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Voyage en Côte d’Ivoire pour défendre le mariage d’amour entre l’homme et la femme

Jusque-là, nous avons très peu communiqué, le père Cédric Burgun (prêtre du diocèse de Metz), Maria Hildingsson (secrétaire général de la FAFCE à Bruxelles) et moi-même, sur notre Mission – sur la famille et le mariage – en Côte d’Ivoire (du 16 au 22 juin 2014). Parce que c’était trop grand d’un coup à raconter : il fallait digérer. Parce que rien ne sert de faire goûter ce qui est juste semé. Mais à présent, je veux bien vous en toucher deux mots. Car ce qui n’est pas donné est perdu. Ce n’est pas possible de garder pour soi tant de cadeaux et de ne pas les partager !

 

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Le sujet de l’homosexualité a été une clé, et je pense, l’un des détonateurs, pour faire comprendre la singularité, l’enjeu et l’urgence de notre visite. La Côte d’Ivoire est mine de rien un pays très concerné par l’homosexualité (et tout ce qu’elle illustre : infidélité, libertinage, divorces, éclatement des familles, société matérialiste, libéralisation des moeurs, sorcellerie, sécularisation, perte de la foi, etc.), et déjà particulièrement pressionné pour accepter les conditions idéologiques pro-gays et pro-Gender des « aides au développement » que leur imposent les pays occidentaux (et quand ce n’est pas l’agenda politique international qui accule la Côte d’Ivoire à justifier l’homosexualité, ce sont Internet ou la télé qui s’en chargent : personnellement, j’ai halluciné de voir que dans un pays où 50% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté, on voit des pubs sur la « 4G » partout ; et la chaîne Canal + est omnipotente là-bas).

 

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Le terme « homosexualité », tellement entouré de mystère, d’incompréhension, de peur et de violence, devient un mot magique une fois qu’il est vécu et expliqué en Jésus, sans être justifié idéologiquement (= identitairement et sentimentalement) : il suscite curiosité, intérêt pour les réalités de notre temps, et même un torrent de Charité et de Miséricorde. Il a permis aux oreilles des Ivoiriens de s’ouvrir sur la beauté de la différence des sexes, du message de l’Église sur les couples, sur l’enjeu de l’implication politique de la Côte d’Ivoire dans l’échiquier international. Bref, il a été source d’une grande libération. Le père Cédric peut en attester avec les fardeaux très lourds qu’il a reçus en confession là-bas ! Maria peut également confirmer la force des échanges privés qu’elle a eus avec les intellectuels ivoiriens. Et la réaction d’enthousiasme des nombreux curés de paroisses à Abidjan qui se sont disputés nos interventions sur la fin parle d’elle-même !

 

De mon côté, une de mes plus belles victoires de ce voyage, c’est qu’au moins 4 personnes sont venues me dirent en privé qu’avant de m’avoir entendu, elles « détestaient vraiment les homosexuels » et que j’avais réussi l’exploit de casser en deux leur hache de guerre intérieure (certaines m’ont même serré dans leurs bras, en dévoilant leur joie de comprendre enfin la Bonne Nouvelle du message de l’Église sur l’homosexualité : une sorte d’Eurêka génial ! Et dire que sur Twitter, certaines mauvaises langues homosexuelles prédisaient que j’allais étendre ma propre homophobie au continent africain… Elles n’ont rien compris.)

 

Un Français habitant en Côte d’Ivoire m’a fait cet étonnant remerciement à l’issue de la semaine : « Maria, Cédric et moi, vous avez réussi à faire en une semaine en Côte d’Ivoire ce que la Manif Pour Tous n’a pas réussi à faire en deux ans en France. » Et aux vues du succès et de l’impact de cette Mission, aux vues des dossiers que nous portions (la politique et le droit international avec Maria ; l’Église avec le père Cédric ; l’homosexualité avec moi), je ne peux que lui donner raison. Effectivement, en France, personne n’a osé s’avancer sur le terrain du politique (ce n’est venu timidement – et de manière éclatée en plus – qu’après mai 2013). En France, l’Église catholique ne s’est quasiment pas prononcée sur la question du « mariage pour tous ». Et enfin, en France, personne n’a osé parlé d’homosexualité et n’a remis en cause la pratique homosexuelle ni, par conséquent le PaCS, et encore moins le « mariage pour tous ». On va voir ce que notre Mission va donner en Côte d’Ivoire. Mais ce qui est sûr, c’est qu’Elle a « gâté le coing » (comme on dit en ivoirien = synonyme de « cartonner »), a fait jaser, a préparé un barrage solide, qui au pire ne permettra pas à des lois comme le « mariage pour tous » de passer en douce et sous le manteau dans ce pays.

 

Cathédrale d'Abidjan (première pierre posée par saint Jean-Paul II)

Cathédrale d’Abidjan (première pierre posée par saint Jean-Paul II)


 

Au final, la Côte d’Ivoire nous a donné une force nouvelle. La force de la foi et de la ferveur simple pour Jésus et son Église (d’ailleurs, passer des 6 messes dominicales de 500 personnes chacune, avec des chants sublimes, à nos messes françaises en peau de chagrin, c’est un peu hard…). Certes, le contraste entre l’engouement africain pour Dieu et la violence de certaines pratiques – intimes, sexuelles, familiales, sociales, politiques – « frôle la schizophrénie », comme me l’a commenté avec raison un ami français qui a contracté le virus de l’Afrique. Mais ce qui reste de la Côte d’Ivoire, c’est surtout la beauté de cet abandon irréfléchi du Peuple ivoirien dans les bras de Jésus et de Marie. Les Africains mettent moins de barrières entre eux et l’Église. Ils nous aident à avoir la simplicité des Enfants de Dieu.

 

Le père Cédric, Maria et moi sommes revenus de ce voyage avec l’impression que nous n’avons pas seulement été compris, mais que nous avons été aussi enseignés. Par exemple, un jour, une femme ivoirienne m’a dit que mon appel pressant à ne pas parler de l’homosexualité avec des arguments religieux, et donc à respecter l’effacement de Jésus quand Il guérit les Hommes, lui avait fait penser au « Va, ta foi t’a sauvé » de la Bible. En effet, Jésus ne dit pas « Je t’ai guéri et je suis Jésus, le Super Guérisseur. ». Il va jusqu’à attribuer à la foi de ceux qu’il guérit le mérite de Sa propre action. « C’est ta foi en moi qui t’a sauvé. » J’ai trouvé cette remarque tellement juste ! J’en aurais pleuré car elle était l’écho parfait à ma modeste remarque, encore plus profond que ce que j’avais dit, même. Cette femme m’a décrit son désir d’aller à la rencontre des personnes homosexuelles, dans des lieux de débauche, et d’être cette présence silencieuse et aimante auprès d’elles. Il y a de grands prophètes et évangélisateurs en Côte d’Ivoire.

 

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Non seulement le Peuple ivoirien et le Peuple français sont sur la même longueur d’ondes (miracle permis dans/par la foi), mais parfois même le Peuple ivoirien a une longueur d’avance. Quand nous avons vu, nous pauvres visiteurs français, comment nos hôtes ivoiriens (une équipe d’une douzaine de personnes au départ) se sont donnés sans compter, ont parfois séché leurs heures de bureau pour rester auprès de nous, ont cassé leur rythme de travail, ont sacrifié pendant une semaine leur santé et leur salaire, ont gardé le sourire et leur inconditionnel humour pour tout donner à cette Mission malgré leur grande fatigue (je me rappellerai longtemps des interminables parties de rigolade et d’échanges lors des « débrief » nocturnes dans les maquis et autres troquets ivoiriens à l’air libre), nous avons compris avec force et enthousiasme que Jésus nous donnait de véritables frères partout sur Terre !

 

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Dernière image forte que je garde de ce premier (et trop court !) voyage en Terre d’Afrique : ce tableau surréaliste que j’ai vu le dernier jour de notre séjour en descendant de voiture pour rejoindre le père Cédric et Maria dans une paroisse d’Abidjan qui avait programmé pendant la messe dominicale de la Fête-Dieu une immense procession du Saint Sacrement dans les rues d’un quartier populaire de la capitale. La scène était très émouvante (ça faisait un peu remake inattendu du film « Mission » avec Jeremy Irons, mais en plus vrai) : j’ai aperçu le père Cédric – qui ne m’a pas vu –, seul Blanc fondu dans une marée noire christique. Il défilait tout près de l’ostensoir où reposait le Corpus Cristi, entouré d’un groupe de prêtres en habit, de fumées d’encens, et porté par une multitude innombrable de Noirs chantant dans la joie et les percussions de fanfare le nom de Jésus. Sans le faire exprès (car je crois qu’il ne s’attendait absolument pas à être embarqué dans une solennité aussi imposante), le père Cédric était l’incarnation vivante du « Missionnaire » humble et serviteur. Et sa présence incongrue et pourtant totalement naturelle dans ce paysage humain étranger, le signe de la réussite de notre Mission, du métissage de nos deux pays.

 

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Je me suis engouffré dans cette foule presque 100% ivoirienne, en retrouvant sans difficulté Maria (une blonde suédoise au milieu de Noirs, c’est le « Où est Charlie ? » le plus facile qu’il m’a été donné de résoudre dans ma vie !). Cette procession d’une simplicité et d’une beauté absolues était non seulement l’anti-circuit touristique par excellence, mais a été ce grand cadeau inespéré du Seigneur qui nous a fait réaliser que notre voyage était en réalité un pèlerinage.

 

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Francia chiama Italia: Unioni civili, legge contro l’omofobia, matrimonio gay, questione del gender

19 juin 2014, 00:24

(…) a differenza di quanto successo in Francia, voi dovrete affrontare tutta una serie di problematiche contemporaneamente. Dovete chiarirvi le idee, questo è importante per voi. Voi dovrete affrontare la questione delle unioni civili (uc), della legge contro l’omofobia, del matrimonio gay e della questione del gender e questo non vi facilita certamente. Chiaramente tutto è nato dal coming out e dalla riduzione della persona al proprio orientamento sessuale come ho spiegato prima. L’unione civile è la prima legge che si basa sull’orientamento delle persone omosessuali, è una legge molto grave. Per la prima volta non si  riconoscono gli uomini e le donne ma si riduce la persona alle proprie pulsioni. C’è un elemento di violenza in questa  legge. Inoltre l’uc giustifica dal punto di vista sociale l’atto del ripudio. Si può interrompere l’uc senza neanche mettere al corrente uno dei due partner. Quindi è la giustificazione sociale del ripudio. Inoltre finisce per contrattualizzare ogni sorta di unione umana: l’amicizia, la fratellanza sono un contratto, una sorta di commercio, di scambio. Dal pdv sociale l’uc finisce per distruggere la gratuità dell’amicizia e di tutti i legami sociali…bisogna essere coscienti di cosa rappresenta l’uc. Il matrimonio per tutti, cosa produce effettivamente? Elimina la connessione d’amore tra i due genitori biologici quando invece sappiamo che tutti gli esseri umani hanno bisogno che i propri genitori biologici si amino. Lo ripeto: il matrimonio gay elimina la connessione d’amore tra i due genitori biologici, questo è gravissimo. Riduce le persone alla loro tendenza sessuale e terzo punto di criticità il matrimonio gay da almeno 3 genitori a ogni bambino. Quando in Francia i giuristi si son resi conto di questo hanno detto « c’è qualcosa che non funziona » e tutte le situazioni a cui si dà un bambino agli omosessuali ci sono almeno 3 genitori. Nel caso ci sia un bambino nato da una precedente unione tra un uomo e una donna, il matrimonio per tutti finisce per giustificare il divorzio, così nel caso di divorzio ci sono almeno 3 genitori. Nei casi dicoparentalità si hanno 4 genitori,  due coppie una formata da due uomini e una da due donne, in caso di procreazione artificiale assistita si hanno 3 genitori, e la madre viene eliminata. Conosco almeno 4 casi di ragazzi che non hanno avuto il diritto di conoscere la propria madre biologica e due genitori maschi che non sanno neanche più chi sia. Nel caso dell’adozione si hanno 3 genitori, nel caso dell’utero in affitto sono 3 genitori. Tutte queste situazioni nel matrimonio gay significano dare minimo 3 genitori a ogni bambino, non solo viene soppressa la connessione d’amore dei genitori biologici ma in più si danno almeno 3 genitori a ogni bambino. Per quanto riguarda il gender, si dice che la differenza dei sessi non esiste. Sarebbe una sorta di gioco di ruolo, un costrutti sociale che permette all’uomo di dominare sulla donna. Noi in Francia abbiamo fatto dei grandi errori, perciò vi darò qualche consiglio per non ripeterli: non abbiamo parlato altro che della procreazione dei bambini e non abbiamo denunciato l’eterosessualità. Se voi nn fate altro che parlare della filiazione incoraggiate chi vuole proporre la legge, di dividerla in due parti: « se per voi il problema non è l’amore omosessuale, allora facciamo passare il matrimonio in nome dell’amore e poi parleremo successivamente dell’adozione e delle conseguenze che può avere sui bambini ». Questo è quello che è successo in Francia, perchè non abbiamo osato parlare di omosessualità perchè avevamo paura, e abbiamo parlato solo di bambini, mentre dall’altra parte non si fa altro che parlaredell’amore e sono riusciti a imporre la legge.Se non parlate che di procreazione finite per giustificare le uc. Bisogna parlare di bambini ma bisogna anche parlare d’amore, d’amore nella differenza dei sessi e anche di omosessualità. Lo so che è difficile perchè non essendo omosessuali vi diranno di chiudere la bocca. Ma se parlate di bambini e procreazione la legge verrà divisa in due parti ecc… Se vi lascerete definire come eterosessuali, finirete per giustificare tutte le alternative non procreative a livello sessuale e tra queste c’è l’omosessualità. Penso che in Francia avremmo potuto vincerla la battaglia se avessimo veramente parlato di omosessualità e se avessimo detto che la questione del matrimonio gay è innanzitutto una questione umana e non una questione di eterosessualità omosessualità o omofobia. Bisogna uscire da questa visione dell’uomo caratterizzata esclusivamente dalla sua genitalità. Voi non ne parlate ma dall’altra parte non fanno altro che parlare di questo, loro non fanno che palare diomosessualità e di ugualianza tra omosessualità ed eterosessualità, non parlano di altro. Se voi pensate che l’omosessualità non sia un problema, verrà strumentalizzata dai nostri oppositori per imporre delle leggi che non hanno nulla a che fare con l’omosessualità ma hanno capito che funziona, utilizzano come loro jolly omofobia, omosessualità… Buon lavoro.

(trascrizione tratta dal convegno « Omosessualità Controcorrente, vivere secondo la Chiesa ed essere felici »ed. Effatà con Philippe Ariño)

Article « ‘Le Mariage’ de Jean-Luc Jeener » (publié dans la revue « France catholique » du 20 juin 2014)

PDF Jeener

 

Et le critique initiale en intégralité :

 

La pièce Le Mariage de Jean-Luc Jeener au Théâtre du Nord-Ouest
 

LE RÉALISME INGÉNIEUX… ET POURTANT SUSPECT !

