Code n°4 – Amant diabolique (sous-codes : Faust / Regards / Langue au chat / L’Autre)

Amant diabolique

Amant diabolique

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Aussi surprenant que cela puisse sembler, ce n’est pas parce que les artistes et les intellectuels homosexuels (souvent athées auto-proclamés) tentent maintes et maintes fois de prouver que l’amour homosexuel est merveilleux et positif qu’ils en construisent un portrait idyllique dans leurs créations. Tout le contraire ! C’est sous les traits du diable qu’est décrit par le héros homosexuel – et parfois par les personnes homosexuelles athées elles-mêmes, c’est ça le comble ! – l’amant tant désiré. Cet être-sans-nom, appelé mystérieusement « L’Autre », au regard pénétrant et troublant, peut s’incarner partiellement en un jeune adulte innocent, magnifique, muet, qui fait signer à la personne qu’il subjugue un contrat à l’encre sympathique, lui imposant ainsi une perverse loi du silence. Il est possible que le mythique héros faustique homosexuel, qui vend son âme à ce perfide « amant double » félin sous la pression de ses vils instincts, en perde sa langue… puisqu’il donne, littéralement, sa langue au chat. La métaphore du diable est une manière, pour de nombreuses personnes homosexuelles, de dire tout bas l’ambiguïté de l’amour (des amours) qu’elles sont en train de vivre : il a le goût et la forme de l’Amour vrai, mais il n’en est pas un exactement. Et c’est cette confusion qui ressemble à une lente descente aux enfers dans le couple homosexuel.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Première fois », « Coït homosexuel = viol », « Se prendre pour Dieu », « Vampirisme », « Violeur homosexuel », « Liaisons dangereuses », « Homme invisible », « Regard féminin », « Désir désordonné », « Chat », « Oubli et amnésie », « Homosexuel homophobe », « Se prendre pour le diable », à la partie « le diable au corps » du code « Ennemi de la Nature », à la partie « Fixette sur un amant perdu et déifié » du code « Clonage », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 
 

FICTION

 
 

a) L’amant homosexuel prend les traits du diable :

Film "Hellbent" de Paul Etheredge-Ouzts

Film « Hellbent » de Paul Etheredge-Ouzts


 

On peut voir dans les œuvres artistiques suivantes que le personnage homosexuel a le diable pour amant : cf. le roman Le Diable en personne (2001) de Robert Lalonde, le film « Chloe » (2009) d’Atom Egoyan (avec la belle call-girl lesbienne intrusive), la nouvelle Ernesto (1953) d’Umberto Saba, le film « Armaguedon » (1976) d’Alain Jessua, le film « The Devil’s Playground » (1976) de Fred Schepisi, le film « Diaboliquement vôtre » (1967) de Julien Duvivier, le tableau Ange au couteau de Michael Sebah, le film « Hellbent » (2005) de Paul Etheredge-Ouzts, le film « Nowhere » (1997) de Gregg Araki, le roman L’Ange en décomposition (1970) de Yukio Mishima, le roman Méphisto (1936) de Thomas Mann, le roman Y De Repente, Un Ángel (2005) de Jaime Bayly, le film « Le Messager » (1971) de Joseph Losey, le film « Adrien et le loup » (1999) de Sylvie Lazzarini, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le film « Les Amants diaboliques » (1943) de Luchino Visconti (avec Gino, l’étranger diabolique), le film « Aniel » (1997) de Francois Roux (avec Aniel, celui par qui le trouble arrive), le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro (avec Gabriel, le nouvel élève débarquant à l’improviste et dont personne ne connaît l’origine), le film « Fraulein Doktor » (1968) d’Alberto Lattuada, le film « Rendez-vous de satan » (1972) d’Anthony Ascott, le film « L’Amant bulgare » (2003) d’Eloy de la Iglesia (avec Kyril, la figure de l’étranger), le film « Intrusion » (2003) d’Artémio Benki (avec Florence, l’étrangère démoniaque), le film « L’Inconnu du Nord-Express » (1951) d’Alfred Hitchcock (avec Bruno, l’intrusif amant), le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini (avec l’étranger qui détruit une famille bourgeoise entière), le roman L’Inattendue (2003) de Karine Reysset, le film « L’Inattendue » (1987) de Patrick Mimouni, le film « Trop (peu) d’amour » (1997) de Jacques Doillon, le film « Dallas Doll » (1993) d’Ann Turner, le film « When The Right Hand Sleeping » (2002) d’Hiroyuki Oki, le film « Nettoyage à sec » (1997) d’Anne Fontaine, le film « En route » (2004) de Jan Krüger (toujours avec la figure de l’étranger diabolique), le film « The Grotesque » (1995) de John-Paul Davidson, le film « Ti Kniver I Hjertet » (1995) de Marius Holst, le roman La Vallée heureuse (1939) d’Anne-Marie Schwarzenbach, le film « Amor Maldito » (1986) d’Adelia Sampaio, le film « A Un Dios Desconocido » (1977) de Jaime Chavarri, le film « Gypo » (2005) de Jan Dunn, la chanson « I Fell In Love With The Devil » dans le film « Wild Side » (2003) de Sébastien Lifshitz, la chanson « La Légende de Rose Latulipe » de Cindy et Ronan dans le comédie musical Cindy (2002) de Luc Plamondon, la chanson « La Beauté du diable » de la Diva dans la comédie musicale La Légende de Jimmy (1992) de Michel Berger, le film « Lucifer Rising » (1974) de Kenneth Anger, le film « Shoot Me Angel » (1995) d’Amal Bedjaoui, le film « Love Is The Devil » (1998) de John Maybury, le film « The Demon Fighter » (1982) de Chu Yin-Ping, les photos Anges et Démons de Jean-Daniel Cadinot, le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve, la chanson « L’adorer » d’Étienne Daho, le film « Le Masque du démon » (1960) de Mario Bava, le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti (avec le jeune Tadzio), le film « Wishing Stairs » (2003) de Yun Jae-yeon, le film « Créatures célestes » (1995) de Peter Jackson, la chanson « Bohemian Rhapsody » du groupe Queen, le roman Cœur de démon (2003) de Claude Neix, le roman Petite cuisine du diable (2004) de Poppy Z. Brite, le film « The Pollen Of Flowers » (1972) d’Ha Kil-jong, le roman Un Ange cornu avec des ailes de tôle (1994) de Michel Tremblay, les romans L’Ange maudit (2000) et L’Innocence du diable (2001) d’Eyet-Chékib Djazari, le roman Un Ange est tombé (2000) de Claude Neix, le film « Amour et mort à Long Island » (1997) de Richard Kwietniowski, les tableaux Les Démons de Manu (1998) et Bouc et mystère (1991) de Michel Giliberti, le roman Quand tu vas chez les femmes (1982) de Christiane Rochefort, le film « Speed Demon » (2003) de David DeCoteau, le dessin animé « South Park, plus long, plus grand et pas coupé » (1998) de Trey Parker (avec le couple gay Saddam Hussein/Satan), le roman La Colline de l’ange (1989) de Reinaldo Arenas, le roman L’Homme de ma mort (2002) de Jonathan Denis, le film « Chambre 666, n’importe quand » (1982) de Wim Wenders, le roman La Sombra Del Humo En El Espejo (1924) d’Augusto d’Halmar (avec la description de Zahir), le film « Rimbaud Verlaine » (1995) d’Agnieszka Holland, le film « Bloody Mallory » (2002) de Julien Magnat, le poème « L’Ange double » de Carson McCullers, la chanson « La Java du diable » de Charles Trénet, le roman L’Étranger de la famille (2001) d’Olivier Lebleu, le roman El Ángel Descuidado (1965) d’Eduardo Mendicutti, le film « Le Serpent » (1972) d’Henri Verneuil, le film « De Duivel Te Slim » (« Plus Malin que le diable ») (1960) d’Edith Kiel, le film « Toto Che Visse Due Volte » (1998) de Daniele Cripi et Franco Maresco, le film « Lucifer-Sensommer : Gul Og Sort » (1990) de Roar Skolmen, le film « L’Ange noir » (1993) de Jean-Claude Brisseau, le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami, le dessin L’Ange à l’envers (1976) d’Endre Rozsda, le tableau Coït subliminal (2003) de Nikolaï Saoulski, les tableaux de Priscilla Cuvelier, la photo Le Diable – Pierre (1997) de Pierre et Gilles, la photo Les Affranchis (2003) de J.-P. David Ponce-Blanc, la photo Ange ou démon… car qui veut faire l’ange fait la Bête de Patrick Sarfati, la photo Regard d’un ange (1986) de Jean-Claude Lagrèze, le film « Le Dénommé » (1988) de Jean-Claude Dague, le film « Le Sang du poète » (1930) de Jean Cocteau (avec l’ange noir), le film « L’Étranger » (1967) de Luchino Visconti, le film « My Brother The Devil » (2012) de Sally El Hosaini, les films « Les Diables » (1971) et « Le Messie sauvage » (1972) de Ken Russell et Derek Jarman, la chanson « Dile A Tu Amiga » de Dalmata (avec le diable charmant le couple de lesbiennes et le chanteur), le film « The Devil Wears Prada » (« Le diable s’habille en Prada », 2005) de David Frankel, le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec Loreleï, l’amante diabolique et accaparante), le film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion (avec Osmond, le mari d’Isabelle), le roman Le Diable à Westease (1947) de Vita Sackville-West, le film « Birthday » (2010) de Jenifer Malmqvist (avec le personnage de Fredrick), la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm (dans l’épisode 3 de la saison 1), le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent (avec Sarah, l’une des héroïnes lesbiennes, la nouvelle élève qui débarque dans la classe de Charlène, et qui va la détruire), le film « Un Beau petit Diable » (« Handsome Devil », 2016) de John Butler, la chanson « Parce que » de Daniel Darc et Bill Pritchard, la chanson « Imprudentes ! » de Georgius, le téléfilm « Un Noël d’Enfer » – « The Christmas Setup » – (2020) de Pat Mills, etc.

 

« ’L’enfer n’existe pas’, dit Jane. ‘Avant, je faisais des cauchemars à propos des Russes, et après, j’ai fait des cauchemars dans lesquels Greta Mann m’attirait à une fête avec le diable. Parfois, les rêves se mélangeaient et les Russes étaient là avec Greta, en train de m’attendre. » (Frau Becker et Jane l’héroïne lesbienne, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 215) ; « Un Russe, messager de l’Enfer. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; « J’ai passé deux enfers à vous aimer ! » (Anthony, le héros homosexuel s’adressant à son amant Scrotes, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « On parle du loup, on en voit la queue. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; etc.

 

B.D. "Fallen Angels" de Cuho et Cantero

B.D. « Fallen Angels » de Cuho et Cantero


 

Dans certains films, il arrive que des personnages disent à leur amant homosexuel qu’ils voient en lui une créature qu’ils n’arrivent pas à identifier, autrement dit l’androgyne : « C’est quelque chose en toi qui me dégoûte. Je ne pense pas que ce soit directement lié au physique » entendons-nous dans le film « La Confusion des genres » (2000) d’Ilan Duran Cohen. « Vous êtes une fille étrange. Tombée du ciel. » (Carol, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Thérèse, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; « Mon ange. Tombé du ciel. » (idem) Dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, Denis, l’un des héros homosexuel, parle « du démon qu’il s’est choisi ». Parfois, la menace satanique vient directement d’un personnage homosexuel qui au départ s’adresse à son amant sur le ton de la blague, mais qui finit par s’exécuter sérieusement à la fin, comme Mona dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky. Le diable cinématographique est invisible, et pourtant, certains personnages lui parlent. « Suppôt de Satan ! Étron de Belzébuth ! » (le Père 2 s’adressant à son futur gendre, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) Par exemple, dans le film « Espacio 2 » (2001) de Lino Escalera, Roberto, pendant qu’il se masturbe tout seul dans son salon, s’adresse à quelqu’un que nous ne voyons pas à l’image mais qui le malmène (« Va te faire foutre connard ! Fils de pute ! »). Dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell, Michel dit à la femme qu’il aime, la très bisexuelle Mélodie, qu’elle est « diabolique », ce à quoi elle lui répond : « J’ai aucune envie d’être diabolique. C’est la vie qui est diabolique. ». Quelques voix narratives laissent entendre qu’elles ont fini par se prendre pour des êtres ayant vendu leur âme à l’antéchrist, et devenant, par contamination, le diable en personne. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Dick reconnaît chez Tom, l’homme amoureux de lui, le diable : « C’est démoniaque. Tu fais toujours ça avec ton cou. » Il finit par lui donner des idées puisque cette présomption se révèlera concrète : Tom va effectivement le tuer.

 
 

Hubert – « De toute façon vous m’aviez déshonoré bien avant d’avoir déshonoré ma famille. Quant à ma sœur Adeline, ne vous en formalisez pas, je l’avais déshonorée bien avant vous.

Cyrille – Vous êtes diabolique, Hubert. »

(Copi, Une Visite inopportune, 1988)

 
 

Dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, Pretorius tombe amoureux de Dracula (nom qui signifie « diable »). Dans le one-man-show Parigot-Brucellois (2009) de Stéphane Cuvelier, « Big Demon » est le nom du prostitué transsexuel travaillant au Bois de Boulogne. Dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut, Lucifer est l’amant homo SM de l’archange Raphaël, défini comme « une pédale », et super efféminé. Dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, dont j’ai fait référence un peu plus haut, Mona s’adresse à son amante Tamsin en des termes explicites : « Je suis le diable et je suis venu pour te tuer. » À la fin du film, elle cherchera d’ailleurs à la noyer. Dans le film « OSS 117 : Rio ne répond plus » (2009) de Michel Hazanavicius, l’amant homosexuel apparaît comme le tentateur du personnage joué par Jean Dujardin, avec sa pomme d’amour qu’il déguste langoureusement (c’est d’ailleurs pour cette raison que l’espion lui répondra : « Serpent, je ne mange pas de ce pain-là. ») Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros homosexuel, est attaqué dans son lycée, en début de film, par deux camarades déguisés en diable. Dans le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb, Texor est l’étranger diabolique qui s’introduit dans la vie de Jérôme. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, et son amour de jeunesse, Kevin, se retrouvent à l’âge adulte à cause d’une chanson qui a réactivé leurs souvenirs et leur « amour, et qui commence ainsi : « Salut l’Inconnu ». Dans le film « Social Butterfly » (2012) de Lauren Wolkstein, une Américaine de 30 ans fait irruption dans une soirée d’adolescents sur la Côte d’Azur et aucun d’entre eux ne comprend les raisons de sa troublante présence. Dans la pièce Lettre d’amour à Staline (2011) de Juan Mayorga, Staline est le tentateur homosexuel pénétrant dans le couple Boulgakov/Boulgakova. Dans le film « Tenue de soirée » (1987) de Bertrand Blier, Bob, un cambrioleur, débarque dans la vie d’un couple ordinaire, Antoine et Monique, pour initier Antoine à l’homosexualité, et créer le désordre. Dans la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (vers 1650, adaptée en 2008) de Savinien de Cyrano de Bergerac, le héros est visité par « le démon de Socrate », autrement dit l’amour platonicien grec. Dans la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, l’amant androgynique, mi-homme mi-femme, de par sa dualité, est décrit comme diabolique. Dans la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner, Joe, en évoquant les illustrations d’une Bible pour enfants de sa jeunesse, dit qu’il s’est depuis toujours identifié au Jacob en lutte contre un séduisant ange blond. Dans la pièce Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien, la relation homosexuelle est décrite comme un « enfer », et l’amant prend la forme d’un « démon ». Le héros du ballet Alas (2008) de Nacho Duato voudrait « pouvoir être capable de s’enthousiasmer avec le diable ». Dans la pièce Hétéropause (2007) d’Hervé Caffin et de Maria Ducceschi, Hervé appelle son copain Alex « la Créature ». L’androgyne diabolique, c’est l’être invisible qui parle à l’intérieur du personnage du roman Les Mauvaises Pensées (2005) de Nina Bouraoui (« Je porte quelqu’un à l’intérieur de ma tête », p. 9) ou bien l’« implacable maître » intérieur évoqué par Truman Capote dans sa préface de Musique pour caméléons (1979). Dans les chansons de Mylène Farmer, il est fréquemment question de la rencontre avec l’ange diabolique : « Il est entré dans mon lit sans un bruit, sans même troublé la nuit… L’Ange m’a fait croire au bonheur. » (cf. la chanson « L’Annonciation ») ; « L’Inconnu a meurtri plus d’un cœur. » (cf. la chanson « L’Innamoramento ») ; « Ange, parle-moi. De voir qu’en lui, ils étaient deux. Je sais ce que mentir veut dire pour moi. […] Don’t let me die, l’Ange, don’t let me die, l’Archange. Tu sais Dieu a rompu son pacte avec cet étranger. » (cf. la chanson « Ange, parle-moi ») Dans la pièce Angels in America (2008) de Tony Kushner, Prior prend son amant Louis pour un fantôme. Dans le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, l’amant homosexuel, ce « cher fantôme » (p. 7), est comparé à un « hôte inquiétant » (p. 85), à « une inquiète déchirure » (p. 28) à « un homme au double aspect » (p. 34) : « Sa voix chaude et compatissante ouvrait en moi quelque chose comme une blessure. » (p. 108) Dans la chanson « Paradize » du groupe Indochine, l’amant diabolique est le double narcissique : « Toi, tu viens par ici. Je dis toi regarde moi Toi. Si tu me vis Oui. Toi, suis-moi au paradis – so far a wheel – s’éclaircir pour la dernière fois à s’introduire juste au dessus de moi et tu verras ce qu’il nous reste à faire/on revient de loin. » Voltaire, dans L’Anti-Giton (1714), parle de l’amant homo comme un imposteur amoureux : « Ce pauvre dieu courut de ville en ville […] quittait les cieux pour éprouver les hommes. […] D’un beau marquis il a pris le visage. […] Trente mignons le suivent en riant. […] Ce faux amour, […] cet enfant jaloux, il vole parmi nous. » Dans le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot, Saint Loup voit son amant-ennemi dans son propre lit. Dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, Greg, le héros homosexuel, taquine le couple lesbien Jézabel/Erika en les qualifiant de « deux diablesses ». Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Olivier essaie de dissuader le jeune Mathan de croire en l’amour homo, car ses onze années de couple avec Jacques ont été visiblement éprouvantes : « J’espère que ça ne te fait pas rêver. C’est l’enfer. » Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony, l’homosexuel âgé, essaie de jeter le jeune Jim dans les bras du jeune Doyler : « C’est un ami qui va venir. Pas un étranger. Quand on aime quelqu’un, il n’y a rien à faire. » Dans le film « Thelma » (2017) de Joachim Trier, la belle Anja va attirer dans ses filets la jeune et timide Thelma. Leur liaison donne lieu à des phénomènes physiques (crises d’épilepsie d’une grande violence pour Thelma) mais également surnaturelles, de nature démoniaque. Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Adam, le héros homosexuel, se targue de regarder des films satanistes sur Porn Hub où par exemple « un démon en images de synthèse baise un cheval. » (c.f. épisode 1 de la saison 1). Dans l’épisode 3 de la saison 1, l’Inquisiteur extraterrestre de la B.D. de Lily fait son coming out : « ‘Je suis gay !’ dit l’Inquisiteur. » Dans l’épisode 4 de la saison 1, Tanya et son amante Ruthie regardent un docu sur les requins (à défaut de pouvoir faire l’amour), et Tanya regarde Ruthie en souriant de toutes ses dents, d’un air diabolique et concupiscent. Dans le téléfilm Under the Christmas Tree (Noël, toi et moi, 2021) de Lisa Rose Snow, les deux amantes lesbiennes Charlotte et Alma se rendent à une fête de Noël démoniaque où l’une est déguisée en démon et l’autre en ange.

