuel, et London sa demi-sœur), le film « Bancs publics (Versailles Rive droite) » (2009) de Bruno Podalydès (avec les deux vieux joueurs de Backgammon 2 comparés au duo comique Poiret/Serrault), la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet (avec les deux servantes Claudia et Elsa ), le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes (avec Sulky et Sulku), etc.

 

« Tu es Laurel et moi Hardy. Tu es Batman et moi Robyn. Tu es Tom et moi Jerry. » (Karma s’adressant à sa copine Amy, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « Mon histoire sans la sienne n’a aucun sens. Cyril est ma réciproque. Nous sommes réunis à jamais dans cet univers qu’il affectionnait tant. […] Je suis entrée en lui comme il est entré en moi. […] Sans lui, je n’existe pas. » (la psychiatre concernant son patient Cyril, dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, pp. 219-221) ; « J’avais affaire à un double cas de Docteur Jekyll et Mister Hyde. » (Jean-Marc en parlant du couple homo Dan et Gerry, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 205) ; « Faisons à nous deux un héros de roman. […] J’irai dans l’ombre à ton côté. Je serai l’esprit. Tu seras la beauté. » (Cyrano s’adressant à Christian dans la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan) ; « Ah, non, Linda, arrêtez ! Ah, la salope, elle m’est rentrée dedans ! Allô, Linda, sortez tout de suite ! » (Loretta Strong, le héros travesti M to F, dans la pièce éponyme (1978) de Copi) ; « J’étais chez Khalid. Je dormais avec mes vêtements de jour dans son lit. Seul dans son lit. Puis avec lui. Mais, du plus loin de mon sommeil, c’est moi qui parlais cette fois-ci. ‘Non, non, ce n’est pas moi… Oui, oui, c’est moi… Moi… Sûr… Sûr…’. » (Omar, le héros homosexuel dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 44) ; « Nous n’aurions dû être que deux êtres humains à la fois. » (Jacques, le héros homosexuel quinquagénaire s’adressant à son amant Mathan, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Mes dieux chéris adorés, faites que jamais nous ne nous séparions, lui de moi et moi de lui. » (la naïade abusive fusionnant avec Hermaphrodite, dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré) ; « Nous sommes toutes deux emplies de la vieille paix de Morton, parce que nous nous aimons si profondément… et parce que nous sommes une perfection, une chose parfaite, vous et moi… non deux personnes distinctes, mais une seule. » (Stephen, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Angela, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 191) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, les deux ex-amants Danny et Zach sont l’un pour l’autre une conscience. Par exemple, à chaque fois que Zach fume dans un lieu non-fumeur, Danny le surprend et le rappelle à l’ordre par surprise. Ils partagent une seule et même vie, comme deux moitiés d’homme : « On peut rendre notre vie plus belle. » (Zach) ; « Seulement un petit désagrément avec moi-même… » (Zach après l’engueulade avec son double, Danny) ; etc. Ils se marchent fatalement sur les pieds : « On ne s’entend pas très bien, pas vrai ? » (Danny s’adressant à son amant Zach, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « Toi et moi, on a connu une trahison de trop. » (Zach à Danny, juste après l’avoir embrassé sur la tête, idem) Quand Zach déclare à Danny « Tu peux me sauver grâce à ta vie. », celui-ci lui répond : « Écoute-moi : je ne suis pas toi ! » Dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), Merteuil et Valmont s’amusent à interchanger leur rôle et leur peau, en parlant à la place de l’autre.
 

Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel intercale toujours dans son discours des interruptions d’Aurélie, sa meilleure amie, qui lui coupe la parole avec des questions gênantes et inquisitrices. Il la présente comme « son double » On découvre petit à petit que le double en question est plutôt un modèle narcissique impersonnel (d’autre fois, Aurélie devient « Armelle ») et un peu trouble : « Les soirées déguisées, on adore ça. C’est le moment parfait pour être quelqu’un d’autre. Pour montrer son double. » ; « Eh ben oui. Tous mes copains ont une sœur maléfique ! » Le héros ne se gêne pas pour la maltraiter : « Pourquoi Armelle est là à toutes les soirées ? C’est de la schizo. »

 

Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, le héros homosexuel, considère son colocataire Benji, très loquace, comme sa « petite voix » : « T’es pas les autres : toi, c’est moi. »

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, quand Kévin fait remarquer à son copain Bryan qu’il parle de son cerveau et de lui-même comme s’ils étaient deux entités dissociées, Bryan lui répond : « C’est un peu ça. Des fois, j’ai l’impression d’être un étranger dans ce corps. Je ne sais pas si c’est le mot qui va bien. C’est plus l’impression de désaccord, de perte de contrôle, avec des envies, des pulsions et des idées que je préférerais ne pas avoir, dans lesquelles je ne me reconnais pas, qui me mettent mal à l’aise… Tu comprends ? » (p. 374)

 

Dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage, la schizophrénie est au centre de l’intrigue : « C’est mon lot quotidien, les schizophrènes. […] Traiter deux patients qui partagent le même psychisme, c’est comme en traiter un seul qui en aurait plusieurs. » (le psy) Les deux meilleurs amis, Jean-Louis (l’hétéro) et Jean-Charles (le transgenre M to F Jessica) « partagent le même psychisme » : « Je deviens sa demi-sœur. » (Jean-Charles parlant de Jean-Louis)

