Code n°66 – Faux intellectuels

faux intel

Faux intellectuels

 

 


NOTICE EXPLICATIVE

 

« Forts sont ceux qui ont tort quand la mémoire s’endort, encore et encore. »

(la grande philosophe et intellectuelle Teri Moïse, dans sa chanson « Encore fou »)

 

« Seigneur, vers qui irions-nous ? Tu as les paroles de la Vie éternelle. »

(des pauvres gars décrits par saint Jean, dans Jn 6, 68)

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Artiste raté », « Inversion », « Bovarysme », « Pygmalion », « Promotion « canapédé » », « Folie », « Élève/Prof », « Bobo », « Déni », « Frankenstein », « Humour-poignard », « Médecin tué », « Fresques historiques », « Conteur homo », « Milieu homosexuel infernal », « Homosexuels psychorigides », « « Je suis différent » », « Différences culturelles », « Faux révolutionnaires », « Patrons de l’audiovisuel », la partie « Divin Artiste » du code « Se prendre pour Dieu », la partie « Paradoxes du libertin » du code « Liaisons dangereuses », la partie sur les « Faux scientifiques » dans le code « Médecines parallèles », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

INTELLECTUEL culture en boîte

B.D. « Kang » de Copi – Pour une culture en boîte…


 

Bon. Ce n’est pas le moment de faire des fautes d’orthographe ! ;-)… Ni de mettre des « lol », des « mdr » et des smiley à toutes les phrases (lol lol lol).

 

Alors tout d’abord, pour commencer, une précision sur le mode d’emploi de ce Dictionnaire. En apprenant le titre de ce nouveau code, certains de mes amis (des faux intellectuels, à coup sûr, pour se sentir autant visés… mdr) se sont tout de suite insurgés, en le prenant pour une affirmation, une vérité sur « les » homos, un dérapage critique de ma part. Depuis le temps qu’ils pratiquent mon Dictionnaire des Codes homosexuels, ils n’ont toujours pas compris comment il fonctionnait ? Ce que j’y fais est prioritairement une étude des clichés du désir homosexuel : pas des personnes homosexuelles. Par exemple, ce n’est pas parce que je réfléchis sur la figure fictionnelle du pédophile homosexuel, ou même du Nazi homosexuel, que je justifie et crois en l’existence charnelle de ce que je décris. Le Dictionnaire des Codes homosexuels est une étude des mythes, avant d’être une étude de réalités. Je parle de ce que je vois et entends… et ensuite, j’en tire une interprétation sur le réel et les personnes homosexuelles de chair et de sang, mais cette interprétation est non-causale, non-essentialiste, non-généralisable à l’ensemble des personnes homosexuelles, et peut même parfois rentrer en porte-à-faux avec le cliché dépeint.

 

Par conséquent, à ceux qui me suspecteront, du fait du choix du nom de ce code, de rentrer dans le jeu manichéen que je prétends dénoncer, je prends soin de dire d’entrée de jeu que si j’émets un jugement à certains endroits de ce code sur les « faux intellectuels », ce ne sera pas un jugement de personnes, mais de production, de raisonnement et de discours (ce qui est bien différent !). Après, s’il y en a qui se prennent pour leurs mots, leurs idées, leurs pensées, et leurs écrits, et qu’ils s’en vexent, c’est bien leur problème ! : ils voient ça avec leur propre conscience ou orgueil. Je rappelle que ce Dictionnaire est une étude des clichés de l’homosexualité : parler d’eux ne revient pas à les justifier, à les personnifier – pour mieux condamner des personnes ensuite –, mais juste à les expliquer, et précisément à éviter qu’ils s’actualisent et s’essentialisent sous forme de personnes.

 

Ensuite, je crois qu’il nous faut assumer notre rôle de juges, de critiques intellectuels, de dénonciateurs et de « raisonnants »… même si je reconnais que ce n’est pas du tout dans l’air du temps que de défendre le jugement ! (cf. je vous renvoie à ma longue explication sur ce que je baptise « la jugemenphobie » dans mon essai Homosexualité sociale), et même si le jugement/l’évaluation des actes et des mots doit moralement céder le pas à l’accueil doux, humble et encourageant des personnes. Et pour cela, permettez-moi de citer un passage de la Bible (ça non plus, ce n’est pas dans l’air du temps, lol, mais bon, il faut savoir parfois désobéir à son époque ;-)) Dans cet extrait de l’épître à Timothée, Saint Paul s’adresse à son « vrai fils dans la foi » pour l’encourager à faire usage de sa raison et de son jugement au service de la personne humaine et de Dieu, et pour la condamnation des injustices : « Fils bien-aimé, devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui doit juger les vivants et les morts, je te le demande solennellement, au nom de sa manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d’instruire. Un temps viendra où l’on ne supportera plus l’enseignement solide ; mais, au gré de leur caprice, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. Mais toi, en toute chose garde ton bon sens, supporte la souffrance, travaille à l’annonce de l’Évangile, accomplis jusqu’au bout ton ministère. » (2 Tm 4, 1-8) Avoir du cœur et être offensif, cela ne s’oppose pas. C’est même l’alchimie de la pensée de vie et de liberté.

 

À l’époque où il était encore humainement visible, Jésus (notre modèle à tous, idéalement) condamnaient déjà les scribes et les pharisiens (= les intellectuels qui l’entouraient) avec énergie. Il est fort possible que dans les Évangiles, ce soit même la catégorie de personnes la plus sévèrement invectivée (Jésus passe son temps à les traiter d’hypocrites !), précisément parce qu’ils avaient le savoir à portée de cerveau et de cœur, et qu’ils n’avaient de ce fait aucune excuse pour l’ignorer !

 

Mais il n’y a pas que Jésus qui poussait ses jérémiades de prophète, et qui ne s’excusait pas de juger/penser ! Saint Augustin, en son temps, ne s’était pas gêné non plus pour critiquer les sophistes et l’irréalisme des philosophes verbeux qui figeaient la Vérité en esthétisme rhétorique creux pour se gargariser d’eux-mêmes. Et plus proche de nous, Pierre Jourde, dans son excellent essai La Littérature sans estomac (2002), n’y va pas avec le dos de la cuillère quand il dénonce l’attitude démissionnaire et narcissique de beaucoup de nos intellectuels français ! Car penser juste, d’une part ce n’est pas donné à tout le monde (navré de vous l’apprendre et de faire ce pied de nez à la « démocratisation » du savoir, qui actuellement sape notre culture générale), et surtout, ce n’est ni confortable, ni simplement « opiner » : ça demande une formation solide, ça engage vraiment, ce n’est pas « confort » (ce n’est pas un hasard si les grands auteurs insistent autant sur la fameuse « inquiétude intellectuelle » !), c’est même périlleux, ça implique une responsabilité d’autant plus énorme que cette action s’affichera publiquement. Non : ce n’est pas sans gravité de parler pour ne rien dire ! Car pendant qu’on disserte pour faire joli, ou « pour soi » et sa petite clique de « connaisseurs », on couvre le cri et les appels au secours des sans-voix, des fragiles (à qui on n’a pas forcément appris à penser par eux-mêmes, ou qui ne peuvent tout simplement pas penser par eux-mêmes), on vole le micro à des intellectuels qui, eux, ont vraiment quelque chose à dire pour changer la face du monde. N’est pas bon philosophe qui veut, ou qui cite les autres philosophes pour se donner l’illusion de penser ! Philosopher, c’est un don. Et non seulement ça : c’est un don entier de sa personne aux autres et à la quête collective de l’Amour-Vérité, autrement dit de Jésus.

 

À mon sens, le seul véritable rôle de l’intellectuel est d’une part d’affronter la misère, la tristesse, la souffrance, le mal, la mort (et j’ose même dire le diable), pour mieux les dénoncer et les combattre, et d’autre part de rechercher la Vérité et l’Amour à travers l’observation du Réel, de tous les Hommes, et de Jésus. Tout le reste n’est que vent et narcissisme. L’essayiste Philippe Murray a tout à fait résumé le travail que se doit d’opérer tout intellectuel digne de ce nom : il consiste à assumer le métier de démonologue. « Ce n’est pas de chercheurs sociologues ou de prétendus philosophes que ce monde a besoin, c’est à proprement parler de démonologues. Il faut, et je ne m’excuse pas d’employer ce langage quasi médiéval, des spécialistes de la tentation ; du moderne en tant que tentation démoniaque. […] Il faut inventer une nouvelle démonologie, cela me paraît être la mission de la littérature d’aujourd’hui. » (p. 36) Rien moins que ça ! Et je crois qu’il a tout à fait raison.

 

Quasiment tous les hommes et les femmes qui se disent homosexuels et intellectuels, et que j’ai rencontrés à ce jour, ne sont pas, à mon sens, dans cette quête passionnée et exigeante de Vérité. Ils ne croient déjà pas en l’existence d’une Vérité unique et universelle. Ils font tellement du doute un absolu, qu’ils restent généralement figés dans une posture narcissique, hédoniste, bobo, inutile, relativiste, et pour le coup démissionnaire et moralisante. Plutôt que de reconnaître la souffrance et la violence qu’illustre leur désir homosexuel, celles qui leur permettraient ensuite d’offrir à tous une réflexion collective sur les souffrances sociales et mondiales, ils s’affairent, pour préserver leurs (douillettes et nombrilistes !) illusions identitaires et sentimentalistes, à prouver l’existence des deux mythes qui cimentent la communauté homosexuelle, à savoir la croyance en l’identité homosexuelle éternelle et la croyance en l’amour homosexuel magnifique. Le nez dans le guidon de la justification identitariste et amoureuse, ils ne prennent même pas le temps d’expliquer le désir homosexuel, d’observer le Réel… donc ils finissent la plupart du temps par écrire de la merde idéologique et sentimentaliste. Les rares intellectuels LGBT qui, jusqu’à présent, ont réussi à me toucher et me convaincre étaient ceux qui en étaient restés à l’explication de l’homosexualité sans franchir l’étape critique de sa justification… donc finalement, ceux qui ne l’idéalisaient pas, ni ne la diabolisaient. Ça fait, il est vrai, très peu de monde parmi les « universitaires » des « Études gaies et lesbiennes » ! Je ne suis pas en train de dire qu’il n’y a pas de gens intelligents parmi les personnes homosexuelles, pas plus que j’homosexualiserais la bêtise (l’ignorance ou l’aveuglement n’est que le fruit d’un désir homosexuel pratiqué ; pas d’un désir homosexuel non-acté). J’invite juste les membres de la communauté interlope qui se revendiquent « chercheurs » à se réveiller et à se secouer un peu la cervelle par l’auto-critique !

 

Le pire, c’est que beaucoup de ces faux intellectuels homosexuels, vexés de réaliser que des chercheurs extérieurs – a priori moins concernés par les questions d’homosexualité – s’y connaissent bien mieux qu’eux, furieux de deviner qu’ils portent depuis des années les œillères de la mièvrerie politisée, estomaqués de voir que la censure sur l’analyse du désir homosexuel vient prioritairement d’eux et que leur statut d’« universitaires » est complètement bidon, se mettent alors, dans un mouvement de panique contrastant complètement avec le flegme et le faux calme qu’on leur connaissait, à décréter qui sont les « ennemis à caillasser » et les « alliés dignes de confiance », à décerner les diplômes des « vrais intellectuels » et des « faux »… en prenant évidemment bien soin de se mettre (eux et leurs ex-futurs-amants) du « bon » côté de la barrière.

 

Depuis quelques décennies, les cibles de la doxa homosexuelle (autrement appelée « commando anti-homophobie ») sont prioritairement les intellectuels. En général, le type à lunettes énerve prodigieusement avec ses « expressions ronflantes qui font sérieux » (cf. l’article « Ordre symbolique » de Catherine Deschamps, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 296). L’immense majorité des personnes homosexuelles et gay friendly a tendance à trouver les penseurs et les philosophes un peu trop bavards et compliqués. Le sort qu’elles réservent à ces hérétiques est sensiblement le même : elles les qualifient d’intolérants, de dogmatiques, de passéistes, de ringards, de réactionnaires, de bourgeois catholiques, de fascistes, de Nazis (mdr !), d’intégristes, de bien-pensants, de « coincés du cul », de meurtriers, et – le meilleur pour la fin… – d’homophobes ! Les arguments qu’elles avancent pour ne pas écouter la pertinence de leurs résistances au désir homosexuel, et pour enfermer à outrance leur discours dans un contexte caricatural, sont sensiblement les mêmes : ces intellectuels seraient inconsciemment prisonniers d’un orgueil démesuré, d’une culture archaïque patriarcale, d’une frustration cachée, d’un pessimisme imbattable, d’une jalousie indémontrable, d’un manque d’expérience – surtout génitale –, d’une religion manichéenne aliénante, d’une pensée collective passéiste. Au fond, leur principal défaut serait presque simplement d’être humains, uniques, et souvent bons dans leurs analyses !

 

Étant donné que certains penseurs décrivent la possible transformation des minorités sociales stigmatisées en minorités stigmatisantes (et la communauté homosexuelle, de ce point de vue là, constitue un parfait exemple !), ils sont mis à l’index, alors même que la plupart d’entre eux ne se montrent pas du tout hostiles aux personnes homosexuelles individuellement. Chaque année depuis l’an 2000, nous avons droit en France à la traditionnelle publication du Rapport annuel de S.O.S. Homophobie qui répertorie tous les actes, discours et sujets jugés « homophobes », et qui sépare le bon grain de l’ivraie.

 

Jean-Paul Sartre constitue un excellent exemple de la terreur psychologique que certaines personnes homosexuelles font peser sur les intellectuels, tous bords politiques confondus. Comme il a vu avec une étonnante justesse la corrélation coïncidentielle entre désir de totalitarisme et désir homosexuel (Je vous renvoie à la description de l’attraction du personnage de Daniel pour les Nazis dans La Mort dans l’âme (1954), ainsi qu’au Saint Genet, comédien et martyr (1952), qui reste, je crois, l’un des meilleurs ouvrages écrits sur l’homosexualité à ce jour), elles se scandalisent en parlant de son « regard meurtrier » (Jean Le Bitoux, Les Oubliés de la mémoire (2002), pp. 155-185). Elles pensent qu’il fait un terrible « amalgame entre homosexualité et fascisme » (idem, p. 171) quand ce sont elles-mêmes qui l’opèrent. Mais le comble de sa perversité, c’est qu’il a déliré de manière juste ! « Sartre fait un diagnostic lucide, mais sans évoquer les terrifiantes conséquences. » (idem, p. 183) Généralement, elles préfèrent ne pas chercher à savoir pourquoi : elles se contentent de le traîner dans la boue en lui imputant le crime d’orgueil (Loren Ringer, Saint Genet Decanonized (2001), pp. 25-54). Ne dis jamais la Vérité, puisque, même si tu as raison, puisqu’Elle peut toujours être instrumentalisée à des fins mauvaises ! Certains universitaires LGBT avancent même que le Saint Genet serait un aveu de l’homosexualité refoulée de son auteur, comme l’avait déjà exprimé Jean Cocteau dans Le Passé défini. C’est magnifique, cette mauvaise foi, vous trouvez pas ?

 

Mais Sartre n’est pas le seul nom figurant sur la liste des dangereux « chiens de garde du patriarcat » (Tony Duvert, cité dans l’essai Saint Genet Decanonized (2001) de Loren Ringer, p. 51). La commission de censure homosexuelle cite aussi Georges Bataille, Alain Minc, Alain Finkielkraut, Xavier Lacroix, Jean-Pierre Winter, Susan Sontag, Christine Boutin… Philippe Ariño ! (mdr ! Quand quelqu’un que je ne connais pas m’appelle par mon nom entier, en général, ça sent l’étiquette d’homophobie à plein nez !). Tous ceux qui proposent une description constative de l’homosexualité seraient de grossiers personnages soucieux de sauvegarder le « patrimoine hétéro » ! Quant aux intellectuelles, telles que Marguerite Duras, elles deviennent des « ennemies de la femme qui s’ignorent », des midinettes jalouses et « frustrées » (cf. l’article « Marguerite Duras » de Louis-Georges Tin, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 137).

 

Les sourcilleux censeurs homosexuels, attribuent à leurs ennemis des degrés d’homophobie, délivrent les bons et les mauvais points, tandis que nous, petits novices, assistons, hallucinés, à la distribution publique des diplômes du « Meilleur Homophobe de l’Année » organisée scrupuleusement par l’Université de l’Arc-en-Ciel : « Hegel ne nous semble pas homophobe parce qu’il était un bourgeois protestant allemand au début du XIXe siècle, ni Lévinas parce qu’il était un bourgeois juif d’avant la révolution sexuelle. Ils furent philosophiquement homophobes d’abord parce qu’ils furent philosophes. Et en ce sens ils nous semblent bien davantage homophobes que Kant, par exemple, qui a pourtant des mots bien plus durs. » (cf. l’article « Philosophie » de Pierre Zaoui, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 321)

 

Qui sont les prochains sur la liste des « homophobes » ? Eux, logiquement ! Le propre de tout régime de censure est bien de convertir la chasse à l’ennemi extérieur en traque de l’ennemi intérieur, non ? Certains intellectuels (François Cusset, Frédéric Martel, Goldberg, Renaud Camus, etc.) font partie des traîtres à la patrie homosexuelle qui ne sont pas conviés aux colloques des cultures gay et lesbiennes. Pas assez formatés. Dans son essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007), Pierre Verdrager les baptisent d’« homo-sceptiques » (p. 84), c’est-à-dire de personnes homosexuelles luttant contre les droits des homosexuels tout en ne se considérant pas elles-mêmes comme « homophobes ». Comme la communauté homosexuelle ne veut pas que s’ébruitent les affaires pas très nettes du « milieu », elle invite ses intellectuels à sourire et à se taire. Elles dressent leur propre liste noire des œuvres de la « Création de la Honte homosexuelle » à éviter. À l’occasion, elle mélange à des ouvrages intellectuellement très honnêtes (cf. Saint Genet (1952) de Jean-Paul Sartre, Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel, etc.) d’autres écrits légers voire insultants (cf. Unhappy Gays (1978) de Tim LaHaye, Ne deviens pas gay, tu finiras triste (1998) de « Sébastien », etc.), histoire de discréditer les premiers. La rébellion interne est souvent jugée comme l’acte de trahison suprême. Il est aisé de comprendre pourquoi : elle vient montrer que l’homophobie est homosexuelle. Par exemple, la censure que les écrits homo-érotiques ont pu subir au cours de l’histoire de la communauté homosexuelle a été en général commanditée par bon nombres d’auteurs homosexuels qui ont usé d’elle comme stratégie littéraire pour parler d’homosexualité sans en assumer les actes, et non, comme le dit la version officielle, ordonnée par la commission de censure homophobe non-homosexuelle.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles haïssent les intellectuels parce qu’ils leur renvoient, par leur bon usage de l’intelligence, l’emploi détourné qu’elles font de celle-ci. En effet, elles manient souvent le ratio non pour lui faire honneur et grandir les autres, mais d’abord pour séduire et manipuler. Il y a pourtant parmi elles beaucoup de diplômés, de professeurs, d’universitaires, de personnalités du monde culturel. Mais ceux-ci sont pour la plupart ces « philosophes » de supermarché chantés par Arnold Turboust, ou les « faux intellectuels » décrits par Trénet, qui font semblant d’être intellectuels pour faire ombrage aux vrais, et qui érigent en dogmes le doute, l’hédonisme et le relativisme : « Ils voyagent dans de vieux bouquins… ornés des couleurs d’Arlequin, chose insensée !… Ce sont des intellectuels, y’en a partout en ribambelles, des vrais des faux en parallèles. Quel beau mélange ! Mais dès qu’l’on monte dans leur barque, ce sont les faux que l’on remarque, déguisés parfois en énarques, pour donner le change, et moi souvent je les confonds, mais que m’importent ces profonds. Trop d’intellect ça me morfond… » (cf. la chanson « Les Intellectuels » de Charles Trénet) Les parodies homosexuelles vivantes des vrais intellectuels sont capables de présenter Marcel Proust ou la pensée pataphysique d’Alfred Jarry comme le fin du fin de la littérature, d’encenser une création (Le Banquet de Platon par exemple) tout en rejetant son créateur et sa pensée (cf. l’article « Philosophie » de Pierre Zaoui, op. cit., p. 317), de dérouler des trésors de citations impressionnants – en général, ils aiment à récupérer le discours des philosophes structuralistes tels que Michel Foucault, Jacques Derrida, ou Pierre Bourdieu. Mais la plupart du temps, elles finissent par se noyer dans une esbroufe universitaire complètement creuse qui fait insulte à leur propre intelligence (… en gestation).

 

INTELLECTUEL 1

Michel Foucault


 

Les intellectuels homosexuels qui, par leur sensibilité, leur humour et leur lucidité, se sont approchés le plus de la réalité du désir homosexuel, sans pour autant permettre à leur pensée de se faire acte, portent à mon avis un lourd tribut à la communauté gay et à la société en général, beaucoup plus conséquent encore que les personnes homosexuelles qui n’ont pas les moyens intellectuels de se formuler leur mal-être. Sous couvert de respect de la vie privée et de l’auto-création, ils gardent leurs découvertes pour eux, ou bien les utilisent pour cultiver leurs propres utopies d’amour. On retrouve cette démission minable dans les paroles d’un Michel Foucault : « J’ai, naturellement, des échanges réguliers avec d’autres membres de la communauté gay. […] Mais je veille à ne pas imposer mes propres points de vue, à ne pas arrêter de plan ou de programme. Je ne veux pas décourager l’invention, je ne veux pas que les homosexuels cessent de croire que c’est à eux de régler leurs propres relations, en découvrant ce qui sied à leur situation individuelle. » (Michel Foucault dans l’entretien « Choix sexuel, Acte sexuel » avec J. O’Higgins en 1982) Beaucoup d’auteurs homosexuels, parce qu’ils savent/sauraient parfaitement ce qu’ils font, se délivrent le droit de ne pas faire, ou de ne pas réfléchir sur leurs actions. Par exemple, ils refusent en théorie la victimisation. Mais, parce qu’ils ont décelé ses travers et qu’ils énoncent tout haut, par une précieuse et entortillée rhétorique, le parcours intellectuel qui les a menés jusqu’à la mise en garde du fantasme du complot, ils se permettent de faire l’inverse de ce qu’ils dénoncent, en victimisant vraiment.

 

Finalement, le vernis que leur fournit leur intellect les aveugle bien plus qu’ils ne le voudraient. Après avoir fourni trop d’efforts à comprimer leur haine dans des considérations somme toute trop intellectuelles pour eux, nous les voyons parfois s’emporter brusquement à travers certaines phrases perdues au beau milieu d’articles à la rigueur universitaire apparemment impeccable. « On ne voit de ‘sale pédé’ qu’au lieu où on se prend pour un petit maître, et on ne croit pas pouvoir juger de l’Autre qu’au lieu où notre propre savoir nous juge, et nous juge durement. » (cf. l’article « Philosophie » de Pierre Zaoui, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 348) Et ils s’épongent le front, refont leur nœud de cravate de col blanc, avec la satisfaction du devoir accompli (Ouf… L’incommensurable souffrance de la communauté homosexuelle – que nous taisons – a failli être dévoilée au grand jour, récupérée et dénoncée… On a eu chaud…). Misère, hypocrisie, lâcheté, et honte à eux !

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 
 

FICTION

 

a) « Vas-y, là ! Chuis un grand philosophe ! » :

 

Mimi – « T’es devenue philosophe !

Fifi – Mais je l’ai toujours été ! C’est toi, celle qui a décroché !

Mimi – Je ne tenais plus le pavé ! Et qu’en plus je me droguais ! »

(cf. un dialogue entre les deux travelos Mimi et Fifi, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi)

 

FAUX INTELLECTUELS Libération

 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, beaucoup de héros homosexuels se prennent à la fois pour des grands intellectuels ET des « philosophes humbles et sans prétention ». « Les pédés… Il faut toujours qu’ils se croient plus intelligents que les autres ! » (Mémé Huguette, transgenre, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Dans le salon de Valérie, le pourcentage d’esprit était généralement bien au-dessus de la moyenne. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 456) ; « Je ne suis pas ce que tu crois. Je suis une intellectuelle ! » (Raulito, le prostitué homosexuel, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Nous sommes la Génération Michel Foucauld. » (Guillaume, le héros homosexuel, et sa meilleure amie Mathilde, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; etc. Ça a pu commencer très jeunes (cf. je vous renvoie au code « Différences culturelles » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Très tôt, certains se sont sentis plus mûrs que les autres enfants de leur âge, ou que les membres de leur famille : « J’étais bon élève. Ça n’arrangeait pas mon cas. Heureusement, j’étais assez intelligent pour comprendre que c’était mon seul atout pour me sortir un jour de cette putain de merde. » (Mourad, l’un des héros homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 336-337) ; « Regarde : tu es beau, intelligent, bon élève. Tes parents vivent dans le mythe d’un fils parfait. » (Chris à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 112) ; « Je suis née un 24 décembre, dans une famille de blaireaux incultes. » (Karine Dubernet dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate !, 2011) ; « En classe, je ne fus pas très attentive. Je me sentais supérieure à tous mes camarades. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 37) ; « Un amour passionné des belles-lettres me distinguait de tous les autres potaches. » (le narrateur homo du roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, p. 8) ; « Quand j’étais enfant, j’étais déjà plus lucide, plus intelligent que les autres. Ils ne m’ont pas pardonné. Ils voulaient que je sois comme eux. » (Lacenaire à Garance, dans le film « Les Enfants du Paradis » (1943-1945) de Marcel Carné) ; « Je croyais que j’étais un petit garçon singulier et les autres garçons étaient jaloux de moi, parce qu’ils étaient, eux, on ne peut plus ordinaires. » (Luc dans le roman Frère (2001) de Ted Van Lieshout, p. 128) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, les deux « pères » de Gatal, le héros homosexuel, ont tenu à ce que leur fils suive sa scolarité dans les « écoles les plus chères et les plus cotées ». Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Les deux amants Oliver et Elio se séduisent par l’affichage de leur culturalité : « Y a-t-il une chose que tu ignores ? » demande Oliver. Et le jeune Elio prend Oliver pour un puits de science, juste parce qu’Oliver connaît l’étymologie historique exacte du mot « abricot », et passe aux yeux de la famille Perlman pour un génie de science, polyglotte. Chacun est ébloui par la connaissance de l’autre. Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Guen, le héros homosexuel, lit des romans de gare : « Marc Lévy : j’adore ! » Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel a la prétention d’écrire un livre encyclopédique… mais au niveau analyse, c’est limité, et son Les Gays pour les nuls est un ramassis de clichés caricaturaux destiné à un lectorat de « débiles » et de « nuls ». Il ne sait d’ailleurs pas comment il va le remplir : « Quand j’ai commencé à écrire ce bouquin, je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir raconter. » Le héros finit par forcer le trait de la godiche qu’il croit être : « 20% de 20€, qu’est-ce que ça fait ? Putain, quelle conne ! ».
 

La comédie de l’intelligence finit par s’effriter. Le héros homosexuel arrête de péter plus haut qu’il a le derrière et finit par tomber le masque. Par exemple, dans le film « Les Tuche » (2011) d’Olivier Baroux, Wilfried, homosexuel refoulé, traite son petit frère Donald d’homosexuel parce qu’il le jalouse d’être plus intello que lui : « Arrête de parler comme un p’tit pédé ! »
 
 

b) En réalité, ça vole très bas :

 

Ce que je vais écrire dans cette sous-partie est très en lien avec quatre autres codes de mon Dictionnaire des Codes homosexuels : « Bobo », « Faux révolutionnaires », « Déni » et « Artiste raté ». La figure de l’intellectuel de seconde zone est très présente dans les œuvres de fiction homo-érotiques : cf. le film « Un Autre homme » (2008) de Lionel Baier (avec François, le journaliste plagiaire), le film « Néa » (1976) de Nelly Kaplan (avec Sibylle, l’écrivaine ratée de romans érotiques), le film « L’Ange bleu » (1930) de Josef von Sternberg (avec le professeur Emmanuel Rath, humilié jusqu’au bout, en cours comme sur scène), le film « La Flor De Mi Secreto » (« La Fleur de mon secret », 1995) de Pedro Almodóvar (avec Leo, l’écrivaine de roman à l’eau de rose), le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni (avec Pablo, le poète raté n’arrivant pas à se faire publier), la pièce L’Anniversaire (2007) de Jules Vallauri (avec le personnage de Vincent, l’écrivain sans talent), la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne (avec France, l’écrivaine ratée), le film « Du mouron pour les petits oiseaux » (1962) de Marcel Carné (avec Jean Parédès, l’auteur de romans de gare), le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay (avec Jean-Marc, l’écrivain frustré), etc.

 

« Parfois, par association d’idées, Gabrielle repensait à son dernier roman Dernier amour que tous les éditeurs avaient refusé à ce jour. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), pp. 198-199) ; « Tous les trois ans un bouquin publié avec une sinistre régularité. […] Beaucoup de jactance. Beaucoup trop. Pour un écrivain. » (Vincent Garbo parlant du romancier François Letailleur, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, pp. 26-27) ; « Je ne serai jamais un grand écrivain à cause de mon corps insupportable et mutilé… » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 285) ; « Je n’ai ni tête ni pensée. Et je pense ? » (le narrateur de la performance Nous souviendrons-nous (2015) de Cédric Leproust) ; « Je suis une encyclopédie à l’agonie. » (Valmont dans la peau de Merteuil, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; « C’est si grave que ça d’être cultivé ? » (Arnaud face à son amant inculte Benjamin, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Il est cultivé. Je suis débile. » (Benjamin parlant de son amant Arnaud, idem) ; « Ça fait du bien d’être con. D’être cons heureux, tous ensemble. » (Pierre Fatus dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive !, 2015) ; etc.

 

Certains personnages homosexuels sont dépeints/se dépeignent comme de véritables ignares ou de faux intellectuels : cf. le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier (avec le personnage central de Loïc), le film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka, le film « Poltergay » (2006) d’Éric Lavaine, les films « Les Résultats du Bac » (1999) et « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent, etc. « Moi qu’étais une bite en français. Putain, je connais rien à la littérature… » (Willie, « l’écrivain » du roman La Meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 183) ; « Vous avez de l’alcool dans le cerveau. » (Didier à son voisin homosexuel Bernard, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « J’ai pas de goût. Pas d’avis. » (François dans le film « Un autre homme » (2008) de Lionel Baier) ; « J’écris des articles pratiquement scientifiques. » (la figure très maniérée d’Anton Tchekhov, dans la pièce Anton, es-tu là ? (2012) de Jérôme Thibault) ; « Ni énarque, ni polytechnicien, ni normalien non plus, Essobal Lenoir n’a jamais été agrégé de philo à dix-neuf ans et quart. » (l’auteur se décrivant lui-même à la troisième personne, dans sa nouvelle « Une Vie de lutte » (2011), p. 168) ; « La cervelle, ça sert à rien. Moi, je n’en ai pas. J’m’en porte bien. » (Charlène Duval dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « Je croise sur le trottoir de la rue Bonaparte dix, quinze folles de boutique. […] Mon futur public, me dis-je méchamment. Non, ils ne lisent pas. » (le narrateur homosexuel, écrivain, parlant de ses confrères interlopes, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 15) ; « Pour la plupart, ils n’étaient guère accoutumés à poursuivre longtemps une réflexion, encore moins une analyse. » (le narrateur parlant des homos, dans le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, p. 47) ; « Sans passer pour des imbéciles, ils n’étaient pas, pour la plupart, des intellectuels. […] Ils fréquentaient plus volontiers les salles de musculation que les salles de lecture.[…] Ils ne différaient pas, en cela, de beaucoup de gays de leur âge. […] C’étaient tous de charmants égoïstes, comme on l’est à cet âge, et un peu plus encore quand on est beau et gay. » (idem, pp. 134-140) ; « Le Marais, c’est un peu comme une grande ferme où y’a de la dinde en batterie. » (Samuel Laroque dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Maintenant, c’est de la merde, Paris ressemble à un musée pour vieux cons fachos, avec des gays (il prononce ‘géïzes’) qui tètent du petit lait électronique avec des airs ingénus et qui se branlent devant Xtube. Des petits moutons. On a transformé une armée de pédés rebelles qui dérangeaient le modèle hétéro en gays, c’est-à-dire en tarlouzes de droite incapables de réfléchir plus loin que le bout de leur bite. » (Simon, l’un des héros homosexuels du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 23-24) ; « Pensez-vous qu’ils étudient ? […] Les médecins ne peuvent faire penser les ignorants. » (Adolphe Blanc en parlant des « invertis » à Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 508) ; « Je suis écrivain de littérature philosophique internationale… dans le porno. » (Jules l’homo dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « J’étais tellement conne, j’ai fini hôtesse de l’air. » (Jeanfi, le steward homo dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh, Glenn, l’un des deux héros, qualifie ses pairs homos de « crétins comme les autres ». Dans le one-woman-show Betty Speaks (2009) de Louise de Ville, le fameux essai Le Trouble dans le genre (1990) de Judith Butler est présenté comme un livre illisible et inaccessible au lecteur moyen (d’ailleurs, Betty n’arrive pas à le finir…). Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Frank s’essaie à l’écriture (il dit qu’il « écrit sur les tulipes et les antiquités. »), et son copain, Jonathan, lui avoue qu’il ne sera pas un journaliste « assez doué » pour travailler dans les métiers de la presse. Dans le film « Jeffrey » (1995) de Christopher Ashley, un ami de Jeffrey lui conseille de ne pas être trop exigeant en amour, et de se trouver un garçon juste mignon, « pas un cerveau ». Dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener, Suzanne, l’héroïne lesbienne, est une universitaire en fac de psycho, et fait une thèse sur « l’identité sexuelle »… mais ses réflexions, quoique bien argumentées, sont avant tout affectives, et la désignent finalement comme une jargonneuse Gender. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Gabriel et Nicolas, les deux potes homos, sont montrés comme deux philosophes de comptoir, dissertant sur la nécessité d’« être soi-même »… tout en faisant du trampoline ! Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand se targue d’être « sans préjugés »… alors que juger, ce n’est pas que condamner, c’est aussi plus positivement penser. Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Vincent, le jeune héros homo de 30 ans, est présenté comme un gars inculte, oisif, peu travailleur (il est d’ailleurs au chômage), ne lisant pas (alors qu’il sort pourtant avec un célèbre romancier) : « Les sentiments, ça fait pas bon ménage avec la logique. »

 

Certains protagonistes homosexuels sont connus pour manquer de clarté et de cohérence dans leurs discours pourtant truffés de références soi-disant « érudites » : « De toute façon avec toi, on ne sait jamais quand tu es sincère et quand tu ne l’es pas, non mais c’est vrai, tu mens tout le temps, à la fin on sait même pas quand tu dis la vérité. Même Léo, qu’est-ce que tu crois, j’ai dû lui expliquer que tu étais Foucaldien, que tu te réinventais sans cesse pour qu’il ne soit pas choqué le jour où il te connaîtrait mieux et où, en deux minutes, il te verrait changer de discours en deux secondes. » (Polly, l’héroïne lesbienne à son pote gay Mike, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 119) ; etc.

 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Lola trompe sa copine Vera d’un commun accord avec Nina. Lola et Vera voient Nina comme le dindon de leur farce, la godiche-fantaisie : « Cette fille est une conne. » (Vera s’adressant à Lola) ; « C’est évident. » confirme Lola dans la dérision : « La femme avec qui je m’épanouis sexuellement est une conne ; et la femme avec qui je vis est une lumière. » Lola ne cache pas son mépris intellectuel face à Nina : « Je suis beaucoup plus émue par ta peau que par tes connexions neuronales. » ; « Côté cérébral, tu ne peux pas rivaliser avec Vera. » (idem)
 

Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Jacques, écrivain homosexuel, établit une typologie des amants homos, avec des références littéraires (Chester, Auden, Maxims, Vendel, Whitman). Au seuil de sa mort, il avoue ne pas être un véritable auteur : « J’ai pas su être écrivain. » (Jacques) « Bien sûr que tu l’es. Et pleinement. » (Mathieu, un de ses exs). Dans le même film, Arthur se lamente que sa copine Nadine n’ait aucun roman dans sa bibliothèque.
 
 

c) Comment en sont-ils arrivés là ?

Qu’est ce qui peut expliquer que beaucoup de héros homosexuels soient des « intellectuels par défaut » (alors que, pour certains, ils semblaient bien partis pour décrocher des Prix Nobel) ? Cela semble être parce qu’ils ont rejoint le monde des livres et de la philosophie plus par peur des autres que par amour de l’Humanité et du Réel : cf. le film « A Separate Peace » (1972) de Larry Peerce, le film « Un beau jour, un coiffeur… » (2004) de Gilles Bindi, le film « La meilleure façon de marcher » (1976) de Claude Miller, etc. Comme ils ont fait de la recherche idéalement collective de la Vérité un chemin individualiste, élitiste (et très souvent libertin), leur intelligence s’est figée en intellect froid, en prétexte pour niquer, en verbiage soporifique. Certains ont tout de « l’intellichiant » que décrit à merveille Quentin Lamotta dans son roman Vincent Garbo (2010) : « ces écrivains qui toujours se cachent derrière des mots qui ne leur coûtent rien, rien de vrai, des pauvres mecs chochotteux réfugiés calfeutrés dans des phrases parce que la vraie vie leur fait peur et qu’ils ne risquent rien à faire penser leurs personnages à leur place : ces mous sont définitivement irresponsables, ont tout juste le talent qui convient à dire le tout et son contraire, ça ne les engage jamais à rien, rien, rien du tout. » (p. 190)

 
 

d) Les techniques des libertins homosexuels pour cacher leur ignorance et leur canular intellectuel:

Au lieu de regarder leurs limites, leur bêtise ou leur ignorance en face, le plus souvent, les héros homosexuels supposés « intellectuels » jouent la politique de l’autruche… ou, ce qui revient au même, celle du paon !

 
 

1 – L’ignorance perçue comme une honte

 

INTELLECTUEL 2

 

Dans un premier temps, honteux de leur inculture (ou de leur prétention à l’intelligence), certains courent se cacher six pieds sous terre, ou semblent se réveiller d’un mauvais rêve : « Qu’est-ce qu’on va dire de moi au poulailler quand je reviendrai sans un mot ? sans une phrase, sans une idée ? On me traitera d’idiot ! Et on dira, quel paresseux ! Il n’a pas fait son boulot ! // Qu’est-ce qu’on va dire de moi à l’écurie quand je reviendrai sans un mot ? sans un non, sans même un oui ? On me traitera de sot ! Et on dira, quel paresseux ! Il n’a pas fait son boulot ! » (Arnold Turboust et Étienne Daho, dans « La Chanson du coq et de l’âne » de la comédie musicale Émilie Jolie de Philippe Chatel)

 
 

2 – Le paravent de « l’auto-parodie » et de « l’humour »

 

D’autres, plus futés, comprenant qu’ils ne peuvent pas se planquer éternellement (et en plus, ils ont besoin, au bout d’un moment, d’être vus et admirés !), tentent de masquer leur ignorance en forçant les traits de cette dernière… comme ça, ils se disent en eux-mêmes que la caricature finira bien par occulter et faire oublier son modèle original, par l’innocenter. Suprême ruse (et naïveté, finalement) des narcissiques que de jouer à faire croire qu’ils sont plus narcissiques qu’ils ne le sont déjà ! Ils se mettent dans la peau de « l’idiote du Village (People) »… en croisant les doigts pour que ça passe pour du génie : cf. le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot, le film « Jeffrey » (1995) de Christopher Ashley, le film « Satreelex, The Iron Ladies » (2003) de Yongyooth Thongkonthun, etc.

 

Beaucoup de héros homosexuels garçons adorent mimer sur eux le rôle de la godiche blonde illettrée (secrètement cochonne SM), ayant pour seul bagage intellectuel la culture télé ou la press people… car généralement, ils sont à peine plus avancés que leur caricature adorée ! Pensez à toutes les parodies d’études pseudo anthropologiques (sur « les » homos, les différents types de sexes masculins, les péchés capitaux, etc.) que proposent certains personnages dans les pièces de théâtre et les films : cf. la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier, le one-man-show Hétéropause (2007) d’Hervé Caffin et de Maria Ducceschi, etc.

 
 

3 – La confusion entre intelligence et méchanceté

 

L’autre parade que les héros homosexuels trouvent pour se donner de l’intelligence artificielle : c’est de jouer la vénéneuse libertine, le médisant et machiavélique persifleur, la langue-de-pute professionnelle (n’oublions pas que le diable est surnommé « le malin » !) : cf. la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti, la pièce Dialogue en aux enfers entre Machiavel et Montesquieu (1864) de Maurice Joly, etc. Par exemple, dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, le personnage de Lacenaire a le génie du diable : il argumente bien, mais se fait l’avocat du mensonge et du crime.

 

Que ces personnages soient à la base doté d’intelligence, cela ne fait parfois aucun doute ; mais comme souvent ils en usent à des fins cyniques et mauvaises, ils la perdent pour la troquer contre un intellect leur donnant juste de quoi « faire leur mauvaise » tout seuls : « Brockett était intelligent, il était d’une intelligence diabolique. » (Stephen, l’héroïne lesbienne parlant de son meilleur ami homo Jonathan Brockett, dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 307) ; « C’est pourquoi Brockett écrivait de si belles pièces, des pièces si cruelles ; il alimentait son génie de chair vive et de sang ! Génie carnivore ! » (idem, p. 308) ; « [C’était] un homme absolument vicieux et cynique, un homme dangereux aussi parce qu’il était brillant. » (idem, p. 351) Je vous renvoie au code « Humour-poignard » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

4 – L’excuse du « style » et de l’« Art »

 

Le simulacre d’intelligence n°1 que se disputent en général les héros homosexuels, ce sont bien sûr le style littéraire et l’« Art » (ce dernier sera très souvent présenté comme un Dieu inattaquable, totalement à l’abri de la morale et du jugement critique) : « Elle attribue le succès du livre, moins à son fond qu’à sa forme. » (Françoise Dorin, Les Julottes (2001), p. 85) ; « C’était devenu un style, le style : tant que je parle, j’ai raison, je peux mentir ou j’ai rien à dire, j’ai raison – j’ai la parole, et ça s’appelle un livre ; William allait bien là-dedans. » (Tristan Garcia, La meilleure part des hommes (2008), p. 135)

 

L’argument du style, donc de la forme, vise à occulter le manque de fond, de sens, de but, donc au final de la forme aussi (car fond et forme sont, normalement, au service l’un de l’autre) : « Y avait rien de politique, rien d’artistique dans ce que Willie disait. Il n’était pas cultivé. C’était de la bouillie. » (idem, p. 55) ; etc.

 

La figure de style préférée de ces intellos beauz’ardeux fictionnels est l’inversion (cf. je vous renvoie au code « Inversion » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), celle qui lui permet, selon eux, de bousculer tous les codes rigides de la bien-pensance, d’inventer des nouvelles théories ingénieuses, de placer la folie sur un pied d’égalité avec l’intelligence : « L’école de la folle sagesse peut sauver le genre humain. » (cf. une réplique de la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg)

 

À les entendre, l’ignorance serait triomphante de la raison ! Elle serait Raison ! L’Homme bête, « L’Artiste », ou le Fou, transformé, selon une mythologie pastorale, en Beatus Ille, en saurait plus que le savant. « Les débats ne servent à rien. La Réponse est artistique » disent les bobos homos fictionnels. On retrouve la thématique du « surdoué inculte » par exemple dans le roman Le Joueur d’échecs (1943) de Stefan Zweig.

 

Dans l’esprit de ces intellectuels-artistes, l’intelligence est supplantée et remplacée par l’art, la beauté plastique, par l’image : « Je m’imaginais une jeune fille très belle, très intelligente, très perverse. » (l’Auteur homosexuel à propos de Vicky Fantomas, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) Ils réduit la raison à une propriété privée visible, à un instrument de pouvoir et de séduction qui se conserve jalousement dans un coffre, qui ne se partage pas (… sauf avec une petite cour d’élus). En gros, ils n’a rien compris, puisque la réelle intelligence ne se possède pas et ne s’expérimente qu’en partage.

 

Au final, on se rend compte que leur statut d’« intellectuels » est davantage un fantasme narcissique sans relief, un faux-semblant, ou une posture esthétique (de préférence celle du doute), qu’une réalité : « On ne sait jamais rien. » (Denis, le héros homosexuel du film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta) ; « Quand je serai grand, j’écrirais. Je serais écrivain quand je serais lu, quand quelqu’un décidera que ce qu’il aura lu pourra être vendu. Ce sera la classe… Ce sera le top de la gloire quand je serais applaudi sans que je sois là, et sans même le savoir, quand on citera et récitera mes phrases, avec les chapitres des bouquins ou pour illustrer, imager, référencer, comparer. Ce sera la quintessence de la classe. Je fantasme. […] Je serais snob, je serais écrivain. […] Je ferai des livres et de la littérature. Les inquiétudes disparaîtront et si non je m’en servirai pour écrire quand je serais écrivain. J’aurais de la valeur quand on cotera mon ordinateur (encore en Windows 95) chez Sotheby’s. […] Je sais que je mens quand je dis que j’écris. Écrire c’est une apparence. » (LUI, dans la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’ai des lunettes noires, un foulard en soie bleu. Je les regarde derrière mes lunettes faisant semblant de lire Le Monde. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 56)

 

Quand leur lyrisme le lui permet, ils atteignent le ridicule inconscient de la préciosité et de la coquetterie en utilisant des mots et des adjectifs (tels que « épistémologique », « jubilatoire », « lumineux », « frais », « baroque », « transgressif », « déroutant », et tout le lexique constructiviste/émotionnel queer) plus parce qu’à leurs oreilles ils font joli et authentique que parce qu’ils sont vraiment utiles à l’avancée de leur pensée : « Certains diront que j’ai écrit une œuvre illisible, inabordable, incompréhensible, inintéressante ou je ne sais quoi encore. Je ne cherche pas à nier qu’il s’agit d’une œuvre incommode […]. » (la figure de Marcel Proust, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 112)

 
 

5 – L’importance du CUL-turel :

 

INTELLECTUEL culture asexuée

B.D. « Kang » de Copi : La culture hyper-sexualisée ET asexuée à la fois


 

Comme les héros homosexuels ont souhaité que la sensation prime sur la théorie, ils finissent par confondre intelligence et sentiments, ou raison et pulsion, ou encore culture et CULture, en privilégiant évidemment les secondes : cf. le film « Grande École » (2003) de Robert Salis, le vidéo-clip de la chanson « Gourmandises » d’Alizée, le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol (se déroulant en khâgne), le film « Maurice » (1987) de James Ivory, le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, la pièce Fixing Frank (2005) de Michael Selditch, le film « La Philosophie dans le boudoir » (1969) de Jacques Scandelari, le film « L’École de la chair » (1998) de Benoît Jacquot, etc.

 

« Je décidai de devenir le polytechnicien de l’amour. » (Eugène, le héros homosexuel du one-man-show Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien) ; « Les rapports sexuels augmentent la production d’adrénaline et de cortisol, deux stimulants de la matière grise : le sexe rend donc plus intelligent ! C’est scientifique. » (le Comédien de la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) ; « Des idées plein la tête, même dans le sexe, des idées plein le sexe. […] On sait ce que l’amour donne, je sais maintenant ce qu’il m’enlève : la raison. » (les répliques du dialogue « conceptuel » entre les trois comédiens de la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier) ; « Un homme pense en général au sexe 13 fois par jour… oui, je suis anthropologue… » (la femme dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; etc.

 

Ils mélangent souvent leur casquette professionnelle d’intellectuels et leur casquette privée de libertins. Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Zach, le héros homosexuel, a tout du prof universitaire de bazar : il arrive en retard au jury d’examen qu’il est censé présider ; et la veille de l’évaluation, il couche avec un des étudiants qu’il va devoir noter le lendemain ! Dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, un des protagonistes homosexuels fait des pieds et des mains pour se construire un « savoir livresque » afin d’acquérir un puissant sex-appeal : « Je me rapetissais à lire pour séduire. » ; mais il a du mal à colmater les brèches de son inculture : « Et pourtant, s’il savait combien j’étais ignorant ».

 

Ces héros homosexuels réactualisent, le plus sérieusement du monde, la fameuse formule mi-ironique mi-antinomique du tombeur à deux balles qui, pour valoriser l’individu qu’il cherche à séduire, va soutenir qu’il le trouve « physiquement intelligent » : « Sa beauté indiscutable se passait de l’intelligence. » (cf. la description de Maria-José, le transsexuel M to F de la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 32) ; « Tu es intelligent, toi. C’est peut-être ce qui m’a séduit le plus chez toi. Ça et l’odeur de tes cheveux. Et toute ton odeur, ça m’a rendue folle depuis que je te connais, quoi. L’odeur de tes aisselles, de tes pieds. […] Ça m’a absorbée complètement, je suis devenue folle… » (Daphnée parlant à Luc, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Le latin, je l’aime en chemise. » (cf. la chanson « Veni, Vedi, Vici » d’Alizée) ; « Même si j’en ai vu des culs, c’est son Q.I. qui m’a plu. Je vis le choc de cul-ture, la belle aventure ! » (cf. la chanson « Q.I. » de Mylène Farmer) ; « L’intellect détruit l’harmonie d’un visage. […] La beauté est une forme de génie. Plus haute que le génie. » » (Lord Henry dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « On n’est pas raisonnables, ni toi ni moi. […] On s’entend bien toi et moi dans un lit. On s’entend même mieux dans un lit qu’en dehors. » (Vincent ayant recouché avec son « ex » Stéphane pour une nuit, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « On ne fait pas que des soirées olé olé. On fait des soirées Scrabble. Trivial Poursuit… pour les plus cultivés… » (le narrateur homosexuel dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair) ; « Nous, les gays, on adore les visites cul…turelles. » (idem) ; etc.

 

Par exemple, dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand propose de faire des rébus particulièrement vulgaires avec des pas de chorégraphie mimétique et des « phrases dansées », une discipline de son cru qu’il surnomme la « Dicodanse ». Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Carole est prof d’espagnol, et en profite pour dire à son amante Delphine qui ne comprend rien à cette langue : « Me gustan tus pechos. » (= j’aime tes seins).

 

Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, dans un jardin éclairé par des guirlandes d’ampoules électriques, où est projeté un film des années 1920 en noir et blanc (avec Louise Brooks et sa coupe au carré), le spectateur part à la rencontre d’un cercle de bobos « artistes », amis d’Emma (l’héroïne lesbienne), qui s’écoutent parler de ce qu’ils ressentent et de ce qu’ils aiment esthétiquement. Par exemple, une amie beaux-ardeuse d’Emma fait une thèse sur « la morbidité chez le peintre Egon Schiele ». Joachim, le galeriste bisexuel, tient un discours soi-disant érudit (il fait référence à la bisexualité « artistique » de Tirésias, le personnage mythologique grec) et prône « l’orgasme au féminin » (qui n’aurait rrrrien à voir avec la présence des mâles : « Je suis persuadé que l’orgasme féminin est mystique » ; selon lui et les autres invités bobos-bisexuels-féministes, l’extase sexuelle serait réservé aux femmes). Emma dit qu’elle aime chez Egon Schiele la « noirceur », le côté « artiste écorché ». Tous ces personnages tiennent des discussions indigentes, pseudo « intellectuelles » et pseudo « expertes », sur la différence entre Schiele et Klimt (quel haut niveau !), discussions reposant principalement sur un échange de goûts et de sensations, et finissant par une conclusion complètement plate et relativiste : « Des goûts et des couleurs, ça ne se discute pas : tout est une affaire de points de vue ! ». Merci… c’est hyper profond. Adèle, l’amante d’Emma, se sent inculte devant tant d’esbroufe. Ça veut donc dire que même le réalisateur du film pense nous proposer de la culture de haute volée. On croit rêver… Par ailleurs, Adèle, qui est en filière littéraire au lycée (waou !), qui écrit un peu et qui prétend adorer les grands chefs-d’œuvre de la littérature, se révèle être pourtant une lycéenne très passive et nonchalante en cours, une fille visiblement sans conversation (l’actrice Adèle Exarchopoulos ne semble pas faire mieux que son personnage…), une piètre institutrice. Elle considère Bob Marley et Jean-Paul Sartre comme le summum de l’engagement existentiel, comme des « prophètes » (oh ben au moins ça, oui…). Emma l’initie apparemment à la science et à la culture, et Adèle aurait fait des progrès pharamineux en cours de philo grâce à ses discussions amoureuses avec Emma : en réalité, on voit que la philo dont parlent les deux filles suit l’arithmétique du plaisir sexuel : elles se moquent d’ailleurs d’elles-mêmes, en se donnant des « notes de philo » au lit et en enchaînant les métaphores filées : « Je jouis du savoir ! » s’esclaffent-elles, à poil sur leur couche.

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Alan, l’un des héros homos, exerce le métier de prof de maths… ce qui provoque une boutade salace d’un de ses amis homos, Emory, l’antiquaire gay très efféminé (« Ça donne envie d’acheter une règle à calcul, hein ? ») qui joue à la fois à la vieille instit très intelligente méprisant ceux qui n’auraient pas sa culture (par exemple, il se moque du jeune Tex parce qu’il « n’y connaît rien à l’art » : « Elle est cruche. » lâche-t-il avec mépris) et comme un crétin (« Le dernier bouquin que j’ai commencé à lire, c’était en 1912. »).

 

Il ne faut pas que nous perdions de vue (et pour cela, je vous renvoie à l’éclairant passage sur « les paradoxes du libertin » du code « Liaisons dangereuses » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) que les personnages philosophes « homosexuels pratiquants » incarnent tour à tour la célébration excessive de la génitalité et sa négation dans l’intellectualisme ou le volontarisme ascétique. Ils niquent avec leurs lunettes dans une main, un livre dans l’autre ! Ouf… Ça va mieux pour la conscience ! « Je n’ai pas de stratégie, je l’ai déjà dit, mais je sais ce que je fais, je le sais très précisément. » (Vincent, l’un des jeunes héros homosexuels du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 23) ; « Je n’ai rien cherché, rien forcé. Cela s’est produit, voilà tout. » (idem, p. 25) ; « Je ne suis pas pervers. La perversité exige des efforts que je ne suis pas disposé à accomplir. Il y a dans la perversité quelque chose d’actif, de volontaire qui n’est pas dans mon caractère. Je ne cherche pas à peser sur les événements. Je les laisse survenir. Simplement, j’en mesure exactement la portée, les conséquences possibles. Je possède l’intelligence du monde et des hommes. On va ne pas m’aimer de tenir de tels propos. Qu’y puis-je ? J’en suis sincèrement désolé. Qu’on me croie lorsque j’affirme cela. » (idem, p. 25) Je suis un imposteur, un libertin, un goujat, mais à qui la faute ? Personne n’est parfait. Et puis je suis beau et spirituel même quand j’agis mal… alors je suis à moitié pardonné, non ? En tout cas, mon intellect, lui, me pardonne et me justifie de baiser à droite à gauche : « Je pourrais être, si l’on m’autorisait cette formule usée, le bel indifférent. » (idem, pp. 26-27)

 
 

6 – Le pouvoir « intellectuel » de l’argent

 

En lien avec l’art, certains héros homosexuels pensent que la taille de leur portefeuille est proportionnelle à celle de leur cerveau. En d’autres termes, ils se persuadent que leur investissement dans le monde du paraître, des bonnes manières, de la mode, de l’argent, palliera à leur manque de culture : pire, que la culture s’achète ! (Je vois renvoie aux codes « Promotion « canapédé » » et « Patrons de l’audiovisuel » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « J’essayais de ne pas exagérer dans mes dépenses, mais mes goûts pour tout ce qui est culturel – le cinéma, les livres, le théâtre, les disques – finissaient par coûter cher à ma mère qui tenait les cordons de la bourse comme une grande ourse veille sur ses petits. » (le narrateur homo du roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 28)

 
 

e) Non seulement parfois bêtes mais aussi parfois méchants :

Le plus effrayant chez ces faux penseurs, c’est qu’ils ne se contentent pas de « penser mou » : ils veulent en plus empêcher les autres de penser ! Ils s’attaquent à la fois aux intellectuels de bas étage (qui leur ressemblent et qui ont le malheur de leur faire miroir !), mais aussi aux vrais intellectuels (à qui ils ressemblent peu), en cherchant à leur imposer l’idéologie du relativisme culturel, interdisant purement et simplement de « juger », de faire office de sa raison, bannissant tout discernement de type moral ou éthique, tout discours qui s’énoncerait en termes de bien ou de mal : « Ma philosophie est de la fermer, de ne jamais avoir d’avis, et d’avoir toujours tort. On me frappe la joue gauche, je tends la droite. Que voulez-vous… rien ne m’affecte. Je suis un philosophe, extrêmement philosophe. […] Au nom de la Confrérie des Philosophes, nous irons prêcher la bonne parole de par le monde. Nous ouvrirons des échoppes où l’on pourra. » (cf. la chanson « Les Philosophes » d’Arnold Turboust)

 

Les intellectuels homosexuels fictionnels se démarquent en général de toute forme d’héritage et de tradition, se présentent comme autodidactes, et font du passé table rase. Ils interprètent le passé à leur sauce (« Réécrire l’histoire, à nos étendards… Le futur sera bien plus que parfait. », cf. la chanson « Réévolution » d’Étienne Daho), et s’en prennent à tous les représentants sociaux du savoir et de l’éducation.

 

Ils leur reprochent de trop parler, d’être trop visibles et trop médiatiques, d’être excessivement brillants et orgueilleux, de trop « se la raconter » : « Assez de philosopher ! » (Sappho dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Elle fait très souvent la nique aux trop bien cultivés. Et toc ! » (cf. la chanson « Je t’aime Mélancolie » de Mylène Farmer) ; « Comme bien des intellectuels, il est d’une extrême stupidité. » (la Marquise de Merteuil dans le film « Les Liaisons dangereuses » (1988) de Stephen Frears) ; « J’abomine les intellectuels. […] Les milieux littéraires me répugnent à un point… » (Roger dans le roman L’Autre (1971) de Julien Green, p. 43) ; « Les discours chimériques, tout ça n’importe quoi ! » (cf. la chanson « Méfie-toi » de Mylène Farmer) ; « J’en ai bouffé, de la culturalité ! » (Pretorius, le vampire homosexuel dans la pièce musicale Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « Il est agréable, de temps en temps, de ne plus penser. » (Didier, le héros hétéro au moment de passer à l’acte homo, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Qui se souciera de littérature dans 100 ans ? […] Mais hélas, la raison s’empresse de nous imposer sa clarté. » (Lacenaire dans la pièce éponyme (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; « La morale est une vermine. » (Luca, le narrateur homosexuel dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Les écrivains sont des monstres anthropophages. » (Stéphane, le romancier homosexuel de la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, le héros homosexuel (parlant de lui à la troisième personne, comme la caricature d’Alain Delon) n’a que mépris pour ses profs et « leurs crétins larbins » (p. 63) : « Je tiens les enseignants pour gens facilement puérils, rarement déniaisés de l’enfance et jamais sortis de l’école, seulement grimpés sur l’estrade. » (idem, p. 44) Dans la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche, on assiste à une attaque virulente contre les intellectuels : sont visés « les femmes cultivées » et les hommes qui « ont absorbés de la culture » : « La culture, c’est l’anesthésiant des incompétents. » Dans la pièce Démocratie(s) (2010) d’Harold Pinter, Sarah est insultée de « putain d’intellectuelle ». Dans le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, le prof de maths est écrasé volontairement par Madame Sutphin. Dans la chanson « La Zizanie » de Zazie, il est question de « tenir tête au type à lunettes ». Le film « Pourquoi pas moi ? » (1998) de Stéphane Giusti démarre par le geste iconoclaste de Camille, l’héroïne lesbienne, qui met le feu à l’affiche de la pièce Œdipe Roi de Sophocle à l’entrée d’un théâtre. Dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou, le compositeur Érik Satie compare les critiques à des « animaux ». Dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, la figure de Proust s’en prend aux critiques littéraires, « à ceux-là qui s’autorisent à vous dire ce qu’ils en pensent, comme s’il était bienvenu de porter un jugement devant des parents à propos de l’éducation de leur enfant » (p. 111). Dans le roman La Cité des Rats (1979), c’est tout le patrimoine culturel qui est jeté au feu : par exemple, les interprètes féminines des amiraux Smutchenko et Smith sont tuées au pistolet ; Copi le Traducteur veut détruire tous les rayons de sa bibliothèque ; et un immense autodafé des livres de la Bibliothèque de l’archevêque est organisé par les rats : « Le Diable des Rats explosa comme une vessie remplie de lave dont les boules ardentes furent projetées sur les berges avoisinantes, provoquant l’incendie de l’Académie Française et du Louvre. » (p. 92) Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, est décrit comme « une dilettante avec des intérêts encyclopédiques ». Il méprise les « snobs littéraires » et se plaît à ironiser : « La sagesse : qu’est-ce que c’est ? »

 

Jalousie, quand tu nous tiens…

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La Genèse de la prétention :

Dans la réalité, beaucoup d’individus homosexuels se prennent à la fois pour des grands intellectuels ET des « philosophes humbles et sans prétention ». Ça a pu commencer très jeunes. Ils sont nombreux à s’être sentis plus mûrs que les autres enfants de leur âge (je vous renvoie au code « Différences culturelles » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Ça a été mon cas, je l’avoue sans problème : j’étais, étant enfant, une vraie petite prétentieuse… adorable, inoffensif, souriant, gentil comme tout, incapable de faire du mal à une mouche… mais une petite prétentieuse quand même !

 

Le sentiment de différence intellectuelle commence d’abord avec la famille. Il arrive que le sujet homosexuel ne s’identifie ni à son papa ni à sa maman, et que ces derniers – ou bien son statut social – lui fassent honte. Par exemple, dans ses essais (La Place (1983), Une Femme (1987), et La Honte (1997)), Annie Ernaux a beaucoup écrit sur la « distance de classe et de niveau intellectuel » qui la séparait de ses propres parents. Pareil pour Didier Éribon qui, dans son autobiographie Retour à Reims (2010), raconte comment il a du mal à se reconnaître de « ce milieu ouvrier dans lequel il a vécu » (pp. 19-20) : « Pourquoi, moi qui ai tant éprouvé la honte sociale, la honte du milieu d’où je venais quand, une fois installé à Paris, des gens qui venaient de milieux sociaux si différents du mien, à qui je mentais plus ou moins sur mes origines de classe, ou devant lesquels je me sentais profondément gêné d’avouer ces origines, pourquoi donc n’ai-je jamais eu l’idée d’aborder ce problème dans un livre ou un article ? » (idem, p. 21)

 

Le fossé intellectuel entre les personnes homosexuelles et le reste de l’Humanité s’est creusé en général au collège, dans une indifférence/isolement savamment et lentement travaillés. « C’est un bon sujet, un enfant respectueux et tendre, plus faible et plus petit que ses camarades mais plus intelligent : il tient sans effort la tête de la classe. Bref, sage comme une image. » (Jean-Paul Sartre en parlant de Jean Genet, dans sa biographie Saint Genet (1952), p. 14) ; « Le lycée fut pour moi une effroyable et sinistre expérience. […] Je voulais toujours être pianiste et mes parents ne m’obligeaient pas à aller à l’école tous les jours. J’y allais juste assez pour rester au niveau de ma classe. Maintenant, des années plus tard, mes professeurs sont extrêmement perplexes à l’idée que quelqu’un d’aussi négligent que moi ait pu devenir un auteur à succès. La vérité est que je ne crois guère à l’école. » (Carson McCullers, la romancier lesbienne nord-américaine, citée dans la biographie Carson McCullers (1995) de Josyane Savigneau, p. 43) ; « Je savais que j’étais intelligent, que j’avais du talent. » (un témoin homo de l’essai Mort ou fif (2001) de Michel Dorais, p. 91) ; « J’affichais une distance méprisante vis-à-vis des autres élèves avec qui je ne discutais jamais. » (Jean Le Bitoux se décrivant à la fac, dans son essai Citoyen de seconde zone (2003), p. 56) ; « Il m’est impossible d’oublier tous ces camarades de classe, ces dégénérés qui se complaisent désormais dans une médiocrité vulgaire. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 7) ; « Il me fascine. […] Je me rends compte très rapidement qu’il est aussi doué que moi en classe et aussi médiocre en foot. » (l’auteur, parlant d’un autre de ses camarades de qui il tombe amoureux car il est à part, comme lui, idem, p. 11) ;« Ah ! Si seulement j’avais pu être mauvais élève, juste un peu, pour faire comme les autres. » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), p. 34)

 

Leur sentiment d’élection intellectuelle perdure souvent à l’âge adulte. Par exemple, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), l’essayiste Paula Dumont se définit elle-même comme une « consciencieuse prof de Lettres qui a passé sa vie à compulser des dictionnaires » (p. 136), maniant le verbe avec une dextérité et un raffinement rares (d’ailleurs, quand on la lit, on a l’impression de devenir intelligent, on apprend plein de nouveaux mots : vous savez ce que ça veut dire, vous, « imprécations », « acrimonie », « être bégueule », « argutie », « jocrisse », « impécuniosité » ?? Moi, pas).

 

Par une confusion flagrante entre perception et intelligence, certaines personnes homosexuelles nous/se font même croire en l’existence d’un « sixième sens homosexuel » : « Je pense que l’homosexualité, ça développe l’intelligence. Non pas qu’on soit plus intelligents que les autres. Mais on est plus sensibles. » (Françoise, une femme lesbienne interviewée dans l’émission Dans les yeux d’Olivier, « Les Femmes entre elles » d’Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq, diffusée sur la chaîne France 2, le 12 avril 2011)

 

Parfois, la communauté homosexuelle est considérée socialement comme un milieu huppé et cultivé : « C’est épouvantable ce que j’ai pu entendre. Dans ces milieux-là, en usine, ça n’existe pas l’homosexualité. Un milieu de cols blancs, un milieu universitaire, c’est probablement une fourmilière pour les gais, c’est le paradis. » (un témoin homosexuel ayant grandi dans un milieu ouvrier, cité dans l’essai Mort ou fif (2001) de Michel Dorais, p. 73) ; « La pédérastie est chose fort courante dans l’armée et les universités. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 154) ; « La population gay vit dans des milieux sociaux autrement plus raffinés ou intellectuels. » (Hugo sur le site http://homophobie.free.fr consulté en octobre 2003) ; « Elle était férue de culture et d’art. » (la voix-off parlant de la Reine Christine, pseudo « lesbienne », dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; etc. D’ailleurs, rien qu’en France, tout récemment, parmi nos ministres de la culture au gouvernement, deux étaient homosexuels : Jack Lang et Frédéric Mitterrand.

 

Plus qu’« intellectuels », je dirais que les regroupements LGBT sont plutôt « branchés ». Et il est vrai que beaucoup de personnes homosexuelles créent des salons de penseurs, des petites causeries qui réunissent des dandys et des garçonnes bisexuelles, composant ainsi une Jet Set Rainbow prestigieuse occupant parfois le haut du pavé médiatique/littéraire : pensons par exemple au Bloomsbury Group aux États-Unis (au début du XXe siècle), aux Samedis des Stein autour de la charismatique Gertrude Stein (dans les années 1920-1930), aux réceptions mondaines de Jean Cocteau, aux salons de Suzy Solidor (dans les années 1940), au Cercle des Intellos du dimanche que j’avais fondé à Rennes puis un peu à Paris dans les années 2000, à tous ces « dîners presque parfaits » que les membres de la communauté homosexuelle aiment organiser entre eux. « Avant l’Occupation, l’homosexualité était le fait de quelques intellectuels ou de quelques blasés qui constituaient une confrérie très fermée. » (André Larue, Les Flics, 1969) ; « Le jeune antiquaire n’est pas seul : comme chaque soir, vers les six heures, un cénacle charmant se forme, par affinités, dans l’arrière-boutique de la rue du Chevalier-Français. L’élite intellectuelle de Clermont est là : un sculpteur célèbre, un tailleur, un fils de magistrat, un autre antiquaire. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, témoignant dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 74)

 

Les intellectuels queer et LGBT investissent en grand nombre les universités : la Resi madrilène en Espagne, l’université de Cambridge (avec le cénacle des « apôtres de Cambridge ») en Angleterre, et plus proches de nous, les Grandes Écoles françaises telles que Sciences-Po, la Sorbonne… Je me suis déjà rendu à quelques manifestations parisiennes dans ces lieux, et il ne me semble pas du tout excessif (à moins d’être aveugle et de mauvaise foi) de parler de véritable lobby bisexuel composé par les nouvelles générations montantes d’étudiants et de politiciens en France. Il y a même des fonds de recherches typiquement LGBT, des chaires d’université spécialisées dans les Gender Studies (ça a commencé aux États-Unis, et ça arrive doucement en Europe). Les associations homosexuelles s’auto-proclament spécialistes de « leur » culture : partout dans le monde se tiennent des séminaires et des colloques dont on publie les « assises », se fondent des revues d’études, s’inaugurent des fonds documentaires. En France par exemple, le Centre de Ressources Documentaires Gays et Lesbiennes de la Bibliothèque de Lyon est créé en 2005. On peut penser également aux UEH, les « Universités d’Été », qui ont lieu chaque année partout dans l’Hexagone : elles se revendiquent avec le temps comme des Études gaies et lesbiennes (et bisexuelles, et transsexuelles, et transgenres) sérieuses et solides sur le plan intellectuel. Par exemple, à en croire Juan A. Herrero Brasas dans son essai Primera Plana (2007), les universitaires queer seraient « strictement académiques » (p. 18). Strictement, oui, je crois que c’est le mot… gros « lol ».

 
 

b) En réalité, ça vole très bas :

 

Ce que je vais écrire dans cette sous-partie est très en lien avec quatre autres codes de mon Dictionnaire des Codes homosexuels : « Bobo« , « Faux révolutionnaires« , « Déni » et « Artiste raté« . Pour commencer, et sans vouloir être gratuitement méchant, l’intellectuel de seconde zone, je le croise à tour de bras dans la communauté homosexuelle. Je ne dresserai pas de liste-serpent, ça n’est pas le but de ce code, et puis on peut tous évoluer, on a tous le droit de revenir sur ce qu’on a dit ou écrit, on est tous libre de s’égarer un moment, de se réveiller, de se contredire, de se découvrir, et de rejoindre la Vérité, même sur le tard ! C’est pour cette raison que les quelques noms d’intellectuels existants que je citerai (même Louis-Georges Tin… Qu’il me pardonne si je donne l’air de m’acharner contre lui ;-)) ne colleront pas d’étiquette définitive de « faux intellectuels » sur le front de quiconque, mais dénonceront plutôt des rôles, des propos hypocrites et inadmissibles, qui ne disent rien des personnalités qui les tiennent à un moment donné pour masquer leurs faiblesses, leurs peurs, leur ignorance et leurs lâchetés. Je suis le premier « faux intellectuel » que je connaisse quand je prétends posséder la Vérité à moi tout seul !

 

Ceci étant, je le dis comme je le pense : le niveau actuel de réflexion (sur l’homosexualité, ou proposé par l’ensemble des individus qui se disent « homosexuels » sur n’importe quel sujet de société) me semble être au plus bas. D’ailleurs, il suffit de simplement tendre l’oreille et d’aller à la rencontre des communautaires homosexuels en vrai pour se rendre compte qu’ils ne montrent en général aucune appétence pour l’analyse, la réflexion collective, le travail intellectuel, la discussion désintéressée. Il n’y a qu’à voir comment le simple débat d’idées, ou la recherche d’approfondissement de certains sujets, tournent court, sont accueillis comme la peste, comme une « prise de tête » (judéo-catholico-maçonnique…) insupportable ou fatigante sur les forums de rencontres LGBT. Hoooula ! C’est que dans les discussions, il ne faut surtout pas dépasser la frontière individualiste des goûts ; si on oriente les échanges vers des considérations un peu plus élevées, universelles et ouvertes (comme la recherche commune de Vérité, comme l’amitié, par exemple), c’est tout de suite l’angoisse ! La réflexion, ça ferait mal au cerveau. On ne déconne pas avec cette chose-là…

 

Et sans vouloir jouer mon « vieux con », il est également déplorable de constater l’analphabétisme et l’illettrisme des internautes homos sur les réseaux sociaux tels que Facebook ou Twitter : c’est à pleurer. J’ai envie de leur offrir à quasiment tous un Bescherelle. Et ça n’a rien à voir avec l’âge, une question de générations, ou même d’orientation sexuelle : c’est le désir homosexuel cru comme vrai, et pratiqué, qui rend con, aveugle et de mauvaise foi ; pas le désir homosexuel non-acté (comme je l’expliquais en préambule ; comprenne qui pourra !).

 

La plupart des personnes homosexuelles ne connaissent même pas leur désir homosexuel et leur propre culture. D’ailleurs, ils sont vite dépassés dans les débats de fond sur l’homosexualité dès qu’ils passent à la télé ou lors des débats publics. Beaucoup d’intellectuels non-homosexuels sont plus calés qu’eux pour en parler ! Par exemple, dans l’émission de Patrick Buisson consacrée au « communautarisme gay » sur la chaîne LCI en 2003, avec un plateau presque homosexuel à 100% (avec Pascal Sevran, Renaud Camus et Guillaume Dustan… Alain Soral étant le seul intervenant « extérieur »), Alain Soral, juste lui, arrive avec une facilité déconcertante à dépasser tout le monde intellectuellement et à élever le débat : Renaud Camus a l’air de planer complètement dans son coin ; Guillaume Dustan, fidèle à lui-même et toujours aussi « out », adopte un discours désarticulé et contradictoire ; même Pascal Sevran, le défenseur d’une homosexualité bourgeoise et discrète, qui semblait avoir, de tous, le plus de moyens de fournir une pensée construite, n’en mène pas plus large que ses confrères : « Je suis moins cultivé qu’Alain Soral… »

 

INTELLECTUEL 3

Guillaume Dustan


 

Concernant le vide intellectuel intersidéral dans le « milieu homosexuel », je pense savoir un peu de quoi je parle. Même dans les émissions et les débats à prétention intellectuelle auxquels j’ai assisté, il y a de quoi halluciner devant la censure, le conformisme, l’atrophie des cerveaux, l’apathie et la pensée unique de la plupart des personnalités qui s’accaparent les créations de la culture homosexuelle pour en tuer le sens. Je suis resté deux ans et demi (de janvier 2009 à mai 2011) à l’émission Homo Micro de Radio Paris Plurielle, à Paris, en tant que chroniqueur de la rubrique symbolique. J’ai eu l’occasion de voir défiler un certain nombre d’intellectuels et d’écrivains du monde LGBT ! Je suis quasiment sûr que mes camarades chroniqueurs lisaient très rarement les ouvrages de ces derniers, et qu’ils ne les connaissaient même pas de réputation. Par exemple, le jour où on a reçu l’humoriste Océane Rose-Marie, ou même l’essayiste nord-américain David Halperin, je voyais bien qu’ils n’avaient pas conscience de la qualité de nos visiteurs… et j’avais secrètement honte du mauvais accueil que mon équipe de bras cassés leur réservait ! Mais surtout, j’ai dû endurer pendant des semaines et des semaines les rubriques insipides et pseudo analytiques des chroniqueurs étiquetés « spécialistes littéraires ». À les entendre, on avait l’impression qu’ils n’avaient lu que la quatrième de couverture des bouquins qu’ils chroniquaient. Au lieu de parler du contenu et du sens de l’écrit qu’ils étaient censés évaluer, ils s’appesantissaient sur l’expression poétisée/humorisée de leurs goûts, sur leurs petites sensations de lecteurs néophytes qui ne comprennent pas ce qu’ils lisent, ils blablataient sur la thématique générale du livre chroniqué (le « texte-prétexte » dans toute sa splendeur !) sans émettre aucune critique constructive et sans aborder les ambiguïtés et les violences du message qu’il véhicule, ils sortaient constamment le même discours laudatif scolairement appris (le disque qui tourne à vide : « C’est une œuvre très bien écrite, bien ficelée. J’ai beaucoup aimé. C’est frais, c’est lumineux, c’est hilarant, c’est déroutant, c’est surprenant, c’est original. On voyage dans un labyrinthe de mots sans jamais se perdre (hi hi hi). C’est cru, et pourtant, vous avez le talent pour ne nous le rendre jamais vulgaire. »). Mais ces journalistes « littéraires » ne se contentaient pas d’être incompétents. Ils n’hésitaient pas (et ça continue, hélas) à trancher la tête de leurs rares contradicteurs dès que les débats s’élevaient un peu plus que la courbe plate de l’électro-encéphalogramme de la justification identitariste et amoureuse homosexuelle prescrite par l’homosexuellement correct. Quand j’y étais, je prenais sur moi… mais je les voyais me dévisager avec une suspicion croissante. Ils se mettaient à regarder d’un œil noir mes chroniques (qu’ils faisaient semblant de ne pas comprendre), à me couper la parole sans arrêt à l’antenne par des blagues grivoises ou des injonctions au silence, à surveiller scrupuleusement mes lectures (car j’arrivais souvent au studio avec un livre en main) et à me réduire à celles-ci, à m’interdire de lire tel ou tel écrit dit « anti-gay », à me suspecter d’homophobie. Et ce qui se profilait au fil des semaines est arrivé : en mai 2011, je n’ai pas été officiellement congédié, même si officieusement, c’était tout comme ! J’ai été traîné en procès de « collaboration maçonnique anti-gay » par la « Grande Inquisitrice », c’est-à-dire le chroniqueur prétendument « intellectuel » de l’émission Homo Micro, confortablement installé à la rubrique littéraire hebdomadaire depuis des années. Avec lui, et la brochette d’intellectuels anesthésiés qui l’entoure encore aujourd’hui, j’ai franchement peu d’espoir que les débats s’élèvent, et que le trésor inexploré que représente la culture homosexuelle soit enfin libéré de ses prisons LGBT dans lesquelles il est mis sous verre.

 

Vous savez, même si je suis un petit prof d’espagnol de rien du tout, sortant de nulle part (j’ai passé les 18 premières années de ma vie devant la télé, c’est vous dire !), sans formation journalistique ou universitaire prestigieuse (d’ailleurs, c’est la raison pour laquelle beaucoup de mes détracteurs s’en donnent actuellement à cœur joie pour m’insulter de « faux intellectuel narcissique qui se haït lui-même » sur les forums des sites où sont publiés mes articles), même si je ne connais pas tout de la culture homosexuelle (loin s’en faut !) et que j’ai conscience que mon approche de celle-ci n’est pas purement objective (mon travail est orienté, c’est vrai ; et je le revendique comme interprétatif : je ne suis pas en faveur d’une indétrônable distance/neutralité intellectuelle dans l’exercice d’observation du Réel humain ; je veux de la passion, de l’humour, du combat, de la foi, oui !), je ne pense pas me tromper en disant que j’en connais pourtant déjà un sacré rayon sur le monde « intellectuel » LGBT ! Ma bibliographie de références n’est ni insuffisante ni ridicule. J’ai, pour mon âge, une assez bonne connaissance de terrain de ce qu’on appelle, faute de mieux, le « milieu homosexuel », en côtoyant tout type de public, et notamment des cercles intellectuels homos très select, tels que La Rive opposée ou L’Autre Cercle. Soi-disant le « gratin du gratin ». J’ai assisté (et ça continue) à de nombreuses universités d’été, soirées, débats publics, à des conférences tenues par des gens qui avaient des titres prestigieux, un langage châtié, un jargon bien léché. J’ai vu que derrière cette grande comédie humaine, il y avait surtout beaucoup d’esbroufe et d’attachement inavoué au sexe. Beaucoup de confort, de mauvaise foi et de goujaterie. Beaucoup de faux militantisme et de langue de bois. Peu d’amis solides de la Vérité.

 

Enfin, pour en finir avec mon témoignage personnel, et pour vous convaincre du « no man’s land de la pensée » qu’est la communauté homosexuelle internationale actuelle, je vous suggère une idée toute simple : ouvrez n’importe quel numéro de Têtu (« Tadadum da, Femme actuelle… »), la revue censée nous représenter, nous, personnes homosexuelles. Et vous aurez l’illustration de ce que j’essaie de vous montrer ! Le problème n’est pas que les sujets homosexuels ne lisent pas ou plus : je crois même qu’ils lisent de plus en plus… Le problème est qu’ils ne lisent pas avec les bonnes lunettes !

 

Je ne suis pas le seul à dénoncer le niveau intellectuel ras des pâquerettes de la majorité des chercheurs LGBT, ou l’illusion de génie que certains veulent donner. Nombreux sont les critiques qui les dépeignent aussi comme des ignares, ou de faux intellectuels (bien névrosés comme il faut) : « Ces invertis évoluent dans des milieux très particuliers, dans la société snob des intellectuels drogués ou malades. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 9) ; « Dans les sphères dites ‘intellectuelles’, on découvre grâce à des statistiques récentes dressées par la P.J. près de trente pour cent d’homosexuels, dont quelque vingt pour cent ont eu, une fois au moins dans leur vie, maille à partir avec la police des mœurs. » (idem, p. 20) ; « Oscar Wilde fut un créateur prolifique, public, commercial, de mauvaise qualité, trivial, répétitif. Il fut un plagiaire. » (Neil Bartlett, Who Was That Man ? A Present For Mr Oscar Wilde (1993), pp. 201-202) ; « Il n’a rien écrit, il ne chante pas, il ne peint ni ne joue, il ne fait que parler ! » (Richard Ellmann, Oscar Wilde, cité dans l’article « Le Soleil Wilde » d’Anne-Sylvie Homassel, sur le Magazine littéraire, n°343, mai 1996, p. 30) ; « L’image que l’on retient de cet auteur est celle d’un raté, non seulement peu cultivé, mais aussi peu intelligent : un espèce de bouffon grotesque sans cour qui croit qu’il est difficile de comprendre la vérité et surtout qu’il est obligatoire de le dire. » (Pier Paolo Pasolini concernant Witold Gombrowicz, cité sur le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003) ; etc.

 

Par exemple, dans sa biographie de Carson McCullers (1995), Josyane Savigneau rapporte que la romancière nord-américaine Carson McCullers est considérée comme une « auteure mineure » (p. 11). Dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) Yves Riou et Philippe Pouchain, Jean Cocteau est présenté par ses proches comme un moulin à paroles qui « monologuait », comme « Radio Cocteau ». Dans son essai coup-de-poing Queer Critics (2002), François Cusset habille les théoriciens et les universitaires de la Gender & Queer Theory pour l’hiver ! Il leur reproche d’appauvrir et de lire (ou plutôt de « dé-lire » !, p. 135) les grands classiques de la littérature mondiale à la lumière blafarde de leur volonté d’imposer une identité et un amour bisexuels et asexuels à tout le monde : « La micro-lecture queer : une interprétation aussi pointilleuse en ses analyses que délirante par ses conclusions » (p. 83)

 

Les critiques de la production intellectuelle et artistique sur l’homosexualité fusent et concordent pour dire que les trois-quarts du temps ça vole très bas : « Les résultats ? Presque toujours médiocres, sinon consternants. Une grande partie de la production littéraire et artistique homosexuelle se confond avec les plus vulgaires manifestations de la sous-culture pornographique hétérosexuelle. […] L’homosexualité, à peine libérée, n’a rien eu de plus pressé que de débonder ses fantasmes en oubliant de se donner des contraintes intérieures, contraintes sans lesquelles il n’y a pas de véritable création. » (Dominique Fernandez, L’Amour qui ose dire son nom (2000), pp. 301-302) ; « Mièvrerie et fadeur de l’ensemble : plus le sentiment homosexuel cherche à s’exprimer, sans métaphores ni faux-semblants, plus il perd en force et en saveur. C’est une loi que nous aurons l’occasion de vérifier. » (idem, p. 69) ; « L’homosexualité a atteint un niveau de banalisation inimaginable précédemment. Cette normalisation tous azimuts ne va toutefois pas sans une forme d’affadissement, qu’on retrouve peu ou prou dans la plupart des cinématographies occidentales. » (Didier Roth-Bettoni, L’Homosexualité au cinéma (2007), p. 418) Le bilan artistique et intellectuel homosexuel est parfois tellement pitoyable que certains en arrivent à se demander « s’il est vraiment indispensable d’être hétérosexuel pour avoir du talent, voire du génie ? » (Lionel Povert, Dictionnaire gay (1994), p. 11)

 

De temps à autre, quelques intellectuels homosexuels jouent bas les masques, ont l’humilité cynique de reconnaître les limites intellectuelles de leur discours et leurs écrits, ont le mérite de l’auto-critique. « J’étais venu habiter Paris avec le double espoir de vivre librement ma vie gay et de devenir un ‘intellectuel’. La première partie de ce programme se réalisa sans grande difficulté. Mais la seconde n’avait débouché sur rien : après avoir échoué dans mes tentatives pour entrer dans l’enseignement secondaire tout autant que dans celles pour mener à bien une thèse de doctorat, je me retrouvais sans travail ni perspectives. Je fus sauvé par les ressources qu’offrait la subculture gay. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 233) ; « Manquai-je de persévérance ? Ou du talent romanesque ? Ou, plus simplement, pris-je conscience que je jouais un jeu ? Animé par de vieilles ambitions et incapable d’y renoncer, je mimai un geste. Je me fantasmais en écrivain ; rien ne me prédisposait à le devenir. Peu à peu, je me détachai de ces tentations littéraires, sans jamais les oublier vraiment : il m’arrive encore de regretter de n’avoir pas eu la patience ou la force de continuer dans cette voie. » (idem, p. 237) ; « Cinquante-cinq ans ? Vous êtes fou ! J’en ai 15, 16 ! Intellectuellement, 12 ! » (Jean-Louis Bory, à 57 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; « Elle a une tête d’idiote, et une démarche d’idiote. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, et parlant de lui-même, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc.