 

Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Franz, le jeune héros homosexuel, garde un mauvais souvenir de son premier baiser homo qu’un certain Joachim lui aurait arraché dans un foyer de garçons : « Je me suis senti très mal. » Plus tard, il suit dans la rue un homme de quinze ans de plus que lui, Léopold, qui l’entraîne chez lui. Avant de passer à la casserole, Léopold propose à Franz de jouer aux petits chevaux… et il s’amuse, quand il lance les dés, de tomber trois fois de suite sur un « 6 » (je rappelle que 666 est le chiffre attribué au diable). Ensuite, Franz lui raconte le cauchemar qu’il a fait à propose de son beau-père, qu’il a pourtant désiré sexuellement : « Puis il est venu dans mon lit. J’avais l’impression de devenir de plus en plus petit. Comme une fille. Puis il est rentré en moi. » Excité par son histoire, Léopold commande à Franz de revivre son humiliation fantasmatique : « Déshabille-toi et j’arriverai. Comme l’homme du rêve. » L’un comme l’autre s’utilisent et se piègent : « Vous m’avez pris de court. » (Franz à Léopold) ; « Je me suis bien fait avoir. » (Franz après avoir couché avec Léopold) ; « Vous m’avez bien eu. » (Léopold à Franz) ; « C’est drôle, je n’ai pas l’habitude d’être dans la peau d’une marionnette. » (Franz)

 

 

Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Oliver, l’Américain, est l’étranger qui débarque dans la famille Perlman. Ce Don Juan va y séduire tout le monde, et en particulier le père (Sammy), et bien sûr le jeune fils de 17 ans Elio, avec qui il va avoir une liaison. Une fois qu’Oliver initie Elio à l’homosexualité, il essaie de le convaincre de déculpabiliser (« On n’a rien fait de honteux. » ; « Fais pas l’enfant. Rendez-vous à minuit. »)… même si Elio en pleure. Il l’embobine, lui fait croire à l’amour le temps d’un été, et après, disparaît pour toujours de la vie du jeune adolescent de 17 ans, afin de se marier. C’est pourquoi Elio le qualifie à deux reprises de « traître ». Le personnage d’Oliver incarne la beauté satanique insaisissable, inconstante : il se passionne d’ailleurs pour les « entités » occultes chez les Grecs. À un moment nocturne, Oliver est submergé par des images en négatif, de couleur rouge, de son jeune amant Elio, comme une vision psychédélique et satanique se superposant au réel. Oliver provoque à diverses reprises la chute d’Elio, ou bien lui-même chute (à vélo, dans le plan d’eau, etc.). À la fin du film, Elio sera transformé lui-même en diable : dans les dernières images, on voit en gros plan son visage éclairé par le feu de cheminée rougeâtre, qui passe des larmes au défi démoniaque.
 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Lola trompe sa copine Vera d’un commun accord avec Nina. Un trio diabolique s’organise autour des calculs machiavéliques de Vera : « Lola a une espèce de fascination pour vous. » (Nina s’adressant à Vera) ; « À cet instant, j’avais décidé que tu serais à moi. » (Vera s’adressant à Lola à propos de leur première rencontre) ; « Lola, tu sais que j’ai toujours eu ce que je voulais. » (idem) ; « En général, elle se plie à ma volonté. » (Vera parlant de Lola à Nina) ; etc. Lola se rend compte de l’identité satanique de sa compagne : « Cette femme est diabolique. Elle a trouvé le moyen de me déculpabiliser. » ; « La femme avec qui je m’épanouis sexuellement est une conne ; et la femme avec qui je vis est une lumière. » Mais elle consent à son aliénation : « D’une manière générale, je suis à ta disposition. J’éprouve une réelle volupté à laisser diriger ma vie par toi. » (Lola s’adressant à Vera) Quant à Nina, elle finit par ne plus supporter l’emprise de Vera sur Lola : « Si je comprends bien, ma relation avec Lola est sous ton contrôle ? » (Nina s’adressant à Vera) ; « Je me demande si tu ne manœuvres pas dans l’ombre pour manipuler Lola. » (idem) ; « Ta dépendance et ta soumission avec cette fille me gêne profondément. » (Nina s’adressant à son amante Lola, idem)
 

Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, se fait sodomiser par Palomino : « Ça fait mal. Ça pique ! Je vais vomir. Je saigne ! ». Ce dernier le rassure un peu : « Une vierge est censée saigner. » Avec une jouissance malsaine, il lui parle de la syphilis, maladie transmise aux Russes, et qui se serait appelée « le mal mexicain ». Palomino semble se venger de la domination coloniale des Occidentaux sur les Orientaux en inversant, par la sodomie, la domination, comme s’il rééquilibrait le sens de l’Histoire : « Tu es l’Ancien Monde. Je suis le Nouveau Monde. Je veux jouir de ton cul russe et virginal. »
 

Le diable ressemble parfois au phallus ou au désir qui endurcit le sexe génital pour les personnes de même sexe : « Satanas, sors de mon slip ! » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012)

 

DIABLE Tadzio

Tadzio dans le film « Mort à Venise » de Luchino Visconti


 

Dans le roman Le Moine (1796) de Matthew Lewis, le diable prend la forme d’un jeune homme d’à peine 18 ans, au visage et au corps parfait, complètement nu, avec une étoile scintillante sur son front, des ailes rouges, des boucles de cheveux soyeuses attachées par un ruban de feu multicolore qui brûle autour de sa tête. La grâce angélique de cet éphèbe est seulement trahie par la férocité de son regard et son aspect mélancolique. On retrouve cette beauté du diable dans les romans de Philippe Besson, et notamment dans Un Garçon d’Italie (2003), avec la description de Leo : « On s’y laisse forcément prendre, à cet air angélique, à ces manières de Christ, à cette négligence dans la posture, à ces yeux qui fouillent au-dedans de nous alors qu’ils paraissent à peine nous regarder. Oui, on a envie de le prendre entre nos mains, ce visage d’enfant de chœur à qui on ne donnerait pourtant aucun bon Dieu sans confession, à ce sourire qui creuse des fossettes et qui ramène à l’adolescence, à ce que nous avons perdu. » (p. 98) ; « Les yeux fardés jusqu’au mépris. » (Luca, le narrateur homo du spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; etc.

 

Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Paulo se demande par rapport à Pierrot s’il n’est pas homo : « Il est pas de la jaquette ? » Gilbert, intrigué, lui demande : « À quoi tu vois ça ? » Paulo lui rétorque : « Il regarde. »
 

Le diable est véritablement diabolique de ressembler dans un premier temps à Dieu : cf. le poème « Howl » (1956) d’Allen Ginsberg (avec l’ange blond qui perce avec son épée), la pièce Un Ángel Para La Señora Lisca (Un Ange pour Madame Lisca, 1953) de Copi, etc. Par exemple, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, la belle Sarah, tout de rouge vêtue, maltraite son amante Charlène, révèle les secrets de celle-ci aux autres, la harcèle au téléphone, la manipule. Elle la menace même de mort si jamais Charlène avoue sa véritable origine sociale : « Si t’en parles, je te tue. » Dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), Merteuil se dit attirée par le « derrière virginal » de Cécile Volanges, « cette vierge que le diable a recrutée contre elle ». Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, Audrey, le bel agresseur homophobe, drague Anton, le héros homosexuel, avant de l’attirer dans un get-apens. Dans le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, Marc est le jeune et beau séducteur diabolique qui matte Sieger pour le déstabiliser. Dans l’épisode 268 de la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1 le 13 août 2018, lorsque Bart demande à Hugo son amant « Tu viens d’où ? », ce dernier lui montre le ciel (« De là. »), ce à quoi Bart plaisante : « T’es du genre un ange tombé du ciel, quoi… »

 

« À la première seconde, je savais que j’allais l’aimer, que j’allais souffrir. J’ai voulu faire durer cette imposture le plus longtemps possible. La douleur est éblouissante, très pure. » (Stéphane parlant de son ex-amant, le jeune et beau Vincent, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Suivre les yeux fermés notre hôte de charme. » (cf. la chanson « Les Chiens perdus » du Beau Claude) ; « Chaque dimanche tu apportais ta mousse au chocolat. Tout le monde disait ‘Il est humain’, blablabla. […] Tu attendais qu’au ciel les guirlandes d’étoiles guident tes pas pressés, rôdeur dominical, t’attirent hors de chez toi. » (cf. la chanson « Tu étais si gentil » du Beau Claude) ; « Ce petit, c’est ma damnation. » (Jacques, l’écrivain homo quinquagénaire ayant couché avec le jeune Mathan de 18 ans, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; « J’voulais dire. T’es comme un ange. Un ange qui passe… » (Ryan dans la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays) ; « Le Dieu des Hommes […] s’éleva de 7 mètres au-dessus de nous, allant se placer haut à l’intérieur de l’aiguille de la Sainte-Chapelle dont les vitraux à mille et une couleurs produisaient sur lui (un barbu blanc aussi poilu qu’un ours polaire) un effet de kaléidoscope très agréable. » (Gouri, le narrateur bisexuel du roman La Cité des Rats (1979), p. 85) ; « Malcolm se leva et fit signe à Adrien de le suivre. Il le conduisit dans une petite pièce adjacente. Il alluma la lumière et tendit le bras : ‘Regarde, c’est beau non ? Tu vois, ça c’est celui je préfère ! Adrien s’approcha. Un enfant dont le visage n’était pas vraiment celui d’un enfant, plutôt celui d’une créature sortie d’un monde fantastique, mi-homme mi-volatile, chevauchait une bicyclette aux roues enflammées. La chevelure abondante, prise au vent, ressemblait à un plumage d’oiseau. Le plumage d’oiseau qui vole à contresens. Le rouge et l’orange dominaient. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 30) ; « J’ai regretté quelquefois de l’avoir écouté. J’ai même pensé qu’il avait pu être l’instrument du diable. Je sais maintenant qu’il a été comme un ange, un messager. Un ange que j’aurais, peut-être, dû laisser passer, avec qui je n’aurais pas dû combattre et dont je n’aurais gardé que le souvenir du passage… Oui, j’aurais peut-être dû le laisser filer, l’enfant-oiseau à la bicyclette enflammée ! » (Adrien à propos de Malcolm, idem, p. 49) ; « Plus beau que jamais, il ressemblait à un ange… à mon ange. » (Ednar, le héros homosexuel du roman autobiographie Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste) ; « [Jonathan Brockett, le personnage homo] Brockett était intelligent, il était d’une intelligence diabolique. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 307). « C’est pourquoi Brockett écrivait de si belles pièces, des pièces si cruelles ; il alimentait son génie de chair vive et de sang ! Génie carnivore ! » (idem, p. 308) ; « un homme absolument vicieux et cynique, un homme dangereux aussi parce qu’il était brillant » (idem, p. 351) ; « Derrière la porte, souriait de toutes sa nacre un garçon enjôleur que n’importe qui d’un peu novice aurait immanquablement trouvé joli. Laurent resta pétrifié sur le seuil de la porte. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Cœur de Pierre » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 47) ; « Un ange éploré était accroupi à la base d’une grande croix, les bras levés vers le ciel dans une posture suppliante. Ses ailes étaient aussi longues que son corps, son visage beau et torturé, évoquant un Jésus féminin. Le sculpteur avait fait du bon travail ; une impression de lumière se dégageait des plis de pierre de sa robe, laquelle épousait ses formes athlétiques mais manifestement féminines. Jane s’aperçut que son regard s’attardait sur les fesses de l’ange. Elle rit et murmura : ‘ Du porno de cimetière. ’. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 46) ; etc.

 

Par exemple, dans son roman La Dame à la Louve (1904), Renée Vivien évoque la séduction mortifère de l’amante lesbienne : « C’était un être bizarre. Lorsque je m’approchai d’elle pour la première fois, une grande bête dormait dans les plis traînants de sa jupe. » (p. 19) Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny n’arrête pas de s’entendre dire de son amant Romeo qu’il est « étrange ». C’est bien par le biais de la beauté que le diable se rend acceptable : « Elle est canon, toi tu lui donnais le bon Dieu sans confession. » (cf. la chanson « JBG » d’Alizée) On retrouve cette fausse innocence du diable dans la chanson de Dalida plébiscitée par la communauté gay, « Il venait d’avoir 18 ans » : « Il m’a dit ‘c’était pas si mal’ avec la candeur infernale de sa jeunesse. » Dans le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto, Pietrino considère son amant Fefe (qui va le détruire) comme « un ange merveilleux ». Dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, Claude tombe sous le charme d’un adolescent candide et diabolique. Dans sa chanson « Vie de couple avec un chien », Jann Halexander parle d’un mystérieux inconnu à l’air ingénu. Dans son roman En l’absence des hommes (2001), Vincent a tout de Lucifer, le roi de la lumière (il s’appelle d’ailleurs « Vincent de L’Étoile ») : il est jeune, blond, et il tente Proust (« Je vous écoute dire cela : vous êtes un ange, parler de mon angélisme. », p. 54). Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Rudolf décrit Pierre, son amant qui vient de le larguer, à un ange de lumière à qui il s’adresse encore nostalgiquement comme un ange solaire : « Et toi, t’étais assis dans ce rayon toute la journée. Je me souviendrai longtemps de ce rayon. » Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, le héros gay Jason est l’archétype du diable magnifique qui conduit à la mort : « Jason venait de faire son apparition. Il se tenait debout sur le rocher au-dessus d’eux, les mains sur les hanches, la jambe gauche s’avançant légèrement dans le vide. Il était doré comme un croissant. Ses boucles blondes flottaient dans la brise légère. Corinne, assise à ses pieds, l’observait, incrédule. Avec son maillot de bain qui représentait des têtes de mort sur fond noir, il ressemblait vraiment à un messager des dieux de l’enfer. ‘Encore une beauté d’archange’, songeait Corinne. » (p. 83) Plus loin, le roman se poursuit avec la description du couple Jason/Mourad, où Mourad, tué symboliquement/oniriquement par son amant, prend le masque satanique à son tour : « Jason avait d’abord rêvé de Mourad, debout dans un paysage enneigé. De ses lèvres coulaient avec abondance un sang très rouge, et de ses yeux des larmes se mêlaient au ruisseau rubis. Jason voulait s’approcher de Mourad pour le consoler, mais ce dernier éclatait soudain d’un rire moqueur, puis disparaissait en quelques instants, fondant avec la neige. » (p. 279) Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan dit à son amant Kévin : « Tu es beau, calme, irrésistible, mais pas de doute : envahissant. » (p. 210) Il le décrit comme un ange torturant (p. 144) : « Comment fais-tu ? T’es trop beau. T’es infernal. » (p. 317) ; « Je t’ai vu descendre du ciel, un matin d’hiver. Je t’ai vu seul, sombre et silencieux. » (p. 453) Dans son roman Par d’autres chemins (2009), Hugues Pouyé décrit toute l’ambiguïté du bel amant homosexuel Malcolm, qui subjugue le héros Adrien, et qui lui semble pourtant diabolique : « J’ai regretté quelquefois de l’avoir écouté. J’ai même pensé qu’il avait pu être l’instrument du diable. Je sais maintenant qu’il a été comme un ange, un messager. Un ange que j’aurais, peut-être, dû laisser passer, avec qui je n’aurais pas dû combattre et dont je n’aurais gardé que le souvenir du passage… Oui, j’aurais peut-être dû le laisser filer […] ! » (p. 49) Dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, Garbo est précisément la figure du tentateur. Il détourne d’ailleurs un prêtre qui « ne voit pas sous le masque de l’adolescent timide les deux ronds de perversité qui enluminent la gueule d’ange. » (p. 133) Dans son roman Génitrix (1928), le héros de François Mauriac narre le chantage sentimental cruel de l’ange adolescent : « Il fredonnait : ‘Non, tu ne sauras jamais – ô toi qu’aujourd’hui j’implore – si je t’aime ou si je te hais… » (p. 25) Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Ian, le bel homme, est décrit par le couple homo Ben/George qu’il a aidé à trouver un nouveau logement, comme « l’étranger », « l’Ange » bienfaiteur. Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, lorsqu’Yvette tombe sur Paulo, elle s’exclame : « Tiens ? Qui va là ! La Tentation en personne ! »

 

Étant donné que le diable est un ange, il est normal qu’il n’ait pas de sexe, ou qu’il offre le visage de l’androgyne bisexuel, mi-homme mi-femme : « Quel est cet homme-femme ? L’absurde Charnel, ‘plus-que-Charnel’ ? Qui était cet homme que tu as aimé jusqu’aux larmes. […] La Divine est ici. Elle est entrée. Elle sourit. Elle est assise à côté de moi. » (la voix narrative de la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; « Et puis j’ai senti que je n’étais pas seul. Un être se tenait là. […] Puis j’ai entendu sa voix. Grave. Forte. Virile. Et pourtant une voix de femme. Elle m’appelait par mon prénom. Nous avons longuement discuté. Je lui ai promis de garder le silence sur tout ce qu’elle m’apprenait. […] Cela fait longtemps que je discute avec Dieu, il n’y a rien là de surprenant. Seulement c’est la première fois qu’il m’apparaît sous la forme d’une femme. » (Cyril dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, pp. 60-63) ; « J’ai pris l’habitude de ses visites nocturnes. […] Une étreinte ferme et invisible qui se voulait rassurante. » (idem, p. 97) ; « J’irai au bout de la mission qu’il m’a confiée. […] La tentation est toujours plus forte. » (idem, p. 98) ; « Qui peut croire par exemple que des esprits peuvent communiquer avec nous ? Que des démons peuvent entrer dans notre chair ? Moi, j’y crois. » (idem, p. 99) ; « Michael est le charme… désincarné. » (Harold, le héros homosexuel parlant de son colocataire gay, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; etc.