 

Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, Jenko (le grand beau gosse) et son collègue Schmidt (le gros petit) se disputent beaucoup : « Tu me tires vers le bas. » (Jenko) ; « Tu étais une petite fleur et je t’étouffais. » (Schmidt) À la fin, face à cette drôle de fraternité, Zook, leur camarade-rival, conclut à propos de Schmidt : « C’est lui son âme-sœur. »

 

DOUBLES Jumeaux diaboliques

 

Le double schizophrénique peut être un animal. « Le rat sortit son museau de la poche du veston grisâtre et secoua ses moustaches ; il écouta les pas du propriétaire du veston, M. Alphand, qui entrait dans la bibliothèque, furieux, et faisait sonner sa canne contre le dossier de la chaise où la veste était accrochée ; le rat poussa un cri et alla se cacher entre les livres. […] Le rat avait pris possession de la bibliothèque de M. Alphand. » (cf. la première phrase de la nouvelle « La Servante » (1978) de Copi, p. 61) Par exemple, dans son one-(wo)man-show Madame H. raconte la saga des transpédégouines (2007), Madame H. parle à « Montherlant », son écharpe en hermine. Dans la pièce Toutes les chansons ont une histoire (2009) de Quentin Lamotta et Frédéric Zeitoun, les deux mainates dans leur cage sont les commentateurs désopilants des humains qui les entourent. Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, le perroquet de doña Mechita fait des siennes.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

L’animal en question est l’indicateur, chez le personnage homosexuel, à la fois du voyeurisme et de la paranoïa : « Goliatha, le rat me regarde ! J’ai peur ! » (« L. », le héros travesti M to F de la pièce Le Frigo (1983) de Copi) Par exemple, dans le film « Le Naufragé » (2012) de Pierre Folliot, la mère d’Adrien (le héros homo), par une hallucination, voit en vrai son fils mort dans sa baignoire : Adrien vient habiter ses pires cauchemars.

 

Ce double androgynique est aussi bien souvent un membre de la famille du héros (la mère et surtout le frère ou la sœur). Par exemple, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Jules, le héros homosexuel, avoue que sa sœur a fait une dépression. Dans la pièce Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès, Mathilde et Adrien symbolisent une androgynie psychique. D’ailleurs, à un moment, on ordonne leur séparation (« Séparez-les ! ») tellement le frère et la sœur sont fusionnels. Dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, les deux frères Sandre (le pessimiste terre à terre) et Audric (le rêveur) forment une seule entité. Dans le film « Psychose » (1960) d’Alfred Hitchcock, l’esprit de la mère morte occupe l’esprit de son fils Norman. Dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi, la Reine et sa fille sont les deux parties encéphaliques d’un même cerveau, celui de leur auteur : « Dès que ma fille n’est plus là, ma mémoire défaille. » Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, le frère d’Europe entend sa sœur lui parler de l’intérieur, de manière invisible, par transmission de pensées : « Je t’aime. Faut pas t’inquiéter pour moi. » Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, la grande sœur de Juna (l’héroïne lesbienne) est une voix-off accaparante qu’on ne voit jamais et que Juna tuera en la carbonisant. Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, Adineh l’héroïne transsexuelle F to M a un frère – à la fois de sang et symbolique –, qui se nomme Emad, qu’elle invoque et qui va l’aider à s’exiler en Allemagne pour son opération de changement de sexe : « C’est mon frère. Il n’est pas d’ici. »
 

En toile de fond de ce duo uni à la vie à la mort se lit très souvent l’inceste (en général entre frères), le narcissisme et le viol. « J’ai passé mon temps à vous séparer et à recoller les morceaux ! » (Jasmine s’adressant à ses frères Djalil et François – Djalil est le demi-frère de François – dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti) ; « On finit toujours par se disputer. » (François et Jasmine, frère et sœur jumeaux, idem) ; « Tu lis en lui comme dans un livre ouvert à l’envers. » (Félix, le héros homosexuel parlant de son frère Victor, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 177) ; « Je l’aime. Il a une double personnalité, ça me fascine. Soit il reste immobile pendant des heures, soit il saute sur moi. » (le narrateur homosexuel parlant de son amant Pietro, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 66) ; « Vous êtes habituée à vivre avec votre sœur qui vous facilitait tout. Toute seule, vous êtes comme un enfant. » (Fougère dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Le ventre collé contre le grand lit de fer. Je cherche mon frère. J’avance vers le sommier. Le dos fermé couché, j’ai mal à reconnaître. La voix de mon frère, un sanglot étouffé. Pour le rencontrer, j’ai fait un millier de mètres à pied car ils nous ont séparés. » (cf. le poème « Le Dos d’un cœur » (2008) d’ Aude Legrand-Berriot) ; « Dianne et moi, on était comme McGyver et son couteau, les asperges et la sauce hollandaise ou les jumelles Olsen. Elle était mon ange gardien, mon amie et alliée. Et moi, son deuxième cœur. » (Phil, le héros homo à propos de sa sœur jumelle, dans le film « Die Mitter der Welt », « Moi et mon monde » (2016) de Jakob M Erwa); etc.