 

Par exemple, dans son Journal (1992), le dramaturge homosexuel Jean-Luc Lagarce avoue qu’il « ne se sent pas un écrivain » : d’ailleurs, il déprime de ne pas parvenir à « vendre ses salades » (c’est comme cela qu’il qualifie ses livres). Dans l’émission radiophonique Le Masque et la Plume : Hommage à Jean-Louis Bory (1979) de François-Régis Bastide, le romancier français Jean-Louis Bory s’étonne d’avoir reçu les hommages de la confrérie des historiens qui a applaudi, lors de l’émission Apostrophe, à la publication de son essai (pourtant peu rigoureux) Les Cinq Girouettes, car lui-même avoua qu’il ne méritait pas le titre de « vrai historien ».

 

Dans le film « Howl » (2010) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, est retracé le procès intenté au poète homosexuel nord-américain Allen Ginsberg à l’occasion de la sortie de son sulfureux recueil de poèmes « Howl », dont certains pensent (à raison, à mon sens), qu’il « n’a aucune valeur littéraire ». Et même si le parti pris de ses défenseurs ne repose que sur la croyance aux bonnes intentions de Ginsberg et non sur l’œuvre en elle-même (ils insistent beaucoup sur « l’honnêteté », « la franchise » et « la liberté d’expression » pour prouver que Ginsberg était un faux imposteur, un vrai génie), ce dernier n’a pourtant pas démenti de son vivant les critiques. Au contraire, il allait (cyniquement ?) dans leurs sens : « J’escroque un peu mon monde… » Il disait que son poème « Howl » était un ramassis de « conneries sensibles ». C’est déjà bien de le reconnaître. Mais faute avouée est-elle pour autant à moitié pardonnée, voire « géniale » ? Il ne fait peut-être pas exagérer…

 
 

c) Comment en sommes-nous arrivés à cette crise intellectuelle là ?

Qu’est ce qui peut expliquer que beaucoup de sujets homosexuels soient des « intellectuels par défaut » (alors que, pour certains, ils semblaient bien partis pour décrocher des Prix Nobel) ? Je crois que c’est en grande partie parce qu’ils ont rejoint le monde des livres et de la philosophie plus par peur des autres que par amour de l’Humanité et du Réel : « Je ne déteste rien de plus au monde que les visages gras des réalistes à lunettes. » (le romancier homosexuel japonais Yukio Mishima dans sa Correspondance 1945-1970) ; « Mon père était bricoleur, et fier de ses capacités en ce domaine, comme il était fier du travail manuel en général. […] Moi, je ne savais rien faire de mes dix doigts. Et dans cette incapacité voulue, j’investissais bien sûr tout mon désir de ne pas lui ressembler. Plus tard, j’allais découvrir que certains intellectuels adorent bricoler et qu’on peut à la fois aimer les livres, et s’adonner avec plaisir aux activités pratiques et manuelles. Cette découverte me plongerait dans des abîmes de perplexité : un peu comme si toute ma personnalité se trouvait mise en cause par la déstabilisation de ce que j’avais longtemps perçu et vécu comme un binarisme fondamental, constitutif (mais en réalité, seulement constitutif de moi-même). Il en ira de même avec le sport. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), pp. 57-58) ; « Je désirai plus que tout être ‘réformé’ pour éviter d’aller à l’armée. » (idem, p. 111)

 

On compte pourtant « officiellement » parmi les personnes homosexuelles beaucoup d’« intellectuels attitrés ». Mais ce qui semble avoir motivé en priorité leur passion pour l’exercice de la raison n’est pas d’abord l’amour des autres et du monde, mais au contraire un désir de fuite, une forme de paresse, de misanthropie, ou bien une agression. « Le bullying (brimades) est sans doute une des explications des homosexuels parmi les bons élèves, les khâgneux, les normaliens, les étudiants d’Oxbridge, de Yale et de Berkeley. » (cf. l’article « École » de Pierre Albertini, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, pp. 140-141)

 

Comme ils ont fait de la recherche idéalement collective de la Vérité un chemin individualiste, douillet, confortable, esthétisant, élitiste (et très souvent libertin), leur intelligence s’est très souvent figée en intellect froid, en prétexte pour niquer, en verbiage soporifique, décorporéisé et androgynique (queerisant, si vous préférez) : « Le corps en sait plus sur l’amour que les poètes, du moins que ces poètes-là – presque tous – qui mentent sur le corps. De quoi ont-ils peur ? De quoi veulent-ils se consoler ? D’eux-mêmes peut-être, de cette grande folie du désir (ou de sa petitesse après coup ?), de bête en eux, de cet abîme si tôt comblé (ce peu profond ruisseau glorifié : le plaisir), et de cette paix, soudain, qui ressemble à une mort… La solitude est notre lot, et ce lot c’est le corps. » (André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus (1995), p. 305)

 

À l’inverse des réalistes aristotéliciens ou thomistes (très attachés au Réel… et à l’humanisme qui découle de cet attachement), la plupart des intellectuels homosexuels et bisexuels se placent dans le droit fil des philosophes nominalistes du XIVe siècle, ceux qui défendaient l’idée selon laquelle l’universel n’existe que dans l’intelligence de chaque être humain, qu’il n’y a que des points de vue relatifs et des réalités singulières (donc pas de nature humaine commune, universelle), que l’acte humain est toujours individuel. Les nominalistes médiévaux ont considéré les notions de « bien » et de « finalité » comme dangereuses et, pour éviter les conflits, les ont remplacées, par celles de « droit » et de « liberté d’agir sans contrainte, à partir du moment où la conscience individuelle les valide avec sincérité, et où ces droits et cette liberté individuelle ne gênaient pas les autres ». Mine de rien, les lointains nominalistes ont influencé et ont planté depuis sept siècles notre cadre de pensée occidentale actuel, libéraliste et individualiste. Il est temps que nous en prenions conscience !

 

Que leur manque-t-il, à la plupart de ces intellectuels homosexuels, pour devenir des vrais ? Pas grand-chose, au final. Il leur manque juste (et désolé d’être cash et de devenir pour certains inaudible… mdr) la foi en l’Église-Institution catholique ! Le petit grain de moutarde qui a l’air de rien, et qui change tout. Quand je dis qu’un intellectuel, pour vraiment être bon et pour tendre au plus près de la Vérité, a besoin de croire en Dieu, je suis malheureusement très sérieux. Il nous faut non pas contredire mais dépasser le credo gentillet, responsabilisant, mais au bout du compte individualiste, d’un Emmanuel Kant qui nous encourageait à « oser nous servir de notre propre entendement, et à penser par nous-mêmes ». Sans la foi en Dieu, il nous est très difficile d’avoir un savoir humble, non anthropocentré, pleinement tourné vers les profondeurs de tous les Mystères visibles et invisibles. Même si l’intellectuel athée réfléchit au nom du doute, de la sincérité, et de belles valeurs humanistes, il finit toujours, s’il ne remet pas ça à Qui de droit, par avoir la vue courte, par faire du sur-place, par manquer de joie et d’imagination, par se morfondre avec désillusion et révolte sur les nombreuses limites de l’Homme-sans-Dieu. C’est moi qui vous le dis !

 

Enfin, je constate, dans mon cas, que je ne deviens un vrai intellectuel que lorsque je suis au service de l’Esprit Saint, et que je cesse de croire que je peux être spirituel par moi-même, par ma propre intelligence, et tout seul. À partir du moment où je m’éloigne de Jésus et de l’émerveillement des Hommes, c’est tout simple : je redeviens con et rejoins la violence du paraître.

 
 

d) Les techniques des libertins homosexuels pour cacher leur ignorance et leur canular intellectuel:

Au lieu de regarder leurs limites, leur bêtise ou leur ignorance en face, le plus souvent, la plupart des individus homosexuels supposés « intellectuels » jouent la politique de l’autruche… ou, ce qui revient au même, celle du paon !

 

1 – L’ignorance perçue comme une honte

 

Dans un premier temps, honteux de leur inculture (ou de leur prétention à l’intelligence), ils courent se cacher six pieds sous terre : sur Internet, à la campagne, dans l’anonymat d’une boîte bruyante, bien loin des colloques citadins et des festivals culturels organisés en leur honneur.

 
 

2 – Le paravent de « l’auto-parodie » et de « l’humour »

 

D’autres, plus futés, comprenant qu’ils ne peuvent pas se planquer éternellement (et en plus, ils ont besoin, au bout d’un moment, d’être vus et admirés !), tentent de masquer leur ignorance en forçant les traits de cette dernière… comme ça, ils se disent en eux-mêmes que la caricature finira bien par occulter et faire oublier son modèle original, par l’innocenter. Suprême ruse (et naïveté, finalement) des narcissiques que de jouer à faire croire qu’ils sont plus narcissiques qu’ils ne le sont déjà ! Ils se mettent dans la peau de « l’idiote du Village (People) »… en croisant les doigts pour que ça passe accidentellement pour du génie : cf. les spectacles de cabaret transformiste, le one-woman-show Betty Speaks (2009) de Louise de Ville (avec Betty, l’héroïne lesbienne qui force les traits de son côté pin-up godiche, analphabète et faussement innocence), le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar (avec le personnage du transsexuel M to F Agrado), le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, etc.

 

Beaucoup de mes amis homosexuels garçons adorent mimer sur eux le rôle de la godiche blonde illettrée, ayant pour seul bagage intellectuel la culture télé ou la press people… car généralement, ils sont à peine plus avancés que leur caricature adorée ! Par exemple, dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), le travesti Charlène Duval lit à son public des livres pour enfants d’Enid Blyton, et Oui-Oui, en nous offrant un sous-texte analytique pornographique tiré par les cheveux (et franchement drôle). Dans sa nouvelle « La Déification de Jean-Rémy de la Salle » (1983), Copi propose une cosmogonie-bidon de la tribu des « Boludos », à grand renfort de fausses études scientifiques, de reportages anthropologiques bidon, de faux témoignages. Dans la B.D. Histoire de l’homosexualité (1999) de Cuneo, l’intégralité de l’Histoire de l’Humanité est revisitée parodiquement à la sauce gay. Dans une auto-dérision qui sent l’aveu indirect, Essobal Lenoir, l’auteur du recueil Le Mariage de Bertrand (2010), arrive à s’étonner que son « éditeur ait accepté de publier son écœurant opuscule » (p. 168)

 

Pour certains « intellectuels » homosexuels, la revendication de la nullité agirait comme un paravent voire comme une conjuration magique de cette même nullité. Tel penseur ose dire qu’il est médiocre = c’est donc qu’il est génial ! Par exemple, André Gide et Pierre Louÿs créent en 1889 la Potache-Revue. Paul Verlaine et Arthur Rimbaud inaugurent le mouvement littéraire « zutiste ». Trop fort ! Quel second degré ! Proposent-ils pour autant de la qualité ?

 

INTELLECTUEL 4

Verlaine et Rimbaud (à gauche) par Fantin Latour


 

Tous ces cas de figure nous enseigne une chose : que l’auto-parodie a bon dos… et a ses limites ! À force de trop tirer sur la corde de la bêtise surjouée, l’indulgence du public/lectorat quant à l’absurde ou l’idiotie qu’on lui propose, finit par s’user. À un moment donné, le doute s’immisce ; l’exigence de Vérité réclame ; et le « délire » de niaiserie qui s’éternise sent quand même finalement l’auto-satisfaction à plein nez ! Que les comédiens homosexuels, qui passent parfois leur temps à jouer les cruches décérébrées, ou les libertines instruites, ne s’étonnent pas qu’à la longue, on les prenne au mot (homos !) ou en flagrant délit de sincérité !

 
 

3 – La confusion entre intelligence et méchanceté

 

L’autre parade que certains individus homosexuels trouvent pour se donner de l’intelligence artificielle consiste à jouer les vénéneuses libertines, le médisant et machiavélique père siffleur, la langue-de-pute professionnelle (n’oublions pas que le diable est surnommé « le malin » !) : cf. le ton général du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, le one-man-show Petit cours d’éducation sexuelle (2009) de Samuel Ganes, la série-cancan Mauvaiiiiiises (2012) de Brigitte et Josiane, etc.

 

Qu’ils soient à la base doté d’intelligence, cela ne fait parfois aucun doute ; mais comme souvent ils en usent à des fins cyniques et mauvaises, ils la perdent pour la troquer contre un intellect leur donnant juste de quoi « faire leur mauvaise » et tout seuls. Ils imitent en fin de compte une caricature d’intellectualité mi-bourgeoise mi-scandaleuse : « Une femme chic, glamour et supposée cultivée qui descend le Kurfürstendamm, à Berlin, indifférente au monde et qui dévore inconsciemment une saucisse phallique tenue d’une main gantée. Choquant ? Répugnant ? Normal, ou simplement la quintessence de Berlin ? » (cf. le résumé du film « Warum, Madame, Warum ? », « Pourquoi, Madame, pourquoi ? » (2011) de John Heys & Michael Bidner, sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris)

 

Se rajouter de la violence donne l’illusion d’assurance et d’intelligence, la force éphémère de la faiblesse. Pour illustrer mon propos, je ne peux pas m’empêcher de repenser à la scène du concert (catastrophique, il faut le reconnaître…) que la chanteuse Madonna a donné à Olympiaà Paris le 26 juillet 2012, où sa reprise de la chanson de Serge Gainsbourg « Je t’aime… moi non plus », mimant une scène sadomaso, se voulait un clin d’œil « érudit » entre cultureux libertaires…

 
 

4 – L’excuse du style et de l’art

 

Le simulacre d’intelligence n°1 que se choisissent beaucoup d’intellectuels homosexuels pour masquer leur ignorance, c’est bien sûr le « style » littéraire et l’« Art » (ce dernier sera très souvent présenté comme un Dieu inattaquable, totalement à l’abri de la morale et du jugement critique). L’argument du style, donc de la forme, vise à occulter le manque de fond, de sens, de but, donc au final de la forme aussi (car fond et forme sont, normalement, au service l’un de l’autre). Par exemple, dans son essai Le Bruissement de la langue (1984), Roland Barthes souligne dans la pensée baroque (revendiquée par de nombreux auteurs gay) « la prévalence de la forme sur le fond ». Dans leur manifeste L’Anti-Œdipe (1973), les « théoriciens » Gilles Deleuze et Félix Guattari pensent « l’art comme un processus sans but, mais qui s’accomplit comme tel. » (p. 443) ; « C’est cela le style, ou plutôt l’absence de style, l’asyntaxie, l’agrammaticalité : moment où le langage ne se définit plus par ce qu’il dit, encore moins par ce qui le rend signifiant, mais par ce qui le fait couler, fluer et éclater – le désir. Car la littérature est tout à fait comme la schizophrénie : un processus et non un but, une production et non pas une expression. » (idem, pp. 158-159) En général, le geste artistique que ces « intellectuels » cautionnent n’est pas maîtrisé, prémédité. La seule chose calculée, c’est le fait justement que ce ne soit pas calculé ! (Belle hypocrisie !)

 

Afin de cacher le manque de contenu de leurs propos ou de leurs œuvres, ils emploient une technique discursive de diversion bien connue des auteurs contemporains narcissiques et dépressifs : le paradoxe, le métalangage, la mise en abyme (= le fameux « théâtre dans le théâtre » : du jamais vu…), l’intertextualité, l’écriture automatique des surréalistes sur le mode de l’inversion et de l’homophonie, toutes ces ficelles conceptuelles faciles qui plaisent aux idolâtres de « l’art pour l’art » ou du « doute pour le doute ».

 

Leur figure de style préférée est l’inversion (cf. je vous renvoie au code « Inversion » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), celle qui leur permet, selon eux, de bousculer tous les codes rigides de la bien-pensance, d’inventer des nouvelles théories ingénieuses, de placer la folie sur un pied d’égalité avec l’intelligence. L’ignorance serait triomphante : selon eux, l’Homme bête, « L’Artiste » va-nu-pieds, ou le Fou, transformé, selon leur mythologie pastorale, en Beatus Ille, en saurait plus que le savant. « La Solution intellectuelle est artistique ! » soutiennent les philosophes bobos.

 

Puisqu’ils sont bien en peine de justifier leurs écrits par un raisonnement logique qui se tient, ils vont se mettre à broder autour, à bavarder sur l’acte d’écriture et de création en général, sur les intentions de l’auteur (eux ? ah oui ! eux ! ils avaient presque oublié !) et les perceptions du récepteur. D’habitude, ils retournent le micro vers le public pour récolter ses impressions (ça comble les blancs, et en plus, c’est « participatif »)… « Et à présent voici ce que je vous propose pour le premier jour de travail (car vous allez travailler avec moi à la recherche du plaisir quand les crimes auront lieu, je ne vous propose qu’un plaisir tout à fait intellectuel, bien entendu). » (le narrateur homosexuel s’adressant à ses lecteurs, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 21) Toute cette mise en scène de débat soi-disant réflexif est imposée pour qu’on ne juge pas de la valeur et du sens de ce qui est dit. Les questions se figent en posture dramaturgique. Par exemple, dans le début de sa pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011), on est invité à écouter Jérémy Patinier « philosopher » ; les questions de l’intellectuel-artiste sont lancées, et attention, c’est du « jamais entendu » ! : « Qu’est-ce qu’être acteur ? Qu’est-ce qu’être public ? Où est la réalité de la fiction ? Le monde est-il un vaste théâtre, et la comédie plus réelle que le Réel même ? Et si on échangeait les rôles, que le comédien devenait le spectateur, et le spectateur le comédien ? » Le metteur en scène fait dire à ses personnages des questions hyper nouvelles et métaphysiques (bon, ok, masturbatoires) qui ne donnent aucune réponse claire et ne changeront pas la face du monde… mais c’est pas grave : ça fait joli et profond.

 

Beaucoup d’intellectuels homosexuels bobos prennent la posture du penseur artiste qui se réfléchit réfléchissant, dans un narcissisme échevelé. Le pire, c’est qu’ils se croient vraiment profonds, originaux, inventifs, révolutionnaires, intéressants, dans leur spontanéité théâtralisée. En réalité, il emmerde tout le monde, eux y compris. « Mal écrit surtout, et ennuyeux, pour ‘faire littéraire’. À de tels auteurs, la modernité a appris que la littérature n’avait rien à dire. Barthes leur a montré la ‘fatalité du signe littéraire, qui fait qu’un écrivain ne peut tracer un mot sans prendre la pose particulière du langage’. Il a appelé à une ‘écriture blanche’, ‘innocente’ par son ‘absence idéale de style’. » (Pierre Jourde, La Littérature sans estomac (2002), p. 189) ; « Les textes attaqués en deux principales espèces : parataxe voyante, minimalisme syntaxique, lexical et rhétorique (écriture blanche). Inversement, syntaxe complexe, métaphores flamboyantes, énumérations (écriture rouge). Ces deux manières a priori opposées, la blanche et la rouge, reviendraient plus ou moins au même. L’écriture blanche est un mélange de naturalisme et de romantisme dégradé au même titre que l’écriture rouge : du drapé, de la posture, de la déclamation, charriant des morceaux de réalisme. L’une cherche à se singulariser dans une affectation de détachement, l’autre dans le cabotinage. Dans les deux, le désir de la singularité pour elle-même engendre le poncif. À ces deux espèces de faux-semblants, on en a ajouté une troisième, plus récente. On pourrait la baptiser écriture écrue. […] Petits objets du quotidien, gens de peu, prose poétique, effets stylistiques discrets mais repérables. L’écriture écrue, elle aussi, part du principe de l’authenticité. Elle fait croire que son originalité tient à la modestie de ses objets. » (idem, pp. 38-39)

 

Les intellectuels homosexuels s’appesantissent en général sur les sens pour délaisser le Sens. Comme l’explique à juste raison Élisabeth Lévy dans son essai Les Maîtres Censeurs (2002), « cette idéologie dominante qui se pense libérée de toutes les idéologies ne peut triompher qu’au prix d’une abdication fondamentale qui conduit à faire prévaloir l’émotion sur la compréhension, la morale sur l’analyse, la vibration sur la théorie. » (p. 17)

 

Parfois, ils sortent des phrases qui ne veulent objectivement rien dire mais qui font « inspirées par l’au-delà », une dégoulinade verbale ininterrompue et sans goût : « Le rôle de l’art consiste à saisir le sens de l’époque et à puiser dans le spectacle de cette sécheresse pratique un antidote contre la beauté de l’inutile qui encourage le superflu. » (Jean Cocteau cité dans l’article « Le Journal de l’inconnu » de Gérard de Cortanze, sur le Magazine littéraire, n°423, septembre 2003, p. 54) Vous comprenez cette phrase, vous ? Moi, désolé, j’ai démissionné intellectuellement ;-).

 

Au final, on se rend compte que leur statut d’intellectuels est davantage un fantasme narcissique sans relief ou une posture esthétique qu’une réalité. Dans leur esprit, l’intelligence est supplantée et remplacée par la beauté plastique, par l’artifice. Ils réduisent la raison à une propriété privée, à un instrument de pouvoir et de séduction qui se conserve jalousement dans un coffre, qui ne se partage pas (… sauf avec une petite cour d’élus). En gros, ils n’ont rien compris, puisque la réelle intelligence ne se possède pas et ne s’expérimente qu’en partage (un partage chaste, distant, et désintéressé : je précise) !

 

Quand leur lyrisme le leur permet, ils atteignent le ridicule inconscient de la préciosité et de la coquetterie en utilisant des mots et des adjectifs plus parce qu’à leurs oreilles ils font joli (« jubilatoire », « lumineux », « frais », « baroque », « transgressif », « déroutant », et tout le lexique constructiviste queer) que parce qu’ils sont vraiment utiles à l’avancée des débats. C’est exactement le sentiment d’esbroufe qui me vient quand j’écoute ou je lis l’intellectualisme ronflant d’un Louis-Georges Tin. Ce dernier semble adorer les mots sociologiquement corrects (comme « étiologie », « épistémologique », « paradigme », etc.) : peut-être pense-t-il qu’ils lui donnent la légitimité de raconter par ailleurs des âneries et des anachronismes ahurissants.

 

Certains penseurs homosexuels adoptent le jargon snobinard bobo : ils se citent ou s’autocitent entre eux, aiment étaler les mêmes références culturelles (ce sont souvent Deleuze, Bourdieu, Derrida, Foucault, Proust, Fassin, Butler, Sedgwick, Beauvoir, qui reviennent) : « Proust est devenu en quelques années l’épine dorsale du corpus queer, la Bible du dogme gay, la réserve monétaire de la grande banque homo : aux yeux des queer critics, il est à Foucault ce que l’année de stage est à l’année de cours – l’indispensable praxis, l’éclairante mise en œuvre, à l’occasion desquels on apprend (et on jouit) tellement plus que dans les livres. » (François Cusset, Queer Critics (2002), p. 163) S’ils peuvent caser à l’occasion des mots exotiques, et surtout quelques phrases d’anglais, ils ne s’en privent pas (pour eux, l’anglais est la langue du romantismevintage chaviré : ça fait décontract’, moderne et « sans concession », en plus. Top bobo, quoi. Il y en a plein le blog « alternatif » de Minorités !).

 

Beaucoup d’intellectuels homosexuels font leur petite cuisine verbale en mélangeant des concepts scientifiques déjà existants avec d’autres beaucoup plus récents, pour créer des périphrases néologiques au goût incertain et à la scientificité très discutable. Par exemple, lors de sa conférence du 7 décembre 2011 sur « L’homoparentalité aux USA » à Sciences-Po Paris, le professeur en droit Darren Rosenblum propose de créer une « philosophie de genres ». Les tentations nominalistes sont légion dans le milieu associatif et culturel homo ! Certains penseurs LGBT voudraient notamment remplacer la réalité de la différence des sexes par l’expression insensée « la différence des genres ».

 

Sans crainte de basculer dans la philosophie de comptoir, une grande majorité de penseurs homosexuels déroulent des trésors de citations pour noyer leur argumentaire dans les exemples censés le servir… et surtout pour illustrer à leur insu qu’ils sont peu capables de penser par eux-mêmes. Par exemple, Mylène Farmer saupoudre ses chansons de quelques références « intellectuelles » (Egon Schiele, Goya, Sade, Edgar Allan Poe, etc.) prouvant qu’en plus d’être chanteuse, elle lit et elle en a là-dedans ; elle fait ainsi le bonheur de ses fans qui pensent qu’en identifiant des citations d’auteurs « peu commerciaux » (ce qui reste à prouver…) glanées çà et là, ils picorent de la Culture haut de gamme. On peut se cultiver tout en chantant et en se divertissant (et en niquant) ! Merci Mylène !

 

Les critiques qui n’ont pas le courage de dénoncer l’absence de message de la pensée en boîte déversée par la communauté homosexuelle ont tendance à focaliser l’attention plus de l’image scandaleuse que va engendrer l’œuvre de tel intellectuel que de l’œuvre en elle-même : « Ce n’est pas son œuvre qui faisait de Wilde un héros : c’était sa légende » dit-on du dandy britannique le plus connu de tous les temps, et célébré comme la crème de la crème des génies homosexuels (cf. le documentaire « Pierre Louÿs : 1870-1925 » (2000) de Pierre Dumayet et de Robert Bober) ; « On a essayé de suivre les méandres de l’œuvre de Copi et on a vite abandonné parce que c’est infaisable ! Tout est emmêlé, c’est métaphorique… » glose Rabeux sur le dramaturge Copi (cf. l’article « Copi conforme » de Jean-Michel Rabeux, dans le journal Les Inrockuptibles daté du 29 janvier 2002). Par exemple, l’essai Corydon (1905) d’André Gide semble avoir eu le succès de l’image, du scandale, mais n’a pas été jugé concrètement pour ce qu’il disait ; à propos de cet ouvrage, Guillermo de Torre affirme en 1956 que « Corydon n’est pas tant une œuvre absurde qu’une œuvre inutile » (cf. l’article « Anverso Y Reverso De André Gide », dans l’essai Metamórfosis De Proteo (1956) de Guillermo de Torre). Dans son émission Apostrophe du 20 mai 1983 sur la chaîne Antenne 2, Bernard Pivot dit combien le travail du peintre Salvador Dalí repose sur la fanfaronnade : « Dalí, c’est le fric, le scandale, l’esbroufe. » Dans un autre registre, l’écrivaine Christine Angot est davantage connue pour le scandale suscité par son roman autobiographique L’Inceste (1999), et l’étonnement qu’un livre pareil puisse se vendre comme des petits pains, que pour la qualité de ce qu’elle a écrit. Dans le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, l’excentrique Brüno (un mélange de Steevy et d’Afida Turner, mais à la sauce nord-américaine), affublé de la méritée réputation de « crétin sans talent », joue de son bagou – et par la même occasion de ses déhanchés de mannequin, de sa gueule et de son cul – pour faire illusion sur la bêtise de ses propos et la violence de ses happening.

 

La victoire du paraître sur l’être fait beaucoup de bruit et de sensation, mais tout le monde ne mord pas à l’hameçon. Dans ses articles très connus sur le camp, la philosophe nord-américaine Susan Sontag croque à souhait ce qu’on pourrait appeler la « prétention d’innocence » des artistes camp (homosexuels ou non, peu importe ; surnommés aujourd’hui « artistes des genres » ou « queer ») qui s’attribuent le label d’« intellectuels d’avant-garde » (sans que personne, pas même ceux qui sont censés évaluer leurs productions, ne leur résiste), et qui saturent leurs œuvres d’art de style et de forme pour nous faire oublier qu’elles proposent peu de sens : « Il existe, à mon sens, entre ‘style’ et ‘stylisation’ une différence du même ordre que celle qui distingue la volonté de la bonne volonté. » (idem, p. 64) ; « Mettre l’accent sur le style, c’est faire peu de cas du contenu, ou refuser tout engagement par rapport au contenu. Il va sans dire que le mode de sensibilité exprimé par le Camp est entièrement non-engagé et dépolitisé, ou, à tout le moins, apolitique. » (cf. l’article « Le Style Camp » (1968), p. 424) ; « De nombreux exemples de Camp sont, soit des œuvres ratées, soit des fumisteries. » (idem, pp. 426-427)

 
 

5 – L’importance du CUL-turel

 

INTELLECTUEL cul-turel

 

Comme beaucoup d’intellectuels homosexuels ont souhaité que la sensation prime sur la théorie, ils finissent par confondre intelligence et sentiments, ou raison et pulsion, ou encore culture et CULture, en privilégiant évidemment les secondes : cf. la série québécoise Le Cœur a ses raisons (2005-2007) de Marc Brunet (qui remporte un franc succès auprès du public gay), etc. Par exemple, le réalisateur homosexuel canadien Bruce LaBruce s’autoproclame « philosophe pornographique » (Didier Roth-Bettoni, L’Homosexualité au cinéma (2007), p. 430). Autre cas de figure de l’amalgame entre bite et cerveau : dans le film militant « Trannymals Go To Court » (2007) de Dylan Vade, ce sont les organes génitaux masculins (les « Trannymals ») qui pensent à la place des Hommes et des magistrats.

 

Beaucoup d’intellectuels homosexuels (« en herbe » ou « avec de la bouteille ») réactualisent, le plus sérieusement du monde, la fameuse formule mi-ironique mi-antinomique du tombeur à deux balles qui, pour valoriser l’individu qu’il cherche à séduire, va soutenir qu’il le trouve « physiquement intelligent ». Parmi eux, croyez-moi, il y a énormément d’écrivains qui vivent dans des manoirs ou des hôtels particuliers, qui montrent d’abord qu’ils manient parfaitement bien le latin, le grec et les Belles Lettres, pour ensuite s’autoriser à déblatérer/faire des cochonneries et à décider qu’exceptionnellement pour eux et leur clique d’amants, le « mauvais goût », le « trivial », et le sexuel, sera le nouveau « bon goût », la nouvelle « poésie asexuée », de « l’esprit » ! Il ne faut pas que nous perdions de vue (et pour cela, je vous renvoie à l’éclairant passage sur « les paradoxes du libertin » du code « Liaisons dangereuses » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) que les philosophes homosexuellement pratiquants incarnent tour à tour la célébration excessive de la génitalité et sa négation dans l’intellectualisme ou le volontarisme ascétique. Ils baisent avec leurs lunettes dans une main, un livre dans l’autre ! Ouf… Ça va mieux pour leur conscience ! Ils croient que leur savoir intellectuel les pardonne et les innocente d’être des serial baiseurs et de niquer à droite à gauche : « Mon Prix Nobel me couvre… » (cf. les propos d’André Gide se justifiant de s’accoquiner avec des mineurs dans les Jardins de Rome, cités par Marcel Jouhandeau à l’émission Apostrophe du 22 décembre 1978, sur la chaîne Antenne 2) Mais ils sont comme tout libertin : minables et triviaux quand ils passent à l’acte.

 

N’en déplaisent aux libertins homosexuels qui rêveraient de mettre davantage de poésie et de naïveté dans leurs ébats sexuels, l’intellectualisme homosexuel n’est souvent qu’un épate-amants, qu’une technique de drague pour passer à l’étape du pur cul. Par exemple, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), l’essayiste lesbienne Paula Dumont avoue qu’elle « ne recule devant aucune cuistrerie pour l’éblouir par sa culture » (p. 225) ses nouvelles recrues, et écrire des missives d’amour fleuve pour (re)pêcher ses amantes et les (re)mettre dans son lit.

 

Par ailleurs, j’ai passé 3 ans et demi à l’association homosexuelle chrétienne française David et Jonathan. Et à l’époque, il était question de rebaptiser les temps de rassemblement national – initialement appelés Journées Annuelles de Réflexion (les fameuses JAR) – en un terme moins rebutant et moins intello : les Journées Annuelles de Rencontre. Et le nouveau nom a été finalement adopté. Tout un symbole ! Nous sommes passés de la « réflexion » à l’action (action amoureuse et génitale dans les faits ; « militante » et « amicale » en vitrine). Exit l’intelligence ! (sur le papier, et malheureusement beaucoup dans les débats aussi…). Place à la rencontre, à l’amour spirituel, aux p’tits oiseaux, tout ça… (Bon, ok… : Place au cul !)

 
 

6 – Le pouvoir « intellectuel » de l’argent

 

En lien avec le prétexte de l’art, certains individus homosexuels pensent que la taille de leur portefeuille est proportionnelle à celle de leur cerveau. En d’autres termes, ils se persuadent que leur investissement dans le monde du paraître, des bonnes manières, de la mode, de l’argent, palliera à leur manque de savoir : pire, que la culture s’achète ! Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), le romancier homosexuel Berthrand Nguyen Matoko reproche à son entourage amical et amoureux homosexuel – qu’il appelle les « vautrés dans la culture » (p. 122) – d’avoir perverti l’intelligence et la culture, en en faisant un business juteux et un jeu de drague proche de la prostitution (il décrit notamment « ces hommes qui, à travers promenades et conversations érudites sur les pièces de théâtre, l’opéra, les musées ou les voyages, parlant le plus souvent deux à trois langues, vous font faire un marathon culturel en s’affirmant intellectuels et appartenant à une autre catégorie de gens. Entre eux et moi, l’argent s’imposait c’est vrai. Mais leurs convictions également. »). Cette croyance que l’argent fait la raison est très répandue chez les jeunes loups du « milieu intellectuel homo » actuel, dont les dents rayent le parquet des dance floor, des plateaux télé et des universités.

 
 

e) Non seulement parfois bêtes mais aussi parfois méchants :

 

Le plus effrayant chez ces faux penseurs homosexuels, c’est qu’ils ne se contentent pas de « penser mou » : ils veulent en plus empêcher les autres de penser ! Ils s’attaquent à la fois aux intellectuels de bas étage (qui leur ressemblent et qui ont le malheur de leur faire miroir !), mais aussi aux vrais intellectuels (à qui ils ressemblent peu), en cherchant à leur imposer l’idéologie du relativisme culturel, interdisant purement et simplement de « juger », de faire office de sa raison, bannissant tout discernement de type moral ou éthique, tout discours qui s’énoncerait en termes de bien ou de mal : « C’est parce que je suis philosophe que je ne me permets pas de juger. » (Jean-Jacques Rinieri cité dans l’autobiographie Parce que c’était lui (2005) de Roger Stéphane, p. 56) ; « Je déguisais mon inculture, mon ignorance des classiques, le fait que je n’avais quasiment rien lu de tout ce que les autres avaient lu à mon âge, en attitude hautaine et méprisante à leur égard, me moquant de leur conformisme : ils me traitaient de ‘snob’, ce qui, évidemment, me ravissait. Je m’inventai une culture, en même temps qu’une personnalité et un personnage. » (Didier Éribon racontant ses années universitaires, dans son autobiographie Retour à Reims (2010), p. 179)

 

Ils se démarquent en général de toute forme d’héritage et de tradition, se présentent comme autodidactes, et font du passé table rase. « Pour les ‘nouveaux philosophes’ et d’autres, tout se passe comme si l’exposition de leur rupture ou de leur rejet valait blanchissement. Le passé criminel n’est plus le leur. Ils battent leur coulpe, certes, mais sur la poitrine de leurs adversaires, avant de se déchaîner sur celle de leurs parents. » (Élisabeth Lévy, Les Maîtres Censeurs (2002), p. 23) Par exemple, dans son article « Nietzsche, la Généalogie, l’Histoire » (cité dans Dits et Écrits I, 1954-1988 (2001), p. 1021), Michel Foucault encourage à « faire de l’histoire une contre-mémoire ». Ses propos font un écho parfait à l’essayiste Jacques Henric, qui explique fort justement que dans l’esprit de ces penseurs, « la ‘contre-histoire’ est devenue ‘histoire’ ».

 

Bon nombre d’intellectuels homosexuels interprètent le passé à leur sauce, et s’en prennent à tous les représentants sociaux du savoir et de l’éducation. Ils leur reprochent de trop parler, d’être trop visibles et trop médiatiques, d’être excessivement brillants et orgueilleux, de trop « se la raconter » : « L’Intelligence, notre pire ennemi. » (Jean Cocteau dans le documentaire « Jean Cocteau, Autoportrait d’un inconnu » (2003) d’Edgardo Cozarinsky) ; « Je ne leur fais aucune confiance. C’est une race douteuse. Ils font de leur propre malaise des sujets à historiettes. » (le dramaturge argentin Copi, exprimant son avis sur les romanciers en général, dans l’article « Au Festival d’automne : Copi sur le ring » du journal Le Figaro, daté du 8 octobre 1983) ; « Je viens juste de me rappeler à quel point Tennessee [Williams] détestait coucher avec d’autres auteurs, ou avec des intellectuels tout court. ‘Je trouve très dérangeant de penser que la tête posée sur l’oreiller à côté de vous puisse penser, aussi’, dit l’Oiseau[surnom de Tennessee Williams]. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 350) ; « N’exigez pas de la politique qu’elle établisse les ‘droits’ de l’individu tels que la philosophie les as définis. » (Michel Foucault, « Préface » de L’Anti-Œdipe (1972-1973) de Gilles Deleuze et Félix Guattari) ; « Ce n’est pas le sommeil de la raison qui engendre des monstres, mais plutôt la rationnalité vigilante et insomniaque. » (Gilles Deleuze et Félix Guattari, idem, p. 133) ; etc.

 

Par exemple, le romancier homosexuel argentin Manuel Puig n’a jamais caché, de son vivant, sa détestation des universitaires, et surtout des universitaires nord-américains, détestation qui transparaît notamment dans son roman Maldición Eterna A Quien Lea Estas Páginas (1980). Il craignait notamment les analyses pertinentes de Susan Sontag sur le Camp : « C’est comme si j’en avais peur, ou peur de prendre conscience de certaines choses dont j’ai seulement l’intuition, ou peur de ne pas être d’accord et de sentir qu’elle tripote des choses que j’aime » dira-t-il à Emir Rodríguez Monegal, dans l’article « El Folletín Rescatado, Entrevista A Manuel Puig » (1972), sur la Revista De La Universidad De México, vol. XXVII, n°2, octobre 1975, pp. 25-35)

 

Certains s’improvisent théoriciens pour faire barrage aux théories universelles qu’ils présentent comme archaïques et poussiéreuses. Salvador Dalí, par exemple, élabore la théorie de la « paranoïa critique », qui consiste à lutter contre la recherche de sens ou de dialectique, en énonçant que toute interprétation intellectuelle, même si elle peut être cohérente et méthodique, est délirante. Lors de sa conférence en janvier 2012 au CGL de Paris à l’occasion de la sortie de son essai sociologique Délinquance juvénile et discrimination sexuelle, Sébastien Carpentier critique « le dogme de la différence des sexes » et désigne celle-ci, ainsi que le complexe d’Œdipe, comme des moteurs d’homophobie.

 

Les grands penseurs sont méprisés, à commencer par les grands philosophes du passé, tels que Platon, présenté comme un « vieux » sénile et poussiéreux (Daniel Borillo et Dominique Colas, L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005), p. 29). Beaucoup d’intellectuels solides et intègres d’aujourd’hui sont aussi mis à l’index, sur liste noire : Jean-Paul Sartre, Marguerite Duras, Jean-Pierre Winter, Alain Minc, Alain Soral, et tant d’autres. Par exemple, dans son essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010), Natacha Chetcuti jette aux lions un philosophe aussi brillant et doux qu’Alain Finkielkraut (p. 116) : pas assez féministe et gay friendly, peut-être… En août 2014, le jeune romancier homosexuel Eddy Bellegueule et les « philosophes » Geoffroy de Lagasnerie et Didier Éribon traînent en procès de sorcellerie « réactionnaire » le pourtant solide et intègre philosophe Marcel Gauchet en boycottant le rendez-vous des « rebelles » de Blois : c’est le LOL de l’été 2014. Et un sommet de connerie érudite.

 

Les intellectuels homos-bobos ont coutume de dédaigner un écrit ou une pensée originale et profonde en disant que c’est « trop intello » (« capillotracté », ils aiment bien !) ou « trop cliché »… quand en réalité ils n’osent pas admettre qu’ils ne comprennent pas ce qu’ils lisent… Ils partent en croisade iconoclaste contre les jugements ( = exercice de la pensée), contre ce qu’ils considèrent comme des irréalités monstrueuses rien qu’en les nommant « clichés » ou « stéréotypes » : « Les stéréotypes sont très vivaces, même s’ils ne s’expriment pas directement. […] Ils sont encore vivants. » (Florence Tamagne pendant la conférence-débat « L’Homosexualité, un genre à part ? » au Grand Auditorium de la Bibliothèque François Mitterrand, le 20 janvier 2009). Ils aiment se réfugier derrière la préciosité snobinarde de quelques expressions cassantes qu’ils rêvent inconnues du grand public et super efficaces : « logorrhée », « jauger », « poussif », « verbeux », « téléphoné », « putassier », « prétentieux », « mièvre », « bancal », « sans style », « cheap » (un terme anglais, of course !), « kafkaïen », et bien sûr, « éculé »… tant de mots qui reviennent dans leurs papiers journalistiques d’indignés-qui-contiennent-mal-leur-désarroi.

 

Pour la majorité des « intellectuels » homosexuels qui s’affairent à nier la souffrance humaine (à commencer par la leur !), l’intelligentsia des vrais intellectuels est à la fois Dieu sur Terre – puisqu’elle détient des savoirs qu’ils ne comprennent pas, qui les dépassent intellectuellement, mais qu’au moins ils devinent grands – et le diable incarné : comme elle possède de terrible pièces à conviction concernant les viols qu’ils ont/auraient subis, il n’est pas rare que les vrais savants deviennent les bêtes à abattre de la communauté homosexuelle.

 

Certains tentent un véritable putsch intellectuel ! Par exemple, dans son livre La Psychiatrie doit être faite et défaite par tous (1973), Roger Gentis exprime son souhait que les incultes s’emparent de la culture et la transforment aussi brillamment que les philosophes agréés et les intellectuels professionnels !

 

Comme la majorité des penseurs homosexuels n’ont ni l’écoute ni la douceur qui sied aux bons intellectuels, leur prise de la Bastille (ou plutôt de l’Académie des Lettres, en l’occurrence) s’apparente souvent à un terrorisme d’adolescents attardés. Par exemple, dans le documentaire « Act-Up – On ne tue pas que le temps » (1996) de Christian Poveda, Hervé Gaymard, l’ancien ministre français de la santé, dénonce chez la célèbre association activiste homosexuelle Act-Up les méthodes expéditives de ses « actions », et la qualifie de « totalitarisme intellectuel »… ce que confirment quelques-uns de ses membres : « Act-Up, c’est une société de nettoyage en quelque sorte. »

 

Certains cherchent même à museler leurs contradicteurs au nom de la lutte contre « l’homophobie » : « Légèreté, amusement, aristocratie du goût, intégration… Susan Sontag propose une vision parfaitement fantasmagorique de l’homosexualité en ces années 1960 : soit elle n’a jamais rencontré de gais et de lesbiennes, soit elle ne les a pas écouté-e-s, encore moins compris-es, soit elle passe volontairement sous silence l’homophobie profonde de la société américaine, qui organise une discrimination systématique à tous les niveaux. Susan Sontag s’approprie la parole des homosexuel-le-s en réécrivant leur histoire débarrassée de toute dimension politique. […] Il pèse sur Notes on Camp un soupçon d’opportunisme : les catégories de sexe y sont naturalisées dans leur ordonnance hiérarchisée selon la domination masculine. Les hommes créent ou jouent ; les femmes sont la plupart du temps en situation d’objets ; elles se contentent d’être belles. Il est fort ironique (et donc camp selon les canons de Susan Sontag) que ce soit une femme qui se charge de réaffirmer l’hétéronorme et la domination masculine, encore qu’à la réflexion le sexisme n’est jamais bien loin de l’homophobie ; l’auteure est prise à son propre piège. […] Cet article n’est finalement d’aucune utilité à la compréhension du camp. » (Jean-Yves Le Talec, Folles de France (2008), pp. 98-100) ; « Les plus radicaux ne se cachent pas d’avoir une conception très extensive de la pénalisation de l’homophobie, et ne se gênent pas pour écrire qu’elle ‘ne doit pas se limiter aux seules insultes ou violences, mais doit être élargie à l’homophobie discursive de certain(e)s intellectuel(s) supposé(e)s bien-pensant(s).’ Il s’agit donc bien d’une loi des suspects destinée à interdire toute expression jugée non correcte et même à bâillonner tout contradicteur potentiel, si possible avant même qu’il se soit manifesté, fût-ce de manière discursive. » (Philippe Muray, Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005), p. 127)

 

Et puis au moment de deviner que « les méchants homophobes », c’est un peu eux-mêmes, et pas tellement les intellects non-homosexuels qui essaient de leur expliquer les ambiguïtés de la haine de soi, les « philosophes » homosexuels ont juste envie d’hurler leur mère !!! Mais ça leur passera ;-). Rien n’est dramatique… excepté l’ignorance.

 

INTELLECTUEL 6

 
 

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Code n°67 – Faux révolutionnaires (sous-codes : Révolution trahie / Rebelle / L’homo combatif face à l’homo lâche / Anti)

faux rév

Faux révolutionnaires

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

« Je veux faire comme tout le monde, mais à l’envers. » (cf. la chanson « Chemins de croix » du groupe Niagara)

 

Film "Pecadillo" de Royston Tan

Film « Pecadillo » de Royston Tan


 

La révolution homosexuelle n’a pas eu lieu et n’aura pas lieu. Je préfère vous prévenir. Les trois seules révolutions sexuelles – dignes de ce nom – que je connaisse, c’est le jour de la création de la différence des sexes aimante, le jour de la naissance de chacun de nous, et l’existence de Jésus-Christ. Le reste – dont la révolution homosexuelle, qui repose sur une pulsion et un fantasme, je le rappelle – , ce sont des révolutions de bazar, des modes éphémères, des châteaux de cartes, des fascismes ambulants qui se donnent des airs de Mère Teresa. Des chimères.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Faux intellectuels », « Artiste raté », « Défense du tyran », « Homosexuels psychorigides », « Entre-deux-guerres », « Patrons de l’audiovisuel », « Milieu homosexuel paradisiaque », « Mère gay friendly », « Duo totalitaire lesbienne/gay », « Se prendre pour Dieu », « Bobo », « L’homosexuel riche / L’homosexuel pauvre », « Homosexuel homophobe », « Doubles schizophréniques », « Parodies de mômes », à la partie « Je suis un traître » du code « Homosexualité noire et glorieuse », à la partie « Aventurier » du code « Super-héros », à la partie « Le Bien par le mal » du code « Se prendre pour le diable », et au code « Inversion », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

PETIT « CONDENSÉ »

 

Le fantasme de Révolution chez les personnes homosexuelles

1- La révolution souriante

 

Film "Nés en 68" d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Film « Nés en 68 » d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau


 

Pour partir en croisade contre leurs ennemis (et surtout contre eux-mêmes !), bon nombre d’individus homosexuels décident de mener une révolution monumentale. Celle-ci va prendre deux principaux visages : une face euphorique, une autre agressive.

 

"Kissing" de Marseille, à l'automne 2012 à Marseille, par deux lycéennes

« Kissing » de Marseille, à l’automne 2012, par deux lycéennes « hétéros »


 

À l’époque de la Guerre froide, se déclarer à la fois révolutionnaire et homosexuel était chose difficilement possible et conseillée. À présent, les media ont réalisé le « rêve » de beaucoup de personnes homosexuelles : l’association des deux termes est devenue quasi obligatoire. Sur nos écrans de télévision et dans la presse, les critiques lèguent souvent aux sujets homosexuels des réputations d’anti-conformistes extraordinaires, de rebelles aux idées osées et à l’humour irrespectueux, d’intellectuels très engagés et ridiculisant les lieux communs du progressisme démocratique. Et le pire, c’est que beaucoup d’entre eux ont fini par croire en leur notoriété. « Moi je suis toujours pour changer les codes, quels qu’ils soient. Je suis contre toutes les institutions bourgeoises, quelles qu’elles soient. Vous savez, je suis né révolutionnaire, je mourrai probablement comme ça. J’ai un peu tété le lait de l’anarchie dans ma jeunesse. J’ai pas cessé de le faire. Je suis contre les discriminations. » (Pierre Bergé, actuel PDG de la revue Têtu, ami de François Mitterrand, et créateur de Yves Saint-Laurent, interviewé dans l’émission Culture et Dépendances sur la chaîne France 3 le 9 juin 2004). Maintenant, ils sont relativement nombreux à se dire ouvertement révolutionnaires. Mieux encore : ils affirment qu’« il y a de fortes chances pour qu’un homosexuel soit parmi les plus révolutionnaires des révolutionnaires » (H. P. Newton, ministre de la défense du Black Panther Party, cité dans l’essai Le Désir homosexuel (1972) de Guy Hocquenghem, p. 173).

 

La communauté homosexuelle magnifie le parcours de ses membres. Selon elle, tous les artistes homosexuels célèbres auraient fait « de brillantes études » (Michel Larivière, Dictionnaire des Homosexuels et Bisexuels célèbres (1997), p. 343), eu une « jeunesse éclatante » (cf. l’article « Oscar Wilde » de Jean-Philippe Renouard, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2001) de Didier Éribon, p. 501), et été de preux défenseurs de la démocratie. Elle tresse des couronnes et dresse des listes de personnalités admises au panthéon homosexuel dans des dictionnaires. Elle fait inlassablement les fonds de tiroirs pour trouver ses figures emblématiques dans l’Histoire humaine et reconstituer une Grande Famille homosexuelle. Mais, face à la noirceur de certaines œuvres artistiques ou vies, elle a de quoi s’arracher les cheveux ! « Comment trouver une image positive de l’homosexualité chez des artistes qui n’ont présenté que l’angoisse, la violence, la destruction, le désespoir, la peur ? » (cf. l’article « Francis Bacon » d’Élisabeth Lebovici, op. cit., p. 53) La recherche de l’héroïsme homosexuel n’est pas si évidente que cela… et pour cause : je crois que d’une part, le désir homosexuel pousse davantage les êtres humains à la bassesse qu’à la grandeur, et d’autre part, que « l’homosexuel » n’existe pas. C’est ce qui explique que les historiens gay partent à la chasse aux Grands Hommes « homosexuels » de la Seconde Guerre mondiale non sans une certaine inquiétude : « N’aurions-nous donc, pour cette période terrifiante de l’histoire, que des héros ‘négatifs’ ? » (Jean Le Bitoux, Les Oubliés de la mémoire (2002), p. 225) Ils nous présentent l’excuse de la rareté des témoignages et de l’absence de descendance chez les personnalités homosexuelles de l’époque pour attester de leurs exploits présumés. Par conséquent, ils ne peuvent que supposer des héroïsmes. « On peut formuler l’hypothèse que dans les maquis se trouvent aussi des jeunes dont l’orientation homosexuelle aura hâté l’entrée en clandestinité. […] Si la Résistance favorise l’émancipation de certaines jeunes femmes, on peut supposer que c’est aussi le cas pour certains homosexuels. » (cf. l’article « Résistance » de Corinne Bouchoux, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2001) de Didier Éribon, p. 403)

 

Personnellement, j’estime qu’il n’est pas nécessaire de se lancer dans des fouilles pseudo historiques pour prouver qu’il a existé par le passé, non pas « des homosexuels » ni des « personnes homosexuelles », mais des Hommes remarquables (… habités par un désir homosexuel plus ou moins durablement inscrit en eux). En revanche, la recherche désespérée des révolutionnaires visant à prouver par a + b que « les homos » n’étaient vraiment pas du côté des « salauds de fascistes » signale un fait très important : que certaines personnes homosexuelles sont les dernières à devoir encore s’en persuader, aux côtés de la poignée d’indécrottables personnes homophobes. À vouloir fuir à tout prix l’image stigmatisante du « héros homosexuel négatif », elles la justifient bien souvent dans une entreprise de béatification ratée.

 

Certains réalisateurs annoncent des lendemains chantants pour la communauté homosexuelle. Ils croient en une révolution homosexuelle grandiose, exprimée par leurs personnages de fiction. « Après la Révolution, on trouvera toutes le Grand Amour ! » exulte Karen dans le film « Sex Revelations » (1996) de Martha Coolidge. Au niveau associatif, les militants homosexuels présentent souvent la politique comme un champ de bataille « merveilleux » pour leurs victoires législatives futures. Leur principal slogan révolutionnaire repose sur l’idée de progrès. À leurs yeux, tout ce qui rompt avec la tradition est forcément juste et transcendant. Par leur utilisation de l’expression « jouir de ses droits », ils sous-entendent que l’obtention, même infime, de « droits pour les homosexuels » serait absolument géniale, même si, une fois exaucés, ils reportent leurs Everest ailleurs pour au final les bouder tous.

 

FAUX REV Pacs

 

Certains intellectuels homosexuels se plaisent à présenter la communauté homosexuelle comme un mouvement identitaire puissant, une famille ultra-soudée (cf. je vous renvoie au code « Milieu homosexuel paradisiaque » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Lassés des productions artistiques au message sinistre qu’ils avaient jadis construites eux-mêmes, ils créent sur papier ou sur pellicule des épopées extraordinaires où tout le monde rigole et applaudit, où les happy end parachèvent l’utopie, où l’homosexualité a forcément le dernier mot. Ils essaient de faire de la révolte de Stonewall une nouvelle prise de la Bastille, le déclenchement d’une révolution homosexuelle prometteuse. Quant aux personnes homosexuelles moins lettrées, elles ont tendance à se persuader qu’elles ne sont elles-mêmes et heureuses qu’entre les quatre murs du « milieu homosexuel ». Ceci est dû en général à l’influence de certains films visant à démontrer que la camaraderie homosexuelle est là à tout instant, que « les homos » sont d’infatigables fêtards, une bande de copains inséparables et toujours prêts à s’épauler dans l’épreuve.

 

Mais la première phrase de Dennis dans le film « Le Club des cœurs brisés » (2000) de Greg Barlanti vient nous ramener les pieds sur terre : « Je ne peux pas me décider à savoir si mes amis sont la meilleure ou la pire chose qui me soit arrivée. » Dans la réalité concrète, nous découvrons que la révolution homosexuelle n’est souvent qu’un joli concept romantique sorti des cerveaux des universitaires queer. Beaucoup de personnes homosexuelles n’aiment pas le collectif : c’est dommage, mais c’est souvent un fait. Les réunir autour de lieux-symboles, d’événements fédérateurs, de personnages emblématiques, de bars, d’associations, a souvent été particulièrement ardu. La majorité des militants associatifs vous le confirmeront, surtout les soirs ingrats de Gay Pride où, exténués, ils se forcent à sourire en disant que « ça a été une fois de plus un succès » alors que la joie est loin d’être dans tous les cœurs. La communauté homosexuelle constitue une famille turbulente dont la cohésion est bien plus une utopie sucrée marketing qu’une réalité. Si les personnes homosexuelles se retrouvent dans le « milieu », ce n’est pas vraiment par choix ni par engagement : elles viennent surtout consommer, trouver chaussure à leur pied, ou bien dans une logique d’adversité plus que d’unité. Même pour l’habitué des établissements gay friendly, l’entourage d’orientation sexuelle ne constituera jamais vraiment une seconde famille.

 

Le chanteur Emmanuel Moire pose un grand Acte de Solidarité contre l'homophobie (... dans son palais doré)

Le chanteur Emmanuel Moire pose un grand Acte de Solidarité contre l’homophobie (… dans son palais doré)


 

Quand les personnes homosexuelles utilisent le terme « révolution », il est en général plus à entendre dans le sens publicitaire de « mode » que d’un point de vue concret. Elles confondent la révolution avec la rébellion, avec l’image artistique qu’elles s’en sont faites. Chez elles, tout devient révolutionnaire à partir du moment où l’image violente ou déréalisante prévaut sur la Réalité. Le traitement du thème révolutionnaire sert presque uniquement de prétexte à filmer le corps musclé de l’homme prolétaire et ne relève pas d’une démarche clairement politique. La préoccupation des personnes homosexuelles pour la révolution est d’abord esthétique. En effet, pour elles, décrire avec passion les actions qu’elles voient, cela revient à les poser réellement. Elles s’imaginent qu’elles changeront le monde à coup de conditionnels, de synesthésies, et de larmes. « J’aimais d’instinct ce monde de la mer, ces hommes qui ne vivaient qu’auprès de la mer, des bateaux. Je voulais de tout mon cœur appartenir à ce monde-là, être en compagnie de ces hommes. Je pressentais que je saurais amarrer les bateaux, répondre à des ordres qu’on gueule, avoir ce visage buriné, ces rides ensoleillées, ces vêtements usés. Les premiers rêves de mon enfance ont été des rêves de marins. […] Je ne suis pas devenu marin. » (Philippe Besson, Son frère (2001), pp. 29-32) Elles préfèrent l’aventurier littéraire et libertin à l’aventurier réel. D’ailleurs, dans les œuvres homosexuelles, le personnage homosexuel est souvent associé à l’esthète bourgeois oisif, mis en opposition avec l’homme d’action communiste, son autre pendant homo-érotique. Dans les deux cas, nous retrouvons les deux visages d’une même révolution désincarnée (Je vous engage à lire mon livre Homosexualité sociale, publié aux éditions l’Harmattan en 2008, et dans lequel j’explicite le concept de révolution autour du pardon, le plus grand acte révolutionnaire qui soit ; ainsi que le code « Bobo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 
 

2 – Le mirage cynique de la révolution inversante

 

Film "The Raspberry Reich" de Bruce LaBruce

Film « The Raspberry Reich » de Bruce LaBruce


 

Quand la révolution que les sujets homosexuels défendent adopte un sourire qui n’est pas de circonstance, puisqu’il dissimule énormément de drames vécus au sein du « milieu homosexuel » et dans le vécu individuel de ses habitants, elle apparaît dans toute son horreur. Les talk show télévisés actuels, promettant un bonheur parfait aux personnes homosexuelles, correspondent rarement à la réalité, et causent bien des dégâts dans la vie des intervenants gay qui, par narcissisme ou inconscience, ont déballé leur « joie d’être homos/malheur d’être rejetés en tant qu’homos » devant les caméras (il finissent pour la plupart en dépression, abandonnés par leurs amis, séparés de leur compagnon de l’époque, démolis par leur(s) tentative(s) de suicide, etc.). La révolution festive homosexuelle a son cynisme et sa violence. Avant de les lâcher sur la place publique, la communauté homosexuelle dorlote ses porte-drapeaux, les décore, les épile, leur oxygène les cheveux, les place sur un char, leur ordonne d’être reconnaissants et d’arborer un visage de fierté afin de lui faire honneur. Les moins fragiles d’entre eux, ravis d’occuper pendant un quart d’heure le haut de l’affiche et de défendre une utopie collective, deviennent souvent des militants « agressivement heureux d’être gay ». C’est une manière comme une autre pour eux de se venger de leur propre naïveté.

 

Le "kissing" public homo = paradoxal geste d' "amour" agressif et militant

Le « kissing » public homo = paradoxal geste d’ « amour » agressif et militant


 
 

Aux yeux de beaucoup de personnes homosexuelles, la révolution est telle qu’on la leur a montrée dans les spots publicitaires : elle se réduit au silence du poète visionnaire incompris, à la rébellion, à l’anarchisme, au scandale, à la provocation, à l’anticonformisme, à l’irrespect des figures d’autorité, en somme, à tout ce que n’est pas la vraie révolution. La plupart des sujets homosexuels rentrent docilement dans l’archétype du bad boy qui n’existe que parce qu’il dit le « non » de l’enfant de trois ans à sa société. Dans le style faux révolutionnaire homosexuel, nous pouvons rencontrer par exemple le picaresque Oliver Twist du XIXe siècle (cf. le vidéo-clip de la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer), le rebelle underground de la Beat Generation, le loser belle-gueule du rêve américain, le hippie bisexuel Flower Power, le chanteur insolent de la vulgarité punk des années 1980-1990, l’artiste cocaïnomane et pornocrate de la Movida espagnole, l’écrivain cynique voyant dans le retrait social une démarche ultra-subversive, le journaliste barbu homo « anti-milieu » écrivant de temps en temps aux Inrock ou dans Minorités, etc. La révolution dont les intellectuels homosexuels parlent est prioritairement destruction. Guidés par la croyance manichéenne au mythe de la suppression totale du mal, il s’agit pour eux « de rayer, d’effacer l’infamie » (Pierre Bergé dans l’émission Culture et Dépendances, op. cit.) que la communauté homosexuelle aurait subie. L’utopie de l’éradication totale du mal, typique de la dialectique de la conquête chez les idéologies totalitaires, revient souvent dans leur argumentaire.

 

Étant donné que le mal dont ils découvrent que l’Homme est porteur ne peut être détruit par leurs propres efforts, beaucoup d’individus homosexuels vont faire semblant de renoncer à son extermination en proposant une version résignée, mais non moins orgueilleuse, de celle-ci : l’inversion (cf. je vous renvoie au code « Inversion » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Ce mot, qui définissait déjà les personnes homosexuelles du début du XXe siècle (on les appelait les « invertis »), remplace actuellement dans les discours celui de révolution : « les homosexuels » (et maintenant « les amoureux » tout court) seraient cette race d’Hommes dont le désir soi-disant révolutionnaire transformerait toute chose. Avec lui, « les choses se prennent à l’envers, par le revers. » (Néstor Perlongher, « La Fuerza del Carnavalismo » (1988), dans le recueil Prosa plebeya (1997), pp. 59-61). L’inversion s’exerce prioritairement sur la sexuation : le révolutionnaire par excellence est l’homme efféminé, le garçon manqué (cf. le dessin animé « Lady Oscar »), ou bien le transgenre/transsexuel. L’inversion carnavalesque homosexuelle consiste en une juxtaposition fusionnelle et imprévisible du féminin et du masculin, du bas et du haut, de ce qui est méprisé et de ce qui est consacré, ou bien en un retour de carte donnant l’illusion du changement de carte ou de la suppression de celle-ci. Beaucoup d’individus homosexuels s’imaginent qu’ils peuvent avoir leur supposé ennemi avec ses armes, en rentrant dans son jeu et en se jouant de lui par la technique de la contrefaçon inversante. Mais dans les faits, leur inversion n’est qu’un pastiche de révolution, qu’un échange de déguisements entre victime et bourreau fictionnels (Pensez par exemple au retournement du fouet de la sentence dans le vidéo-clip de la chanson « Pourvu qu’elles soient douces » de Mylène Farmer, fortement chargé esthétiquement), et non un changement concret d’identités et de réalités. Leur « retournement stratégique » (Michel Foucault, « Non au Sexe Roi », dans Dits et Écrits II (2001), p. 261) n’est pas si « stratégique » qu’ils le disent, puisqu’il est davantage esthétique que réel. En croyant échapper au totalitarisme par l’inversion, beaucoup de personnes homosexuelles ne font qu’imiter ce qu’elles prétendent évincer puisqu’elles auront amorcé leur réaction d’opposition en négatif de la réaction première ou supposée des autres. Dans leur cas, au lieu de « révolution », je parlerais plutôt de copiage inconscient, car excessivement motivé par l’intention de fuir l’objet d’aliénation, fruit la plupart du temps de leurs propres fantasmes. Par exemple, puisque pour certaines, l’interdiction est en soi mauvaise, inversement, elles vont soutenir que tout ce qui est interdit est juste, ou bien qu’il est interdit d’interdire. « Il est bon d’être sale et barbu, de porter des cheveux longs, de ressembler à une fille lorsqu’on est un garçon (et vice versa). Il faut mettre ‘en jeu’, exhiber, transformer et renverser les systèmes qui nous ordonnent paisiblement. » (idem, p. 1061) Mais elles restent ainsi à leur proie tout entières attachées. L’anti-conformisme est souvent un conformisme qui s’ignore, étant donné qu’il se focalise davantage sur sa volonté sincère de détruire que sur l’acte de destruction. Les idéologies de « l’Anti » (l’anti-hétérosexualité, l’anti-homophobie, l’anti-fascisme, etc.), dont la communauté homosexuelle est friande, sont généralement celles de l’idolâtrie, du mimétisme spéculaire dont parle si souvent René Girard. C’est pourquoi la dictature « mol-pensante » (Alain Minc, Épîtres à nos nouveaux Maîtres (2002), p. 98) homosexuelle rejoint souvent la dictature bien-pensante tant haïe, comme l’illustre le révolutionnaire communiste homosexuel Valentín dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig : « Je… parle beaucoup mais… mais au fond ce qui… continue de me plaire, c’est que… je suis pareil à tous ces fils de pute de réactionnaires qui ont tué mon camarade. Je suis comme eux, tout pareil. » (p. 142)

 
 

3 – La Révolution ratée

 

FAUX REV Spirit of 69

 

Trahies par le surplus de confiance qu’elles font à leurs intentions anti-totalitaristes, beaucoup de personnes homosexuelles découvrent parfois avec effroi qu’elles imitent inconsciemment leurs ennemis – intellectuels, scientifiques, religieux, sociaux, et bourgeois – en cherchant à les fuir pour mieux les déifier. Sans réellement réaliser pourquoi leur désir homosexuel trompe leurs utopies politiques, elles traitent avec grand cynisme des faux révolutionnaires et des révolutions trahies. Elles se demandent parfois comment elles en sont arrivées à intérioriser l’opprobre qu’elles ont/auraient subi, par quel mystère elles ont pu confondre la révolution avec la dictature – notamment celle de gauche : le castrisme, le stalinisme, le maoïsme, le socialisme –, et à se soumettre aux modèles sociaux qu’elles prétendaient combattre de tout leur cœur (cf. Wilhem Reich, La Fonction de l’orgasme, 1970). « Comment expliquer que le désir se livre à des opérations qui ne sont pas des méconnaissances, mais des investissements inconscients parfaitement réactionnaires ? » (Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe (1972-1973), p. 306) La réponse est simple : comme l’enfer est pavé de bonnes intentions, c’est-à-dire d’une sincérité non suivie des actes, et que le désir homosexuel pratiqué éjecte le socle du Réel qu’est la différence des sexes, il arrive qu’une idéologie révolutionnaire pétrie de jolies valeurs et d’idéaux humanistes comme l’est l’idéologie pro-droits-homos bascule très vite dans le totalitarisme, car elle ne se voit plus agir, vu qu’elle passe son temps à se regarder aimer, ressentir, sans tenir compte du Réel.

 
 

GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 
 

a) On annonce le personnage homosexuel comme un grand « révolutionnaire » :

Très souvent les fictions traitant d’homosexualité aborde le thème de la révolution : la pièce La Revolución (1972) d’Isaac Chocrón, le film « Shôjo Kakumei Utena : Adolescence Mokushiroku » (« Utena, la Fillette révolutionnaire », 1999) de Kunihiro Ikuhara, le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, la chanson « Réveiller le Monde » de Mylène Farmer, la chanson « Réévolution » d’Étienne Daho, la chanson « Ma Révolution » de Jenifer, le spectacle « Révolution » (2013) de Rebeka Brown, le film « Good Morning England » (2009) de Richard Curtis (avec l’équipe très queer de Radio Rock), la chanson « Ma Révolution » de Cassandre, le roman Quand nous étions révolutionnaires (2013) de Roberto Ampuero, etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

On nous annonce les personnages homosexuels comme la fine fleur de la modernité. « Un homme vint me serrer la patte, me félicitant pour mon éloquence et une vieille hippie se mit à chanter s’accompagnant d’une guitare quelques mélopées afro-indiennes. » (Gouri, le rat homosexuel, dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 104) ; « C’est nous qui lançons la mode. Nous, les blacks et les gays. » (Maria, la prostituée, s’adressant à Jane, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 165) ; etc. Par exemple, dans la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim, la chanson « Comme ils disent » de Charles Aznavour est présentée comme une œuvre « vraiment engagée ». Dans le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa, on fait passer Steven pour un héros-martyr. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, tout un amphi d’université finit par avoir le courage de se lever pour défendre Howard, le prof homosexuel bafoué, et pour dire qu’il « est gay » (une sorte de parodie sincère du fameux « Ô Capitaine mon Capitaine ! » du « Cercle des Poètes disparus »). Et le film postiche « Servir et protéger », traitant d’une intrigue homosexuelle, reçoit une pluie d’Oscars à Hollywood. Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Alan Turing, le mathématicien homosexuel insupportable et misanthrope, est présenté comme un génie (« un prodige des mathématiques ») qui aurait sauvé 14 millions de vies pendant la Seconde Guerre mondiale parce qu’il aurait cassé à lui seul Enigma, un programme de guerre nazi. Il serait parvenu à déchiffrer l’Indéchiffrable. Il aurait fait reculer la Guerre de deux ans.

 

Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Otis le héros hétéro va voir la comédie musicale Hedwig and the Angry Inch et offre une place à Éric son meilleur ami gay pour son anniversaire (c.f. épisode 5 de la saison 1) : ils s’y rendent tous les deux travestis en femmes. Otis célèbre ce navet théâtral et cinématographique comme « une véritable icône dans la communauté LGBTQI », et son amie Ola dit qu’« elle adore ce film ». Plus tard, Éric est applaudi par son propre père homophobe comme un héros (c.f. épisode 7 de la saison 1). Que fait-il ? Aide-t-il les autres ? Sauve-t-il des vies ? Pas du tout : il ose juste se déguiser publiquement en femme dans son lycée et affronter le regard des autres : « C’est le courage de mon fils qui me donne des leçons. »
 

Tout le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus associe lutte ouvrière et lutte gay, ou bien communauté « hétéro » et communauté LGBT, comme si le fait d’avoir fait fusionner les mondes que tout séparerait relevait du miracle : « On écrit l’histoire. Gays et hétéros ensemble ! » (Dai, le père de famille gay friendly) Dans ce film démagogique et anachronique, les membres gays friendly du village de mineurs gallois qu’un groupe de militants LGBT a aidé, tressent des couronnes à leurs compagnons homos (tels que Joe, par exemple) : « Tout un village gallois pense que Joe est un héros. » (Sian, la villageoise universitaire s’adressant à la mère homophobe de Joe)

 

Dans le docu-fiction « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, on nous présente les militants homos d’Act-Up comme de courageux révolutionnaires qui font éruption dans les soirées cocktail bourgeoises, pour bousculer l’ordre établi. Le réalisateur entend nous prouver que le sexe serait révolutionnaire, ou bien encore la violence et la colère… Les scènes de sexe entre Thibault et Nathan se juxtaposent à l’happening du cocktail.
 

Le héros homosexuel s’annonce aussi lui-même comme un révolutionnaire. « ¡Viva la Revolución ! » (Zamba, le travesti M to F du film « 30° couleur » (2012) de Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue) ; « Je voudrais une Révolution. » (cf. la chanson « Bastille Day » des Valentins) ; « Mon vieux hippie, je vous adore toujours ! » (L. s’adressant à Hugh, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Mon Cachafaz, mon doux trésor, faisons la révolution ! » (Raulito parlant à son amant Cachafaz, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Finalement, on a réussi. » (Citron s’adressant à Radmilo pendant dans première Gay Pride à Belgrade en 2010, dans le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic) ; « Elia Kazan est un génie. » (Roger dans la biopic « Life » (2015) d’Anton Corbijn) ; etc.

 

Par exemple, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012), Samuel Laroque compare la première Gay Pride à la Révolution Française de 1789. Dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, l’objectif premier de Sheila est de « propager la Révolution ». Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, l’oisiveté et le cloisonnement des héros « hétéros et homosexuels de salons » s’opèrent dans un climat brûlant de révolte sociale et de grèves alentours… et pourtant, ils ont l’impression que ce sont eux les vrais révolutionnaires : « Tu n’imagines pas, c’est le monde à l’envers. La vraie révolution, c’est ici qu’elle a lieu. » (Amande, p. 420) Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi, le héros bisexuel, porte un sweat du Che Guevara, se dit attiré par le bouddhisme et les philosophies orientales. Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, Virginia Woolf écrit en 1929 une autobiographie, Orlando, qu’elle présente comme « une Révolution ».

 

Les protagonistes homosexuels s’expriment souvent à coup de slogans (identitaristes ou sentimentalistes) publicitaires, centrés sur la « réalisation de soi par soi-même » ou sur l’opposition de principe : « Moi, je dis que le vrai défi, c’est d’être soi-même ici et maintenant. » (Vincent, le héros homosexuel du téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve) ; « Place à la Révolution sexuelle ! » (la Mère maquerelle et patronne du club échangiste, dans le film « Plus on est de fous », « Donde caben dos » (2021) de Paco Caballero) ; etc.

 

Jenifer, la nana qui défend l'amour alors qu'elle ne croit pas en l'Amour...

Jenifer, la nana qui défend l’amour alors qu’elle ne croit pas en l’Amour (cf. photo d’Olivier Ciappa)


 

C’est la raison pour laquelle ils ont tendance à prendre pour modèle d’action « révolutionnaire » et d’affirmation de soi la femme féministe indépendante, qui veut s’affranchir de son sexe, qui est « mère toute seule », qui a un désir machiste, qui est parfois lesbienne : « Jane Randolph a 24 ans. Elle a toujours été révolutionnaire. Elle est pour la révolution sexuelle. Elle est d’une famille bourgeoise ; des gens pas très riches, mais tu sais, à l’aise. Toute son enfance et sa jeunesse, elle a souffert de voir ses parents se détruire mutuellement. Avec son père qui trompait sa mère, tu vois ce que je veux dire… Et la mère passait son temps à le critiquer devant sa fille, elle passait son temps à se poser en victime. […] Elle a été élevée pour faire une femme d’intérieur. Leçons de piano, de français, de dessin ; et à la fin du lycée, université catholique. […] Là, elle a connu un garçon, ils sont tombés amoureux et ils ont eu une liaison. […] Et le garçon voulait se marier. Mais Jane ne voulait retomber dans aucun vieux schéma, elle se méfiait. Elle s’est fait avorter une fois. Cela l’a affermie davantage, au lieu de la déprimer. Elle a vu clairement que si elle avait un enfant, cela l’empêcherait de mûrir, d’évoluer. Sa liberté resterait limitée. » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, pp. 47-49) ; « Je suis complètement indépendante et je fais l’inverse de ce qu’on me dit de faire. Vivo al revés. Je vis à l’envers. » (Alba, l’héroïne lesbienne de la pièce Se Dice De Mí (2010) de Stéphan Druet) ; « Les voisines disaient qu’elle était devenue un homme. Elles avaient raison. Ma mère faisait sa révolution. Elle se libérait. Retrouvait sa jeunesse. Et pour cela, elle avait besoin de détruire notre monde, le centre de notre monde : mon père. » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, pp. 34-35) ; « Max, pour combien t’es juif, résistant, homosexuel et communiste ? » (Léon dans le le film « La Folle Histoire de Max et Léon » (2016) de Jonathan Barré) ; etc. Cette femme se propose en général de reproduire le péché d’Ève : celui de « vouloir un enfant toute seule », ou bien d’être vierge sans être mère. « Je deviens mère mais je reste une femme libre. » (Isabelle, la mère-porteuse-prostituée de la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade)

 
 

b) Le personnage homosexuel est un rebelle, joue les durs :

Vidéo-clip de la chanson "Désenchantée" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer


 

Vestimentairement et au niveau des attitudes, certains personnages homosexuels rentrent dans la peau de l’image stéréotypée du « rebelle » désobéissant, bref, dans ce qu’ils imaginent être la rebellitude : cf. le roman La Rebelle (2004) de Benoît Duteurtre, le film « Furyo » (1983) de Nagisa Oshima (avec le soldat inflexible joué par David Bowie), le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears (avec le personnage de Johnny), le film « Rebel Without A Cause » (« La Fureur de vivre », 1955) de Nicholas Ray, le vidéo-clip de la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer, la chanson « Rebel Rebel » (1974) de David Bowie, la chanson « Éternel Rebelle » de la Groupie dans la comédie musicale La Légende de Jimmy (1992) de Michel Berger, le film « Le Rebelle » (1980) de Gérard Blain, le vidéo-clip de la chanson « Who’s That Girl ? » de Madonna, le vidéo-clip de la chanson « Hasta Siempre » de Nathalie Cardone, le film « Jacquou le Croquant » (2007) de Laurent Boutonnat, le film « Les Rebelles du dieu Néon » (1992) de Tsai Ming-liang, le film « Thelma et Louise » (1991) de Ridley Scott, le film « L’Équipée sauvage » (1953) de Lazlo Benedek (avec Marlon Brando dans la peau de Johnny), la chanson « En rouge et noir » de Jeanne Mas, le film « Rimbaud Verlaine » (1995) d’Agnieszka Holland, le film « Rebelles » (2003) de Léa Pool, le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, la série télévisée « La Forja De Un Rebelde » (1951) d’Arturo Barea, « Young Soul Rebels » (1991) d’Isaac Julien, la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade (avec Claude, « la rebelle des Glaïeuls »), le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel (avec Romain, « le rebelle »), la pièce La Tragi-comédie de Don Cristóbal et Doña Rosita (1936) de Federico García Lorca (avec Doña Rosita, la femme rebelle), le film porno « 100% Wesh » (2010) de Citébeurs (avec « Jawel le Rebelle »), l’album Rebel Heart de Madonna, le roman Le Diable emporte le fils rebelle (2019) de Gilles Leroy, La Bande Dessinée Deux Lesbiennes rebelles à Paris (2021) de Laure Bernard et Danielle Charest, etc.

 

« Je suis un bébé très rebelle. » (Vanina, la protagoniste lesbienne de la pièce Mi Vida Después (2011) de Lola Arias) ; « On a été rebelles, nous aussi. » (le père d’Ati, l’héroïne lesbienne, dans le film « Circumstance », « En secret » (2011) de Maryam Keshavarz) ; « Nous, les tantes, nous sommes résistantes. » (les personnages homosexuels de la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim) ; « J’ai été élevée dans l’orthodoxie juive, moi, et parfois, j’ai besoin d’afficher un symbole clair de rébellion. […] J’ai commencé à marcher, en femme indépendante que je suis. » (Ronit, l’héroïne lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 91) ; « À sa façon, quelque peu vague et enfantine, Stephen [l’héroïne lesbienne] s’était rebellée contre la vie et cela rétablissait à ses yeux sa dignité personnelle. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 22) ; « Dites-moi… Qu’est-ce qui fait de vous la rebelle de la famille ? » (Agnès, l’héroïne lesbienne s’adressant à sa future amante, Marie, dans le film « Pièce montée » (2010) de Denys Granier-Deferre) ; « Ces fachos me font pas peur ! » (Dany, le héros homosexuel du film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras) ; « À bas la société bourgeoise ! » (Carole, l’héroïne lesbienne à poil au balcon, dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis, les Virilius, parodie des Hommens (version puceaux homosexuels refoulés), s’annoncent comme des supers rebelles : « Les Sentinelles, c’est un truc de passifs. » (Jean-Paul) ; « Nous, jeunes étudiants progressistes ! » (Jean-Marc, homosexuel) ; « J’étais jeune dissident rebelle. » (Jean-Jacques, l’amant secret de Jean-Marc, et la tête du mouvement) ; etc. Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand dépeint les différentes catégories d’homos qu’il a identifiées dans la communauté LGBT , dont « les rebelles homos ». Dans le film « 20 ans d’écart » (2013) de David Moreau, Vincent Khan, le boss homo et pédant de la revue de mode féminine intitulée Rebelle est homo… et quand il voit son assistante Alice se dévergonder avec un petit jeune, il la félicite de sa rébellion :« T’as l’esprit rebelle. C’est ça que j’aime. »

 

La rébellion suit davantage une logique esthétique, orgueilleuse ou intentionnelle qu’un désir d’action concrète : « J’ai envie d’amour et d’être belle, c’est pour ça qu’on m’appelle rebelle, rebelle, rebelle. » (cf. la chanson « Rebelle » de Cindy dans la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon) ; « Chrysanthème, rebelle plus que lesbienne » (Océane Rose Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « Moi qui suis mi-voyou, mi-voyelle. » (cf. la chanson « Celles qui aiment elles » de Marie-Paule Belle) ; etc. Par exemple, dans le film « Un autre homme » (2008) de Lionel Baier, est prôné le « plaisir de désobéir ». Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, Idgie est la femme lesbienne insoumise, incorrecte, rebelle et indépendante. Dans la série Demain nous appartient, à l’épisode 87 diffusé sur TF1 le 14 novembre 2017, Sara Raynaud, l’héroïne bisexuelle, porte un tee-shirt « Belle et Rebelle ».

 
 

c) Le personnage homosexuel s’oppose par principe à tout, en adoptant l’idéologie de l’Anti :

Les héros homosexuels pratiquants ont tendance à appréhender la révolution non pas sous l’angle de la proposition réaliste mais bien sous l’angle de la proposition angéliste et de la contestation de principe. Ils sont « anti » et « contre », parce que ça fait joli, ça fait fort, ça fait déterminé, ça fait réel : cf. la pièce Antigone (1922) de Jean Cocteau, la pièce Les Anticlastes (1886-1888) d’Alfred Jarry, le poème « Non » (1915) de Gertrude Stein, la pièce Wrong (1993) de Dennis Cooper, les chansons « Maman a tort » et « La Poupée qui fait non » de Mylène Farmer, la pièce Contradanza (1980) de Francisco Ors, la pièce Antiphon (1958) de Djuna Barnes, le film « Antibodies » (2005) de Christian Alvart, l’album « En vert et contre tout » de Véronique Rivière, la chanson « À contre-courant » d’Alizée, la chanson « A contrapié » de Marta Sanchez, le film « Mathi(eu) » (2011) de Coralie Prosper (avec le cours sur les antonymes), le film « Contre-chaos » (2006) de Jérôme Legoff, le film « Contracorriente » (2009) de Javier Fuentes-Leon, la chanson et l’album « Désobéissance » de Mylène Farmer, le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare (avec l’écriteau « Anti » dans les buts de water-polo), etc.

 

« Je dis non, je dis non, je dis non, je dis non. » (cf. la chanson « Porno graphique » de Mylène Farmer) ; « Normalement, devrait y avoir en tout pédé un potentiel énorme de révolte, largement de quoi baser la Carole et faire disjoncter le système. […] On est dangereux, pour la Carole, dangereux, par nature, parce qu’on est ce qu’on est… » (Vincent Garbo, le héros homosexuel du roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 177) ; « Vous êtes contre beaucoup de choses… mais vous êtes pour quoi ? » (Question posée à Harvey Milk dans le film éponyme (2009) de Gus Van Sant) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche, les héros queer défendent leur manifeste des « anti-sexe », autrement dit des « anti-sexuation ». Dans le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, les protagonistes participent à la manif anti-FN suite à la victoire de Jean-Marie Le Pen au premier tour des présidentielles en 2002 en France. Dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, le héros homosexuel, Nicolas, est directeur de la revue Anti-Pouvoirs. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Adèle défile avec la CGT contre la privatisation de l’enseignement public, et chante « On lâche rien » ; puis, une fois en couple avec Emma, elle s’excitera à la Gay Pride parisienne.

 

Au bout du compte, la plupart des héros homosexuels finissent par devenir ce qu’ils reprochent aux autres, car à force de ne pas vouloir être comme les autres (alors que les autres sont une part d’eux), ils les imitent. Concrètement, l’« idéologie de l’Anti » est mimétique, est une soumission, même si en intentions, elle se rêve comme une rupture, une indépendance extraordinaire. Beaucoup de personnages homosexuels adoptant comme mode d’existence « l’anti » manquent totalement de personnalité (ils s’adaptent excessivement et obsessionnellement à ce contre quoi ils prétendent s’opposer) et deviennent cet homme « si transparent qu’on peut s’y voir dedans » décrit par Doriand dans sa chanson « Manque de personnalité » : « Je suis tout ce que je ne suis pas. » Ils sont même souvent sur le point de recréer un nouveau fascisme en prétendant éradiquer les anciens fascismes historiques. « En fait, rebondit Polly, t’es en train de nous dire qu’il y a autant de personnels armés en France que de gays et de lesbiennes ? Si je suis ton raisonnement, on pourrait faire une révolution gays-lesbiennes contre les uniformes armés, pour obtenir le pouvoir ? » (Polly, l’héroïne lesbienne, s’adressant à son meilleur ami gay Simon, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 30) Par exemple, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, la pensée anti-totalitaire de Nietzsche est inconsciemment présentée comme le miroir inversé de la pensée nazie : c’est la raison pour laquelle la figure de Goebbels dit de Nietzsche qu’« il aurait fait un excellent nazi ».

 
 

d) Le personnage homosexuel échoue sa révolution :

Film "Salo ou les 120 journées de Sodome" de Pier Paolo Pasolini

Film « Salo ou les 120 journées de Sodome » de Pier Paolo Pasolini


 

Finalement, après s’être excité pour ses fantasmes de révolté et des mirages télévisuels, le héros homosexuel découvre la vanité de ses combats (identitaires, amoureux, politiques, etc.), de son action militante, de sa fuite du Réel. Très souvent dans les oeuvres homo-érotiques, il est question des révolutions ratées ou trahies : cf. la pièce Une rupture d’aujourd’hui (2007) de Jacques-Yves Henry, la fin du vidéo-clip de la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer (où la fuite au désert après la mutinerie se révèle un fiasco), la fin du film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini (qui est un cri de l’homme nu face au vide désertique de son combat existentiel), le film « Voyage à Niklashausen » (1970) de Rainer Werner Fassbinder, le roman El Anarquista Desnudo (1979) de Luis Fernández, la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg (avec l’allusion déçue au marxisme et au communisme), le film « Deutschland Im Herbst » (« L’Allemagne en automne », 1978) de Rainer Werner Fassbinder, le film « OSS 117 : Rio ne répond plus » (2009) de Michel Hazanavicius (avec les hippies bisexuels), etc. « Le feu vert s’éclaira et le taxi redémarra. Ils passèrent devant Rosa-Luxemburg-Platz et Jane pensa à Rosa tombant dans l’eau. Était-elle déjà morte lorsqu’ils l’avaient jetée dans le canal ? » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 36)

 

Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Georges, le héros homosexuel face aux résistances de Pierre l’hétérosexuel (qui s’obstine à être gêné par le « mariage pour tous »), se montre inquiet concernant la montée de « l’homophobie » en France : « Comme quoi, 3 ou 4 décrets, c’est pas suffisant pour assurer notre liberté du jour au lendemain. » Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca rentre dans la peau d’une actrice vieillissante qui fait des publicités, Marie-Astrid : « Dans ‘Autant en emporte le vent’, en 1939, c’est moi qui faisais le vent. » Il se moque de sa prétention à vouloir jouer la militante… alors qu’elle se contente de faire une publicité pour le cassoulet : « J’veux faire que des choses engagées. » Dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet, le personnage libertin de Mireille à la fois encense mai 1968 (« Ceux qui ont connu cette période voyageaient sur les nuages. ») et décrit ceux qui l’ont vécu comme des lâches (« Vous êtes une génération de révolutionnaires qui n’ont jamais su faire la Révolution ! »).