 

Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Benjamin raconte à son psy sa première rencontre homosexuelle avec son amant Arnaud, à qui il a fait volontairement un croche-patte, alors que le tableau est idyllique : « C’était comme au cinéma. C’était au bord de la plage. C’est alors qu’il m’est apparu. Un petit air de Ryan Gosling… avec le corps d’Élie Sémoun. » De son côté, Arnaud donne une autre version des faits au psychanalyste, en partant sur le quiproquo incestueux que le thérapeute lui parlait de sa première cuite : « Ma première fois, c’était avec mon oncle dans sa cave. ». « Je comprends le traumatisme… » interrompt le psy. Arnaud poursuit : « J’avais 12 ans. J’étais consentant. […] C’était un Cabernet d’Anjou. Ma première cuite. » Réalisant qu’il y a eu malentendu, il se reprend : « Je sortais du cinéma. Il faisait 40° C. Ça puait la pisse. Je passe par Paris-Plage. Et là, avec le soleil qui m’aveugle, je me prends Ben en pleine gueule. Mais bon, moi j’ai le mal de mer, alors je lui en veux pas. »
 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Nathan, le futur amant de Jonas, fait irruption en retard dans l’amphi le jour de la rentrée des classes au collège, en gênant la prof qui parle et en dirigeant un clin d’œil à Jonas qui le met dans l’embarras. Il s’assoit en cours à côté de ce dernier, en jartant Caroline qui pourtant était là avant lui. Le papa de Jonas met en garde son fils contre Nathan : « Fais gaffe, Jonas. ». Mais ce dernier ne suivra pas son conseil et sort avec Nathan. Quand Nathan fait croire à Jonas qu’il a été abusé par un prêtre à l’école primaire, non seulement il lui ment mais il le menace de l’égorger si jamais il trahit son « secret » (on découvrira que la balafre que Nathan porte sur sa joue ne vient pas d’un coup de calice donné par le prêtre, mais d’un lynchage collectif qu’il a subi aux autos tamponneuses à l’âge de 9 ans dans un parc d’attractions appelé Magic World). Nathan dévergonde le petit garçon sage qu’est Jonas… ce qui le transformera en homme drogué et instable à l’âge adulte. Il se moque de lui parce qu’il n’a pas d’amis au collège : « Pourquoi t’as pas d’amis ? », et le force à avouer qu’il était amoureux de son unique ancien ami, Nicolas, qu’il a perdu. De plus, pour embrasser Jonas, il le fait fumer dans la salle de sport du collège (ce qui deviendra une dépendance pour Jonas à l’âge adulte). Pour se venger d’un camarade de classe homophobe qui lui taxe toujours des clopes, Nathan empoisonne celles-ci afin de le rendre malade… et ça marche. De plus, Nathan ment à Jonas, l’humilie, le manipule, au point que ce dernier a peur et le croit fou : « T’es dingue. ». À l’âge adulte, Jonas finit, par contamination, par devenir aussi mauvais que son amant d’adolescence qu’il n’a plus jamais revu. Pourtant très sage et introverti à l’adolescence, il est devenu un vrai junkie : il est amené au poste de police pour avoir déclenché une baston dans un club gay, The Boys. Il pénètre dans un hôtel de luxe, L’Arthémis, et le standardiste, Léonard, le prend pour un faux doux, un criminel armé, et préfère lui fouiller son sac : « Je sais pas. Je vérifie que t’aies pas d’arme, de couteau. J’en sais rien. Si je reviens et que tout le monde est mort, et que t’as buté tout le monde, on fait comment ? » Jonas enfreint toutes les règles et fume dans sa chambre d’hôtel. Les deux amants, Nathan et Jonas, sont finalement devenus des bad boys au contact l’un de l’autre. Des petits diables.
 

Dans la pièce Sallinger (1977) de Bernard-Marie Koltès, le Rouquin apporte une vérité satanique, c’est-à-dire une vérité fondée non plus sur la Vérité en elle-même (en tant que priorité victorieuse sur le mal) mais sur la dénonciation des petits défauts et des faux-semblants des autres. Par purisme perfectionniste de la Vérité, il en arrive paradoxalement à détruire ce qui est juste. Son regard sur les êtres humains est dénué d’émerveillement et d’espérance. Sa « vérité » n’est pas aimante. Elle est pure opposition au Bien, jugé naïf et trop soumis. Il s’agit d’une vérité cynique qui consiste simplement à mettre son essentiel à prouver le mensonge. C’est en quelque sorte une « vérité par défaut ». L’inconnu du film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, lui aussi, est présenté comme ce messager de la Mauvaise Nouvelle : il se contente de révéler aux autres leur bonheur illusoire, et la vanité de leur existence.

 

DIABLE Main marionnette

 

L’amant homosexuel diabolique est parfois un marionnettiste qui donne l’impression au manipulé d’être marionnettiste de son marionnettiste : « Il me traitait à la fois comme sa marionnette et son propre marionnettiste. » (Fermín dans la nouvelle « Primavera » de Claudia Schvartz, incluse dans le recueil Historia De Un Deseo (2000) de Leopoldo Brizuela, p. 278) ; « Petra et elle s’étaient écartées l’une de l’autre et se tenaient à présent face à face sur le canapé, comme si elles s’apprêtaient à entamer un match de boxe ou un jeu de ficelle. » (Jane, l’héroïne lesbienne en couple avec Petra, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 54) ; « Je me demande s’il n’y a pas quelqu’un qui prend possession de moi. » (Delphine en parlant de son amante Elle, dans le film « D’après une histoire vraie » (2017) de Roman Polanski) ; « J’ai l’impression que tu t’es infiltré dans mon esprit. Je suis habité, envahi, possédé, obsédé par toi. » (William s’adressant à son amant Georges, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; « Nous sommes des dieux, Scrotes, et ces deux jeunes hommes sont nos jouets. » (Anthony s’adressant à son amant, par rapport au jeune couple homo naissant Jim/Doyler, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « Il me tire à lui, je te dis, et je ne peux pas rompre l’emprise qu’il a sur moi. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, parlant du jeune David qui l’attire, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 175) ; « Sur l’oreiller du mal, c’est Satan Trismégiste, qui berce longuement notre esprit enchanté. Et le triste métal de notre volonté est tout vaporisé par ce savant chimiste. C’est le diable qui tient les fils qui nous remuent. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; etc. La même chose se produit dans la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac (précédemment citée), dans le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, dans la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, dans le ballet Alas (2008) de Nacho Duato, dans le spectacle Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou, etc. Dans le film « Une Histoire sans importance » (1980) de Jacques Duron, Philippe se sent manipuler et incompris par Claude : « Tu aimes en moi ce que je n’aime pas. » Dans le film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion, un jeu de séduction malsain s’établit entre la jeune Isabelle et la vénéneuse Serena Merle qui téléguide la vie de la première à sa place. Quand Isabelle s’en rend compte, parce qu’en réalité elle a gâché sa vie en se mariant à un homme (Osmond) vers lequel Serena l’a poussée, elle se tourne vers Serena en l’identifiant comme un démon manipulateur : « Mais qui êtes-vous ? Qu’avez-vous à voir avec moi ? » ; Serena lui répond : « Tout ». Plus tard, Serena avouera à Osmond, le mari d’Isabelle : « J’étais la proie du mal. » Dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, Cécile a passé son temps à décrire sa copine Chloé comme un pantin. Et, surprise, à la fin de l’histoire, c’est elle qui se fige en objet : « Je suis pétrifiée, à mon tour je suis devenue statue. » (p. 157) La poupée et le diable fusionnent souvent ensemble : « Jean-Jacques n’était pas un chef. Il n’était qu’un pantin dans tes mains perverties. » (Jean-Paul s’adressant à Jean-Marc, le héros homo infiltré, en lui parlant de son amant, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Khalid était à moi. Il s’enfonçait dans ma bouche. Je continuais de voyager dans la sienne. Des voies. Des ruelles. De l’obscurité. Des lumières, rares. J’étais devenu un sorcier : le fils de Bouhaydoura. » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 141) ; etc. Le héros devient cet amant diabolique par atavisme. « S’il se souvient de moi et qu’il se retourne vers moi, pour moi, je le sauverai, je redeviendrai un ange, juste un petit diable, le petit pauvre. » (Omar après avoir tué son amant Khalid, idem, p. 169) À la fin du roman Les Illusions perdues (1837-1843) d’Honoré de Balzac, Lucien comprend qu’il ne contrôle plus son propre destin. Il écrit à propos de Carlos Herrera, son amant homosexuel : « Au lieu de me suicider, j’ai vendu ma vie. Je ne suis plus maître de moi-même. Je ne suis que le secrétaire d’un diplomate espagnol. Je suis sa créature. » (Gregory Woods, Historia De La Literatura Gay (1998), p. 673) Dans le roman Les Faux-Monnayeurs (1947) d’André Gide, le héros n’est pas lâché par le diable : « La famille respectait sa solitude ; le démon pas. » (p. 11) Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, que ce soit le psy (le Dr Apsey) ou le petit copain (Jonathan), ils sont tout deux les petites « voix » (diaboliques) de la conscience de Frank, le héros homosexuel : ils le manipulent à distance, comme s’il était leur marionnette. C’est pour ça que Frank dit de son amant Jonathan qu’« il le force à faire des choses qu’il ne veut pas faire. » Jonathan confirme : « Oui, je te manipule. » Le psy fait de même, et fait dire à Frank ce qu’il veut quand celui-ci pense être tout seul avec son copain Jonathan. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael, le héros homosexuel, force tous ses amis gays, par jeu, à téléphoner à leur premier grand « amour » homo pour leur montrer la vanité de celui-ci. Cela les plonge dans la nostalgie minante de l’arroseur arrosé : « Pourquoi j’ai appelé ? Pourquoi j’ai fait ça ? Je n’aurais pas dû ! » se lamente par exemple Bernard après avoir joint par téléphone son amant disparu, Peter. Quand Bernard dit qu’il a perdu « sa dignité » suite à ce coup de fil raté, Michael affiche un rire sardonique. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adrian, le jeune délinquant homosexuel, a identifié l’homosexualité du père Adam, et joue au chat et à la souris avec lui au point de l’outer. Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, Engel (l’ange blond) est le tentateur de Marc, l’homme marié et futur père : ce dernier lui reproche d’avoir « bousillé sa vie » en lui ayant fait découvrir les plaisirs homosexuels. Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Juna étouffe ses amies (Suki et Kanojo) à distance, pendant un combat de magie qu’elle finit par perdre avec Kanojo qui lui adressera un dernier éloge mortuaire : « Mon amour, mon ange noir, pardonne-moi. »

 

En général, le héros homosexuel est pris de court (ou fait comme si il l’était, en jouant la vierge effarouchée) : « Tout ceci est déroutant. Toi ici ?… » (André par rapport à Laurent, qui revient à lui après l’avoir lâché et rompu une relation de 10 ans, dans le docu-fiction « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; « J’suis hétéro. J’ai dérapé. J’allais pas bien. Il était là. » (Didier en parlant de Bernard ans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Es-tu un frère ? Es-tu un rêve ? À des milliers d’âmes anonymes. » (cf. la chanson « J’ai essayé de vivre » de Mylène Farmer) ; « Je suis vraiment gêné de faire irruption comme ça. » (Alan qui vient menacer le couple Larry/Hank, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; etc.

 

Parfois, le personnage homosexuel se sent habité par une force diabolique qui le rend semblable à elle : cf. le film « Stranger Inside » (2001) de Cheryl Dunye, le vidéo-clip de la chanson « Montero » de Lil Nax. « Elle est rentrée en moi. J’ai cru que j’allais exploser. » (Irène après sa première relation lesbienne, dans la pièce Ma première fois (2012) de Ken Davenport) ; « Le jeudi, j’ai fait quelque chose de mal. […] J’ai senti la culpabilité me brûler le visage tandis que je demandais la chose en question, et dans ma tête une petite voix disait : ‘Celle-là, elle n’est pas pour toi. […] Tu essaies de voler ce que tu ne désires même pas. Parce que tu t’y connais, en désir ? Ça, au moins, c’est notre domaine, pas le tien. Et pourquoi tu parles de voler ? Je l’ai trouvée la première. » (Ronit, l’héroïne lesbienne qui entend une voix maléfique avec qui elle dialogue, au moment où elle prétend voler le cœur d’Esti, la femme mariée, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, pp. 223-224) ; etc.

 

« Face à cette fille sans coquetterie, je me voyais dans la peau d’un diable venu pour la tenter. […] Sachant qu’elle allait partir, avec une énergie et une détermination qui m’étonnèrent moi-même, je me précipitai pour lui prendre un baiser. Elle n’en fut pas surprise et se laissa faire, mais sans participer en rien. Aussi furtif que fût ce baiser, je compris qu’elle n’avait jamais embrassé personne avant moi. J’en ressentis instantanément comme une sorte de tristesse et j’eus le sentiment qu’il émanait d’elle une pureté à jamais inaccessible. » (Alexandra, la narratrice lesbienne cherchant à draguer une jeune religieuse dans un train, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 223-224)

 
 

b) Le regard diabolique est échangé entre les amants homosexuels :

On retrouve le motif du regard diabolique dans différentes œuvres homo-érotiques : le film « L’Œil du diable » (1960) d’Ingmar Bergman, le roman Dans œil de l’ange (1998) d’Andrea H. Japp, la chanson « Les Yeux androgynes » de Jeanne Mas, les chansons « Je te rends ton amour » et « Beyond My Control » de Mylène Farmer, le roman Les Yeux silencieux (2003) de Michel Giliberti, la chanson « Les Yeux d’un ange » de Pascal Sevran, etc. Le regard du viol imposé par l’amant homosexuel diabolique est frénétique, triste, noir, angoissé, mécanique, sans tendresse, cannibale. On le voit particulièrement dans des films tels qu’« Une Vue imprenable » (1993) d’Amal Bedjaoui et « Espacio 2 » (2001) de Lino Escalera ; ou bien dans des chansons comme « Black Eyed » du groupe Placebo, « Les Yeux noirs » du groupe Indochine, et « Sans contrefaçon » de Mylène Farmer (où il est fait référence au regard noir), le film « L’homme blessé » de Patrice Chéreau (avec les regards fiévreux et inquiets dans la gare), le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro (avec Gabriel, l’intrus au visage d’ange, « vu » par son futur amant Léo, le protagoniste aveugle), la chanson « Les beaux yeux des garçons » du Beau Claude, etc.

 

Les yeux du violeur ne sont pas forcément désagréables d’ailleurs : ils peuvent être, comme le décrit Marcel Jouhandeau dans Carnets de Don Juan (1957), « plus graves qu’une nuit d’amour » : « Non, je n’ai jamais été violé et abandonné comme par ce regard en une seconde et en pleine rue, subtil, sagace, sûr de son harpon et sans remords… Cet homme… s’est retourné tout d’un coup et, me dévoilant son visage d’Archange, m’adressa face à face ce message d’une langueur, d’une ferveur et à la fin d’une férocité qui n’avaient plus rien d’humain… » (p. 96)

 

« Tout passe par les yeux. » (cf. une réplique de la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier) ; « Son visage était fin, la peau, foncée sans être noire, était belle mais ce fut surtout la couleur et la forme des yeux qui le frappèrent. Ils étaient noisette, presque verts, légèrement dessinés en amande. Le regard le rassura. » (Adrien parlant de son amant Malcom, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 27) ; « Je découvris la douceur des regards complices de ces androgynes que sont parfois les adolescents. » (le narrateur homosexuel parlant de ses années collège, dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 18-19) ; « Ton regard… tes yeux. […] J’ai besoin de m’y perdre, de m’y noyer. » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 317) ; « Pour tes regards éperdus, ton regard d’amour désespéré, mon sperme s’est répandu. » (Luca dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Il jouit en moi comme il s’en retire, sans un bruit, sans un regard pour moi, sans un mot ou un geste. Je le regarde partir se laver dans la salle de bain dans une odeur de merde chauffée, le cul endolori, la bite encore dure, avec un sentiment violent de frustration. Il revient, s’installe pour dormir, me repousse quand je veux me coller à lui en m’expliquant Ah non, ça m’empêche de dormir, d’avoir quelqu’un collé à moi.’ » (Mike, le narrateur homo parlant à son amant Léo, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 98) ; « C’est l’œil de judas qui cligne, le nouveau péché original. » (le narrateur queer parlant de la sodomie, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « On raconte que quand les ‘Boludos’ vous regardent dans les yeux vous restez figé dans la même position pour l’éternité. On a trouvé sur leur chemin d’innombrables statues en lave représentant des êtres humains et des animaux à l’expression effrayée. » (Copi, « La Déification de Jean-Rémy de la Salle » (1983), p. 58) ; « Tu n’arrives pas à partir. Comme pour un accident. On ne peut regarder ni détourner le regard. » (Michael, le héros homo parlant de l’attraction homosexuelle, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Il a touché mon visage, et ses yeux sont devenus plus sombres. » (Arthur, le personnage homo, parlant d’un de ses premiers amants anonymes, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, les deux héroïnes, Emma et Adèle, ont un drôle de premier contact : c’est l’échange inquiet des regards impérieux sur un passage clouté qui révèlera à Adèle son attrait pour les filles. Dans le film « Petit cœur » (2012) d’Uriel Jaouen Zrehen, le temps d’un regard dans le métro, une fille est troublée par une autre fille. Dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, le narrateur homosexuel identifie ses pairs homosexuels à leurs « regards insistants », à « cette façon languide de se tenir » (p. 28). Quand ils se trouvent à l’opéra, il joue au Grand Seigneur lorgnant de manière méthodique sur ses proies sexuelles (qui instaurent le même jeu de regards que lui !) : « Il y avait des jeunes gens comme moi, amoureux fous de l’opéra, conscients ou non de leur différence, qui scrutaient chaque nouveau visage, beau ou laid, se présentant aux doubles portes d’entrée, à la recherche d’un signe de reconnaissance, d’un regard un tant soit peu insistant, peut-être même d’un sourire. Je tombais moi-même amoureux aux trente secondes, convaincu que tel ou tel spectateur regardait dans ma direction, plantait son regard dans le mien, hésitait à m’aborder. » (idem, p. 43) ; « Je choisissais les plus beaux et vivais une intense aventure de dix secondes avec chacun. » (idem, p. 44) ; etc. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Les regards entre Lukacz et Adam sont le détonateur de l’ambiguïté homo-érotique, et comme par hasard, ils sont échangés au milieu des flammes d’un feu de camp.

 

Le diable homosexuel, en général, ne parle pas. Son unique moyen de communication est le regard (Comme en boîte de nuit gay ou dans le contexte furtif du voyage en métro) : « Déjà ce soir-là Méphisto incognito guettait sa victime en rasant les murs. Dans les vitrines se croisent leurs regards, miroirs qui se font signe, sans parole et sans signature. » (cf. la chanson « Les Trottoirs de Los Angeles » de la comédie musicale La Légende de Jimmy de Michel Berger) ; « Il a changé votre vie. Son regard pénétrant vous hantera jusqu’à la fin de vos jours. » (Thibaut de Saint Pol, N’oubliez pas de vivre (2004), p. 246) ; « Il me dévisagea de ses grands yeux bleus comme le ciel et impitoyables. » (Garnet Montrose décrivant Daventry, dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 43) ; « Il avait un drôle de truc dans l’œil. » (Henry parlant de Michel, le tueur homosexuel homophobe de l’île, dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie) ; « Diego fut fasciné, sans pouvoir détourner le regard de ce demi-dieu qui l’observait et se laisser observer. Ils n’échangèrent pas un mot : l’autre le prit par le bras, le retourna contre le mur et le posséda. ‘Je suis rentré au dortoir ma bougie éteinte, mais éclairé de l’intérieur, et avec le pressentiment d’avoir soudain compris le monde’, dit-il. » (Senel Paz, Fresa Y Chocolate (1991), p. 22) ; etc. Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, le héros homosexuel efféminé, parle de son premier amour, Delbert, un amour impossible, non-réciproque, qui le torture autant qu’il le ravit : « Je l’ai aimé dès que mes yeux se sont posés sur lui. J’étais au collège et lui au lycée. »

 
 

c) Le personnage homosexuel faustique vend son âme au diable en l’échange de l’immortalité :

DIABLE Claudine Candat Diabolo Pacte

 

Beaucoup d’auteurs homos réactivent le mythe de Faust, ce personnage qui a signé un pacte avec le diable pour devenir l’égal de Dieu, c’est-à-dire l’Amour-même : je pense en particulier au ballet Notre Faust (1976) de Maurice Béjart, au film « La Comtesse aux Pieds nus » (1954) de Joseph Mankiewicz, au roman Docteur Faust (1983) de Thomas Mann, au roman Faust (1990) de Fernando Pessoa, au roman Docteur Faustroll (1898) d’Alfred Jarry, à la pièce Dans la solitude des champs de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès (avec l’amant diabolique insistant), à la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, au roman Le Portrait de Dorian Gray (1891) d’Oscar Wilde, au roman Faust (1594) de Christopher Marlowe, au personnage de Fausto dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, au film « Doctor Jekyll And Sister Hyde » (1971) de Roy Ward Baker, au film « Morgane et ses nymphes » (1970) de Bruno Gantillon, au film « Ma Vie est un enfer » (1991) de Josiane Balasko, au roman L’Autre Faust (2001) de Didier Godard, la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, le film « Don Juan et Faust » (1922) de Marcel L’Herbier, le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, etc.