 
 
I – UN RÉALISME AUDACIEUX

 

« Si tu veux qu’on se parle, il va falloir que tu apprennes à ne pas avoir peur des mots ! » (le père à sa fille Claire)

 

Vous vous sentez facilement submergé par les débats d’idées trop animés et trop poussés entre amis ? N’allez pas voir cette pièce. Vous sortiriez la tête pleine comme une pastèque ! En revanche, si vous aimez la haute voltige intellectuelle, les dialogues bien écrits, les pièces-miroir-social contemporaines, vous vous délecterez en assistant au Mariage de Jean-Luc Jeener.

 

L’intrigue est simple : il s’agit d’un huis clos dans lequel, pendant un apéro, un père (interprété par l’auteur lui-même) reçoit sa fille Claire et la compagne de celle-ci, Suzanne, qui lui annoncent leur intention de se marier et d’avoir des enfants… ce qui ne ravit absolument pas le père !

 

Quand Jean-Luc Jeener cherche à baptiser ses pièces, il ne se foule pas. Le thème est dans le titre. Éponymie directe ! Il veut parler de l’homosexualité ? : il intitulera sa pièce Homosexualité (j’étais allé la voir en 2008). Il veut traiter du « mariage pour tous » ? Sa nouvelle pièce s’appelle Le Mariage ! La prétention naturaliste est affichée d’emblée !

 

Le parti pris de Jeener est réaliste : pas de poésie. Le Mariage est une pièce quasi photographique. Même si le ton du débat est encore trop soft par rapport au réel, c’est quand même la première pièce sur le « mariage pour tous » et ses enjeux, que je vois de mes propres yeux en France. Le Mariage a le mérite de poser les bases de l’échange intellectuel de haute tenue, d’étaler toutes les cartes de l’argumentaire des deux parties d’un débat français qui n’a pas eu lieu. En cela, je la trouve visionnaire et courageuse. C’est une pièce didactique, pédagogique, où il y a du contenu et de l’écoute. Et ça fait du bien ! On en a tellement manqué !

 

En plus, Jeener a la finesse de ne pas orchestrer le combat rebattu entre essentialistes (ou naturalistes) et constructionnistes (ou culturalistes Gender & Queer) puisque le discours de son héros (le père) n’est pas uniquement spiritualo-biologiste : ce dernier parle bien de l’articulation Nature/Culture : il défend « l’intelligence de la culture » (« Nous nous complétons. Et ça, c’est magnifique culturellement. ») Le dramaturge a tellement bien compris le sujet de l’homosexualité qu’il est l’un des seuls artistes français que j’aie entendus à ce jour remettre en cause l’hétérosexualité ! « Homosexuel donne hétérosexuel. Hétérosexuel, c’est le ‘contraire pratique’ d’homosexualité. L’hétérosexualité qui montre bien la folie de ce monde ! » (le père) C’est du très grand ! et du très précoce !

 

En outre, sur scène, le héros paternel balance vertement des constats sur l’acte homosexuel qui sont politiquement incorrects, souvent vrais, et qui ne sont pas homophobes (ils ne le deviennent que parce qu’ils ne distinguent pas l’acte homosexuel de la personne homosexuelle) : « On ne légifère pas sur une infime minorité. » ; « Ce type d’amours ne dure pas. Tu peux fuir la réalité. Elle te rattrapera. » ; « Il est tiède… comme le sera votre mariage. » ; « L’homosexualité est une infantilisation. » ; « La mort est en marche. » ; etc. Le père associe la pratique homosexuelle à la peur, à la paresse, à l’infantilisation d’une société qui veut tuer son Peuple à petit feu et à coup de slogans amoureux. Il a raison. Jeener dénonce les hypocrisies des nouveaux riches adulescents bobos qui, à travers la promotion de l’homosexualité, cherchent à justifier leurs peurs et leurs privilèges (« Vous êtes une petite bourgeoise. » dira le père à Suzanne) quitte à se contredire eux-mêmes dans des fausses nuances (« Je suis pour le mariage mais pas pour les mères porteuses. » affirme Suzanne) et dans leur caprice (« Je veux un enfant et je l’aurai ! » gémit Claire).

 

Cette pièce est tellement réaliste que le spectateur en oublierait presque qu’il est au théâtre ! Pendant la représentation à laquelle j’ai assistée (le 5 juin 2014 dernier), des gens dans le public parlaient même tout haut et prenaient spontanément part à la discussion. C’est à la fois bon et mauvais signe. Bon signe pour le réalisme et l’interactivité que suscite une telle intrigue. Mauvais signe parce que le spectateur n’a plus tellement conscience de participer à une œuvre artistique qui l’évade du Réel, qui marque la belle frontière entre fiction et réalité, et qui mérite sa retenue d’auditeur.

 

Petit bémol, donc. Le Mariage est tellement en avance sur son temps qu’elle perd les trois-quarts de ses spectateurs. Même le public du Théâtre du Nord-Ouest (pas le plus ignare de Paris !) semble avoir trouvé la pièce un peu compliquée et trop « psychologique ». Jeener est un petit génie, en avance sur son époque. Il doit en porter l’isolement. Et je crois qu’il le fait très bien, d’ailleurs. Mais il en paie forcément les conséquences quand même.

 
 

II – D’ÉTONNANTES INCOHÉRENCES ET IMPROBABILITÉS

 

Toute la partition du père a l’air bonne. Et pourtant… quand on se place trop prêt du tableau qu’on portraiture avec minutie, on finit par ne plus le voir bien. Trop de réalisme nuit au réalisme. Car tout d’un coup, c’est l’intention qui finit par se supplanter au Réel.

 

En regardant l’ensemble de la pièce Le Mariage, le spectateur se rend assez vite compte des petites incohérences qu’elle contient. Par exemple, au début, le père dit de manière coquine et entendue à sa fille Claire qu’il devine aisément qu’elle aide sa copine Suzanne à la rédaction de sa thèse : « J’imagine que tu lui donnes un coup de main !… » Et juste après, il feint de tomber des nues quand elle lui annonce qu’elles sont en couple, et rentre dans une colère homérique pas très naturelle.

 

Autre exemple de légères improbabilités : le personnage de Suzanne n’arrête pas de se plaindre d’être « interrompue ». Alors que dans les faits, elle a nettement moins d’arguments que le père et écoute plus qu’elle n’a d’idées à défendre. Également sur la tonalité qu’elle choisit, on se met à douter : elle répond très vite de manière insolente à son futur « beau-père », et face à sa copine qui ne s’en offusque même pas… alors que pour une première réunion « familiale », on attend quand même un peu plus de timidité et de politesse. Mais non. Son insolence devrait passer comme une lettre à la Poste ! Par ailleurs, l’étudiante en psycho effrontée utilise d’elle-même un jargon (par exemple le mot « altérité ») que je n’ai jamais entendu de la bouche des vrais théoriciens du queer. C’est peu probable.

 

Ensuite, même si ça se donne l’air de clasher sur scène entre comédiens, ça ne pètera jamais comme ça dans la réalité, je peux vous l’assurer ! Une sentence paternelle telle que « L’homosexualité est une mort » par exemple, elle n’aurait même pas eu la chance et l’espace temporel d’être prononcée dans un contexte réel. Concrètement, ça claque la porte pour moins que ça ! La situation narrative du débat et sa durée théâtrale sont déjà totalement improbables à cause de la nature-même des discussions sur l’homosexualité, une nature explosive, et que je n’ai jamais vue dépassionnée, dialogale, sur le terrain. Encore une incohérence, donc…

 

Pareil, dans Le Mariage, la colère du père arrive souvent comme des éclairs dans un beau ciel bleu dégagé. Ses coups d’éclat sont très téléphonés. Personnellement, je n’y crois pas. Jeener se force à rentrer dans la peau de l’irascible et orageux papy Mougeot, se met à insulter et à invectiver les deux femmes quand on s’y attend le moins, et sans réel motif situationnel. Par exemple, quand Suzanne console chastement Claire qui s’effondre en larmes, il leur saute dessus en leur demandant d’« aller faire leurs cochonneries ailleurs ! ». En bonne caricature du patriarche XVIIIe siècle, il les menace de « leur ficher la torgnole qu’elles méritent » ! Il se laisse aller à la violence… alors que son discours serait suffisamment solide pour ne pas avoir à se saborder lui-même par ce genre de facilités. Ce n’est pas crédible. À un moment, de « rage », papa balance ses livres par terre. Je vais vous dire quelque chose qui va peut-être étonner les spectateurs qui trouvent déjà Jeener habituellement trop « sanguin » sur scène : pour moi, il ne sait pas s’énerver (même si, pour d’autres émotions, il joue à la perfection).

 

Nouvel autre détail qui décrédibilise un peu le tout : Jeener a conçu sa pièce comme une dissertation (structure pas très heureuse pour une œuvre dramaturgique, mais bon…) et au beau milieu de la narration, voyant que l’action s’essoufle, le personnage du père nous présente scolairement son plan en trois parties (a – l’homosexualité, b – le mariage, c – la filiation) : « On a parlé de l’homosexualité. Mais on n’a pas parlé du mariage. » Cette conduite interventionniste du metteur en scène par l’intermédiaire de son héros frise l’amateurisme et trahit finalement quelques longueurs. Avec Le Mariage, le public a droit aux clichés pathos sincères, aux ressorts dramaturgiques faciles de la tragédie : le couple amoureux, le père qui se fâche, la nana en pleurs, le pater qui fait souffrir, le pardon final. C’est ce qui fait que la pièce paraît un peu longuette, et que Jeener est obligé de rallonger la sauce par une deuxième partie sur le « mariage ». La dramaturgie du Mariage tourne en rond, devient malgré elle un peu bavarde.

 
 

III – L’INCOHÉRENCE PERMISE et CALCULÉE : UNE JUSTIFICATION VOILÉE DE L’HOMOSEXUALITÉ

 

J’ai du mal à croire que Jean-Luc Jeener n’ait pas calculé ces réalismes forcés, ces incohérences. Ou plutôt je crois qu’il s’est coulé lui-même en le faisant exprès, qu’il a coulé « un peu » sa pièce, et qu’il a coulé exprès son héros et son argumentaire pour mieux justifier inconsciemment son propre sentimentalisme bisexuel inavoué/inavouable !

 

Car en effet, tout pousse dramaturgiquement le spectateur à ne pas prendre le parti de l’opposition au « mariage homo ». L’agressivité est du côté du pater familias esseulé. Le « privilège » de la consternation est réservé aux filles, et donc confié au public. Claire fusille son père du regard tout le long de la pièce, joue l’indignation abasourdie « qui se passe de commentaires ». Sous nos yeux, le père se fait lapider verbalement par les deux amantes, littéralement cracher dessus : « Vous êtes un vrai salaud… » (Suzanne) ; « Vieux schnock ! » (idem) ; etc. Dans les répliques, le mépris est toujours imputé au père, soi-disant « prisonnier de ses préjugés judéo-chrétiens » ; jamais aux deux femmes (alors qu’il y aurait largement plus de quoi le leur attribuer !).

 

Et le père arrive malgré ça à flatter la partie adverse, à se faire passer pour le fautif de l’histoire qui doit demander pardon. Il prête à celles qu’il contredit toutes les qualités (ce qui n’est pas le cas dans l’autre sens). Le personnage de Suzanne est auréolé de gloire, d’intelligence, de génie, par exemple : « Elle est malicieuse, ta petite amie. » ; « Vous êtes très observatrice. » ; « Elle a du caractère ! » Jeener place la jeune universitaire comme la « Voix de la Conscience » du Mariage, celle qui se défend bien, qui a du répondant, qui parle cash, qui donne une leçon d’humanité et de sensibilité au « vieil ours mal léché ». Elle est à peine caricaturée comme une jargonneuse Gender ou comme une pauvre thésarde en psycho qui ferait finalement des analyses de comptoir pour justifier ses propres fantasmes identitaires/amoureux.

 

Le père est un personnage d’autant plus agaçant aux yeux du public qu’il a en apparence raison argumentativement, mais qu’il pèche régulièrement par impatience et manque d’écoute (Suzanne n’arrête pas de lui demander de cesser de l’interrompre : pauvre petite chatte…).

 

Jeener donne l’illusion que c’est un débat équilibré puisque le fait que le père soit seul contre deux serait compensé par le double temps de parole qui lui est accordé ainsi que par sa profusion d’arguments plus solides que ceux des deux femmes réunies. Mais en réalité, il fait tenir au père des thèses non pas simplistes, mais inappropriées : c’est-à-dire fondées sur la « Nature culturelle » des choses ou bien sur la « Foi », deux domaines bien subjectifs ou au contraire bien froids, finalement (« Cette rupture sexuelle a été voulue par Dieu. C’est une constante de la Nature. » ; « Le seul intérêt de l’homosexualité, c’est le péché. » ; il cite Sodome et Gomorrhe)… alors qu’en face, du côté du « couple » lesbien, on entend des arguments affectifs et sentimentaux beaucoup plus passe-partout et convaincants pour nos contemporains (= être soi, être libre, s’accepter soi-même, aimer, ne pas se mettre à la place de l’autre, être sympa, etc.). L’argumentaire du père est plus paradoxal et inextricable que celui de la partie adverse. Se mêlent à ses arguments de poids, un aphorisme de bas étage qui les plombe. Son discours repose souvent sur l’anathème insultant et clairement homophobe (« Tous les pédés de la Terre » ; « les pédés et les gouines » ; etc.), sur la présomption de folie (« La folie de cette société » ; « À cause de la folie de ce gouvernement de merde ! » ; « Je ne suis pas totalement stupide. Je me doutais bien d’une folie de ce genre ! » ; il traite régulièrement sa fille et sa compagne de « folles »), sur le refus arbitraire du « progrès » (« Cette société du futur, je n’en veux pas ! » ), sur l’orgueil vidé d’empathie (« Je ne dis pas d’horreurs. Je dis la Vérité. »), sur un déni apparent de réalité (il refuse d’accréditer l’homosexualité de sa fille : pour lui, l’homosexualité n’existe pas en tant qu’identité ni en tant que désir : c’est juste un acte, et donc une pratique ponctuelle et passagère qui doit être banalisée : « Ma fille couche avec des femmes. Ça ne me dérange pas. »), sur une rébellion antigouvernementale qui semble gratuite (« Notre président de la République sape les fondements de notre société. »), sur la promotion d’un amour désincarné entre l’homme et la femme.