 

La révolution proposée par le héros homosexuel reste cantonnée dans le domaine du pictural (radicalisé) : « La révolution, harmonie de la forme et de la couleur. » (Frida Kahlo dans la pièce Attention : Peinture fraîche (2007) de Lupe Velez) ; « On demande du changement. On obtient la révolution ! » (une cliente du salon de coiffure mécontente, dans le film « La Confusion des genres » (2000) d’Ilan Duran Cohen) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, pour se justifier face aux journalistes d’avoir annexé arbitrairement tout un village de mineurs gallois avec son association LGBT, en vue de défendre les droits des mineurs en même temps que les droits homos, Mark, dit sur le ton de l’humour : « Ils créent avec le charbon l’électricité qui me permet de prendre mon pied sur du Bananarama ! » En réalité, Mark a tout du faux héros qui n’a rien maîtrisé de l’euphorie qui l’entoure ou de l’élan du mouvement homosexuel qu’il a lancé : « Je ne sais pas à quoi ça rime de défendre les droits gays… mais je le fais quand même pour les autres. » À la fin du film, le spectateur découvre que Mark n’a eu quasiment que le mérite d’avoir été un agitateur, et d’être mort jeune du Sida (à l’âge de 27 ans). Dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Kyril, le dandy anarchiste maniéré avec son monocle, prétend vouloir « brûler tous les bourgeois ». Il organise des spectacles scandaleux qui se finissent en baston.

 

FAUX REV laGayRevolution

 

Dans les œuvres homo-érotiques, le thème révolutionnaire sert presque uniquement de prétexte à filmer le corps musclé de l’homme prolétaire, à se rincer l’œil et à se faire (sensuellement et génitalement) du bien, à baiser tranquille, à s’auto-contempler narcissiquement : cf. le film « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent, le film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey, le vidéo-clip de la chanson « Cargo de nuit » d’Axel Bauer, le film « RTT » (2008) de Frédéric Berthe (avec Peyrac tombant sous le charme du beau mécanicien), etc. « La muscu a révolutionné ma vie ! » (Stéphane, le héros homosexuel de la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Ce jardinier, on le dirait sorti d’un calendrier des Dieux du Stade. » (Tom, le héros homosexuel en parlant de son futur amant qui le fait fantasmer, Louis, le jardinier sexy de la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen) ; « Si tu veux faire le potager tout nu, tu le fais. » (Graziella s’adressant à Louis, idem) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, « refait la Révolution russe en film » (selon Alexandrov). Plus tard, quand il se fait sodomiser par son amant et guide Palomino, ce dernier lui plante un drapeau rouge dans le cul après l’avoir dépucelé : la sodomie homosexuelle est présentée comme une révolution.
 

La Révolution a été confondue avec l’inversion (or l’inversion n’est pas la suppression de la carte qu’on prétend détruire mais simplement un retournement de la même carte) : cf. le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee ; etc. « La secrétaire modèle qui se transforme en furie syndicaliste » (Joëlle décrivant ironiquement Nadège dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon) Je vous renvoie au code « Inversion » du Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Le héros homosexuel est en réalité un faux révolutionnaire qui ne veut de la révolution que la réputation, que l’image et les paillettes : pas l’action (constructive) ni ses contraintes. Il s’est installé dans le doux confort du militantisme à distance, en choisissant deux maîtres que tout – ou presque – oppose et qu’il ne pourra jamais servir bien entièrement : l’effort et la facilité. « Vous vous prenez pour des révolutionnaires ?!? Mais vous êtes juste des glandeurs ! » (une réplique du film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ; « Sous vos airs révolutionnaires, vous n’avez pensé qu’à vivre comme un bourgeois. » (Nietzsche s’adressant à Wagner, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « Je suis pour le communisme, je suis pour le socialisme, et pour le capitalisme. » (cf. la chanson « L’Opportuniste » du groupe Indochine) ; « J’avoue : je me suis trompée ! J’ai dépensé des millions à te vouloir excentrique, bien élevée en liberté, en même temps sauvage et chic, cultivée et anarchique ! » (Solitaire s’adressant à sa fille lesbienne Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je me rends compte à quel point Marcel est, avant tout, un homme tout entier tourné vers le passé, comme s’il cherchait un âge d’or à jamais disparu, comme s’il tâchait de retrouver des sensations enfuies dont il éprouverait le regret. Son œuvre scrute le passé et lui-même paraît étranger aux révolutions qui se sont produites ces dernières années. […] Marcel est le contraire d’un moderne. » (Vincent en parlant de la figure de Marcel Proust, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 160-161) ; etc. Je vous renvoie au code « Bobo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Par exemple, dans la pièce Les Babas Cadres (2008) de Christian Dob, Mimil est défini comme un « humaniste passif ». Dans le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee, les « révolutionnaires » bisexuels s’empattent et deviennent avec le temps des businessmen corrompus par l’appât du gain et du sexe. Dans le film « Le Derrière » (1999) de Valérie Lemercier, Pierre Arroux (joué par Claude Rich) se targue d’avoir été un révolutionnaire en mai 1968… alors qu’il est la caricature vivante de l’homosexuel bourgeois installé. Dans le film « Saturn’s Return » (2001) de Wenona Byrne, les parents de Barney, le héros homosexuel, sont des ex-hippies encore accros à l’héroïne, des « révolutionnaires » irresponsables qui mettent des posters de Fidel Castro dans la maison familiale mais qui, à côté de cela, ont fui leur réalité et ont initié Barney à la drogue depuis qu’il est adolescent. Dans le film « Tan De Repente » (2003) de Diego Lerman, Mao et Lénine, deux lesbiennes marginales à la dérive, donnent une image désenchantée de la révolution. Dans la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau, on observe la déprime du trentenaire bobo qui voit l’hypocrisie de la révolution gauchiste. Dans le film « The Raspberry Reich » (2004) de Bruce LaBruce, on assiste à un pastiche de révolution homosexuelle. Dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, révolte syndicale et défoulement/infidélité sexuels s’entremêlent : la mère-pute bourgeoise, Suzanne, couche avec M. Maurice Babin, un ouvrier. Dans la nouvelle « La Mort d’un phoque » (1983) de Copi, le narrateur homosexuel fait partie d’un contingent d’Européens (quasiment tous homos) venu sauver les bébés phoques. Dans le film « Les Lendemains qui chantent » (2014) de Nicolas Castro, le milieu homo est associé à la gauche caviar (avec la couverture du magazine GLOBE « 3 millions d’homos : où en sont-ils ? » filmée en gros plan).

 

Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Carole, l’héroïne lesbienne à poil au balcon, hurle « À bas la société bourgeoise ! » après sa nuit d’amour avec Delphine. Elle est passée d’une vie hétérosexuelle avec Manuel, à une vie lesbienne avec Delphine. Manuel finit par lui envoyer dans la figure son incohérence : « T’as aucune rigueur, Carole. Aucune. L’engagement, c’est pas dans un amphi avec les copines. C’est dans la vie aussi. »
 

Le vertige d’avoir été trompé par ses parents soixante-huitards et ses potes ou de s’être illusionné soi-même est parfois exprimé par une question ou par une révolte amère : « Est-ce qu’on peut faire confiance aux masses ? » (une réplique de la pièce Le Cabaret des utopies (2008) du Groupe Incognito) ; « On baisait, on était politique. Tu embrassais un mec, tu faisais la révolution d’Octobre. […] et là c’est fini, oui. C’est mal fini. » (Domi à propos des années 1980 dans le « milieu homo », dans le roman La meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, pp. 37-38) ; « Les vautours ont surgi. Les cancers de la contre-révolution. » (Trotsky dans le film « L’Assassinat de Trotsky » (1970) de Joseph Losey) ; « Le PaCS, ça ne change rien. » (une réplique de la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Le film ‘The Owls’ (2010) de Cheryl Dunye embrasse la vision utopique de la Lesbian Nation. À l’approche de la quarantaine, la révolution s’éloigne de leurs rêves. » (cf. la critique du catalogue du 16e Festival Chéries/Chéris au Forum des Images de Paris, en novembre 2010) ; etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim, les « chansons homo-humanitaires » et gay friendly (de Francis Lalanne, de Charles Aznavour, et plus actuelles) sont tournées en dérision ou bien taxées d’arrivisme misérabiliste : « La révolution, la provocation a laissé place à l’indifférence… » regrette Gérard.

 

Le héros homosexuel se rend compte du conformisme de son anticonformisme. « Comment je fais pour rien faire comme tout le monde, mais réussir quand même à être aussi con ? » (Jarry dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Maintenant, c’est de la merde, Paris ressemble à un musée pour vieux cons fachos, avec des gays (il prononce ‘géïzes’) qui tètent du petit lait électronique avec des airs ingénus et qui se branlent devant Xtube. Des petits moutons. On a transformé une armée de pédés rebelles qui dérangeaient le modèle hétéro en gays, c’est-à-dire en tarlouzes de droite incapables de réfléchir plus loin que le bout de leur bite. » (Simon dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 23-24) ; « Je veux faire comme tout le monde, mais à l’envers. » (cf. la chanson « Chemins de croix » du groupe Niagara) ; etc.

 

Et pour cause ! Que c’est dur, irréaliste et violent, de chercher à être révolutionnaire sans se mettre au service des seules instances et incarnations qui incarnent vraiment la Révolution sur Terre : Jésus et son Église catholique ! Les héros homosexuels se trompent de Révolution parce que tout simplement ils se trompent de maître. Au lieu de choisir Dieu, ils ont élu sa doublure : le diable, l’androgyne. Un mélange de Bien et de mal. « Bientôt, l’île [de la Cité] fut déserte d’humains et couverte de rats qui chantaient bien fort nos vieilles chansons révolutionnaires. […] Nous comprîmes que nous bénéficiions de la protection d’un être de nature soit divine, soit diabolique, ou une alliance des deux. » (Gouri, le rat homosexuel du roman La Cité des Rats (1979), p. 93)

 
 

e) Le couple homosexuel est formé d’un preux défenseur de la cause gay et d’un lâche « qui ne s’assume pas encore » :

Philippe le coincé et Marc le naturel, dans le film "La meilleure façon de marcher" de Claude Miller

Philippe le coincé et Marc le beauf naturel, dans le film « La meilleure façon de marcher » de Claude Miller


 

En général, dans les fictions représentant le couple homosexuel, l’échec de la « révolution homosexuelle » est imputé soit à l’extérieur (la société et les méchants « homophobes »), soit à la lâcheté d’un des deux partenaires du binôme… sachant que cette lâcheté se déplace ou s’échange entre eux comme un virus censé rehausser le courage de l’un au détriment de l’horreur de la haine de soi de l’autre : Steven et Johnny dans le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore, Pablo et Antonio dans le film « La Ley Del Deseo » (« La Loi du désir », 1986) de Pedro Almodóvar, Alexis et David dans le film « Été 85 » (2020) de François Ozon, Charlie et son agresseur dans le film « Urbania » (2004) de Jon Shear, William et Weldon dans le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, Marthe et Karen dans le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler, Max et Horst dans le film « Bent » (1997) de Sean Mathias, Martin et Lucas dans le film « L’Homme que j’aime » (2001) de Stéphane Giusti, Molina et Valentín dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, Roy et Jack dans le film « Roy Cohn/Jack Smith » (1993) de Jill Godmilow, Walt (ultra-conservateur) et Rusty (le débridé) dans le film « Personne n’est parfait(e) » (1999) de Joel Schumacher, Édouard (l’homo refoulé) et Georges (son partenaire décomplexé) dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco, le footeux et son amant qui le romantisme belge dans la pièce Ma première fois (2012) de Ken Davenport), Louis ne s’assumant pas homo et son amant Nathan qui subit les quolibets au lycée à cause de leur liaison dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel, Markus (l’homo cool) et Gabriel (l’homo coincé) dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, Marco l’homo blasé et Cibrâil le puceau dans le film « Cibrâil » (2010) de Tor Iben, Ivo et Sandro dans le film « More Or Less » (2010) d’Alexander Antunes Siqueira, Tania « la courageuse » et Élodie « la lâche » dans la pièce Ma double vie (2009) Stéphane Mitchell, Paul (qui veut croire en son histoire d’amour) en couple avec Jean-Louis (qui ne l’assume pas) dans la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, Jason (l’homo conservateur) et Mourad (son amant détendu) dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Seth et David dans le film « And Then Came Summer » (« Quand vient l’été… », 2000) de Jeff London, Ronit (la lesbienne célibattante et indépendante) et Esti (sa compagne frustrée et « à libérer » de son carcan de femme juive et mariée) dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Lars (l’homo courageux par rapport à son homosexualité) et Fatso (l’amant qui n’assume pas) dans le film « Broderskab » (« Brotherhood », 2010) de Nicolo Donato, Ivan (pas encore prêt à « s’assumer ») et Vedran (son copain plus libre) dans le film « Straight-Pull » (2010) de Filip Sovagovic, Bernard (l’artiste) et Philippe (le pompier homo refoulé) dans la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier, Sarah qui ne s’assume pas et Charlène qui assume leur relation dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, le film « Close » (2022) de Lukas Dhont (avec Rémi l’assumé et Léo le refoulé), etc. « J’ai le courage d’un lâche. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway)

 

Par exemple, dans le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, Jack, le personnage homosexuel « assumé », finira en martyr innocent de l’homosexualité non-assumée de son ami Hennis : le réalisateur veut nous faire comprendre que l’« homophobie homosexuelle » (entendre ici « identité homosexuelle non reconnue comme la Vérité profonde de l’individu homosexuel », et non ce qu’est vraiment l’homophobie, à savoir une « identité homosexuelle à la fois niée et trop célébrée ») tuerait. Dans le film « Memento Mori » (1999) de Kim Tae-yong et Min Kyu-dong, Hyo-Shin est victime de la lâcheté de Shi-eun : elle se suicide à cause de la non-validation de son amour homosexuel par son amante. Dans le film « Loin du paradis » (2002) de Todd Haynes, la culpabilité du mari de Cathy Whitaker, homosexuel effondré parce qu’il ne peut réprimer ses tendances, est accentuée pour que le spectateur ait en horreur et en compassion les crises soi-disant « injustifiées » de la « honte pédaloïde » (comme diraient Jean-Louis Bory et Guy Hocquenghem). Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Emma incarne la lesbienne assumée, décomplexée, qui a assurée et a su rester cohérente, tandis qu’Adèle est celle qui a trahi et a tout gâché par sa bisexualité. Dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, c’est la lâcheté de Miguel (homme marié bisexuel) qui rend d’abord Santiago invisible aux yeux des autres puis qui finit par le conduire à la mort. Dans le film « Save Me » (2010) de Robert Cary, Mark se sent coupable du suicide de Lester. Dans le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh, Glen est pro-infidélité et pro-visibilité gay (même s’il ne croit plus en l’amour) alors que Russell son amant croit au grand Amour mais n’est pas prêt à assumer une visibilité de couple homo… Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, Engel est l’homosexuel entreprenant, et son amant Marc l’homme marié qui n’est pas prêt à tout quitter pour lui : Engel a beau lui soumettre un chantage aux sentiments (« T’es homo, Marc, assume ! »), Marc lui répond : « Je suis pas homo ! » et lui fout un pain. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, même scénario : Peter est le gay qui a osé afficher médiatiquement son homosexualité, et il reçoit un coup de poing de son futur amant Howard qui n’accepte pas son outing. Dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, Franck veut vivre son amour au grand jour avec Michel qui s’y refuse et qui tuera pour que ça se fasse pas. Dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Chris se sert de la « fille à pédé » Marilyn comme couverture pour ne pas afficher son « amour » pour Ruzy, le « courageux homo » qui s’assume. Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny semble s’assumer homosexuel plus facilement que Romeo… et en même temps dans la vie, il est la mauviette qui a peur de tout, et Roméo le téméraire qui n’a peur de rien (véritable incohérence du scénario). Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Tom, le héros homosexuel jouant l’hétéro pour rester un chanteur à minettes célèbre, se voit corrigé par son futur amant, Louis, le jardinier sexy : « Pourquoi tu veux faire croire que t’es hétéro ? » « Parce que j’ai peur. » lui répond Tom. Louis fait du chantage au coming out à Tom en lui soutenant que si ce dernier avait osé être un modèle télévisuel gay assumé, lui aurait eu plus de facilité à s’assumer homo quand il était ado. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Nathan est l’homo assumé, sans-gêne (il fume, boit, dévergonde Jonas), et Jonas est l’homo honteux, introverti, coincé, qui ne veut pas être associé à un gay par ses camarades de classe de 3e.

 

Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, Bryan est présenté comme l’homo courageux qui s’assume, et son amant Tom, catholique, comme « quelqu’un qui n’a pas le courage de penser qu’il a le droit à l’amour ». L’ironie du sort, c’est que le second se rend à l’association gay catholique Courage ! « Seul un gars lâche peut s’engager à une association qui s’appelle Courage. » (Irène, la sœur gay friendly de Bryan, s’adressant à Tom) ; « Courage… quel nom débile… » (Bryan)

 

Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, avant de sortir « durablement » ensemble, Carole rejette les avances de Delphine, en ne se déclarant pas lesbienne : « J’ai des copines lesbiennes. Je ne le suis pas, c’est tout. » Delphine lui répond « Moi non plus », et juste après, elles s’embrassent à pleine bouche. Plus tard, la vapeur s’inverse : c’est Carole qui va assumer à fond d’être en couple avec Delphine, et Delphine qui ne renoncera pas à afficher leur lesbianisme auprès des gens du village : « Dis que je te fais honte, en plus ! » récrimine Carole.
 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, tous les duos homosexuels (Harold et Michael, le couple Larry/Hank, le couple Bernard/Peter, le couple impossible entre Alan et Michael, le couple platonique Justin/Alan, etc.) sont composés de ce tiraillement entre coming out et outing, pratique homosexuelle et acte homophobe : « Tu es un homme triste et pathétique. Tu es homosexuel et tu ne veux pas l’être. Mais tu ne peux rien y faire. Toutes les prières du monde, toutes les analyses n’y changeront rien. Tu sauras peut-être un jour ce qu’est une vie d’hétérosexuel, si tu le veux vraiment, si tu y mets la même volonté que celle de détruire. Mais tu resteras toujours un homo. Toujours Michael. Toujours. Jusqu’à ta mort. » (Harold s’adressant à son coloc homo Michael) ; « Pourquoi est-ce que j’ai toujours le mauvais rôle ? » (Larry reprochant à Hank de l’aimer et sa propre infidélité) ; « Il rejette les faits. » (Michael essayant de convertir Alan à l’homosexualité) ; « C’est la révolution. » (Harold en parlant ironiquement d’Alan qui risque de virer sa cuti) ; etc.

 

Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Adèle reproche à Georges, le copain de son frère William, de ne pas vivre pleinement son homosexualité au grand jour avec William. William est l’homosexuel courageux et malheureux à cause de la lâcheté de Georges « l’homme qui n’assume pas l’amour qu’il lui porte ». C’est une pièce où on nous fait la morale, pour nous faire comprendre que la culpabilité de l’homme marié bisexuel qui ne s’assume pas pleinement homo et qui ne reconnaît pas « l’amour véritable » (comprendre homosexuel) est criminelle.

 

Dans quasiment aucun cas l’échec de la révolution homosexuelle (amoureuse et politique) n’est attribué à ce qui, pourtant, devrait être identifié comme l’unique source du problème : la pratique homosexuelle et la dualité schizophrénique du désir homosexuel, étant donné que le désir homosexuel est un élan de haine de soi, qui fait que le personnage qui s’y adonne (s’)adore et (se) déteste dans un même mouvement. C’est cette ambivalence ou cette bipolarité violente du désir homosexuel cru vrai et pratiqué qu’illustrent ces nombreux duos homosexuels fictionnels formés de l’homo assumé et de l’homo non-assumé, unis à la vie et surtout à la mort/à l’ennui par une union charnelle (je vous renvoie également aux codes « Androgynie bouffon-tyran » et « Doubles schizophréniques » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Ils sont même parfois l’illustration de l’homophobie qu’est l’identité ou l’« amour » homos. Par exemple, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Konrad impose à son compagnon brésilien Donato de couper les ponts avec sa famille au Brésil (« Tu es un lâche. ») et de rester avec lui en Allemagne… alors que leur couple ne durera pas.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) On annonce les personnes homosexuelles comme des grands « révolutionnaires » :

Delacroix revisité par l'arc-en-ciel...

Delacroix revisité par l’arc-en-ciel…


 

Très souvent les personnes homosexuelles pratiquantes (et leurs sympathisants) traitant d’homosexualité abordent le thème de la révolution dans leurs propos et leurs écrits : cf. l’essai Homosexualité et Révolution (1983) de Daniel Guérin, l’essai La Rebelión De Los Homosexuales (1977) d’Alfonso García Pérez, l’essai La Trayectoria De Las Revoluciones (1919) d’Antonio de Hoyos, le documentaire « Schwestern Der Revolution » (1969) de Rosa von Praunheim, l’essai Global Gay : Comment la révolution gay change le monde (2013) de Frédéric Martel, le documentaire « Revolution Happen Like Refrains In A Song » (1987) de Nick Deocampo, le chapitre « Une Homosexualité révolutionnaire » dans l’essai L’Homosexualité au cinéma (2007) de Didier Roth-Bettoni, (p. 545), l’essai Gay Manifesto (1970) de Carl Wittman, le documentaire « Moralist Instruction Musical : The Revolutionary Conduct » (2010) de Lasse Längström, l’essai Révolution des corps homogènes (2012) de Bruno Cissinato, etc.

 

Beaucoup de mouvements et d’association LGBT se donnent une étiquette révolutionnaire, et ce, surtout à partir des années 1950-1960, partout dans le Monde : par exemple le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR) qui traduisit en France un rapprochement entre les intérêts homosexuels et l’extrême gauche maoïste. Cela peut prendre une forme politique comme artistique. Par exemple, la photographe lesbienne Claude Cahun adhère en 1939-1940 à la FIARI (Fédération Internationale de l’Art Révolutionnaire Indépendant).

 

On nous annonce très souvent dans les mass médias, dans les gouvernements occidentaux, que les personnes homosexuelles sont comme la fine fleur (ou le chiendent poil-à-gratter) de la modernité. « Le film ‘Priscilla, folle du désert’ fut une véritable révolution. » (Ximo Cádiz cité dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 112) ; « Porfirio Barba Jacob fut un révolutionnaire complet, un martyr de l’immoralité. […] L’audacieux poète bohème ne respectait rien. » (cf. l’article sur Porfirio Barba Jacob (1883-1942) de Nicolás Suescún, sur le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003) ; « En 50 ans, Yves Saint-Laurent a révolutionné le vestiaire féminin. » (cf. la note finale du générique de la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert) ; « Il n’y a qu’une fortune : celle d’être un génie. » (le commentateur parlant de Charles Trénet, dans le documentaire « Charles Trénet, l’ombre au tableau » (2013) de Karl Zéro et Daisy d’Errata) ; « Pour moi, Jean Genet est un révolutionnaire. » (le réalisateur homosexuel Rosa Von Praunheim dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel) ; « The L World a vraiment été une révolution. » (une des actrices de The L World, idem) ; « Bronski, ça a vraiment été une révolution. C’était pas un groupe show biz. » (Didier Lestrade dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Out » (2014) de Maxime Donzel) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton, l’ancien ministre de la Culture français Jack Lang parle de Pierre Bergé (président du Sidaction) comme un héros, et le couple homo Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent comme la lueur d’espoir pour toute personne homosexuelle en quête de modèle de couples solides. La biopic « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway présente Sergueï Eisenstein, homosexuel, comme un génie. Je vous renvoie à l’article suivant.

 

Ils nous présentent ce qu’elles vivent et les batailles législatives qui se jouent en leur nom comme des hauts faits « qui marqueront à jamais l’histoire du pays » et qui prouvent une incroyable ouverture nationale : cf. je vous renvoie à cet article. « Les droits et les libertés des personnes homosexuelles n’ont cessé d’évoluer durant ces quarante dernières années. […] Immersion au cœur de l’association Contact, dont les bénévoles : parents, homos, membres de la famille ou amis se démènent autour d’un mot qui manque bien souvent au sein de nos familles aujourd’hui, le dialogue. Au travers de cette mixité intergénérationnelle, regard sur des histoires de vie, d’acceptation ; de fierté, de honte et surtout d’amour. » (cf. la critique du documentaire « 20 ans de Contact » (2013) d’Héloïse Lester, dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 89) ; « C’est la Révolution. Une authentique Révolution de l’intime. » (personne intersexe qui se fait appeler « M », dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018) ; « C’était vraiment à vous couper le souffle. » (Perry Brass, vétéran gay décrivant les premières Gays Pride à New York dans les années 1970, dans le documentaire « Stonewall : Aux origines de la Gay Pride » de Mathilde Fassin, diffusé dans l’émission La Case du Siècle sur la chaîne France 5 le 28 juin 2020) ; etc.

 

Par exemple, selon Jean-Noël Segrestaa, dans son article « Le Désir à l’œuvre chez Jean Genet » sur la revue Triangul’Ère 4 (2003) de Christophe Gendron, Jean Genet aurait une « écriture révolutionnaire » (p. 190). Selon Michel Larivière, dans son Dictionnaire des Homosexuels et Bisexuels célèbres (1997), les ouvrages passéistes de Lytton Strachey seraient des « biographies révolutionnaires par l’ironie et l’irrespect de l’auteur » (p. 315). Même les colères imbibées d’alcool de Paul Verlaine sont jugées « révolutionnaires » (Steve Murphy, « Colères révolutionnaires », dans le Magazine littéraire, n°321, mai 1994, p. 36). Selon Connolly, les étudiants homosexuels de l’Homintern d’Oxford sont des « révolutionnaires psychologiques » (Connolly cité dans l’essai Historia De La Literatura Gay (1998) de Gregory Woods). Pierre Bourdieu considère que le « mouvement gay et lesbien » est probablement à « l’avant-garde des mouvements politiques et scientifiques » (Pierre Bourdieu, « Quelques questions sur le mouvement gay et lesbien », La Domination masculine, 1998). Didier Roth-Bettoni, dans son essai L’Homosexualité au cinéma (2007), qualifie les films (merdiques : je n’ai pas d’autres mots) de Bruce LaBruce de véritables « manifestes politiques » (p. 431). Dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004), Fernando Olmeda prête un grand « talent artistique » à Juan Fersero pour ses exhibitions de bodybuilding « malheureusement passées inaperçues à l’époque à cause de l’homophobie ambiante »… (p. 47) Peut-être fait-il ici la confusion entre « culture » et « culturisme »… Le réalisateur Pierre-Clément Julien dit que son documentaire « Ma très chère sœur Olivia » (2012), retraçant le parcours d’Olivia C. (transsexuel M to F et franc-maçon), « montre une femme combattive, militante et touchante, qu’il admire ». Dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi, les deux partenaires du couple homosexuel qui tente d’« ouvrir les mentalités » de leurs contemporains italiens par rapport à la revendication de l’« égalité des droits entre homos et hétéros », sont qualifiés par la voix-off de « héros ». Dans le docu-fiction « Brüno » (2009), Sacha Baron Cohen est célébré comme un grand révolutionnaire par tout le gratin bobo du showbiz nord-américain. Dans son article « Dessinateur, écrivain, acteur : Copi, l’enfant pornographe » sur le journal Le Matin de Paris daté du 15 décembre 1987, Gilles Costaz baptise Copi de « révolutionnaire ». Par exemple, dans le docu-fiction « Howl » (2010) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, la lecture publique du poème d’Allen Ginsberg, effectuée par l’auteur (qui se décrit lui-même comme « prophétique »), est filmée comme un instant sacré qui envoûte littéralement l’assistance (suspendue à ses lèvres), un pamphlet qui révolutionne l’Humanité (… alors que c’est franchement de la merde).

 

Et beaucoup de personnes homosexuelles, flattées par tant d’éloges, sont prêtes à croire leur réputation de grands héros des temps modernes « démocratiques ». Elles se définissent souvent comme « révolutionnaires », se congratulent entre elles… et gare à celui qui remettrait leur titre en doute ! « J’étais réformiste à un moment qui se voulait révolutionnaire, mais j’étais révolutionnaire sur un sujet qui ne pouvait se vivre dans le compromis. Et l’histoire m’a donné raison. » (Geneviève Pastre, De l’amour lesbien (1980), p. 27) ; « On construit un moment historique. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc. Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, on voit le couturier Yves Saint-Laurent (qui a pourtant, pendant toute sa vie, fuit concrètement beaucoup de combats, et notamment l’armée et la Guerre d’Algérie) créer une collection de haute couture appelée « Libération », et son amant Pierre Bergé applaudir à leur acte « subversif » (qui n’était au fond qu’un business) : « Tu maltraitais les bourgeois. Et la Révolution s’est très bien vendue. »

 

FAUX REV Drapeau planté

 

Elles n’hésitent pas, d’ailleurs, à confondre la révolution avec la période historique de la Révolution française (période qui était tout sauf révolutionnaire puisqu’Elle a rejeté Dieu et l’Église violemment et a inauguré l’individualisme libéral et matérialiste), en essayant de réactualiser l’image d’Épinal du révolutionnaire laïcard et libertaire construite par les bourgeois républicains des Lumières, soucieux d’écrire la légende noire de la monarchie et de l’Église catholique. Par exemple, lors de sa conférence « Différences et Médisances » autour de la sortie de son roman L’Hystéricon à la Mairie du IIIème arrondissement le 18 novembre 2010, l’écrivain Christophe Bigot a adoré la Révolution française : « Je faisais le bourreau du Tribunal Révolutionnaire sur la cour d’école. » Il s’est identifié très tôt – avant de le dés-idéaliser – au procureur Camille Desmoulins, la figure du traître par excellence : « Il est jeune, courageux, fougueux, c’est un amoureux. J’ai voué un culte à Camille Desmoulins pendant toute mon adolescence. […] C’est un homme violent qui désigne, à la vindicte populaire, les contre-révolutionnaires. »

 

La plupart des personnes homosexuelles se croient héritières d’un passé et d’un futur conquérants, infinis. « Durant ces 30 dernières années, on a fait énormément de progrès. » (Michael Michalsky interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) Par exemple, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), la romancière lesbienne Paula Dumont se remémore nostalgiquement les « temps héroïques des mouvements féministes » (p. 65).

 

FAUX REV United Colour

Mariage homo United Colour of Benneton


 

Et actuellement, elles distribuent des médailles de « révolutionnaires » à tous les membres de la « communauté homosexuelle » qu’elles estiment méritants ou partie prenante de ce grand courant que serait la révolution et l’émancipation homosexuelles. Les exemples pleuvent, mais je m’arrêterai juste sur quelques-uns.

 

Par exemple, le 22 juillet 2011, la revue Têtu célèbrait un couple lesbien, Hege Dalen et Toril Hansen, qui aurait prêté main forte aux rescapés du massacre d’Utoya. On nous laisse entendre qu’elles sont révolutionnaires PARCE QUE HOMOSEXUELLES. « Ces deux lesbiennes courageuses ont fait parti des premières personnes à porter secours aux jeunes ciblés par la terrible fusillade sur l’île d’Utoya, en Norvège, vendredi dernier. Grâce à un bateau, ce couple de femmes a aidé quarante personnes à s’enfuir lors du drame. »

 

Dans l’émission Aventures de la médecine spéciale « Sexualité et Médecine » de Michel Cymes diffusée sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, les figures de proue de la Gender Theory (Ronald Virag – inventeur des injections de papavérine pour lutter contre l’impuissance érectile –, Margaret Sanger – instigatrice du Planning Familial aux États-Unis –, Alfred Kinsey – maître à penser du tout-le-monde-est-bisexuel – , les médecins William Masters et Virginia Johnson – pornocrates cliniciens utilisant des cobayes sexuels –, Magnus Hirschfeld – savant fou homosexuel –, Rodolf/Dora Richter – premier homme trans M to F et complètement dépressif, etc.) sont montrées comme des héros, des martyrs, des sauveurs qui se sont offerts en victimes pour nos droits et notre liberté sexuels. On nous présente même les travaux d’Alfred Kinsey comme « révolutionnaires » !
 

Toujours dans Têtu, le chanteur Ari Gold, en juillet 2011 dans l’État de New York, est baptisé de « nouveau Rosa Parks », parce qu’il aurait tenu tête à un chauffeur de bus qui lui aurait demandé que lui et son compagnon (qui se tenaient par la main) aillent s’asseoir au fond du bus.

 

Sur les affiches du film « Freeheld » (« Free Love », 2015) de Peter Sollett, on nous présente l’amour lesbien entre Stacie et Laurel, basé soi-disant sur des faits réels, comme « une histoire d’amour qui a changé l’histoire ».
 

FAUX REV Revolucion du Désir

 

C’est souvent le désir individuel (même porté par une communauté minoritaire, au nom des minorités et de l’« Amour universel ») qui est avancé comme le levier qui va équilibrer et guider l’Histoire de l’Humanité : cf. le documentaire « La Révolution du Désir » (2006) d’Alessandro Avellis. « Jean Genet, lui, est un révolutionnaire authentique. C’est au nom de la liberté qu’il entend conquérir sa liberté personnelle. » (Susan Sontag, « Une Fleur du mal », L’Œuvre parle (1968), p. 126)

 

Madonna, la femme-objet... mais féministe et pro-gays, la chanteuse anti-mondialisation... mais qui incarne la mondialisation

Madonna, la femme-objet… mais qui ose se prétendre féministe et pro-gays ! ; la chanteuse qui a le culot de se dire anti-mondialisation… mais qui incarne à elle seule la mondialisation !


 

Dans leurs discours, beaucoup de personnes homosexuelles pratiquantes (et leurs défenseurs hétérosexuels) s’expriment à coup de slogans (identitaristes ou sentimentalistes) publicitaires, centrés sur la « réalisation de soi par soi-même » ou sur l’opposition de principe. C’est la raison pour laquelle, très souvent, elles prennent pour modèle d’action « révolutionnaire » et d’affirmation de soi la femme féministe indépendante, qui veut s’affranchir de son sexe, qui est « mère toute seule », qui a un désir machiste… même si elle saura de temps en temps le cacher par un discours mielleux, émotionnel, poétique. Modèles du genre : la nouvelle Marianne d’Olivier Ciappa (la Femen Inna Shevchenko), Christiane Taubira, Caroline Fourest, etc.

Toute la rhétorique de Mme Taubira tourne autour des concepts publicitaires de « droit », « égalité », « générosité », « tolérance » et « progrès »

 

Leur révolution est symbolique : pas concrète. « Le mariage, c’est à la fois très symbolique et très matériel. Très symbolique parce qu’on est dans un monde qui colle des étiquettes et qu’avant il n’y avait pas de case pour nous. » (Christophe et Mehdi en couple depuis 13 ans, dans l’article « Pacsés… un jour mariés ? », sur le magazine Psychologies, juin 2004, n°231, p. 77) Elles luttent pour des idées abstraites (« la société », « le progrès », « l’égalité », « la solidarité », « la tolérance », « la liberté », « l’amour », « la lutte contre les discriminations » – discriminations jamais nommées, comme par hasard… –, « la reconnaissance », « le dépassement des préjugés » – jamais les leurs non plus, comme par hasard…), pour le paraître, en faveur de slogans poétiques : ce n’est ni pour elles, ni vraiment pour les autres, ni par réelle conviction qu’elles demandent un droit ou une loi : « C’est au sein de la société que ça fait évoluer les choses ; pas pour nous. » (Juliette et Sophie, op. cit., p. 76) ; « C’est la révolution la plus incarnée qui ait existé sur la planète. Amantes ou non, nous étions en amour les unes avec les autres. Nous étions en amour avec les idées et avec tout ce qui était possible… » (Lise Weil interviewée dans le documentaire « Lesbiana : une Révolution parallèle » (2012) de Myriam Fougère) ; etc.

 

FAUX REV Têtu

 

Et à présent, beaucoup d’hommes et de femmes politiques non-homosexuels et tout fiers de se qualifier d’« hétérosexuels », se servent de la communauté homosexuelle, de la défense de « ses » droits ou de la « lutte contre l’homophobie et les discriminations », pour se faire passer pour des bons samaritains révolutionnaires : « Je suis engagée depuis longtemps. » (Anne Hidalgo, femme politique socialiste, par rapport à son engagement politique en faveur du « mariage homo » dans l’émission Mots croisés d’Yves Calvi, sur le thème « Homos, mariés et parents ? », diffusée sur la chaîne France 2, le 17 septembre 2012) ; « Chacun sa révolution. » (c.f. la chanson « Lily Passion » de Barbara) ; etc.

Le Président Obama luttant efficacement contre l’homophobie en disant que « c’est triste » et que « c’est pas bien » (Programme It Gets Better)

La ministre Najat Vallaud-Belkacem qui pense que « lutter contre les discriminations », c’est « détruire les clichés », alors que c’est précisément l’absence d’explication des clichés qui contribue à leur actualisation violente et aux discriminations…

 

FAUX REV Frigide

 

Les bécasses du gouvernement français actuel (Dominique Bertinotti, Roselyne Bachelot, Cécile Duflot, Najat Vallaud-Belkacem, Christiane Taubira, Anne Hidalgo et même Frigide Barjot) et leurs homologues suiveurs masculins (Erwann Binet, François Hollande, Jean-Pierre Michel, en première ligne) n’ont rien compris à l’homophobie. Non seulement ils ne la dénoncent pas, mais en plus ils l’alimentent par leurs bonnes intentions, s’en servent comme étendard révolutionnaire, en ne parlant jamais de ce qu’elle est vraiment (= le viol) ni de comment elle marche et par qui elle est posée (= les personnes homosexuelles pratiquantes). Ils la réduisent à l’« opposition aux droits des homos » ou bien à l’« accusation d’homophobie » (comme le fait Frigide Barjot, qui est bien incapable d’expliquer la véritable homophobie ou de porter un diagnostic sur les couples homosexuels, surtout parce que précisément dans le privé elle tient des discours clairement homophobes… et rien ne sert de s’entourer, comme elle le dit elle-même, « d’homos qu’elle aime », ni de clamer sa « non-homophobie », pour masquer cette homophobie). L’attitude hypocrite et moralisante de ces faux pourfendeurs des discriminations homophobes est révolte. Ils instrumentalisent les personnes homosexuelles en niant les drames et les insatisfactions amoureux qu’elles vivent, juste pour le plaisir de rentrer au panthéon des justiciers. Ils sont catastrophiquement sincères, ignorants de leur combat, et en plus opportunistes et pères-la-morale. Honte sur ces révolutionnaires de pacotille !

 

FAUX REV Xavier Bongibault

Xavier Bongibault, le militant homo anti-mariage-gay opportuniste (qui pense qu’être révolutionnaire se limite à se présenter en tant qu’« homo », à se dire « anti-homophobie » et « anti-militantisme LGBT », mais qui ne réfléchit jamais sur l’homosexualité et l’homophobie).


 
 

b) Beaucoup de personnes homosexuelles jouent les rebelles, les dures :

James Franco

James Franco


 

Vestimentairement et au niveau des attitudes, certaines personnes homosexuelles rentrent dans la peau de l’image stéréotypée du « rebelle » désobéissant, inflexible, qui ne se laisse pas faire : James Dean (« l’éternel rebelle » comme on l’appelait), Marlon Brando, Rock Hudson, beaucoup de célébrités bisexuelles « planquées », de femmes lesbiennes butch (= camionneuses), de drama queen hystériques, nous le démontrent.

 

Je vous renvoie au documentaire « Une Suissesse rebelle » (2000) de Carole Bonstein, à l’essai Séverine, une Rebelle (1982) d’Évelyne Le Garrec, à l’essai Rimbaud, la double vie d’un rebelle (2011) d’Edmund White, au rassemblement de Blois autour des « rebelles » Eddy Bellegueule/Didier Éribon/Geoffroy de Lagasnerie en 2014, le Festival Ciné Rebelle de Nanterre, etc.

 

La rébellion suit davantage une logique esthétique ou intentionnelle qu’un désir d’action concrète, qu’une intelligence et une réelle liberté : « Je suis rebelle, résistante, indocile et rêveuse. » (Gislin cité dans la revue Triangul’Ère 4 (2003) de Christophe Gendron, p. 110) ; « Je ne suis pas douce je ne suis pas aimable je ne suis pas une bourge. J’ai des montées d’hormones qui me font comme des fulgurances d’agressivité. […] Je viens du punk-rock et je suis fière de ne pas très bien y arriver. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006), p. 131) ; « Le rock’n’roll est une rébellion, une musique tout sauf sage… et aussi un peu gay. » (la voix-off dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Je crois qu’à l’époque, je ne me rendais pas compte du rôle que je jouais. » (le chanteur Boy George, idem) ; etc. Par exemple, le film « Charming For The Revolution » (2009) de P. Boudry & R. Lorenz est un film muet, sans dialogue.

 

D’ailleurs, dans certains passages littéraires ou filmiques, l’adjectif « rebelle » remplace tacitement celui d’« homosexuel » : « Madame Berditcher […] déclara qu’elle [Ronit, l’héroïne lesbienne] l’était. Absolument. Ronit avait toujours été rebelle, même petite fille. » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), p. 158)

 

La révolution défendue par les personnes homosexuelles pratiquantes repose uniquement sur la croyance en l’hétérosexualité, c’est-à-dire une conception récente (fin du XIXe siècle), marchand, techniciste, violent et cinématographique, de la différence des sexes : « La société des hétéroflics ne nous convient pas. La seule position qui nous convient est une position révolutionnaire. » (une gouine rouge en mai 1968 en France, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) On voit donc sa vacuité.

 
 

c) Beaucoup de personnes homosexuelles s’opposent par principe à tout (sauf au flou), en adoptant l’idéologie de l’Anti :

Les personnes homosexuelles pratiquantes ont tendance à appréhender la révolution non pas sous l’angle de la proposition réaliste mais bien sous l’angle de la proposition angéliste et de la contestation de principe. Elles sont « anti » et « contre », parce que ça fait joli, ça fait fort, ça fait déterminé, ça fait réel, ça fait « sans concession » : cf. l’essai L’Anti-Œdipe (1972-1973) de Gilles Deleuze et Félix Guattari, la boîte de production de films gays Anti-Prod, la revue militante homosexuelle L’Antinorme dans les années 1970 en France, les éditions Contre-Dires, l’essai Manifeste contra-sexuel (2000) de Beatriz Preciado, le site de critiques Non-Fiction chapeauté par Frédéric Martel, le CUARH (Comité d’Urgence Anti-Répression Homosexuelle) dans les années 1970 en France, le documentaire « Jean Genet, le contre-exemplaire » (2010) de Gilles Blanchard, etc. Par exemple, le compositeur Érik Satie se définissait comme « anti-Français », l’écrivain Jean Genet comme « anti-Blancs », les poètes Arthur Rimbaud et Paul Verlaine comme « anti-bourgeois », etc. La photographe lesbienne Claude Cahun participe en 1936 à la fondation du regroupement Contre-Attaque.

 

Elles recyclent les vieux poncifs, adages et imageries rebattues des mouvements révolutionnaires historiques (prioritairement de gauche, cela va sans dire). Par exemple, lors du générique du 18e Festival Chéries-Chéris (ayant eu lieu en octobre 2012 au Forum des Images de Paris), un homme déguisé en évêque arbore un tee-shirt avec, inscrit dessus, le fameux slogan révolutionnaire communiste/républicain « No Pasarán ».

 

Pour elles, peu importe si la fin justifie les moyens : « Je revendique la provocation comme outil politique. » (Noël Mamère, homme politique des Verts qui a célébré le premier PaCS dans sa mairie de Bègles, entretien avec Christophe Gendron, le 23 mai 2006) ; « Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi. » (Jean Cocteau, Le Rappel à l’ordre, 1926) ; « Cocteau incarne l’anticonformisme absolu. » (cf. l’article « Une constante remise en cause » d’André Derval, cité dans le Magazine littéraire, n° 423, septembre 2003, p. 24) ; « Toutes les minorités se retrouvent dans le personnage du vampires. C’est le symbole du marginal de toutes les époques. Il est toujours un contre-pouvoir. » (Tony Mark, l’écrivain homosexuel lors de sa conférence « Vampirisme et Homosexualité » au Centre LGBT de Paris le 12 mars 2012) ; « Il s’agissait d’être pour et contre tout. » (Dan Savage, homosexuel, parlant de la bisexualité de David Bowie, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Out » (2014) de Maxime Donzel) ; etc.

 

Par exemple, le réalisateur allemand Rainer Werner Fassbinder fonde avec des amis une troupe de théâtre, l’Antiteater, à la fin des années 1960. Dans sa pièce Docteur Faustroll (1898), Alfred Jarry définit la pataphysique comme la « science des exceptions ». Le philosophe homosexuel Michel Foucault invite à « la traque de toutes les formes de fascisme » et prétend définir les règles de la « vie non fasciste » (Michel Foucault, « Préface » de L’Anti-Œdipe (1972-1973) de Gilles Deleuze et Félix Guattari).

 

En général, les personnes homosexuelles pratiquantes (et leurs suiveurs hétérosexuels) s’attaquent aux socles du Réel pour asseoir leur mouvement révolutionnaire de destruction (eux disent « déconstruction », « déplacement », « ouverture » : ça passe mieux et c’est plus discret) : ils cherchent prioritairement à déminer la différence des sexes (ils la définissent comme un système conservateur et totalitaire dangereux, qui imposerait la domination des hommes sur les femmes), à déminer la différence des générations (il s’agit pour elles de s’affranchir du « joug familialiste », de tout héritage et tradition du passé réel), à déminer la différence des espaces (les « penseurs du désir » tels que Foucault, Derrida, Deleuze, Guattari, qui ont construit leur réflexion sur la base des travaux de Reich et Marcuse qui proposaient de faire de la révolution des mœurs une révolution politique, notamment par le ré-examen complet du freudisme, ne pensent l’Homme et ses frontières que dans la projection de ses désirs) et à déminer enfin la différence entre Créateur et créature (leur cible est bien évidemment l’Église catholique et les prêtres qui sont les garants de cette distinction salutaire). Ces théoriciens, qu’on appelle aujourd’hui plus communément les « théoriciens du Genre », s’attachent, selon la formule de Tony Anatrella dans son essai Le Règne de Narcisse (2005), à « désincarner le sexuel » (p. 109) : « La théorie du gender s’appuie sur divers auteurs marxistes, structuralistes et d’inspiration psychanalytique, notamment ceux de la révolution sexuelle avec Wilhelm Reich (1897-1957) et Herbert Marcuse (1898-1979) qui invitent à vivre toutes les expériences sexuelles afin de se libérer des normes sociales pesant sur la sexualité. Simone de Beauvoir (1908-1986) est également une référence avec sa formule ambiguë et ‘constructiviste’ : ‘On ne naît pas femme, on le devient.’ » (p. 120)

 

Leur conception de la Révolution est mue non pas tant par la joie et l’humanisme que par la vengeance et la misanthropie : « Un peu révolutionnaires mais sûrement différents, mes ressentiments à l’encontre de la société s’accroissaient. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 42)

 

Très souvent, les personnes homosexuelles pratiquantes mènent une guerre iconoclaste (démarche typique des fanatiques des images et des idolâtres iconodules s’il en est !) : on les entend constamment être « contre les préjugés », « contre les clichés »… alors que nous sommes tous « à l’image de… » (c’est ce qui fait que nous existons : nous avons besoin des images) et que nous avons tous des préjugés (et heureusement : ce sont eux qui nous montrent que nous pensons, que nous ressentons, que nous désirons et que nous sommes libres de les changer).

 

Dans leurs discours, il y a une confusion récurrente entre révolution (qui reconnaît les limites et intègre l’échec) et transgression (qui nie les limites et qui cherche la toute-puissance). « Le légalisme est une abomination. Je déteste… Reste anarchique. » (Claude Cahun dans sa Lettre à André Breton, 1953) Par exemple, dans leur essai Le Cinéma français et l’homosexualité (2008), Anne Delabre et Didier Roth-Bettoni célèbrent la « grâce transgressive » (p. 74) des œuvres filmiques homosexuelles.

 

FAUX REV pètent la gueule

 

Au bout du compte, la plupart des sujets homosexuels finissent par devenir ce qu’ils reprochent aux autres, car à force de ne pas vouloir être comme les autres (alors que les autres sont une part d’elles-mêmes), ils les imitent. Concrètement, l’« idéologie de l’Anti » est mimétique, spéculaire, est une soumission, même si en intentions, elle se rêve comme une rupture totale, une indépendance extraordinaire. Beaucoup de personnes homosexuelles adoptant comme mode d’existence « l’anti » manquent totalement de personnalité (elles s’adaptent excessivement et obsessionnellement à ce contre quoi elles prétendent s’opposer) et recréent un nouveau fascisme en prétendant éradiquer les anciens fascismes historiques. « L’antitotalitarisme moralisant est le fondement de la censure d’aujourd’hui. » (Élisabeth Lévy, Les Maîtres Censeurs (2002), p. 19) ; « Le fascisme s’est présenté comme étant l’antiparti. […] Il s’est identifié avec la psychologie barbare et antisociale de certaines couches du peuple italien, qui n’ont pas encore été modifiées par une tradition nouvelle, par l’école, par la coexistence au sein d’un État bien ordonné et bien administré. » (Antonio Gramsci, « Forces élémentaires », L’Ordine Nuovo, 26 avril 1921)

 

Par exemple, l’anti-kitsch par le camp revient à reproduire du kitsch, quand bien même les artistes camp tels que Copi s’en défendent : « Nous allons vers la propreté, l’hygiène politique, sociale, artistique. Nous glissons délicieusement sur les pentes douces du ‘consensus’. L’esprit du temps est au kitsch : miauler avec les loups !… Cet esprit du temps m’emmerde ! Il se paye de trop de soumission (vous, moi). »

 
 

d) Les personnes homosexuelles pratiquantes échouent souvent leur révolution :

Finalement, après s’être excité pour ses fantasmes de révolté et des mirages télévisuels, les personnes homosexuelles pratiquantes découvrent la vanité de leurs combats (identitaristes, amoureux, politiques, etc.), de leur action militante, de leur engagement associatif ou artistico-journalistique, de leur fuite du Réel. Je vous renvoie aux essais La Fonction de l’orgasme (1970) de Wilhem Reich, à la Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary Club (1986) de Guy Hocquenghem, au documentaire « Después De La Revolución » (2008) de Vincent Dieutre, au film « Revolutions Happen Like Refrains In A Song » (« Les Révolutions surviennent comme des refrains dans les chansons », 1987) de Nick Deocampo (traitant de la prostitution masculines), et à l’excellent reportage « Les Lendemains tristes du mariage gay » (2013) de Matthieu Barbier (le seul qui revient fidèlement sur la bataille du « mariage pour tous » en France en 2012-2013), le film « La Révolution sexuelle n’a pas eu lieu » (1998) de Judith Cahen, etc.

Par exemple, Manuel Vázquez Montalbán, en écrivant son roman Los Alegres Muchachos De Atzavará (1988), dit avoir utilisé la thématique homosexuelle pour illustrer « l’hypocrisie du changement » de la transition démocratique espagnole aux lendemains chantants de la mort de Franco. Le réalisateur français Jean-Luc Godard règlera son compte avec les personnes homosexuelles dans le film « Masculin-féminin » (1966) en faisant graffiter « À bas la république des lâches » par Jean-Pierre Léaud sur la porte des toilettes où il vient de surprendre deux hommes enlacés.

 

« Avant ma mort, je ne verrai pas la société que j’ai toujours rêvée depuis que j’ai 10-15 ans. Je ne la verrai pas. J’ai cru à un moment que j’allais la voir, cette génération. Au moment de 1945, j’étais de tous ces jeunes cons qui ont cru qu’on allait passer de la résistance à la révolution, selon le merveilleux slogan. J’ai su maintenant que j’ai été couillonné. J’appartiens à une génération couillonnée jusqu’à l’intestin-grêle. Je sais que c’est cuit pour moi. C’est pour ça que j’attends tellement des jeunes. J’espère qu’ils réussiront ce que ma génération et la vôtre n’a pas réussi. On a loupé notre coup, Chancel, vous le savez très bien. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976)
 

La révolution que les personnes homosexuelles pratiquantes proposent reste en effet cantonnée dans le domaine du pictural. Par exemple, selon Gilles Deleuze et Félix Guattari, la schizophrénie qui nous entraînerait dans un devenir « anti-fasciste » braverait les obstacles de la réalité avec succès : « Des hommes savent partir, brouiller les codes, faire passer des flux, traverser le désert des corps sans organes. Ils franchissent une limite, ils crèvent un mur, la barre capitaliste. […] À travers les impasses et les triangles, un flux schizophrénique coule, irrésistible, sperme, fleuve, égout, blennorragie ou flot de paroles qui ne se laisse pas coder, libido trop fluide et trop visqueuse : une violence à la syntaxe, une destruction concertée du signifiant, non-sens érigé comme flux, polyvocité qui revient hanter tous les rapports. » (Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe (1972/1973), p. 158) Mais ensuite, ils sont un peu obligés de nuancer l’euphorie de leur propos : « Sans doute toute intensité s’éteint-elle à la fin, tout devenir devient lui-même un devenir de mort. Alors la mort arrive, effectivement. » (idem, pp. 394-395)

 

Dans les discours des militants pro-droits-LGBT, le thème révolutionnaire sert presque uniquement de prétexte à filmer le corps musclé de l’homme prolétaire, à se rincer l’œil et à se faire (sensuellement et génitalement) du bien, à baiser tranquille, à s’auto-contempler narcissiquement, à se draguer entre « camarades » d’« actions » : « Copi était fou amoureux de Guy Hocquenghem. » (Christian Belaygue cité dans l’essai Le Rose et le Noir, les Homosexuels en France depuis 1968 (1996) de Frédéric Martel, p. 158) ; « Pendant que mon cousin prenait possession de mon corps, Bruno faisait de même avec Fabien, à quelques centimètres de nous. Je sentais l’odeur des corps nus et j’aurais voulu rendre palpable cette odeur, pouvoir la manger pour la rendre plus réelle. J’aurais voulu qu’elle soit un poison qui m’aurait enivré et fait disparaître, avec comme ultime souvenir celui de l’odeur de ces corps, déjà marqués par leur classe sociale, laissant déjà apparaître sous une peau fine et laiteuse d’enfants leur musculature d’adultes en devenir, aussi développée à force d’aider les pères à couper et stocker le bois, à force d’activité physique, des parties de football interminables et recommencées chaque jour. » (Eddy Bellegueule, l’enfant de prolétaire simulant des films pornos avec ses cousins dans un hangar, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 153) ; etc. Pensons aux Gay Pride qui, sous couvert de lutte politique, n’est qu’une immense foire aux bestiaux où la plupart des participants sont davantage intéressés par la drague que par les slogans militants qui sont scandés dans les haut-parleurs et affichés sur les chars.

 

En général, l’engagement révolutionnaire des personnes homosexuelles n’est qu’intentions : pas un don entier de leur personne. Par exemple, Steven Cohen, le performer homosexuel travesti M to F, se rend dans des grandes mégapoles internationales, mais propose un art trash-bourgeois qui ne vient absolument pas en aide aux personnes qu’il visite : celui-ci se fige en posture silencieuse, exhibitionniste et destructrice (Cohen dira « iconoclaste »), en démobilisation quasi complète, en contemplation désespérée du genre humain urbanisé, en hargne contre l’Humanité (à commencer par ses propres parents).

 


 

Je pense également au dramaturge Copi, qui s’est mis nu aussi dans ses pièces, à tous les artistes bobos homos qui mettent en scène l’alliance sexe-mort, et qui sont persuadés que « révolutionner » c’est juste « choquer ».

 

Dans l’esprit de ces activistes, la Révolution a été confondue avec l’inversion (or l’inversion n’est pas la suppression de la carte qu’on prétend détruire mais simplement un retournement de cette même carte). « La transgression, c’est toujours quelque chose qui m’intéresse. Dans la vie. Dans mon travail. Et c’est quelque chose que j’aime dans la culture gay en général. C’est de vraiment twister les choses, de les rendre différentes. Et en fin de compte qu’arriver à coder quelque chose, je trouve que c’est assez drôle. » (Michel Gaubert interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) Je vous renvoie au code « Inversion », ou encore à la partie « Le Bien par le mal » du code « Se prendre pour le diable », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels. Par exemple, Lionel Souquet défend « un mentir vrai », « dévastateur et révolutionnaire », lors de sa soutenance de thèse « La ‘folle’ révolution autofictionnelle : Arenas, Copi, Lemebel, Puig, Vallejo (à la Sorbonne à Paris, en 2009). Je crois qu’il y a là une mauvaise compréhension et une caricature de ce qu’est la véritable révolution : un don entier de soi pour la Vérité et par des actes justes et bons.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Les personnes homosexuelles pratiquantes sont en réalité des faux révolutionnaires qui ne veulent de la révolution que la réputation, que l’image et les paillettes : pas l’action (constructive) ni ses contraintes. « La révolution sexuelle est en marche à Hollywood ! » (cf. la critique par rapport à un film sur le SM, « Interior. Leather Bar » (2013) de James Franco et Travis Matthews, dans le plaquette du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 29) ; « Mon seul combat, c’est d’habiller les femmes. » (Yves Saint-Laurent dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert) ; « J’adorais suivre la mode. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 21) ; « J’ai le Sida. J’attrape toutes les modes. » (Copi s’adressant à Facundo Bo, cité dans l’essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel, p. 479) ; « On est à bonne école ici : on est chez les soumis ! » (cf. une blague d’un membre du Centre LGBT de Paris, entendue le 2 avril 2010) ; etc. Elles se sont installées dans le doux confort du militantisme à distance, en choisissant deux maîtres que tout – ou presque – oppose et qu’elles ne pourront jamais servir bien entièrement : l’effort et la facilité. « Les auteurs de la Beat Generation pensaient avoir fait un grand coup en se retirant et en prenant la route du Maroc, pour ne pas dire du haschich, mais ils n’avaient jamais commencé quoi que ce soit. C’étaient des marginaux qui n’auraient jamais été remarqués par personne sans le génie publicitaire d’Allen Ginsberg. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 357)

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Le vertige d’avoir été trompé par ses idéaux révolutionnaires, par ses parents soixante-huitards et par ses potes de combat, ou de s’être illusionné soi-même est parfois exprimé par une question ou par une révolte amère : « La fête est finie. » (Alberto Mira, De Sodoma A Chueca (2004), p. 565) ; « Que reste-t-il de l’explosion des années 1970 ? » (Jean-Luc Hennig cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 8) ; « En cette fin de siècle, tout semble s’être refermé. Comment être outrageant en ces années outragées ? » (Bill T. Jones, idem, p. 288) ; « Comment passe-t-on d’une rive à l’autre ? Comment se fait-il que le désir puisse défier et même provoquer la mort ? » (Néstor Perlongher, « Matan A Una Marica » (1985), dans son recueil Prosa Plebeya (1997), p. 35) ; « Employer la terreur pour la révolution : c’est en soi une idée totalement contradictoire. » (Michel Foucault, « Le Savoir comme crime », entretien avec S. Terayama en 1976, cité dans Dits et écrits II, 1976-1988 (2001), p. 83) ; etc.

 

Par exemple, dans son essai Il Teatro Inopportuno Di Copi (2008), Stefano Casi qualifie le dramaturge homosexuel argentin Copi de « timide révolutionnaire » (p. 13).

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Beaucoup de personnes homosexuelles se rendent compte du conformisme de leur anticonformisme. « Avant, c’était excitant et original d’être homo. Ça faisait de vous quelqu’un de spécial. Ça vous rendait différent des autres. Alors que maintenant, vous êtes aussi ennuyeux ou intéressant que n’importe quel hétérosexuel au monde. C’est comme ça. » (Steve Blame, en conclusion du documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Le PaCS ne donne pas plus d’amour. » (Christophe, en couple depuis 13 ans avec Mehdi, dans l’article « Pacsés… un jour mariés ? », sur le magazine Psychologies, juin 2004, n°231, p. 77) ; « Le problème, c’est que l’homosexualité n’a plus rien de subversif. […] Ne plus croire en Dieu n’est pas non plus exceptionnel. […] En vouloir à l’Église, c’est lassant, ça ne sert à rien. […] Aujourd’hui, ce qui est subversif, c’est justement d’adhérer à tout ça, de ne pas voir le Loup avant le mariage. […] Même voter à gauche n’est plus signe de rébellion, et si l’on y regarde de plus près, c’est l’inverse qui est bien souvent la preuve d’une bravade insolente. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), pp. 257-258) ; « J’escroque un peu mon monde. » (Allen Ginsberg dans le docu-fiction « Howl » (2010) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman) ; « Quant à la visibilité des homosexuels, j’ai l’impression que c’est un peu un leurre. On ne s’est pas battu pour rien, mais la gay pride et le PaCS restent de fausses libertés ; on reste emprisonné dans un ghetto, et si on est visible, c’est derrière un paravent. » (Jean-Daniel Cadinot cité dans la revue Triangul’Ère 4 (2003) de Christophe Gendron, p. 72) ; etc. Leurs constats confinent au cynisme. « L’Essobal, c’est un gars bon. Il est vachement engagé socialement, que même Béachelle et l’abbé Pierre à côté, c’est des veaux. Dès l’âge de douze ans, au sein du comité d’action révolutionnaire de son lycée, le petit Essobal fonda le groupe de lutte contre la tonte et le découpage des oreilles des caniches. » (Essobal Lenoir parlant ironiquement de lui-même à la troisième personne, dans sa nouvelle « Une Vie de lutte » (2010), p. 168) ; « Essobal Lenoir ne rate jamais une marche de la section Neuilléenne de lutte contre le Front national. Tous les week-ends, au golf, il est très farouchement opposé à toute forme d’antisémitisme, voire même de racisme, vous savez le truc des nègres et des bougnoules. » (idem, p. 171)

 

Dans la pièce musicale Rosa La Rouge (2010) de Marcial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi, une très longue liste de noms d’auteurs dits « révolutionnaires » (dont le dramaturge Copi) est citée. Le plus significatif, c’est que l’immense papier où est inscrit le mot « Révolution » finit par être chiffonné… ; plus tard est diffusé avec ironie un extrait du film « Spartacus » (1960) de Stanley Kubrick, comme un symbole kitsch des révolutions d’antan, plus flamboyantes que celles d’aujourd’hui.

 

La passion soudaine chez les personnes homosexuelles pour des fausses réalités (l’égalité, la tolérance, leur conception erronée du droit et de la liberté, etc.) et des réalités travesties (l’homosexualité, la famille, le couple… les Jeux Olympiques « Gays » !), qui n’émane pas d’un désir profond mais plutôt d’une révolte inconsciente, n’est chez elles que l’expression, au fond, d’une désaffection de l’engagement, en plus d’un fanatisme. C’est parce que beaucoup de couples homosexuels sont infidèles et ne savent plus s’engager en amour, c’est parce que les individus homosexuels ne savent plus qui ils sont, qu’ils font précisément semblant de s’exciter pour des causes (le coming out, le mariage, l’adoption, les enfants…) qui ne les emballent pas vraiment, qui ne concernent pas véritablement leur situation de vie, qui tuent leur ennui ou leur angoisse d’être si mal assortis, et qu’une fois obtenues ils écartent. Ils ne les voulaient que « pour le symbole », « pour la reconnaissance sociale », que pour le paraître et la sincérité, parce que « ça faisait solidaire ».

 

L’humoriste Océane Rose-Marie s’engage pour les Gay Games (J.O. « homosexuels »)… parce que c’est HYPER important (pourquoi? Parce que c’est HYPER important)

 

Par exemple, invité du Petit Journal de la chaîne Canal + le 22 juin 2013, Pierre Bergé a admis qu’il n’était pas pour le mariage homo mais juste pour l’union civile (exactement comme Frigide Barjot), après avoir fait croire à tout le monde pendant des mois qu’il le voulait : « Je trouve que le mariage, c’est une institution bourgeoise. Donc je ne suis pas pour le mariage des hétéros, et je ne suis pas pour le mariage des homos. C’est clair, ça, je suis pour une grande union civile. » Lors de l’émission, il a l’aplomb de répondre à la question « Quel est votre plus gros défaut ? » : « La mauvaise foi. » Pour une fois, il dit vrai !

 

Caroline Fourest et les Femen, pleines de bonnes intentions

Caroline Fourest et les Femen, pleines de bonnes intentions


 

Pire encore, l’action « révolutionnaire et antifasciste » des personnes homosexuelles pratiquantes finit par devenir encore plus violente que le fascisme ou le totalitarisme qu’elles prétendaient dénoncer et éradiquer. « Contrairement à ce qui se passait aux Antilles, ici en métropole, nous poursuivions le combat avec acharnement. L’imminence d’une manifestation sur la voie publique se précisait à mesure que nous imposions nos idées. […] Plus que jamais le moment était venu de sortir de l’ombre, et les grands chambardements de la société de mai 68 furent une aubaine. » (Ednar dans les premiers groupes de revendication homo, dans le roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 172) Par exemple, dans le documentaire « La Grève des ventres » (2012) de Lucie Borleteau, le collectif « Grève du ventre » est un groupe commando voulant « arrêter de faire des enfants » et imposer leur idéologie infanticide/abortive à l’ensemble des femmes, des mères et de la Planète.

 

Cette violence militante vient d’une frustration de découvrir l’inutilité du combat, d’une bouderie. Les militants homosexuels découvrent inconsciemment que l’identité homo et l’amour homo ne sont pas des causes réelles… donc ils se mettent à faire la gueule, et même à faire passer leur coup de gueule pour minoritairement homosexuel (alors qu’il s’agit précisément du contraire). Il existe en effet une attitude homosexuelle présentée actuellement comme « révolutionnaire » : celle du rejet de l’étiquette « homosexuel » sous couvert d’ouverture à l’universalité et de rejet de la ghettoïsation du « milieu homo ». Par exemple, le réalisateur Xavier Dolan rejette avec virulence l’existence de prix spécifiquement « gays ». En réalité, ni les promoteurs de ces prix artistiques, ni ceux qui les détruisent (et qui sont au fond les mêmes personnes) ne font preuve de courage et de discernement par rapport au désir homosexuel. Dolan a l’attitude (bobo et homophobe) du commun des personnes homosexuelles pratiquantes qui ne veulent pas voir leur désir et leurs actes identifiés. Rien de révolutionnaire ni d’extraordinaire dans sa démarche. La marque de fabrique du désir homo, c’est qu’il se renie pour mieux se pratiquer. La grande majorité des personnes homos sont si homosexuellement correctes en pensant ne pas l’être !

 
 

e) L’homophobie : fragile et ultime rempart de la « Révolution LGBT »

Chris Colfer et Jim Parsons, pour la revue "Rolling Stone"

Chris Colfer et Jim Parsons, pour la revue « Rolling Stone »


 

En général, dans le quotidien des « couples » homosexuels, l’échec de la « révolution homosexuelle » est nié en bloc, ou bien est imputé soit à l’extérieur (la société et les méchants « homophobes »), soit à la lâcheté d’un des deux partenaires du binôme… sachant que cette lâcheté se déplace ou s’échange entre eux comme un virus censé rehausser le courage de l’un au détriment de l’horreur de la haine de soi de l’autre. « Je voulais montrer deux générations successives d’hommes gays, deux extrêmes, deux pôles, l’un qui est dans la honte et la culpabilité et l’autre qui est totalement libre. Et comment témoigner de ses sentiments lorsque l’on ne peut pas ? » (Tor Iben, le réalisateur du film « Cibrâil » (2010) de Tor Iben, s’exprimant sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris en octobre 2011)

 

On observe la même démarche de clivage manichéen à l’échelle cette fois communautaire ou nationale. « Sans être militant, Copi aura contribué, sans doute davantage que les Groupes de Libération Homosexuelle qui naissent en 1974, à façonner l’imaginaire homosexuel. » (Frédéric Martel, Le Rose et le Noir, les Homosexuels en France depuis 1968 (1996), p. 159) Il y aurait, selon les journalistes et les « intellectuels » pro-gay, la communauté homosexuelle « qui s’assume » et qui courageusement luttent pour l’épanouissement de la communauté homosexuelle « qui ne s’assume pas » et qui crache sur la première. Selon ces manichéens homosexuels actuels, soit on vit ouvertement son homosexualité comme ils le suggèrent/imposent, soit on finit frustré et malheureux : « Au final, il convient de rappeler une évidence majeure : […] l’homosexualité n’est pas un choix moral. Sauf dans le cas d’une homosexualité temporaire ou de circonstance, le seul et unique choix, pour la plupart de ceux d’entre nous qui naissent homosexuels et le découvrent très jeunes, est de vivre ouvertement et sereinement leur sexualité et leur vie ou de se replier dans la solitude, le refoulement et l’aigreur. Dans le premier cas, ils n’en seront que plus équilibrés et n’ennuierons en rien leurs voisins pas trop obtus, dans l’autre, cela ne peut qu’engendrer des conséquences fâcheuses pour eux-mêmes, leur entourage, et pour la société tout entière. » (Bertrand Desfossé, Henri Dhellemmes, Christèle Fraïssé, Adeline Raymond, Pour en finir avec Christine Boutin (1999), pp. 21-22)

 

Dans quasiment aucun cas l’échec de la révolution homosexuelle n’est attribué à ce qui, pourtant, devrait être identifié comme l’unique source du problème : le coming out et la formation du couple homo, autrement dit la pratique homosexuelle et la dualité schizophrénique du désir homosexuel, étant donné que le désir homosexuel est un élan de haine de soi, qui fait que la personne qui s’y adonne (s’)adore et (se) déteste dans un même mouvement.

 

Beaucoup de militants pro-gays se servent de l’homophobie comme seul et unique rempart/socle de leur « Révolution homosexuelle » fantasmée, mourante parce que basée sur une pratique homosexuelle violente.

 

Par exemple, le documentaire « L’Affaire Pasolini » (2012) d’Andreas Pichler essaie de faire passer le meurtre de Pier Paolo Pasolini pour un crime politique national, un complot collectif sournois, et non pour un assassinat dû avant tout aux actes honteux du fameux réalisateur opérés dans un cadre privé concret (celui du tourisme sexuel, de la drague homosexuelle et de la prostitution masculine), et dû à la terreur homosexuelle/homophobe du jeune voyou Pelosi… tout ça juste pour magnifier le personnage de Pasolini par la victimisation, pour l’ériger en héros et en martyre gênant d’une société qui a tué l’un de ses maîtres à penser parce qu’il lui aurait révélé de terribles vérités : « Comme tous les poètes, il entrevoyait l’avenir. » En réalité, le meurtre de Pasolini a été un « plan cul » qui a mal tourné.

 

Autre cas similaire. Avant de découvrir que le jeune Matthew Shepard, assassiné aux États-Unis en 1998, avait été massacré par ses deux ex-amants et fournisseurs de drogues, beaucoup présentaient (c’est très clair dans le docu-fiction Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman) et continuent de présenter le garçon décédé comme un révolutionnaire christique, qui s’était engagé pour les Droits de l’Homme et la Cause gay, alors que concrètement, ce n’était pas le cas. « Mon sentiment, c’est que les médias dépeignent Matthew comme un saint… alors que c’était un pilier de bar. » (une des rares autochtones lucides du Wyoming) Il est comparé à un Jésus crucifié sur un poteau, ligoté à une clôture : « Cet endroit est devenu un lieu de pèlerinage », déclare le père Steeven. Même le jeune cycliste (Aaron) qui a découvert le corps de Matthew, prétend que c’est Dieu qui l’a conduit sur les lieux du martyr. On constate tout l’opportunisme sincérisé des militants pro-gay et des mass médias qui se sont servis de la mort du jeune homme pour hurler à l’homophobie, pour satisfaire leur voyeurisme narcissique, pour justifier leurs propres actions militantes (« Il y avait dans la personnalité de Matthew Shepard un aspect politique. » avouera Doc O’Connor) en organisant partout aux USA une grande chaîne émotionnelle de solidarité, de veillées aux flambeaux (les fameuses « candlelight vigils » qu’on a pu voir aussi suite à l’assassinat du maire homosexuel Harvey Milk à San Francisco) : « Je crois vraiment que c’est une des plus belles choses que j’ai faites dans ma vie. » (Matt, un homme homosexuel parlant des veillées) ; « Quelle chance d’avoir vu une chose pareille dans sa vie. » (Harry, un autre veilleur, 52 ans)

 

(avec toujours l’insupportable et classique voix-off susurrée des films bobos)

 

Cette récupération du malheur ou de la violence dits « homophobes », pour tresser des couronnes révolutionnaires « aux homos » et se glorifier d’être leurs sauveurs, est observable dans tous les cas de meurtres non-élucidés (suicides, agressions, assassinats, épidémie de Sida, etc.). Elle est opérée avec la complicité des associations LGBT (Le Refuge, Act-Up, l’inter-LGBT, l’APGL, les Panthères roses, les Antifas, etc.), des revues de la presse homo (les officielles tout comme les officieuses : Têtu, Minorités, Yagg, etc.), et maintenant de nos gouvernants politiques.

 

On a pu la voir lors de l’affaire Sébastien Nouchet (homosexuel qui s’est auto-incendié à l’essence en 2004 en France), qui fut récupérée et montée en épingle par les mass médias pour accélérer l’adoption de deux amendements anti-discriminations réprimant notamment les propos homophobes en France. C’est aussi ce qu’on peut observer avec le meurtre de Clément Méric lors de la bataille du « mariage gay » en France en 2013 (la communauté homosexuelle a fait croire au crime politique impulsé par la « Manif Pour Tous » avant de se rendre compte que l’activiste anti-fasciste avait lui-même agressé ses tueurs).

 

Dans nos contrées occidentales pseudo « démocratiques », se dressent depuis un certain temps, autour des concepts d’homophobie et de fascisme, des tribunaux « révolutionnaires » formés en réalité de trouillards, d’ignorants, de condamnateurs et de personnes particulièrement homophobes (il n’y a qu’à voir comment elles traitent et insultent leurs pairs homosexuels qui ne pensent pas comme elles), qui culpabilisent tout le monde et surtout traînent la Terre entière (excepté leur élite) en procès de fascisme (ou d’intégrisme ou d’extrémisme), en les faisant comparaître dans leurs films, pièces, talk-shows, conférences, plateaux télé politiques (transformés en arènes par l’entremise de l’« équipe à Ruquier » et autres journalistes véreux). Quand le militantisme manichéen, agressif, idéologue, ose se présenter comme l’incarnation de l’humanisme, de l’amour, du respect, de l’humour, de l’engagement audacieux, on oscille, en tant que spectateur, entre rire, consternation et révolte. Car oui, ceux qui prônent l’amour en vous insultant ou en vous menaçant de penser/pleurer comme il faut, c’est-à-dire comme eux, sont littéralement tragicomiques (c’était palpable lorsque j’ai assisté à la projection du documentaire « Et ta sœur ! » (2011) de Nicolas Barachin et Sylvie Leroy, ou bien lors de la représentation de pièces dites subversives et engagées comme Golgota Picnic (2012) de Rodrigo Garcia, Grand Peur et Misère du IIIe Reich (2008) de Bertold Brecht, Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman, Bent (2007) de Martin Sherman, etc.). Ces idéologues « bienfaiteurs » vous crachent à la gueule le sourire aux lèvres, la larme à l’œil, et avec la satisfaction d’accomplir une œuvre de justice et de progrès. Sidérant. Déplacé. Indécent. Puant. Surtout au vu des crises dramatiques (économiques mais surtout morales) que traversent en ce moment tous les pays (Espagne, Belgique, France, Suède, États-Unis, Afrique du Sud, etc.) approuvant les yeux fermés les lois pro-gays en pensant que ça fera écran aux divisions dans les familles, entre concitoyens, et sur notre Planète qui perd pied avec le Réel, alors que c’est tout le contraire qui arrive.

 

FAUX REV Espagne

 

La défense sociale et la banalisation de la pratique homosexuelle (une pratique qui est tout sauf aimante car elle expulse la différence des sexes et repose sur une discrimination contraire à l’Amour et au Réel), loin de marquer un progrès humain et une ouverture, indiquent une régression civilisationnelle très grave, qui risque de se retourner contre les plus fragiles de notre société (les femmes, les enfants, les personnes homosexuelles, en premier lieu). L’égalitarisme bon ton est un rouleau compresseur extrêmement inhumain et dangereux, qui transforme le troupeau de moutons de panurge anti-conformistes et pro-Égalité en macaques décérébrés, incapables de penser par eux-mêmes (ce n’est pas moi qui le dis : ce sont eux-mêmes qui se représentent ainsi! cf. la photo ci-dessous que j’ai prise dernièrement), oubliant leur humanité, et présentant (par cynisme désabusé) leur décadence et leur barbarie comme de l’esprit et du progrès social.

 

Photo d'un graffiti des pro-mariage-pour-tous défendant l'égalité, et représentant un singe

Photo d’un graffiti des pro-mariage-pour-tous défendant l’égalité, représentant un singe (Paris, IVe arrondissement, 2013)


 

Finalement, que c’est dur, irréaliste et violent, de chercher à être révolutionnaire sans se mettre au service des seules instances et incarnations qui incarnent vraiment la Révolution sur Terre : Jésus et son Église catholique !

 
 

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Code n°68 – Femme allongée (Ophélie / Femme qui tombe / Femme faussement endormie)

femme allongée

Femme allongée

 
 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Couchée, inanimée, panier !

 
 

Film "La Belle et la Bête" de Jean Cocteau

Film « La Belle et la Bête » de Jean Cocteau


 

Elle est là, posée horizontalement, comme une diva sur son canapé en velours, comme une star portée aux nues par ribambelles d’hommes en costard qu’elle a piégés, comme une femme endormie ayant mystérieusement capturé le désir de son fan homosexuel qui l’observe sans la toucher (surtout pas ! la déesse-sphinx ne doit se toucher qu’avec les yeux !). La femme allongée est la momie déifiée mais aussi massacrée par la communauté homosexuelle, car elle est veillée comme une femme-vampire qui peut se réveiller à tout moment et attaquer sans crier gare. Dort-elle vraiment ? Est-elle morte ? On a un gros doute. Pourquoi l’égérie gay tombe-t-elle souvent pour finir comme une sainte reposant dans sa chasse ? Certainement pour magnifier les chutes et pour prouver qu’elle y survivra. En tout cas, elle conserve un grand pouvoir et sex-appeal, même en état de repos. Dans les fictions homo-érotiques, les femmes sont souvent représentées en train de tomber, de dormir, ou à l’horizontal, parce qu’elles sont remplacées par la femme-objet cinématographique inconsciente, évanouie, assassinée, violée, passive, exposée, suspendue, inerte, inaccessible. La femme allongée est la marque esthétisée de l’idolâtrie et de la misogynie homosexuelles à l’égard des femmes réelles. Et aussi, je crois, la preuve que le désir homosexuel est un élan lâche, inhumain, bourgeois, de viol, irréel, matriarcal et peu paternel, endormi.
 

Bette Midler

Bette Midler


 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Dilettante homo », « Eau », « Sommeil », « Regard féminin », « Mort = Épouse », « Bergère », « Matricide », « Vierge », « Femme au balcon », « Sirène », « Femme fellinienne géante et Pantin », « Tante-objet ou Maman-objet », « Oubli et Amnésie », « Grand-mère », « Carmen », « Cercueil en cristal », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois », « Voyeur vu », « Espion gay », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Actrice-Traîtresse », « Femme étrangère », « Mariée », « Viol », « Planeur », « Un Petit Poisson Un Petit Oiseau », « Destruction des femmes », « Talons aiguilles », « Poupées », « Pygmalion », « Femme et homme en statues de cire », à la partie « Chute » du code « Icare », à la partie « Je suis mort » du code « Mort », et à la partie « Catwoman » du code « Femme-Araignée », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Marie, couche-toi là !

Film "Die Ehe Der Maria Braun" de Rainer Werner Fassbinder

Film « Die Ehe Der Maria Braun » de Rainer Werner Fassbinder


 

La femme allongée ou endormie est un cliché homosexuel très présent dans les fictions : cf. le film « Swimming Pool » (2002) de François Ozon, le film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce, la chanson « Aurore » de Bruno Bisaro, le film « Ostia » (1970) de Sergio Citti, le film « L’Arrière-Pays » (1997) de Jacques Nolot, le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb, le vidéo-clip de la chanson « Ma Révolution » de Cassandre, le film « Le Roi Jean » (2009) de Jean-Philippe Labadie, le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio (avec Alicia), le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino (avec Julia observant son amante Helena endormie et allongée), le tableau La Blanche et la Noire (1913) de Félix Valotton, le film « Il ou elle » (2012) d’Antoine et Pascale Serre, etc. Par exemple, dans le film « Une si petite distance » (2010) de Caroline Fournier, on ne voit que les héroïnes lesbiennes allongées, en train de comater pendant l’été, de lézarder sur le lit, prenant leur bain. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, les deux héroïnes lesbiennes sont presque tout le temps filmées endormies ou ensommeillées ; d’ailleurs, l’un des tableaux que fait Emma de son amante Adèle est justement une femme allongée. Dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), Merteuil se met en position fœtale dans une baignoire inclinée.
 

Film "Gilda" de  de Charles Vidor

Film « Gilda » de Charles Vidor


 

La femme endormie est souvent la mère du héros homosexuel : cf. le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (avec la maman de Paul et Élisabeth), le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz (avec la maman de Mathieu endormie), le roman Willowra (2008) de Kadyan (avec le corps allongé de la grand-mère de Gabrielle), etc. « Dans l’un de ces lits gisait sa mère. Le blanc de son visage se fondait dans la blancheur des draps. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 31) Par exemple, dans le film « El Beso De La Mujer-Araña » (« Le Baiser de la Femme-Araignée », 1985) d’Hector Babenco, Molina, le héros homosexuel, parle à sa mère endormie, qui ne lui répond pas. Cette mère n’est pas forcément la génitrice biologique. C’est plutôt la mère cinématographique, fantasmée, l’actrice dans sa vitrine : cf. le film « La Fille dans la vitrine » (1961) de Luciano Emmer. « Si je me lève tôt, suis plus la même : la vie a bon dos. » (c.f. la chanson « Get up Girl » de Mylène Farmer) ;
 

"Angel" de Thierry Mugler

« Angel » de Thierry Mugler


 

La femme adulée par le personnage homosexuel apparaît parfois allongée en lévitation entre terre et eau, comme la fameuse Ophélie : cf. la pièce Sainte Geneviève dans sa baignoire (1966) de Copi, le film « Bug » (2003) d’Arnault Labaronne (où est revisité le conte de La Belle au bois dormant), le tableau Ophélie (1852) de John Everett Millais, le poème « Ophélie » d’Arthur Rimbaud, la chanson « Ophélie » de Dave, les toiles d’Ophélie de Gustave Moreau, etc.
 

C’est le fait qu’elle soit allongée qui, aux yeux du héros homosexuel, contribue à la beauté et au charme de la femme : « Et cette nuit, dans ce lit, tu es si jolie. » (cf. la chanson « Les Yeux noirs » du groupe Indochine) ; « Lady Gaga, elle n’a plus qu’à aller se coucher. » (le narrateur homosexuel imitant la chanteuse sur « Bad Romance », dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair) ; « Sentinelle idolâtre et gardien du temple de tes nuits, je monte la garde et tu commences à vivre ton autre vie. » (cf. la chanson « Jalousies » d’Étienne Daho) ; « J’ai comme une envie de voir ma vie au lit. » (cf. la chanson « Je t’aime Mélancolie » de Mylène Farmer) ; « Mme Yank allongée sur son lit… » (Pretorius parlant de Madame Yank, la comptable de 80 ans de l’Hôtel du Transylvania, dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « J’aimerais être là à vous regarder dormir. » (Marianne s’adressant à son amante Isabelle, dans le concert d’Oshen – Océane Rose-Marie – à L’Européen, à Paris le 6 juin 2011) ; « Allongé, le corps est mort. Pour des milliers, c’est un homme qui dort. » (cf. la chanson « C’est une belle journée » de Mylène Farmer) ; « Elle dort’, se dit-il. » (Paul Esménard à propos de Berthe, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 112) ; « Tu étais si jolie, couchée, là, les cheveux étalés sur le tapis. » (Rachel s’adressant à son amante Ninette dans la pièce Three Little Affairs (2010) d’Adeline Piketty) ; « Tu es très mignonne couchée là. » (Petra s’adressant à son amante Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 20) ; etc.
 

Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Rosa, la jolie prostituée, a couché avec le jeune Moustique qu’elle a dépucelé sur sa demande, et lui fait un reproche une fois qu’elle s’est réveillée : « Pourquoi tu m’as laissée dormir ? » Le jeunot lui rétorque : « Pour te regarder. Pour mieux me rappeler plus tard. » Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, Virginia Woolf regarde avec tristesse son amante Vita Sackville-West endormie.
 