 

« Faust est un emblème, l’expression d’une donnée agissante. » (un des héros de la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo) ; « Ne commence pas à vendre des bouts de toi-même à des gens comme Shane. » (Zach s’adressant au jeune Danny, avec qui il a couché et qui maintenant se laisse entretenir par Shane, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « On lui a volé son âme ! » (Fifi et Mimi s’adressant à Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur  (1986) de Copi) ; « De Gounod, je ne connaissais que l’inévitable Faust pour lequel j’avais eu une passion pendant toute mon adolescence. » (le narrateur homosexuel du roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 27) ; « Dès les premiers mots, j’ai su que ce que nous venions de vivre intensément ensemble, cet échange, cette fusion, cette transformation, ce pacte, cette forêt noire. » (Omar parlant de lui et de son amant Khalid, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 165) ; etc.

 

D’ailleurs, le titre du roman El Lugar Sin Límites (1966) de José Donoso est un clin d’œil au Docteur Faust de Christopher Marlowe où Méphistophélès déclare que l’enfer n’a pas de frontières. Dans la pièce de Lorca La Tragi-comédie de Don Cristóbal et Doña Rosita (1935), Doña Rosita est prise de souhaits faustiques : « Ah… Si je pouvais vendre mon âme au diable… » Dans les œuvres homo-érotiques, le dialogue amoureux homosexuel prend très régulièrement la forme d’un échange commercial diabolique : « As-tu vendu ton âme au diable, Jimmy Dean ? » (cf. la chanson « Les Trottoirs de Los Angeles » dans la comédie musicale La Légende de Jimmy de Michel Berger) ; « J’ai pas eu de jeunesse. Ma jeunesse, je l’ai vendue. » (Jacques Nolot dans son film « La Chatte à deux têtes », 2002) Le héros homo de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier parle de son sentiment d’avoir été leurré par le diable : « Les papous ne s’embrassent jamais, ils ont peur qu’on leur vole leur âme… Moi je me sens papou bizarrement certains matins… » Dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, le Baron homosexuel donne du poison à Elliot, pour mieux le posséder. Dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, Benji s’adresse avec impuissance à son amant Maxence qui lui a fait perdre son innocence et sa virginité : « Mon cœur, tu l’as volé, et sans détour. » Dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, Dorian Gray, par sa beauté et ses yeux captivants, inspire la « terreur » à Lord Henry ainsi qu’à Basile, le peintre qui le portraiture : « J’avais l’impression d’avoir donné mon âme à un être qui met une fleur à sa boutonnière. » (Basile) Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, Négoce est le héros homosexuel entremetteur, un mafieux crapuleux, un chasseur de têtes engagé par des « couples de pères homos » pour arranger des mariages homos entre des jeunes hommes célibataires : « Merci. Vous savez mon fond de commerce… »

 
 

d) Le personnage homosexuel donne sa langue au chat diabolique :

N.B.: Je vous renvoie également aux codes « Douceur-poignard », « Première fois » et à la partie « Tendresse » du code « Drogues » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Il n’est pas rare de voir que l’amant homosexuel est comparé à un chat. C’est le cas dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol : « Où est le chat ? C’est lui la solution. » (p. 107) Entre la voix narrative et ce « félin cajoleur » (idem, p. 204), c’est l’histoire d’une possession : « Vous êtes tout à lui. Il a gagné. » (idem, p. 234). D’ailleurs Quentin, l’amant homosexuel de l’histoire, a un « sourire félin » (idem, p. 247). Dans le film « Giallo Samba » (2003) de Cecilia Pagliarani, Monica la lesbienne discute avec son meilleur ami, Joaquim, qu’elle compare à un « chat ». Dans le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, Mathieu, le héros homosexuel, dit à son chat qu’il « est son p’tit Prince charmant maintenant ». Dans le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, le diable a un chat prénommé « Chacha ».

 

Film "Jennifer's Body" de Karyn Kusama

Film « Jennifer’s Body » de Karyn Kusama


 

Il est absolument fascinant de découvrir le nombre de fois dans les œuvres homosexuelles où l’expression « donner sa langue au chat » est employée, au moment précisément du premier baiser du personnage homosexuel à son amant, qui apparaît avec un masque félin : c’est par exemple le cas dans le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, le film « Embrasser les tigres » (2004) de Teddi Lussi Modeste, la chanson « La Langue des anges » de Catherine Lara dans l’opéra-rock Sand et les romantiques, dans la B.D. Journal (1) de Fabrice Neaud, la chanson « Ma langue au chat » d’Élodie Frégé, etc. Dans le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb, Isabelle, la femme violée, dit à Texor Texel qu’elle « donne sa langue au chat. » Dans la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim, la Vierge Marie, en parlant du diable, dit que « c’est une méchante langue ! » Dans la pièce Transes… sexuelles (2007) de Rina Novi, Jacques parle de « donner sa langue à la chatte ». Donner sa langue au chat est une pratique fictionnelle homosexuelle assez courante : « Il m’a fallu l’impasse, donner ma langue au chat pour contrer l’existence. » (cf. la chanson « Méfie-toi » de Mylène Farmer) ; « Fais attention ou j’t’arrache la langue avec ma chatte ! » (Vaginette à Diego, dans le one-(wo)man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set) ; « Entre moi, entre toi, ta langue de fer ou langue de chat. » (cf. la chanson « La Chevauchée des champs de blés » du groupe Indochine) ; « C’est pas d’ma faute, et quand je donne ma langue au chat, je vois les autres tout prêts à se jeter sur moi. » (cf. la chanson « Moi… Lolita » d’Alizée) ; « Je titille à présent son sexe, à demi dressé, de coups de langue lents et mesurés, à la manière d’un félin. » (Éric dans Albert Russo, L’Amant de mon père (2000), p. 36) ; « Sven se mit à lécher la hampe, par petites touches, comme un jeune chat qui découvre une nouvelle friandise. » (idem, p. 98) ; « J’ignorais qu’un chat pouvait sourire. » (le père d’Alice dans le film « Alice In Wonderland », « Alice au pays des merveilles » (2010) de Tim Burton) ; etc.

 

Dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, le dialogue entre Manuela, la sœur d’Héloïse, et Suzanne, l’amante d’Héloïse, est plutôt signifiant : Suzanne, parlant des aventures amoureuses lesbiennes d’Héloïse, déclare : « Je me suis dit que cette pauvre Héloïse […] allait y passer. Que son sort allait être réglé en deux coups de dents, et que… » Manuela l’interrompt brusquement : « Tu as de ces expressions ! » Suzanne poursuit : « Pardon. En deux coups de langue… » À nouveau, Manuela, offusqué s’interpose : « Manuela ! » Suzanne surenchérit malicieusement : « Ben quoi ! Un chat est un chat. » (p. 249) CQFD.

 

« Un jour l’amour décline, tous nos mots se mêlent, Ange. Ta douce langue se fourche. […] Ce qui était à toi, il faut que je le vende. » (cf. la chanson « Ange » du Beau Claude) ; « Le pire membre chez l’homme, c’est la langue. » (Vincent Nadal dans sa performance Des Lear, 2009) ; « Il consent à une rencontre, chez moi, mais il ajoute ‘Les yeux bandés. Tu ne dois jamais voir ma laideur repoussante.’ J’accepte. Les jours qui précèdent la rencontre, je les passe dans un état de surexcitation incroyable. Le jour prévu, à l’heure prévue, il frappe trois coups contre la porte, notre code secret. Je place mon bandeau, et j’ouvre en me demandant si je n’ouvre pas ma porte à un voleur, un tueur de sang froid ou un violeur. Peut-être que j’en aurais envie… […] Je referme la porte et tout de suite nous portons nos mains sur le visages de l’autre, pour sentir le bandeau, pour être sûr que le contact est respecté. Il sourit, je sens sous mes doigts sa bouche tendue. Moi aussi je souris. On se prend dans les bras l’un de l’autre et on cherche nos bouches, qu’on s’embrasse voracement, qu’on viole avec la langue. Après un instant, en reprenant notre souffle, il dit ‘Ouhaou, c’est chaud !’ Je le prends par la main. Je me glisse devant lui, et ensemble nous marchons comme un seul homme dans l’appartement, Vianney parfaitement collé à ma nuque, mon dos, mes fesses, mes jambes. » (Mike racontant son aventure avec un certain Vianney, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 84) ; « Ce fut un innocent coup d’œil en arrière qui perdit le fils. L’homme, que le père semblait fuir, lança au fils un baiser aérien, et ce baiser percuta avec une telle violence l’innocence de ses pensées qu’il faillit tomber à la renverse ; mais le fourmillement délicieux que cette collision déclencha le laissa sur sa faim. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 30) ; « Cette nuit, je te l’ai pris, ce baiser que tu n’as pas voulu me donner. […] Je suis encore troublé par ce baiser volé. » (Kévin s’adressant à son amant Bryan, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 207) ; « Khalid s’est avancé vers moi et il m’a embrassé. Sur la bouche. Avec la langue. Longtemps. Les yeux fermés, j’ai pris sa bouche, ses lèvres en moi. Et, triste, amer, j’ai joué violemment avec sa langue. Il n’a pas protesté. » (Omar après avoir tué son amant Khalid, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 168) ; « Que signifiait le baiser qui l’avait tant troublé : défi, ou mépris ? L’homme les avait-il pris, son père et lui, pour des invertis ? » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 31) ; etc.

 

Si la langue de l’amant homosexuel n’est pas toujours celle du chat, en tout cas elle est souvent dangereuse ou diabolique, associé au baiser traître de Judas : cf. le roman Baiser de sang (2008) de Tony Mark, le film « Kiss Me God Damn It ! » (2006) de Stian Kristiansen, etc. Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Danny Reyes a réalisé un film intitulé « Judas Kiss », littéralement le baiser de Judas.  Dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, la langue de l’amant homosexuel est comparée à celle du serpent (p. 65). Dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, Paul embrasse son amant Erik pour lui donner une bouffée de drogue.

 

« Le pire membre chez l’homme, c’est la langue. » (Vincent Nadal dans sa performance Des Lear, 2009) ; « Il consent à une rencontre, chez moi, mais il ajoute ‘Les yeux bandés. Tu ne dois jamais voir ma laideur repoussante.’ J’accepte. Les jours qui précèdent la rencontre, je les passe dans un état de surexcitation incroyable. Le jour prévu, à l’heure prévue, il frappe trois coups contre la porte, notre code secret. Je place mon bandeau, et j’ouvre en me demandant si je n’ouvre pas ma porte à un voleur, un tueur de sang froid ou un violeur. Peut-être que j’en aurais envie… […] Je referme la porte et tout de suite nous portons nos mains sur le visages de l’autre, pour sentir le bandeau, pour être sûr que le contact est respecté. Il sourit, je sens sous mes doigts sa bouche tendue. Moi aussi je souris. On se prend dans les bras l’un de l’autre et on cherche nos bouches, qu’on s’embrasse voracement, qu’on viole avec la langue. Après un instant, en reprenant notre souffle, il dit ‘Ouhaou, c’est chaud !’ Je le prends par la main. Je me glisse devant lui, et ensemble nous marchons comme un seul homme dans l’appartement, Vianney parfaitement collé à ma nuque, mon dos, mes fesses, mes jambes. » (Mike racontant son aventure avec un certain Vianney, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 84) ; « Ce fut un innocent coup d’œil en arrière qui perdit le fils. L’homme, que le père semblait fuir, lança au fils un baiser aérien, et ce baiser percuta avec une telle violence l’innocence de ses pensées qu’il faillit tomber à la renverse ; mais le fourmillement délicieux que cette collision déclencha le laissa sur sa faim. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 30) ; « Cette nuit, je te l’ai pris, ce baiser que tu n’as pas voulu me donner. […] Je suis encore troublé par ce baiser volé. » (Kévin s’adressant à son amant Bryan, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 207) ; etc.

 

Cette langue du diable peut être la représentation de l’emprise invisible exercée par un chanteur ou une chanteuse : « Il montre du doigt la langue de Janis Joplin qui sort de sa bouche comme un sabre ensanglanté. » (cf. une réplique de la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper)

 

Symboliquement, le fait de donner sa langue au chat démontre qu’un pacte du silence et du déni du mal est instauré entre les deux amoureux homosexuels. Ils s’utilisent l’un l’autre en se jurant de prouver à la face de la Terre que ce qu’ils vivent est de l’amour… même si, concrètement, ça n’en sera pas. C’est la raison pour laquelle le diable homosexuel des fictions prend la forme de l’action des sorcières de William Shakespeare dans la pièce Macbeth (1623), c’est-à-dire d’« un faire qui n’a pas de nom » (Acte IV, scène 1, p. 163). Le contrat est conclu à l’encre sympathique : « La signature finale est illisible. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 101) ; « J’ai fait des études de lettres. De lettres anonymes, bien sûr. » (Michel dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) Dans sa chanson « Les Passagers », Étienne Daho nous parle bien du « passager de plus qui n’a pas de nom, pas de prénom, anonyme » et qui s’immisce discrètement dans le couple homosexuel. « C’est le chat de gouttière le plus anonyme du monde. », rajoute Jean-Pierre Belone, l’homosexuel du film « Le Placard » (2001) de Francis Veber. Dans le roman de Julien Green Si j’étais vous (1947), Fabien rencontre précisément incognito l’énigmatique et diabolique Brittomart, « l’inconnu aux yeux noirs » : « La rencontre était anonyme. » (p. 23) ; leur pacte identitaire est scellé sans contrat visible : « Cette parole que vous venez de prononcer nous tiendra lieu de tous les parchemins traditionnels signés de notre sang, voulez-vous ? De telles billevesées ne sont plus de notre temps, pas plus que ce mot de diable qui vous a échappé, tout à l’heure et que vous bannirez de votre vocabulaire. » (Brittomart à Fabien, idem, p. 75)

 

Le diable peut distraire de tout, y compris de lui-même (n’oublions pas qu’il se déteste et qu’il ne veut surtout pas entendre parler de lui !). Certains personnages homosexuels, en lui donnant leur langue, souffrent d’amnésie et ne peuvent plus parler (cf. le dessin du monstre félin dans le journal intime d’Hervé dans le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni). « Toi et moi, on ne s’est jamais rencontrés, ok ? On ne se connaît pas. » (Zach parlant à Danny, suite à la nuit de sexe qu’ils ont vécue ensemble sans même prendre le temps de se connaître, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « On n’a même pas eu le temps de se présenter… » dira Dany (idem) Leur voix intérieure leur impose cette maxime : « Dis que tu viens d’un monde effacé… monde de songe… » (Manuel Puig, El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976), p. 219) ; « Je ne me souviens plus de son prénom. Même son visage est flou » (Vincent s’adressant à son ex-compagnon Stéphane, qu’il a trompé en n’assumant pas du tout son acte d’infidélité, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Je suis le plus redoutable et le plus doux des dieux. […]Je suis peut-être pire que les autres dieux. […] Je ne m’attaque qu’à ceux qui doute de ma nature divine. » (Bacchus dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré) ; etc. Les mots du contrat diabolique tiennent en une consigne toute simple que Pascal Bruckner rappelle dans La Tentation de l’innocence (1995) : « Tu adopteras mes méthodes tout en me reniant. » On la retrouve édictée dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell : « Deny me and be doomed. » (« Renie-moi et sois maudit. ») Elle apparaît aussi dans la bouche de Tirésias, le pédiatre du film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, conseillant, par un pacte, à la mère de Narcisse de noyer l’identité de son fils : « Il aura une vie longue et heureuse s’il ne se reconnaît pas. »

 

Par exemple, dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, Luca ressent une culpabilité indicible : il fait allusion à une douleur qui semble physique mais qu’il ne voit pas et qu’il n’identifient pas « Mais de quoi étais-je donc le complice ?? […] Mais de qui étais-je donc complice ? […] Sur mon poitrail, aucune cicatrice. » Dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm, Emmanuel, l’un des séminaristes, noir et homosexuel, a dirigé des fouilles archéologiques à Carthage pour le Musée du Louvre, et a vécu là-bas sa première expérience homosexuelle avec un homme anonyme : « Il était grand, costaud. Je sais même pas s’il était beau. Je ne me souviens même pas de son visage. […] Les détails s’imposent à moi de façon démoniaque. Pourquoi je me sens si coupable ? » Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, lorsque Frankie demande à son amant Todd comment s’appelle le dernier « plan cul » de ce dernier (« Il n’a pas de nom ? »), Todd répond cyniquement « probablement que si », parce qu’en fait il n’a pas la réponse.

 

Le diable fait oublier le prénom tout en donnant au personnage qu’il habite l’impression de l’unifier. « Homonymes… Anonymes. » (cf. la chanson « Les Passagers » d’Étienne Daho) Dans le film « Chloé » (2009) d’Atom Egoyan, Catherine baptise son amante Chloé de « Personne ». Dans sa nouvelle « La Queue du diable » (2010) d’Essobal Lenoir, le narrateur homosexuel finit par connaître l’envers du décor amoureux de son bel amant : « Le sourire éthéré dont s’auréola le visage de l’ange me fit soupçonner quelque chose de pas catholique. » (p. 114) ; mais cela ne l’empêche pas de « tirer par la queue le beau diable qui se débat derrière lui » (p. 116) ; et il conclut ainsi : « Mon histoire finit là, car avant de nous ramener dans le monde des vivants, il nous fit signer un pacte promettant le silence sur ce que nous vîmes. » (cf. la dernière phrase, p. 118) Dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès, le tentateur explique sa tactique : « J’ai le langage de celui qui ne se fait pas reconnaître. » Et celui qui se laisse tenter se plaint sans se plaindre, comme un parfait amnésique : « Je souffre de ne pas savoir quelle blessure vous me faites. »

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, les personnages homosexuels enchaînent les relations sexuelles sans lendemain, dans la clandestinité et l’anonymat : « On s’est vus aux bains et on a couché ensemble, sans se parler, sans connaître nos prénoms. » (Donald à propos de Larry) « Peu après mon arrivée, j’avais emballé un mec dans les toilettes de la gare. Je suis tombé sur un gars sympa. Je ne l’ai jamais revu ensuite. […] Ce qui est drôle, c’est que je ne me rappelle pas son nom. […] Après, ce fut plus facile. On s’améliore avec la pratique. » (Hank racontant sa « première fois ») ; etc.

 

Même si le diable viole le héros homosexuel, ce dernier vit comme un envoûtement, un ravissement qui le privent de mots et même de la conscience d’être possédé : « Et Dieu ? Et ses anges ? Et le diable : est-il toujours le diable ? » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 177) ; « Un jet de semence issu de la verge du mari fusa en une parabole lactée au pied de la pauvre épouse, tel un Mercure ailé dont le message était transparent. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Chambre de bonne » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 61) ; « Un voyage onirique au cœur de l’inconscient et de ses mécanismes de défense, tel que le déni, ici, celui du viol dont Anne a été victime dès son plus jeune âge. À la recherche d’elle-même, mais aussi de l’autre, lui, qu’elle prend pour ce qu’elle croit être un ange. » (cf. le commentaire du film « Incidences » (2012) d’Andromak, sur la plaquette du 18e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013) ; « On s’est quittés aux aurores sans avoir échangé un mot. Je ne me rappelle plus de sa tête. » (William après son aventure avec un inconnu, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; etc. Par exemple, dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, voit débarquer (au ralenti) le beau Nicholas dans sa salle de classe, et c’est tout de suite le coup de foudre. L’écran se teinte de rouge à ce moment-là. Et il se trouve que Nicholas le trahira sexuellement avec Katya, la meilleure amie de Phil. Mais Phil est subjugué.