 

En effet, le père défend la différence des sexes comme quelque chose de « formidable », qui a reçu la « Grâce de Dieu » (« De toutes les altérités, c’est la plus importante. »). Mais il ne dit pas en quoi elle serait formidable ou importante. Il la fige en principe moral, culturel ou religieux : « C’est la grande loi de Dieu : une femme est une femme, un homme est un homme. » assène-t-il militairement, en citant la Genèse. Il s’exprime comme un vieux gars célibataire et cérébral, qui écrit et intellectualise plus qu’il ne pense à aimer. Il ne parle pas véritablement d’Amour. Et la seule fois où il évoque la différence des sexes couronnée par l’Amour, c’est sur le ton agressif de la révolte (« Un enfant, c’est le résultat d’une nuit où un homme et une femme se sont aimés ! ») ou sur le registre du regret et de l’amour impossible (il a été quitté par sa femme, même s’il prétend toujours l’aimer : « On ne s’entend plus. »). Le père est donc « un peu » mal placé pour convaincre sur la beauté de la différence des sexes aimante… En plus, il aggrave son cas en tenant à divers moments un discours à la Zemmour, pas assez argumenté pour paraître « non misogyne » et non-sexiste aux oreilles d’un public non averti : « Les hommes sont des primaires. Les femmes des secondaires. » ; « Si une société se féminise trop, elle devient dangereuse. »

 

J’avais déjà remarqué dans les pièces de Jeener sur l’homosexualité, que les arguments employés ne sont certes pas les plus attendus ni les plus communs, mais pour autant, ce ne sont pas non plus les plus réalistes ni les meilleurs. Par exemple, dans la pièce Homosexualité (2008), malgré les discours bien montés du supérieur de séminaire, je m’étais fait la réflexion que jamais un vrai prêtre catholique ne parlerait comme ça, ne se comporterait comme ça et n’utiliserait ce genre de démonstrations pour se justifier de ne pas cautionner l’homosexualité.

 

De même avec Le Mariage, le discours paternaliste sur l’homosexualité, tout élaboré et novateur qu’il soit, ne donne pas le meilleur de l’argumentaire d’opposition à la pratique homo ni au « mariage pour tous ». Le père s’excite trop pour que ce soit une saine colère convaincante. On n’a pas affaire à de la vraie haine productive. Pourtant, on aurait été censés avoir toutes les preuves en mains, au niveau de ses mots, de ses arguments et de ses attitudes, pour le penser haineux-à-raison ou souffrant et pour le traîner en procès d’homophobie. « Vous pouvez entendre que tout ça est douloureux pour moi ! » (le père) Mais on n’y croit pas. Parce que Jeener ne suit pas avec son cœur ce qu’il énonce en tant que personnage. Il s’excuse d’être dur tout en ne l’étant pas vraiment puisqu’il valide et décrit explicitement sa dureté (démarche qu’un vrai dur n’aurait jamais) : « Je suis insupportable. Mais j’ai des convictions. » ; « J’exagère un petit peu la forme. Mais pas le fond. » ; « Je suis insupportable. » ; etc. Finalement, il a tout fait pour perdre la joute oratoire, ou la faire perdre au personnage qu’il joue. Il n’a pas orchestré un vrai débat équilibré (c’est une habitude chez Jeener, visiblement, dès qu’il traite de l’homosexualité au théâtre : déjà dans sa pièce Homosexualité, on retrouvait le même schéma « 2 pro-gays contre 1 anti »). Il déblatère des arguments qui semblent n’aller que dans le sens de l’antithèse. Mais de cœur, il semble partisan de la thèse des deux muettes. C’est la raison pour laquelle le personnage de Suzanne répète à maintes reprises au père : « Vous parlez sans sentir. Vous parlez sans sentir. »

 

Le Mariage est une pièce qui laisse la part belle aux arguments du père. Il déblatère ses constructions mentales, et plus à propos que les filles. Mais c’est une illusion d’optique. Car Jeener sait que le blabla est moins vendeur pour un public avide de silence et de discours affectifs simplifiés, qu’une tirade riche et inaccessible. Le dramaturge pèche par bavardage (sa pièce ne serait d’ailleurs pas si bavarde si elle était totalement vraie au niveau du discours). Il a beau avoir raison, il se grille en interprétant l’excès de justification, l’excès de réalisme. Comme un homme qui veut absolument prouver qu’il a raison… parce qu’il n’en est pas si sûr lui-même, et parce qu’il s’attache davantage à « avoir raison » qu’à aimer. En donnant les mauvais arguments (ou pas les meilleurs) à son opposition, même s’il (se) donne l’illusion qu’ils sont bons par leur quantité, il finit par ne pas être crédible, par se faire seppuku en direct, et par justifier la partie adverse. Ce ne sont pas les arguments habituels du débat du « mariage pour tous », certes, mais ce n’est pas les bons non plus.

 

Jeener défend mal son personnage principal et son bout de gras. On dirait qu’il le fait exprès. Comme le « vieux con » désabusé, qui sait qu’il offre des perles aux cochons, qui s’en rend compte et qui lâche cyniquement/tendrement l’affaire. J’ai raison… mais au diable la raison « rationnaliste » ! Ne soyons pas plus royaliste que le roi… Je m’abandonne (à regret ?) à l’« amour » et à la compassion contrariée ! Je m’adapte bon gré mal gré au rythme de mon époque et de mes contemporains qui me font de la peine à s’aimer mal, mais qui me touchent malgré tout dans leur sincérité. Et « c’est mieux ainsi »…  « J’en veux juste à ce siècle, à cette société qui banalise tout. » (cf. phrase finale) Et nous, spectateurs, assistons, médusés, à l’abandon laconique du « vieux réac », du faux guerrier. Nous avons même droit à son mea culpa final : « À vous aussi je demande pardon. » Il dira à sa fille qui veut se faire inséminer qu’il considèrera son enfant comme son propre fils ! C’est « bôôô »… Comme par hasard, le pardon final ne va que dans un sens : du père vers les filles, et non l’inverse. C’est mine de rien une pièce de la contemplation de la repentance de celui qui a raison et qui aurait dû l’assumer.

 

Moi, je trouve ça fascinant et étrange, ce militantisme faussement jusque-boutiste, ce parcours oratoire qui s’arrête avant sa victoire, ou qui retourne miraculeusement sa veste in extremis. À l’image du père et/ou de l’artiste qui n’est pas allé manifester au « Manif Pour Tous » parce que soi-disant « il y a d’autres formes pour défendre ses idées »… mais finalement, ces formes-là, même sur une scène de théâtre, elles ne sont pas davantage assumées et défendues que sur le pavé…

 

À la surprise générale, on lit en filigrane dans Le Mariage une justification par défaut de l’homosexualité, un soutien en demi-teinte. Une des toutes dernières tirades de la pièce est explicite et va dans ce sens : « L’homosexualité est une mort. La mort est belle… sauf qu’elle est moins belle que la vie. » D’ailleurs, le père finit par souhaiter au couple de tourterelles sur le chemin du départ précipité un « bon mariage ! »

 

Déjà, dans sa pièce Homosexualité, le parti pris de Jeener en faveur de la justification de l’amour homosexuel m’avait surpris par son ambiguïté. Même si le prêtre accompagnateur (Paul) du héros (Pierre) s’était bien débrouillé pour démonter la solidité de l’amour entre les deux partenaires homos (Pierre et Julien), je m’étais fait la réflexion qu’il le cautionnait malgré tout parce que jamais un prêtre catholique n’aurait tenu un discours aussi caricatural, et parce que la citadelle argumentative qu’il avait bâtie pour récuser l’homosexualité résonnait elle aussi comme un aveu de faiblesse, un manquement d’amour.

 

Ça m’amuse, avec cette nouvelle pièce jeenerienne Le Mariage, de débusquer également la part de lâcheté et d’incohérence de la démarche artistique de son auteur. Car, comme je l’ai déjà largement expliqué dans mes livres, je lis dans tout relent homophobe une auto-pénitence et une auto-autorisation personnelle de quand même croire « exceptionnellement » à l’homosexualité pour soi parce qu’on n’y croit pas généralement pour les autres. Une part – la plus lucide – de Jeener détruit l’homosexualité, l’autre part – celle qui, dans ses pièces, finit par vaincre même si elle perd toujours la bataille argumentative – la défend. Un aveu voilé d’homosexualité (… ou pas) : « Vous n’avez jamais rencontré de vrais homosexuels. Ce sont des bossus qui riraient de votre propre mariage ! » déclare cyniquement le père – voûté, fatigué et rieur comme un vieux bossu, comme par hasard… – à Claire et Suzanne.

 

Il y a du paradoxe dans les pièces de Jean-Luc Jeener, donc finalement beaucoup de contenu. Ça en agacera peut-être certains, qui y verront une prise de tête inutile, une « masturbation intellectuelle » qui n’attirera pas les foules, un étalage de « clichés » (c’est ce qui est ressorti des commentaires post-pièce que j’ai écoutés discrètement à la sortie du théâtre). Mais d’un autre côté, ça passionnera ceux qui n’essaient pas d’arracher à l’auteur ses intentions partisanes et son didactisme, ceux qui ne cherchent pas à tout prix à répondre à la question « Mais dans quel camp se place-t-il ? Qu’a-t-il cherché à défendre, au juste ? ». Et ça passionnera surtout ceux qui, comme moi, s’affairent à mener le plus loin possible l’enquête de son positionnement moral.

 

Et c’est vrai que même à l’issue de la pièce, on a encore du mal à savoir où Jeener veut en venir. Comme le grand sculpteur de génie qui réalise devant nous une œuvre technique prodigieuse, complexe, fouillée argumentativement, … et puis qui, à peine après l’avoir esquissée, la remet en doute et l’efface. Pour la beauté du geste ! pour la fugacité de l’événement ! pour le caractère éphémère de l’exercice rhétorique ! bref, pour le théâtre ! Et à l’inverse, Jeener sauve par la passion et l’empathie ce qu’il avait pourtant disséqué/détruit méthodiquement pendant une heure et quart avec une honnêteté intellectuelle saisissante, glaçante. Démarche masochiste ? Torturée, tout du moins ! L’artiste expose, concernant l’homosexualité (un sujet qui le travaille !), son propre conflit entre raison et sentiment, entre homosexualité latente et description clinique et désabusée de l’homosexualité pratiquée/identitarisée. Conflit qu’il exhibe tel quel, comme un gosse qui ne prétend pas le résoudre parce qu’il prétend trop le résoudre.

 

La pièce Le Mariage repose donc sur le faux réalisme. Trompe l’œil qui sied parfaitement au théâtre, me direz-vous ! Et je trouve l’exhibition de ce déchirement moral intérieur, de ce combat spirituel et identitaire, tout à fait réussie et riche. Cela mérite vraiment un traitement dramaturgique. Merci Monsieur Jeener. J’aime décidément beaucoup ce que vous faites. Et je ne veux pas que vous mouriez !

Film « La Mante religieuse » de Natalie Saracco : rêverie de femme bobo exaltée

Mante 1

 

Le tout dernier film de Natalie Saracco, « La Mante religieuse », vient de sortir dans les salles françaises. Ne vous en faites pas : je ne vais pas dégainer et jouer mon rabat-joie. Tout ce qui contribue à grandir l’Église et à faire connaître le Christ « aux périphéries » me réjouit profondément et ne réveille en moi (du moins, j’essaie) aucune amertume ni jalousie mal placée. La preuve : j’ai adoré – dans le sens christique du verbe – des films comme « Des hommes et des dieux » et « Qui a envie d’être aimé ? ». Donc il m’arrive d’aimer très fort des films cathos-sur-les-cathos. Si si. Je n’hésite pas à applaudir quand ça me plaît franchement. Et quand je n’aime pas, je n’hésite pas non plus à ne pas applaudir.

 

Pour ce qui est de « La Mante religieuse », je n’applaudirai pas. Et j’entends déjà la cohorte de certains « cathos » se rêvant avant-gardistes et « ouverts » me traiter de « grand méchant blasé » parce qu’ils devinent (à raison) que je ne vais pas en dire que du bien. Ils me tiennent le discours de la bonne intention : « Pour une fois qu’au niveau artistique et médiatique les cathos de conviction montent au créneau avec une œuvre osée, originale, moderne, sans concession, accessible aux non-croyants, il y a à encourager plutôt qu’à chercher la petite bête. Un peu de hauteur de vue ! Mets ton égo et les détails qui te chiffonnent de côté ! On passe sur les imprécisions et on avance ensemble, comme une grande famille aux multiples sensibilités et parcours, y compris les moins ‘catholiquement corrects’ et les plus cabossés. C’est ça, la Charité et la Miséricorde divine ! ».

 

MAIS MAIS MAIS…

 

Ce n’est pas parce qu’une œuvre parle de Dieu, d’Amour, de conversion, de Miséricorde, qu’elle est forcément bien. Ce n’est pas parce qu’on est en gros d’accord sur les intentions et le But, que pour autant il ne faut pas être précis et qu’on ne peut pas discuter les formes et le fond choisis… surtout quand le fossé entre intentions et Vérité ne relève plus du détail et heurte notre conscience. L’exaltation de certains spectateurs autour de « La Mante religieuse » me fait penser à l’euphorie aveugle qu’il y a eue (et qu’il y a encore) autour de films comme « Tree Of Life » ou « La Passion » de Mel Gibson. À l’époque, je me souviens, au sujet de « La Passion », que je m’étais pris les foudres de certains cathos tradis/convertis parce que j’avais osé dire que j’avais trouvé ce film grotesque, risible, narcissique, manichéen, proche du délire mystique et du contre-témoignage chrétien (certes, Jésus nous demande à chacun de consentir à porter notre croix… mais en aucun cas c’est Lui qui nous donne notre croix ; jamais non plus Il nous demande de nous prendre pour Lui ; jamais Il nous demande de souffrir comme Lui a souffert : au contraire, Il se bat pour que nous n’ayons pas à souffrir comme Lui !). Toute création cinématographique catho, y compris celle qui défend l’Église, est critiquable. Ce n’est pas uniquement le thème qui fait la justesse et la légitimité d’une œuvre artistique. Ce n’est pas davantage la foi ou le parcours spirituel de l’artiste qui l’a créée. C’est avant tout l’œuvre elle-même et le traitement du thème religieux qui comptent. On peut tout à fait défendre artistiquement Jésus MAL, ou bien Le défendre artistiquement BIEN. Et parfois, on croit Le défendre, alors qu’en réalité on Le caricature, en sélectionnant ce qui chez Lui nous arrange, ou en choisissant de se placer devant Lui. Bref, artistiquement, on peut faire la moitié du bon chemin et se servir de cela pour ensuite s’arrêter à mi-parcours et se reposer sur ses lauriers. Et ça, ça ne va pas. Le dire n’annule pas la beauté et le mérite de la « première moitié de parcours ». Mais au moins, qu’on ne m’oblige pas à penser que celle-ci est aboutie, parfaite, sainte, incritiquable, 100% juste, car dans le cas de « La Mante religieuse », ce n’est pas vrai.

