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Code n°175 : « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau… » (sous-codes : Bas-haut / Horizontalité-verticalité / Adieux / Amour impossible)

Un Petit Poisson

« Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau… »

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

« Dieu dit : ‘Que les eaux grouillent de bestioles vivantes et que l’oiseau vole au-dessus de la terre face au firmament du ciel.’ Dieu créa les grands monstres marins, tous les êtres vivants et remuants selon leur espèce, dont grouillèrent les eaux, et tout oiseau ailé selon son espèce. Dieu vit que cela était bon. » (Gen, 1, 20-22 ; extrait de la TOB, au quatrième jour de la Création)

 

« Vus d’en haut, nous sommes tous des nains. Vus d’en bas, tous des géants. Il nous faut retrouver un regard horizontal. » (Eduardo Galeano, dans le documentaire « L’Amérique latine, à la reconquête d’elle-même » de Gonzalo Arijón, diffusé sur la chaîne ARTE, en 2008)

 

 

La vie sans les trois dimensions (haut/bas/profondeur), sans la perspective, sans centre

 

Comme le désir homosexuel ne part pas prioritairement du Réel et n’est pas attiré par Lui, puisqu’il éjecte ou magnifie excessivement la différence des sexes (qui, je le rappelle, est LE socle du Réel sans lequel nous ne serions pas là pour en parler), il est logique que l’individu qui le ressent et qui s’y adonne n’ait pas une vision du monde et des Hommes en trois dimensions : le haut, le bas, et l’horizontal (… autrement dit le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, figurés par la croix de Jésus). Souvent, les personnes homosexuelles pratiquantes, dans leur manière de vivre et d’aimer, vivent les montagnes russes, passent cyclothymiquement d’un extrême à l’autre, expérimentent la violence oscillatoire d’un mouvement de balancier en dents de scie qui sépare excessivement le haut et le bas, ou, ce qui revient au même, qui les fait fusionner. Dans les deux cas, il n’y a pas de place pour la relation ni pour la matière, le volume, le relief, la perspective, la profondeur, le Sens, l’Amour.

 
 

L’Amour comme un écran plat ou un précipice

 

Leur folie des hauteurs homosexuelle (cf. je vous renvoie aux codes « Planeur », « Icare », « Femme au balcon », et « Se prendre pour Dieu » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) traduit fantasmatiquement une focalisation sur une horizontalité niant toute verticalité, et vice versa. Au niveau du désir homosexuel, il semble que le haut et la bas aient du mal à se rencontrer : dans l’iconographie homosexuelle sont souvent mis en opposition (et en fusion !) le monde aérien de l’oiseau et le monde aquatique du poisson. C’est peut-être ce qui fait dire à Pierre Verdrager, dans son essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007), que « les homosexuels sont parfois dans le monde social comme des poissons dans l’air. » (p. 113) Le désir homosexuel tend vers les extrêmes pour empêcher l’individu de regarder les choses en face, à la bonne hauteur, et en profondeur. Dans les œuvres homo-érotiques, les êtres se déplaçant lentement à l’horizontal (par exemple le cygne glissant sur l’eau, la femme courant dans la forêt, le funambule marchant droit sur une corde raide, l’horizontalité du fleuve, le déplacement rectiligne de la reine du carnaval sur son char, etc.) sont constamment sous la menace de la chute (le cygne noyé chez les néo-baroques, la femme dans la forêt violée et tombant à terre, les chutes d’eau, l’intronisation-détronisation de la reine du carnaval, etc.). En désir, la majorité des personnes homosexuelles sont trop horizontales dans leur volonté de fusion à la terre ou à l’être aimé (c’est pour cette raison qu’elles craignent la chute et qu’elles ne la voient pas venir), et trop verticales (elles planent et ne considèrent plus la Réalité).

 

Au lieu de prendre réellement de la distance par rapport à l’objet d’amour, elles s’y identifient dans l’émotionnel et se soustraient au travail de détachement par la mise en scène parodiée du départ. Elles adorent les créations de la solitude, des adieux larmoyants, de l’amour impossible. C’est pourquoi, iconographiquement, beaucoup d’auteurs homosexuels mettent en scène deux créatures qui ne pourront jamais se rencontrer et s’aimer à cause de la différence radicale de leurs milieux naturels respectifs, sur le modèle de la chanson « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » de Juliette Gréco.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Fusion », « Animaux empaillés », « Manège », « Femme allongée », « Doubles schizophréniques », « Funambulisme et Somnambulisme », « Se prendre pour Dieu », « Liaisons dangereuses », « Désir désordonné », « Aigle noir », « Eau », « Amant narcissique », « Icare », « Femme au balcon », « Planeur », « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre », « Lune », « Mort = Épouse », « Sirène », « Voyage », et à la partie « Mélodrame » du code « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Nager comme un oiseau dans l’eau !

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Curieusement, dans les fictions traitant d’homosexualité, des fusions fantasmatiques hybrides se font entre animaux terrestres et animaux marins, entre volatiles et poissons (et pourtant, il ne s’agit pas uniquement de canards, je peux vous l’assurer !) : cf. le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan (avec les oiseaux rasant l’eau de la mer), le film « Navidad » (2009) de Sebastián Campos (avec, en scène finale, l’image d’un personnage en plastique maintenu debout par l’air sortant d’une bouche d’aération urbaine, suivie d’un fondu enchaîné sur un torrent d’eau où nagent des poissons regardé par Aurora), etc. « Embrasse-moi la bouche encore encore encore comme ça. J’ai des plumes. Gentils poissons. » (cf. le poème « Lever le ventre » (1915-1917) de Gertrude Stein) ; « J’aime mon petit oiseau qui s’ébat dans l’eau. » (la voix narrative du poème « Minicamba » (2008) d’Aude Legrand-Berriot) ; « Je suis pas un poisson. Je suis pas un oiseau. » (Manu dans le film « Les Témoins » (2006) d’André Téchiné) ; « Nage nage petit poisson. Vole vole le papillon. » (cf. la chanson finale du film « Du même sang » (2004) d’Arnault Labaronne) ; « I’m not a cat, I’m not a fish, I’m a catfish, I’m a dog. » (Stan dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé) ; « Je m’appelle pas Canard, mais Rouge-Gorge. » (Mimile roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 70) ; « Aïe ! Une abeille dans la baignoire ! » (cf. une réplique de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « La mouette ! La mouette qui veut voler dans l’évier ! Elle est en pleine forme ! […] Regarde comme elle flotte ! On dirait un canard en celluloïd ! » (Luc, l’un des héros homosexuels de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Plus le poisson volant se prend pour un oiseau, moins il a de chances de bien nager. » (Joséphine à propos de Thierry, le héros homosexuel, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche ; épisode 8, « Une Famille pour Noël ») ; « Je veux juste flotter. […] Pourquoi elle m’envoie des photos de nuages ? » (Suki, l’héroïne lesbienne voulant rejoindre son amante Kanojo à la piscine, et recevant d’elle des photos en direct, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Qui donc que Dick baptiserait son bateau ‘Bird’ ? » (Marge, la compagne de Dick, le héros bisexuel, dans le film « The Talented Mister Ripley », « Le Talentueux M. Ripley » (1999) d’Anthony Minghella) ; « Regarde les poissons volants ! » (Joe s’adressant à Jerry, dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, le héros homosexuel efféminé, parle à un moment à ses amis de bains aquatiques et d’avion sans qu’on comprenne vraiment pourquoi : « Je prends les deux. Je vais sur la Côte Ouest. » Bernard ironise : « Tu pourras jamais te passer des bains. » Dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Atos Pezzini, homosexuel, chaperonne des petits jeunes artistes qui veulent évoluer dans le monde du théâtre : par exemple, il définit Diego, son assistant (habillé en marin), comme « son poisson-pilote ». Dans le film « 510 mètres sous la mer » (2008) de Kerstin Polte, on assiste à une histoire sentimentale lesbienne se déroulant dans un aéroport, avec un avion qui ne décolle pas. Dans le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo, l’enfant-poisson est associé au « devenir ange ». Dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi, le héros travesti M to F accouche de poissons volants, ou parle à des mammifères semi-terrestres, semi-aquatiques : « Ah la saloperie de cacatoès qui me taillade le clitoris avec son bec ! » ; « Des poissons cacatoès volants ! » ; « J’ai quelqu’un sur ma ligne ! C’est un perroquet ! Dehors ! Dehors ! Rentre dans ta cage ! Dans ta cage ! Allô, allô, allô, allô ? C’était un poisson cacatoès, il y en a partout ! » Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, Line la bourgeoise travestie M to F, en feignant de se balader sur un marché de Lorient, compare chaque catégorie de poissons qu’elle voit sur les étalages des maraîchers à une catégorie d’homos, et à un moment, elle fait référence à des poissons volants. Le titre du roman Le froid modifie la trajectoire des poissons (2010) de Pierre Szalowski, traitant d’une intrigue homosexuelle sur fond de grand froid paralysant la ville de Montréal, induit que l’homosexualité est une déviation (pour ne pas dire péjorativement « déviance ») de la trajectoire de la sexualité incarnée, aquatique ou terrestre. Dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, le couple homo Seb/Loïc défie Charles, l’hétérosexuel, en se présentant comme « juste une communauté qui nage à contre-courant dans votre océan ».

 

Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, les Rats (c’est-à-dire l’animalisation des homos et d’une société bisexuelle) et le Diable des Rats veulent d’un monde uniformisé où eux seuls décrèteraient la séparation entre les différents éléments de vie, autrement dit entre l’eau et l’air : « Ils opinèrent à l’unisson dans leurs langues que les eaux finiraient par baisser et qu’il se ferait encore une fois le partage entre terre, air, et mer. » (p. 114)

 

Le Dieu Poisson-Oiseau adoré par certains héros homosexuels ressemble au phallus ou au diable : « Oui, la bite est un oiseau ! Mais c’est un oiseau plongeur ! Il aime bien se baigner ! » (cf. une réplique de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Nous vîmes de notre cachette […] le Dieu des Hommes avec les deux têtes du caniche et du fox-terrier à la place de la sienne, et une queue de lézard, et j’en passe des plus bizarres, telle une tortue de mer à tête de queue de poisson. » (Gouri, le héros bisexuel du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 135)

 
 

b) La non-rencontre et la fusion entre le bas et le haut :

Si on regarde bien la plupart des créations homo-érotiques, on peut constater que le bas et le haut (ou la verticalité et l’horizontalité) soit fusionnent, soit ne se rencontrent pas : « Elle vole en parallèle. » (l’un des héros homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Je descends à la verticale, pendant que mon sang se répand là-haut. » (la voix narrative de la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; « La première fois, ça a été comme un shoot. Je suis monté jusqu’à la cime de cette descente. » (le héros homosexuel de la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé) ; « Il faut que je me couche sous les hommes. Sinon, sans eux, j’ai pas de gravité. » (Franck dans la pièce Mon amour (2009) d’Emmanuel d’Adely) ; « Tu t’es créé un monde pour être la reine. Mais réveille-toi. Tu ne l’es pas ! T’es juste une lycéenne comme toutes les autres. Tu vas tomber de ton piédestal. Pour une fois, c’est moi qui te regarderai de haut. » (Juna, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Kanojo, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Jane rêvait d’Anna. Elles étaient seules dans le noir, les doux cheveux de la fille retombaient sur le visage de Jane. Elle eut l’impression d’être au lit avec elle et se mit à paniquer ; ce n’était pas ce qu’elle voulait, tout allait de travers. Les lèvres de la fille se posèrent sur les siennes et elles s’embrassèrent, la langue d’Anna frémissante et insistante. Jane comprit à nouveau ce qu’elle était en train de faire et tenta de la repousser mais quelque force supérieure les collait l’une à l’autre. Elle sentait le poids du corps de la fille, la douceur de ses seins, et elle se tortilla pour se dégager, tentant désespérément de s’échapper, mais elle avait beau se tourner dans toutes les directions, elle était piégée. Elle repoussa Anna de toutes ses forces, mais sans résultat, elles étaient verrouillées l’une à l’autre, et brusquement Jane comprit ce qui les retenait là. Elles étaient scellées, l’une au-dessus de l’autre, sous le plancher de l’immeuble de derrière. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 222) ; « On a vécu comme dans un univers parallèle. » (Marie avouant qu’elle est tombée amoureuse d’Aysla, face à Bernd et Dom, dans le téléfilm « Ich Will Dich », « Deux femmes amoureuses » (2014) de Rainer Kaufmann) ; « C’est pas la hauteur qui compte. C’est le goût. » (Benjamin, homosexuel, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Restez vertical tant que vous le pouvez. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; « S’aimer : résistance, dissonance. Balançoire dans l’Espace. » (cf. la chanson « Love Song » de Mylène Farmer) ; etc. Par exemple, la nouvelle Marcovaldo Tarsile De La Tour Montigny Xuclar I Fer Ampolles (1975) de Terenci Moix raconte l’histoire d’un homme dont l’obsession de sa vie est la « longitude ». Quant au Joueur d’échecs (1943) de Stefan Zweig, il a une vision unilatérale du monde : son univers est plat comme un échiquier. Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny a peur de s’abandonner, et donc son amant Romeo lui apprend à faire « la planche » sur la mer. Même scénario entre le père Adam et Lukasz dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony, le héros homosexuel s’adressant à son jeune filleul, Jim, aussi homosexuel, lui donne des conseils de natation similaires : « Il faudrait que tu t’arrêtes en faisant la planche. » Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, apprend à nager avec Juan, son protecteur. Ce dernier le soutient en lui faisant faire la planche.

 

Le vertical surgit alors inopinément de l’horizontal : c’est le cas par exemple dans le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger (la chute dans les graviers succède à la scène du miroir narcissique plat), dans la chanson « Comme j’ai mal » de Mylène Farmer (« Je bascule à l’horizontal, démissionne ma vie verticale. »), dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, etc. Dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, le couple lesbien Heïdi-Frédérique, de retour d’une soirée bien arrosée, nie toute verticalité, et vit donc une horizontalité qui ressemble au coma et à la vacuité : « C’était une soirée horizontale. » déclare Heïdi ; « J’ai tellement bu et mangé que j’ai peur de ne pas pouvoir rester verticale. » surenchérit Frédérique. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Rudolf, l’un des héros homosexuels, écrit un roman dans lequel il se met dans la peau de sa grand-mère, une jumelle narcissique planant tellement sur les hauteurs qu’à la fin elle finit par s’écraser : « Elle marche d’un pas régulier, calme et décidé à la fois. Elle regarde la vallée. Son village est minuscule vu d’ici. Elle décide de tout quitter : sa famille, son village, son pays. C’est agréable d’être seule. Pour la première fois de sa vie, elle est vraiment seule. Elle regarde les passants dans la rue. Leurs mouvements sont beaux. Brusquement, elle pleure. » Au même moment, le spectateur voit une succession de séquences de chutes : plongeon d’un baigneur, saut à ski, chute en tire-fesses… et Rudolf qui saute lui-même de sa fenêtre. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Frankie, le héros homosexuel, a du mal à se tenir droit, et à rester droit… si bien qu’il se croit atteint de vertiges et de signes physiques montrant qu’il est malade du Sida.

 

Le haut et le bas correspondent parfois symboliquement à l’hétérosexualité et à l’homosexualité : « Tu ne peux pas être partout : en l’air avec le dentiste, sur terre avec Lola. » (Vera l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Nina, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Depuis le mariage pour tous, dès que tu vois une alliance sur la main d’un homme, tu ne sais pas sur quelle branche il grimpe. » (Marcel, dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet).
 

Fatalement, quand ni l’horizontalité ni la verticalité ne sont reconnues, c’est le risque de chute probable (des corps et des sentiments) ! (cf. je vous renvoie à la partie « Chute » du code « Icare » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) « C’est des escaliers sans cage. » (Micheline dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Avec le cassoulet allégé, préparez-vous à décoller/vous dégongler. » (Jérémy Lorca dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; etc. Par exemple, dans le film « Embrasse-moi » (2017) d’Océane Rose-Marie et de Cyprien Vial, Cécile se tient en équilibre à la verticale, et hurle juste avant de s’écrouler, à la vue de Océane Rose-Marie qui l’espionne derrière un fourré.

 

Parfois, la confluence entre haut et bas peut être aussi, chez le héros homosexuel, le signe d’un écartèlement d’identité perturbant, d’une schizophrénie : « J’avais l’impression qu’une partie de moi était tombée par terre, et l’autre accrochée en haut de l’arbre. » (Damien, le héros transgenre M to F racontant la découverte de son homosexualité/de sa transidentité, dans le pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine)

 
 

c) Nous ne sommes pas du même monde… : la sacralisation homosexuelle des adieux et de l’amour impossible

UN PETIT POISSON Love in

Film « Love In Thoughts » d’Achim von Borries


 

Le héros homosexuel ne sait plus où et vers où il évolue, quelle profondeur et quel sens il vit, ni dans sa propre existence, ni dans son couple. « Où va ma vie guidée par l’oiseau, au fil de l’eau ? » (Claude dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado)

 

D’ailleurs, il arrive très souvent dans les fictions homo-érotiques que les amants homosexuels ne puissent pas se rencontrer car ils ne sont pas du même monde. L’un évolue dans les eaux ou sur terre, l’autre en l’air : cf. la chanson « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » de Juliette Greco, le roman Pájaro De Mar Por Tierra (1972) d’Isaac Chocrón, le film « Poisson Lune » (1999) de Jose Alvaro Morais, le film « De Frigjort » (« Un Poisson hors de l’eau », 1993) d’Erik Clausen, le film « Fish And Elephant » (2001) de Yu Li, le roman Un Poisson sur la balançoire (2000) d’Eyet-Chékib Djazari, le conte La Petite Sirène (1836) d’Andersen, la pièce Les Précieux Ridicules (2008) de Damien Poinsard, le tableau Le Diable au paradis d’Alain Burosse, le film « Au ras du sol » (2012) de Filippo Demarchi, la chanson « Mujer Contra Mujer » de Mecano, les romans Les Mouettes volent bas (1995) et En haut des marches (1999) de Joseph Hansen, le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini (avec la non-rencontre entre Carole, la fille de l’air et de Paris, et Delphine, la fille de l’eau), etc.

 
 

« Un petit poisson, un petit oiseau s’aimaient d’amour tendre.

Mais comment s’y prendre quand on est en haut ?

Un petit poisson, un petit oiseau s’aimaient d’amour tendre.

Mais comment s’y prendre quand on est dans l’eau ? »

(cf. la chanson très homosexuellement connotée « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » de Juliette Gréco)

 

Vidéo-clip de la chanson "Regrets" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Regrets » de Mylène Farmer


 

Les membres du couple homosexuel fictionnel sont trop proches ou trop éloignés pour s’aimer. Ils disent vivre dans des univers parallèles inconciliables. L’image de la différence entre deux saisons, deux planètes, deux hémisphères, ou deux êtres vivant dans des contrées diamétralement opposées, pour illustrer le décalage entre les deux amants est un cliché commun de beaucoup de créations artistiques homosexuelles : cf. la pièce Une Rupture d’aujourd’hui (2007) de Jacques-Yves Henry, la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, la chanson « Pas le temps de vivre » de Mylène Farmer, la chanson « Le Soleil a rendez-vous avec la lune » de Charles Trénet, la « Chanson du coq et de l’âne » d’Étienne Daho et Arnold Turboust, le film « The Bubble » (2006) d’Eytan Fox, La nouvelle « Le Potager » (2010) d’Essobal Lenoir (évoquant la distinction entre les homos citadins et les homos campagnards), etc. « Moi, je suis le haut. Et lui, c’est le bas. » (Philippe Mistral parlant de son « mari », dans son one-man-show Changez d’air, 2011) ; « Tu sais que l’hiver et l’automne n’ont pu s’aimer. » (cf. la chanson « Regrets » de Mylène Farmer) ; « Vous dans votre hiver, moi dans mon été. » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 175) ; « Moi fille du soleil, toi qui venais du pays de la pluie, pas même une chance sur un million, quelque part au monde, qu’un jour nos deux vies se rencontrent. Moi, fille de la mer, et toi qui passais ta vie dans les airs, pas même une chance sur 100 millions, quelque part sur terre, qu’un jour nos chemins se confondent. […] Nos corps ne dansent pas la même danse. Moi fille du Sud, toi l’homme du Nord, c’était prédit qu’on se sépare. » (cf. la chanson « Fille du soleil » de Candela dans le spectacle musical Cindy (2002) de Luc Plamondon) ; « Il est la nuit, tu es le jour. […] Tout seuls dans nos vies. » (cf. la chanson « Réveille-toi » de Philippe Tailleferd) ; « Une société hétérosexuelle. Deux garçons. La France et la Floride. Des vies différentes. » (Chris s’adressant à son amant internaute Ernest, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 94) ; « Météo : divergence entre le froid et le chaud ! Le système planétaire hésite : quelle face faut-il montrer au soleil ? La rondeur des planètes rend le choix entre la face et le dos presque impossible, conséquence : les planètes tournent sur elles-mêmes. » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Dans ce monde propre, je connaissais maintenant une villa. Celle de Khalid [amant d’Omar, le héros pauvre vivant au Sud]. Elle avait un nom. Villa du Nord. Le nord de quoi ? » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 43) ; « Je n’écoutais plus, au bout d’un moment, Khalid. Il était à la hauteur. Il était préparé pour être à la hauteur. Et moi, j’étais où ? » (idem, p. 91) ; « Ma chérie, je ne pourrais plus être au-dessous, je ne pourrais être de ces humbles gens qui doivent toujours vivre sous la surface et n’apparaissent que pour un instant, comme les poissons… » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 238) ; « Je ne sais pas ce que ma sexualité débordante rendrait sur terre. » (Felicity dans le film « Good Morning England » (2009) de Richard Curtis) ; etc. Par exemple, dans le recueil Le Maléfice de la phalène (1920), Federico García Lorca relate le malheur d’un cancrelat vainement amoureux d’un papillon. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, Jenko (le grand beau gosse) et son collègue Schmidt (le gros petit) se disputent beaucoup, n’arrivent pas à s’ajuster, passent à leur temps à discuter leur différence de niveaux (soit trop haut, soit trop bas) : « Tu me tires vers le bas. » (Jenko) ; « Tu étais une petite fleur et je t’étouffais. » (Schmidt)

 

L’incompatibilité entre les deux amants homosexuels semble obéir davantage à une logique physico-désirante (comme les aimants qui s’attirent ou se repoussent), incarnée dans la sexuation, qu’à une logique de volontés, de sentiments, de sincérités, de valeur individuelle des personnes impliquées dans le couple (cf. je vous renvoie aux codes « Liaisons dangereuses », « Désir désordonné », « Manège » et « Fusion », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Nos vies ne sont simplement pas conciliables, ne l’ont jamais été. Pourquoi faut-il qu’aujourd’hui elles s’entrechoquent dans le grand fatras de ces années de fer et de feu ? » (Vincent à son amant Arthur, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 37) ; « Je te brûle ton marche-pied de la salle de bain. » (François s’adressant à son amant Thomas, dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy)

 

Navrés de ne pas avoir tenu compte du Réel et de la différence des sexes qui auraient permis leur union concrète, les héros homosexuels nous rejouent régulièrement la scène de « l’amour » sacralisé et solidifié par la mort ou l’adieu. Roméo et Juliette, bis repetita : cf. le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh, le film « Sur le départ » (2011) de Michaël Dacheux, le film « Adieu ma concubine » (1993) de Chen Kaige, le film « Between Love And Goodbye » (2008) de Casper Andreas, le film « Potiche » (2010) de François Ozon, le film « Tu n’aimeras point » (2009) de Haim Tabakman, la chanson « La Fin » d’Emmanuel Moire, la série Black Out (2010) de Rudee LaRue (Enrique a vu son mec mourir dans ses bras à l’hôpital), la reprise (2011) de la chanson « Ne me quitte pas » de Jacques Brel par la chanteuse Oshen (alias Océane Rose-Marie, la fameuse « lesbienne invisible »), la pièce musicale Confessions d’un Vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, le film « J’aimerais j’aimerais » (2007) de Jann Halexander (et l’amour impossible avec Philistin de Valence), la pièce L’Orféo (2009) d’Alessandro Striggio, le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, le film « Adieu je reste » (1977) d’Herbert Ross, le film « Adieu je t’aime » (1987) de Claude Bernard Aubert, le film « Goodbye Lover » (1999) de Roland Joffe, le film « Un clin d’œil pour un adieu » (1986) de Bill Sherwood, le film « A Streetcar Named Desire » (« Un Tramway nommé Désir », 1950) d’Élia Kazan (avec l’allusion au Chevalier à la rose de Strauss, opéra racontant l’histoire d’une vieille Maréchale qui consent à laisser son jeune amant la quitter pour une femme plus jeune), le roman La Symphonie des adieux (1997) d’Edmund White, la chanson « Des adieux très heureux » d’Étienne Daho, la chanson « The Power Of Goodbye » de Madonna, la chanson « Goodbye » de Céline Dion, la chanson « Au diable nos adieux » de Zazie, le film « Goodbye Gemini » (1970) d’Alan Gibson, le film « Adieu, Alexandra » (1969) d’Enzo Battaglia, le film « Bye Bye Love » (2003) de Peyton Reed, le film « Adieu forain » (1998) de Daoud Aoulad-Syad, le poème Le Condamné à mort (1942) de Jean Genet, le roman Adieu à Berlin (1939) de Christopher Isherwood, le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot, le roman L’Heure des adieux (2000) de Jean-Noël Pancrazi, le roman Se résoudre aux adieux (2007) de Philippe Besson, le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot, le film « Une dernière nuit au Mans » (2010) de Jeff Bonnenfant et Jann Halexander, le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre (relatant l’amour impossible mélodramatisé entre Rubén, un prostitué et son client Eloy), le film « Längs Vägen » (« Along The Road » (2011) de Jerry Carlsson (racontant la love story clandestine de deux routiers), etc.

 

Par exemple, dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt, Jack pointe un révolver sur son amant et l’embrasse une dernière fois sur la bouche, avant de retourner l’arme contre lui et de tirer. Dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, Vincent et Arthur sont cruellement séparés par la Première Guerre mondiale. Dans le film « Close » (2022) de Lukas Dhont, Léo raconte à son amant Rémi une métaphore de leur couple : celle d’un canard jaune (Rémi), plus beau que les autres, qui tombe amoureux d’un lézard (lui, en l’occurrence), et ensemble ils font du trempoline pour sauter jusqu’aux étoiles. Rémi finit par se suicider parce que Léo n’assume pas leur « couple ».

 

C’est la symphonie des adieux : « Dorita se donna à lui [Silvano] pour la première fois la nuit des adieux, dans la salle de classe, sur le bureau de Silvano, tandis que la pluie fouettait les carreaux. Dorita était vierge. L’expérience fut douloureuse pour tous les deux. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 12) ; « Tu sais très bien que c’est pas possible. » (François parlant de sa relation avec Thomas, dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy) ; « Après avoir subi une greffe cardiaque qui lui a sauvé la vie, Simon apprend que le donneur est en fait son compagnon François décédé dans un accident de voiture. […] Ils se sont mutuellement sauvés la vie et bien que séparés, ils vont finir leurs jours ensemble. » (cf. le résumé du film « La Dérade » (2011) de Pascal Latil, sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris du 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris) ; « Jioseppe Campi peignait beaucoup de portraits pour des couples qui allaient se séparer. Je veux dire que, dans plus de la moitié des cas, les peintures étaient exécutées avant que le mari parte avant la guerre ou se rende dans une autre ville pour le commerce. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 82) ; « C’était une nuit d’hiver. C’était nous deux et le temps des adieux. » (le chanteur Stéphane Corbin, lors de son concert Les Murmures du temps (2011) au Théâtre de L’Île Saint-Louis Paul Rey, à Paris) ; « Je ne sais quand nous serons ensemble. » (Gabrielle s’adressant à son amante Émilie, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 16) ; « Que nous arrive-t-il ? Je sais à peine qui vous êtes, vous ne savez rien de moi. » (idem, p. 17) ; « Je te laisse parce que je t’aime. » (cf. la chanson « Comme j’ai mal » de Mylène Farmer) ; « Je t’aime… mais c’est trop tard. » (Léa s’adressant à Chéri dans le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears) ; etc.

 

Les personnages homosexuels fictionnels ne semblent aimer de l’Amour que son impossibilité : « Il avait réalisé combien il aimait Malcolm, une fois ce dernier parti. » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 34) ; « Je ne me remettrai jamais de l’amour que je n’ai jamais vécu. » (le juge Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 64) ; « On s’aime jamais vraiment que lorsque tout se perd et se termine. » (idem, p. 157) ; « Malgré les bonheurs que Marie me donnait tous les jours, ce bel amour simple ne me suffisait déjà plus. Cette inclination que j’ai pour la conquête est sans doute le pire. Je me sens toujours amoureuse du plus difficile, de l’impossible même, et donc condamnée à n’être jamais comblée. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 204-205) ; « Pourquoi nous sommes-nous rencontrées si tard ? Nous avons tant d’années à rattraper… perdu cinquante ans à ne pas nous connaître… » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 27) ; « Mais mon amour, ça ne peut pas être la fin de notre histoire. Elle n’a même pas encore commencé. » (Marie suppliant son amante Aysla, dans le téléfilm « Ich Will Dich », « Deux femmes amoureuses » (2014) de Rainer Kaufmann) ; etc.

 

D’ailleurs, certains auteurs homosexuels adorent scénariser/sublimer les inachèvements rageants, les amours empêchées par les circonstances, la fortune, ou « l’homophobie » : « Des milliers de mots doux sur des pare-brises envolés. » (cf. la chanson « Des Milliers de baisers » de Céline Dion) ; « La lettre est restée de longs jours dans l’entrée avant d’être envoyée. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 62) ; « Comme pour la première, je ne sais pas si je t’enverrai cette lettre, je ne sais pas si tu la liras… si tu riras… ou si tu pleureras. » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 313) ; etc.

 

Dans les fictions homo-érotiques, les héros – notamment copiens – se mettent souvent dans la peau de l’actrice Drama Queen qui feint de partir avec fracas mais qui ne part jamais (pour se faire désirer et prier), qui fait d’interminables adieux, qui meurt à répétition (de la mort lente du désir de fusion) : « Je voudrais mourir sur scène, sous les projecteurs. » (cf. la chanson « Mourir sur scène » de Dalida) ; « Un jour je dirai bye-bye à tout ce show-business. […] Laissez-moi, laissez-moi partir, laissez-moi, laissez-moi mourir avant de vieillir. » (cf. la chanson « Adieux d’une sex-symbol » de Stella Spotlight dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; « Je m’éloigne de vous. Je suis loin de tout. » (cf. la chanson « Agnus Dei » de Mylène Farmer) ; « J’ai fait mes adieux à la ville. Pourtant, j’ai eu du mal à la quitter. » (l’un des protagonistes de la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou) ; « Tout le monde s’étais mis sur son trente et un pour cette soirée d’adieu. Les couleurs exaltant le bronzage étaient de sortie, environnées de parfums légers ou capiteux, boisés ou fruités. Mais Amande était à coup sûr la plus belle, une fois encore. […] Avec son turban cerise sur la tête, son débardeur assorti, sa minijupe noire et ses espadrilles à talon compensé, elle était ravageuse, et elle le savait. Une véritable reine. Mais ce qu’elle ignorait, c’est qu’elle venait en réalité de faire une toilette de condamnée à mort. » (Christophe Bigot, L’Hystéricon (2010), pp. 418-419) ; « Restons ici, ma Fifi ! Moi je vais mourir aussi ! C’est mon dernier printemps ! » (Mimi à son acolyte travesti Fifi, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Miloud, ouvre-moi la porte, cette fois-ci je m’en vais pour de vrai et pour toujours ! » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Adieu, Jolie, mon train va partir. » (Silvano, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, p. 23) ; « Nous n’allons pas sortir. Nous ne sortirons jamais d’ici. Jamais ! Jamais ! Jamais ! » (Goliatha s’adressant à « L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Je suis la septième à se suicider ce soir ? […] Quelle concurrence dans le métier ! Goliatha, venez dire adieu à la petite patronne ! Je rentre dans le frigo ! » (« L. », idem) ; « Assez de frigidaires pour aujourd’hui ! Je change d’éditeur ! » (« L. » à son éditeur par téléphone, idem) ; « Adieu, maître ! Je quitte l’Assistance, je rentre au foyer pour m’occuper de mon mari et faire beaucoup d’enfants. […] Adieu, monsieur Hubert. […] Adieu monsieur le journaliste. » (l’infirmière de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Au lieu de vous quitter, je préfère mettre fin à mes jours en votre présence. » (la cantatrice Regina Morti, idem) ; « Elle [Daphnée] est toujours en train de partir et elle ne part jamais. » (Jean, l’un des héros homosexuels de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Écoute, Evita, donne-moi le numéro du coffre-fort. Ou bien laisse-moi partir. Laisse-moi partir ? Tu n’as pas besoin de moi ! » (la mère parlant à sa fille dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Je ne suis pas mourante. J’ai la peau dure, je tiendrai encore le coup longtemps. » (Evita mourante d’un cancer généralisé, idem) ; etc.

 
 

Journaliste – « Au revoir, monsieur.

Hubert – C’est la deuxième fois que vous annoncez votre départ.

Journaliste – Excusez-moi, monsieur. »

(Copi, Une Visite inopportune, op. cit.)

 
 

Ces faux départs donnent l’illusion d’Amour ou de beauté. « Bizarrement, plus je me dis que je n’ai pas le droit de t’aimer, que c’est un amour impossible, et plus je sais que c’est vrai, plus tu deviens désirable ! Pourquoi sommes-nous aussi compliqués ? » (Bryan s’adressant à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 211) ; « Après un moment, il se rhabille, je l’imite. Je lui demande son prénom, il répond ‘H.’ et j’ajoute ‘Tu vois, ce qui est important, c’est de vivre chaque instant. Peu importe quoi, peu importe avec qui.’ Puis il dit ‘Adieu’ et il s’en va sans se retourner. Je hurle le plus fort possible ‘Connard, gros connard, sale pédé de merde, va crever. » (Mike, le narrateur homo, en parlant d’un amant clandestin qu’il rencontre à la gare du Nord, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 61) ; etc. Mais concrètement, la mort, les limites des relations humaines, ou les vraies ruptures de la vie, sont des réalités peu affrontées.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Nager comme un oiseau dans l’eau !

Ce n’est pas un hasard que la chanson « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » fasse tacitement partie du répertoire caché du chansonnier LGBT, ni que la très bisexuelle Juliette Gréco lui ait prêté sa voix, ni qu’elle fut l’objet d’une reprise de l’humoriste lesbienne Muriel Robin au concert des Enfoirés en 2002.

 

Photo Le Festin des Barbares de Rancinan

Photo Le Festin des Barbares de Rancinan


 

Parfois, certaines personnes homosexuelles ont parlé de ce duo amoureux improbable entre un animal volatile et un poisson pour illustrer leurs amours ou leurs penchants homo-érotiques (et je souligne au passage que les canards sont désignés comme des animaux hermaphrodites) : « Fantôme figuratif : oiseau, poisson des îles » (cf. la légende d’un dessin de Roland Barthes fait le 24 juin 1971, illustrant son essai Roland Barthes par Roland Barthes (1975), p. 84) ; « Je pense que les homosexuels éprouvent, peut-être inconsciemment, un tel poids d’opprobre sur leur être, au simple énoncé de ce mot, alors qu’il ne devrait s’agir que d’une lucidité sur leur vie, que la notion de péché est brouillée pour eux comme la surface d’une mare frôlée par les ailes d’un martin-pêcheur. » (Henry Creyx, Propos décousus, propos à coudre et propos à découdre d’un chrétien homosexuel (2005), p. 69) ; etc.

 

Par exemple, le film d’animation pro-gay « Le Baiser de la Lune » (2010) de Sébastien Watel (qui a fait couler beaucoup d’encre parce qu’il était programmé dans certains établissements scolaires français du primaire) raconte une histoire d’amour homosexuel entre Félix (un poisson-chat) et Léon (un poisson-lune).

 

Film "Le Baiser de la Lune" de Sébastien Chatel

Film « Le Baiser de la Lune » de Sébastien Watel


 
 

c) Nous ne sommes pas du même monde… : la sacralisation homosexuelle des adieux et de l’amour impossible

L’amour difficile entre deux animaux que la Nature sépare est à l’image de la complexité et du manque d’incarnation des couples homosexuels.

 

Par exemple, dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton, Pierre Bergé décrit la non-rencontre qu’a été le « couple » qu’il a formé avec Yves Saint-Laurent : « Entre Yves et moi, les rôles ont toujours été bien définis, dans tous les domaines, y compris sexuel. Personne n’est rentré dans le domaine de l’autre. » L’imperméabilité quasi totale.

 

C’est la raison pour laquelle énormément de personnes homosexuelles chantent tout bas la beauté éphémère – mais, à leurs yeux, paradoxalement « éternelle » ! – de la mort, du plaisir, et des adieux. « Tout comme n’importe quel artiste, ils ne veulent pas quitter leur public et, de jour en jour, reculent leurs ‘adieux’. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 39) ; « Je me fais l’effet d’être ‘die alte Marschallin. » (Klaus Mann en référence à l’opéra de Strauss, dans son Journal, 1937-1949) ; « L’amour fantasmé vaut mieux que l’amour vécu. » (Andy Warhol)

 

Film "My Own Private Idaho" de Gus Van Sant

Film « My Own Private Idaho » de Gus Van Sant


 

Elles semblent préférer de l’Amour son impossibilité à sa concrétisation. Par exemple, lors de son entretien « Choix sexuel, acte sexuel » avec J. O’Higgins en 1982, Michel Foucault modifie la formule de Casanova « Le meilleur moment, dans l’amour, c’est quand on monte l’escalier », en disant que pour un sujet homosexuel, ce serait plutôt : « Le meilleur moment, dans l’amour, c’est quand l’amant s’éloigne dans le taxi. » Dans son essai Queer Critics (2002), François Cusset croque fort justement « ce goût d’impossible qui ravit les critiques queer » (p. 110).

 

Cette désincarnation de l’amour homosexuel (qui provient de la désertion du socle du Réel et du corps humain qu’est la différence des sexes), on l’observe aussi au niveau de ce qu’on appelle, pour simplifier, les cas d’« homoparentalité » : « Ma compagne, Sandrine, a 34 ans et elle ne veut plus attendre pour avoir un enfant. Moi, je n’envisageais pas vraiment d’être mère. Je décide alors de prendre ma caméra pour suivre ce parcours, notre parcours vers un enfant désiré mais aussi, pour moi, un chemin vers une maternité particulière qui ne m’a jamais semblé ‘naturelle’. Comment allons-nous faire ? Nos proches s’interrogent et nous aussi. Nous avons choisi l’insémination artificielle à l’étranger. Nous allons donc voyager, espérer et je vais profiter de ce temps pour trouver ma place de mère, car je vais devenir mère… sans porter notre enfant. » (cf. interview de Florence Mary à propos de son documentaire « Les Carpes remontent les fleuves avec courage et persévérance », 2012) Les « parents » homosexuels, en voulant un enfant à tout prix, jouent les poissons qui cherchent en vain à se rêver oiseaux.

 
 

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Code n°176 – Vampirisme

Vampirisme

Vampirisme

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

Homosexualité et vampirisme : signes d’une même passion dévorante pour l’Amour

 
 

Il est particulièrement fréquent que les films et les romans de vampire abordent la question de l’homosexualité. C’est étrange, et pourtant très logique. Le désir homosexuel étant par nature un désir de fusion avec l’être aimé, un élan né d’une dépréciation diabolisante de soi-même – diabolisation sublimée/camouflée par l’esthétique, par des intentions agressives de retour à la pureté (n’oublions que Dracula ne s’intéresse qu’aux hommes et aux femmes vierges !), il était logique qu’il trouve dans le vampirisme une de ses plus saillantes cristallisations.

 
VAMPIRISME 2 L'autre Dracula
 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Cannibalisme », « Se prendre pour le diable », « Inceste », « Fusion », « Fantasmagorie de l’épouvante », « Adeptes des pratiques SM », « Morts-vivants », « Actrice-traîtresse », « Reine », « Femme-Araignée », « Obèses anorexiques », « Homosexualité noire et glorieuse », et à la partie « Sang » du code « Mariée », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

VAMPIRISME 3 Lesbian

Film « Lesbian Vampire Killers » de Phil Claydon


 

Dans les fictions, le vampirisme est extrêmement lié à l’homosexualité : cf. le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie (avec la grande dame déguisée en Draculette), la nouvelle Carmilla (1872) de Sheridan Le Fanu, le film « Carmilla » (1963) de J. Sheridan, le film « Carmilla » (1989) de Gabrielle Beaumont, le film « Nosferatu » (1922) de Friedrich Wilhelm Murnau, le film « Les Maîtresses de Dracula » (1960) de Terence Fisher, les films « Les Cicatrices de Dracula » (1960) et « The Vampire Lovers » (1970) de Roy Ward Baker, le vidéo-clip de la chanson « Ma Révolution » du groupe Cassandre, le film « Le Bal des vampires » (1967) de Roman Polanski, le film « Et mourir de plaisir » (1960) de Roger Vadim, le film « Dracula » (1992) de Francis Ford Coppola, le film « Persona » (1966) d’Ingmar Bergman, le film « Entretien avec un vampire » (1994) de Neil Jordan, le film « La Fille de Dracula » (1936) de Lambert Hillyer, le film « Mira Corpora » (2004) de Stéphane Marti, le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza (avec la place du sang dans le vidéo-clip de Shane), le film « La Tendresse des loups » (1973) d’Ulli Lommel, le film « Swashbuckler » (1976) de James Goldstone, le film « Les Prédateurs » (1983) de Tony Scott, le roman El Vampiro De La Colonia Roma (1981) de Luis Zapata, le film « Blacula » (1972) de William Crain, le film « Some Real Fangs » (2004) de Desiree Lim, la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi, le film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey, le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, le film « The Velvet Vampire » (1971) de Stephanie Rothman, le film « Les Lèvres rouges » (1971) d’Harry Kümel, le vidéo-clip de la chanson « Beyond My Control » de Mylène Farmer, le film « Bloody Mallory » (2001) de Julien Magnat, le roman Dracula (1897) de Bram Stoker, le film « Les Proies du vampire » (1957) de Fernando Méndez, le roman Lestat le Vampire (1988) d’Anne Rice, la pièce Los Amores criminales De Las Vampiras (1983) d’Hugo Argüelles, la pièce Confessions d’un vampire sud-africain : L’étrange histoire de Pretorius Malan (2008) de Jann Halexander (dans laquelle Prétorius tombe amoureux de Dracula), le film « Les Vampires » (1915) de Louis Feuillade, le film « Blood of Dracula » (1957) d’Herbert L. Strock, le film « La Danse macabre » (1964) d’Antonio Margheriti, le film « Les Sévices de Dracula » (1971) de John Hough, le film « Rage » (1976) de David Cronenberg, le film « Vampire Lovers » (1970) de Roy Ward Baker, le film « Lust For A Vampire » (1971) de Jimmy Sangster, le film « Comtesse Dracula » (1972) de Peter Sasdy, le film « Contes immoraux » (1973) de Walerian Borowczyk, le film « Vampyres » (1974) de Joseph Larraz, le film « Goodbye Gemini » (1970) d’Alan Gibson, le film « Une Messe pour Dracula » (1970) de Peter Sasdy, le film « Théâtre de sang » (1973) de Douglas Hickox, les films « Vampyros Lesbos » (1970) et « La Comtesse noire » (1973) de Jess Franco, le film « La Crypte du vampire » (1964) de Camillo Mastrocinque, le film « La Furie des vampires » (1972) de Leon Klimovsky, les films « La Vampire nue » (1969), « Le Viol du Vampire » (1967), « Le Frisson des vampires » (1970) de Jean Rollin, le film « Once Bitten » (1985) d’Howard Storm, le film « Leeches » (2003) de David DeCoteau, le film « Vampire… vous avez dit vampire ? » (1985) de Tom Hollan, le film « Étrange séduction » (1991) de Paul Schrader, le film « Scab » (2005) de Thomas Jason Davis, le film « Razor Blade Smile » (1998) de Jake West, le film « Bloodlust » (1995) de Jon Hewitt et Richard Wolstencroft, les séries nord-américaines Buffy contre les vampires et Torchwood, la chanson « Déclaration d’amour à un vampire » de Jann Halexander, le roman L’autre Dracula (2009) de Tony Mark, le film « Lesbian Vampire Killers » (2009) de Phil Claydon, le roman Boquitas Pintadas (Le plus beau tango du monde, 1969) de Manuel Puig, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman (avec le personnage transsexuel du Dr Frank-N-Furter), la comédie musicale Dracula (2011) de Kamel Ouali, le film « Dracula : Dead And Loving It » (« Dracula, mort et heureux de l’être », 1995) de Mel Brooks, la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks (ou Dracula apparaît en grande tapette), la comédie musicale Ball Im Berlin (Bal au Savoy, 1932) de Paul Abraham (avec Tangolita, la femme-vampire), la chanson « Tout est OK » de Bilal Hassani), l’Autobiographie transsexuelle (avec des vampires) (2022) de Lizzie Crowdagger, etc.

 

VAMPIRISME 4 série am

Série « Torchwood »


 

Quelquefois, le héros homosexuel se définit lui-même (ou définit son amant) comme un vampire, généralement par contamination, ou suite à un processus de fusion : « Prétorius, j’ai fait de vous un vampire. » (Dracula à Prétorius, dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « Quand j’étais petite, mon frère […] me gavait de sucreries. Mais ces souvenirs-là ne me sont d’aucune utilité, c’est de Chloé dont je me nourris, je suis un vampire. » (Cécile parlant de sa compagne Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 58) ; « On va mélanger le sang et la sauce ! » (Jean parlant des haricots, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi ; « Avec sa bouche d’anthropophage rouge carrosserie, ses cheveux façon perruque en nylon du Crazy Horse, elle aurait pu jouer dans une parodie porno de films de vampires. […] » (Jason, le héros homosexuel décrivant la vénéneuse Varia Andreïevskaïa, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 56) ; « La semaine suivante, Varia est arrivée en cours avant le professeur Gritchov, et accompagnée d’une camarade que je n’avais jamais vue. C’était une brune très maquillée, habillée tout en similicuir. Elle avait l’air encore plus diabolique que Varia. […] Je les aurais tuées. » (idem, p. 58) ; « La nuit, Varia revenait me hanter. Je la voyais marcher vers moi, depuis l’extrémité d’un couloir interminable, percé de portes plus noires que des trappes, perchée sur ses talons qui perforaient le carrelage. Elle avançait, un fouet à la main, toute de blanc vêtue, la chevelure souple et ondoyante, les lèvres rouges et serrées. À quelques pas de moi, elle ouvrait sa bouche pour me sourire. Je découvrais alors des canines de vampire, maculées de sang. » (idem, p. 59) ; « Je voyais son cou à quelques centimètres de mon visage, car elle avait relevé ses cheveux. Au-dessus de son chemisier en satin noir, il était d’une blancheur vraiment immaculée. J’ai eu envie d’y planter les crocs. » (idem, p. 63) ; « Oh putain, cette fille-là, elle marche pieds nus dans la rue. Elle mord les garçons. C’est là qu’elle m’a convaincu. » (cf. la chanson « Alertez Managua » d’Indochine) ; « Si seulement c’était un vampire, il serait parfait. » (Amy en parlant de Liam, le copain de son amante Karma, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « Je ne vous crois pas. J’ai vu la façon dont vous la regardez, comme un vampire. » (Karl Becker s’adressant à Jane, l’héroïne lesbienne, à propos de la jeune Anna, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 220) ; etc.

 

VAMPIRISME 5 Cruise et Pitt

Film « Entretien avec un vampire » de Neil Jordan


 

Il arrive que les personnages homosexuels se mordent entre eux (cf. le code « Cannibalisme » de mon Dictionnaire des Code homosexuels), et cherchent à se sucer. « Je m’occupai du bout de ses seins, par petites morsures, en m’acharnant un peu pour qu’elle eût presque mal. Ils étaient devenus sensibles et rouges. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 66) ; « C’est toujours par ma bouche que s’exprime le meilleur de mon plaisir, et c’est par elle que, parfois, l’extase m’arrive. » (idem, p. 73) ; « J’ai envie de te mordre ! » (Cassie à son amante Anna dans le film « La Tristesse des Androïdes » (2012) de Jean-Sébastien Chauvin) ; « Tes dents sont belles. » (un amant de passage s’adressant à Henri dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau) ; « Je suis tellement en manque que je t’embrasserais. Mais je ne veux pas avoir du sang sur moi. » (Harold s’adressant à Emory, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Y’avait des traces de morsure sur le cadavre ? » (Franck, le héros homosexuel parlant du cadavre d’un noyé qui a été retrouvé près de l’île qui est un lieu de drague homosexuelle, dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Emma mord vraiment Adèle au lit, et celle-ci se laisse faire… ce qui étonne Emma : « Tu m’as fait peur. J’ai cru que tu allais crier. » Adèle lui répond avec malice : « Heureusement que tu t’es arrêtée. » Dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, Fabio fait un suçon à Lukas en boîte. Dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt, Jack, l’un des deux héros homosexuels, se décrit comme un « mec vampirisé » par son amant Paul. Dans le one-man-show Presque célèbre (2010) de Thomas VDB, Freddie Mercury a les « dents en avant parce qu’il suce des bites ».

 

En général, l’identification au vampire exprime chez le héros homosexuel une blessure d’amour, une errance désirante, une extériorisation excessive de soi, un (désir de) viol/mort : « Oh mon Dieu, je suis perdu ! Elvire, je suis devenu comment dire ! Un homme de nuit qui frotte les murs de Paris, pour autant dire un vampire. » (le personnage de Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je n’ai pas l’impression de jouer la comédie mais d’imiter une actrice de cinéma détestable, comment s’appelait-elle ? Elle ne jouait que dans les films de vampires. » (Vicky dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « J’ai dans la bouche le goût du sang. Je bois du sang. Je lèche mes lèvres. » (Omar parlant de son rouge à lèvres Chanel qu’il applique sur la bouche, juste après avoir assassiné son amant Khalid, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 181) ; « Tu vis par les autres. Tu vis en vampirisant les gens. » (Jack à Paul son amant, dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt) Par exemple, dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, Ruth, l’héroïne lesbienne, compare Léo, son frère homosexuel, à un « vampire ».