 

Le discours du diable tend à enfermer le héros homosexuel dans une identité ou une pratique homosexuelle factices, même s’il s’affaire précisément à justifier que ce serait le rejet de cet enfermement qui serait diabolique : « Tu es un homme triste et pathétique. Tu es homosexuel et tu ne veux pas l’être. Mais tu ne peux rien y faire. Toutes les prières du monde, toutes les analyses n’y changeront rien. Tu sauras peut-être un jour ce qu’est une vie d’hétérosexuel, si tu le veux vraiment, si tu y mets la même volonté que celle de détruire. Mais tu resteras toujours un homo. Toujours Michael. Toujours. Jusqu’à ta mort. » (Harold, le héros homosexuel machiavélique parlant de manière anesthésiante et culpabilisante à son colocataire gay Michael, non moins sournois, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin)

 
 

e) Le personnage homosexuel évoque la présence d’une créature (généralement diabolique) appelé « L’Autre » :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Comme le héros homosexuel a donné sa langue au chat, ou a demandé sa langue à son partenaire, il ne peut plus identifier son agresseur comme le diable. En général, la parade inconsciente qu’il trouve, c’est qu’il appelle son énigmatique amant « l’Autre », ou bien qu’il se fait appeler ainsi. Pour illustrer mon observation, je vous renvoie notamment à la pièce Journal d’une autre (2008) de Lydia Tchoukovskaïa, au roman L’Autre (1971) de Julien Green, à la chanson « Cœur déjà pris » d’Alizée, à la chanson « Si j’avais au moins » de Mylène Farmer, à la pièce À trois (2008) de Barry Hall, au film « L’Un dans l’autre » (1999) de Laurent Larivière, au film « La vie des autres » (2000) de Gabriel de Monteynard, au roman Le Nid d’autrui (1894) de Jacento y Martinez Benavente, à « L’Autre » dont parle Jean Guidoni lors de son concert à la Boule Noire à Paris en avril 2007, à la pièce musicale Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, à la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (vers 1650, adaptée en 2008) de Cyrano de Bergerac, au film « Le frère, la sœur… et l’Autre » (1970) de Douglas Hickox, au tableau L’un de l’autre (2004) de Charles-Louis La Salle, au roman L’Un et l’Autre (2006) de Mathieu Riboulet, à la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, au roman L’Autre Dracula contre l’Ordre noir de la Golden Dawn (2011) de Tony Mark, au roman L’Autre homme de ma vie (2010) de Stephen McCauley, le roman Un homme et un autre (1928) d’Henri Deberly, la nouvelle La Nuit est tombée sur mon pays (2015) de Vincent Cheikh, la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, la chanson « Autonome » de Catherine Lara ; le one-woman-show Tahnee, l’autre… Enfin! (2024) de Tahnee, etc.

 

Dans la chanson « L’Autre » de Mylène Farmer, « l’Autre » est l’androgyne, le jumeau narcissique (« Toi et moi du bout des doigts nous tisserons un autre : un autre Moi. »). Il est présenté comme une créature angélique prenant forme humaine (« Mais qui est l’Autre ? Quel étrange messager ! »). L’Autre est un dieu : « Tu m’as toujours paru si fort, si indépendant ! Tu ne faisais pas de compromis. […] En t’observant, je ne pouvais m’empêcher de me sentir affreusement corrompu, impur : je suis si différent ! » (Christopher Isherwood, Rencontre au bord du fleuve (1982), p. 11) ; « N’avoir d’autre voeu que l’Autre, même un instant. » (c.f. la chanson « City of Love » de Mylène Farmer) ; « Et sans l’Autre on a quoi ? Qu’un pauvre miroir. » (c.f. la chanson « On a besoin d’y croire » de Mylène Farmer) ; « Quand on a tant besoin de l’autre, faire quoi ? » (c.f. la chanson « Retenir l’eau » de Mylène Farmer) ; etc. Mais il s’agit d’un être imaginaire qui n’a pas vraiment réussi à s’incarner totalement : « Oh, il y eut d’autres gens pour venir, ça oui. Je ne peux pas me les rappeler tous. […] mais vous comprenez, l’autre est venu, et c’est la vraie raison pour moi d’écrire dans ma tête ce journal. » (Garnet Montrose dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 39)

 

La référence à l’autre renvoie au mépris, à l’extase, à la haine de soi et des autres (qui, par moment, apparaît comme une fuite ravissante et ludique) : « Et si on changeait de noms ? Je veux dire échanger nos prénoms, juste nos prénoms… […] On ferme les yeux dix secondes. Après, chacun de nous deux sera l’autre. Je deviendrai toi, TU deviendras moi. » (Omar proposant à son amant Khalid un jeu sylvestre mortel, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 138) ; « Le corps extase, envie, mon corps genre, sexe, orgasme, comme un médium de plaisir, le terrain des amours et des haines, de soi et des autres, le terrain de l’autre. Le corps autre. » (la voix narrative dans la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier) ; « Elle est partie avec l’Autre ? » (Pierre parlant de Benoît, le copain d’Isabelle, sa potentielle mère porteuse, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Je ne vous aimais pas. C’était l’Autre. » (Cyrano s’adressant à Roxane dans la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan) ; « Je veux vous dire que, lorsque je déclare que ceux qui aiment et ceux qui ont du plaisir ne sont pas les mêmes, je signale simplement que, dans une relation amoureuse, souvent, il en est un qui donne et l’autre qui prend, un qui s’offre et l’autre qui choisit, un qui s’expose et l’autre qui se protège, un qui souffrira et l’autre qui s’en sortira. C’est un jeu cruel parce qu’il est pipé. C’est un jeu dangereux parce que quelqu’un perd obligatoirement. » (la figure de Marcel Proust à son jeune amant Vincent, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 164-165) ; « Du reste, ‘l’autre non plus n’y comprend rien, retournée dans son pays là-bas. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 12) ; « l’autre là-bas » (idem, p. 23) ; « Varia, c’est l’autre. » (Jason, le héros homosexuel décrivant Varia Andreïevskaïa, sorte de dangereuse Vampirella, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 64) ; « Je ne suis pas fils d’un roi… mais bien fils d’un Autre. » (Djalil dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti) ; « Trans, c’est pas moi… c’est une autre. » (un des héros homosexuel de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « N’avoir d’autre vœu que l’Autre, même un instant. » (cf. la chanson « City Of Love » de Mylène Farmer) ; « J’ai l’impression d’avoir volé la place d’un autre. » (John parlant de son existence et ne se sentant pas légitime pour vivre, dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; « Je supporte pas d’être chez moi. J’ai l’impression que je suffoque ; comme si je vivais dans le corps d’un autre, comme si je m’enfonçais dans la vie d’un autre. » (Jackson élevé par deux lesbiennes, dans l’épisode 7 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; « Dominique, c’est l’autre. » (Mireille parlant du « mari » de Marcel, dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet) ; « Chez lui, c’est chez l’autre. » (c.f. la chanson « C’est la misère » de Dick Annegarn) ; « J’évalue la façon dont les caractères des hommes et des femmes pouvaient influencer celui de leur double sauvage. Je supposais une continuité de notre humanité dans l’Autre, si l’on considérait cet Autre non pas comme un être bestial, mais un être complexe, en harmonie avec soi et le vivant. Un Autre où l’on retrouverait une conviction, une force, une idée de notre enfance que l’adulte quitté avait tue. Je regardais autour de moi en me régalant de la pensée que nous avions chacun notre façon à nous de faire loup. Maman était-elle un loup craintif ou surmontait-elle sa peur en délivrant sa part intime et plus féroce dans une frénésie libératrice ? » (Anne parlant de sa mère qu’elle voit comme un loup-garou, dans le roman Notre part féroce de Sophie Pointurier, p. 177) ; etc. Par exemple, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, dit au médecin militaire qu’il a fait une tentative de suicide « parce que l’Autre a essayé de le noyer ». Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Delphine reçoit Carole, son amante (habillée en rouge), dans sa maison familiale en rase campagne. Ce n’est pas du tout du goût de sa mère, Monique, qui, une fois le pot aux roses découvert, chasse les deux femmes, et traîne en procès de sorcellerie Carole : « Vous l’avez détraquée. Sortez !! Vous êtes le diable dans ma maison ! » Plus tard, Monique surnomme Carole « l’Autre ».

 

L’Autre renvoie également à une étrangeté horrifiante (et diabolique) que les amants homosexuels identifient à demi-mot entre eux : « J’ai l’impression que depuis toutes ces années, j’ai vécu avec quelqu’un d’autre. » (Sandrine Lazzari face à sa compagne et « femme » Laurence Moiret jugée pour meurtre, dans l’épisode 298 de la série Demain Nous Appartient, diffusé le 24 septembre 2018 sur la chaîne TF1).
 

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) b) c) d) L’amant diabolique (regard/Faust) :

DIABLE Lorelei

Lorelei, la lesbienne diablesse dans le film « Kaboom » de Gregg Araki


 

Depuis bien longtemps déjà, Platon avait dépeint la figure du diable angélique bisexuel et androgyne par le biais du personnage fictionnel d’Alcibiade : « Dans les pages du Banquet, Socrate cherche à se laver de tout soupçon en décrivant le bel Alcibiade, couronné de violettes, essayant vainement de séduire. Il nous le montre sous les traits de l’inverti constitutionnel, cultivé et mondain, tout semblable à ceux de nos jours : ‘Il est en tout excessif, intelligent jusqu’à la subtilité, amoureux des arts jusqu’à l’esthétisme, élégant jusqu’à l’affection… Fils de noble qu’environne une coterie, c’est un causeur étincelant qui, en tous lieux, soigne ses effets et veut qu’on le remarque. Sa suprême jouissance est de scandaliser…’ » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 124) ; « Dimanche 30 mars 1919. Ai oublié hier par fatigue de noter que ce jeune élégant qui ressemble à Hermès et qui m’avait fait une si forte impression il y a quelques semaines assistait à la conférence [au club]. Son visage, allié à sa légère silhouette de jeune homme, à par sa joliesse et sa folie quelque chose d’antique, de ‘divin’. Je ne sais comment il s’appelle, et ça n’a pas d’importance. . » (Philippe Simonnot, Le Rose et le Brun (2015), p. 122) ; etc.

 

Mais rassurez-vous. La fantasmagorie homosexuelle du diable n’est qu’un code qui traduit un fantasme ou un délire gothique genre Gay Pride, bien avant de décrire une réalité fantasmée : cf. le docu-fiction « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari (avec l’homme au masque de diable). Évidemment, il ne s’agit pas de diaboliser l’union homosexuelle concrète ni les individus homosexuels (ils le font déjà bien assez par eux-mêmes !). En revanche, il me semble tout de même important de souligner que l’incorporation de l’androgyne, toujours incomplète, en soi ou en la personne aimée, n’est pas toujours uniquement symbolique. La créature mythique diabolique habite fantasmatiquement les personnes humaines qui veulent se quitter elles-mêmes et se détruire par amant interposé. « J’aimais un homme et voulais qu’il me tue » écrit Olivier Py dans L’Inachevé (2001). Le personnage de l’amant homosexuel diabolique nous dit tout bonnement que le désir homosexuel tourmente.

 

Toujours Lorelei dans "Kaboom"

Toujours Lorelei dans « Kaboom »


 

La présence du diable dans l’iconographie homosexuelle, si elle n’est envisagée que dans son sens symbolique, obéit en réalité à un régime de causes inconscient qui, à l’inverse de la logique de coïncidences qui lutte contre les déterminismes, peut s’actualiser dans la réalité concrète à travers un jeu amoureux libertin souvent machiavélique. Je vous renvoie par exemple au journal L’Ange sauvage de Cyril Collard, au documentaire « Devil In The Holy Water » (2001) de Joe Balass, à l’amant diabolique anonyme dans La mauvaise vie (2005) de Frédéric Mitterrand (p. 159), etc. « On ne lutte pas avec les anges. » (Patrick Dupont, le chorégraphe, dans l’émission Prodiges sur la chaîne France 2 le 29 décembre 2016) Dans l’essai Rimbaud, la double vie d’un rebelle (2011) d’Edmund White, Rimbaud est défini comme « l’époux infernal » de Verlaine, sa beauté fatale qui le hantera toute sa vie. Dans son autobiographie Prélude à une vie heureuse (2004), Alexandre Delmar aborde bien ce malaise perceptible dans beaucoup de couples homos réels, cette guerre de marionnettistes que se mènent les semblables sexués entre eux : « Mais à quoi joue-t-il à la fin ? […] J’ai beau être persuadé que je le manipule, j’en arrive quand même à me demander si ce n’est pas moi le pantin dans l’affaire. » (p. 50) L’enfer pavé de bonnes intentions s’expriment en beauté sous la plume d’Oscar Wilde dans De Profundis (1897) : « Les Dieux sont étranges. Ce n’est pas uniquement de nos vices qu’ils font des instruments pour nous châtier. Ils nous mènent à la ruine par ce qu’il y a en nous de bonté, de douceur, d’humanité, d’amour. » Dans son essai autobiographique La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), Paula Dumont illustre tout à fait le jeu interchangeable marionnette/marionnettiste qui s’exerce dans beaucoup de relations amoureuses homosexuelles réelles : « Catherine pensait-elle que j’étais une marionnette dont elle pouvait tirer les ficelles à son gré pour la faire gesticuler selon ses humeurs ? » (p. 124) C’est parfois à la beauté du diable que certaines personnes homosexuelles succombent, parce qu’elles-mêmes agissent à certains moments sous une emprise maléfique : « Sous un physique d’angelot, il cachait à peine une nature de gamin démoniaque. » (Frédéric Mitterrand, La mauvaise vie (2005), p. 204) ; « Jack Kerouac leva la tête de l’oreiller et me regarda par-dessus mon épaule ; juste à notre gauche, la lumière du néon rosé donnait à la chambre une couleur légèrement diabolique. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 351) Cathy Bernheim, dans son autobiographie L’Amour presque parfait (2003), évoque précisément « le petit chat échaudé qui repose en son amante » (p. 142) ; « Je me laisse piéger. Et là, je suis dans un engrenage infernal. » (Christian, le dandy homosexuel de 50 ans, parlant de sa faiblesse par rapport à la masturbation face à un prêtre qui l’a initié aux plaisirs homosexuels quand il était jeune adulte, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; etc.

 

Vidéo-clip de la chanson "Thriller" de Michael Jackson

Vidéo-clip de la chanson « Thriller » de Michael Jackson


 

Les regards jouent un rôle prépondérant dans la chute infernale que vivent les personnes homosexuelles apparemment consentantes avec leur(s) amant(s) lunatiques, joueurs, menteurs, paradoxaux, traîtres, homophobes refoulés : « Je me promène aux Champs. Je n’accoste personne, jamais. C’est les types qui viennent. Vous voyez bien quand un type vous regarde. Remarquez, on ne peut jamais savoir ; il y en a qui restent là à vous regarder pendant cinq minutes, et si vous leur parlez, ils disent : ‘Qu’est-ce que vous me voulez, ça va pas non ?’. Des refoulés. » (Pierre Benichou pour le journal Le Nouvel Observateur, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 44) La douceur également joue un rôle capital : « Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24)

 

Ne pensez pas que ce n’est que du délire paranoïaque, cette affaire. La rencontre avec le diable, je le crois, peut se faire régulièrement dans les lieux d’homopratiques ou à travers les personnes de même sexe qui cherchent à coucher avec nous. Ce sont mes propres amis (certains, grands consommateurs de sexe) qui me le confirment : « Une fois, je me retrouvais seul dans la backroom et j’ai vu une ombre bouger. J’étais terrifié. Je te raconte ça parce que j’ai eu d’autres témoignages de personnes homosexuelles qui ont vécu la même expérience que moi. » (Gianni, un ami homosexuel de 26 ans, sur le chat de Facebook, le 25 août 2014). Pour ma part, j’ai été aussi le témoin vivant de phénomènes réels à caractère démonologique, comme je le raconte le soir de la saint Valentin de 2019.

 

« Pendant que mon cousin prenait possession de mon corps, Bruno faisait de même avec Fabien, à quelques centimètres de nous. Je sentais l’odeur des corps nus et j’aurais voulu rendre palpable cette odeur, pouvoir la manger pour la rendre plus réelle. J’aurais voulu qu’elle soit un poison qui m’aurait enivré et fait disparaître, avec comme ultime souvenir celui de l’odeur de ces corps, déjà marqués par leur classe sociale, laissant déjà apparaître sous une peau fine et laiteuse d’enfants leur musculature d’adultes en devenir, aussi développée à force d’aider les pères à couper et stocker le bois, à force d’activité physique, des parties de football interminables et recommencées chaque jour. » (Eddy Bellegueule simulant des films pornos avec ses cousins dans un hangar, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 153)

 

Dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko raconte sa rencontre en boîte avec le premier homme qui va le sodomiser sauvagement (on voit peu à peu que la fascination laisse vite place au désenchantement) : « Il m’avait paru beau garçon, sûrement le plus beau de la soirée. Sa démarche faite d’ondulations dures, comme une danse sévère, attirait les yeux des femmes. […] Son corps vêtu de feu  […] Son torse apparut nu après une salsa endiablée. […] Nos regards se croisèrent à plus de deux reprises et chaque fois, l’effet en fut brûlant et bouleversant. » (p. 65) ; « J’observais imperceptiblement ce manège avec une étrange fascination, reprochant toutefois à mon complice son silence et la manière dont il manifestait avidement ses envies. » (idem, p. 66) Cet amant ne porte pas de nom : on sait juste que Berthrand Nguyen Matoko est « troublé par l’attirance vers cet inconnu » (idem). Leur coït qu’ils vivent est décrit comme un viol. « Plus tard, à l’approche de la première lumière qui annonce le grand jour, je me retrouvais dans sa chambre sans trop savoir pourquoi. Sa forte ombre qui tournait autour de moi bourdonnait des mots incompréhensibles, tel un chanteur aux mâchoires serrées. […] La sensation de beauté qui m’avait ébloui la veille, laissa la place à un visage banalement masculin, pas nécessairement très beau mais sexy, avec un air d’ivresse dans les yeux. » (idem, pp. 66-67) ; « Je sentais chaque centimètre de mon corps me distendre et m’étirer. Indéfiniment. De me sentir possédé, je me mis à pleurer. » (idem, p. 69) ; « J’attendais. Mieux que ça, je rêvais. Un rêve comme celui du Bon Dieu qui couche avec Satan. » (idem, p. 72)

 

Parfois, le diable aperçu par certaines personnes homosexuelles en l’amant est uniquement le reflet de leur propre déception vengeresse sur un homme fantasmé qui ne s’est pas laissé totalement faire homosexuellement par elles, ou bien juste le reflet de la violence inconsciente de leur indécente audace. Par exemple, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), Abdellah Taïa décrit le regard diabolique de son cousin Chouaïb dont il est amoureux, mais qui ne l’aime pas en retour : « Il était à côté de moi. Ses yeux étaient rouges, furieux. Ils me fixaient. Ils ne voyaient que moi. Ils ne m’aimaient pas. » (p. 19)