 

Mante paroissienne

 

Il y a de belles pousses dans « La Mante religieuse ». C’est indéniable. C’est le récit d’une conversion spectaculaire qui force le respect. Il comporte de beaux messages (de Paix, d’Amour, d’Espérance, de défense de la vulnérabilité humaine, de l’accueil des pauvres et des pécheurs). En plus, les comédiens et la réalisatrice nous rabâchent les oreilles pendant les avant-premières pour nous dire que ce film a été une « aventure humaine » extraordinaire, a eu des fruits spirituels concrets, et que l’intrigue a débordé positivement sur le réel, sur les comédiens, sur le public, qu’il a produit de belles réflexions et de beaux échanges (l’actrice principale – Mylène Champanoï – va d’ailleurs se faire baptiser et faire baptiser son enfant). Je comprends les quelques amis qui l’ont trouvé magnifique et qui ont pleuré. Il y a dans ce film une mise à nue courageuse (presque humble), une audace et une sincérité (je n’ai pas dit « Vérité ») pour pousser un cri d’écorchée vive. Un cri certes maladroit et volontairement sale, agressif, provoquant, fougueux, désespéré. Mais un cri qu’on entend et qui ne laisse pas insensible, qui remue le cœur. Je comprends ce qu’a voulu faire passer Natalie Saracco, et je perçois un peu la foi sincère, impétueuse qui la traverse.

 

Je dis simplement que la sincérité (même spirituelle) n’excuse pas tout et ne suffit pas à faire une belle œuvre d’art mature et sainte. Il y a dans « La Mante religieuse » des immaturités (et nous sommes tous des cathos immatures, moi le premier) et des messages qui, à mon avis, ne sont pas évangéliques. Pire, je trouve qu’ils confinent parfois à la rêverie de la femme exaltée néo-convertie. C’est ce que j’appellerais la « tentation Frigide Barjot » : avancer sa rebellitude et sa conversion religieuse pour s’auto-proclamer sainte Marie-Madeleine des temps modernes ; agir dans la précipitation pour justifier l’urgence de l’Évangélisation. Désolé, mais ce chantage aux sentiments et cette prétention qui s’annonce comme de l’humilité ou du courage (alors qu’on peut tout à fait être blessé ET malhonnête, être audacieux ET inconséquent, être pauvre ET aussi orgueilleux qu’un riche, être athée converti ET aussi prétentieux qu’une grenouille de bénitier, être vulgaire ET manquer de sainteté), ils ne sont pas justes. Même si Natalie Saracco en a un peu conscience en s’auto-décrivant comme une femme « passionnée et intempérante », volcanique, battante, jusque-boutiste et excessive, un peu borderline, indigne d’être aimée de Dieu et des cathos, je ne pense pas qu’elle se rende compte de toutes les immaturités (spirituelles et affectives) qui transparaissent dans son film « struggle of life ». Car elle est prise dans la spirale de son volontarisme : elle parle de « cracher ses tripes », et semble défendre un cinéma de l’extrême (pas de l’ultra extrême, car elle veille à ne pas trop scandaliser ; mais elle veut quand même déranger à tout prix). Je doute aussi que ceux qui plébiscitent ce film se rendent également compte des immaturités dont je vais parler. Car quand je me permets de les évoquer avec eux, ils me rétorquent qu’elles constituent tout le charme incorrect du film, qu’elles seraient dénoncées parce que montrées, qu’elles seraient excusables parce qu’assumées. Mais moi, je ne me base pas sur des intentions apparentes ni affichées pour juger une œuvre. Je ne m’appuie pas sur ce que le film semble raconter, défendre, dénoncer, ou sur les effets qu’on souhaite lui prêtés, mais avant tout sur ce qu’il raconte, défend et dénonce concrètement. Et quand je regarde avec honnêteté les faits, je vois effectivement qu’il y a problème. Tant sur le fond que sur la forme.

 
 

LA SOUFFRANCE AVANT LA FORCE QUI LA LIBÈRE (ET QUI NE LA JUSTIFIE ABSOLUMENT PAS !)

 

La première chose qui me dérange et qui m’apparaît comme une immaturité, voire une fausseté, c’est le message de fond du film, qui pourrait se résumer à cette bonne intention = prouver l’humanité de tous les Hommes (y compris des saints prêtres) et dire que toute fragilité humaine est guérie par la Miséricorde divine. En théorie, rien à redire. Mais le film « La Mante religieuse » est tellement centré sur la « fragilité », qu’il en oublierait finalement de dire qu’elle n’est pas un but, mais seulement un moyen (non nécessaire et non justifiable, en plus !) pour conduire à Dieu.

 

« Les plus grands fans de films, ce sont des prêtres et des religieuses, qui m’ont dit : ‘Grâce à ton film, on va comprendre qu’on n’est pas des robots.’ » déclare Natalie Saracco pendant une de ses interviews (lors de l’avant-première au cinéma Publicis des Champs-Élysées, le 28 mai 2014 dernier). J’ai l’impression que la réalisatrice a fait la part belle à la base mais pas tellement au sommet. Elle se rend plus proche de l’humanité pécheresse (et elle s’est attachée à en grossir les traits les plus coupants) que de la divinité et de l’humanité rachetée. « C’est un film qui parle de notre fragilité. » ; « J’ai puisé dans mon cœur, dans mon ADN. Donc c’est vrai que Jézabel me correspond à fond. Par contre, j’ai absolument pas fait ce qu’elle a fait. J’ai fait des choses qu’elle a pu faire, que le père David a pu faire. Je suis un mélange des deux, et je l’assume complètement. Mais comme nous tous, quoi. L’ombre et la lumière, basta ! Je dirais : s’il y a qu’un seul saint, c’est Dieu. Nous on est juste humains. » N.S. défend l’idée (fausse à mon avis) selon laquelle la maturité serait réductible à la souffrance, ou en tout cas à l’expérience empirique de celle-ci et au nombre de galères qu’on aurait accumulées dans sa vie. Par exemple, en « castant » son comédien Marc Ruchmann pour jouer le rôle de David, elle a pensé au départ qu’il « n’avait pas la maturité pour faire le personnage : il n’avait pas assez souffert. […] Il fallait qu’il vive des trucs. »

 

L’un des grands messages du film, c’est qu’il faut tomber bien bas pour monter bien haut. « Le fait que David trébuche lui permet de se relever. » (Natalie Saracco) ; « Il faut que le grain de blé tombe en terre. Par sa mort, Il lui donne la vie. » (idem). Le mal est présenté comme un besoin, une condition de Salut, une action nécessaire pour revenir encore plus fort vers Dieu. « Jézabel avait besoin de ça pour se réveiller, d’un choc. » Dans le discours de N.S., la souffrance ou le péché sont survalorisés : « Tu te laisses déborder par la souffrance. » Le mal est montré comme le moteur du bien, ou comme au moins son plus grand détonateur. Ça, c’est une vision très manichéenne du Bien, et bien peu évangélique, à mon sens. Car en réalité, le Bien n’a jamais eu besoin du péché pour exister et pour être déjà grand. Et la souffrance ne purifie pas forcément. Il ne faut pas attribuer à la blessure humaine la Force qui la dépasse, qui lui donne vie et qui lui permet d’être fertile. Je crois qu’avec « La Mante religieuse », il y a inversion entre souffrance et « dépassement de la souffrance ». Et c’est gênant. Car le mal est toujours injustifiable, même si sa faiblesse laisse passer la victoire du Bien sur lui.

 
 

UNE FOI UN PEU JEUNE

 

« La Mante religieuse » a le défaut de sa qualité : c’est un film jeune. Il exprime une foi spontanée, débordante (« comme une sortie de boîte après avoir picolé », dira N.S.). Il part d’un bon sentiment, mais nécessiterait d’être consolidé. Il suffit d’écouter Natalie Saracco pendant les avant-premières pour comprendre qu’elle a la fougue des néo-convertis (« J’étais déjà barrée, la tête dans l’Amour de Dieu avant… » prévient-elle), mais aussi le discours encore bouddhisant du relativisme religieux. En effet, elle et ses acteurs parlent de la foi comme d’une nouvelle « came », d’une « énergie », d’un manichéisme (« Nous, humains, ballotés entre le bien et le mal, le yin et le yang qui est en nous… »), d’une « grande philosophie » (Mylène Champanoï), d’un équilibre parfait entre le Bien et le mal (qui seraient deux forces équivalentes). Cette foi n’est pas encore assumée comme préférentiellement catholique. « Je suis chrétienne, pratiquante et tout. Mon meilleur ami est musulman, l’autre il est juif. C’est le même Dieu d’Amour, d’accord ? Dieu rassemble. C’est l’humain qui fout la pagaille, comme d’habitude. » (N.S.)

 

Natalie Saracco prétend transcender la catholicité par des formules et des mots qui font joli mais qui gagneraient à être plus concrets, à dépasser le slogan poétique ou démago : « ‘La Mante religieuse’, c’est une histoire. C’est une histoire qui ne se limite pas à la religion catho. » ; « C’est un film qui parle de l’Amour. De la fragilité humaine. » (idem) ; « Je remercie le Ciel et les étoiles et tout le monde ! » (idem) ; « C’est un film qui s’adresse aux jeunes, à ceux qui n’ont pas la foi. » (idem) ; etc.

 

Et cette foi embryonnaire apparaît en filigrane dans « La Mante religieuse ». À l’intérieur du synopsis, il y a peu d’analyse et de raisonnements. C’est voulu, en plus. C’est surtout la quête de Sens et le témoignage émotionnel qui sont mis en avant : « On est dans le cadre du pur témoignage. » (N.S.) ; « Ce film pose la question du Sens de la Vie. » (idem). Selon ses défenseurs, en gros, « La Mante religieuse » ne se critiquerait pas, ne s’interprèterait pas trop, ne se rationnaliserait pas. Il se « vivrait », tout simplement. C’est avec une désinvolture travaillée (bobo, quoi) que Natalie Saracco nous propose son histoire : « Ce film ne parle pas de la religion catholique, ni des trois religions monothéistes. C’est un film à tiroirs. C’est un film qui pose des questions et qui n’a pas la prétention d’apporter des réponses. Donc c’est un film effectivement qui peut déranger. » Mais elle se soucie finalement peu du message. Et ça finit par se voir.

 

À bien y regarder, on entend de la bouche de certains personnages du film des messages à la rigueur théologique un peu douteuse (et ne commencez pas à me dire : « ouais, mais c’est pour montrer leur humanité… »). Par exemple, le père David tient un discours présenté comme profond, et pourtant, concrètement, il sort des phrases qui ne sont pas justes : « C’est mieux de ne pas avoir de limites. » (un prêtre catho digne de ce nom ne dirait jamais ça, puisqu’il reconnaît justement les limites humaines comme lieux d’expression de la Grâce divine) ; « Qui sait ? Peut-être que t’as l’âme d’une sainte… » affirme le père David à Jézabel (un vrai prêtre catholique ne douterait pas que tout être humain a déjà l’âme d’un saint !)

 

« La Mante religieuse » dénote au fond d’un manque de confiance aux sacrements : sacrement du sacerdoce (fortement remis en cause dans le film, rompu même, et qui ne sera réparé que dans la mort), sacrement du pardon inexistant (le pardon final de Jézabel ne passera pas par le sacrement de réconciliation, mais par une expiation bobo pathos avec la mise en scène de scarification à la cire rouge au milieu d’un cercle de bougies ; le père David, quant à lui, meurt sans rédemption, sans possibilité de se racheter : et ce n’est pas la gamine dans la bagnole qui lui donne l’absolution, faut arrêter le délire), sacrement du mariage (inexistant – on ne voit pas de couples ni de famille de tout le film –, voire carrément présenté comme une tentation, avec la glorification esthétisée et spiritualisée de l’amour impossible entre le curé et sa jeune brebis). La prière n’est pas non plus montrée comme un dialogue serein avec Dieu, mais uniquement comme une supplique, un cri inutile au moment de tomber.

 

Mante 3 prière vaine MarcRuchmann

 

La mort téléphonée du père David à la fin revient à régler le péché par l’accident puis par une conversion finale non moins téléphonée de l’héroïne. Et la vocation religieuse inattendue de Jézabel n’est pas libre : la jeune femme rentre au couvent parce qu’elle aime encore David et pour se consoler de son crime, pour remplacer son amour impossible par une vie monastique ; pas uniquement pour Dieu.

 

C’est plus fort que lui, on dirait ! Le bobo catho a cette passion – obsessionnelle et magique – de la rupture (exactement comme Frigide Barjot devant sa glace de salle de bain) : « Par rapport à moi, le détonateur de ce film, ça a été cet accident… puis la rencontre du cœur de Jésus. » (N.S. parlant de son accident de voiture qui a failli lui coûter la vie et qui, selon elle, a été le déclencheur du film) ; « C’est cet accident qui a été la source de tout ça. » (idem) Je crois que les ruptures font partie de la foi… mais qu’elles ne sont fécondes et ne prennent tout leur relief que dans une continuité dépassionnée.

 

Ce n’est pas pour des prunes si, dans les écoles de théâtre et les conservatoires, on nous apprend dans notre formation de comédiens à ne pas mimer de manière trop explicative ou stéréotypée les émotions : on ne doit pas jouer celui qui joue la tristesse, ni celui qui tombe amoureux, ni celui qui boit un verre. On doit juste être triste et tomber amoureux et boire un verre : point ! Dans le film de Natalie Saracco, beaucoup de scènes sont cousues de fil blanc : la séduction y est très appuyée, la mélancolie, le sexe, la souffrance, l’empathie, l’humour (très téléfilm TF1 ou France 2), la solidarité, la colère, tout est grossi à gros traits. C’est peu subtil et trop naïf. Bien sûr, un peu d’humanité et de sur-jeu ne fait pas de mal. Mais tout est une question de dosage. Et dans « La Mante religieuse », j’ai l’impression que Natalie Saracco a voulu s’imposer de ne pas user du doseur pour faire son gâteau, prouver qu’on peut être un excellent réalisateur sans s’imposer de contraintes. Alors que la contrainte est pourtant un gage de réussite et de respect plus solide que le soi-disant « lâcher prise ».

 

Mante sourire

 

Par exemple, le traitement de la joie dans « La Mante religieuse » se fait sur le mode de l’illustration démonstrative. Il s’agit d’une joie très téléphonée, grossie, extatique, « visible » : l’accueil des SDF, la gamine dans la voiture, le sourire final de Jézabel dans son lit, etc. Désolé, ce n’est pas ça, la vraie joie. Elle ne se limite pas qu’aux sourires ou aux rires. Souvent, c’est plus grave, plus contenu et plus intérieur que ça. Idem pour la tristesse : Natalie Saracco la dépeint de manière très adolescente : le sang contre le mur, l’autoflagellation autour d’un cercle de bougies, le mascara qui coule, les larmes bien visibles, la sortie de boîte, etc. Navré de le souligner, mais la réalisatrice en a fait une caricature de tristesse, de souffrance.