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Un nombre relatif de personnes homosexuelles se sent attiré par le vampirisme et les univers gothiques. « C’est avec le film de vampires que le cinéma exploite l’homosexualité féminine. » (la voix-off du documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel) Par exemple, pendant sa carrière, le chanteur bisexuel Jann Halexander se met régulièrement dans la peau d’un vampire (qu’il a baptisé Prétorius). Quant à Rostam Batmanglij, le chanteur principal du groupe Vampire Weekend, il est ouvertement gay. Le metteur en scène Nabil Massad se confie ainsi : « Je voue une fascination de longue date à l’univers des vampires, aux BD et surtout aux films qui s’y rapportent. Cela va des œuvres de la Hammer avec Christopher Lee, aux comédies de Mel Brooks, Roman Polanski ou encore Édouard Molinaro avec son Dracula, père et fils, en passant par le Dracula de Coppola ou le récent Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch. Mais au-delà de l’aspect suceurs de sang au sens propre du terme, à quoi peut bien correspondre cette communauté de morts-vivants dans un monde tel que le nôtre ? C’est un peu cet aspect-là que j’ai eu le désir d’explorer tout en restant dans la légèreté la plus absolue, voire l’absurde tel que me l’inspirent les univers de Blake Edwards et des Monthy Python, sans négliger le théâtre dit ‘de boulevard’ à la française, dans le sens le plus noble du terme et avant que ce dernier ne soit galvaudé comme il peut l’être à notre époque. De tout cela et d’un peu plus, est né Lady Dracula… dont la mise en scène se voudra loufoque et cinématographique à souhait. » (Nabil Massad, l’auteur de la pièce Lady Dracula, 2014)

 

Lors de sa conférence « Vampirisme et homosexualité » au Centre LGBT de Paris le 12 mars 2012, l’écrivain homosexuel Tony Mark, auteur entre autres de l’anthologie Baiser de sang (2005), nous a expliqué sa fascination pour les vampires : « La première fois que je me suis intéressé aux vampires, ça a été à 14 ans. […] Je crois que je suis né au siècle dernier. » Il attribue son goût pour Dracula par l’esthétisme mystique du personnage : « Ce qui m’a plu chez lui, c’est sa théâtralité, le folklore visuel ». À l’entendre, il en a fait un ténébreux Christ universel, un dieu de la « mort éternelle » : « Toutes les minorités se retrouvent dans le personnage du vampires. C’est le symbole du marginal de toutes les époques. Il est toujours un contre-pouvoir. » Il associe volontiers homosexualité et vampirisme : « La sexualité est inhérente aux vampires. » (Tony Mark)

 

Certaines personnes homosexuelles s’identifient esthétiquement aux méchantes de dessins animés (cf. la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet). « J’ai défoncé mon placard, et maintenant je vais te détruire. » (par rapport au « mâle dominant ») (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla). Visuellement, il existe une proximité entre les personnes homosexuelles et le vampire, car le personnage de Dracula adopte en général un look androgyne (cf. les tenues de scène de Samuel Ganes ; Vampirella ou Cruella font l’unanimité quand il s’agit pour la population interlope de se déguiser à l’occasion d’un bal masqué ou d’Halloween). Je vous renvoie particulièrement aux codes « Actrice-traîtresse » et « Reine » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
VAMPIRISME 1 Ouali
 

Il arrive que les personnes homosexuelles se mordent entre elles (cf. le code « Cannibalisme » de mon Dictionnaire des Code homosexuels), et cherchent à se sucer. Dans certains pays comme le Canada ou l’Espagne, le verbe « manger » signifie « baiser » dans le jargon homosexuel. Et dans le discours des personnes homosexuelles (et parfois dans leurs pratiques génitales), la succion occupe une place non négligeable (suçons, fellation, tendresse et gestes absorbants…).

 

VAMPIRISME 6 Amitiés particulières

Film « Les Amitiés particulières » de Jean Delannoy


 

Horace – « Je suis devenu vampire, dit-il en suçant le sang.

Luisito – Vampirella, tu veux dire, protesta Luisito en arrangeant le bandage qui entourait sa tête. »

(Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 215)

 

Même si les vampires, bien évidemment, n’existent pas dans la réalité concrète, ces derniers peuvent tout à fait renvoyer à une réalité désirante bien présente dans l’inconscient collectif homosexuel : « Il y a du vampirisme dans la manœuvre comme dans n’importe quelle manifestation du désir. » (Christian Giudicelli, Parloir (2002), p. 100)

 

VAMPIRISME 7 Thomas Jason Davis

Film « Scab » de Thomas Jason Davis


 

Dans le mythe du vampire, on décèle des traits particulièrement marqués du désir homosexuel : le fantasme de la pureté souillée, le souhait de se prendre pour un ange asexué, de fusionner avec l’être aimé, d’être absorbé et violer par lui, la croyance d’être le diable (d’ailleurs, « Dracula » signifie « diable »), la captation du désir par une idole, l’impression d’être un maudit d’Amour. « Vous avez réussi à absorber ma vie entière. » (Oscar Wilde à son amant Lord Douglas, dans sa lettre De Profundis, écrite en 1897)

 
 

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Code n°177 – Vent

vent

Vent

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

LES HÉROS HOMOS SE PRENNENT UN (POUR LE) VENT

 

Film "Vent d'ouest" de Tim Stattel

Film « Vent d’ouest » de Tim Staffel


 

Les personnages homosexuels fictionnels ont tendance à se prendre pour le vent. Ils le personnifient, lui attribuent des sentiments humains, en général désincarnés et mélancoliques. Le vent incarne leur désir de disparaître, de devenir des anges transparents et immatériels, de mourir esthétiquement (façon « bobo » : bourgeois-bohème), d’être des purs esprits. Il est également la représentation de leur désir amoureux homosexuel, de l’amant (littéralement, ils désirent « se prendre un vent » !), d’un élan aérien au départ magique, et qui, comme il est désincarné et inhumain, comme il rejette la différence des sexes, devient incontrôlable et violent.

 

Comme le dit un proverbe marin, « En voile, tous les vents sont bons quand on connaît la direction ». En revanche, étant donné que le désir homosexuel est un élan qui n’a majoritairement pour but que la jouissance sexuelle de soi avec un autre soi-même, et qu’il ne veut pas s’imposer de direction, il finit par devenir, selon les dires des héros homosexuels, et parfois même des personnes homosexuelles, une rafale méchante ou un pet de lapin plutôt qu’une brise légère et vivifiante.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Télévore et Cinévore », « Bovarysme », « Planeur », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Conteur homo », « « Plus que naturel » », « Eau », « Bobo », « Train », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Ombre », « Musique comme instrument de torture », à la partie « Paravent » du code « Maquillage » et à la partie « Schizophrénie » du code « Doubles schizophréniques », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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FICTION

 

 

a) Le vent amoureux du désir homosexuel :

Film "L'Homme de sa vie" de Zabou Breitman

Film « L’Homme de sa vie » de Zabou Breitman


 

Il est souvent question du vent dans les œuvres de fiction traitant d’homosexualité : cf. les chansons « Rêver » et « Libertine » de Mylène Farmer, le film « Il Vento, Di Sera » (2004) d’Adriano Adriatico, le tableau Alexandre (2006) d’Orion Delain, la chanson « Candle In The Wind » d’Elton John, la chanson « When The Wind Blows » de David Bowie, la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le poème « Le Fil Pensée » (2008) d’Aude Legrand-Berriot, le one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011) de Charlène Duval (avec Patrick Laviosa jouant au piano « Autant en emporte le vent »), le film « Gone With The Wind » (« Autant en emporte le vent », 1939) de Victor Flemming, le film « Maurice » (1987) de James Ivory (qui commence par une scène de cerfs-volants), le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau, le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer), le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou (avec le vent dans les arbres, régulièrement filmé), le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz (avec les images d’éoliennes dès le début), le film « Vent chaud » (2020) de Daniel Nolasco, la chanson « Aire Soy » de Miguel Bosé et Ximena Sariñana, la chanson « Veux-tu danser ? » de Michel Rivard, etc.

 

Par exemple, dans le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino, Hugo le héros homosexuel travaille son adaptation théâtrale des Hauts du Hurlevent. Dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, Émilie compare la propriété terrienne de son amante Gabrielle (Bois-Rouge) à « Tara, la propriété de Scarlett O’Hara, dans Autant en emporte le vent » (p. 50). Dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le héros homosexuel fait du cerf-volant avec l’un de ses amants. Dans le téléfilm « Ich Will Dich » (« Deux femmes amoureuses », 2014) de Rainer Kaufmann, Dom, le mari d’Aysla (l’héroïne lesbienne), construit des éoliennes. Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Vincent et Jean, deux co-équipiers homosexuels de water-polo, font un play-back sur la chanson « Sous le vent » de Garou et Céline Dion. Ça arrive à plusieurs reprises dans le film « Close » (2022) de Lukas Dhont que les deux amants homos, Léo et Rémi, imitent en expirant le souffle du vent, pour se prendre pour le vent en personne.

 

« Moi, j’aime les choses avec de l’air. » (l’un des héros homosexuels du film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio) ; « Il nous faut du vent. » (cf. la chanson « Il nous faut » de Tom Dice et Elisa Tovati) ; « J’aime les fleurs et le vent dans les branches. » (Aldebert dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; « C’est un moment fort où se réveille l’eau qui dort, un moment clair où je me confonds à ta chair. C’est le vent qui court sous la peau. Et c’est t’apprendre avec les doigts qui me rend tout chose. » (cf. la chanson « Les Voyages immobiles » d’Étienne Daho) ; « Hmmm… Sacré courant d’air aujourd’hui. » (Arnaud, le héros homo, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Ce que tu fais, c’est du vent ! Tu es l’armée de l’air à toi tout seul ! » (Cecilia la couturière cassant Dallas, son assistant homosexuel, dans l’épisode 98 « Haute Couture » de la série Joséphine ange gardien) ; etc.

 

Il arrive même que le héros homosexuel se prenne pour le vent : cf. le film « Los Hijos Del Viento » (1995) de Fernando Merinero, le film « Quatre garçons dans le vent » (1964) de Richard Lester, etc. « Moi je suis comme le vent. » (cf. la chanson « L’Alizé » d’Alizée) ; « J’suis un enfant de la pollution. Le nez au vent, je respire vent. » (Ziggy, le héros homosexuel de l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; « Être soi, marcher dans le vent. » (c.f. la chanson « Désobéissance » de Mylène Farmer) ; « Il avait viré comme le vent. » (c.f. la chanson « L’Oubli » de Michel Rivard) ; etc. Il est un courant d’air, une victime de la mode. Il s’identifie à ses pulsions, marche au gré de ses fantasmes. Par exemple, dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, accorde une importance désirante, fantasmatique et identitaire très forte au vent (« Soy un amante de la libertad. Soy libre como el viento. » entend-on à un moment donné), au souffle des femmes (« La plus grande différence des femmes, c’est leur souffle. Il varie tout le temps. »). Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca rentre dans la peau d’une actrice vieillissante qui fait des publicités, Marie-Astrid : « Dans ‘Autant en emporte le vent’, en 1939, c’est moi qui faisais le vent. »

 

C’est parce qu’il se prend pour le fils du vent. Par exemple, dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon surnomme son propre père « Vooouin » tellement il est un homme qui passe vite, qui est absent ou qui se comporte comme un courant d’air.
 

L’image-mouvement cinématographique ou littéraire, symbolisée par le vent, suscitant souvent le désir homosexuel ou bisexuel chez le personnage homosexuel. « ‘Il a peur du vent, c’est certain’, et Quintus m’observait en train de feuilleter son livre. » (Garnet Montrose dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 148) ; « Il faut tourner les pages, ok, mais y’a du vent. » (cf. la chanson « Chapitre-toi » de Mélissa Mars) ; « Nous sommes loin de sa belle démarche immobile. Orphée et son guide se traînent, tour à tour empêchés et emportés par un grand souffle inexplicable. » (la voix-off de Jean Cocteau décrivant la descente en enfer d’Orphée et d’Heurtebise collés contre un mur, dans le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau) ; « Jolie, crinière au vent, ses dessous dépassant de l’ouverture du fourreau pailleté, boitant sur une seule chaussure, traînant d’une main le renard, de l’autre son sac, le [Silvano] suivit sans rien dire. […] Son maquillage dégoulinait. Jolie de Parma, celle qui l’avait tant ému au cinéma ! réalisa-t-il tout d’un coup. Hier encore, vous étiez mon idole, mon idéal de femme. » (Silvano dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, pp. 22-23) Par exemple, dans le film « L’Ange bleu » (1930) de Josef Von Sternberg, le professeur Emmanuel Rath souffle sur la carte postale de Lola Lola (Marlene Dietrich) pour lui insuffler la vie de ses fantasmes (et soulever sa robe !).

 

Quelquefois, le vent est personnifié et sentimentalisé par le héros homosexuel, qui se rend totalement esclave de lui : cf. le premier recueil de poésies Perfil Del Aire (1927) de Luis Cernuda, la chanson « Laisse le vent emporter tout » de Mylène Farmer, etc. « C’est un vent étrange que je n’ai jamais senti dans aucun autre endroit. C’est un vent léger et qui m’aime. » (Marta dans le film « Hammam » (1996) de Ferzan Ozpetek) ; « La nuit dernière, j’ai rêvé que je volais au-dessus de Hendon [États-Unis]. Le vent m’entourait de tous les côtés, mes poumons en étaient remplis. Hendon s’étalait sous moi. » (Ronit, l’héroïne lesbienne, se prenant pour un oiseau, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 301) ; « Malcolm se leva et fit signe à Adrien de le suivre. Il le conduisit dans une petite pièce adjacente. Il alluma la lumière et tendit le bras : ‘Regarde, c’est beau non ? Tu vois, ça c’est celui je préfère !’ Adrien s’approcha. Un enfant dont le visage n’était pas vraiment celui d’un enfant, plutôt celui d’une créature sortie d’un monde fantastique, mi-homme mi-volatile, chevauchait une bicyclette aux roues enflammées. La chevelure abondante, prise au vent, ressemblait à un plumage d’oiseau. Le plumage d’oiseau qui vole à contresens. Le rouge et l’orange dominaient. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 30) ; « Dehors, par la porte-fenêtre encore ouverte, c’est toujours l’été, toujours le soleil, à peine un léger souffle qui fait se soulever un rideau, une chaleur, une douceur sur tout. » (Vincent, le héros homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 22) ; etc.

 

Roman Sur mes quais d'Anne Loyer et Ingrid Chabbert

Roman Sur les quais d’Anne Loyer et Ingrid Chabbert


 

Le vent symbolise tout bêtement le désir homosexuel : « Il est difficile de traduire avec des mots d’adulte ce que j’ai ressenti : un souffle d’air pur, de vent… » (Suzanne décrivant son premier émoi lesbien, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 22) ; « Je la vis en bas des marches – avec elle, un courant d’air chaud s’engouffra dans la cage d’escalier. » (Laura parlant de son amie Sylvia, dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 160) ; « J’ai eu envie de me branler. Je me suis mis sur le dos, j’ai gardé les yeux entrouverts […]. Je voyais se découper sur le ciel des visages, des corps habités, des sexes multiformes et des culs sculptés. Le vent mélangeait tout ensemble et remuait les feuilles froissées derrière moi. » (Claudio, l’un des héros homosexuels du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 103) ; « … De nouveau mon cœur frémit sous Eros, comme les chênes des monts sous l’assaut du vent. » (la poétesse lesbienne Sappho) ; « Au bord du flot il s’arrêta, la tête basse, traçant de la pointe du pied des figures sur le sable humide ; puis il entra dans la flaque marine qui à son endroit le plus profond ne lui montait pas au genou ; il la traversa et avançant nonchalamment il atteignit le banc de sable. Là il s’arrêta un instant, le visage tourné vers le large ; puis se mit à parcourir lentement la longue et étroite langue de sable que la mer découvrait. Séparé de la terre ferme par une étendue d’eau, séparé de ses compagnons par un caprice de fierté, il allait, vision sans attaches et parfaitement à part du reste, les cheveux au vent, là-bas, dans la mer et le vent, dressé sur l’infini brumeux. » (le narrateur homosexuel décrivant le jeune et beau Tadzio, dans le roman La Mort à Venise (1912) de Thomas Mann, p. 107) ; etc. Par exemple, dans son roman Les Oiseaux (414 av. J.-C.), Aristophane fait naître Éros bisexué d’un « œuf sans germe », fruit du vent, pondu par « la nuit aux ailes noires, avant toute chose ».

 
 

 

b) Un vent pas comme les autres :

En général, le vent dépeint dans les fictions homo-érotiques n’est pas doux du tout. Il a la violence de la rafale ou du souffle inconsistant. À l’instar des passions, il domine le héros homosexuel et lui fait oublier son identité : cf. le film « Accroche-toi, y’a du vent ! » (1962) de Bernard Roland, etc. « Le vent est parfois si méchant. » (Suki, l’héroïne lesbienne parlant de son billet envolé et qui lui a fait perdre son train, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Comme une vague se retire pour mieux revenir, mes sentiments refirent surface avec une force inouïe, décuplée et incontrôlable. J’étais comme le capitaine d’un navire perdu en pleine tempête, sans savoir quoi faire. Parfois persuadé qu’il valait mieux faire demi-tour, parfois convaincu de mon insubmersibilité et qu’il fallait au contraire aller de l’avant. Mais peu importe puisque la barre ne répondait plus et que j’allais au hasard, porté par les vents, par cette force invisible qui s’appelle l’amour et qui n’obéit à aucune règle, à aucune loi ni à aucune logique. » (Bryan, le héros homosexuel du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 36) ; « Le vent se chargera de disperser nos paroles de même qu’on efface des mots sur une page. » (Brittomart s’adressant à Fabien, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 72) ; « Je veux bien que tu sois libre mais, Lou, tu n’es pas un tigre dans le vent de l’aventure ni dans le sens du destin ! » (Solitaire à sa fille Lou dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Mon cœur est confortable, bien au chaud, et je laisse passer le vent. Mes envies s’éteignent, je leur tourne le dos, et je m’endors doucement. Sans chaos ni sentiment. » (cf. la chanson « Si maman si » de France Gall) ; « Vous vous étiez compromis entre vous, pédés et gouines, à ventiler vos problèmes sans venir nous emmerder ! » (Ahmed dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Quel vent bizarre ! J’avais jamais vu de vent si noir ! » (Venceslao dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1999) de Copi) ; « Effaçons-nous, car le vent commence à souffler. » (cf. dernière réplique de Raulito à son amant Cachafaz, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « C’est le début du printemps, les frimas d’avril, elle laisse derrière elle les arbres que le vent fait frissonner, une jeunesse pauvre et digne, des illusions peut-être et elle pénètre dans la chaleur artificielle d’une ancienne demeure bourgeoise reconvertie en maison close. Elle vient vendre son corps puisque c’est tout ce qu’il lui reste. » (Vincent, le héros homosexuel décrivant la mère d’Arthur, son amant, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 203) ; « L’air est si salé qu’il ronge le béton et le fer. » (Donato s’adressant à son amant Konrad, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; « Les fenêtres de l’immeuble abandonné n’avaient pour la plupart plus de vitre. La lumière brilla une nouvelle fois, faible et vacillante ; cela pouvait-il être le vent qui s’engouffrait par une fenêtre sans carreau, et qui faisait trembler une flamme ? » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, pp. 56-57) ; « La lourde porte en bois s’ouvrit en grinçant, laissant s’engouffrer une rafale de vent et de feuilles mortes dans l’allée centrale. » (idem, p. 125) ; etc.

 

Par exemple, dans son one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, travesti M to F, habite un village « où il y a un vent à décorner tous les cocus ». Dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès, il est question d’« un vent venu de nulle part ». Dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Giraudie, on entend toujours le vent, et pas du tout de musique : il est annonciateur de la mort de presque tous les protagonistes. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, l’un des héros homosexuels, Négoce, fait mention du « plus redouté des vents du Nord » ; et en effet, sur scène, le vent ouvrant et fermant violemment les quatre fenêtres de la maison bourgeoise homo-hétéro décoiffe tous les personnages homosexuels et les conduit à la mort.

 

Film "L'Inconnu du lac" d'Alain Guiraudie

Film « L’Inconnu du lac » d’Alain Guiraudie


 

Le vent rend objet, amnésique, transforme certains personnages en électrons libres : « Je sais à peine comment je m’appelle : Polvareda. Peut-être qu’un vent m’a poussé de quelque part. Je n’ai ni foi ni patrie. Je suis une menteuse, ça oui, et je sais seulement que je mens. » (cf. le poème « Polvareda » de Copi, publié dans l’ouvrage La Pyramide ! / Loretta Strong (1999), pp. 99)

 

Le héros homosexuel essaie de freiner la course du vent/désir (cf. je vous renvoie à la grande place qu’occupent les paravents dans les œuvres homosexuelles : cf. le code « Maquillage » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « C’est là où vous me direz : laisser tomber les chiens, asseyez-vous sur une dune, allumez une cigarette en faisant paravent contre le vent avec vos mains en cornet et pensez à quelque chose d’autre. Je vous soupçonne d’avoir eu un chien dans votre jeunesse, ça c’est une idée typique d’un maître de chien, Maître. Connard. » (la voix narrative du roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 13) Par exemple, dans sa chanson « À force de retarder le vent », le chanteur Jann Halexander parle d’un « vent retardataire ». Dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, s’y trouve dépeint un personnage homosexuel nommé « Fauche-le-vent ».

 

Chez l’artiste bobo homosexuel, le vent occupe une place très importante. Ce dernier esthétise sa déprime amoureuse au point de la rendre (au moins à ses yeux) belle/beau. Quoi de plus bisexuel que le vent ! Quoi de plus sanctifiant et rassurant que l’identification narcissique à l’Esprit-Saint ! Mais c’est un désir de feuille morte… « Je vais comme les gens de rien vers le destin. […] une brindille dans le vent, une goutte d’eau dans l’océan. » (cf. la chanson « Boulevard des Rêves » (2011) de Stéphane Corbin) ; « Il fixa des yeux une tache sur son bouvard. […] C’était une tache d’une forme bizarre qui fait songer à l’ombre d’une main sans pouce. […] Cela ressemblait à une main de voleur, mais de voleur qui eût volé autre chose que de l’or. ‘Un voleur de vent’, murmura Fabien. Et plus haut il répéta : ‘Voleur de vent, voleur de vent. » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 29)

 
 

 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

 

a) Le vent amoureux du désir homosexuel :

Ce n’est pas un hasard si une grande partie de l’équipe du film « Gone With The Wind » (« Autant en emporte le vent », 1939) de Victor Flemming (et notamment le décorateur George Cukor), était homosexuel. Dans l’imaginaire collectif, les personnes homosexuelles sont même parfois prises pour des vents, des courants d’air, des victimes de la mode : cf. l’émission de télé Queer : Cinq experts dans le vent (2004) sur la chaîne TF1.

 

5 experts

 

On observe une attraction particulière, esthético-érotique, des personnes homosexuelles pour le vent. Beaucoup d’œuvres homosexuelles utilisent l’air du ventilateur pour angéliser et diviniser leur modèle : cf. le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi (avec la chanteuse transsexuelle M to F au chant de velours, avec les cheveux battus par le vent artificiel d’un ventilo), les vidéo-clips « Don’t Tell Me » et « Frozen » de Madonna, le vidéo-clip de la chanson « 2 Become 1 » des Spice Girls, les vidéo-clips « XXL », « Dégénération » et « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer, l’affiche du concert Mylenium Tour (1999) de Mylène Farmer sur son échelle, la pochette de l’album « Post » de Björk, la charge esthétique du vent dans les mangas japonais, Shadoh interprétant « Rodéo » dans l’émission The Voice 2 (2013) sur la chaîne TF1, etc.

 

Photo de Mylène Farmer par André Rau

Photo de Mylène Farmer par André Rau


 

Cette attraction homosexuelle pour le vent s’accompagne régulièrement d’une fascination artistique pour les ralentis, qui donnent un effet aérien et du pathos à certaines scènes filmiques/réelles (souvent comiques au départ… et mélancoliques à la fin) : cf. le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, le vidéo-clip de la chanson « Kelly Watch The Stars » du groupe Air, la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès, le vidéo-clip « Stranger In Moscow » de Michael Jackson, etc.

 

Par exemple, le peintre britannique Francis Bacon est fasciné par les successions de photos sérigraphiques en noir et blanc d’Eadweard Muybridge (cf. le documentaire « Francis Bacon » (1985) de David Hinton). Dans son autobiographie Impotens Deus (2006), Michel Bellin dit son attrait pour la sensualité du « ralenti cinématographique » (p. 63).

 

Le vent symbolise tout bêtement le désir homosexuel. Pour prouver que l’homosexualité est un élan aussi naturel que le vent, beaucoup de réalisateurs aiment filmer le vent dans les arbres : cf. le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitmann, le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, etc.

 
 

b) Un vent pas comme les autres :

En général, le vent dépeint par les personnes homosexuelles n’est pas doux du tout. Il a la violence de la rafale ou du souffle inconsistant. À l’instar des passions, il les domine et leur fait oublier leur identité : « Je voulais dire beaucoup de choses. Des histoires secrètes. Des mots d’été chauds. Mes impressions, ce que ce petit chef m’inspirait, les torrents qu’il était en train de provoquer en moi. Le feu. Le sang. La glace. Le vent. Je voulais surtout qu’il sache que malgré tout ce qu’on disait sur moi à Hay Salam, ‘la petite fille’, ‘la poupée’, malgré tous les surnoms de trahison j’étais encore vierge. Vierge vierge. Vierge des fesses. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 20-21) ; « Elle est venue, la star blonde de l’époque, bien des années plus tard, à Paris. Je traversais avec elle l’esplanade du Trocadéro, un jour d’orage. J’ai senti que je ne marchais plus dans la réalité, que nos corps étaient aplatis sur un écran blanc. Que le vent l’arrachait au sol et la faisait virevolter en l’air. J’ai bien regardé son visage. Vous vous ressemblez comme deux gouttes d’eau. » (Alfredo Arias s’adressant à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 170) ; « Les amourettes inquiètes d’homosexuel enténébré qui étoffent mon vieux passé personnel, malgré leurs émotions et leur poésie, n’ont laissé en moi que des traces de vent. » (Henry Creyx, Propos décousus, propos à coudre et propos à découdre d’un chrétien homosexuel, Éd. Thélès, Paris, 2005, p. 31) ; etc.

 

Vidéo-clip de la chanson "Don't Tell Me" de Madonna

Vidéo-clip de la chanson « Don’t Tell Me » de Madonna


 

Chez l’artiste bobo homosexuel, le vent occupe une place très importante. Ce dernier esthétise sa déprime amoureuse au point de la rendre (au moins à ses yeux) belle/beau. Quoi de plus bisexuel que le vent ! Quoi de plus sanctifiant et rassurant que l’identification narcissique à l’Esprit-Saint ! Mais c’est un désir de feuille morte… Par exemple, lors de son concert Les Murmures du temps au Théâtre de L’île Saint-Louis Paul Rey en février 2011, le chanteur Stéphane Corbin évoque sans cesse, avec complaisance narcissique, la fuite de son désir, de sa liberté : « J’entends le vent. » ; « Depuis ce jour d’hiver précoce, giflé par les rafales d’un vent d’est… »

 

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Code n°178 – Vierge (sous-codes : Vénus / Fée / Ève / Marie)

Vierge

Vierge

 
 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Vierge mais pas trop

 

Tableau de Pierre et Gilles

Tableau de Pierre et Gilles


 
 

Les individus homosexuels laissent une grande place à la Vierge Marie dans leur vie, aussi bien iconographiquement que réellement. Pour les bonnes raisons (ils sont attirés par sa pureté, par l’idéal de continence qu’elle les aide à vivre, par sa douceur, par son réalisme, par sa miséricorde maternelle, par sa vie toute donnée à Jésus, par sa sagesse et sa constance, parce qu’elle est la Reine du Ciel et notre mère à tous), mais aussi pour les mauvaises raisons quand ils perdent leur pureté par des actes qui désavouent leur virginité d’Enfants de Dieu. Dès que les sujets homosexuels pratiquent leur homosexualité, ils s’écartent de l’Incarnation de Jésus et de Marie, s’en moquent et La parodient. Ils se mettent à considérer la virginité comme un mythe mensonger et inaccessible (vaguement kitsch : la fée, la Vénus, la madone meringuée), cherchent à détruire la Vierge pour se mettre à sa place et se prendre pour Dieu, la représentent en putain ou en déesse inaccessible (que la véritable Vierge n’est pas : c’est vraiment la plus accessible et la plus immaculée des femmes). Ils établissent avec Marie (et finalement avec toutes les femmes réelles qu’elle représente : filles, femmes et mères) un rapport idolâtre d’adoration/mépris : ils la mettent sur un piédestal pour la vider de Réel, la tenir à distance, s’en faire une caricature et une frustration qui les pousseront plus tard à la voir comme une méchante ennemie, une araignée tentaculaire, une figure hypocrite de la bonne société puritaine, une sainte-nitouche à violer. Mais ils se plantent en beauté : la Vierge Marie, loin de nous juger, est là pour restaurer en chacun de nous notre pureté perdue, et la contaminer de sa pureté éternelle à elle. On ne peut comprendre le mystère et la grandeur de la continence que si on accueille la Vérité de l’identité royale et de la virginité de la Vierge Marie.
 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Première fois », « Reine », « Attraction pour la ‘foi’ », « Curé gay », « Blasphème », « Bergère », « Innocence », « Putain béatifiée », « Bourgeoise », « Mère possessive », « Destruction des femmes », « Super-héros », « Focalisation sur le péché », « FAP la ‘fille à pédés’ », « Matricide », « Jardins synthétiques », « Voyante extra-lucide », « Viol », « Inceste », « Grand-mère », « Actrice-Traîtresse », « Femme fellinienne géante et Pantin », « Se prendre pour Dieu », « Femme allongée », « Mariée », « Sirène », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Mère gay friendly », « Carmen », « Tante-objet ou Mère-objet », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois », « Regard féminin », à la partie « Peur de la sexualité » du code « Symboles phalliques », à la partie « Cendrillon » du code « Désert », à la partie « Peter Pan » du code « Parodies de Mômes », à la partie « Enfant voyeur » du code « Espion homo », à la partie « Contes de fée » du code « Conteur homo », et à la partie « Continence » du code « Solitude », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

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FICTION

 

a) La Vierge adorée :

La Vierge est un leitmotiv des fictions homo-érotiques. Souvent, le personnage homosexuel vénère une femme aérienne, sans tache, magnifique, immaculée : cf. la chanson « Ave Maria » d’Esméralda dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris de Luc Plamondon, la chanson « Ave Maria » de David Jean, la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim (avec Marcy, l’héroïne lesbienne ayant une dévotion hystérique à la statue de la vierge de Lourdes), la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher (avec la Vierge Marie), le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache, le roman La Sainte Vierge (1951) de Yukio Mishima, la chanson « Ave Maria » de Mylène Farmer, le roman Mauve le vierge (1988) d’Hervé Guibert, la sculpture Vierge de Tony Riga, la composition Litanies à la Vierge noire (1936) de Francis Poulenc, la chanson « Dans les rues de Londres » de Mylène Farmer (avec Virginia), le film « Immacolata et Concetta » (1979) de Salvatore Piscicelli, le film « The Virgin Larry » (2001) de Damion Dietz, le film « Dreams Of A Virgin » (1986) de Claudia Schillinger, le film « Casta Diva » (1983) d’Éric De Kuyper, le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest (avec la figure virginale d’Anne-Catherine), le film « Marie » (2007) de Pascal Lièvre, le film « Les Biches » (1967) de Claude Chabrol (avec Why, l’amante vierge), la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, la chanson « Siete Vírgenes » de Haze, le film « Le Décaméron » (1971) de Pier Paolo Pasolini, Le roman La Naissance d’une vierge (2015) de Gabriel Dia, etc.

 

Film "Le Décaméron" de Pier Paolo Pasolini

Film « Le Décaméron » de Pier Paolo Pasolini


 

L’innocence de la Vierge attire le héros homosexuel, surtout esthétiquement et émotionnellement : « Tout commence par une femme, et tout finit par une femme. » (le héros homosexuel dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé) La Vierge lui permet de s’acheter une conscience, une grandeur et une pureté. Par exemple, dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, Lucie, l’une des héroïnes lesbiennes, chante « Like A Virgin » de Madonna. Dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, Chloé, l’héroïne lesbienne, caresse une sculpture de marbre blanc d’une vierge à l’enfant dans son hôpital psychiatrique. Dans la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays, la chanson « Like A Virgin » de Madonna sert à l’un des lascars à découvrir/révéler son homosexualité. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Joey, le jeune adolescent de 15 ans, sur qui pèse une suspicion d’homosexualité, dit qu’il a vécu son premier grand amour pour une fille sur les Îles Vierges. Dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), Merteuil comme Valmont se déguisent en vierges, avec un voile sur la tête. Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Nicolas, le héros gay, chante l’Ave Maria avec sa voix de ténor. Dans le film « Glückskinder » (« Laissez faire les femmes ! », 1936) de Paul Martin, Frank, le héros homosexuel, aux côtés de son compagnon Stoddard, joue aux courses de chevaux et parie son argent sur une jument nommée Vierge Wendy : « Tout sur Vierge Wendy !! » Voyant qu’ils perdent, Stoddard se désespère : « Elle est où notre vierge ? ». Dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, Loïc et Seb, couple gay, considèrent Marie, leur meilleur amie, comme une mère porteuse de leur enfant (sans avoir couché avec elle), et plus largement, comme une vierge (…en cloque). Ils se prennent donc pour Dieu : « Marie est celle qui porte ton enfant. » dit Seb à Loïc.

 

C’est souvent la mère biologique ou cinématographique qui est virginisée, et qui maintient le héros dans le cocon chaud de l’inceste : « Qu’est-ce qui t’arrive ? T’as vu la Vierge ou quoi ? » (Cédric s’adressant en boutade à son amant Laurent en parlant de sa propre mère qu’il n’a pas vue débarquer dans la chambre, dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure) ; « Notre mère chantait l’Ave Maria. » (Jeanne dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « Les fées le protègent. » (la Belle s’adressant à son père par rapport à la Bête, dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau) ; etc. Par exemple, dans le roman Philippe Sauveur (1924) de Ramon Fernandez, Philippe, le héros homosexuel, voue une « adoration sans borne à sa mère, prénommée Maria : la Mère par excellence, l’idole chaste qui ôte l’envie d’approcher les femmes.
 

 

La vierge célébrée dans la fantasmagorie homosexuelle est plutôt une femme mythologique, sans corps, avec les pouvoirs magiques d’une fée ou d’une Vénus végétale : cf. la chanson « Les Liens d’Éros » d’Étienne Daho, la chanson « Venus » du groupe Bananarama, la chanson « Ma Vénus d’ébène » de David Jean, le film « Venus Boyz » (2001) de Gabriel Baur, le roman Patty Diphusa, la Vénus des lavabos (1985) de Pedro Almodóvar, la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher (avec Philibert, fan de la déesse de l’amour), la pièce El Público (1930-1936) de Federico García Lorca, le roman Venus Plus X (1960) de Theodore Sturgeon, les romans Venus Bonaparte (1994) et Mujercísimas (1995) de Terenci Moix, le film « La Déesse » (1958) de John Cromwell, le film « Venus In Furs » (1969) de Jess Franco, le film « La Tentation de Vénus » (1990) d’Istvan Szabo, la pièce Loretta Strong (1974) de Copi, les poèmes de Wystan Hugh Auden, le film « La Belle et la Bête » (1946) de Jean Cocteau, la pièce C’est bien fée pour moi (2014) de Réda Chéraitia, le film « The Blue Bird » (« L’Oiseau bleu », 1976) de George Cukor (avec la fée Lumière), la chanson « L’Histoire d’une fée, c’est… » de Mylène Farmer, le one-man-show Des Lear (2009) de Vincent Nadal (avec la bonne marraine Janine), le one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc, la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec les fées), la pièce C’est bien fée pour moi (2014) de Réda Chéraitia, le vidéo-clip de la chanson « Viva Forever » des Spice Girls, la chanson « Doolididom » de Zazie, la chanson « La Nuit des fées » du groupe Indochine, le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha (avec Eva, la fille célibataire de Johanna, la mère, présentée à Rudolf, le héros gay), le film « Morgane et ses Nymphes » (1970) de Bruno Gantillon, le roman Ève (1987) de Guy Hocquenghem, le film « La Nouvelle Ève » (1999) de Catherine Corsini, la chanson « Ève » de Charles Trénet, le film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 Jours de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini (avec Eva), le roman Julia (1970) d’Ana Maria Moix (avec Eva), la pièce Eva Perón (1970) de Copi, la pièce Eva Perón (2002) de Marcial Di Fonzo Bo, le film « All About Eve » (1950) de Joseph Mankiewicz (avec Ève la lesbienne), le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar, le film « Sonate d’automne » (1978) d’Ingmar Bergman (avec Ève), le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion (avec le personnage d’Eva), le film « Una Mujer Como Eva » (1979) de Nouchka Van Brakel, le film « Golden Years » (2009) d’Aimee Knight (avec Ève), le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet (où Antoine, le protagoniste principal, tombe amoureux d’Eva), le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier (avec Eva), la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti, le film « Adam est… Ève » (1954) de René Gaveau, le film « Cher Disparu » (1965) de Tony Richardson, le film « All About Alice » (1974) de Ray Harrison, le film « A Woman Like Eve » (1979) de Nouchka Van Brakel, le film « Adao E Eva » (1995) de Joaquim Leitao, etc.
 

« Votre nom à lui vaut de l’or. » (le Père O’Toiler s’adressant à la Tante Eva, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill)
 

Dans les fictions homo-érotiques, on constate que la Vierge est désincarnée et n’a pas tellement figure humaine. Elle est l’allégorie idéalisée d’une misogynie homosexuelle voilée : « Je n’ai pas dit femme. J’ai dit vierge. » (Dracula, le vampire homosexuel du film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey) ; « I need a real Virgin. » (Pierre Burger dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; « Son profil est celui des vierges mythiques. » (Maxence, le jeune peintre sensible dessinant les contours de sa femme idéale, dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy) ; « Ce que j’aime en une femme, en une vierge, c’est la modestie sainte ; ce qui me fait bondir d’amour, c’est la pudeur et la piété ; c’est ce que j’adorai en toi, jeune bergère ! » (Arthur Rimbaud, Un Cœur sous la soutane, 1870) ; « Quand le numéro se termine, la scène est plongée dans l’obscurité jusqu’à ce que, tout en haut, une lumière commence à se lever, comme un jour à travers la brume, et l’on voit dans son cercle se dessiner une silhouette de femme : divine, grande, parfaite, mais estompée, qui se profile chaque fois davantage, parce qu’en s’approchant elle traverse des rideaux de tulle, ce qui fait qu’on peut de mieux en mieux la distinguer, dans une robe de lamé argent qui ceint son corps comme une gaine. La femme la plus, la plus divine que tu puisses imaginer. Et elle chante une chanson, d’abord en français, puis en allemand. Elle se trouve en haut de la scène, et soudain s’allume à ses pieds, comme un éclair, une ligne horizontale de lampes. » (Molina, le héros homosexuel décrivant l’apparition de l’actrice Léni, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig, p. 53) ; « J’aime les filles, mais je ne les baise pas. » (Matt, le héros homosexuel du film « Like It Is » (1998) de Paul Oremland) ; « La femme me paraissait au-delà de notre monde, comme une statue ou une apparition. Je n’arrivais pas à me figurer le contact de ma chair avec la sienne. Il me sembla que mon imagination était frappée d’impuissance de ce côté-là. » (Roger dans le roman L’Autre (1971) de Julien Green, p. 21) ; « Je veux t’attendre au zénith dans le ciel de la pleine lune ! Je veux ta virginité. » (Ahmed s’adressant à Lou l’héroïne lesbienne Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « La Mylène, elle est pure ! Elle fait pas caca ! » (Tom, le fan de Mylène Farmer, dans la pièce Et Dieu créa les fans (2016) de Jacky Goupil) ; etc.
 

Par exemple, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, Adrien, le héros homosexuel, veut qu’Eva (Fanny Ardant) reste éternellement vierge et ne fréquente pas d’autre homme que lui. Dans le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, même cas de figure : comme Marie, la « fille à pédé », a été « infidèle » à son meilleur ami homo Loïc (elle a osé sortir avec un autre homme que lui !), ce dernier la traite de « pute » et la pousse au suicide. Dans la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, Damien, l’un des héros homos, injurie Amélie de « salope » parce qu’elle a couché avec son frère Samuel. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, le héros homosexuel qui n’avait pas voulu de la jolie Franckie quand elle était célibataire, la jalouse quand elle revient avec son ex copain : il la voudrait éternellement vierge. Dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Romuald, le héros gay, s’inquiète de savoir si Frédérique, la lesbienne avec qui il va vivre une aventure sexuelle, est vraiment « vierge ». Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Stéphane, le héros homosexuel, qualifie sa meilleure amie lesbienne Florence de « Blanche-Neige » qui doit réserver sa virginité pour lui. Dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), Merteuil se dit attirée par le « derrière virginal » de Cécile Volanges, « cette vierge que le diable a recrutée contre elle ».

 

En virginisant son (ou sa) partenaire sexuel(-le), le personnage homosexuel désincarne et rend frigide l’amant(e) homosexuel(-le) avec qui il partage parfois sa vie, faisant preuve d’une homophobie inconsciente. « J’ai tourné la tête et j’ai vu qu’elle pleurait. Les larmes coulaient en silence, luisaient sur son visage pareil à un portrait médiéval de la Vierge Marie. Que faire ? » (Ronit parlant de son amante Esti, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 146) ; « T’as l’air d’une fée. » (Howard, le héros homo face à sa future femme en robe de mariée, Emily, avec qui finalement il ne se mariera pas puisqu’il va faire son coming out le jour de leurs noces, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; « La fée vietnamienne m’allonge, pour des messages pas très catholiques. » (cf. la chanson lesbienne « Body Physical » de Buzy) ; « Elle me croit inoffensive… mais les fées aussi sont dangereuses. » (Rinn, l’une des héroïnes lesbiennes, par rapport à Kanojo, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Vous êtes la nouvelle Vierge Marie ? » (Yoann, le héros homosexuel, s’adressant à l’ex-femme de son amant Julien, Zoé, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « La Sainte Vierge incarnée ! » (Azario, un ami homo de Davide tout content d’avoir peinturluré de maquillage son amie gothique, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Elle baise pas. C’est une sainte. » (Meri, le transsexuel M to F se moquant de la prudence de Davide, son jeune camarade homo de 14 ans, idem) ; etc.
 
 

b) La Vierge violée :

Parfois, le personnage homosexuel est tellement fasciné par la déesse virginale que son imaginaire a créée qu’il finit, par orgueil et jalousie, par s’y identifier et par se prendre pour Dieu : « Je suis pour vous une fée bienfaisante. » (Madame de Merteuil s’adressant au Vicomte de Valmont, Lettre LXXXV, dans le roman Les Liaisons dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos) ; « Tu penses qu’on a pris leur place ? » (Sulky et Sulku, les deux artistes efféminés à propos des vierges du Musée, dans le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes) ; etc. Par exemple, dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Sumter, le petit neveux de Michael (soupçonné d’être homo), dit qu’il veut devenir « une vierge imprévoyante » en s’identifiant à une marionnette biblique. Dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, Ken, l’un des héros homosexuels, considère Claudio comme la Sainte Vierge. Dans le roman The Rubyfruit Jungle (1973) de Rita Mae Brown, Molly, l’héroïne lesbienne, interprète la Vierge Marie lors de la kermesse scolaire. Dans le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, Mousse avoue qu’elle aimerait bien être la réincarnation de la Vierge Marie. Dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, Adam, l’un des héros homosexuels, demande à un ange efféminé, s’il « est une bonne ou une mauvaise fée ? » ; ce dernier lui répond : « Je ne suis pas une fée, je suis votre ange gardien : Dorothée. » Dans le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André, la jeune héroïne, Marie, 10 ans, conçue par un projet de coparentalité (un « couple » d’hommes et un « couple » de femmes) est totalement perdue dans son identité : elle est au départ gagnée par la prière et par une piété pour la Vierge Marie (une statue qui lui parle, qui s’anime pendant ses oraisons, et de manière de plus en plus sévère et autoritaire), mais peu à peu, elle va s’identifier à Elle : « Marie se pose des questions sur sa venue au monde : serait-elle, comme ‘l’autre Marie’, l’Immaculée Conception ? » (cf. la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris du Forum des Images de Paris s’étalant du 7 au 16 octobre 2011). Le fillette finira par se moquer de la vraie Vierge Marie, en faisant même une bataille d’eau bénite avec l’eau de Lourdes en plein sanctuaire. Elle présente d’ailleurs avec décontraction la Vierge comme un arbre généalogique arachnéen difforme.

 

Roman La Vierge rouge de Fernando Arrabal

Roman La Vierge rouge de Fernando Arrabal


 

La Vierge ou la fée fantasmée par le héros homosexuel n’est d’ailleurs pas tellement une femme ni un être sexué. Elle devient l’androgyne dépossédé de sa féminité corporelle, voire carrément l’amant homosexuel : cf. la série radiophonique Biohomo Man de l’émission Homo Micro sur Radio Paris Plurielle (avec le personnage de la « Fée Lation » : subtil…) « L’Immaculée Conception, c’est vous ! » (Janine s’adressant à son amante Simone, dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) Par exemple, dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Petra compare sa compagne Jane à la Vierge : « Comme la Madone. ’ Petra désigna du menton le tableau de bord où était adossée une carte religieuse. Une Vierge parée de bijoux portait un enfant Jésus plein de vie entièrement nu hormis une couronne dorée surmontée d’un halo. » (p. 13) Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin se déguise en fée pour reconquérir Bryan. Et cela marche, car Bryan croit au mythe : « J’ai l’impression d’avoir rencontré une fée qui va tout changer ! Je peux faire un vœu ? » (p. 282) Dans la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud, Marina, le héros travesti M to F, se définit comme « la marraine la bonne fée » du bébé d’Anna.
 

La Vierge travestie par les fantasmes narcissiques du héros homosexuel, c’est la femme indépendante, la mère célibataire, la lesbienne qui ne sera pas salie par le contact d’un homme, c’est la femme libérée qui a fait un bébé toute seule et qui n’aura pas à collaborer avec la sexuation (différence des sexes) ni à communier avec la condition humaine, elle se réduit au costume de travelo ou de transsexuel : « Désexuez-moi ! » (Lady Macbeth dans la pièce Macbeth (1623) de William Shakespeare)
 

Pour le héros homosexuel, la virginité est synonyme de frustration et de refus de l’Amour : « J’avais dix-huit ans, j’étais vierge et j’en avais assez de sublimer en rêvant dans mon lit à des êtres inaccessibles ou en tripotant dans l’ombre des parcs publics des corps fugitifs qui n’étaient pas là pour l’amour mais pour la petite mort qui dure si peu longtemps et qui peut être triste quand elle n’est agrémentée d’aucun sentiment. » (le narrateur homosexuel du roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 25) ; « Ève, mère de toutes les mères, n’a-t-elle pas couché avec le premier venu ? » (Chris, l’un des héros homosexuels du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 64) ; « Définitivement, les Virilius, c’est un groupe de puceaux. » (Jean-Henri, l’un des Virilius, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Groupe de puceaux amateurs ! » (Jean-Marc, le héros homosexuel, idem) ; « Sa chasteté était pire que celle d’une vierge. » (Reinaldo Arenas dans le film « Avant la nuit » (2000) de Julian Schnabel) ; « Marilyn, qui était toujours vierge, la première. » (le narrateur homosexuel parlant de la « fille à pédés » dévergondée, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 32) ; « Mimile habilla Vidvn des frocs de la Vierge de l’autel de Notre-Dame tout poussiéreux et probablement infestés de microbes. » (Gouri, le héros bisexuel du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 125) ; « Onze mille vierges sous acide lysergique consolent des malabars tendus et mélancoliques. Fille de joie me fixe de ses yeux verts. Des claques ??? Jusqu’à l’Hôtel de l’Enfer. » (cf. la chanson « Onze mille vierges » d’Étienne Daho) ; « Il faut avoir vu le visage de la mère comme celui d’une madone sur les peintures religieuses, le teint cireux, comme si les années s’étaient emparées de ce visage pour l’affaisser, le dévaster. » (la figure de Marcel Proust dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 115) ; « Eva sortit des toilettes, effondrée, les yeux délavés de mascara. » (Vincent Petitet, Les Nettoyeurs (2006), p.116) ; etc.
 

Comme le héros homosexuel finit par se rendre compte de ses propres limites (il ne parvient pas à être la Vierge sainte), et que la Vierge toute-puissante (et les femmes réelles) n’est pas la super-héroïne qu’il avait imaginée (elle a le « défaut » d’être humble, servante, vulnérable et aimante : elle est toute-puissance d’Amour, et non toute-puissance du Bien et du mal), il se met à salir la virginité de celle-ci, à rêver la Vierge méchante. « J’aime pas les vierges. » (Stella, l’héroïne lesbienne du film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald) ; « Les vierges ne nous ont jamais intéressés. » (John, le héros homosexuel du film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; etc. Il se sent nargué par sa perfection. « La religieuse était pleine de vie et, bien qu’elle ne fût pas jolie, je fus attirée par elle. […] J’étais insensiblement attirée et sous le charme de la sœur. […] Je concentrai mon esprit sur les pensées choquantes qui me traversaient l’esprit. Je l’imaginais déshabillée et en situation de me donner ce que j’aurais voulu d’elle sur l’instant. […] J’avais souvent pensé que dans les couvents, parmi ces femmes enfermées, certaines devaient entre elles trouver un peu de satisfaction… […] Face à cette fille sans coquetterie, je me voyais dans la peau d’un diable venu pour la tenter. […]Sachant qu’elle allait partir, avec une énergie et une détermination qui m’étonnèrent moi-même, je me précipitai pour lui prendre un baiser. Elle n’en fut pas surprise et se laissa faire, mais sans participer en rien. Aussi furtif que fût ce baiser, je compris qu’elle n’avait jamais embrassé personne avant moi. J’en ressentis instantanément comme une sorte de tristesse et j’eus le sentiment qu’il émanait d’elle une pureté à jamais inaccessible. » (Alexandra, la narratrice lesbienne rencontrant une jeune religieuse dans un train, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 221-224)

 

Le motif de la Vierge violente, méchante, incestueuse ou prostituée revient extrêmement souvent dans les fictions homo-érotiques : cf. le film « The Virgin Soldiers » (1969) de John Dexter, le film « La Virgen De Los Sicarios » (« La Vierge des tueurs », 2000) de Barbet Schrœder, la chanson « Like A Virgin » de Madonna, le poème de la « Vierge Folle » d’Arthur Rimbaud, le one-woman-show Vierge et Rebelle (2008) de Camille Broquet, la B.D La Verdadera Historia Del Superguerrero Del Antifaz, La Superpura Condesita Y El Super Ali Kan (1971) de Nazario, le poème Howlin’ (1956) d’Allen Ginsberg, le film « La Sorcière vierge » (1972) de Ray Austin, le film « Mondo Trasho » (1970) de John Waters, le film « Virgin Machine » (1988) d’Elfi Mikesh, le film « Die Jungfrauen Maschine » (« Virgin Machine », 1988) de Monika Treut, le film « Uniform Masturbation : Virgin’s Underpanties » (1992) d’Hisayasu Satō, le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot (avec Aubépine, une réplique de la fée Carabosse), la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti (avec Ève, présentée comme l’origine d’un monde pécheur), le film « L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy » (2011) d’Antony Hickling (avec la maman prostituée virginisée, ultra fusionnelle et castratrice avec son fils homosexuel adulte), le roman La Vierge rouge (1986) de Fernando Arrabal, la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim (avec la thématique de la vierge violée), etc.