Film "Pink Narcissus" de James Bidgood

Film « Pink Narcissus » de James Bidgood


 

Le personnage homosexuel cherche à imiter cette femme allongée et considère son amant pour celle-ci. Visiblement, « faire la planche » (sur l’eau, entre autres), cela revient symboliquement à s’homosexualiser. Par exemple, le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma s’achève par l’image d’Anne et de Marie allongées sur le dos dans l’eau de la piscine déserte. Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny a peur de s’abandonner, et donc son amant Romeo lui apprend à faire « la planche » dans la mer : « Pour flotter, il faut lâcher prise et tout oublier. » Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adam apprend aussi à Lukacz à faire la planche pour qu’il sache nager.
 
 

b) Le sommeil ambigu et inquiétant :

Film "Les Garçons d'Athènes" de Costantinos Yannaris

Film « Les Garçons d’Athènes » de Costantinos Yannaris


 

L’adoration laisse très vite place au soupçon. La femme allongée a un drôle de sommeil qu’elle a l’air de contrôlé ou qui semble exercer un pouvoir sur ceux qui l’observent : cf. la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi (avec Agathe), la pièce musicale Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro (avec la femme endormie aux yeux mi-clos), le tableau Rolph Panteross… The Drak Cat – Like Mutant de Lorenn le Loki, les films « Comme les autres » (2008) de Vincent Garenq, le film « Le Secret de Veronika Voss » (1982) de Rainer Werner Fassbinder, le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat, le film « Lifeboat » (1944) d’Alfred Hitchcock (avec Constance, la bourgeoise, qui fait semblant de dormir), le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot (avec la Duchesse de Polignac contemplée par Sidonie, également lesbienne), etc.
 

Magiquement, le veau d’or féminin s’anime : « Une femme est endormie. Une femme sort du sommeil. » (cf. une réplique du film « Billy’s Hollywood Screen Kiss » (1998) de Tommy O’Haver) ; « Laëtitia jouait l’indifférence, mais l’était-elle vraiment ? » (Bryan, le héros homosexuel du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 45) ; « La maîtresse des lieux, Pauline Bonaparte, couchée sur son divan de marbre, vous reçoit, hautaine et secrète, avec l’air de vous susurrer des choses inavouables, tant elle est sensuelle et provocante. » (Éric, l’un des héros homosexuels, en parlant de la statue de Canova à la Villa Borghese, dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 19) ; « Je suis stoïque mais plus pour longtemps. » (cf. la chanson « Pas de doute » de Mylène Farmer) ; « I can’t wake up Daphnée, she is sleeping ! » (Jean, le héros homosexuel s’adressant à John, le mari de Daphnée, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Oh putain, cette fille-là, elle marche pieds nus dans la rue. Elle mord les garçons. C’est là qu’elle m’a convaincu. […] Oh ! Regardez comme elle dort. » (cf. la chanson « Alertez Managua » d’Indochine) ; etc.
 

Par exemple, la première image du film « L’Embellie » (2000) de Jean-Baptiste Erreca montre Saïd, le héros homo, qui dort ; un peu plus tard, Noria, la sœur de Saïd, qui a très bien vu que Karim, l’autre héros homo, rentrait dans sa chambre, simule le sommeil profond. Dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat, Jean-Pierre, face à Catherine (l’héroïne lesbienne) endormie, dit qu’il fait de la narcolepsie. Dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia, Malik, le héros homosexuel, réveille avec angoisse sa mère qui sommeillait : « Tu m’as fait peur. J’ai cru que t’étais morte. » Dans le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, Williams, le héros homosexuel, passe ses nuits à veiller en secret Leonora endormie : il finira par mourir à cause des rayons oculaires dorés que lui envoie son irradiante idole ensommeillée. Dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet, Raymond, le personnage homo refoulé, observe Caroline endormie sur son canapé, et exprime son attirance autant que sa crainte : « Elle est mignonne quand elle dort. Dommage qu’elle soit… enfin, passons. » Elle sort de son sommeil et le prend en flagrant délit d’aveu : elle insiste pour qu’il termine sa phrase !
 

La femme allongée homosexualise parfois le héros à son insu, par sa fausse passivité ou parce qu’elle lui fait peur en l’impressionnant (il a peur de la casser !). « Ethan ne sait pas depuis combien de temps il regarde Hillary dormir. Les draps blancs ne recouvrent que la moitié de son corps. Le reste, Ethan le caresse doucement, du bout des doigts, comme une œuvre d’art trop fragile. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 13) Par exemple, dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis, Alice fait semblant de dormir et espionne Julien et Fred en train de coucher ensemble. Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, Marc, le héros homosexuel vivant une liaison homosexuelle secrète, regarde sa femme enceinte Bettina dormir, rester indifférente à sa « mutation » homosexuelle. Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Clara, l’héroïne lesbienne, observe sa meilleure amie Zoé endormie et allongée dans une fascination muette : celle-ci, sortant de son sommeil, s’en inquiète (« Ben pourquoi tu me regardes comme ça ? »).
 
 

Fernand (parlant de Mathilde Cazenave) – « Elle dort.

La mère de Fernand (incestueuse et castratrice) – Elle fait semblant. Viens. »

(cf. les premières lignes du roman Génitrix (1928) de François Mauriac, p. 7)
 
 

La belle vestale qu’est la femme allongée n’est pas tellement une femme : elle est une icône de l’hyperféminité et de l’hypermasculinité confondues, une allégorie de l’androgyne asexué (incarné imparfaitement par le héros transgenre ou transsexuel ou homosexuel) : « Une infirmière apparût. Elle resta immobile quelques secondes, fascinée par le grand sourire de la jeune femme qui se trouvait dans le coma il y avait à peine une demi-heure. […] Maria-José [le héros transsexuel M to F] fit semblant de se rendormir. » » (Copi, « Le Travesti et le Corbeau » (1983), p. 34) La femme allongée est en réalité un leitmotiv de la fantasmagorie sadomasochiste et fétichiste : « Elle est là, ma Vénus allongée, le corps et les poignets sanglés. Dans son imper en latex elle m’observe comme la proie de ses projets. Attitude polaire de surface, sourire de Joconde apaisé. Elle est la main qui me cherche et me frôle du bout de ses ongles laqués. » (cf. la chanson « Les Liens d’Éros » d’Étienne Daho)

 
 

c) Femme couchée = femme violée et à violer :

Inaccessible, indifférente, immatérielle, la femme allongée finit par n’engendrer que frustration chez son fan homosexuel, qui va finir par la détruire pour l’immortaliser encore davantage.
 

On doute encore pour savoir si elle dort ou si elle s’est suicidée, car l’eau de sa baignoire se teinte de rouge : cf. le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel (avec la mère de Romain, le héros homo, dans sa baignoire pleine d’eau rouge), le film « X2000 » (2000) de François Ozon, le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, le film « De la chair pour Frankenstein » (1974) d’Antonio Margheriti et Paul Morrissey, le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg (avec Pia, la femme – peut-être morte – dans sa baignoire), le film « Matador » (1985) de Pedro Almodóvar, le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon (avec Mousse, la femme peut-être morte dans sa baignoire), etc. « Comme d’un cercueil vert en fer-blanc, une tête de femme à cheveux bruns fortement pommadés d’une vieille baignoire émerge, lente et bête, avec des déficits assez mal ravaudés. » (cf. l’extrait du poème « Vénus Anadyomène » d’Arthur Rimbaud) ; « Ses beaux yeux sont fermés. J’ose pas demander qu’on les ouvre. Et je le regretterai après le trop-tard : c’était ses yeux que je voulais voir. » (le jeune narrateur du roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 71) ; « Jane s’éveilla en sursaut, son bras droit projetant des éclaboussures en cherchant une prise sur la paroi de la baignoire. Elle avait de l’eau dans le nez et elle s’étouffa, toussa, tandis qu’elle se redressait à grand-peine. Pendant un moment, elle crut que c’était une répétition de son rêve de la nuit précédente qui l’avait réveillée, puis elle entendit les cris, durs et gutturaux, dans la cage d’escalier. L’eau était froide, ses membres s’étaient raidis, et elle eut du mal à sortir de la baignoire. Elle éprouva un bref instant de désarroi en voyant que la bougie avait diminué de plus de deux centimètres. » (Jane, l’héroïne lesbienne enceinte, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 42) ; etc. Par exemple, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Clara, l’héroïne lesbienne, fait son Ophélie dans l’eau pendant que son groupe de camarades s’éclate vulgairement (le prof de voile, dans un premier temps, s’imagine même qu’elle est morte noyée sur la plage). Dans le film « Le Naufragé » (2012) de Pierre Folliot, à travers une hallucination vraisemblable, la mère d’Adrien, le héros homosexuel suicidé par noyade, voit en vrai son fils mort dans sa baignoire.
 

La femme vénérée par le personnage homosexuel est souvent inerte voire morte : cf. le film « Laura » (1944) d’Otto Preminger, le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie, le film « À travers le miroir » (1961) d’Ingmar Bergman, le poème « Canción A Una Muchacha Muerta » de Vicente Aleixandre, etc. Le veilleur homosexuel embaume son idole féminine : cf. le film « Habla Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar (avec Benigno s’occupant de sa patiente dans le coma… et qu’il finira par violer dans son sommeil), la nouvelle « Adiós A Mamá » (1981) de Reinaldo Arenas, le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini (avec Odetta, inanimée et morte à cause d’une photographie, ou bien encore la servante enterrée vivante), le film « Juste un peu de réconfort » (2004) d’Armand Lameloise (avec la mère à l’hôpital), le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré (avec Julie), le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau (avec Eurydice), les vidéo-clips des chansons « Tristana » et « Fuck Them All » de Mylène Farmer, le film « Odete » (2005) de João Pedro Rodrigues (avec Odete qui s’allonge sur une tombe), la comédie musicale Fame (2008) de David de Silva (avec l’enterrement de la grande tante de Joe), la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner (avec l’enterrement de la grand-mère de Louis), le roman Un Goûter d’anniversaire (2004) de Jean-Claude Tapie (avec l’enterrement de la mère), la chanson « Dead In The Water » d’Ellie Goulding, le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec l’enterrement de la mère de la fleuriste), le film « La Déchirure » (2007) de Mikaël Buch (avec la veillée mortuaire), le film « Volver » (2006) de Pedro Almodóvar, le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald (avec la mère de Prentice, en phase terminale de cancer), le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek (avec l’enterrement final de la grand-mère), etc.
 

Le personnage homosexuel exerce une forme de violence (incestueuse, ou carrément de l’ordre de la profanation qu’est le viol) sur la femme étendue qui l’a/l’aurait « trahi » : cf. le film « Ma Mère » (2003) de Christophe Honoré (avec la mère sous cercueil), le poème « El Cadáver » de Néstor Perlongher (avec la dépouille caricaturée d’Eva Perón), la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas (avec Léo, le héros homosexuel, croque-mort et embaumeur de femmes mortes), etc. Par exemple, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Danny, le jeune héros homosexuel, vient de perdre sa mère et n’en semble pas du tout affecté : « Je l’ai trouvée morte il y a 10 jours sur le canapé. Elle avait bu. »
 

Souvent, il la maltraite, la rêve morte. « J’aime voir ce que font les gens qui se croient seuls. Parfois, j’espionne ma sœur dans sa chambre. Je la regarde dormir. » (Tommy dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « Son cadavre est couché sur le divan de votre loge. » (Vicky en parlant de Madame Lucienne, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Mamie nous avait quittés l’an passé pour un cercueil couvert d’exorbitantes fleurs, confectionnées dans la soie laiteuse du lys et le lin chiffonné d’écarlates pavots. » (cf. un extrait d’une nouvelle « L’Encre » (2003) d’un ami angevin, p. 59) ; « C’est beau de sublimer, mais je commence à être pas mal vieux pour rêver que Jean Besré se meurt d’amour pour moi ou que Guy Provost m’enterre sous des tonnes de fleurs coupées parmi les plus rares et les plus odorantes. Ce petit théâtre ne suffit pas à remplir ma vie ni à combler mon besoin d’amour. » (le narrateur homosexuel parlant de l’opéra La Bohème de Puccini, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 19) ; « On sort le cadavre dans le couloir dans un brancard couvert d’un drap. […] Le drap glisse et laisse voir une figure boursouflée qui est celle de Marilyn. Je pousse un cri, je me réveille couvert d’une sueur froide. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 50) ; « Je ne vais pas me faire violer dans une baignoire. » (Micheline, le héros travesti M to F de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Je suis absolument bouleversée, il vient de m’arriver une chose atroce ! Je me suis fait violer par mon chauffeur, c’est le mari de ma gouvernante, ce sont des gens terrifiants, elle s’habille en gitane pour me faire honte lors de mes réceptions. Elle surveille tous mes gestes, je l’ai surprise à me photographier dans ma baignoire ! Et son mari est un colosse qui m’a violée à deux reprises ! » (« L. », le héros transgenre M to F, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Je vous raccompagne chez vous et je vous mets dans votre baignoire ! » (Martin s’adressant à Solitaire, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Jane pensait avoir rêvé de Greta, la mère d’Anna, qui reposait sous le plancher du deuxième étage, mais dans son rêve Greta se mélangait avec des putes d’Alban et la fille assassinée du film ; la façon dont ses yeux s’étaient écarquillés quand le couteau s’était enfoncé. » (Jane, l’héroïne lesbienne enceinte, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 79) ; « L’obscurité commençait à filtrer à l’intérieur de l’église, les ombres des arbres du cimetière entraient par les fenêtres en vitrail et s’allongeaient sur les dalles de pierre. » (idem, p. 204) ; « Greta aimait bien boire l’après-midi et après elle s’endormait sur notre canapé. Elle était très belle quand elle dormait, comme une petite fille. » (Frau Heike Becker parlant de Greta la prostituée-mère, op. cit., p. 247) ; « Je me souviens de la couverture dans laquelle nous l’avons enveloppée, du bruit des planches qui couinaient quand tu les soulevais. Quelqu’un pleurait. Par moments, je crois que c’était moi, mais à d’autres, je crois que c’était toi, ou peut-être Greta/ Peut-être qu’elle n’était pas morte quand tu l’as clouée là-dessous. » (Karl Becker s’adressant à sa femme Heike, qui ont planqué et enterré secrètement le corps de Greta, op. cit., p. 248) ; etc.
 

Le héros homosexuel aime bien faire tomber la femme-objet à la renverse (couchée ! panier !) et la montrer comme prisonnière des carcans de sa féminité d’accessoire (maquillage coulant, talons aiguilles trop hauts, robe moulante, chirurgie esthétique grossière, robe à crinoline, etc.). Elle DOIT chuter : cf. le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar (avec Lena chutant dans les escaliers), le début du vidéo-clip de la chanson « Like A Prayer » de Madonna, la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet (avec Octavia, le sublime transsexuel M to F se cassant la gueule dans les escaliers), Le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, le film « Patrik 1.5 » (« Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen (avec le générique final), le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot (avec Sidonie, l’héroïne lesbienne trébuchant dans sa robe du XVIIIe siècle), etc. Par exemple, dans le ballet Alas (2008) de Nacho Duato, les princesses se prennent les pieds dans leur robe. Dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier, Lourdes (sosie obèse de Marilyn Monroe, version hippopotame en tutu), chute sans arrêt : « On n’est pas toujours en équilibre avec son corps. […] Encore un mythe qui s’écroule. » Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, Isabelle est en fauteuil depuis qu’elle a eu un dramatique accident de vélo et s’est fait renverser par une voiture.
 

« Tout le restaurant éclata de rire lorsqu’elle trébucha sur le pas de la porte et s’écroula par terre. » (Copi, « Les Potins de la femme assise » (1978), p. 31) ; « Sans lunettes, à la place des visages elle ne voyait que des taches lumineuses. D’où sa crise de nerfs quand elle tomba à terre. Elle croyait à un coup monté par une actrice rivale pour la ridiculiser en public. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 15) ; « Greta est une pute. Je l’attends. Quand elle descendra l’escalier, je lui ferai un croche-patte et je lui enfoncerai les yeux dans les orbites. » (Frau Becker s’adressant à Jane, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 213) ; « Anna bascula et tomba dans la cage d’escalier. Elle se cogna au mur une fois dans sa chute, puis atterrit sur le sol avec un bruit sourd discret et définitif. » (Jane, op. cit., p. 245) ; « Et là, je me voyais courir dans les champs, cheveux au vent, comme dans la Petite Maison dans la prairie, avec la petite fille qui se cassait la gueule. » (Fabien Tucci, homosexuel, s’identifiant à Laura Ingals, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « J’ai été obligé de laisser Cécile étendue sur le sol. C’est pas grave, c’est qu’une fille. On s’en fiche. » (idem) ; etc.
 

Geri Halliwell dans le vidéo-clip de la chanson "Too Much" des Spice Girls

Geri Halliwell dans le vidéo-clip de la chanson « Too Much » des Spice Girls


 

La femme allongée est cette femme collabo hétérosexuelle qui consent à se faire manipuler par les hommes qui la portent, pour mieux les asservir par son charme et son action statique : cf. le vidéo-clip de la chanson « Too Much » des Spice Girls (avec Geri Halliwell en vamp se laissant porter par des marins), le film « Les Hommes préfèrent les blondes » (« Gentlemen Prefer Blondes », 1953) d’Howard Hoaks, etc. La pute encore à son stade larvé, c’est-à-dire la pin-up, quoi.
 

Film "Certains l'aiment chaud" d'Howard Hoaks

Film « Certains l’aiment chaud » d’Howard Hoaks


 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Marie, couche-toi là !

Une fois ramenée au réel, la femme allongée adulée par les personnes homosexuelles est davantage une posture ou une attitude (asexuée et hypersexualisée) qu’une femme réelle : « Je passe l’essentiel de ma vie allongé. » (Christian Giudicelli dans son autobiographie Parloir (2002), p. 42)
 

La femme allongée (et en particulier dans l’eau), symboliquement, c’est vraiment l’icône narcissique de l’indifférenciation des sexes, de l’immaturité sexuelle (= rester dans le liquide amniotique éternellement, en fusion incestueuse avec maman), du désir hermaphrodite de toute-puissance (d’ailleurs, dans le mythe grecque d’Hermaphrodite, on retrouve vraiment cette idée), de la bisexualité. Bruno Gaccio ne me contredira pas sur ce point.
 

Bruno Gaccio

Bruno Gaccio

 

Je vous renvoie par exemple au film expérimental « Le Sang d’un poète » (1930) de Jean Cocteau (avec l’hermaphrodite allongé sur un sofa).
 

Film "Le Sang d'un poète" de Jean Cocteau

Film « Le Sang d’un poète » de Jean Cocteau


 

La femme allongée est, à mon avis, le témoin d’un complexe d’Œdipe absolument pas géré par les personnes homosexuelles (autrement dit un trouble de l’attachement avec la mère et le père, principalement) : « Nous sommes entrées dans la pièce des consultations, ma mère a été allongée sur la table. […] D’un seul coup, ce fut comme si c’était moi, exhibée ainsi. […] Jamais femme ne sera plus proche de moi, jusqu’à être comme en moi. » (Annie Ernaux, Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), pp. 20-22) ; « Elle était couchée sur un chariot, calme, parfaitement sereine. » (Denis Daniel en parlant de sa mère, dans son autobiographie Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 44) ; etc. Elle est une sublimation fantasmatique du viol ou de l’inceste. Par exemple, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), Alfredo Arias s’extasie devant sa grand-mère chérie, « une très belle femme vieillissante aux cheveux très longs : une sorte de vieille Mélisande étendue sur un lit voilé de dentelles » (p. 192).
 

Film "Suddenly Last Summer" de Joseph Mankiewicz

Film « Suddenly Last Summer » de Joseph Mankiewicz


 
 

b) Le sommeil ambigu et inquiétant :

Marilyn Monroe

Marilyn Monroe

C’est la raison pour laquelle la femme allongée est un leitmotiv de la fantasmagorie sadomasochiste et fétichiste : cf. les écrits de Léopold Von Sacher-Masoch). Elle représente cette femme maternelle inaccessible, la femme-objet dominatrice et hypnotisante. « Ernestito parvint à ouvrir les yeux, à se décoller du matelas et à récupérer la liberté de ses mouvements. Tiré par un fil invisible, il se retrouva au pied du lit de sa mère. Cecilia [la mère d’Ernestito] dormait, un sourire aux lèvres. Il crut qu’elle ronflait. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 263)
 
 

c) Femme couchée = femme violée et à violer :

Film "Anatomie de l'enfer" de Catherine Breillat

Film « Anatomie de l’enfer » de Catherine Breillat


 

En toile de fond, on lit chez ce fantasme homosexuel d’incarner la femme allongée une phobie de la sexualité, une atrophie du désir, et une réelle misogynie (haine des femmes). Je vous renvoie à l’affiche du concert de Mylène Farmer au Stade de France pour sa tournée 2009 (avec la chanteuse couchée au sol telle une poupée désarticulée et inanimée), aux femmes endormies dans le documentaire « Mamá No Me Lo Dijo » (2003) de Maria Galindo, au récit de la veillée autour du sarcophage de la grand-mère dans l’autobiographie La Mauvaise Vie (2005) de Frédéric Mitterrand (p. 266), aux films du cadavre de Candy Darling réalisés par Andy Warhol, à l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias (avec la femme allongée momifiée), etc. Le film biographique « Girl » (2018) de Lukas Dhont, racontant le parcours affreux de Lara/Victor, garçon trans M to F de 16 ans, pour changer de sexe, démarre et finit sur des images de lui endormi, mais réveillé doucement par son nouveau prénom « Lara » susurré.
 

Marie-Antoinette, la Reine déchue

Marie-Antoinette, la Reine déchue


 

Un certain nombre de personnes homosexuelles trouvent la chute de la femme-objet drôle et surtout sexy : cf. la chute de Frigide Barjot, de Mylène Farmer, de Madonna, etc. « La Chola [homme transsexuel M to F] avançait d’un pas décidé, malgré le déséquilibre que provoquaient ses talons aiguilles qui s’enfonçaient dans le chemin de terre battue. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 233) Par exemple, dans son one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), le travesti M to F David Forgit se ramasse plusieurs fois sur scène, et ce, dès son entrée en talons hauts. Elle permet de donner une touche glam à leur pulsion de mort et de perdition.
 
 

 

 

 
 
 

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Code n°69 – Femme au balcon (sous-codes : Fenêtre / Tour / Ascenseur / Escaliers)

femme au balcon

Femme au balcon

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Il y a du monde au balcon ! Et dans le cas des œuvres artistiques traitant d’homosexualité, il est quasiment systématique de trouver sur ce balcon une femme : une languissante châtelaine au hennin attendant nonchalamment l’arrivée de son prince, une jeune fille regardant le monde se détruire à distance avec passivité. Cette femme au balcon semble détachée des malheurs qu’elle contemple du haut de sa tour d’ivoire, et représente symboliquement deux choses par rapport au désir homosexuel, et par rapport au personnage homo qui s’y identifie : d’une part une schizophrénie, c’est-à-dire une rupture entre la conscience et l’acte, une action mauvaise non-assumée et traduite par un ennui et par une indifférence au monde extérieur ; d’autre part une vision désenchantée de l’Humanité, une misanthropie, exprimées dans une posture esthético-narcissique particulièrement condescendante et béate.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Icare », « Reine », « Femme fellinienne géante et Pantin », « Planeur », « Aigle noir », « Carmen », « Extase », « Se prendre pour Dieu », « Homme invisible », « Amant narcissique », « Espion homo », « Voyeur vu », « Funambulisme et Somnambulisme », « Femme allongée », « Photographe », « « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » », « Regard féminin », « Bourgeoise », « Actrice-traîtresse », à la partie « Grands Hommes » du code « Défense du tyran », à la partie « Mélodrame » du code « Emma Bovary ‘J’ai un amant ! », à la partie « Amant miniature » du code « Amant modèle photographique », à la partie « Pont » du code « Symboles phalliques` », et à la partie « Mappemonde » du code « Homosexuels psychorigides » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Du haut de mon balcon :

Madonna en Eva Peron dans le film "Evita" d'Alan Parker

Madonna en Eva Peron dans le film « Evita » d’Alan Parker


 

Beaucoup de personnages des œuvres homo-érotiques regardent seuls par la fenêtre, depuis un niveau surélevé à ce qu’ils observent (souvent un balcon ; mais parfois aussi un escalier, une tour, ou un ascenseur), le monde ou l’être aimé : cf. le roman Le Balcon d’Angelo (1992) d’Hugo Marsan, le film « Le Balcon » (1963) de Joseph Strick, le film « La Fenêtre d’en face » (2002) de Ferzan Oztepek, le roman La Rose au balcon (1936) de Francis Carco, le roman Paris de ma fenêtre (1942) de Colette, le film « Fenêtres sur New York » (1980) de Gordon Willis, le roman The Room With A View (1908) d’Edward Morgan Forster, le tableau Fredy à la fenêtre (1997) de Jacques Sultana, la pièce Balcon (1956) de Jean Genet, le roman Une Histoire sur un promontoire (1946) de Yukio Mishima, le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche (avec Adèle à la fenêtre, en train d’écrire), le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel (avec Quentin au balcon, puis à la fin Camille regardant la ville de Lyon d’en-haut), le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh (avec Russell, l’homme à la fenêtre regardant toujours en hauteur depuis la fenêtre de son HLM), le film « American Gigolo, Windows » (1980) de Gordon Willis, la chanson « Ce soir on danse au Naziland » de Sadia dans le spectacle musical Starmania de Michel Berger (sur les buildings de cent étages), la pièce Amour sur la Tour de Saint-Nicolas (1829) d’Hans Christian Andersen, le roman La Torre Dels Vicis Capitals (1968) de Terenci Moix, le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec Emmanuel regardant son amant Omar par la fenêtre de son immeuble), le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau (où Chance observe son futur copain – et voisin – Levi par la fenêtre), le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent (avec Charlène, l’héroïne lesbienne, à la fenêtre), le film « J’aimerais j’aimerais » (2007) de Jann Halexander (avec le héros homosexuel à la fenêtre), le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann (avec Robbie, le héros voyeur à la fenêtre), le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre (avec Julien Brévaille, le héros homosexuel), la pièce Sur ma colline (2009) de Marc Weidemann, le film « L’Ascenseur » (2003) de Nico Stagias, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato, le film « La Brèche de Roland » (2000) d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu, le film « L’Escalier » (1969) de Stanley Donen, le roman La Fille de l’escalier (2014) de Louise Welsh, le film « L’Escalier » (1976) de Greydon Clark, le film « This Car Up » (2001) d’Éric Mueller, le film « Infernal Affairs » (2003) d’Andrew Lau et Alan Mak, le film « Le Cas d’O » (2003) d’Olivier Ciappa (avec le couple homosexuel enfermé dans un ascenseur), le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine (avec les amants soulevés par une grue sur une plaque), la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1990) de Copi, la pièce Le Roi Ubu (1888) d’Alfred Jarry, le film « Escalier de service » (1987) de Jean-Daniel Cadinot, la chanson « Dans l’escalier » d’Élodie Frégé, la chanson « C’est la misère » de Dick Annegarn (avec l’escalier), la pièce Journal d’une autre (2008) de Lydia Tchoukovskaïa, le film « Hammam » (1996) de Ferzan Ozpetek, le film « En haut des marches » (1983) de Paul Vecchiali, le film « Horse » (1965) d’Andy Warhol, la pièce autobiographique Ébauche d’un portrait (2008) de Jean-Luc Lagarce, le roman Reivindicación Del Conde Don Julián (1970) de Juan Goytisolo, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, le film « La meilleure façon de marcher » (1976) de Claude Miller (avec le héros homosexuel, Philippe, en train de regarder du haut de sa fenêtre), le film « Prisonnier » (2004) d’Étienne Faure, le film « Fire » (2004) de Deepa Mehta, les chansons « Vis-à-Vis » et « Soudain » d’Étienne Daho, le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, le film « L’Ennemi naturel » (2003) de Pierre-Erwan Guillaume, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le poème « La Almena » de Néstor Perlongher, les films « Le Temps qui reste » (2005), « X2000 » (2000) et « Swimming Pool » (2002) de François Ozon, le film « Morte A Venezia » (« Mort à Venise », 1971) de Luchino Visconti, le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, le film « Odete » (2005) de João Pedro Rodrigues, le film « Salò O Le 120 Giornate » (« Salò ou les 120 journées de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini, le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely, le sketch « Arte » du trio d’humoristes les Inconnus (avec la blague inachevée des « deux pédés dans un ascenseur »), le film « Gatos Viejos » (« Les Vieux Chats », 2010) de Sebastián Silva et Pedro Peirano (avec l’ascenseur en panne), le film « Gray Matters » (2006) de Sue Kramer, la pièce Comment j’ai croisé Rudolf Noureev dans l’ascenseur (2013) de Pascal Crantelle, le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz (avec l’ascenseur), le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare (avec le couple homo en instance, dans l’ascenseur), etc.

 

Film "Xenia" de Panos H. Koutras

Film « Xenia » de Panos H. Koutras


 

Le balcon est le super scénique permettant l’émotion narcissique. Par exemple, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Doris, l’héroïne lesbienne, descend comme une diva un grand escalier en forme de talon aiguille rouge. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel superficiel, mitraille Athènes en la prenant en photo avec son téléphone portable depuis son balcon. La première image de la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, c’est Yves Saint-Laurent face à sa fenêtre à Oran, en Algérie. Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Simon, le héros homo, se choisit comme pseudo de messagerie internet « Frommywindow ».

 

Le héros homosexuel aime souvent les hauteurs et les ascenseurs : « J’allai à la fenêtre. Le spectacle des ruines de l’abbaye était d’une splendeur magnétique. » (Bathilde dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 300) ; « Fabien monta encore un étage et par une fenêtre entrouverte plongea son regard dans la grande cour pavée dont les pierres semblaient dormir. Cette vue l’apaisa. Depuis près de trois ans, il voyait chaque soir les rangées d’orgueilleuses fenêtres qui dominaient un fronton d’une sévérité classique. » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), pp. 13-14) ; « Il ouvrit la fenêtre et, s’accoudant à la barre d’appui, porta la vue au loin. […] Chaque fois qu’il regardait ainsi dans les avenues de la nuit, il lui semblait qu’il s’élevait doucement au-dessus du monde. » (idem, p. 13) ; « Dès que j’ai su qui j’étais, j’ai su que j’allais monter l’échelle sociale. J’ai vu passer les ascenseurs. » (l’un des protagonistes homos de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Vous connaissez la blague où y’a trois juifs, 2 arabes et une lesbienne dans un ascenseur… nan pas celle-là… bon alors y’a une pute et un enculé… écoutez je suis désolé c’est nul… » (l’un des comédiens de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; etc.

 

Film "No Regret" (2006) de Lee Song Hee Il

Film « No Regret » (2006) de Lee Song Hee Il


 

L’ascenseur, quant à lui, est le lieu de l’ascension des sentiments, mais aussi l’espace de la schizophrénie, c’est-à-dire de la scission (subie ou voulue) de l’individu avec sa réalité, avec les autres : cf. le film « Alice In Andrew’s Land » (2011) de Lauren Mackenzie (avec Alice qui a le visage coupé en deux par les deux battants de la porte d’ascenseur), le film « Kilómetro Cero » (2000) de Yolanda García Serrano (avec le visage des amants homos scindé à la moitié par l’ascenseur), le film « Entrevue » (1999) de Marie-Pierre Huster ; etc.

 

Film "Ligne d'eau" (2013) de Tomasz Wasilewski

Film « Ligne d’eau » (2013) de Tomasz Wasilewski


 

Par exemple, dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Léo, le héros homosexuel, se voit comparer à un ascenseur en plein cours par Fábio, un camarade se moquant du bruit de sa machine à dactylographier en braille : « L’ascenseur monte ! » Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Clara est la femme au balcon, qui regarde le concert de djeunes de haut, qui s’exclut de la fête, et qui a des vues sur Sonia qu’elle suit des yeux. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, l’homme à la fenêtre (qui y rentre, qui y saute) est un leitmotiv d’un monde mécanisé et déshumanisé où l’être humain homosexuel se perd identitairement, amoureusement et socialement.

 

Film "Au premier regard" de Daniel Ribeiro

Film « Au premier regard » de Daniel Ribeiro


 

L’ascenseur et le balcon sont souvent les espaces de création du couple homosexuel, de la projection sentimentale homo-érotique et du voyeurisme : « Assise à ma fenêtre, après un moment, je vis passer la petite voisine et son amie, fidèle à la description de Marie. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 46) ; « Je vais travailler comme fille d’ascenseur à partir de lundi. » (un acteur travesti M to F annonçant tacitement qu’il va se prostituer, dans la série The Cockettes aux États-Unis) ; etc. Par exemple, lors du concert d’Oshen (Océane Rose-Marie, la lesbienne invisible) à L’Européen de Paris, le 6 juin 2011, l’ascenseur est le lieu du baiser lesbien entre Marianne et Isabelle. Dans la pièce En circuit fermé (2002) de Michel Tremblay, l’ascenseur est considéré comme un lieu de rencontre amoureuse ambigu. Dans le film « Free Fall » (2014) de Stephan Lacant, Marc et Engel n’ont que le lieu du balcon pour vivre leur amour secret. Dans le film « Fin de Siglo » (« Fin de Siècle », 2020) de Lucio Castro, c’est pile au moment où Ocho parle à Javi de balcon (« C’est pour ça que je t’ai vu depuis mon balcon. ») que ce dernier est troublé (« Tu vis sur ton balcon ? »), et que les deux amants finissent par s’embrasser fougueusement.

 

 

b) La fenêtre en tant que miroir narcissique féminin :

Tableau La jeune fille debout à la fenêtre de Salvador Dalí

Tableau La jeune fille debout à la fenêtre de Salvador Dalí


 

Généralement, la personne qui est en haut de la tour ou du balcon est une femme : cf. le roman Une Femme à sa fenêtre (1929) de Drieu de la Rochelle, le roman La Chica De La Ventana (1923) d’Abraham Ángel, le tableau Jeune fille debout à la fenêtre (1925) de Salvador Dalí, la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet (avec toutes les comédiennes trônant à la fenêtre de leur chambre, façon pub Égoïste du parfum de Chanel), le film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo (avec Giulia, l’héroïne lesbienne ; et après sa  qui prend la même pose), le film « Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler (avec Martha à sa fenêtre), le film « Un autre homme » (2008) de Lionel Baier (avec Rosa, la femme au balcon), la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan (avec Roxane, la femme au balcon), le film « Toto Che Visse Due Volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto (avec le prostitué travesti M to F au balcon), le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza (avec Hélène, la femme au balcon), la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro (avec la femme à la fenêtre), la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte (avec Jenny, le transsexuel M to F), le vidéo-clip de la chanson « Que mon cœur lâche » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « L’Instant X » de Mylène Farmer, le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec Mrs Alison espionnant quotidiennement du haut de sa fenêtre), le film « Evita » (1996) d’Alan Parker (avec Madonna en Eva Perón, haranguant les foules), etc. Par exemple, dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, il est question d’« une femme dans l’encadrement de la fenêtre ».

 

Cette femme au balcon a tout du dictateur asexué, de la reine du carnaval qui n’a pas encore connu le sort des flammes (mais sa crémation est imminente !) : « Je les regardais s’engouffrer tous dans l’escalier qui menait au balcon, lorsque je reconnus Perrette Hallery de dos… accompagné d’une magnifique femme en manteau de poil de singe, rousse à mourir sous son chapeau à voilette, la peau laiteuse et la démarche assurée. Le cliché de la belle Irlandaise, Maureen O’Hara descendue de l’écran pour insuffler un peu de splendeur à l’ennuyeuse vie nocturne de Montréal, la Beauté visitant les Affreux. » (le narrateur homo à l’opéra, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 44) ; « La Solitaire entre par en haut de l’escalier. C’est une belle femme de quarante ans, habillée luxueusement. » (cf. les didascalies dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Ma chambre étincelle dans la rue, je suis suspendue à un trône en or massif, l’attention de tout un peuple avide de savoir est braquée sur moi ! » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 101) ; « Nous [les Rats] courûmes tous vers Notre-Dame, la Reine des Rats en tête, suivis du serpent, et nous grimpâmes sur le haut du balcon d’où la Reine adressa un bref discours à la foule […]. » (Gouri, le rat bisexuel du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 93) ; « Regarde Walter. C’est ta mère à la fenêtre. » (cf. une réplique du film « Les Astres noirs » (2009) de Yann Gonzalez) ; « J’ai décidé de rester seul, […] convaincu de sentir le regard de Mélène et de Jeanne dans mon cou, comme ces vieilles madames, dans mon enfance, qui passaient leurs journées à la fenêtre de leur appartement, une main toujours prête à pousser discrètement le rideau de dentelle blanche pour voir qui descendait ou montait la rue, avec qui et déguisé de quelle façon. On les appelait des sorcières, on en avait peur mais on s’inquiétait quand elles n’étaient pas à leur poste. » (Jean-Marc, le héros homosexuel du roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 49) ; « Mélène, exaspérée, était allée s’asseoir dans son fauteuil favori près de la fenêtre (le point de guet d’où les sorcières épiaient ce qui se passait dans la rue Bloomfield). » (idem, p. 57) ; « Quand j’arrivai dans le dernier couloir menant à la tour Nord, j’eus la certitude d’apercevoir de nouveau un morceau de robe blanche et les rubans d’une robe de mariée flotter un instant à l’autre bout du lugubre corridor, avant de disparaître dans l’ombre. » (Bathilde parlant de Lady Philippa dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 304) ; « Il [Antoine, le héros] éteignit la lumière, puis tenta de faire une mise au point sur la fenêtre d’en face. […] Il lâcha les jumelles. Il les ramassa et regarda de nouveau. Dans une pièce aux murs couverts de masques africains, Martine Van Decker, immobile, murmurait d’interminables borborygmes en l’observant. » (Vincent Petitet, Les Nettoyeurs (2006), p. 248) ; « Je monte à la mort par un escalier, entouré de deux hommes… mais mon Dieu, j’y vais ! » (Lacenaire qui va être décapité, mais qui se prend pour le Christ, dans la pièce Lacenaire (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt) ; etc.

 

Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Rudolf, le héros homo, écrit un roman dans lequel il se met dans la peau de sa grand-mère, une femme majestueuse, une jumelle narcissique : « Elle marche d’un pas régulier, calme et décidé à la fois. Elle regarde la vallée. Son village est minuscule vu d’ici. Elle décide de tout quitter : sa famille, son village, son pays. Brusquement, elle pleure. » L’échappée intérieure (et surtout narcissique) de Rudolf s’achève en larmes devant la vitre de son appartement montagnard autrichien. Il ne voit que des chutes (plongeon, saut à ski, chute en tire-fesses, etc.) et saute lui-même de sa fenêtre.

 

Parfois, la figure de la femme au balcon hautaine est une parodie inversée de la sérénade des amours chevaleresques : cf. la pièce Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet (avec Yolanda au balcon, jetant son amant Álvaro comme un malpropre). « C’est vous qui m’empêchez de dormir en sanglotant au pied de ma fenêtre ! » (la Reine au Jésuite dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) Par exemple, dans le film « La Chatte à deux têtes » (2002) de Jacques Nolot, un travesti déguisé en gitane andalouse chante sur une estrade surélevée d’un cinéma projetant des films pornos, pour attirer l’attention d’un des jeunes spectateurs.

 
 

c) La posture de l’indifférence schizophrène :

Film "Reflets dans un oeil d'or" de John Huston

Film « Reflets dans un oeil d’or » de John Huston


 

Au départ, en regardant l’Humanité de haut, le héros homosexuel est pris d’empathie. « Dans le monde que nous vivons – qui est un monde en escalier – » (Ahmed dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) Puis il prend peur, et joue les Seigneurs marginaux, les grandes duchesses surélevées, que rien n’atteint, et qui n’agissent pas : cf. le film « Bongo Bong » (2007) de Ken Wardrop (en référence au roman The Valley Of The Squinting Windows, Vallée des fenêtres voilées (1918) de Brinsley MacNamara), le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (avec Sébastien, le héros homosexuel, observant passivement la « laideur du monde » du haut de son poste de surveillance de maître-nageur sur mer), le sketch « Le Doutage » du trio comique les Inconnus, etc.

 

Par exemple, dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, l’un des héros homosexuels avoue désirer « cette humanité pouilleuse » du haut de la terrasse de son père, avant de se rétracter : « Finalement, tu n’en es jamais descendu, de ta terrasse. »

 

« Je ne suis pas seulement ta fille, mais une fille de la terre ! Tu me parles de misère, mais est-ce que tu connais la terre ? La terre de la pissotière, tu en connais l’odeur, ma mère ? » (Lou, l’héroïne lesbienne s’adressant à Solitaire, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Encore quelques jours à Singapour à rechercher l’amour du haut d’un réverbère je regarde la terre je n’y vois rien à faire alors je resterai réfugié à l’intérieur de mon bunker. » (cf. la chanson « Punker » du groupe Indochine) ; « Et toi quand tu parles de cette cubaine, appuyée contre la fenêtre en face de la jetée, qui semble attendre inutilement, qui voit le temps passer mais qu’il ne se passe rien… je me dis que cette femme, c’est moi. » (Benigno, le héros homosexuel, au parloir du film « Hable Con Ella », « Parle avec elle » (2001) de Pedro Almodóvar) ; « Moi, je reste tapie derrière ma fenêtre. Là, spectatrice clandestine suspendue au-dessus de la ville, je ne risque rien. » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 21) ; « Derrière les fenêtres, j’envie des mondes qui ressemblent aux songes. » (cf. la chanson « Derrière les fenêtres » de Mylène Farmer) ; « Nathan reste là, debout, silencieux devant sa propre fenêtre. » (Jim Grimsley, Dream Boy (1995), p. 41) ; « Le spectacle du monde la laissait plus ou moins indifférente. » (María-José, le transsexuel M to F de la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 35) ; « Lucie Rivard observe cette scène inquiétante, seule, les bras croisés et juste assez éloignée de la fenêtre pour ne pas embuer la vitre et bloquer sa vue. » (Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010), p. 27) ; « Je suis venu me réfugier dans les courbes de l’escalier pour fuir ma vie de galère ! » (Ahmed dans la pièce Copi, Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je ne suis ni un pacifiste ni un belliciste. Je crois que j’aimerais simplement ne pas avoir d’opinion à propos de cette guerre, comme à propos de toutes les guerres. J’aurais aimé que cette guerre ne changeât rien à ma vie, qu’elle n’en affectât point le cours. J’aurais aimé demeurer à l’écart. Et, bien sûr, cela n’a pas été possible. » (la figure de Marcel Proust, vivant la Première Guerre mondiale à distance, au Ritz, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 75) ; etc.

 

Pour le coup, la distance d’indifférence que prend le héros homosexuel est aussi la porte ouverte à la pulsion et aux fantasmes amoureux : « On dînera au troisième étage de la Tour Eiffel. » (« L. », le personnage transgenre M to F s’adressant au Rat dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Ça va peut-être te choquer, mais cet attentat [du 11 septembre 2001] me rassure. À cause de son caractère exceptionnel. Parce que le hasard ne choisit pas que les drames. Je suis persuadé que nous nous rencontrerons, que dans très peu de temps. […] Nous oublierons que les tours tombent et que le temps passe. » (Christ s’adressant à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, pp. 133-134) ; « Elle se levait et se tenait près de la fenêtre ouverte, pensant toujours à Angela Crossby. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 180) Le héros homosexuel a tendance à jouer la reine alanguie qui, à force de s’ennuyer, se « fait des films ».

 

Notamment dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan, l’un des héros homosexuels, dit à sa mère qu’il « adore » (p. 174) monter à la Tour Eiffel. « Quand j’avais douze ans, je suis monté ici un dimanche après-midi avec ma mère. On était tellement haut que j’avais l’impression de dominer toute la France. […] Et puis, la Tour Eiffel, c’est tout un symbole. On domine Paris, on domine tout ! » (Bryan, op. cit., p. 143) La tour est ici la métaphore du couple homosexuel Kévin/Bryan : « Tu te rends compte de la chance qu’on a. On s’aime et on est en haut de la Tour Eiffel ! » (Kévin à son amant Bryan, op. cit., p. 142) ; « Nous ne sommes pas en haut de la Tour Eiffel mais dans la nacelle d’une montgolfière. Nous ne survolons pas Paris, nous dominons le monde. » (p. 144) ; « À chaque fois que je verrai cette tour je penserai à nous ! » (Kévin à son amant Bryan, op. cit., p. 180)

 

Par exemple, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, c’est précisément lorsque Jason, le héros, se découvre amoureusement homosexuel (de Mourad), qu’il « se la joue » femme-au-balcon-attendrie-et-lascive : « Pendant ce temps, l’uniquement objet du désir de Mourad, assis sur son balcon face à la lune, pleurait à chaudes larmes. […] Jason revoyait avec une épouvante émue la blessure de Mourad. Mais face au spectacle de sa tour d’ivoire en ruine, il n’éprouvait pas que de la douleur. Il ressentait aussi une extase inconnue. Une sorte de soulagement paradoxal, très doux, en même temps qu’enivrant. Le désordre avait aussi ses grâces. » (p. 245)

 

En vrai artiste bobo, le héros homosexuel fait parler le balcon, la fenêtre, ou bien la tour : ces derniers donnent souvent corps à ses propres dialogues intérieurs romantiques/narcissiques/spéculaires : « Autour de vous, le bourg défile à toute vitesse. Tu fixes les tours de brique et de silex du château de Dieppe. On dirait qu’elles te disent au revoir. » (Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 23) ; « En entrant dans l’immense tour de verre Fersen, Antoine eut l’impression de se fondre dans un univers minéral où tout se voyait et se savait. Les surfaces brillaient, lisses, claires et saines. Les ascenseurs translucides glissaient comme de mini-navettes spatiales. » (Vincent Petitet, Les Nettoyeurs (2006), p. 57) ; « La nuit finissante transformait cette fenêtre en miroir, et c’était en soi-même qu’il semblait dangereux de se pencher. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Terminus Gare de Sens » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 63-64) ; etc.

 
 

d) La mort au balcon :

Une fois confronté aux aspérités du Réel, le balcon fait peur, donne le vertige. Il peut être la métaphore de l’amour déçu et/ou violent : « C’est vraiment une illusion qui me montre la lumière des escaliers dont le lierre s’entoure autour des balcons ! » (Lou, l’héroïne lesbienne s’adressant à Solitaire sa mère à propos de la passion amoureuse, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Si tu parlais de passion ! Mais l’illusion est un flou qui ne vaut même pas deux sous ! Si l’illusion c’est monter et redescendre l’escalier comme une mouche sur un clavier qui serait enduit de miel. » (Solitaire s’adressant à sa fille Lou, op. cit.)

 

Luc – « Je suis en marbre, n’est-ce pas, tu peux passer ton temps à me cogner dessus, ce n’est que ton poing que ça blesse. Je suis comme la tour d’en face, regarde. L’hélicoptère s’est écrasé contre, les occupants ont péri, mais la tour n’a pas branlé. Je suis une bite bien dure.

 

Jean – Luc, c’est toi qui te places en tour en face de moi.

Luc – Et toi tu te places en quoi ? En badaud ? Va m’oublier, va. Ne me touche pas, con ! »

(cf. un extrait de dialogue entre Jean et son amant Luc, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi)

 

Dans les fictions homo-érotiques, quand le balcon est là, la mort n’attend pas très loin, en général : cf. la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet (avec le bébé défenestré), le roman La Vie est un tango (1979) de Copi (avec le dictateur Le Gros à son balcon, dominant Buenos Aires), le film « Rear Window » (« Fenêtre sur cour », 1954) d’Alfred Hitchcock (avec le meurtre observé par la fenêtre), la pièce Entre vos murs (2008) de Samuel Ganes (avec Ilse Koch, « la Sorcière de Büchenwald » à son balcon), etc.

 

Par exemple, dans le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, la mère de l’héroïne lesbienne se suicide en se défenestrant. Dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, Louis serait atteint du « Syndrome de Kingbury », c’est-à-dire de la peur de la défenestration ; plus tard, on nous parle d’« une morte au balcon », à savoir une femme pendue. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, se décrit comme « un cochon tombant d’un balcon ». Dans la comédie musicale Non, je ne danse pas ! (2010) de Lydie Agaesse, une femme en robe de mariée se suicide en sautant par la fenêtre de l’immeuble (« elle a flotté » avant de se scratcher sur une Volvo verte !). Dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, Patrick le grand frère homo de Lucie, meurt tragiquement dans l’attentat contre les tours du World Trade Center. Dans la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt, Frisette, la chatte de Marilou, se suicide en se jetant du haut d’un immeuble. Dans le one-man-show Ali au pays des merveilles (2011) d’Ali Bougheraba, Valérie, la chatte de Mme Suzanne, se défenestre, et est traitée de « pute ». On peut penser également au « chat qui s’défenestre » de Mylène Farmer dans la chanson « L’Instant X ».

 

Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, l’escalier et le balcon sont clairement des miroirs de mort narcissique/concrète : Jane, l’héroïne lesbienne enceinte, y observe un meurtre et un viol cachés (le viol incestueux de la jeune Anna, et le meurtre de la mère de cette dernière, camouflé dans l’immeuble en face de l’immeuble de Jane). « Jane écarta les rideaux. Dehors, la cour était mal éclairée, mais elle distinguait le bâtiment qui s’élevait derrière, une version délabrée de leur propre immeuble, ses fenêtres vides enfoncées dans l’obscurité comme des orbites dans un crâne. ‘Pas très inspirant, comme vue. ’ dit Jane. ‘C’est normal, une dépendance derrière la maison ! Et comme cet immeuble est vide, on n’aura pas de vis-à-vis. ’ répond Petra. » (p. 16) ; « Il était étrange que les fenêtres aveugles et les balcons vides de l’immeuble l’aient mises mal à l’aise. Lorsqu’elle était petite, elle détestait les windaehingers : ces femmes qui se penchaient aux fenêtres des immeubles pour surveiller la rue en contrebas. Certains jours, vous aviez l’impression de ne plus pouvoir marcher droit tant leurs regards pesaient sur vous. La sensation d’être observée s’était logée en elle. Peut-être était-ce la façon dont l’enfant se manifestait ; elle avait parfois l’impression qu’il la surveillait avant de décider de naître. » (p. 26) ; « Jane se réveilla à trois heures du matin, sans savoir si les coups qui l’avaient tirée de son sommeil étaient dans sa tête ou dans la cage d’escalier. » (p. 56) ; « Elle traîna sur le balcon, d’où elle entendit diminuer les cris de l’enfant, se demandant comment elle avait seulement pu entendre son nom dans ses vagissements. La grille du cimetière grinça et elle vit le prêtre entrer dans l’enceinte puis pénétrer dans l’église. Vêtu de noir, les épaules vaguement voûtées, le pas lent, il ressemblait à un homme » (p. 103) ; « Jane perdit l’équilibre. Pendant un moment étourdissant, elle sentit le poids de la gravité, le néant entre elle et le sol, et elle se représenta parfaitement sa chute à la renverse dans l’escalier. » (p. 122) ; « Son poste d’observation sur le balcon » (p. 198) ; « Assise dans la cage d’escalier devant son appartement, Frau Becker chantait. Jane s’assit prudemment sur la marche à côté d’elle. La vieille femme continua de chanter un moment, puis elle regarda Jane et dit : ‘Alors, ils vous ont attrapée ?’ ‘Oui, répondit Jane. Ils m’ont eue.’ » (p. 211) ; « Anna bascula et tomba dans la cage d’escalier. Elle se cogna au mur une fois dans sa chute, puis atterrit sur le sol avec un bruit sourd discret et définitif. » (p. 245) ; etc.
 

Le motif de la Tour de Babel revient de temps en temps dans les œuvres homosexuelles : cf. le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot (où la maison et ses habitants sont comparés aux occupants de la Tour de Babel), la chanson « Ma Tour de Babel » de Malcom dans le spectacle musical Cindy (2002) de Luc Plamondon, le roman Babel (1901) de Louis Couperus, la pièce La Tour de la Défense (1981) de Copi, etc. Par exemple, dans la pièce La Tour de la Défense (1981) de Copi, la tour est le lieu de tous les viols ; en outre, au deuxième et dernier acte, un hélicoptère s’écrase sur la tour voisine, et déclenche un incendie généralisé.

 

« La foi sèchera mes larmes. Sûrement que le soleil s’éteint et que Lucifer me guide, et je serai une ombre comme la Tour de Babel… et ton amour, Père rappelle-toi !! » (cf. la chanson « Madre Amadísima » de Haze et Gala Evora) ; « Merde, la tour qui explose ! » (Ahmed dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Il est mort l’ascenseur. » (une réplique de la femme de chambre dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « J’évite les ascenseurs comme les chiens évitent l’eau. » (l’un des héros homos de la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès) ; « À la verticale de ma fenêtre, le trou bée sous moi comme un tombeau ouvert. » (Laura, l’héroïne lesbienne du roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 201) ; « Sous la fenêtre de la chambre où j’écris en ce moment s’ouvre aussi la fosse béante d’un chantier. » (idem, p. 25) ; etc.

 

Mrs Venable dans le film "Suddenly Last Summer" de Joseph Mankiewicz

Mrs Venable arrivant à l’improviste dans le film « Suddenly Last Summer » de Joseph Mankiewicz


 

Enfin, dans les fictions homo-érotiques, l’ascenseur annonce généralement l’arrivée d’un personnage ambigu et diabolique, débarquant inopinément et imposant la terreur : cf. le Dr Franck-N-Furter dans le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman, Mrs Venable dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, Fantômas (interprété par Jean Marais) dans le film « Fantômas » (1964) d’André Hunebelle, etc. « L’ascenseur s’arrêta encore une fois pour s’ouvrir sur une femme aux épaules carrées, coiffée d’une grossière perruque de guanaco blanchâtre, vêtue d’une tunique noire comme celle des prêtres mais en tissu léger et laissant apparaître un tailleur gris uni de chez Chanel et un foulard rayé gris sur gris de chez Grès, les jambes gainées de bas strictement beiges et chaussée d’escarpins en crocodile noir. Elle ressemblait un peu par l’expression à la mère de Vidvn, en plus absente […]. » (Gouri, le héros bisexuel du roman La Cité des Rats (1979), pp. 79-80)

 

Par exemple, dans le film « Dressed To Kill » (« Pulsions », 1980) de Brian de Palma, le tueur psychopathe est un personnage transsexuel M to F déguisé qui tue une belle femme blonde à coups de lame de rasoir dans un ascenseur.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Du haut de mon balcon :

Film "Dream Boy" de James Bolton

Film « Dream Boy » de James Bolton


 

Quelquefois, certaines personnes homosexuelles disent leur amour des hauteurs, des ascenseurs, des balcons et des tours : cf. l’essai Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, l’affiche du Mylenium Tour (1999) de Mylène Farmer (avec la chanteuse sur son échelle) « Tout de suite, je montais aux étages supérieurs, je me rendais sur le pont, à l’avant du bac, je repérais la meilleure place, je voulais être aux premières loges […]. » (Lucas, le narrateur du roman Son frère (2001) de Philippe Besson, p. 31) ; « Je me rappelle, les premiers ascenseurs que j’ai pris, le cadeau que c’était d’appuyer sur le bouton de l’étage, les rêves qui suivaient, de navettes, cette machinerie qui m’enchantait… » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 27) ; « Je suis venu au monde la tête en bas, dans un ascenseur qui montait. C’est à ce moment-là que j’ai trouvé le sens de ma vie, qui est le sens de l’humour, et qui va par là. » (cf. l’introduction de la chanson « Vis ta vinaigrette » de Marc Drouin) ; etc. Par exemple, Karl Ernst (1904-1934), homosexuel, a été garçon d’ascenseur d’hôtel digne d’un roman de Proust.

 
 

b) La fenêtre en tant que miroir narcissique féminin :

Mylène Farmer

Mylène Farmer


 

Généralement, la personne préposée à se tenir en haut de leur tour ou de leur balcon est une femme. Par exemple, dans L’Autre Journal (1990-1991), l’écrivain homosexuel Michel Cressole tient une chronique régulière intitulée « Une Folle à sa fenêtre ».

 

« En Argentine, les gens aiment bien installer leur chaise sur le pas de leur porte et contempler le monde depuis le trottoir. […] Cette maison, c’est un rancho, au milieu de la pampa : devant elle, c’est une plaine métaphysique qui s’étend… » (cf. l’article « Marilú Marini retrouve Copi » d’Armelle Héliot, dans le journal Le Figaro du 7 janvier 1999) ; « L’enfant se rapproche, et arrête son vélo, et regarde en l’air, vers le balcon vide où il contemple le corps nu d’une femme invisible […]. » (Christophe Honoré décrivant une scène de tournage, dans son autobiographie Le Livre pour enfants (2005), p. 145) ; « Image persistante : une grande fenêtre ouverte, une femme – moi dédoublée – regarde le paysage. » (Annie Ernaux, Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), p. 52) ; « La mère est assise au bord d’une fenêtre. […] Mères, méfiez-vous des fenêtres ! » (Jean Cocteau cité dans le spectacle musical Un Mensonge qui dit toujours la vérité (2008) d’Hakim Bentchouala)

 

Chez certains individus homosexuels, on retrouve dans le mimétisme de l’attitude hautaine de la femme au balcon l’esthétisme orgueilleux et fragile de la Drama Queen romantique qui philosophe comme elle pleurniche(-rait) : Je regarde par la fenêtre l’amour qui s’en va, j’observe la vie qui passe, je projette sur les gens que je vois mes propres fantasmes d’amour et de mort, comme dans un mauvais feuilleton télévisé de début d’après-midi. Je suis la vieille Maréchale de Strauss, abandonnée.

 
 

c) La posture de l’indifférence schizophrène :

L’inaction, l’action à distance, le goût des amours inaccessibles, le rejet du monde, la lâcheté, le confort narcissique : c’est tout ce que peut symboliser concrètement le motif de la femme au balcon, tout fictionnel qu’il soit.

 

Le désir homosexuel, de par sa déconnexion du Réel, pousse non seulement à la rêverie masturbatoire et boudeuse, à la mélancolie de l’ennui, mais également à la schizophrénie : « Ma maison avait deux tours : l’une plongée dans la lumière et l’autre obscure. » (le romancier français homosexuel Hugues Pouyé parlant de son enfance, dans le site Les Toiles roses en 2009)

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Du haut de leur tour d’ivoire, certaines personnes homosexuelles vivent éloignées de leur vie et de l’existence réelle des êtres humains qui se trouvent en bas de chez elles : « Je m’aperçois d’un truc : c’est que je regarde toujours du côté de la fenêtre. » (Bruno Ulmer dans le documentaire « Une vie de couple avec un chien » (1997) de Joël Van Effenterre) ; « Maintenant, je continue à me voir là, suspendu à la fenêtre de ce petit appartement, en train de regarder le monde passer, observant tout, isolé et heureux. » (cf. l’article « Entre El Papel Y La Pluma » de Xosé Manuel Buxán, dans l’essai collectif Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 174) ; « Ici, à ces tables qu’occupent des couples d’hommes, vous ne connaîtrez ni les cours de la Bourse ni les fluctuations de la politique. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 24) ; « Je suis un personnage muet qui assiste avec une joie méchante aux malheurs des autres. » (Michel Tremblay dans son roman autobiographique La Nuit des princes charmants (1995), p. 18) ; « La politique ne l’intéressait pas. » (Pierre Bergé à propos de Yves Saint-Laurent, dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton) ; etc.

 

Par exemple, dans le documentaire « La Domination masculine » (2009) de Patric Jean, on retrouve une référence inconsciente au motif de la femme « spectatrice, rêveuse ». Dans le film semi-biographique « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, les deux amants internautes, Denis et Luther, se définissent comme « indifférents aux enjeux de leur propre existence » et au « bruit de fond du monde » (notamment face aux images télévisuelles du tsunami japonais en 2010).

 

La distance prise avec les malheurs et les bonheurs humains peut se faire paradoxalement sur un mode fusionnel (rupture et fusion sont souvent les deux faces d’une même médaille…) : « Je suis vivant. Le monde n’est pas seulement une chose posée là, extérieure à moi-même. J’y participe, il m’est offert, mais ce n’est plus ma vie. Je suis la vie. » (« C. » en épitaphe du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 6)

 

Par ailleurs, il n’est pas rare que les artistes homosexuels choisissent, pour raconter une scène amoureuse ou traduire l’espace intérieur de leurs personnages de fiction, le récit téichoscopique. Un récit téichoscopique est une narration à distance, vu de loin : on observe d’en haut ce qui se passe en bas, depuis un mur. La téichoscopie ou le « point de vue du mur » (du grec teichoskopia : « vision à travers le mur ») est cette technique dans laquelle les acteurs observent les événements au-delà des limites de la scène, comme par exemple une bataille, et en parlent sur scène pendant qu’elle se déroule. Elle élargit l’espace scénique, y faisant apparaître des scènes que l’on ne peut montrer, soit parce qu’elles ne sont pas techniquement réalisables, soit parce qu’elles sont jugées violentes. Le code de la femme au balcon est donc, vous l’aurez déduit, à la fois un écran et un signe que le désir homosexuel est un fantasme de viol.

 
 

d) La mort au balcon :

Il arrive que quelques personnalités homosexuelles révèlent leur désir mortel d’incarner la femme au balcon narcissique effectuant son grand plongeon vers la mort : « Au début des années 90, après l’échec retentissant de son film ‘Troisième Classe’, elle avait disparu. Pendant deux ou trois ans, on ne savait pas où elle était. Elle se cachait en fait à Londres où elle soignait un mal de dos et une dépression chroniques. On la disait sans le sou, ruinée. L’État égyptien, qui payait pour son hospitalisation, avait fini par la lâcher, l’abandonner. En juin 2001, elle s’était suicidée en se jetant du balcon de l’appartement où elle résidait à Londres. […] Je ne sais pas pourquoi je suis allé sur sa tombe. Mais je sais que dans les allées de cet immense et magnifique cimetière en ruine, je me suis vu dans ma fin, en train de partir définitivement. J’ai vu encore une fois le monde arabe autour de moi qui n’en finissait pas de tomber. Et là, j’ai eu envie de pleurer. De crier de toute mon âme. De me jeter moi aussi d’un balcon. » (Abdellah Taïa parlant de son idole Souad Hosni, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 91) ; « Nijinski avait déjà frappé sa femme, allant même jusqu’à la pousser violemment dans l’escalier de la villa. » (Christian Dumais-Lvowski, dans l’avant-propos des Cahiers (1919) de Vaslav Nijinski, p. 11) ; etc. Par exemple, après une peine de cœur, l’acteur chinois Leslie Cheung se suicida en se jetant du haut d’un building de Hong-Kong en 2003.

 
 

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Code n°70 – Femme-Araignée (sous-code : Catwoman)

femme-araignée

Femme-Araignée

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Victoria Beckham dans le clip "Too Much" des Spice Girls

Victoria Beckham dans le clip « Too Much » des Spice Girls


 

Pas plus tard qu’en 2010, alors que mon Dictionnaire des Codes homosexuels était déjà paru (décembre 2008), et que j’avais bien étudié la présence de Catwoman dans les fictions homosexuelles, je me suis rendu à une représentation de la pièce Le Gang des Potiches de Karine Dubernet au Théâtre du Petit Gymnase à Paris, une pièce vraiment drôle et efficace, dans laquelle j’avais senti (Dieu seul sait pourquoi…) des indices d’homosexualité. Et en effet, je ne m’étais pas trompé : l’une des trois héroïnes (jouée par Karine Dubernet elle-même) est lesbienne. Et à un moment, j’ai halluciné. Alors qu’à l’évidence l’auteure de cette comédie ne connaissait pas l’existence de mes écrits, j’ai vu débarquer sur scène le personnage lesbien déguisé comme par hasard en Catwoman ! Et ce détail, qui échappe complètement au spectateur lambda, m’a enthousiasmé et surpris car il renvoie au code que je vais traiter longuement avec vous maintenant. Je raconte cette anecdote pour vous montrer combien mon Dictionnaire, même si a priori je le connais bien, me prend encore et toujours par surprise, pour me parler, sans que je l’aie prévu, d’une manière chaque fois différente, du désir homosexuel… élan qu’on n’a jamais fini de décrypter, et dont on ne connaît pas toutes les potentialités !

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Vierge », « Putain béatifiée », « Carmen », « Chat », « Super-héros », « Adeptes des pratiques SM », « Reine », « Femme fellinienne géante et pantin », « Actrice-Traîtresse », « Corrida amoureuse », « Destruction des femmes », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Vampirisme », « Araignée », « Boxe », « Sirène », « Regard féminin », à la partie « Veuve » du code « Mort-Épouse », à la partie « Zèbre » du code « Cheval », et à la partie « Caméléon » du code « Homme invisible », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

La sanctification de la pin up par l’adoption/création de sa version vengeresse, Catwoman

 

Roman "Le Baiser de la Femme-Araignée" de Manuel Puig

Roman « Le Baiser de la Femme-Araignée » de Manuel Puig


 

Beaucoup de personnes homosexuelles trouvent la femme violée tellement belle dans la détresse qu’elles ne la désirent pas sexuellement. Elles décident de la sauver du viol cinématographique en s’identifiant à elle par la substitution, ou bien en approuvant/créant sa version vengeresse à l’image : la femme-araignée ou Catwoman.

 

On assiste alors à la curieuse métamorphose de la coquine et innocente pin up en femme-tigresse qui a caractérisé pendant tout le XXe siècle les représentations universelles des femmes. Ce passage n’est pas à proprement parler chronologique, car il existe un constant va-et-vient entre les deux images de la même femme violée. La différence entre la pin up et la femme phallique, c’est celle qui est établie par exemple entre le personnage d’Augustine et celui de Louise dans le film « Huit femmes » (2002) de François Ozon : Augustine (Isabelle Huppert) est l’actrice hollywoodienne des années 1930, encore vierge et frustrée ; Louise (Emmanuelle Béart), au contraire, incarne la vamp dangereuse qui sait ce qu’elle veut, qui n’est pas là pour faire du tricot, et qui n’accepte plus de se laisser marcher sur les pieds !

 

Fini de jouer les figurantes de films d’épouvante. Après avoir été violée à l’écran, la femme-objet va violer à son tour : violer un terrible secret (elle devient un détective privé, habillé en robe de soirée à paillette, qui va ruser pour aller chercher les microfilms cachés dans le bureau du Docteur No), violer un couple (elle joue son rôle de garce à merveille), violer la vie privée des autres (c’est son métier d’espionne qui l’exige), violer ses ennemis (elle en vient à tuer : légitime défense féminine), violer les interdits (elle est courageuse car elle est prête à salir son image de fille sainte devant les caméras du monde entier « pour la bonne cause »), se violer elle-même (elle couche à droite à gauche, elle pose dans des magazines pornos, se suicide). La femme phallique, c’est une professionnelle polyvalente qui sait apparemment « tout faire », comme les candidates de télé-réalité : avoir l’esprit de répartie, répondre aux interviews, chanter, danser, et être sexy. L’idole de la communauté homosexuelle, c’est la catcheuse, l’amazone, la femme-cow-boy, la Drôle de Dame, la digital beauty des manga japonais, la guerrière de Heavy Metal, la Catwoman agile pratiquant les arts martiaux, la femme-araignée sanguine, la croqueuse d’hommes, la working girl entreprenante.

 

Album "Elles et lui" d'Alain Chamfort

Album « Elles et lui » d’Alain Chamfort


 

Beaucoup de personnes homosexuelles se sont mises à aduler l’icône du danger sexuel, la femme géante fellinienne, avec un corps démesurément long et imposant, des jambes interminables, des seins énormes et pointus, et des mains crochues comme celles de la femme-panthère. Leur femme idéale est machiavélique et impérieuse grâce à l’artifice naturalisé. C’est la méchante gothique des dessins animés de Walt Disney, la reine-mère un peu cinglée mais simulant magistralement sa démence, la bourgeoise « facho » incomprise, la « disco queen » aimant le flamenco et par qui le scandale arrive, la femme mûre gardant une classe époustouflante pour son âge, la grande diva au porte-cigarettes et à la voix rauque, la châtelaine cruelle et orgueilleuse, la mégère hystérique qui pique des colères homériques dans le secret de son donjon, la sorcière sophistiquée capable de sacrifier sa beauté pour assouvir une terrible vengeance, la dame de fer aux yeux très maquillés, la Bianca Castafiore lesbienne et suicidaire exigeant que le monde se mobilise pour retrouver son diamant perdu, une espèce de cauchemar de belle-mère portant des talons aiguilles et des cols de duchesse, une synthèse de toutes les stars vieillissantes et méprisantes avec leurs admirateurs, la diseuse de bonne aventure, la cartomancienne tout de mauve vêtue, la dangereuse mante religieuse qui répudie les prétendants sans état d’âme, la grande gamine capricieuse qui refuse de vieillir, l’actrice homophobe et surtout follophobe, la « célibattante » sortant ses griffes à tout moment et prétendant prendre efficacement la place des hommes dans la société… bref, la femme imagée qui se rapproche le plus de la majorité des femmes lesbiennes qui la copient tout en la rejetant.

 

Comme éthiquement cette mutante cinématographique incarne leur idéal esthétique bien avant leur fantasme de viol, beaucoup de personnes homosexuelles vont la convertir en sainte. Elles se plaisent à cracher sur les supposés hommes machos hurlant « Salope ! » à leur femme qu’ils « engrossent » au lit, mais elles ne font guère mieux : la seule différence, c’est qu’elles formulent la même injure à la gent féminine, cette fois avec un sourire béat et les yeux remplis d’étoiles, pour gommer leur offense faite aux femmes réelles par l’idolâtrie pour la femme-objet crucifiée en pin up ou en pétasse gothique.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

Film "El Beso De La Mujer-Araña" d’Héctor Babenco

Film « El Beso De La Mujer-Araña » d’Héctor Babenco


 

Dans les fictions traitant d’homosexualité apparaît fréquemment la femme-araignée ou Catwoman, celle qui a été violée, et qui sort ses griffes de féline pour se venger de ceux qui ont ou auraient abusé d’elle : cf. la pièce Le Gang des potiches (2010) de Karine Dubernet (avec Nina, la lesbienne, déguisée en Catwoman pour faire le hold-up), le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Batman, le Défi » (1992) de Tim Burton (avec Michelle Pfeiffer en sublime chatte), le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le roman La Lionne (1948) de Yukio Mishima, le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson (dans lequel Zize, le travesti M to F, à la fin de son spectacle, porte une robe noire à lambeaux noirs qui lui donne l’air d’une araignée), le film « Premières Neiges » (1999) de Gaël Morel (avec la femme-tigresse), le film « Une belle tigresse » (1971) de Brian G. Hutton, le vidéo-clip de la chanson « Pourvu qu’elles soient douces » de Mylène Farmer (avec Libertine qui retourne le fouet de la sentence contre son bourreau), le film « Cat People » (« La Féline », 1942) de Jacques Tourneur (avec Iréna, la femme-panthère), le roman Tántalo (1919) de Díez de Tejada (avec le personnage de « La Gata »), la comédie musicale Fame (2008) de David de Silva, la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt (avec les quatre vénéneuses call girls), la chanson « Les Mantes religieuses » de Jann Halexander, le film « Ilsa, tigresse du goulag » (1977) de Jean Lafleur, le film « Catwoman » (2005) de Pitof, le film « Dynamite Jones » (1973) de Jack Starrett, le film « Coffy, la Panthère noire de Harlem » (1974) de Jack Hill, le film « Friday Foster » (« La Panthère est de retour », 1975) d’Arthur Marks, le film « Un Chant d’amour » (1950) de Jean Genet, la série de toiles Bêtes humaines (2003) d’Éric Raspaut, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato (avec la figure de l’homme-araignée), le vidéo-clip de la chanson « Shame On U » d’Ophélie Winter, le vidéo-clip de la chanson « Fucking Bitch » de Samy K et Diva Avary, la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne (avec Sharon, l’héroïne lesbienne, en tenue de panthère), la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau (avec Lola la tigresse), le film « Un Tramway nommé Désir » (1950) d’Élia Kazan (avec la prostituée), le film « Tatouage » (1966) de Yasuzo Masumara (avec le personnage d’Otsuya), la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, la chanson « Drôle de Creepie » de Lisa, le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi (avec le Rouquin gay, habillé de « son imperméable imitation panthère », p. 109), le vidéo-clip de la chanson « Too Much » des Spice Girls (avec Victoria Beckham, une icône gay très appréciée, et qui est déguisée en Catwoman), le vidéo-clip de la chanson « Too Funky » de George Michael, le roman Bestiario (1951) de Julio Cortázar (avec le mythe de Circe), la chanson « Miss Paramount » du groupe Indochine, le vidéo-clip de la chanson « Tonight’s The Night » de Gina G., le roman Man And Superman (1903) de Bernard Shaw, le vidéo-clip de la chanson « Danse avec les loops » de Zazie, le film « Mignon à croquer » (1999) de Lionel Baier (avec la maîtresse mangeant ses élèves), les films « Myra Breckinridge » (1970) de Michael Sarne et « Sextette » (1978) de Ken Hughes (avec la femme mangeuse d’hommes), la pièce musicale Rosa La Rouge (2010) de Marcial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi (avec Rosa en femme-araignée, habillée d’un bustier en guêpière), le film « De Vierde Man » (« Le Quatrième Homme », 1983) de Paul Verhoeven (avec la femme-araignée), le roman La Pantera Vieja (1909) d’Antonio de Hoyos, le film « Casanova » (1976) de Federico Fellini (avec également une femme-araignée), la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias (avec le personnage de Royauté, la fille aux multiples tuyaux futuristes), le one-man-show Ali au pays des merveilles (2011) d’Ali Bougheraba (avec « Valérie », la chatte de Mme Suzanne, qui se défenestre et qui est comparée à une pute), la chanson « Line » de Nicolas Bacchus (avec Catwoman), la nouvelle « La Servante » (1978) de Copi (il est question d’« un chat péripatéticien », p. 68), la chanson « À force de retarder le vent » de Jann Halexander (avec la voix narrative qui se fait observer par une femme : « Elle me regarde et murmure à son chat… »), le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011) de Karine Dubernet (avec Simone, la grand-mère-tigresse avec une fourrure de panthère), le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky (avec Veronika, la lesbienne tigresse), la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard (avec Bonnard en costume de panthère), la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone (avec le poster de Lady Gaga au mur), la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan (avec Romain Canard qui aime se déguiser en Lady Gaga), le vidéo-clip de la chanson « What I Feels Like For A Girl » de Madonna (avec, au tout début du clip, la plaque d’immatriculation « PUSSY (devant) CAT (derrière) » sur la voiture jaune de la chanteuse), le vidéo-clip de la chanson « Say You’ll Be There » des Spice Girls, le vidéo-clip de la chanson « Beau Malheur » d’Emmanuel Moire, la pochette de l’album « Elles et lui » d’Alain Chamford, la chanson « Sur le fil » de Jenifer, la chanson « Dans l’escalier » d’Élodie Frégé (avec la femme-tueuse en suspension dans la cage d’escalier, et « qui monte, qui monte, qui monte »), la chanson « L’Espionne lesbienne » d’Ange, l’épisode 5 « Circé » (saison 2) de la série Astrid et Raphaëlle (2020), etc.

 

Publicité de parfum de Gai Mattiolo

Publicité de parfum de Gai Mattiolo


 

À ce titre, le vidéo-clip de la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer constitue un excellent exemple de révélation de l’identité de femme violée qui se cache derrière la femme-enfant-araignée : le Petit Chaperon rouge, après avoir été violée sur la table d’opération par un Loup-Frankenstein, revient sous la forme d’une vieille femme-araignée en béquilles.

 

Vidéo-clip de la chanson "Monkey Me" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer


 

On retrouve les personnages de Vampirella ou de Morticia dans beaucoup d’œuvres artistiques homos : cf. le film « La Famille Addams » (1991) de Paul Rudnick, le film « Les Valeurs de la famille Addams » (1993) de Barry Sonnenfeld, le film « Kika » (1993) de Pedro Almodóvar (avec la Victoria Abril psychopathe habillée en latex), le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau (avec une Maria Casarès gothique et vampiresque), la série nord-américaine Dante’s Cove (2006) (avec le personnage de Grace), le vidéo-clip de la chanson « That Don’t Impress Me Much » de Shania Twain, etc. « Goudron organisait tant de salons et de soirées fréquentées par des centaines de personnes ridicules de toutes sortes. Il les collectionnait, vous savez. Et il y avait nom pour chacune. Cette courtisane communiste, Madame Kortovsky était ‘Le Ballon rouge’ et Francœur, l’éditeur catholique, était ‘La Mante religieuse’. Picasso était ‘Le Minotaure’ et vous ‘Le Prince noir’. » (le pervers Comte Smokrev s’adressant à Pawel Tarnowski, au sujet de son mécène homosexuel Goudron, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 308)

 

La référence à la veuve noire est également omniprésente à travers la fantasmagorie homosexuelle : cf. le film « Un Mariage de rêve » (2009) de Stephan Elliot, le film « Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961), de William Wyler, les chansons « Alice » et « La Veuve noire » de Mylène Farmer, le recueil de poèmes Le Condamné à mort (1942) de Jean Genet, la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan (avec Isabelle, la concertiste, qualifiée de « veuve noire » par Romain Canard, le coiffeur gay), etc. Par exemple, dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, Bacchus présente Arachnée comme « spécialiste en broderie ».
 

Film "Elena" de Nicole Conn

Film « Elena » de Nicole Conn


 

Dans l’épisode 98 « Haute Couture » de la série Joséphine ange gardien, Dallas, l’assistant-couturier homo de la créatrice Cecilia, veut mettre hors d’état de nuire Hélène, la première d’atelier concurrençant Cecilia, et décrit sa stratégie arachnéenne pour s’en débarrasser proprement : « Je sais ! Je l’intimide avec mes ciseaux crantés, je la saucissonne à la dentelle de Calais, et je la planque dans un rouleau de taffetas noir. Tout ça avec des gants : pour ne pas laisser d’empreintes. »

 

La femme-araignée est parfois la mère symbolique du héros homosexuel : « Ma mère travaille en usine en haut des fils en bobine. Dans les nuages, elle va, elle rêve. » (Rosa dans la pièce musicale Rosa La Rouge (2010) de Marcial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi) ; « Maman, tout en cuir, des pieds à la tête… » (Michel Hermon dans le spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008) de Michel Hermon) ; « La femme-araignée m’a montré du doigt un chemin dans la forêt… » (Molina, le héros homo du roman Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig, p. 264) ; « Maquillage de la Mère : de longues rides mauves, très nombreuses comme une toile d’araignée sur la figure. Ou une voilette. » (cf. le commentaire du premier tableau de la pièce Les Paravents (1964) de Jean Genet) ; etc. On retrouve curieusement la même idée dans une des pièces des frères jumeaux Botti, L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) : « Je suis la route qu’elle m’a indiquée. » (Monsieur Charlie) Dans le roman Soie sauvage (2004) de Fabienne leloup, la femme-araignée est en lien avec l’inceste : c’est la sœur de Barbara l’héroïne lesbienne qui ressuscite dans le tatouage de mygale de celle-ci. Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Diane, la mère possessive de Steve (le héros homosexuel), porte le parfum Eau sauvage de Christian Dior, et un tatouage de lion sauvage sur le bras. Elle est présentée comme la réincarnation de Diane chasseresse (« Sècheresse comme elle le dit elle-même). Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Solange, la machiavélique belle-mère porte un pantalon panthère. Elle viole l’un des héros homosexuels, Julien. Plus tard, il est question d’une autre prostituée, cette fois russe, Katouchka, qui est surnommée par Yoann l’amant de Julien « Catouchatte », par jalousie. Celle-ci aurait couché avec Julien, et fait des défilés pour Karl Lagerfeld, à poil, « avec un diamant à la place de la chatte ». Solange finit aussi par violer Yoann et par se faire faire un gosse avec lui.

 

Film d’animation "God, Guns and Queers" de Tom de Pékin

Film d’animation « God, Guns And Queers » de Tom de Pékin


 

Le héros homosexuel, qu’il soit homme ou femme d’ailleurs, se définit très souvent lui-même comme la femme-araignée, une héroïne incapable d’aimer dans le bonheur (c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai d’abord choisi pour titre du site de mon livre L’Araignée du Désert… en hommage à cette conscience du viol homosexuel commémorée inconsciemment par toute la culture homo-érotique) : « Toi, tu es la femme-araignée, qui attrape les hommes dans sa toile. » (Valentín parlant à son amant Molina, dans le roman Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig, p. 245) ; « Je songeais à ces graciles giclées que j’avais vues un jour sourdre du corps de Sylvia. Je la caressais, et soudain jaillit de son sexe un petit jet arachnéen et limpide. » (Laura s’adressant à sa compagne Sylvia, dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 165) ; « Vous serez à guetter Ashley Hamilton comme une araignée guette sa proie. » (la nourrice noire Mama à Scarlett O’Hara dans le film « Gone With The Wind », « Autant en emporte le vent » (1939) de Victor Fleming) ; « Dalida, l’orchidée noire, la maudite, la veuve noire, le monstre à deux têtes, Luigi, Lucien, Richard, pris dans un lien inextricable. » (l’actrice jouant la chanteuse Dalida, dans le spectacle musical Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini) ; etc.

 

Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, il y en une mention à la Femme-Araignée (icône homosexuelle du danger sexuel) qui est assez incroyable de précision. Frankie, le héros homo, danseur pro qui imite souvent l’araignée dans ses chorégraphies, monte sur un arbre dans un parc urbain, et dit texto à son amant Todd : « Je suis Toile d’Araignée », pour le charmer.
 

Film "Test" de Chris Mason Johnson

Film « Test » de Chris Mason Johnson


 

Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Élisabeth est décrite comme une « araignée nocturne ». Dans le roman Le Garçon sur la Colline (1980) de Claude Brami, l’araignée est à la fois la mère de Pascal (il la définit comme « son ennemi héréditaire », p. 163) et son amant homosexuel (« Pierre Gravepierre, l’araignée », p. 265). Sébastien l’homosexuel est aussi la femme-araignée de la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy. Dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer, Janine est traitée de « mygale » par Simone.

 

Mel B (Spice Girls) dans le clip "Say You'll Be There"

Mel B (Spice Girls) dans le clip « Say You’ll Be There »


 

Très fréquemment dans les fictions, le héros homosexuel semble vouloir incarner la féminité attaquante, « dangereusement belle », la femme rebelle et guerrière défiant l’autorité d’un méchant tyran, pratiquant les arts martiaux : cf. le film « La Revanche d’une Blonde » (2001) de Robert Luketic, le film « Fatale Femme » (1985) de Claudia Schillinger, la pièce Antigone (1922) de Jean Cocteau (avec Antigone s’érigeant contre Créon), le roman Adrienne Mesurat (1927) de Julien Green, « Blonde Cobra » (1959-1963) de Ken Jacobs, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz (avec Shéhérazade en lutte contre un tyran), la pièce Judith et le Tyran (1943) de Pedro Salinas, les chansons « Tristana » et « Désenchantée » de Mylène Farmer, les chansons « Alertez Managua » et « Cao Bang » du groupe Indochine, la pièce Mariana Pineda (1927) de Federico García Lorca (avec Mariana combattant vaillamment l’absolutisme de Ferdinand VII), le film « Les Amants diaboliques » (1943) de Luchino Visconti (avec Giovanna face à son mari tyrannique), la comédie musicale La Périchole : la Chanteuse et le Dictateur (2007) de Jérôme Savary, le film « The Warrior’s Husband » (1932) de Walter Lang, le film « Women In Revolt » (1971) de Paul Morrissey, la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton (avec, à la fin de la pièce, Doris, l’héroïne lesbienne habillée en combinaison noire comme Catwoman), etc.

 

B.D. "Araña Negra"

B.D. « Araña Negra »


 

L’icône du danger sexuel féminin est un leitmotiv de la fantasmagorie homosexuelle. Par exemple, dans la pièce Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, Ariane, le mannequin travesti, opère une marche qu’il baptise « the catwalk » ; ce one-man-show finit en plus sur le générique du manga Cat’s Eyes… Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Katja, la meilleure amie de Phil, le héros homo, est surnommée « Kat » et vampirise ce dernier : « Tu sais que j’ai une sacrée intuition. » (Katya) « Tu ne peux pas manipuler mes pensées. […] Bon, ok, tu peux. » (Phil, s’avouant vaincu) Dans le film « Odete » (2005) de João Pedro Rodrigues, Pedro est fan d’arts martiaux et a des posters de Bruce Lee dans sa chambre. Dans les films « Willow Springs » (1973) de Werner Schroeter, « Les Diaboliques » (1954) d’Henri Georges Clouzot, ou encore « Huit femmes » (2002) de François Ozon, le thème de la vengeance organisée des femmes contre la gent masculine est repris. Dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, Julie, en Catwoman athlétique, fait une prise de judo à Romain, un automobiliste macho : « Quatre-vingt-dix secondes qui ont suffi à Romain pour être frappé par un coup de foudre. » (p. 92) Dans la pièce La Cage aux folles (1973) de Jean Poiret (dans la version 2009 avec Christian Clavier et Didier Bourdon, Zaza Napoli est comparé(e) à la fée Carabosse, et joue la dangereuse Catwoman sortant ses griffes : « I’m so glamourous, so dangerous… ») Dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier, quand César (l’hétéro lourd-dingue) demande à Kim, l’héroïne lesbienne (Muriel Robin), quel parfum elle s’est mis, celle-ci, pour couper court au compliment, lui sort : « C’est MIAOU de chez GOUDOU. » Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, la chatte de Cindy (la fille à pédé), baptisée « Jackie Quartz » comme la chanteuse, a ses humeurs et griffe… Dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, Maria va voir au cinéma un film dans lequel Jo-Ann, sa jeune et future partenaire de théâtre avec qui elle joue un couple lesbien, interprète une super-héroïne aux pouvoirs destructeurs (cette héroïne a d’ailleurs été violée par Sargone, et ses pouvoirs s’origineraient donc dans ce fait). Dans le film « Sing » (« Tous en scène », 2016) de Garth Jennings, Rosita fait sa chorégraphie avec Gunther, le cochon homosexuel, déguisée en Catwoman.