 

Seule exception du film : il y a une scène où précisément la réalisatrice ne tombe pas dans son habituelle tarte à la crème émotionnelle : c’est (comme par hasard !) celle où Jésus est mis en avant en toute humilité, par le chant des religieuses (« Je viens vers toi, Jésus ») et par l’exposition du Saint-Sacrement. Ce film gagnerait tellement à être plus pudique, plus dans l’intériorité de la foi !

 

Néanmoins, il faut comprendre Natalie Saracco. Elle sort (à peine…) de la phase passionnelle et amoureuse de la première rencontre-claque avec l’Église, où tout est rose avec des angelots autour, où tout est voulu ensuite dark parce que ça donne à la conversion rose un côté plus « rock’n’roll » et plus mature. D’ailleurs, son film, selon ses propres dires, est construit comme une « tragédie grecque ». C’est en fait une comédie romantico-dramatique, façon « Les Oiseaux se cachent pour vomir ». À 20 ans, c’est mignon et compréhensible. À 40 ans, un peu moins…

 

Mante Rouvillois

Natalie Saracco et le frère Samuel Rouvillois


 

Natalie Saracco (exactement à l’image de Frigide Barjot) a un petit côté femme-vampirisante, exaltée, accaparante, castratrice, bisexuelle latente, très maternelle… et mante religieuse, justement ! C’est le revers de médaille de sa générosité, de sa soif spirituelle et aussi de ses blessures d’enfance. Comme toute personne blessée et born again, qui essaie de se racheter une innocence béate après ses excès du passé, elle surfe sur le registre de la fusion. Fusion avec ses acteurs. Avec son public. Avec son Dieu. Avec sa propre histoire. Avec ses personnages. Par exemple, pendant les avant-première, Natalie Saracco simule la connivence parfaite avec ses partenaires, ses scénaristes et ses curés qu’elle appelle « chouchou » : « Ma chérie », « Mon cœur », « mon p’tit loup », « frère Sam » (au frère Samuel Rouvillois), etc. Ça sent la camaraderie (sincère mais forcée quand même) à plein nez. Moi, désolé, j’ai besoin de distance, de temps, de relation réelle, de Vérité surtout. Chez Natalie Saracco, l’élan est là, et c’est déjà super, très touchant. Mais il a besoin d’être purifié, je crois. Et je ne pense pas être le seul à trouver ça « too much ».

 

Mante 2 sang

 

Pendant le film, pareil. La distance de chasteté entre le prêtre et l’Église n’est pas toujours respectée (le père David dit à un moment donné maintenir avec Elle un rapport « fusionnel » : où est la chasteté du sacerdoce là-dedans ? et l’Esprit Saint ?). La distance de chasteté entre l’héroïne et l’Église n’est pas toujours respectée non plus. Et ce, jusqu’à la fin : Jézabel qui lèche et touche le sang de David laissé contre le mur de son appartement, c’est du pathos superstitieux à deux balles, par exemple. Dans la Bible, Jésus avait déjà conseillé à Marie-Madeleine qui voulait Le retenir sur Terre de Lui lâcher la grappe. Là, on observe chez l’héroïne de « La Mante religieuse » mais aussi chez la réalisatrice ce même désir magdalénien accaparant (un peu hystérique, disons-le) de conserver sensiblement/matériellement le trésor christique fraîchement découvert. Et cette démarche de mettre la main sur le Prêtre n’est pas pleinement confiante et mature. On mettra ça sur le compte de la tentation typique de certains néo-convertis. Mais encore une fois, même si c’est pour les valoriser, les curés catholiques n’ont pas à être mis en cage, mis en boîte, dominés par des femmes séductrices, frigides et éplorées. Même si elles se présentent comme « converties ».

 

Mante curé en cage

 
 

MÉPRIS INATTENDU ENVERS LES « CATHOS DE BASE »

 

C’est tout un rapport à l’Église (ni trop proche, ni trop éloigné) qui est à travailler, à mûrir. Et je le dis pour nous tous. Ce n’est pas si facile, d’autant plus quand on a la chance de découvrir l’Église comme la grande Passion de notre vie !

 

Je n’ai pas senti dans le film « La Mante religieuse » et dans le discours actuel de Natalie Saracco cette juste distance d’Amour. Ni même cette bienveillance vis à vis de l’« Église intermédiaire », de l’Église-classe-moyenne. Seules sont célébrées l’« Église d’en haut » et l’« Église underground ». L’Église des extrêmes, quoi.

 

C’est surprenant, les paradoxes de la sincérité et de l’idolâtrie. Au départ, c’est la minauderie et l’Opération « Charme ». On note chez N.S. un rapport de séduction par rapport à l’Église. C’est visible dans l’intrigue. Rien que le titre du film (= la Mante religieuse) annonce déjà l’attitude courtisane de la femme fatale vis à vis de la catholicité. Et le but affiché de Jézabel, l’héroïne, c’est de conquérir l’amour du jeune curé : le pire, c’est qu’elle arrive à ses fins, en plus ; et cet « amour », jusqu’à la fin du film, ne sera jamais remis en cause ni discuté. En plus, Jézabel parvient même à mettre la main sur le trophée qu’elle convoitait tant depuis le départ : le col romain ! Tout un symbole. Je sais bien qu’on peut arriver à Dieu pour les mauvaises raisons – et même dans ce cas-là, Il s’en arrange – mais quand même ! C’est mieux de se rendre compte avant qu’elles sont peu ajustées !

 

Et dans la vraie vie, Natalie Saracco ne paraît pas en être sortie, de ce rapport de séduction avec l’Église. Elle semble toujours flirter avec le public catho pendant les avant-premières (au moins une trentaine en France), elle leur tape dans le dos en leur laissant entendre que ça les décoince de boire cul sec le breuvage de sa provocation, et que ça leur fait du bien de sortir de leur petit monde guindé ! On sent dans son discours un mépris mi-taquin mi-sérieux contre « les bons paroissiens ». Un mélange de « On les aime bien au village » + « Ils sont quand même lourds… ». « Tu vois, les cathos, ils savent s’éclater au pieu ! (j’rigole). » (N.S. au Publicis) Par exemple, lorsqu’une spectatrice avoue qu’elle a d’abord été heurtée de voir le curé David succomber charnellement au charme de Jézabel et qu’ensuite elle s’est laissée émerveiller par ce dérapage ecclésiastique (« Ça m’a fait péter une case, j’avoue. »), Natalie Saracco réagit comme une adulescente attardée fêtant sa petite victoire d’avoir réussi à décoincer la catho prude et à lui faire vivre son premier dépucelage : « Yeah ! » Baby ! [vidéo ci-dessous à la 46’53] Non non, on n’est pas du tout, mais alors pas du tout, pris pour des cons…

 

 

Et dans le film, mine de rien, la césure entre les cathos gentils et les cathos pharisiens (qui ne changeront d’ailleurs pas !) est nette. On les voit, les méchants-cathos-hypocrites-qui-devraient-se-convertir-et-qui-n’y-parviendront-pas : Madame Marguerite (the best one, l’indéboulonnable chef de chorale qui a la « cruauté » de virer Jézabel du chœur de la paroisse, cette mégère improbable qui « viderait à elle seule les églises », qui à la fin ne pleure même pas la mort du curé, et qui même l’accuse : très crédible… : depuis la pub Carambar « Jeanine tu es sortie sans tes gants », je n’avais jamais vu pareil phénomène), le sacristain (jaloux et voleur), Madame de Courcy (la mère de l’héroïne, très à cheval sur les horaires de messes et d’enterrements), les parents beaufs de Miss Daisy le gars transgenre M to F (qui ont des images pieuses chez eux mais qui se font traiter de croyants hypocrites qui ne mettent pas leur foi en pratique parce qu’ils « jugent » le travesti), certaines religieuses (montrées comme des femmes peu épanouies et autoritaires), etc. On sent donc dans « La Mante religieuse » un mépris plus ou moins assumé du « bon paroissien » au profit de la promotion du « nouveau catho » (sale, blessé, en cuir, écorché, Marie-Madeleine), un catho New Generation soi-disant « tellement plus saint » que les cathos propres sur eux et irréprochables, soi-disant « tellement plus exemplaire par son contre-exemple » que les cathos ordinaires.

 

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Moi, ce genre de manichéismes moralisateurs faciles me gave grave, je vous le dis tout de suite. D’une part parce qu’ils ne sont pas réalistes, et d’autre part parce qu’ils font l’inverse de la Charité qu’ils prétendent illustrer. On ne les sent pas du tout dans des films tels que « Des hommes et des dieux » ou « Qui a envie d’être aimé ? ». Pour le cas de « Qui a envie d’être aimé ? », par exemple, j’ai pleuré à chaudes larmes. Car la louange de Dieu n’a pas eu besoin d’arrogance, ni de couper l’Église en deux, pour prouver sa beauté. Et les méchants, eux, ont tous une seconde chance. Dans « La Mante religieuse », à part l’exception de conversion qu’est l’héroïne (et encore… je ne suis pas sûr que son amour du père David soit pleinement purifié même au final), les méchants ne se voient proposer aucun chemin de rédemption. Et dans le discours de la réalisatrice, ça casse encore un peu (et sans réalisme en plus) de la paroissienne, de la vieille bigote, de la « dame caté », et plus globalement « du vieux » (c’est ce qui s’appelle « tirer sur l’ambulance »…). Euh… on va peut-être songer à se calmer ? Ce film contient le paradoxe suivant : il réalise l’exploit d’être à la fois pro-Dieu/pro-Église/pro-catholiques, et anti-catholiques. Alors que Natalie Saracco ne s’étonne pas de voir un accueil mitigé et circonspect du public catho qu’elle drague…

 

Mante la soeur

 
 

COMPLAISANCE DANS L’EXCÈS

 

En général, le procès d’intentions intenté par Natalie Saracco et son équipe aux spectateurs qui n’ont pas apprécié le film – pour en réalité ne pas écouter leur juste gêne – est sensiblement le même : il repose d’une part sur l’idéologie du relativisme culturel (= les cathos ne sont pas culturellement préparés à regarder en face la sexualité et l’étendue du Salut du Peuple de Dieu = il faut les décoincer tout en montrant qu’on cherche à les comprendre et à les rassurer, ces braves bêtes), d’autre part sur la présomption que la foi éloignerait du réel et de l’incarnation humaine, ou bien que la Réalité serait du côté du « trash » et du « gênant » (« Beaucoup de cathos n’ont pas aimé et ont jugé certaines scènes trop réalistes. » m’a dit en toute bonne foi un journaliste catho acquis à la cause de « La Mante religieuse »). Non, je regrette, ce n’est pas ça qui fait qu’on n’aime pas le film. Il faut arrêter de prendre les cathos pour des cons.

 

Certes, Natalie Saracco nous assure que « rien n’est complaisant dans son film », qu’« il ne s’agit pas d’un film pornographique » (ce qui est vrai, en plus). Elle tourne en dérision l’indignation et la réserve que certains « cathos coincés et prudes » expriment (ou plutôt exprimeraient) à la vue de certaines scènes chaudes de son film. L’équipe du film n’assume pas ses immaturités et ses dérapages (autre preuve d’immaturité, d’ailleurs !) : Mylène Champanoï (l’actrice qui joue Jézabel) dit par exemple en interview qu’elle n’a pas joué « à poil » mais « nue » ; N.S. prétend sincèrement que le prêtre n’est pas « tombé » mais qu’il a « trébuché ». Bon, ok, si vous voulez…

 

mante sexe

 

Mais ce que Natalie Saracco ne comprend pas, c’est que ce n’est pas en soi le fait qu’il y ait des scènes érotiques qui dérangent (moi, personnellement, j’en ai vues d’autres, et des largement pires !) : c’est d’une part leur lien avec la thématique ecclésiale (j’ai envie de dire : « What’s the fuck ? » Faut-il nécessairement faire une « Vie d’Adèle bis » sauce catho ?), et d’autre part leur inutilité. On peut tout à fait suggérer filmiquement la débauche et la luxure sans les illustrer au pied de la lettre ou jusqu’à leurs ultimes conséquences. Les mises en scène de sexe ou de baisers dans « La Mante religieuse » sont tout simplement illustratives et inutiles. C’EST BON, on a compris que l’héroïne était bi-lesbienne (il aurait suffi de nous montrer deux femmes qui se tiennent la main et qui se disent « je t’aime » : pas besoin de la scène chaude et des nibards et des baisers). On a compris que l’héroïne était la tentatrice et le danger sexuel (pas besoin des regards appuyés, des gros plans sur les yeux et sur les toiles de tableau, pas besoin du fond rouge, des costumes « femme fatale » et des bains coulants et des nombreuses scènes de transgression de la limite fidèle/prêtre).

 

Mante rouge

 

On a compris que le prêtre avait dérapé (pourquoi montrer qu’il se désape ? Pourquoi montrer presque tout le dérapage ? Un simple baiser aurait suffi). On a compris que l’héroïne culpabilisait d’avoir conduit son amant à la mort (Pourquoi cette mise en scène de scarification à la cire rouge et à poil ?). Quel est l’intérêt de tout ça, sinon de choquer pour choquer ? Justement, Natalie Saracco chante la puissance de la suggestion en se valant de la scène de l’homme marié dans la discothèque, où on comprend que Jézabel a fait une fellation ; et on ne voit rien du tout. Mais alors pourquoi elle n’a pas étendu cet effet à tout son film ? Ça restera pour moi un mystère. Ou plutôt la preuve d’un petit caprice propre à la frivolité bobo.

 
 

BOBO

 

Mante 4 bobo

 

On retrouve en effet dans « La Mante religieuse » tous les ingrédients de la culture bobo (bourgeoise-bohème) que je développerai dans mon prochain livre. Cette culture de la fausse décontraction, et qui, pour se rendre plus adulte, a parfois recours au trash : par exemple l’univers « sexe drogue & rock’n roll », la mise en scène émotionnelle de la rencontre entre l’intellectuel de gauche (ou le catho « cool ») et les « gens de peu », l’héroïne artiste peintre, le monde des vernissages, le curé trentenaire, barbu, roulant en scooter dans Paris, parlant comme un djeuns, les bougies, les potes gays ou travestis, etc. Certes, la réalisatrice en vient, de cet univers beaux-ardeux athée underground… mais on voit qu’elle ne veut pas en sortir pour autant. Elle se ligote justement à son côté marginale bipatride, « catho… mais sans l’image qui va avec ». Et ça, c’est hyper bobo.