 

Par exemple, dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, la mère apparaît comme une voix de la conscience, un double schizophrénique « attachiant » et désagréable, qui ne lâche pas son fils homosexuel Guillaume d’une semelle, et qui le transforme en moulin à parole parlant pour deux (« Tu promets de ne pas monopoliser la conversation, hein ? » demande Clémence, une amie de Guillaume pendant une soirée entre filles) : d’ailleurs, c’est le même acteur qui joue le fils et la mère. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, William, le héros homo, et Adèle sa sœur, ont une relation particulièrement fusionnelle et incestuelle. Ils semblent inséparables et sont même une menace pour l’amant de William, Georges, qu’ils torturent psychologiquement pour lui faire payer sa double vie de bisexuel : « Qu’est-ce que c’est que cette sangsue ?? » demande ce dernier pour les déscotcher, en vain. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Jane, l’héroïne lesbienne et la jeune Anna, 13 ans, sont comme des jumelles, des reflets narcissiques : elles ont la même éraflure au visage… et le même fantasme de viol/la même expérience du viol.

 
 

b) Ne faire qu’Un avec deux soi-même (schizophrénie) :

Parfois, le personnage homosexuel ne fait qu’Un avec deux lui-même. C’est ce qui s’appelle la schizophrénie… pardon… la « transidentité ». « Une moitié de lui est en lutte contre une autre. » (la Belle par rapport à la Bête, dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau) ; « Vous aviez raison. Je suis pas hétéro. Je suis bipolaire, c’est tout. » (Arnaud, le héros homo s’adressant à son compagnon Benjamin et à son psy, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Elle est María José et lui José María, deux personnes à part entière si l’on tient compte des prénoms, mais rien à voir avec l’idée que se font ceux qui opèrent l’amalgame des deux en un être unique. Il s’agit de quelque chose de profondément religieux, d’ineffable. Ils sont deux, je le répète. » (Luisa Valenzuela, « Leyenda De La Criatura Autosuficiente » (1983), p. 68) ; « Il faut que je me parle. D’homme à homme. De mâle à mâle. De sujet à sujet. » (Jarry se parlant à lui-même, dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Votre petite fille intérieure fait du mal à votre petit garçon intérieur. » (John, le héros homosexuel s’adressant à Mr Carter dont il est amoureux, dans le film « Alone With Mr Carter » (2012) de Jean-Pierre Bergeron) ; « Je suis une femme coincée dans un corps d’homme. » (Mia, le héros transsexuel M to F, dans la série Hit & Miss (2012) d’Hettie McDonald) ; « Signé : Sarah Connor. C’est mon vrai prénom à l’intérieur. » (Karine Dubernet dans le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate !, 2011) ; « Jean-Marc, c’est le cerveau caché de notre groupe. » (Jean-Henri dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « J’ai un mec à l’intérieur de moi qui me dit : ‘Il faut pas que t’aies un mec à l’intérieur de toi ! » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « Maintenant, mon corps me dit : ‘Fais ta vie. Je fais la mienne. » (idem) ; « J’ai toujours eu deux facettes. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; etc.

 

Il est question de schizophrénie dans beaucoup de créations homo-érotiques : cf. le film « Abre Los Ojos » (« Ouvre les yeux », 2002) d’Alejandro Amenábar, le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le one-man-show Hétéropause (2007) d’Hervé Caffin et de Maria Ducceschi, le film « Der Januskopf » (1920) de Friedrich Wilhelm Murnau, le film « Doctor Jekyll And Sister Hyde » (1971) de Roy Ward Baker, le film « La Vie intime du Docteur Jekyll » (1974) de L. Ray Monde, le film « Dr Jekyll And Mrs Hyde » (1995) de David Price, la chanson « Pull-over » de Mélissa Mars (avec l’hémisphère gauche et droit), les romans Mr Burke et Mr Hare, Assassins (1891) et Cœur double (1891) de Marcel Schwob, le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, le film « Body Double 22 » (2010) de Brice Dellsperger, la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell, la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo (traitant du dédoublement de personnalité), le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky (avec Nina, l’héroïne lesbienne mi-ange mi-démon, mi-cygne blanc, mi-cygne noir), la pièce Le Frigo (1983) de Copi mise en scène d’Érika Guillouzouic en 2011 (avec le héros transgenre M to F, déguisé et coupé en deux pour figurer la mère et le fils), etc.

 