 

Lithographie d'une femme-panthère

Lithographie d’une femme-panthère


 

Il est très étonnant de voir la fascination qu’exerce Catwoman ou la mante religieuse mangeuse de mâles dans les fictions homo-érotiques : la gentille pin up innocente a laissé place à sa version vengeresse, et les réalisateurs homosexuels semblent trouver cette métamorphose terriblement excitante, glamour. « Sois féline ! » (Anne-Lise à son amie Marcy, dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim) ; « Assise sur le canapé, elle lisse sous ses doigts les éraflures laissées dans le cuir par les griffes de son vieux chat, mort la veille. » (cf. les toutes premières lignes décrivant Gabrielle, l’un des deux héroïnes lesbiennes du roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 10) ; « La nuit, on éteint la lumière en string panthère. » (Fred en parlant de son couple avec Max, dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « À 17 ans, je suis devenu une femme-reptile. » (un des personnages gay de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Je suis comme la lionne dans la savane. » (Pretorius, le vampire homosexuel de la pièce-récital Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « Derrière la faible femme que tu vois se cache une lionne qui sait se défendre. » (Marina, le travesti M to F, dans la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud) ; « Des filles contre des filles (connue sous l’appellation de catfighting, ou plus vulgairement de crêpage de chignon). » (Christophe Bigot, L’Hystéricon (2010), p. 24) ; « Les soirées d’école de commerce, où des dizaines de gazelles attendent désespérément lions et guépards, en tenue de tigresse. » (idem, p. 153) ; « La jeune voleuse sait exactement où elle doit se placer pour trouver la bonne bouche d’égout. […] Experte, elle arrive à entrer sans trop de difficultés au royaume des rats. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 164) ; « Si j’abandonne les études, je me mettrai au karaté : ce sport est génial. Ton père trouverait bizarre qu’un jeune homo aime les arts martiaux, mais ma passion est sincère. » (Chris à Ernest dans le roman de La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 119) ; « Je suis une femme et je vous emmerde. » (Jenny, le héros transsexuel M to F, dans le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte) ; « Dans sa chambre morbide. Au-dessus de son lit, une affiche sublime. Catwoman y est allongée sur un vieux lit très kitsch, embrassée dans une combinaison noire, frôlant avec ses mains gantées, aux dix doigts affûtés par de fausses griffes en fer, sa chatte obscure miss Kitty. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite en 2003 par un ami) ; « Si Catwoman avait pu sortir de l’affiche, elle aurait égorgé les amants de ses griffes. […] C’eût été fort jouissif. […] Mais Catwoman devait rester idole. Elle n’avait pas le droit de sortir hors de l’affiche, ne pouvait que voir en silence les amants se dégoûter. » (idem, p. 31) ; « Je ferai comme une fille qui se défend, une fille qui perd son sang. » (cf. la chanson « Le Grand Secret » du groupe Indochine) ; « La Veuve Nance m’avait en horreur ; elle me méprisait ; elle aurait préféré rencontrer une armée d’araignées plutôt que de me voir surgir derrière les roses trémières. » (Garnet Montrose, le héros homo du roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 33) ; « Nous sommes les héritières des amazones. Nous, les femmes au cœur de lionnes, les coups de griffes on vous les donne. » (cf. la chanson « Amazones » du groupe L5) ; « Les femmes fatales sont en général narcissiques ou lesbiennes, frigides avec les hommes. Elles ne jouissent que si elles en ont envie, donc pas souvent, c’est ce qui fait leur force. » (Nathalie dans le film « Choses secrètes » (2002) de Jean-Claude Brisseau) ; « Christian vit se confondre devant ses yeux Jacqueline, en tenue sportive, et Linda Davis, habillée en peau de léopard, qui s’acharnaient à coups de canifs sur son visage ; elle lui coupèrent les oreilles, le nez et les lèvres avant de lui arracher la langue et de lui crever les yeux. » (cf. la nouvelle « La Césarienne » (1983) de Copi, p. 73) ; « Elle [Marilyn-Garbo] nous reçoit habillée d’une robe noire tressée avec des cheveux humains. […] Elle fume une cigarette de hasch derrière l’autre dans un fume-cigarette également noir ainsi que sa perruque, on dirait une perruque de la tête aux pieds à part les sabots rouges. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 52) ; « Jolie s’empara d’une brosse d’argent et le frappa sur la tête. Le Sénateur tomba la tête la première dans l’eau. » (Copi, La Vie est un tango (1979), pp. 27-28) ; « C’était Jolie. En robe en soie très décolletée à l’imprimé façon zèbre, un manteau de léopard sur les épaules, le visage en partie dissimulé derrière d’immense lunettes noires. » (idem, pp. 73-74) ; « Tu m’aimes encore après ce que je t’ai fait ce matin ? demanda Jolie à Silvano. Je suis comme ça : quand j’aime un homme à la folie, j’ai envie de le frapper après avoir fait l’amour. » (idem, p. 74) ; « Haut les mains, dit la voix douce mais persuasive de Jolie. Elle avait sorti un pistolet de son sac. Postée dans l’encadrement de la porte, elle menaçait tout le monde. » (idem, p. 77) ; « L’ascenseur s’arrêta encore une fois pour s’ouvrir sur une femme aux épaules carrées, coiffée d’une grossière perruque de guanaco blanchâtre, vêtue d’une tunique noire comme celle des prêtres mais en tissu léger et laissant apparaître un tailleur gris uni de chez Chanel et un foulard rayé gris sur gris de chez Grès, les jambes gainées de bas strictement beiges et chaussée d’escarpins en crocodile noir. Elle ressemblait un peu par l’expression à la mère de Vidvn, en plus absente […]. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, pp. 79-80) ; « Quand je me réveille, je peux dire que j’ai fait la plus belle trouvaille de ma merdique existence : j’ai rencontré la Vénérable. Une petite vieille toute fripée de rides intelligentes. Avec deux rayons verts dans le regard. Comme depuis toujours, à cette aube elle m’apparaît sur fond noir, assise dans un fauteuil tapissé de velours rouge. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 96) ; « Il me disait aussi, à quoi ça sert d’avoir des ongles si c’est pour ne pas les peindre ? Je lui expliquais que c’était en fait des résidus de griffe… Le jour où il m’a griffé avec sa french, il a bien vu que j’avais raison… » (une femme à propos de son ex-compagnon Jean-Luc devenu homo, dans la pièce La Fesse cachée(2011) de Jérémy Patinier) ; « Le Cheshire Cat, c’est moi. » (cf. la chanson « Cheshire Cat » de Nolwenn Leroy) ; etc.

 

Par exemple, dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral, Paola nous apprend la « technique de la griffe » pour séduire. Dans son one-woman-show Chaton violents (2015), Océane Rose-Marie raconte que Craquinette est l’incarnation d’une actrice fatale qui fait sa star. Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Omar, avec son peignoir léopard, est l’amant-tigre (d’ailleurs, il fera porter ce peignoir à tous ses amants). Dans le film « Camping 2 » (2010) de Fabien Onteniente, Patrick Chirac, avec son débardeur rose, est surnommé « La Panthère rose » par Jean-Pierre. Dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, le baron homosexuel Lovejoy demande à Elliot d’imaginer que Mimi « se change en divine panthère ».

 

Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, accueille dans son avion une drôle de passagère à mobilité réduite, Mme Schmidt : une femme qui, en fait, marche tellement vite et se déplace si discrètement qu’elle ne fait que des cochonneries (elle pisse et défèque partout dans les toilettes de l’avion) et des bêtises sans que le steward puisse la contrôler. Il lui a proposé de voir un film sur une veuve noire, « Autant en emporte le vent », mais rien n’y a fait. Il finit par la traiter de « salope et la décrit comme une dangereuse arachnide : « On aurait dit une araignée qui dansait. »
 

B.D. What A Wonderful World (2014) de Zep (planche : "Le Sexualité compliquée des Super-héros")

B.D. What A Wonderful World (2014) de Zep (planche : « Le Sexualité compliquée des Super-héros »)


 

Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Groucha est l’incarnation de la féminité fatale qui va engloutir l’unique vrai hétéro mâle de l’histoire, Yvon : « Quand la porte s’est ouverte, je suis resté planté devant elle comme une grosse merde. Elle portait une robe noire moulante et décolletée, qui faisait ressortir sa peau laiteuse, ses seins pareils à deux blocs de beurre frais. Aux pieds, elle avait des mules en soie noire, avec un liseré genre plumes d’autruche de la même couleur. Elle avait des ongles vernis eux aussi de la même couleur, enfin si on considère que le noir est une couleur, aussi bien ceux des mains que ceux des pieds, comme j’ai pu m’en rendre compte quand elle a négligemment fait glisser sa mule gauche pour caresser son mollet droit avec ses orteils. Sa tenue, ça faisait limite pute du quartier rouge à Amsterdam, sauf que sur elle c’était superclasse, je sais pas comment vous dire, elle était superbelle, et superflippante. Je m’assois sur le tabouret en ébène. Elle m’apporte un verre avec une substance un peu trouble dedans, genre sirop d’orgeat ou de gingembre, vous voyez ce que je veux dire ? Je lui demande ce que c’est. Elle me dit de deviner. Je goûte. Un machin indescriptible. Amer, mais avec une note de citron, de sucre, et un arrière-goût un peu fade aussi, limite farineux, sauf que la farine ça a pas de goût, alors je dirais limite lacté, mais plus comme du lait en poudre que comme du vrai lait. Je lui dis que je ne devine pas. Et alors là, véridique, elle me fait : ‘C’est un philtre d’amour.» (pp. 262-263) ; « les aréoles des seins qui pointent sous le tissu, qui ont l’air de vouloir le transpercer […] » (p. 264) ; « Elle me paraît minuscule, et comme en hauteur, au sommet d’une montagne, parmi les neiges éternelles. Pour couronner le tout, elle a beau être assise immobile dans le canapé, j’ai l’impression qu’elle remue ses hanches, qu’elle ondule de droite et de gauche, comme si elle faisait la danse du ventre, avec des oscillations de sirène, des variations régulières de courbe sinusoïdale. Vu d’ici, ça fait plein de petites étoiles scintillantes. L’image se décompose, à travers une sorte de filtre brumeux, un diamant taillé ou un kaléidoscope, comme dans les films psychédéliques ou les premiers épisodes de Columbo. » (p. 264) ; etc.

 

Autre exemple. Dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2012) de Christophe et Stéphane Botti, Chloé, la rousse, a une grosse piqûre d’araignée sur la jambe gauche. On découvre au fur et à mesure que celle-ci l’a transformée entièrement en femme-araignée : « J’aimerais tatouer le mot MYSTÈRE… le mot DÉSIR […]. Je suis gymnaste. […] Vais-je à mon tour me transformer en insecte vorace ? […] Je suis encore vierge. Je ne le fais pas exprès. Si j’étais une araignée, je prendrais Martin dans mes fils de soie. » Face à Martin, le héros sur qui pèse pendant toute la pièce une forte présomption d’homosexualité, Chloé incarne la féminité fatale repoussante : « J’te fais peur ? Tu voudrais me tenir dans tes bras pourtant… »

 

Spectacle "Cabaret Brecht Tango Broadway" d'Alfredo Arias

Spectacle « Cabaret Brecht Tango Broadway » d’Alfredo Arias


 

C’est parce que leur acte de vengeance misandre (le viol sur le viol) est avant tout cinématographique et non-effectif que certaines Catwomen homo-érotiques – très lesbiennes d’ailleurs – en arrivent à tourner leur violence en auto-dérision camp ou en éclat de rire à la « What did you expect ? » de Nicole Kidman : « Nous ne sommes pas méchantes, même quand nous faisons des choses terribles. » (Catherine dans le film « Suddenly Last Summer », « Soudain l’été dernier » (1960) de Joseph Mankiewicz)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Brunö

Brunö


 

Il existe un lien fort entre Spider-woman (la classique figure de la Vamp, née au début du XXe siècle) et Catwoman. Par exemple, Albert Bensoussan, lors de la soutenance de thèse H.D.R. La « folle » révolution autofictionnelle : Arenas, Copi, Lemebel, Puig, Vallejo de Lionel Souquet à la Sorbonne (Paris) en 2010, a fait la naturelle analogie femme-araignée/femme-panthère. Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, Celia se déguise pour la soirée costumée en souris, mais ressemble finalement à Catwoman, « une espionne volant les bijoux des femmes des beaux quartiers »

 

Je vous renvoie également à l’article « Le Défi d’Arachné ou le féminin réparateur » de l’essayiste lesbienne Marie-Jo Bonnet, dans le catalogue Métamorphoses (2010) de Mireille Honein. Certains articles désignent Catwoman comme bisexuelle.

 

Création de Thierry Mugler

Création de Thierry Mugler


 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, beaucoup de personnes homosexuelles rêvent d’incarner la femme-araignée ou la femme-tigresse, soit pour donner corps à un viol qu’elles ont réellement vécu et qu’elles souhaitent venger/camoufler, soit pour rentrer dans la peau d’une héroïne de B.D. toute-puissante au moment où leur identité s’effondre et qu’elles pensent que le statut de victime sublimée par le cinéma va leur permettre de se faire remarquer : « Je ne ferai pas la position de la lionne sur une râpe à fromage. » (Clara, une des femmes lesbiennes du documentaire « La Grève des ventres » (2012) de Lucie Borleteau) ; « Robes entièrement pailletées, robes fourreaux en lamé, tailleurs stricts ou ensembles de peau de panthère, à la manière des stars de Hollywood : il y en a vraiment pour tous les goûts. » (Jean-Louis Chardans décrivant les travestis M to F, dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 34) ; « J’ai toujours préféré Catwoman avec son ‘Je me sens très miaouwww miaouwww’ ! » (cf. un commentaire lu le 6 novembre 2011 sur le mur Facebook d’un ami homo) ; « Hmmm, là, c’est le passage où Catwoman est en train de se promener dans les rues et griffe les vitres des vitrines, alalalala, qu’est-ce que je ferai pas pour faire un transfert de personnalité, qu’est-ce que je ferai pas pour faire de ma vie un film passionnant, pour faire de moi un personnage exceptionnel, un personnage capable d’aimer quelqu’un et de pleurer la personne qu’il aime et pas pleurer l’image virtuelle de cette personne qu’il avait voulu aimer. » (un mail personnel que m’a écrite un pote gay que j’ai connu à Angers, en 2002) ; « Elle était petite de taille, sans âge et portait des habits noirs. Elle était sans doute une mendiante et elle avait hérité d’un certain pouvoir. Elle savait faire. Elle savait toucher. […] Elle était entrée en moi, dans mon esprit, mon âme lui appartenait, elle la regardait avec douceur, avec brutalité. […] Et enfin, de sa main droite, elle a bouché mes narines. Plus d’air. Le grand sommeil. Le noir paisible. […] La dame en noir a lâché mon nez et de sa bouche a soufflé sur moi. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 93-94) ; « Il voudrait être ce ‘piège à hommes’ qu’est Liz [Taylor], ‘un mélange troublant de force et de détresse’, ‘ces bad girls un peu déséquilibrées’. Il partage d’instinct avec cette femme située entre la réalité et la fiction une certaine douleur d’exister. » (Virginie Mouseler parlant de son ami homo Éric, dans l’essai Les Femmes et les homosexuels (1996), p. 153) ; « Ce jour-là, une envie de meurtre flottait comme un parfum vénéneux chez Concha Bonita. Elle dormait tranquillement sans soupçonner combien ceux qui l’entouraient souhaitaient la voir disparaître à jamais. Ses cheveux dessinaient des arabesques sur l’oreiller argenté. Ses traits étaient parfaitement harmonieux. Elle avait victorieusement résisté aux années. Concha était belle comme un félin sauvage, sans âge, puissant, toujours prêt à bondir. » (Alfredo Arias en parlant du transsexuel M to F Concha Bonita, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 30) ; « Il ne restait plus aucun lien entre l’homme athlétique et la femme féline, douce et diabolique qu’il était devenu. » (Arias en parlant de Jorge Pérez, op. cit., p. 34) ; « Je suis une fan de Sandokan, le tigre du Bengale. » (Mirna, op. cit., p. 209) ; « Elle [Cecilia] contempla sans se lasser la peinture de son fils. Une Mae West pointait entre les feuillages tropicaux, où abondaient fleurs, papillons. À ses pieds, une panthère noire. » (op. cit., p. 229) ; « À la surprise générale, Lola sort de son sac à main un petit revolver et descend le chef de la bande. » (idem, p. 253) ; « Quelques putes aux noms zoologiques, comme la Puce, le Ver, la Panthère, étaient des célébrités sexuelles du coin. » (idem, p. 256) ; « Être homosexuel, être Juif, être Blanc sont les 3 jambes sur lesquelles je marche. J’aime utiliser ma judaïté. » (Steven Cohen, le performer transgenre M to F, dans le documentaire « Let’s Dance – Part I » diffusé le 20 octobre 2014 sur la chaîne Arte) ; « Angèle, sculpturale Africaine, ressemble à une lionne avec ses tresses immenses et son collier de dents de tigre : ‘Je suis une prédatrice qui cherche à susciter le vice. Je suis entourée de prédateurs qui ne demandent que cela.’ » (Père Jean-Philippe Chauveau, Que celui qui n’a jamais péché… (2012), p. 255) ; « Elle agit comme un félin qui guette sa proie. Et le moment venu, elle griffe mortellement sa victime. Il ne faut pas que la tigresse rentre dans la maison d’Espagne. » (Pierre Chanut à propos de la reine Christine, dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; etc.

 

Film "Batman, le Défi" de Tim Burton (avec Michelle Pfeiffer)

Film « Batman, le Défi » de Tim Burton (avec Michelle Pfeiffer)


 

Il faut déjà savoir que le personnage de Catwoman est né dans la B.D. Batman (1939) de Bruce Wayne, et que celle-ci est particulièrement crypto-gay (elle a d’ailleurs été censurée en temps de maccarthysme aux États-Unis, dans les année 1950, à cause de ses nombreuses allusions homo-érotiques).

 

D’autre part, il est étonnant de remarquer que beaucoup de personnes homosexuelles se prennent de passion pour la figure de l’espionne agile, de Fantômette, de la cavalière en fuite, de la féministe-Courage défiant l’autorité d’un tyran, de la super-héroïne, des magical girls des mangas japonais, de la guerrière-amazone « dangereusement belle », de la femme-araignée pratiquant les arts martiaux, de la James Bond Girl, de Xena la Guerrière (icône lesbienne par excellence). Ce fut mon cas étant petit et adolescent (j’aimais les Cat’s Eyes, She-Ra, Super Jaimie, Fantômette, Alice, les Drôles de Dames, Jeanne et Serge, tous ces dessins animés et ces séries de la féminité conquérante et masquée). Et je ne suis pas le seul. Par exemple, Alex Taylor, dans son autobiographie Journal d’un apprenti pervers (2007), avoue qu’il s’est identifié très jeune à Emma Peel dans la série Chapeau melon et Botte de cuir. Juan Soto, le chanteur espagnol, porte un tatouage de Catwoman. Violette Morris, la sportive lesbienne (1893-1944), est surnommée « la lionne de la Gestapo ». Par ailleurs, l’association LGBT Les Panthères roses a lancé sa première action le 14 décembre 2002 à Paris, lors d’une manifestation contre la guerre en Irak. Je vous renvoie également à la photo de Joseph Caprio avec ses griffes de Catwoman, aux illustrations de Heavy Metal de Boris Vallejo ou de Tonino Liberatore, à la pièce L’Orféo (2009) de Alessandro Striggio (avec la sculpture humaine en forme d’araignée), à la performance Golgotha (2009) de Steven Cohen (avec la femme-araignée), au film d’animation « God, Guns And Queers » (2010) de Tom de Pékin (avec une magnifique araignée à tête de femme, qui sort d’on ne sait où), à la pièce La Pyramide (1975) de Copi (avec la chorégraphie des femmes-panthères dans la mise en scène par Adrien Utchanah en 2010), à l’hallucinante araignée métallique sur laquelle descend la chanteuse Mylène Farmer dans son concert de Bercy en 1996, à toute l’esthétique choisie par Lady Gaga pour se représenter (mais je pourrais vous parler aussi de Rita Hayworth, des Pussycat Dolls, des Spice Girls, de Madonna, de Britney Spears, de Shania Twain, et tant d’autres), ainsi qu’au look très androgyne d’Édouard aux mains d’argent (Johnny Depp) dans le film de Tim Burton (en 1990). « Mes premières héroïnes étaient Catwoman – môme, je la dessinais brandissant son fouet –, Fantômette, Super Jaimie et Wonder Woman. Les ancêtres de Xena, quoi. » (le réalisateur français Julien Magnat dans la revue Têtu, n°69, juillet-août 2002, p. 20)

 

Mylène Farmer, concert Bercy 1996

Mylène Farmer, concert Bercy 1996


 

Il est possible que nous, les personnes homosexuelles, ayons confondu Catwoman avec les femmes réelles. Je vous renvoie à l’étonnant homme transsexuel M to F nommé Baghera. Dans l’émission La Nuit est à vous de France Inter diffusée le 10 mars 2016, André Charbonnier, l’hypno-thérapeute, lie l’arachnophobie avec la peur de se confronter à la mère. Sinon, je vais vous raconter une petite anecdote personnelle. En 2004, lors d’une soirée rennaise où certains de mes amis s’étaient réunis pour se remémorer les dessins animés de notre enfance, une de mes amies bisexuelles, pour rigoler, m’avait susurré à l’oreille, lorsque nous avions entendu par hasard le générique du manga japonais Cat’s Eyes (racontant les aventures de trois athlétiques cambrioleuses) : « Ça, ce sont de vraies femmes ! » Au-delà de la boutade, il y a bien dans ce cliché de Catwoman une confusion (violente) entre fiction et réalité. Autrement dit une affaire très lointaine d’inceste ou de viol, déjà d’un point de vue uniquement fantasmé. D’ailleurs, la femme-araignée ou Catwoman sont parfois considérées comme la mère symbolique : « Minou et elle vivaient en osmose. » (Denis Daniel en parlant de sa mère avec son chat, dans son autobiographie Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 43) ; « Fantômette, Fantômette où es-tu ? J’ai peur… » (Christophe Tison, Il m’aimait (2004), p. 20) Elles peuvent malheureusement être aussi les signes symboliques de l’existence réelle d’une mère biologique incestueuse (ou d’une petite copine peu compréhensive et absorbante), qui instille chez son enfant la peur de la sexualité, autrement dit le désir homosexuel : « Durant ce temps, ma mère ne cesse de tisser autour de ma vie d’enfant un véritable cocon de tendresse mais se garde bien de m’élever en garçon. […] Je n’avais aucune pensée sexuelle à l’égard de l’autre sexe car, pour moi, un être féminin était neutre et je n’aurais su que faire avec lui ; toute femme, pour moi, à cette époque, était une mère. Je surpris néanmoins, un soir, à la campagne, une jeune fille qui se baignait dans un ruisseau, n’ayant pour tout vêtement que sa chemise. Je n’eus pas le courage de regarder bien longtemps et je m’enfuis chez moi pour conter, en toute sincérité mon aventure… à ma mère. C’était la première fois, au cours de mes douze années d’existence, qu’il m’avait été donné d’approcher une femme inconnue… surtout dans une tenue aussi sommaire. Ma mère me fit la morale et brossa pour moi un tel tableau physique et moral des femmes que je n’en dormis pas de la nuit : la femme, la jeune fille… êtres abjects, lâches, sans hygiène ; la nudité… quelle horreur !… surtout chez la femme, cet être perpétuellement maudit… C’est ainsi que, par suite des extraordinaires révélations de ma mère, le sexe féminin me fut à jamais interdit alors que cette même occasion aurait pu doucement me le révéler… […] Tout en me chérissant, ma mère me présentait les relations avec l’autre sexe comme un mal immoral. » (Jean-Luc, homme homosexuel de 27 ans, parlant de ses premières années d’adolescence, à 9-12 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, pp. 76-78) ; « J’avais vite compris que Liane était une fille extrêmement jalouse : une vraie tigresse cette nana ! Sa paranoïa m’excédait ; j’étais constamment épié et cela m’exaspérait. » (Ednar dans le roman semi-autobiographie Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 157) ; etc.

 

Mylène farmer déguisée en araignée maltèque, live 2009

Mylène farmer déguisée en araignée maltèque, live 2009


 

Enfin, certains lieux d’homosociabilité portent des noms de femmes-araignées ou de femmes-panthères : par exemple la boîte parisienne homo La Vénus noire.

 
 

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Femme et homme en statues de cire (sous-codes : Couple hétérosexuel / Scène de répudiation / Ombres chinoises)

femme et homme cire

Femme et homme en statues de cire

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 
 

Je revendique mon hétérophobie

et mon amour des couples femme-homme aimants !

Le couple hétéro et le couple homo sont catastrophiques : ils sont jumeaux historiques et de violence car ils ont tous deux sacralisé l’altérité sans laisser d’espace à la différence des sexes aimante. Pas un pour rattraper l’autre !

 

CIRE 1 noir et blanc

 

« Hétérosexualité » ne rime pas avec « Amour ». Je ne sais pas si on vous l’a déjà dit. En tout cas, moi, je vous le dis ! Et cela ne change rien en ma foi en l’Amour, que Celui-ci soit vécu dans un célibat consacré ou dans un couple femme-homme non-hétérosexuel : elle reste intacte. C’est justement parce que je crois en l’Amour vrai que je ne valide ni les couples hétéros ni les couples homos, ces pâles fac-similés de l’Amour qu’on a voulu mettre en scène à la télé en unissant artificiellement l’homme-objet et la femme-objet, deux statues de cire souriantes et perpétuellement en conflit, passant leur temps à se déchirer parce qu’elles cherchent en vain à se substituer l’une à l’autre.

 

CIRE 3 noir et blanc rouleau

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Haine de la famille », « Femme fellinienne géante et pantin », « L’homosexuel = L’hétérosexuel », « Don Juan », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Corrida amoureuse », à la partie « Peur de la sexualité » du code « Symboles phalliques », et surtout à la partie « Parents divorcés » du code « Orphelins », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels, ainsi qu’au site CUCH (Cathos Unis Contre l’Hétérosexualité : www.cuch.fr).

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

Roméo, Juliette et tous les autres,

au fond de vos bouquins, dormez en paix !

 

CIRE 5 Barbie

 

Au fil des siècles, la littérature et les arts audiovisuels ont pris une telle place dans notre quotidien qu’ils ont réussi à nous faire croire que les couples-objets femme-homme étaient plus vrais que nature, et qu’ils avaient le pouvoir de se substituer aux couples réels non-photographiques. Grossière idolâtrie !

 

Le couple hétérosexuel est un binôme qui intègre la différence des sexes, mais, contrairement aux couples femme-homme aimants, sans désir : il a pour particularités d’être prioritairement fictionnel, et d’être en voie de bisexualisation, voire d’homosexualisation (d’ailleurs, les hommes-objets et les femmes-objets actuels, présentés comme de « parfaits hétéros », font tour à tour leur surprenant coming out : fans féminines de Ricky Martin, Zachary Quinto, Tiziano Ferro, George Michael, vous n’avez plus qu’à vous rhabiller !). En général, les deux membres de ce couple hétérosexuel ne s’entendent pas, se chamaillent (et font l’amour pour recoller les morceaux : réconciliation sur l’oreiller bien connue), vivent dans le fantasme de fusion (qui concrètement aboutit à une brève passion et à une rupture/à la mort), cherchent à copier l’homme-objet et la femme-objet de leurs écrans de télé, autrement dit « les hétéros » et « les homos ».

 

Je vous encourage fortement à compléter la réflexion sur ce trompe-l’œil qu’est « l’hétérosexualité » en lisant l’autre code du Dictionnaire des Codes homosexuels fortement imbriqué avec celui-ci : « L’homosexuel = L’hétérosexuel ». Il vous explique que l’hétérosexualité est un concept très récent qui était, à sa création (1870), synonyme de « bisexualité » (et non de relation de fidélité exclusive et aimante femme-homme), et qui est apparu pile à l’époque où précisément le mythe du « self-made man sans Dieu » et de l’Homme-objet naissaient grâce aux progrès scientifiques et audiovisuels humains.

 

En effet, avant d’emprunter le chemin du couple homosexuel, qui est une copie exacte du couple hétérosexuel, la grande majorité des personnes homosexuelles a été fortement influencée par le couple hétérosexuel formé par Ken et Barbie. Elles ont intégré dans leur cœur une vision complètement cucul et violente, fusionnelle et conflictuelle, rose et noire, du couple femme-homme et de l’Amour. Celle que leur ont donnée les films pornos, les magazines, les comédies romantiques/dramatiques, les romans à l’eau de rose, la peinture, et parfois leurs parents désunis (je traite plus largement du lien entre divorce et homosexualité dans le code « Orphelins » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Généralement, quand on les interroge sur les couples intégrant la différence des sexes, on se rend vite compte que les personnes homosexuelles sont d’une naïveté incroyable : elles ont vraiment pris les couples médiatiques pour des réalités (à imiter dans le rejet ou l’adulation).

 

CIRE Jenifer

 

Tous les ménages que nous connaissons qui se disputent, mais qui paradoxalement vivent encore dans le mythe fusionnel/fiévreux du prince charmant et de la princesse charmante (utopie passionnelle qui envisage la structure du « Couple » comme une plénitude absolue et facile, comme un duo qui se nourrira exclusivement du feu des sentiments amoureux), ou au contraire dans la haine de ce mythe, sont dignes d’être appelés « homosexuels » (s’ils sont formés de deux personnes de même sexe) ou « hétérosexuels » (s’ils se composent de deux personnes de sexes différents).

 

La famille « hétérosexuelle » type se compose de « Monsieur Papa » d’un côté, de « Madame Maman » de l’autre, bien séparés ou carrément trop collés (… et de « Monsieur Bébé » entre les deux… parce qu’il faut bien…) : c’est la famille artificielle des pubs. Dans les médias, « les hétéros » sont souvent représentés par deux poupées Barbie et Ken emballées sous cellophane et juxtaposées l’une à l’autre, par les figurines de mariés sur les pièces montées de mariage, par des ombres chinoises en conflit, par des siamois partageant un même buste, par un homme d’affaires en vadrouille et une femme au foyer esseulée et malheureuse, par les couples déchirés des comédies sentimentales, par les acteurs froids et fusionnels des films pornos, ou bien par une photo déchirée d’une actrice et d’un acteur sur les couvertures de journaux à scandale. Ils se nomment Chouchou et Loulou, les Bidochons, Marie-Chantal et Charles-Édouard, George et Margaret dans leur chambre à coucher, Brandon et Samantha (sur la Ferrari rouge), les « bobos » anti-sociaux, etc.

 

CIRE 6 Pierre et Gilles

Photo de Pierre et Gilles


 

La distinction que j’établis entre couple hétérosexuel (composé de deux êtres-objets vivant l’un à côté de l’autre, mais sans âme) et couple femme-homme désirant avait déjà été faite par Plutarque au Ier siècle après J.-C. : dans Dialogue sur l’Amour, il parle d’un côté de « l’union intégrale » des « époux qui s’aiment », et de l’autre « des relations des gens qui vivent côte à côte sans avoir entre eux ce lien profond ». Ceux qui à l’heure actuelle associent « les hétérosexuels » à tous les couples femme-homme, ou pire, à tous les pères et mères de la Terre, prennent les choses à l’envers en faisant passer l’image médiatique avant la Réalité : ce n’est pas le couple femme-homme (et encore moins la famille) qui fait le couple hétérosexuel, mais le désir de copier le « couple hétérosexuel » imagé qui transforme certains individus en caricatures d’« hétérosexuels » ; c’est une application scolaire et rigide de la différence des sexes, une sacralisation démesurée de celle-ci. Le couple femme-homme qui s’aime d’un amour vrai ne mérite même pas de s’appeler « hétérosexuel » puisqu’il n’est ni statique ni violent, et qu’il ne fait pas du paraître sa priorité désirante. Une seule orthographe pourrait convenir aux hétérosexuels : les « éthers au sexuel ».

 

Le couple homosexuel est une copie conforme inversée du couple hétérosexuel, et une pâle imitation du couple femme-homme uni par l’amour. Par exemple, dans le film « Dimanche matin » (2001) de Robert Farrar, nous retrouvons bien cette transposition du couple hétérosexuel au couple homosexuel, avec la « tantouze » menée par le bout du nez par son « mari » ultra-macho. C’est intrigant comme dans l’inconscient collectif, l’union homosexuelle est spontanément associée aux couples femme-homme en conflit (donc hétérosexuel) et jamais aux couples femme-homme unis et non-hétérosexuels. On peut observer que dès que deux amis du même sexe se querellent en public, tout de suite s’abat sur eux le soupçon d’homosexualité. Se chamailler entre semblables sexués, cela « fait homosexuel » ou « vieux couple hétéro ». Ceci est tout à fait significatif de la nature du désir homosexuel qui encourage à l’identification aux deux membres du couple hétérosexuel, à savoir l’homme-objet et la femme-objet, tous deux haineux et simulant une entente de façade qui cache une guerre impitoyable.

 
 

Les contre-coups de l’absence de séparation des sexes ou de l’excès de séparation entre les sexes

 

Il est probable que le viol que les personnes homosexuelles ont cru subir/ont vraiment subi est celui de la séparation excessive entre les sexes, mais aussi celui de l’absence de séparation. « Paradoxe ou incohérence : au moment même où la différence des sexes ne parvient plus à structurer la sexualité et les rapports entre les corps, elle prend valeur constituante dans le corps politique où le genre sexuel devient un critère déterminant. […] On s’étonnera de voir nos socialistes faire de la différence des sexes un critère là où elle n’a rien à en faire (parité, conquête et exercice du pouvoir) et vouloir l’effacer là où elle est structurante (sphère privée, famille). Visant à réduire les discriminations, on désexualise les institutions (mariage, procréation), et à l’inverse on sexualise le langage (féminisation des noms de fonction, transmission du patronyme). » (Michel Schneider, La Confusion des sexes (2007), pp. 23-24)

 

CIRE PINK

 

Socialement, l’effacement progressif des espaces féminins et masculins va crescendo. La parité et la mixité sont des valeurs de plus en plus imposées – et donc menacées – dans nos civilisations, et le trouble pour celui qui essaie de se construire une identité sexuée et d’apprivoiser son corps de femme ou d’homme s’accentue. La définition sexuelle semble être laissée non plus à la Nature, à l’extérieur, à la société, à la famille, aux parents, mais à l’appréciation personnelle de l’individu qui risque, du coup, de ne plus savoir qui il est. De l’excès du partage des sexes connu dans les siècles antérieurs, nous sommes passés à un autre, tout aussi handicapant pour la réalisation de la rencontre entre femmes et hommes : le retrait de la démarcation. Il est handicapant dans la mesure où la séparation temporaire, loin d’impliquer nécessairement la rupture, peut dans le meilleur des cas signifier « reconnaissance », « condition préalable à la relation », « espace d’échanges », « préparation de la rencontre ». Une société qui laisse ses membres se regrouper et se séparer selon les âges, les sexes, les religions, les cultures, les pays, les passions communes, les affinités, les convictions politiques, les liens familiaux, etc., est une collectivité humaine qui respire la démocratie. L’encouragement à la distinction entre les sexes n’a rien de militaire ni de « fasciste » : c’est l’empêcher à tout prix (sous couvert d’« égalité de droits » ou « des sexes » par exemple) qui devient totalitaire.

 

Les personnes homosexuelles, par ce qu’elles sont et désirent, expriment ce malaise social de l’indifférenciation des sexes. La plupart du temps, elles le justifient : certaines n’acceptent pas la distinction filles/garçons faite dans les écoles, les hôpitaux, au seuil des toilettes et des vestiaires, chez le coiffeur, dans les dictionnaires, etc., parce que pour elles, elle équivaut à la séparation totale entre les sexes, et plus fondamentalement à la remise en cause de leur désir d’être tous les sexes. Mais de temps en temps, inconsciemment, elles regrettent que l’effacement de cette frontière empêche les femmes et les hommes de se rencontrer.

 

Le désir homosexuel est l’indicateur de la blessure que la femme et l’homme s’infligent dans leur couple par l’image médiatique d’abord, et parfois dans la réalité concrète. C’est pourquoi mon insistance sur les liens entre désir homosexuel et viols sociaux. L’homme est actuellement de plus en plus condamné à porter l’étiquette du « beauf bourrin » et ennuyeux ou du parfait prince charmant qu’il n’est pas. La femme, quant à elle, est réduite à l’image de tigresse « salope » ou de femme au foyer, blonde et soumise. L’un comme l’autre se réifient à l’image… si bien qu’au final, certaines femmes et certains hommes réels ne veulent plus se côtoyer simplement, et prétendent parfois s’autosuffire dans l’affirmation d’une homosexualité ou d’un isolement fier de lui-même. Beaucoup de femmes et d’hommes actuels s’enlisent dans le débat sexiste, ou esthétisent leur angoisse par rapport à la disparition des membres du sexe « opposé » en questionnement disco (cf. les chansons « Où sont les femmes ? » de Patrick Juvet, « Où sont passés les Hommes ? » du groupe L5, « Toc, Toc, Toc » de Zazie, « Les Brunes comptent pas pour des prunes » de Lio, etc.) n’indiquant pas un renoncement aux mythes télévisuels de l’hypervirilité ou de l’hyperféminité, mais au contraire une réinstauration de ceux-ci. On le voit rien qu’aux reproches que formulent certaines femmes médiatiques aux hommes : elles s’adressent davantage à des Monsieur Muscle plantés passivement devant leur petit écran, ou posant sur leur Harley comme des objets, qu’à des hommes de chair et de sang. « Los chicos son de molde y nosotros de corazón. » (Beyoncé défendant les « femmes », dans sa chanson « Si Yo Fuera Un Chico » ; traduction personnelle : « Les hommes sont de pierre alors que nous, nous sommes sentimentales. »)

 

Certaines personnes homosexuelles illustrent en image que c’est en partie l’abandon des femmes par les hommes, ou l’abandon des hommes par les femmes, qui ont fait d’elles « des homos » (cf. les films « W » (1998) de Luc Freit, « Que faisaient les femmes pendant que l’homme marchait sur la lune ? » (2000) de Chris Vander Stappen, « Beignets de tomates vertes » (1991) de Jon Avnet, « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore, etc.). Il est indéniable, même si nous ne pouvons pas en faire une règle, qu’il y a énormément d’enfants de parents divorcés parmi les personnes homosexuelles, ou bien de jeunes adultes dont les géniteurs restent ensemble par convenance ou pour l’image. Il n’est pas très étonnant non plus que les militants gay les plus intransigeants sur la pureté homosexuelle soient aussi ceux qui ont un passé hétérosexuel particulièrement lourd. Ce conflit (fantasmé) entre leurs parents peut se traduire par une intériorisation identificatoire, une affirmation officielle d’une identité homosexuelle factice qui est à l’image du clash entre leur père et leur mère. Le « Je souffre de votre (possible) désunion/du viol que vous vous infligez » se mute en « Papa et maman, je suis homo… et je garderai secret votre (désir de) divorce ».

 
 

La validation, et parfois la construction homosexuelle, du couple hétérosexuel

 

Par leur façon de parler du couple « hétéro », nous comprenons tout de suite que beaucoup de personnes homosexuelles confondent la famille composée de la femme et de l’homme réels, avec la famille décrite par les prospectus : par exemple certaines parlent de la première comme d’une « idéologie lourde et coûteuse » (cf. l’article « Hétérosexisme » de Louis-Georges Tin dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 209), donc d’une propagande publicitaire et politique, alors que jamais le couple femme-homme réel n’a eu besoin d’argent, ni de la télévision, pour éprouver la joie et le besoin ludique de se rencontrer : il s’est formé spontanément, gratuitement, volontairement, même s’il a bénéficié par la suite de l’appui des structures sociales pour célébrer son union. L’attachement des personnes homosexuelles au mythe du prince charmant et de la princesse blonde, qu’elles attribuent bizarrement à tout individu qui s’accouple avec une personne du sexe « opposé », leur apparaît évidemment intolérable puisqu’elles le choisissent comme modèle de référence ou anti-modèle, et qu’elles ont pour la plupart du temps contribué à le rendre iconographiquement réel, par leur création d’une image violente du couple femme-homme. Car qui transforme la femme et l’homme en statues de cire à la fois stoïques et en conflit, sinon une majorité d’entre elles ? Elles prouvent souvent à l’image qu’elles confondent le couple réel avec leurs effigies parce qu’elles le regardent précisément comme un objet destructeur, tout-puissant, et enviable. Le motif de la femme fellinienne géante et du pantin masculin, de la blonde vénéneuse qui manipule le mâle avec un rire sardonique, ou bien de l’amant amoureux de sa figurine qui se refuse sans arrêt à lui, reviennent fréquemment dans les œuvres homosexuelles.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles empêchent la rencontre entre la femme et l’homme en la diabolisant ou en la romançant sur les écrans. Dans certains films homo-érotiques, il n’est pas anodin que ce soit le personnage homosexuel qui, on ne sait jamais vraiment pourquoi (peut-être s’interpose-t-il pour leur éviter une guerre dramatique élaborée par ses propres fantasmes ?), sépare la femme et l’homme. Le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion en fournit un parfait exemple. Les représentations stylisées du combat entre le camp des filles et celui des garçons – notamment dans les comédies musicales et les jeux télévisés – excitent souvent beaucoup les personnes homosexuelles. Elles mettent fréquemment en scène l’impossibilité de l’union femme/homme, souvent par le traitement tragi-comique, à travers une scène de répudiation entre une femme hautaine et un homme désespéré l’implorant à genou, ou bien des disputes cataclysmiques jouées par des stéréotypes agressifs de chacun des deux sexes.

 

CIRE Dujardin

 

Cette vision diabolisée ou mièvre de l’union femme-homme implique aussi l’illusion de la compréhension parfaite entre les femmes et les hommes réels. Beaucoup de personnes homosexuelles divinisent le couple hétérosexuel, y compris aux dépens du mariage et du couple femme-homme réel non-hétérosexuel. Elles croient à la fois que tous les humains sont condamnés à ne jamais être heureux en amour, et paradoxalement, qu’ils goûtent tous au bonheur magique et « normal » dont elles seules seraient privées. Par exemple, certaines pensent naïvement que « les enfants hétéros n’auront jamais aucun problème dans leur vie » (Denis, un trentenaire homosexuel interviewé dans l’émission Bas les masques (1992) de Mireille Dumas). Comme elles attribuent à ceux qu’elles appellent parfois « les heureux » (Jean-Louis Bory, La Peau des zèbres (1969), p. 128) une vie selon les stéréotypes de la publicité, elles assurent que l’existence des autres est peu enviable, mais cependant plus harmonieuse que la leur. « Je pensais jalousement à ces hommes anonymes qui à cette heure s’amusaient, grossièrement peut-être, mais qui étaient supérieurs à moi par leur connaissance du plaisir, dont j’avais seulement le désir… » (cf. le poème « El Placer » de Luis Cernuda)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles idéalisent le couple femme-homme non-hétérosexuel parce qu’elles le jalousent secrètement, lui et le couple hétérosexuel. La jalousie semble être l’un des moteurs principaux du désir homosexuel. Certaines personnes homosexuelles la justifient en la projetant en haine « hétérophobe » sur ceux qui ne seraient que des « homophobes envieux » (Gregory Woods, Historia De La Literatura Gay (1998), p. 294) faisant une allergie inexpliquée à « leur bonheur d’homosexuels ». En définitive, elles envisagent que le bonheur puisse être gênant, non pas parce qu’il le serait réellement, mais parce qu’elles-mêmes en font une expérience paradoxale. La félicité des autres a souvent quelque chose d’écœurant quand on ne la vit pas exactement soi-même. S’il y a une haine de leur part pour le couple femme-homme qu’elles qualifient de « tyrannique », c’est parce qu’effectivement il est matraqué en tant que « modèle hétéro » idyllique dans les médias, mais aussi parce que la supériorité du couple femme-homme désirant (donc non-hétérosexuel) réveille leur orgueil mal placé et les renvoie de fait aux déficiences des structures conjugales homosexuelles (et hétérosexuelles !). En effet, que signifie l’expression « omniprésent schéma oppressif de la famille traditionnelle » ou « famille hétérosexuelle standard et idéale » dans un pays comme la France où un tiers des couples ne sont pas mariés, où plus de la moitié des enfants naissent hors mariage ? La modèle conjugal imposé n’est-il pas plutôt, en 2008, la famille éclatée et recomposée ? Le mépris affiché des couples intégrant la différence des sexes exprime chez les personnes homosexuelles leur quête désespérée d’approbation et la volonté de se substituer à ces couples dans l’inversion mimétique homosexuelle.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

a) Où sont les membres de l’autre sexe ? :

Très souvent dans les fictions traitant d’homosexualité, c’est l’absence des membres de l’autre sexe qui a impulsé l’homosexualité du personnage gay ou lesbien. « Les femmes sont parties. On va pouvoir bouger. » (Bernard, le héros homosexuel draguant son voisin Didier, fragilisé parce qu’il apprend que sa copine a un amant, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Tous ces hommes, que sont-ils devenus ? » (Madeleine dans la comédie musicale Ball Im Berlin, Bal au Savoy (1932) de Paul Abraham) ; « Si tu continues à les laisser filer les uns après les autres, les filles seront plus rapides. » (Maurice s’adressant à sa fille lesbienne Delphine, dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini) ; etc. C’est pourquoi ce dernier pose la question top Disco « Où sont les femmes (ou les hommes, dans le cas lesbien) ? » : cf. le film « Que font ces dames… quand leurs maris bossent ? » (1971) d’Ernst Hofbauer, la pièce Où va le cœur des filles quand ils sont partis ? (2008) d’Annelise Uhlrich, la chanson « Où sont les femmes ? » de Patrick Juvet, le film « Va voir maman papa travaille » (1977) de François Leterrier, le film « ¡ Cariño, He Enviado Los Hombres A La Luna ! » (1998) de Marta Balletbo-Coll, le film « Que faisaient les femmes pendant que l’homme marchait sur la lune ? » (2000) de Chris Vander Stappen, le film « Where The Boys Are » (2010) de Bertrand Bonello, etc.

 

Par exemple, dans la mise en scène d’Esteban Morilla (2008) de la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (1938) de Witold Gombrowicz, on entend la chanson de Patrick Juvet « Où sont les femmes ? ». Dans le film « W » (1998) de Luc Freit, ce sont les parties de flipper de l’héroïne qui font que son petit ami va s’homosexualiser avec le serveur transsexuel dans les toilettes du bar. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah, l’une des héroïnes lesbiennes, fait croire que sa mère est absente et partie en ONG en Afrique. Dans la comédie musicale Non, je ne danse pas ! (2010) de Lydie Agaesse, quatre femmes célibataires racontent leurs déboires sentimentaux avec des hommes qu’on ne voit jamais, qui sont comparés à des « ombres ». Dans la pièce Une Heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat, Claire et Joséphine sont toutes les deux abandonnées d’un seul être invisible : « On est amoureuses du même homme et nous allons trouvé une solution. » ; elles finissent par le laisser tomber, et par se tourner amoureusement l’une vers l’autre, faute de mieux. Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Nina finit lesbienne après être sortie avec des hommes volages (Marc) et indécis (Baptiste). Dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger, Bruno devient homo parce que sa copine le délaisse. Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, ce sont les absences répétées de son mari Heck (il rentre bourré d’une soirée entre copains, il se défile au moment de coucher avec sa femme et reporte le « coup ») qui conduisent Rachel, l’héroïne lesbienne, à se rapprocher de Luce. Dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat, Catherine arrive à séduire Fanny parce que celle-ci se sent délaissée par son mari. Dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, Henri, le bûcheron marié, a viré sa cuti quand sa femme est partie. Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, Bettina, la femme de Marc, dort quand ce dernier arrive du travail, raccroche au téléphone, s’absente, livre finalement son mari à l’homosexualité par son indifférence. Dans le téléfilm « Ich Will Dich » (« Deux femmes amoureuses », 2014) de Rainer Kaufmann, Marie et Aysla, chacune mariée, finissent par sortir ensemble car elles sont abandonnées par leurs maris respectifs, et/ou les abandonnent : Bernd, le mari de Marie, trompe sa femme avec une collègue de travail, et Marie les surprend ; quant à Aysla, elle doit supporter les absences et les voyages de son mari Dom : « Dom va être très souvent en déplacement. Alors il va falloir qu’on s’occupe d’Aysla. » conseille même Bernd à Marie. Dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, Mona se laisse aller au lesbianisme parce qu’elle est délaissée par son mari, Harvey, un homme au chômage qui se laisse entretenir par elle, et qui la trompe en cachette.

 

Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, Adineh l’héroïne transsexuelle F to M a manqué de référentes féminines pour s’identifier en tant que femme : « J’avais cinq ans quand ma mère est morte. Il n’y avait pas de femmes dans mon entourage. » Plus tard, le père d’Adineh arrive à la même conclusion que sa fille : « Si Adineh avait été élevée par sa mère [décédée quand elle avait 5 ans], ça ne serait jamais arrivé. »
 

De plus en plus ouvertement, les princes charmants renoncent à leur titre et à conquérir leur princesse (cf. les chansons « J’suis pas ton prince charmant » de Keen-V, « Manque de personnalité » de Doriand, « Fais-moi un chèque » de Jena Kanelle) ; et la princesse jette ses colliers (cf. les chansons « My Love Don’t Cost A Thing » de Jennifer Lopez, « J’envoie valser » de Zazie, etc.). Ceci est fait dans la désinvolture la plus totale… mais si, à de rares moments, une lueur de regret s’éclaire timidement : « Qu’est-ce que je vais faire maintenant qu’elle est partie ? » (le mari abandonné par sa femme qui s’est découverte lesbienne, et bien démuni, dans la pièce D’habitude j’me marie pas ! (2008) de Stéphane Hénon et Philippe Hodora); « Je ne suis pas le Superman viril que tu attendais !! » (Gabriele, le héros homo, violentant son amie Antonietta qui souhaitait « se faire sauter sur la terrasse » de l’immeuble, dans le film « Una Giornata Particolare », « Une Journée particulière » (1977) d’Ettore Scola) ; etc.

 
 

b) Le couple hétérosexuel est une union-objet de deux individus de sexe différent, mais sans désir l’un pour l’autre, voire même en conflit :

Film "Cabaret" de Bob Fosse

Film « Cabaret » de Bob Fosse


 

En général, dans les créations homosexuelles, le couple femme-homme est réifié en statues de cire ou en ombres chinoises se battant en duel. C’est le cas dans le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache (avec les statues d’hommes et de femmes nus de la boîte gay L’Apocalypse), le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder (avec les mannequins de l’atelier de Petra), le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman (avec le couple femme-homme Janet/Brad statufié par le Dr Frank-N-Furter), la chanson « Derrière les fenêtres » de Mylène Farmer (« Homme et femme de pierre, au destin sans gloire »), le vidéo-clip de la chanson « Nothing Compares 2 U » de Sinnead O’Connor, le vidéo-clip de la chanson « Parler tout bas » d’Alizée, le film « Topaz » (« L’Étau », 1969) d’Alfred Hitchcock (avec les statuettes du berger et de la bergère brisées), le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen (avec l’image du couple de grands-parents, momifiés sur leur chaise longue dans un jardin), la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier, la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez (dans l’appartement de Vivi, le héros homo, il y a deux statues d’un homme et femme qui ressemblent à un berger et une bergère de pastorale), la pièce Ma première fois (2012) de Ken Davenport, la comédie musicale Cabaret (1966) de Sam Mendes et Rob Marshall, la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor (avec le couple Jean-Paul/Catherine), le vidéo-clip de la chanson « Sounds Of A Melody » d’Alphaville, etc. Par exemple, dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homosexuel, matte sur la plage un couple hétéro (formé en réalité par Léonard et sa copine blonde, allongés sur le sable). Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, Vita Sackville-West, lesbienne, contracte un mariage de convenance avec sir Harold Nicolson. Ils sont tellement distants que lorsqu’ils s’embrassent le matin au réveil dans le lit commun, ils se traitent de « voisins » : « Bonjour voisin. » (Vita) « Bonjour voisine. » (Harold).

 

Pour ce qui est des ombres chinoises femme-homme en guerre, on a par exemple le film « Sancharram » (2004) de Licy J. Pullappally, le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, le film « Rear Window » (« Fenêtre sur cour », 1954) d’Alfred Hitchcock, le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie, le film « Fire » (2004) de Deepa Mehta, la pièce Les Amers (2008) de Mathieu Beurton (avec Jenny et Joe à la fin), le film « La Chair et le Sang » (1985) de Paul Verhoeven, le film « Chacun cherche son chat » (1995) de Cédric Klapisch, la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau, le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, la performance Golgotha (2009) de Steven Cohen, la comédie musicale Amor, Amor, En Buenos Aires (2011) de Stéphane Druet (avec un couple femme-homme en ombres chinoises, dans lesquelles la silhouette masculine tend un sexe dru en forme de matraque), le film « Chacun cherche son chat » (1996) de Cédric Klapisch (avec Michel, le héros gay et un de ses amants en ombres chinoises derrière un rideau imitation panthère, en plein feu de l’action), etc. Par exemple, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset, Mathilde et son meilleur ami homo Guillaume méprisent le couple marié formé par Michael (secrètement homo) et sa femme : ce dernier est réduit au binôme Bière/Chipsters. Dans l’épisode 363 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 25 décembre 2018, André Delcourt, le père de Chloé l’héroïne, fait son coming out, après un « mensonge » et une disparition de plus de 35 ans, pendant lesquels il a abandonné femme (Marianne) et enfants (Anna et Chloé). En parlant de sa vie d’homme marié à Marianne, il conclut non pas à la « farce » (comme celle-ci voudrait bien le croire) mais au couple d’ombres chinoises : « Notre vie était un théâtre d’ombres. »

 

Le couple hétérosexuel est le couple de poupées Barbie sous cellophane, des figurines moisissant sur une armoire et respirant la poussière : « Je ne suis pas curieux des meubles dans lesquels vous vivez. » (Denis à son amant Luther, marié à Alice et vivant son homosexualité en cachette de sa femme, dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta) ; « Petra marqua une nouvelle pause, comme pour se souvenir des boîtes de nuit bourrées de garçons maquillés et de filles attendant de se faire draguer. » (Louise Welsh, The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012), p. 82) ; « J’ai eu peur qu’on l’ait empaillée. » (Citron en parlant de sa compagne Pearl, dans le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic) ; « J’ai l’impression que je ne suis qu’une pièce rapportée. » (Monsieur de Rênal, le mari efféminé de Louise, dans la comédie musicale Le Rouge et le Noir (2016) d’Alexandre Bonstein) ; etc. Dès qu’un personnage s’hétérosexualise, il est vue comme une statue par les personnes homos. Par exemple, dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, Laura, décrivant Sylvia son « ex » hétérosexualisée, la durcit : « Je vis soudain ce qui, chez elle, avait changé : son visage […] s’était fait plus dur, plus féminin. » (p. 164) Le mari hétérosexuel et sa femme hétérosexuelle se regardent toujours en chiens de faïence : « Mon mari est un sphinx. » (Simone, l’hétérosexuelle de la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) Les parents sont d’ailleurs rangés au rayon « vieilleries » : « Retourne chez toi, ma mère, va dans ton Musée de Cire épousseter les saphirs ! » (Lou à sa mère Solitaire, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je suis tellement loin de lui. Mais j’peux pas le quitter. » (Charlotte, l’héroïne bisexuelle ne se sentant pas de quitter Michel pour Mélodie, dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; « On t’a appris qu’Ève était en Mac et Adam en PC ? » (Pierre Fatus dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive !, 2015) ; « Et c’est comme ça qu’on se met en ménage. Tout ignorant de l’autre. Comme des martiens. » (idem) ; « Je connais plein d’hétérosexuels qui n’aiment pas la leur. » (Caroline par rapport aux maris qui n’aiment pas leur femme, dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet) ; « Je connais plein de femmes hétérosexuelles qui n’aiment pas leur mari. » (Raymond, idem) ; « Alors vous deux, ça y est ? C’est fait ? Vous avez fusionné ? » (Mireille s’adressant à Caroline et à Raymond, idem) ; etc. Dans le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, les couples femme-homme ou parfois les couples homos sont figés en portraits peints avant d’exister dans la réalité, comme des prémonitions : c’est l’image statique qui fabrique et prédit le couple, et non la Nature ou la liberté. Dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, Henri, le héros homosexuel, regarde ses deux parents dormir sur le canapé-lit comme des objets de musée méprisables… puis avec plus d’envie le couple Élisabeth et Jean nus. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, le couple marié formé de l’homosexuel refoulé Georges et de sa femme Christelle est typiquement hétérosexuel. Il se caractérise par deux poupées très bisexuelles et séparées par un mur : « Nous sommes murés tous les deux dans l’incapacité de communiquer. » Dans le film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion, Isabelle, l’héroïne bisexuelle qui va former un mariage désastreux avec un homme qu’elle n’aime pas, s’arrête dans une église face à deux stèles funéraires d’un roi et d’une reine côte à côte qui la pétrifient (elles sont jugées « morbides ») et la dégoûtent du mariage : « Je crois que je ne suis pas faite pour le mariage. » Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Géraldine, la femme de Nicolas le héros homosexuel, est contrainte d’assister au mariage d’inconnus, Laurence et Martin, qu’elle cherche à détruire de son regard critique assassin : elle ne supporte pas « le mariage de ces guignols ». Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Gabriel et Léo vont au cinéma ensemble voir un film où un robot monstrueux tient dans sa main un marié et une mariée qu’il écrabouille. Dans la chanson « Soyez pédé » de GiedRé, il est question du « couple borné et statique » hétérosexuel : « Pour freiner le flot des mariages bâclés, il n’est qu’un remède : soyez pédé ! » Dans le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela, Leevi, le héros homosexuel, découvre une photo encadrée de ses parents planquée dans la remise familiale par son père, et respirant la poussière.

 

Par exemple, dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, Evelyne suit des stages féministes sur la sexualité, et se voit conseiller par sa collègue Missy, qui lui vante les bienfaits du divorce, de s’envelopper comme par hasard dans du papier cellophane : « Tu te rappelles qu’ils nous ont conseillé de nous envelopper dans de la cellophane pour les supporter, ces séances sur le mariage ? » L’espace d’un instant, dans une drôle de rêverie, elle s’imagine concrètement la scène.
 

Film "Victor Victoria" de Blake Edwards

Film « Victor Victoria » de Blake Edwards


 

La particularité du couple hétérosexuel, c’est qu’il est sans désir, comme nous le voyons avec la description du couple Lucile/Xavier Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre (« Lucile et moi avions oublié le désir. », p. 123) ou bien encore dans la bouche des personnages du roman Trainspotting (1993) d’Irwin Welsh : « On est hétéros par défaut. » « Nous allons plutôt bien ensemble. S’aimer… c’est autre chose. […] Parfois, nous restons tout simplement assis, comme ça, sans rien nous dire. » (Franz, le héros homosexuel parlant de son ancienne relation avec Ana, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) Quand ils sont en couple, ils passent leur temps à s’engueuler, se tromper, et à former un mariage catastrophique : cf. le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer (Lena est battue et menacée par son mari Ralph – homosexuel refoulé -, le père de Johnny est un gros beauf à femmes, Roméo le héros gay joue à l’hétéro avec une fille qu’il n’aime pas), le film « Alone With Mr Carter » (2012) de Jean-Pierre Bergeron (Mr Carter et sa copine Lucilla), la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz (le père de Chris, le héros homo, s’est fait larguer par sa femme et a une copine, Sultana, qui a la moitié de son âge), etc. « Mes parents ne font pas l’amour. Ils font juste des enfants. » (Jean-Henri dont les parents se disputent et cassent des assiettes, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis)

 

Le couple hétéro est l’androgyne. « Je suis Sultana, la moitié de votre père. » (Sultana, la copine du père de Chris, le héros homosexuel, dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) ; « Mes dieux chéris adorés, faites que jamais nous ne nous séparions, lui de moi et moi de lui. » (la naïade abusive fusionnant avec Hermaphrodite, dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré) ; etc. Par exemple, dans le roman Le Bal du Comte d’Orgel (1924) de Raymond Radiguet, le Comte Anne d’Orgel et sa femme Mahaut forment un couple androgynique ( = deux moitiés d’homme) au sein duquel il y a une inversion des sexes : on nous dit qu’Anne a « une voix efféminée » et que la voix de Mahaut au contraire « apparaît rauque et masculine aux naïfs ». (p. 25) Dans le ballet Alas (2008) de Nacho Duato, la vision du couple femme/homme est androgynique (il est question de « moitiés »), donc hétérosexuelle. Dans le film « Une Femme sans tête » (20) de Lucrecia Martel, Marcos et Véro figurent le couple hétéro coupé en deux au mariage par un trait blanc.

 

Dans le couple hétérosexuel, la rupture précède ou succède de/à la fusion : « Quand on est mariés, on est collés, comme avec de la glue. » (Mundu dans le film « Fire » (2004) de Deepa Mehta) ; « Ils étaient incapables de se toucher sans penser que l’un voulait faire de mal à l’autre. » (Carmen en parlant de ses parents – le père au bistrot et la mère tricotant sur son fauteuil devant la télé, dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay) ; « Quand j’étais petit, mes parents faisaient l’amour devant moi. J’ai même dormi nu sur ma mère. Alors avec ça, dans la vie, t’es mal barré. Je devais être prédisposé. Je regardais même mon père se déshabiller. » (Jacques Nolot, le héros homo du film « La Chatte à deux têtes », 2002) ; « Vous étiez vraiment les deux pôles opposés d’un aimant. » (Jasmine s’adressant à sa mère en parlant de ses parents, dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti) ; « Ils [les parents de Stephen] étaient indivisibles, ne formaient qu’une chair, qu’un esprit, malgré tout ce qui avait pu se glisser entre eux pour essayer de rompre cette unité : c’était pourquoi leur enfant devait se lever et les aider si elle le pouvait, car n’était-elle pas le fruit de leur unité ? » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 114) ; « Stephen vit un homme et une femme qui se tenaient enlacés comme si aucun d’eux ne pouvaient se résoudre à s’arracher des bras de l’autre et, comme ils étreignaient et s’embrassaient, ils vacillèrent, ivres d’amour. Alors, comme il arrive parfois dans les moments de grande angoisse, Stephen ne put se rappeler que le côté grotesque. Elle ne put que se rappeler une servante aux seins replets dans les bras d’un valet de pied grossièrement amoureux, et elle se mit à rire, à rire comme une démente… » (idem, p. 257) ; « Je les regarde, les parents. Tous deux sont assis mollement, leur tête penchée, chacune de son côté, comme juste pendant d’une affliction bicéphale, corps tristes résignés dans une posture de compromis foireux entre bonne conscience bêtasse et assoupie culpabilité. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, pp. 86-87) ; « Les deux êtres se laissent aller à un dernier long, langoureux et savoureux baiser. Ils profitent de chaque instant passé l’un contre l’autre. Ils savent qu’il faudra attendre longtemps avant de revivre un tel moment. L’ombre des amoureux enlacés vacille sur le mur. Les bougies n’éclairent que très peu l’atelier en cette douce nuit d’été. » (cf. la description de la fille du potier Ditubades et du guerrier, immortalisés au moment de leur adieu par une sculpture, dans le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, p. 274) Par exemple, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche (épisode 8, « Une Famille pour Noël »), Sandrine est malheureuse en couple avec Rodolphe, son petit copain qui veut coucher trop tôt avec elle. Dans la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks, le couple hétéro Freddie et Elisabeth joue au yoyo (avec une chanson intitulée « Stop on touche »), en étant tout à la fois trop distant et trop fusionnel entre eux. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Adèle en vient à l’homosexualité parce que la pression sociale et amicale la pousse dans les bras (et le lit) des garçons beaucoup trop tyranniquement et fusionnellement, à un âge où elle n’est pas prête pour vivre la fusion des corps.

 

Le couple hétéro est par essence fusionnel et incestuel : « Écoutez, Rodrigo, habituez-vous à marcher tout seul ! J’en ai assez de vous avoir accroché à mes jupons ! » (la Reine parlant à son mari Rodrigo le Jésuite dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Il était arrivé déjà le même doute pour les corps de son père, il est possible que les deux cadavres qui cohabitent dans cette tombe minuscule ne se soient jamais rencontrés de leur vie. » (le narrateur homosexuel, concernant les parents de Pietro son amant, morts calcinés, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 14) ; « Tu es comme ma mère. » (l’homme s’adressant à sa femme dans la pièce Couple ouvert à deux battants (2010) de Dario Fo et Franca Rame) ; « Mes dieux chéris adorés, faites que jamais nous ne nous séparions, lui de moi et moi de lui ! » (la naïade violeuse fusionnant avec le bel Hermaphrodite, dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré) ; etc.

 

Eau de toilette de Thierry Mugler

Eau de toilette de Thierry Mugler


 

Chronique d’une mort conjugale annoncée par Proust… : « Les deux sexes mourront chacun de son côté. » (Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, 1921) Par exemple, dans le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron, les parents de Paulo se lavant dans la salle de bain se disent des horreurs tout en se regardant chacun droit dans la glace, dans un immobilisme qui laisserait presque croire à la banalité d’un quotidien amoureux éternel. Dans le film « Maurice » (1987) de James Ivory, le couple hétérosexuel est représenté par deux personnages vivant en concubinage côte à côte, mais ne se parlant pas. Le couple hétéro est formé de deux individualités séparées dans un même lit de chambre à coucher, à l’image des parents de Julien dans le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron. Dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, le « théâtre hétéro » est présenté comme minable et rasoir par rapport au théâtre homo. Dans le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh, Russell, l’un des héros homosexuels, est filmé en train d’écouter des discussions barbantes de mecs hétéros beaufs écœurantes et misogynes. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, Rita et Massimo, les parents de Davide le héros homo, sont l’archétype du couple hétéro qui ne communiquent pas à table. Dans la pièce Veuve la mariée ! (2011) de David Sauvage, Roger a divorcé 5 fois et se met « à regretter d’être hétéro ». Dans la pièce The Importance Of Being Earnest (L’Importance d’être Constant, 1895) d’Oscar Wilde, Cecily explique à Algernon (qui se fait passer pour Constant, le frère de Jack) les relations qu’elle a construites de toutes pièces avec un Constant imaginaire. Elle s’envoyait des lettres, s’offrait des cadeaux de sa part, se fiance avec lui, rompt ses fiançailles, puis se fiance de nouveau… Bref, l’amour qu’elle s’est imaginée vivre avec Constant est tout sauf réel ! Au tout début du roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Jane, l’héroïne lesbienne, observe dans la rue un couple hétérosexuel, en décrivant un homme censé effectuer « sa corvée d’amour » (p. 13) auprès de sa compagne.

 

Film "Tick Tock Lullaby" de Lisa Gornick

Film « Tick Tock Lullaby » de Lisa Gornick


 

« Les femmes d’un côté. Les hommes de l’autre. On dirait que la mixité dans les écoles depuis la maternelle a entraîné non pas le rapprochement des sexes, mais au contraire une certaine ségrégation. Normal ! Le petit garçon ou la fille d’au-delà de la clôture attise plus la curiosité et la convoitise que le petit garçon et la petite fille réunis en liberté dans le même enclos. » (Françoise Dorin, Les Julottes (2001), p. 46) ; « Esti et Dovid sont ensemble sans l’être vraiment, ils regardent devant eux, plus qu’ils ne se regardent, comme s’ils craignaient de s’apercevoir à tout moment qu’ils sont étrangers l’un à l’autre, et de partir chacun de son côté. Mais non. Ils sont ensemble et quand Esti s’avance, Dovid la suit. En les observant, Ronit pense aux gens qui restent mariés même si l’un des partenaires change de sexe, ou perd l’une ou l’autre partie essentielle de son corps, ou l’esprit. C’est un peu condescendant, elle le sait, mais cette idée lui trotte dans la tête » (Ronit, l’héroïne lesbienne, parlant de son amante cachée Esti, une femme mariée à Dovid et vivant la vie terne d’une hétérosexuelle de base, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 298) ; « Tu te plains tout le temps qu’on s’ennuie. » (Bernd s’adressant à sa femme Marie, lesbienne, dans le téléfilm « Ich Will Dich », « Deux femmes amoureuses » (2014) de Rainer Kaufmann) ; « Les couples hétéros n’ont pas le monopole de la longévité. » (Antoine, le héros homosexuel infidèle à son copain Adar avec qui il continue pourtant de vivre et avec qui il achète une maison, dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin) ; « J’espère finir comme les parents, avec quarante ans d’amour malheureux. » (idem) ; etc.

 

CIRE 4 noir et blanc

 

Pour beaucoup de héros homosexuels, l’union de l’homme et de la femme est mercantile, hygiénique, violente et égoïste : « Après ils jetteront le papier toilettes souillé de leur sperme dans la cuvette, ils tireront la chasse et ils iront s’allonger tranquillement à côté de leur femme pour dormir et péter dans les draps. Bande de cons. » (Mike, le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 43) ; « Si j’étais comme les gens avec qui j’ai grandi, je regarderais le catch en buvant des bières en canette. J’amènerais ma copine sur un parking pour lui tripoter les seins. J’aime être différent. Parce que je vaux mieux. » (Paul, l’un des héros homosexuels du film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « J’imagine que tu dois souvent avoir envie de tuer Tielo. » (Jane l’héroïne lesbienne s’adressant à Ute, la femme mariée à Tielo son mari, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 33) ; etc. Par exemple, dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand a vu le film « Amour » de Michael Haneke racontant l’histoire d’un papy qui tue sa femme, âgée, « par amour ». Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon désigne « Brenda et Brandon » comme l’archétype du couple de colons nord-américains esclavagistes hétérosexuels. Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Cindy, la « fille à pédé » dont Tom, le héros homo, se sert comme couverture hétérosexuelle, est qualifiée par la mamie de ce dernier de « traînée qui pose dans les magazines avec mon petit-fils », de « Miss Camping ». Leur couple postiche ne fait pas longtemps illusion car son artifice est de notoriété publique : « Que dites-vous aux journalistes qui disent que votre couple c’est bidon ? » (Graziella, la présentatrice de l’émission Star chez eux s’adressant à Tom et Cindy). Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, Kena tombe dans l’homosexualité car elle est témoin des ruptures et des consommations entre hommes et femmes dans son entourage (ses parents sont divorcés, son pote Blacksta couche sans amour avec Nduta, son père volage qui a un enfant avec une autre femme, etc.), commises en toute impunité dans la société kényane.

 

L’image du mariage femme-homme dans les créations homosexuelles est souvent désastreuse : cf. le film « La Confusion des genres » (2000) d’Ilan Duran Cohen, le film « In And Out » (2001) de Franz Oz, le film « Loin du paradis » (2002) de Todd Haynes, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman, le film « 5 X 2 » (2004) de François Ozon, le film « Boat Trip » (2003) de Mort Nathan, le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot, le film « L’Arbre et la forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (d’ailleurs, plus l’homosexualité refoulée des personnages s’expriment au sein de leur union, plus le couple s’hétérosexualise et devient infidèle), etc. Dans beaucoup de cas, le mariage (ou simplement l’union entre l’homme et la femme) est clairement associé au viol et à l’ennui : « Bon, d’accord, ton mari t’a violée. » (Zulma à sa fille Alba qui se découvrira lesbienne, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet) ; « Il la violera tous les soirs pendant 7 ans dans sa cave. » (Rodolphe Sand décrivant la Rosetta des frères Dardenne qui rencontre l’homme de sa vie, dans son one-man-show Tout en finesse, 2014) ; etc.

 

Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, dresse un tableau catastrophique de la famille de sa sœur Lili : celle-ci est hystérique, son mari est un beauf alcoolique, leur fils est trisomique et leur fille est une graine de prostituée. Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Vincent, le héros homosexuel, compte se marier avec une femme, Sophie à qui il cache son passé homosexuel. Le mariage est vraiment montré comme le refuge du mensonge. D’ailleurs, Vincent engueule Sophie, la bat de temps en temps. Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Rosa la prostituée et son client Jules, avant de passer au lit dans une scène SM, simule le joli petit couple à table qui va manger du canard à l’orange. Plus tard, Rosa rejette l’amour sincère que lui propose son bel amant Julien : « J’ai pas mérité ton mépris, Rosa. »

 

Les couples en conflit, formés de la femme-objet et de l’homme-objet, sont légion, surtout dans l’univers musical homo-érotique des années 1980-90 : cf. le vidéo-clip de la chanson « Je t’aime Mélancolie » de Mylène Farmer (avec le combat de boxe), le vidéo-clip de la chanson « Sans logique » de Mylène Farmer (avec la scène de tauromachie), le vidéo-clip de la chanson « The Power Of Goodbye » de Madonna (avec le combat d’échecs), la chanson « America » du film « West-Side Story » (1961) de Robert Wise (avec la joute chorégraphique et vocale entre hommes et femmes), la chanson « Embrasse-moi idiot » de Bill Baxter, la chanson « Boys And Girls » du groupe Charlie Makes The Cook, la chanson « À cause des garçons » du groupe À cause des garçons, les chansons « Fallait pas commencer » et « Les Brunes comptent pas pour des prunes » de Lio, le « Medley Match » du concert des Enfoirés 2008, etc. Par exemple, dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca, homosexuel, imite les mannequins des défilés femmes puis des défilés hommes.

 

Vidéo-clip de la chanson "Adélaïde" d'Arnold Turboust

Vidéo-clip de la chanson « Adélaïde » d’Arnold Turboust


 

On nous montre en général toujours la même scène kitsch de répudiation du Don Juan opérée par la femme hautaine se refusant à lui ; une sorte d’amour courtois médiéval inversé : cf. la chanson « Adelaïde » d’Arnold Turboust (avec l’odieuse Mademoiselle Adelaïde rejetant son mendiant d’amour), la chanson « C’est trop tard » d’Alizée, la chanson « Je te dis non » d’Élodie Frégé, la chanson « Ego Trip » de Stella Spotlight et Zéro Janvier dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger (avec la demande en mariage ratée), la chanson « Le Jour J » de Zazie et Philippe Paradis, le film « À travers le miroir » (1961) d’Ingmar Bergman (avec la pièce de théâtre entre Mino et sa sœur Karin), la pièce Sallinger (1977) de Bernard-Marie Koltès (dans laquelle Leslie – jouant la princesse condescendante – repousse Anna – le chevalier servant – d’un « non » catégorique), le vidéo-clip (réalisé par Pierre et Gilles en 1990) de la chanson « A Lover Spurned » de Marc Almond (avec la femme acariâtre refusant le pardon imploré par l’amant à genoux), la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (2008) de Witold Gombrowicz (avec la princesse insaisissable, qui se dérobe à son amoureux éconduit), le film « Loulou » (1928) de Georg Wilhem Pabst, la pièce La Reina Del Silencio (1911) de Ramón Gy de Silva, le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb (avec Texor, rejeté dans sa jeunesse par la seule femme qu’il a aimée), etc.

 

 

Par exemple, dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, parce que lors d’une représentation Sibylle a déçu Dorian, ce dernier considère l’actrice Sybil Vayne avec qui il sort comme une traîtresse, et il finit par la jeter : « Tu as tué mon amour. Tu me laisses indifférent. Tu as tout gâché. Tu es vaine et stupide. » Dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti, Chloé n’est pas venue au rendez-vous amoureux qu’elle avait donné à Martin. Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Séverine fout un vent à Yassine qui croyait à leur flirt. Dans le one-woman-show Chatons violents (2015) d’Océane Rose-Marie, Jérôme, le pote hétéro d’Océane, se prend trois râteaux en boîte en accostant des femmes, dont une Samantha, Marseille hyper vache avec lui. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Thérèse, l’héroïne lesbienne, envoie ballader son amant Richard ; et sa compagne Carol fait de même, de son côté, avec son mari Harge.

 

« Je t’aime… mais c’est trop tard. » (Léa s’adressant à Chéri dans le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears) ; « J’ai pris des airs de comtesse qui se moque. » (cf. la chanson « La Pudeur » d’Oshen) ; « Elles ne font rien d’autre que les femmes ordinaires : exploiter le désir des hommes. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 219) ; « Un baiser s’il vous plaît un seul et le dernier ! Ô belle Tristana je vous en prie, cédez-moi un peu de vos lèvres ! Savez-vous donc que je vous aime ?’ Voilà enfin que Tristana le comprenait. Aussi s’approcha-t-elle de l’infortuné Nippon, berça contre son ventre son visage dans ses mains, et tout en consolant ses pleurs elle chantonna des comptines, afin d’apaiser ses yeux clos boursouflés de rougeurs. Puis, émue par le chagrin du gentil samouraï, elle murmura à l’oreille ces mots que sa gorge étranglée chuchotait avec peine. ‘Laissez-moi mon enfant vous offrir ce baiser… Pour qu’encore et toujours vous ayez foi en vos chimères…’ Mais le Nippon ne bougeait plus. Il semblait déjà mort. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite par un ami romancier homosexuel en 2003, p. 40) ; « Cette femme était de celles qui aiment à dire non. » (Roger dans le roman L’Autre (1971) de Julien Green, p. 46) ; « Je ne suis pas de celles qu’on prend avant de passer par l’autel. Il m’a séduite, mais jamais il ne posera ses lèvres sur les miennes. » (Madeleine en parlant d’Heinrich, l’homme avec qui elle a couché, dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 65) ; « Scott, je ne pensais pas t’appeler, seulement…’ J’ai fait une pause, histoire de ménager un effet dramatique. Je suis comme ça. Je l’admets. J’ai fait une pause, pour le laisser imaginer que j’allais lui dire ‘Je t’aime’ ou ‘Reviens’. Et qu’il se sente complètement nul, mesquin et pitoyable. Puis j’ai enchaîné : ‘Je viens d’apprendre la mort de mon père.» (Ronit, l’héroïne bisexuelle à Scott, son amant de passage, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 46) ; « Are you strong enough to be my man ? » (cf. la chanson « Strong Enough » de Sheryl Crow) ; etc.

 

Dans le film « Farinelli » (1994) de Gérard Corbiau, le castrat Farinelli essuie un refus de Marie-France Pisier quand il la demande en mariage. Il rompt son verre en disant : « J’ai eu l’audace de croire que je pouvais être un homme… » Dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, le protagoniste Garnet Montrose « se fait jeter » par la veuve Nance à qui il envoie en vain pléthore de lettres. Dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi, le Jésuite implore la Reine de revenir à lui : « Tout peut recommencer comme au temps où nous étions heureux ! Je t’en supplie, Pépita ! » ; mais celle-ci lui répond avec agacement : « Non, non et non ! » Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, Mechita refuse de donner sa main au vieux Largui qui lui déclame pourtant de jolis mots d’amour (« Doña Mechita, maintenant que nous sommes seuls, il faut que je vous dise la vérité : je vous aime !) ; il se fait renvoyer sur les roses par elle (« Taisez-vous, Largui, et continuez à ramasser les champignons ! Et n’allez pas me prendre les vénéneux ! »). Dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet, c’est quand le Don Juan Álvaro déclare sa flamme à Yolanda que celle-ci le jette comme un malpropre (« C’est trop tard ! ») et lui dit qu’elle est incapable d’aimer un seul homme : elle révèlera plus tard sa bisexualité.

 
 

c) Le couple homosexuel est une union-objet, et un pastiche de l’union réifiante hétérosexuelle :

CIRE 11 fer à repasser

 

Pas un pour rattraper l’autre… : le couple homosexuel, tout comme le couple hétérosexuel, manque de désir, ne s’aime pas vraiment, se révèle aussi fragile et normatif. « Tu vois, ce sont des couples. Des couples normaux. » (le docteur Bosmans présentant ironiquement un lieu de baise, de fornication et de prostitution bisexuels à Henri, le héros homo du film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau) ; « Tu es là, je suis là, et nous sommes deux étrangers. » (cf. la chanson « Ne s’aimer que la nuit » d’Emmanuel Moire) ; etc.

 

Les personnages homosexuels et hétérosexuels sont des jumeaux de désir (réifiant)… ou plutôt d’absence de désir ! Pensons aux figurines de gâteau de mariés (représentant d’abord les hétérosexuels, puis remplacées par les homosexuels) dans le générique de début du film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick. Par exemple, dans le film « RTT » (2008) de Frédéric Berthe, le duo d’amis (très hétéros) de la série nord-américaine Deux flics à Miami est transposé en couple gay sur le duo de flics chargé de suivre discrètement Arthur et Émilie : « C’est fini, les couvertures ringardes : vous êtes un couple gay à Miami. » leur dit leur chef. Dans le film « Children Of God », « Enfants de Dieu » (2011) de Kareem J. Mortimer, les couples hétéro Lena/Révérend Ralph (homosexuel refoulé et homophobe) et le couple homo Johnny/Roméo sont mis sur le même plan. Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, le couple homo Franz/Léopold est formé de deux hétéros : Franz a une copine Ana et Léopold est resté 7 ans avec Véra. Dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Frédérique la lesbienne et Romuald le gay font l’amour ensemble alors qu’ils sont chacun respectivement en couple homo. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, le couple homo William/Georges et le couple hétéro impossible Adèle/Pierre sont à l’image l’un l’autre. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, à la fin du film, on nous fait croire que Peter et Howard se préparent à leur propre mariage à l’église avant qu’on nous montre le mariage de la mère d’Howard avec son nouveau mari. Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, les groupes de garçons et de filles hétéros se travestissent en soirées, et inversent (ponctuellement ?) leur sexuation. Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, le couple lesbien Rachel/Luce et le couple hétéro Tessa/Ned (les parents de Rachel) s’embrassent simultanément au milieu de l’embouteillage. Dans le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, c’est la dictature sociale et la sommation d’être en couple qui poussent le jeune protagoniste Sieger à s’homosexualiser en réaction. Le grand frère de Sieger, Eddy, lui met la pression : « Tu vas te maquer ? » Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, le duo Thérèse-Carol finit en petit couple bourgeois cheminée-salon-piano à Noël, comme dans les cartes postales de couple hétéro installé.

 

B.D. de la P'tite Blan

B.D. de la P’tite Blan


 

Dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie, le couple homo se comporte « comme dans un vrai couple hétérosexuel ». Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand dit qu’avec son compagnon Claudio, ils veulent un enfant de manière hétéro. Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, Vivi (diminutif de Victor) et Norbert vivent une vie rangée très hétéro. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, le héros homosexuel, reproche à Jean de former avec son compagnon Juan un couple aussi conformiste qu’un couple hétéro. Dans la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy, le couple hétéro Pascal/Stéphanie et le couple homo Sébastien le gay/Dadou la lesbienne sont mis en parallèle. Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Stéphane l’homosexuel et Florence la lesbienne pensent faire un enfant ensemble : le couple hétérosexuel est remplacé par son fac-similé homosexuel. Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, le couple homosexuel est décrit comme un couple-objet, au même titre que le couple hétérosexuel : « Patreese s’est mis à genoux, a plaqué le nez contre le renflement du caleçon de Ben et m’a attrapé par l’entrejambe de mon pantalon pour m’attirer à lui. En l’espace de quelques secondes, il nous avait tous les deux en main et pressait nos queues l’une contre l’autre tel un enfant content que ses deux poupées Barbie fassent plus amples connaissance. » (p. 149) Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand dit qu’avec son compagnon Claudio, ils veulent un enfant « de manière hétéro ». Ils collaborent pour cette raison avec un couple super beauf et gay friendly, Serge et Nadia (la mère-porteuse) : « Un enfant, qu’il soit élevé par deux pédés du cul ou par un père et une mère, l’important c’est qu’il ait de l’amour. » Les deux couples, hétéros comme gays, considèrent l’enfant comme un objet. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Annella, la mère de Elio, lit à son fils de 17 ans le conte du XVIe siècle d’un prince qui avoue son amour interdit à une princesse… ce qui poussera Elio à oser déclarer sa flamme à Oliver tout de suite après.

 

Dans la bien-nommée pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, les deux « pères » de Gatal, en couple homo, tiennent un discours nataliste, familialiste, pro-vie, productiviste, déshumanisé, matérialiste, étiqueté « hétéro », focalisé sur la réussite sociale, la descendance biologique et le paraître. Ils se comportent en véritables despotes avec leur fils unique : ils téléguident sa vie à sa place pour qu’il ne soit plus célibataire et qu’il procrée avec un homme : « Ça ne peut plus durer. Ça rime à quoi ?? » Ils sont la caricature de l’obsession sociale pour le couple (sans amour) et pour l’enfant (sans amour) : « Ta semence est épaisse et riche. » (le père 2 s’adressant à Gatal) D’ailleurs, le seul couple d’« amour » qui va se former dans la pièce va être rendu impossible, d’abord à cause des pressions alentours, mais aussi parce que ceux-là même qui essaieront de le former sont anti-couples : Gatal et son fiancé voulaient rester célibataires toute leur vie, et dénoncent le fait que leur société « considère le couple comme une unité indivisible » ; ils finissent par composer un couple très proche du cliché du couple femme-homme hétéro musulman (à un moment, l’un d’eux porte un costard, et son « fiancé » une burka féminine sur le visage).
 