 

Même « en live », Saracco se la joue « copine cool » avec tout le monde, en cultivant un langage vulgosOuais », « Merci, c’est cool », « les gonzesses », « la meuf », etc.), qui se veut sans concession, mais qui en réalité est un rôle peu libre, un franc-parler pas si « franc » que ça. Car je suis sûr qu’elle pourrait employer un registre moins camionneur et tout aussi juste pour exprimer les mêmes choses. Il y a beaucoup d’image et d’insécurité derrière ce jargon. Et en plus, on n’est jamais « pote de tous » sur commande ; surtout pas en se contentant de sortir des gros mots en public, en forçant son rire pour se donner une contenance, et en offrant des images qui pourtant peuvent faire objectivement violence à un certain public.

 

Plus qu’un épate-bourgeois, le film « La Mante religieuse » est un épate-bobos : tous les spectateurs soucieux de ne pas entendre de messages moraux qui remettent trop en question leurs propres pratiques (religieuse, sexuelle), tous les cathos complexés d’être cathos ou complexés de l’Église-Institution traditionnelle sont enchantés, hurlent « Géniâl, ce film ! Trop ouf ! Trop jubilatoire ! Lumineux ! Dérangeant… », en s’excusant après d’une telle effusion soi-disant « anormale » chez eux (« D’habitude, les films cathos sur les cathos, ça me rase… »).

 

Personnellement, j’attends un cinéma catholique plus adulte… ce qui ne signifie pas « plus triste » ou « plus propre ». Mais là, c’est encore de la fausse rebellitude. Un conseil : allez voir « La Mante religieuse ». Mais avec la liberté de ne pas le trouver forcément génial… car en effet, je crois qu’il ne l’est pas. Et avec la solidarité fraternelle de promouvoir une œuvre qui, quand même, donne envie de croire en Dieu.

Homosexuál Philippe Ariño: Cirkev o homosexualite pochopila všetko (Slovaquie)

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Od roku 2002 sa pohybuje v parížskom homosexuálnom prostredí, ktoré skúma, analyzuje a dokumentuje. Philippe Ariño začínal ako stredoškolský profesor španielčiny, potom ochotnícky herec, neskôr animátor v rádiu a autor siedmich publikácií o homosexualite. Bol pri zakladaní hnutia La Manif Pour Tous, aj keď názorovo sa s ostatnými osobnosťami hnutia nezhoduje. Raz organizátor, inokedy účastník konferencií o homosexualite, ochotne podáva svoje svedectvo na školách a v médiách. V septembri mu vyjde album a koncom roka ďalšia kniha. Spôsob, akým hovorí o homosexualite, nás asi prekvapí, ale zaiste rozšíri naše jednoduché videnie sveta homo-hetero a prinúti sa zamyslieť. Je pre neho paradoxom, že tí, ktorí neveria v Pravdu, nám tvrdia, že Ju vlastnia (Suite sur ce lien ; et ci-dessous, la traduction en français)

 

11 QUESTIONS POSÉES par le journaliste slovaque ŠTEFAN DANIŠOVSKÝ

 

1. Nos lecteurs ne vous connaissent vraisemblablement pas. Qu’est-ce que vous leur diriez de vous-même ? Je m’appelle Philippe Ariño. J’ai 34 ans. J’habite à Paris. Je suis bloggeur du site l’Araignée du Désert (www.araigneedudesert.fr), et j’ai créé un Dictionnaire des Codes homosexuels, unique en son genre. Beaucoup de gens me voient comme un extra-terrestre parce que je suis à la fois homosexuel et catholique pratiquant, parce que je dis que l’alliance entre les deux peut être tout à fait heureuse – et moteur de sainteté ! – à partir du moment où l’homosexualité est identifiée et donnée à l’Église et au monde sans être pratiquée.

2. Vous avez publié quelques livres sur l’homosexualité, sur l’homophobie, etc. Vos opinions sont forgées pas seulement par les études mais surtout par votre expérience personnelle. Vous aviez connu quelques relations homosexuelles, et puis, il y a trois ans, vous avez pris la décision de vivre en continence. Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui vous a poussé à cette décision ? Quand j’ai compris que mon insatisfaction en « couple » homo ne venait ni des garçons adorables avec qui je sortais, ni de moi (qui suis adorable aussi !^^), mais uniquement de la pratique homo et des conséquences de l’expulsion de la différence des sexes dans toute union homo et hétéro, j’ai arrêté du jour au lendemain. Je n’allais pas essayer tous les mecs de la Terre pour découvrir finalement ce que j’ai toujours su : que l’Amour vrai n’est pas une question de sincérité, de sentiments ou de confort, mais une question de corps et d’accueil de la différence des sexes. Aimer, c’est choisir le meilleur incarné, le meilleur possible, et pas seulement le « convenable » ou la sécurité.

3. Un fois vous avez dit que la continence vous avait donné la liberté. C’est assez paradoxal, n’est-ce pas ? On a plus de plaisir durable à arrêter de fumer que de connaître le petit plaisir de « s’en fumer une » régulièrement. Pareil pour l’homosexualité. On a largement plus de plaisir à ne pas la pratiquer qu’à la pratiquer. Je vous jure, j’en connais tous les avantages et pas les inconvénients (sauf la privation de génitalité… mais la génitalité sans véritable amour, quelle angoisse et quel ennui !). Vous savez, la liberté, ce n’est pas la soumission à toutes ses pulsions. C’est le choix de les canaliser pour en tirer le meilleur. Je connais davantage le plaisir en me privant de ce que j’aime (= le sexe et l’affectivité homosexuels) qu’en m’en gavant et qu’en gâchant les belles amitiés masculines désintéressées qui font aujourd’hui ma joie de vivre.

4. Je suppose que ce fût surtout votre expérience personnelle dans laquelle vous avez puisé pour écrire votre livre L’homosexualité en vérité. Dans ce livre vous décrivez l’homosexualité comme la souffrance par laquelle toutes les personnes sont marquées. Vous pensez vraiment que ça s’applique à tous ? J’imagine qu’il y des personnes homosexuelles parmi nous qui ne perçoivent aucune souffrance de ce genre. Ce n’est pas parce qu’on ne ressent pas de douleur qu’on ne souffre pas… surtout dans le climat mondial actuel qui banalise toutes les souffrances humaines sous prétexte que personne ne devrait souffrir et que tout le monde devrait « tomber amoureux », « former un Couple », jouir. Je n’homosexualise pas le viol et ne causalise pas le lien entre viol et désir homosexuel (même si, à ce jour, 90 amis homos m’ont révélé avoir vécu un viol). Je me contente simplement de montrer que le désir homosexuel est le signe mondial d’une peur de la sexualité et d’un contexte d’absence de liberté humaine. L’homosexualité n’est qu’une blessure particularisée (elle s’est fixée en désir érotique chez certaines personnes) d’une blessure universelle qu’est la sexualité (en latin, sexualité vient du verbe « secare », qui veut dire « couper »), qu’est la difficulté d’union entre l’homme et la femme, et qu’est le péché originel.

5. Dans un entretien vous avez dit que « l’Église a tout compris de l’homosexualité ». Là, les catholiques seront d’accord mais croyez-vous que ça parle aussi à ceux qui ne reconnaissent pas l’Église ou ceux qui se moquent d’elle ? Détrompez-vous. Mon discours ne fait pas l’unanimité chez tous les cathos, et ne flatte absolument pas les cathos puisque je leur révèle que si l’homosexualité existe, c’est parce qu’ils n’ont pas formé de couples femme-homme assez aimants et qu’ils se sont éloignés de l’Église ! Il y a mieux, comme nouvelle ! Et concernant les personnes homosexuelles, c’est parce qu’elles souffrent dans leur identité et dans leurs amours, qu’elles sont particulièrement ouvertes aux questions spirituelles… même si, par orgueil, elles n’assument pas souvent cette soif de foi et se présentent comme athées. Mais il y a un grand fossé entre ce qu’elles pensent en grand groupe et ce qu’elles connaissent de leur homosexualité dans leur cœur. Le jour où elles cessent de jouer un rôle et qu’elles se regardent en vérité, elles lâchent les armes et m’écrivent des mails-fleuve ! Actuellement, je reçois beaucoup de confidences de frères homosexuels qui, en off, m’avouent que j’ai identifié dans mes écrits plein d’éléments précis de leur propre vie… alors que j’étais censé ne pas les connaître du tout. Ces coïncidences troublantes que j’ai soulignées ont agi en eux comme une bombe intérieure. Elle n’a pas fini d’exploser !

6. On peut dire alors que l’Église est le mieux préparée et munie à aider ces personnes. Est-ce qu’elle le fait bien et suffisamment ? L’Église catholique le fait super bien. Elle réussit à mettre en pratique l’alliance entre la Charité et la Vérité. En revanche, ce sont certaines gens d’Église qui, parce qu’elles ne L’écoutent pas toujours bien et qu’elles ne tiennent pas assez compte de la justesse des propos de Jean-Paul II et de Benoît XVI sur l’homosexualité, qui ont de sérieux progrès à faire ! Encore trop de croyants catholiques pensent que le simple fait de parler d’homosexualité est dangereux, revient à lui donner trop d’importance et à la justifier, nie qu’elle puisse être guérie par Dieu. Ils pensent à la guérison avant de savoir ce qu’il y a à guérir, ou bien décident à la place de Dieu comment Celui-ci va guérir la personne qui se ressent homo.

7. Dans votre dernier livre L’homophobie en vérité vous parlez du lien non-causal entre le désir homosexuel et viol. Vous avancez que la véritable homophobie, c’est la pratique homosexuelle. Une allégation choquante qui a provoqué une forte désapprobation dans le milieu homosexuel mais aussi pas mal des doutes de la part d’hétérosexuels. Pourriez-vous justifier cette allégation ? Tous les cas d’homophobie que je connais (insultes, attaques physiques, viols, meurtres) ont lieu dans des cadres de pratiques homosexuelles, c’est-à-dire entre personnes homosexuelles, dans les sphères amoureuses ou prostitutives. Sans exception. Ce n’est pas un hasard si, étymologiquement, « homophobie » signifie la « peur du même » ! Les agresseurs des personnes homosexuelles ne supportent pas de voir reflétée en elles leur propre blessure au niveau de la sexualité. L’homophobie, c’est l’acte homosexuel, car celui-ci étant l’expulsion concrète de la différence des sexes, alors que toute personne homosexuelle existe grâce à la différence des sexes, il rejoue, à chaque fois qu’il se pose, l’exclusion de la personne homosexuelle. Par ailleurs, l’homophobie n’est pas que la pratique homosexuelle : elle est aussi l’identité homosexuelle. Et ça s’explique très bien. Enfermer une personne dans son orientation homosexuelle, la définir selon ses pulsions, selon ce qu’elle fait au lit ou selon personnes qui l’attirent sexuellement, cela revient à la prendre pour une « bite sur pattes » ou un « vagin sur pattes », c’est lui retirer son humanité et la réduire à un animal. Pour cette raison, les lois pro-homos et gay friendly, malgré les apparences, sont extrêmement homophobes.

8. Le livre est alors basé sur votre expérience, ce qui est très intéressant mais difficile à soutenir avec les arguments scientifiques et médicaux. C’est d’ailleurs ce qui vous est reproché par vos critiques. Avez-vous trouvé les faits similaires soutenant votre thèse ailleurs, chez autre auteurs, dans d’autres pays,… ? Je tiens à préciser que mes livres ne sont absolument pas un témoignage individuel (auquel cas il aurait une valeur bien relative et bien peu intéressante), mais bien des essais analytiques tout à fait sérieux scientifiquement, et qui se basent sur de nombreux témoignages et enquêtes que j’ai faits dans le cadre de mes études (rien que pour le théâtre, j’ai vu plus de 500 pièces traitant du sujet de l’homosexualité). D’ailleurs, plein de psychologues et psychiatres de renom s’y réfèrent et me félicitent. Si j’avais voulu raconter ma vie, j’aurais écrit une autobiographie ! Si mes détracteurs veulent absolument individualiser mon discours et lui retirer sa valeur universelle, en m’interdisant d’employer le « nous » ou en m’imposant leur relativisme subjectiviste (« Si Philippe Ariño parle, ce n’est qu’en son nom ! Il ne doit pas prendre son cas pour une généralité. Il faut prendre ce qu’il dit avec des pincettes, pour un témoignage. »), ce sont de la caricature et de la censure de leur part.

9. Vous êtes un opposant ardent de la loi du mariage pour les couples homosexuels adoptée l’an dernier en France, mais pas à cause de la protection d’enfant ou de la famille. Vous demandez son abrogation parce que la loi ne respecte pas la spécificité des personnes homosexuelles. Pour vous, elle est homophobe de même manière qu’aurait été la loi sur les unions civiles. Mais les autres le voient différemment ; plutôt comme quelque chose auquel ils ont droit. Dans le cadre du « mariage pour tous », je ne défends pas en priorité la famille ni l’enfant car le mariage n’est pas qu’une question de filiation : il est d’abord et avant tout question d’amour dans la différence des sexes, qu’on soit célibataire ou en couple. Le seul crime de la loi Taubira, et il est énorme, c’est d’autoriser tout enfant à avoir minimum trois « parents », et surtout de supprimer la condition d’amour entre les deux parents biologiques comme meilleur cadre d’existence et de construction pour un enfant. Les pro-mariage-pour tous se disent également en faveur de l’enfant et de la famille. La seule chose qui nous distingue d’eux, c’est la croyance en la différence des sexes en tant que meilleur socle d’amour et d’existence humains. Ceux parmi les opposants au « mariage pour tous » qui ne se sont basés que sur la filiation pour argumenter notre combat ont contribué à créer deux choses catastrophiques : d’une part à faire que la loi Taubira soit coupée hypocritement en deux (elle est passée au nom de « l’amour » puisque nos gouvernants ont estimé que notre seul problème était celui des conséquences de la loi sur la filiation), d’autre part à justifier tacitement l’Union civile.

10. Très récemment vous avez écrit sur la résistance contre cette loi « nous avons la trouille d’exposer ouvertement ce que nous pensons, ce contre quoi nous nous battons ». C’est comme si chacun a besoin de faire son « coming out » contre l’inacceptable, et sans quoi il est presque impossible d’arrêter la pression de lobby. Pourquoi on n’entend pas plus de témoins comme vous, personnes qui se disent homosexuelles, y a-t-il la peur, l’indifférence, … ? Oui. Nous avons eu honte ET de nous présenter comme catholiques, ET de parler clairement du couple homosexuel. Puis à propos des témoins ouvertement homos opposés au « mariage gay » (une grande majorité des personnes homos, en réalité, avant que celui-ci devienne soudainement à la mode), je constate que dès qu’il y a une pratique homosexuelle, il y a une honte (inconsciente) qui s’installe. Car la pratique homosexualité exprime un mal-être existentiel et un rejet de la source de vie universelle qu’est la différence des sexes – rejet qui n’est pas soulagé par une amitié désintéressée, malheureusement, et qui induit une forte culpabilité. C’est ce qui explique, à mon sens, le silence et l’autocensure des personnes homosexuelles vis à vis d’elles-mêmes. La continence – c’est-à-dire le don total de son homosexualité aux autres et à Dieu – libère tout d’un coup la parole, et fait que l’homosexualité devient une joie de vivre et la consolation de toutes les blessures humaines. C’est très étonnant. Par ailleurs, il ne faut pas désespérer de la rareté des témoins homos. Elle est logique – avec les personnes homos, nous avons affaire à une majorité d’individus blessés, donc souvent timorés, mal dans leur peau, peu courageux – mais pas irréversibles : Dieu utilise particulièrement les personnes blessées pour annoncer Sa résurrection. Enfin, le « lobby LGBTI » n’a que la puissance que la société bisexuelle et hétérosexuelle lui donne. Sinon, il est très divisé… et mort de peur.