 

Film "L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy" d’Antony Hickling

Film « L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy » d’Antony Hickling


 

« Mes parents ne croyaient pas aux fées. Elles les ont punis en ma personne. » (la Bête dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau) ; « Jane jeta un regard à la Vierge, très haut dans une niche. Les yeux de la statue étaient baissés d’un air modeste, contemplant ses mains. Jane reporta son attention sur le prêtre, tentant de se débarrasser du sentiment que la Vierge allait lever la tête et lui lancer un regard noir dès que personne ne la regarderait. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 205) ; « De près, son visage évoquait celui d’une sorcière. » » (Jane regardant Maria la prostituée, idem, p. 157) ; « C’est un peu like a verge-in, chez nous. » (Rodolphe Sand imitant une femme hétéro ultra beauf se destinant à être mère porteuse pour un couple gay, dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « La vierge devient pute. » (« X », le héros homo du film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka) ; etc.

 

En général, en dépeignant une Mater Dolorosa pleurnicharde et/ou cruelle, le héros homosexuel se venge sur la Vierge Marie de sa propre virginité perdue (à cause, parfois, d’un viol qu’il a subi, ou d’un acte d’impureté qu’il a posé) : cf. le roman Nuestra Virgen De Los Mártires (1983) de Terenci Moix, le film « Ludwig, requiem pour un roi vierge » (1972) d’Hans-Jurgen Syberberg, le film « West-Side Story » (1961) de Robert Wise (avec Maria), etc. « Un sourire, Blanche-Neige. La vie est belle ! » (Meri, le travesti M to F, s’adressant à Davide le héros homosexuel, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) Par exemple, dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès, le personnage homosexuel évoque l’existence d’« une petite vierge élevée pour être putain ». Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, Rob, le jour du mariage de Rachel l’héroïne lesbienne se forçant à se marier avec un homme qu’elle n’aime pas et cachant son homosexualité, fait une blague sur la fausse virginité de « l’heureuse mariée ».

 

Film "La Vierge des tueurs" de Barbet Schroeder

Film « La Vierge des tueurs » de Barbet Schroeder


 

La figure de la Vierge violée est très présente dans les œuvres artistiques homosexuelles : cf. le film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey, le film « Fire » (2004) de Deepa Mehta, le film « La Source ou la fontaine de la jeune fille » (1960) d’Ingmar Bergman (avec le viol de Karin), la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé (avec la figure de Jean Cocteau qui encule un ange), la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim, le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le one-man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set (avec Blanche-Neige se faisant poursuivre par le chasseur Rocco), le film « A Streetcar Named Desire » (« Un Tramway nommé Désir », 1950) d’Élia Kazan (avec Blanche en caricature de la féminité fatale), le film « Totò Che Visse Due volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresco (avec le viol de l’ange), le film « Little Gay Boy, Christ Is Dead » (2012) d’Antony Hickling (avec le viol du puceau, Jean-Christophe), la chanson « L’Annonciation » de Mylène Farmer (racontant un avortement ou une sodomie), la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier (avec la danseuse en tutu obèse, Marilyn Monroe, portant le prénom de « Lourdes »), le film « Los Amantes Pasajeros » (« Les Amants passagers », 2013) de Pedro Almodóvar (avec la voyante, vierge effarouchée qui n’a jamais couché), le film « Pride » de Matthew Warchus (avec Joe, le puceau dépucelé), le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque (avec la Schtroumpfette dans des films d’épouvante), la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks (avec le Dr Frankenstein Junior encore vierge), le film « Madre Amadísima » (2010) de Pilar Tavora (avec la statue d’une vierge noire, défouloir d’homophobie d’un sacristain), etc. Quelquefois, l’icône de la Vierge violée excite les pulsions sadiques, vengeresses ou mélancoliques, du héros homosexuel refusant de se reconnaître humblement coupable de ses défauts ou de sa pratique pécheresse : « C’est toujours la pucelle qui s’en sort le mieux à la fin. » (Jonathan, l’un des héros homosexuels, parlant des films d’horreur, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Malgré son côté sainte-nitouche, ça doit être une sacrée salope au lit ! » (Jonathan en parlant de son futur « plan cul » avec Matthieu, idem) ; « Et Marie est martyre. Blood and tears. » (cf. la chanson « Fuck Them All » de Mylène Farmer) ; « Nous ferons des jeunes filles vierges des cadavres exquis. » (Pretorius, le vampire homosexuel de la pièce musicale Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « Dorita se donna à lui [Silvano] pour la première fois la nuit des adieux, dans la salle de classe, sur le bureau de Silvano, tandis que la pluie fouettait les carreaux. Dorita était vierge. L’expérience fut douloureuse pour tous les deux. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 12) ; « Je suis une vierge effarouchée, une pucelle en mal de sensations. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train, (2005) de Cy Jung, p. 141) ; etc.
 

Vidéo-clip de la chanson "Plus grandir" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer


 

Par exemple, dans le vidéo-clip de la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer, la statuette de la Vierge tombe au sol et vole en éclats. Dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm (épisode 3, saison 1), un jeune postulant séminariste décapite la statue de la patronne du séminaire, sainte Claire. On retrouve également la Vierge décapitée dans le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, une femme travestie en homme, « Virgo Fortis », est pourchassée par « des soldats qui veulent la violer ». Dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, un couple lesbien (formé par une grande Allemande robuste et sa compagne petite) prend un malin plaisir à violer des vierges : « En plus de ravir leur innocence, comme le faisaient les hommes, elles prenaient aux jeunes filles presque de nouveau leur virginité. » (p. 109) Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, se fait sodomiser par Palomino : « Ça fait mal. Ça pique ! Je vais vomir. Je saigne ! ». Ce dernier le rassure un peu : « Une vierge est censée saigner. Tu es l’Ancien Monde. Je suis le Nouveau Monde. Je veux jouir de ton cul russe et virginal. » La désillusion est au bout du chemin : « Je suis arrivé au Mexique encore vierge. Je repars en Russie débauché. »
 

La Vierge violée n’est pas un cliché réaliste, nous sommes d’accord, puisque à la Fin des Temps, la Vierge Marie ne parviendra pas à être dévorée par le dragon, et même mieux, elle partira au désert puis vaincra définitivement la Bête qui avait déversé sur Elle ses torrents fluviaux. La Nouvelle Ève gardera sa pureté. Mais en tous cas, l’icône homosexuelle de la Vierge violée renvoie à une réalité fantasmée, à savoir l’existence du désir homosexuel qui est un élan devenant impur de rechercher la pureté sans Dieu et sans la différence des sexes que ce Dernier a créée.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La Vierge adorée :

On retrouve une fascination assez générale (comme chez toutes les catégories de personnes fragiles, blessées et pécheresses, d’ailleurs…) des personnes homosexuelles pratiquant leur désir homosexuel pour la virginité. Par exemple, j’ai eu la chance d’assister à la représentation de la pièce Ma première fois (2012) de Ken Davenport. Elle commençait fort puisqu’avant que les rideaux rouges se lèvent, les comédiens distribuaient déjà un questionnaire sur la virginité au public, et s’essayaient à la parthénologie, à savoir la science spécialisée dans l’étude de la virginité.
 

Et un certain nombre d’individus homosexuels s’intéressent à la charismatique Vierge Marie catholique. Mais ce n’est pas tellement une piété mariale profonde. C’est au mieux un fantasme esthétique, amoureux et humoristique, au pire ça frôle le délire angéliste schizophrène. Par exemple, le roi homosexuel Louis II de Bavière a fait construire une grotte dédiée à Vénus dans un de ses châteaux. Félix Sierra, quant à lui, porte un tatouage de la Vierge de la Macarena. Pour ma part, quand j’avais 5-7 ans, je dessinais déjà en maternelle de très jolies vierges. Je vous renvoie également à la passion du poète argentin homosexuel Néstor Perlongher pour Eva Perón (il a largement développé dans son œuvre poétique la dimension biblique du prénom de la présidente), à l’article « El Pez Doncella » (1998) de Manuel Rivas (sur la nouvelle théorie de l’évolution, dénonçant le transhumanisme contemporain). Certaines personnes homosexuelles se déguisent en anges ou en religieuses consacrées dans les soirées, ricanent de leur éloignement de la virginité véritable et de leur prétention à vouloir encore y prétendre.
 

« J’étais en adoration devant un animateur d’Europe 1, Jean-Louis Lafont, dont la voix et l’allure d’éternel adolescent me ravissaient. Je collectionnais les autocollants avec sa photo et passais tout mon argent de poche en achat de 45 tours. Europe 1 réalisait certaines de ses émissions en direct dans différentes villes de France, le fameux ‘Podium’. En prévision de son passage dans notre région, je me préparais donc à cet événement en endossant le rôle de sa femme imaginaire dans mes jeux. J’avais choisi un prénom de fée : je m’appelais Viviane Lafont. Je n’avais aucune envie de me transformer en femme. Mais, si je veux jouer avec le prénom d’enchanteresse que j’avais choisi, j’espérais qu’un petit miracle allait se produire et me rétablir dans la normalité environnante. Car j’avais très vite saisi que seule une femme avait le droit d’être attirée par les garçons. Si, par magie, je me réveillais un beau matin en fille, tout serait rentré dans l’ordre. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 29)
 

L’identification à la Vénus, à la fée mythologique, à l’Ève végétale, passe peut-être mieux que l’identification directe à la Vierge Marie. Par exemple, « La Fée » est le pseudonyme d’une journaliste lesbienne publiant quelques billets dans la revue Têtu. Et déjà, en 1895, en Angleterre et aux États-Unis, « fairy » figurait déjà dans la liste des sobriquets se rapportant aux personnes efféminées mâles homosexuelles.
 

José Julio Sarria

José Julio Sarria


 

Avant de devenir un personnage ironique propice à tous les détournements camp et kitsch, la Vierge est un idéal esthétique et sentimental très aimé par la communauté homosexuelle. Elle incarne la maternité, la douceur, la grâce, la puissance de la finesse, une sophistication épurée et extraordinaire à la fois : « Les icônes gays, ce sont des femmes sophistiquées. Elles semblent inaccessibles, elles ont quelque chose de divin. Elles sont des objets de fantasmes : elles font envie. Il n’y a pas de désir sexuel du gay envers son idole, mais il y a un grand désir de fantasme : cette femme, elle est forte, elle fait des choses impressionnantes, elle est glamour, tout ce que je ne serai jamais mais qu’on a envie d’être au fond de nous. » (Franck Cnuddle dans l’émission Plus vite que la musique, diffusée sur la chaîne M6, 2001) Certaines personnes homosexuelles, avant de se dire exclusivement homos et de se tourner radicalement vers les personnes de leur sexe, ont recherché, sur la cour d’école, pendant leur adolescence, voire même à l’âge adulte (quand leurs relations sentimentales dans le « milieu » se sont révélées désolantes), cette femme sans tache, parfaite, virginale comme porte de sortie à leur homosexualité. Celle qui réparerait tout. Celle qui les sortirait de l’enfer. Beaucoup, dans leur sublimation de la femme, pas toujours très réaliste, ont minoré le poids de leur désir homosexuel : « Je passai ma première d’études aux Beaux-Arts dans le labeur et la chasteté, avec l’idée fixe d’épouser, à l’issue de mes années d’études, une amie d’enfance, morte depuis et que j’aimais alors par-dessus tout au monde. Aujourd’hui, avec le recul du passé, je me rends compte que je l’aimais trop pour m’apercevoir que je ne la désirais pas. Je sais : certains esprits admettent difficilement l’un sans l’autre. Cependant, hormis cette jeune fille, aucune femme n’a habité mes rêves ni réussi à éveiller en moi quelque désir… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 94) ; « La femme est mise à la place de la mère : il l’aime mais ne la désire pas. » (Virginie Mouseler, Les Femmes et les Homosexuels (1996), p. 32) ; « L’égérie gay : une vierge maternelle […]puissante et vulnérable. […]L’égérie des homosexuels n’est pas la femme réelle : elle semble être plus déesse que femme. » (idem, pp. 157-160). Il est probable que la femme-objet médiatique, qui prétende accéder à une nature divine asexuée, ait encouragé les individus homosexuels à sacraliser l’Éternel Féminin tout en mettant peu à peu les femmes réelles à distance : « J’ai voulu être hors du commun. Je voulais dépasser la condition humaine. » (Jeanne Moreau, idem, p. 166) ; « Juger la femme par sa virginité signifie la considérer essentiellement comme un objet sexuel qui est respectable quand il appartient à un seul homme légitime et répugnant quand il s’offre par amour ou désir. C’est une façon de refuser à la femme le droit à l’amour, au plaisir sexuel. » (Rennie Yotova, Écrire le viol (2007), p. 77) ; etc.
 

Frigide Barjot

Frigide Barjot : Elle est à môa!!


 

Pas étonnant non plus, dans les faits, que les femmes confondant virginité et frigidité – autrement dit une virginité libre et féconde et une virginité mal vécue, stérile, télévisuelle – et convoitant la Sainte Vierge, soient les « filles à pédés » autoproclamées sur nos écrans. « I believe in angels… » (cf. la chanson « I Have A Dream » du groupe ABBA). Je pense particulièrement à Mylène Farmer, Ophélie Winter ou encore Virginie Tellenne alias « Frigide Barjot ». La virginité se cristallisant en trophée est une tentation forte chez les personnalités blessées, en panne d’identité et voulant se racheter une innocence pour cacher leur passé douloureux.
 

Billy Porter interprétant la marraine-fée dans le film « Cendrillon » (2021) de Kay Cannon


 

Par ailleurs, il convient de souligner que le costume de fée est un déguisement particulièrement convoité par les personnes transgenres ou transsexuelles.
 
 

b) La Vierge violée :

Beaucoup plus sournoisement, chez les personnes homosexuelles pratiquant leur homosexualité, l’identification à la Vierge correspond à un fantasme d’être Dieu, et surtout à une peur panique de la génitalité, du corps, de la sexualité en général : « Lorsque j’ai rencontré la première femme avec qui j’ai eu ma première relation, je commençais à me dire que je devais être lesbienne et pas asexuée comme je pouvais le penser vers dix-sept ans probablement. » (Nicole, femme lesbienne de 42 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 56) ; « La Vierge, c’est un monstre par définition. Dans le sens de malformation. Elle a des pouvoirs. Au sens de créature.[…] L’autre paradoxe de Carravage, c’est que le modèle de la Vierge était une pute. » (Celia la conservatrice de musées face au tableau de Carravage où la Vierge Marie, toute habillée de rouge, est enterrée, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; « Elle fait sa vierge au possible, avec défiance du mâle et gêne de son corps. » (Simone de Beauvoir, parlant ironiquement de son amante Nathalie, dans une lettre rapportée dans la pièce-biopic Pour l’amour de Simone (2017) d’Anne-Marie Philipe) ; « J’avais sept ans, j’avais 10 ans. J’étais la virginité même. Une virginité coupable. Les questions sordides que posaient les curés et les pères capucins à l’enfant pieux que j’étais, et qui s’agenouillait régulièrement dans le confessionnal, me plongeaient dans une angoisse sans fond. On me demandait avec insistance si je n’avais pas ‘des gestes impurs’ des ‘pensées impures’, si je ne me touchais pas. […] On avait réussi à me faire vivre mon corps comme une malédiction. Je n’osais m’endormir, de peur de mourir dans le péché. D’un innocent on avait fait un criminel torturé par les remords à la moindre rêverie. Je suis un rescapé. Le rescapé d’un monstrueux chantage. » (Pierre Biner, homo, dans TVB Hebdo en 1980) ; etc.
 

Et comme fatalement, la Réalité, les limites humaines et aussi l’orgueil apparaissent, elles finissent par se moquer de leur prétention. Dans le « milieu homosexuel », la virginité de Marie ou de la fée fait très souvent les frais du détournement ironique camp, un peu politisé, un brin subversif et blasphématoire : je vous renvoie par exemple aux Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (ces religieuses ultra-maquillées et faisant leur show surtout aux Gay Pride), ou encore aux Radical Faeries (les fées gays version bobo hippie). « Dans La Nouvelle Eve, j’avais entouré le personnage de Karine Viard d’une nuée de copines homos, des bonnes fées toujours prêtes à la sortir des situations difficiles. » (Catherine Corsini, la réalisatrice du film « La Nouvelle Ève », août 2015) Et concernant les lois comme le « mariage pour tous » (et donc la PMA et la GPA), certaines personnes homosexuelles, notamment lesbiennes, avouent à leur insu qu’elles se prennent pour la Vierge Marie étant donné qu’elles soutiennent très sérieusement que la Sainte Famille (Joseph/Marie/Jésus) est une famille adoptive, non-naturelle, et que la Vierge serait le meilleur exemple de mère porteuse de l’Histoire de l’Humanité. Manque de bol : dans les faits, l’insémination de la Vierge n’est pas artificielle, ni désincarnée ni aussi chère que la PMA puisque c’est l’Esprit Saint qui a fécondé Marie. Certes, Joseph est bien le père adoptif de Jésus. Mais là où la PMA et la GPA suppriment le lien d’amour dans la différence des sexes – lien dont tout être humain a besoin pour se construire et être heureux, et qui peut exister même dans les cas d’adoption par des couples femme-homme stériles aimants -, la Sainte Famille honore totalement ce lien d’amour entre l’homme et la femme donné à l’enfant. Donc même le cas de l’engendrement de Jésus par l’opération du Saint Esprit non seulement ne peut pas être mis sur le même plan que le « mariage pour tous » et ses conséquences, mais en plus, il prouve que beaucoup de personnes homosexuelles pratiquant leur homosexualité et souhaitant fabriquer égoïstement des enfants sans la différence des sexes – « Elle a fait un bébé toute seule » – se prennent pour la Vierge… donc c’est plutôt inquiétant…
 
VIERGE sainte_vierge_marie_salope_contre_le_mariage_gay
 
 

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Code n°179 – Ville

ville

Ville

 
 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Ce n’est pas un hasard si le Pop Art, art machinique par définition, soit venu par les artistes homosexuels, ni que la ville, lieu réifiant, constitue l’espace vital privilégié de la communauté homosexuelle. Toutes les Gay Pride et les infrastructures d’accueil de la population LGBT se concentrent dans la grande ville, cet endroit où la famille est mise à l’épreuve sur la durée, où les célibataires sont rois. 70 à 86% des personnes homosexuelles vivent dans des métropoles de plus de 100 000 habitants (cf. l’essai Nouveaux Marketings de Jean-Paul Tréguer et Jean-Marc Segati, cité dans l’article « Y a-t-il une culture gay ? », sur la revue TÉLÉRAMA, n°2893, le 22 juin 2005, p. 16) Le désir homosexuel semble être le produit de la société matérialiste et individualiste dans laquelle les êtres humains, au nom de la recherche boulimique de la diversité, rejette les altérités fondamentales (la différence des sexes, la différences des espaces, la différence des générations, la différence entre Créateur et créatures) pour désirer narcissiquement devenir des machines à consommer et à être consommées. Il engage au matérialisme, à l’« être objet » ou « icône vivante » éclatée, aux prétentions d’invisibilité : « Il y a des conditionnements de vie sociale matérielle : la promiscuité par exemple. On sait que l’entassement des individus dans les villes ou dans les bidonvilles favorise le péché, parce qu’elle empêche la juste distance permettant d’être soi. » (le frère Samuel, dans l’ouvrage collectif Les Attaques du démon contre l’Église (2009), p. 56)

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Milieu homosexuel infernal », « Bobo », « Fan de feuilletons », « Promotion ‘canapédé’ », « Patrons de l’audiovisuel », « Ennemi de la Nature », « Prostitution », « « Plus que naturel » », « Collectionneur homo », à la partie « Automates » du code « Poupées », et à la partie « Désir d’être un objet » du code « Viol », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

« Quand on arrive en ville, tout le monde change de trottoir.

On n’a pas l’air virils, mais on fait peur à voir. » (Starmania)

 
 

a) Urbanité et homosexualité :

Panneaux publicitaires de "Bonne Année 2014" à Montpellier (France)

Panneaux publicitaires de Bonne Année 2014 à Montpellier (France)


 

Beaucoup de films et de romans choisissent la ville pour raconter les intrigues amoureuses homosexuelles : cf. le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears, le film « L.A. Zombie » (2010) de Bruce LaBruce (montrant les coïts masculins, même entre SDF), le film « A Trip To Paris » (2003) d’Eran Koblik Kedar, le film « Expelled To Eden » (2005) d’Eran Koblik Kedar, la chanson « Berlin » de Christophe Wilhem, le film « L’Attaque de la moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « Off World » (2009) de Mateo Guez (racontant l’histoire d’un riche Canadien face à la pauvreté des bidonvilles des Philippines), la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval, la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard, la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi (avec la mise en avant du couple Paris/Shanghai), le film « La Ville des silences » (1979) de Jean Marbœuf, le film « La Ville dont le prince est un enfant » (1996) de Christophe Malavoy, le film « La Ville » (1998) de Yousry Nasrallah, le film « Giallo Samba » (2003) de Cecilia Pagliarani, le film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie Macdonald, le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni, le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, le film « Urbania » (2004) de Jon Shear, le film « Metropolis » (1927) de Fritz Lang, la chanson « Quand on arrive en ville » de Johnny Rockfort et Sadia dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger, le film « Collateral » (2004) de Michael Mann, le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, les romans La Ciudad Del Amor et Las Ciudades Malditas (1922) d’Antonio de Hoyos, le roman Latin Moon In Manhattan (1990) de Jaime Manrique Ardila, le film « Bus Riley’s Back In The Town » (1965) d’Harvey Hart, le film « Dad And Dave Come To Town » (1938) de Ken G. Hal, le film « In The City » (2001) de Mike Hoolbloom, les films « Fucking City » (1982) et « Fraulein Berlin » (1983) de Lothar Lambert, le film « En La Ciudad » (2003) de Cesc Gay, le film « Let’s Love Hong Hong » (2002) de Ching Yau, le film « Positive Stories » (1996) de Ran Kotzer, la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé (avec la ville de New York), le film « Victor, Victoria » (1982) de Blake Edwards, le film « Hammam » (1996) de Ferzan Ozpetek, la chanson « New York City Nineteen Fifty » du Clergyman de la comédie musicale La Légende de Jimmy de Michel Berger, le film « West Side Story » (1961) de Robert Wise, le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin (se déroulant au cœur de New York), le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, le film « La Maison vide » (2012) de Matthieu Hippeau, le film « Ne te retourne pas » (2013) de Sophia Liu et Benjamin Blot, le film « Barcelona (un Mapa) » (2007) de Ventura Pons, le film « Pasajero » (2010) de Miguel Gabaldón, le film « Temps de chien » (2011) de Viva Delorme, la nouvelle « Le Potager » (2010) d’Essobal Lenoir (jouant sur le choc culturel entre homos citadins et homos campagnards), le roman Jours de mûres et de papillons (2013) de Marie Evkine, la chanson « I’m Throwing My Arms Around Paris » de Morrissey, le film « La Princesse et la Sirène » (2017) de Charlotte Audebram, le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, la chanson « Je marche dans les villes » de Jean Guidoni, etc. Par exemple, le roman Joyeux animaux de la misère (2014) de Pierre Guyotat se déroule dans une mégapole intercontinentale et multiclimatique constituée de sept villes. Dans le roman Philippe Sauveur (1924) de Ramon Fernandez, Philippe, le héros homosexuel, poursuit des jeunes militaires dans les bas-fonds de Londres.

 

En général, le personnage homosexuel semble être irrésistiblement happé par la ville. Elle serait l’espace de tous les possibles, un monde sans limites : « La capitale s’offre à moi. Je prends la résolution de tout tenter pendant mon séjour pour acquérir l’expérience dont je manque. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 31) ; « Je vais en ville. J’ai besoin de la ville. Besoin de vitrines qui tirent l’œil. Besoin de gens surtout. » (Jean-Louis Bory, La Peau des Zèbres (1969), p. 128) ; « Paris que j’adore. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 100) ; « C’était magique. La ville une féerie futuriste, un feu d’artifice géant où le bleu sidéral de la voûte céleste serait étoilé par les pétillements d’un champagne de fête. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite par un ami en 2003, p. 4) ; « Avoir des amis de province… quelle horreur ! » (David, un des personnages de la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher) ; « Il ne m’a fallu très longtemps pour comprendre que je n’étais pas à ma place au milieu de tout ça… et dès que j’en ai eu l’occasion, je suis parti pour la grande ville. » (Billy, le héros homosexuel du film « Billy’s Hollywood Screen Kiss » (1998) de Tommy O’Haver) ; « J’viens d’un p’tit village du Nord. Pédophilie, ça vous dit quelque chose ? Moi, au milieu de tout ça, j’ai compris que j’étais très sensible. Trop sensible. » (Jeanfi, le steward homo dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; « Là, c’est moi. Un gars de la campagne. Un peu plus gay que la normale, mais sinon le topo classique. » (Phil, le héros homo dans le film « Die Mitter der Welt », « Moi et mon monde » (2016) de Jakob M Erwa) ; « J’adooore ce modèle. Très citadin. » (Maurice, le styliste homosexuel, s’exprimant face à un modèle de vêtement, dans le film « Les Douze Coups de Minuit », « After The Ball » (2015) de Sean Garrity) ; « C’est grisant, ce moment où j’ai l’impression que la ville m’appartient. » (Carol, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Thérèse, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; « Pars avec moi à New York. » (Lena s’adressant à son amante Lena Collins, dans l’épisode 85 « La Femme aux gardénias » (2017) de Joséphine Ange-gardien) ; « Je vis toujours en ville. » (Jonas, le héros homosexuel, dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier) ; « Je suis le genre de garçon qui est monté à Paris depuis la Meurthe-et-Moselle, et qui était prêt à gravir les échelons de l’échelle sociale. » (Jacques, le héros homo, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; « J’adore les capitales étrangères. Surtout la nuit. » (Peter, le héros homo, dans le film « Peter von Kant » (2022) de François Ozon) ; « Crois-moi : tout est différente à Londres. » (la mère s’adressant à son fils homo Ritchie, alors qu’ils sont issus du Pays de Galles, dans la série et téléfilm It’s a Sin (2021) de Russell T. Davies) ; etc.

 

Par exemple, dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel s’ennuie à la campagne, et fustige gentiment le Cantal, sa région natale, parce qu’il est « perdu au fond du trou du cul du monde » : « Ses montagnes, ses campagnes, ses paysans… » Ils présentent même les autochtones comme des adeptes du « cannibalisme » : « Les gens se bouffent entre eux. » Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Ronit, l’héroïne lesbienne, habite et idolâtre New York. Dans le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, Freddie vole sur la ville. Dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, on découvre la fascination de la voix narrative lesbienne pour la vie citadine, cristallisée par la servante Ourdhia (pp. 50-51). Dans le film « Footing » (2012) de Damien Gault, Marco, le héros homosexuel jadis provincial, vit à Paris. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, quitte sa région marseillaise pour conquérir Paris. Dans le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa, le personnage de Suze est présenté comme une femme 100% citadine et parisienne, qui n’arrive pas à s’acclimater à la vie champêtre. « Ben et George n’accepteront jamais de vivre à la campagne. Je les imagine mal campagnards. » (Honey parlant du couple homo Ben/George laissé à la rue suite au licenciement de George, dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs) Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca se justifie de devenir matérialiste et citadin du fait qu’il vient du Nord-pas-de-calais. Il quitte sa province pour venir à Paris et devenir acteur. Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel s’empresse d’aller visiter New York. Dans le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela, Leevi et son amant Tareq sont tous deux très citadins et attirés par les arts, le théâtre, l’écriture. Leevi a choisi de vivre à Paris pour cette raison. Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Vincent, l’un des héros homos, a dû quitter son village pour vivre librement sa « sexualité » à Paris.

 

Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, le choc culturel entre hétérosexualité et homosexualité prend la forme du dilemme entre campagne et ville : Delphine, fille de la campagne, doit choisir entre son homosexualité, qu’elle a vécue au grand jour à Paris avec Carole « la fille de la ville », et l’invisibilité hétérosexuelle campagnarde. Elle semble avoir perdu son âme à Paris : « J’ai fait des choses que j’aurais jamais pensé faire. » Carole n’arrivera pas à l’arracher à sa vie champêtre : « Quand on s’est rencontrées, t’avais l’air d’aimer Paris, pourtant… » Carole, quant à elle, affirmera son homosexualité en même temps que son attachement citadin : « À moins d’être enlevée par des extra-terrestres, je me demande ce que je viens faire dans ce trou ! »
 

La ville est même parfois considérée comme une mère : cf. le film « Mamma Roma » (1962) de Pier Paolo Pasolini, le film « L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy » (2011) d’Anthony Hickling, etc. « La ville sait que je vais naître en elle une seconde fois. » (le juge Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 181)

 

Film 'L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy" d’Anthony Hickling

Film ‘L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy » d’Anthony Hickling


 

Quand ses intentions bobos et la bonne conscience arrivent à le faire migrer vers la campagne, le héros homosexuel louche toujours sur la ville : « J’ai fait mes adieux à la ville. Pourtant, j’ai eu du mal à la quitter. » (l’un des personnages homosexuels de la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou) ; « On est à Paris, une ville individualiste. » (Jonathan, le héros homosexuel de la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; etc. Même dans la destruction iconoclaste, il s’y enchaîne encore en désir. Un rapport d’attraction-répulsion s’établit entre lui et la ville. Le désir d’exode vers la campagne se fait d’autant plus urgent et radical qu’il est douloureux et non-définitif : cf. le roman Quitter la ville (2000) de Christine Angot, la pièce La Fuite à cheval très loin de la ville (1976) de Bernard-Marie Koltès (ce titre est un trompe-l’œil car la pièce se passe pourtant dans une ville), le film « Far-West » (2002) de Pascal-Alex Vincent, la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen (avec Tom, le citadin homo superficiel), etc.

 

Par exemple, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo, Bernard, le héros homo très bobo parisien, qui finira, pour des raisons professionnelles et esthétiques, par habiter à la campagne, s’est pourtant au départ bien demander ce qui serait assez fort pour l’arracher à son mode de vie de consommateur-esthète citadin : « Qu’est-ce que j’irais foutre à la campagne ? » Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, les trois potes gays Nicolas, Rudolf et Gabriel ont vraiment du mal à quitter leurs petites habitudes de citadins parisiens, et multiplient les gaffes avec leur nouveau train de vie montagnard en Autriche.

 
 

b) L’espace du libertarisme sexuel :

Vidéo-clip de la chanson "California" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « California » de Mylène Farmer


 

En général, le personnage homosexuel est attiré par l’espace urbain : « Je viens de la campagne, où tous les habitants me sont familiers, et j’ai toujours cette faim de la diversité et du nombre. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 215) ; « Les jeunes, ils se font chier à la campagne, oui. » (Rodolphe Sand imitant une femme hétéro mère porteuse, dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « J’envie toutes les femmes que je vois dans la ville. Je les envie. Elles sont heureuses. Elles rendent leurs maris heureux. Elles vivent une vie normale, heureuse. Ils sont libres ! » (Irena dans le film « Cat People », « La Féline » (1942) de Jacques Tourneur) ; « T’as quitté ta province coincée. […] À Paris tu as débarqué. » (cf. la chanson « Petit Pédé » de Renaud) ; etc.

 

Les grandes villes seraient forcément des lieux gay friendly, sans homophobie, où l’homosexualité pourrait se vivre sans poser de problème : « Imagine. Si plus de gays habitaient dans les p’tites villes… Mais évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire. » (Jonas, un témoin homosexuel cherchant à attribuer l’homophobie aux comportements soi-disant ruraux et rustres de la campagne nord-américaine, après la mort de Matthew Shepard à Laramie, une petite localité du Wisconsin, dans la pièce Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman)

 

Le personnage homosexuel (en particulier « le gay » ; moins « la lesbienne ») est présenté comme le prototype du citadin, avec la panoplie des défauts qui l’accompagne : la superficialité, la « branchitude », la fièvre acheteuse, le goût du pouvoir, la culture branchouille, etc. (cf. la chanson « L’Enfant de la pollution » de Ziggy dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) : « Ahmed est cool. Le gars de la ville connaît tellement de choses : tous les chanteurs populaires, les derniers tubes et toutes les nouvelles danses en vogue dans les discothèques d’Alger, alors qu’à la campagne, on fronce les sourcils sur tout genre de déhanchement, surtout sur des musiques américaines. » (Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010), p. 42-43)

 

Comportements homosexuels et urbanisme sont souvent associés fictionnellement : « Pédépolis : tout le monde est gay, même la police ! » (une réplique d’une chanson de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Allez, Cliff. On est à Berlin. Détends-toi. Sois toi-même. » (Bobby parlant à Cliff avant qu’ils s’embrassent, dans la comédie musicale Cabaret (1966) de Sam Mendes et Rob Marshall) ; etc. Par exemple, dans sa poésie « Oda A Walt Whitman » (1940), Federico García Lorca parle des « maricas de las ciudades » (traduction : « les pédés des villes »). L’expression « les tapettes de la ville » est également employée dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, et montre que l’homosexuel appartient prioritairement au monde des grandes mégapoles mondiales.

 

La ville représente l’Eldorado du libertarisme bisexuel et du progrès matérialiste/sentimentaliste, donc de la vie homosexuelle, un mode d’existence choisi par ceux qui veulent l’actualiser sans en entendre explicitement parler, sans assumer la responsabilité de leurs actes. Par exemple, dans le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz, les deux héroïnes lesbiennes Ati et Shirin cherchent à vivre leur amour lesbien en ville (« À Dubaï, tout est possible ») pour vivre leur amour en théorie « au grand jour »… mais en réalité dans la clandestinité, l’anonymat citadin, et l’éloignement de leurs proches. Dans le film « Two Brothers » (2001) de Richard Bell, celui des deux frères jumeaux qui est homo va explorer sa sexualité dans la « grande ville ». Dans le film « Des jeunes gens mödernes » (2011) de Jérôme de Missolz, Antoine, Aurélie, Mathieu, Riposte et Sabine sont montés à paris pour y organiser des séances de tatouage sauvage dans les soirées.

 
 

c) La ville comme métaphore de la violence réifiante du désir homosexuel :

Loin de redorer le blason du désir homosexuel, la ville le désigne indirectement comme un élan idolâtre et mortifère. Souvent dans les fictions homo-érotiques, elle est le lieu de la désunion conjugale, des amours compliquées voire infernales, de la prostitution, du viol : cf. le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, le roman L’Uruguayen (1972) de Copi (avec la thématique de la ville-fantôme après l’Apocalypse), le vidéo-clip de la chanson « California » de Mylène Farmer, le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre (abordant le thème de la prostitution), le film « L’Homme blessé » de Patrice Chéreau (avec tous les clichés de l’homosexualité sombre et urbaine), le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, le film « Roulette Toronto » (2010) de Courtney Trouble, le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, etc. « J’ai vécu dans cette ville pendant quinze ans. Mes parents se disputaient souvent, pour des choses sans importance me semblait-il. Et ces petits désaccords prenaient parfois des proportions démesurées. Je détestais les voir ainsi s’entre-déchirer. » (Bryan, l’un des héros homosexuels du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 18) ; « Y’a qu’des violeurs, y’a que des voleurs ! » (François en parlant de la ville, dans la pièce Frères du bled (2011) de Christophe Botti) ; « S’ils existaient, il y aurait des fantômes partout dans cette ville, partout dans toutes les villes. Et Glasgow ? Un meurtre à chaque coin de rue. » » (Petra, l’héroïne lesbienne parlant de Berlin à son amante Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 36) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (2011) de Peter Fleischmann, Abram, le héros homosexuel revient de la ville « où il a fait ses cochonneries ». Dans le film « Kick-Ass » (2009) de Matthew Vaughn, Dave est suspecté d’être gay après avoir été retrouvé nu suite à une agression urbaine. Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Mathan est le jeune héros homosexuel « provincial » qui voulait conquérir Paris et suivre son amant Jacques… mais qui déchante : « Je ne sais plus si j’ai envie de vivre à Paris… d’être homo dans cette ville. » Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, lorsque Frankie propose à son amant Walt de mettre un préservatif pour faire l’amour, ce dernier, angoissé par la psychose du Sida qui a envahie la ville de San Francisco, plonge dans la mélancolie : « Faut que je me barre de cette ville. » La Ville est ici symbole de mort, de cataclysme prioritairement homosexuel. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, on assiste à l’errance nocturne urbaine de Davide, le jeune héros homosexuel, dans le monde de la prostitution homosexuelle de Catano.

 

Le héros homosexuel trouve dans le désordre libertin et la décadence urbaine une occasion de s’épancher sur ses fantasmes narcissiques d’artiste maudit à la dérive : « Je m’apprête à passer des formidables vacances à Rome, j’accepte même de jouer le romantisme indispensable dans cette vieille ville entre deux coïts rapides dans un coin sombre avant d’aller boire une bière avec son partenaire Piazza Navona et lui prêter dix mille lires que vous ne reverrez plus. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 22) La ville est donc le lieu idéal de la mélancolie chorégraphiée (façon vidéo-clip au ralenti), notamment la nuit (cf. je vous renvoie au code « Bobo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs (avec Erik, le personnage homosexuel, marchant à la fin comme une âme en peine dans New York), etc.

 

La ville où les personnages homosexuels ont élu domicile a tout du tombeau mortel ou de la prison dorée aux barreaux invisibles : « La galerie comportait les paravents d’un jardin d’hiver qui n’avait jamais vu le jour. Paul les traîna, les déplia et s’en fit des remparts, une sorte de ville chinoise. » (la voix-off de Jean Cocteau dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville) ; « Les villes avaient toujours eu leurs guetteurs, tapis dans l’ombre, prêts à tirer le meilleur parti de tout ce qui pouvait croiser leur chemin. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 54) ; « Je marche dans Babel et dans ses dédales, paumé dans le grand piège cannibal. » (Pierre Fatus dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive !, 2015) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Urbanité et homosexualité :

Film "Shortbus" de John Cameron Mitchell (Manhattan en carton-pâte)

Film « Shortbus » de John Cameron Mitchell (Manhattan en carton-pâte)


 

Il existe très souvent une histoire passionnelle entre les sujets homosexuels et la ville : « J’ai quitté Caen pour venir m’installer à Paris. » (Bruno Wiel, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; « Pour Sacha, être gay dans une région rurale est avant tout synonyme de solitude. » (Peter Gehardt, en voix-off, dans son documentaire « Homo et alors ?!? », 2015) ; « Au village, c’est la cata. Tout le monde se connaît, mais personne n’est au courant pour moi. S’ils savaient que je suis homo, j’crois qu’ils m’enverraient bouler, parce que l’homosexualité à la campagne, c’est considéré comme quelque chose de mal. » (Sacha, jeune Allemand homo, idem) ; « Regardez-moi donc ! claironnait la capitale allemande, fanfaronne jusque dans son désespoir. Je suis Babel, la Pécheresse, la ville monstueuse entre toutes les villes. Sodome et Gomorrhe tout ensemble n’étaient pas moitié aussi corrompues, moitié aussi misérables que moi ! » (Klaus Mann écrivant sur Berlin, la ville homosexuelle sodomite pendant les années 1920-1930, dans son Journal, p. 169) ; « La plupart des lieux de prédilection fréquentés par les homosexuels étaient urbains, civils, sophistiqués. Le scénariste américain Ben Hecht, à l’époque correspondant à Berlin pour une multitude de journaux des États-Unis, se souviendra longtemps d’y avoir croisé un groupe d’aviateurs, élégants, parfumés, monocle à l’œil, bourrés à l’héroïne ou à la cocaïne. » (Philippe Simonnot parlant de la libéralisation des mœurs dans la ville nazie berlinoise des années 1920-30, dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 30) ; « Dans un tract politique nazi du 16 septembre 1919, on pouvait lire ce slogan : ‘L’Allemagne est en train de devenir une ‘maison chaude’ pour les fantasmes et l’excitation sexuelle.’Cette formule correspondait à une réalité certaine. Des touristes du monde entier venaient à Berlin, parce qu’elle était surnommé ‘Sin City’… On pouvait même trouver des filles de 10-11 ans portant des habits de bébés qui se promenaient de minuit à l’aube en concurrence avec des blondes luxuriantes, nues dans leurs manteaux de fourrures. Ou avec des garçons habillés en poupées, poudrés, les yeux faits, et du rouge aux lèvres. Pas moins de deux mille prostitués mâles sillonnaient les rues de Berlin, tous listés par la police. » (idem, p. 31) ; « Le nombre d’homosexuels à Berlin est estimé à quelques cent mille par Hans von Treschkow, commissaire de police à Berlin, dans ses Mémoires. » (idem, p. 36) ; « C’est quelqu’un de malheureux dans son coin et qui va à la grande ville. C’est un chemin qu’on a fait tous. Toute la vidéo montrait que pour être heureux en tant qu’homo, il faut partir. » (Didier Lestrade parlant de la chanson « Smalltown Boy » de Bronski Beat, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Out » (2014) de Maxime Donzel) ; « Je ne m’acceptais pas (jusqu’à mes 20 ans) parce que j’habite un petit village. C’est une chose dont on ne parle jamais. On se cache. On a peur. » (René, témoin homo suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; « À l’époque, plusieurs personnes m’avaient dit que New York était une ville plus tolérante, qu’on pouvait vivre son homosexualité. Donc j’ai décidé d’aller m’installer là-bas et de m’assumer tel que j’étais. » (Philip Bockman, vétéran gay évoquant le mois d’août 1966, dans le documentaire « Stonewall : Aux origines de la Gay Pride » de Mathilde Fassin, diffusé dans l’émission La Case du Siècle sur la chaîne France 5 le 28 juin 2020) ; etc. Certains artistes homosexuels la choisissent même comme pseudonyme (exemple : l’humoriste lesbienne Louise de Ville). Elle est l’espace du caméléon, celui qui veut vivre une double vie : « La vie urbaine est pour moi une image magnifiée de la vie tout court. Comme les grandes cités qui nous proposent une infinité de voies à explorer, nous sommes multiformes. » (Bertrand Delanoë, La Vie, passionnément (2004), p. 14)

 

La ville est le fer de lance de « l’ouverture » et de « l’amour »… Par exemple, dans le documentaire « Deux hommes et un couffin » de l’émission 13h15 le dimanche diffusé sur la chaîne France 2 le dimanche 26 juillet 2015, les caméras se braquent sur la réaction d’hostilité d’un père campagnard à l’égard de son fils homo Christophe qui a programmé une GPA avec son compagnon. Le papy est montré par les journalistes comme un « vieux con » dont la connerie serait dédouanée par le contexte géo-culturel et générationnel : « Vous pensez, Maurice, que c’est plus quelque chose de la ville, l’homosexualité ? » demande la journaliste. « Oui, parce qu’à la campagne, on se connaît davantage. » répond Maurice. Dans le documentaire « Lesbiennes, gays et trans : une histoire de combats » (2019) de Benoît Masocco, Gerard Koskovich décrit l’afflux de population homosexuelle vers la ville de San Francisco (États-Unis) en ces termes : « C’est ce qu’on appelle ‘la Grande Migration gay’. »
 

Par exemple, la romancière lesbienne Virginia Woolf parle de « la passion de sa vie, c’est-à-dire la cité de Londres » (Virginia Woolf dans une lettre à Ethel Smyth le 12 septembre 1940, citée par Cécile Wajsbrot) Dans son Journal (1992), le dramaturge Jean-Luc Lagarce passe son temps à se dédouaner de son statut hybride de provincial parisianiste : pour lui, ce qui ne vient pas de la capitale est « terriblement provincial », sa famille en première ligne.

 

Pour ma part, je me définis volontiers comme un citadin. Depuis que je suis arrivé à Paris, j’ai du mal à en partir ! Je ne pense pas pourtant être un consommateur né (plutôt le contraire !). Mais les villes ne me dépriment absolument pas. Leur saleté, les gens pressés ou désagréables, le bruit, la vie chère, le stress, les embouteillages, les métros bondés, tout ça m’amuse et m’attire. Je n’ai pas l’âme d’un campagnard. Dans une ville comme Paris, il y a une vie artistique, amicale, et spirituelle hors du commun. Paris renferme le meilleur comme le pire… donc quand même le meilleur !

 

La ville est le lieu d’homosociabilité par excellence : cf. l’autobiographie Quitter la ville (2000) de Christine Angot, le documentaire « London » (1993) de Patrick Keiller, etc. « La grande ville attire les gays. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 216) Les statistiques des sociologues concordent en ce point : « Les homosexuels interrogés en 1992 vivaient très majoritairement en région parisienne ou dans les villes de plus de 100 000 habitants (86%), ce qui confirme le lien entre homosexualité et migration géographique vers les villes. La concentration urbaine des homosexuels ne fait aucun doute puisqu’elle est statistiquement significative et tranche fortement avec la répartition géographique de la population française globale. 46% des homosexuels de l’enquête vivent en région parisienne, 40% dans des villes de plus de 100 000 habitants, 5% dans des villes de 20 000 à 100 000 et 9% dans des villes inférieures à 20 000). » (Alfred Spira, Rapport Spira Bajos, cité dans l’essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel, p. 539) ; « Les personnes homo-bisexuelles résident plus souvent dans les grandes agglomérations de plus de 100 000 habitants (59% versus 39% des femmes hétérosexuelles, 62% versus 38% des hommes hétérosexuels). » (Nathalie Bajos et Michel Bozon, Enquête sur la sexualité en France (2008), p. 257)

 

Dans son essai de sociologie urbaine Gay New York (1890-1940), George Chauncey décrit le « milieu homo » urbain des années 1890-1940 aux États-Unis, et analyse le pouvoir d’attraction de villes telles que New York ou Chicago auprès de la population LGBT. Actuellement, la ville de San Francisco aux États-Unis est, selon certains, une ville à 25% homosexuelle (cf. le quartier gay de Castro, le quartier lesbien de Mission).

 

Sur les sites de rencontres Internet, on entend beaucoup de frustration des personnes homosexuelles à ne pas bénéficier de la gamme de possibilités de rencontres qu’offrent les grandes métropoles.

 

La ville est présentée comme l’espace de tous les possibles, de l’émulation artistique, de la pluralité cosmopolite, parfois même du retour à l’enfance : « Cher Jorge Lavelli, Je te donne cette pièce en souvenir attendri de la ville de Buenos Aires qui a été, pour nous aussi, un peu le parc de notre enfance. C’est dans un coin de rue rose de cette ville que nous avons tué à coups de marteau dix-sept facteurs, un marchand de melons et la putain du coin avant d’aller comme des gosses scier les arbres des patios de San Telmo. » (cf. lettre de Copi à Jorge Lavelli, en préface de la pièce La Journée d’une rêveuse (1968), p. 7) ; « Je me suis beaucoup identifié à la chanson des Bronski Beat ‘Smalltown Boy’ parce que je venais moi-même d’une petite ville. » (Michael Michalsky interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Encore aujourd’hui, des homosexuels sont obligés de s’exiler en ville pour vivre leur homosexualité. » (Elton John dans le documentaire « Elton John, A Singular Man » (2015) de Christian Wagner, diffusée sur la chaîne ARTE le 9 janvier 2016) ; etc.

 
 

b) L’espace du libertarisme sexuel :

Pièce Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès

Pièce Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès


 

Loin de redorer le blason du désir homosexuel, la ville le désigne indirectement comme un élan idolâtre, superficiel et mortifère. Souvent, elle est le lieu de la désunion conjugale, des amours compliquées voire infernales, de la prostitution, du viol. Selon Philon d’Alexandrie (v. 20 av. J.-C. – 50 après J.-C.), l’homosexualité est un « vice » propre aux grandes villes.

 

Et il est clair que la ville, étant une zone d’activités en tous genres et de déplacements nombreux et furtifs, elle encouragent au voyeurisme, à la dispersion, aux sexualités plurielles et stériles telles que l’hétérosexualité, la bisexualité, l’homosexualité, et la transsexualité : « J’adorais déjà Paris. […] Je me retrouvai [en 1957], à l’âge de 16 ans, débarrassé des uns et des autres dans l’immense ville de Buenos Aires. Ayant appris quelques finesses de petit parisien, je me dédiai beaucoup à l’aventure sentimentale et au voyeurisme social. » (le dramaturge Copi à Paris en août 1984, cité dans la biographie Copi (1990) de Jorge Damonte, le frère de Copi, pp. 86-87) ; « Les mêmes mots, les mêmes rejets, les mêmes engouements se retrouvent chez les militants homosexuels et les féministes, au point que l’on peut parler d’alliance objective. Les rares hommes politiques qui assument ou revendiquent leur homosexualité sont aussi les féministes les plus ostentatoires. Il y a une rencontre sociologique, au cœur des grandes villes, entre homosexuels, militants ou pas, et femmes modernes, pour la plupart célibataires ou divorcées. Le cœur de cible de ce fameux électorat bobo. Mêmes revenus, mêmes modes de vie, même idéologie, ‘moderniste’, ‘tolérante’, multiculturelle. À Berlin, Hambourg et Paris, ces populations ont élu comme édiles trois maires homosexuels – et fiers de l’être – qui ont la conviction de porter un nouvel art de vivre, une nouvelle Renaissance. » (Éric Zemmour, Le Premier Sexe (2006), pp. 22-23)

 

Aux yeux de la société comme de la communauté interlope, les individus homosexuels sont présentés comme les prototypes des citadins, avec la panoplie des défauts qui les accompagnent : la superficialité, la « branchitude », la fièvre acheteuse, le goût du pouvoir, la culture branchouille, etc. Il n’y a qu’à voir comment beaucoup de personnes homosexuelles se déchainent sur lesdites « Maraisiennes » (cf. le portrait caustique de l’humoriste pourtant très citadin Samuel Laroque dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie, 2012) pour comprendre qu’elles se reprochent à elles-mêmes leur propre participation chronique à l’actualisation partielle du cliché du « citadin homosexuel snob et immature ».

 

D’ailleurs, à quelques rares occasions, certains sujets homosexuels ne cachent pas que c’est par opportunisme et désir de vivre une ascension sociale et médiatique fulgurante qu’ils ont rejoint la capitale : « La décision de quitter la ville où je suis né et où j’avais passé toute mon adolescence pour aller vivre à Paris, quand j’avais 20 ans, signifia pour moi un changement progressif de milieu social. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 22) ; « Dans ma vie, en suivant le parcours typique du gay qui va vers la ville, s’inscrit dans de nouveaux réseaux de sociabilité, fait l’apprentissage de lui-même comme gay en découvrant le monde gay et en s’inventant comme gay à partir de cette découverte. » (idem, p. 25) ; « Je pourrais dire que les livres de Simone de Beauvoir et le désir de vivre librement mon homosexualité furent les deux grandes raisons qui présidèrent à mon installation à Paris. » (idem, pp. 193-194) ; « Il fallait que je parte à Paris si je voulais que le vilain petit canard que j’étais se transforme en cygne. » (Patrick Blosch, témoin homosexuel du débat « Toutes et tous citoyen-ne-s engagé-e-s » organisé dans la Salle des Fêtes de la Mairie du XIème arrondissement de Paris, le samedi 10 octobre 2009).