 

Concernant les rapprochements réels avec le mythe de Faust, on note aussi quelques correspondances troublantes : dans l’Espagne des années 1940 en Espagne, Juan Soto interprète des chansons du répertoire de la revue Si Fausto Fuera Faustina ; en France, Émilienne d’Alençon tient le rôle principal du Petit Faust (1898) à l’Opéra-Comique de Paris ; Ernst Röhm, durant l’été 1919, crée le Eiserne Faust (le Poing de fer), une organisation nationaliste révolutionnaire, où il attire un certain Adolf Hitler qu’il découvre à cette occasion. Diverses personnes homosexuelles parlent explicitement du diable dans leur vie. C’est le cas de Franco Brusati, qui le met en relation avec son homosexualité : « L’homosexualité m’intéresse dans la mesure où elle suppose un rapport tout à fait spécial avec sa propre image, un combat entre le réel et l’imaginaire. Le combat avec l’ange… » Jean Cocteau, quant à lui, déclare qu’il est parfois « poussé par le diable. » (cf. le spectacle musical Un mensonge qui dit toujours la vérité (2008) d’Hakim Bentchouala) Christophe Tison, dans son autobiographie Il m’aimait (2004), décrit l’homme qui l’a violé comme un jumeau de Belzébuth : « Il était de dos, dans cette maison tranquille et silencieuse, et j’eus soudain terriblement peur. Peur qu’il ne se retourne en ayant un autre visage. (Le visage du diable.) » (p. 48) Gaël-Laurent Tilium, dans Recto/Verso (2007), fait un rapprochement entre son amant Sébastien, malade du Sida, et l’ange diabolique : « Sébastien me serrait la main avec la force de l’amour qu’il avait pour moi, avec la rage de la culpabilité, celle d’avoir invité parmi nous cette chose indésirable qu’il nous fallait combattre. » (pp. 238-239) ; « Il n’y a pas de possibilité. Il ne peut rien se passer. On s’aime trop. Il est trop jeune, trop mignon, c’est un ange. » (idem, p. 235) ; « J’avais près de moi l’ennemi et l’ami, la tentation et l’innocence, le plaisir et le danger. » (idem, pp. 159-160) Dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, Eddy Bellegueule raconte comment, au collège, il a instauré un pacte tacite entre lui et ses deux agresseurs : « Ils sont revenus. Ils appréciaient la quiétude du lieu où ils étaient assurés de me trouver sans prendre le risque d’être surpris par la surveillante. Ils m’y attendaient chaque jour. Chaque jour je revenais, comme un rendez-vous que nous aurions fixé, un contrat silencieux. […] Uniquement cette idée : ici, personne ne nous verrait, personne ne saurait. » (p. 38)

 

Film "Les Amitiés particulières" de Jean Delannoy

Film « Les Amitiés particulières » de Jean Delannoy

 

Par exemple, dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, Pascal, homosexuel et séropositif, raconte qu’avant d’attraper le VIH, il avait été prévenu par un inconnu quand il faisait le tapin, et que ce serment qu’il n’a pas tenu le hante : « Je faisais les quais, en 1984. Un homme m’a demandé de faire une promesse. ‘tu tombes dans une génération où vous allez tous tomber. ’ Et à chaque fois que je couchais, je me rappelais : ‘T’as pas tenu ta promesse… T’as pas tenu ta promesse… »

 

Dans notre monde contemporain, on a l’occasion de retrouver de nombreux signes de demande de possession diabolique de la part de la communauté homosexuelle : exemple avec le magazine des sexualités gays qui s’intitule Prends-moi. « Je débarquais dans la véritable délinquance avec une grande aisance, sans l’infime doute de me heurter aux barrières de la vie, sans avoir auparavant développé un sens aigu de la relativité des choses. En vendant ainsi mon âme au diable, je me baladais pendant des heures entières à travers des songes inassouvis… » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 53) ; « Ce qui fait faillite dans le Faust de Gœthe, ce sont les valeurs du patriarcat. C’est le genre masculin qui s’effondre. » (Jacques Le Rider, lors de la rencontre-débat Atelier de la Pensée sur le thème « Quand commence la signature d’un pacte avec le diable ? » animée par Laure Adler, à l’Odéon Théâtre de l’Europe le 6 juin 2009) ; etc. Par exemple, dans son Journal (1889-1939), André Gide définit l’inverti comme celui qui « dans la comédie de l’amour, assume le rôle d’une femme et désire être possédé » (p. 671).

 
 

e) L’Autre :

Album de photos "La Beauté du diable" de Joseph Dupouy

Album de photos « La Beauté du diable » de Joseph Dupouy


 

C’est bien parce que la grande majorité des personnes homosexuelles rejette en bloc la différence des sexes qu’elles établissent un rapport excessif (et diabolique, pour le coup !) d’adoration/répulsion vis à vis de l’Altérité : cf. l’association L’Autre Cercle, le collectif Autrement Gay (à saint Étienne), l’Altercorpus (association de défense des personnes intersexes), etc. Cela me semble faux de dire que les personnes homosexuelles, du seul fait de ne pas intégrer dans leurs couples la différence des sexes, n’acceptent pas les différences : au contraire, elles les idolâtrent ! Comme l’écrit à juste titre Jean-Paul Sartre à propos de Jean Genet dans Saint Genet (1952) : « Étranger à lui-même, il ne peut aimer qu’un Autre-que-soi, car c’est lui-même dans son absolue altérité qu’il aime sous les espèces de l’autre. […] Il se fascine sur l’Autre et fuit sa propre conscience de soi. » (p. 109 et p. 169) Les personnes homosexuelles vouent un culte aux différences (à défaut de vouer un culte à LA Différence, celle des sexes), et entre autres à l’hétérosexualité. Pour elles-mêmes déjà, puisqu’elles vont se rêver ultra-originales, voire divines (le Tout-Autre, c’est Dieu Lui-même). Par exemple, Emilio Barón, dans Luis Cernuda Poeta (2002), insiste sur la recherche d’altérité absolue chez le poète espagnol : « Fidèle héritier de la tradition romantique, Luis Cernuda se présente comme l’exilé, le marginal, ‘l’Autre’. » (p. 11) Mais cette quête fiévreuse d’altérité va se faire aussi pour les autres, et dans leur recherche amoureuse : « Quand je vois un homme différent de moi, je n’en reviens pas ; je suis ébloui, émerveillé par la différence des autres. » (Jean Genet cité dans Tahar Ben Jelloun, « Une crépusculaire odeur l’isole », dans Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 30) Comme l’écrit très justement Jacques André, « l’homos-sexualité n’est pas la méconnaissance de l’altérité, elle en serait plutôt le savoir excessif » (Jacques André, « Le Lit de Jocaste », dans Incestes (2001), p. 18). Ce rapport excessivement proche à l’altérité aborde de front, et sans même que les personnes homosexuelles le verbalisent consciemment, la problématique de l’inceste ou du viol, qui surviennent justement lors de l’effacement des différences par une exaltation de celles-ci : « L’Autre, c’est cet étranger qui s’est immiscé dans ma vie et dans mon corps. » (Martine Cauvent, Guérir de l’inceste (2006), p. 17) ; « Combien de fois, à l’aube, alors que, sur les vieilles toitures de Clermont, l’affreux ciel des petits matins pâles cherchait sa vie, n’ai-je pas été saisi de nausées ? Tandis que je procédais à une toilette minutieuse, toujours comme ces femmes dont je me moque tant, j’ai vu dans mon miroir l’être de cendre que je suis vraiment. Par la porte entrouverte, j’apercevais un étranger, couché dans mon lit, satisfait après notre affreuse passion. Qui était-il ? qui nous avait poussés l’un vers l’autre, comme ‘les autres’ vers les putains ?… Quelle impasse ! » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 98) ; « Je vais être obligé d’avouer quelque chose d’un peu personnel. Moi, j’ai toujours été attiré par les pissotières, par ce contact, par ce qui se passe entre des corps étrangers qui se rencontrent au départ pour uriner, et au bout de quelques secondes, de quelques minutes, ça se transforme en autre chose. J’ai toujours trouvé ça très poétique, très entraînant, et je dois avouer que ça me rappelle la sexualité enfantine de groupe que j’ai eue avant l’âge de 12 ans. Et cette fascination pour les pissotières rejoint un peu ça : ce côté gentil, bienveillant, ce côté étranger et tout d’un coup on se donne l’un à l’autre, pendant un p’tit moment, et complètement dans l’interdit… Malheureusement, il n’y a plus de pissotières à Paris. » (Abdellah Taïa, romancier homosexuel, dans l’émission Homo Micro de Radio Paris Plurielle, le 25 septembre 2006) ; « Autre… mais indétectable. Presque un shoot. » (la narratrice transgenre F to M dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems) ; etc.

 

Le fanatisme homosexuel pour les différences cache au fond un mépris de l’altérité concrète (beaucoup de personnes homosexuelles tiennent d’ailleurs le double discours paradoxal : « Il faut respecter toutes les différences… et les différences n’existent pas puisque nous sommes tous égaux. »), et plus largement une schizophrénie diabolique, une misanthropie. « Ma maison avait deux tours : l’une plongée dans la lumière et l’autre obscure. » (l’écrivain homosexuel Hugues Pouyé parlant de son enfance dans le site Les Toiles roses en 2009) ; « J’ai un mec à l’intérieur de moi qui me dit : ‘Il faut pas que t’aies un mec à l’intérieur de toi ! » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « Jamais on n’a autant célébré l’Autre. C’est l’Autrisme. Et jamais l’autre n’a eu aussi peu droit de cité. » (Élisabeth Lévy dans l’essai Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005) de Philippe Muray, p. 28)

 

Enfin, je terminerai ce chapitre délicat sur les liens étranges entre désir homosexuel et démonologie par ce constat. Aux vues des nombreuses attaques et manifestations d’ordre surnaturel que j’identifie autour de moi en ce moment, je peux dire qu’actuellement, dans notre monde d’aujourd’hui, le diable a spécialement élu domicile dans l’homosexualité (homosexualité en tant qu’acte et en tant que mot ou étiquette). Pourquoi ? C’est très simple. L’homosexualité est la seule chose qui est objectivement violente, mauvaise (elle exclut la différence des sexes qui est le fondement de notre existence humaine, de notre identité et de notre amour) mais que pour autant notre Monde et nos contemporains sont capables de massivement/passivement reconnaître comme une identité humaine ou un amour magnifiques, banals et indiscutables. Autant l’avortement, la contraception, le vol, le divorce, l’euthanasie, la GPA, le clonage, la prostitution, l’adultère, les guerres, sont un peu plus unanimement reconnus comme « mauvais » par la masse, autant le seul sujet de société qui divise et anesthésie les gens, ce sera uniquement l’homosexualité. Il est alors logique que le diable se serve de l’homosexualité comme principal pare-feu, comme voile pudique, comme rideau rose fleuri derrière lequel il pourra planquer toutes les souffrances et toutes les violences humaines dont il est l’auteur : il sait que très peu de personnes se risqueront à analyser ce rideau rose et à le soulever (il n’est pas du tout content, d’ailleurs, quand quelqu’un s’en approche de trop près !). Et il fait tout pour que tout le monde applaudisse les speakerines parlant devant ce cache-misère fleuri et qui sont prêtes à se caricaturer en « homos » ou en « hétéros gay friendly » pour faire diversion, pour faire leurs intéressantes ou jouer les victimes indignées d’elles-mêmes. J’ai compris que l’homosexualité était la planque privilégiée du diable d’une part quand j’ai perçu l’importance universelle de la différence des sexes (importance que la pratique homo remettait directement en cause), et puis surtout quand je vois qu’après mes conférences, ou bien dans les mails que je reçois, les gens me racontent tous leurs malheurs et leurs souffrances, y compris ceux qui n’auraient a priori rien à voir avec l’homosexualité. C’est donc que l’homosexualité éclaire et fait écho à toutes les souffrances humaines, sans exception. Non pas que l’homosexualité serait à l’origine de tous les maux de la Planète. Mais en tous cas, elle en est le signe et l’alibi n°1. C’est la raison pour laquelle il est central de prendre ce sujet très au sérieux, et même d’en faire LA priorité de nos combats contre le transhumanisme homicide et cet humanisme intégral prônant l’Homme sans Dieu et sans différence des sexes.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°5 – Amant modèle photographique (sous-codes : Amant miniature / Amant de dos / Amant-nain)

Amant modèle photographique

Amant  modèle photographique

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Mon amour tout petit dans mon appareil

 

MODÈLE photographique plage

 

Il est fréquent de voir dans les œuvres traitant d’homosexualité des héros homosexuels exercer le métier de photographe, ou bien passant leur temps à prendre en photo la/les personne(s) qu’ils désirent amoureusement. D’ailleurs, ces personnages avouent parfois avoir ressenti leurs premiers émois homosexuels devant des hommes photogéniques, très médiatisés, attirant massivement à eux les flashs des journalistes et des photographes. Ces modèles hétéros de magazine font la couverture des magazines gays actuels, et illustrent que l’homme-objet est le dieu de la communauté homo. Généralement, le personnage homo/lesbien qui mitraille son amant(-e) parce qu’il l’idéalise et désir l’immortaliser, ne le/la respecte pas tant que ça : symboliquement, il le/la traite comme un objet de consommation, il le/la rapetisse (au point qu’il peut parfois le/la transformer en nain(-e) : c’est bien une miniaturisation qui est opérée par le biais du smartphone ou de la caméra portable), il le/la réifie. En d’autres termes, il le/la méprise. Cet(-te) amant(-e) photographié(-e) devient un trophée manipulable à souhait et qu’il est facile d’utiliser comme faire-valoir personnel. Et comme il/elle est pourtant bien vivant(-e) dans le monde réel et qu’il/elle ne se laisse pas mettre le grappin dessus parce qu’il/elle tient à sa liberté, il arrive tôt ou tard qu’il/elle se venge de cette entreprise de possession sur son Pygmalion fasciné.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également les codes « Pygmalion », « Photographe », « Amant narcissique », « Miroir », « Peinture », « Voyeur vu », « Espion », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Poupées », « Doubles schizophréniques », « Obèses anorexiques », « Homosexualité, vérité télévisuelle ? », « Tomber amoureux des personnages de fiction ou du leader de la classe », « Femme fellinienne géante et pantin », et « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Le personnage homosexuel réifie son amant par la photo :

Film "Ma vraie vie à Rouen" d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Film « Ma vraie vie à Rouen » d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau


 

Dans beaucoup de fictions homo-érotiques, le personnage homosexuel prend son copain en photo ou au piège de sa caméra : cf. le film « Billy’s Hollywood Screen Kiss » (1998) de Tommy O’Haver, le film « Surveillance » (2007) de Paul Oremland, le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel (Éric filme Romain), le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore (Steven photographie l’équipe de foot de son université, et notamment son amant), le film « Passion » (1964) de Yasuzo Masumara, le film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce, le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Fluffer » (2001) de Richard Glatzer, le film « Saturn’s Return » (2001) de Wenona Byrne, le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, le film « Eclipse » (1995) de Jeremy Podeswa, le film « Fucking Amal » (1998) de Lukas Moodysson, le film « La petite mort » (1995) de François Ozon, le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant (avec Scott comme modèle photographique d’Harvey Milk), le film « Smooth » (2009) de Catherine Corringer, le film « Ghosted » (2009) de Monika Treut (Mei-li est une mystérieuse journaliste qui suit Sophie Schmitt), le one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc, le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (Emmanuel filme Omar), le film « Free Fall » (2013) de Stephan Lacant, etc.

 

Film "Billy’s Hollywood Screen Kiss" de Tommy O’Haver

Film « Billy’s Hollywood Screen Kiss » de Tommy O’Haver


 

Par exemple, dans le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré, Erwan photographie Ismaël avec son téléphone portable. Dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger, Pablo prend au départ Bruno (son futur amant) pour un sosie d’une photographie que possède sa copine Laura. Plus tard, en faisant plus ample connaissance, les deux copains n’arrêtent pas de se prendre l’un l’autre en photo. Dans sa chanson « Vis-à-vis », Étienne Daho se met dans la peau d’un photographe obsédé par un modèle qu’il épie en secret : « Témoin ensorcelé sans répit, je photographie à ton insu toute ta vie. » Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Jacques prend en photo (avec un appareil jetable) un beau garçon qui attend avec lui dans la salle d’attente de l’hôpital. Il fait de même par la suite avec Arthur, son amant. Dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn, quand Peyton et Elena, les deux héroïnes lesbiennes, feuillettent le « book » d’Elena, photographe, Peyton flashe sur une des photos d’Elena posant elle-même comme modèle, sans savoir que c’est elle. Peyton prend cette intuition pour une confirmation d’amour. Plus tard, Elena veut absolument faire un portrait photo de Peyton. Le film « En colo » (2009) de Pascal-Alex Vincent s’achève sur une photo prise dans le bus et qui atteste que le couple homosexuel entre Matthieu et Maxime s’est formé. Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, le couple Julien/Yoann est filmé en « sextape » par la belle-mère de Julien, Solange. Plein de photos ont été prises pour exercer un chantage. Ça n’a pas l’air de déplaire à Yoann, tout excité d’avoir été capté dans ses ébats intimes : « Elle nous a pris en photo !! »

 

Face à sa proie, l’amant homosexuel est parfois très insistant. « Les clins d’œil s’étaient tellement multipliés que j’aurais juré qu’il prenait des photographies de moi dans mon lit de douleur. » (Jean-Marc décrivant Gerry dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 99) ; « Je te filme avec les lunettes. » (Anton s’adressant à son amant Vlad dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; etc. Par exemple, dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Anne, qui a obtenu des jumelles en jouet de Happy Meal au Mc Donald’s scrute de près sa meilleure amie lesbienne Marie : « Trop bien ! Je vois les pores de ta peau ! » Ça saoule Marie : « J’en ai marre de tes conneries de gamine. »

 
MODÈLE Feuille
 

Le personnage homosexuel croit vraiment que la photo de l’homme qu’il désire a le pouvoir de s’animer au contact de ses yeux… ou de ses mains. Par exemple, dans la nouvelle « La Chaudière » du recueil Le Mariage de Bertrand (2010) d’Essobal Lenoir, le personnage gay a trouvé l’excuse du reportage-photos journalistique pour se rincer l’œil en toute bonne conscience : « Le rugby se mit à me plaire et, piètre joueur, malgré mes muscles inutiles, je devins une sorte de photographe officiel du club. La photo était un solide alibi dans mon admiration de la beauté. » (p. 22) Dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, George médite sur son amour pour Jim, son amant disparu, qu’il fait revivre par une photo où Jim est nu. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, cache des photos pornos (en réalité, ce sont des reproductions de tableaux) dans sa valise : cela fait scandale à l’hôtel mexicain où il loge. Plus tard, il regarde dans un théâtre un film où il se trouve lui-même avec son amant Palomino. Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, Nathan raconte qu’il s’est sentimentalement et homosexuellement identifié à un couple gay apparemment idyllique aperçu sur une photo, resté longtemps ensemble avant que la maladie du Sida ne mette fin à leur idylle et n’emporte l’un des deux membres, Keany : « Il s’appelait Keany. On aurait dit un monstre. » Dans l’épisode 86 « Le Mystère des pierres qui chantent » de la série Joséphine Ange-gardien, diffusée sur la chaîne TF1 le 23 octobre 2017, Louison est grillée pour son homosexualité par des photos prises sur téléphone portable à une soirée, où elle enlace – à la base amicalement – sa meilleure amie Clara. « Ils l’ont salie, cette photo. » (Louison) Finalement, Louison finit par se résoudre, suite à ce quiproquo, à faire son coming out.