11. Le mois prochain est dédié à la lutte contre l’homophobie et nous allons voir des actions et des parades publiques dédiées à son soutien. Qu’est-ce que ça représente pour vous et comment allez-vous le vivre personnellement ? La lutte contre l’homophobie est ma priorité et me tient particulièrement à cœur. Car l’homophobie, envisagée comme une violence universelle et humaine, est la haine de soi qui, si elle n’est pas identifiée, peut se traduire par des viols, des suicides et générer beaucoup de mal être au sein de la communauté homosexuelle. Malheureusement, aujourd’hui, ceux qui se présentent comme « anti homophobie » considèrent l’homophobie comme tout frein qui est fait à leurs désirs de toute-puissance ou comme tout lien entre homosexualité et souffrance/violence, et empêchent de parler du viol… alors que la véritable homophobie, ce n’est pas autre chose que le viol ! L’homophobie est devenue l’insulte facile et le prétexte pour ne pas regarder l’identité des agresseurs homophobes, qui est particulièrement bisexuelle ! Je veux dénoncer cette hypocrisie. Le meilleur moyen de lutter contre l’homophobie, c’est précisément de l’identifier comme ce qu’elle est – un viol – et d’en décrire les mécanismes pour mieux l’enrayer. C’est ce que je fais par mon travail. Et c’est très motivant. Ça donne un sens et un combat à ma vie.

Homosexuel et fidèle à l’Église : c’est possible? (Traduction française de l’article de ZENIT Italia du 15-16 mai 2014)

Homosexuel et fidèle à l’Église : c’est impossible ?

 

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 (Article original en deux parties : ZENIT Italia ; résumé de l’article sur ZENIT España + article « Religion en libertad« )

1 – Philippe Ariño, vous avez bientôt 34 ans, et vous êtes une figure emblématique du paysage homosexuel et catholique en France. Votre blog l’Araignée du Désert (www.araigneedudesert.fr), et notamment votre Dictionnaire des Codes homosexuels, font beaucoup parler sur les réseaux sociaux. Comment cela se fait-il, d’après vous ?

 

Il faut croire que les personnes homosexuelles sont très aimées ! Je dis ça presque sans rire. La fragilité humaine a toujours suscité compassion et tendresse, en général. En plus, l’homosexualité est un mot qui fascine collectivement et en même temps effraie car il est entouré de mystère, de souffrance (devinée mais peu dénoncée), d’ignorance, de silence (les gens qui s’aventurent à en parler ont peur d’être catalogués « homosexuels » ou « homophobes »), de bonnes intentions (avec le temps, il a pris le nom d’« amour » ou d’« identité » indiscutables, même au niveau législatif) et d’une grande violence symbolique. En effet, en l’espace d’un siècle et demi, on a glissé discrètement des Droits de l’Homme vers les « Droits des hétéros et des homos », en retirant aux êtres humains leur humanité sexuée. Et ça, c’est objectivement violent. Comment peut-on réduire les personnes à leurs fantasmes érotiques, au détriment de leur identité profonde d’homme (ou de femme) et d’Enfants de Dieu ? Moi, bien avant d’être une personne homosexuelle, je suis un homme et un enfant de Dieu. Je ne me réduis pas à mes pulsions. Je ne suis pas un animal ni un obsédé sexuel ! Je suis un être humain… et habité par un désir homosexuel plus ou moins durable. Voilà tout.

 

Comme l’homosexualité est actuellement banalisée, et dans le même temps diabolisée et sacralisée – autrement dit nos mass médias et nos politiques l’essentialisent ou la justifient pour ne pas l’expliquer -, elle est devenue l’opium du Peuple, l’argument de censure invoqué pour n’importe quelle raison ou cause politique, même la plus délirante ! Actuellement la bipolarité homosexualité/hétérosexualité, autrement dit une Humanité définie par ses fantasmes érotiques, est le caillou dans la chaussure de notre Planète. Nos contemporains sont perdus identitairement, sexuellement, amoureusement, depuis qu’ils s’éloignent des deux rocs qui les fondent et les aident à aimer véritablement : la différence des sexes aimante et la différence entre Créateur et créature. Ils sont également troublés par le fait que l’exclusion violente de ces deux différences fondatrices soit appelée mondialement « amour », « espèce humaine », « désir homosexuel normal », « lutte contre les exclusions », « accueil des différences »… alors qu’elle est précisément un rejet des différences. Il y a là un paradoxe duquel beaucoup d’Hommes modernes ne veulent plus répondre : en effet, comment, dans une même phrase, peut-on soutenir à la fois qu’« il faut accepter toutes les différences » et que « les différences n’existent pas puisque nous sommes tous égaux et avons les mêmes droits » ? C’est la cacophonie intérieure et extérieure !

2 – Comment est-ce possible de se dire à la fois catholique pratiquant et homosexuel, en sachant que l’Église catholique condamne fermement les actes homosexuels ?

 

C’est très simple ! D’abord en comprenant que l’Église accueille pleinement le pécheur avec son péché, mais sans justifier ce même péché ou les signes de péché qu’il porte, et sans les retirer magiquement du pécheur non plus. Ensuite, en ne pratiquant pas son homosexualité, mais en la considérant quand même comme une réalité désirante existante qui peut être recyclée et donnée aux autres. Il devient alors possible de (re)découvrir son homosexualité comme un puissant moteur de sainteté, alors qu’au départ, elle était une honte d’exister, une pulsion dont il fallait se débarrasser. Depuis que j’ai choisi de vivre la continence en janvier 2011 (arrêt de la drague, du porno et de la masturbation), la honte est partie de moi, la parole s’est libérée, ma joie est plus grande, mes amitiés sont plus nombreuses et solides, mon homosexualité devient facteur d’humour et de convivialité, je ne vis plus de moments de mélancolie comme autrefois. La continence, même si elle n’est pas à mettre sur le même plan que le mariage femme-homme ou le célibat consacré, même si elle doit être proposée subtilement (et pas toujours : ça dépend des situations), peut être un « célibat d’attente » merveilleux pour toute personne qui se sent durablement homosexuelle et qui pourra difficilement prétendre au mariage ou au sacerdoce. Dans ma vie, elle est déjà un pas immense vers le don complet de ma personne tel que je suis, avec mes forces mais aussi mes faiblesses. Je ne m’en contente pas. Je ne m’y installe pas. Mais elle est déjà une libération. Avec la continence, une unité se fait entre ma condition homosexuelle et mon amour de l’Église. Je peux me donner tout entier, et même avec ce désir homosexuel qui m’habite 24h/24, sans avoir à porter la culpabilité de sa pratique. Le pied ! Je ne connais que les avantages du désir homosexuel sans les inconvénients. Une blessure, en soi, ce n’est ni beau ni à applaudir. Mais une blessure donnée, n’oublions pas que ça devient un cœur ouvert. En plus, les fêlures, si elles sont offertes à Dieu et aux autres, laissent passer davantage la lumière ! Ce serait bête, alors, de les nier et de ne pas les utiliser !

3 – Vous venez très bientôt visiter l’Italie, l’Espagne et l’Angleterre pour présenter la traduction de votre livre L’homosexualité en vérité qui est un succès en France (il vient d’être traduit en italien sous le nom de Omossesualitá : Controcorrente aux éditions Effata)

 

Oui, j’ai fait un premier voyage début avril 2014 à Bologne, et je reviens en Italie pour une série de conférences à Turin et à Rome à l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie du 17 mai. Je serai à Logroño en Espagne, à l’invitation de l’évêque Omella-Omella le 19 mai ; puis je rendrai visite aux Veilleurs de Londres en juin prochain.

4 – Vous pensez qu’on peut guérir de l’homosexualité ?

 

Oui. Dieu peut nous guérir de toutes nos blessures, y compris les blessures psycho-sexuelles. Cependant, je ne me focalise pas sur une seule forme de guérison de l’homosexualité. N’oublions pas que c’est Dieu qui choisit les formes, et pas nous ! N’oublions pas non plus qu’il y a différents degrés de profondeur de la blessure homosexuelle, et que si chez certaines personnes l’homosexualité n’est pas profondément enracinée, chez d’autres elle est tellement profonde (sans être pour autant fondamentale) qu’en essayant d’arracher l’ivraie, on risque d’embarquer le bon grain avec. Il est important de croire aux guérisons spectaculaires de Jésus (et je connais des personnes qui ont réussi à surmonter leur peur et leur blessure homosexuelles), tout en reconnaissant aussi les guérisons progressives et moins spectaculaires. Par exemple, il y a des personnes malades d’un cancer qui se rendent à Lourdes et qui reviennent de ce lieu avec leur cancer. Ont-elles mal prié ou mal formulé leur demande ? Non. Elles sont guéries autrement. À travers le sens que l’accompagnement de Jésus donne à leurs maux. Dieu permet parfois que le mal s’installe pour mieux le transcender de Sa présence.

 

Certaines personnes – notamment chez les fondamentalistes religieux chrétiens et protestants – sont branchées « ex-gays » et « thérapies réparatives » à propos de l’homosexualité. Bref, elles sont dans le déni total des personnes homosexuelles, de leur liberté, de leur cheminement et de la réalité désirante de l’homosexualité. Selon elles, parce que c’est un problème « horrible » qui ne devrait pas exister, elle finit par ne plus exister du tout ! À ce propos, j’ai entendu, dans des colloques contre le Gender et le « mariage pour tous » à Bologne, un encouragement clair à ne pas aborder le sujet de l’homosexualité. C’est très inquiétant, cette fuite en avant dans le spirituel manichéen ou dans le scientifisme froid. L’Église nous appelle vraiment à mettre la Charité et la Personne avant la Vérité, même si la Vérité est nécessaire à la consistance de la Charité. Nous devons regarder l’homosexualité en face, avant de savoir ce qu’on en fait.

 

Concernant cette réalité désirante, un certain nombre de personnes catholiques a tendance à se focaliser sur la GUÉRISON avant même de regarder ce qu’il y a à guérir, avant même de considérer la personne homosexuelle et de voir que certaines parmi nous resteront durablement homosexuelles dans un temps humain. Elles les dépossèdent de leur homosexualité et font pour le coup beaucoup de dégâts. Le pire, c’est qu’elles sont sincères puisqu’elles nous victimisent, pleurent sur nous, dramatisent sur notre cas, et finalement nous culpabilisent encore plus. Si on ressent toujours un désir homosexuel après s’être marié, après avoir demandé sans relâche la guérison à Jésus, après une psychothérapie ou une agapê thérapie, doit-on être suspectés pour autant de lâcheté, de manque de foi, d’imperméabilité au don de la grâce ? Il ne faut pas cesser de croire en la guérison de Jésus. Il ne faut pas cesser de la demander. Mais les formes de cette guérison ne nous appartiennent pas, même si nous participons à cette guérison et que Jésus ne nous libèrera pas sans notre assentiment et sans notre liberté.

 

J’essaie de faire comprendre – notamment à certains esprits tellement pieux qu’ils placent la Vérité au-dessus de la Charité et de la réalité – que ce n’est pas parce que je les mets en garde contre l’hétérosexualité (qui est une parodie de la différence des sexes, parodie que l’Église n’a jamais défendue, d’ailleurs), ce n’est pas parce que je manipule le concept de « guérison de l’homosexualité » avec prudence, ni parce que je parle ouvertement d’homosexualité, que pour autant je justifierais l’homosexualité, que je me réduirais à celle-ci et que je douterais de l’efficacité des « thérapies réparatives » dans certains cas. Tout ce que je souhaite, c’est de la douceur et du respect des personnes, dans l’exigence de Vérité proposée par Jésus. Lui ne nous accueille pas « à partir du moment où on ne serait plus homo » ou « parce qu’on ne serait pas vraiment homo » ni « pour nous changer ». Il veut nous convertir. Pas nous changer. Et il prend au sérieux ce que nous ressentons. Il fait avec ce que nous sommes et à partir de là, il s’adapte et nous dit : « On va voir ce qu’on peut faire ! »

5 – Enfin, quels conseils donneriez-vous aux pays européens qui se préparent à recevoir le tsunami du « mariage pour tous » et du Gender ?

 

Je leur conseille de rejoindre les codes de langage des promoteurs de ces lois inhumaines qui déstructurent l’identité sexuée, le mariage et la famille, plutôt que de partir de ce qu’ils savent (qui peut être juste « sur le papier » ou en théorie, mais qui ne parlera pas au raisonnement affectif et sentimentaliste de l’ensemble de l’opinion publique et de nos gouvernants). Pour l’instant, et le cas de la France en 2013 l’a encore démontré, nous avons eu trop peur de parler d’homosexualité et d’homophobie, et nous nous sommes réfugiés derrière l’enfant, la famille, si bien que la loi du « mariage pour tous » est passée en se coupant temporairement/hypocritement en deux. Nos dirigeants ont eu le culot de nous dire que si ce qui nous posait problème était uniquement l’enfant, ils allaient faire passer la loi d’« ouverture » du mariage « au nom de l’amour et de l’égalité », et seraient prêts à discuter de ses conséquences sur la filiation après ! L’enjeu, pour les opposants au Gender et au « mariage gay », va donc être d’aider les personnes homosexuelles à prendre la parole et à voir que leur homosexualité est instrumentalisée pour faire passer une loi qui, concrètement, donne minimum 3 « parents » à un enfant, et constitue un changement de civilisation énorme : c’est la condition d’altérité des sexes dans le mariage qui est supprimé ! C’est la condition d’amour entre les deux parents biologiques qui est supprimée ! Pendant les débats sur le « mariage pour tous », il va falloir surtout défendre la différence des sexes aimante (pas la différence des sexes en soi) et dénoncer l’hétérosexualité qui est le principal socle idéologique sur lequel repose le Gender, le « mariage pour tous » et toutes les lois pro-gays (en plus de la croyance en « l’homophobie »). C’est en démystifiant l’hétérosexualité que l’on montre la grandeur des couples femme-homme aimants et que l’on démonte l’idéalisation/banalisation sociale de l’homosexualité !

Discussion avec un ami homo qui banalise/défend le « Mariage pour tous » (Extrait de dial sur un chat gay, avec « T. », 26 ans; le 6 mai 2014)

T. : Ce qui compte c’est de savoir si tu as été heureux quand tu as été gamin, pas de savoir si tes parents sont tes parents biologiques, ça ne m’importe pas du tout.