 
 

c) La ville comme métaphore de la violence réifiante du désir homosexuel :

En toile de fond, dans les discours et les images employés, on comprend que l’attraction de la communauté homosexuelle vers la ville est amoureusement et narcissiquement abyssale. Chez beaucoup de personnes homosexuelles, la ville éveille des instincts de mort et de mélancolie esthétisés : « Le 8 décembre 1990, la neige, à gros flocons, blanchissait la ville. […] Je déambulais au milieu des passants qui se délectaient de vins chauds et achetaient des lampions pour les enfants. […] Le contraste entre le souvenir de ma précédente visite à Fourvière et ce que j’expérimentais ce soir-là, seul et désabusé, augmenta mon sentiment d’inutilité et de gâchis de mon existence. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 99) ; « Je ne voulais pas qu’on voie que je venais à peine d’être une nouvelle fois rejeté. Que je m’étais trompé. Je ne voulais pas me donner en spectacle. J’avais envie d’errer, de respirer la nuit seul, de traverser cette ville où, depuis que j’avais quitté le Maroc poursuivant des rêves cinématographiques, je me redécouvrais heureux et triste, debout et à terre. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 45) La ville, en tant que navire à la dérive, chatouille le romantisme névrotique de l’errant homosexuel et libertin : « Je les aime, parce qu’ils sont purs avec leur regard triste, mélancolique… leurs pas incertains, timides, perdus dans cette grande ville… s’attendrissant devant les aigles et les lions en cage… » (Jacques en parlant des soldats, dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 220)

 

Par exemple, dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi, Luca, l’un des deux témoins du couple homosexuel portraituré, exprime le souhait qu’à sa mort, ses cendres soient dispersées dans le beau paysage de la ville de Rome qu’il contemple. Le poète homosexuel espagnol Federico García Lorca, quant à lui, restera marqué à vie par la ville de New York pendant la crise de 1929. Le réalisateur italien Pier Paolo Pasolini dira dans toute son œuvre son attraction pour la pègre underground des grandes villes, celle qui lui ôtera la vie : « Pasolini est fasciné par les banlieues romaines, ce qu’il décrira comme ‘un traumatisme violent, une violente charge de vitalité, l’expérience d’un monde et même, en un certain sens, du monde’. » (cf. l’article « Pier Paolo Pasolini » de Francesco Gnérre, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 353)

 

Dans son article « Les Happenings : Art des confrontations radicales » (1968), Susan Sontag évoque « l’aspect sombre et chaotique » des Happenings, « la tendance [des artistes camp, pour la plupart homosexuels] à utiliser le bric-à-brac et les laissés-pour-compte de la civilisation urbaine. » (p. 411) : « L’expression de William Empton, ‘pastorale urbaine’, s’appliquerait très bien à une bonne partie du Camp. » (Susan Sontag, « Le Style Camp », L’Œuvre parle (1968), p. 427)

 

En somme, la ville est le lieu de la décadence sublimée (artistiquement et sentimentalement), de la déshumanisation bisexuelle asexualisante, donc de la haine de la sexualité, haine illustrée entre autres par la pratique de l’homosexualité. « Paris reste la capitale des efféminés. Tout comme le caractère du vrai Parisien est fait de race, de sensibilité, le vice notoire de Paris et du Parisien reste l’homosexualité. La trop grande présence de la femme, dans une ville toute entière dévouée à son culte, a fait, par répercussion, de ses représentations mâles, des êtres à l’instinct pédérastique plus ou moins développé. Paris reste malheureusement en tête, les statistiques le démontrent. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 16)

 

Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko est aspiré frénétiquement par la grosse mégapole (Brazzaville, New York, Paris), même si paradoxalement il semble y vivre de grands drames (relations amoureuses sans lendemain, viol, prostitution, isolement, homophobie, etc.) : c’est vraiment la prison dorée : « Je ressentis le poids de l’absence des délices citadins. » (p. 16) ; « La grande ville était pour moi le temple de nos idées maquillées d’une magie extraordinaire. » (idem, p. 44) ; « Évidemment, de même que mes copains de Brazzaville, je retrouvais l’identique raisonnement. D’un continent à un autre, les vues d’esprit étaient donc les mêmes. » (idem, p. 102) ; « De Brazzaville à Goussainville, l’homosexualité était devenue l’ombre de moi-même : un véritable cheval de bataille, impliqué autoritairement dans ma vie de tous les jours. » (idem, p. 103) ; « New York me désespérait avec une grâce certaine où, la sereine langueur de la pollution piquée par le bruit et la chaleur, apportait un bonheur furtif et réparateur mais où, planaient irrémédiables, mon angoisse de vivre et l’attente de la mort. Damné jusqu’à la fin des temps, encombré de mes grandes jambes inutiles, j’étais seul, la nuit, plein de désirs inexaucés, sans savoir que mes seuls amis étaient les étoiles, émues, anonymes, de ma présence. » (idem, p. 118) ; « De Brazzaville à Paris, mes rapports sexuels définissaient donc une périlleuse échelle sociale très discutée. Le déshonneur n’existait plus, rien d’autre non plus. Poches pleines ou vides, les jours se suivaient intrinsèquement et ne se ressemblaient pas. » (idem, p. 123)

 
 

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Code n°181 – Violeur homosexuel (sous-codes : Psychopathe homosexuel / Victime du grand viol reproduisant un autre viol)

violeur homosexuel

Violeur homosexuel

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

Tous des violeurs ?

 
 

Sujet épineux qui ne manquera pas de choquer les gens qui se victimisent et qui diabolisent leurs ennemis ! Mais tant pis. Je ne suis pas là pour croire aux bonnes et mauvaises intentions, mais pour découvrir le Réel, reconnaître des faits (parfois dramatiques et violents) et défendre l’Amour en actes !

 

Ce n’est pas pour des prunes que dans tous mes écrits, je soutiens que le désir homosexuel est par nature le signe d’un viol parfois réel, ou en tous cas un fantasme de viol (dans le double sens de l’expression : fantasme de violer ou/et fantasme d’être violé)… même si, en disant cela, rien ni personne ne m’autorisé à penser que toutes les personnes homosexuelles sont des violeurs en puissance. Elles sont bien plus violées que violentes (cf. je vous renvoie au code « Viol » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels)… mais à force de croire qu’elles ne sont que violées, une part d’entre elles assouvit son plan secret de vengeance plus régulièrement que prévu !

 

Le visage du violeur homosexuel n’est pas nécessairement porté par celui qu’on attend. On se trompe en beauté si on pense que le violeur homosexuel ne peut être que l’individu adulte (à partir de la quarantaine, environ), masculin, bear ou butch, « actif » sexuellement, adepte des pratiques sado-maso, 100% méchant et malveillant. J’ai vu des hommes et des femmes homosexuels, en apparence innocents, conformes physiquement aux canons de la mode de leur sexuation biologique originelle, jeunes, jouant les fragiles, homosexuels dits « assumés », sincères et « amoureux », frapper quand on s’y attendait le moins ! N’oublions jamais que tout être humain est profondément libre, donc ni « victime à vie », ni « bourreau à vie »… Autant nous pouvons assurer que tout bourreau a été victime, autant on ne pourra jamais dire que toute victime sera plus tard bourreau… et heureusement ! (Merci la résilience !) Or ceux qui l’oublient, afin de diaboliser les violeurs et béatifier les victimes de viol, sont en général des gens qui violent aussi, qui suppriment la liberté humaine en causalisant/personnifiant le viol.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Destruction des femmes », « Milieu homosexuel infernal », « « Première fois » », « Duo totalitaire lesbienne/gay », « Pédophilie », « Cannibalisme », « Vampirisme », « Homosexualité noire et glorieuse », « L’homosexuel = L’hétérosexuel », « Liaisons dangereuses », « Coït homosexuel = viol », « Milieu psychiatrique », « Viol », « Inceste », « Humour-poignard », « Douceur-poignard », « Parricide la bonne soupe », « Méchant pauvre », « Voleurs », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Emma Bovary « J’ai un amant ! » », « Se prendre pour Dieu« , « Se prendre pour le diable », « Super-héros », « Couple criminel », « Homosexuels psychorigides », « Amant diabolique », « Androgynie bouffon/tyran », « Homosexuel homophobe », « Voyeur vu », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », à la partie « Voyeur » du code « Espion », et à la partie « Grands Hommes » du code « Défense du tyran », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

a) Le violeur homosexuel : légende ou réalité ?

VIOLEUR 1 psychose

Film « Psychose » d’Alfred Hitchcock


 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, une rumeur causalisant le lien entre homosexualité et viol circule autour du héros homosexuel ou de l’homosexualité en général : « Ok, les gars… j’ai peut-être un p’tit problème de violence. » (Océane Rose-Marie parlant de son adolescence, dans son one-woman-show Châtons violents, 2015) ; « Tu sais ce qu’il a fait, monsieur ton fils ? Il a violé le Rovo. » (la Bouchère à Barbara, la mère d’Abram, le héros homosexuel qui a fait de la prison, dans le film « Jagdszenen Aus Niederbayern », « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann) ; « Si je me fais violer, ce sera de votre faute. » (Patrik, le jeune adolescent hétérosexuel, en s’adressant à l’agent qui le laisse partir avec ses deux pères homosexuels adoptifs, dans le film « Patrik, 1.5 », « Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen) ; « T’es tellement fou que tu pourrais tous nous violer ! » (Pénélope au protagoniste principal du one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur) ; « Je parie que toi et Peggy, vous faites des trucs aux gosses… » (Santiago s’adressant à Doris la lesbienne, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; « Peut-être qu’elle est folle, qu’elle va nous assassiner ! » (Fanny s’adressant à son mari Jean-Pierre par rapport à Catherine, l’héroïne lesbienne dont elle va tomber amoureuse, dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; « Chaque homme tue celui qu’il aime. » (le maquereau de Davide le jeune héros homosexuel de 14 ans, pendant qu’il se désape avant de le violer, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Mais t’es qu’un connard de psychopathe ! » (Damien insultant Rémi qui lui a donné un coup de serpillère sur la tête en croyant assommer un rat, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza) ; « Le psycho ! Le psycho !! » (Chanelle en panique au moment de voir l’ombre de Louison la lesbienne dans la grotte, dans l’épisode 86 « Le Mystère des pierres qui chantent » de la série Joséphine Ange-gardien, diffusée sur la chaîne TF1 le 23 octobre 2017) ; « Tu l’as violée, c’est tout ! » (Marcel s’adressant à son « mari » Dominique par rapport à Mireille, dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet) ; « La victime est belle et le crime est si gay ! » (c.f. la chanson « Coeur de loup » de Philippe Lafontaine) ; etc.

 

Il n’y a pas que les personnages dits « hétéros » qui présentent les homosexuels fictionnels comme des « obsédés sexuels » et des « pervers ». La mauvaise réputation provient aussi et surtout des héros homos eux-mêmes, même si elle prend le visage sexiste de la misandrie (beaucoup d’héroïnes lesbiennes prennent les hommes gays pour des violeurs, parce qu’ils ont le malheur d’être nés « mâles »…), de la misogynie (beaucoup de héros gays voient les femmes comme des tigresses et des prédatrices sublimes), de la peur de la sexualité, de la phobie de la génitalité, de l’auto-parodie cynique, voire de l’effroi amoureux (cf. je vous renvoie aux codes « Liaisons dangereuses », « Viol », « Prostitution » et « Femme-Araignée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

« J’ai échappé au viol ! » (Mimil, le héros homosexuel parlant des avances de son ami Jeff, dans la pièce Les Babas cadres (2008) de Christian Dob) ; « Pas elle ! Elle va me violer !! » (Camille, l’héroïne lesbienne face à sa nouvelle camarade de cellule carcérale Caroline, avec qui elle formera finalement un couple après sa conversion au lesbianisme, dans le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « Pfu, vous êtes pareils tous les deux, Simon et toi, complètement obsédés. Je vais finir par croire que c’est un syndrome homosexuel… Non, en fait j’en suis convaincue ! Un jour, tu vas voir, j’en aurais marre que les pédés parlent que de cul, on dirait que chez vous, si y avait pas le cul, y aurait rien. Vous êtes complètement obsédés, tous. Bande de freaks ! » (Polly, l’héroïne lesbienne s’adressant à ses deux amis gays Simon et Mike, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 25) ; « Coucher avec des filles, c’est un truc de pédés. » (cf. une réplique du film (2004) de Matthew Vaughn) ; « Il y a un tueur en liberté dans cette maison. Et vous avez le profil requis ! » (Giles Ralston s’adressant à Christopher Wren, le héros homosexuel, dans la pièce The Mousetrap, La Souricière (1952) d’Agatha Christie, mise en scène en 2015 par Stan Risoch) ; etc.

 

Quelquefois, le héros homosexuel voit en son amant un violeur : « Je n’avais jamais voulu voir la vraie nature de Jan. […] Maintenant que j’ai vu Jan menacer Gordon, depuis cet instant où il a braqué son automatique vers moi, je sais aussi comment leur empire, leur business s’est édifié… » (Bjorn à propos de son propre amant Jan, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 159) ; « Ton amant gay est un voleur et un assassin. » (Combs au héros homosexuel Price, dans le film « Somefarwhere » (2011) d’Everett Lewis) ; « Non, je n’ai jamais été violé et abandonné comme par ce regard en une seconde et en pleine rue, subtil, sagace, sûr de son harpon et sans remords… Cet homme… s’est retourné tout d’un coup et, me dévoilant son visage d’Archange, m’adressa face à face ce message d’une langueur, d’une ferveur et à la fin d’une férocité qui n’avaient plus rien d’humain… » (Marcel Jouhandeau, Carnets de Don Juan (1947), p. 96)

 

Par exemple, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, c’est au moment où les deux héroïnes (Ronit et Esti) se retrouvent toutes les deux dans un bosquet pour se dire leur amour que Ronit dit à Esti qu’elle « a l’air d’un tueur en série » (p. 139) Dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell, Mélodie arrive chez son amante Charlotte avec une robe de soirée assez sexy. Elle qui passe ses journées à gérer des affaires de viol en cour d’assise, elle n’en revient pas de voir Charlotte se transformer en violeuse à son encontre, hors d’un contexte professionnel. « C’est un vrai appel au viol, ton truc… » s’en amuse au départ Charlotte, qui devient de plus en plus insistante (« En fait, t’as fait ça pour me rendre dingue ! »), au point d’inquiéter Mélodie : « Mais arrête ! ». Finalement, Mélodie se laisse faire : « Alors c’est que ça ? Faut que je te fuis pour que tu me rattrapes ? ». Dans l’épisode 1 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Adam, le héros homosexuel, est présenté comme un psychopathe, un monstre (Aimee le surnomme « Bitzilla »). Éric, son futur amant, avertit Otis qu’ « Adam va le tuer dans sa propre maison ».

 

Par peur ou fantasme de donner crédit à cette croyance populaire au lien de causalité viol/homosexualité (pas totalement infondée non plus, car le désir homosexuel et les actes qu’il implique sont par nature semi-sincères semi-violents), certains personnages homosexuels prennent l’image du violeur homosexuel pour une vérité sur eux-mêmes, pour un ordre et un modèle. Ils intériorisent alors le fantasme de violer vraiment : « Je l’aurais violée sur-le-champ, si j’avais pu. » (Suzanne à propos de son amante Héloïse, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 305) ; « Déshabille-toi et j’arriverai. Comme l’homme du rêve… » (Léopold, le héros homosexuel s’adressant à son amant Franz qui vient de lui raconter le rêve incestueux et effrayant qu’il faisait étant jeune à propos de son beau-père, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Je vais t’égorger, tu le sais, ça ? » (Guen, le héros homosexuel, parlant à Stan, dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder, Holmes (très homosexualisé dans le film) s’amuse à passer pour le violeur de Gabrielle. Dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, le protagoniste principal part à la recherche de son violeur (« Quand j’étais enfant, j’ai été violé. Franchement, c’était génial. Et ce site m’a permis de retrouver la trace de mon violeur. Et je suis drôlement content d’avoir retrouvé mon grand-père. ») et incite les membres du public à devenir violeurs eux-mêmes (notamment en répondant à un questionnaire sur le site fictionnel « syndromedestockholm.com » : « Quel genre de psychopathe êtes-vous ? »). Dans la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, il est fait référence à « l’obsession de violence » chez les personnages homosexuels. Dans l’épisode 98 « Haute Couture » de la série Joséphine ange gardien, Dallas, l’assistant-couturier homo de la créatrice Cecilia, veut mettre hors d’état de nuire Hélène, la première d’atelier concurrençant Cecilia, et décrit sa stratégie arachnéenne pour s’en débarrasser proprement : « Je sais ! Je l’intimide avec mes ciseaux crantés, je la saucissonne à la dentelle de Calais, et je la planque dans un rouleau de taffetas noir. Tout ça avec des gants : pour ne pas laisser d’empreintes. »

 

Le violeur homosexuel commence par s’auto-persuader qu’il ne viole pas quand il essaie d’exercer son emprise psychologiquement sur son amant. « N’ayez crainte, je n’ai pas l’intention de vous violer, mais seulement de vous interroger. » (Cyrille, le héros homosexuel s’adressant au journaliste, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) Il fait souvent porter à sa victime son propre discours de l’évidence, une évidence en général infondée et qui n’est le signe que de son attachement à ses pulsions, à ses projections identitaires et amoureuses. Par exemple, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, il est très souvent question de la défense de la « prédestination » dans les rencontres amoureuses. Celles-ci seraient déjà écrites d’avance, ne se choisiraient pas, et devraient obligatoirement se vivre. Ce film offre une vision totalement déterministe et peu libre de l’amour : « Il n’y a pas de hasards. » dit Emma à son amant Adèle qu’elle vampirise. Le violeur homosexuel voit des « signes » et des « confirmations » de ses désirs partout.

 
 

b) Le violeur homosexuel passe effectivement à l’action :

Dans certaines créations homo-érotiques, il arrive que le personnage homosexuel viole des femmes (cf. je vous renvoie avec insistance au code « Destruction des femmes » et à la partie « Prostituée tuée » du code « Prostitution », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2011) de Stéphane Druet (avec Pedro, le héros homosexuel, infligeant une séance de torture à Claudia avec sa guitare), le one-woman-show Betty Speaks (2009) de Louise de Ville (avec la figure lesbianisé d’Angelina Jolie en violeuse), le film « Frankenstein Junior » (1974) de Mel Brooks (avec Dracula, le vampire efféminé), le film « Hécate, maîtresse de la nuit » (1982) de Daniel Schmid (avec Julien, le jeune ambassadeur qui violente Clotilde), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec la violeuse lesbienne Lorelei), le film « Je suis une nymphomane » (1970) de Max Pécas, le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, le film « Kill Your Darlings » (2014) de John Krokidas, etc.

 

« Je te fends la chatte ! » (Venceslao parlant à Mechita dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1999) de Copi) ; « Comme j’utilise le mot ‘chatte’, j’passe par un violeur en puissance. » (Max dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) ; « Ayez pitié d’une pauvre femme par-dessus vieille ! J’allume la boule. Vous la voyez votre petite Delphine pendue ? Monsieur, me dit-elle, je me sens mal. Mes sels ! Je la gifle. Je l’attrape par les cheveux, lui cogne le front contre la boule de cristal, elle râle, elle s’affaisse sur sa chaise, elle a une grosse boule bleue sur le front, un filet de sang coule de son oreille. En bas on entend le bruit régulier de la caisse, je regarde par la fenêtre, le boulevard Magenta est toujours le même. La vieille continue de râler, je l’étrangle, elle meurt assise. Je me recoiffe de mon peigne de poche, j’enfile mon imperméable. » (le narrateur homosexuel parlant de Mme Audieu, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 89) ; « Il paraît que c’est un truc de pédés, d’homos refoulés, les mecs qui niquent des gonzesses dans tous les coins. » (Fred à son futur copain Greg, dans le film « Les Infidèles » (2011) de Jean Dujardin) ; etc.

 

VIOLEUR 2 Parle avec elle

Film « Hable Con Ella » de Pedro Almodovar


 

Par exemple, dans « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar, on découvre avec étonnement à la fin du film que l’infirmier homosexuel Benigno a violé la patiente dans le coma qu’il veillait pourtant jour et nuit à l’hôpital avec une sollicitude quasi maternelle. Dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Didier, le héros homosexuel qui était jadis en couple avec sa copine Yvette, avoue qu’il « a eu le malheur de l’aimer à outrance ». Dans la pièce Le Choc d’Icare (2013) de Muriel Montossey, Romain, le héros homosexuel, séquestre Ariane. Dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, Mr Alouette est le violeur de « Madame ». Dans le film « Maigret tend un piège » (1958) de Jean Delannoy, Marcel Maurin, le personnage homosexuel (doté d’une mère castratrice), tue des femmes. Dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, Roberto, l’un des héros homosexuels, ne supportant pas d’être dragué par Alejandra, la maltraite violemment et la fout sous la douche ; plus tard, il dira à la jeune femme : « Moi, je t’aurais déjà tuée ! » Dans la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, Charlène accuse Jean-Louis, le héros homosexuel, de l’avoir violée. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Angelo, l’un des héros homos refoulés, après sa tentative de kidnapping de Carla Bruni dont il dit être fou amoureux, est activement recherché par la police. Dans le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, Bruno, le héros homosexuel, va essayer d’étrangler une vieille femme bourgeoise désirant connaître la sensation d’étouffement. Dans le film « I Love You Baby » (2001) d’Alfonso Albacete et David Menkes, Daniel montre à son amant Marcos la scène d’un film de merde où il a joué un petit rôle secondaire d’un homme cagoulé qui agresse une femme dans une ruelle urbaine ; il commente la scène en prenant un malin plaisir à rentrer dans la peau de son personnage (« Ici, c’est moi, cagoulé. […] T’as vu comme je sors mon couteau. […] Bouge pas, salope, ou je te bute ! »). Dans le film « Matador » (1985) de Pedro Almodóvar, Angel (Antonio Banderas) suit en filature une fille dans une rue pendant la nuit et la viole sur le capot d’une voiture, en écoutant intérieurement la voix de son professeur de corrida : « Les filles, c’est comme les taureaux. Faut les choper quand elles s’y attendent le moins. » Dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, Stan, le personnage homosexuel, enfonce un tisonnier dans le sexe de la femme bourgeoise qu’il tue au moment de lui faire l’amour. Dans le roman Journal d’Adam (1978) de Knut Faldbakken, une femme est battue par le héros homosexuel. Dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, Paul Esménard tue Berthe par strangulation : « Il saisit le cou de Berthe dans ses doigts. Pendant une seconde, elle eut le temps de crier, mais d’une simple pression de pouce il la fit taire. […] Paul avança, posa la femme sur le lit et reconnut alors qu’elle était morte. Un peignoir blanc et mauve recouvrait son petit corps potelé qui semblait presque celui d’une enfant. » (pp. 115-116) Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, tous les personnages sont des violeurs : par exemple Bacchus a « abusé de plein de pauvres filles », les bacchantes se ruent sur Penthée et le dévorent, la naïade viole le bel Hermaphrodite, Jupiter viole Europe, etc. Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Vincent, le héros homosexuel sur le point de se marier avec Sophie, passe son temps à la frapper et à lui gueuler dessus. Il était tout aussi violent avec son ex-amant Stéphane : « Mes coups, parfois, je les retenais pas. Mes mots, oui. » Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Alban Mann traite sa propre fille de « pute » (p. 18), et finira par la tuer, comme il a assassiné sa femme Greta, elle-même prostituée « professionnelle ». Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah harcèle son amante Charlène, au point que celle-ci en vient au main et l’étouffe avec un coussin. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, le skinhead gay tente d’agresser sexuellement Jane la lesbienne : « Le rire de ce skinhead éméché résonna contre les murs, aigu et efféminé » (p. 95) Dans la pièce Jardins secrets (2019) de Béatrice Collas, Maryline, l’héroïne bisexuelle, est inculpée pour homicide involontaire sur son mari Gérard qui l’a violée et harcelée. Dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, Seb et Loïc, couple homo, harcèlent leur meilleure amie Marie et l’empêchent d’être heureuse et d’avoir une vie amoureuse avec un homme, Charles. Dans l’épisode 5 « Circé » (saison 2) de la série Astrid et Raphaëlle (2020), Cécile Maignant se fait violer par le Dr Lavandier, un médecin super maniéré et efféminé.

 

Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, s’en prend aux femmes de son entourage, et surtout à sa mère, qu’il bat, tente de draguer, tripote à sa guise et embrasse de force sur la bouche : « T’aimes bien quand j’te chope comme ça, hein ? ». Celle-ci se rend compte que « Steve, c’est un violent. » Steve ne maltraite pas que sa maman : il tente de s’attaquer à Kyla, la voisine, mère au foyer qui se défend violemment : « Tu ne me touches plus ! »
 

Dans le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie, Armand, le héros de 43 ans, vit une relation pédophile avec Curly, une fillette de 16 ans alors qu’il était pourtant exclusivement homosexuel. Ils sont arrêtés par les flics sur un lieu de drague homosexuelle pour cause d’exhibitionnisme. Et lorsque Armand essaie de se valoir qu’il ne peut pas être pédophile puisqu’en temps normal il est homosexuel et seulement attiré par les hommes plus âgés que lui, le chef de la police lui laisse entendre que ce n’est absolument pas contradictoire, et que la pédophilie fait imparfaitement miroir à l’homosexualité et au goût incestuel de la vieillesse : « Le fait que vous aimiez les vieux m’incite à penser que vous aimez aussi les jeunes filles. » À la fin du film, la nature violente de l’amour exceptionnel qu’Armand porte à Curly se déclare. Lors de leur fugue amoureuse notamment, il la force à la sodomie, et Curly le prend très mal (« Arrête !!! T’es vraiment un connard ! […] Ça te fait quoi de me faire des coups comme ça ? »). Une fois que le père de la fillette retrouve le couple en cavale, Armand nie le viol : « Ça va, c’est bon, j’l’ai pas violée ! » Un peu plus tard, les amoureux prennent à nouveau la fuite. Curly se met à croire au grand Amour. Mais lassé de son idylle hétérosexuelle, Armand a un comportement très surprenant à l’égard de son amoureuse : à la fin du film, pour se débarrasser d’elle, il la ligote de force et l’abandonne dans la forêt. Il retourne à sa vie d’homo d’avant, en couchant avec des vieillards…

 

Dans la série 13 Reasons why (2018), Montgomery de la Cruz (alias Monty) viole Tyler avec un balai dans les toilettes dans le dernier épisode de la saison 2 (ce qui a fait grand bruit parmi les fans car la scène était extrêmement choquante). Dans l’épisode 5 de la saison 3, Winston fait une fellation en secret au même Monty à l’occasion d’une fête lycéenne et ce dernier finit par le tabasser quand son jeune amant lui demande s’ils peuvent se revoir en public : une fois arrêté pour le viol de Winston dans l’épisode 13 de la saison 3, Monty finit par avouer qu’il a une attirance pour les hommes face à son père au parloir de la prison.
 

Le viol des protagonistes féminines n’est pas uniquement le fait des héros homosexuels mâles. Il est aussi opéré parfois par des personnages lesbiens qui fantasment de se comporter en hommes violents : cf. le film « Chloé » (2009) d’Atom Egoyan (avec Chloé, l’amante intrusive), le film « Haute Tension » (2003) d’Alexandre Aja (avec Cécile de France en lesbienne psychopathe), le film « Intrusion » (2003) d’Artemio Benki (avec l’auto-stoppeuse dangereuse), etc. Par exemple, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, Alexandra, la bourgeoise, viole sa petite voisine de 14 ans : « J’avais imaginé un moment demander à la petite voisine de passer me voir afin de faire ensemble ce que je l’avais obligée à faire seule devant moi, sachant combien j’aimais à outrepasser la pudeur des autres, pour le plaisir que son viol me donnait. Cette envie ne me quittait pas, mais je devais résister, c’était trop risqué. J’avais peur de moi. Quand je sentais monter ce besoin de chair, peu m’importaient les moyens et la figure de celle qui me donnerait ce qu’il me fallait. » (p. 57) Elle renouvelle l’expérience sur une cousine de son âge, adulte comme elle : « Je me rappelle qu’avant son départ, le matin, pratiquement contre sa volonté, par la faim que j’avais encore d’elle, je l’ai presque forcée, ainsi que le ferait un homme, allant au plus près du désir, comme un mari brutal. Moi qui pourtant ne voulait que sa tendresse. » (p. 72) L’héroïne lesbienne de ce roman ne s’intéresse pas à l’identité de ses amantes, mais plutôt à sa propre jouissance : « J’étais presque exclusivement intéressée par la fente des filles […] à tel point d’ailleurs que leurs visages ou leurs corps m’indiffèrent. » (p. 76) ; « Je me dis : ‘Il m’en faut une, et peu importe la figure qu’elle aura.’ » (p. 79) Elle prend également pour modèle un couple de femmes allemandes (amies de sa cousine) qui pratiquaient elles aussi le viol sur des vierges « hétérosexuelles » : « Ayant fait, si l’on peut dire, le tour des plaisirs les plus ordinaires, elles se mirent en tête que le viol tel que les hommes le pratiquent parfois leur permettrait une beaucoup plus grande liberté quant à leur choix. L’opportunité d’un voyage en Grèce les amena à passer à l’action. Elles voulaient absolument vivre cette sensation de puissance que l’on doit ressentir dans le viol, y prenant comme un plaisir supplémentaire du fait qu’il soit considéré partout comme un crime. » (p. 108) Son but est de voler l’amour et la tendresse à ses amantes, en faisant passer sa violence impatiente pour de la fougue belle, spontanée et accidentelle : « Sachant qu’elle allait partir, avec une énergie et une détermination qui m’étonnèrent moi-même, je me précipitai pour lui prendre un baiser. » (Alexandra face à une jeune religieuse, op. cit., p. 223) ; « Elle m’a prise à nouveau. » (Mathurine, la servante violée par son patron, « Monsieur », qu’elle féminise – « Madame, c’est Monsieur. » – dans la pièce Viol (2014) de Louis Lefèbvre) ; etc.

 

Au départ, comme certains héros homosexuels fictionnels n’assument pas l’existence du désir homosexuel en eux, il arrive qu’ils cherchent à se prouver à eux-mêmes ou à prouver à leur société leur hétérosexualité en couchant avec leur meilleure amie, en violant la « fille à pédés » ou la prostituée : cf. le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon (avec Paul se forçant à coucher avec Mousse, ou plutôt la forçant à coucher avec lui), le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve (où Vincent, le héros homo, fait l’amour avec Noémie, sa meilleure amie, pour savoir s’il est vraiment homo), le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure (avec Laurent qui se force à coucher avec Carole, sa meilleure amie, un soir d’ivresse, pour se prouver qu’il peut être « hétéro », et qui la viole pendant son sommeil), etc. Par exemple, dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, Marc, pour essayer de se persuader qu’il n’est pas homo, tente de violer sa femme Bettina, de la forcer à la sodomie.

 

VIOLEUR 3 Spiderman

Spiderman et Psyché


 

Le personnage homosexuel viole aussi des hommes, et très souvent des amants (cf. je vous renvoie avec insistance aux codes « Parricide la bonne soupe » et « Amant diabolique » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès, le film « J’ai pas sommeil » (1993) de Claire Denis (avec le tueur en série Thierry Paulin), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears (avec Fred, le violeur homosexuel), le film « Frisk » (1995) de Todd Verow (avec le psychopathe homosexuel), le film « Notre paradis » (2011) de Gaël Morel (avec un serial killer gay), la série britannique Hit & Miss (2012) d’Hettie McDonald (avec Mia, le tueur en série transsexuel M to F), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec Emmanuel, le héros homosexuel qui a pour habitude de violer ses amants), le film « Du même sang » (2004) d’Arnault Labaronne, le roman Querelle de Brest (1947) de Jean Genet (avec les violeurs Nono et Querelle), le film « Le Dernier train du Katanga » (1967) de Jack Cardiff, le film « Furenchi Doressingu » (1997) d’Hisashi Saito, le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb, le film « Speeters » (2000) de Paul Verhoeven (avec Eef, l’homosexuel refoulé et « casseur de pédés »), le film « Irréversible » (2002) de Gaspar Noé (avec le Ténia, violeur homosexuel), le film « Sixième Sens » (1986) de Michael Mann, le film « Toute nudité sera châtiée » (1973) d’Arnaldo Jabor, le film « Mad Max » (1979) de George Miller, le film « Midnight Express » (1978) d’Alan Parker, le film « Brubaker » (1980) de Stuart Rosenberg, le film « The Sweet Smell Of Death » (1995) de Wong Ying Git, le film « Gazoline » (2003) de Monica Strambini, le film « L’Épouvantail » (1973) de Jerry Schatzberg, le film « The Glass House » (1972) de Tom Gries, le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol (avec le personnage de Cyril), le film « Él Y Él » (1980) d’Eduardo Manzanos, la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti (avec le personnage de Louis), le film « Tremblement de terre » (1974) de Mark Robson, le film « Grégoire Moulin contre l’Humanité » (2002) d’Artus de Penguern (avec Jean-François, le violeur joué par Didier Bénureau), le film « Lonesome Cowboys » (1968) d’Andy Warhol, le film « Sans rémission » (1992) d’Edward James Olmos, le film « Chute libre » (1993) de Joel Schumacher, le film « Amours mortelles » (2001) de Damian Harris, le film « Moon 44 » (1990) de Roland Emmerich, le film « Lucifer-Sensommer : Gul Og Sort » (1990) de Roar Skolmen, le film « Cold Light Of Day » (1990) de Fhiona Louise, le film « All Night Long 2 » (1994) de Katsuya Matsumara, le film « Sac de nœuds » (1984) de Josiane Balasko, le film « Le Dénommé » (1988) de Jean-Claude Dague, le film « Okoge » (1992) de Nakajima Takehiro, le film « Huangjin Daotian » (1993) de Chou Tan, le film « Impasse des vertus » (1955) de Pierre Méré (avec le jeune pompiste truand), le film « Le Grand Pardon » (1984) d’Alexandre Arcady (avec le truand joué par Bernard Giraudeau et tué dans le lit de son amant), la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin (avec Lacenaire, le criminel), le film « Cannibal » (2005) de Marian Dora, le film « My Night With Andrew Cunanan » (« Ma nuit avec Andrew Cunanan », 2012) de Devin Kordt-Thomas (sur un jeune tueur en série), etc.

 

Par exemple, dans le film « Camionero » (2013) de Sebastián Miló, Randy se fait violer et pisser dessus par un camarade de classe au lycée. Dans la pièce Hors-piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt, Francis, le seul personnage homosexuel de l’intrigue, tente de violer Stan, l’un des protagonistes hétéros, en profitant chez lui d’un état de faiblesse. Dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson, les « penetrators » homosexuels exercent des viols à la chaîne. Dans le film « Female Trouble » (1974) de John Waters, Divine joue le rôle d’un violeur homosexuel. Dans le roman Moravagine (1926) de Blaise Cendrars, le personnage de Moravagine incarne la figure du violeur homosexuel androgyne. Dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi, le héros homosexuel, le jeune Joaquín, âgé seulement de 8 ans, impose le silence à son camarade qu’il a attouché sous la tente en camp scout : « S’il te plaît, ne le dis à personne. » Dans le film « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls, le héros homosexuel finit par tuer l’homme qui l’a excité sous la douche à la piscine.

 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, le prédateur homo, sans doute client du bar Boys Paradise, emmène de force en voiture le couple Nathan-Jonas dans un établissement gay, La Dolce Vita qui en réalité n’existe pas, pour finalement ne pas les faire descendre et pour tuer Nathan en le frappant. Et pourtant, ce violeur n’avait pas l’air du tout dangereux puisqu’il écoutait à fond dans sa voiture « T’en va pas » d’Elsa, une chanson pour midinette. Nathan, quant à lui, n’avait pas le profil de la parfaite victime, puisqu’il mentait sur son viol, et manipulait Jonas comme un prédateur lui aussi : « T’y avais quand même pas cru à cette histoire de curé ? » (Nathan ayant fait croire à Jonas qu’il a été violé par un prêtre pédophile à 14 ans… pour cacher qu’il a été violé par un groupe de jeunes aux autos tamponneuses à l’âge de 9 ans). Survivant du drame qui a frappé son compagnon Nathan, dix-ans après, Jonas, pourtant chétif à l’adolescence, présente le même profil criminel. Il déclenche une baston au Boys. Et lorsqu’il pénètre dans un hôtel de luxe, L’Arthémis, le standardiste, Léonard, le prend pour un faux doux, un criminel armé, et préfère lui fouiller son sac : « Je sais pas. Je vérifie que t’aies pas d’arme, de couteau. J’en sais rien. Si je reviens et que tout le monde est mort, et que t’as buté tout le monde, on fait comment ? ».
 

« Y yo / pillaba yo » (cf. le poème « Anales » de Néstor Perlongher) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] avait erré jusqu’à un vieux hangar où l’on rangeait les outils de jardinage et y vit Collins et le valet de pied qui semblaient se parler avec véhémence, avec tant de véhémence qu’ils ne l’entendirent point. Puis une véritable catastrophe survint, car Henry prit rudement Collins par les poignets, l’attira à lui, puis, la maintenant toujours rudement, l’embrassa à pleines lèvres. Stephen se sentit soudain la tête chaude et comme si elle était prise de vertige, puis une aveugle et incompréhensible rage l’envahit, elle voulut crier, mais la voix lui manqua complètement et elle ne put que bredouiller. Une seconde après, elle saisissait un pot de fleurs cassé et le lançait avec force dans la direction d’Henry. Il l’atteignit en plein figure, lui ouvrant la joue d’où le sang se mit à dégoutter lentement. Il était étourdi, essayant doucement la blessure, tandis que Collins regardait fixement Stephen sans parler. Aucun d’eux ne prononça une parole ; ils se sentaient trop coupables. Ils étaient aussi très étonnés. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of LonelinessLe Puits de solitude (1928), pp. 38-39)

 

Hubert – « De toute façon vous m’aviez déshonoré bien avant d’avoir déshonoré ma famille. Quant à ma sœur Adeline, ne vous en formalisez pas, je l’avais déshonorée bien avant vous.

Cyrille (le héros homosexuel) – Vous êtes diabolique, Hubert. »

(Copi, Une Visite inopportune, 1988)

 

Certains personnages homosexuels violeurs s’en prennent à des êtres fragiles (cf. je vous renvoie aux codes « Pédophilie », « Vierge » et « Petits morveux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Tu violes des p’tits handicapés de 10 ans : le commun du p’tit pédé. » (Jonathan s’adressant cyniquement à son amant Frank, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; « Elle était d’une grande beauté, les larmes qu’elle versait donnaient à son visage une expression et un charme extraordinaires. J’avais l’envie presque irrépressible d’abuser d’elle. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne du romanLes Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 116), etc. Par exemple, dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, Veronika, comme un aigle prédateur, « déniaise » sa camarade de danse Nina, fébrile comme de la porcelaine. Dans le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg, le père de Christian est un homme impuissant avec les femmes, et qui a violé son fils (qui deviendra plus tard homosexuel). Dans le film « La Caduta Degli Dei » (« Les Damnés », 1969) de Luchino Visconti, Martin Essenbeck viole une fillette juive. Dans le film « Antibodies » (2005) de Christian Alvart, Jürgen Bartsch, 15 ans, assassine et viole des garçons encore plus jeunes que lui. Dans le roman Try (1994) de Dennis Cooper, un couple homosexuel composé de deux pères adoptifs violent leur petit Ziggy.

 

D’autres personnages homosexuels violent en se cherchant un partenaire sexuel plus « fort » qu’eux. Ils deviennent violeurs par omission en quelque sorte, par amant interposé, en se plaçant en victimes, parce qu’ils appellent leur pair « actif » à les pénétrer et qu’ils l’engagent à obéir à leur mise en scène de viol dont ils sont les héros « passifs » : « Pendant un apéro au Boobs’bourg, en attendant les autres, Cody m’avoue qu’à New York il met des petites annonces sur craiglist.org en se faisant passer pour une fille : ‘Comme ça, quand les hommes ils veulent ma chatte, je dis à eux je suis un pédé mais je peux te sucer bien ta bite à fond et avaler ton jus. Ça marche, quoi, les hommes ils ont envie d’une fille parce qu’ils pensent que c’est la seule chose qui les fait bander mais un jour où ils sont en manque ils goûtent à la bouche ou le cul d’un pédé et d’un coup ils se rendent compte que ce qui les fait bander c’est le sexe, et pas une fille, quoi. Je suis comme une sorte de terroriste queer comme j’oblige les hommes hétéros de se rendre compte que tout le monde est pédé, quoi, parce que tout le monde bande pour n’importe qui. » (Cody, le héros homosexuel nord-américain très efféminé du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 98-99) ; « Il consent à une rencontre, chez moi, mais il ajoute ‘Les yeux bandés. Tu ne dois jamais voir ma laideur repoussante.’ J’accepte. Les jours qui précèdent la rencontre, je les passe dans un état de surexcitation incroyable. Le jour prévu, à l’heure prévue, il frappe trois coups contre la porte, notre code secret. Je place mon bandeau, et j’ouvre en me demandant si je n’ouvre pas ma porte à un voleur, un tueur de sang froid ou un violeur. Peut-être que j’en aurais envie… […] Je referme la porte et tout de suite nous portons nos mains sur le visages de l’autre, pour sentir le bandeau, pour être sûr que le contact est respecté. Il sourit, je sens sous mes doigts sa bouche tendue. Moi aussi je souris. On se prend dans les bras l’un de l’autre et on cherche nos bouches, qu’on s’embrasse voracement, qu’on viole avec la langue. Après un instant, en reprenant notre souffle, il dit ‘Ouhaou, c’est chaud !’ Je le prends par la main. Je me glisse devant lui, et ensemble nous marchons comme un seul homme dans l’appartement, Vianney parfaitement collé à ma nuque, mon dos, mes fesses, mes jambes. » (Mike, le narrateur homosexuel racontant son aventure avec un certain Vianney, op. cit., p. 84) Le viol n’est jamais effectué par une seule personne (= le bourreau), mais bien le produit d’une relation, d’un consentement mutuel, où la victime et son bourreau jouent tous les deux un rôle (même un rôle réduit parfois à celui d’objets qu’ils ne seront jamais) : « Dans le sexe, c’est surtout Claude qui parle, qui dit ‘Maintenant je suis un mec, je viens de te voir passer devant moi dans la rue, je te chope dans un coin sombre et je te baise comme la belle salope que tu es…’ Polly aime bien être passive, ça l’arrange que Claude veuille toujours être dominante. » (Mike parlant du couple lesbien Claude-Polly, op. cit., p. 74)

 

Dans son obsession pour le corps et la beauté de son amant, le personnage homosexuel montre parfois l’impatience cannibale du violeur, ses pulsions de possession : « Je veux sa bouche. Je veux son cul. Il est à moi ! » (Lennon parlant de Martin dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti)

 
 

c) Comment le héros homosexuel en arrive-t-il à passer à l’acte odieux ?

VIOLEUR 3 Lit

Film « Jeanne Dielman » de Chantal Akerman


 

Le violé devient parfois violeur. Par exemple, dans le roman Radcliffe (1963) de David Storey, Léonard Radcliffe, soumis au joug de son amant Vic, avoue son propre despotisme sous-jacent : « Le pire dans tout ça, c’est qu’une partie de moi l’aime et l’autre partie de moi ne lui sera jamais soumise. » D’ailleurs, à la fin de l’histoire, lui qui était jadis homosexuel soumis et passif, finit par tuer Vic et par devenir l’homosexuel actif et prédateur une fois incarcéré. Dans le roman Baise-moi (2002) de Virginie Despentes, Nadine et Manu, les deux héros transsexuels M to F violés, deviennent aussi violents que leurs agresseurs. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, se retrouve embarqué dans une série de meurtres en cascade parce qu’il a découvert l’ambiguïté homosexuelle du jeu de son premier amant, Dick, qu’il a tué accidentellement et par légitime défense. Il tue au moins trois hommes et se comporte comme un parfait manipulateur.

 

Dans les œuvres traitant d’homosexualité, il existe très souvent un ambigu rapport idolâtre d’attraction-répulsion, d’imitation (involontaire ?), d’amour, entre la victime et son agresseur. « De ma vie, je ne m’étais jamais fait baiser sans le vouloir. Je sais maintenant que tout peut arriver. Et que, même sans le vouloir, on peut aimer cela. » (Bjorn, l’un des personnages homosexuels, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 154) ; « J’adore qu’on profite de moi. […] Personne ne me force. » (Matthew Ferguson, le gigolo du film « Eclipse » (1995) de Jeremy Podeswa) ; « Je ne criais jamais, j’étais tellement heureuse d’être ton objet, d’exister. » (Cécile à son amante Chloé dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, pp. 39-40) ; « J’ai envie d’être l’outil de sa jouissance. » (la narratrice lesbienne parlant de son amante, dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 65) ; « ’Tu désires l’abomination.’ Il ne pouvait y croire au début. Lui qui avait souffert des attentions de Goudron se transformait maintenant en Goudron ! Cela ne pouvait pas être vrai. Pourtant, c’était vrai ! » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, parlant de son élan homosexuel pour le jeune David, suite à l’attachement pédophile de Goudron, un écrivain bien plus âgé que lui et qui l’avait courtisé, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 177) ; « Ce que j’aurais fait à cette époque de ténèbres, d’autres me l’avaient fait. » (idem, p. 441) ; etc. Par exemple, dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, le Dr Labrosse fantasme de se faire violer par un jeune Sénégalais de 16-17 ans appelé « Babacar ». Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, plus Antionetta, la femme au foyer, rêve d’être violée par son voisin de pallier homosexuel Gabriele, plus elle joue la saint-nitouche persécutée qui se fait des gros films : « Allez-vous-en ! Allez-vous-en, je vous en supplie ! » Elle embrasse de force Gabriele sur la bouche quand celui-ci lui avoue qu’il est homosexuel. Vexé d’avoir été pris pour un macho qui allait satisfaire une femme mariée désireuse de « se faire sauter sur la terrasse » de l’immeuble, et aussi pour se venger de son double jeu, il finit par la violenter vraiment : « Je ne suis pas le Superman viril que tu attendais !! »

 

Le basculement de rôles violé/violeur est symbolisée d’une manière très particulière dans les fictions homo-érotiques. La victime homosexuelle d’un viol se voit généralement inculpée d’un meurtre qu’elle n’a pas voulu commettre et auquel elle a été poussée par son tortionnaire. Par « légitime défense », elle reproduit le viol : cf. le film « Légitime violence » (1982) de Serge Leroy, le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, les films « Dial M For Murder » (« Le Crime était presque parfait », 1954), « Torn Curtain » (« Le Rideau déchiré », 1966), « Psycho » (« Psychose », 1960), et « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) d’Alfred Hitchcock, le film « Ossessione » (« Les Amants diaboliques », 1943) de Luchino Visconti, le film « Volver » (2006) de Pedro Almodóvar, le film « Bas fond » (1957) de Palle Kjoerulff-Schmidt, le film « Les Voleurs » (1996) d’André Téchiné, le film « La Triche » (1984) de Yannick Bellon, le film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce, le film « Flying With One Wing » (2002) d’Asoka Handagama, le film « Le Roi et le clown » (2005) de Lee Jun-ik, le film « La Victime » (1961) de Basil Dearden, le film « Pouvoir intime » (1987) d’Yves Simoneau, l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli (avec Kamel), etc.

 

Par exemple, dans son roman Le Conformiste (1951), l’écrivain Alberto Moravia décrit l’évolution de Marcel, une jeune victime d’attouchements sexuels qui tue par accident son agresseur. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, pour se venger des attaques homophobes de Terell, un camarade de lycée, débarque en classe et lui casse une chaise sur le dos, laissant ce dernier inconscient. Il est embarqué par la police. Dans le film « Chaînes » (1928) de Wilhelm Dieterle, Franz tue sans le vouloir un inconnu qui dérangeait sa femme. Dans le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli, Théron est responsable d’un crime involontaire. Dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, Daventry a tué ses deux agresseurs en opérant un assassinat de légitime défense. Dans le roman Adrienne Mesurat (1927) de Julien Green, Adrienne tue son dictateur de père en le poussant accidentellement dans les escaliers. Dans le film « Prisonnier » (2004) d’Étienne Faure, le petit viol est presque excusé par l’existence d’un plus grand viol dont le protagoniste n’est pas responsable : en effet, Julien séquestre son amant Tom dans son grenier afin de le protéger de la police, « par amour ». Dans le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie, les deux amantes provoquent l’attaque cardiaque accidentelle du despotique botaniste. Dans le film « Les Diaboliques » (1955) d’Henri-Georges Clouzot, le couple de lesbiennes est à la fois victime et bourreau de l’homme qu’il veut éliminer. Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo Nathan euthanasie son amant Sean, puis ensuite pleurer son geste.

 

Le héros homosexuel décide d’imiter son violeur, et de le violer à son tour, en baptisant leur relation d’« amoureuse ». Comme s’ils étaient tous les deux quitte ! Leur union serait « égalitaire dans la violence », ré-équilibrée par le viol : « Entre la baffe qu’elle m’a donnée et ce titre de transport que je n’ai pas payé, qui de nous deux est la débitrice ? » (la narratrice lesbienne dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 49)

 

Par exemple, dans le roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, Ednar, le héros homosexuel faisant son service militaire, décide volontairement de coucher trois fois avec Octave, son violeur d’adolescence, pour réparer une ancienne souillure par une domination inédite sur ce dernier : « Je ressentais ce désir comme une sorte de revanche pour satisfaire égoïstement ma propre libido. » (p. 92)

 

Et quand son amant ne lui a rien fait, le violeur homosexuel décide de le punir de sa fragilité, de sa complicité à se laisser dominer par lui. Le pire, c’est que dans toute sa schizophrénie, il trouve le moyen de s’auto-victimiser pour nier qu’il fait le mal. Il ne viole pas par gaieté de cœur, vous comprenez… Il fait ça par « sacrifice d’amour », parce que c’est sa victime qui le lui aurait demandé… : « Cette folle perverse rêve depuis des années d’être tuée, elle est à la recherche d’un assassin, voilà : elle l’a trouvé : c’est moi. » (le narrateur homosexuel parlant de Mme Audieu, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 110) ; « Tu m’as forcé à faire ça ! » (Steeve juste avant de poignarder mortellement Vincent, son amant d’un soir, dans le film « Cruising », « La Chasse » (1980) de William Friedkin) Ou bien il survalorise l’individu qu’il a violé, en lui inventant une liberté, une maturité, un consentement, un désir, une liberté et des sentiments qu’il n’a vraisemblablement pas (genre : « Il n’ose pas me le dire, mais je suis persuadé qu’il a aimé ça ! Je suis sûre qu’il est fou de moi… » ou « Il est très mûr pour son âge ; et puis en plus, il était d’accord ! ») : « Contre toute attente, la bergère se prit entièrement à ce qu’elles [= le couple lesbien violeur] faisaient et devint, selon ce que disaient les amies de ma cousine, une partenaire aussi réceptive qu’audacieuse. […] À leur grande surprise, elles la virent, alors qu’elles étaient déjà très loin, faire de gentils gestes de la main pour leur dire au revoir. […] Les deux amies considéraient par ailleurs leur action comme une initiation et nourrissaient le souhait caché que les autres femmes se convertissent, espérant ouvrir leur esprit, les libérer des conventions et des contraintes qui trop longtemps les avaient enfermées. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 108-110)

 

Par exemple, dans la pièce Ma première fois (2012) de Ken Davenport, l’héroïne lesbienne dit que les cris de résistance de sa copine (« Arrête, lâche-moi !!! ») quand elle la viole amplifient son désir et l’encouragent à poursuivre : « Ça, ça me fait bander comme un cheval ! » Elle finit par projeter sur son amante son propre désir/amour éjecté : « J’suis sûre qu’elle a adoré sa première fois même si elle prétend le contraire. »

 

La « correction » du violeur homosexuel se pare souvent des meilleures intentions (solidarité, lutte contre l’homophobie, défense de l’amour homosexuel, etc.). C’est la raison pour laquelle il ne se voit même pas déraper. Par exemple, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, les amants Georges et William tapent sur Pierre l’hétérosexuel, et essaient de l’approcher, de le provoquer physiquement (par rapport à une homosexualité supposée latente chez lui). Georges lui fout une baffe, et ça finit en bagarre que les lamentations théâtrales d’Adèle, la « fille à pédé » pleureuse internationale, viennent miraculeusement éteindre en jetant tout de même toute la faute sur la soi-disant « homophobie » de Pierre.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le violeur homosexuel : légende ou réalité ?