« Seul, tu vis comme à deux, quand tu y repenses ! Moi, je vis comme pour deux ! » (Nathalie Rhéa dans son one-woman-show Wonderfolle Show, 2012) ; « Je n’ai pas l’impression de jouer la comédie mais d’imiter une actrice de cinéma détestable, comment s’appelait-elle ? Elle ne jouait que dans les films de vampires. » (Vicky dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Je suis comédienne. Je suis habitée par plusieurs personnages. » (Nathalie Rhéa dans le one-woman-show Wonderfolle Show, 2012) ; « Seul, tu vis comme à deux, quand tu y repenses ! Moi, je vis comme pour deux ! » (idem) ; « Les patients qui viennent pour les troubles de la personne ont les mêmes troubles que vous. » (Dr Apsey s’adressant à son patient homo Frank, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; « Ils – mes doubles – sont les ennemis des psychiatres. » (Renaud dans la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo) ; « Je pensais que ça me libèrerait de mon ambivalence. » (Tom parlant de l’amour homo qui le déçoit, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, la Comédienne dit que lorsqu’elle interprète un rôle, elle « n’a pas l’impression de jouer » : « Ce qu’il y a de plus éprouvant, c’est que soi-même on devient théâtral. […] Si au moins je sentais le personnage… » Dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, Dominique, le héros homosexuel, évoque sa « dualité fondamentale » (p. 13). Dans la pièce Loretta Strong (1974) de Copi, Linda se fait les questions/réponses à elle-même. Dans la série nord-américaine United States Of Tara (2009-2011) de Diablo Cody, on retrouve le thème de l’homosexualité en lien avec la schizophrénie : Tara est une mère de famille qui a des troubles dissociatifs de l’identité, et elle se met par exemple dans la peau d’un vétéran du Vietnam tombant amoureux d’une femme. Dans le roman Stella Manhattan (1993) de Silviano Santiago, l’homosexualité d’Eduardo se manifeste dans un dédoublement de personnalité en Stella. Dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry fait les questions et les réponses à lui tout seul, en devançant son public. « Vous savez pourquoi ?/Non on ne sait pas pourquoi. » Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Jacques, Mathan, le jeune héros homosexuel, dit que son prénom intègre l’hybridité entre deux noms : Matthieu et Nathan.

 

Le héros homosexuel dit « s’absenter sur place » : « Je le vois bien que vous êtes là. Mais moi, est-ce que je suis là, moi ? Voilà le problème. » (Jeanne au Vrai Facteur dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) Il n’arrive pas à comprendre ce qu’il fait : « Qu’est-ce que je suis en train de faire ? » (le héros homo suite à la révélation de son homosexualité, dans le film « Komma Ut », « Coming Out », 2011) de Jerry Carlsson) ; « Je ne sais pas vraiment ce que je fais. » (Elena par rapport à sa relation lesbienne avec Peyton, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « Puis-je penser quelque chose et agir autrement ? » (la voix-off d’Audrey, l’agresseur homophobe dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; « Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Aujourd’hui je ne sais pas ce qu’il m’arrive. » (Jeanne dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « Je n’aime pas ce mélange de rêve et de réalité, j’ai peur d’être encore amené à tuer comme dans mes précédents rêves. […] Je sais que même si je ne suis pas un criminel, mon emploi du temps de ces quatre derniers jours m’est complètement sorti de la tête, n’aurais-je pas pendant cette période tué pour de bon ? Est-ce que Marielle ne courra pas un danger restant seule avec moi ? Non, voyons, je suis la personne la plus pacifique du monde. Les gens violents dans leurs rêves sont dans la réalité incapables de tuer une mouche. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 134)

 

Il invente parfois un métalangage narcissique où il parle de lui à la troisième ou la deuxième personne du singulier : « Je’ a disparu. Je suis plus moi même… C’est plus moi dans le jeu. » (l’Actrice dans la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je lève les yeux sur la fenêtre d’une chambre de bonne où j’ai habité il y a bien quinze ans. Avant Pierre. Tu es en train de t’inventer un roman pour toi seul. Est-ce que ce n’est pas me dis-je là la raison pour laquelle tu as perdu deux débuts de romans, tu refuses d’avance l’accueil d’un public, tu te fâches avec ton éditeur ? » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi) ; « Après j’ai mieux compris l’expérience du Louvre. Devant le tableau de Raphaël, c’était sûrement Vincent imbécile ébahi qui au lieu de se contenter du plaisir des yeux s’était livré à un peu discret touche-pipi dans la poche du plus large futal de Garbo. À moins que ce ne fût le contraire. Car même aujourd’hui, avec un recul de six ans, il m’est encore impossible de dire en toute honnêteté lequel de Vincent ou de Garbo a depuis le début de ce micmac sexuel manipulé l’autre, à qui en réalité la main, à qui le manche. D’ailleurs Vincent Garbo se fout bien de le savoir. […] De ce nouveau point de vue, évidemment, ma déjà pénible existence se complique de jour en jour. Très conscient d’être tantôt Vincent et tantôt Garbo, et de plus en plus rarement l’un et l’autre à la fois, je me retrouve continûment dans le complexe souci de savoir avec exactitude qui je suis. […] Il faut vous figurer deux types en moi, deux types comme à l’affût sur un toit, j’ai dit. Si vous voulez, deux Vincent Garbo face à face et l’un dans l’autre, à la fois confondus et dissociés dans une hypostatique engeance. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 56 à p. 81) ; etc.

 

Cette schizophrénie revient souvent sur le héros sous forme de culpabilité malsaine qui le maltraite parce que cette culpabilité n’est précisément pas connectée à la conscience ni à la réalité : « Pourquoi j’ai appelé ? Pourquoi j’ai fait ça ? Je n’aurais pas dû. » (Bernard après avoir appelé son premier amour Peter par téléphone, forcé par le diabolique Michael, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Donald !!! Donald !!! Qu’est-ce que j’ai fait ??? Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait ? Ça commence. L’angoisse. Je la sens. Seigneur, je n’y arriverai pas !!! » (Michael après avoir traîné tous ses amis homos en procès, idem) ; « L’homme qui vivait en moi, j’en avais même peur. » (Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; etc.