Moi : Je ne crois pas. L’important n’est pas de savoir intellectuellement qui sont tes deux parents biologiques, ni même de les voir, ensemble ou séparément. L’important seulement, c’est que nos deux parents biologiques s’aiment. Et si cette importance est niée et n’est pas protégée par la loi, c’est le début de l’anarchie et de grands troubles dans une société.

T. :  Non. Si des parents biologiques décide de plus s’aimer on appelle ça un divorce et ce sera de leur propre chef.

Moi : Que ce soit de leur propre chef ou pas, c’est toujours un drame humain pour l’enfant

T. : mais il y a des famille ou il n’y a pas de papa ou de maman et tout va bien

Moi : Demande à ces « familles » là : c’est très dur

Moi : (c’est moins dur quand le lien d’amour a été préservé entre les deux parents biologiques, malgré la disparition d’un des deux)

Moi : C’est le lien d’amour entre les deux parents biologiques (en tant que condition la meilleure pour aimer et pour faire exister un être) qui est balayé par la loi Taubira

Moi : alors qu’il est essentiel et fécond

Moi : (je viens de perdre ma maman. Je peux te dire que même l’absence n’entache pas l’amour entre mes deux vrais parents)

Moi : Tout être humain a besoin de savoir de quel amour incarné il est issu. Sinon, c’est dur : identitairement et amoureusement. La loi Taubira méprise ce fait et ce besoin.

T. : ben justement c’est con, ça va faire « j’ai réponse à tout et j’ai tout vu » mais mon meilleur ami n’a pas de papa, il va bien ^^

Moi : la question n’est pas que celle de la présence corporelle

Moi : Un enfant peut connaître intellectuellement ses deux parents biologiques, savoir qu’ils existent. Il peut aussi vivre sans la présence de l’un des deux. La question est celle de l’amour entre ses deux parents biologiques.

T. : héhé je sais pas, quand je lis tes définitions sur la famille, le couple homo, j’ai le sentiment que ce que tu dis doit être une évidence, que c’est une chose réelle et établie, du coup je suis pas du tout d’accord avec ça ^^

T. : ah si le couple homo t’a satisfait sans te combler je dirais (non pas de blague vaseuse!) que tu devrais plutôt persévérer au lieu de rentrer dans les ordres ^^ M’enfin, après ça me regarde pas, je dis ça comme ça ^^

Moi : lol. Que j’énonce des croyances, je ne le nie pas. Que je le fasse de manière fermée, c’est autre chose. Je pense toujours faire preuve de nuance et de doute.^^

Moi : Persévérer ?lol Avec qui (à part avec Dieu) ?

T. :  ben oui! rencontre un beau garçon avec qui tu vivras une belle vie! et qui sait, tu te marieras peut être et tu auras peut être des enfants ^^

T. : ah ben je peux pas répondre au « avec qui » ! je peux même pas y répondre pour moi, alors pour toi????

Moi : lol. Le problème n’est pas la valeur des garçons avec qui je suis sorti ou pourrais sortir, ni même de ma propre valeur. Il y a plein de mecs homos adorables, et moi je suis adorable aussi. Pour autant, L’éjection de la différence des sexes en amour sera toujours là.

Moi : (non, je ne pourrai jamais avoir d’enfant de l’homme que j’aurais aimé. C’est faux^^)

T. : mais l’éjection c’est toi qui te la créer. Ce n’est ni anormal, ni contre nature ni rien du tout! c’est la vie, c’est tout ^^ Tu aimes un mec et il t’aime en retour, mais aimez vous bordel! Tu tombes amoureux d’une fille, elle est amoureuse, aimez vous!

T. : ben c’est là que l’adoption entre en jeu! et que nos plus grandes divergences vont pointer le bout de leur nez ^^

Moi : Ce n’est pas moi qui la crée. Elle est générale dans toute union homo

T. : alors, oui, effectivement se ne sera pas de ton sang, mais se sera un enfant que tu auras aimé, éduqué, élevé, engueulé, amené au ciné, chez ses amis, récupéré torché à une fête, et il t’appellera papa!

Moi : looool: mais oui, lol, le rouleau compresseur de « l’Amour » ! Et le réel, t’en fais quoi?

T. : mais non elle n’est pas générale! je me suis jamais dis quand je suis en couple, il faut que je me force ou bien que ce que je vis est contre nature! je vis mas vie

Moi : Mais qui te parle de « contre-nature »

T. : je fais quoi de quoi en réel??? ^^ J’ai compris

Moi : La question n’est pas là.

Moi : Tu nies le sang et le réel et l’éjection de la différence des sexes dans les « couples » homos sous prétexte de dire « L’important c’est d’aimer ». Eh bien non, le Réel est là!^^

T. : non je ne nie rien du tout, je conçois la différence, mais la différence ne veut pas dire que éjection. Après nier le sang et le réel, ouais si tu veux je peux dire que je le nie parce que pour moi ce qui compte c’est de savoir si tu as été heureux quand tu as été gamin, pas de savoir si tes parents sont tes parents biologiques, ça ne m’importe pas du tout.

Moi : Donc tu la nies. Ainsi que l’éjection de la différence des sexes et ses conséquences concrètes

Moi : L’important n’est pas de savoir intellectuellement qui sont tes deux parents biologiques, ni même de les voir, ensemble ou séparément. L’important seulement, c’est que nos deux parents biologiques s’aiment

Moi : C’est cette condition d’amour entre les deux parents biologiques qu’a enlevée la loi Taubira

Moi : Et qu’enlève tout couple homo qui se forme

T. : mais oui mais tu peux pas contrôler les sentiments des gens! même un couple hétéros! si ils divorcent on doit égorger les gosses pour pas qu’ils soient malheureux de voir leurs parents se séparer?

Moi : Tu ne peux pas les contrôler mais tu peux les guider et les aider à les contrôler

T. : non tu ne peux pas!

Moi : (l’hétérosexualité et l’homosexualité, c’est le même détournement de la différence des sexes)

T. : comment tu ferais pour dire à un couple avec deux enfants qui sont sur le point de se séparer de ne pas le faire?

Personne n’est forcé!

Moi : Il y a des accompagnements géniaux pour ça

Moi : Les gens ont besoin d’aide. Ça n’a rien d’un forcing

Moi : On peut responsabiliser les gens tout en respectant leur liberté

T. : Ok, j’en suis sur, et comment ces accompagnements géniaux pourrait régler une séparation d’un couple parce que le mari bat sa femme et à cassé le bras d’un des gosses?

T. : Mais la vraie liberté, c’est de pouvoir se dire, je n’ai plus de sentiment, je ne peux pas continuer à vivre avec cette personne, pour lui et pour moi, il vaut mieux qu’on se sépare!

T. : au lieu de se dire, mon dieu je ne tiendrais pas plus longtemps avec lui, qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça, je ne le supporte plus!

T. : après sa finira par des crises, des hurlements, des tentatives de suicide etc., et je sais de quoi je parle, mes grand parents aura dû divorcer il y a fooooooooooort longtemps! maintenant c’est à peine si ils s’adressent la parole, mon grand père grogne quand sa femme lui parle, et ma mère et sa sœur auraient vraiment préféré le divorce!

 

Moi : oh lala. Le scénario catastrophe. Je crois que la vraie liberté, c’est déjà d’y croire

Moi : et d’aider les gens à croire en l’amour dans l’accueil de la différence

T. : ah ben le scénario papy et mamie, c’est un vrai scénario! pour te dire, j’y vais même plus bouffer tellement ils me prennent la tête à faire la gueule!

Moi : Il y a des réconciliations possibles (au lieu de penser au pire et de devancer les réparations de ce pire)

Moi : Les tiens, peut-être, mais pas les miens ^^

T. : ben oui, ben dans ce cas, il y a des enfants qui vivront très bien le fait que les parents divorcent, et des enfants qui vivront très bien de ne pas connaitre leurs parents biologiques et des enfants qui seront heureux d’avoir deux papas qui s’aiment ^^ Non ?

Moi : je ne crois absolument pas à cette légende. Les enfants de parents divorcés vivent toujours un drame

T. : Ben vivre un drame, ouais, ça doit pas être la joie à la maison mais je pense que c’est mieux que de voir ses parents se déchirer petit à petit. il vaut mieux enlever le sparadrap d’un coup!

Moi : Je ne vois pas en quoi le fait qu’il y aurait pire enlève le drame

Moi : Enlever le sparadrap n’ôte pas la blessure

T. : mais il vaut mieux savoir que ses parents vive un nouvel amour dans un nouveau cadre que de savoir que ses parents se haïssent cordialement!

Moi : Là, tu pars d’un présupposé négatif, ou du moins pire. Je crois que le mieux, c’est que les parents se réconcilient.

T. : et toi tu pars d’un présupposé positif, je crois que le mieux c’est que les gens doivent être heureux, et si la séparation peut les aider, qu’ils le fassent!

T. : par contre

Moi : je pense en effet que tout est une question de foi au meilleur (et non une absence de foi qui se décline en « foi pour le moins pire »): la foi au meilleur, ça, ça élève !

T. : je suis tout à fait d’accord avec la réconciliation, il faut essayer! c’est important de savoir ce qui cloche, mais si la réconciliation ne fonctionne pas, il se passe quoi?

Moi : Essaie-t-on, avant de dire « si ça marche pas »?

T. : moi je suis un peu plus terre à terre ^^ je veux juste que les gens soient heureux, un divorce, c’est pas une fin de vie! c’est une renaissance!

T. : enfin, je le vois comme ça

T. : non, mais c’est à toi que je pose la question ^^ si une réconciliation ne fonctionne pas, tu prévois quoi?

Moi : Si on ne la propose pas, cette réconciliation (notamment à travers les lois), comment peut-on espérer qu’elle arrive? Si nos gouvernants broient du noir, et que nous les laissons faire, c’est sûr que nous ne sortirons pas de l’engrenage

Moi : Moi, je mise sur le fait qu’elle fonctionne

Moi : Tout est une question de foi et de faits

T. : la réconciliation elle existe on le sait, les juges des familles le savent, c’est toujours proposé, ainsi que par les avocats et les notaires!

Moi : (c’est pareil pour le couple)

T. : non tu peux pas dire a va fonctionner parce que j’ai la foi!

Moi : Non : beaucoup de gens ne le savent plus!

T. : ça va fonctionner ou pas, on peut pas savoir

Moi : En grande partie, c’est la foi qui permet de créer et de durer. Qu’on le veuille ou non.

Moi : Non, mais on peut le désirer et y croire

T. : meuh si ils le savent! avec le nombre de transmissions de patrimoine que j’ai signé chez différents notaires avec différents avocats, je te promets, ils le savent!

T. : mais la foi en quoi? en l’amour? en l’homme?

Moi : ils le savent? Tu parles aux gens de temps en temps? Plus beaucoup de personnes croient en l’amour et au pardon

Moi : Ils divorcent ou se séparent à la moindre contrariété

Moi : Bien sûr, la foi en l’amour et à la réconciliation

T. : ah non mais là c’est toi qui est d’un présupposé négatif!

Moi : Non. Je suis réaliste

T. : c’est faux! tu ne peux pas juger de pourquoi les gens se séparent, tu ne vis pas dans leurs couple, dans leurs familles, dans leur tête!

Moi : De tous les gens que je côtoie, pas un ici ne croit en l’amour et en la fidélité (il n’y a quasiment que les cathos)

T. : ah ben je peux te donner des pseudos! et j’en fais partie!

Moi : Je ne les juge pas : je dis ce que traduit leur acte de séparation = un manque de foi en l’amour et au pardon

Moi : (Toi, tu ne crois pas en l’amour : on en a déjà parlé)

T. : je crois en l’amour et en la fidélité et pourtant, le contact avec le très haut me donne des cloques!

Moi : Tu crois en l’amour en tranches

Moi : et soumis à la subjectivité individuelle

T. : je crois pas du tout en l’amour en tranche!

Moi : Mais l’Amour, ce n’est pas ça

Moi : Si, puisque tu le réduis au ressenti de chacun : ça, c’est de l’amour tranché

T. : beuh par amour tranché tu entends l’amour pour une seule personne?

Moi : j’entends plein de choses. Et notamment l’amour égocentré ou subjectiviste/relativiste

Moi : Et cet amour ne peut pas durer, car forcément, il suit la courbe de notre ressenti et du sentiment qui fait dents de scie

T. : oui quand j’aime un garçon, je n’aime que lui, mais si je perd les sentiments, je stoppe ^^

Moi : C’est bien ce que je dis : l’amour auquel tu crois est entier DANS L’INSTANT et selon des sensations individuelles. Mais il ne correspond pas à un engagement de vie (sauf si ça te « tombe dessus » et si « ça arrive par chance ») ni à une décision ni à une volonté ni à une Espérance ni à une foi en Dieu.

Moi : C’est au petit bonheur la chance. Mais où est ta liberté là-dedans ?

T. : ben il correspondra à un engagement à vie quand j’aurais trouver l’homme pour qui j’aurais les sentiments les plus forts!

Moi : Tu attends que l’amour s’impose à toi. Alors que l’Amour n’est jamais totalitaire s’Il veut rester aimant

T. : après non, une foi en dieu, non, je ne suis pas du tout croyant donc ça c’est pas possible ^^

Moi : Les sentiments, ce n’est pas forts ni fiables. Par définition, s’il n’y a pas la volonté et la foi qui les dépassent, ils passent.

T. : donc en gros, tu es pour les mariages arrangés dès la naissance c’est ça? ^^

Moi : lol

Moi : Je suis pour une alliance entre sentiments et volonté/liberté

Moi : Pas l’un sans l’autre

T. : non on peut pas obliger la volonté!

Moi : Non. Mais on peut la proposer : ça s’appelle la liberté

T. : mais euh non, on peut pas ^^ tu dis quoi? vas avec lui il est gentil, t’apprendras à l’aimer?

T. : ^^

T. : je reviens, je repars en rdv!!!

T. : à tte peutiot!!! ^^

Moi : Eh bien du coup, tu ne dois pas garder grand monde !lol. Car il arrive toujours un moment où tes sentiments baissent, ou la déception arrive. Si tu ne suis que la courbe de tes sentiments, c’est vite vu !^^

Moi : il n’y a plus de liberté ni d’engagement ni de combat pour rester

T. : ben le dernier avec qui je suis resté, j’ai essayé de sauver les meubles pendant plus de 6 mois, j’y ai perdu pas mal! J’ai repris du poids, j’ai perdu confiance et beaucoup d’argent aussi. Ben là je me dis que j’aurais dû le larguer bien avant! ça m’aurait évité beaucoup d’ennuis ^^

Moi : Je ne te dis pas que tout volontarisme est juste.

Moi : C’est la volonté pour la Vérité qui prime.