Je vous renvoie au film « Je Tu Il Elle » (1974) de Chantal Akerman, au film « Pon Un Hombre En Tu Vida » (1999) d’Eva Lesmes, l’autoportrait Les Mariés (1992) de Pierre et Gilles, la photo déchirée du couple homo dans le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, les figurines des mariées lesbiennes sur le gâteau de mariage dans le film « Ma mère préfère les femmes » (2001) d’Inés Paris et Daniela Fejerman, la photo coupée en deux du couple Wendy et Mia – homme transsexuel M to F – dans la série Hit & Miss (2012) d’Hettie McDonald, la photo de mariage de Mariela et Miguel – le mari homo – exposée dans le salon le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou (avec le parallélisme voulu entre le couple hétéro de vieux retraités Junn/Alan découvrant l’amour sur le tard, et le couple Kai/Richard vivant un amour secret), etc.

 

 

Le couple hétérosexuel est en réalité bisexuel. « Mais à chaque fois j’arrivais à brouiller les pistes, en sortant avec une fille. Avec une copine, on a le droit d’avoir un copain. Sans copine, on est pédé. » (Bryan, l’un des héros homosexuels du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 160) ; « Pierre Palmade ? Hétéro ! Il s’est marié avec Véronique Sanson. » (Rodolphe Sand montrant la photo du comédien Pierre Palmade pour son jeu « Gay ou pas gay ? », dans son one-man-show Tout en finesse, 2014) ; etc. Par exemple, dans le film « Bye Bye Blondie » (2011) de Virginie Despentes, Frances est mariée à Claude Muir, un romancier, mais cela ne l’empêche pas d’aimer les filles, et son mari les garçons (puisqu’il est homo !) : en public, ils s’affichent comme un couple hétéro parfait et uni, alors que dans le privé, chacun vit son homosexualité. Dans le film « The Artist » (2011) de Michel Hazanavicius, pendant la scène de dancing incluse dans le tournage du film « A German Affair », le héros George Peppy (Jean Dujardin) passe, accidentellement et par effet comique, de la danse en couple femme-homme à la danse en couple homme-homme. Dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, le célèbre romancier homosexuel Philippe de Monceys joue, devant la press people, à être en couple avec l’actrice Sophie Marceau, pour sauver les apparences. Dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, on observe que, dans les binômes de danseurs en couple femme-homme, les hommes sont très efféminés. Dans le film « The Morning After » (2011) de Bruno Collins, pendant que Harry, le héros, embrasse sa copine, il se voit embrasser Thom. Dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard, Laurent et sa femme Vanessa se sont rencontrés dans un bar gay. Dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor, le couple Catherine/Jean-Paul est toujours en conflit… et Jean-Paul se révèle homosexuel pratiquant. Cette union est particulièrement hétérosexuelle puisqu’elle choisit comme modèle relationnel le schéma dominant/dominé (Jean-Paul considère Catherine comme une chienne qu’il commande comme un maître), elle s’appuie sur la fusion (les deux amants reçoivent en cadeau de mariage plusieurs pyjamas où on rentre à deux dedans), elle copie les grands couples mythiques (César/Cléopâtre, Bonnie & Clyde, Rose et Jack dans « Titanic », Mulder et Scully dans X-Files, Jane et Tarzan, Adam et Ève…). Dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier, le faux couple composé de Kim la lesbienne et de César l’hétéro, photographiés de tous côtés comme des criminels à l’aéroport thaïlandais (à l’écran, on a tous les profils et visages de face), est venu acheter une petite fille pour que celle-ci soit donnée au couple lesbien de Kim. Ils ont tout du couple homo-hétéro qui sacralise tellement l’altérité qu’il en devient froid et hétérosexuel (César appelle même sa pseudo femme « l’Autre »). Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, le couple hétéro est en réalité un couple artificiel constitué de deux homos : Ralph (gay et présenté comme un « homme faible » : « C’est comme si Ralph essayait de compenser par l’esprit de vengeance ce qui lui manque en virilité. », p. 238) et Angela (lesbienne).

 

Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, les hétéros et les homos se donnent la main pour défendre les droits LGBT et collaborent ensemble (« On écrit l’Histoire. Gays et hétéros ensemble ! » déclare Dai, le père de famille hétéro)… et à la fin, on comprend pourquoi : pendant une scène de la vie quotidienne où le couple hétéro Cliff/Hevina tartine des sandwichs, ils se font un coming out croisé (Cliff se sent gay « depuis que les gays sont arrivés » dans leur village gallois ; et Hevina dit qu’elle est lesbienne « depuis 1968 ») ; la femme d’Allan, sous l’effet de l’alcool, devient lesbienne et embrasse Stephany, la lesbienne déclarée, sur la bouche ; le couple hétéro Sian/Martin, si gay friendly, défile à la Gay Pride.

 

Le point commun entre les couples hétéros et homos semble être l’obsession pour le plaisir génital sentimentalisé : « Cela va peut-être te surprendre, mais je partage l’avis de ta mère qui dit que pour beaucoup de gays la vie se résume à la recherche du sexe. Cependant, je ne crois pas que la vie d’un jeune hétérosexuel se résume à autre chose… Au Canada, comme ici en Floride, tous les garçons de ma classe ne pensent qu’à coucher. Et l’explosion du nombre de divorces montre que les hétérosexuels ont (aussi) un problème avec la notion d’engagement… » (Chris s’adressant à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 119) ; « Mourad [l’un des héros homosexuels], seul dans sa chambre côté rue, était affolé à l’idée que Ludivine et Hugues n’étaient plus là pour faire tampon entre lui et Jason [l’amant de Mourad]. Il allait devenir de plus en plus difficile de se contenir. » (Christophe Bigot, L’Hystéricon (2010), p. 244) ; etc.

 

Dans le film « The Stepford Wives » (« Et l’homme créa la femme », 2004) de Frank Oz, la ville de Stepford a pour particularité d’afficher une perfection d’apparat de la différence des sexes (puis de l’homosexualité), masquant un lourd secret machiste et homophobe : les femmes sont toutes des poupées gonflables très sages, impeccablement pomponnées et bonnes ménagères, qui ont été transformées en épouses soumises à leur mari à cause d’implants chirurgicaux qu’on leur a mis dans la tête à travers un programme mené par le maire de la ville. Cette manigance réifiante marche aussi bien chez les couples hétéros du film que chez les couples homos : en effet, Roger, le héros gay (grand ami des deux héroïnes, Joanna et Debbie), disparaît mystérieusement, puis quelques jours après, réapparaît sur l’estrade d’une tribune politique de la ville, guindé : il présente son compagnon comme « son partenaire dans la vie et en Dieu », et entame un couplet patriotique glacial. Les deux femmes qui assistent à la scène, se rendent compte qu’il n’a plus rien à voir avec le gars amusant et frivole qu’elles connaissaient. Dans ce film, les hommes et les femmes se détestent ; maris et épouses sont en guerre pour le pouvoir au sein du couple ; les couples homos les imitent également (le couple Roger-Jerry est en instance et consulte un sexologue). Avant comme après l’opération chirurgicale robotisante, l’hétérosexualité tout comme l’homosexualité sont des couples-objet masquant les apparences et occultant/créant leurs conflits. Et pourtant, ce film se veut pro-gay et donnant une image positive des couples homos !

 

Finalement, le couple homo et le couple hétéro se rejoignent dans la médiocrité, l’uniformité, et la brutalité (des pulsions). « Le couple chez les homos, ça se passe exactement pareil. » (une réplique du film « Une petite zone de turbulence » (2009) d’Alfred Lot) ; « Vous et elle avez décidé de faire un ménage… Autant que j’en puisse juger, c’est aussi mauvais que le mariage ! » (Brockett à propos du couple lesbien Stephen/Mary, dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 451). Par exemple, dans le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand, il est question, dans la communauté homosexuelle, des « pacsés hétéros similaires ».

 

Dans tous les couples hétérosexuels ou homosexuels, il s’agit de vivre avant tout un « célibat à deux » (cf. une expression tirée du film « Ce soir, je dors chez toi » (2007) d’Olivier Baroux). Les deux partenaires du couple vont butiner chacun dans leur coin. Dans la pièce Les Deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi, Damien (assis sur le canapé, lisant Têtu) et Charlotte (plongée de son côté dans sa revue Modes et Travaux) composent un bon exemple du couple hétérosexuel, voire bisexuel : la communication est impossible entre eux. La pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch s’ouvre sur une scène très hétérosexuelle : un mari et sa femme lisent chacun leur revue sur le sofa (Jean-Luc son journal ; Hélène son Femme actuelle)… et comme par hasard, l’homme-objet marié s’apprête à faire son coming out ! Dans le film « Einaym Pkuhot » (« Tu n’aimeras point », 2009) d’Haim Tabakman, le couple homosexuel est montré à l’image d’un mariage hétérosexuel forcé. Dans le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen, le couple homosexuel est une parodie de couple hétéro : Sven est bourru, alcoolique et amateur de pizzas, Göran est plus féminin et fleur bleue. Dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, la dispute du couple hétéro Harper/Joe répond simultanément à celle du couple homo Louis/Prior. Le duo de flics du film « Partners » (1982) de James Burrows est composé d’un macho homophobe et d’un sissy refoulé. Dans le film « Dimanche matin » (2001) de Robert Farrar, le couple homo est une parodie du couple hétérosexuel poussée à l’extrême : l’un est le « mari » macho, l’autre joue la « femme » soumise. Dans la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks, le Dr Frankenstein Junior et Frankenstein joue au couple hétéro. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo reproche à Jean d’être dans son couple avec Juan aussi conformiste qu’un couple hétéro. Dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi, Raulito la passive et Cachafaz qui veut jouer le « mâle », est une caricature du couple hétéro.

 

« Polly ferait mieux de devenir hétéro et coucher avec un boxeur italien qui la mettrait sur le trottoir et la tabasserait de temps en temps, chuis sûr que là, et là seulement, elle prendrait son pied ! » (Simon, l’un des héros homos, faisant un bilan négatif de la vie de couple lesbienne de sa meilleure amie Polly, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 46) ; « Pierre qui fait les courses, me gâte : je suis devenu extrêmement capricieux, je ne le laisse jamais sortir, il passe la journée à faire le ménage et à me faire la cuisine avec beaucoup de laurier. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 63) ; « Faire un enfant, ça fait plus hétéro avec l’actrice. » (Benjamin s’adressant cyniquement à son amant Pierre qui veut faire appel à une mère porteuse pour obtenir un enfant, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; etc.

 
 

Comme le montrent les propos de Molina dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, le personnage homosexuel a intériorisé la conception machiste et déséquilibrée du couple femme-homme télévisuel, qu’il transfèrera ensuite sur sa propre relation de couple homosexuel :

Valentín « Tu n’as pas à te… soumettre.

Molina – Mais si un homme… est un mari, c’est lui qui doit commander pour qu’il se sente bien. C’est naturel, c’est lui… l’homme de la maison.

Valentín – Non, l’homme et la femme de la maison doivent être à égalité. Sinon, c’est une exploitation.

Molina – Alors ça n’a pas de charme. Bon, ça c’est très intime, mais puisque tu veux savoir… Le charme c’est que, quand un homme t’embrasse… tu as un peu peur de lui.

Valentín – Non, ça, c’est très mal. Qui t’as mis cette idée en tête ? C’est très mal, ça.

Molina – Mais je le sens ainsi.

Valentín – Tu ne le sens pas ainsi, on t’a monté le bourrichon en te farcissant la tête avec ces stupidités. Pour être femme, il ne faut pas être… je ne sais pas, moi… martyre. »

(Manuel Puig, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976), p. 230)

 
 

Avant d’être reporté forcément sur un couple, c’est d’abord à lui-même que le personnage homosexuel s’inflige sa vision désenchantée et brutale de l’amour femme-homme : « Et bien moi, depuis l’adolescence, c’est la guerre entre les deux. Dès que le mec en moi s’affirme, la femme prend le dessus et le mec n’ose plus s’exprimer. Au quotidien, c’est terrible. […] Je dois contrôler ma part masculine et féminine, empêcher la femme en moi d’opprimer l’homme. Peut-être que ça améliorera mes relations avec les femmes… […] Franchement, il est temps que le mec en moi, il triomphe. Ça doit être mon côté majorette qui résiste. » (Jarry dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Où sont les membres de l’autre sexe ? :

On constate que dans les sociétés où les sexes sont trop les uns sur les autres, ou bien à l’extrême inverse, dans lesquelles les membres de l’autre sexe sont en déficit, les relations homosexuelles se multiplient. Par exemple, ce fut le cas dans l’Argentine de la fin du XIXe siècle, pendant l’âge d’or du tango, quand, faute de femmes, les hommes dansaient et sortaient ensemble : Buenos Aires était démographiquement une ville d’immigration principalement masculine. Mais on pourrait parler plus largement de toutes les homosexualités de circonstance pendant les guerres, dans les tranchées, dans les « sociétés sans femmes » ou « sans hommes », dans les pensionnats, les navires, les casernes, les prisons (j’aborde plus longuement ce sujet dans le chapitre « Homosexualité de circonstance » du code « Entre-deux-guerres » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « La séparation des sexes dans les écoles peut fournir des encouragements aux relations homosexuelles. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 48)

 

Même si la plainte sociale de la non-rencontre des sexes se fait de moins en moins entendre, elle ne cesse pas d’exister, et de s’exprimer sous forme d’estampes et de phrases spontanément prononcées par les innocents : « Elle est triste parce que les garçons sont partis. » (un enfant dans le film documentaire « La Domination masculine » (2009) de Patric Jean) ; « Les hommes sont frénétiques et les femmes sont tristes. » (Louise Bourgeois dans le film documentaire « Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse, la mandarine » (2009) de Marion Cajori et Amei Wallach) ; « On était devenus deux étrangers. » (James, amer par rapport à Veronica, sa compagne qui avait accepté de porter l’enfant d’un couple gay, dans le documentaire « Deux hommes et un couffin » de l’émission 13h15 le dimanche diffusé sur la chaîne France 2 le dimanche 26 juillet 2015) ; etc.
 

La plupart du temps malheureusement, l’appel au secours se fige en chanson disco seventies à la Patrick Juvet « Où sont les femmes ? » : « Où sont les femmes ? » (Pierre riant nerveusement en tombant sur cette chanson pour composer sa playlist de « mariage » avec Bertrand, dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2)

 
 

b) Le couple hétérosexuel est une union-objet de deux individus de sexe différent, mais sans désir l’un pour l’autre, voire même en conflit :

Tout me porte à croire que les premiers couples hétéros soient arrivés avec l’amour courtois, à l’époque féodale qui a valorisé le mariage du libre consentement (consacré par la suite surtout à la Révolution française), autrement dit le mariage-contrat (et le divorce qui va avec) basé non plus sur l’engagement indissoluble mais sur les sentiments, l’amour fusionnel ET platonique du XVIIe siècle (exemples : Tristan et Iseult, Roméo et Juliette). « C’est pas parce que t’es dans le même lit que tu fais l’amour. » (Xavier, homosexuel, parlant de sa femme avec qui il ne fait plus l’amour, dans le documentaire « Cet homme-là (est un mille-feuilles) » (2011) de Patricia Mortagne)

 

L’hétérosexualité, avatar de l’amour romantique souffrant, est une conception à la fois idolâtre et irrespectueuse de la différence des sexes, car elle se choisit la désincarnation platonicienne et le choix individuel comme principaux critères d’expérience et de discernement de l’Amour, le Couple (éphémère) comme unique manière de vivre l’Amour. Comme le dit très justement Sébastien Carpentier lors de la conférence pour la sortie de son essai Délinquance juvénile et discrimination sexuelle en janvier 2012 au Centre LGBT de Paris, « ce n’est pas l’altérité [des sexes] en soi qui crée cette violence. C’est le fait de vouloir la sacraliser. »

 

Dans son essai Le Premier Sexe (2006), Éric Zemmour décrit très bien l’androgynie chez les couples hétéros (il y dénonce la « couplisation » (p. 101) de la société) : « Aujourd’hui, […] il n’y a plus d’individu, homme ou femme, il n’y a plus que des couples. » (p. 37) ; « On peut les voir, dans les rues de Paris et d’ailleurs, main dans la main, vêtus du même uniforme, pantalon large et informe, baskets, chemise ample et pull-over moulant, les cheveux mi-longs. Un même corps de garçonnet androgyne pour deux. Ils sont l’incarnation de la vieille métaphore de Platon sur le corps coupé en deux que l’amour ressouderait miraculeusement. Ils sont plus que frères et sœurs, ils sont jumeaux. Depuis le plus jeune âge, ils sont en couple. Ils ne conçoivent pas la vie, le désir, la rencontre, autrement que dans un cadre immédiatement installé. Parfois, les éléments du couple changent, mais c’est chaque fois une déchirure. Mais peu importe, ce ne sont pas les individus qui comptent, c’est le couple. » (p. 57) ; etc.

 

Par exemple, dans son documentaire « Cet homme-là (est un mille-feuilles) » (2011), Patricia Mortagne a épinglé sur pinces à linge les moitiés de visage de ses parents (père + mère biologiques), qui maintenant ne s’aiment plus d’amour puisque son père couche avec des hommes.

 

L’hétérosexualité est donc une vision païenne et déchristiannisée de l’Amour (même si elle peut apparaître, par certains côtés, très spirituelle et vaguement catholique, comme le pense à tort un Éric Zemmour, par exemple ; Saint Paul a bien montré que le couple femme-homme n’était pas l’unique horizon d’Amour vrai humain puisqu’il y a aussi les eunuques pour le Seigneur, le célibat consacré). Le « mariage d’amour (asexué) », ça a 130 ans. C’est tout récent.

 

Dans son essai L’Invention de la culture hétérosexuelle (2008), Louis-Georges Tin souligne à raison « l’absence de réflexion sur l’hétérosexualité » (p. 6), la naturalisation spiritualisée forcée du Couple… mais il fait l’erreur d’associer cette violation, cet artifice, à tous les couples femme-homme (« La pratique hétérosexuelle est universelle. », p. 9) et à la soi-disant « méchante Église catholique ». Il n’a pas compris que l’Église s’est elle-même opposée à l’hétérosexualité, dès le Moyen-Âge. Au départ, pourtant, il partait bien (« Les hommes d’Église réprouvaient non seulement l’adultère, inhérent à la logique courtoise, mais plus généralement cette promotion nouvelle de l’amour, de la femme et du couple. », p. 80), mais ensuite, il réduit les oppositions de Celle-ci à une peur de la sexualité (« Les hommes d’Église s’opposent à la culture hétérosexuelle surtout parce qu’elle est sexuelle. » p. 194) alors qu’à mon avis, elles sont motivées par des raisons plus nobles et positives : Elle s’oppose à la culture hétérosexuelle parce qu’elle est irréelle et peu aimante.

 

CIRE 13 musée statues

 

Par définition, le couple hétérosexuel est le couple de poupées Barbie sous cellophane, statufié par la médecine légale, la photographie, la peinture, le cinéma. « C’est le XIXe siècle bourgeois qui a voulu figer les choses pour enfermer les gens dans des petites cases. » (cf. des propos tenus lors de l’émission Les Enfants d’Abraham sur l’homoparentalité, spéciale « Adoption homosexuelle : Pour ou contre ? », le 1er décembre 2009, sur la chaîne Direct 8)

 

L’idéologie de l’hétérosexualité impose une conception binaire et clinique des relations femme/homme, les montrant implicitement sous la forme du rapport de forces contraires ou d’ombres chinoises, où l’un des deux est perdant et l’autre gagnant. « Soirée à la Comédie-Française. […] Je nous revois, ma mère, ma sœur et moi, penchés sur un des médaillons : il représente, en ombre chinoise, le profil de Charlotte. Nous relevons la tête. De l’autre côté de la table, mon père et Betty examinent la page d’un manuscrit. Ils relèvent la tête. Mon père et ma mère s’aperçoivent l’un l’autre, ils s’aperçoivent au même instant. J’aperçois mon père et Betty. Mon père m’aperçoit. Moins d’un mètre nous sépare. Il suffirait de contourner la table. La famille est là, réunie. Réunie ? Mon père détourne la tête et feint de ne nous avoir pas vus. Ma mère fait de même et nous entraîne dans la foule. » (Dominique Fernandez, Ramon (2008), p. 41) C’est cela, le manichéisme contemporain. « Aujourd’hui, l’un des caractères les plus évidents de la masculinité est l’hétérosexualité. […] L’identité masculine est associée au fait de posséder, prendre, pénétrer, dominer et s’affirmer, si nécessaire, par la force. L’identité féminine, au fait d’être possédée, docile, passive, soumise. ‘Normalité’ et identité sexuelles sont inscrites dans le contexte de la femme par l’homme. » (Élisabeth Badinter, X Y de l’identité masculine (1992), p. 149) ; « À l’intérieur de l’armoire, les vêtements tombaient l’un après l’autre des cintres. Au fond, accrochées ainsi que des marionnettes, deux poupées, de taille humaine, étaient enlacées comme pour danser le tango. Ernestito voulait désespérément comprendre à qui elles ressemblaient. L’homme tournait, la femme pivotait. Lui, il ressemblait au plus grand chanteur de tango. Elle, elle ressemblait aux plus grandes chanteuse de tango : Olinda, Tita, la Negra Bozan, Tania. Elles se succédaient : la lumière capricieuse donnait à chaque tour une nouvelle identité à la poupée femelle. En revanche, lui, il se définissait comme le seul, l’unique Carlitos Gardel, la voix du tango. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 263) ; « Être un homme ou une femme était avant tout un rang, une place dans la société, un rôle culturel, et non un être biologiquement opposé à l’autre. […] À la fin du XVIIIe siècle, des penseurs d’horizons différents insistent sur la distinction radicale entre les sexes, qu’ils fondent sur les nouvelles découvertes biologiques. De la différence de degré, on passe à la différence de nature. […] Non seulement les sexes sont différents, mais ils le sont dans chacun des aspects du corps et de l’âme, donc physiquement et moralement. C’est le triomphe du dimorphisme radical. À l’inverse du modèle précédent, c’est le corps maintenant qui apparaît comme le réel et ses significations comme des épiphénomènes. La biologie devient le fondement épistémologique des prescriptions sociales. L’utérus et les ovaires qui définissent la femme consacrent sa fonction maternelle et font d’elle une créature en tout point opposée à son compagnon. L’hétérogénéité des sexes commande des destins et des droits différents. Hommes et femmes évoluent dans deux mondes distincts et ne se rencontrent guère… sinon le temps de la reproduction. » (Élisabeth Badinter, X Y de l’identité masculine (1992), pp. 20-21)

 

L’hétérosexualisation des rapports amoureux est bien décrite par Alain Finkielkraut et Pascal Bruckner dans l’essai Le Nouveau désordre amoureux (1977) : « On traite le corps masculin et le corps féminin en contraires irréductibles, et l’on trace entre eux […] les voies de la coexistence. On s’efforce, dans un mélange de libéralisme moral et de sexologie, de dialectiser l’opposition. » (p. 99)

 

CIRE 14 lit couple opposé

 

Les hétéros sont parfaitement bien définis par Marcel Proust. Ce dernier parle de « la métaphore des boîtes ou des vases clos » fonctionnant comme un système où « les deux sexes sont à la fois présents et séparés » dans le même individu ou au sein d’un couple, « contigus, mais cloisonnés et non communicants », exactement comme dans le règne végétal (Gilles Deleuze citant Marcel Proust dans son essai Proust et les signes (1964), dans l’essai L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005) de Daniel Borillo et Dominique Colas, p. 607).

 

« Pour nous, les enfants, il y avait entre nos parents comme une cloison étanche. Pour moi, de onze à quinze ans, il y eut deux mondes sans communication possible. Le monde de la mère et le monde du père. Incompatibilité renforcée par la division politique : le monde de la mère gaulliste et le monde du père collabo. Mais la division politique restait secondaire par rapport à la coupure morale décidée par notre mère, veto originel et d’autant plus fort, d’autant plus paralysant qu’il n’était pas exprimé. Affreuse oppression du non-dit. (Dominique Fernandez, Ramon (2008), p. 36)
 

Un des couples hétérosexuels les plus connus de la Planète est celui d’Eva Braun et Hitler, né d’un mariage de convenance fait à la va-vite, pour sauver les apparences. Il suit d’ailleurs une logique tout à fait androgynique, comme le montrent certains films : « Sans Eva, je ne suis qu’une moitié d’homme, une moitié de pomme. » (Hitler dans le film « Mon Führer : La vraie histoire d’Adolf Hitler » (2007) de Dani Levy)

 

Et le pire, c’est que beaucoup de personnes bisexuelles et homosexuelles ont cru que ces couples hétérosexuels étaient tous les couples femme-homme de la Terre ! « L’autre jour au Petit-Palais pour voir l’exposition de Sumer, d’Assur et de Babylone. Deux personnages inoubliables, statues peintes, homme et femme. Lui a la barbe et les cheveux annelés ; tous deux avec des yeux grands comme des assiettes à soupe et peints en bleu-gris. Que regardent-ils ? Un dieu ? » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp.23-24) Certaines appuient littéralement sur le bouton « pause » de leur télécommande pour se persuader que tous les couples femme-homme sont restés aussi figés (depuis la nuit des temps !) que le couple hétérosexuel : pensons au titre choisi par Hervé Caffin et Maria Ducceschi pour leur one-man-show Hétéropause (2007). Comme on peut le constater dans le documentaire « La Domination masculine » (2009) de Patric Jean, la population interlope confond le monde des couples homme-femme aimants et le monde de la poupée, puisque pour aborder les questions de l’identité sexuée, le reportage démarre précisément dans les rayons jouets d’un supermarché.

 

La confusion entre la famille médiatique et la famille réelle est souvent faite par les membres de la communauté homosexuelle : « Nous avons tous une définition de ce qu’est une famille traditionnelle, ces familles parfaites de sitcoms, un papa et une maman ensemble avec les enfants. » (Joseph Hagan dans la revue Têtu, juin 2002) D’où la remarque de Tristan Bernard par rapport aux couples femme-homme en général : « Ils croient qu’ils sont heureux parce qu’ils sont immobiles. » (Tristan Bernard cité dans le magazine Première, avril 2004) La famille réelle est alors transformée à tort en « mythe de la famille naturelle » (cf. l’article « France » de Pierre Albertini, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 186). Quand cette confusion est à juste titre remise en cause par des intellectuels et sociologues, certaines personnes homosexuelles jugent leur discours sur la famille réelle « trop idéaliste », en se valant de la comparaison par défaut avec leur « réel à elles », en général catastrophiste et misérabiliste : « Là, vous donnez une image très idéalisée du couple hétérosexuel ! Vous savez que beaucoup d’enfants dans les couples hétérosexuels ne sont pas des enfants de l’amour et n’ont pas été désirés ! » (Uli Streib-brzić face au psychanalyste Jean-Pierre Winter, dans l’émission De quoi j’me mêle ! (2004) de David Leconte)

 

Selon beaucoup de personnes homosexuelles, il ne fait aucun doute que les couples femme-homme vit un bonheur parfait, parce qu’elles confondent le couple hétérosexuel, par essence médiatique/scientifique, avec le couple femme-homme, vivant quant à lui un bonheur plus réel et exigeant, d’une autre perfection que celle qu’elles leur attribuent : une relation idéale dans ses petites imperfections.

 

Elles adoptent une vision blessée et salie de la relation entre la femme et l’homme, que ce soit parce qu’elles ont vu un viol de loin (à la télé, aux infos, verbalement), ou parce que leurs parents se sont déchirés devant elles, ou qu’elles ont mal vécu des histoires d’amour d’adolescence avec les membres de l’autre sexe : « J’ai toujours craint que mon père frappe ma mère, pourtant je ne l’ai jamais vu se comporter violemment avec elle. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 38) ; « Le couple, c’est toujours un rapport SM. » (François Ozon, entretien avec Didier Roth-Bettoni, dans la revue Illico, 16 mars 2000) ; « Ma mère était assez violente, peut-être plus que mon père, en réalité, et dans la seule confrontation qui, à ma connaissance, les opposa physiquement, ce fut elle qui le blessa, en lançant sur lui le bras du mixeur électrique qu’elle était en train d’utiliser pour préparer une soupe : le choc fut tel qu’il en eut deux côtes fêlées. Elle est assez fière de ce fait d’armes, d’ailleurs, puisqu’elle me l’a raconté comme on raconte un exploit sportif. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 81) ; « On se mariait en toute innocence. En toute bêtise. […] J’avais une partie de mon désir qui avait été tué. » » (Thérèse, femme lesbienne de 70 ans, interviewée dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « La jeunesse du futur poète [Oscar Wilde] s’écoule, non pas dans le calme, mais dans les échos et les remous d’un scandale qui désagrège sa famille : la maîtresse de son père fait du chantage, intente un procès aux Wilde en prétendant avoir été endormie au chloroforme puis violée par sir William. Les amis de collège d’Oscar, qui suivent le procès dans les journaux, ne lui épargnent aucun détail… ‘Voilà donc où conduit ce grossier amour des hommes pour les femmes, à cette boue !’ écrira-t-il plus tard, en parlant de cette lamentable affaire. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 170) ; « Bien à l’âge de neuf ans, j’ai été abusée sexuellement par un adolescent et sa sœur. J’ai alors expérimenté une activité hétérosexuelle et homosexuelle affreuse à un très jeune âge et en même temps, j’étais élevée par la télévision – j’avais la permission de regarder des films réservés aux adultes, des films d’horreur, des films à contenu sexuel, donc mon éducation à l’amour et au sexe s’est faite par l’abus et en gros par la négligence parentale, puisqu’ils nous autorisaient à regarder ces choses. » (Shelley Lubben, ex-actrice porno) ; etc.

 

Par exemple, dans l’émission Mots croisés d’Yves Calvi (sur le thème « Homos, mariés et parents ? », diffusée sur la chaîne France 2, le 17 septembre 2012), il n’est pas anodin que la journaliste lesbienne Caroline Fourest qualifie de « parfaitement hétérosexuelles » les « mères qui congèlent leurs embryons ». Elle a essentialisé son fantasme hétérosexuel – très médiatique – en perfection vivante qu’elle veut abattre.

 

Dans le documentaire « La Grève des ventres » (2012) de Lucie Borleteau, une guerre ouverte est menée contre « tous les gens qui se reproduisent ». Les mères sont considérées par les interviewés comme des « victimes consentantes », les pères comme des inconnus ou des tyrans, les ventres arrondis sont hués. Et sur une banderole est écrit : « La famille ne sera plus jamais notre horizon et notre tombe. » Comme ça, c’est réglé !

 

Certaines personnes homosexuelles se mettent même dans la peau de la scène de répudiation entre le valet et sa promise cruelle, scène qu’elles incarneraient à elles seules ! « Quelque part, t’es une reine et t’es répudiée. » (Manuela, un homme transsexuel M to F parlant de la non-acceptation sociale de sa nouvelle « identité », dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan) Le mime de la vierge effarouchée capricieuse, toute-puissante, et castratrice, est d’ailleurs très apprécié des hommes travestis ou transsexuels. Par exemple, lors du spectacle « Rouge et noir » de So Show ! à la Soirée « Années 80 » au Réservoir à Paris (le 3 mars 2010), une comédienne genre Jeanne Mas veut se faire désirer du public en se refusant à lui : « Suppliez-moi ! Suppliez-moi ! » Elle est source de fantasme identificatoire. Une identification au viol cinématographique femme-homme, qui peut traduire chez l’individu qui se l’impose l’expérience d’un viol de la différence des sexes réellement vécu dans l’enfance. En effet, certains hommes, avant de se dire « exclusivement homos », se sont parfois pris des vents par des femmes (et dans le cas des femmes, elles sont tombées sur des gars qui ne les ont pas respectées), ou bien ont été effrayés de violenter des filles. « Pendant cette période de formation à l’école sociale, j’ai aussi été très amoureux d’une fille : Pascale. Un jour je lui ai révélé mon attirance pour elle mais elle m’a répondu que ce n’était pas réciproque. J’avais donc pour la première fois eu des sentiments pour une fille ! » (un ami homosexuel de 52 ans, dans un mail datant du 19 octobre 2013) ; « Au primaire je draguais beaucoup, et arrive mon premier baiser à la plage avec une fille. Pour moi, j’étais l’homme et j’ai été effrayé de cette fille qui m’a littéralement sauté dessus dans sa façon d’embrasser. J’ai de suite été effrayé comme si elle m’aspirait, m’étouffait, me violentait dans mon intégrité d’homme. Ensuite, au collège, je tombe amoureux d’une fille avec lequel je suis sorti. Mais à cause du regard des autres, ils m’ont lancé un pari pour casser. C’est ce que j’ai fait et je l’ai regretté, même si j’ai eu toujours l’impression que l’embrasser faisait bizarre, Pas désagréable ni agréable. J’ai redoublé 3 fois, et j’ai eu très peu de petites copines, par peur de ne pas être un homme à la hauteur, d’être nul et d’être rejeté, abandonné, sans aucun goût pour tout. Au lycée, je suis sorti avec une fille. Je la trouvais magnifique. Nous avons fait des préliminaires mais je n’ai pas couché avec elle. Puis elle me largue sans un mot. Surtout qu’elle était dans ma classe. J’ai eu de la rage envers elle et dépression de 2 ans sans presque plus manger. Je suis comme invisible auprès des femmes, j’ai même eu la preuve encore aujourd’hui ou elles ne remarquent pas ma présence et l’une me l’a dit comme invisible. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; etc.

 
 

La simulation théâtrale du rejet du viol/de l’amour ressemble à un appel au viol, comme on peut le voir dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, avec le dialogue entre la cougar Véronique, et le jeune homme de 18 ans (p. 223) :

« – Je vous veux, dit le garçon, laconique.

Non ! répond Véronique.

Il prit sa main et lui fit tâter son érection.

Non, non, poursuivait Véronique. Vous ne pouvez pas me violer. Vous me devez le respect. Je suis une femme âgée.

Mais ses gestes de femme en chaleur contredisaient ses protestations. Véronique, comme possédée, se retrouva par terre, les jambes écartées, les bras ouverts en croix, disant :

Non, je ne l’ai pas mérité, je suis une sainte, une femme vouée à son mari, à son métier… pourquoi voulez-vous me souiller ? »

 
 

Encore une fois, on constate que fusion violente et rupture marchent main dans la main sur les chemins de la passion.

 

Pour Copi, par exemple, le mariage est équivalent à la prostitution, au viol. « Cette cérémonie [de la prostitution entre jeunes Indiennes et des marins] qui perpétue le viol possède un atout : elle exclut le mariage. Le couple argentin, dès le mariage, ne se parle plus. » (Copi à Paris en août 1984, cité dans la biographie Copi (1990) du frère de Copi, Jorge Damonte, p. 90)

 

La « philosophe » nord-américaine Judith Butler, l’une des conceptrices de la Gender Theory, dans sa paranoïa, voit le mariage comme un régime de contrôle démographique, un nationalisme. Elle est suivie intellectuellement par les militants homosexuels pro-gay (et pro-mariage gay maintenant ! quel paradoxe…) du monde entier. C’est la raison pour laquelle un certain Joseph Ratzinger (l’actuel Pape Benoît XVI) dit qu’il est difficile de soutenir le militantisme féministe ou homosexuel puisqu’il repose à la base sur une conception conflictuelle du couple femme-homme. « Ce processus conduit à une rivalité entre les sexes, dans laquelle l’identité et le rôle de l’un se réalisent aux dépens de l’autre. […] Toute perspective qui entend être celle d’une lutte des sexes n’est qu’un leurre et qu’un piège. » (Joseph Ratzinger, « Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le Monde » (2004), cité dans l’essai L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005) de Daniel Borillo et Dominique Colas, p. 487 et p. 495)

 

Sur le journal Le Monde, Sylviane Agacinski écrit dans son article « L’homoparentalité en question » du 21 juin 2007, des propos très justes concernant l’utilisation fallacieuse par certains militants homosexuels du mythe de l’hétérosexualité pour faire passer en douce des lois spécifiques aux personnes homos : « La revendication du ‘mariage homosexuel’ ou de l’‘homoparentalité’ n’a pu se formuler qu’à partir de la construction ou de la fiction de sujets de droit qui n’ont jamais existé : les hétérosexuels. C’est en posant comme une donnée réelle cette classe illusoire de sujets que la question de l’égalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels a pu se poser. Il s’agit cependant d’une fiction, car ce n’est pas la sexualité des individus qui a jamais fondé le mariage ni la parenté, mais d’abord le sexe, c’est-à-dire la distinction anthropologique des hommes et des femmes. »

 

Tant que les défenseurs de la famille, même non-homosexuels, pointeront l’hétérosexualité comme idéal d’amour ou d’identité à imiter (comme c’est le cas d’un psychanalyste comme Tony Anatrella, par exemple : « L’homosexualité est le résultat d’un complexe psychologique et d’un inachèvement de la sexualité qui ne s’achemine pas vers l’hétérosexualité. » dans l’essai Le Règne de Narcisse (2005), p. 76), on tournera en rond, et les débats s’embourberont sur le terrain de la gémellité conflictuelle des désirs homos et hétéros.

 
 

c) Le couple homosexuel est une union-objet, et un pastiche de l’union réifiante hétérosexuelle :

Comme le répètent à tue-tête les pro-gay (mais ils ne mesurent pas la vérité de leur intuition), le couple hétérosexuel et le couple hétérosexuel sont à mettre exactement sur le même plan (historiquement et symboliquement). Dans le docu-fiction « Elena » (2010) de Nicole Conn, des interviews de couples homos ou présentés comme « hétéros » sont intercalées, pour prouver l’authenticité et la gémellité entre les couples sans différence des sexes et les couples avec.

 

Le couple homo mime le couple hétéro : « C’est le prince charmant qui chausse Cendrillon. » (Bernard se faisant mettre ses chaussettes par Jacques dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « L’homosexualité correspond forcément à un stade ‘avancé’ du désir mimétique mais à ce même stade peut correspondre une hétérosexualité dans laquelle les partenaires des deux sexes jouent, l’un pour l’autre, le rôle de modèle et de rival aussi bien que d’objet. » (René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978), p. 471)

 

L’homosexualité pratiquée n’est qu’une hétérosexualité forcée (pléonasme…). Par exemple, à propos des films d’Alain Robbe-Grillet, Roland Barthes dit que lorsqu’on voit deux femmes dans un rapport sexuel, « ce n’est toujours pas de l’homosexualité mais de l’hétérosexualité redoublée ». (Anne Delabre et Didier Roth-Bettoni, Le Cinéma français et l’homosexualité (2008), p. 195).

 

Documentaire "We Were Here" de David Weissman

Documentaire « We Were Here » de David Weissman


 

Je me répète. « Pas un pour rattraper l’autre… » Le couple homosexuel est formé de deux individualités vivant côte à côte sans dialoguer (exactement comme le couple hétérosexuel), comme on peut le constater clairement au fil du documentaire « Une Vie de couple avec un chien » (1997) de Joël Van Effenterre.

 

CIRE Dean

James Dean


 

Le couple hétérosexuel est en réalité bisexuel. La femme qui collectionne les maris est celle qui s’oriente à la fois vers l’hétérosexualité et vers la bisexualité ; le mari qui maltraite sa femme a de toute manière un problème avec sa sexualité : « Que ce soit un homo honteux ou pas, finalement, peu m’importe… C’est d’abord et avant tout un homme violent qui cherche à humilier autrui, à l’écraser, à l’utiliser comme un objet au service de son plaisir. J’imagine que c’est ainsi qu’il traite son épouse… » (Brahim Naït-Balk parlant d’un de ses violeurs homosexuels refoulés, dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), p. 114)

 

D’ailleurs, il est fréquent que le couple hétérosexuel serve de façade aux couples libertins ou à des unions où l’un (au moins) des deux partenaires est homosexuel pratiquant (régulier ou occasionnel). En Espagne par exemple, la press people (« Revistas del Corazón ») regorge de couples-paravents ou postiches, composés d’une fille à pédé et d’un acteur homo planqué : Alaska et Marco, Rocío Jurado et Ortega Cano, Rafa et Natalia, etc. En France, ce fut le cas de Mila Paréli et Jean Marais.

 

L’hétérosexualité et l’homosexualité se ressemblent davantage dans la nullité et la violence que dans la réussite. Il existe une « égalité sentimentale entre homosexuels et hétérosexuels ». (Actes de la Recherche en sciences sociales, n°113, juin 1996, cité dans l’essai L’Infidélité : La relation homosexuelle en question (2009) de Christophe Aveline, p. 10) ; « On constate une modification chez les couples hétérosexuels qui entraîne une césure entre sexualité et reproduction. Si bien que le couple hétérosexuel nouvelle version se rapproche du couple homosexuel. In fine, les homosexuels se rapprochent du modèle de vie hétérosexuel et les hétérosexuels du couple gay. » (p. 34) ; « Un couple [homosexuel], en fait, peut être mis en parallèle, dans la banalité de son fonctionnement quotidien, avec n’importe quel couple hétérosexuel. » (Didier Roth-Bettoni par rapport au couple Orton/Kenneth, dans l’essai L’Homosexualité au Cinéma (2007), p. 544) ; « C’était la conclusion banale de l’aventure, calquée horriblement sur celles des hétérosexuels… » (Jean-Luc, homosexuel de 27 ans, racontant la succession de ses échecs sentimentaux avec les hommes, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 97)

 

Les couples homos, tout comme les couples hétéros, viennent du monde des objets : « Je ne suis pas curieux des meubles dans lesquels vous vivez. » (Daniel, le héros homosexuel, par rapport au couple Luther/Alice – Luther étant son amant secret – dans le docu-fiction « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta) ; « Le couple pédé chic est une caricature. » (cf. l’article « Le Visionnaire » de Fabienne Pascaud, dans le journal Télérama du 6 avril 2005, p. 68) ; etc.

 

Dans l’exposition « Des Jouets et des Hommes » (2011) au Grand Palais de Paris, les « installations » audiovisuelles de Pierrick Sorin illustrent parfaitement l’ambiguïté homosexuelle des poupées hétéros : on voit deux hommes à l’écran, un en peignoir rose, et l’autre barbu, à côté d’une poupée Barbie et d’une poupée Ken (comme s’ils étaient leurs clones, leurs nouvelles mutations) ; et on entend une voix dire, à propos de l’homme en peignoir : « En fait, c’est ma mère. Elle a toujours une fausse barbe depuis que mon père est parti. »

 

CIRE 14 berceau

 

L’homosexualité et l’hétérosexualité, en tant que concepts essentialistes contemporains de la sexualité, sont le fruit de cette peur idolâtre de l’engagement conjugal femme/homme, de cette quête fiévreuse de la destruction du célibat et de l’unicité de tout être humain, et de la sacralisation schizophrénique du « Couple » (cinématographique, scientifique, objet, violent…). « Tu as fait de moi ce que tu as voulu. Je suis devenu une femme arabe soumise pour toi. […] C’est vrai, je l’avoue, j’ai aimé faire tout cela. Laver tes vêtements sales, te nourrir, m’occuper de ton corps. » (Abdellah Taïa s’adressant à son ex-amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 115) ; « J’ai beaucoup de mal pour aller dans des milieux exclusivement féminins, parce qu’il y a une espèce de brutalité dans laquelle je ne me reconnais pas. […] Ce que je ressens dans ces milieux-là parfois, c’est qu’on reproduit, tu as des femmes qui reproduisent des comportements masculins que j’exècre totalement, dans la manière de draguer principalement, c’est ça. Je trouve que c’est vulgaire, pour moi ça casse l’image de l’amour que j’ai pour les femmes. […] Ce qui me gêne c’est la contradiction, pour moi, entre une revendication de l’amour des femmes et cette vulgarité, qui pour moi n’est qu’une reproduction de ce qui se passe chez les hétéros. » (Catherine, femme lesbienne de 32 ans, interviewée dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, pp. 58-59) ; « Je repérai très rapidement l’existence de cinémas pornos. Les films projetés étaient destinés aux hétérosexuels. En 1984, il n’était pas envisageable qu’un cinéma gay ait pignon sur rue. Mais c’était l’occasion de voir des corps d’hommes nus et excités. L’abstinence maintenue à force de suractivité et de prières depuis le lycée vola en éclats : j’achetai un billet pour une séance. Les toilettes du cinéma étaient couvertes d’inscriptions identiques à celles des carrelettes des toilettes de la gare d’Albertville. Elles servaient de boîte aux lettres, de lieu de rendez-vous et les cabinets permettaient aux couples formés de passer à l’acte. J’y eus ma première véritable expérience sexuelle. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 47) ; « Bruno m’a donné une des bagues, l’autre à Fabien, ‘Vous deux ferez les femmes, et moi et Stéphane on fera les hommes’. » (Eddy Bellegueule mimant avec ses cousins les couples hétéros du porno, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 152) ; etc.

 

C’est la raison pour laquelle les personnes hétérosexuelles (et non les couples femme-homme aimants qui vivent vraiment du mariage) sont largement favorables actuellement pour le « mariage homosexuel » et la « reconnaissance des couples homosexuels ». Les couples hétéros sont les paravents de la violence des couples homos, et inversement.

 

CIRE s'engagent

 

Dans l’essai L’Homosexualité au cinéma (2007), Didier Roth-Bettoni dénonce à juste titre « l’obsession du couple » (p. 368) dans notre société, même s’il omet de dire qu’elle est le dénominateur entre les couples hétérosexuels et les couples homos, et non une caractéristique spécifiquement hétérosexuelle.

 

Même le couple lesbien est à l’origine un fantasme machiste hétérosexuel (qu’on voit dans beaucoup de films pornos hétéros), avant d’avoir été imité et pris au sérieux par des couples de femmes réels.

 
 

HIT PARADE DES SLOGANS NAZES ET 100% HÉTÉROSEXUELS DE LA MANIF POUR TOUS

Et je finis ce code sur les couples hétéros par quelques exemples de slogans de la Manif Pour Tous (hiver 2012-2013), qui loin de rendre hommage à la différence des sexes couronnée par l’Amour et aux couples femme-homme aimants, ont été typiquement hétérosexuels (et donc pro-gay sans le savoir) puisqu’ils ont défendu la différence des sexes en SOI, la filiation en SOI, mais pas l’alliance d’amour entre l’homme et la femme.

 

CIRE SLOGAN HÉTÉRO 2

(Il ne s’agit pas de leur mentir systématiquement, mais de banaliser l’amour entre le père et la mère biologique)

CIRE slogan hétéro 3

(Complémentaires, oui ; égaux, non)

(Ah bon ? Et que fait-on des mauvais pères et des mauvaises mères, ou des couples femme-homme qui se déchirent?)

(Ah bon ? Et que fait-on des mauvais pères et des mauvaises mères, ou des couples femme-homme qui se déchirent?)

(Et alors? Pourquoi ne pas l'ouvrir à d'autres formes de couples?)

(Et alors? Pourquoi ne pas l’ouvrir à d’autres formes de couples?)

(Le pire des pires...)

(Le pire des pires…)

(Ouais. Dites ça aux couples femme-homme stériles, qui ont vécu des fausses couches ou qui ont des enfants par FIV, GPA, PMA et par adoption. Ils seront ravis!)

(Ouais. Dites ça aux couples femme-homme stériles, qui ont vécu des fausses couches ou qui ont des enfants par FIV, GPA, PMA et par adoption. Ils seront ravis!)

(Ça dépend laquelle. Il n'y a pas à glorifier toutes les différences)

(Ça dépend laquelle. Il n’y a pas à glorifier toutes les différences)

(... pour les enfants battus, maltraités et orphelins, peut-être?)

(… pour les enfants battus, maltraités et orphelins, peut-être?)

(Et alors? C'est pas un gage de réussite et d'amour dans une famille...)

(Et alors? C’est pas un gage de réussite et d’amour dans une famille…)


 
 

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Code n°72 – Femme étrangère (sous-code : Princesse orientale)

femme étrangère

Femme étrangère

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Étrangère à son pays et à elle-même

… à l’image de l’éloignement homosexuel de la différence des sexes et de soi-même

 

 

Très prégnant. Et pourtant, difficile d’en faire une généralité. Mais oui, force est de constater que la grande majorité des personnes homosexuelles aiment les femmes étrangères. Non pas tant les étrangères réelles que les étrangères cinématographiques. Non pas tant des femmes que des hommes hyper-féminisés et hyper-masculinisés. Non pas tant les étrangères qui parlent une langue autre que la nôtre que celles qui emploient notre propre langue avec un fort accent qui frise la sophistication glamour, un brin de prononciation curieuse entretenant le mystère de son origine et incarnant la classe internationale, une exagération qui paraît si involontaire qu’elle se naturaliserait presque.

 

 

Voilà : la femme étrangère (cinématographique), c’est en quelque sorte la victoire apparente de la séduction queer (littéralement, queer signifie « étrange », « bizarre »), c’est l’alibi vivant parfait de la superficialité, c’est la magicienne qui arrive (si on l’imite bien) à faire passer pour vraie et crédible la transgression de la différence des espaces/des sexes. Sa comédie identitaire a tout de l’exotisme excusable, charmant, délicieux, accidentel, du non-choix. Exactement comme l’homosexualité, a priori.

 

 

Après, quand on voit concrètement l’opportunisme de cette fausse ingénue (En effet : qui croit encore à l’accent franglais de Jane Birkin ? à l’honnêteté de Céline Dion ? à la virginité d’Anggun ou de Paris Hilton ? à l’innocence de Björk, franchement ?), sa réputation de « suceuse » professionnelle, son passé de collabo (espionne allemande ou strip-teaseuse russe du Crazy Horse ?), sa carrière de prostituée et de femme violée consentante, il est difficile que la communauté homosexuelle assume complètement cette femme venue d’ailleurs et repartant on ne sait vers quel destin tragique et suicidaire.

 

Colette dans Rêve d'Égypte

Colette dans Rêve d’Égypte


 

L’exotisme folklorique de l’Étrangère suinte. Car l’étranger vit toujours sous l’épée de Damoclès de l’éphémère. L’Étrangère court toujours le risque que son étrangeté soit connue et de moins en moins étrange. D’ailleurs, dans les faits, elle est souvent la risée de tous et les gens finissent par parodier et par se lasser de son accent. L’Étrangère, qui dans un premier temps ravissait, charmait, minaudait, conquérait, montre la vanité des apparences et de l’anticonformisme de principe, rappelle à ses dépens la vacuité du désir homosexuel, vient révéler la violence de la pratique homosexuelle (et de la pratique libertine tout court). C’est ce qui explique que ses fans homosexuels l’idolâtrent autant qu’ils la détruisent. Ce sont les femmes réelles, nettement moins exotiques et médiatiques qu’elle, qui paient en général la note de la déception homosexuelle pour l’Étrangère médiatique…

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Bourgeoise », « Bergère », « Planeur », « Actrice-Traîtresse », « Reine », « Carmen », « Vierge », « Voyage », « Destruction des femmes », « Putain béatifiée », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Homosexualité noire et glorieuse », « Substitut d’identité », « Amour ambigu de l’étranger », « Amant diabolique », « Méchant pauvre », « Liaisons dangereuses », « Prostitution », « Femme fellinienne géante et pantin », et à la partie « Joséphine Baker » du code « Noir », dans le Dictionnaire des codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) L’exotisme attrayant de l’Étrangère (cinématographique) :

Film "Kaboom" de Gregg Araki

Film « Kaboom » de Gregg Araki


 

Régulièrement dans les fictions homo-érotiques, la femme étrangère apparaît et séduit le personnage homosexuel : cf. le film « Robe d’été » (1996) de François Ozon (avec la femme espagnole), le film « La Comtesse aux pieds nus » (1954) de Joseph Mankiewicz, le spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008) de Michel Hermon, le téléfilm « L’Homme que j’aime » (2001) de Stéphane Giusti, la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi (avec Regina Morti, la cantatrice italienne), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec la Reine des Rats, une sorcière provenant de l’Hémisphère Sud), la chanson « A Bailar Calypso » d’Elly Medeiros, le vidéo-clip de la chanson « Who Is It ? » de Michael Jackson, le vidéo-clip de la chanson « Too Funky » de George Michael, la chanson « Candle In The Wind » d’Elton John, le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh (avec Jane, l’héroïne lesbienne, la femme écossaise perdue en Allemagne), la nouvelle La Nuit est tombée sur mon pays (2015) de Vincent Cheikh, etc. Par exemple, dans le film « Social Butterfly » (2012) de Lauren Wolkstein, une Américaine de 30 ans fait irruption dans une soirée d’adolescents sur la Côte d’Azur : la plupart des invités se demandent qui elle est, et ce qu’elle fait là. Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, est attiré par Paqui, la femme mûre espagnole, beaucoup plus âgée que lui ; elle lui apprend à danser les sevillanas, mais comme une femme. Plus tard, il se fait déflorer l’anus par Ingeborg, une assistance sexy norvégienne en Thalasso. Dans le roman The Age Of Innocence (1920) d’Édith Wharton, le personnage homosexuel adore « les femmes cosmopolites et étranges » (cf. le chapitre 20). Dans le roman Off-Side (1968) de Gonzalo Torrente Ballester, Domínguez se déguise en princesse russe. Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Ana, la belle Suédoise, séduit avec succès Jérémie, le héros homosexuel. Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, André, un des personnages homo, se lâche sur la chanson « Salma Ya Salama » de Dadida et fait un strip-tease dans la boîte gay Chez Eva.

 

« J’avais pour patronne une Hongroise […] une dame sans âge. » (Pretorius, le vampire homosexuel au service de la bourgeoise Élisabeth de Bataurie, dans la pièce Confessions d’un Vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « J’adore les Russes. Enfin, surtout les femmes russes. Je suis une femme russe. » (Anne Cadilhac lors de son concert Tirez sur la pianiste, 2011) ; « L’amie de ma tante a le teint pâle et les cheveux d’une rousseur typique. Son accent lui donne un charme indéfinissable. Quoiqu’elle soit assez maigre, fluette presque, je suis rapidement séduite. » (Alexandra, la narratrice lesbienne en séjour à Londres, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 17) ; « Celle qui parlait était une grande fille très brune avec un magnifique port de tête d’Espagnole. Malgré mon jeune âge et le peu de conscience des désirs qui m’agitaient, je me rendis bien compte qu’elle me plaisait beaucoup. » (idem, p. 224) ; « Je les regardais s’engouffrer tous dans l’escalier qui menait au balcon, lorsque je reconnus Perrette Hallery de dos… accompagné d’une magnifique femme en manteau de poil de singe, rousse à mourir sous son chapeau à voilette, la peau laiteuse et la démarche assurée. Le cliché de la belle Irlandaise, Maureen O’Hara descendue de l’écran pour insuffler un peu de splendeur à l’ennuyeuse vie nocturne de Montréal, la Beauté visitant les Affreux. […] La fourrure de singe épousait chacun de ses mouvements et lui donnait un côté ‘flapper’ qui attirait bien des regards admiratifs. Les hommes ne regrettaient plus d’être là, tout à coup. » (le narrateur homo parlant de la distinguée Maureen O’Hara, qu’il voit à l’opéra de Montréal, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 44) ; etc.

 

Dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), Charlène Duval, le travesti M to F, avoue être attiré par les « chansons de femmes exotiques ». Il chante la beauté troublante de celles qu’il appelle « les Brésiliennes », et qui ne viennent pas tant du Brésil que de son imaginaire cinématographique déterritorialisé. Les Brésiliennes en question ne sont pas véritablement des femmes : ce sont des travelos ou des transsexuels asexués, des extraterrestres incarnant la féminité dangereuse et machiste : « Prenez bien garde aux Brésiliennes… […] Les Brésiliennes ont des yeux incandescents. »

 

 

La princesse orientale Schéhérazade (le « piège à hommes » par définition) est un fantasme fortement homosexuel : cf. le roman La Noche Más Alegre de Scherezada. Escenas De Libertinaje Oriental (1915) d’Álvaro Retana, le poème « Abuela Oriental » de Witold Gombrowicz, le film « Les Mille et une Nuits » (1974) de Pier Paolo Pasolini, la chanson « Envole-moi vers les étoiles » de la comédie musicale Cindy (2005) de Luc Plamondon (avec Cindy déguisée en princesse orientale), le film « Taxi Zum Klo » (1980) de Frank Ripploh, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, le film « Brutti Di Notte » (1968) de Giovanni Grimaldi, le film « Pink Narcissus » (1971) de James Bidgood, le spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde (2008) de Philippe Robin-Volclair, la chanson « À demi nue » d’Oshen, le one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011) du travesti M to F Charlène Duval (qui se déguise en danseuse du ventre à un moment), la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi (avec deux des personnages homosexuels, Ahmed et Jean, qui portent une djellaba), les pièces L’Alligator et Thé (1966) de Copi et Jérôme Savary (déguisés en robe arabe), le vidéo-clip de la chanson « Todos Me Miran » de Gloria Trevi, le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz (avec la danseuse du ventre orientale), etc. « Je suis Sultana, la moitié de votre père. » (Sultana, la nouvelle copine du père de Chris, le héros homosexuel, dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) Par exemple, dans la pièce Agatha Christie’s Lesson In Crime (2011) de Ken Starcevic, l’Indien effectue une danse très efféminée et ambiguë. Dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, Mona, l’héroïne lesbienne, s’entraîne à danser la danse orientale devant une danseuse du ventre, Samia Kamaal (la plus grande danseuse d’Égypte), diffusée à la télé. Dans l’épisode 364 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 26 décembre 2018, Chloé Delcourt se rappelle les soirées extravagantes que son père homo, André, organisait : « Il m’avait organisé une soirée : c’était les 1001 nuits. »

 

Film "“Taxi zum Klo” de Frank Ripploh

Film « “Taxi zum Klo” de Frank Ripploh


 

Le héros homosexuel, en se mettant dans la peau de la femme étrangère, cherche à attirer le regard des autres sur son originalité, tout en exprimant paradoxalement par son exhibitionnisme étrange son malaise d’être dévisagé de la tête aux pieds, de passer pour une bête curieuse et vulgaire (surtout s’il est travesti).

 

 

Quelquefois, la femme étrangère est en réalité une projection sentimentale/esthétique/asexuée du héros homosexuel sur son amant : cf. le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie (avec Monica, la lesbienne italienne), le film « Unveiled » (2007) d’Angelina Maccarone, le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent, etc. « Chez Adrien [le héros homosexuel], chose étrange, la figure de la mère perdue aurait pris les traits de l’être métissé, les traits de l’homme à la peau noire : ceux de Malcolm. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 40)

 
 

b) L’Étrangère devient étrange et vénéneuse :

Petit à petit, l’irréalité et l’étrangeté, qui semblaient toutes-puissantes laissent place à la désillusion. L’Étrangère cristallise le mal-être existentiel du héros, qui, en marginal bobo ou drama queen, se sent littéralement étranger à sa propre vie. « Hier encore j’avais le cœur étranger à mon décor. » (cf. la chanson « Opaline » de Nourith) ; « Un taxi jaune éventre la nuit et l’étrangère en surgit. Le mascara coule de ses yeux gris et se mélange à la pluie. Dans les rues on sent l’énergie bouleversante odeur de vie. Le taxi la dépose au Chelsea où elle venait avec lui. À la radio ‘Call Me’ de Blondie. Contagieuse mélodie. Ronger sa mélancolie. » (cf. la chanson « L’Étrangère » d’Étienne Daho) ; « Yo quiero morir. » (Max, le héros homosexuel, s’improvisant sosie de Shakira, dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; « On est des étrangers partout. » (Maria par rapport à sa terre natale d’Albanie et son arrivée en Grèce, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras) ; etc.

 

Le sentiment d’être une étrangère n’est pas plaisant du tout : c’est celui de ne pas se sentir aimé ni intégré là où on vit et où on croit aimer. « Oh oui, vraiment, on me fait souvent sentir que je suis une étrangère. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 184) ; « Je trouve une jeune personne sortie des Mille et Une Nuits à qui j’offre ma fortune : aussitôt elle m’abandonne ! » (Pédé parlant d’Ahmed, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; etc.

 

L’Étrangère est tellement distante et inaccessible que son fan homosexuel finit par la détester et par l’adorer dans un même mouvement. Par exemple, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, la vénéneuse Russe Varia Andreïvskaïa, présentée comme « une espionne russe digne d’un vieux James Bond » (p. 66), est l’incarnation du danger sexuel étranger : « J’étais frappé par un fort accent dans sa prononciation. En détaillant sa physionomie, je me suis dit qu’elle devait être russe. Au moment où j’ai fait cette découverte romanesque, j’ai compris que je venais d’avoir ce qu’on appelle un coup de foudre. » (Jason, le héros homosexuel, op. cit., p. 56) ; « Je lui trouvais une froideur de vamp rétro. Quelque chose d’Eva Marie Saint dans ‘La Mort aux trousses’, l’exotisme slave en plus. » (idem, p. 53-54) ; « Quand elle écrivait, elle devait appuyer très fort sur son stylo, car son ongle devenait blanc à l’extrémité, et rosissait à la base, sous l’afflux du sang. Ce détail me prouvait qu’elle n’était pas de marbre. Comme pour me confirmer cette découverte, en réalité sans doute parce que j’avais passé les bornes en la détaillant de manière assez insistante, elle est sortie de son immobilité de statue, a tourné la tête et m’a lancé un regard excédé. » (idem, p. 54) ; « De toute évidence, je n’existais pas à ses yeux. » (idem, p. 54) Dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Atos Pezzini, el Divo, se fait insulter par une de ses actrices espagnoles de sa troupe après leur spectacle interlope : « Vieille pédale ! Va te faire enculer ! ». Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, se fait refouler par une danseuse de sevillanas espagnole pendant un festival andalou.

 

Le héros sent une attraction paradoxale pour cette femme interdite et scandaleuse sans qu’il comprenne pourquoi : « Ma mère, avant de partir, m’avait mis en garde contre les femmes étrangères : ‘Elles pourraient t’utiliser pour jeter des sorts à d’autres femmes. Éloigne-toi, toujours, toujours, des femmes étrangères.’ » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 45) ; « C’est la reine des rumeurs et des ouï-dire. Simone a la réputation d’être une fille volage et le fait qu’elle ait frayé autrefois avec un Boche n’arrange rien. C’est le genre de femmes que les gens bien-pensants haïssent. » (Thibaut de Saint-Pol, À mon cœur défendant (2010), p. 175)

 

L’attraction pour la femme étrangère, c’est aussi fatalement l’attraction vers l’inceste (elle est étrangère à notre génération), vers la prostitution (elle est étrangère à notre classe sociale), vers le viol et la guerre (elle est étrange dans ses pratiques sexuelles, et étrangère à notre pays) : cf. le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon (avec Pierrette la femme intrus par qui le scandale arrive), le poème « Canción De Amor A Los Nazis En Baviera » de Néstor Perlongher (avec la figure de Marlene Dietrich), le film « La Chatte à deux têtes » (2002) de Jacques Nolot (avec la guichetière), le roman Tanguy (1957) de Michel del Castillo (avec Rachel la Juive d’Europe Centrale), la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman (avec Leni Riefenstahl), le film « Comme les autres » (2008) de Vincent Garenq (avec Fina, la mère-porteuse), le film « Gigola » (2009) de Laure Charpentier, etc.

 

Par exemple, dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, veut transformer sa mère en étrangère pour mieux se l’approprier et vivre l’inceste avec elle : « Maman, j’adore quand tu parles espagnol. T’es encore plus belle que les secrétaires de papa. »

 

L’Étrangère est aussi cet(-te) amant(-e) manipulateur, intrusif, bisexuel, montrant son véritable visage diabolique, et refusant d’aimer le héros homosexuel : « Je n’appartiens à aucun endroit… vous oubliez que je suis l’étrangère. » (Angela Crossby, la femme bisexuelle s’adressant à son amante lesbienne Stephen, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 189) Ce partenaire sexuel peu fiable (cf. je vous renvoie aux codes « Méchant pauvre », « Liaisons dangereuses » et « Prostitution » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) rentre dans la peau de la femme « étrangère à elle-même », un peu folle, extravagante, superficielle, diabolique, étrange, dont l’ambiguïté inquiète. « Sans logique, je me quitte, aussi bien satanique qu’angélique. » (cf. la chanson « Sans logique » de Mylène Farmer) ; « Tu as toujours cet air étrange… » (cf. la chanson « Cet air étrange » d’Étienne Daho) ; etc.

 

Plus profondément, le fait que la quasi totalité des personnages homosexuels prennent les femmes pour l’Étrangère, même si ça a l’air fun de prime abord et à la gloire de l’esthétisme de la femme-objet, est le signe de leur incroyable et inconsciente misogynie. La femme réelle est mise à distance, reléguée à l’état de femme étrangère qu’on ne veut plus approcher, et qui ne viendra pas conquérir « notre espace corporel vital »…

 

Et plus profondément, l’attraction des héros homosexuels pour ce qui est étranger, ou leur souhait de changer carrément de nationalité, au-delà de l’humour et de la provocation légère, traduisent un racisme inversé, esthétisé… mais un racisme homophobe (dans le sens strict du terme « homophobie ») quand même. On peut le voir par exemple dans l’usage homosexualisant d’une féminisation xénophobe dépréciative : « J’lui trouve l’air tapette. Il paraît que tous ces messieurs en Georgie sont du genre folles tordues. » (Grady parlant de Bennett, dans le film « Fried Green Tomatoes », « Beignets de tomates vertes » (1991) de John Avnet)

 
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) L’exotisme attrayant de l’Étrangère (cinématographique) :


 

 

Un nombre non-négligeable de personnes homosexuelles aiment les femmes excentriques au physique atypique (Juliette, Anne Roumanov, Marianne James, Rosi de Palma, Alice Sapritch, Adriana Karembeu, Dolores O’Riordan, etc.), les femmes étrangères (Sade, Joséphine Baker, Marlene Dietrich, Greta Garbo, Anggun, Carole Fredericks, The Corrs, Maria Callas, etc.), les femmes un peu extra-terrestres (Cher, Björk, Mylène Farmer, Zazie, Jane Fonda, Lindsay Wagner, Jodie Foster, Brigitte Fontaine, Nabilla, Afida Turner, Arielle Dombasle, etc.), les femmes dont on ne comprend pas bien les paroles des chansons tellement elles cultivent leur accent étranger (Madonna, Jackie Kennedy, Jane Birkin, Carla Bruni, Axelle Red, Marilyn Monroe, Ingrid, Vanessa Paradis, etc.). Par exemple, le chanteur gay britannique Jimmy Somerville affectionne chez la chanteuse Donna Summer son côté « exotique » (cf. le documentaire « Sex’n’Pop, Part IV » (2004) de Christian Bettges). Frédéric Mitterrand s’est entouré de femmes étrangères durant toute sa vie : « Talitha, dont le prénom exotique me plaisait énormément. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 283) Le chanteur homosexuel Étienne Daho a fait appel, pour ses compositions, à des chanteuses venues d’ailleurs (Astrud Gilberto, Marianne Faithfull, Jeanne Moreau, etc.) qui incarnent tout à fait l’esthétisme queer & camp de l’Étrangère dont j’ai parlé en première partie de ce code. Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert est filmée l’attraction de Yves Saint-Laurent pour les femmes algériennes : « Magnifiques, ces bijoux. Le toc, j’adore. » s’exclamera-t-il face à Loulou.

 

L’Étrangère, c’est apparemment la classe au féminin, en lettres majuscules.

 

 

Cette femme – réelle mais surtout médiatisée – est souvent la mascotte de la communauté LGBT : « Les femmes étrangères me fascinent. » (James Dean dans la biographie James Dean (1995) de Ronald Martinetti, p. 209) ; « Quelle femme singulière ! Ce mélange inextricable de véritable folie créatrice et de coquetterie… » (Klaus Mann en parlant d’Else Lasker-Schüler, dans Journal (1945), p. 33) ; etc.

 

 


 

Par exemple, on peut penser au nom La Barbare choisie par une association lesbienne française (association qui dura de 1999 à 2007). Ou bien à la présence de l’actrice Joséphine Baker, qui fut la marraine et l’ambassadrice de nombreuses soirées interlopes des Nuits parisiennes. Autre exemple marquant : Dalida, la femme égyptienne exilée, à l’accent étranger à couper au couteau, avait toutes les cartes en main pour plaire aux personnes homosexuelles françaises : classe + beauté + voix unique + malheur. Elle était l’Originalité indétrônable !

 

 

Souvent, Mylène Farmer, la plus grande icône gay en France, aime se mettre dans la peau de femmes étrangères : cf. les vidéo-clips des chansons « California » et « L’Âme-stram-gram », le film « Giorgino » (1994) de Laurent Boutonnat, la chanson « Dans les rues de Londres » (avec Virginia), etc. C’est la même chose chez Madonna : cf. le film « Evita » (1996) d’Alan Parker, le vidéo-clip de la chanson « Nothing Really Matters », le vidéo-clip de la chanson « Don’t Tell Me », etc.

 

L’étrangère n’est pas tant une personne réelle qu’une attitude, une manière de parler et de prononcer bizarrement les choses, une façon de bouger/de danser : cf. la chanson « Je ne veux pas travailler » de Pink Martini, le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont (avec l’imitation de Cristina Cardoula, la relookeuse de la chaîne M6), les chansons de Carole Fredericks, etc. Par exemple, un soir où je me trouvais dans une boîte gay au Liban – le Bardo – (c’était en avril 2013), sur les écrans géants défilaient en boucle des images d’un cours de sevillanas andalouses pour accompagner nos danses modernes.

 

 

Il est fascinant de voir comme le chanteur homosexuel Mika est envoûté par les femmes étrangères, qu’elles soient orientales ou occidentales.

 

Mika face à Aline Lahoud

Mika face à Aline Lahoud


 

Dans l’émission de télé-crochet The Voice 3, en tant que coach, il répète sans cesse la même phrase pour expliquer pourquoi il a craqué pour l’une ou l’autre des artistes qu’il a intégrée à son équipe : « Tu étais si étrange… » Par exemple, le 25 janvier 2014, il flashe sur la chanteuse libanaise Aline Lahoud et dit sa passion pour la diva libanaise Fairuz et d’autres chanteuses « qui conduisent leur orchestre d’un index levé », à la baguette. Le 8 février cette fois, il jette son dévolu sur la chanteuse métisse Mélissa Bon, toujours avec la même obsession pour le queer féminin : « Tu es étrange. Tu es Sadéenne. » (en référence à la chanteuse soul-jazz Sade)

 

Pour ma part, j’ai, depuis ma plus tendre enfance, été touché esthétiquement par les femmes étrangères. Aux mariages, je me rapprochais des femmes étrangères, qui jouaient un personnage qui les isolait (et moi, je m’isolais par la même occasion ! je me sentais isolé) en même temps qu’il les mettait en valeur. J’aimais beaucoup regarder le concours Eurovision de la chanson, pour y voir des chanteuses étrangères. Encore aujourd’hui, les actrices/chanteuses étrangères avec un léger accent, voire un énorme accent (Axelle Red, Tina Arena, Ingrid, Ace of Base, Céline Dion, Cristina Rus, Cristina Marocco, Nourith Siboni, Anggun, Noa, Madonna, Amina, Ofra Haza, Radia, etc.) charment ma fantaisie.

 

 


 


 


 

 

C’est assez flagrant. La princesse orientale est source de fantasme dans la communauté homosexuelle. Je pense à la période Bollywood de la chanteuse Zazie ou de Madonna. Pierre Loti, quant à lui, aimait à se travestir vraiment en princesse orientale.

 

Film "Pink Narcissus" de James Bidgood

Film « Pink Narcissus » de James Bidgood


 

Actuellement, dans les pays indiens ou orientaux, les chanteuses-danseuses des vidéo-clips façon Bollywood (en général, ce sont des top models super bien gaulées, qui se contentent de faire du play-back mais qui ne sont pas toutes chanteuses) sont des icônes gays. Certains de mes amis homos vivant là-bas ou originaires de là-bas en sont méga fans ! Côté DOM-TOM, beaucoup d’hommes gays se reportent sur le zouk ! Et moi aussi ^^…

 

Par exemple, dans la pièce Le Frigo de Copi mis en scène par Gilles Pastor en 2004, le comédien algérien « Kiki » fait une danse du ventre en costume de femme orientale. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, un homme homosexuel est filmé déguisé en danseuse orientale voilée, sur un char de Gay Pride à Paris. Rodolf/Dora Richter – premier homme trans M to F – se déguisait en danseuse orientale.

 

Sofia Essaïdi et Kamel Ouali

Sofia Essaïdi et Kamel Ouali


 


 

L’Étrangère n’est pas une femme réelle : c’est une actrice qui joue l’étrangère, et que les personnes homosexuelles peuvent devenir en l’imitant : « Tu n’étais pas contente de me voir pleurer, mais j’éprouvais une tendresse particulière pour la Princesse indienne de Patagonie. Le jour où on l’a fait prisonnière et où la sorcière de la tribu ennemie lui a arraché ses boucles d’oreilles, j’ai trouvé le monde injuste. J’aurais voulu pouvoir voler jusqu’à la Terre de Feu et la reprendre aux mains d’êtres aussi sauvages. Je sais : c’était un feuilleton radiophonique. Mais il me donnait un avant-goût des atrocités à venir. » (Alfredo Arias s’adressant à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), pp. 157-158) ; « Les deux copines [Jacques et Luisito] prirent le chemin du retour, en récitant alternativement les noms d’actrices françaises et argentines. ‘Ginette Leclerc, Mona Maris, Martine Carol, Olga Zubarry, Arletty, Tita Merello, Leslie Caron, Elsa Daniel, Elvire Popesco…’ ; Ah non, celle-là n’est pas française’, protesta Luisito avec force. ‘Oui, elle est polaque ou roumaine’, dit Jacques. ‘Ou juive, comme toi. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 227-228) Par exemple, le dramaturge argentin Copi, à propos de sa toute première pièce Un Ange pour Madame Lisca (1962), dira que sa « Madame Lisca » est partie de « l’idée d’une femme d’Europe centrale, et d’une odalisque » (cf. l’article « Copi : Le Théâtre exaltant » de Michel Cressole, 1983)… mais il ne s’agit pas d’une femme connue, de chair et de sang.

 

 

b) L’Étrangère devient étrange et vénéneuse :

Petit à petit, d’étrange, la femme étrangère adulée par la communauté LGBT passe à dangereuse et à éloignée. Son irréalité (n’oublions pas que cette créature est avant tout cinématographique, comportementale) et son petit jeu trop visibles laissent place à la déception. L’Étrangère cristallise le mal-être existentiel des personnes homosexuelles, qui, en marginales bobos ou drama queen, se sentent littéralement étrangères à leur propre vie.

 

Le sentiment d’être une étrangère n’est pas plaisant du tout : c’est celui de ne pas se sentir aimé ni à sa place dans son corps/dans son milieu de vie. « Difficile d’imaginer ce brusque sentiment d’être étranger dans son propre pays ! » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 62)

 

L’étrangère est la jumelle narcissique de mort dans laquelle certaines personnes homosexuelles en dépression s’admirent avec émotion : « Ce jour-là, je courais vers une image, une femme. L’actrice égyptienne. Une grande star. Une grande dame. Souad Hosni. Elle passait à la télévision dans un feuilleton que j’adorais. Houa et Hiya : Elle et Lui. Je courais vers elle pour l’embrasser. Être pendant une heure avec elle, amoureux en pleurs, danseur libre, comédien de ma propre vie. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 32) ; « Je n’ai jamais oublié Souad Hosni. Je n’avais pas oublié son feuilleton Houa et Hiya qui me faisait courir dans mon adolescence, à la sortie du collège. J’avais depuis rattrapé mon retard en regardant presque tous les films qu’elle avait tournés. Je l’avais suivie de près, de très près, avec attention et une certaine admiration. Et puis, au début des années 90, après l’échec retentissant de son film ‘Troisième Classe’, elle avait disparu. Pendant deux ou trois ans, on ne savait pas où elle était. Elle se cachait en fait à Londres où elle soignait un mal de dos et une dépression chroniques. On la disait sans le sou, ruinée. L’État égyptien, qui payait pour son hospitalisation, avait fini par la lâcher, l’abandonner. En juin 2001, elle s’était suicidée en se jetant du balcon de l’appartement où elle résidait à Londres. […] Il m’a fallu beaucoup de temps pour trouver sa tombe. Face à elle, j’ai prié machinalement. J’ai lu des versets du Coran. J’ai dit des mots de ma mère. […] Je ne sais pas pourquoi je suis allé sur sa tombe. Mais je sais que dans les allées de cet immense et magnifique cimetière en ruine, je me suis vu dans ma fin, en train de partir définitivement. J’ai vu encore une fois le monde arabe autour de moi qui n’en finissait pas de tomber. Et là, j’ai eu envie de pleurer. De crier de toute mon âme. De me jeter moi aussi d’un balcon. » (idem, p. 91)

 

C’est aussi la femme « étrangère à elle-même » qui intéresse l’individu homosexuel, une femme un peu folle, extravagante, superficielle, diabolique, étrange, prisonnière de ses pulsions et de sa sincérité, une capricieuse dont l’ambiguïté inquiète : « Lattéfa était possédée mais je n’ai jamais su comment cela avait commencé pour elle. Pour quelle faute ? Quel crime ? Quel but ? Et jusqu’à quand allait-elle être étrangère à elle-même, juste à côté de la folie ? J’étais Lattéfa. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 86-87)

 

La femme étrangère cinématographique évoque le charme suranné de l’alliance entre timidité et audace, entre violence et charme ravageur. Elle est icône du viol consenti.

 

 

Plus profondément, le fait que la quasi totalité des personnes homosexuelles prennent les femmes pour l’Étrangère, même si ça a l’air fun de prime abord et à la gloire de l’esthétisme de la femme-objet, est le signe de leur incroyable et inconsciente misogynie. La femme réelle est mise à distance, reléguée à l’état de femme étrangère qu’on ne veut plus approcher, et qui ne viendra pas conquérir « notre espace corporel vital »…

 

Et plus profondément, l’attraction des personnes homosexuelles pour ce qui est étranger, ou leur souhait de changer carrément de nationalité, au-delà de l’humour et de la provocation légère (par exemple, Érik Satie se disait « anti-Français »), traduisent un racisme inversé, esthétisé… mais un racisme homophobe (dans le sens strict du terme « homophobie ») quand même.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°73 – Femme fellinienne géante et Pantin (sous-code : Cruelle marionnettiste)

femme fellini

Femme fellinienne géante et pantin

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Si tu es grande, blonde et à forte poitrine, tu m’intéresses aussi

 

Par leur façon de parler du couple « hétéro », nous comprenons tout de suite que beaucoup de personnes homosexuelles confondent la famille composée de la femme et de l’homme réels, avec la famille décrite par les prospectus publicitaires ou cinématographiques : un couple fusionnel et vivant la domination de l’homme sur la femme ou de la femme sur l’homme. L’attachement des personnes homosexuelles au mythe du prince charmant et de la princesse blonde, qu’elles attribuent bizarrement à tout individu qui s’accouple avec une personne du sexe « opposé », leur apparaît évidemment intolérable puisqu’elles le choisissent comme modèle de référence ou anti-modèle, et qu’elles ont pour la plupart du temps contribué à le rendre iconographiquement réel, par leur création d’une image violente du couple femme-homme. Car qui transforme la femme et l’homme en statues de cire à la fois stoïques et en conflit, sinon une majorité d’entre elles ? (cf. je vous renvoie au code « Femme et homme en statues de cire » dans mon Dictionnaire des Codes homos). Elles prouvent souvent à l’image qu’elles confondent le couple réel avec leurs effigies parce qu’elles le regardent précisément comme un objet destructeur, tout-puissant, et enviable. Le motif de la femme fellinienne géante et du pantin masculin, de la blonde vénéneuse qui manipule le mâle avec un rire sardonique, ou bien de l’amant amoureux de sa figurine qui se refuse sans arrêt à lui, reviennent fréquemment dans les œuvres homosexuelles.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles mettent fréquemment en scène l’impossibilité de l’union femme/homme, souvent par le traitement tragi-comique, à travers une scène de répudiation entre une femme hautaine et un homme désespéré l’implorant à genou, ou bien des disputes cataclysmiques jouées par des stéréotypes agressifs de chacun des deux sexes. C’est tout simple : la plupart d’entre elles ont tellement peur de la femme qu’elles adorent et qu’elles ont mise sur le piédestal de la vierge maternelle toute-puissante, qu’elles imaginent qu’elle les manipule, qu’elle va les engloutir, que la Madone va les percer de ses obus (= seins).

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Femme-Araignée », « Femme allongée », « Talons aiguilles », « Bergère », « Actrice-Traîtresse », « Femme et homme en statues de cire », « Destruction des femmes », « Parricide la bonne soupe », « Frankenstein », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Amant modèle photographique », « Poupées », « Sirène », « Regard féminin », « Pygmalion », « Putain béatifiée », et « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », dans le Dictionnaire des codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) La Géante :

Pièce Les Insatiables d'Hanokh Levin

Pièce Les Insatiables d’Hanokh Levin


 

Dans les fictions homo-érotiques, on retrouve souvent une femme géante, à la poitrine généreuse et dangereuse : cf. le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le film « A Streetcar Named Desire » (« Un Tramway nommé Désir », 1950) d’Élia Kazan, la comédie musicale Fame (2008) de David de Silva, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, le film « Carne Trémula » (« En chair et en os », 1997) de Pedro Almodóvar, le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte (avec Jenny, le plantureux transsexuel M to F), le film « Ma mère préfère les femmes (surtout les jeunes…) » (2001) d’Inés Paris et Daniela Fejerman, le roman Man And Superman (1903) de Bernard Shaw, la chanson « Poupée psychédélique » de Thierry Hazard, le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie (avec la référence à « une grande dame »), le film « Brüno » (2009) de Larry Charles, le film « The Dead Man 2 : Return Of The Dead Man » (1994) d’Aryan Kaganof, la chanson « Monsieur Sainte Nitouche » de French Cancan, la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat (avec le personnage lesbien de Catherine), la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier (avec Adèle, la femme féministe en rouge, à la poitrine imposante, et défendant la « montée » du pouvoir des femmes), le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems (avec la femme et ses « hautes bottes »), la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling, avec Merteuil perchée sur sa chaise géante), etc.

 

Cette femme est un être sur-féminisé et sur-masculinisé, à peine sexué (elle peut être transsexuelle), et qui a tout de la vamp phallique et castratrice, avec des jambes interminables et des obus à la place des seins. Par exemple, dans le one-(wo)man-show Le Jardin des Dindes (2008) de Jean-Philippe Set, Vaginette, le travesti M to F, dit qu’il a « des seins comme des obus ». Dans le film « Alice In Wonderland » (« Alice au Pays des Merveilles », 2010) de Tim Burton, Stayne, le valet, aime la « grandeur » d’Alice. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, se déguise en Madonna, avec le corset pointu qui met en valeur sa poitrine imaginaire. Et quand elle conseille à sa nièce Claire de faire le tapin et d’appâter le client, comme elle, elle lui dit : « Tu lui fais de l’œil avec les jambes. » Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, il est question d’une prostituée russe géante, Katouchka, qui est surnommée par Yoann l’amant de Julien « Catouchatte », par jalousie. Celle-ci aurait couché avec Julien, et fait des défilés pour Karl Lagerfeld, à poil, « avec un diamant à la place de la chatte ». Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Géraldine, la femme de Nicolas le héros homosexuel, est contrainte d’assister au mariage d’inconnus, Laurence et Martin, qu’elle cherche à détruire de son regard critique assassin : « On ne peut pas se concentrer avec deux obus pareils ! Une pute ! Avec des seins énormes ! » Dans le roman Harlem Quartet de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Amy Miller a des « jambes interminables », une poitrine opulente, et des talons aiguilles. Dans le téléfilm Under the Christmas Tree (Noël, toi et moi, 2021) de Lisa Rose Snow, Alma, l’héroïne lesbienne, dit sa fascination pour l’actrice aux longues jambes Vera Ellen, qui aurait réveillé chez elle son attraction lesbienne.
 

« Il est aussi grand que Wonder Woman… avec des talons. » (la bande de prostitués masculins homos face à la cantatrice trans M to F, Louvre, une grande blonde siliconée en concert, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Comme dans un film américain, elle a croisé les jambes si haut. » (Jean-Paul, le héros homosexuel par rapport à Catherine, dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor) ; « Truddy n’avait plus de force dans aucun muscle, le bourreau la soutenait par les cheveux comme un pantin malgré ses quatre-vingts kilos. » (Copi, « Les Potins de la femme assise » (1978), p. 40) ; « D’habitude les seins gros me font un effet puissant. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 222) ; « Pas la pointe des seins ! Je suis frigide ! » (« L. », le héros travesti M to F s’adressant au Rat dans la pièce Le Frigo (1973) de Copi) ; « Ah ! Comme il aimait être bien au chaud dans ses gros bras et contre ses seins énormes et mous, plus que son oreiller. » (Patrick à propos de sa mère adoptive lesbienne Ginette, la compagne de Lucie, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 27) ; « Le doute vous habite… Vous vous attendiez à Demis Roussos dans le rôle de Dieu ? Et vous vous retrouvez avec Anna Nicole Smith, Lolo Ferrari, la Cicciolina… De toute façon, je vais décevoir toutes vos attentes. » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’aime surtout les talons hauts. » (Laurent Spielvogel imitant sa maman dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « T’étais beau quand t’étais bébé. T’étais beau, t’avais l’air d’une petite fille. J’m’amusais bien avec toi : t’avais l’air d’une poupée. T’étais mignonne. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère s’adressant à lui, idem) ; « Curieusement, cette fille a de grands pieds. » (Vera, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Lola à propos de leur première rencontre, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « En général, elle se plie à ma volonté. » (Vera parlant de Lola à Nina, idem) ; « Si je comprends bien, ma relation avec Lola est sous ton contrôle ? » (Nina s’adressant à Vera par rapport à Lola, idem) ; « Je me demande si tu ne manœuvres pas dans l’ombre pour manipuler Lola. » (Nina s’adressant à Vera, idem) ; « D’une manière générale, je suis à ta disposition. J’éprouve une réelle volupté à laisser diriger ma vie par toi. » (Lola s’adressant à Vera, idem) ; etc.