 

Il y a plus grave. La division du héros homosexuel avec lui-même peut se résoudre par un coup de folie, voire un meurtre. « C’est vous l’ambiguïté ! » (Didier, le héros hétéro s’adressant à son futur amant Bernard, l’homo déclaré, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) Par exemple, dans le film « Dressed To Kill » (« Pulsions », 1980) de Brian de Palma, le tueur psychopathe travesti M to F est atteint d’un dédoublement de personnalité. Dans la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet, Mathilda est atteinte du syndrome de Gilles de la Tourette. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Karl Becker et sa femme Heike maquille le meurtre du Dr Alban Mann en cachant le cadavre de la femme de celle-ci, Greta, dans l’immeuble délabré qui fait face au leur. Karl (exactement comme la Lady Macbeth shakespearienne) traduit la conscience cachée du meurtre de Mann ou la conscience de la collaboration de Heike : « Je me souviens de la couverture dans laquelle nous l’avons enveloppée, du bruit des planches qui couinaient quand tu les soulevais. Quelqu’un pleurait. Par moments, je crois que c’était moi, mais à d’autres, je crois que c’était toi, ou peut-être Greta. Peut-être qu’elle n’était pas morte quand tu l’as clouée là-dessous. » (p. 248)

 
 

c) Ventriloque et dialogue contradictoire :

Lon Chaney

Lon Chaney


 

Comme le héros homosexuel (à cause d’une pratique amoureuse qui exclut la différence des sexes) est en proie à une division entre son corps et son âme, ou en proie à la dissociation entre son désir profond et ses actes, la voix de sa conscience lui revient souvent sous forme de voix de ventriloque avec qui il instaure un dialogue de sourd, en général houleux et passionnel, dans lequel ses pulsions (domination/soumission) s’entrechoquent et s’expriment par le paradoxe (cf. je vous renvoie aux codes « Androgynie bouffon/tyran » et « Fusion » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Film "Cabaret" de Bob Fosse

Film « Cabaret » de Bob Fosse


 

On retrouve régulièrement le ventriloque dans les fictions homo-érotiques : cf. le film « La Triche » (1984) de Yannick Bellon, le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, le film « The Unholy Three » (1925 pour Tod Browning, et 1930 pour Jack Conway), le film « The Mostly Unfabulous Social Life Of Ethan Green… » (2005) de George Bamber (avec Mari Carmen et sa marionnette homosexuelle, le lion Rodolfo), le roman La Ventriloque (1998) de Claude Pujade-Renaud, la pièce Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou, le film « Au cœur de la nuit » (1946) d’Alberto Cavalcanti, le film « Broadway 39e rue » (1999) de Tim Robbins (avec les deux ventriloques), la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, le poème « Les Ventriloques » (1981) d’Harold Pinter, la pièce Des Lear (2009) de Vincent Nadal, le film « Bienvenue à bord » (2011) d’Éric Lavaine (avec le ventriloque et sa marionnette en forme de boa rose), le roman Les Garçons (2009) de Wesley Stace (George est un volubile pantin de ventriloque), la série télévisée H (2000) (où Sabri a acheté une marionnette à un ventriloque), la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet (avec Myriam parlant à sa poupée), etc.

 

« Je t’ai vue te plier en deux lentement, comme la poupée d’un ventriloque. » (l’écrivain s’adressant à Laura, l’un des héroïnes lesbiennes du roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 118) ; « J’écoutais ce Don Juan qui ventriloquait par ma voix Sganarelle. » (le narrateur de la nouvelle « Terminus Gare de Sens » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 65) ; « Et il paraît qu’il y en a qui s’en servent comme un ventriloque. » (Samuel Laroque parlant du vagin des femmes, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; etc.

 

Par exemple, dans le dessin animé South Park, Herbert Garrison, le héros homosexuel, discute à la façon d’un ventriloque avec une marionnette actionnée par sa main droite, qu’il appelle M. Toque. Dans le roman Parole de ventriloque (2002) de Pauline Melville, le père Napier, un missionnaire jésuite exalté et homosexuel refoulé veut la destruction de la relation incestueuse entre un frère et une sœur, Béatrice et Danny McKinnon. Dans la pièce Musique brisée (2010) de Daniel Véronèse, Madame Adela est schizophrène : elle se travestit en homme pour se désengager du meurtre de son beau-frère qu’elle a perpétré, en disant que c’est son voisin, un certain « Monsieur Carve », qui l’a tué avec le révolver. D’ailleurs, on retrouve le thème du ventriloque : Adela joue sa sœur Josefina avec sa main. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, lorsque la narratrice transgenre F to M se travestit, elle rentre dans la peau de différents personnages masculins, et croit s’enfanter elle-même. Elle se fait les questions et les réponses à elle(s)-même(s), joue à la marionnette avec son bras. Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, Noémie et Alfonsine, respectivement habillées en rouge et noir, sont des cousines éloignées, « toujours collées l’une à l’autre » et parlant tout le temps, se disputant et s’injuriant : « Vous n’êtes pas fute-fute ! » ; « Vous êtes laide ! Moi, je suis quelconque. » ; « Bécasse ! » ; etc. Dans le film « Les Douze Coups de Minuit » (« After The Ball », 2015) de Sean Garrity, Maurice, le styliste homosexuel, associe toujours ensemble Tannis et Simone, les deux filles épouvantables de sa chef Élise, en disant qu’elles sont jumelles : « Il dit ça tout le temps ! » se plaint Simone. Tannis et Simone sont inséparables, menteuses, voleuses, expriment tout haut ce que pense l’autre.