 

Film "The Cost Of Love" de Carl Medland

Film « The Cost Of Love » de Carl Medland


 

On se doute d’ailleurs que le protagoniste homo ne se contente pas de regarder les photos de son amant, mais qu’il doit parfois se soulager avec… : « J’ai adoré les photos de vacances que tu m’as envoyées. On distingue ton torse à travers le vêtement mouillé : tu deviens un une homme charmant. Si tu as d’autres photos après une baignade nudiste… je suis preneur ! » (Randall s’adressant son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 235) ; « Vous me faites penser aux gens qui regardent des photos d’art de modèles nus en ayant la gaule. Tous ces gens qui n’ont pas encore compris que l’art ne servait pas à bander lamentablement. » (Polly, l’héroïne lesbienne s’adressant à ses potes gays Simon et Mike, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 36) ; « On s’est filmés aussi, à notre soirée soubrette. » (Jean en parlant de son couple avec Juan, dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) ; etc.

 

La réaction de l’amant photographié n’est évidemment pas complaisante sur la durée. Aucune personne ne se laisse photographier gratuitement longtemps ! Par exemple, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan n’est pas épargné par l’appareil photos de son copain : « Kévin photographiait tout… Il me mitraillait surtout. » (p. 16) Or il ne prend pas si bien que cela cette violation d’intimité, même si elle l’a flattée dans un premier temps : « Oh l’espion ! J’étais surveillé, photographié, sans m’en apercevoir ! » (p. 115) Bryan finit par reprocher plus tard à Kevin de l’avoir « réduit », en quelque sorte : « Je me suis toujours senti peu de chose à tes côtés. » (p. 299) Autre exemple : dans la pièce La dernière danse (2011) d’Olivier Schmidt, Paul découvre avec stupeur que son amant Jack a pris en cachette des photos de lui pour vendre ses propres articles à prix d’or à la press people. Il décide alors de se venger de lui en se suicidant.

 

Film "Happy Together" de Kar-Wai Wong

Film « Happy Together » de Kar-Wai Wong


 
 

b) Amant miniature :

Entre le personnage homosexuel et son amant-icône s’instaure une inégalité : en général, l’un devient grand, et l’autre est miniaturisé, comme enfermé dans un mouchoir de poche (en l’occurrence un appareil photos !). Cela donne un duo à la Laurel & Hardy assez étrange.

 
 

Mimi – « Nous sommes bien nous deux, Sire !

Fifi – Grande Fifi…

Mimi – … et petite Mimi ! »

(Mimi et Fifi les deux clochards travestis M to F dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi)

 
 

Film "L’Inconnu du Nord-Express" d’Alfred Hitchcock

Film « L’Inconnu du Nord-Express » d’Alfred Hitchcock


 

On peut penser à l’amant-nain miniature dans la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick, à Manu l’homme miniature dans le film « Les Témoins » (2006) d’André Téchiné, à Bruno l’amant miniature sur le Capitole dans le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, à Élie Sémoun et Dieudonné en régisseurs de plateau homosexuels, à l’iconographie de Régis Laspalès et Philippe Chevallier pour les publicités de la Matmut, à l’amant miniature dans la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (vers 1650, adaptée en 2008) de Cyrano de Bergerac, au roman Dans le creux de sa main (1988) de James Purdy, à Laurel et Hardy dans les films « Héros de l’Alaska » (1923) de Ralph Ceder et « That’s My Wife » (1929) de Lloyd French, au film « The Big Doll House » (1971) de Jack Hill, à l’amant miniature dans la pièce « Little Big Man » (1970) d’Arthur Penn, au film « Mala Noche » (1985) de Gus Van Sant, à Peter et Oscar dans le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano, à Éric et Ramzy dans le film « La Tour Montparnasse infernale » (2000) de Charles Némès, à l’amant minuscule enfermé dans l’anus de son partenaire dans le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte, aux photos de Jean-Yves Piton, aux tableaux de Manu Lebon, au tableau Le Glaive (1973) de Jacques Sultana, au spectacle Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou, à la chanson « Lisa tu étais si petite » de Faby, à Didier le grand et Bernard le maigre de la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Céglia, au film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche (avec l’insistance sur la place de l’adjectif « petit » dans la pièce classique Antigone), au film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser, au film « Alice In Wonderland » (2010) de Tim Burton (avec Alice, fille miniature), à la nouvelle « La Servante » (1978) de Copi (avec Julien Alphand et Tommi Panthor, les deux miniaturistes), à la pièce Loretta Strong (1978) de Copi, etc.

 

Laspalès et Chevallier pour la pub Matmut

Laspalès et Chevallier pour la pub Matmut


 

Certains couples homosexuels fictionnels semblent suivre à la lettre l’adage populaire « Les opposés physiques s’attirent » : « Y’en a un qui est très grand. Y’en a un qu’est pas beau. Ramon et Pedro sont des rigolos. Ramon et Pedro aiment le tango. » (cf. la chanson « Ramon et Pedro » d’Éric Morena)… comme pour dire que le duo homo est mal assorti. « Rien ne nous assemble, Julien et moi. Nous sommes terriblement déviés l’un de l’autre. » (le juge Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 156) ; « La nuit dernière, j’ai fait un rêve. Tout était noir et doux. J’étais dans quelque chose de chaud et de palpitant. J’y allais à tâtons. Je savais pas où j’étais, comme ça, tout nu. C’était de la peau, partout. Et à la fin du rêve, quand je me suis réveillé, vous avez ouvert votre main, j’étais dedans. Vachement symbolique ? » (Julien Brévaille, idem, p. 40) ; « Un petit Italien vient m’inviter danser, c’est un vrai nain mais très bien fait. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 160) ; « Pourquoi tu es plus grand que moi ? » (Anton, le héros homosexuel s’adressant à Audrey, son pote qu’il va découvrir homophobe, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; « Ma chambre [d’hôtel] est à peine assez grande pour un homme de ma taille. » (Jacques) « Mais je peux me faire tout petit. » (Arthur, l’amant de Jacques, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; etc.

 

Documentaire Homo et alors ? (2015) de Peter Gehardt

Documentaire Homo et alors ? (2015) de Peter Gehardt


 

On observe ce décalage de tailles/hauteurs entre les amants du film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier : « Être amoureux, c’est ça. C’est comme si tu montais sur une chaise» dit Lionel à Loïc. Dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Jean-Marc décrit le couple homo Gerry/Dan d’une drôle de manière : « Gerry était parfaitement rond. Je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi rond de ma vie. […] Quant à Dan, on s’en serait douté, c’était son antithèse parfaite. Long. Placide. Immobile. Pâle. » (p. 94) Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, Jenko (le grand musclé) et Schmidt (le petit gros) joue à former un couple. « T’étais anti-gays au lycée. Même avec moi… » Dans son one-woman-show Chaton violents (2015), Océane Rose-Marie raconte que ses deux chats sont inversement proportionnés : Froustinette, le félin, fait cinq fois la taille de Craquinette, la chatte fatale qui fait sa star. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, il y a Thomas le petit et François le grand… enfin, c’est en tout cas comme ça que les amants se présentent eux-mêmes. Ils se définissent eux-mêmes comme « le petit » par rapport « au grand ». Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, se fait surnommer « Little » par ses camarades. Et face à son protecteur, Juan, un dealer plus âgé que lui, il se laisse miniaturiser : « Repose-toi sur ma main. »

 

Film "L'homme qui rétrécit" (dans "Parle avec elle") de Pedro Almodovar

Film « L’homme qui rétrécit » (dans « Parle avec elle ») de Pedro Almodovar


 

Par exemple, dans le roman lesbien À ta place (2006) de Karine Reysset, Cécile fait rapetisser son amante Chloé : « Chloé est encore plus petite que dans mon souvenir, toute menue. » (p. 23) ; « Depuis le message sur le répondeur, je n’arrête pas de brasser, remuer les souvenirs, […] Tout tourne autour de moi, les petites Chloé et moi aussi en miniature, à différents âges, poupées gigognes, poupées russes […]. » (idem, p. 45) Dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, l’amante est comparée à une danseuse de boîte à musique (« D’un seul baiser Mathilde saurait relancer la musique et que danse la ballerine. » p. 69) qui peut également jouer le rôle du King Kong géant : « Vue d’en bas, elle n’est pas spécialement belle. Ses doigts qui emprisonnent ma paume sont une étreinte profonde et rutilante. » (idem, p. 13)

 

Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le Dr Katzelblum, homosexuel, suit en thérapie un couple gay Benjamin/Arnaud parce qu’Arnaud ne s’assume pas comme homo. Benjamin et Arnaud affirment : « On est en collocation. Comme Astérix et Obélix. » Arnaud est petit de taille face à l’armoire à glace qu’est le docteur, ce qui fait dire ironiquement à ce dernier : « De là où vous êtes, je dois paraître immense. » Benjamin rétorque alors au médecin : « C’est pas la hauteur qui compte. C’est le goût. »
 

Comme exemples parlants de miniaturisation de l’amant dans les œuvres homosexuelles, on remarque que le héros homosexuel réduit souvent son compagnon à une seule partie de son anatomie, ou bien prétend qu’il le contient tout entier dans le creux de sa main. Par exemple, dans le film « Ma Mère préfère les femmes » (2001) d’Inés Paris et Daniela Fejerman, Elvira regarde le pied d’Eliska au moment de lui faire l’amour, et le montre comme un fétiche métonymique de toute sa personne. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, François, pour se faire pardonner de dépenser tout l’argent de son amant Thomas, le surnomme « mon Tom-pouce ». Dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet, Elsa s’étonne de la taille de la main de Pedro (« Qu’est-ce que ta main est grosse… ») ; et celui-ci de répondre une chose surprenante : « Fais vite avant qu’elle rétrécisse. » Dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer, Simone dit à Janine : « Vous êtes à ma main. » La métaphore de l’amant abrité au chaud dans la main, comme un oisillon tombé du nid, passe pour de l’amour : « J’adore les petits formats. Surtout ne grandissez pas. » (Héloïse à sa compagne Suzanne, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 312)

 

« Mais comment l’embrasser, la baiser, cette main royale, propre, tellement propre ? Comment ? Qui est-ce qui peut me le dire ? […] Je prends la main du Roi dans les miennes. Je suis courbé. Complètement. Parfaitement. Je sens la main de Hassan II. Je la respire. » (Khalid, le héros homo du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 17) ; « Il couvrit à nouveau tout entier mon tremblement. Oiseau tombé du nid grelottant dans la main d’un géant. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Carapace » dans le recueil Le Mariage de Bertrand (2010) d’Essobal Lenoir, p. 15) ; « Terrorisé, je m’imaginais prisonnier comme une guêpe dans la main d’un géant, Neptune coprophile régnant au fond de la fosse. » (idem, p. 11) ; « Vous êtes plus grand que sur les photos. » (Sammy, le père homo refoulé, s’adressant à son collègue chercheur homo Oliver, dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino) ; etc. La grandeur de l’amant par rapport à sa propre petitesse peut être ressentie par le héros homosexuel comme une protection aimante : « David m’apparaît d’un coup, occupe tout mon espace. Des mains me soulèvent. Son visage s’approche, disparaît, m’embrasse dans le cou. » (le narrateur du roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 11) ; « Elle me tient dans la main et tout ira bien. » (Mathilde dans le film « Mathi(eu) » (2011) de Coralie Prosper) ; « Derrière la vitre je l’observe, assis sous l’abribus ensoleillé. Son pantalon est trop petit, son front trop plat, ses yeux dépourvus de regard. Ses cheveux ressemblent à des poils de radis noir trempés dans l’huile de tournesol, mais peignés soigneusement. » (le narrateur homosexuel du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 11) ; « ton tout petit grand frère. » (idem, p. 171) ; « L’auteur oubliait que malgré la légende, le sexe des gorilles est inversement proportionnelle à leur taille. » (Essobal Lenoir, « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010), p. 99) ; « Comme dans un conte de fées, l’ogre se transforma en un prince de légende […] dont on peinait à croire qu’il était issu de cet œuf pourri. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Queue du diable » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 117) ; « Salut, c’est mon petit copain : 1m20. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; « Je suis pédé. Tout petit comme ça. Je suis pédouille. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Il était avant tout un nain, creusant des galeries obscures dans les mines de la littérature, à la recherche d’un filon scintillant. Il était un conservateur de rêves. Oui, le dernier archiviste d’histoires futiles.[…] Beaucoup, beaucoup étaient ceux qui l’avaient désiré, avaient désiré surtout le transformer en un objet d’art malléable. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), pp. 171-172) ; « Son visage se tordit tandis qu’il regardait le labyrinthe de livres. Littérature ! Littérature – les Olympiades des nains de jardin ! Bavardage des déments ! » (idem, p. 176) ; « Et je les veux à notre effigie : un mini-Christophe et un mini-moi. » (Antoine parlant de la pièce montée de son mariage avec Christophe, dans le téléfilm « Le Mari de mon mari » (2016) de Charles Nemes) ; etc.

 

Dans le roman lesbien La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, on voit à nouveau que les amantes ne sont pas de la même corpulence, et que cette différence n’est pas réaliste : « J’avais oublié combien elle était fragile. Sur le moment, j’ai été incapable de penser à autre chose ; appuyée contre moi, elle reposait entre mes bras et sur ma poitrine, et je la sentais à peine tant elle était légère. » (Ronit par rapport à Esti, p. 142) ; « Esti observe Ronit, elle aussi. Elle se dit que Ronit a l’air d’avoir rapetissé par rapport à autrefois. Ce n’est pas qu’elle a vraiment rapetissé, Esti le sait, mais plutôt qu’elle paraissait tellement plus, avant. À une certaine époque, Esti pensait que le visage de Ronit contenait le monde, alors que maintenant c’est un visage, rien de plus. » (p. 299)

 

La pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset rend très bien scéniquement ce décalage entre les amants homosexuels : Jean-Louis est juché sur une chaise géante, tandis que Paul n’arrive pas à l’atteindre. Dans le film « L’Homme que j’aime » (1997) de Stéphane Giusti, traitant du Sida, le rapport corporel entre Martin et Lucas est tout aussi inégalitaire : « Quand je l’ai pris dans mes bras, il était léger comme un gosse, j’avais presque peur de lui faire du mal. »

 

Pièce Perthus de Jean-Marie Besset

Pièce Perthus de Jean-Marie Besset


 

À ce sujet, les deux amantes Stephen et Mary du roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall ont un dialogue quasi surréaliste : « Vous êtes si petite que vous serez perdue, dans un bureau. » dit Stephen ; « J’ai cinq pieds cinq pouces ! » lui rétorque sa compagne. Ce à quoi la première répond : « Vraiment, Mary ? En tout cas, vous me semblez petite. » Mary conclut : « C’est parce que vous êtes si grande. Comme je voudrais grandir un peu ! » (p. 374)

 

La différence de taille entre les amants peut être l’indicateur d’un (fantasme de) viol. Par exemple, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Franz, l’un des héros homos, raconte son premier émoi homosexuel : c’était par rapport à son beau-père « avec les jambes grosses comme un footballeur ». Il rêve à deux reprises que l’amant de sa mère pénètre dans son lit d’adolescent : « Puis il est venu dans mon lit. J’avais l’impression de devenir de plus en plus petit. Comme une fille. Puis il est rentré en moi. » Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Emmanuel regarde du haut de l’immeuble son amant Omar en train de marcher dans la rue, et qu’il a violé. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel, se rêve en miniature dans sa propre trousse de toilettes, ou blotti (tout petit et dans un élan incestueux) contre le torse velu de son père (cinématographique), ou bien face à son lapin en peluche Dido devenu géant le temps d’une hallucination nocturne. Dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Chris, le héros homosexuel blond, se fait tout petit face à son père qu’il décrit comme « un Kingkong en érection ».

 
 

c) L’amant homosexuel est considéré comme un petit objet parce qu’il est regardé de dos ou porté sur l’épaule :

N.B. : Je vous renvoie également à la partie « Amant-objet » du code « Pygmalion » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Pour que la transformation de l’amant en fétiche soit complète, le personnage homosexuel peut demander à ce dernier de se retourner (« Benoît, tourne-toi », comme dit la chanson de Benoît), ou bien l’imaginer de dos. « Je vois Mathilde de dos. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 101) ; « J’ai eu envie de me branler. Je me suis mis sur le dos, j’ai gardé les yeux entrouverts […]. Je voyais se découper sur le ciel des visages, des corps habités, des sexes multiformes et des culs sculptés. Le vent mélangeait tout ensemble et remuait les feuilles froissées derrière moi. » (Claudio, l’un des héros homosexuels du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 103) ; etc. De dos, tout est permis : « J’ai envie de caresser la peau de celui qui me tourne le dos. » (cf. la chanson « Je fais peur aux garçons » de Mélissa Mars) ; « J’aime trop pétrir ses fesses de coureur, me coller à son dos cambré de statue. Je le renverse dans le lit : il m’est livré. Il est à moi. Alors je sais que son sexe m’appartient. Je le saisis d’un coup, son sexe bandé et chaud dont il est si fier, son gros membre de beau garçon. J’avale son gland rose, son bourgeon gonflé prêt à donner sa sève. Je le sens si bien quand il me prend, bien large et vigoureux. J’aime qu’il me déchire, qu’il m’éventre tout entier du bas en haut. Enfin, je suis si terriblement heureux quand je danse empalé sur lui. » (le narrateur homosexuel du roman Chambranle (2006) de Jacques Astruc, p. 97) ; « J’observe Mario de dos. Comme si je n’étais pas là. Je ne sais pas pourquoi. Ça m’émeut. » (Tommaso parlant de son amant, dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek) ; etc.

 

De dos, l’être aimé devient l’idole soumise parfaite, victime offerte. Il se donne sans les préliminaires longuets de la relation équilibrée où le regard apporte du réel relationnel : « Elle aussi sentait visiblement que ce n’était pas une rencontre ordinaire ; et moi, il m’avait suffi de la voir de dos pour le comprendre. » (Laura, l’héroïne lesbienne du roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 27) De dos, l’amant n’est plus totalement humain. Il acquiert la valeur sacrée de la sculpture : « Son épaule blanche, j’avais envie d’y mordre pour vérifier qu’elle était bien en vie. » (Cécile à propos de son amante Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 96) De dos, l’amant est dépersonnalisé en même temps qu’il devient l’Amant universel : « De dos, il me rappelait quand même un peu Mathieu, en plus costaud… » (Jean-Marc associant son nouvel amant Michael à son ex, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 243) ; « J’étais encore une fois dans mon rêve-cauchemar avec Hassan II. Je ne voyais que son dos. » (Khalid, le héros homo du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 37) ; etc.