 

Comédie musicale Blanche-Neige et moi (2014) de Cindy Féroc

Comédie musicale Blanche-Neige et moi (2014) de Cindy Féroc


 

La lesbienne et l’homosexuel fictionnels sont fascinés par la poitrine de la femme-objet juchée sur ses talons hauts. Par exemple, dans le film « Lingerie d’occasion » (1999) de Teresa Marcos, Luisa est subjuguée par la poitrine gigantesque de sa tante Marcella ; pareil pour Marcia dans son magasin de lingerie de Buenos Aires dans le film « Tan De Repente » (2002) de Diego Lerman. Dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa raconte ses aventures sexuelles lesbiennes, notamment les seins énormes de son amante Tatiana, ou bien la grosse touffe de l’entre-jambe du sculptural mannequin démesuré Adriana Karembeu qu’elle regarde d’en bas (« Oh ! Une petite femme barbue ! »). Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Eva, la femme mariée tentatrice, exhibe ses seins à Adam, avant que ce dernier ne découvre son homosexualité.

 

 
 

b) La cruelle marionnettiste manipulant un pantin masculin :

Souvent, cette femme géante manipule comme une marionnette l’homme miniature qui jadis a essayé de la séduire en orgueilleux King Kong : cf. le roman La Femme et le Pantin (1898) de Pierre Louÿs (avec Concha et Pancho), le film « La Dolce Vita » (1960) de Federico Fellini, le vidéo-clip de la chanson « Sans contrefaçon » de Mylène Farmer, le film « La Femme et le Pantin » (1936) de Julien Duvivier, la chanson « Miss Paramount » du groupe Indochine, le conte La Princesse et le Nain (1888) d’Oscar Wilde, le film « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar (avec le film en noir et blanc « L’Amant qui rétrécit » que Benigno est allé voir au cinéma), le film « The Devil Doll » (1936) de Tod Browning, le film « La Femme et le Pantin » (1931) de Josef von Sternberg, le film « Una Pareja Distinta » (1975) de José María Forqué (avec la femme à barbe et le travesti-clown), le vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer, le roman Le Visionnaire (1934) de Julien Green (avec Madame Plasse), la chorégraphie de la chanson « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman (avec Leni Riefenstahl et Goebbels), la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner, le spectacle musical Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, le roman L’Autre (1971) de Julien Green (avec Mademoiselle Ott et son frère nain), le film « Le Mystère Silkwood » (1983) de Mike Nichols, le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne (avec Ingeborg dans le centre de thalasso), le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, le film « Elevator Girls In Bondage » (1972) de Michael Kalmen, la pièce Baby Doll (1956) de Tennessee Williams (avec Archie, l’homme soumis à sa future femme Mégane), la pièce Musique brisée (2010) de Daniel Véronèse (avec la mendiante lesbienne présentée comme une marionnettiste), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears (avec Léa et Chéri l’homme-glaçon), etc.

 

« Si je comprends, maintenant, c’est moi la potiche ? » (Robert Pujol s’adressant à sa femme Suzanne, devenue chef de son entreprise, dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon) ; « On dirait la fiancée de King Kong. » (Georges s’adressant à Mercedes/Henri dans la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret) ; « Si au moins elle l’aimait, mais elle ne l’aimait pas, elle tenait à lui, un peu comme on tient à un objet d’art. Et il était à elle. » (Stéphanie par rapport à son mari Camille, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 260), « À elle seule elle était l’archétype de la blonde vénéneuse qui manipule le mâle, avec un rire ravageur. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite par un ami homosexuel angevin en 2003, p. 17) ; « Là, elle s’élève une jambe. Ici, elle touche un coude. […] Qu’elle s’en aille ! Qu’elle vous laisse tranquille ! Elle s’approche de vos pieds. Va-t-elle vous caresser un orteil ? Rien ne se passe. Elle s’approche de votre oreille et y susurre un ‘Détendez-vous’. » (le narrateur homosexuel à propos de l’infirmière de l’atelier de sophrologie, dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, pp. 203-204) ; « Elle manipule celui qui dit non. » (cf. la chanson « Hey, Amigo ! » d’Alizée) ; « Ton fil tu l’aimes déjà. » (cf. la chanson « Et tournoie… » de Mylène Farmer) ; « Des poupées qui disent oui ou non. Je dis non, je dis non, je dis non… » (cf. la chanson « Porno graphique » de Mylène Farmer) ; « Caroline says that I’m just a toy. She wants a man, not a boy. » (cf. la chanson « Caroline Says » de Lou Reed) ; « Elle se recule un peu et me contemple comme on le ferait d’un tableau. […] L’embaumeuse est une artiste. » (Luca, le héros homosexuel, cadavre parlant à la morgue, dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, pp. 33-34) ; « Give me all your love boy, You can be my boy, You can be my boy toy. » (Nicki Minaj dans la chanson « Give Me All Your Love » de Madonna) ; « Quand la porte s’est ouverte, je suis resté planté devant elle comme une grosse merde. Elle portait une robe noire moulante et décolletée, qui faisait ressortir sa peau laiteuse, ses seins pareils à deux blocs de beurre frais. Aux pieds, elle avait des mules en soie noire, avec un liseré genre plumes d’autruche de la même couleur. Elle avait des ongles vernis eux aussi de la même couleur, enfin si on considère que le noir est une couleur, aussi bien ceux des mains que ceux des pieds, comme j’ai pu m’en rendre compte quand elle a négligemment fait glisser sa mule gauche pour caresser son mollet droit avec ses orteils. Sa tenue, ça faisait limite pute du quartier rouge à Amsterdam, sauf que sur elle c’était superclasse, je sais pas comment vous dire, elle était superbelle, et superflippante. Je m’assois sur le tabouret en ébène. Elle m’apporte un verre avec une substance un peu trouble dedans, genre sirop d’orgeat ou de gingembre, vous voyez ce que je veux dire ? Je lui demande ce que c’est. Elle me dit de deviner. Je goûte. Un machin indescriptible. Amer, mais avec une note de citron, de sucre, et un arrière-goût un peu fade aussi, limite farineux, sauf que la farine ça a pas de goût, alors je dirais limite lacté, mais plus comme du lait en poudre que comme du vrai lait. Je lui dis que je ne devine pas. Et alors là, véridique, elle me fait : ‘C’est un philtre d’amour.’ » (Yvon parlant de Groucha dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 262-263) ; « Les auréoles des seins qui pointent sous le tissu, qui ont l’air de vouloir le transpercer […] » (idem, p. 264) ; « Elle me paraît minuscule, et comme en hauteur, au sommet d’une montagne, parmi les neiges éternelles. Pour couronner le tout, elle a beau être assise immobile dans le canapé, j’ai l’impression qu’elle remue ses hanches, qu’elle ondule de droite et de gauche, comme si elle faisait la danse du ventre, avec des oscillations de sirène, des variations régulières de courbe sinusoïdale. Vu d’ici, ça fait plein de petites étoiles scintillantes. L’image se décompose, à travers une sorte de filtre brumeux, un diamant taillé ou un kaléidoscope, comme dans les films psychédéliques ou les premiers épisodes de Columbo» (idem, p. 264) ; « Ça ressemble à un petit bonhomme, avec un tronc, deux bras, deux jambes, une tête un peu fibreuse, avec des petits fils comme à la base des poireaux. Là, je m’aperçois que c’est pas juste une illusion, que c’est véritablement un petit bonhomme. Sur ce qui fait office de tête, il y a des yeux dessinés, une petite bouche. Et au milieu du ventre, des aiguilles plantées. ‘Tu ne te reconnais pas ? qu’elle me fait. C’est toi. C’est une poupée vaudoue. Tu ne vois pas ? Les petits fils, sur la tête, ça ressemble à tes cheveux. J’ai même prévu d’accrocher des petites perles pour mieux imiter les dreadlocks.’ Au moment où je me reconnaissais, j’ai identifié les symptômes d’un bad trip. » (idem, p. 265) ; « J’avais pour patronne une Hongroise […] dame sans âge. » (Pretorius, le héros homosexuel en domestique de la bourgeoise Élisabeth de Bataurie, dans la pièce musicale Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « Toi, tu es mon pantin confondu. » (la femme en robe de soirée s’adressant à l’homme, dans la pièce Démocratie(s) (2010) d’Harold Pinter) ; « Il y a une fille dans mon lit !! Qu’est-ce que je vais faire avec ça ?? J’espère qu’elle ne va pas me toucher, la vicieuse ! Je ne suis pas un sex-toy, Mademoiselle ! » (Fabien Tucci, homosexuel, s’adressant à une femme qu’il surnomme comme la chanteuse Rihanna, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, la Carole est décrite par Vincent Garbo, le narrateur homosexuel, comme « la Marionnettiste » (p. 178) : « La grosse Carole, pute géante à bras tentaculaires, est entourée de nabots besogneux, tous occupés à ses aises. Ils sont fourmis naines à côté d’elle. » (idem, p. 8) ; « Ma Vieille m’impressionne trop, d’une autorité que je n’explique pas, quasi surnaturelle. Elle vit dans un monde qui n’est pas le mien, plane à une hauteur de vue qui me rapetisse d’autant. » (idem, pp. 104-105). Dans le film « La Manière forte » (2003) de Ronan Burke, le couple de femmes lesbiennes ausculte comme une momie le corps d’Adam plongé dans un semi sommeil tourmenté, en enfilant les gants pour extraire le précieux liquide spermique qui leur donnera un enfant. L’une d’elle, au moment où Adam commence à se réveiller, parle de l’homme comme d’un objet : « Nom d’un chien. C’est normal que ça soit aussi éveillé ? » Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Élisabeth se présente à son frère Paul comme l’Ariane dont il ne doit surtout pas lâcher le fil. Dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, Lucie, l’héroïne lesbienne, surnomme son agent artistique Jean-Chri « Jiminy Cricket ». Dans le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras, Strella, le héros transsexuel M to F, manipule sa figurine de Ken. Dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, les fées Preciosa et la Religieuse s’emparent d’Elliot. Dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, la figure homo-érotisée de Victor Hugo est dirigée concrètement comme un pantin. Dans le film « La Fiancée du pirate » (1969) de Nelly Kaplan, Marie est une femme qui veut être libre et fait semblant de se soumettre aux hommes pour mieux les avoir sous contrôle. Dans le film « Friendly Persuasion » (« La Loi du Seigneur », 1956) de William Wyler, Jacques se fait manipuler physiquement par les femmes qui le courtisent (les trois filles hideuses de la veuve Hudspeth), qui se le passent comme un objet, un ballon de foot, après l’avoir observé d’un air médusé. Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, le lien entre les écrivaines-amantes Vita Sackville-West et Virginia Woolf est à plusieurs reprises décrit comme toxique et filandreux.

 

L’union de la géante et du pantin symbolise d’abord une invraisemblance (on assemble les contraires), un paradoxe, un mensonge : « Son histoire, c’est comme un 69 entre Adriana Karembeu et Passe-Partout : ça tient pas du tout debout. » (Jérémy Lorca dans son one-man-show Bon à marier, 2015)
 

Évidemment, la femme géante tirant les ficelles du héros homosexuel, étant mère ou actrice ou même amant(e), est figure d’inceste et de viol : « Lady Griffith aimait Vincent peut-être ; mais elle aimait en lui le succès. […] Elle se penchait avec un instinct d’amante et de mère au-dessus de ce grand enfant qu’elle prenait à tâche de former. Elle en faisait son œuvre, sa statue. » (André Gide, Les Faux-Monnayeurs (1997), p. 273) ; « Je me rappelle ma mère sous la douche. Elle avait une foufoune gigantesque. » (Nikki dans le film « Toy Boy » (2009) de David MacKenzie) ; « Ma mère, c’était peut-être pas un homme, mais c’était un génie. C’était une grande dame. » (Gabriele, le héros homo, s’adressant à son amie Antonietta, dans le film « Una Giornata Particolare », « Une Journée particulière » (1977) d’Ettore Scola) ; « Ma mère travaille en usine en haut des fils en bobine. Dans les nuages, elle va, elle rêve. » (Rosa dans le spectacle musical Rosa La Rouge (2010) de Marcial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi) ; « Tu te passionnes pour les mères des autres, les reines de France, leurs petits maris, et toute l’histoire du temps. » (Félix, le héros homosexuel du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 205) ; « Résolument tournée vers le masculin, cette femme [« la marquise »] prenait un plaisir très particulier, s’évertuant, malgré le goût vif qu’elle en avait, à les réduire à rien. Elle aimait à faire naître une passion qui lui permettait de les faire souffrir. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 211) ; « Comment te dire ? Je suis un vieux pantin en lendemain de fête, un vieux pantin entre les mains d’un enfant bête. » (cf. la chanson « En miettes » d’Oshen) ; « Elle avait, mon père n’avait pas cessé de le répéter, ce par quoi il était irrésistiblement attiré. Ce qui le rendait jaloux, possessif, fou. Elle avait en elle cette part de lui qu’il ne comprenait pas et qu’il ne comprendrait jamais. Elle avait le sexe sur sa figure, à en croire mon malheureux père. Elle avait le pouvoir. Et c’est pourquoi il l’avait emprisonnée les premières années de leur mariage. » (Omar, le héros homo parlant de son père et de sa mère, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 56) ; « Ils me croient trop petite pour le retrouver. Mais je suis maligne. Ses yeux seuls m’ont boudée. Il me paraît plus petit dans ce grand lit, le cœur démuni au sein de la colonie. » (cf. le poème « Le Dos d’un cœur » (2008) d’Aude Legrand-Berriot) ; etc. Par exemple, dans sa chanson « Les Liens d’Éros », Étienne Daho cite « La Vénus à la fourrure » de Leopold Von Sacher-Masoch en faisant référence à « une femme qui fait de l’homme son jouet et le piétine impitoyablement ». Dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015), Pierre Fatus nous fait croire qu’il a couché avec une femme… mais on découvre qu’il s’agit de sa mère biologique : « La première femme avec qui j’ai couchée : la bombe ! Avec des seins… »
 

Parfois, le héros homosexuel ne supporte pas d’être humilié et rabaissé. Il planifie sa vengeance contre la femme fellinienne : « Tu t’es créé un monde pour être la reine. Mais réveille-toi. Tu ne l’es pas ! T’es juste une lycéenne comme toutes les autres. Tu vas tomber de ton piédestal. Pour une fois, c’est moi qui te regarderai de haut. » (Juna, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Kanojo, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « C’est une petite poupée de chiffon. » (Juna parlant de son amante Rinn, idem) Par exemple, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Charlène, l’héroïne lesbienne, se soumet complètement à la fille dont elle est amoureuse, Sarah. Mais Laura, une amie de la mère de Sarah, désacralise le personnage et la fait descendre de son piédestal : « Elle n’est pas si impressionnante que ça, ta Sarah. » Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, décrit sa mère de 130 kg comme une géante monstrueuse.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

La géante manipulatrice :


 

Certains sujets homosexuels disent aimer une femme toute-puissante et immense : « Ce corps féminin sensuel et triomphant a quelque chose d’étrange quand il surplombe celui qui repose inanimé et recouvert. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 270) ; « Le soir, à table, je regardais les seins d’Anne Dubosc. […] Anne avait les seins relevés dans une dernière fureur, deux seins de métal blanc. J’en fus jaloux. » (Christophe Tison, Il m’aimait (2004), p. 37) ; « Une femme se cogne contre mon visage, sa main gantée se resserre sur mon bras […] Ses yeux m’attaquent, c’est exceptionnel […] » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 9) ; « J’adore les filles qu’on peut escalader. » (Lea Delaria, femme lesbienne, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel) ; etc.

 

Par exemple, pendant le « prime » de l’émission The Voice 3 diffusée sur la chaîne TF1 le 22 février 2014, le chanteur homosexuel Mika présente la chanteuse Kylie Minogue (petite de taille) comme une géante (face à une Mélissa Bon qui complexe de se tenir droit parce qu’elle est grande de taille) : « Elle se tient comme un homme de huit pieds ! » Et lors de son concert à Paris-Bercy en avril 2010, Mika a choisi pour ses décors une femme géante, comme par hasard. Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves Saint-Laurent rencontre Betty, une grande blonde en boîte et lui sort : « Vous me plaisez. Je vous trouve moderne. Je vous trouve longue. » Il en fera sa nouvelle égérie. Dans son Autoportrait (1939), la photographe lesbienne Claude Cahun s’immortalise à côté d’un mannequin. Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, une femme géante nocturne vient annoncer à Bertrand Bonello dans son sommeil, en murmurant à son oreille, qu’il va mourir : « Répète après moi : ‘Je vais mourir d’un sectionnement des mains.’ »

 

FELLINIENNE Deneuve

 

J’ai remarqué chez mes amies lesbiennes un rapport très particulier à leurs seins et à ceux de leur(s) partenaire(s) sexuelle(s). À la fois elles les adorent ; et certaines complexent d’être plates, ou bien cherchent à le devenir en se faisant ôter les seins.

 

Cette tendance incestueuse et violente à célébrer une femme surdimensionnée est sociale et tout autant homosexuelle qu’hétérosexuelle. Elle est bisexuelle : cf. les publicités Kookaï avec les hommes miniatures soumis à des femmes géantes, le corset pointu de Madonna conçu par le couturier Jean-Paul Gaultier, le fameux lamé or de Marilyn Monroe, les collections de Thierry Mugler, la publicité de la Peugeot 205 (« On The Road again ») avec les autostoppeuses en cuir, les corsets-obus d’Yves Saint-Laurent, etc. « Pourquoi cette attirance pour les musées ? Il ne l’a jamais su. On passait des heures devant les agneaux à deux têtes. Il était bouleversé. Nous étions en plein syndrome de Stendhal. Ivres de beauté. Il voulait vivre là. À côté. Et moi j’étais là, sans savoir quoi faire. C’est dans un musée que j’ai senti que mon fils était un homme. (la voix-off de la mère de Bertrand, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud)

 

Publicité Kookaï

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« À Vienne, Gustave Klimt, à Paris, Regnault, le jeune prix de Rome ami de Mallarmé, Gustave Moreau dont c’est le cœur de la mythologie intime, à Londres Oscar Wilde et Aubrey Bearsley, en Allemagne von Stuck, en Belgique Delville, Toorop, Mellery ou Ferdinand Knopff : tous ont été obsédés par le thème de la femme destructrice. Ce ne sont qu’Hérodiades, Salomés et Judiths, que femmes thraces déchirant le corps d’Orphée ou contemplant rêveusement sa tête coupée. On retrouve, en costumes 1900, les mêmes redoutables et sataniques amazones dans les romans de l’époque : chez D’Annunzio (Il triomfo della morte), chez Pierre Louÿs (La Femme et le pantin) ou Octave Mirbeau (Le Jardin des supplices). L’homme – ou ce qu’il en reste : la tête, belle, douloureuse et asexuée – est donc chaque fois la victime d’une femme et comme prédestiné à l’être par ses aspirations célestes et sa nature ambiguë. » (cf. l’article « Monsieur Vénus et l’ange de Sodome : L’androgyne au temps de Gustave Moreau » de Françoise Cachin, Bisexualité et différence des sexes (1973), pp. 84-85) ; « Triomphe de la femme dominant un carnage de victimes masculines. Les héroïnes de Moreau sont fatales : les Érinnyes, Hélène de Troie, Salomé, inlassablement repeinte, Dalila, Circé, Lucrèce, Messaline, Lady Macbeth. » (idem, p. 88) ; « La Eva Duarte de Perlongher n’est pas la Evita de Perón. Elle est une princesse plébéienne qui distribue du ciel, non pas des couvertures, mais des portions de marijuana. Sa Eva est une déesse inoubliable, amazone péroniste, sortant ses griffes – induite de vernis à ongles Revlon –, qui hurle à la ‘trahison’ dès qu’on la touche et qui descend du ciel pour séjourner bordel en bordel. » (Introduction du recueil d’articles Prosa Plebeya (1997) de Néstor Perlongher, p. 10) ; « La macrogynophilie consiste à s’imaginer comme dans King Kong, mais à l’envers. C’est l’homme qui est lilliputien ! […]  Ce goût pour les géantes date d’ailleurs des années 1950 : les femmes occupent une place croissante dans la société. […] L’Américain Ed Lundt, 43 ans, est un pionnier du genre. Il rêve d’une femme inaccessible, plus monstrueuse que Godzilla. En 1988, il édite le premier magazine au monde uniquement consacré aux Giantess et des bandes dessinées où d’immenses créatures se font ‘escalader’. » (Agnès Giard, Le Sexe bizarre (2004), pp. 174-176) ; « J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante. Comme au pied d’un arbre un chat voluptueux. » (Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal (1857), idem, p. 178) ; etc.

 

La cougar Madonna

La cougar Madonna (et le fameux corset de Jean-Paul Gaultier


 

Beaucoup de chanteuses lesbiennes ou les icônes gays friendly s’amusent à regarder l’homme enfermé dans sa boule de neige, dans son bocal ou dans son théâtre de marionnettes : cf. les chansons « It’s Raining Men » des Weather Sister, « Lui ou Toi » d’Alizée, « Tu nages » d’Anggun ou de Céline Dion, « Tchiki Boum » de Niagara, etc. « Je suis plutôt King Kong que Kate Moss, comme fille. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006), p. 11) ; « Los chicos son de molde y nosotras de corazón. » (cf. la chanson « Si Yo Fuera Un Chico » de Beyonce) ; etc.

 

Steven Cohen

Steven Cohen


 

Chez les personnes homosexuelles, cette tendance à s’identifier à une femme géante dominatrice et castratrice peut être l’expression d’un viol jadis vécu, ou bien d’un inceste avec la mère (biologique mais surtout cinématographique), voire d’un désir suicidaire de transidentité. « Wanda, le travesti, dansait, insouciante, avec Angelito. Géante, la crinière déployée, avec ses chaussures d’homme à talons aiguilles, c’était un monument de près d’un mètre quatre-vingt-dix qui se mouvait comme un serpent. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 83) ; « La Chola avait caché ses courbes dans une serviette et avait formé avec une autre un énorme turban. Celle qui enveloppait son corps était trop petite et l’autre, immense, lui donnait une apparence de géante. Elle portait, matin et soir, des talons aiguilles, toujours pailletés. […] À chaque pas, ses hanches chaloupaient et ses seins vibraient légèrement. […] La plantureuse voisine avait trouvé une autre solution, une autre religion, proposée par une secte qui, selon la Chola, s’appelait l’Église scientifique» (idem, pp. 187-188) ; « Ernestito parvint à ouvrir les yeux, à se décoller du matelas et à récupérer la liberté de ses mouvements. Tiré par un fil invisible, il se retrouva au pied du lit de sa mère. Cecilia [la mère d’Ernestito] dormait, un sourire aux lèvres. Il crut qu’elle ronflait. » (idem, p. 263) ; etc. Par exemple, l’artiste Niki de Saint-Phalle, après avoir été violée dans son enfance, sculpte des « Nanas » plantureuses et dominatrices.

 

Geri Halliwell (Spice Girls)

Geri Halliwell (Spice Girls)


 

Elles désirent inconsciemment être dominées par une femme forte, soit parce qu’elles ont été dominées par une figure maternelle imposante, ou bien parce qu’elles ont été maltraitées et veulent reprendre le dessus.

 

Inna Shevchenko, fondatrice des Femen

Inna Shevchenko, Femen


 

En figurant mentalement ou iconographiquement les femmes ainsi, c’est une manière aussi pour elles ne mettre la gent féminine réelle à distance. Et pour ce qui est des femmes lesbiennes, c’est une manière de se justifier d’exploiter les hommes réels (dans les cas par exemple d’« homoparentalité », où les hommes sont considérés comme des vaches à sperme). « Les mecs sont interdits… non… en fait, j’dis en déconnant. C’est une affaire de proportion. Il nous faut une part des garçons comme il nous faut une part d’handicapés dans les entreprises. (rires) » (Charlotte et Marion dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy dans l’émission Tel Quel diffusée sur la chaîne France 4 le 14 mai 2012)

 

Par exemple, selon les propres mots du peintre homosexuel Gustave Moreau adressés à Henry Rupp (Cahiers III, p. 25), la femme est bien l’incarnation du Mal (= Mâle = femme macho) : « Cette femme ennuyée, fantasque, se donnant le plaisir très peu vif pour elle de voir son ennemi à terre, tant elle est dégoûtée de toute satisfaction de ses désirs. »

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi

 

« Pour le psychanalyste Alfred Adler, l’orgueil que certains homosexuels tirent de leur ‘particularité’ représente la compensation d’un profond sentiment d’infériorité et d’insécurité vis-à-vis de la femme. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 198) Tout est dit.
 
 

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Code n°74 – Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois

femme vierge se faisa

Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

 

« Le prologue fut la clairière des chênes… »

 

Si je vous dis que la grande majorité des personnes homosexuelles se prennent pour une actrice de film d’épouvante que le destin a envoyée courir au fin fond d’une forêt noire où elle se fait violer un soir d’été ou de carnaval, vous me rirez au nez… et vous aurez bien raison ! C’est ridiculement vrai !

 

Elles célèbrent la femme-objet surtout en tant que martyre violée, d’abord à l’image, et parfois dans la réalité télévisuelle (pensons à Barbara, Dalida, Marilyn Monroe, Rita Hayworth, Édith Piaf, etc.). L’identification à la femme violée est un moyen pour elles d’exister et de se forger un destin maudit grandiose. Loin de s’insurger pour le triste sort réservé à la reine du carnaval, elles cristallisent la scène en estampe à imiter. Le viol est un fantasme esthétique homosexuel lié à la féminité fatale.

 

Cette poupée carnavelesque brûlée « vive » symbolise à mon avis deux choses : d’une part l’existence d’un fantasme de viol (chez la plupart des individus homosexuels ; parfois l’expression inconsciente d’un viol réellement vécu par une minorité d’entre eux) ; et d’autre part l’hypocrisie et la violence dramatique qui se cachent derrière la fête organisée socialement autour de l’homosexualité. La communauté homosexuelle met régulièrement en scène le viol cinématographique de leurs icônes féminines, non pour dénoncer le viol des femmes réelles, mais pour le magnifier et s’y identifier afin de cacher leur propre viol/fantasme de viol.

 

La scène du viol de leur actrice fétiche contient souvent les mêmes ingrédients : la femme vierge qu’elles adorent court comme une folle (c’est le cas de le dire !) et se fait violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois. Cette héroïne tragique se prend les pieds dans sa belle robe, est ridiculisée/honorée par les carcans de sa féminité (les talons hauts, les grandes robes à crinoline, la couronne de diadèmes de travers, les cheveux longs décoiffés, le maquillage qui coule, etc.).

 

Il ne s’agit pas d’un vrai viol, mais prioritairement d’une mise en scène de fantasme de viol. La majorité des personnes homosexuelles s’intéressent davantage à l’actrice qui singe l’agression qu’à la femme véritablement violée. Même les moins excentriques et efféminées d’entre elles adorent se mettre dans la peau de la « folle perdue » effarouchée, ayant de la peine à parler, feignant la fausse résistance pour qu’on la viole sans qu’on ait besoin de le lui demander, s’excusant mélodramatiquement d’avoir enclenché une situation cataclysmique, implorant le pardon pour sa conduite involontairement scandaleuse. Plus qu’un réel désarroi, ces personnes exhibent un fantasme de viol parce qu’elles le trouvent esthétiquement beau et émouvant, bien avant de le juger ridicule. Déjà très tôt, dans la cour de récréation, elles aimaient particulièrement les filles qui criaient au viol pour un oui pour un non, et qui prenaient la fuite (…en ralentissant un peu pour vérifier qu’elles étaient bien poursuivies par les garçons) en n’attendant qu’une chose : qu’on leur soulève la jupe. En particulier beaucoup d’hommes gay, dans leur jeunesse, se prenaient vraiment pour ces filles-là. Au lieu de leur courir après, ils se sont joints discrètement à leur course. Ils voulaient que le loup les attrape pour le simple plaisir d’avoir eux aussi le droit de pousser le cri-qui-tue : « Au viol !!! », cri qui leur était injustement interdit parce qu’ils étaient nés garçons.

 

FORÊT 1 Noir et blanc

Film « Les Amoureux » de Mai Zetterling


 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Reine », « Destruction des femmes », « Putain béatifiée », « Prostitution », « Milieu homosexuel infernal », « Matricide », « Actrice-traîtresse », « Femme-Araignée », « Femme allongée », « Emma Bovary « J’ai un amant ! » », « Violeur homosexuel », « Homosexuel homophobe », « Vierge », « Oubli et amnésie », « Jardins synthétiques », « Cour des miracles homosexuelle », « Funambulisme et somnambulisme », à la partie « Carnaval » du code « Clown blanc et masques », à la partie « Jeu virant au drame » du code « Jeu », et à la partie « Cris de l’actrice de film d’épouvante » du code « Viol », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Viol dans la forêt :

L’histoire du désir homosexuel commence dans une forêt. « Le prologue fut la clairière des chênes. », comme nous l’indique à juste propos Elisabeth Taylor dans le film très homophile « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, où l’homosexualité du héros homosexuel, Sébastien, est mystérieusement illustrée par un cauchemar de sa cousine, Catherine (Elisabeth Taylor) dans lequel elle se met dans la peau d’une femme vierge violée dans une forêt un soir de carnaval.

 

Film "Suddenly Last Summer" de Joseph Mankiewicz

Film « Suddenly Last Summer » de Joseph Mankiewicz

 

En général, la forêt est d’abord associée par le personnage homosexuel à une femme, une actrice maternelle : « La femme-araignée m’a montré du doigt un chemin dans la forêt… » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 264) ; « Tiens, voilà la vieille qui passe là-bas. Tiens, voilà la vieille qui sort du grand bois. Ah ! Quelle merveille, La vieille, la vieille. Ah ! Quelle merveille, cette vieille-là… » (cf. la chanson « La Vieille » de Charles Trénet) ; « Je croyais que ma vraie mère, c’était Marie Laforêt. » (Stéphane, le personnage gay de la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « J’aime une forêt. » (Omar dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 150) ; « J’ai 600 ans. Ma mère était sorcière. […] Ma mère a été brûlée vive, et moi bannie. Mais avant qu’elle ne périsse, elle m’a fait jurer de rendre cette forêt à jamais maudite. Que ceux et celles qui y rentrent d’en ressortent jamais. […] Promettez-moi une chose. Si je vous dis de courir, de fuir la forêt sans vous retourner, faites-le, sans discuter. » (la mystérieuse Sévéria s’adressant à Ariane, la sœur du héros homosexuel Hector, dans la forêt, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Stephen, l’héroïne lesbienne, évoque « son récent désir des forêts » (p. 143). Le bois est donc signalé inconsciemment comme un lieu d’origine. Et cette origine, c’est souvent la sexualité, et plus particulièrement la sexualité violente. Par exemple, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah et Charlène, les deux amantes, se retrouvent à parler de leur dépeculage dans un bosquet. Sarah dit que « la première fois, ça ne se passe jamais bien. Charlène lui rétorque qu’elle ne l’a jamais fait avec un homme. Puis elles entendent un bruit de bête sauvage effrayante qui les fait quitter précipitamment le lieu, terrorisées.
 

On retrouve le thème du viol en lien avec la forêt dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (Paul est enterré par sa sœur Élisabeth dans une forêt), le roman Les Bienveillantes (2006) de Jonathan Littell, la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard (dans laquelle la mère de Dzav  est prostituée au Bois de Boulogne), le film « J’aimerais j’aimerais » de Jann Halexander, le film « Marche triomphale » (1976) de Marco Bellocchio, la pièce Nightwood (1936) de Djuna Barnes, le film « Saint » (1996) de Bavo Defurne (avec le saint Sébastien gay tué collectivement dans une forêt), la nouvelle « Trahison de la forêt » (1904) de Renée Vivien, le film « Je t’aime, je te tue » (1971) d’Uwe Brandner, le film « Chasse à l’homme » (2010) de Stéphane Olijnyk, le film « Amnesia » (2005) de Denis Langlois, la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier, le film « Brigade des mœurs » (1984) de Max Pécas, le film « Lesbian Psycho » (2010) de Sharon Ferranti (avec les meurtres de lesbiennes à répétition lors d’un camping sauvage), le film « Dreamwood » (1972) de James Broughton, les pièces La Nuit juste avant les forêts (1977) et Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès (avec Fatima violée dans le jardin), la pièce Guantanamour (2008) de Gérard Gelas (avec Fadia égorgée dans une forêt), le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec Williams nu dans la forêt, espionné par le Major), le film « Les Trois Souhaits » (1999) de Rudolph Jula, le film « The Singing Forest » (2003) de Jorge Ameer, le roman Forêt haute mortelle randonnée (2002) d’Eyet-Chékib Djazari, le roman Ma Forêt Fantôme (2003) de Denis Lachaud, le film « Le Frère du Guerrier » (2002) de Pierre Jolivet, le spectacle musical La Bête au bois dormant (1997) de Michel Heim, le film « The Woodsman » (2004) de Nicole Kassell, le film « Amants criminels » (1998) de François Ozon (avec Luc violé dans une forêt), le film « Promenons-nous dans les bois » (1999) de Lionel Delplanque, le film « Un Chant d’amour » (1950) et la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude (où des meurtres ont lieu dans la forêt), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec Madeleine, la rousse vierge violée dans un bois par des hommes masqués), le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye (avec le suicide de Wang Ping dans la forêt), la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo), le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio (avec la peur d’entrer dans la forêt), le film « Les Fraises des bois » de Dominique Choisy, le film « Chaleur humaine » (2012) de Christophe Predari, le film « Tchernobyl » (2009) de Pascal Alex-Vincent, la chanson « Imprudentes ! » de Georgius, etc.

 

Par exemple, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Bernard fait son coming out à Didier au moment du dessert… qui est une forêt noire ! Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, la forêt est le lieu de l’incitation au sexe, de la tentation amoureuse interdite et clandestine. Engel a établi un code pour inviter à l’acte homo son collègue de travail puis amant Marc : il propose le footing en forêt (« Une virée en forêt ? » ; « Mais si tu as quand même envie de courir… »). Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, c’est au moment où Rachel, l’héroïne lesbienne mariée à un homme Heck qu’elle n’aime pas et découvrant son homosexualité, emmène Heck dans une forêt pour qu’il la baise sauvagement. Non seulement ce dernier ne s’exécute pas, mais en plus le couple marié tombe sur deux mecs homos batifolant derrière un arbre.

 

Film "Lesbian Psycho" de Sharon Ferranti

Film « Lesbian Psycho » de Sharon Ferranti

 

Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, Audrey, l’agresseur homophobe qui se fait passer pour ami, entraîne son pote homo Anton dans la forêt russe avant de le faire tabasser par ses potes. Il le prévient d’abord : « La forêt n’est pas l’endroit le plus sûr. » Sur son conseil, il le fait courir, avant de le mater se faire rouer presque mortellement de coups.
 

En général, dans les fictions homo-érotiques, la forêt fait peur : « Nous [les Rats] décidâmes à l’unanimité que cet endroit n’était pas le nôtre. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 130) Elle apparaît comme le lieu d’un viol ou de la mort : « Plus les nœuds se resserrent autour de son corps et plus l’imagination de Clara s’envole. Elle se retrouve alors nue à l’orée d’un bois. » (cf. le film « Belle de nature » (2009) de Maria Beatty) ; « Il était une fois, au cœur d’une forêt sombre et mystérieuse, un loup féroce qui dévorait tous les voyageurs qui s’y aventuraient. » (Isabelle racontant une histoire à Félix, le héros homo, dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ; « Chloé avait du sang entre les dents quand on l’a retrouvée inanimée dans la forêt de Sénart […]. Elle avait reçu un mauvais coup sur la tête, sans doute d’un homme qui en voulait à son corps. » (la narratrice lesbienne parlant de sa compagne, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 136) ; etc. Le film « L’Arbre et la Forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau démarre précisément par une scène de ballade en forêt, pendant laquelle Frédérick, le protagoniste homosexuel, revit un terrible traumatisme : en tombant nez à nez avec le chien d’un promeneur qui lui rappelle son passage dans les camps de concentration nazis. Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Matthieu s’est tué en voiture contre l’arbre d’une forêt. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany (le héros homosexuel) et son grand frère Ody sont contraints de fuir dans une forêt, parce Dany a tiré à l’arme à feu sur ses agresseurs homophobes. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, fait un cauchemar où il voit son amant Kevin sodomiser Samantha dans un jardin en pleine nuit.

 

Film "Mezzanotte" (2014) de Sebastiano Riso

Film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso


 

Dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, l’allusion à l’avortement se lit entre les lignes de la métaphore de la vierge au bois violée : « La dame en noir […] Devais-je, ne devais-je pas ? là était la question ! Pressée, pressante et autoritaire, la mort ne me laissa pas le temps de répondre, elle m’inséra la tige glacée qui commençait un curieux voyage à travers la nuit de mon plus intime intérieur. […] Étais-je morte ou semi-consciente ? Je ne sais plus. Je me souviens uniquement d’un rêve, un simple songe qui occupa toute la nuit. […] et le rêve recommençait, semblable au précédent. J’étais dans une clairière brûlée par le soleil du mois d’août. […] Pas de surprise, qu’un terrain défraîchi. Autour de lui, une forêt dense respire bruyamment. Le chant des arbres qui saignent m’appelle, sans crainte, j’abandonne alors la clairière. […] la clairière était ma chambre, triste mais tranquille, la forêt était au-delà de mes murs ; cette forme obscure, ombre habile et trompeuse était l’idée vraie d’un goudron qui avait eu le pouvoir de m’asphyxier ! la serre bruyante avait un attrait irrésistible mais son sol renfermait un monstre noir auquel personne ne pouvait échapper. Pas même le soleil ! […] Ce matin, plus de trace de la mort. Enfuie avec la nuit, mes rêves et mon soupir, elle m’a abandonnée sans espoir de la revoir. » (pp. 108-114)

 

Le viol sylvestre dont parle l’homosexuel ou la lesbienne se fait dans un contexte de drague homosexuelle, de prostitution, ou même parfois d’amour conjugal homo : « Je suis dans la forêt. Et j’y resterai tant que je ne t’aurai pas vue. » (Rinn, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Ça, c’est la forêt. Ça, c’est encore la forêt… » (Diane, tout pendant qu’elle feuillette tranquillement un album d’aquarelles, alors qu’elle vient de faire interner son fils homo, Steve, en hôpital psychiatrique, dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan) ; « J’avais dix-huit ans, j’étais vierge et j’en avais assez de sublimer en rêvant dans mon lit à des êtres inaccessibles ou en tripotant dans l’ombre des parcs publics des corps fugitifs qui n’étaient pas là pour l’amour mais pour la petite mort qui dure si peu longtemps et qui peut être triste quand elle n’est agrémentée d’aucun sentiment. » (le narrateur homosexuel dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 25) ; « Les jardins du Sacré-Cœur sont bien gardés par les flics ! Vous ne me faites pas peur ! » (Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Gare à tes fesses Mathilde. Je vais te voir, je vais t’avoir, à moi, rien qu’à moi ! Un, deux, trois, nous irons au bois. […] Mes mains te dévorent. Je te bouscule contre un arbre. […] J’aime ma violence. » (la voix narrative lesbienne dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 153) ; « Dors, dors, petit méchant loup… nous irons demain cueillir des fraises… dans les bois de Saint-Amour ! » (Louise au jeune garçon de Jeanne, dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « Promenons-nous dans les bois pendant que l’amour n’y est pas. » (cf. la chanson « Plus fort que moi » du groupe Cassandre) ; « On n’est pas obligé de finir dans les bois comme des putes. » (Polly, l’héroïne lesbienne à son pote homo Mike, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 32) ; « Ariane, j’ai bien lu ton dernier mail. Je ne suis pas surpris par ce que tu m’as dit. Et j’ai eu peur que tu m’en veuilles. Je savais que tu aimais Arsène mais qu’au fond de toi… (soupir). Qu’est-ce que ça a dû être dur pour toi, ma sœur adorée, de cacher la vérité. Mais maman aussi, elle doit savoir. Arsène et moi, on se donnait des rendez-vous secrets dans la forêt des Charniers. Des fois, j’y vais seul. Je sais que c’est une folie. Cette forêt, elle est fréquentée par des toxicos, des néo-nazis, des pédés comme moi. Et il y a autre chose. Il y a quelque chose de plus étrange qui m’attire là-bas. Tu sais, c’est un lieu chargé d’histoires tellement sordides… où le sang a coulé… Tu sais, petite sœur : la peur, elle peut faire naître en nous bien des choses. » (cf. les premiers mots de Hector par rapport à son amant Arsène, à sa sœur Ariane, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; « Le lendemain, je reçus de nouveau la visite de ma petite voisine [âgée de 14 ans]. Elle avait mis dans ses cheveux de jolis rubans roses et portait une robe marron. Elle était apprêtée comme pour un dimanche. Je la sentais nerveuse, impatiente, elle d’ordinaire si calme. Sans attendre, elle me demanda si je voulais aller me promener dans la forêt. Le temps n’était guère favorable, on entendait au loin les grondements de l’orage. Ma curiosité piquée au vif, je me demandais ce qu’elle avait pu comploter la nuit durant. Après m’être assez couverte pour affronter les intempéries, je l’accompagnai vers la forêt, dans un silence total. Je la sentais tendue, contrariée presque, et pourtant déterminée. Je pressai le pas vers ce mystérieux rendez-vous, sans en connaître ni le lieu ni le motif. Soudainement, avec l’audace qu’ont par instants les timides, elle me dit qu’elle ressentait un besoin pressant. Elle se dirigea vers une petite clairière. Comme la veille, elle s’accroupit en soulevant sa robe, mais cette fois elle se retroussa tout à fait. Elle me dit : ‘J’ai écouté ce que vous m’avez recommandé hier, je fais attention à ne pas me souiller.’ Je la vis bien écarter les jambes. Elle pissait un peu, se montrer à moi était son seul dessein. Quand elle eut fini, je sortis un mouchoir de ma manche et m’approchai d’elle. Elle s’était fait comprendre, et elle me regarda avec un air de soulagement puis de ravissement. Tout doucement, je passai le tissu sur sa fente. Je sentais son souffle sur ma nuque et, quand je la regardais dans les yeux, je voyais comme de la reconnaissance. Je laissai tomber à terre le petit mouchoir, et avec ma main d’abord, puis mes doigts, je la caressai. Bientôt, il y eut un autre genre de mouillé, et mon doigt glissait comme s’il était enduit de la meilleure huile. Il y en eut plus que je n’aurais pu le penser. D’un coup, elle était comme en transe, au plus fort de l’émotion inattendue qu’elle avait reçue. Mes doigts continuaient en cadence de la caresser, bien que le mieux pour elle fût passé. Me servant alors de mon plus petit doigt comme les hommes d’autre chose, je décidai d’aller avec elle plus avant. Je m’approchai davantage pour, comme j’en avais l’envie, donner à ma bouche le plaisir qu’elle préfère, quand l’orage éclata, inondant d’un coup nos corps en entier. Ne voulant pas tout perdre, je ramassai le mouchoir et le passai entre ses cuisses, puis le rangeai aussitôt, bien à l’abri dans ma manche. Avec mon aide, elle se rajusta. On se mit à courir au plus grand train possible en direction de la route. La voiture d’un voisin s’arrêta et nous ramena chacune chez nous. Ce fut d’abord elle qui descendit. Je vis sa mère ouvrir la porte de la maison. Un signe de la main… Et bonsoir… » (Alexandra, l’héroïne lesbienne adulte, violant la gamine de 14 ans, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 24-26) ; « Loup y es-tu ? Que fais-tu ? » (Steeve, le psychopathe homosexuel tuant un jeune homme dans une forêt urbaine, dans le film « Cruising », « La Chasse » (1980) de William Friedkin) ; « Oui, j’ai fait carrière au bois… » (la mère transgenre dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Bande de faux-culs, vous les bourgeois ! Vous êtes les premiers à défiler dans les manifs ‘Les pédés au bûcher !’, mais on vous voit dans les bois ! » (Herbert, homosexuel, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; « Tu devrais rentrer chez toi. C’est pas un endroit pour toi. » (Serge rencontrant pour la première fois son jeune amant Victor dans un parc parisien plein de prédateurs, dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, Benji a un rencard « sexe » avec un homme aux « toilettes près du bois, la première porte au fond ». Dans la chanson « 1er novembre (Le Fruit) » du Beau Claude, le chanteur fait une rencontre amoureuse dans une forêt le Jour de la Toussaint : « Le frisson de tes pas électrise les feuilles. » Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, « avoir l’appel de la forêt » signifie avoir envie de se prostituer et de « se faire sauter » : Zize, travesti M to F, relooke Claire, sa « nièce hideuse », comme une pute et la laisse sur un parking pour qu’elle fasse son apprentissage de la sexualité. Dans le film « L’Hôtel des Amériques » (1981) d’André Téchiné, le jeune postier, draguant dans les sous-bois, se fait tabasser. Dans le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Michel est l’homme qui court dans la forêt et qui s’y fera tuer. Dans le film « Teens Like Phil » (2011) de David Rosler et Dominic Haxton, l’amitié entre Phil et Adam sera détruite après un événement inattendu dans un parc, qui va plonger les deux garçons dans l’autodestruction et la violence. Dans certaines nouvelles d’Essobal Lenoir, la forêt est montrée comme un lieu de drague homosexuelle idéal mais dangereux : « La présence incongrue d’un landau, faut-il le dire ? au beau milieu de ce chemin verdoyant, à la lisière de cette forêt vouée depuis des lustres aux sabbats des pédérastes de toute la région […]. ‘Que fait cet homme sans femme, avec ce bébé, parmi toutes ces tantes ?’ se demandait le fils. […] Toutes ces lopettes allaient l’attaquer, lui voler son bébé ou le violer pendant qu’il dormait. » (cf. la nouvelle « À l’Ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 30-31) D’ailleurs, dans la nouvelle « Les Garçons Danaïdes » (2010), Pascal s’y fait violer : « Nous progressions au pas dans une forêt sauvage, silencieuse, menaçante, d’obscurs voyous dont nous ne voyions luire au feu des phares et des rares réverbères que les étranges diadèmes de rangées de dents d’ivoire et d’or en couronnes. […] Succédant à la troupe humaine, une meute de chiens galopait à notre rencontre. Il était trop tard pour arrêter. » (p. 101) Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, le groupe de prostitués homosexuels vivent dans les parcs de Catano, comme des clochards, et font l’objet de descentes policières fréquentes.

 

Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, la forêt est un lieu de mort, où l’on jonche des cadavres et où se trouve une sorcière nommée « l’Avorteuse ». C’est le lieu du crime homophobe : Herbert y est tué par un adversaire homo, Guy.
 

Dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander, Hector Da Silva, le héros homosexuel, est retrouvé mort, mystérieusement assassiné dans la Forêt des Charniers ; sa sœur, qui visiblement avait un lien incestueux avec lui, et qui mène l’enquête dans cette même forêt, est aussi obligée de s’enfermer dans les toilettes publiques d’une clairière parce qu’elle est poursuivie par trois violeurs.

 

La forêt donne même à l’amant homosexuel habituellement aimé un visage de violeur. Par exemple, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, quand Esti et Ronit se retrouvent toutes les deux pour la première fois dans un bosquet et qu’elles sont prêtes à se dire leur amour, Ronit dit à Esti qu’elle « a l’air d’un tueur en série » (p. 139) ; « Esti a reculé d’un pas. La moitié de son visage a disparu dans l’ombre. Autour de nous, les arbres bruissaient et bourdonnaient. » (idem, p. 143) Dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, le pacte diabolique entre Brittomart et Fabien se fait à proximité d’une forêt urbaine : « Il se tut ; leurs pas se ralentirent et ils quittèrent l’avenue pour s’engager dans un petit bois. ‘Arrêtons-nous, dit l’homme quand ils eurent atteint une clairière. Le silence est ici d’une profondeur admirable. Il semble que la nuit nous tienne dans ses mains refermées. Personne au monde ne saurait dire où nous sommes.’ » (p. 73) Dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, au moment où Sylvia propose à Laura de coucher avec elle pour la première fois, celle-ci vit un trouble : « Je reposai sur la table le papier à cigarette avec son petit tas de tabac. J’étais totalement désorientée, comme perdue dans une forêt obscure mais chaude et humide et embaumant le jasmin. Sans un regard vers elle, je me levai et allai tirer les rideaux, tout en murmurant : ‘Nel mezzo del cammin di nostra vita, Mi ritrovai per una selva oscura.’ Je me déshabillai dans la plus grande confusion. Je ne savais plus où j’en étais. » (p. 35) Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, après avoir vu la nudité violente d’un homme transsexuel M to F portant une chevelure de rousse, un jeune chasseur, traumatisé, tente de fuir en courant la forêt mais fait tomber son fusil et finit par se métamorphoser en cerf.

 

La forêt est le lieu de la confrontation amoureuse fatale. Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar tue son amant Khalid dans une forêt (la Mamora, la plus grande forêt du Maroc) : « À l’intérieur de cette forêt noire, […] Khalid a eu une idée surprenante. Il oubliait visiblement, de plus en plus, qui il était et surtout qui était son père. La forêt juste devant nous, proche, très proche, la foule derrière nous, abandonnée, nous avons repris notre conversation à la fois sérieuse et folle. Et, cette fois-ci, c’était moi qui avais du mal à suivre, à être à la hauteur. » (Omar, p. 123) ; « L’heure de la vengeance avait sonné. La forêt n’était plus la forêt. Je n’étais plus dans la forêt. Khalid devait payer un jour à l’autre. » (idem, p. 128) ; « Un autre jeu, entre nous, allait commencer. Mais ce n’était pas vraiment un jeu. Nous avons vite compris que dans la forêt les jeux n’avaient pas le même sens ni le même goût qu’ailleurs. » (idem, p. 137) ; « Dès les premiers mots, j’ai su que ce que nous venions de vivre intensément ensemble, cet échange, cette fusion, cette transformation, ce pacte, cette forêt noire […]. » (p. 165) Et juste après son homicide, Omar se maquille en femme-objet violée : « Les pieds nus j’ai marché dans la forêt. À la main droite un rouge à lèvres. Chanel. Il était neuf. Il venait de Paris. […] Maintenant, sur cette route, au milieu de la forêt, je sais. Maintenant que la nuit va partir, ce crime va revenir et son souvenir sera atroce. » (idem, p. 178)

 

Film "L'Inconnu du lac" d'Alain Guiraudie

Film « L’Inconnu du lac » d’Alain Guiraudie

 

Parfois, dans cette forêt, le héros tombe sur le diable. Celui-ci le viole, et le transforme en « Homme nouveau », autrement dit en homosexuel : cf. la nouvelle El Bosque, El Lobo Y El Hombre Nuevo (1991) de Senel Paz, le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, etc. Par exemple, dans le one-man-show Parigot-Brucellois (2009) de Stéphane Cuvelier, « Big Demon » est le nom du prostitué transsexuel du Bois de Boulogne.

 

Aux yeux de la victime ( ?) homosexuelle, ce choc sexuel – qu’elle appellera « dépucelage » – est une révélation : « Raconte-moi les bois ! » (Dick, l’homosexuel violé, à Max, dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) Dans le film « Notre Paradis » (2011) de Gaël Morel, Vassili rencontre Angelo, un autre compère prostitué, inanimé dans le Bois de Boulogne ; celui considère ce nouvel amour homosexuel, connu après l’agression, comme une véritable seconde naissance : « Je suis né il y a quelques jours dans un bois. Et tout qui s’est passé avant ça compte pas. »

 

L’amalgame de la forêt avec le viol qu’opère souvent le personnage homosexuel ne repose pas systématiquement sur un viol réel. Il peut renvoyer symboliquement chez lui à une peur panique (enfantine et humaine) de la sexualité dans sa globalité. Par exemple, dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Stephen, l’héroïne lesbienne, se refuse à Martin, un prétendant masculin qui la respecterait, parce qu’elle veut garder pour elle le confortable état virginal de l’Ève damnée et écartée définitivement du Jardin d’Éden, et surtout cristalliser les images du viol sylvestre (la fameuse « scène primitive » dont parlent certains psychanalystes) qu’elle a vu et empêché étant petite : « Stephen avait erré jusqu’à un vieux hangar où l’on rangeait les outils de jardinage et y vit Collins et le valet de pied qui semblaient se parler avec véhémence, avec tant de véhémence qu’ils ne l’entendirent point. Puis une véritable catastrophe survint, car Henry prit rudement Collins par les poignets, l’attira à lui, puis, la maintenant toujours rudement, l’embrassa à pleines lèvres. Stephen se sentit soudain la tête chaude et comme si elle était prise de vertige, puis une aveugle et incompréhensible rage l’envahit, elle voulut crier, mais la voix lui manqua complètement et elle ne put que bredouiller. Une seconde après, elle saisissait un pot de fleurs cassé et le lançait avec force dans la direction d’Henry. Il l’atteignit en plein figure, lui ouvrant la joue d’où le sang se mit à dégoutter lentement. Il était étourdi, essayant doucement la blessure, tandis que Collins regardait fixement Stephen sans parler. Aucun d’eux ne prononça une parole ; ils se sentaient trop coupables. Ils étaient aussi très étonnés […] Stephen s’enfuit sauvagement, plus loin, toujours plus loin, n’importe comment, n’importe où, pourvu qu’elle cessât de les voir. Elle sanglota et courut en se couvrant les yeux, déchirant ses vêtements aux arbustes, déchirant ses bas et ses jambes quand elle s’accrochait aux branches qui l’arrêtaient. » (Stephen encore enfant, pp. 38-39) ; « Elle vit Martin se promenant parmi de sombres places vertes… il lui était facile d’imaginer son existence dans les forêts lointaines, une vie d’homme embellie par le danger, chose primitive, forte, impérieuse… une vie d’homme, la vie qui aurait pu être le sienne… Et ses yeux s’emplirent de lourdes larmes de regret, encore qu’elle ne sût pas tout à fait pourquoi elle pleurait. Elle savait seulement que le sentiment aigu d’une grande perte, un sentiment aigu d’imperfection la possédait, et elle laissa les larmes couler sur ses joues, les essuyant du doigt à mesure qu’elles tombaient. Elle vint à passer près du vieux hangar où elle avait vu Collins dans les bras du valet de pied. »

 

Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Dianne et son frère homo Phil courent dans une forêt. Et cette forêt est vraiment à l’image de la sexualité du héros : un mélange d’inceste (avec sa mère, sa meilleure amie et sa sœur) et de destruction (à l’âge adulte, la forêt est dévastée par un violent orage).
 

La forêt est aussi lieu à la fois du viol réel et du viol fantasmé, désiré. Par exemple, dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, il suffit d’écouter Éric raconter sa première expérience sexuelle avec une fille (une expérience ratée qui le conduit à se retrancher vers l’homosexualité) pour comprendre que la forêt homosexuelle qui fait tant peur peut être une symbolisation du sexe touffu de la femme, ou une métaphore de l’arrivée précipitée dans le monde de la génitalité-sans-amour : « Un film, vieux de plusieurs décennies, se déroula dans sa tête. Éric devait avoir 16 ou 17 ans, lorsqu’au détour d’une dune, en Bretagne, durant les grandes vacances, il s’était perdu dans un fourré, en compagnie d’une amie un peu plus âgée que lui. Ils s’étaient éloignés de leur campement. […] La jeune fille, qui s’appelait Julie, l’attira peu après dans la clairière d’un petit bois et, se transformant soudain en Érynnie, lui arracha les vêtements, le forçant à se débattre, mais, plus rapide, et surtout plus agile que lui, elle parvint à le maîtriser et à lui faire perdre sa virginité. C’était un souvenir douloureux. À la fois surpris et humilié, Éric se jura de ne plus jamais s’y laisser prendre. Ce fut la première et la dernière relation physique qu’il eut avec une femme. Cet événement fut-il à l’origine de son homosexualité, ou celle-ci couvait-elle déjà en lui depuis sa plus tendre enfance ? » (pp. 9-10)

 

Dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa, l’humoriste bisexuelle, raconte comme elle a rencontré une première fois le prince charmant dans une forêt, un homme qui l’a laissée tomber pour au moins 30 ans.

 

Il n’est pas anodin que la forêt dans les œuvres homo-érotiques soit également le lieu de l’auto-viol (autrement dit de l’homoviol onanique) : cf. le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie (avec Armand, le héros homosexuel, courant dans la forêt et s’y masturbant), le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs (avec Erik se masturbant dans la forêt) ; etc. « Je rêve pour sortir du bois, pour ma toute première fois… [d’une branlette] » (un des personnages homos de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel)

 
 

b) Je suis une gentille, et je suis poursuivie par un méchant

« C’est dans la nuit de Rébecca que la légende partira. » (cf. la chanson « Trois nuits par semaine » du groupe Indochine)

 

Film "Blanche-Neige et les 7 nains" de Walt Disney

Film « Blanche-Neige et les 7 nains » de Walt Disney

 

Pour rentrer dans la forêt maudite, c’est souvent que le personnage homosexuel se met dans la peau d’une femme vierge. Il désire incarner une figure allégorique qui le tient beaucoup à cœur : celle de la Fugitive, de la Folle perdue. « Y’a toujours ce moment fatidique qui te revient où l’homme en moi a l’angoisse de se retrouver paumé dans la forêt comme le Petit Chaperon rouge ou Blanche-Neige. » (Jarry dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Ne pars pas dans les bois toute seule : tu vas te faire violer ! » (Hugues, le héros homosexuel, s’adressant à sa femme Catherine, qui finira par croiser dans la forêt un homme diabolique avec « une tête de fou, démoniaque, le sexe à l’air », dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; etc.

 

Cette fugitive joue la femme pure que la sexualité ne touchera jamais ou ne touchera que brutalement : « C’est là le problème ! Aujourd’hui il y a des hommes qui se sont posés sur mon arbre. Tu te rends compte ? Justement mon jour de lessive ! » (Jeanne à son amie Louise dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi, p. 37)

 

Dans la série des fictions représentant des vierges homosexuelles courant dans une forêt, vous avez le film « Alice In Wonderland » (« Alice au pays des merveilles », 2010) de Tim Burton (avec Alice courant dans la forêt), le vidéo-clip de la chanson « Run » de Leona Lewis, le vidéo-clip de la chanson « Ma Révolution » de Cassandre (avec la femme violée courant dans la forêt), le film « Bug » (2003) d’Arnault Labaronne (avec une Aurore avançant dans une forêt virtuelle), le film « The Others » (« Les Autres », 2001) d’Alejandro Amenábar (avec Nicole Kidman en femme haletante et perdue dans un bois), le film « La Meilleure façon de marcher » (1975) de Claude Miller (avec Philippe courant dans la forêt), le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore (avec Steven courant dans une forêt après avoir été attaqué), le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma (avec Laura courant dans la forêt, comme damnée par son mensonge identitaire honteux), le film « Wild Side » (2004) de Sébastien Lifshitz (avec Mikhail courant dans la forêt), la pièce Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet (avec les femmes hystériques enfermées dans un hôpital psychiatrique au cœur d’une forêt), le film « The Cream » (2011) de Jean-Marie Villeneuve (deux amants se courent après dans une forêt), le film « Homophobie » (2012) de Peter Enhancer (filmant un homme qui court vers son amant… mais on a l’impression qu’il va l’agresser), le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska (avec le père Adam, secrètement homosexuel, courant dans la forêt), etc.

 

La fugitive – ou le personnage homosexuel qui s’y identifie – ne court pas nécessairement dans une forêt, d’ailleurs. Il court tout court ! : cf. le roman Courir avec des ciseaux (2007) d’Augusten Burroughs, les nouvelles « La Prisonnière » (1925) et « La Fugitive » (1927) de Marcel Proust, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato (avec la princesse en robe qui court comme une dératée), le film « In & Out » (1998) de Franz Oz (avec la mariée à qui il n’arrive que des catastrophes qui viennent gâcher son rêve de princesse), le film « Sara préfère la course » (2013) de Chloé Robichaud, le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, etc. « Je cours, je cours. Sans respirer. Puis je tombe. Des gens rient. » (Khalid dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 10) ; « Je courais, je courais, je courais. Mais pourquoi ? » (Franz, le héros homosexuel racontant un de ses rêves érotiques, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Nous courions sur le chemin du collège, dans la chaleur impitoyable de l’après-midi. Qui allait arriver le premier ? Moi, bien sûr. Comme toujours. Moi, le plus fort. Moi, le garde du corps. Moi, parce que c’est ce que je savais faire mieux que Khalid. Courir. Courir. Courir. Depuis le début de notre amitié, de notre histoire. Courir à en mourir. » (Omar parlant de son amant, idem, p. 83) ; « Elle se met à marcher comme une folle dans tout Paris, elle est bouleversée par la mort du pauvre jeune homme […] elle continue à marcher dans Paris, et les peintres qui peignent sur les trottoirs la regardent, parce qu’elle marche comme une folle, la pauvre, comme une somnambule… » (Molina, le personnage homosexuel, parlant de Lénie, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 81) ; « Une barrière me séparait de mes camarades. Je n’avais pas le droit de shooter comme eux dans un ballon, ni de courir comme une folle dans la cour. » (Corinne dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 214) ; « Essoufflée, la jeune femme arrive à une cabine téléphonique. » (Anne-Catherine poursuivie par la Guilde, dans le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, p. 311) ; « Le clocher se dressait, haut et menaçant, au-dessus des tombes, tel un instrument de vengeance. Il ne manquait qu’une fille terrifiée courant dans l’allée en chemise de nuit pour la transformer en véritable affiche de film d’épouvante. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 72) ; « Je marche dans Babel et dans ses dédales. » (Pierre Fatus dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive !, 2015) ; etc.

 

Film "The Gay Bed & Breakfast Of Terror" de Jaymes Thompson

Film « The Gay Bed & Breakfast Of Terror » de Jaymes Thompson

 

Le personnage homosexuel aime visiblement courir, et envisage la fuite de la vierge menacée de viol comme un esthétisme sublime. Par exemple, dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, Catherine est la femme courant « comme si elle avait une bande de loups de Sibérie à ses trousses ». Dans le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque, La Schtroumpfette tourne dans des films d’épouvante. Dans la chanson « Les Enfants de l’aube » de Bruno Bisaro, la voix narratrice se voit en train de courir « sur les talons/l’étalon d’une reine en cavale ». Dans le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler, Martha se rappelle son premier émoi lesbien pour Karen quand elles étaient à l’école ensemble : ce fut lorsqu’elle la vit haletante, poursuivie par le prof de chimie (« Quelle jolie fille ! »). Dans la première scène du film « Close » (2022) de Lukas Dhont, Rémi et Léo, les deux amants de 13 ans, courent comme des dératés.

 

Dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, l’héroïne, Madeleine, joue à merveille la femme traquée, l’héroïne tragique… pas si fugitive que cela, puisqu’elle joue la vierge effarouchée pour noyer le poisson de sa collaboration sexuelle avec celui qu’elle prétend fuir, le méchant Nazi Heinrich : « Je dois quitter Paris au plus vite ! À n’importe quel prix. […] Désemparée, ne sachant pas où aller. […] Pour la première fois de ma vie, je sens la mort qui plane sur moi. Il faut fuir, et vite. » (pp. 20-21) ; « Je voudrais tellement lui dire ce qui m’est arrivé aujourd’hui ? Comment vais-je réussir à garder mon secret ? » (idem, p. 22) ; « Je risque ma peau. Pour qui ? Pour quoi ? Je n’ai que vingt-quatre ans ! » (idem, p. 49) ; « Je suis la maîtresse d’un espion, d’un traître, d’un ennemi ! » (idem, p. 78) ; « Comment le sort a-t-il pu mettre un Boche sur ma route ? […] Comme je regrette ces nuits d’ivresse ! […] Je suis en danger. Où que j’aille, les nazis me rechercheront. » (p. 78) ; « J’étouffe ! Je me revois dans les bras de cette brute. Grâce au ciel, j’ai échappé au pire. » (p. 86) ; « Ai-je eu raison de fuir ? » (p. 136) ; « Il me reste deux rues à traverser pour atteindre Lyon Perrache, lorsque quatre hommes surgissent et s’approchent rapidement de moi. Avant que je n’aie eu le temps de réagir, ils me poussent à terre. Aussi surprise qu’épouvantée, j’appelle à l’aide de toutes mes forces. Cela n’effraie pas mes agresseurs. » (idem, p. 56) ; etc.

 

Mais revenons à notre fugitive dans la forêt, et observons l’attitude qu’elle adopte quand elle y pénètre. En général, elle s’y frotte violemment, même si elle garde une certaine majesté et une démarche solennelle au départ. « Il était une fois une jeune rêveuse qui vagabondait seule dans la forêt. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite par un ami romancier en 2003, p. 61) ; « Somnambule j’ai trop couru dans le noir des grandes forêts. » (cf. la chanson « En rouge et noir » de Jeanne Mas) ; « Il était une fois quelque part dans un pays qu’on ne connaît pas une fée qui avançait dans le froid avançait dans un mauvais temps tonight. » (cf. la chanson « La Nuit des Fées » du groupe Indochine) ; « Je descendis en nuisette et en mules. Je traversai le jardin. Les herbes folles me caressaient les jambes et me faisaient frissonner atrocement. Mais ce n’était rien à côté des ronces cruelles dévorant la chapelle, ronces dans lesquelles, telle Cendrillon, je perdis une mule, et aussi quelques gouttes de sang. La porte de la chapelle était entrouverte. Je me jetai à genoux contre le tombeau de la mère de lady Philippa. » (Bathilde se rendant devant la tombe de lady Philippa, la jeune bourgeoise violée par son père, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 306) ; etc. Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Julia est la femme violée par son père, qui marche seule « avec provocation » dans les rue de Harlem, regardée par tous les passant : « On peut dire qu’elle est perdue. Voilà pourquoi elle marche aussi lentement. »

 

Film "Shortbus" de John Cameron Mitchell

Film « Shortbus » de John Cameron Mitchell

 

Mais très vite, la fugitive s’affole comme une femme hystérique, et paniquer en courant dans tous les sens. J’ai en tête cette scène très importante du film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, dans laquelle on voit Sofia, la « psy », filmée en panique totale dans une forêt, comme si elle était poursuivie par un violeur.

 

La folle course sylvestre « à la Ingrid Bergman » dans la nouvelle « Adiós a Mamá » (1981) de Reinaldo Arenas est à ce titre très signifiante : le narrateur homo se décrit en train de traverser une forêt où il se fait griffer par des branchages et des fougères ; il joue une star de cinéma défigurée et magnifiquement pressée. Cette femme en fuite est généralement sublimée par la figure de la cavalière pourchassée, une amazone désespérée et forte à la fois : Marnie dans le film « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) d’Alfred Hitchcock, Leonora dans le film « Reflets dans un œil d’or » (1967) de John Huston, Mylène Farmer dans le vidéo-clip de sa chanson « Libertine » et de « Je te dis tout », la mariée de la pièce Bodas De Sangre (Noces de sang, 1932) de Federico García Lorca, Tamsin dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, la reine de la chanson « Les Enfants de l’aube » de Bruno Bisaro, Gina G. dans le vidéo-clip de sa chanson « Ti Amo », le roman Sur un cheval (1960) de Pierre Guyotat, etc. « Comme Raftery [le cheval de Stephen, l’héroïne lesbienne] prenait son élan, les singulières imaginations de Stephen se renforcèrent et commencèrent à l’obséder. Elle se figura qu’elle était poursuivie, que la meute était derrière elle au lieu d’être en avant, que les gens excités, les yeux étincelants, la poursuivaient, des gens cruels, implacables, infatigables… ils étaient nombreux et elle n’était qu’une créature solitaire, avec les hommes dressés contre elle. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 165) ; etc. Dans le film « Farinelli » (1994) de Gérard Corbiau, Farinelli, le castra, tombe de fièvre à chaque fois qu’il entend les galops de son cheval blanc qui fend la forêt à toute allure et duquel il serait tombé dans son enfance. En réalité, c’est de son viol et de la castration opérée par son frère qu’il parle, mais il ne le découvrira qu’à la fin du film. Dans le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, on assiste à la cavalcade des amants homosexuels suite au meurtre qu’ils ont commis.

 

La course de la vierge folle renvoie davantage à un viol fui qu’à la course joyeuse de celui qui va de l’avant : « J’ai couru longtemps. Je me suis lavé les mains dans la rivière. C’était juste une dispute. » (Abram, le héros homosexuel, après avoir assassiné la Tonka au poignard, dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (2011) de Peter Fleischmann) La femme qui court dans la forêt peut être aussi la mère qui se dérobe au désir incestueux de son fils homosexuel. « Élisabeth de Bataurie coure vers moi. De toute façon, elle coure toujours vers moi. » (Pretorius, le vampire parlant de sa femme bourgeoise favorite, dans la pièce Confessions d’un Vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; etc. Par exemple, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Hubert, le jeune héros homosexuel, se rêve habillé en costume de marié, poursuivant en vain dans une forêt sa propre maman en robe de mariée, qui galope plus vite que lui. Il a été le « roi » de sa mère dans son enfance, et lui demande à l’âge adulte de « le rejoindre dans son Royaume ». Dans un autre film de Dolan, « Les Amours imaginaires » (2010), Francis, le héros homosexuel, court dans la forêt à la poursuite de Marie, habillée en rouge et portant des talons aiguilles rouges. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Rudolf, l’un des héros homos, écrit un roman dans lequel il se met dans la peau de sa grand-mère, une fugitive qui finit par pleurer pendant sa promenade dans la forêt montagneuse : « Elle marche d’un pas régulier, calme et décidé à la fois. Elle regarde la vallée. Son village est minuscule vu d’ici. Elle décide de tout quitter : sa famille, son village, son pays. C’est agréable d’être seule. Pour la première fois de sa vie, elle est vraiment seule. Elle regarde les passants dans la rue. Leurs mouvements sont beaux. Brusquement, elle pleure. » Au même moment, on voit son pote (homo aussi) Gabriel courir comme une folle perdue dans la forêt autrichienne : il y voit une statue grandeur nature d’un cerf criblé de flèches.

 
 

c) Devenir la Reine du Carnaval immolée au feu de l’été :

La femme violée, illustrant que le désir homosexuel est un fantasme de viol, occupe une place très importante dans les créations artistiques homosexuelles, et donc dans l’inconscient collectif homosexuel : on la retrouve dans le roman El Pecado Y La Noche (1912) d’Antonio de Hoyos, la chanson « Sauvez-moi » de Jeanne Mas, la comédie musicale Into The Woods (1986) de Stephen Sondheim, le film « La Captive » (2000) de Chantal Akerman, le roman L’Homme traqué (1922) de Francis Carco, le vidéo-clip de la chanson « Piece Of Me » de Britney Spears, le film « Cat People » (« La Féline », 1942) de Jacques Tourneur, le film « Mujer Al Borde De Un Ataque De Nervios » (« Femme au bord de la crise de nerfs », 1987) de Pedro Almodóvar, les films « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) et « Psychose » (1960) d’Alfred Hitchcock, les chansons « L’Annonciation », « Libertine », et « Avant que l’ombre » de Mylène Farmer, la nouvelle El Fiord (1969) d’Osvaldo Lamborghini (racontant un viol collectif), le film « Antonia et ses filles » (1995) de Marleen Gorris, le film « La Reine Margot » (1994) de Patrice Chéreau (toujours avec la scène du viol collectif), le téléfilm « Un Amour à taire » (2005) de Christian Faure (avec Sarah, la femme violée), le film « Flying With One Wing » (2004) d’Asoka Handagama (où l’héroïne est violée par le docteur), le film « Beckmann Und Markowski » (1996) de Kai Wessel, le film « Ascetic : Woman And Woman » (1976) de Kim Shu-hyeong, le film « Frenesi » (1996) d’Alfonso Albacete, la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) de Copi, les chansons « Maria-Magdalena » et « Don’t Be Agressive » de Sandra, le vidéo-clip de la chanson « Oui j’l’adore » de Pauline Ester (avec une femme qui vit plutôt bien la maltraitance que lui inflige son compagnon), le film « Tabou » (1931) de Friedrich Wilhelm Murnau, le film « The Woman I Stole » (1933) d’Irving Cummings, le film « La Fontaine d’Aréthuse » (1949) d’Ingmar Bergman (avec le personnage de Viola), le film « Monolog Eines Stars » (1974) de Rosa von Praunheim, le film « La Mort de Maria Malibran » (1971) de Werner Schroeter, la pièce Adriana Mater (2002) d’Amin Maalouf, le film « La jeune fille assassinée » (1974) de Roger Vadim, le film « Daayra, la ronde brisée » (1996) d’Amol Palekar, le film « Wet And Rope » (1979) de Koyu Ohara, le film « Sudden Impact » (1983) de Clint Eastwood, le film « Scarlet Diva » (2000) d’Asia Argento, la pièce Cosmétique de l’ennemi (2008) d’Amélie Nothomb, le roman Éden, Éden, Éden (1971) de Pierre Guyotat, la pièce Démocratie(s) (2010) d’Harold Pinter (avec le viol de la femme caché par quatre comédiens en avant-scène), le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (avec Gabrielle, la femme violée amnésique, en fuite), le film « Belly Dancer » (2009) de Pascal Lièvre (avec l’identification à la femme violée), la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim (avec la femme violée par « le Cosaque »), le one-woman-show de Betty Speaks (2009) e Louis de Ville, le film « Le Locataire » (1975) de Roman Polanski (avec l’identification des personnages homosexuels à la femme violée), le film « Totò che Visse Due Volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresco (avec le viol de l’ange), etc.

 

D’ailleurs, il n’est pas rare d’entendre le personnage homosexuel dire sa fascination identificatoire à la femme violée : « Rien n’est plus émouvant qu’une belle femme qui souffre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 77) ; « Je la regarde : elle a vingt ans. Je la regarde : elle est blonde, elle a la peau douce et une expression fatiguée, elle a peur. Je la regarde : elle passe la porte que Gisèle devant elle retient, elle passe la porte et elle plonge en enfer pour tenter de sortir d’un autre enfer. C’est le début du printemps, les frimas d’avril, elle laisse derrière elle les arbres que le vent fait frissonner, une jeunesse pauvre et digne, des illusions peut-être et elle pénètre dans la chaleur artificielle d’une ancienne demeure bourgeoise reconvertie en maison close. Elle vient vendre son corps puisque c’est tout ce qu’il lui reste. » (Vincent décrivant la mère-prostituée d’Arthur, son amant, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 203) ; « J’aime Hadda. Elle est noire, Hadda. Elle est très grande. Je n’arrive pas à lui donner un âge. Vingt ans ? Elle ressemble à une femme que j’ai connue de loin, juste avant l’adolescence. Qui ? Où ? Une parente ? Une parente noire ? Hadda ne parle pas. On lui a coupé la langue ? Elle n’a plus rien à dire ? Elle a déjà tout dit ? tout ? Tout ? On m’a dit qu’elle était devenue muette. […] Je l’ai suivie, Hadda. Un corps généreux, tellement noir. Un corps vaste, inédit. Beau ? Un corps pour les hommes, les saints, les dieux. Les enfants. Un appel. […] Où commencent les origines de Hadda ? De quelle forêt arrive-t-elle ? » (Omar en parlant de la bonne – qu’il définit très souvent comme une prostituée –, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, pp. 78-79) ; « J’avais rêvé que j’observais le viol de lady Philippa par les vitraux brisés de la chapelle. En même temps, j’étais lady Philippa moi-même, contemplant terrorisée mon propre visage dans l’ouverture en forme d’ogive, depuis la pierre tombale où je subissais ce terrible attentat. En revanche, mon agresseur lui-même n’était dans mon rêve qu’une masse sombre et sans visage. » (Bathilde dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 303) ; etc.

 

L’identification à la femme bourgeoise abusée est massive : « Tu me hais, comme tous les pédés haïssent les femmes, sauf dans les films en noir et blanc où les actrices y souffrent avec dignité. » (Diana à Mitchell, dans la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane) ; « À partir du moment où il était entré dans cette maison, il n’avait rien vu que le visage de Berthe renversé en arrière dans le désordre de sa chevelure opulente. » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 113) ; « À sa façon, il l’aimait, mais il ne l’aimait que malheureuse, la plaignant dans son cœur avec cette mystérieuse sincérité des êtres doubles. » (Oncle Firmin par rapport à Élise, idem, p. 223) Par exemple, dans son spectacle Charlène Duval… entre copines(2011), Charlène Duval (un homme travesti) se met à la place de Tina Turner (en racontant que cette dernière a été battue par son mari). Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1979) de Manuel Puig, Molina, le personnage homosexuel, est fasciné malgré lui par la femme violée cinématographique ; quand il raconte ses films des années 1930 à son compagnon de cellule, Valentín, qu’il tente par la même occasion de draguer, il ne cache pas sa complaisance face à la position de soumission de ses héroïnes féminines : « Le magnat lui flanque une gifle terrible qui la fait tomber par terre, et s’en va. Elle reste étendue sur un tapis qui ressemble à de l’hermine, ses cheveux sont encore plus noirs que l’hermine est blanche, et ses larmes qui scintillent, on dirait des étoiles… » (p. 217) ; « Elle est la fois une déesse, et une femme très fragile, qui tremble de peur. » (idem, p. 57) Valentín tente de le raisonner : « Pour être femme, il ne faut pas être… je ne sais pas, moi… martyre. » (p. 230) Mais rien n’y fait. Molina justifie tout par l’esthétique, y compris le viol.

 

Le personnage homosexuel est attaché à la femme violée comme à une mère, ou une jumelle narcissique (cf. je vous renvoie au code « Viol », ainsi qu’à la partie « Mère-putain » du code « Matricide » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard, la mère de Dzav se prostitue au Bois de Boulogne. Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, la forêt est directement liée à la prostitution maternelle : dès que le couple homo y pénètre, il se demande s’il ne va pas y croiser une prostituée : « Et si on trouvait une prostituée pour ton père ? » (Khalid à Omar, p. 124) Dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, la forêt est le lieu de l’adultère : c’est là que Suzanne Pujol (la mère jouée par Catherine Deneuve) vit toutes ses aventures extra-conjugales. Les premières images du film la montrent d’ailleurs en train d’y faire son jogging avec son survêtement rouge.

 

Le viol n’exercerait pas d’attraction fantasmatique chez le personnage homosexuel s’il n’était pas magnifié par les réalisateurs de cinéma, et s’il n’était pas suivi d’une vengeance. La femme violée est belle surtout parce qu’elle revient à la charge de celui qui a/aurait abuser d’elle (cf. je vous renvoie à la partie « Catwoman » du code « Femme-Araignée » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Mireya [l’héroïne de la série La Vie désespérée de Mireya, la blonde de Pompeya] taillade le visage du Morocho, son homme, avec une bouteille de vin Mendoza qu’elle a cassée sur le comptoir en étain du café El Riachuelo. Mireya court désespérée dans la rue. Il pleut des cordes. La blonde s’appuie contre un réverbère et pleure à chaudes larmes. Ses pleurs se mélangent aux gouttes de pluie. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 247)

 

Si le personnage homosexuel se passionne pour la femme violée comme un fanatique épicurien se prosterne devant un char de mi-carême. En même temps qu’il rêve de la destruction flamboyante de son idole féminine, il sait que les flashs des photographes qui la consument/la consomment, l’immortalisent aussi, la rendent toute-puissante.

 

La reine du carnaval coiffée sur un poteau d’exécution (parfois un tronc d’arbre de forêt) est un cliché homosexuel très couru dans les œuvres artistiques homo-érotiques (cf. je vous renvoie à la partie « Carnaval » du code « Clown blanc et masques », et à la partie « Saint Sébastien » du code « Adeptes des pratiques SM » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels). Son viol a lieu en général un soir de Mardi gras : « Par le plus grand des hasards, ça tombait le jour de la mi-Carême. » (Avril parlant du meurtre que lui et Lacenaire ont perpétré, dans la pièce Lacenaire (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt) ; « Mon premier souvenir, c’était le soir du bal de Mardi gras. C’est vraiment mon premier souvenir. Avant le printemps dernier, je ne me souviens de rien, de rien du tout. C’est comme si ma vie avait commencé et fini ce soir-là. » (Catherine dans le film « Suddenly Last Summer », « Soudain l’été dernier » (1960) de Joseph Mankiewicz) ; « C’était un soir de Mardi gras, le dernier jour du carnaval. » (cf. la chanson « La Légende de Rose Latulipe » de Cindy et Ronan dans la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon, où Rose Latulipe rencontre le diable) ; « Un jour, influencé par l’atmosphère permissive du mardi gras, quelqu’un émit l’idée vague, en lorgnant l’objectif qui saillait sur mon ventre, de photos porno. […] Quelques jours plus tard cependant, Didier, dans l’oreille de qui l’idée avait fait mouche, me proposa sans ambages d’immortaliser ses ébats avec sa copine Aurore. » (la voix narrative, dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 24-25) ; « Ta mère est là, quelque part, en train de faire son dernier carnaval. » (le marabout parlant à Patrick, travesti, dans le film « 30° couleur » (2012) de Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue) ; etc.

 

Dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, il n’est pas anodin que l’explosion meurtrière de la chaudière qui met le feu à la fête interlope et fait un carnage de « folles homos » dans l’Hôtel Continental ait lieu un soir estival de carnaval : « C’est mardi, mais c’est mardi gras. Aujourd’hui, les folles du Continental sont permises de se travestir, elles vont et viennent sans arrêt des galeries Lafayette qui se trouvent tout près, ce soir il y a un grand bal autour de la piscine. » (p. 129) ; « Et c’est Paris au mois de mai. » (p. 132) Dans le film « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, au cinéma Orpheus, en bas de chez Giles le héros homo (qui habite avec une femme muette, Elisa, qui fait l’amour avec une bête de l’Espace), est à l’affiche le film « Mardi Gras : Descente aux enfers ». Dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, Segundo se trucide le pied par flagellation pendant le carnaval péruvien. Dans le roman Harlem Quartet (mise en scène par Élise Vigier en 2018) de James Baldwin, Julia Miller, la fille-à-pédés, violée par son père, et qui devient mannequin, raconte, sur fond d’amnésie et de fête, qu’elle a reproduit le viol de son enfance : « Pour Mardi gras, des gens m’ont photographiée, ici, à la Nouvelle-Orléans. J’ai rien compris. Et je suis ici. […] À chaque fois que je me mettais à dormir, je faisais des rêves horribles. » Je vous renvoie aussi aux fantômes homosexuels de la boîte gay du film « Poltergay » (2006) d’Éric Lavaine, discothèque qui a brûlé dans les années 1970 (cf. le code « Milieu homosexuel infernal » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Dans le vidéo-clip de la chanson « Thriller » de Michael Jackson, on retrouve la femme violée dans un bois suite à une sortie loisir au cinéma avec son petit copain (ce dernier finira par se transformer en monstre). Dans le film « Gilda » (1946) de Charles Vidor, Rita Hayworth se définit comme la reine du carnaval qui va mourir. Le film « The Queen » (2006) de Stephen Frears nous montre une Reine d’Angleterre dans la tourmente médiatique, et à qui l’on discute la couronne et la légitimité.

 

Au départ, la femme est érigée sur un piédestal, comme une vraie duchesse. « Vamos, subiendo la cuesta, que arriba la noche se viste de fiesta… » (cf. les paroles d’une chanson de Tita Merello, entonnée au moment où China meurt assassinée par un coup d’État, dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) ; « Nous courûmes tous vers Notre-Dame, la Reine des Rats en tête, suivis du serpent, et nous grimpâmes sur le haut du balcon d’où la Reine adressa un bref discours à la foule. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 93) ; etc.

 

Puis l’intronisation laisse place à la détronisation et au massacre : « C’est de ta faute si nous mourrons de faim. […] Tu es une mauvaise reine. Je vais te manger ! » (la Princesse à sa mère la Reine, dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Je déteste les cantatrices d’opéra, il est impossible de les faire taire. » (Cyrille dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi)

 

Par exemple, dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, le Thénardier dit à sa femme qu’il « l’a violée un soir près de Versailles ». Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Camille se dirige vers les flammes de l’arbre qui a tué son fils et qui brûle. Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, un soir de carnaval urbain brésilien, Rosa, la jolie prostituée, manque de se faire égorger au rasoir par le client du bar où Julien lui déclare son amour. Puis, au milieu de la foule, Julien lui déclare son amour. Mais, entraînée par la fête, Rosa se dérobe. Ils se prêtent serment sous un voile rouge : une déclaration d’amour qui sent le soufre car elle repose sur un ultimatum, une promesse d’amour que Rosa ne va pas tenir.

 

Le fan et sa déesse se donnent mutuellement rendez-vous pour la fusion destructrice finale : « Je vous attends dans l’au-delà per il grande finale ! » (la cantatrice Regina Morti, idem) ; « C’est le rêve de ta vie de te faire bien empaler, enculé efféminé, petite Reine de la Beauté du podium de ton quartier. » (Fifi à Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 304) ; « Le perroquet vert, témoin d’un meurtre d’une princesse russe, et qui perdait les plumes. » (Copi, La Cité des Rats (1979), p. 75) ; « J’ai été intronisée Andouille de France. » (Zize, le travesti M to F, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; etc.