 

Dans la performance Nous souviendrons-nous (2015) de Cédric Leproust, le narrateur tombe amoureux de son jouet en bois, « Kiki », que lui avait offert son parrain décédé quand il était petit. Il dit que « c’est comme une présence apaisante et rassurante pour lui » : « Je ne l’ai pas choisi. Il ne m’a pas choisi. » Il semble vivre avec cet être-machine une relation fusionnelle où l’un existe au détriment de l’autre : « Il y a eu assemblage de cellules. Il va grandir. Moi pas. Il va gémir. Moi pas. Il va finir. Moi pas. Je suis pourtant dedans. Il se racle la gorge… et c’est ma voix qui sort. »
 

Dans les fictions, on a droit au dialogue schizophrénique du viol consenti : cf. la chanson « Bohemian Rhapsody » du groupe Queen (« We will not let you go/Let me go !/We will not let you go/Let me go ! »), la chanson « Point de suture » de Mylène Farmer (« Prends-moi dans tes draps. Donne-moi la main. Ne viens plus ce soir. Dis, je m’égare. »), la chanson « Les Yeux noirs » du groupe Indochine (« Viens là. Viens avec moi. Reste là. Ne pars pas sans moi. Et cette nuit, dans ce lit, t’étais si jolie. »), la chanson « Ainsi soit-je » de Mylène Farmer (« Tu sais bien que je mens./Je sais bien que je mens./Je sais bien que tu mens. »), la chanson « Maman a tort » de Mylène Farmer (live 1989 à Bercy avec Carole Fredericks dans le rôle de la mère : « Je suis ta mère, je suis ta mère, alors tu es ma fille !/Mais je suis pas ta fille, mais je suis pas ta fille et tu n’es pas ma mère !/Je suis ta mère, je suis ta mère, alors tu es ma fille !/Mais je suis pas ta fille, mais je suis pas ta fille et tu n’es pas ma mère ! »), « Alejandro, please, just let me go ! Alejandro, just let me go ! » (cf. la chanson « Alejandro » de Lady Gaga) ; « Je ne veux pas qu’elle s’introduise. J’aime être contrainte. Je ne veux pas qu’elle m’introduise. Même si elle me dit qu’elle m’aime. » (SweetLipsMesss dans le spectacle de scène ouverte Côté Filles au 3e Festigay au Théâtre Côté Cour à Paris en avril 2009) ; etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet, Muriel et Magdalena, les deux vieilles qui se déplacent comme deux sœurs siamoises, de manière très mécanique, s’exprime par un étrange dialogue alterné où l’une finit les phrases de l’autre, et c’est un disque qui tourne à vide.

 

Dans la chanson « Regrets » de Mylène Farmer se superpose l’invitation perverse au viol à la résistance à celui-ci. Tandis que Mylène évoque avec son amant Jean-Louis Murat leurs « jeux d’antan, troublants… », elle l’incite à nier le viol (« N’aies pas de regrets, fais-moi confiance et pense à nous… N’ouvre pas la porte. Tu sais le piège. ») ; et ce dernier tient le discours de l’appel séducteur : « Viens ce soir, viens me voir. Viens t’asseoir près de moi. Reste-là. »

 

Dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, la mère et la fille passent leur temps à simuler leur séparation tout en partant jamais, comme les deux moitiés siamoises d’un même corps : « Tu ne sortiras pas d’ici avant que je sois morte, ça tu peux en être sûre ! » (Evita s’adressant à sa mère) ; « Écoute, Evita, donne-moi le numéro du coffre-fort. Ou bien laisse-moi partir. Laisse-moi partir ? Tu n’as pas besoin de moi ! » (la mère à sa fille) C’est le même scénario entre les autres personnages : « Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! » (Ibiza frappant la mère) ; « Allez-vous-en ! Restez là ! Allez-vous-en ! Non, restez là ! » (Evita à l’infirmière)

 

Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, maintient une relation tellement fusionnelle avec sa sœur hystérique Florence qu’il finit par l’animer comme une marionnette et à lui prêter sa voix, en jouant ses répliques puis les siennes.
 

Le héros homosexuel croit pouvoir incarner à lui seul la différence des sexes. Pour le meilleur… et surtout pour le pire. Par exemple, dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, quand il parle devant sa glace, imite un dialogue entre Dick et sa compagne Marge, en alternant la voix masculine puis féminine… parce qu’il est amoureux de Dick. Plus tard, face à Marge, Tom se noie dans le dédoublement schizophrénique du psychopathe ou du mythomane : « Il vit dans des tas de réalités différentes, Dickie… » À la fin, Tom étouffe son amant Peter avec un coussin, en se confondant en excuse pendant son forfait : « Pardon… pardon… »
 
 

 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Ne faire qu’Un avec un autre que soi :

Mannequins de Thierry Mugler

Mannequins de Thierry Mugler


 