Dans nos civilisations contemporaines, une rumeur causalisant le lien entre homosexualité et viol circule autour des personnes homosexuelles ou de l’homosexualité en général. Il suffit d’écouter le mythe des violeurs d’enfants (les « enculeurs d’adolescents », comme diraient Jacques de Guillebon et Falk Van Gaver, dans leur article « Voie sans issue » de la revue Nouvelles de France, en août 2012) développés par quelques tribuns du FN, réac’ gauchistes et autres ecclésiastiques de la droite évangélique américaine : « Que faisons-nous contre ces hommes qui violent nos enfants ? » (le parlementaire David Baati dans le documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin)

 

Il n’y a pas que les personnes hétérosexuelles qui présentent les personnes homosexuelles comme des « obsédés sexuels » et des « pervers ». La mauvaise réputation provient aussi et surtout des individus homos eux-mêmes, même si elle prend tantôt le visage sexiste de la misandrie (beaucoup de femmes lesbiennes prennent les hommes gays pour des violeurs, parce qu’ils ont le malheur d’être nés « mâles »…), tantôt celui de la misogynie (beaucoup d’hommes gays voient les femmes comme des tigresses et des prédatrices sublimes), tantôt celui de la peur de la sexualité, de la phobie de la génitalité, de l’effroi amoureux, voire de l’auto-parodie cynique. Je ne citerai à ce titre qu’un seul exemple parlant : l’ouvrage Trois milliards de pervers : grande encyclopédie des homosexualités (1973) de Félix Guattari et Guy Hocquenghem. Dans la programmation du festival de cinéma gay & queer Chéries-Chéris édition 2013 au Forum des Images de Paris, il y a une nuit consacrée aux « serial killers et killeuses ». Et je vous renvoie aux codes « Liaisons dangereuses », « Viol », « Prostitution » et « Femme-Araignée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

J’ai entendu par exemple des amis homosexuels/bisexuels qui m’ont avoué que lorsqu’ils avaient couché avec des femmes, ils avaient eu l’impression de les violer. On retrouve cette idée dans l’autobiographie Un Homo dans la cité (2009) de l’animateur radio homosexuel Brahim Naït-Balk : « Alors que j’avais déjà 25 ans et que j’étais toujours vierge, plus par désespoir que par désir j’ai répondu aux avances d’une collègue éducatrice. Elle me draguait depuis un moment et je la fuyais. Un soir de réveillon du jour de l’An, nous nous sommes retrouvés dans une chambre du foyer et je me suis lancé. C’était horrible, je me suis forcé à la pénétrer, sans préliminaires. J’ai eu l’impression de la violer. Tout de suite après, je l’ai fuie comme un voleur. » (pp. 40-41)

 

En amour homosexuel aussi, j’ai entendu à de nombreuses reprises mes amis me décrire en privé leur initiation sexuelle ou leur propre partenaire amoureux comme un violeur (cf. je vous renvoie aux codes « « Première fois » », « Viol » et « Amant diabolique » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Par peur ou fantasme de donner crédit à cette croyance populaire au lien de causalité viol/homosexualité (pas totalement infondée non plus, car le désir homosexuel et les actes qu’il implique sont par nature semi-sincères semi-violents), certains individus homosexuels prennent l’image du violeur homosexuel pour une vérité sur eux-mêmes, pour un ordre et un modèle. Ils intériorisent alors le fantasme de violer vraiment : « Pour moi, le viol, avant tout, a cette particularité : il est obsédant. J’y reviens tout le temps. […] J’imagine toujours pouvoir un jour en finir avec ça. […] Impossible. Il est fondateur. De ce que je suis en tant qu’écrivain, en tant que femme qui n’en est plus une. C’est en même temps ce qui me défigure, et ce qui me constitue. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006), p. 53) ; « Étant donné qu’il m’arrivait de m’occuper d’enfants, j’étais obsédé par la crainte qu’ils me soupçonnent de pédophilie. C’était absurde, mais je ne pouvais m’empêcher d’y penser. » (Brahim Naït-Balk, l’animateur radio qui ne cache absolument pas son attirance pour les jeunes garçons, dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), p. 65) ; « Je veux faire des films qui rendent les spectateurs fous, qui les poussent à commettre un meurtre. » (le réalisateur Hisayasu Sato) ; « J’y suis allé pour avoir du sexe avec les hommes. C’est la première chose que j’ai faite. Donc ce gars avec qui j’avais chatté un temps sur Internet était de Flint, dans le Michigan. C’est là-bas que j’ai perdu ma virginité. La capitale mondiale des assassinats, c’est de notoriété publique [rires] [. [ » (Dan, homme homosexuel, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; etc. Par exemple, en 1971, la féministe Susan Griffin frappe l’opinion publique en déclarant qu’elle « n’a jamais pu se débarrasser de la peur du viol ».

 

Certains auteurs homosexuels, par leur sacralisation des méchants de dessins animés, des dictateurs et des Grands Hommes, montrent, certainement à leur insu, une fascination pour le violeur (cf. je vous renvoie aux codes « Se prendre pour Dieu », « Se prendre pour le diable », « Homosexualité noire et glorieuse », « Liaisons dangereuses », « Homosexuel homophobe », « Couple criminel », « Super-héros », et à la partie « Grands Hommes » du code « Défense du tyran », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Je suis un chasseur ! Pas un gratte-papier. J’aimerais être de ceux qui visitent les appartements des opposants politiques et s’emparent de leur contenu, des livres au courrier et aux meubles, et les envoient vers Berlin. » (Heinrich, figure par excellence du voleur/violeur, dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 103) Par exemple, dans son recueil de poésie Le Condamné à mort (1942), Jean Genet met le « tueur à la lourde braguette » sur un piédestal.

 
 

b) Le violeur homosexuel passe parfois effectivement à l’action :

Par malheur, il arrive que certains individus homosexuels violent vraiment. Par exemple, en 1869, l’affaire Zastrow fait la « une » des journaux. Carl Ernest Wilhelm von Zastrow (1821-1877), ancien militaire, peintre, est arrêté pour viol homosexuel. Je pense également à ce jeune violeur nantais de 18 ans (2 novembre 2016) qui ne s’attaquait qu’à des hommes. On trouve sur le garçon qui a été sa victime un anus si élargi qu’il ne peut plus retenir ses excréments. Le 5 juillet 1869, Zastrow, dans le box des accusés : « J’appartiens à ces malheureux qui à cause d’un défaut de leur nature ne ressentent aucune inclination pour le sexe féminin. J’ai souvent parlé de ça avec des hommes, qui alors m’ont traité froidement et inamicalement, de telle sorte que je me suis retrouvé seul au monde. » Le film « Darkroom – Tödliche Tropfen » (« Backroom – Drogue mortelle », 2019) de Rosa von Praunheim retrace la vie réelle de Lars, un serial killer homosexuel qui a tué cinq de ses amants, et qui avait défrayé la chronique en Allemagne en 2012. Le cas de l’Ougandais homo de 37 ans Emanuel G., qui a violé en septembre 2016 une femme dans la rue à Freising en Bavière, laisse également perplexe. Tout comme le meurtre de la petite Lola (12 ans) qu’une femme (Dahbia, 24 ans) a violée puis mise dans une malle après avoir obtenu son orgasme lesbien/pédophile, le 14 octobre 2022.

 

Cela peut commencer par la société toute entière et l’État, sous prétexte de lutte politique contre le monstre « Homophobie ». Je pense par exemple dans toutes les Gay Pride à la simulation de viol par l’exhibitionnisme agressif. Je pense aussi aux méthodes musclées et agressives d’associations comme Act Up, ou bien à des coups de folie isolés (Dernièrement, un certain Floyd Corkins, 28 ans, ancien bénévole homo au Centre LGBT de Washington, a ouvert le feu au siège d’une organisation chrétienne conservatrice, le 16 août 2012).

 

Le grand viol social peut-être précédé du petit viol homosexuel. Autre exemple : dans ce fait divers daté du 22 décembre 2016, on voit bien que l’agression homophobe s’origine sur le petit délit de larcin homosexuel.
 

Le viol se poursuit aussi sur des femmes (cf. je vous renvoie avec insistance au code « Destruction des femmes » et à la partie « Prostituée tuée » du code « Prostitution » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « Le garagiste [Nacho], agenouillé près d’Ernestito, demandait pardon, pardon pour ses péchés. Il avait tué la femme, la seule qui aurait pu l’éloigner de son secret, des hommes, de son désir des hommes. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 314) Ce viol est en général exercé par deux profils de personnes homosexuelles : soit les individus homosexuels refoulés, soit à l’opposé les individus homosexuels soi-disant « homosexuellement assumés ». Et là encore, le sexe de ces agresseurs homosexuels importe peu.

 

VIOLEUR 4 Favorites

« Favorites »


 

Au départ, comme certains individus homosexuels n’assument pas l’existence du désir homosexuel en eux, il arrive qu’ils cherchent à se prouver à eux-mêmes ou à prouver à leur société leur hétérosexualité en couchant avec leur meilleure amie, en violant la « fille à pédés » ou la prostituée. Le violeur endossera alors le déguisement du faux bisexuel ou de l’hétérosexuel surfait (pléonasme). Et pour ce qui est de l’individu homosexuel qui cherche à prouver à sa société qu’il est « 100% homosexuel » et que « ça se passe très bien », l’obstination à rester conforme à son masque du coming out ou à son étiquette de « parfait mec casé en couple homosexuel » a tendance à se traduire sur la durée par une agression vis à vis des femmes, des hommes mariés et des personnes homosexuelles en général.

 

Par exemple, dans le roman Manigances (2011) de Denis-Martin Chabot, il y a le personnage du « prédateur », Julien, à l’identité sexuelle trouble, qui viole les hommes qu’il rencontre, et qui leur laisse des séquelles (l’histoire est basée sur des faits réels). Autre exemple parlant, c’est celui de Jonathann Daval, le soi-disant gendre idéal, qui a assassiné et calciné sa femme Alexia en 2017 en France, en jouant ensuite le veuf épleuré pendant la Marche blanche et l’enterrement. Il se trouve que Jonathann est homosexuel et qu’il a refait sa vie avec un codétenu en prison… nouvelle qui ne ravit évidemment pas la presse gay qui hurle à l’amalgame « homophobe » entre monstruosité et homosexualité.

 

N’en déplaise à la communauté homosexuelle, les loups sont dans la bergerie (même s’ils passent leur temps à se dire « hors milieu » !). Certains hommes et certaines femmes homosexuels violent non seulement des femmes mais aussi des hommes, et particulièrement des amants de passe ou des compagnons de vie qu’ils harcèlent parfois pendant des mois (cf. je vous renvoie avec insistance aux codes « Milieu homosexuel infernal », « Parricide la bonne soupe », « Homosexuel homophobe », « Liaisons dangereuses » et  « Amant diabolique » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). On citera ici le nom d’hommes homosexuel serial killer, funestement passés à la postérité parce qu’ils tuaient successivement leurs compagnons d’un soir (ils sévissaient dans et à l’extérieur du « milieu gay » stricto sensu) : Jeffrey Dahmer, Andrew Cunanan, Gilles de Rais, Luis Alfredo Garavito, Randy Steven Kraft, Luka Magnotta (présenté comme le « premier web killer » de notre époque), etc. Allez faire un tour sur cette page pour ceux parmi vous qui veulent frémir…

 

Le violeur des personnes homosexuels, loin d’avoir une sexualité stable et non-homosexuelle, cache son homosexualité derrière la violence d’une hétérosexualité excessivement prouvée en actes, trop assurée et travaillée : « Je connais leur rapport tordu à leur propre sexualité. […] À moins qu’ils n’aient eu eux-mêmes des tendances homosexuelles qu’ils n’osaient s’avouer. […] Ce qui, pour moi, reste un mystère absolu, c’est pourquoi ces garçons, malgré leur haine féroce pour les homos, voulaient avoir des relations sexuelles avec un gay comme moi. » (Brahim Naït-Balk parlant de ses violeurs, dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), pp. 78-81)

 

Certains individus homosexuels violeurs s’en prennent à des êtres fragiles (cf. je vous renvoie aux codes « Méchant pauvre », « Prostitution », « Pédophilie », « Vierge » et « Petits morveux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) et qui donnent par leur faiblesse l’illusion d’un consentement : je pense par exemple à ce fait-divers du couple lesbien de Verdun, ainsi qu’au témoignage d’Alfred, homosexuel, qui a « violé un tapin » et que relate cet acte dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang (cet ouvrage a beaucoup d’intérêt dans la mesure où l’auteur a eu l’intelligence de choisir d’interviewer non seulement des victimes masculines de viol mais aussi des agresseurs, jadis victimes).

 

Je vous signale au passage cet article destiné à ceux qui me soutiennent que l’homosexualité n’a rien à voir avec ce que nous vivons (crise, terrorisme, islamisme, transhumanisme, attentats d’Orlando ou de Nice, etc.), qu’ « il n’y a pas que ça dans la vie », et que le fait que j’en fasse le centre des débats sociétaux serait le signe de ma « monomanie narcissique homosexuelle »… D’aucun vont se servir de ce qu’ils identifient comme une bizarrerie paradoxale ou minoritaire, pour affirmer haut et fort qu’il faut encore plus faire son coming out et encore plus pratiquer son homosexualité. Quand tout le monde la réduit à un refoulement d’homosexualité, moi, je dis que l’homophobie est à la fois refoulement et surtout pratique et identité « assumées » d’homosexualité.
 

Pourquoi les personnes homosexuelles ont tellement de mal à reconnaître l’existence du lien non-causal entre homosexualité et pédophilie, par exemple ? Parce qu’il les renvoie parfois au douloureux (et enjolivé… par stratégie de survie !) souvenir de leur initiation au plaisir (homo)sexuel par leur violeur, qui s’est présenté à eux comme un guide, un père bienveillant, un amant protecteur.

 

Le violeur tient exactement le même refrain d’indifférence de la sacralisation du « consentement mutuel » et de l’absence de bien ou de mal : « Pour ma part, je me suis fait une règle de ne pas juger la sexualité des autres ; tant que ça se passe entre adultes conscients et consentants, je pense que rien de mal ne peut se faire. » (Voir sur ce lien)

 

D’autres personnes homosexuelles violent en se cherchant un partenaire sexuel plus « fort » qu’elles. Elles deviennent violeurs par omission en quelque sorte, par amant interposé, en se plaçant en victimes, parce qu’elles appellent leur pair « actif » à les pénétrer et qu’elles l’engagent à obéir à leur mise en scène de viol dont elles seraient les héros « passifs ». J’ai en tête plein de récits d’amis homosexuels qui ont forcé leur partenaire sexuel à les violer au lit parce que « ça les excitait ». « Je rêve d’être kidnappé, attaché, offert, je rêve d’être à la merci. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 55) Oui, détrompez-vous si vous doutez de ce que j’écris là. Le violeur homosexuel n’est pas forcément le « dominant » !

 

Le rôle du violeur homosexuel n’est pas nécessairement porté par celui qu’on attend. On se trompe en beauté si on pense que le violeur homosexuel ne peut être que l’individu adulte (à partir de la quarantaine, environ), masculin, bear ou butch, « actif » sexuellement, adepte des pratiques sado-maso, 100% méchant et malveillant. J’ai vu des hommes et des femmes homosexuels, en apparence innocents, conformes physiquement aux canons de la mode de leur sexuation biologique originelle, parfois jeunes et pimpants, jouant les fragiles, homosexuels dits « assumés », sincères et « amoureux », frapper quand on s’y attendait le moins ! N’oublions jamais que tout être humain est profondément libre, donc ni « victime à vie », ni « bourreau à vie »… Autant nous pouvons assurer que tout bourreau a été victime, autant on ne pourra jamais dire que toute victime sera plus tard bourreau… et heureusement ! (Merci la résilience !) Or ceux qui l’oublient, afin de diaboliser les violeurs et béatifier les victimes de viol, sont en général des gens qui violent aussi, qui suppriment la liberté humaine en causalisant/per le viol.

 

Pour vous donner un exemple très parlant, je me trouvais un jour aux studios de la radio RFPP à Paris, pour animer, comme chaque lundi, l’émission Homo Micro aux côtés de Brahim Naït-Balk et de quelques chroniqueurs. C’était le 20 décembre 2010. Fabien, le « chroniqueur santé » (jeune, beau gosse, raffiné, en couple assumé et discret, visiblement plutôt passif sexuellement), a avoué ouvertement à l’antenne que l’un de ses fantasmes sexuels secrets était de « violer une femme ». Quand il a prononcé cette phrase hallucinante (que personne n’a relevée, sauf moi évidemment… et Sylvain, le chroniqueur de la « revue de presse », qui m’a instantanément fixé droit dans les yeux, bouche bée, en étant sur le point de dire en me pointant du doigt : « C’est fou… Ce fantasme de viol chez les homos, c’est exactement ce qu’a décrit Philippe dans des émissions précédentes ! Avait-il finalement raison ?!? »). Je pense, connaissant Fabien, que ce n’était de sa part que l’expression d’un fantasme non-actualisé (j’ose espérer, et je n’en doute pas, car ce garçon est l’exemple même de la mesure et de l’homosexualité clean). Mais en revanche, ce fantasme doit être certainement actualisé par des personnalités moins équilibrées que Fabien, et de manière beaucoup plus répandue qu’on ne le croit dans la communauté homosexuelle. Ce n’est pas pour des prunes que j’écris noir sur blanc dans mes essais que le désir homosexuel est par nature le signe d’un viol parfois réel ou en tous cas un fantasme de viol (dans le double sens de l’expression : fantasme de violer ou/et fantasme de violer).

 

J’ai remarqué que les vrais violeurs homosexuels pouvaient être aussi bien sur-virils qu’hyper efféminés (Récemment, j’en ai croisés trois parmi mes connaissances homosexuelles lointaines – des hommes entre 25 et 35 ans – qui peuvent se montrer non seulement menteurs et langues de vipère, mais aussi menaçants et incontrôlables). Ils ont le visage crispé du sadomasochiste. Et je ne souhaite à personne de se retrouver nez à nez avec leur hystérie schizophrène inattendue…

 
 

c) Comment le sujet homosexuel en arrive-t-il à passer à l’acte odieux ?

VIOLEUR 5 Inconnu Nord

Film « Strangers On A Train » d’Alfred Hitchcock


 

Triste et désarçonnant constat : le violé devient parfois violeur. Par exemple, Diane de Margerie évoque le « désir d’agression » inhérent à la personnalité du romancier japonais Yukio Mishima (Correspondance 1945-1970 (1997), p. 22).

 

De récentes études canadiennes de criminologie prouvent qu’un des grands facteurs aggravants de récidive des viols est l’agression entre personnes de même sexe ; par exemple, les incarcérations en cas d’inceste ou de pédophilie entre personnes des sexes différents sont plus rarement répétées (sources données par le pédo-psychiatre Vincent Rouyer).

 

Force est de reconnaître qu’il existe très souvent un ambigu rapport idolâtre d’attraction-répulsion, d’imitation (involontaire ?), d’amour, entre la victime et son agresseur. Le désir d’être violeur a pu être précédé par le désir d’être violé (cf. je vous renvoie évidemment la partie « Désir de viol » du code « Viol » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) :

 

« Coco [travesti M to F], à la sortie de la gare, indiqua une pissotière.

– ‘Celle-là fonctionne très bien. Des mecs à perdre la tête. Maintenant, une fois sur deux, on te vole ou on te tue.

Mais on te viole d’abord au moins ? s’inquiéta Paquito.

Oui, parfois », le rassura Coco en souriant avec sa dentition canine impeccable. »

(Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 94)

 

Pourquoi ne parle-t-on quasiment jamais des violeurs homosexuels réels ? Parce qu’en cas d’agression, en général, le violeur, pour jouer au dur, cache son orientation bisexuelle ou homosexuelle qui le désignerait comme faible, blessé ou semblable à sa proie : « La plupart des agresseurs auraient tendance à se définir comme hétérosexuels exclusifs et s’avèreraient, de surcroît, homophobes » (p. 108) explique Michel Dorais dans son essai Ça arrive aussi aux garçons (1997). Et dans leur naïveté, la plupart de leurs victime croient leurs violeurs sur parole, validant intérieurement ainsi la possibilité de s’affirmer elles-mêmes homosexuelles par réaction d’opposition, par réflexe de survie : « La plupart des agresseurs sont décrits par leurs victimes comme étant ou s’affirmant d’orientation hétérosexuelle, quelquefois bisexuelle, très rarement homosexuelle. » (idem, p. 73)

 

Aussi incompréhensible que cela puisse paraître, certaines personnes homosexuelles sont fascinées par leur violeur et justifient le viol : « Les violeurs, loin d’être des monstres ou des fous mus par une pulsion sexuelle irrépressible, sont des hommes normaux ayant parfaitement intégré les modèles érotiques. » (Daniel Welzer-Lang, Le Viol au masculin (1988), p. 23) ; « Il croyait que j’avais peur. Ce qu’il me proposait m’allait très bien. […] Je me sentais bien, bizarrement bien, et je ne luttais pas contre ce bien-être. » (Abdellah Taïa parlant de son violeur, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), pp. 15-17) ; « J’aimais Chouaïb. À présent, je l’admirais. » (idem, p. 26) ; « Il ne faut pas punir J. » (Gilles justifiant son violeur, dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang, p. 177) ; « J’ai été victime d’un viol à Marseille, tard dans la nuit. Je n’aime pas le simplisme d’un certain féminisme qui déclare que tout viol est une chose atterrante… Je serai même assez affreux pour dire que je l’ai bien vécu… C’est-à-dire que j’ai compris de quelle misère était fait cet Arabe qui m’a coincé dans un coin. C’est comme si c’était une mauvaise drague qui avait mal tourné. Je n’ai pas porté plainte contre lui. Non, j’ai causé avec lui. On est même allé boire un verre après (rire)… J’ai offert une bière à mon violeur. » (idem, pp. 182-183)

 

Il arrive que l’individu homosexuel cherche à imiter son violeur, et qu’il décide de le violer à son tour, en baptisant leur relation d’« amoureuse ». Comme s’ils étaient tous les deux quitte ! Leur union serait « égalitaire dans la violence », ré-équilibrée par le viol et une « bonne correction », en commémoration du passé : « Il fallait, à tout prix, que je me persuade, que j’étais l’homme au même titre que le père Basile [le prêtre pédophile qui l’a violé] ou mon initiateur et que, partant de ce principe, je pouvais jouer le rôle du preneur. » (Berthrand Nguyen Matoko, très longtemps strictement « passif » sexuellement, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 119) Il y a comme une conjuration trouvée dans la reproduction du viol : « Je suis arrivée au pensionnat à l’âge de 14 ans. J’étais très naïve. Et je me suis retrouvée très tôt face à ces problèmes. Et j’ai été choquée. Il ne se passait que ça autour de moi, et je ne voulais pas le voir. Et j’en étais choquée. Depuis la surveillante qui couchait avec la surintendante, jusqu’aux élèves qui partageaient ma chambre, il n’y avait que ça autour de moi. J’étais la seule à ne pas être informée et à ne pas trouver que c’était épouvantable. Je me suis d’autant plus braquée que je sentais confusément en moi une attirance. Mais je voulais absolument la nier. » (Germaine, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta)

 

On retrouve à ce titre la reproduction du schéma violeur/violé chez beaucoup de couples homosexuels existants (la tapette/le moustachu ou l’actif/le passif du côté des hommes gays ; la fem/la butch du côté des femmes lesbiennes) : « masculin = actif = violeur = pénétrer = appropriant = dominant ; féminin = passive = violée = dominée = trou = appropriée » (Daniel Welzer-Lang, Le Viol au masculin (1988, p. 196)

 

Même si ce n’est absolument pas systématique, certaines personnes homosexuelles peuvent parfois reproduire le viol qu’elles ont jadis subi. Par exemple, dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, de nombreux témoignages (qui par ailleurs remettent en cause l’adage « Qui a été abusé abusera ») illustrent que des jeunes hommes jadis violés ont violé à leur tour : « Dès qu’ils sentent qu’ils peuvent être les plus forts, certains garçons victimes d’agressions physiques ou sexuelles vont tenter de rejouer la même scène traumatique à leur tour, en inversant les rôles. » (pp. 57-58) C’est parfois avec horreur que certains individus homosexuels découvrent qu’ils peuvent reproduire inconsciemment ce que pourtant ils ont détesté chez leur agresseur, comme c’est le cas de Denis, 31 ans, victime d’abus à l’âge de 8 ans, et qui a abusé de son petit cousin une fois arrivé à l’âge adulte : « D’avoir abusé de quelqu’un, c’est encore ça le plus gros, même aujourd’hui. Plus que l’abus que j’ai subi. » (Denis, idem, p. 160). Un autre témoin homosexuel, Paul parle d’« imaginer, fantasmer le viol, quand il prend quelqu’un en stop. Des fois. La discussion sur les dangers du stop… » (idem, p. 186).

 

À Liège (Belgique), en juillet 2012, Raphaël Wargnies, 35 ans, a assassiné à coups de marteau un homme dans un jardin public. Interpellé aussitôt, il a reconnu les faits, et a expliqué avoir été violé par un homosexuel dans le même parc un an plus tôt, à l’été 2011. Aux États-Unis, le 26 août 2015, Vester Flanagan, 41 ans, a tué la journaliste Alison Parker, 24 ans, et son caméraman Adam Ward, 27 ans, alors qu’ils intervenaient en direct dans le cadre d’une émission matinale de la chaîne WDBJ7. Flanagan a lui-même filmé la tuerie avant d’en poster des extraits sur les réseaux sociaux, en soutenant qu’il avait été discriminé en raison de sa couleur de peau et de son orientation homosexuelle. Poursuivi par la police, il s’est suicidé quelques heures plus tard.

 

Et quand son amant ne lui a rien fait, le violeur homosexuel décide parfois de le punir de sa/leur fragilité, de sa complicité à se laisser dominer par lui. Le pire, c’est que dans toute sa schizophrénie, il trouve souvent le moyen de s’auto-victimiser pour nier qu’il fait le mal. Il ne viole pas par gaieté de cœur, vous comprenez… Il fait ça par « sacrifice d’amour », parce que c’est sa victime qui le lui aurait demandé… Ou bien il survalorise l’individu qu’il a violé, en lui inventant une liberté, une maturité, un consentement, un désir, une liberté et des sentiments qu’il n’a vraisemblablement pas (genre : « Il n’ose pas me le dire, mais je suis persuadé qu’il a aimé ça ! Je suis sûre qu’il est fou de moi… » ou « Il est très mûr pour son âge ; et puis en plus, il était d’accord ! ») : « Les despotes n’exigent pas seulement qu’on leur obéisse corps et âme. Ils exigent aussi d’être aimés de ceux qu’ils brisent. » (Albert Le Dorze, La Politisation de l’ordre sexuel (2008), p. 160) L’enfer est pavé de bonnes intentions amoureuses. N’oublions jamais.

 
 

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Code n°182 – Voleurs

voleurs

Voleurs

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

Entre voleur et violeur, qu’une lettre de différence…

 

C’est très curieux, cette propension des personnages fictionnels homosexuels à se définir comme des « voleurs » juste après avoir découvert en eux une homosexualité, ou bien suite à leur tout premier « passage à l’acte homosexuel ». En apparence, ils n’ont rien volé de matériel. Du moins, avec leur amant, ils essaient d’être un minimum honnêtes et gratuits… même si le vol – très proche phonétiquement du viol… et pour cause ! –  arrive aussi au sein de « l’amour » homosexuel dit « classique » (amants se laissant entretenir/corrompre l’un l’autre, vol dans le contexte trouble mais très répandu de la prostitution, consommation mutuelle légitimée par le cadre de la conjugale…). En fait, ils lui ont volé plus que cela : sa beauté, son corps, son âme, sa joie de vivre, sa liberté.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Coït homosexuel = viol », « Violeur homosexuel », « Viol », « Méchant pauvre », « Amour ambigu de l’étranger », « Prostitution », « Liaisons dangereuses », « Témoin silencieux d’un crime », « Substitut d’identité », « Espion », « Couple criminel », « Voyeur vu », « Homosexualité noire et glorieuse », et à la partie sur les gigolos tueurs du code « Homosexuel homophobe », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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FICTION

 

VOLEURS 1 ombre main

Film « Marnie » d’Alfred Hitchcock


 

On retrouve le vol dans beaucoup d’œuvres homo-érotiques : cf. le film « Au voleur » (2009) de Sarah Leonor (avec Jacques Nolot notamment), le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant, la pièce Betty Speaks (2009) de Louis de Ville, le film « Unveiled » (2007) d’Angelina Maccarone (avec Fariba, l’amante-voleuse iranienne), la nouvelle « Kleptophile » (2010) d’Essobal Lenoir, la B.D. En Italie, il n’y a que des vrais hommes (2008) de Luca de Santis et Sara Colaone, la chanson « Je t’aime comme je t’ai fait » de Frédéric François, la nouvelle « Le Cahier volé » (1978) de Régine Desforges, le film « Chop-Shop » (2009) de Ramin Bahrani, le roman Alí Babá Y Los Cuarenta Maricones (1993) de Nazario Luque (le terme « maricón » signifie « homo » en espagnol), le film « Dirty Love » (2009) de Michael Tringe, le film « Les Voleurs » (1996) d’André Téchiné (avec les vols de voitures organisés), le film « Ostia » (1970) de Sergio Citti, le film « Hold-up à Londres » (1960) de Basil Dearden, le film « Love Is The Devil » de John Maybury, le roman Voleurs (1948) de Yukio Mishima, le film « Deathwatch » (1966) de Vic Morrow, le film « Pouvoir intime » (1987) d’Yves Simoneau, la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy (avec Sébastien l’homosexuel menteur et voleur), le film « Rien ne va plus » (1979) de Jean-Michel Ribes, le film « Un petit cas de conscience » (2001) de Marie-Claude Treilhou, la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron, le film « Touki-Bouki » (1972) de Djibril Diop Mambéty, le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec le mystérieux vol de petite cuillère en or qui est un leitmotiv de l’intrigue), le film « La Victime » (1961) de Basil Dearden, le film « Imposters » (1979) de Mark Rappaport, le film « L’Enfer d’Ethan » (2004) de Quentin Lee, le film « Gonin » (1995) de Takashi Ishii, le film « Le Chat croque les diamants » (1968) de Bryan Forbes, le roman Les Tricheurs (1959) de Françoise d’Eaubonne, le film « Cop Image » (1994) d’Herman Yau, le film « La Malédiction de la Panthère rose » (1978) de Blake Edwards, la pièce 1h que de nous (2014) de Maxime Daniel et Muriel Renaud (avec Maxime, le héros homo, voleur de tableau), le film « Jeff » (1968) de Jean Herman, le roman Les Faux-Monnayeurs (1925) d’André Gide (avec le vol de livre dans la librairie), le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz (avec le prostitué qui détrousse son client), la pièce Une Nuit au poste (2007) d’Éric Rouquette (avec Diane la voleuse de colliers), le film « Les Tricheurs » (1958) de Marcel Carné, le film « La Vengeance d’un acteur » (1963) de Kon Ichikawa, le film « Le Magot » (1972) de Silvio Narizzano, le film « Le Canardeur » (1974) de Michael Cimino, le film « Yolanda et le Voleur » (1945) de Vicente Minnelli, le roman Les Gangsters (1988) d’Hervé Guibert, la pièce Le Joueur d’échecs (1943) de Stefan Zweig (avec le vol de livre), le film « They Made Me A Fugitive » (1947) d’Alberto Cavalcanti, le film « Le Voleur de Bagdad » (1940) de Powell et Pressburger, le film « Premières Neiges » (1999) de Gaël Morel (avec le vol à l’étalage dans le supermarché), le film « L’Homme de désir » (1969) de Dominique Delouche, le film « Les Anges du péché » (1943) de Robert Bresson, le film « Tan De Repente » (2003) de Diego Lerman, le film « Taxiboy » (2001) de Veronica Chen, le film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce, le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, le film « Les Voleurs de chevaux » (2007) de Micha Wald, le film « Shoot Me Angel » (1995) d’Amal Bedjaoui (avec la lesbienne qui fait du vol à la tire), le film « La Croix du Sud » (2003) de Pablo Reyero, le film « Contradictions » (2002) de Cyril Rota, le film « Best Men » (1997) de Tamra Davis, le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (avec le vol de portefeuille au tout début du film), le film « Intrusion » (2003) d’Artémio Benki, le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, le film « Le Garçon d’orage » (1997) de Jérôme Foulon, le film « Figli De Annibale » (1998) de Davide Ferrario, la chanson « L’Enfant de chœur et le Voleur » de Joan Baez, le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (avec le vol de lettre), le film « Les Garçons » (1959) de Mauro Bolognini, le film « Tenue de soirée » (1986) de Bertrand Blier, le film « Long Island Expressway » (2001) de Michael Cuesta, le vidéo-clip de la chanson « Timebomb » de Kylie Minogue (qui vole le portable des passants) ; le film « Michael » (1924) de Carl Theodor Dreyer, le film « Chill Out » (1999) d’Andreas Struck, le film « Le Poison » (1945) de Billy Wilder, le film « Alles Moet Weg » (1996) de Jan Verheyen, le film « Alem Da Paixao » (1985) de Bruno Barreto, le film « Pasajes » (1995) de Daniel Calparsoro, le film « Le Troisième Homme » (1949) de Carol Reed, le film « Le Quatrième Homme » (1983) de Paul Verhoeven, le film « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) d’Alfred Hitchcock (avec Marnie – Tippi Hedren – la femme cleptomane… et violée), le film « Good Boys » (2006) de Yair Hochner, le film « Gespenster » (2005) de Christian Petzold (avec la jolie voleuse), la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne, la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg, le film « Le Lézard noir » (1968) de Kinji Fukasaku, le film « Une Après-midi de chien » (1975) de Sidney Lumet, le film « Mikael » (1923) de Carl Theodor Dreyer, le début du Journal (1) (1997) de Fabrice Neaud (commençant par un vol), le film « Parisian Love » (1925) de Louis Gasnier, le film « Avant le déluge » (1953) d’André Cayatte, le film « Like It Is » (1998) de Paul Oremland (avec le vol de voiture), le film « Le Prix à payer » (1997) de F. Gary Gray, le film « Trio » (1997) d’Hermine Huntgeburth, le film « Il était une fois dans l’Est » (1974) d’André Brassard (avec le vol de timbres), le film « Bowser Makes A Movie » (2005) de Toby Ross, etc.

 

VOLEURS 2 Roseaux sauvages

Film « Les Roseaux sauvages » d’André Téchinet


 

Il est étonnant de voir que dans certaines fictions homo-érotiques, le personnage homosexuel se définit comme un « voleur » pour ne pas employer le mot fatidique « homosexuel » : « Faire comprendre à Édouard que je ne suis pas un voleur, se disait-il, voilà le hic. » (Bernard dans le roman Les Faux-Monnayeurs (1925) d’André Gide, p. 98) ; « Non, mais, des fois… que vous me prendriez pour un voleur ?… » (idem, p. 102) ; « Il est peut-être venu nous cambrioler. » (Giles Ralston s’adressant à sa femme Mollie à propos de Christopher Wren, le héros homo, dans la pièce The Mousetrap, La Souricière (1952) d’Agatha Christie, mise en scène en 2015 par Stan Risoch) ; « Je peux pas toujours prendre sans donner. » (Louise, le personnage trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « Je viens de Harlem. J’pourrais vous voler… » (Arthur, le personnage homosexuel, s’adressant à Dorothy qui le drague, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; « Je suis un VOLEUR ! Chuis pas un assassin ! » (Hugo, le cambrioleur gay de la série Demain Nous Appartient, dans l’épisode 274 diffusé le 22 août 2018 sur TF1) ; « Chaque jour vers l’enfer nous descendons d’un pas, sans horreur, à travers des ténèbres qui puent. Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange le sein martyrisé d’une antique catin, nous volons au passage un plaisir clandestin. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; etc. Dans le film « Les Roseaux sauvages » (1994) d’André Téchiné, François s’imagine « être un voleur » après avoir vécu sa première expérience homosexuelle. Dans le roman Tanguy (1957) de Michel del Castillo, Tanguy est traité par son père et sa belle-mère de « voleur » (p. 255). Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Antonietta accueille dans son appartement le temps d’une journée Gabriele, son voisin de pallier homosexuel. Ce dernier lui pique un bonbon quand elle a le dos tourné. Un peu plus tard, la concierge de l’immeuble, qui a vu Gabriele pénétrer dans la maison d’Antonietta, la met garde : « J’ai connu un voleur qui venait dans l’immeuble… » Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, après leur vol à l’étalage et de retour chez eux, Élisabeth et Paul, le frère et la sœur incestueux, s’entendent dire par leur gouvernante Mariette : « Quelle belle mine ! Vous êtes tout noirs ! » Dans le film « Let My People Go ! » (2011) de Mikael Buch, Ruben est qualifié de « voleur malgré lui » (cf. la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, du 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris). À la fin de son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon aborde la thématique des vols dans les hôtels : « Le cleptomane me fascine. » L’homosexualité et le vol sont fréquemment synonymes et mis sur le même plan (grammatical, sémantique, symbolique). Le personnage homosexuel semble craindre autant d’être pris la main dans le sac que d’être suspecté d’homosexualité. Dans la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1, Hugo, le héros homo de 25 ans, dit qu’il ne peut pas se passer de voler : « Le cambriolage, j’y suis accro ! » (c.f. l’épisode 260, diffusé le 2 août 2018). Il cambriole les luxueuses villas de Sète, en laissant à chaque forfait, un bouquet de fleurs en souvenir. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Rupert, le jeune héros homo de 10 ans, est arrêté pour vol de (ses propres !) lettres, lesquelles révèlent l’homosexualité de l’acteur John J. Donovan.

 
voleur dessin
 

Par exemple, dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, en même temps qu’ils entament une relation amicale renforcée qui les fait passer pour homos, les deux adolescents Vlad et Joey se font comme par hasard suspecter de vol de livres en français dans leur bahut. On découvrira qu’en réalité, c’est Ben le grand-oncle homo de Joey, qui est l’auteur du larcin. Il se dénonce bien tard, après que le pauvre Joey se soit fait engueuler sévèrement par son père et presque suspecter d’homosexualité, le temps d’un dîner tendu.
 

Dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), le Comte Smokrev, bourgeois homosexuel d’une grande perversité, vénère une sculpture, L’Hermès de Praxitèle, représentant un homme caressant un jeune homme. Il identifie d’ailleurs Pawel Tarnowski à celle-ci : « Savez-vous ce que vous êtes ? Vous êtes comme une belle et grande sculpture grecque. Un Hermès. Magnifique… mais froid comme la pierre. » (p. 302) Pawel finit par le voir comme un voleur : « Pawel lutta continuellement avec des sentiments de haine contre Smokrev, convaincu qu’il avait été volé et violé. » (Pawel Tarnowski, idem, p. 308)
 

Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, vole des fourchettes dans l’hôtel mexicain où il séjourne. Il demande malicieusement à son amant et guide Palomino : « Le vol est pire que le voyeurisme ? » Il finit par les rendre : les fourchettes lui fournissent « une excuse pour être arrêté ».
 

Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, dès que Rana, chauffeuse de taxi, découvre la transsexualité de sa passagère intersexe F to M Adineh, ainsi que l’argent dérobé qu’elle porte sur elle, elle l’accuse comme par hasard de vol : « T’es une voleuse ! » Plus tard, quand Rana héberge Adineh chez elle, Akram, la belle-mère de Rana prend Adineh pour un voleur : « Appelle le 110 ! Un voleur !! »
 

Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, dans la maison familiale bourgeoise des deux frères homosexuels Tommaso et Antonio, c’est l’obsession du cambriolage : les servantes, leurs parents et tous les habitants crient constamment « Au voleur ! » et vivent dans la hantise de son retour :« Le voleur est revenu ! »… sans s’imaginer que le voleur qui viendra frapper à la porte de leur famille s’appelle « double coming out ».
 

Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, chippe dans les magazins, s’en va des supermarchés avec des caddies. Il vole des cadeaux, et notamment un collier en bijou avec l’inscription « Mommy » dessus. Sa mère n’accepte pas ce présent (« Mon fils est un voleur. »), et son fils ne supporte ni de se voir inculpé ni de s’entendre défini ainsi (il nie, avec une mauvaise foi très violente : « Je l’ai pas volé !! »). On constate également que Steve ne se contente pas de dérober des objets : il s’attaque aussi aux personnes, et notamment à sa génitrice. « T’aimes bien quand je te chope comme ça, hein ? »
 

Dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, un homme du village est flagellé pour avoir volé les vaches de Hermelinda… et ce vol est mis en parallèle avec le futur lynchage de Noé, le héros homo. Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, Marie décrit le « milieu homo » comme « la secte des tricheurs ».
 

Cette réputation peut correspondre à une réalité cinématographique/littéraire. Dans les fictions traitant d’homosexualité, le personnage (homosexuel ou pas) pratique régulièrement des vols et a la main leste. « La servante a installé une crèche sur la table de la salle à manger, avec des petits personnages en plomb dont elle avait volé près d’un millier au supermarché. » (cf. la nouvelle « La Servante » (1978) de Copi, p. 68) ; « Les curieux commencent à s’agglomérer dans la boulangerie, je profite pour voler un pain au chocolat et m’éclipser. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 91) ; « Un jour je me suis décidé à voler le tricycle de ma petite voisine Lili. » (le Professeur Vertudeau dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « À l’occasion, je pique aussi… à la machine. » (cf. la chanson « Comme ils disent » de Charles Aznavour) ; « Tu t’es déjà fait voler ? » (Steeve s’adressant à Vincent juste avant de l’assassiner, dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin) ; etc.

 

Dans le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo, Aílin, le personnage bisexuel, est une voleuse. Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, dit qu’il s’amuse à « piquer des fruits » avec sa meilleure amie Katja. Quant à l’amant de Phil, il lui vole sa boule à neige en verre quand ils étaient adolescents. Dans le film « La Maison vide » (2012) de Matthieu Hippeau, Vincent, homosexuel, pénètre dans une maison vide pour la cambrioler. Dans le film « Pigalle » (1993) de Karim Dridi, Fifi, pickpocket aux désirs troubles, vit une passion amoureuse avec Divine, transsexuel. Dans la pièce Le Gang des potiches (2010) de Karine Dubernet, Nina la lesbienne, avant de faire partie du gang des potiches qui organise des hold-up, a exercé du piratage internet. Dans le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa, Phillip est voleur de voitures. Dans le roman Le Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, Cyril est un dangereux pirate informatique. Dans le film « Circumstance » (2011) de Maryam Keshavarz, le couple lesbien Shirin/Atefeh vole un objet dans une voiture, puis après s’échange un baiser. Dans le film « Néa » (1976) de Nelly Kaplan, Sibylle Ashby vole dans la librairie genevoise d’Axel Thorpe. Dans le film « Masala Mama » (2010) de Michael Kam, le jeune fils d’un pauvre chiffonnier vole une B.D. de super-héros dans une épicerie indienne. Dans la pièce Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, Valjean vole un chandelier, un pain, des couverts de vaisselle. Dans le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler, Mary vole un bouquet de fleurs. Dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971), Irina a volé une vache au Maroc. Dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, presque tous les personnages sont des voleurs : Arlette vole des bouteilles d’éther, la bonne de Silvano dérobe de l’argent dans la poche de la veste de son chef, les gamins du quartier de Paranà volent les fruits du jardin de Silvano (et même son épouvantail). Dans la nouvelle « La Baraka » (1983) de Copi, Mme Ada est la voleuse de diamants et des bijoux de la Couronne d’Angleterre. Dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi, le héros vole une saucisse à l’âne au café-épicerie, une cousette de luxe chez le teinturier, une pastèque au marché, une batterie et la roue d’une bicyclette dans la rue, un bidon de sardines, de la confiture de lait, et son détergent-mains-douces à doña Celestina. Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, la bonne vole les bas de soie de China. Dans La Pyramide ! (1975) de Copi, la Princesse vole l’arbre des Jésuites, la voiture du Rat, et tous les personnages de la pièce tentent en vain de voler la Vache sacrée. Dans le roman La Cité des Rats (1979), Emilio Draconi aurait, selon les journaux, « étranglé sa mère pour lui voler sa pension de divorcée » (p. 71). Dans le one-woman-show de Mado fait son show (2010) de Noëlle Perna, le personnage du gay dépressif vole du sparadrap à Mado la Niçoise. Dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, Fabio vole son blouson à Miriam/Lukas, l’héroïne transsexuelle F to M, qu’il cherche à draguer en pensant que c’est un homme. Dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, Lacenaire décrit « l’aplomb qu’il a depuis qu’il a commencé à voler » : « le fait d’être voleur, poète, assassin » semble lui donner des ailes ! Dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Anne, la fille à pédés, avale un bracelet pour passer le contrôle de la bijouterie sans se faire repérer. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel, chipe dans les supermarchés. Dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, Jean et Henri, le couple homo criminel, détrousse un client-amant de Jean dans les toilettes de la gare. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, tous les personnages homosexuels volent dans les magasins : même Davide, le jeune héros gay, apprend vite, en piquant des disques. Meri, voyant un Davide réticent dans le supermarché, lui demande : « Pourquoi tu fais cette tête ? Tu n’as jamais volé ?? » Et pour le chef du gang gay des prostitués voleurs, Wonder, ça tombe sous le sens : « Pourquoi tu ne vas pas voler, comme tout le monde ? » Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, François propose à son amant Thomas de « voyager cet été avec la carte bleue [de ce dernier] » et chante la chanson de Desireless « Voyage voyage ». Sans l’en avertir, il leur a acheté un voyage à Bali. Dans la série Demain nous appartient (2017) de Frédéric Chansel diffusée sur la chaîne TF1, les héros homosexuels lesbiens sont fréquemment voleurs ou suspectés de vol : Joachim reproche à Séverine, qui lui a fait un enfant dans le dos pour son couple lesbien, de lui avoir « volé sa paternité » ; quant à la jeune Sara, lesbienne, elle vole des moteurs de bateau.

 

Le vol est un acte qui rapproche l’Homme de la bestialité. Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, par exemple, le rat vole un timbre vert à la dame du tabac, une boucle d’oreille volée au super-market ; les abeilles volent des gouttes de nectar du saule. Dans le roman La Cité des Rats (1979), le perroquet vole les alliances des amiraux Smutchenko et Smith (p. 113), et les boutons de manchette de l’archevêque. Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, Nono et Stef ont braqué un supermarché… Vivi veut y retourner avec eux. Norbert aussi. Par ailleurs, le rapport sexuelle sado-maso entre Vivi et Norbert se transforme en simulation de hold-up.

 

Il est d’usage que le personnage homosexuel se qualifie fièrement de voleur. Il agit sans faire de distinction sociale ni de personne : qu’il soit riche ou pauvre, il déleste n’importe qui de plus fortuné ou de plus pauvre que lui. « Moi, le voleur, moi le traître. » (la voix narrative du roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, p. 111) ; « Petit voleur par nécessité, assassin par vocation, ma route est toute tracée. » (Lacenaire à Garance, dans le film « Les Enfants du Paradis » (1945) de Marcel Carné) ; « Je suis cleptomane. » (Marcel, un des héros homos de la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; « Je suis un chasseur ! Pas un gratte-papier. J’aimerais être de ceux qui visitent les appartements des opposants politiques et s’emparent de leur contenu, des livres au courrier et aux meubles, et les envoient vers Berlin. » (Heinrich dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 103) ; « Ce saucisson, je l’ai volé aux domestiques. » (Micheline dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Va falloir que je vole une poule ! » (Largui dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) ; « Essaie de voler quelques légumes ! » (la Reine à la Princesse dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Mais un jour viendra, je n’escroquerai plus. » (Kévin dans le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte) Bob, le gourou de la cour des miracles du film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, déclare que « le vol est sa vocation ».

 

Il est curieux de voir que très souvent, le personnage homosexuel s’identifie au dieu des commerçants, des voyageurs, et des voleurs : le dieu Mercure (ou Hermès). « Un jet de semence issu de la verge du mari fusa en une parabole lactée au pied de la pauvre épouse, tel un Mercure ailé dont le message était transparent. » (cf. la nouvelle « La Chambre de bonne » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 61) ; « Hermès aux tendres pieds ! » (cf. le poème « Le Condamné à mort » (1942) de Jean Genet) ; « Il fixa des yeux une tache sur son buvard. […] C’était une tache d’une forme bizarre qui fait songer à l’ombre d’une main sans pouce. […] Cela ressemblait à une main de voleur, mais de voleur qui eût volé autre chose que de l’or. ‘Un voleur de vent’, murmura Fabien. Et plus haut il répéta : ‘Voleur de vent, voleur de vent. » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 29) ; etc. Dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Jules, un des héros homos, avoue sa passion pour Mercure (Hermès) : « Je l’aime, ce dieu-là. Tu sais, c’est aussi le patron des marchands et des voleurs. » Dans la pièce Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou, Érik Satie affirme qu’il a le projet d’écrire un nouveau ballet appelé Mercure. Le roman Heraclés (1955) de Juan Gil-Albert traite également d’homosexualité. À ce propos, pour la petite histoire mythique, il n’est pas anodin, concernant le lien entre homosexualité et viol, que le fils d’Hermès et d’Aphrodite se prénomme « Hermaphrodite » !

 

Hermès, le dieu d’amour aérien, « volant » dans tous les sens du verbe, apparaît dans le film « Victor Victoria » (1982) de Blake Edwards. Après la nuit d’amour avec Toddy le héros homosexuel, le jeune et beau Richard se lève discrètement du lit « conjugal » pour s’habiller et dérober quelques billets dans le portefeuille de son amant. Toddy se réveille juste à ce moment-là, et le voit faire sans résister :

Toddy – « C’est pour le taxi ?