 

Dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, Abram, le héros homo, a rencontré la Tonka lors d’un carnaval, et se force à tomber amoureux d’elle, avant de l’assassiner : « J’ai décidé d’essayer avec la Tonka. »

 

Au fur et à mesure, la reine carnavalesque se met à trébucher de ses talons hauts, à perdre son prestige : « Elles trébuchaient dans l’escalier, dans les couloirs elles chancelaient, et leurs rires nous fusillaient, nos mères désemparées. » (cf. la chanson « Nos Mères » des Valentins) Le peuple qui a jadis adulé l’actrice la traîne maintenant en procès parce qu’elle a osé être humaine. Par exemple, dans la nouvelle « Les Potins de la femme assise » (1978) de Copi, on nous raconte la lente descente aux enfers de Truddy, une femme apparemment ordinaire, qui va peu à peu être intronisée comme une reine du carnaval, avant de finir livrée à la vindicte populaire, à la destruction massive sans motif apparent : « Tout le restaurant éclata de rire lorsqu’elle trébucha sur le pas de la porte et s’écroula par terre. » (p. 31) ; « Elle se retrouva, couverte d’ecchymoses, sur le sol de la voiture que les gens secouaient. » (idem, pp. 34-35) ; « Deux rangées de motards protégeaient le cortège de cris hostiles de la foule qui se massait à leur passage sur les trottoirs. Le mot ‘guillotine’ était scandé de plus en plus fermement. Truddy s’agrippa aux grilles et cria ‘Help ! Help ! Help !’ le plus fort qu’elle put. » (p. 36) ; « Dans un dernier flash, elle vit le visage de sa mère, morte à sa naissance et qu’elle n’avait connue que par des photos. » (p. 40) Dans L’Hystéricon(2010) de Christophe Bigot, le lecteur assiste à une fête finale tournant autour de la peste de l’histoire, Amande, une fille qui, parce qu’elle a trop brillé et qu’elle a croqué tous ses camarades pendant le roman, va « passer à l’échafaud » sur décision de la collectivité : « Tout le monde s’étais mis sur son trente et un pour cette soirée d’adieu. Les couleurs exaltant le bronzage étaient de sortie, environnées de parfums légers ou capiteux, boisés ou fruités. Mais Amande était à coup sûr la plus belle, une fois encore. […] Avec son turban cerise sur la tête, son débardeur assorti, sa minijupe noire et ses espadrilles à talon compensé, elle était ravageuse, et elle le savait. Une véritable reine. Mais ce qu’elle ignorait, c’est qu’elle venait en réalité de faire une toilette de condamnée à mort. » (pp. 418-419)

 

Très souvent, le personnage homosexuel observe sa princesse flamber sur un char qu’il a lui-même : « La jeune prostituée était devenue une torche vivante, elle courait dans tous les sens, s’écrasant contre les derniers miroirs qui volaient en éclats. » (cf. la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, p. 55) ; « J’espère qu’un jour elle flambera avec ses nylons et sa torche. » (la voix narrative à propos de Marilyn, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 71) ; « Où est-elle ? Ça sent le brûlé ! Oh, zut, je l’ai mise dans le grille-pain ! Qu’est-ce qu’elle a rétréci, on dirait une baudruche. » (Loretta Strong dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi) ; « Je leur [les Hommes-Singes de l’Étoile Polaire] fous une grenade ! Et hop ! Bon débarras ! Aïe, je brûle ! Faites-moi une place dans le frigidaire ! » (idem) Par exemple, lors du concert Météor Tour (2010) d’Indochine à Bercy, une Miss Italy sous les flammes est exhibée en gros plan sur les trois écrans géants de la scène.

 

Cette crémation iconoclaste est en partie désirée par le personnage homosexuel. Son rapport avec la reine est idolâtre, c’est-à-dire qu’il est d’ordre passionnel : c’est un « je t’aime/je te hais », une attraction-répulsion. Comme il le ferait avec une poupée vaudou sacrée, il la maltraite : « Je te tue, Madame ! Tu sais ce que je vais faire avec ta porcelaine de Limoges ? Je vais te lacérer les fesses et je vais te crever les yeux, ma petite patronne ! » (Goliatha à « L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Le perroquet vert, témoin d’un meurtre d’une princesse russe, et qui perdait les plumes. » (Copi, La Cité des Rats (1979), p. 75) Mais cette maltraitance se veut acte d’amour : si le héros gay incendie sa star, c’est pour prouver qu’elle est indestructible. Il faut que ça finisse mal, éternellement mal, pour cette pauvre reine du carnaval incendiée ! C’est la règle ! Par exemple, dans son spectacle Charlène Duval… entre copines (2011), Charlène Duval (un homme travesti) se met dans la peau d’une jeune fille « pauvre, laide, sans avenir […] maltraitée par un macro, qui meurt à la fin dans une super-production » ; plus tard, elle continue de rêver d’une mort cinématographique féminine grandiose : « Le rôle de ma vie, c’est Marie-Antoinette. » (Charlène Duval dans le spectacle Charlène Duval… entre copines (2011) de Charlène Duval) Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, l’héroïne lesbienne s’émeut pour Marie-Antoinette, « la reine infortunée, comme si, pour quelque raison, la malheureuse femme en appelait personnellement à Stephen. » (p. 314) ; « Je suis certain d’être bon pour la guillotine, rien qu’à y penser mes cheveux se dressent sur ma tête. Quand je songe au procès qui m’attend je suis encore plus effrayé. Tant pis, je me suiciderai quand cette vie me deviendra trop dure. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 125)

 

La Reine du héros homosexuel est celle qui ne part jamais, même quand elle fait ses adieux : « La tradition veut que je ne meure jamais ! » (la Reine dans la pièce La Pyramide !(1975) de Copi) Son fan veut « mourir pour toujours sur scène », comme elle (ou comme Dalida) : « Restons ici, ma Fifi ! Moi je vais mourir aussi ! C’est mon dernier printemps ! » (Mimi à Fifi dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 300) Dans la nouvelle « La Mort d’un phoque » (1983) de Copi, suite au carnage opéré sur la reine du carnaval Glou-Glou Bzz « au milieu d’un désordre phénoménal (les tables cassées parmi les bouteilles arrosées de confettis) » (p. 22), le narrateur se fait à son tour massacrer et « trucider la bite » : « À chaque fois que je laissais échapper un cri, l’assistance repartait d’un gros rire. […] Et ne songeons même pas à demander de l’aide aux esquimaux : pour cette peuplade, Glou-Glou Bzz représentait plus qu’une reine. » (p. 24) Le protagoniste homosexuel suit celle qu’il a immolée/qui a été immolée jusqu’à la tombe, dans une imitation parfaite de la mise en scène meurtrière du carnaval.

 

Le viol de la reine du carnaval se déroule en général en plein été, de préférence le soir (comme s’il s’agissait d’un cauchemar, d’une pure parenthèse) : « Quel maquillage porte à l’aube maman ? » (Copi, Un Livre blanc (2002), p. 27) Par exemple, dans la pièce La Pyramide (1975) de Copi, la mère apparaît sous les traits d’une souveraine carnavalesque violée « un soir de juillet ». Dans le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, Laura, l’héroïne lesbienne, se fait passer, le temps d’un été, pour un garçon ; elle sera punie de son mensonge par l’ensemble de ses camarades de jeu qui, une fois le pot aux roses découvert, décideront de la déshabiller en pleine forêt, pour la punir. C’est l’été, dans la forêt, que se fait parfois la rencontre du personnage homosexuel avec le diable violeur : « Au début de l’été […] l’intrus se tenait là et me regardait de ses yeux bleus grands ouverts. […] Dégoûté de lui – et surtout dégoûté de ce qu’il m’avait fait perdre mon empire sur moi-même –, je lui lançai : ‘Allez donc au diable !’ […] L’incident venait d’avoir lieu dans le bois des pins. » (Garnet Montrose concernant sa rencontre avec Daventry, dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, pp. 40-41) ; « Savez-vous qu’un pucelage ne pèse pas lourd un soir d’été ? » (Démétrius à Helena quand ils se trouvent en forêt, dans la pièce Le Songe d’une nuit d’été (1596) de William Shakespeare) ; « C’est mon premier été. » (Tareq, le héros homosexuel syrien arrivé en Finlande, dans le film « A Moment in the Reeds », « Entre les roseaux » (2019) de Mikko Makela) ; « Dans la chaleur de l’été… c’est sûr il va se passer des trucs. » (Vincent, héros homo, dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare) ; etc.

 

C’est la raison pour laquelle cette saison est crainte : « ‘Je me suis toujours méfié de l’été’, avait dit Pierre Gravepierre. Pourquoi résonnaient-ils comme une vérité première, inattaquable ? Pascal n’eut pas besoin de chercher longtemps la réponse. Tout ce qui lui était arrivé de pire, lui était arrivé en été. » (Claude Brami, Le Garçon sur la colline (1980), p. 123) ; « L’été cet enculé pousse même le vice jusqu’à me faire demander l’heure aux frimeurs à lunettes réfléchissantes. » (Vincent dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 58) ; etc. Elle est annoncée sous les auspices de la mort et de la violence insouciante : « Tu lis Les Fleurs du mal ‘aimé’ : c’est le livre le mieux pour l’été. » (cf. la chanson « Toc de mac » d’Alizée) ; « Pourquoi on parle d’avenir ? C’est l’été, Chloé ! » (Malik parlant à Chloé dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Les escaliers du Sacré-Cœur de Paris. Un nuit du mois d’août. » (cf. les didascalies de la Acte I de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 299) ; « Après maintes étés est mort le cygne. » (George citant un roman d’Aldous Huxley dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford) ; « Jane regarda une nouvelle fois le bâtiment en ruine qui s’élevait de l’autre côté de la rue, comprenant que, même en été, son ombre s’étirerait dans la chambre, étouffant toute chance de chaleur. Elle avait pris l’immeuble de derrière pour une réplique, plus jolie que le leur, plus élégant et rénové, mais peut-être était-ce l’inverse et leur bâtiment était-il le reflet de l’immeuble délabré. Cette idée lui donna l’impression d’être petite, et l’enfant qu’elle portait plus petit encore, un poisson solitaire piégé dans des eaux fluviales. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, pp. 70-71) ; « Il fait une chaleur d’hété…ros ! » (Seb, personnage homo, décrivant une situation orageuse, dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion) ; etc. L’été décrit dans les fictions homosexuelles s’apparente à la fournaise d’un enfer symbolique. Par exemple, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Frank, le héros gay, décrit l’ambiance de la backroom où il s’est rendu, cette pièce obscure imprégnée d’une atmosphère « violente comme une brise d’été ». Dans le film « Une si petite distance » (2010) de Caroline Fournier, la canicule estivale est présentée comme un moment de mort. Dans le film « Vacation ! » (2010) de Zach Clark, des vacances d’été entre quatre amies de collège dégénèrent, et se concluent tragiquement. Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Mathan, le jeune héros homosexuel, affirme que « l’été, c’est l’adversaire de la Création »… ce à quoi répond son ex-amant Jacques : « Eh bien il faut le vaincre. […] J’aime bien être dans le renoncement de l’été. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Rupert, le héros homosexuel, parle de « l’été de mes 11 ans » comme un événement traumatique où il a été à la fois violé symboliquement par ses camarades de classe, et trahi par la star (John F. Donovan) qu’il idolâtrait. »

 

On retrouve les liens de coïncidence entre l’été homosexuel et le viol dans de nombreuses œuvres homosexuelles : cf. le film « A Midsummer Night’s Dream » (1999) de Michael Hoffman, la chanson « Gourmandises » d’Alizée (« Les baisers d’un été où la main s’achemine… […] Oh Loup, y es-tu ? »), la chanson « Cruel Summer » du groupe Bananarama, le film « Pluies d’été » (1977) de Carlos Diegues, la chanson « Trois nuits par semaine » du groupe Indochine, les chansons « L’Été », « Un Merveilleux Été » (racontant une rupture amoureuse), et « Les Bords de Seine » d’Étienne Daho, le roman El Mismo Mar De Todos Los Veranos (1978) d’Esther Tusquets, le roman La Mort en été (1953) de Yukio Mishima, le film « Été 85 » (2020) de François Ozon, le film « Summer Blues » (2002) de Frank Moslvold, le film « Tania Borealis ou l’étoile d’un été » (2001) de Patrice Martineau, le roman El Color Del Verano (1982) de Reinaldo Arenas (roman d’anticipation racontant le débordement frénétique d’un carnaval de la Havane sous la dictature cubaine), le roman Chronique d’un été (2002) de Patrick Gale, le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, le film « Le Sable » (2005) de Mario Feroce, le film « Laberinto De Pasiones » (« Le Labyrinthe des passions », 1982) de Pedro Almodóvar, le film « Aux folles les pompiers ! » (2003) de Didier Blasco (« Elles ne sont pas toutes mortes cet été. Certaines ont survécu. Voici le témoignage de deux rescapées. »), le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, le film « Froid comme l’été » (2002) de Jacques Maillot, le film « Les Orages d’un été » (1996) de Kevin Bacon, le film « L’Été de mes 17 ans » (2004) de Chen Yin-yung, le film « Summer Of Sam » (1999) de Spike Lee, le film « Summer Storm » (2004) de Marco Kreuzpaintner, le film « Summer Wishes, Winter Dreams » (1973) de Gilbert Cates, le film « Le Zizi de Billy » (2003) de Spencer Lee Schilly, le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitmann (qui se déroule pendant les grandes vacances), le film « The Greenage Summer » (1961) de Lewi Gilbert, le roman Été (1982) de Jean-Renaud Camus et Denis Duvert, le film « Dernier été à New Ulm » (1995) de Keith Froelich, le film « Vols d’été » (1988) de Yousry Nasrallah, la chanson « Réveiller le monde » de Mylène Farmer, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, le roman Le dernier été des Indiens (1982) de Robert Lalonde, les films « Jeux d’été » (1951) et « Sourires d’une nuit d’été » (1955) d’Ingmar Bergman, le roman Un Été indien (1943) de Truman Capote, le recueil de poèmes Amor de Verano (1985) de Nancy Cárdenas, la pièce Le Songe d’une nuit d’été (1595) de William Shakespeare, le roman Les Autres, un soir d’été (1970) d’Hector Bianciotti, le film « Parfum d’absinthe » (2005) d’Achim von Borries (avec la vague estivale de suicides), le film « Un Été américain » (1969) d’Henry Chapier, le concert Météor Tour (2010) d’Indochine (où le lien entre été et guerre est fait), le film « Pauline » (2009) de Daphné Charbonneau, le film « And Then Came Summer » (« Et quand vient l’été », 2000) de Jeff London, le téléfilm « Clara, cet été-là » (2002) de Patrick Grandperret (avec le thème de la perte de la virginité), le film « Il Compleanno » (2009) de Marco Filiberti (avec la mort de Francesca, la femme de Mateo qui se fait écraser par une voiture quand elle découvre Mateo au lit avec un homme), la chanson « Summertime Sadness » de Lana del Rey, le film « Frauensee » (« À fleur d’eau », 2012) de Zoltan Paul, le film « Sexual Tension : Volatile » (2012) de Marcelo Mónaco et Marco Berger, le film « My Name Is Love » (2008) de David Färdmar, le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, le film « Hors Jeux » (1980) d’André Almuro, film « Daniel » (2012) de Vincent Fitz-Jim, le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet (avec l’été toujours meurtrier), etc.

 

Le viol homosexuel a lieu en général pendant un soir d’été, ce moment flou de transition entre le fantasme du viol et la réalité fantasmée du viol : « Un jeune homme rencontre un étranger pour un plan sexe, une expérience qui va le changer à jamais… » (cf. description du film « Spring » (2011) de Hong Khaou sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris) ; « Je suis homo, j’avais un copain qui est mort cet été, on l’a assassiné sous mes yeux. » (Kévin parlant de son amant Bryan, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 460) ; « J’me suis fait violer quand j’avais 15 ans. Un été, par un oncle. » (Marie dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow) ; « La lun’ se lève dans le ciel rouge comm’ par un’ nuit d’été ! Cachafaz et la Raulito vont passer de l’autre côté ! » (le Chœur des voisines dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Pour toi, j’ai perdu l’innocence, l’honneur, l’honorabilité. Je t’ai connue sur le trottoir, le corps ouvert de falbalas, là-bas, là-bas sur les ramblas. Au bord du fleuve, un soir d’été. » (Cachafaz à son amant Raulito, idem) ; « C’était l’été de nos treize ans. L’été des sœurs de sang. Dovid a eu migraine sur migraine, cet été-là. » (Ronit dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 217) ; « Tous les étés sont meurtriers. » (le sosie homosexuel d’Isabelle Adjani dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « C’est meilleur que l’été indien. » (les deux chanteurs, en prononçant cette phrase, se coupent chacun le visage en deux, idem) ; etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi

 

Dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, Ahmed perd son seul et unique amour l’été : « Oui, l’être aimé. Car s’il n’était pas certain au début de l’été de ses sentiments envers Saïd, la romance des dernières semaines l’a affirmé, et la mort vient de le confirmer : il était amoureux de son ami, quoi qu’il fût. » (p. 47) Dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, l’été est associé à la fois à la fusion homosexuelle et à la rupture entre les amantes : « Dans son lit, par cette tiède nuit d’été austral, Gabrielle s’étonne des remous imprévisibles qui créent en elle les mots de la lumineuse Émilie. Égarée, emportée dans un vertigineux tourbillon, il lui revient en mémoire la détresse d’Ulysse sur le point de succomber au chant mortel des sirènes. » (pp. 72-73) ; « Vous dans votre hiver, moi dans mon été. » (Émilie s’adressant à sa compagne Gabrielle, idem, p. 175) Le film « Last Summer » (2013) de Mark Thiedeman relate l’histoire de deux adolescents que la vie (et l’été) va séparer. Dans le film « Le Maillot de bain » (2013) de Mathilde Bayle, l’été se revêt d’inceste : le jeune Rémi, 10 ans, ressent son premier émoi pour un beau papa de 35 ans. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, chaque été, c’est le temps de l’absence de Georges (en voyage) et de la mort du couple Georges/William. Dans le film « Mourir comme un homme » (2009) de João Pedro Rodrigues, Tonia le trans raconte comment il a été violé à jamais par le regard de son amant, un soir d’été. Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar assassine son amant Khalid pendant l’été, en plein cœur d’une forêt : « L’été était triste. La vie mélangée au vin rouge bon marché était triste. » (p. 96) ; « Il n’y aura pas de prochaines vacances d’été. Tout s’arrête ici. » (p. 170) Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, sur la terrasse de l’appartement new-yorkais de Michael et Harold, on lit cette inscription au mur : « SUMMER 1918 ». Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Abby raconte qu’elle a couché avec son amie d’enfance Carol qu’elle connaît depuis l’âge de 10 ans, un soir d’été. Dans le film « La Maison vide » (2012) de Matthieu Hippeau, Vincent, homosexuel, pénètre dans une maison vide pour la cambrioler, en plein été. Dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, le mélange entre été, guerre, carnaval, et homosexualité, est complet : « Vous dites : cet été est si beau. On s’en veut de l’aimer tellement. Je dis : on oublie la guerre avec ce merveilleux soleil. La guerre, on ne sait plus ce que c’est. Vous dites : ce sont des choses épouvantables, les choses que vous dites, vous ne devriez pas dire de pareilles choses. Vous pensez comme moi. Vous oubliez la guerre. » (Vincent à Proust, p. 19) ; « Sans la guerre, sans ce magnifique été de l’absence des hommes, nous serions-nous rencontrés ? » (idem, p. 24) ; « Après tout, pourquoi cet été de toutes les tragédies ne pourrait-il pas être l’été de toutes les comédies ? » (idem, p. 28) ; « Rien n’a changé dans nos tranchées de boue séchée au soleil de juillet. » (idem, pp. 138-139) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Viol dans la forêt :

Existe-t-il des correspondances concrètes entre le code de la « femme vierge violée un soir de carnaval ou d’été dans une forêt » et les personnes homosexuelles réelles ? Bien sûr que oui. Les symboles ne tombent pas comme ça du ciel : ils ont bien été créés par plusieurs consciences humaines ; et ils traduisent au moins une réalité fantasmatique qui mérite d’être étudiée.

 

Certains auteurs homosexuels nous montrent du doigt ce lieu énigmatique de la forêt, sans même savoir eux-mêmes trop pourquoi : « C’est un peu des fantômes au bord des allées du bois. » (Gilles parlant de ses circuits de drague homosexuelle au Bois de Vincennes, dans l’émission Backstage à la radio France Culture, le lundi 23 mai 2016, à propos du film « Promenons-nous dans les bois » de Claire Simon) ; « Pour Philippe, ce chemin vers la forêt… Salam… Abdellah. » (cf. dédicace personnelle du romancier Abdellah Taïa sur mon exemplaire de son roman Jour du Roi, à la Librairie parisienne Les Mots à la Bouche à Paris, le 10 septembre 2010) Selon eux, la forêt serait le théâtre d’un viol : « Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon et Nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait. » (Rimbaud dans une lettre à Paul Demeny, le 15 mai 1871) ; « Je suis folle de rage de ce qu’en face de trois hommes, une carabine et piégée dans une forêt dont on ne peut s’échapper en courant, je me sente encore aujourd’hui coupable de ne pas avoir eu le courage de nous défendre avec un petit couteau. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie, 2006) ; « À sept ans, ce garçonnet [Ednar] subit des attouchements sexuels de la part d’un collègue de travail de son père. Malheureusement, sachant que personne ne s’intéresserait à son problème, il ne put se confier. Man Éloi, sa mère, ne détectait pas les soucis de son fils, ni à quel point il était martyrisé par son frère. Il ne put jamais trouver les mots pour exprimer son désarroi et sa souffrance. […] Et voilà qu’en plus de toutes ces difficultés, un autre drame s’ajouta à son calvaire. Une nouvelle tentative d’agression sexuelle perpétrée par Octave [23 ans], l’un des meilleurs copains de son frère Hugues. À onze ans, la vie d’Ednar commençait par une descente aux enfers, cet abîme qui déjà le convoitait en le livrant à la merci et à l’incompréhension des personnes censées l’aimer et le protéger. Affecté par ce sentiment de culpabilité, cet enfant ne put dévoiler les secrets trop lourds à porter dans son cœur. Jamais dans sa famille il n’osa avouer son malheur dans le sous-bois. Il en parla à demi mots à ses copains de classe, qui eux non plus n’avaient pas le droit de répéter ces choses-là aux grandes personnes. À l’époque, il n’était pas permis aux jeunes enfants de dénoncer les perversités ni les égarements des anciens. […] Ce traumatisme inavouable fut l’un des plus grands secrets de sa vie. Et lorsqu’il devint adulte lui-même, il évoqua cette mauvaise rencontre comme ‘l’incident’ qui n’aurait jamais dû être. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son roman autobiographique Un Fils différent (2011), pp. 12-13) ; etc.

 

Je vous renvoie également au documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan (sur la transsexualité), au chapitre intitulé « La Belle au bois violée » de l’essai Qu’avez-vous fait de la libération sexuelle ? (2002) de Marcela Iacub, à la première planche de la B.D. autobiographique Journal (1) (1997) de Fabrice Neaud (qui démarre précisément par une agression au centre aéré dans une forêt), à la biographie Femme qui court (2019) de Gérard de Cortanze (sur Violette Morris).

 

FORÊT 7 Fabrice Neaud

 

A priori, on pourrait se dire que la peur de la forêt n’a rien de spécifiquement homosexuel. En effet, je ne connais pas grand monde qui ne serait pas effrayé à l’idée de connaître l’expérience solitaire d’une nuit en pleine forêt… ; et puis la forêt où habiterait le grand méchant loup hante depuis très longtemps l’imaginaire des enfants.

 

Seulement, c’est sur la résurgence de ce thème enfantin dans le discours de personnes maintenant adultes (et dont beaucoup sont homosexuelles), que j’aimerais retenir votre attention, car celle-ci nous explique la nature du désir homosexuel : un désir enfantin, en apparence festif et chaleureux, mais qui est fondé sur un éloignement du Réel, une peur de la sexualité, et une attraction idolâtre pour le viol cinématographique (et parfois réel). Encore une fois, j’indique une tendance et des généralités du désir homosexuel, qui ne sont pas des généralités sur LES homos.

 

« Un jour, chez des amis, alors que les parents étaient fort occupés à deviser dans le fond du parc, je fus le témoin d’une véritable orgie enfantine, à laquelle, d’ailleurs, je ne pris aucune part, me sentant trop décontenancé à la vue des petites filles. Des frères, des sœurs, d’autres garçons se livraient à des expériences sexuelles très poussées et je garderai toujours en mémoire le spectacle de la sœur d’un de mes camarades ‘utilisée’ par quatre garçons à la suite… Cette scène (qui se renouvelait, d’ailleurs, paraît-il, à chacune des réunions familiales, à l’insu des parents, naturellement) fut interrompue, ce jour-là, par l’entrée intempestive de la mère de l’une des fillettes… Ce fut un beau scandale. Il y eut des scènes pénibles. Un procès faillit en résulter mais, au cours des interrogatoires, chacun se tira d’affaire par des mensonges. Cet épisode aux couleurs crues s’imprima profondément dans mon esprit et me fit, plus que jamais prendre en horreur les filles et les femmes. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 79)

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi

 

Mes amis. Quand je vous dis que mon Dictionnaire des Codes homosexuels est inspiré et qu’il me dépasse en grande partie, ce n’est pas de la connerie. Le 10 octobre 2014, un ami de Facebook, David Hockley, m’a filé le lien d’un documentaire, « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check, qui retrace le parcours de trois personnes homosexuelles qui ont découvert l’Amour de Jésus et de l’Église catholique pour elles. Et l’une d’elles, Rilene, une femme de 60 ans, raconte qu’après être sortie de 25 années de relation avec sa compagne Margo, c’était comme si elle avait quitté un « rêve ». Et elle revient précisément sur un souvenir violent qui l’a marqué (un viol incestueux de deux jumelles dans une forêt), qu’elle a vécu dans les années 1980 avec Margo, qui est resté gravé en elle comme un déclic de la violence de l’homosexualité, et qui constitue un écho parfait à ce code sur la femme violée dans une forêt au soir de carnaval : « C’était en 1983-1984, au début de notre relation. On était allées faire un tour dans les forêts de Géorgie. Ça s’appelait ‘Fête de la Femme’. Il y avait plein de femmes aux seins nus et nageant nues dans le lac. Dans ce lieu de camp, en pleine forêt, deux femmes étaient… comment dire… en train de s’aimer. Et elles se sont retournées vers nous, et j’ai eu un choc… parce qu’elles étaient des jumelles identiques, de vraies jumelles. J’ai eu comme une réaction viscérale. Ça m’a énormément perturbée. Et j’ai dit à Margo : ‘Elles sont jumelles, celles qui sont en train de faire l’amour ?’ Elle m’a répondu : ‘Oui.’ Et j’ai rajouté : ‘Ça te semble juste ?’ Et elle m’a rétorqué : ‘Si tu commences à juger, alors les gens pourront commencer à nous juger nous.’ Ce fut un moment de réveil de ma conscience. C’était une situation tellement embarrassante que j’aurais eu l’opportunité de m’éloigner de Margo, mais à l’époque je ne l’ai pas fait. »
 

Dans le documentaire « Viol : elles se manifestent » (2014) d’Andrea Rowling-Gaston (où plusieurs intervenantes sont lesbiennes), certaines femmes ont été violées dans une clairière ou une forêt. Charles Trénet a été trouvé nu quand il avait 15 ans, en train de s’amuser avec son camarade Max Barnes dans un jardin de l’Hôtel Mustafa Ier.
 

Dans la culture du « milieu homosexuel », dans les sphères de rencontres amoureuses entre individus de même sexe, le rapport désirant vis à vis de la forêt est souvent idolâtre, souffrant et rêvé : il ne faut pas perdre de vue que les bois sont à la fois les lieux excitants de la fusion d’amour clandestine, l’espace libertaire de tous les possibles (comme au moment du carnaval où les conventions sont inversées et soi-disant détruites), mais aussi les endroits de la perte d’identité, de l’angoisse, de l’exploitation : « Une grande place en bordure du Bois où vont ceux qui ne savent plus où aller, c’est là que je l’ai rencontré. » (Christian Giudicelli parlant de sa première rencontre avec Kamel sur un lieu de prostitution, dans son autobiographie Parloir (2002), p. 15) ; « Un jour, l’un des garçons de la bande de ma cité, Morad, un dealer réputé pour sa dureté, m’a accosté à l’entrée du bois. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p 77) ; « J’ai continué à soigneusement éviter de croiser […] Morad, mon violeur du bois de Sèvres. » (idem, p. 83) ; « J’avais seize ans. La prof d’italien nous emmenait voir une pièce. Je suis arrivé en retard. Chaillot était fermé. Alors j’ai voulu connaître le sexe. Le sexe était plus fort. Plus fort que la peur. Plus fort que moi. Je suis descendu dans les jardins. J’avais lu dans Le Nouvel Obs que ça draguait. J’ai zoné dans les bosquets, moyennement rassuré. Un mec s’est approché, beaucoup plus vieux que moi, trente ans, moustachu. Il m’a demandé ce que je faisais là. J’ai dit ‘Je drague’. Il a dit ‘Moi aussi’. Je l’ai suivi jusque derrière une espèce de monument grec. On s’est embrassé. J’avais déjà roulé des pelles à deux ou trois filles, mais là c’était différent. Électrique. Après on s’est sucé. Le goût était horrible. J’ai joui, je ne me souviens pas comment. Je ne me permettais pas de faire très attention à ces choses-là à l’époque. Quand je suis rentré à la maison j’étais en sueur, j’avais envie de vomir. » (Guillaume Dustan racontant sa première fois homosexuelle, dans son autobiographie Plus fort que moi, 1998) ; etc.

 

Dans son autobiographie Retour à Reims (2010), quand Didier Éribon parlent des endroits de drague homosexuelle, et notamment des parcs et des forêts, il les associe inconsciemment à un lieu de viol, à une cour des miracles où « casseurs de pédé », loubards, prostitués, clients aisés, flics, gravitent ensemble, bref, à un espace du viol consenti : « Les lieux gays sont hantés par l’histoire de cette violence : chaque allée, chaque banc, chaque espace à l’écart des regards portent inscrits en eux tout le passé, tout le présent, et sans doute le futur de ces attaques et des blessures physiques qu’elles laissèrent, laissent et laisseront derrière elles – sans parler des blessures psychiques. Mais rien n’y fait : malgré tout, c’est-à-dire malgré les expériences douloureuses que l’on a soi-même vécues ou celles vécues par d’autres et dont on a été le témoin ou dont on a entendu le récit, malgré la peur, on revient dans ces espaces de liberté. » (p. 221)

 

Aussi farfelu que cela puisse paraître, certaines personnes homosexuelles ont réellement vécu un viol dans une forêt, comme le rapporte Daniel Welzer-Lang à la fin de son essai Le Viol au masculin (1988) : « Le viol d’homme ? Un secret honteux encore moins verbalisé que le viol de femme. C’est à cette époque que moi-même je me suis souvenu : J’ai 6 ans, il a 13 ans. Je me souviens de lui comme du ‘fiancé’ de ma sœur. Il a un solex et un grand chien que je dois appeler policier. Il m’emmène sur son solex pour me faire plaisir. Il s’arrête à la lisière d’un bois. ‘Viens’, me dit-il. Je ne me souviens plus très bien, les images se brouillent, son sexe est sorti, il le masturbe. ‘Tu sais comment ?…’ je regarde éberlué. Je n’ai aucune information sur ce qu’il dit, sur ce qu’il fait. Il veut que je le touche. J’ai peur. Je suis seul dans la forêt avec lui. Pas possible de fuir. Je touche, je regarde en l’air, il veut aussi me… Je ne me souviens pas de la suite. Il s’appelait Jacky, habitait Épinal, la ville de mes parents. ‘Si tu en parles, je te casserai la gueule, je saurai toujours te retrouver…’ Il m’a ramené. J’ai senti son regard, longtemps, longtemps… J’ai jamais été violé. Il ne m’a pas pénétré. Je n’en ai jamais parlé avant… Une période récente… J’avais oublié… Oubliée aussi cette main de camionneur qui cherche à te caresser quand tu dors, et que tu acceptes de masturber… pour avoir la paix. 18 ans… Oubliée cette main du pion de l’établissement scolaire qui m’avait pris en stop près de Gérardmer… 16 ans. J’ai éprouvé un énorme plaisir à ses caresses discrètes, très respectueuses de ma personne. J’ai regretté ce soir-là que… Gestes enfouis dans mes images d’adolescent : chaque homme sait qu’il n’a pas toujours été dominant. » (pp. 188-189)

 
 

b) Je suis une gentille, et je suis poursuivie par un méchant

La femme violée cinématographique courant comme une folle pour échapper à un agresseur souvent invisible est un fantasme identificatoire que l’on peut facilement observer chez certaines personnes homosexuelles si on y prend garde : cf. le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud (avec la blonde pleurant dans le taxi pendant que le paysage urbain défile). Par exemple, dans le documentaire « Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse, la mandarine » (2009) de Marion Cohen et Amei Wallach, on nous montre le passion de Louise Bourgeois pour la figure de la fugueuse. L’actrice courant au ralenti dans une forêt ou dans un couloir est un vrai fantasme homosexuel : beaucoup d’icônes gay (cf. les vidéo-clips des chansons « Alice et June » du groupe Indochine, « Everytime » de Britney Spears, « Substitute For Love » de Madonna, « It’s All Coming Back to Me Now » de Céline Dion, « Just A Little Bit » de Gina G., « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer, « C’est la vie » de Marc Lavoine, etc.) sont des fugitives : « Je pense que cette image de moi, pleurant, courant, sur le tapis, devait être une très belle image. » (une témoin dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo)

 

Mais inversons maintenant le tableau. Symboliquement, je crois que la cristallisation homosexuelle sur la figure de la fugitive menacée de viol est l’expression, à mon avis, d’une course des sujets homosexuels vers la mort : à force de fuir la mort réelle, ils la rejoignent en désir par leur sacralisation de la mort fictionnelle de la reine carnavalesque cinématographique. « Victor Garcia, Copi, Jérôme Savary font partie des gens qui courent devant la mort. » (Colette Godard, L’Enfant de la fête, 1996) ; « J’étais dans ma deuxième vie. Je venais de rencontrer la mort. J’étais parti. Puis je suis revenu. Je courais. Je courais. Vite, vite. Vite. Vite. Vers où ? Pourquoi ? Je ne le sais pas pour l’instant. Je ne me rappelle pas tout. Je ne me rappelle rien maintenant à vrai dire. Mais ça va venir, je le sais. » (les toutes premières lignes de l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008) d’Abdellah Taïa, p. 9) ; « La mort m’avait choisi. » (idem, p. 14) ; « Je courais pour rencontrer le cinéma, entrer la bouche ouverte dans sa religion et ses images. […] Ce jour-là, je courais vers une image, une femme. L’actrice égyptienne. Une grande star. Une grande dame. Souad Hosni. Elle passait à la télévision dans un feuilleton que j’adorais. Houa et Hiya : Elle et Lui. Je courais vers elle pour l’embrasser. Être pendant une heure avec elle, amoureux en pleurs, danseur libre, comédien de ma propre vie. » (idem, p. 32) ; « Je n’ai jamais oublié Souad Hosni. Je n’avais pas oublié son feuilleton Houa et Hiya qui me faisait courir dans mon adolescence, à la sortie du collège. J’avais depuis rattrapé mon retard en regardant presque tous les films qu’elle avait tournés. Je l’avais suivie de près, de très près, avec attention et une certaine admiration. Et puis, au début des années 90, après l’échec retentissant de son film Troisième Classe, elle avait disparu. Pendant deux ou trois ans, on ne savait pas où elle était. Elle se cachait en fait à Londres où elle soignait un mal de dos et une dépression chroniques. On la disait sans le sou, ruinée. L’État égyptien, qui payait pour son hospitalisation, avait fini par la lâcher, l’abandonner. En juin 2001, elle s’était suicidée en se jetant du balcon de l’appartement où elle résidait à Londres. » (idem, p. 91) ; etc.

 

En ce qui concerne mon propre vécu, je me souviens que, lorsque j’avais 5-8 ans, j’adorais déjà l’actrice violée en fuite. D’ailleurs, au centre aéré comme sur les cours de récré, j’imitais les femmes fugitives, les magical girls pressées, les Drôles de Dames ou Super Jaimie courant à perdre haleine, les héroïnes aériennes des dessins animés tels que Cat’s Eyes, Jeanne et Serge, Sheera, Daphnée deScoubidou, la rousse Sheila à la cape d’invisibilité dans Le Sourire du Dragon, etc. Et dans la vie réelle, quand je devais jouer à des jeux collectifs comme le « loup-chaîne », la « balle aux prisonniers », l’« épervier », ou bien le « cache-cache », mon excitation était à son comble, car j’avais l’occasion de me faire mon film intérieur du viol singé. Du moins, c’est ainsi que je l’analyse maintenant, avec du recul. J’aimais en rajouter dans l’affolement de ma course, dans la gestuelle, dans les mouvements de tête (il ne faut pas perdre de vue que, dans mon imaginaire, j’avais une chevelure exceptionnelle, un vrai brushing de star !) ; et quand je courais, je me sentais puissante et fragile en même temps, j’étais en train d’écarter des branches et des feuillages fictifs avec mes mains, je simulais d’avoir fait une course énorme et héroïque (alors qu’objectivement, je n’aimais pas courir de longues distances…), d’être à bout de souffle, et d’arriver au ralenti sur la ligne d’arrivée d’un 100 mètres olympique. Bref, la star dans son clip, pourchassée par les paparazzis. Je prenais un malin plaisir à rentrer inconsciemment dans la peau de la vierge en fuite, criant « au viol ! ».

 
 

c) Devenir la Reine du Carnaval immolée au feu de l’été :

La fascination identificatoire pour la femme violée, je l’ai observée chez beaucoup de personnes homosexuelles : « Cette résurgence du thème de l’androgyne à la fin du XIXe siècle est peut être le revers de l’obsession de la femme fatale. » (Françoise Cachin, « Monsieur Vénus et l’ange de Sodome : L’androgyne au temps de Gustave Moreau », Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 90) Le désir homosexuel pousse les êtres humains à se prendre pour les archétypes de la féminité tragique. Chez les hommes gay, cela se fera davantage par le biais de l’esthétisme ; côté femmes lesbiennes, on penche plus sur le registre du militantisme politique. Mais dans les deux cas, c’est la même louange iconoclaste/iconodule. Par exemple, dans le documentaire « Debout ! » (1999) de Carole Roussopoulos, on voit clairement que les femmes féministes, lesbiennes ou non, sont attirées par la « femme violée du bout du monde », afin de se servir d’elle comme « opportunité » pour prouver l’oppression machiste qui les domine/dominerait. Dès qu’un fait d’actualité concernant le malheur des femmes se présente (par exemple les mères célibataires dans les hôpitaux, les femmes qui veulent se faire avorter, les femmes talibanes, etc.), le MLF accoure vers ses victimes : « Les femmes battues, c’était parfait ! Parce que si les femmes étaient battues, c’est bien parce qu’il y avait quelqu’un pour les battre. » (Annie Sugier)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles s’intéressent à la femme violée médiatique (Maria Callas, Régine, Barbara, Chantal Goya, Dalida, Marilyn Monroe, Rita Hayworth, Édith Piaf, Britney Spears, Lady Di, Eva Perón, Judy Garland, Greta Garbo, Madonna, Yvonne George, etc.). Par exemple, dans son autobiographie Le Ruisseau des Singes (2000), Jean-Claude Brialy dit sa passion pour la Dame au Camélia, Marie Duplessis, qui fut violée très jeune par son père, se prostitua, et mourut à 23 ans.

 

L’identification à la femme violée peut parfois être le signe d’un viol homosexuel (incestueux) vécu dans l’enfance : « Un soir que je passais dans un parc, j’ai entendu crier. C’était une fille qu’une gang de gars essayait de violer ! Je me suis aussitôt senti à sa place. » (François cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, p. 173) ; « Oh mon papili, emmène-moi dans la forêt ! » (Guillaume, le héros bisexuel suppliant face à son père dans un rêve éveillé où il se prend pour une impératrice autrichienne, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; etc. Dans son autobiographie Antes Que Anochezca (1992), Reinaldo Arenas, le romancier cubain, illustre que son goût des femmes fatales médiatiques est à l’image d’un contexte familial troublé : « Le monde de mon enfance était un monde peuplé de femmes abandonnées. » (p. 20)

 

L’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias suffit, à elle seule, à prouver le lien coexistant entre le désir homosexuel et la reine carnavalesque violée (= intronisée puis détrônée) dans une forêt. Tout y est ! Lisez plutôt ces quelques morceaux choisis : « Elle a mis à chauffer la cire sur la cuisinière. Les pots ont explosé et le liquide brûlant a recouvert son corps comme une horrible robe dégoulinante. Elle a passé des mois à l’hôpital. Nous avons entendu son cri désespéré quand elle s’est regardée dans le miroir pou la première fois après l’accident. Nous étions à notre porte, sur la terrasse. Elle est rentrée comme une folle dans le poulailler et, pour se venger de sa tragédie, elle a égorgé, une à une, toutes les poules qui essayaient de s’envoler avec terreur. J’ai compris l’absurdité d’avoir des ailes sans pouvoir voler. Elle a fini par saisir le coq qu’elle a achevé avec les dents. Un nuage laissa filtrer les rayons d’une lune grise qui illumina le terrible visage monstrueux, ensanglanté par le sang du coq. Quelque temps après, elle est repartie. Elle a disparu dans la nature. Peut-être a-t-elle cherché dans la jungle la compassion des bêtes […]. Ce poulailler devint ma scène : il avait été le décor d’une véritable tragédie, je pouvais donc l’habiter de mes fantaisies. » (pp. 166-167) ; « On expliquait mal comment une si grande actrice [Cora Margot] était tombée dans une telle déchéance qu’elle fût forcée à promener son art dans un petit cirque de dernière catégorie qui n’avait même pas pu se payer un toit pour son chapiteau. » (idem, p. 304) ; « J’adore le Carnaval, les défilés, les carrosses, les chariots décorés. La seule chose qui me dérange, ce sont les types qui viennent pisser derrière nos arbres du trottoir. » (une des 3 tantes d’Alfredo, op. cit., p. 111) ; « Tu n’étais pas contente de me voir pleurer, mais j’éprouvais une tendresse particulière pour la Princesse indienne de Patagonie. Le jour où on l’a fait prisonnière et où la sorcière de la tribu ennemie lui a arraché ses boucles d’oreilles, j’ai trouvé le monde injuste. J’aurais voulu pouvoir voler jusqu’à la Terre de Feu et la reprendre aux mains d’êtres aussi sauvages. Je sais : c’était un feuilleton radiophonique. Mais il me donnait un avant-goût des atrocités à venir. » (Alfredo s’adressant à sa grand-mère, op. cit., pp. 157-158) ; « Tu m’as surpris, le soir du carnaval. Je m’étais faufilé, en pleine nuit, à l’extérieur, encore en pyjama. Au-delà du terrain vague, brillaient les lumières du dancing où les gens s’amusaient. Je me suis arrêté dans la maison en ruine où vivait encore une vieille. Je me suis assis à côté d’elle en silence. Nous avons vu quelques masques se diriger vers le dancing. Puis mon attention fut attirée par des rires venus d’un petit cirque miteux. Sur la pointe des pieds, je me suis approché de la fenêtre d’une roulotte. La trapéziste avait une blessure entre les jambes. Le dompteur y enfonça une énorme chose. Elle criait, mais à l’évidence cela lui procurait du plaisir. Quand je suis rentré, tu m’as grondé. Je me suis endormi, j’ai rêvé que la trapéziste et le dompteur me découvraient, me tiraient par une jambe vers eux et me serraient entre leurs corps. Des cailloux chauds roulèrent dans mon sexe. » (idem, p. 157) ; etc.

 

Un certain nombre d’artistes homosexuels sont iconoclastes avec les icônes de la féminité qu’ils adorent. À mon sens, ils expriment leur jalousie de ne pas parvenir à être/de croire être elles. « Je me souviens de Copi jouant la Loretta dans un fourreau de Saint-Laurent et crachant ce texte en vingt-cinq minutes en avalant de la vodka. » (Christian Bourgois dans la biographie Copi (1990) du frère de Copi, Jorge Damonte, p. 7) Mais dans un second temps, paradoxalement, l’immolation de la star se veut aussi acte d’amour, de purification par le feu, prétend être une preuve que l’actrice détruite iconographiquement est immortelle… parce qu’elle résiste même aux flammes des langues et des spotlights !

 

LIBERTINE

 

On retrouve un lien entre l’homosexualité et la reine brûlée du carnaval à travers la figure de Jeanne d’Arc, ce travesti portant des habits d’homme et qui symbolisant l’androgynie (Marie-Christine Pouchelle, « L’Hybride », Bisexualité et différence des sexes (1973), pp. 80-81).

 

Enfin, je finirai par parler des liens étonnants qui existent entre l’homosexualité et l’été. Cette période de l’année est associée par certaines personnes homosexuelles à une phase d’incertitude, de flou artistique perturbant entre la réalité et la fiction, de fête carnavalesque qui finit mal, voire de viol : « L’été, c’est la période de liberté avant de rentrer dans la norme sociale. » (le présentateur de Yagg pendant l’Avant-Première du film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, au Cinéma Gaumont Opéra Premier de Paris, en présence de la réalisatrice, le 14 avril 2011) ; « État d’alerte dans de nombreux départements, la terre hurle de soif, les vignes crèvent sur pied, la forêt brûle, ça pue les vacances, les autoroutes puent le goudron et la mort, couscous parties dans les campings, les maisons de retraite sont des saunas. On appelle ça l’été, ce bonheur. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 158) ; « Au milieu de l’été de mes 15 ans, j’ai fait une tentative de suicide. » (Perry Brass, vétéran gay évoquant le harcèlement scolaire, dans le documentaire « Stonewall : Aux origines de la Gay Pride » de Mathilde Fassin, diffusé dans l’émission La Case du Siècle sur la chaîne France 5 le 28 juin 2020) ; etc. Pendant son concert Les Murmures du temps (2011) au Théâtre de L’île Saint-Louis, le chanteur français Stéphane Corbin ne cache pas son aversion pour l’été : « Depuis, l’été me rend triste. » ; « Saison d’été, les yeux mouillés. » Toujours dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, l’été renvoie à la prostitution et à l’inceste : « L’été est pervers ! s’est écrié Coco. Cette saison nous révèle les trésors insoupçonnés que l’hiver nous cache, sous les tricots, les vestes, les pantalons. » (p. 16) Par exemple, quand Alfredo s’adresse à sa grand-mère en ces termes (« Je crois que tu as menti, ce soir d’été. On est descendus sur la terrasse pour sentir la fraîcheur de la nuit et on a entendu une voiture s’arrêter. On s’est déplacés silencieusement pour espionner. On a vu le beau garçon, l’athlète qui faisait de délicats dessins de fleurs. Il faisait chaud. Il était presque nu dans la voiture. Sa peau brillait, recouverte d’une fine pellicule de sueur. Le conducteur de la voiture était un homme plus âgé, aux cheveux blancs. Ils se sont embrassés sur la bouche. Et tu m’as dit que c’était son père. », p. 165), celle-ci cautionne le viol et joue la politique de l’autruche comme le fait la reine du carnaval fictionnelle : « C’est vrai, un père qui aime profondément son fils. » Dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), Abdellah Taïa raconte son premier contact violent/fascinant avec la sexualité : il avait 13 ans quand il a vu un voisin des impasses du Bloc 14 se masturber : « C’était l’été, en plein été, août, le 7 août. […] Abdellah, fils de Ssi Aziz, se masturbait. » (p. 11) Plus tard, on l’entend associer son destin de femme vierge violée à une ambiance estivale brutale : « Je voulais dire beaucoup de choses. Des histoires secrètes. Des mots d’été chauds. Mes impressions, ce que ce petit chef m’inspirait, les torrents qu’il était en train de provoquer en moi. Le feu. Le sang. La glace. Le vent. Je voulais surtout qu’il sache que malgré tout ce qu’on disait sur moi à Hay Salam, ‘la petite fille’, ‘la poupée’, malgré tous les surnoms de trahison j’étais encore vierge. Vierge vierge. Vierge des fesses. » (pp. 20-21)

 

C’est l’été qui marque l’arrivée du Réel, et donc un réveil brutal pour les endormis. Comme le montrent les paroles du Christ, cette saison est le moment de la clarté embrasante de la Révélation apocalyptique de Dieu : « Jésus parlait à ses disciples de sa venue. Il leur dit cette 
parabole : ‘Voyez le figuier et tous les autres arbres. 
Dès qu’ils bourgeonnent, vous n’avez qu’à les regarder pour savoir que 
l’été est déjà proche. 
De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le 
royaume de Dieu est proche. 
Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas sans que tout 
arrive. 
Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. » (Lc 21, 29-33)

 
 

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Code n°75 – Fleurs (sous-code : Fleuriste gay)

fleurs

Fleurs

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Les fleurs sont les êtres vivants androgynes par excellence : elles ne possèdent ni organes génitaux, ni gamètes mâle ou femelle. C’est leurs principales caractéristiques. Symboles d’innocence absolue, de fantasme de se prendre pour Dieu, il était logique qu’elles soient récupérées par de nombreux artistes homosexuels, dans leurs créations comme dans le réel. Les personnes homosexuelles choisissent souvent la fleur comme étendards épinglés à leur poche de chemises, ou bien comme métaphores poétiques d’elles-mêmes. Toute-puissance de l’Être minéral désincarné, au corps éthéré et sans limite, synthèse inhumaine de la beauté et de l’amour (adolescent) : voilà ce qu’offrent les fleurs. La communauté homo a d’ailleurs choisi sa déesse d’identification : Ève, la femme végétale dont l’innocence florale ne tardera pas à voler en éclat dans le marais-cage du narcissisme (cf. Je vous renvoie au code « Femme végétale » du code « Bergère » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Amoureux », « Jardins synthétiques », « Se prendre pour Dieu », « Eau », « Ennemi de la Nature », « Innocence », « « Plus que naturel » », à la partie « Cuculand » du code « Milieu homosexuel paradisiaque », à la partie « Plante carnivore » du code « Cannibalisme », et aux parties sur la « Femme végétale » et « Ophélie » du code « Bergère », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 
 

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FICTION

a) Le pouvoir des fleurs :

Film "Franswa Sharl" d'Hannah Hilliard

Film « Franswa Sharl » d’Hannah Hilliard


 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, la fleur est fréquemment montrée comme un signe d’homosexualité : cf. le film « Homme aux fleurs » (1984) de Paul Cox, le film d’animation « La Princesse et la Grenouille » (2009) de Ron Clements et John Musker, le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (avec la fleur rouge sur l’oreille de Watson), le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen (avec les fleurs dans le générique du début), le vidéo-clip de la chanson « Mon Coloc » de Max Boublil, le film « Ken Burns » (2011) d’Adrienne Alcover (avec les fleurs tatouées), le tableau Jason, The Sexiest Of The Supreme Elves de Lorenn le Loki, le roman Les Hortensias (1896) de Robert de Montesquiou, la pièce Flor De Otoño (1972) de Rodríguez Méndez, le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin (avec l’orchidée), la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, la pièce Flowers (1976) de Lindsay Kemp, la pièce Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, le film « Ich Möchte Kein Mann Sein » (1933) de Reinhold Schünzel, le film « Illtown » (1996) de Nick Gomez, le film « Khochkach » (« Fleur d’oubli », 2006) de Salma Baccar, le dessin Il Papavero Rosa (1999) de Sandra Venturini, le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye (où la première image du film est un nénuphar), le tableau Osman (1972) de Jacques Sultana, la photo Le Marin (1985) de Pierre et Gilles, la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi, les photos Rose (1989) et Calla Lily (1986-1988) de Robert Mapplethorpe, le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine (avec des plans fixes sur une énorme fleur rose de bougainvilliers, qui entrecoupent les scènes d’action), le film « Frauensee » (« À fleur d’eau », 2012) de Zoltan Paul, le film « Soongava » (« Dance Of The Orchids », 2012) de Subarna Thapa, le roman Le Chancelier de Fleur (1907) de Robert de Montesquiou, le roman Le Silence des fleurs (2013) de Sophie Lapointe, le poème « Le Langage des fleurs » (1902) de Renée Vivien, le film « All Flowers In Time » (2010) de Jonathan Caouette, film « Spider Lilies » (2007) de Zero Chou (Jade, l’héroïne lesbienne, se fait un tatouage de fleur), la chanson « Monocle et col dur » de Juliette, etc.

 

Poème "Le Langage des fleurs" de Renée Vivien

Poème « Le Langage des fleurs » de Renée Vivien


 

La fleur renvoie à la beauté sacrée et réelle de la sexualité, de la virginité. « J’adore les fleurs blanches. » (Océane Rose Marie dans le one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « Oui. Quelques hortensias. Ça devrait aller. » (la phrase finale de Lola, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Vera, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Lesbos en fleur. » (le docteur Peloursat, dans la pièce 13 à table de Marc-Gilbert Sauvajon) ; etc. Par exemple, dans la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao, Philippe, l’un des héros homos, se retrouve à un moment donné en tenue d’Adam sur scène, avec une fleur de tournesol à la place du sexe. Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, un narcisse est filmé en gros plan en éclosion… en hommage au narcissique Narcisse. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Eugenia arrange les fleurs dans la cuisine, pour le jour du « mariage » de Ben et George.

 
 

b) L’adolescent homosexuel se prend pour une jeune fille en fleur :

Le chanteur Federico Moura

Le chanteur Federico Moura


 

La fleur dit d’abord l’état béat et transitoire de l’enfance androgyne : cf. le roman À l’ombre des jeunes filles en fleurs (1919) de Marcel Proust, la chanson « Flower Power » de Nathalie Cardone, la chanson « L’Enfant-fleur » de Catherine Lara, la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec la métaphore de l’enfant végétal), la chanson « Le Guide » de Stefan Corbin (et le narrateur et avec sa « salopette à fleurs »), etc. Par exemple, dans le roman L’Évasion de Kamo (1984) de Daniel Pennac, le jeune Kamo se fait appeler « Fleur ». Dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, Denis, le héros homosexuel, dit que lorsqu’il était petit, il voyait des visages humains à la place de tous les motifs fleuris des tapisseries de sa chambre d’enfant. Dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, la chambre de Lord Henry est tapissée de lilas, de roses et de marguerites.

 

"Le Livre blanc" de Copi

« Le Livre blanc » de Copi


 

« C’est le champs de coquelicots où je cueillais des bouquets pour la fête des mères. » (Marco, le héros homosexuel se rappelant son enfance, dans le film « Footing » (2012) de Damien Gault) ; « Ce fut même lui [Orphée] qui apprit aux peuples de la Thrace à reporter leur amour sur des enfants mâles et à cueillir les premières fleurs de ce court printemps de la vie qui précède la jeunesse. » (Ovide, Les Métamorphoses, Texte 4, X, 64-85) ; etc. Par exemple, dans le film « Close » (2022) de Lukas Dhont, Léo, le jeune héros homo de 13 ans, travaille avec ses parents dans la cueillette des fleurs.

 
 

c) Je suis une fleur :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Il arrive que le personnage homosexuel se considère comme la progéniture d’une mère végétale : « Quelles étaient les origines de cette femme ? […] Et d’où venait ce prénom, son prénom, Zhor ? D’un autre temps ? Zhor, une femme fleur. Toutes les fleurs ? » (Omar en parlant de sa mère, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 92) ; « Démerde-toi pour te réincarner en fleur, dans un champ vert et bleu. » (Vincent Garbo à Carole, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 89) ; « Je décide d’attendre sans bouger un long et profond sommeil qui ressemble à la mort comme je l’imagine. J’y vois maman dans une grande robe blanche. Elle me sourit, court dans un champ de fleurs bleues. On dirait qu’elle vole. » (le narrateur du roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 88) ; « J’ai le charisme d’une feuille morte quand tous les jours je veux être une fleur » (c.f. la chanson « Il ou Elle » de Bilal Hassani) ; etc. Il s’agit souvent de la maman cinématographique : cf. le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon (avec le générique fleuri du début, dans lequel chaque actrice est figurée par une fleur), le film « Miss O’Gynie et les hommes fleurs » (1973) de Samy Pavel, etc. Dans le générique du début du film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, la tête des protagonistes lesbiennes est remplacée par un bouquet de fleurs.

 

Certains héros prétendent aimer énormément les fleurs : « J’aime les fleurs et le vent dans les branches. » (Aldebert dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) Ils les aiment tellement que beaucoup se prennent même (ou sont pris) pour des fleurs : cf. le film « Un Hombre Llamado Flor De Otoño » (1978) de Pedro Olea, le roman Notre-Dame des Fleurs (1946) de Jean Genet, la nouvelle « Fleur de chair » (2007) d’Yvan Quintin, etc. « Marie-Fleur est gouine de chez gouine. » (la mère du héros homosexuel, dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; « Ils avaient rêvé d’avoir un fils comme lui, fonceur, costaud, bagarreur. J’étais le contraire : fragile de partout. Il m’appelait ‘Fleur de cristal’. » (Romain parlant de son père, dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, p. 27) ; « Je ne supporte pas l’idée de flétrir. » (Jarry dans son one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Ne suis-je pas une adorable fleur ? » (Helena dans une nouvelle d’un ami homosexuel écrite en 2003, p. 10) ; « La forêt et moi, c’est la même chose. » (Julien Brévaille, l’un des héros homosexuels du roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 52) ; « Si tu étais un minéral, que serais-tu ? » (Pablo posant une question à son futur-amant Bruno, dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, Santiago, un des deux protagonistes, a un nom de famille particulièrement significatif : il s’appelle La Rosa. Dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, Prior se compare à une fleur, l’orchidée. Dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Benjamin, l’un des héros homos, au moment de se choisir une fleur d’identification, dit qu’il est un cactus.

 
FLEURS 3 Grand Schtroumpf
 

On retrouve le cliché du fleuriste homosexuel dans certaines fictions homo-érotiques : cf. le film « À cause d’un garçon » (2002) de Fabrice Cazeneuve, le film « Rachel Getting Married » (« Rachel se marie », 2008) de Jonathan Demme, le roman La Cité des rats (1979) de Copi (avec les géraniums ;ainsi que l’enterrement de la mère de la fleuriste), le film « Valentine’s Day » (2009) de Garry Marshall, le roman Monsieur Vénus (1889) de Rachilde (avec le jeune ouvrier fleuriste), : le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, etc.

 
 

d) Se prendre pour une fleur divine… ou même le Créateur des fleurs ! :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Le symbole de la fleur illustre chez le personnage homosexuel qui s’y identifie un fantasme de se prendre pour un ange ou pour Dieu : cf. le roman Les Lesbiennes, ces fleurs du bien (2011) de M. Milan, la pièce Le Langage des fleurs (1935) de Federico García Lorca, etc.

 

Par exemple, dans la pièce musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet, Álvaro nous apprend que les fleurs sont « son péché mignon ». Dans Notre-Dame des Fleurs (1946) de Jean Genet, le prostitué travesti qui a donné son prénom au titre de ce roman se surnomme « Divine ». Dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, Audric a le pouvoir de créer des fleurs et s’intéresse à la botanique.

 

Bien évidemment, ce fantasme finit par se révéler éphémère : « J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J’ai essayé d’inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J’ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! » (Arthur Rimbaud, Une Saison en enfer, 1873)

 
 

e) L’amant homosexuel floral :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Les fleurs représentent également l’amour homosexuel ou l’amant homosexuel : cf. le film « Un Chant d’amour » (1950) de Jean Genet, le film « Say It With Flowers » (1934) de John Baxter, la chanson « Madeleine » de Jacques Brel (avec le bouquet de lilas que Madeleine ne recevra pas), le film « L’Invité de la onzième heure » (1945) de Maurice Cloche, le film « The Pollen Of Flowers » (1972) d’Ha Kil-jong, le tableau Robinson et Vendredi (2007) d’Éric Raspaut, le tableau Francis et Laurent (2007) de Kinu Sekigushi, etc.

 

Par exemple, dans le film « Imagine Me & You » (2005) de Ol Parker, l’idylle amoureuse entre Rachel et Luce s’entoure de fleurs. Luce est fleuriste de métier, déjà. La première fois qu’elles s’embrassent, c’est sur un coussin de fleurs et de roses odorantes dans l’arrière-boutique. Et tout leur « amour » est centré sur le lys : c’est la fleur préférée de Rachel, et celle-ci signifierait l’amour : « Le lys veut dire : Je te défie de m’aimer. »Dans la saison 2 de la série lesbienne The L World (saison 2), Shane s’amourache de la fleuriste qui vient lui livrer des fleurs. Dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot, Sidonie, l’héroïne lesbienne, doit broder un dahlia rose sur demande (ambiguë) de la Reine Marie-Antoinette : « Une broderie qui imiterait un dahlia… Vous voyez ? » Dans le film « Seijû Gakuen » (« Le Couvent de la Bête sacrée », 1974) de Noribumi Suzuki, on assiste à des scènes lesbiennes parmi les fleurs. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah et Charlène, les deux amantes, à chaque fois qu’elles s’adonnent à une séduction homosexuelle, portent comme par hasard, une robe fleurie. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony MacMurrough, un des héros homosexuels, se sent « comme une jeune fille avec sa fleur » ; et il voit ses amants-prostitués de manière similaire : « C’est drôle, cete façon qu’ils ont de vous déshabiller toujours de dos. Dévoilant la fleur de leur virginité. »

 

« Chaque fleur a son pot. Mais pas de fleur, pas de pot. » (Benoît, évoquant l’absence de compagnon dans sa vie, dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen) ; « Je lui montrais comment faire une explication pour le bac en français. On avait un groupement de textes tiré des Fleurs du mal. Quand je relisais avec lui ‘Parfum exotique’, j’avais des frissons des pieds à la tête. J’avais l’impression que ça parlait de lui, de nous. » (Mourad, l’un des personnages homosexuels, parlant d’Esteban, un camarade de classe, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 339) ; « Puis lui vint la conviction que cette femme était belle : elle ressemblait à une fleur étrange qui aurait poussé dans l’obscurité, quelque fleur rare, quelque fleur pâle sans tache ni imperfection. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, à propos d’Angela Crossby dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 173) ; « Elles s’en allèrent par les jardins […] car les jardins étaient doucement embaumés de l’odeur des giroflées et d’autres pâles fleurs […] Stephen pensait qu’Angela Crossby ressemblait à ces fleurs. » (idem, p. 189) ; « Ses mains encore dans mes cheveux. Ses yeux sérieux que je regarde de tout près bien qu’il fasse trop sombre maintenant pour y distinguer quoi que ce soit d’autre qu’un fugitif éclat de lumière. Alors une brusque exhalation de tout le corps – comme en ont les fleurs, par à-coups – venue on ne sait d’où, on ne sait de qui (peut-être à la fois de nous deux) nous inclut lentement dans le même remous, nous relie aux mêmes vibrations, comme si l’air entre nous les vêtements et jusqu’à la peau même tout avait disparu, abolissant jusqu’à la conscience claire d’être soi devant l’autre… » (Mireille Best, Hymne aux murènes (1986), p. 143) ; « Ahmed tourne le regard vers la Seine et l’île de la Cité, avec la Cathédrale Notre-Dame. Il se demande s’il y a encore un Quasimodo qui y vit, prêt à tout par amour pour lui. Il s’imagine en un grand Tzigane ténébreux et sensuel, dansant sur le parvis, mais en pleurs parce que son beau Phébus l’a laissé pour épouser un autre garçon, Fleur-de-Lys, alors qu’il est lui-même poursuivi par Frollo, un prêtre déterminé à en faire son amant secret. Dans ses fantasmes, l’Algérien adapte sans gêne les grands classiques français à sa guise ! » (p. 52) Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010) , p. 52) ; « Tu déboules comme une fleur. Il faut que j’assume ! » (Delphine en voulant à sa copine Carole de la forcer au coming out, dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini) ; etc.

 

Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, l’amour lesbien est véritablement mis sous le signe de la fleur. Déjà, Ronit est comparée à une belle plante : « Ronit était là. Telle qu’Esti en avait gardé le souvenir, et plus encore. Dès le premier coup d’œil, on voyait qu’elle ne vivait plus ici ; elle ressemblait à une fleur exotique qui aurait poussé de façon inopinée entre les pavés. Rose et somptueuse, elle était habillée comme les femmes des magazines ou sur les affiches. » (p. 85) Et lorsque Ronit et Esti s’offrent des fleurs (« Tiens. C’est pour toi. Des hortensias. », p.225), le lecteur comprend qu’elles vont finir par coucher ensemble. Dans leur cas, l’hortensia est la métaphore botanique (cucul à la base ; mais pas si élogieuse, au final) de leur « amour » qui grandit : « L’hortensia avait poussé à la diable, le sol était trop humide pour y ramper. Je n’aurais pu m’asseoir en dessous, même si je l’avais voulu. D’ailleurs, j’étais beaucoup plus grosse qu’à l’époque. Je suis pourtant restée longtemps accroupie, les paumes appuyées contre le sol humide, les ongles enfoncés dans la terre. Je me suis finalement relevée et, tandis que je retournais chez Esti et Dovid [le mari d’Esti], je tentais de gratter la ligne de terre emprisonnée sous mes ongles. Et plus je grattais, plus elle s’enfonçait, le noir s’incrustait dans le rouge. […] Cela faisait des années que nous nous étions approprié l’hortensia. Dedans, nous étions invisibles, hors de portée de la maison, des regards du dessus et alentour. Il y avait l’odeur, je m’en souviens. Un arôme puissant d’hortensia pourri et d’humus. Encore maintenant, l’odeur végétale des hortensias conserve son pouvoir. » (Ronit, op. cit., pp. 212-213)

 

Étant connotée amoureusement (comme la danse), la fleur est en général la représentation d’une génitalité irréelle, décorporéisée, non-reconnue, non-respectée : « Tu étais une petite fleur et je t’étouffais. » (Schmidt s’adressant à son ami Jenko, dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller)

 
 

f) Les fleurs du viol :

Je vous renvoie à la partie « Plante carnivore » du code « Cannibalisme » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Par frustration due à l’éloignement du Réel, le héros homosexuel fictionnel cherche souvent à détruire les fleurs et l’amour désincarné qu’elles représentent. Par exemple, dans le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler, la jeune Mary vole le bouquet de roses, en voulant le faire passer pour une preuve incriminante du lesbianisme entre Karen et Martha. Dans le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen, Göran, l’un des héros homosexuels, détruit les fleurs du jardin de ses voisins, en signe de riposte contre leur « homophobie hétérosexuelle ».

 

Les fleurs peuvent indiquer l’existence d’un amour-trahison, la violence douce et trompeuse de l’amour homosexuel. « J’avais l’impression d’avoir donné mon âme à un être qui met une fleur à sa boutonnière. » (Basile le peintre, parlant de Dorian Gray, dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Avant que ses baisers ne deviennent couteaux, que ses bouquets de fleurs ne me fassent la peau, dés-adorer l’adorer. » (cf. la chanson « L’adorer » d’Étienne Daho) ; « Tu es la fleur empoisonnée de mon ultime sérénade, ma séductrice envenimée. » (Cachafaz à son amant Raulito, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « T’avais dans la tête une fleur dont les pétales te faisaient peur. C’est pas facile de vivre avec. » (c.f. la chanson « À quoi ça tient » de Romain Didier) ; etc.

 

Pièce "Nous sommes une femme" de Jean-Philippe Daguerre et Charlotte Matzneff

Pièce « Nous sommes une femme » de Jean-Philippe Daguerre et Charlotte Matzneff


 

Très souvent, la fleur est liée à un secret : cf. le film « Hana To Hebi » (« Fleur secrète », 1974) de Masaru Konuma, le film « La Flor De Mi Secreto » (« La Fleur de mon secret », 1995) de Pedro Almodóvar, la chanson « Les Fleurs de l’interdit » d’Étienne Daho, etc. Je pense qu’inconsciemment, ce secret, c’est le viol. « C’est un marchand de fleurs. Ma colline, mon coin non fumeur. C’est un garçon d’honneur, une vigne où le mistral se meurt. […] Et c’est pour aller vivre ailleurs qu’on abîme ce qu’on était hier. C’est comme un dard en plein cœur, une épine qui rougit de sa fleur. […] Ailleurs, l’herbe n’est pas plus belle. D’ailleurs, j’ai honte de celle, celle qui pour se faire aimer cachait son herbe folle, même s’il en restait un brin dans ses paroles. » (cf. la chanson « Marchand de fleurs » des Valentins). Dans l’épisode 7 de la saison 3 de la série Astrid et Raphaëlle (2021), intitulé « Les Fleurs du mal », ce qui lie – mais finalement aussi conduit à la mort – les deux amantes lesbiennes Françoise Martoli et Delphine Burand, c’est leur amour lesbien secret scellé par la création (par Françoise, horticultrice du Jardin des Plantes à Paris) de roses bleues. Le mari de Delphine, en découvrant le pot aux roses (… bleues !) les tuent toutes les deux par jalousie.

 

Film "Otto" de Bruce LaBruce

Film « Otto » de Bruce LaBruce


 

Dans le discours du héros homosexuel, la fleur renvoie parfois à la beauté de la sexualité flétrie ou abîmée par le (fantasme de) viol, le (fantasme d’) inceste, ou la (fantasme de) prostitution : cf. le film « The Flower Thief » (1960) de Ron Rice, le film « House Of The Black Rose » (1969) de Kinji Fukasaku, le film « Belle Salope » (2010) de Philippe Roger (avec Cédric, jeune prostitué, avec son bouquet de fleurs destiné à la base à sa mère internée dans une clinique psychiatrique), le roman Notre-Dame des Fleurs (1946) de Jean Genet, le roman Flor Del Mal (1924) d’Álvaro Retana, le recueil poétique Les Fleurs du mal (1857) de Charles Baudelaire, le film « Dahlia noir » (2006) de Brian De Palma, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1959) de Joseph Mankiewicz, le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie, etc. « Tu lis Les Fleurs du mal ‘aimé’ : c’est le livre le mieux pour l’été. » (cf. la chanson « Toc de mac » d’Alizée) ; « Cette fleur, il me l’a volée. » (la voix-off de l’ange se faisant sauvagement sodomiser, dans le film « Toto Che Visse Due Volte », « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto) ; « Le sexe est une fleur maudite plantée entre deux cornes de Satan ! » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 25) ; « Elle faisait vraiment vieille pute, dans son peignoir à fleurs. Peut-être était-elle réellement une pute, d’ailleurs. » (Corinne décrivant sa mère, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 226) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] avait erré jusqu’à un vieux hangar où l’on rangeait les outils de jardinage et y vit Collins [la femme que Stephen aime] et le valet de pied qui semblaient se parler avec véhémence, avec tant de véhémence qu’ils ne l’entendirent point. Puis une véritable catastrophe survint, car Henry prit rudement Collins par les poignets, l’attira à lui, puis, la maintenant toujours rudement, l’embrassa à pleines lèvres. Stephen se sentit soudain la tête chaude et comme si elle était prise de vertige, puis une aveugle et incompréhensible rage l’envahit, elle voulut crier, mais la voix lui manqua complètement et elle ne put que bredouiller. Une seconde après, elle saisissait un pot de fleurs cassé et le lançait avec force dans la direction d’Henry. Il l’atteignit en plein figure, lui ouvrant la joue d’où le sang se mit à dégoutter lentement. Il était étourdi, essayant doucement la blessure, tandis que Collins regardait fixement Stephen sans parler. Aucun d’eux ne prononça une parole ; ils se sentaient trop coupables. Ils étaient aussi très étonnés. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de, pp. 38-39). « Stephen s’enfuit sauvagement, plus loin, toujours plus loin, n’importe comment, n’importe où, pourvu qu’elle cessât de les voir. Elle sanglota et courut en se couvrant les yeux, déchirant ses vêtements aux arbustes, déchirant ses bas et ses jambes quand elle s’accrochait aux branches qui l’arrêtaient. » (p. 39) ; « Les senteurs des prairies émouvaient étrangement ces deux êtres […] Comme sa fille [Stephen], Anna avait été remuée par le parfum des reines-des-prés sous les haies ; car en ceci mère et fille ne faisaient qu’un, toutes deux ayant dans leurs veines l’ardeur du sang celtique sensible à toutes ces nuances. […] Dans cette prairie ensoleillée, un grand désir d’aimer s’était soudain emparé d’Anna Gordon, les avait possédées toutes deux, tandis qu’elles se tenaient ensemble, jetant un pont entre la maturité et l’enfance. » (idem, pp. 44-45) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Lucie, la serveuse sadique harcèle Jules, le héros homosexuel, avec ses roses, ainsi que les deux autres invités qu’elle surnomme « ses trois petites roses ». Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Adèle offre un bouquet de fleurs à son frère gay William, pour l’enfermer de manière très incestuelle dans son homosexualité. Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, il y a des fleurs partout : sur les tapisseries (la mère de Kai), sur les tables de repas, dans la chambre de maison de retraite de Junn la mère du héros homosexuel Kai. D’ailleurs, ce dernier offre à sa chère et douce maman des hortensias violets. Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, toutes les prostituées, pour aguicher le client, porte une rose rouge à la main. Dans la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1, Hugo, le héros homo de 25 ans, dit qu’il ne peut pas se passer de voler : « Le cambriolage, j’y suis accro ! » (c.f. l’épisode 260, diffusé le 2 août 2018). Il cambriole les luxueuses villas de Sète, en laissant à chaque forfait, un bouquet de fleurs en souvenir. Bart Valorta, son complice, s’interroge sur ce curieux rituel : « Pourquoi les fleurs ? » Hugo lui répond : « C’est une manière de m’excuser. » Le Gentleman-cambrioleur… Hugo et Bart finissent par sortir ensemble et composer le Gang des Fleuristes (homosexuels) !

 

La fleur homosexuelle a donc souvent un parfum de désincarnation et de mort. « Le plus bel atout de la chambre était une cheminée en chêne sculptée de fruits et de fleurs.[…] Elle remarqua un visage parmi la flore sculptée et sursauta. Ses yeux firent la mise au point et elle en vit d’autres, joyeux et androgynes sous des cheveux emmêlés de lierre. Les sourires paraissaient bienveillants mais Jane les imaginait s’altérer avec les ombres, et elle espérait qu’ils ne perturberaient pas les rêves de l’enfant. » (Jane, l’héroïne lesbienne enceinte, demeurant dans la chambre de son futur enfant, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 39) Par exemple, dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Matthieu, le héros homosexuel qui périt dès le début dans un accident de voiture se métamorphose, comme Narcisse : son corps écrabouillé contre la voiture, tripes à l’air, est associé à une composition florale (« On dirait un massif de fleurs. ») ; et quand Franck parle de sa mort, il associe son ami à un bosquet de tournesols jaunes. Dans la pièce Y’a un cadavre dans le salon ! (2022) de Claire Toucour, Simon (homosexuel latent) est poussé volontairement du haut d’un immeuble par son meilleur ami Julien qui veut se débarrasser de lui… et sa chute mortelle est amortie par un parterre de fleurs de fleuristes gays de la Gay Pride.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le pouvoir des fleurs :

Marcel Proust

Marcel Proust


 

Dans l’inconscient populaire, la fleur est fréquemment montrée comme un signe d’homosexualité… et on comprend pourquoi ! Beaucoup de personnes homosexuelles sont amatrices de fleurs (Jean Cocteau, Colette, Pedro Almodóvar, etc.), en portent sur elles comme un étendard (le gardénia à la boutonnière de Marcel Proust, le tournesol géant arboré par Oscar Wilde, la fleur de lys de Mylène Farmer, l’orchidée à la boutonnière des costumes voyants de Jean Lorrain, etc.). Par exemple, dans le documentaire « 68, Faites l’amour et recommencez ! » (2008) de Sabine Stadtmueller, le réalisateur Rosa von Praunheim parle toujours avec une rose devant lui en guise de faux micro (sûrement en référence à son surnom féminisé). Dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, Mateo, homosexuel et séropositif, porte à un moment une pâquerette accrochée à l’oreille. Le célèbre coiffeur gay polonais Antoine de Paris adorait la fleur de lys et l’offrait toujours ses amis gays. Romaine Brooks, lesbienne, également.

 

Jérémy Patinier

Jérémy Patinier


 
 

b) L’adolescent homosexuel se prend pour une jeune fille en fleur :

Schtroumpf Coquet

Schtroumpf Coquet


 

Quasiment toutes les fleurs sont hermaphrodites, c’est-à-dire qu’elles n’ont ni de sexe mâle ni de sexe femelle. Il est donc logique que ceux qui rêvent du sexe unique ou d’un dépassement de la différence des sexes, à savoir la majorité des personnes homosexuelles ou transgenres, s’y identifient. « Sans savoir pourquoi, j’adorais le film ‘Ne mangez pas les marguerites’ ! » (Lea Delaria, lesbienne, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel) Ils veulent retrouver « l’innocence radicale des fleurs » (Gilles Deleuze, Félix Guattari, L’Anti-Œdipe (1972/1973), p. 81).

 

Je vous renvoie au documentaire « Orchids, My Intersex Adventure » (2011) de Phoebe Hart (parlant des personnes dites « intersexuées »).

 
 

c) Je suis une fleur :

"Photo de la Honte" (moi à 7 ans, avec ma pâquerette)

« Photo de la Honte » (moi à 7 ans, avec ma pâquerette)


 

On entend parfois des individus homosexuels se déclarer enfants d’une mère végétale, en général cinématographique : « Elle [Cecilia] contempla sans se lasser la peinture de son fils. Une Mae West pointait entre les feuillages tropicaux, où abondaient fleurs, papillons. À ses pieds, une panthère noire. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 229)

 

Ils prétendent aimer énormément les fleurs, au point de s’y identifier : cf. l’essai Les Lesbiennes, ces fleurs du bien (2009) de Milan Roman, le projet Myosotis défendant les personnes trans (2019), etc. Petite anecdote personnelle : moi qui n’ai pas du tout la main verte, ni la folie des fleurs (je n’en ai même pas chez moi), je peux pourtant dire que j’ai eu inconsciemment, très jeune, ce que je pourrais appeler « un fantasme sexuel floral ». En effet, quand j’étais à l’école maternelle, chaque élève de ma classe avait eu le choix d’un petit symbole figuratif accompagnant l’étiquette de son prénom (cette étiquette se trouvait coller sur tous les bordereaux, les chemises pour classer les dessins, les peintures, le porte-manteau nominatif, etc.). Et moi, j’avais élu (comme par hasard…) la pâquerette comme dessin me représentant. Charmant, non ?

 

En ce qui concerne maintenant le cliché du fleuriste homosexuel, tout caricatural et réducteur qu’il soit, il n’est pas seulement fictionnel. Certains fleuristes se revendiquent ouvertement homosexuels, et font des compositions florales leur fond de commerce : pensons à Yann Cinquin, aux boutiques florales ouvertement LGBT Wax Flower, Orchidées et Compagnie, etc. Ce lien de coïncidence entre homosexualité et monde floral est connu, ou tout du moins deviné, même si les communautaires homosexuels préfèrent le juger « homophobe » pour ne pas l’analyser : « J’ai dit à ma mère : ‘Mais c’est quoi l’homosexualité ?’ Et ma mère m’a dit : ‘Ah tu sais, quand on va faire nos courses chez Leclerc, dans la galerie marchande, tu vois le fleuriste, c’est ça l’homosexualité.’ ‘C’est-à-dire ?’ ‘Ben, ce monsieur-là, il est un homosexuel. […] Je devais avoir 14 ans. » (Lidwine, femme lesbienne de 50 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 64) De mon côté, je connais personnellement des fleuristes homosexuels, qui m’assurent exercer ce métier par choix et par goût personnel des plantes. Et lorsque j’avais publié pour la premier fois ce code de la Fleur (dans l’ancienne version du site de l’Araignée du Désert), cela avait déclenché une réaction épidermique assez bluffante sur Facebook de la part d’un ami homosexuel (dont j’ignorais la profession) qui s’est senti démasqué – pire que ça, exorcisé ! – puisque sur mon Mur, il a commencé à sortir de ses gonds : « Comment tu sais que je suis fleuriste ? » ; « Laisse mes fleurs tranquilles ! » ; puis il a posté un lien Youtube d’une scène d’exorcisme du fameux film « L’Exorciste ». Alors que, voilà, j’ai quand même des codes plus trash que celui-là… 😉

 
 

d) Se prendre pour une fleur divine… ou même le Créateur des fleurs ! :

Le symbole de la fleur illustre chez les personnes homosexuelles qui s’y identifient un fantasme de se prendre pour un ange ou pour Dieu. Par exemple, dans son documentaire « La Villa Santo Sospir » (1949), grâce à un jeu de caméra filmant au ralenti et en marche arrière, Jean Cocteau se présente explicitement comme un créateur de fleurs.

 
 

e) L’amant homosexuel floral :

Dans le discours de certains individus homosexuels, les fleurs symbolisent également l’amour homosexuel ou l’amant homosexuel : « Stéphane avait le privilège des jonquilles. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 63) ; « Tout comme les femmes, nous sommes sensibles aux hommages floraux. » (Jean-Luc, homosexuel de 27 ans, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 97) Étant connotée amoureusement (comme la danse), la fleur est en général la représentation d’une génitalité irréelle, décorporéisée, non-reconnue, non-respectée.

 

« Le temps nous [lui et le père Basile] enveloppa dans un tourbillon difficile à définir, celui de la léthargie du bonheur. J’avais fini par me dévoiler comme une fleur qui étale ses pétales en plein soleil. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p.34)

 
 

f) Fleur/Fêlure :

Par frustration due à l’éloignement du Réel, beaucoup d’individus homosexuels cherchent à détruire les fleurs et l’amour désincarné qu’elles représentent : il n’est pas rare de les entendre réprimer leur romantisme, leur côté « fleur bleue » (expression tellement signifiante !), fustiger la gnangnantise des bouquets de fleurs après les avoir offert à foison.

Cette auto-punition indique à mon sens l’existence d’une homophobie intériorisée (la fleur étant spontanément associée aux univers féminins), d’un attachement excessif à l’esthétisme, d’un amour-trahison, de la violence douce et trompeuse de l’amour homosexuel.

 

Dans le discours des personnes homosexuelles, la fleur peut renvoyer à la perte des idéaux, à la beauté de la sexualité flétrie ou abîmée par le (fantasme de) viol, le (fantasme d’) inceste, ou la (fantasme de) prostitution : « Pourquoi donc le jeune Adrien Baillon, le plus masculin des homos de Montmartre, viril au lit et casse-cou dans les rues, sodomite actif et criminel aguerri, railleur des tantes et frère de pogne de Mignon, répond-il de toujours au sobriquet de reine de ‘Notre-Dame-des-Fleurs’ ? » (François Cusset, Queer Critics (2002), p. 183) ; « Je crois que tu as menti, ce soir d’été. On est descendus sur la terrasse pour sentir la fraîcheur de la nuit et on a entendu une voiture s’arrêter. On s’est déplacés silencieusement pour espionner. On a vu le beau garçon, l’athlète qui faisait de délicats dessins de fleurs. Il faisait chaud. Il était presque nu dans la voiture. Sa peau brillait, recouverte d’une fine pellicule de sueur. Le conducteur de la voiture était un homme plus âgé, aux cheveux blancs. Ils se sont embrassés sur la bouche. Et tu m’as dit que c’était son père. » (Alfredo Arias à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 165) ; « Je me rappelle plus particulièrement Pinkie Sikes avec sa chevelure teinte en rouge, ses escarpins à talons aiguilles et son incroyable entrain sur le pont. […] Pinkie, une fleur du Sud d’une grande indépendance avait, à mon avis, presque 50 ans. À coup sûr, elle devait son indépendance à quelque procédure juridique car elle avait dû être quelques années plus tôt, une créature éblouissante. En fait, elle était encore éblouissante, quoique plutôt grotesque à cause de son maquillage et de ses courageux efforts pour paraître moins que son âge, en portant des chaussures à très haut talons, des jupes courtes et des vêtements de petite fille. J’aimais beaucoup Miss Pinkie. Malgré ma timidité maladive, elle ne faisait presque pas peur. » (Tennessee Williams à 17 ans, Mémoires d’un vieux Crocodile (1972), pp. 40-41)

 

Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko raconte comment, après avoir été violé par un homme adulte, il était « comme une fleur asséchée par un trop plein de soleil » (p. 40)

 

Dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), le journaliste homosexuel Brahim Naït-Balk raconte à propos des fleurs un épisode fascinant qui lui est arrivé et qui l’avait apparemment chamboulé : « Mon père avait été hospitalisé pendant de nombreux mois à la suite d’un accident dans la mine. Il avait partagé la chambre avec un homme d’une soixantaine d’années avec lequel mes parents avaient sympathisé. Dès qu’il me voyait, il paraissait enchanté. J’étais majeur mais loin de tout comprendre. Quand il a quitté l’hôpital, ma mère m’a dit : ‘Je lui ai promis que tu passerais le voir. Tu vas lui acheter des fleurs.’ Je n’en avais aucune envie, mais elle a tellement insisté que j’ai fini par céder, comme toujours. Je me revois dans ce village, devant sa petite maison, les fleurs à la main comme un imbécile. Je ne comprenais pas pourquoi les voisins me regardaient de travers… J’ai frappé, ma mère l’avait prévenu de ma visite, je suis rentré et il s’est jeté sur moi, cherchant à m’embrasser en me serrant à m’étouffer. Il était négligé, mal rasé… Les fleurs étaient tombées par terre, mais il se fichait royalement de mon bouquet. Alors qu’il m’embrassait de force sur la bouche, j’ai juste eu l’énergie de le repousser et de m’enfuir. » (p. 96) Les fleurs marquent ici la perte de l’innocence, la présence d’un désir incestueux et homosexuel qui ne rend pas libre.

 

D’ailleurs, dans les créations homosexuelles, on assiste souvent à une inversion de ce type : l’Homme est végétalisé, alors que la faune et la flore sont personnifiés. Généralement, cet échange signifie socialement une robotisation et une déshumanisation de l’être humain (cf. l’article « El Pez Doncella » (1998) de Manuel Rivas).

 
 

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