Dans le discours de certaines personnes homosexuelles, le désir homosexuel est représenté par deux marionnettes (comme les deux papys du Muppet Show). Beaucoup d’auteurs homosexuels ont créé des duos de personnages à l’image de leurs tendances sexuelles duelles et divisantes : cf. Sherlock Holmes et le Dr Watson d’Arthur Conan Doyle (cf. l’article « Sherlock Holmes, l’ombre du héros » de Meryl Pinque, sur le site www.faustroll.net, consulté en juin 2005), Don Quichotte et Sancho Panza de Miguel de Cervantes, Laurel et Hardy, les deux régisseurs plateau homosexuels Élie Semoun et Dieudonné, Wilfred Jackson et Hamilton Luske, la photo Le Festin des Barbares (2013) de Gérard Rancinan (fonctionnant beaucoup sur les associations de doubles), etc. Par ailleurs, des duos comiques homosexuels se sont fait connaître comme des frères siamois terribles : c.f. la chanson « Nous voici réunis » de Charpini et Brancato.

 

 

Ce double schizophrénique est bien souvent un membre de la famille du héros (la mère et surtout le frère ou la sœur). Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko dit que pendant son enfance, les amis de son père le « confondent toujours avec ses sœurs » (p. 17).

 

En toile de fond de ce duo uni à la vie à la mort se lit très souvent l’inceste (en général entre frères), le narcissisme et le viol. « Là, dans cette obscurité, dans cette exécution, cette mort volontaire, je me suis souvenu de ma sœur hantée. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 123) ; « C’est Laurel et Hardy. Don Quichotte et Sancho Panza. » (Pierre racontant sa première impression quand il a rencontré son « mari » Bertrand, dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; etc.

 
 

b) Ne faire qu’Un avec deux soi-même (schizophrénie) :

Vu à Paris près du métro Barbès

Vu à Paris près du métro Barbès


 

Parfois, l’individu homosexuel pense ne faire qu’Un avec deux lui-même. C’est ce qui s’appelle la schizophrénie ou troubles bipolaires… pardon… la « transidentité » ou la « transsexualité ». « Greta Garbo avait deux voix. L’une […] était une voix un peu élevée. […] La seconde était sa douce voix ‘masculine’, dont elle se servait à l’écran. Elle parlait toujours d’elle-même à la troisième personne du masculin. Elle aimait porter mes habits. Je pense qu’elle se voyait comme un garçon accompagné d’un autre garçon. Elle gardait toujours un œil sur les filles… » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 454) ; « Ma maison avait deux tours : l’une plongée dans la lumière et l’autre obscure. » (Hugues Pouyé parlant de son enfance dans le site Les Toiles roses en 2009) ; « Tous les matins se ressemblaient. Quand je me réveillais, la première image qui m’apparaissait était celle des deux garçons. Leurs visages se dessinaient dans mes pensées, et, inexorablement, plus je me concentrais sur ces visages, plus les détails – le nez, la bouche, le regard – m’échappaient. Je ne retenais d’eux que la peur. » (Eddy Bellegueule parlant de ses deux agresseurs le grand roux et le trapu, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 63) ; « Il y a plusieurs personnages en moi. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc.

 

Un certain nombre de personnes homosexuelles souffrent de schizophrénie, même si elles ne le nomment pas comme ça. Le désir homosexuel, tel quel, est un désir marquant déjà chez l’individu qui le ressent une division identitaire. Et cette division s’accentue dès qu’il se pratique. Comme chaque acte homosexuel nous éloigne du Réel puisqu’il nous fait éjecter la différence des sexes (qui est le socle de notre existence et de l’amour quand elle est vraiment accueillie), il entraîne vers une forme de schizophrénie, autrement dit de décalage entre la sincérité et la Vérité, entre le désir et l’action, entre le vouloir et le faire.

 

Photo Henri Michaux (1925) de Claude Cahun

Photo Henri Michaux (1925) de Claude Cahun


 

C’est pourquoi certaines personnes homosexuelles vantent ouvertement les bienfaits de la schizophrénie : Gilles Deleuze, Félix Guattari, Néstor Perlongher, Claude Cahun, etc. « Le schizophrène n’est pas homme et femme. Il est homme ou femme. Il est mort ou vivant, non pas les deux à la fois, mais chacun des deux au terme d’une distance qu’il survole en glissant. Il est enfant ou parent, non pas l’un et l’autre, mais l’un au bout de l’autre comme les deux bouts d’un bâton dans un espace indécomposable : tout se divise, mais en soi-même. » (Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe (1972/1973), p. 91) D’autres sont connues pour être schizophrènes, comme par exemple le mathématicien John Nash. En 1990 lors de la Troisième Conférence annuelle des gays et lesbiennes des Premières Nations à Winnipeg (États-Unis), une nouvelle dénomination et catégorie identitaire queer sont nées : les « Deux-Esprits », ou encore « les bispirituels ».