Richard – Non, c’est pour régler des factures.

Toddy – Laisse-m’en pour le petit-déjeuner.

Richard – Toddy, tu me crois vénal ?

Toddy – Non. Sans scrupules.

Richard – Tu en as eu pour ton argent.

Toddy – On en a eu tous les deux pour mon argent.

Richard – Écoute, Toddy, si t’es pas content…

Toddy – Je ne le suis pas… Mais je citerai Shakespeare : ‘L’amour ne voit pas avec les yeux mais avec l’imagination… Aussi le dieu ailé est-il aveugle’. »

 

Le verbe « voler » prend un double sens : planer dans les airs et dérober un objet. Comme si on essayait inconsciemment de nous parler de la violence de l’irréel, de la violence potentielle des fantasmes. « Que les voleurs volent » (l’un des deux héros de la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès) ; « Ce serait bien que mon nouveau voisin me fasse voler comme dans Titanic… » (Bernard, l’un des héros homos de la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; etc. Par exemple, dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi, quand le Vrai Facteur dit à Jeanne qu’il « va voler un peu », celle-ci lui répond « Chacun ses tendances ». On retrouve la polysémie du verbe « voler » dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi. Dans le film « Les Témoins » (2006) d’André Téchiné, on fait comprendre implicitement au spectateur qu’aller voler ensemble, c’est s’unir en amour homosexuel : « Ça te dirait de voler ? » (Medim à Manu) Dans le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine, l’amour homosexuel est toujours placé sous le signe du vol : la première fois que Bruno rencontre Fabrice, c’est dans une église, quand il l’aperçoit en train de voler des cierges ; plus tard, il le pourchasse avec insistance car Fabrice lui a volé son portefeuille. Et on finit par les voir tous les deux suspendus en l’air par une grue (cf. le titre du film).

 

Il arrive aussi que le personnage homosexuel soit qualifié de voleur. « Tu m’as appris à voler, à tuer. » (Scarlett au très homosexuel Baron Lovejoy de la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Ça va pas, l’or est à moi ! Ah, la voleuse ! » (Loretta Strong à Linda dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi) ; « Vous, les gouines, et les femmes toutes, qui venez mettre le nez dans les affaires du quartier, vous êtes des vrais gangsters ! […]Vous nous chantez des chansons pour met’ les pauvres à l’Hospice, les voleurs dans les prisons, les Arabes en Arabie et garder tout le pognon ! » (Ahmed dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Vous êtes tous des voleurs ! » (Don Cristóbal dans la pièce La Tragi-comédie de Don Cristóbal et Doña Rosita (1935) de Federico García Lorca) Dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi, doña Celestina surnomme Raulito « la voleuse », en le féminisant ; et le couple homo Raulito et Cachafaz sont sans cesse traités de « pillos » (= coquins, voleurs) par leur entourage. Dans le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa, Steven, le héros homo, fait de l’arnaque sa spécialité, au point que son ex-femme Deborah ironise : « Être homo et arnaquer les gens, ça va ensemble, ou… » Dans le film « Piano Forest » (2009) de Masayuki Kojima, Kimpira traite Kai de « voleur ». Dans le film « Un autre homme » (2008) de Lionel Baier, François est accusé de « vol » (autrement dit de plagiat) des articles de la revue Travelling. Dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Kyril, le dandy efféminé avec son monocle, vole des cadres chez Marguerite.

 

Souvent, c’est plutôt le personnage travesti ou transsexuel, qui vole. « Gigi lui [Le prince Koulotô] prit le portefeuille dans sa poche intérieure; une liasse de billets de 500 francs roula sur le trottoir. Les deux vieux travelos se précipitèrent pour la ramasser, la mirent dans un de leurs sacs et coururent jusqu’à l’angle de la rue des Martyrs. » (cf. la nouvelle « Les vieux travelos » (1978) de Copi, pp. 88-89) ; « On les [les folles] invite chez Régine où elles voleront un manteau de vison et rosseront le videur. Et Marilyn règne sur tout ce monde. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 36) ; etc. Par exemple, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, ce sont les deux travestis clochards Mimi et Fifi qui effectuent la plupart des larcins. Dans la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud, le vol semble être la spécialité de Marina, le personnage travesti : il vole le portable du gardien, puis son ordi, et chipe le briquet de François. Dans le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras, Strella le trans, avec la complicité de son camarade gay Alex, vole des fringues chez Zara et des objets dans les grands magasins. Dans la comédie musicale Amor, Amor, En Buenos Aires (2011) de Stephan Druet, Zulma, la grand-mère travesti, vole à l’étalage pour sustenter son petit-fils transsexuel Roberto et sa fille Alba : « Je volais tout. » Dans le film Gun Hill Road (2011) de Rashaad Ernesto Green, les vols et les crimes du père, Enrique, font miroir à la transsexualité de son fils M to F Michael.

 

Il arrive par ailleurs que le personnage homosexuel se fasse voler un objet et soit victime d’un vol : « Mon mouchoir, on me l’a volé. » (Cherry dans la pièce La Star des Oublis (2009) d’Ivane Daoudi) ; « J’ai jamais eu de chance avec les p’tits copains. J’ai toujours été spolié. […] Fabrice s’est tiré avec la caisse. Plus rien. Une princesse déchue. » (Jeanfi, le steward homo, racontant comment il est sorti avec un certain Fabrice, un « escroc qui l’a ruiné après lui avoir fait vivre une vie de « princesse » dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; etc. Dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, Silvano se fait piquer son revolver ; la tireuse de sorts se fait prendre ses poules ; Arlette se fait voler son sac au théâtre (… ce qui ne l’empêchera pas de voler à son tour). Dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) de Copi, le dossier d’Irina Simpson est volé. Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien, l’un des héros bisexuels, se fait voler sa bicyclette. Dans la pièce Le Frigo (1983), « L. » se fait voler son chéquier par sa mère. Dans le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie, Armand, homo, s’est fait piquer 200 euros par 4 jeunes. Dans le film « Consentement » (2012) de Cyril Legann, Anthony, le garçon d’hôtel, se venge du client qui a voulu le torturer sexuellement : il le vole, lui prend son code de carte : « J’pense que pour le prix, tu mérites au moins de te faire enculer. » Dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, Greg, le héros homo, s’est fait vider son compte en banque par Igor, son amant qui lui a piqué sa carte de crédit : « Qu’est-ce que tu veux… J’crois en la sincérité et la fidélité. »

 

Le vol est même parfois désigné comme le révélateur de l’homosexualité : par exemple, dans le film « Glee » (2009) de Ian Brennan, un jeune gay prénommé Trenton s’est vu obligé de faire son coming out au collège après que ses camarades lui aient volé son journal intime, sur lequel était inscrit le nom du garçon de qui il était amoureux.

 

Il s’agit parfois d’un vol qui n’a pas eu lieu mais qui est fantasmé par le personnage homosexuel, soit parce qu’il est craint, soit parce qu’il finit par être désiré et attendu. « Ferme la porte à clé, il y a tellement de voleurs à Buenos Aires… » (China à Rogelio dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) ; « Y’a des baisers volés dans les trains de tsarine. » (cf. la chanson « Gourmandises » d’Alizée) ; « Cody dit ‘Je m’a suis fait voler. Nourdine il a tout volé, l’argent et la caméra de New York University que j’avais empruntée. Oh my god, on habitait ensemble, et cette matin, je m’est levé et tout avait disparu dans l’appartement.’ Je l’accompagne pour porter plainte. Je lui dis ‘Ça te plaît, hein, que ce mec t’ait volé ? C’est la preuve que tu avais raison d’avoir peur. Maintenant ça te fait jouir d’avoir été une femme violée et volée, c’est comme si ton rêve magique d’être une femme avait été poussé au maximum.’ Cody, pris en faute, me regarde de travers. […] ‘Il a venu pour s’excuser […] ‘Il a été obligé de ma voler, mais il a dit désolé, quoi et on a fait l’amour ensemble. » (Mike le héros homosexuel racontant comment son pote gay nord-américain Cody a accepté de se faire détrousser par son amant de passage, Nourdine, et qu’il ose encore croire à la belle idylle malgré cela, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 111-112) ; « Méfie-toi, il est dans ta cuisine. Il te cambriole. » (Jérémy Lorca parlant d’un amant GrindR dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; etc. Par exemple, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, Marcel fait croire à ses amants successifs qu’il s’est fait violer et voler à Toronto par un couple de garçons. Dans le film « Once More (« Encore », 1987) de Paul Vecchiali, Louis, en enfilant une capote, a « l’impression de faire un hold-up ». Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, fait croire qu’il s’est fait voler 9000 livres alors qu’en réalité, c’est une manigance qu’il a échafaudée avec son complice Carter pour détourner l’argent de la police du Canton.

 

Le vol peut également être un acte fictionnel réel du fait d’avoir été d’abord fantasmé. Il agit comme une technique de drague, ou un moyen de s’embellir en poussant le cri esthétique du viol : « Au voleur ! Au voleur ! » (le Marquis dans la pièce Les Précieux Ridicules (2008) de Damien Poinsard et Guido Reyna) ; « Allez, hop, j’te kidnappe ! » (Sonia s’adressant à son amante Clara, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret) ; « Il consent à une rencontre, chez moi, mais il ajoute ‘Les yeux bandés. Tu ne dois jamais voir ma laideur repoussante.’ J’accepte. Les jours qui précèdent la rencontre, je les passe dans un état de surexcitation incroyable. Le jour prévu, à l’heure prévue, il frappe trois coups contre la porte, notre code secret. Je place mon bandeau, et j’ouvre en me demandant si je n’ouvre pas ma porte à un voleur, un tueur de sang froid ou un violeur. Peut-être que j’en aurais envie… » (Mike, le héros homo racontant son « plan cul » via un chat internet avec un certain Vianney, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 84) ; « Oui, je suis obligée de voler. » (David Forgit, le travesti M to F du one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show, 2013) ; etc. Par exemple, dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger, Bruno a fait exprès de dérober son portefeuille à Pablo pour qu’il vienne le rechercher. Dans le film « New York, I Love You » (2009) de Mira Nair, Ben (Hayden Christensen) vole l’alliance de Gary (Andy Garcia), un homme marié. Dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, Philippe, le héros homosexuel, croit qu’il s’est fait cambrioler. Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Romeo, le héros homosexuel noir, fait d’abord croire (en boutade ?) qu’il va braquer son futur amant blanc Johnny, pour le tester et aussi illustrer que leur amour va transcender le racisme ambiant et les clichés de l’île des Bahamas : « Donne-moi ton porte-feuille ! » Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, l’amour est considéré par les deux amants Léo et Gabriel comme une marchandise, un objet qu’il serait possible de se dérober réciproquement : « Léo, si tu avais volé un baiser à quelqu’un, tu le lui rendrais ? » (Gabriel juste avant de recevoir le baiser qu’il avait donné sans crier gare à Léo auparavant)

 

VOLEURS 3 bougies

Film « Unveiled » d’Angelina Maccarone


 

Le vol (supposé ou réel) a lieu le plus souvent entre amants d’un même couple. « Il m’a tout volé. » (Tonia à propos de son amant Rosário dans le film « Morrer Como Um Hommen » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues) ; « J’ai pris ce que tu m’as donné, de mon plein gré. Ce n’est pas de ta faute, Thérèse. » (Carol, l’héroïne lesbienne consolant son amante Thérèse en pleurs, culpabilisant d’avoir couché avec elle, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; etc. Dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi, Louise avoue qu’elle volait ses porte-plume à Jeanne quand elles étaient petites. Dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi, Linda a volé l’anorak de Loretta Strong. Dans le film « L’Immeuble Yacoubian » (2006) de Marwan Hamedn, l’homo cultivé se fait assassiner puis cambrioler par un de ses amants. Dans le film « Un Flic » (1971) de Jean-Pierre Melville, le « Monsieur distingué » homo se fait voler une statuette par un jeune tapin qu’il a amené chez lui. Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Emmanuel vole de l’argent à son petit copain Omar. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin est arrêté par la police parce qu’il est pris pour un cambrioleur alors qu’il tentait de pénétrer discrètement dans la maison de son amant Bryan. L’amour homosexuel est en général annoncé par un vol d’objet. Autre exemple : le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch commence par le vol à l’étalage d’une carotte par Laura, l’héroïne lesbienne. Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Alan Turing a appelé la police pour cambriolage : en réalité, il s’est fait voler par un jeune amant, Murray, dans son domicile. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Frankie, le héros homosexuel, vole dans la salle de bain de son amant de passage Walt une assiette en porcelaine accrochée au mur, assiette qui le fascine car elle représente un homme triste. Il finit par dénoncer son larcin : « Merci pour l’assiette avec le garçon triste. »

 

Le « milieu homosexuel » fictionnel est très souvent désigné comme un repaire de banditisme et de pickpockets : « On peut toujours se promener aux Tuileries, mais j’ai peur de me faire voler mon portefeuille. » (Hubert dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Dire qu’il y a des folles qui ont peur de draguer dans la rue et se font voler ou massacrer par des gigolos qu’ils ont dragué dans les boîtes de nuit ! » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 44) Dans le film « L’Arbre et la Forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Frédérick s’est fait voler sa montre dans un jardin public de drague homosexuelle qu’il fréquentait. Le vol homosexuel ne se fait pas que dans un sens. Cela peut être le client fortuné qui prend le rôle du voleur de son gigolo : « Redevenir gendarme, chasser le voleur, consoler la victime. Subitement, je voudrais pratiquer l’abus de pouvoir par personne ayant autorité. » (la voix narrative du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 44) Dans le film « La Chatte à deux têtes » (2002) de Jacques Nolot, par exemple, un travelo reconnaît au guichet du cinéma porno un de ses anciens clients : « Jean ? C’est ça, hein, Jean ? Je te reconnais. Il m’a fauché mon fric. Au sex shop. Tu m’as fauché 1000 balles ! Que tu te fasses sauter, ça ne me dérange pas, mais que tu me fauches mon fric, ça, ça me dérange ! Non mais c’est vrai ! Ça se fait sauter et ça te fauche ton fric ! Ces mecs-là, ils viennent chez toi, ils te sucent, ils se font baiser comme des reines, et ça te fauche ton fric ?!? »

 

Au sein du couple homo fictionnel, ce n’est pas nécessairement un objet qui est volé. Cela peut être une identité ou une personne, autrement dit quelque chose d’unique et qui ne se possède pas. « Je suis amoureux de celui qui détient ma pièce perdue, et que je veux te voler. » (Denis s’adressant à son amant Luther dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta) ; « Qu’est-ce que je vous ai fait ? […] Je vous ai peut-être volé un rôle sans le savoir. Ou un amant. » (la Comédienne à Vicky, avant de comprendre qu’elle est sa sœur jumelle, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « On va la prendre comme otage ! » (Fougère à propos de Leïla dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Il est à moi, cet Arabe. Voleuse ! » (Daphnée à Micheline dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Elle [Micheline] ne vient que pour nous piquer nos mecs ! » (Daphnée, idem) ; « Tu sais que tu as tué la femme de l’attaché culturel du Sénégal pour lui voler sa mouflette ! » (le chef des CRS à Mimile dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 70) ; « J’aimerais que Léonard m’autorise à vous enlever. » (Vita Sackville-West, lesbienne, s’adressant à son amante Virginia Woolf, à propos du mari de cette dernière, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc. Je pense aussi à l’enlèvement de Graciela dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi. Dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi, les reines incas ont été volées par les Espagnols. Dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, Daphnée a « volé » sa/leur fille à son mari John. Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, les lesbiennes essaient de rapter un enfant nommé Ali ; le Vicomte est également enlevé. Dans le vidéo-clip de la chanson « Libertine » de Mylène Farmer, on assiste également au vol de mari entre Libertine et sa rivale (Sophie Tellier). Dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, une secte secrète opère une série d’enlèvements de personnes.

 

Il est intrigant de voir parfois que le voleur homosexuel, en enlevant l’identité ou l’objet des autres, en perd sa propre identité de voleur, la conscience de son acte/de l’acte qui lui est fait, et le but de son geste : l’objet volé n’a plus, à ses yeux, tellement d’importance, ou bien le vol devient un geste artistique banal (« l’art pour l’art ») : « Y yo/pillaba yo » (cf. le poème « Anales » de Néstor Perlongher ; traduction : « Et moi/C’était moi qui pillais ! ») ; « On avait volé le vélomoteur de Solange, mais elle s’en fichait. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 144) ; « Je lui ai volé ses journaux pendant qu’il faisait une sieste » (la voix narrative dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 43) ; « Le vendeur de journaux croit toujours que je lui ai volé ses journaux. » (idem, p. 44) ; « Pour lui je suis pour l’éternité (si j’ose dire) le mot ‘journaux’ ou bien celui qui lui a volé ses journaux (ce qui pour lui revient au même). » (idem, p. 44) « Ces vols n’avaient que le vol pour mobile. Il ne s’y mêlait ni lucre ni goût du fruit défendu. Il suffisait de mourir de peur. La règle interdisait la prise d’objets utiles. » (la voix-off de Jean Cocteau dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville) Dans le film « Un Fils » (2004) d’Amal Bedjaoui, Selim, le jeune prostitué, vole un sachet de poudre chez Max, un client plus âgé, sans même savoir ce qu’il va en faire. Le vol homosexuel des fictions ne semble pas motivé par une volonté de mal agir : il est la métaphore d’un désir inconscient, d’un mal déguisé en ami innocent, en amant ensorcelé et « ravi » (dans tous les sens du terme). Par exemple, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, quand Stéphane, le quinquagénaire homosexuel, demande à Vincent son jeune amant trentenaire s’il lui est déjà arrivé de voler des objets, ce dernier lui répond, amusé : « Ben oui. Évidemment. Comme ça. Pour le frisson. »

 

VOLEURS 5 Gigolo rouge

Film « Un Fils » d’Amal Bedjaoui


 

L’objet volé entre les personnages homosexuels est lié très souvent à un contexte amoureux et conjugal. Le vol se rapporte « juste » à un baiser, une beauté, une parole, un désir, une liberté. C’est pour cette simple raison qu’on peut dire que le vol n’apparaît pas toujours comme un acte mauvais ou un délit à dénoncer absolument. « Vous êtes un voleur trop étrange. » (l’un des deux héros de la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès) Le vol peut prendre la force de l’amour passionnel, de la bonne intention diabolique qui subtilise l’âme : « Cette nuit, je te l’ai pris, ce baiser que tu n’as pas voulu me donner. […] Je suis encore troublé par ce baiser volé. » (Kévin à Bryan dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 207) ; « Mon cœur, tu l’as volé, et sans détour. » (Benji s’adressant à son amant Maxence qui lui a fait perdre sa virginité, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot) ; « Les papous ne s’embrassent jamais, ils ont peur qu’on leur vole leur âme… Moi je me sens papou bizarrement certains matins… » (le comédien de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier, p. 92) ; « Le jeudi, j’ai fait quelque chose de mal. […] J’ai senti la culpabilité me brûler le visage tandis que je demandais la chose en question, et dans ma tête une petite voix disait : ‘Celle-là, elle n’est pas pour toi. […] Tu essaies de voler ce que tu ne désires même pas.’ Parce que tu t’y connais, en désir ? Ça, au moins, c’est notre domaine, pas le tien. Et pourquoi tu parles de voler ? Je l’ai trouvée la première. » (Ronit la lesbienne entend une voix maléfique avec qui elle dialogue, au moment où elle prétend voler le cœur d’Esti, une femme mariée, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, pp. 223-224) ; « Un désir se vole, mais il ne s’invente pas. » (l’un des deux héros de la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès) ; « On lui a volé son âme ! » (Fifi et Mimi en parlant de Pédé, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Cette fleur, il me l’a volée. » (l’ange chantant la perte de l’innocence quand il se fait sodomiser, dans le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto)

 

Parfois, dans les termes (mais aussi symboliquement !), le vol est frère du viol. Ces deux mots se ressemblent déjà au niveau de l’orthographe, et sont souvent juxtaposés par le héros homo : « Marcel envoie un message dans lequel il reprend son histoire de fugue à Toronto, son viol et son vol, la même qu’il avait inventée pour Frédéric. » (Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010), p. 39) ; « Toutes ces lopettes allaient l’attaquer, lui voler son bébé ou le violer pendant qu’il dormait. » (cf. « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 30-31) ; « Vous êtes des voleurs ? Des violeurs ?!? » (le personnage de la mémé s’adressant au public, dans le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011) de Karine Dubernet) ; « Y’a qu’des violeurs, y’a qu’des voleurs ! » (François dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti) ; « La dernière fois, paraît que j’avais tué un vioque pour lui voler ses sous, la fois d’avant c’était un bambin pour le violer. » (Mimile parlant de ses passages en taule, dans le roman La Cité des Rats (1979), pp. 62-63)

 

Ce qui empêche le personnage homosexuel de comprendre qu’il y a eu objectivement vol, c’est que ce dernier prend la forme de l’échange, du consentement mutuel vécu en couple. Les deux parties semblent apparemment gagner quelque chose en même temps qu’elles en perdent chacune une autre, un cadeau qu’en plus elles n’ont ni donné ni reçu totalement librement. Par conséquent, l’échange est trop équitable, trop millimétré, les objets échangés trop quantitativement et financièrement gémellaires, pour être véritablement aimants : on est loin du don gratuit, abondant, surprenant, personnalisé, libre, naturel, reçu/donné dans le cadre de l’Amour vrai. Par exemple, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, les deux amants troquent comme ils aiment : « On échange ? Tu me prends un truc et je te prends un truc » (p. 11) suggère Kévin à Bryan. Ce dernier semble intérieurement ravi de la proposition : « L’idée était géniale ! J’allais posséder quelque chose de lui ! » (idem). Un peu plus tard dans le roman, les deux garçons ne se demandent toujours pas l’autorisation pour se voler réciproquement : Bryan pour blaguer, prétend avoir volé la moto de Kévin ; Kévin en retour lui dit qu’il lui a volé également sa sculpture d’ours fétiche (p. 72). Tout semble synchro, mais l’amour n’y est pas. Ce n’est pas parce qu’il y a commerce, ou deal consenti à deux, qu’il y a forcément liberté. Pareil pour la dissimulation de la violence du vol dans le mimétisme entre amants. Par exemple, dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, le jeune Juliette dérobe le roman La Dentellière (1974) de Pascal Lainé au supermarché, par « amour » pour sa prof de français qui aime aussi ce livre. Mais son geste n’est beau et risqué que dans le monde des intentions. Une fois confronté au réel, il s’agit d’un simple copiage égoïste et fanatique, un « film » intérieur que se fait l’adolescente avec son égérie.

Comme le personnage homo habille parfois ses pulsions sexuelles en sentiments, et qu’il pense qu’aimer c’est se soumettre et tout donner sans compter/s’engager, il lui arrive de qualifier de « voleur » son amant, qui en vient effectivement à le voler parfois, sans reconnaître que, par son manque d’exigence et son amour intéressé, il l’a aidé voire appelé au vol (parce qu’il a lui-même tenté de posséder son compagnon comme un objet !). Le vol fictionnel homosexuel est donc envisagé par certains héros gay comme une preuve d’amour… même s’ils concluront que « l’Amour est cruel ». Ces imbéciles ne lui retireront pas pour autant son statut d’« Amour ». Ils n’en démordront pas ! La victimisation est plus confortable…

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

VOLEURS 7 Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Les coïncidences entre vol et homosexualité sont très nombreuses dans la réalité. Comme dans les fictions, l’adjectif substantivé de « voleur » peut parfois remplacer verbalement celui d’« homosexuel ». C’est en tout cas comme cela que le ressent un écrivain comme Jean Genet. Ce mot « voleur » résonne en lui telle une condamnation lumineuse, un outing odieux et essentiel à la fois : « Je crois que le mot de voleur me blessa profondément. » (Jean Genet dans un extrait non publié du Journal du Voleur, Magazine littéraire, n°313, Paris, septembre 1993, p. 16) Jean-Paul Sartre, tout au long de son Saint Genet (1952), revient précisément sur l’étiologie du lien entre vol et homosexualité : « La honte du petit Genet lui découvre l’éternité : il est voleur de naissance, il le demeurera jusqu’à sa mort. » (p. 28) Jean Genet ne nie pas que le voleur et l’homosexuel sont deux créatures qui fusionnent parfaitement d’un point de vue fantasmatique, et partiellement dans la réalité : « La trahison, le vol et l’homosexualité sont les sujets essentiels de ce livre. Un rapport existe entre eux, sinon apparent toujours, du moins me semble-t-il reconnaître une sorte d’échange vasculaire entre mon goût pour la trahison, le vol et mes amours. » (Jean Genet, Journal du Voleur (1949), cité dans l’étude La Longue Marche des Gays (2002) de Frédéric Martel, p. 100) Jean-Pierre Lauzel va dans ce sens quand il décrit, dans son essai L’Enfant voleur (1966), « la structure fondamentalement homosexuelle du vol d’enfant » (p. 118).

 

Il arrive aussi que certaines personnes homosexuelles se qualifient elles-mêmes de voleurs (je l’ai beaucoup entendu chez mes amis et interlocuteurs homos !) : « J’aime tricher, jouer, tout avoir sans faire de choix. Et alors ? » (Catherine, lesbienne, dans l’autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010) de Paula Dumont, p. 175) ; « On cherche deux voleurs pour mettre à côté du bébé. » (Brüno à propos du couple gay, dans le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles) ; « Je suis dans une salle de cinéma. Je vais voir pour la première fois Le Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 109) ; « La présidente a la main leste. » (la Mère supérieure des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, dans le documentaire Et ta sœur (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin) ; « C’est l’occasion qui fait le larron. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, parlant du caractère occasionnel, aléatoire et possible de l’expérience homosexuelle pour « les » hétéros, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; « J’ai toujours l’impression qu’on va croire que j’ai volé l’identité de quelqu’un. » (Laura, homme M to F, passant le contrôle de l’aéroport, dans l’émission Zone interdite spéciale « Être fille ou garçon, le dilemme des transgenres » diffusée le 12 novembre 2017 sur la chaîne M6) ; etc.

 

Par exemple, dans le docu-fiction « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, On lit une inscription « PICK-POCKET » sur les murs des docks où les hommes new-yorkais vivent clandestinement leurs ébats sexuels. Dans la pièce-biopic Pour l’amour de Simone (2017) d’Anne-Marie Philipe, il est raconté par Simone de Beauvoir elle-même qu’elle est sortie avec Nathalie, une voleuse d’étoffe à l’Uniprix du magasin parisien Le Printemps, et qui revendait plus cher après sa marchandise.

 

La mention du vol n’est pas toujours un jeu. C’est exactement ce que décrit Jean-Paul Sartre quand il parle des Bonnes (1947) de Jean Genet : « À leurs propres yeux, ce n’est qu’un jeu. Mais qu’une tache souille la robe, qu’une cendre la brûle, l’usage imaginaire s’achève en consommation réelle : elles emporteront la robe roulée en boule, elles la détruiront : les voilà voleuses. Genet passe avec la même fatalité du jeu au vol. » (Jean-Paul Sartre, Saint Genet, comédien et martyr (1952), p. 21) Giovanni Gandini raconte dans les années 1970 à Milan le vol de manteau (une fourrure de breitschwanz) effectué par Copi, le dramaturge argentin. Lacenaire, homme homosexuel immortalisé par Marcel Carné dans « Les Enfants du Paradis » (1945), fut un voleur qui vécut au XIXe siècle : il tuait et volait en province, en Italie, en Suisse. Félix Sierra exécute un vol avec un complice à San Juan de Vilasar (Barcelone) en août 1967 ; en parlant de ses rencontres dans le « milieu homosexuel », il dit ceci : « Ce sont eux qui m’ont incité à voler et à me prostituer ; je suis passé par toutes les pratiques propres à l’homosexualité. » (Félix Sierra, cité dans l’ouvrage collectif El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 186) D’autres personnes homosexuelles sont connues pour avoir été d’authentiques voleurs : Juan Soto, saint Augustin, Jean Genet, Jean Cocteau, etc. Jean Genet sera arrêté 8 fois entre 1938 et 1941 pour vol de livres, quand même ! Entre amants homosexuels, les vols sont extrêmement fréquents : « Dimanche 30 mars 1919. Ai oublié hier par fatigue de noter que ce jeune élégant qui ressemble à Hermès et qui m’avait fait une si forte impression il y a quelques semaines assistait à la conférence [au club] . Son visage, allié à sa légère silhouette de jeune homme, à par sa joliesse et sa folie quelque chose d’antique, de « divin ». Je ne sais comment il s’appelle, et ça n’a pas d’importance. » (Philippe Simonnot, Le Rose et le Brun (2015), p. 122)

 

VOLEURS 6 Genet

Jean Genet, adolescent

 

Autre exemple : dans ce fait divers daté du 22 décembre 2016, on voit bien que l’agression homophobe s’origine sur le petit délit de larcin homosexuel (vol du fromage de chèvre sur les étalages d’un supermarché).

 

Par ailleurs, de nombreux sujets homosexuels ne se gênent pas pour décrire le « milieu homosexuel » comme un repaire de bandits, ou bien un système prostitutif parfaitement bien organisé. « Parfois, il m’arrive de penser qu’ils [les homosexuels] sont tous une bande de gangsters… Parfois. » (José Mantero, « Doce Días De Febrero », dans l’ouvrage collectif Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 193) ; « Le lendemain, bien sûr, la disparition de quelques menus objets : portefeuilles, petits bronzes, etc., aurait dû nous donner l’éveil. Mais ce ne fut que huit jours plus tard, derrière les barreaux du commissariat central de Clermont, que nous eûmes le fin mot de l’aventure : nos éphèbes étaient de vulgaires voleurs. Arrêtés pour un cambriolage, ils avaient tout raconté, pensant ainsi améliorer leur cas (ils étaient tous mineurs). » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, racontant des « parties » libertines de ses cercles amicaux homosexuels avec des gigolos, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 100) ; etc.

 

Par exemple, dans le docu-fiction « Howl » (2010) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, Allen Ginsberg déclare être entouré dans sa vie de drogués et de voleurs. Le journal Le Parisien relate le 5 juillet 2016 l’arrestation d’un agresseur de 18 ans et voleur en série à Lyon, spécialisé dans l’agression au couteau de ses amants qu’il détroussait après avoir couché avec eux.

 

Le vol est un acte qui a lieu très souvent entre amants, au sein d’un couple homo. Par exemple, dans l’émission Toute une histoire spéciale « Mon père est parti avec un homme » (diffusée sur la chaîne France 2 le 5 décembre 2013), Jacques Vialatte, le romancier de 61 ans, raconte comment « il a fait l’assaut » de son premier amour homosexuel « tous les jours pendant un mois ».

 

Mais une fois noyé dans le quotidien, la proximité, et le sentiment, le vol entre amants homos semble invisible, tout comme dans certains couples femme-homme le mariage servira de prétexte discret au viol. « Arrivé chez ta mère, sentiras-tu encore sur tes lèvres le baiser que je t’ai donné comme un voleur ? Ah… voleurs tous les deux ! » (Pier Paolo Pasolini dans le documentaire « Les Fioretti de Pier Paolo Pasolini, 1922-1975 » (1997) d’Alain Bergada) ; « Slimane ne m’avait donc rendu que quelques pages de notre journal. Il avait gardé le reste pour lui, l’avait peut-être détruit. Brûlé. Tout ce que nous avions écrit ensemble, corps contre corps, mains jointes presque, il l’avait pris pour lui, volé pour lui. La mémoire écrite de notre histoire lui appartenait désormais. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 110) ; « Je ne sais pas d’où il a sorti les capotes, mais il nous les enfile en un clin d’œil et avec une dextérité de voleur à la tire. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 320) ; « Je fis la connaissance d’une sorte de gitan (c’est d’ailleurs moi qui l’abordai et l’enlevai, littéralement). Il était grand et je le trouvais beau, mais dans un triste état vestimentaire que venait encore renforcer une réticence marquée à l’égard de tous les principes d’hygiène élémentaire. Tandis que, comme l’aurait fait une ‘fille’, je l’invitais à monter dans ma voiture et à s’y installer avec son baluchon, je ne cessais de me répéter : ‘Tu es fou… Tout cela finira mal…’. […] Le lendemain, après m’avoir tapé de quatre mille francs et ‘emprunté’ ma montre, il disparut de lui-même. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 108) ; etc.

 

Par exemple, dans le meurtre de Matthew Shepard, un étudiant américain, torturé et assassiné par deux jeunes gens, à l’âge de 21 ans, en raison de son homosexualité, le 12 octobre 1998 à Fort Collins (États-Unis), nous en avons une illustration. Il est étonnant, dans cette affaire, de voir d’une part l’ambiguïté sexuelle des deux agresseurs Aaron McKinney et Russell Henderson (qui se sont fait passer pour au couple homo auprès de Matthew, pour l’embarquer dans leur camionnette) et d’autre part le lien entre homosexualité et vol : en effet, les assassins s’étaient déjà attaqués avant à d’autres personnes non-homosexuelles mais riches pour leur dérober des objets ; et concernant la victime, elle attisait la jalousie et le désir d’Aaron (qui disait que « Matthew, c’était une pute pétée de tune ! », qu’il était toujours bien habillé). D’ailleurs, le soir du meurtre, ils lui ont piqué sa carte bancaire, ses fringues, ses chaussures, et avaient l’intention de le cambrioler.

 

Dans mon entourage amical, j’ai des amis, généralement âgés, ou bien des jeunes fortunés, qui prennent visiblement un plaisir inavouable à se faire voler : par exemple, ils se font vider leur compte en banque par leur petit copain du moment qui joue les assistés, ou bien ils sont prêts à satisfaire tous les caprices matériels et les folles dépenses de leur amant. Et que je te paye un voyage ! et un resto ! et des vêtements ! et que je te regarde avec un air énamouré ! Les amants ont parfois la malchance d’être riches tous les deux. Dans ce cas-là, ils se sortent mutuellement le grand jeu des cadeaux et des voyages tous les jours. Évidemment, comme c’est un donné pour un rendu, les vols-corruption sont très nombreux et portent le doux nom d’« équilibre ». C’est une « affaire qui tourne », comme on dit. Mais quelle lassitude lourde à porter sur la durée !

 

Un jour, un ami quinquagénaire à moi, qui se faisait mener en bourrique par un jeune amant qui l’exploitait, mais avec qui il n’arrivait pas à rompre le lien, m’écrivait en 2003 : « Y’a deux clandestins, y’a deux tricheurs dans cette relation…mais on n’est pas les seuls… »). C’est ce même ami qui, pour se venger de sa propre lâcheté et de sa complaisance dans la soumission, me soutenait qu’il n’y avait dans le « milieu homosexuel » que des « tricheurs, des voleurs, et des menteurs ». Seul le vrai voleur peut croire une chose pareille… On peut très bien être voleur en étant donateur !

 

Le vol est une action qui symbolise parfaitement le désir homosexuel dans la mesure où, à l’image du désir homosexuel qui est un fantasme de viol consenti, le vol est à la fois ce qui fait objectivement violence et qui ne peut pas être dénoncé parce qu’il est vécu dans une situation amoureuse qui laisse croire à sa victime qu’elle l’a un peu cherché, désiré, voire aimé. « C’est avenue Gabriel que pullulent les truqueurs avides d’innocents étrangers. Ces opportunistes profitent du ‘moment’ d’égarement sentimental du partenaire pour subtiliser portefeuille ou argent. Travail facile, car le volé se trouve généralement, ou croit se trouver dans une situation qui l’empêche de porter plainte. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 26) Étant donné la gravité de la pratique homosexuelle, les agresseurs ou voleurs des personnes homos actives avouent qu’il est « plus facile » (cf. le voleur de Bobigny, le 2 décembre 2016) de s’attaquer à elles qu’aux personnes non-homos.

 

En amour homosexuel, souvent, « rapt et ravissement se confondent » (Dominique Fernandez, L’Amour qui ose dire son nom (2000), p. 51). La lecture enchanteresse que beaucoup de personnes homosexuelles font de l’assemblage des corps entre semblables sexués n’efface pas la violence des fantasmes et des réalités qu’ils peuvent impliquer. En désir, bon nombre d’individus homosexuels veulent voler leur partenaire amoureux. « Lorsque je fais l’amour avec lui, je ne fais que reproduire un rite cannibale qui consiste à m’emparer de sa jeunesse, à me l’approprier et je me donne ainsi l’illusion de rattraper le temps perdu. Je lui vole cette fraîcheur que je n’ai pas eu le temps de savourer lorsque j’avais son âge. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 137) J’ai déjà entendu de mes propres oreilles certains amis homosexuels m’affirmer très sérieusement qu’ils couchaient avec de beaux garçons rien que pour leur « voler leur beauté » et se l’appliquer à eux-mêmes. Cette expression en dit long sur ce qu’est l’acte homosexuel dans son essence : un fantasme de vol motivé par un désir non pas seulement d’aimer l’autre pour ce qu’il est, mais aussi d’être lui et de se dérober à soi. C’est sûrement ce qui explique que dans beaucoup d’œuvres de fiction, les protagonistes gays se définissent comme des « voleurs » après avoir vécu leur première expérience homosexuelle, même s’ils n’ont objectivement dérober aucun objet.

 

Le choc du vol au sein du couple homo est amorti en partie parce que je crois que le vol est très souvent esthétisé en secret par les personnes homosexuelles, intérieurement appréhendé comme une œuvre d’art, un acte d’amour « stylé ». Dans les romans comme dans les films, le vol d’objet est desservi par tout un univers fantasmagorique qui le magnifie. Il faut bien comprendre que c’est le vol cinématographique (sublimé par une agile Cat’s Eyes, une Madonna dans son vidéo-clip « Die Another Day », un gentleman cambrioleur aux gants de velours comme Arsène Lupin, une Mélanie Doutey dans le film « RTT » (2008) de Frédéric Berthe, une James Bond Girls aérienne qui esquive les rayons X rouges, une Charlie’s Angel qui va voler des microfilms dans le bureau du Dr No, etc.) qui va ensuite donner le goût du vrai vol à des personnes homosensibles en panne d’identité et de désir. « La jeune voleuse sait exactement où elle doit se placer pour trouver la bonne bouche d’égout. […] Experte, elle arrive à entrer sans trop de difficultés au royaume des rats. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 164)

 

Par ailleurs, ce qualificatif de voleur renvoie en général chez les personnes homosexuelles à une peur (plus ou moins légitime) de la sexualité : « Alors que j’avais déjà 25 ans et que j’étais toujours vierge, plus par désespoir que par désir j’ai répondu aux avances d’une collègue éducatrice. Elle me draguait depuis un moment et je la fuyais. Un soir de réveillon du jour de l’An, nous nous sommes retrouvés dans une chambre du foyer et je me suis lancé. C’était horrible, je me suis forcé à la pénétrer, sans préliminaires. J’ai eu l’impression de la violer. Tout de suite après, je l’ai fuie comme un voleur. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 40-41)

 

Le vol est à la différence des espaces ce que le viol est à la différence des générations ou des sexes. C’est pour cela qu’ils sont pour moi si proches l’un de l’autre, aussi bien phonétiquement que symboliquement. « Partir comme des voleurs. C’était la seule solution. […] Il fallait arriver à voler. » (Christine Angot, Quitter la ville (2000), p. 99) ; « Celle-là fonctionne très bien. Des mecs à perdre la tête. Maintenant, une fois sur deux, on te vole ou on te tue. » (Coco indiquant une pissotière, dans l’autobiographie Folies-fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 94) En général, les personnes homosexuelles qui ont été violées ont aussi été volées. Il existe une forte corrélation entre vol et viol. Dans les deux cas, cela relève d’un refus (plus souvent que d’une incapacité) à voir l’autre comme une personne c’est à dire comme un possible autre soi-même.

 

C’est pourquoi, dans mon travail sur l’homosexualité, je continue de développer la thèse selon laquelle l’omniprésence du motif du voleur dans les œuvres de fiction parlant d’homosexualité nous révèle que le désir homosexuel est par nature un fantasme de viol, et parfois le signe d’un viol réel.

 

Enfin, pour conclure sur un sujet indirectement lié au vol, et très actuel dans le monde, j’aimerais qu’on aborde aussi les nouvelles lois qui mettent les personnes homosexuelles dans la position inconfortable et honteuse du voleur. On aura beau dire ce qu’on veut (cf. je vous renvoie au code « Petits morveux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), la permission légale donnée aux couples homosexuels d’exercer des PMA et GPA cautionne, en pratique, le vol d’enfants. D’ailleurs, lors de sa conférence sur « L’homoparentalité aux USA » à Sciences-Po Paris le 7 décembre 2011, Darren Rosenblum, qui avec son compagnon, a acheté sa petite fille pour qu’elle soit portée par une femme payée 5000 dollars pour l’enfantement, a tout à fait conscience d’avoir posé un acte honteux, même si par ailleurs il s’en justifie et banalise l’affaire. Après avoir habité à New York, il vit maintenant dans le quartier du Marais à Paris. Mais à l’écouter, on voit bien qu’il n’est pas fier de ce qu’il a fait. Il a avoué à l’auditoire qui l’écoutait qu’il rasait les murs : « J’ai un peu peur d’être maltraité par les gens au moment où je suis avec ma fille. »

 

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Code n°183 – Voyage (sous-codes : Nomadisme dans l’immobilité / Route)

Voyage le bon

Voyage

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Ce n’est pas un hasard si les road movies sont choisis par beaucoup de réalisateurs gay friendly comme toiles de fond pour le récit des histoires d’amour homosexuel. Souvent, le personnage homosexuel se définit lui-même comme un voyageur, soit parce qu’en effet il ne tient pas en place et vit avec un sac à dos greffé sur le dos (n’entend-on pas parfois l’expression « être pédé comme un sac à dos » ?), soit parce qu’il éprouve ses évasions imaginaires intérieures comme des voyages réels. Il a la satisfaction d’être un dénicheur de terres inconnues, un explorateur audacieux qui verrait ce que les autres ne voient pas ; il défierait, par son destin de nomade-artiste, la maison et l’immobilisme « des hétéros ».

 

Mais quand le voyage et la figure du voyageur sont traités dans les œuvres artistiques parlant d’homosexualité, en général, ils ne recouvrent pas la réalité positive de l’évasion et de la rencontre concrète des peuples : ils symbolisent l’errance, l’abandon du Réel, la fuite de soi, la peur, le « nomadisme dans l’immobilité » (expression que j’emprunte à Gilles Deleuze), l’extase planante permise notamment par les drogues, la schizophrénie, une projection sentimentalo-fantasmato-spirituelle, la luxure (cf. le tourisme sexuel), et la mort, plutôt qu’un voyage où le cœur se déplace en même temps que le corps.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Femme étrangère », « Extase », « Fresques historiques », « Drogues », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Bobo », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Dilettante homo », « Milieu homosexuel paradisiaque », « Planeur », « Amour ambigu de l’étranger », à la partie « Aventurier » du code « Super-héros », et à la partie « Mappemonde » du code « Homosexuels psychorigides », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le voyageur homosexuel globe-trotteur :

Film "Hannah Free" de Wendy Jo Carlton

Film « Hannah Free » de Wendy Jo Carlton


 

Régulièrement dans les fictions traitant d’homosexualité, le personnage homosexuel est un vagabond, vivant un destin d’éternel exilé ou d’électron libre : cf. le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier, le roman La Voyageuse (1999) d’Andrea H. Japp, la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, le film « Les Témoins » (2006) d’André Téchiné (avec le personnage de Steve), le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin, le film « La Fuga » (1964) de Paolo Spinola, le film « Road Movie » (2002) d’In-Shik Kim, le roman L’Exil (1929) d’Henry de Montherlant, le film « Extravagances » (1995) de Beeban Kidron, le roman El Misántropo (1972) de Llorenç Villalonga, le film « El Extraño Viaje » (1964) de Fernando Fernán Gómez, les films « The Living End » (1992) et « The Doom Generation » (1995) de Gregg Araki, le film « Mon voyage d’hiver » (2002) de Vincent Dieutre, le film « Homo Faber » (« Voyager », 1991) de Volker Schlöndorff, le roman Die Reise In Die Vergangenheit (Le Voyage dans le passé, 1929) de Stefan Sweig, la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy (dont la trame narrative est un tour du monde), le roman Les nouveaux nouveaux mystères de Paris (2011) de Cécile Vargaftig (avec le voyage dans une machine à remonter le temps), le one-man-show Petit cours d’éducation sexuelle (2009) de Samuel Ganes, le film « Pusinky » (2007) de Karin Babinska, le film « Dans le village » (2009) de Patricia Godal, le film « Haijiao Tianya » (« Incidental Journey », 2001) de Jofei Chen, le film « Brown Bunny » (2004) de Vincent Gallo, le film « Gerry » (2002) de Gus Van Sant, la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner, le film « Blind Spot » (2001) de Stephan Woloszczuk, le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot, le film « Another Country » (1984) de Marek Kanievska, le roman Le Joueur d’échecs (1943) de Stefan Zweig (se déroulant lors d’un voyage en bateau), le roman Mi Novia Y Mi Novio (1923) d’Álvaro Retana, le film « Il Giovane Normale » (1969) de Dino Risi, le roman Le Voyageur sur la terre (1924) de Julien Green, le roman Mon premier voyage (1937) de Jean Cocteau, la pièce Rêve d’Égypte (1907) et le roman La Vagabonde (1910) de Colette, le film « La Croix du Sud » (2003) de Pablo Reyero, le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, le film « Le Voyage au Kafiristan » (2001) de Fosco et Donatello Dubini, le roman Le Voyage secret (1949) de Marcel Jouhandeau, le roman L’Exilé de Capri (1959) de Roger Peyrefitte, le ballet Chant du compagnon errant (1971) de Maurice Béjart, le film « Plus fort que le diable » (1954) de John Huston, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le film « Clandestino Destino » (1987) de Jaime Humberto Hermosillo, le film « Saturn’s Return » (2001) de Wenona Byrne, le film « Boat Trip » (2003) de Mort Nathan, le roman Un Voyage ennuyeux (1949) de Yukio Mishima, le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol (avec Daniel, le globe-trotteur), le roman Yo No Tengo La Culpa De Haber Nacido Tan Sexy (1997) d’Eduardo Mendicutti, le film « Tueurs fous » (1972) de Boris Szulzinger, le film « PuPu No Monogatari » (1998) de Kensaku Watanabe, le film « Fast Trip, Long Drop » (1993) de Gregg Bordowitz, le film « Hubo Un Tiempo En Que Los Sueños Dieron Paso A Largas Noches De Insomnio » (1998) de Julián Hernández, le film « Butterfly Kiss » (1995) de Michael Winterbottom, la chanson « Cap Falcon » d’Étienne Daho, le film « Pasajero » (2010) de Miguel Gabaldón, le film « La Traversée » (2001) de Sébastien Lifshitz, le film « Holiday » (2005) d’Agathe Dreyfus et Aurélia Barbe, le film « Tourist » (2008) de Tor Iben, le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic, etc.

 

Film "My Own Private Idaho" de Gus Van Sant

Film « My Own Private Idaho » de Gus Van Sant


 

La route est un motif qui revient très souvent dans les œuvres homo-érotiques : cf. le film « L’Un dans l’autre » (1999) de Laurent Larivière, le film « Saturn’s Return » (2001) de Wenona Byrne, le film « L’Ennemi naturel » (2003) de Pierre-Erwan Guillaume, le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, le film « Contact » (2002) de Kieran Galvin, le film « En route » (2004) de Jan Krüger, le film « Boys Don’t Cry » de Kimberly Peirce, le film « Mon copain Rachid » (1998) de Philippe Barassat, les films « Dream Kitchen » (1999) et « Chicken » (2001) de Barry Dignam, le film « Les Amants diaboliques » (1942) de Luchino Visconti, le film « Une Histoire sans importance » (1980) de Jacques Duron, le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, le film « Bug » (2003) d’Arnault Labaronne, le film « Quels adultes savent » (2003) de Jonathan Wald, le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Browny Bunny » (2002) de Vincent Gallo, le film « Urbania » (2004) de Jon Shear, le film « Happy Together » (1997) de Wong Far-Wai, le film « Muerte En La Carretera » (« Mort sur la route », 1977) de Pedro Almodóvar, le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, le film « La Route » (1934) de Sun Yu, le film « Läns Vägen » (« Along The Road », 2011) de Jerry Carlsson et Anette Gunnarsson (racontant l’amour impossible entre deux routiers camionneurs), le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, etc.
 