 

Il est fréquent de les voir sur scène rentrer dans la peau de plusieurs personnages : pensez à Philippe Mistral, Laurent Laffitte, David Forgit, Karine Dubernet, Jérôme Commandeur, Alex Lutz, Thierry Le Luron, Yves Lecoq, etc. Par exemple, dans son one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), le travesti M to F David Forgit endosse le rôle de trois personnages (la mère, la grand-mère et la fille), trois schizophrénies pour ainsi dire. Dans son avant-dernière pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1984), Copi, habillé de bleu marine, interprétait chacun des 11 rôles qu’il avait composé en changeant sa voix. Dans sa pièce Le Frigo (1983), il jouait en travesti tous les rôles, changeait 14 fois de costumes. Le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne traite véritablement d’un dédoublement de personnalité chez un homme qui a toujours pensé qu’il était une femme, et qui a été entretenu dans ce mensonge schizophrénique à cause du prétexte de « l’identité et de l’amour homosexuels » matraqué par son entourage et sa famille. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la narratrice transgenre F to M joue à être un mélange « cisgenre » d’homme et de femme : « Après Victor, je suis devenue Mimi. Mi-homme, mi-femme. » À la fin de son spectacle, dans un délire travesti sérieux, la comédienne achève son spectacle en barbu et en enfilant des boucles d’oreilles de diva, avec une question désinvolte « Et alors ? » qui lui fait quitter la salle. Magistral…

 

DOUBLES - claude cahun que me veux te 1928

Photo Claude Cahun que me veux-tu? (1928) de Claude Cahun


 

On se retrouve quelquefois face à la schizophrénie de l’acteur qui ne s’éprouve pas jouer, qui mord à l’hameçon de sa propre sincérité autoparodique : « Paradoxal et rare, il pouvait ‘faire l’acteur’ sans se sentir Acteur. » (Jorge Lavelli dans la biographie du frère de Copi, Jorge Damonte, Copi (1990), p. 32) ; « En ce qui concerne ses romans Copi aimait ses personnages. Souvent il leur prêta son nom. Il prenait du plaisir à la confusion qui s’installait. » (Jorge Damonte, idem, p. 9) ; « Lui-même aurait pu tout quitter d’un seul coup. Faire sa valise pour ailleurs. Exactement comme ses personnages. » (Jorge Lavelli parlant de Copi, dans l’article « Copi : toujours souffrir, toujours mourir, et toujours rire ! » d’Armelle Héliot, dans le journal Le Quotidien de Paris du 16 février 1988) ; « Le seul problème était de parvenir à se démaquiller. » (Alfredo Arias parlant de son ami Copi qui ne parvenait pas à faire la distinction entre fiction et Réalité, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 12) ; « Je m’enfermais dans un personnage à deux visages. J’étais l’illustration vivante du héros né de l’imagination de Robert Louis Stevenson dans la nouvelle L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde. Le bon grain et l’ivraie qui nous habitent tous se scindaient sous l’effet d’une drogue chez ce notable anglais. » (Jean-Michel Dunand, dans le chapitre intitulé « Dr Jekyll et Mr Hyde », sur l’autobiographie Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 50) ; « Je serais intéressé de discuter plus longuement avec toi à ce sujet, notamment sur les symboles de division très présents dans l’inconscient homosexuel. J’ai cru un temps sombrer dans la schizophrénie sous le poids de mon homosexualité refoulée. J’ai créé mon alter ego, Joseph First qui pouvait faire en cachette ce que Julien Parent ne pouvait pas faire. Bien sûr Julien détestait ce que Joseph faisait et rêvait de le tuer, dans ce sens tu as raison, c’est très destructeur. Mais si on regarde bien, c’est Julien le bon catho qui souhaitait devenir père de famille qui a créé Joseph, parce que Julien ne pourrait jamais faire ou exprimer ce qui était en lui véritablement. Je pense donc que l’expression intérieure de division de l’homosexualité est une conséquence plutôt qu’un caractère intrinsèque. » (Julien, mai 2012, sur Facebook) ; « J’ai procédé à une césure sans m’en rendre compte entre mon corps et ma tête. » (personne intersexe qui se fait appeler « M », dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018) ; etc.

 
 

c) Ventriloque et dialogue contradictoire :

Jean Cocteau

Jean Cocteau


 

Comme les personnes homosexuelles (à cause d’une pratique amoureuse leur faisant exclure la différence des sexes) sont en proie à une division entre leur corps et leur âme, ou en proie à la dissociation entre leur désir profond et leurs actes, la voix de leur conscience leur revient souvent sous forme de voix de ventriloque avec qui elles instaurent un dialogue de sourd, en général houleux et passionnel, dans lequel leurs pulsions (domination/soumission) s’entrechoquent et s’expriment par le paradoxe (cf. je vous renvoie aux codes « Androgynie bouffon/tyran » et « Fusion » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Photo Conversation avec mon moi par Annakarin Quinto

Photo Conversation avec mon moi (2011) par Annakarin Quinto


 

On assiste parfois dans la réalité à une rencontre étonnante entre homosexualité et monde des ventriloques. Par exemple, dans le Figaro du 24 février 1980, Copi fait une simulation d’interview avec ses propres personnages. Il s’adresse à la Eva Perón de son spectacle et lui fait faire sa promo. Dans sa photographie Autoportrait (1939), Claude Cahun pose à côté d’un mannequin. Dans la pièce Le Frigo (1983), le rat est employé comme une marionnette de ventriloque par Copi. C’est « l’obsession-fétiche, une marionnette de mousse à laquelle il prétendait ressembler comme un frère » (cf. l’article « Copi, à jamais pas conforme » d’Armelle Héliot, dans le journal Le Quotidien de Paris du 15 décembre 1987).

 

 

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