En célibataire ou en couple, le héros homosexuel semble avoir le virus des voyages : « On a beaucoup voyagé ensemble. » (Konrad parlant de son amant disparu Heiko, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; « J’adore ça les voyages. J’en ai fait ma vie. » (Jeanfi, le steward homo dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; « On nous appelle les forains. La route est notre domicile. » (Bill et Étienne dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy) ; « C’est bien de voyager : ça ouvre l’esprit. » (la phrase « profonde » de Samir, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche) ; « Il faut partir. Il est temps. Les plus beaux jours de ma vie, c’était l’an dernier, quand je me suis enfui de chez moi. Je ne savais pas où aller. Je continuais à avancer. Je n’ai jamais vu des jours si longs et si colorés. Mais je n’allais jamais assez loin. Je n’ai jamais vu la mer. Je veux marcher jusqu’en Afrique et traverser le désert. Je veux du soleil. » (Rimbaud dans le film « Rimbaud Verlaine » (1995) d’Agnieszka Holland) ; « Irina, il faut te laver. Nous allons entreprendre un long voyage. » (Madame Garbo dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi) ; « Je suis habituée à une vie de nomade. » (Helena s’adressant à sa future compagne Lisa, dans le film « Como Esquecer », « Comment t’oublier ? » (2010), de Malu de Martino) ; « Depuis toute petite je suis sur les routes. Dans l’errance. Je me suis habituée à cette vie sans lieu fixe, sans un cœur tendre, sans frère, sans sœur. Je suis ma propre mère. Mon propre frère. Ma propre sœur. Je suis la famille entière, éclatée, réunie. » (Hadda dans le roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 199) ; « Je vais comme les gens de rien vers le destin. […] une brindille dans le vent, une goutte d’eau dans l’océan. […] Je vais par les chemins. Un peu bohème. Je ne m’attache à rien. » (cf. la chanson « Boulevard des rêves » de Stéphane Corbin) ; « Les deux amantes s’aimaient tant, elles qui avaient tellement de projets : maison de campagne, jardin, chalet, voyages. » (Lucie et Ginette, les deux lesbiennes du roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 28) ; « C’est un caméléon, un voyageur, un vagabond. » (cf. la chanson « Caméléon » de Véronique Rivière) ; « Je suis très souvent sur les routes. » (Léopold, le héros homosexuel de la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Il ne se considérait pas comme un touriste, mais comme un voyageur. La différence tenait, entre autres, au facteur temps, expliquait-il. Alors que le touriste se hâte, en général, de rentrer chez lui au bout de quelques semaines ou de quelques mois, le voyageur, toujours étranger à ses lieux de séjour successifs, se déplace lentement, sur des périodes de plusieurs années, d’une contrée de la terre à une autre. » (le narrateur homosexuel du roman Un Thé au Sahara (1952) de Paul Bowles, p. 13) ; « Elle n’a jamais été capable de tenir en place plus de 10 minutes. » (Alain Richepin parlant de sa fille lesbienne à Romane sa fille dans l’épisode 68 « Restons zen ! » (2013-2014) de la série Joséphine Ange gardien) ; « C’est dingue comme ce voyage nous apprend sur nous-mêmes. » (Cédric, homo, s’adressant à ses amis gay de son équipe de water-polo avec qui il part aux Gay Games en Croatie, dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Somefarwhere » (2011) d’Everett Lewis, Price se définit comme un « voyageur », un touriste en Irak. Dans le film « To The Marriage Of True Minds » (« Au mariage de nos âmes loyales », 2010) d’Andrew Steggal, deux jeunes Irakiens embarquent illégalement sur un bateau qui les mène de Bagdad à Londres ; enfermés, Falah réconforte Hayder en lui murmurant en arabe les vers des sonnets amoureux de Shakespeare. Dans le roman Para Doxa (2011) de Laure Migliore, Ambre et Helena se rencontrent en voyage humanitaire en Namibie. Dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose-Marie, Nathalie, la lesbienne, dit « sa passion pour les voyages ». Dans le film « Intrusion » (2003) d’Artémio Benki, les personnages sont des voyageurs invétérés : Klara raconte que dans son enfance elle déménageait tout le temps ; Florence, elle, est auto-stoppeuse. Dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo, Bernard, le héros homosexuel, est l’archétype du bobo qui aime voyager parce que ça le rend esthétiquement beau : il travaille dans la mode et pour la télé, vit aux couleurs du Japon, mange dans les restos japonais, puis projette de vivre à la campagne. Dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, Lacenaire se donne pour métier « commis voyageur ». Dans le film « A Love You » (2015) de Paul Lefèvre, Manu et son pote Fred sont pris pour un couple de gays parce qu’ils font du stop ensemble. Dans le téléfilm « Un Noël d’Enfer » – « The Christmas Setup » – (2020) de Pat Mills, Hugo, le héros gay, s’identifie à un certain Monsieur Carroll, constructeur d’une gare éponyme, et de 150 ans son aîné, dont il découvre l’homosexualité savamment gardée secrète, sur des photos d’époque : « Carroll a parcouru le Monde avec cet homme. » (Hugo)
 

Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, le voyage est considéré comme un rite d’initiation obligatoire pour se retrouver soi-même et pour vivre l’amour : « Le voyage est un face-à-face avec soi-même. » (Anna Ross, la conseillère d’orientation s’adressant à Johnny, le héros homosexuel) C’est pendant le voyage en bateau vers l’île des Bahamas que nos deux amants Johnny et Romeo vont d’ailleurs se rencontrer.

 

La direction prise par les personnages homos libertaires est en général atlantiste, donc vers l’Ouest (cf. la chanson « Go West » des Pet Shop Boys, la comédie musicale Il était une fois complètement à l’ouest (2016) des Caramels Fous, etc.). Par exemple, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Carol et Thérèse partent en voyage « vers l’Ouest » pour vivre follement leur amour, en quittant leur famille respective : « Je partirais bien toute seule. Juste quelques jours. » (Carol)

 
 

b) L’homosexualité contre la maison de l’hétérosexualité :

Généralement, l’homosexualité est associée au voyage, et mise en opposition à la vie conjugale dans le mariage, vie jugée ennuyeuse, et allégorisée par l’espace soi-disant « confiné » de la maison : « Qu’est-ce que papa et maman sont allés faire dans ce trou ? » (Riley par rapport à la ville gay de San Francisco, dans le film d’animation « Inside Out », « Vice-versa » (2015) de Peter Docter) ; « Ma maison, c’est la route ! » (Hedwig, le héros homosexuel du film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell) ; « Elle revint sur ses pas, jusqu’à se retrouver devant chez elle. De nouveau, elle s’immobilisa. Prise d’une envie de partir en courant, comme si la maison risquait de l’avaler. » (Esti, l’héroïne lesbienne face à sa vie de femme mariée, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 84) ; « La première fois que je l’ai fait, c’était pendant la grossesse de ma femme.  Il y avait une réunion de professeurs, à New York. Ma femme ne se sentant pas bien, j’y suis allé seul. Et dans le train, j’y ai pensé. J’y pensais, j’y pensais pendant tout le voyage. Et peu après mon arrivée, j’avais emballé un mec dans les toilettes de la gare. » (Hank, le héros bisexuel parlant de son initiation à l’homosexualité, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin) ; « À la maison, c’est l’enfer. Et tellement bien avec toi. » (Phil s’adressant à son amant Nicholas, au lit, dans le film « Die Mitter der Welt », « Moi et mon monde » (2016) de Jakob M Erwa) ; etc. Par exemple, dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, Santiago, le peintre homo, invite en vain son petit copain Miguel à entreprendre « leur voyage », pour que ce dernier quitte sa vie rangée d’« hétéro ». Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Georges est un notaire, marié avec une femme, homosexuel caché, et sans cesse en voyage : William, son copain, ne supporte plus ses absences ; et c’est lorsque Georges va assumer pleinement son homosexualité qu’il quitte définitivement le domicile familial de sa femme. Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, Marc, l’homosexuel refoulé, a l’impression de « manquer d’air », d’« être à l’étroit » dans sa nouvelle maison avec sa femme enceinte Bettina ; et son amant Engel l’incite à partir : « T’as déjà pensé à te casser ? » Marc finit, face à sa mère, de donner raison à l’homosexualité : « Bettina avait raison : une foutue idée, cette maison. » Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon se moque de l’absurdité de la démarche de « Julie et Laurent », un couple hétéro lambda cherchant un appartement. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, on voit tout le temps Adèle dans les transports en commun, pile au moment où elle « se lesbianise ». À la fin du film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, le voyage de Lukasz en train, en direction de là où habite Adam, signe la pratique et l’identité homosexuelles assumées. Dans la pièce Les Amours de Fanchette (2012) d’Imago, Agathe tanne Fanchette pour qu’elles partent vivre leur amour secret dans un lieu complètement isolé du monde : « Il faut que nous partions ! Il faut que nous quittions la maison tout de suite ! » Dans le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz, les deux protagonistes lesbiennes, au moment de découvrir leur amour, parlent sans arrêt de leur rêve de partir à Dubaï et de quitter l’enfer de Téhéran : « On se tire à l’étranger. » ; l’histoire termine par l’impossibilité du départ (« On pourrait partir. »), et donc de l’amour homosexuel : Shirin, une fois soumise à un mariage arrangé, ne pourra plus quitter la maison à laquelle Atefeh cherche à l’arracher. Dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, au moment où Sandre tombe amoureux d’une femme, Charlotte, il affirme vouloir arrêter de vivoter, de voyager, pour aimer vraiment (ce changement semble le bouleverser : « Pour quelle raison est-ce que je veux arrêter de voyager ? »). Dans le film « Les Amants diaboliques » (1942) de Luchino Visconti, l’association entre homosexualité et voyage est clairement faite. Quand Giuseppe vient chercher Gino pour vivre avec lui et courir le monde, Gino se retrouve face à un cruel dilemme : doit-il choisir le vagabondage (l’homosexualité) ou la maison (l’« hétérosexualité ») ? La phrase « Je ne veux plus voyager ! » répétée à trois reprises avec violence par Gino signe son refus catégorique du mode de vie homosexuel. Dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin, l’acquisition d’une maison et les plans de construction sont montrés comme le summum de la soumission. Dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell, Charlotte, Mélodie et Charles, le « couple à trois », n’arrêtent pas de voyager, sans être capables de se fixer, ni amoureusement ni géographiquement ni socialement. D’ailleurs, Charlotte et Michel se sont engagés dans l’achat d’une maison… et Charles regrette déjà : « Je sais pas si c’était le bon moment pour s’acheter une maison et de s’endetter sur 30 piges… » ; « J’ai l’impression qu’elle nous porte malheur, cette baraque. » Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Delphine se voit menacée d’immobilisme hétérosexuel si elle ne va pas vivre son homosexualité à Paris : « T’as envie de rester ici toute ta vie ? » lui demande l’une de ses ex.

 

Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, Ziki, l’héroïne lesbienne, dit vouloir échapper à sa « condition de femme kényane » et « voyager partout dans le monde ». Pour elle, le summum de l’esclavage, c’est d’être « une Kényane classique » et de « rester à la maison ».
 

Quand le héros homo confie à la personne qui l’intéresse sexuellement qu’il aime les voyages, dans sa bouche, c’est comme s’il lui faisait une énorme déclaration d’amour. Il le lui déclare avec un regard tellement transperçant (genre « Je viens de te dire un splendide ‘je t’aime’ ! Je te propose d’être mon compagnon de voyages. ») que sa proie se sens obligée de fuir son regard pour ne pas alimenter le feu de ce voyage qui ressemble à une demande en mariage ! « J’adorerais voyager. Aller avec quelqu’un dans plusieurs endroits du monde. » (Jonathan parlant à Matthieu pour le draguer, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « C’est notre histoire d’amour musicale. Nous l’écrivons scène après scène et notre amour grandit pendant ce voyage vers la liberté ! » (Adam et Steve dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Je ferais pour votre Majesté de bien plus longs voyages. » (Sidonie, l’héroïne lesbienne s’adressant à la reine Marie-Antoinette, dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot) ; « Tu vois, moi, c’est comme si je voyageais dans un pays merveilleux. » (Sidonie, l’héroïne lesbienne face à la broderie pour la Reine Marie-Antoinette, idem) ; « J’ai toujours rêvé de me faire une nana. Mais c’est comme faire un voyage en Laponie ou en Norvège. C’est du rêve. Ça n’arrivera jamais. » (Une collègue hétéro de Rachel, l’héroïne lesbienne, dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker) ; « Vous échapperiez-vous pour voyager avec moi ? » (Vita Sackville-West s’adressant à son amante Virginia Woolf, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc. Par exemple, dans le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh, Glen essaie de draguer Russell en parlant voyages.

 

Les histoires d’amour homosexuel fictionnelles semblent surtout reposer sur le goût commun des jolis voyages, et non sur un engagement durable : « Simon raconte avec pudeur que le matin-même, il est allé dans l’appartement de Gilberto détruire chacune de ses affaires. Il a déchiré les chemises de Gilberto, consciencieusement, les unes après les autres, il a brisé le joli cendrier chiné ensemble contre la table du salon (Gilberto ne fume pas). IL a aussi déchiqueté les billets d’avion des vacances qu’ils avaient passés ensemble en Hollande, et tout un tas de papiers officiels. Simon dit ‘J’ai déchiqueté ces billets parce que c’est une manière de lui dire qu’il ne peut rien garder, même pas le souvenir heureux de ce voyage.» (Mike Nietomertz, Des chiens (2011), p. 109)

 
 

c) Un vrai voyage ?

Quand bien même le corps du héros homo semble se mouvoir dans l’espace, son voyage ne semble pas habité par un vrai désir. On dirait que celui-ci s’est vidé de liberté et de Réel. « Moi, quand je déprime, je pars en voyage. » (Guillaume, le héros bisexuel du film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) Il s’agit du voyage bourgeois opéré par l’aristocrate qui trouve tout « trrrrès typique » et « trrrrès exotique » parce qu’il ne veut surtout pas bouger de son siège : « Oh, mes enfants, quel voyage ! » (Solitaire dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Ce fut un voyage épouvantable. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 88) ; etc.

 

La tribulation en question n’est pas un voyage dans le sens noble du terme, c’est-à-dire d’ouverture au monde et aux autres. Il mérite d’autres noms : « école buissonnière », « fuite », « fugue », « exil forcé », « errance », « vagabondage », « absorption de drogues », « déterritorialisation littéraire », « mort », « imaginaire », etc. « Ta vie passe forcément par la fuite. » (cf. la chanson « Small-town Boy » de Bronski Beat) ; « En tout cas, ce soir, c’est moi qui voyage. » (Catherine, l’héroïne lesbienne qui en réalité évoque ses « aventures » amoureuses, dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; « Nous, les gays, on adore voyager ! On adore les visites cul…turelles. » (le narrateur homosexuel dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair) ; « Tu as disparu mystérieusement il y a un mois. Mon seul point de chute, c’est le rendez-vous que tu m’as fixé hier sur ton message. Dans une quinzaine de jours devant la cathédrale de Cologne, en Allemagne. Les lettres des villes clignotent, se figent en même temps que les horaires. Il faut que je choisisse vite, que je m’arrache d’ici. C’est mon tour. Que je mange des kilomètres et des kilomètres, que je change de territoire. Dans quinze jours je veux avoir un autre regard. Berlin. Je pourrais y rester, pousser plus loin en Europe avant de te rejoindre à Cologne. Je trace des lignes de fuites sur une carte imaginaire. Un flot de voyageurs déboule, se déploie dans le vaste hall. Tous ces gens qui arrivent, l’air concentré qu’ils ont tous, là et pas là en même temps. Pleins de leur mystère. L’urgence de déguerpir m’a cueilli ce matin à l’aube. Quel contraste avec la mollesse subie de ces dernières semaines, j’avais renoncé à pas mal de choses. Une femme me bouscule, puis un homme. Un autre flot de voyageurs déboule. Ils croisent ceux qui avancent à contre-sens, se dépêchent. C’est donc à ça que je vais ressembler quand je descendrai du train, sur le quai à Berlin : un homme/automate perdu, qui veut avoir l’air crédible dans son rôle de touriste, pour oublier qu’il est parti à force de tourner en rond à t’attendre, parce qu’il n’est pas capable d’inventer grand chose tout seul ? » (cf. l’incipit du narrateur homosexuel du roman Carnaval (2014) de Manuel Blanc) Par exemple, le voyage est qualifié d’« absence » dans le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard. Dans le roman Jours de mûres et de papillons (2014) de Marie Evkine, c’est une grande peine de cœur après une passion amoureuse vouée à la rupture qui motive le voyage en Italie, en Amérique, à Paris, de l’héroïne lesbienne. Il arrive d’ailleurs que la destination de ce voyage homosexuel soit parfois fictive. C’est comme la « Canary Bay » du groupe Indochine ou le pays imaginaire de Peter Pan : « Personne ne peut y aller. » Ce voyage ne rentre pas dans l’espace-temps réel : il va « plus loin que la nuit et le jour » (cf. la chanson « Voyage, voyage » de Desireless). Symboliquement, le personnage homosexuel met la tête dans un décor pour se donner l’illusion qu’il a un destin de nain « à la Amélie Poulain », ou bien feuillette un beau livre d’images qu’il voit défiler passivement devant lui. On le balade en gondole, comme le personnage figé d’Aschenbach dans le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti. Autres exemples : dans le film « Absences répétées » (1972) de Guy Gilles (titre ô combien signifiant), François décide de « faire un long voyage ». La pièce La Fuite à cheval très loin dans la ville (1976) de Bernard-Marie Koltès, qui a priori suggère le voyage par son intitulé, ne traite pas dans la trame narrative d’un voyage réel, puisque le narrateur ne quitte pas la ville : il s’agit d’une simple errance de la pensée. Dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, le « voyage » n’est que l’autre nom du transfert schizophrénique de personnalité, de l’extase pour se substituer aux autres. Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Léo, le héros homosexuel aveugle, rêve de partir loin, de déménager, de suivre un programme d’échange à l’étranger, mais on voit que son voyage n’est pas concret : il veut rejoindre un pays imaginaire que personne ne connaîtrait, là où « tu peux t’inventer ta propre personnalité ». Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Donato, le héros homo, a abandonné sa famille brésilienne pour aller s’exiler en Allemagne, sans donner de nouvelles. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, on assiste à l’errance nocturne de Davide, le jeune héros homosexuel, dans le monde de la prostitution homosexuelle de Catano. Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, les « déplacements à l’étranger » de Lola étaient en réalité des bobards pour masquer ses infidélités « extraconjugales » à Vera.

 

Le voyage dont il est question dans les fictions homosexuelles est plutôt une fuite de soi qu’un don de sa personne : « Moi, j’ai l’art de la fugue. » (Mimile dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 63) ; « Je suis en errance, passagère clandestine d’une vie qui n’est pas la mienne. » (la narratrice lesbienne dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 31) ; « Quand je pars avec lui tout au bout de la nuit, je ne sais plus qui je suis, si je suis moi ou lui. » (cf. la chanson « Mon Démon » du Teenager dans la comédie musicale La Légende de Jimmy de Michel Berger) ; « J’ai voyagé de Mexico à Tokyo sans savoir dans quel pays j’étais. » (cf. la chanson « Disco Queen d’un soir » de la Palma dans le spectacle musical Cindy (2002) de Luc Plamondon) ; « Je peux quitter n’importe qui, n’importe où. » (Hannah, lesbienne qui ne sait pas s’engager et qui s’auto-définit par l’infidélité, dans le film « Entre les corps » (2012) d’Anaïs Sartini) ; etc. Par exemple, dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, c’est suite à sa rupture amoureuse avec son amant Pierre que Rudolf décide de tout larguer (appartement, job, amis) pour aller s’installer dans la montagne autrichienne : ses deux potes gays Nicolas et Gabriel, eux aussi dégoûtés de la vie, le suivent dans sa fuite en avant, dans ce voyage sans but. Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, tous les personnages, en particuliers transsexuels, voyagent : que ce soit le voyage vers Kojoor en taxi entre Adineh l’héroïne transsexuelle F to M et Rana la femme mariée, ou encore l’exil d’Adineh en Allemagne pour se faire opérer et changer de sexe. Le père d’Adineh veut empêcher que sa fille parte et qu’elle « devienne une vagabonde qui vit à l’étranger ».

 

Le voyage homosexuel ressemble à la pulsion : « Instant présent tu es l’essence du voyage. » (cf. la chanson « Vertige » de Mylène Farmer) Il n’a pas de but ou de sens apparent : « Je suis un expert en routes. J’ai goûté des routes toute ma vie. Cette route-ci n’a pas de fin. Elle fait sans doute le tour du monde. » (Mike, le héros homosexuel du film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant) Il ne semble pas avoir d’assise sur le Réel : il est davantage dicté par l’imaginaire que par la réalité concrète : « Tout au fond de ma mémoire, je le sens se réveiller, l’ancestral désir de toi : c’est le désir de monter sur un beau tapis magique pour survoler toute l’Afrique dans un dessin-animé. » (Lou à Ahmed, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je visite le monde, je veux devenir voyageur, errer. […] Je découvre des pays, je les aime littéraires, je lis des livres… » (Louis dans la pièce Juste la fin du monde (1999) de Jean-Luc Lagarce) ; « Dans un voyage imaginé, j’ai glissé ma liberté entre les pages d’un cahier. » (cf. la chanson « Les Romantiques » dans la comédie musicale George Sand et les Romantiques (1992) de Catherine Lara) ; « Nous sommes constitués de choses molles et façonnables. Nous sommes des êtres poreux. Nous sommes des bouts de bois flotté, des pierres polies par les courants. Nous sommes des grands voyageurs. Il n’y a pas de petits déplacements. » (le narrateur du film « Anu » (2012) de Lola Peuch) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, les voix-off, quand elles abordent la thématique du voyage, se réfèrent toujours au monde virtuel d’Internet, à l’espace éthéré de la rêverie et de la sensation : « Le corps cassé. Toujours vivant. Je traverse l’été. » ; « Partir aussi est un art. » On retrouve le jargon queer du déplacement : il s’agit de « rêver la géographie », de reconstituer mentalement une « cartographie du souvenir ».

 

Dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, les deux amantes lesbiennes, Marilyn et Mona, fuient leur quotidien respectif parce qu’elles sont soit malheureuses dans leur travail et dans leur couple, soit inculpées d’homicide involontaire (Mona a tué accidentellement sa belle-mère en lui administrant les mauvais médicaments). « Je suis partie. » déclare Mona en pleurs. « T’as eu raison. » lui répond Marilyn.
 
 

d) Le nomadisme dans l’immobilité :

Film "Priscilla folle du désert" de Stephan Elliott

Film « Priscilla folle du désert » de Stephan Elliott


 

En général, le voyage figuré dans les fictions homo-érotiques n’est pas réel : le personnage homosexuel effectue un voyage intérieur, et vit une forme de « nomadisme dans l’immobilité », en parcourant une contrée immatérielle qu’il a du mal à identifier : cf. le roman La Gare des faux départs (2002) d’Hugo Marsan, l’album « Voyages immobiles » d’Étienne Daho, le roman Le Vagabond solitaire (1960) de Jack Kerouac, la pièce Ici et ailleurs (1981) de Jean-Luc Lagarce, le film « Permanent Residence » (2009) de Danny Cheng Wan-Cheung, le film « La Princesse et la Sirène » (2017) de Charlotte Audebram, la chanson « J’veux voyager » d’Olympe, etc. « Solution en vue : l’immobilisme. » (la Comédienne à propos du mouvement gravitationnel des planètes, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Je me déplace lentement, presque immobilement. » (l’un des héros homosexuels de la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès) ; « Moi je planais comme un dingue. […] Mais cette vie-là ça m’a fatigué vite. Je commence à m’arrêter de plus en plus souvent, dès que je vois une branche de libre. Et j’y trouve des gens qui me ressemblent, des camarades qui ont des muscles meurtris à force de voyager. Et je reste avec eux, piailler, sautiller, changer de branche quand le temps nous le concède. Alors il pleut souvent. Nos plumes deviennent grises. Alors, peu à peu, je viens chez vous. » (l’un des personnages de la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi) ; « Il ne sait pas partir, il n’a jamais su. » (Jean-Louis Bory, La Peau des zèbres (1969), p. 460) ; « J’ai jamais pu partir. J’ai essayé dix fois. J’y suis pas arrivé. » (Stéphane s’adressant à son ex-amant Vincent, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Si j’avais une machine à remonter le temps, j’irais nulle part. » (Shirley Souagnon disant qu’à aucune époque elle aurait été acceptée telle qu’elle est, dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent, les jumeaux Quentin et Antoine s’en vont en voyage vers l’Espagne pour assister à l’enterrement de leur mère. Mais celui-ci se révèle être finalement un prétexte : « On va en Espagne à l’enterrement de notre maman. On ne l’a jamais connue. » Dans le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, Hennis affirme que le plus long voyage qu’il a effectué dans sa vie est celui qui l’a conduit à la poignée de sa cafetière. Dans la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi, les deux amantes lesbiennes Ada et Cherry feignent d’aimer les voyages (Cherry, par exemple, exerce le métier d’hôtesse de l’air : « J’ai beaucoup voyagé, alors partout c’est chez moi. » ; Finalement, on découvre que ce ne sont que des mots : Ada déclare qu’« elle ne voyage jamais » et Cherry lui répond qu’« elle non plus »). Dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi, les protagonistes cherchent une Alaska mythique où elles n’arriveront jamais. Dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa dit qu’elle « a beaucoup voyagé… énormément… en regardant sa télé ».

 

Le voyage homosexuel, bien qu’étant davantage un sur-place ennuyeux qu’un élan de vie accomplissant, donne parfois aux amants homosexuels fictionnels l’illusion temporaire de toute-puissance de l’éclatement narcissique : certains artistes homosexuels versent dans la carte postale et l’esthétisme cinématographique pour cristalliser leurs pulsions sexuelles éphémères en « voyage transportant » et romantique : « Nous demeurons longtemps, vraiment, dans cette immobilité. Nous sommes au centre de ma chambre, au centre du monde. Nous sommes immobiles et vivants. Nous sommes au plus près du vivant. » (Vincent à propos de son amant Arthur, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 40) ; « Tu te rends compte de la chance qu’on a. On s’aime et on est en haut de la Tour Eiffel ! […] Nous ne sommes pas en haut de la Tour Eiffel mais dans la nacelle d’une montgolfière. Nous ne survolons pas Paris, nous dominons le monde. » (Kévin s’adressant à son amant Bryan dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, pp. 142-144) ; « Khalid était à moi. Il s’enfonçait dans ma bouche. Je continuais de voyager dans la sienne. Des voies. Des ruelles. De l’obscurité. Des lumières, rares. » (Omar, l’un des héros homosexuels du roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 141) ; « Tout n’est qu’une vaine mise en scène : tes faux départs sont toujours les mêmes. » (cf. la chanson « Pas de doute » de Mylène Farmer, où il est question de l’éjaculation précoce) ; « J’ai toujours pensé que fuir serait la plus belle des sorties. » (c.f. la chanson « Comme ça » d’Eddy de Pretto) ; etc. Par exemple, dans le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, le voyage de Paul et sa découverte de la ville de New York ne se résument, dans les faits, qu’à un désinvolte tourisme sexuel. Dans la pièce Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet, le travesti Zulma sous-entend dans le verbe « voyager » = « avoir des relations sexuelles ». Le « voyage » dans les créations homosexuelles s’apparente donc au vagabondage sexuel de l’individu volage et infidèle, à un prétexte excessivement poétisé pour une vulgaire partie de jambes en l’air ou pour l’exercice de la prostitution : cf. le film porno « Le Voyage à Venise » (1986) de Jean-Daniel Cadinot, le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie, etc. « Dis au voyageur qui est avec toi qu’il a laissé son sac à dos sur le canapé. » (Rodney s’adressant à Paul, son amant, à propos de George l’amant caché de Paul, dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner)

 
 

e) Le dernier voyage :

Film "Una Noche" de Lucy Molloy

Film « Una Noche » de Lucy Molloy


 

Plus gravement, le voyage dont parlent les œuvres homosexuelles est très souvent synonyme de mort, de mensonge, et d’accident : cf. le film « Muerte En La Carretera » (1977) de Pedro Almodóvar, le film « Zombie L.A. » (2011) de Bruce LaBruce, le film « Thelma et Louise » (1991) de Ridley Scott, le film « Monster » (2004) de Patty Jenkins, le film « Collateral » (2004) de Michael Mann, la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (vers 1650) de Savinien de Cyrano de Bergerac, le film « Tan De Repente » (2003) de Diego Lerman (fonctionnant sur le modèle de « Bonnie & Clyde »), le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald (avec le couple lesbien Stella/Dotty en cavale et en fuite de la maison de retraite : Dotty ne survivra pas à ce voyage), le film « Una Noche » (2012) de Lucy Molloy (racontant un voyage de trois personnages recherchés par la police sur un radeau minuscule), la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron, le film « Scène de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann (racontant une dramatique chasse à l’homme), le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard (où le « voyage » effectué par le héros homosexuel cloné n’est que le nom euphémisé de sa mort), etc. « Une robe noire… Il me faut une robe noire pour le voyage. » (Octavia dans la pièce Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet) ; « Tu évoques les années de l’enfance, quand les autres à l’école se moquaient de toi, quand il fallait inventer l’histoire d’un père aventurier, voyageur, disparu ou mort au cours de je ne sais quel hasardeux combat […] » (Vincent à la figure de Proust, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 99) ; « Alors, Dieu, vous avez fait un bon voyage ? Pas trop d’encombrements dans les trous noirs ? » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Loin très loin du monde où rien ne meurt jamais, j’ai fait ce long ce doux voyage. » (cf. la chanson « Regrets » de Mylène Farmer) ; « Vois la pénombre qui éclaire mon visage. On s’est dit ‘ensemble si c’est là ton voyage’. » (cf. la chanson « J’ai essayé de vivre » de Mylène Farmer) ; « Bon voyage. » (la mère de Franz, le héros homo, quand ce dernier lui annonce par téléphone qu’il vient de s’empoisonner, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; etc. Par exemple, dans le film « Les Astres noirs » (2009) de Yann Gonzalez, la mort est définie par le personnage interprété par Julien Doré comme « le plus beau des voyages ». Dans la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, Paul, le héros homosexuel, voyage au camp de concentration d’Auschwitz. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, raconte son « affreux voyage » de Marseille à la capitale parisienne, pendant lequel sa voisine de train meurt de vieillesse. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, François propose à son amant Thomas de « voyager cet été avec la carte bleue [de ce dernier] » et chante la chanson de Desireless « Voyage voyage ». Sans l’en avertir, il leur a acheté un voyage à Bali pour aller voler un enfant adoptable. Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Arthur, le héros homo, décrit son chemin du comptoir du bar aux toilettes comme le « voyage le plus long de sa vie »… et ce voyage est la mort étant donné que son cœur cesse de battre.

 

La fièvre voyageuse peut indiquer chez le héros homosexuel un viol ou une pression homophobe qu’il a subis. « Je pars en exil. » (Luca, le héros homosexuel, focalisé sur l’homophobie dont il se présente comme éternelle victime, dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Un voyage onirique au cœur de l’inconscient et de ses mécanismes de défense, tel que le déni, ici, celui du viol dont Anne a été victime dès son plus jeune âge. À la recherche d’elle-même, mais aussi de l’autre, lui, qu’elle prend pour ce qu’elle croit être un ange. » (cf. un résumé du film « Incidences » (2012) d’Andromak) ; etc. Par exemple, dans le film « Camionero » (2013) de Sebastián Miló, Raidel raconte que son ami homosexuel Randy voulait devenir camionneur juste pour fuir sa réalité scolaire de maltraitance.

 

En conclusion, le « voyage » proposé par le désir homosexuel, à force d’être trop déconnecté du Réel, excessivement romantisé et esthétisé, finit par se transformer en cauchemar, en balade vide, en expédition dénuée de liberté et de désir. Par exemple, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, les deux héros (Dany, homosexuel, et son grand frère hétéro Odysseas… nom mythique invitant au voyage) ont la bougeotte : ils cherchent à quitter leur Albanie natale pour rejoindre la Grèce (et le « succès », l’argent, leur père), fuient après avoir opéré des larcins et des tentatives de meurtre (suite à des agressions homophobes) ; et dans ses fantaisies, Dany se rêve toujours ailleurs que les lieux où il se trouve (il se voit dans un bateau de croisière sur la mer, veut partir vivre en Amérique).

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le voyageur homosexuel globe-trotteur :

Dessin caricatural de Paul Verlaine

Dessin caricatural de Paul Verlaine


 

La communauté homosexuelle est peuplée de pigeons voyageurs. Je vous renvoie à l’article « Copi le Voyageur » (1974) de Colette Godard, le docu-fiction « Love And Words » (2008) de Sylvie Ballyot (relatant un voyage au Yémen), l’autobiographie Mémoires d’un nomade (1972) de Paul Bowles, le documentaire « Too Much Pussy ! » (2010) d’Émilie Jouvet, le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz (avec la route filmée à travers un pare-brise), etc. Par exemple, le film « Queens » (2012) de Catherine Corringer est intégralement tourné en caméra subjective, par un personnage qui marche, qui voyage. La biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert montre les voyages du « couple » Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé, barbus, en scooter aux États-Unis, ou bien en virée au Maroc.

 

Il suffit de faire un tour sur les sites de rencontres Internet, d’observer l’étalage de photos de vacances et de clichés des nombreuses destinations exotiques qu’un certain nombre de personnes homosexuelles ont suivies, pour en avoir le cœur net. Cette frénésie homosexuelle pour les voyages s’explique en partie par leur train de vie (en général ennuyeux et oisif), par leur goût quasi obsessionnel pour l’esthétisme, par leur statut de célibataires, et par leur pouvoir d’achat globalement plus important que des couples femme-homme avec enfants à charge, qui ne peuvent pas se payer de voyages tous les ans. La grande majorité des personnes homosexuelles sacralisent les voyages (cf. les clubs de randonnée « gays », les croisières « gays », les agences de voyages « gays »…). On rencontre beaucoup de globe-trotteurs parmi les célébrités homosexuelles : pour ne citer qu’elles, Edmund White, Annemarie Schwarzenbach, Pierre Loti, Néstor Perlongher, Bruce Chatwin, Klaus Mann, Luis Cernuda, Edward Morgan Forster, Marguerite Yourcenar, Jean Cocteau (qui a même entrepris un tour du monde en 80 jours), etc. « Marguerite Yourcenar ne revendiquait d’autre patrie que celle de sa langue, et s’affirmait citoyenne du monde. […] Le voyage est au cœur de son œuvre. » (cf. l’article « Les Derniers Voyages » de Valérie Cadet, dans le Magazine littéraire, n°283, décembre 1990, p. 40)

 
 

b) L’homosexualité contre la maison de l’hétérosexualité :

Généralement, dans les discours, l’homosexualité est associée au voyage, et mise en opposition à la vie conjugale dans le mariage, vie jugée ennuyeuse, étriquée, cloisonnante, et allégorisée par l’espace soi-disant « confiné » de la maison : « Familles, je vous hais. Foyers clos ; portes refermées ; possession jalouse du bonheur. » (André Gide, Les Nourritures terrestres (1897), p. 76) Très tôt, un certain nombre de personnes homosexuelles n’ont pas eu de maison, c’est-à-dire de famille unie, ce qui les a parfois mises dans une situation d’errance propice à l’installation du désir homosexuel. C’est le cas de l’écrivain britannique Bruce Chatwin qui raconte que dans son enfance, il était ballotté de maison en maison, sans attache. « Nous étions livrés à nous-mêmes, abandonnés. Mon père était en mer, ma mère et moi allions d’un lieu à un autre. […] Les lieux de nos songes avaient plus de consistance que les voyages qui les séparaient. Les maisons étaient irréelles. J’ai toujours eu horreur d’habiter une maison. » (cf. l’article « Apuntes Biográficos » sur la vie de Bruce Chatwin, dans le site www.islaternura.com) Le divorce de ses parents, en plus de l’avoir écartelé, l’a transformé en électron libre. Une fois arrivé à l’âge adulte, sa perte de repères se traduira par une homosexualité et une passion obsessionnelle pour les voyages. « Le fait de voyager et d’aller au bout de la terre m’a permis de couper les ponts avec la famille et de revenir en me montrant au monde telle que je suis. » (une femme trentenaire lesbienne dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre)

 

c) Un vrai voyage ?

Le voyage dont il est question dans les discours des personnes homosexuelles est plutôt une fuite de soi schizophrénique qu’un don concret et unifié de sa personne. « Je me regarde dans cet appartement, comme si j’étais ailleurs. Ailleurs ! J’ai toujours vécu en quelque sorte ailleurs, pays que connaissent tous ceux pour qui c’est l’appel d’un monde au-delà des apparences. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, 13 juin 1981, p. 40) ; « Ne trouvant pas ma place dans cette société, je largue les amarres régulièrement. Je voyage. Quand la culture est différente, j’oublie. » (Jean-Pierre, homme homosexuel de 68 ans, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; « Personne à la maison ne comprenait cette volonté de partir qui m’animait en permanence. » (Ednar, le héros homosexuel du roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 70) ; « Qui n’a pas fait ce rêve de changer d’identité, d’être ailleurs ? […] Alors, l’étrange voyage commence […] en passant de corps en corps. […] Mes difficultés commencèrent quand j’essayai de mettre par écrit cette randonnée fantastique. […] Je fus vite arrêté par mon ignorance des êtres : mon tour du monde se révélait trop petit. » (Julien Green dans la préface de son roman Si j’étais vous (1947), à propos de la schizophrénie de son héros) ; « Ce film emmène le spectateur à travers le voyage physique et émotionnel qu’un jeune homme trans subit pendant sa transition. » (cf. un résumé du film « XWHY » (2012) de Jake Graf) ; « J’aimerais partir. Ne rien faire. Pour tout oublier. Devenir sage. » (Yves Saint-Laurent, déprimé par les drogues et ses frasques sexuelles, dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton) ; etc. Par exemple, l’artiste « performer » transgenre F to M Orlan considère son corps comme un média, un instrument de son désir de nomadisme.

 

Il ressemble à l’état vaporeux et éphémère que donne la pulsion ou le sentiment amoureux. Il n’a pas de but ou de sens précis. « J’étais maintenant un hayèm, un errant dans le désert, comme dans les poèmes d’Ibn Arabi. Vagabond. Sans le sens. Sans Dieu. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 92) Il repose davantage sur l’imaginaire et les fantasmes que sur le Réel. D’ailleurs, la déterritorialisation est l’un de leurs procédés stylistiques littéraires favoris des romanciers et dramaturges homosexuels. « La littérature du XXe siècle écrite par les homosexuels présente souvent le thème de l’exil, bien que ça ne soit que l’exil intérieur. » (Gregory Woods, Historia De La Literatura Gay (1998), p. 227) Par exemple, Alfred Jarry, lors de son discours prononcé à la première représentation d’Ubu Roi le 10 décembre 1896, affirmait que sa pièce se déroulait « en Pologne, c’est-à-dire Nulle Part ».

 

À l’heure actuelle, les promoteurs homosexuels du voyage, très nettement influencés par l’idéologie désincarnée et asexualisante de la Queer & Gender Theory nord-américaine, ne se réfèrent pas à des voyages réels : ils défendent plutôt des mouvements spatiaux artistiques, sensoriels, intellectuels proches des fantasmes violents anti-Réel : « Nous ne sommes pas instables, nous sommes mouvants. Aucune envie de s’ancrer, dérivons… » (Guy Hocquenghem dans la revue Recherches, mars 1973) ; « La vie est un voyage expérimental, effectué involontairement. » (l’écrivain Paul Bowles cité dans l’article « Apuntes Biográficos De Paul Bowles », sur le site www.islaternura.com); « Ma compagne, Sandrine, a 34 ans et elle ne veut plus attendre pour avoir un enfant. Moi, je n’envisageais pas vraiment d’être mère. Je décide alors de prendre ma caméra pour suivre ce parcours, notre parcours vers un enfant désiré mais aussi, pour moi, un chemin vers une maternité particulière qui ne m’a jamais semblé ‘naturelle’. Comment allons-nous faire ? Nos proches s’interrogent et nous aussi. Nous avons choisi l’insémination artificielle à l’étranger. Nous allons donc voyager, espérer et je vais profiter de ce temps pour trouver ma place de mère, car je vais devenir mère… sans porter notre enfant. » (Florence Mary, la réalisatrice du documentaire « Les Carpes remontent les fleuves avec courage et persévérance », 2012) ; etc.

 

Par exemple, dans son essai Théorie Queer et cultures populaires de Foucault à Cronenberg (2007), Teresa de Lauretis présente la pensée queer comme une idéologie du « déplacement » (p. 69), un « processus de déplacement » (idem, p. 19 et p. 88), une « traversée des frontières de la différence sexuelle » (idem, p. 91). En réalité, ce mouvement se dirige vers un « ailleurs » qui se trouve être plutôt un « nulle part » : « Le mouvement dont je parle est plutôt un mouvement qui part de l’espace représenté par/dans une représentation, par/dans un discours, par/dans un système sexe/genre et va vers un espace qui n’est pas représenté mais qui lui est implicite (invisible). » (idem, p. 92) Comme l’explique brillamment François Cusset dans son essai Queer Critics (2002), la Queer & Gender Theory, principalement portée par les membres bobos de la communauté homosexuelle, développe une conception floue, non-désirante, et donc non-libre, du voyage et de notre espace spacio-temporel réel : « Queer est plus généralement cet art même du déplacement, touristique ou zoophilique, stylistique ou corporel, l’art d’être où rien ne vous attend. » (p. 15)

 
 

d) Le nomadisme dans l’immobilité :

Au bout du compte, on découvre que le « puissant voyage » vanté par de nombreux sujets homosexuels se résume à une virée égocentrique (séduisante intellectuellement, ressemblant même à une masturbation) plutôt qu’altruiste, à un voyage de la pensée plutôt qu’à un voyage réel. Par exemple, pendant son concert Les Murmures du temps au théâtre parisien de L’île Saint-Louis Paul Rey en février 2011, le chanteur Stéphane Corbin dit avoir « un esprit voyageur ». Le désir homosexuel encourage l’individu qui s’y adonne à pratiquer le fameux « nomadisme dans l’immobilité » que prônent les farfelus Gilles Deleuze et Félix Guattari dans leur essai L’Anti-Œdipe (1972). D’ailleurs, dans son article « Deseo De Pie » (1986), le poète argentin Néstor Perlongher, fidèle disciple de Deleuze, se définit lui-même comme un « errant qui se désire sédentaire » (p. 108)

 

Le voyage homosexuel, bien qu’étant davantage un sur-place « tue l’ennui » qu’un élan de vie accomplissant, donne parfois aux personnes homosexuelles qui le chantent l’illusion temporaire de toute-puissance de l’éclatement narcissique : certaines versent même dans la carte postale et l’esthétisme cinématographique pour cristalliser leurs pulsions sexuelles éphémères en « voyage transportant » et romantique : « En 2004, j’ai entrepris un voyage inouï : j’ai décidé de passer du monde des hommes à celui des femmes. […] Une main invisible semblait abattre les uns après les autres les obstacles qui se trouvaient devant moi ; je n’étais pas sûre que cette main ne soit pas celle du démon. » (Patricia, femme lesbienne citée dans l’autobiographie Libre : De la honte à la lumière (2011) de Jean-Michel Dunand, p. 150) Par exemple, dans la biographie Copi (1990), Jorge Damonte affirme que son frère se définissait lui-même comme « voyageur et voyeur » (p. 81) : « Nos vies étaient des vies d’étrangers. Notre pays d’origine nous était interdit. Nous avons vécu des jeunesses nomades. » (p. 7) La conception du « voyage » défendue par la population interlope s’apparente donc au vagabondage sexuel de l’individu volage, à un prétexte excessivement poétisé pour une vulgaire partie de jambes en l’air ou pour l’exercice de la prostitution et de la drague : « À l’allure de ces contacts qui foisonnaient de partout, surgit ma rencontre avec un fils de riche monégasque qui m’initia aux joies du mannequinat et des voyages à l’étranger. Cette formule de voyages à l’étranger, appelée ‘Escort’ dans le milieu, n’était autre qu’un accompagnement auprès des hommes d’affaires dans leurs déplacements. Bien sûr, avec le sexe à l’appui ! » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 115) ; « Ces hommes, vautrés dans la culture, qui, à travers promenades et conversations érudites sur les pièces de théâtre, l’opéra, les musées ou les voyages, parlant le plus souvent deux à trois langues, vous font faire un marathon culturel en s’affirmant intellectuels et appartenant à une autre catégorie de gens. Entre eux et moi, l’argent s’imposait c’est vrai. Mais leurs convictions également. » (idem, p. 122) ; « Je n’avais pas beaucoup voyagé dans ma vie. Face à Karabiino, je me rendais compte que l’Humanité est une espèce qui m’était en grande partie inconnue. Ce garçon n’était pas comme moi. Ne pouvait pas avoir les mêmes origines que moi. Les mêmes racines. Impossible. Évidemment, je le savais, mais je ne pouvais pas m’empêcher de le remarquer, de me le répéter. Après tout, j’étais africain moi aussi, comme lui. Il avait l’air encore pur, encore frais, encore précieux, loin de la banalité des autres hommes. Ce garçon de 17 ans réinventait l’homme pour moi et révolutionnait du même coup l’idée que je me faisais de la grâce. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 72-73) ; etc.

 

À ce propos, j’ai remarqué que le voyage était un thème de prédilection de la grande majorité des communautaires homosexuels, une technique de drague facile et très courue chez les plus bobos d’entre eux… comme s’ils pensaient acheter notre cœur avec un simple billet d’avion. En général, quand un dragueur homosexuel nous dit qu’il aime les voyages, dans sa bouche, c’est comme s’il faisait une splendide déclaration d’amour, d’une sincérité et d’une originalité censées nous désarmer totalement. En plus, il nous avoue son amour des voyages avec un regard mielleux tellement sincère et cet air de ne pas y toucher si faussement pudique (genre « Je viens de te formuler un splendide ‘je t’aime’ en me définissant comme un féru des voyages : tu n’as pas vu ? ») qu’on se sent obligé soit d’éclater de rire, soit de fuir un peu ses yeux de crooner pour ne pas alimenter le feu de ce voyage qui ressemble à une mauvaise brochure publicitaire du Club Med.

 
 

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Code n°184 – Voyante extralucide (sous-code : Cartomancienne)

voyante

Voyante extralucide

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La voyante extralucide est le personnage chouchou de la communauté homo. Souvent, dans les fictions, le personnage homosexuel va la consulter, ou bien s’identifie à la cartomancienne qui lit les boules de cristal et le tarot. Le meilleur exemple à mes yeux, ce sont les clichés pris par Pierre et Gilles pour sublimer la comédienne Marie-France. La voyante peut prendre la figure la mère, mais elle est plus souvent l’actrice qui joue le rôle de la dangereuse Gitane par qui le scandale arrive, cette femme mystérieuse et étrangère qui trompe par amour parce qu’elle veut justement manipuler l’amour et le futur. La voyante, dans l’iconographie homosexuelle, est source de fantasme, et parle du désir homosexuel à voix basse. C’est pour cela qu’elle mérite d’être écoutée.

 

Marie-France par Pierre et Gilles

Marie-France par Pierre et Gilles


 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Carmen », « Magicien », « Regard féminin », « Se prendre pour Dieu », « Mère gay friendly », « Reine », « Attraction pour la ‘foi’ », « Fresques historiques », « Mort = Épouse », « Femme fellinienne géante et pantin », « Amant diabolique », « Destruction des femmes », à la partie « Amour sorcier » du code « Liaisons dangereuses » et à la partie « Carte » du code « Inversion », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le personnage homosexuel va consulter une voyante, ou bien s’y identifie :

Marnie dans la série True Blood

Marnie dans la série True Blood


 

On retrouve la voyante dans le film « Jeepers Creepers » (2001) de Victor Salva (avec la voyante noire), la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco, le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, le roman Le Visionnaire (1934) de Julien Green, le roman Un Salon blanc et vieil or (2003) de Catherine Bourassin, le film « Hammam » (1996) de Ferzan Ozpetek (avec la voyante qui lit l’avenir dans le marc de café), le film « Tiresia » (2002) de Bertrand Bonello, le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin (la mère du héros gay Dominique a ses dons de voyance), la chanson « Noche de Tarot » de Marta Sánchez, la chanson « ExtraTerrestre » (2011) d’Arielle Dombasle en duo avec Philippe Katerine (où Dombasle dit qu’elle « est extralucide »), le film « Elena » (2010) de Nicole Conn (où Tyler Montague est le voyant, l’entremetteur entre Elena et Peyton), le film « Los Amantes Pasajeros » (« Les Amants passagers », 2013) de Pedro Almodóvar (avec la voyante provinciale), le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli (avec Félicité, la cartomancienne à barbe, appelée aussi « Nounou » ou encore « la Barbue »), etc. Par exemple, dans le téléfilm Under the Christmas Tree (Noël, toi et moi, 2021) de Lisa Rose Snow, les deux amantes lesbiennes Charlotte et Alma se rendent à une fête de Noël démoniaque où l’une est déguisée en démon et l’autre en ange, et toutes deux se rendent ensemble voir une cartomancienne qui leur tire les cartes et leur annonce un couple durable.

 

Florence Lee

Florence Lee


 

La voyante sert parfois de substitut au médecin… ou à Dieu. « C’est une voyante ! Elle a une boule de cristal sur une petite table ronde, un hibou empaillé sur une perche. » (le narrateur homosexuel à propos de Delphine Audieu dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 80) ; « Vous êtes psychiatre ou voyante ? » (le père d’Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, s’adressant à Rana la femme mariée, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; etc. Dans le film « L’Homme que j’aime » (1997) de Stéphane Giusti, par exemple, lors d’une discussion à Act-Up Marseille, Martin, à qui un autre militant demande depuis combien de temps il n’a plus fait de bilan médical, répond : « Je préfère aller voir une voyante. » Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Adèle, la sœur de William (le héros homosexuel), lit dans les tarots et fait appel à la voyance. « On va voir ce que disent les cartes… […] La nuit entre deux rondes, j’interroge les arcades du futur. » Voyant que ses prédictions se révèlent justes, Georges, l’amant de William, lui propose de se professionnaliser : « Vous n’en ferez jamais un métier, de la voyance ? »

 

Il n’est pas rare que certains personnages homosexuels se prennent eux-mêmes pour une voyante (c’est une manière pour eux de se croire irrésistibles)… même s’ils tournent de temps en temps leur orgueil mégalomaniaque en dérision. « Tu sais que je suis un peu voyante à mes heures. Je tire toujours les cartes. » (Jean-Luc, un des personnages homos de la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) ; « L’horoscope, ça ne peut être que moi. » (Yoann, le héros homosexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Joséphine est un peu voyante. » (Jerry, travesti en Daphnée, s’adressant à Alouette à propos de Joe travesti en Joséphine, dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder) ; « Je ne suis pas voyante mais vous ne rentrerez pas seul ce soir… » (Fripounet, le serveur efféminé de la boîte gay Chez Eva, draguant lourdement le héros hétéro Alexandre, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; etc. Dans la pièce Une heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat, Claire, qui a des visions, dit en blaguant : « Je ne suis pas du tout voyante. »

 

Quand cette voyante est homosexualisée et jouée par un homme, elle figure en général l’amant diabolique, séduisant et ensorceleur, qui envoûte le héros gay (cf. je vous renvoie à la partie « Amour sorcier » du code « Liaisons dangereuses » et au code « Amant diabolique » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Vous aimeriez savoir quelque chose sur votre avenir ? » (un devin, marchand d’encens, s’adressant à son futur « plan cul » Paul, dans le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari) ;

 

La voyante fictionnelle est souvent considérée comme une mère – spirituelle ou de sang – par le héros homosexuel, voire une prostituée : « Le don de la clairvoyance de votre mère est célèbre aux quatre coins du globe ! » (Monsieur Charlie s’adressant à Audric, dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Maman était une extralucide de première ! » (Audric, idem, p. 17) ; « Tu ne savais pas que je sais lire dans les tarots. » (la prostituée « Quarante » dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali) ; etc. Le personnage gay serait l’héritier direct de la puissance du devin extralucide asexué. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Noémie joue la cartomancienne : l’âme de la mère de Kévin (le héros homosexuel) s’incorpore en elle et ce dernier se jette alors sur Noémie en hurlant « Maman !!! ». Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, par exemple, Chance, le héros homosexuel, associe sa mère décédée à une voyante. Et quand il rencontre le drag queen « Claire Voyante », celui-ci défend mordicus son titre de médium (« Voyante, je le suis. »), et somme le jeune homme, comme lors d’un lavage de cerveau, de croire en la « réalité » de ses dons paranormaux, de l’homosexualité, et de l’inversion de sexe : « Et n’oublie pas, Chance. C’est une illusion dont tu dois convaincre tout le monde. À commencer par toi-même. » Mais, au grand dam du personnage homo, sa voyante adorée est souvent une mère démissionnaire et distante, qui finit par trahir. « D’une autre voix qui rit, je l’entends dire : ‘Je ne suis pas ta mère. Je suis Hadda. Bientôt voyante. Bientôt sorcière. Je ne suis pas ta mère. » (Omar parlant de sa « mère » dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 146) ; « Je suis Hadda. Un peu sorcière. Un peu voyante. Malgré moi. » (Idem, p. 189) ; etc.

 

Film "Ghost" de Jerry Zucker

Film « Ghost » de de Jerry Zucker


 

Généralement, la voyante est un oiseau de mauvais augure. Par exemple, dans le film « Sancharram » (2004) de Licy J. Pullappally, la gitane rencontrée par le couple de lesbiennes leur pronostique une vie courte. Dans le roman Boquitas Pintadas (Le Plus beau tango du monde, 1972) de Manuel Puig, Juan Carlos va consulter une voyante et celle-ci lui annonce de grands malheurs en amour. La voyante cinématographique des homosexuels fictionnels prédit souvent de terribles catastrophes, des ruptures, des changements soudains, un destin maudit, un succès fulgurant. Elle impose une vie où la liberté n’a plus sa place. Et comme beaucoup de personnages homosexuels rêvent d’un destin d’Iphigénie, se prennent pour des êtres maudits par l’Amour, vivent à l’affût des coups de foudre et des situations où l’instant prédomine, fait sa loi, et prive de désir, ils l’écoutent comme un prophète.

 

b) La femme-objet idéale du personnage homosexuel est une cartomancienne (souvent lesbienne/transsexuelle) :

 

Concernant la cartomancienne, je vous renvoie au film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, au film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann, à la chanson « Mon Rêve » de Christine Bonnard (la femme en jaune) de la comédie musicale Non, je ne danse pas ! (2010) de Lydie Agaesse, au film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan (avec Diane, la mère), à la pièce Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet (avec Madame Mime et la Reine de Cœur jouant aux cartes ensemble), au film « Le Testament d’Orphée » (1959) de Jean Cocteau, au film « Ce que je sais d’elle… d’un simple regard » (2000) de Rodrigo Garcia (avec la cartomancienne Lilly), au téléfilm « Marie Besnard, l’empoisonneuse » (2006) de Christian Faure (avec Madame Beaujean), à la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron (avec Madame Lefontaine), le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau (la mère d’Henri joue au cartes toute seule), etc. Dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, la mère de Dominique excelle dans l’art du tarot. Dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (précédemment citée) de Christophe et Stéphane Botti, Audric croit au pouvoir des cartomanciennes. Dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée, « Rayon », le transsexuel M to F habillée en femme avec son fichu, propose à Ron de jouer aux cartes dans leur chambre d’hôpital. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Grace, la mère toxique de John le héros homosexuel, joue aux cartes. Dans la pièce L’Argent de la Vieille (2024) de Rodolfo Sonego, Amanda Lear campe le rôle d’une comtesse odieuse qui adore soumettre les gens à son pouvoir de joueuse virtuose de belote. Elle est souvent habillée en violet et dit que « les cartes ne mentent jamais ».

 

Le lien entre homosexualité et voyance est relativement présent dans les fictions traitant du désir homosexuel aussi parce que la voyante est le symbole de la féminité mystérieuse, inaccessible, toute-puissante, dangereuse (il y a de la misogynie dans l’adoration homosexuelle pour la voyante). Beaucoup de personnages gays et lesbiens s’identifient à cette gitane un peu macho, qui domine en amour, qui représente le summum de la séduction. Dans le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, par exemple, Kévin, le personnage homosexuel, tire les cartes à Pierre pour le draguer. Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, Mechita tire aussi les cartes à Venceslao. La cartomancienne est généralement la meneuse d’hommes, celle qui les manipule : je pense notamment au sublime personnage de peste d’Isabelle dans le film « Maverick » (1994) de Richard Donner (personnage joué par l’actrice lesbienne Jodie Foster, comme par hasard…) qui se conduit comme un cow-boy et fait tourner les hommes en bourrique ; on peut se remémorer également la Mylène Farmer androgyne qui joue aux cartes dans le salon de précieuses du clip « Libertine » ; on mentionnera par ailleurs le duo lesbien Chanel/Pierrette dans le film « Huit femmes » (2002) de François Ozon (ces deux femmes se retrouvent pour jouer aux cartes ensemble dans leur chambre).

 

Film "Maverick" de Richard Donner

Film « Maverick » de Richard Donner (Jodie Foster, icône lesbienne)


 

C’est pour cela que le héros homosexuel cherche parfois à l’assassiner : cf. le film « Curse Of The Queerwolf » (1988) de Mark Pirro, le roman Le Bal des folles (1977) de Copi (avec l’assassinat gore de Delphine Audieu), le film « The Cost Of Love » (2010) de Carl Medland (avec le travesti M to F déguisé en voyante et frappé), etc. « Ayez pitié d’une pauvre femme par-dessus vieille ! J’allume la boule. Vous la voyez votre petite Delphine pendue ? Monsieur, me dit-elle, je me sens mal. Mes sels ! Je la gifle. Je l’attrape par les cheveux, lui cogne le front contre la boule de cristal, elle râle, elle s’affaisse sur sa chaise, elle a une grosse boule bleue sur le front, un filet de sang coule de son oreille. En bas on entend le bruit régulier de la caisse, je regarde par la fenêtre, le boulevard Magenta est toujours le même. La vieille continue de râler, je l’étrangle, elle meurt assise. Je me recoiffe de mon peigne de poche, j’enfile mon imperméable. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 89)

 

La voyante est l’allégorie de la féminité fatale : celle qui subit le viol à distance, par personne interposée. « Oh mon Dieu ! Je vois une chose terrible !! oh mon Dieu… terrible malheur ! ». Elle s’évanouit, subit les souffrances du monde à distance. C’est une déesse violée, un pantin qui semble prêter son corps et son esprit à la vie des autres, qui n’existe pas pour elle-même. C’est un fétiche. Il n’y a qu’à voir tous les objets et les bijoux scintillants qui l’entourent pour le comprendre. Un déguisement de transgenre à elle toute seule !

 

Film "Reflets dans un oeil d'or" de John Huston

Film « Reflets dans un oeil d’or » de John Huston


 

Enfin, la voyante touche aussi le public homosexuel car elle l’introduit dans l’univers des fantômes, de l’invisible, de l’Homme invisible, et donc de l’androgyne. D’ailleurs, cette femme n’est pas réellement une femme : elle est plutôt figure d’inversion (transidentitaire). Le fait qu’elle soit très souvent cartomancienne dans les œuvres homos le prouvent : la voyante fait de la carte un miroir d’elle-même, une invertie en quelque sorte. Et puis, dans les œuvres homosexuelles, la voyante est souvent lesbienne/transsexuelle. On la voit généralement habillée en violet ou en mauve (la couleur du lesbianisme ou de la bisexualité) : cf. le film « Good Morning England » (2009) de Richard Curtis (avec la lesbienne mauve), la pièce Hors-Piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt (avec Francis, le héros homosexuel habillé en violet), le film « Potiche » (2010) de François Ozon (avec Suzanne, la femme en violet), la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec Léonor la lesbienne en violet), le film « Bettlejuice » (1988) de Tim Burton (avec le violet associé au lesbianisme), etc. « Comme à cette heure il fait encore un peu froid dans le petit salon, elle [Gabrielle] jette un châle mauve de velours chenille sur ses genoux. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 98) ; « Mamie, à la scholle, elle porte sa robe à dentelles violette. » (Laurent Spielvogel imitant dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; etc. Je pense à Élie Kakou jouant la voyante dans ses sketchs (avec son voile en tricot violet de Mme Sarfati) ; à la tante de Sonia (habillée de mauve) dans le film « Días De Boda » (2002) de Juan Pinzás ; à Elisabeth Taylor en Leonora (tout de violet vêtue) jouant au black-jack dans le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston. Dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, Secundo voit les yeux fermés « une femme habillée en mauve porte une robe avec des petits fleurs ». Même le personnage de Laurette surnommée « Miss Tarot » dans le film « Camping 2 » (2010) est habillée en violet (et Dieu sait s’il y a des références homo-érotiques dans les films de Fabien Onteniente !). Et pour finir, dans le récent Disney « La Princesse et la grenouille » (2009), je trouve le Dr Facilier, (celui qui joue le rôle du méchant marabout, et qui est d’ailleurs habillé en violet) particulièrement efféminé. La voyante se prend pour un homme : ce n’est pas un hasard si très souvent, les voyantes se font appeler « Madame Soleil ». (symboliquement, le soleil, contrairement à la lune, est figure de paternité)… Ce n’est pas non plus anodin que, dans le dessin animé de Disney « Robin des Bois » la scène de la voyance (où le Prince Jean se ridiculise une énième fois) soit aussi le seul moment où Robin des Bois se travestisse et joue la femme castratrice. Il y a un lien fort entre l’homosexualité et la voyante. Elle est la jumelle narcissique, l’autre moitié androgynique et cérébrale du héros homosexuel. Par exemple, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, Jolie lit dans les pensées de Silvano : « Elle le gifla. Il en resta bouche bée. Qu’est-ce que tu es en train de penser de moi, salaud ? demanda-t-elle. » (p. 91). Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, Mike, le héros homosexuel, traite ironiquement de « voyante » sa meilleure amie lesbienne Polly : « Mademoiselle Polly Martin la voyante » (p. 119).

 

Le Dr Facilier dans "La Princesse et la Grenouille" de Walt Disney

Le Dr Facilier dans « La Princesse et la Grenouille » de Walt Disney


 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Didier

 

Certaines personnes homosexuelles se sont exercées à la voyance et à l’astrologie (Didier Derlich, Aleister Crowley, Max Jacob, Alain Joseph Bellet, etc.). Il est à ce titre amusant de taper sur les moteurs de recherche Internet l’association de mots « voyance et homosexualité » pour découvrir combien le milieu de la voyance a trouvé son public homosexuel !

 

VOYANCE En secret

 

Les sites de médiums spécialisés dans la gestion des amours homosexuelles fleurissent ! D’ailleurs, il faut voir, dans les dialogues de chat des sites de rencontres homos, l’importance que prend la mention du signe zodiacal dans les questions posées… Et les astrologues, dont le fantasme et la peur (notamment par rapport à la sexualité) sont le fond de commerce, ont tendance à alimenter la croyance en l’identité homosexuelle et à la pratique homosexuelle.

 

VOYANTE Maghreb

 

Pour ce qui est des cas connus de rapprochements entre la communauté homosexuelle et les voyants, on sait que Truman Capote, durant son enfance à la Nouvelle-Orléans, est fasciné par Madame Fergunson, une voyante extralucide. La grand-mère de Reinaldo Arenas, Brigida, était voyante, et l’a fortement influencé. En France, le secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, homosexuel, a une soeur, Aïcha, qui est voyante (elle se fait appeler « Madame Aessa »). Quand le chanteur Mika parle de sa grand-mère, il la décrit comme une charmeuse et une ensorceleuse qui arrive toujours à ses fins. Dans l’autobiographie Folies-fantômes (1997) d’Alfredo Arias, il est question de Dolly, une cartomancienne. Dans le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, on voit apparaître la figure de la voyante. Jean-Luc Lagarce dans son Journal dit qu’il va consulter une voyante cartomancienne. Paula Dumont, dans sa biographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), décrit les démêlés qu’elle a eus avec une voyante extralucide. Quant à Jean-Claude Brialy, dans son autobiographie Le Ruisseau des singes (2000), il illustre très bien ce lien entre désir homo et voyante : « Un jour, j’osai frapper à sa porte et lui demandai de me dire l’avenir. Elle posa son regard de danseuse orientale sur moi, sa main longue et blanche sur les tarots, et me prédit une carrière artistique et une réussite sans problème. » (p. 34) La voyante dont Abdellah Taïa parle dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008) semble immatérielle, irréelle : « Elle était petite de taille, sans âge et portait des habits noirs. Elle était sans doute une mendiante et elle avait hérité d’un certain pouvoir. Elle savait faire. Elle savait toucher. […] Elle était entrée en moi, dans mon esprit, mon âme lui appartenait, elle la regardait avec douceur, avec brutalité. […] Et enfin, de sa main droite, elle a bouché mes narines. Plus d’air. Le grand sommeil. Le noir paisible. […] La dame en noir a lâché mon nez et de sa bouche a soufflé sur moi. » (pp. 93-94)

 

B.D. les 7 Boules de cristal de Hergé

B.D. Les 7 Boules de cristal de Hergé


 

Personnellement, je ne suis jamais allé voir une voyante (c’est ma religion qui ne me le conseille pas ;-))… preuve que ce que je dis sur les voyantes vis à vis des personnes homosexuelles est à prendre avec des pincettes, prioritairement dans son sens fantasmatique et non littéral (même si, dans mon entourage amical homosexuel, un certain nombre de personnes vont voir des voyantes, ou s’exercent à l’astrologie et au spiritisme, c’est un fait réel que j’ai l’occasion d’observer vraiment).

 

Ma toute première B.D. (avec le personnage de Rufus)

Ma toute première B.D. (avec le personnage de Rufus ; et la voyante à droite)


 

En revanche, quand j’avais 8 ans, j’ai dessiné une B.D. qui s’inspirait énormément des Cigares du Pharaon d’Hergé. Et il y avait dans mon histoire un personnage – dont le nom ne me revient pas – qui était quasiment plus important que le personnage masculin que j’avais initialement choisi pour héros, et qui ressemblait d’ailleurs à un bulldog : c’était la voyante extralucide. Je l’avais dessinée spontanément avec une toge mauve. À l’époque, j’avais été aussi très impressionné par le personnage de Mme Yamilah (habillée elle aussi en mauve) dans l’album de Tintin Les Sept Boules de Cristal : elle incarnait pour moi un fantasme identificatoire puissant. J’adorais la scène du music-hall où cette femme étrangère vit le viol à distance, annonce de manière esthétiquement belle un grand cataclysme en provoquant un scandale pas possible dans le théâtre. Oui, dans mon univers fantasmatique, j’ai aussi eu une aventure avec celle qui prédit la Bonne Aventure.

 

 

Pour finir ce chapitre, je proposerai bien une lecture sociale plus large pour expliquer ce curieux attrait des personnes homosexuelles pour ce cliché de la voyante. Il me semble en effet assez symptomatique que dans nos sociétés de plus en plus maternantes et féminisantes, cherchant à mettre à plat les limites du Réel ainsi que les règles de la Loi symbolique du Père, on fasse de plus en plus fait la louange des voyantes et de l’Intuition féminine en général. Ce mythe contemporain misandre de l’exceptionnelle « Intuition des femmes » est la nouvelle trouvaille des hommes et des femmes féministes. Il repose sur la croyance en un pouvoir particulier que possèderaient uniquement les femmes, les mères, et ceux qui, comme les personnes homosexuelles, auraient depuis la naissance une sensibilité « féminine », une finesse de perception, une acuité spéciale, pour déceler la Vérité, lire dans les âmes, avoir des rêves prémonitoires, comprendre avant tout le monde ce qui se passe au cœur de l’Homme (normal : elles ont fait des études en « psycho » et elles ont naturellement un « cœur de mère »…) Et je peux vous dire que beaucoup de personnes homosexuelles y croient, à cette blague ! « Mon fils était un héros. Moi, je le savais. Il est des dispositions que seule une mère perçoit. » (la psychiatre dans le roman, Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 220) ; « Quand il y a de l’amour, on peut tout comprendre. » (la mère de Paulo dans le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron) ; « On a sept vies quand on est une femme. » (cf. la chanson « Sept vies » de Tina Arena) ; « Las mujeres somos las de la intuición. » (cf. la chanson « Las De La Intuición » de Shakira) ; « C’est fou, les mères, on a un sixième sens ! » (Grany dans le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte) ; « Je dois avoir un sixième sens, comme maman ! » (le héros de la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Déjà que nous piquez tous les beaux mecs, laissez-moi au moins notre intuition. » (Alice dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis) Dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, Maya la lesbienne défend « l’intuition féminine ». Je vous renvoie également à la série française Clara Sheller de Renaud Bertrand (surtout l’épisode 2 de la première saison, en 2005, intitulé « Intuition féminine »). En me baladant au SIGL (Salon International Gay, Lesbien & friendly) organisé au Carrousel du Louvre de Paris, le 3 novembre 2007, je me suis rendu au stand de l’association des « parents d’homos », Contact, pour y croiser une femme que je connais assez bien, Christiane, puisqu’on la voit dans presque tous les plateaux-télé dès qu’il faut qu’une mère-courage témoigne du coming out de son fils. Amusé, je l’entendais jouer inconsciemment la féministe gay friendly : « Ce que femme veut… [Dieu le veut !] » Je n’ai rien dit. Je me disais juste en moi-même qu’à travers la bataille pour la reconnaissance de l’identité homosexuelle, certaines personnes (surtout des mères) en profitent bien pour prendre leur vengeance sur les hommes et s’annoncer en grandes prêtresses extralucides de la « tolérance » et de la « compréhension maternelle symbiotique ».

 
 

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Code n°185 – Voyeur vu

voyeur vu

Voyeur vu

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

Le voyeur vu… ou l’homophobie du désir homosexuel

 

Le désir homosexuel, au niveau de la sexualité, rejette la différence des sexes dès qu’il se pratique. Il expose donc la personne qui s’y adonne à vivre les illusions d’optique du narcissisme, le traumatisme des mirages de l’identité excessivement projetée ou de l’amour projeté hors de la sphère de conscience et de corporéité humaines. Elle devient son propre espion, son propre ennemi, son homophobe.

 

VOYEUR VU Antifas

 

Autrement dit, cette personne qui rejette chez elle et chez les autres la différence des sexes a tendance à plonger dans le nombrilisme à la fois extraverti et intériorisé, dans la paranoïa et l’exhibitionnisme. Elle a du mal à trouver une juste distance avec elle-même et avec les autres. La peur et la haine de soi jaillissent souvent en voyeurisme inconscient qui se laisse piéger lui-même par son propre jeu. C’est le propre de la psychose : « Dans une psychose, les transformations ‘en contraire’ sont très fréquentes, le désir de battre devient envie d’être battu, le désir de dévorer devient la peur d’être dévoré, le plaisir de regarder du schizophrène se transforme en peur d’être épié (c’est la direction de la pulsion qui est transformée et aucunement la représentation de l’objet). L’exhibitionnisme lui-même peut nous proposer une solution acceptable, car il y a sans doute dans le travesti l’identification avec l’objet qu’on aimerait regarder, satisfaisant ainsi d’une façon narcissique un voyeurisme ‘retourné’. » (Docteur Hans Werner, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 306)

 

C’est la raison pour laquelle, dans les fictions homo-érotiques, beaucoup de héros homosexuels vivent un violent retour de boomerang à cause de leur indiscrétion et de leur peur d’exister. Ils sont à la fois voyeur et voyant. Le voyeurisme est une activité qui dit un mal-être ou un effondrement identitaire caché (quand on est mal dans sa peau, on s’image que tout le monde est témoin de notre humiliation ! que tout le monde nous regarde), ou bien le fait qu’on désire être violé ou revivre un viol (oculaire ou physique) qu’on a réellement vécu.

 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Miroir », « Espion homo », « Poids des mots et des regards », « Regard féminin », « Lunettes d’or », « Homosexuel homophobe », « Amant modèle photographique », « Témoin silencieux d’un crime », « Main coupée », « Doubles schizophréniques », « Photographe », « Femme au balcon », « Emma Bovary « J’ai un amant ! » », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Passion pour les catastrophes », à la partie « Photo chiffonnée » du code « Actrice-Traîtresse », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Espionné :

VOYEUR VU Stores

 

Beaucoup de personnages homosexuels des fictions se sentent espionnés quand ils espionnent (cf. je vous renvoie au code capital « Poids des mots et des regards » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « J’arrive escorté de mouches. Je les reconnais : des mouches soviétiques espionnes. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; « Un Russe, messager de l’Enfer. » (idem) ; « Arrivé à cette page, il s’aperçut qu’il y avait quelqu’un qui le regardait. » (Copi, Un Livre blanc (2002), pp. 60-63)

 

VOYEUR VU Livre Blanc

Album « Le Livre blanc » de Copi


 

C’est parfois à raison, car on les observe vraiment. « Lâche-moi un peu. Arrête de m’espionner. » (Paul s’adressant à son amant Erik dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs) ; « Antoine éteignit la lumière, puis tenta de faire une mise au point sur la fenêtre d’en face. […] Il lâcha les jumelles. Il les ramassa et regarda de nouveau. Dans une pièce aux murs couverts de masques africains, Martine Van Decker, immobile, murmurait d’interminables borborygmes en l’observant. » (Vincent Petitet, Les Nettoyeurs (2006), p. 248. Dernière phrase du roman) ; « Je te rappelle qu’il y a un judas. Je te regarde depuis toute à l’heure. » (le compagnon s’adressant à Jérémy, surpris d’être observé, dans le one-man-show Bon à marier (2015) de Jérémy Lorca) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, Gabriel, le héros gay, est espionné par sa mère, qui fouille dans son ordinateur portable. Dans le film « Zenne Dancer » (2012) de Caner Alper et Mehmet Binay, la famille d’Ahmet, très conservatrice, n’admet pas son homosexualité et engage un homme pour l’espionner.

 

Film "Vampire Diary" de Mark James & Phil O'Shea

Film « Vampire Diary » de Mark James & Phil O’Shea


 

Chez le héros, cette sensation d’être espionné est à la fois un sursaut de sa conscience et un sentiment infondé qui montre une schizophrénie narcissique ou une paranoïa. « Moi, j’aimerais beaucoup qu’il y ait des messieurs qui me suivent toute la journée. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) Par exemple, dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, le narrateur est espionné par sa mère Félicité, et lui rend la pareille : « Mais souvent aussi c’était son tour d’être épiée. » (p. 28) Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, réclame toute l’attention à lui tout seul : « Personne ne me regarde ! » Dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, le « vous » narrateur agit comme une auto-hypnose. Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Leopold croit qu’il a tué un de ses clients parce qu’il l’a poussé au suicide : « Franz, j’ai tué quelqu’un, un de mes clients s’est tué la cervelle. […] Je me sens comme si j’étais quelqu’un d’autre et que j’observais tout ce que je faisais […] comme si tout le monde savait que j’avais tué quelqu’un. » Dans le film « Dans le village » (2009) de Patricia Godal, la protagoniste vit avec « cette impression bizarre d’être observée ». Le voyeur vu est l’un des signes de la schizophrénie, c’est-à-dire un mélange entre voyeurisme et paranoïa. Le héros homosexuel, s’étant confondu avec son reflet dans le miroir ou bien avec l’objet de ses désirs, se croit espionné, et hurle donc à l’usurpation d’identité.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Au départ, le personnage homo faisait « son intéressante » en rentrant dans un rôle d’espionne espionnée, bref, en jouant « sa grande folle perdue » en danger ET dangereuse : « J’avais toujours le sentiment d’être épié. Pas par les autres. Par moi-même ! » (Jim, l’un des héros homosexuels, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « Il est toujours sur le trottoir, il ne quitte pas les yeux de ma fenêtre et à chaque fois que j’écarte le rideau il me sourit. Je vais tout de même essayer de le larguer, je descends dans le hall de l’hôtel rasé de près et avec des lunettes noires, habillé d’un blouson en patchwork de satin que j’ai gardé depuis six ans, par hasard dans ma valise, je me suis coiffé bien en arrière avec les cheveux bien collés au crâne. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 107) ; « Il y a un espion dans la maison. […] C’est Laure la traîtresse. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, 130) ; « Oh l’espion ! J’étais surveillé, photographié, sans m’en apercevoir ! » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 115) ; « Je suis absolument bouleversée, il vient de m’arriver une chose atroce ! Je me suis fait violer par mon chauffeur, c’est le mari de ma gouvernante, ce sont des gens terrifiants, elle s’habille en gitane pour me faire honte lors de mes réceptions. Elle surveille tous mes gestes, je l’ai surprise à me photographier dans ma baignoire ! Et son mari est un colosse qui m’a violée à deux reprises ! » (« L. », le héros transgenre M to F s’adressant à Hugh dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Goliatha, le rat me regarde ! J’ai peur ! » (« L. » parlant à sa bonne, idem) ; « Vous avez vu ? Elle m’espionne ! » (la mère dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Elle me regardait avec des jumelles. » (le narrateur homosexuel parlant de son amant le Rouquin, dans le roman Le Bal des Folles (1977), p. 110) ; « Depuis trop longtemps j’ai toujours refusé qu’on me photographie. » (Vincent Garbo, le héros homosexuel pourtant narcissique à souhait, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 60) ; etc.

 

Dessin de Roger Payne

Dessin de Roger Payne


 

Le fait d’être vu en train d’espionner semble être source d’excitation sexuelle chez certains protagonistes homos. Une satisfaction donjuanesque. Par exemple, dans le film « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls, le voisin de cabine de douche du héros l’autorise à le regarder se masturber : « Tu peux regarder si tu veux… » Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Frankie, le héros homosexuel, découvre que son voisin de l’immeuble en face du sien, à San Francisco, l’espionne en cachette. Non seulement il ne résiste pas à cette intrusion oculaire, mais il l’entretient : il se désape et s’offre cul nu à lui. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance observe son futur copain – et voisin – Levi par la fenêtre, d’un immeuble à un autre, ou plutôt d’une maison à une autre, et Levi finit par voir qu’il est observé. Dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, Alexandra, la narratrice lesbienne, espionne et prend plaisir à être épiée. Elle décrit d’ailleurs cette même jouissance puérile chez toutes ses partenaires sexuelles : « Tout à ce qu’elles disaient, elles ne remarquèrent pas que je les observais. […] Elles refermèrent soigneusement la porte de côté derrière elles. J’avançai vers la vieille porte et cherchai un trou qui me permettrait de voir. Je les essayai tous. » (pp. 46-47) ; « Je ressens en sa compagnie des sensations qui me plaisent beaucoup. Elle m’habille, me déshabille, et je peux à loisir me montrer dans le plus simple appareil. Ce que j’aime le plus en ce moment, c’est de me présenter vêtue seulement en haut. Je me promène ainsi assez longtemps devant elle, feignant de chercher dans mes armoires des vêtements ou des objets dont, on s’en doute, je n’ai nul doute. Je l’observe du coin de l’œil pour voir si elle s’intéresse à moi et si mon manège éveille en elle quelque chose. D’abord, ses yeux se baissent à la vue de ma nudité, puis elle se met à regarder. À cet instant, bien qu’elle ne me touche pas, j’éprouve une sorte de plaisir. » (idem, p. 95) ; « J’aimais qu’elle me scrute ainsi. » (Alexandra parlant de sa bonne/amante, op. cit., p. 122) ; « À travers le miroir, on voyait bien la chambre et le lit. Au bout d’un moment, on vit la bonne entrer. Elle se mit à se déshabiller, puis, s’allongeant sur le lit langoureusement, bien en face de nous, se caressa tour à tour le bout des seins et le plus sensible. Je sentais que Marie était tétanisée par la peur que cela ne me déplaise. Dans un effort d’audace, pourtant, elle me prit par la taille. De l’autre côté du miroir, la bonne, se sachant observée, les cuisses bien écartées, faisait avec ses doigts des mouvements qui laissaient voir toute la profondeur de son intimité. Malgré l’état de peu de réceptivité dans lequel j’étais, j’en fus vite troublée. Ses poses étaient terriblement provocantes, et bientôt je sentis monter en moi une envie féroce de me satisfaire. Marie, dans le noir où nous étions, avait beaucoup plus d’assurance et me caressait presque. » (idem, p. 152) ; etc. Dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, l’un des plans cul de Erik, nommé Russ, aime que ses voisins de l’immeuble d’en face puissent le surprendre en train de niquer : « J’aime m’exhiber. » dit-il. Dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, lorsque Pascal, le héros homosexuel, fait l’amour avec un homme dans les fourrés, il n’est pas du tout molesté par un voyeur qui leur demande la permission de les mater (« Je peux pas rester ? ») pour se masturber et jouir du spectacle. Le partenaire de Pascal, halluciné, ne comprend d’ailleurs pas pourquoi Pascal se complait à ce type de viol visuel d’intimité (« Ça te gêne pas qu’on te regarde ??? »). Dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, David et Philibert, au début du spectacle, sont observés par les voisins de l’immeuble d’en face ; et à la fin de la pièce, ils parodient des spectateurs qui les regardent comme des statues du Musée Grévin. Dans le film « Une si petite distance » (2010) de Caroline Fournier, l’héroïne observe par le trou de son mur sa voisine noire dans sa salle de bain ; la première fois que celle-ci se sait espionnée, elle hurle d’effroi. Mais au fur et à mesure que le voyeurisme se répète, la voisine se laisse faire avec complaisance et consentement lesbien. Dans le film « Shortbus » (2006) de John Cameron Mitchell, la scène finale montre que les deux amants homosexuels (Jamie et Jamie) se regardent l’un l’autre à la fenêtre dans des immeubles qui se font face, sans s’y attendre, et surtout sans parvenir à communiquer et à s’aimer vraiment. Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, le couple Julien/Yoann est filmé en « sextape » par la belle-mère de Julien, Solange. Plein de photos ont été prises pour exercer un chantage. Ça n’a pas l’air de déplaire à Yoann, tout excité d’avoir été capté dans ses ébats intimes : « Elle nous a pris en photo !! » Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, Meri, le prostitué transsexuel M to F, dit qu’il « aime regarder ses clients dans les yeux pendant qu’il les excite » Dans les dessins érotiques de Roger Payne, très souvent le voyeur est aperçu par celui qui est maté en cachette.

 

Roger Payne (le voyeur vu dans le miroir par celui qui  jouissait de lui-même devant sa glace)

Roger Payne (le voyeur vu dans le miroir par celui qui jouissait précisément de lui-même devant sa glace)


 

Comme pour illustrer inconsciemment cette fusion entre le spectateur et l’acteur, certains couples homosexuels se filment pendant leur coït sexuel : cf. les films « La Mala Educación » (« La Mauvaise Éducation », 2003) et « Kika » (1993) de Pedro Almodóvar, « Saturn’s Return » (2000) de Wenona Byrne, le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, etc. « Sur un site de rencontre je discute avec P.-O. Je lui explique que je cherche un garçon qui accepterait que je filme notre rencontre. Il écrit qu’il accepterait. Je garde ma caméra numérique au poing. » (Mike, le narrateur homosexuel dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 56) ; « Ahh, qu’est-ce que ça rend sûr de soi de tenir une caméra, hein ? Et si moi je la prenais et que je te filmais ? » (P.-O. s’adressant à son Mike, op. cit., p. 57) ; « Je décide qu’on baisera là, pour le clignotement rouge sur nos peaux, sur la sienne surtout. Je tiens la caméra à bout de bras pour avoir un grand angle sur nous. » (Mike, op. cit., p. 57) ; etc.

 

Angela dans le film "Tesis" d'Alejandro Amenabar

Angela prise à son propre jeu, dans le film « Tesis » d’Alejandro Amenabar


 
 

b) L’arroseur arrosé :

Après avoir espionné, le voyeur finit par être observé à son tour, comme l’arroseur arrosé : cf. le film « La Fenêtre d’en face » (2002) de Ferzan Oztepek, le film « Robe d’été » (1996) de François Ozon (avec le personnage de Luc), la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, le film « Tous les papas ne font pas pipi debout » (1998) de Dominique Baron, la chanson « Vis-à-vis » d’Étienne Daho, le roman Detrás Del Rostro Que Nos Mira (1967) d’Héctor Biancotti, la chanson « Who’s Zoomin’ Who » d’Aretha Franklin, le film « Les Résultats du Bac » (1999) de Pascal Alex Vincent, le film « Feux croisés » (1947) d’Edward Dmytryck, le film « Les cinq sens » (1999) de Jeremy Podeswa, le film « Hubo Un Tiempo En Que Los Sueños Dieron Paso A Largas Noches De Insomnio » (1998) de Julián Hernández, le film « Watching You » (2000) de Stephanie Abramovich, le film « Un Chant d’amour » (1950) de Jean Genet, la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, le film « Le Troisième Œil » (1989) d’André Almuro, le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears, etc. Par exemple, dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, le concept de l’émission Stars chez eux dirigée par Graziella, la présentatrice télé psychopathe, c’est, « », de « piéger les stars qui croient piéger leur public ». Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, rentre de force dans une boîte échangiste et tombe sur une femme qui se fait pénétrer par des hommes, et qui l’oblige à prendre part à la sauterie : « Viens participer au lieu de regarder ! » Il finit par rentrer dans le jeu.

 

« J’ai lâché prise mon Dieu, ça vous étonne ? Prise à mon propre piège » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 105) ; « J’aime les scandales quand ils concernent les autres. » (Dorian dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Pour la première fois une voyeuse se sentait regarder. » (idem, p. 141) ; « Ce à quoi je parviens le plus difficilement à croire c’est à ma propre réalité. Je m’échappe sans cesse et ne comprends pas bien, lorsque je me regarde agir, que celui que je vois agir soit le même que celui qui regarde, et qui s’étonne, et doute qu’il puisse être acteur et contemplateur à la fois. » (Édouard dans le roman Les Faux-Monnayeurs (1997) d’André Gide, p. 84) ; « Si le subtil lecteur pouvait porter son regard plus loin, au-delà de la place, jusqu’à la fenêtre de l’hôtel particulier rose, là-haut, il apercevrait Boléro de Ravel en train de cadrer Tarzan dans le viseur meurtrier de son fusil de chasse. » (Copi, Un Livre blanc (2002), p. 104) ; « Sur le moment, il me semble qu’un tiers se tromperait à prétendre me désigner lequel, de mon reflet ou de moi, est l’original et lequel la copie. […] Moi Vincent Garbo regardant celui qui me regarde, la bénéfique utilité du miroir se retourne en maléfice : non seulement mon reflet a pour moi cessé d’être la preuve que je peux être vu, que je suis dans cette pièce et que je pourrais en sortir, mais il me persuade même carrément du contraire. Je ne serais pas du tout surpris de voir l’autre quitter le miroir et d’être obligé d’attendre qu’il y revienne pour pouvoir exister encore un peu. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 53) ; « Maintenant il va falloir faire davantage attention aux services secrets. » (Jean-Marc s’adressant à son amant Jean-Jacques… alors que c’est lui l’infiltré, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Pourquoi tu t’excuses ? C’est pas grave si tu me regardais. » (Arthur s’adressant à son futur amant Julien, dans le film « Faut pas penser » (2014) de Raphaël Gressier et Sully Ledermann) ; « Je suis mon agent double. » (c.f. la chanson « Espionne » de Catherine Lara) ; etc.

 

Film "Salo ou les 120 journées de Sodome" de Pier Paolo Pasolini

Film « Salo ou les 120 journées de Sodome » de Pier Paolo Pasolini


 

Ce jeu miroitant des regards peut se terminer très mal pour le héros homosexuel (cf. je vous renvoie au code « Témoin silencieux d’un crime » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, un jeune chasseur est transformé en cerf pour avoir osé surprendre un homme transsexuel M to F dans une forêt. Dans le film « Rear Window » (« Fenêtre sur cour », 1954) d’Alfred Hitchcock, Cary Grant est témoin d’un meurtre qu’il a observé depuis sa fenêtre, et le tueur finit par lui rendre visite pour l’éliminer. Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Rinn, l’une des héroïnes lesbiennes, force son amie Suki à l’embrasser sur la bouche, par jeu et « pour s’entraîner ». Cela finit mal car elles sont surprises par Juna et Kanojo. Dans le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Étienne, le héros homo, a eu l’indiscrétion de filmer le coït de son meilleur ami avec une fille : le couple coupera les ponts avec lui. Dans la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, Jenny, le héros transsexuel M to F, devient le voyeur vu alors qu’il espionnait ses voisins dans l’immeuble d’en face. Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, Léni était espionne, mais va retourner sa veste en s’engageant dans la voie du contre-espionnage. Dans le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, Odetta est piégée par son propre voyeurisme puisqu’elle finit par être pétrifiée comme les photos qu’elle prend. Il arrive le même sort au professeur d’Angela dans le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, mort bouche-bée devant son écran de cinéma. Dans le film « Une Vue imprenable » (1993) d’Amal Bedjaoui, Alexandra et Léa s’observent aux jumelles d’un appartement à l’autre. Dans le film « La Vie des autres » (2000) de Gabriel de Monteynard, Philippe filme et observe par la fenêtre les coïts de ses voisins homos… qui à la fin deviendront accidentellement voyeurs de leur voyeur. Dans le film « Urbania » (2004) de Jon Shear, Charlie et Dean regardent depuis la rue un couple homo s’embrassant à sa fenêtre… et on découvre ensuite que ce couple n’est autre qu’eux-mêmes. Dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, tous les personnages homosexuels finissent par payer de leur vie le fait d’avoir été voyeur : « Il avait un drôle de truc dans l’œil. » dira Henri par rapport à Michel qui finira par le tuer. Dans le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz, Ati et Shirin, les héroïnes lesbiennes qui se mataient entre elles et qui regardaient des émissions de télé-réalité, se retrouvent espionnées par des caméras de surveillance placées par le mari de l’une d’elles. Dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Marie, l’héroïne lesbienne, est matée aux jumelles (d’un Happy Meal au Mc Do !) par Anne, la « fille à pédé », et finit par se sentir agressée : « J’en ai marre de tes conneries de gamine. » Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, après avoir vu la nudité violente d’un homme transsexuel M to F portant une chevelure de rousse, un jeune chasseur, traumatisé, tente de fuir en courant la forêt mais fait tomber son fusil et finit par se métamorphoser en cerf. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le fiancé de Gatal (le héros homo) fouille dans l’ordinateur de ce dernier, avant que Gatal ne découvre, avec vidéos caméra à l’appui, que ce dernier l’a trompé avec un autre homme dans un hôtel. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, les deux amantes Thérèse et Carol passent leur temps à s’observer l’une l’autre, à se photographier à l’insu de l’autre… et finalement, elles finissent par se faire espionner par Tommy dans un hôtel de passe.

 

Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, Anton, le héros homo, regarde sur internet les agressions homophobes filmées : elles le vampirisent, le fascinent, l’obsèdent… et finalement, c’est ce qui va lui arriver à la fin du film. Avec son amant Vlad, il est témoin d’une agression mortelle homophobe dans la rue, pendant qu’ils sont en voiture. Pour élucider ce meurtre homophobe, Anton joue aux espion, secondé par son amant Vlad. Cet espionnage se retourne contre Vlad : « Je te filme avec les lunettes. Je vais te filmer. » (Anton) Et Vlad, lui aussi, met sur écoute Anton (notamment quand ce dernier est en train de dîner avec un potentiel suspect), ce qui lui fait vivre une angoisse terrible.
 

Tout le polar The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh est construit sur la paranoïa (qui se révèlera justifiée et soutenue par l’auteure elle-même) de l’héroïne lesbienne Jane. Cette femme a l’intuition d’un viol et d’un meurtre à propos d’une fille (la jeune Anna, 13 ans, abusée par son père, le Dr Mann) et de sa mère (Greta, ex-prostituée, assassinée par le Dr Mann aussi). Et elle vient d’emménager avec sa compagne Petra dans un immeuble qui fait face à une autre bâtisse qui recèle précisément le nœud de son intuition (le corps de Greta, planqué sous un plancher). Jane se sent donc constamment épiée, parce qu’elle-même épie ses voisins. Et elle manque, à la fin, de se faire violer et tué par Mann. Le piège de son voyeurisme s’est presque refermé sur elle : « Jane écarta les rideaux. Dehors, la cour était mal éclairée, mais elle distinguait le bâtiment qui s’élevait derrière, une version délabrée de leur propre immeuble, ses fenêtres vides enfoncées dans l’obscurité comme des orbites dans un crâne. ‘Pas très inspirant, comme vue. ’ dit Jane. ‘C’est normal, une dépendance derrière la maison ! Et comme cet immeuble est vide, on n’aura pas de vis-à-vis. ’ répond Petra. » (p. 16) ; « Il était étrange que les fenêtres aveugles et les balcons vides de l’immeuble l’aient mises mal à l’aise. Lorsqu’elle était petite, elle détestait les windaehingers : ces femmes qui se penchaient aux fenêtres des immeubles pour surveiller la rue en contrebas. Certains jours, vous aviez l’impression de ne plus pouvoir marcher droit tant leurs regards pesaient sur vous. La sensation d’être observée s’était logée en elle. Peut-être était-ce la façon dont l’enfant se manifestait ; elle avait parfois l’impression qu’il la surveillait avant de décider de naître. » (p. 26) ; « Jane ne pouvait se débarrasser de l’impression que quelqu’un l’observait en rigolant. » (p. 27) ; « Jane eut soudain la conviction que quelqu’un l’observait. » (p. 40) ; « affronter le froid et la sensation d’être observée par des yeux invisibles. » (p. 58) ; « Elle avait désormais l’impression que le bâtiment la regardait avec les yeux d’Alban. » (p. 138) ; « Une lumière brillait derrière les rideaux de dentelle du salon des Becker. Les rideaux bougèrent comme si quelqu’un en lissait les plis et s’écartait, mais Jane voyait encore sa silhouette, sombre et indistincte, qui l’observait depuis l’autre côté de la vitre. » (p. 224) ; « Tout ce que je vois c’est que vous fourrez votre nez dans quelque chose qui ne vous regarde pas. C’est peut-être de vous qu’Anna devrait se méfier. » (Maria, la prostituée, s’adressant à Jane, idem, p. 168) ; etc.
 

Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Antonietta accueille dans son appartement le temps d’une journée Gabriele, son voisin de pallier homosexuel habitant dans l’immeuble d’en face. Depuis la maison d’Antonietta, ce dernier regarde son appartement avec étonnement (« C’est étrange de me regarder de l’immeuble d’en face… »), comme s’il se retrouvait à la place de sa voyeuse qui lui a avoué qu’elle le scrutait incessamment et obsessionnellement depuis qu’elle l’avait découvert : « Ça fait depuis ce matin que je te regarde. » ; « Moi je regarderai ta fenêtre tous les jours. ».
 

Ce retour de bâton du voyeurisme symbolise l’homophobie (ou les contradictions) du désir homosexuel pratiqué, un désir qui est pour et contre lui-même, qui n’encourage pas le héros à assumer ses actes : « Delphine, c’est pas les autres qui te regardent. C’est toi qui te surveilles. T’es ton propre flic. » (Carole reprochant à Delphine de ne pas assumer leur « couple », dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini) ; « Les jeunes hommes gays étaient condamnés à n’être qu’un spectacle et jamais un public. » (Manuel Vázquez Montalbán, Los Alegres Muchachos De Atzavará (1988), p. 180) ; « S’il ne le sait pas, moi, je le sais ! […] J’en vois partout parce qu’il y en a partout ! Ça sort des placards ! » (Sibylle par rapport à l’homosexualité de Nelligan Bougandrapeau, le héros homo, dans la pièce En circuit fermé (2002) de Michel Tremblay) ; « On est spectateurs de sa vie. » (Matthieu, l’un des héros homosexuels de la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « L’intrigue va se nouer toute seule. C’est le crime l’important. Le coupable peut être n’importe qui. Il peut se trouver même dans le public. J’ai vu une comédie policière où le coupable était le machiniste du théâtre. » (l’Auteur dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « J’ai un mec à l’intérieur de moi qui me dit : ‘Il faut pas que t’aies un mec à l’intérieur de toi ! » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; etc. Par exemple, dans le film « Alone With Mr Carter » (2012) de Jean-Pierre Bergeron, John, jeune homme de 15 ans, tombe amoureux d’un papy de 70 ans, Mr Carter. Il l’espionne avec ses jumelles, d’un immeuble à l’autre, et finit par essuyer son premier chagrin d’amour. Dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, Henri, le héros homosexuel espionné par sa mère possessive puis espionnant passivement l’homme qui le fascine visuellement, Jean, finit par se prostituer dans les gares de Paris puis par assassiner l’objet de ses fantasmes une fois qu’il a pu enfin coucher avec. Dans le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler, Karen et Martha, deux responsables d’un établissement scolaire, se voient outées par Mary, une de leur élève-voyeuse : Martha voit son homosexualité découverte à son insu. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, le père Adam (homosexuel encore refoulé, sauf à la fin) surprend Rudy se faire sodomiser par Adrian. Cette espionnage se retournera contre lui sous forme d’outing puisqu’Adrian écrira à la peinture rouge sur la porte de la maison d’Adam : « LE PRÊTRE EST UNE PÉDALE ! » Dans le film « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls, le héros a eu honte d’avoir été vu en train de donner un baiser sur la bouche homosexuel par un vieux du vestiaire, et tue son camarade de douche pour se venger de ce regard extérieur qui a reflété la réalité de l’acte homo.

 

Dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis, Jean-Marc est le héros homosexuel infiltré chez les Virilius, chargé de regarder ce qui s’y passe. « Je suis comme un espion industriel. » déclare-t-il. Mais il ne maîtrise pas tant que cela sa dissimulation puisqu’il tombe amoureux du chef de la bande : « Aujourd’hui je suis un caméléon qui a des problèmes de santé. On ne peut pas mélanger le rose parmi les bruns. » Pire : les Virilius découvrent que leur numéro 2 est un traître et ils le maltraitent en le tabassant/violant homosexuellement : « Maintenant, il va falloir faire davantage attention aux services secrets. » (Jean-Marc à Jean-Jacques) L’objet de son espionnage (son homosexualité), c’est lui-même qui se l’impose et qui le transforme en homophobie, en déni : « Je ne suis pas un infiltré gay ! Je ne suis pas un infiltré gay ! »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Espionné :

Film "Blokes" de Marialy Rivas

Film « Blokes » de Marialy Rivas


 

Beaucoup de personnes homosexuelles se sentent espionnées quand elles espionnent (cf. je vous renvoie au code capital « Poids des mots et des regards » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « Nous habitons un gros building. D’une fenêtre de l’appartement, je voyais un voisin se promener nu. Je me levais quand elle dormait pour l’observer, lui. » (Justin, marié, 34 ans, abusé dès l’âge de 4 ans par son père, son oncle, et son frère aîné, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 249)

 

Pedro Almodovar

Pedro Almodovar


 

Ce sentiment d’être espionné est parfois infondé, et montre une schizophrénie narcissique ou une paranoïa. Par exemple, dans son Journal. 1937-1949, Klaus Mann parle de son constant « délire de persécution » (p. 328). Beaucoup de personnes homosexuelles font « leurs intéressantes » en rentrant dans un rôle d’espionne espionnée, bref, en jouant « la grande folle perdue » qui cache mal sa complicité au viol oculaire qu’elle subit : « Elle est là, murmura-t-elle. Elle m’espionne. Elle est toujours là. » (la Chola parlant de sa voisine de palier, dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 237)

 

Ce fantasme de persécution oculaire, c’est le syndrome classique de la star ou de la personne qui se prend pour une star : cf. la chanson « Flash » de Jeanne Mas, la chanson « Paparazzi » de Lady Gaga, le vidéo-clip de la chanson « Piece Of Me » de Britney Spears, le vidéo-clip de la chanson « Todos Me Miran » de Gloria Trevi, etc.

 

 

Il n’est pas étonnant que les émissions de télé-réalité (et spécialement Loft Story, Les Anges de la Télé-Réalité et Secret Story), où les participants jouent le jeu d’exhiber leur intimité et d’être matés, aient été plébiscitées et habitées par des personnes homosexuelles : Steevy Boulay (Loft Story 1), Thomas (le vainqueur de Loft Story 2), Benoît (le vainqueur de Secret Story 4), etc.

 
 

b) L’arroseur arrosé :

Film "Pornography: A Thriller" de David Kittredge

Film « Pornography: A Thriller » de David Kittredge


 

Le trop-plein de lucidité/de peur de certaines personnes homosexuelles par rapport aux comportements humains les transforme finalement en voyeurs-girouettes. « Sentir et se regarder sentir, pour lui, c’est tout un. » (Jean-Paul Sartre en parlant de Jean Genet, dans sa biographie Saint Genet (1952), p. 70) ; « L’espion et l’espionné ne font qu’un. » (idem, p. 89) ; etc. C’est le cas de Christopher Hugh Auden, par exemple : « Malgré sa grande capacité de perception, il manquait à Auden quelque chose en matière de relations humaines. Il planifiait trop les situations, il faisait en sorte que chacun devienne trop conscient d’être observé. […] Parfois, il donnait l’impression de mener un jeu intellectuel avec lui-même et avec les autres, si bien qu’à la longue, il restait finalement assez isolé. » (Stephen Spender, Un Mundo Dentro Del Mundo, « Poeta Entre Dos Países », sur le site www.islaternura.com. C’est moi qui traduis) Autres exemples. Dans la biographie James Dean (1995) de Ronald Martinetti, James Dean est qualifié par Ken Kendall d’« éternel spectateur » (p. 104), à l’affût de ce que vont voir et penser les autres de lui. Le rappeur gay Mykki Blanco (interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) dit qu’il essaie sur scène d’ « incarner à la fois le mac et la pute ».

 

Beaucoup de personnes homosexuelles, par sincérité et auto-centrisme, ne se voient plus agir et tombent dans les pièges du voyeurisme, de la violence, de la paranoïa, de l’exhibitionnisme : « En me relisant aujourd’hui je trouve impardonnable de m’être dupé moi-même à ce point. » (Ann Scott citée dans la préface de Sandrine Mariette, Le Pire des mondes (2004), p. 7) ; « Gore Vidal était extrêmement mythomane. Il aimait se mettre en avant. » (Didier Roth-Bettoni dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel) ; etc.

 

Ce retour de bâton du voyeurisme symbolise l’homophobie (ou les contradictions) du désir homosexuel pratiqué, un désir qui est pour et contre lui-même : « Je me promène aux Champs. Je n’accoste personne, jamais. C’est les types qui viennent. Vous voyez bien quand un type vous regarde. Remarquez, on ne peut jamais savoir ; il y en a qui restent là à vous regarder pendant cinq minutes, et si vous leur parlez, ils disent : ‘Qu’est-ce que vous me voulez, ça va pas non ?’. Des refoulés. » (Pierre Benichou, Le Nouvel Observateur, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 44) ; « Et le jeune homme reste sur ses gardes, soupçonne qu’on le soupçonne, feint de feindre pour mieux dissimuler ; achète des livres traitant de l’amour hétérosexuel, prend des précautions avec ses amis, évite de confier son numéro de téléphone et ne reste pas indifférent au cours des entretiens où l’on démolit les pédérastes. Dans l’obligation personnelle d’avoir recours aux subterfuges, il sombre en général dans la dissimulation. » (Jean-Louis Chardans, op. cit., p. 12) ; « Je dérobais dans la chambre les vêtements de ma sœur que je mettais pour défiler, essayant tout ce qu’il était possible d’essayer : les jupes courtes, longues, à pois ou à rayures, les tee-shirts cintrés, décolletés, usés, troués, les brassières en dentelle ou rembourrées. Ces représentations dont j’étais l’unique spectateur me semblaient alors plus belles qu’il m’ait été donné de voir. J’aurais pleuré de joie tant je me trouvais beau. Mon cœur aurait pu exploser tant son rythme s’accélérait. Après le moment d’euphorie du défilé, essoufflé, je me sentais soudainement idiot, sali par les vêtements de fille que je portais, pas seulement idiot mais dégoûté par moi-même, assommé par ce sursaut de folie qui m’avait conduit à me travestir. » (Eddy Bellegueule dans l’autobiographie En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 28-29) ; etc. Le « voyeur vu » montre que le désir homosexuel est intrinsèquement homophobe. Ce motif allégorique symbolise que l’homosexualité est de la haine de soi, de la honte, du manque de confiance, de l’humiliation et de l’agression externe… le tout sublimé par une idolâtrie visuelle.

 
 

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