 

Film "L'Homme de sa vie" de Zabou Breitman

Film « L’Homme de sa vie » de Zabou Breitman


 

L’amant miniature est souvent porté sur le dos, comme un Christ-enfant au saint Christophe, ou plus négativement comme un jumeau narcissique schizoïde, incestuel : cf. je vous renvoie au film « Un Chant d’amour » (1950) de Jean Genet, au film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitmann, à la photo Adam et Adam (1997) d’Orion Delain, au film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras (avec Ody portant son petit frère homo Dany sur son dos dans la forêt), à la chanson « En nage indienne » d’Étienne Daho (« Serre-moi fort. Si ton corps se fait plus léger, nous pourrons remonter. »), à la chanson « Par-dessus ton épaule » de Stéphane Corbin (« Par-dessus ton épaule, je ne suis qu’un enfant, et tu es un géant. »), au poème « Un autre dos » (2008) d’Aude Legrand-Berriot (« J’ai eu honte j’ai souffert. Je ne vais pas sortir les violons même si pour mon père c’est l’instrument de prédilection. […] Mais j’ai toujours eu en tête d’un jour lui reconnaître que j’aime profondément son dos pour rendre justice aux mots. » ; « Le ventre collé contre le grand lit de fer. Je cherche mon frère. J’avance vers le sommier. Le dos fermé couché, j’ai mal à reconnaître. La voix de mon frère, un sanglot étouffé. Pour le rencontrer, j’ai fait un millier de mètres à pied car ils nous ont séparés. »), au roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa (avec le roi Hassan II qui a la particularité d’être souvent représenté de dos et d’être réduit à une main), au film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, etc. « Stephen [l’héroïne lesbienne parlant de son père] aimait son large dos, elle avait toujours aimé ce dos très bon, rassurant et protecteur. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 115) Par exemple, dans le film « Tu n’aimeras point » (2009) de Haim Tabakman, Aaron observe Ezri nu de dos.

 

Film "Primo Amore"

Film « Primo Amore » de Matteo Garrone


 

Souhaiter regarder quelqu’un de dos plutôt qu’en face-à-face, cela indique symboliquement un refus de la relation, une distance, une indifférence, ou un rapport de consommation qui crée justement la différence de tailles. Et cela est d’autant plus vrai dans les relations entre les deux sexes. « C’est drôle, cette façon qu’ils ont de vous déshabiller toujours de dos. Dévoilant la fleur de leur virginité. » (Anthony MacMurrough à propos de ses jeunes amants-prostitués, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « J’crois pas que ça mérite tant d’intérêt que ça, ce qui se passe dans notre dos » (Arnaud, le héros homo se référant à la sodomie, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc. Par exemple, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Jean-Marc, le héros homo, s’extasie devant l’un des autoportraits de Catherine S. Burroughs posant de dos avec sa compagne, retournée aussi, parce qu’il met l’autre sexe à distance : « C’était une toile magnifique. […] Deux vieilles dames vues de dos s’avançaient dans une mer houleuse. L’une était boulotte, l’autre plus maigre. » (p. 219) Rien d’étonnant, par conséquent, que ce couple subisse, en même temps que l’éloignement, les assauts déformant de la caricature de miroirs de fête foraine. On observe cette même entreprise de réification de la part des personnages lesbiens par rapport à la gent masculine dans les romans de Colette, où les protagonistes masculins sont quasiment toujours observés de dos ou endormis. Par exemple, dans le film « Entre les corps » (2012) d’Anaïs Sartini, Hannah, l’héroïne lesbienne, et Greg, son ami gay, vivent en coloc ensemble : elle s’allonge contre son dos pendant qu’il dort.

 

Dany sur Ody dans le film "Xenia" de Koutras

Dany sur Ody dans le film « Xenia » de Koutras


 

Par ailleurs, il est étonnant de retrouver le dos dans l’expression insolite « pédé comme un sac à dos », qu’on entend çà et là dans les fictions : « Ils sont tous pédés comme des sacs à dos. » (Claudia par rapport aux agences de mode, dans la pièce Curriculum vite fait (2010) de Vincent Delboy) ; « Il est pédé comme un sac à dos. » (Carole en parlant de Laurent, dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure) ; etc.

 
 

d) Le personnage nain apparaît souvent dans les œuvres homo-érotiques :

MODÈLE Kang nain de rêve 1

B.D. "Le Monde fantastique des Gays" de Copi (planche "Un Nain de rêve")

B.D. « Le Monde fantastique des Gays » de Copi (planche « Un Nain de rêve »)


 

Comme je l’écris dans mon livre Homosexualité intime (2009), le désir homosexuel n’est pas, par nature, réaliste. Influence audiovisuelle et télévisuelle oblige : il encourage à voir les choses en trop grand ou en trop petit, mais pas à la bonne hauteur ni à la bonne taille. L’une de ses caractéristiques est le gigantisme et le nanisme (cf. Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe (1971) p. 348). C’est pourquoi on retrouve des personnages nains dans beaucoup d’œuvres artistiques homosexuelles, telles que le roman L’Autre (1971) de Julien Green (avec le nain Ib), le conte L’Histoire de la Princesse et du Nain (1889) d’Oscar Wilde, le one-man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, le spectacle musical Yvette Leglaire « Je reviendrai ! » (2007) de Dada et Olivier Denizet, le film « Même les cowgirls ont du vague à l’âme » (1994) de Gus Van Sant, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le film « Amours suspectes » (2002) de P. J. Hogan, le film « Brüno » (2009) de Larry Charles (avec le nain pygmée), le film « Casanova » (1976) de Federico Fellini, le film « Swimming Pool » (2002) de François Ozon (on y voit une servante naine ouvrir une porte d’entrée, vers la fin du film), le film « Parle avec elle » (2001) de Pedro Almodóvar, la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt, le film « The Devil Doll » (1936) de Todd Browning, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman, le roman Étoile de mère (2001) de G. Zoë Garnett (avec un nain homosexuel), le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet (avec la petite Nipponne ; l’héroïne lesbienne s’écrie même : « Vive les Noirs ! les Nains ! »), le roman Mon Ange (2002) de Guillermo Rosales, le vidéo-clip de la chanson « Plus Grandir » de Mylène Farmer (avec les deux religieuses naines), le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras (traitant justement du miniaturisme), la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher (avec les nains de jardin de Philibert), le roman A Sodoma En Tren Cobijo (1933) d’Álvaro Retana, le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur (le personnage de Gisèle dit qu’elle « adore les nains ! »), le film « L’Étrange Monsieur Peppino » (2002) de Matteo Garrone, le film « 20 cm » (2004) de Ramón Salazar, le film « Donersek Islik Çal » (1992) d’Orhan Oguz, la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim, le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto, la B.D. Kang (1984) de Copi, la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi (avec l’assistante de la secte Moon, décrite comme « une petite naine avec un nez immense », p. 288), le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot, la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch (avec les nains de jardin de Jean-Luc), le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (avec les Piccolos, des nains de cirque déguisés en fillettes), le film « Avant la nuit » (2000) de Julian Schnabel, la pièce Le Gang des potiches (2010) de Karine Dubernet, (avec le « gang des naines en tôle » dans une cellule voisine), le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan (Antonin offre à son copain Hubert deux petites marionnettes en pâte à modeler à leur effigie), le one-man-show Pareil… mais en mieux (2010) d’Arnaud Ducret (avec les nains gays), le one-woman-show Chaton violents (2015) d’Océane Rose-Marie (avec la concierge à Marseille, Madame Gomez, qui serait « la cousine portugaise de Mimi Mathy »), etc.

 

« J’adore Mimi Mathy. Elle a tout d’une grande. » (le coiffeur gay du one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; « Un de mes réguliers en a une minuscule comme le robinet du Manneken-Pis, la peau écarlate et fripée d’un nouveau-né ou un gant de toilette essoré. […] C’est un nain bossu et hargneux. » (le chiotte public homosexuel parlant d’un de ses visiteurs, dans la nouvelle « Mémoires d’un chiotte public » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 89-90) ; « Jane regarda une nouvelle fois le bâtiment en ruine qui s’élevait de l’autre côté de la rue, comprenant que, même en été, son ombre s’étirerait dans la chambre, étouffant toute chance de chaleur. Elle avait pris l’immeuble de derrière pour une réplique, plus jolie que le leur, plus élégant et rénové, mais peut-être était-ce l’inverse et leur bâtiment était-il le reflet de l’immeuble délabré. Cette idée lui donna l’impression d’être petite, et l’enfant qu’elle portait plus petit encore, un poisson solitaire piégé dans des eaux fluviales. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, pp. 70-71) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh, Glen et Russell évoquent l’existence de « leurs nains de jardin gays ». Dans le film « Joyeuses Funérailles » (2007) de Franz Oz, le père de famille dont on célèbre l’enterrement est homosexuel ; et son amant secret, Peter, est un homme nain. L’un des fils de la victime, Robert, n’en revient toujours pas : « Quoi? Papa trompait maman avec ce lilliputien?? » Dans la nouvelle « La Césarienne » (1983) de Copi, Jacqueline Mignot fait partie du contingent de nains démocrates français à New York car elle est lilliputienne : « Elle était néanmoins fort complexée vis-à-vis des autres femmes socialistes de sa génération » (p. 65). Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, le comédien Cameron Drake, jouant le rôle d’un gay dans un film oscarisé, est décrit comme un « nain de jardin » et « l’Homme le plus sexy de l’année ». Dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov (cf. l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1), une naine s’exclame « amen ! » à Shane, le héros homosexuel, quand celui-ci force les deux meilleures amies Amy et Karma à former un couple lesbien.

 

Film "Joyeuses Funérailles" de Franz Oz

Film « Joyeuses Funérailles » de Franz Oz


 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) L’amant comme modèle artistique :

Beaucoup de personnes homosexuelles croient vraiment que la photo de l’homme (ou de la femme, pour les femmes lesbiennes) qu’elles désirent a le pouvoir de s’animer au contact de leurs yeux… ou de leurs mains : « Mon index caresse une photo de cet été où il se tient debout torse nu devant la mer dans l’île de Fuerteventura, comme si j’espérais que du corps de papier émanerait la chaleur du corps réel. » (Christian à propos de son amant Kamel, dans l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli, p. 25) ; « Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. […] Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; « Sa quête d’images photographiques en dit long sur les frustrations de l’exilé allemand en Bolivie. » (Philippe Simonnot à propos dans Ernst Röhm quand il avait 42 ans, dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 235) ; etc.

 

Dans son autobiographie Le Livre pour enfants (2005), Christophe Honoré nous raconte comment il s’est fait portraiturer nu à 15 ans par Vincent, un camarade du lycée. Dans le documentaire « Des filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger, Orianne, femme lesbienne de 21 ans, a orné le mur de sa chambre de modèles féminins photographiques, qu’elle a baptisé ironiquement « Murs des Lamentations ». Toute une industrie du porno s’est développée autour de l’attrait des personnes homosexuelles à photographier/filmer l’objets de leur désir ou leurs couples (cf. le documentaire « Beefcake » (1998) de Thom Fitzgerald). Pour ma part, je me souviens qu’en boîte, quand des garçons me voyaient danser et tentaient de me draguer, j’en voyais certains en train de simuler qu’ils me filmaient avec une caméra… manière de me flatter et de me dire que je dansais à leur goût.

 
 

b) Amant miniature :

Souvent, les personnes homosexuelles regardent leur amant(e) de dos ou se sentent miniaturisées par leur amant(e). Cela ne prend pas tout de suite une connotation négative. « Si véritablement je n’étais pas leur star, à coup sûr, je devins par la suite une célébrité parmi eux [les garçons]. Ma féminité les rendait impulsifs les uns les autres. Ils m’aimaient, me parlaient avec douceur en me caressant la nuque ou le dos, comme il était permis ici pour démontrer une certaine affection. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 58) ; « C’est Laurel et Hardy. Don Quichotte et Sancho Panza. » (Pierre racontant sa première impression quand il a rencontré son « mari » Bertrand, dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; « Tu dis ‘Je veux que tu regardes mon dos comme une œuvre et que tu trouves ça beau’. » (le médecin s’adressant à Bertrand, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Love And Words » (2007) de Sylvie Ballyot, la traductrice est toujours filmée de dos ; la réalisatrice, pour se justifier d’avoir choisi cet angle de vue, déclare  que « le désir n’a pas besoin d’être exposé ».

 

Mais dans les faits, cette miniaturisation laisse se profiler un mépris voire un viol. « J’ai demandé au ciel de me dire pourquoi je suis là ? Qui j’étais ? Et quelques jours plus tard, on dit que le hasard n’existe pas, je regardais la télé le soir en zappant les chaînes, je vois un film érotique chouette et je vois un homme de dos, et l’autre personne, je ne la voyais pas. Et après, je me rends compte que ce sont deux homosexuels. Je n’avais jamais vu d’homosexuel en chair et en os. Et de les voir en plus en plein acte de violence, j’ai eu comme un coup de poignard, une monté de colère, un viol de mon être, une déchirure. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) Par exemple, dans l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008) d’Abdellah Taïa, les amants sont rapetissés… et c’est très mauvais signe : « Abdellah, mon ami, mon copain, était plus petit que moi. » (p. 12) ; « Ils se sont rapprochés de moi en se masturbant. J’étais allongé sur le dos au milieu du lit bleu. J’ai fermé les yeux et j’ai essayé de m’imaginer encore une fois à la piscine, l’eau, le chlore, le plongeoir, la paix, le luxe. Un rêve impossible à l’époque. Je nageais mais dans la peur. Je tremblais, à l’intérieur. Je ne voyais plus les garçons sauvages mais je les sentais venir, se rapprocher de mon corps, le renifler et le lécher. Dans un instant le violenter, l’un après l’autre le saigner. Le marquer. Lui retirer une de ses dernières fiertés. Le briser. » (idem, p. 25) ; « C’est toujours moi qui me jette le premier sur lui. Moi petit. Lui grand. Moi petit et lui grand comme avec Chouaïab qui avait failli me violer à la fin de mon enfance. » (à propos de son amant Slimane, p. 105) ; « Je suis devenu une sculpture entre tes mains. » (toujours par rapport à Slimane, p. 117) L’auteur se déforme également au moment du viol d’adolescence, comme un être irréel, un corps sans organe deleuzien : « J’étais dans le sommeil. Je flottais. Le monde était devenu bleu et moi, petit et grand, bientôt très grand, bientôt avec une autre image de moi-même. Me construire autrement, dans une autre vie. » (p. 17)

 
 

c) Le décalage de tailles entre les deux amants homosexuels peut être une réalité concrète de leur quotidien :

Dans L’Amour qui ose dire son nom (2000), Dominique Fernandez souligne que le duo David et Goliath figure parfois le couple homosexuel dans l’iconographie traditionnelle.

 

Il est curieux de voir dans l’autobiographie d’Alfredo Arias Folies-Fantômes (1997) que le fait de regarder l’autre de dos, ou d’être vu de dos, a des effets grossissants ou au contraire minorants sur le couple, comme l’exprime très bien Coco : « Quand le type s’est mis à me tripoter, il était derrière moi. J’ai regardé entre mes jambes en baissant la tête et j’ai vu que le type lévitait. Oui… Les pieds du mec flottaient en l’air. J’ai cru que mon cul le faisait léviter. […] J’ai découvert, en relevant la tête, que le type, qui était petit, s’était suspendu à un tuyau pour mieux baiser. » (pp. 102-103)

 

La différence de tailles que l’on peut observer entre amants homosexuels dans les fictions peut être le reflet d’un déséquilibre relationnel vécu concrètement soit au sein des couples homos réels, vivant entre un trop-plein d’ouverture (exhibition, excès, perte de l’intimité, infidélité, etc.) et un trop-plein de fermeture (fusion, absence de liens sociaux, activité sexuelle exacerbée, etc.), soit entre les deux membres du couple homo même. « Claude était aussi extraverti que j’étais introverti. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 29)

 

Plus symboliquement, le duo d’un grand et d’un petit peut renvoyer à un fantasme de viol ou un viol réellement vécu. Par exemple, dans l’autobiographie En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, Eddy Bellegueule décrit le duo de collégiens qui lui a infligé des sévices homosexuels et homophobes comme l’agencement d’un petit et d’un géant (« le grand aux cheveux roux et le petit au dos voûté », p. 19).

 

Documentaire "Sex Life In L.A." de Jochen Hick

Documentaire « Sex Life In L.A. » de Jochen Hick


 

Concernant la question de la préférence homosexuelle pour les dos, aussi saugrenue qu’elle puisse paraître, elle est beaucoup plus répandue qu’on ne le croit. Par exemple l’écrivain Violette Leduc se donne souvent de dos à ses amants (Geneviève Pastre, « L’Écriture et le Désir chez Violette Leduc », cité dans la revue Triangul’Ère 4 (2003) de Christophe Gendron, p. 198). Pierre Kyria nous parle de « l’œil froid » de Colette qui « transforme l’homme de sujet en objet » en le regardant « de dos » (Pierre Kyria, « L’Écriture Hermaphrodite », dans Magazine littéraire, n°266, juin 1989, p. 37). Je vous renvoie également au roman Un petit homme de dos cité dans le film « Dedans » (1996) de Marion Vernoux ; ainsi qu’au témoignage de certaines femmes lesbiennes regardant les hommes comme des objets et affirmant texto qu’elles les préfèrent « vus de dos » (cf. Marie-France, 54 ans, lesbienne, dans le documentaire « Une Vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité » (2002) de Serge Moati) : « Je trouve que les hommes sont beaux à regarder de derrière… mais pas de devant. »

 
 

d) Les nains :

Film "Blancanieves" de Pablo Berger

Film « Blancanieves » de Pablo Berger


 

Pour en finir avec le code de l’amant photographique, et toujours dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, il est parfois fait référence aux personnes naines, et ceci de manière insistante, tout comme dans l’univers farmérien. « Une lilliputienne, murmura Madeleine, attendrie. J’ai toujours rêvé de rencontrer une lilliputienne. » (à propos de Miranda, « l’unique lilliputienne argentine », p. 242) ; « C’est l’homme le plus petit du monde, conclut rêveusement Madeleine. Comme j’aimerais le rencontrer. » (idem, p. 271) Grâce au témoignage d’Arias, on voit – notamment à travers cette femme appelée Madeleine, apparemment fascinée par le nanisme – que cette catégorie minoritaire de la population interpelle beaucoup les personnes homosexuelles. Dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, lorsque Pascal enfile sa combinaison de parachutiste, fait une blague : « C’est pour un nain. » Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel commence son spectacle en disant qu’il était Superman et qu’il s’est transformé en nabot homosexuel : « L’homme du futur, plus fort et plus résistant, s’est transformé en nain efféminé. » Le comédien tourne en dérision sa petite taille, et dit qu’il aurait aimé être grand, blond aux yeux bleus : « 1m66, ça fait marrer. »

 

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°6 – Amant narcissique

Amant narcissique

Amant narcissique

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Film "L'Homme de sa vie" de Zabou Breitman

Film « L’Homme de sa vie » de Zabou Breitman

 

La psychanalyse, et notamment Freud, a beaucoup insisté (et pour cause !) sur la nature narcissique du désir homosexuel : ayant trop peur d’elles-mêmes pour s’accepter uniques et pour s’extérioriser vers les autres, les personnes homosexuelles se cherchent fantasmatiquement un clone d’elles-mêmes projectivement valorisé, vers qui elles pensent retrouver leur unité originelle/amoureuse (narcissisme platonicien, quand tu nous tiens…), pouvant dans un premier temps les rassurer dans une rafraîchissante et spéculaire ressemblance, mais qui au final les enferme sur elles-mêmes au point de les faire mourir ou d’éteindre en elles le désir. Dans la mythologie grecque, il n’est pas anodin que Narcisse se noie dans son égocentrisme, qu’il rêvait pourtant tourné sur l’Autre. Cette attirance vers le miroir de soi, très marquée dans les créations artistiques homosexuelles, rappelle que le désir homosexuel est un désir d’être objet, un élan plus égocentrique qu’altruiste, davantage ouvert sur la mort qu’à la – si vitale – Différence.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Miroir », « Jumeaux », « Cercueil en cristal », « Don Juan », « Voyeur vu », « Espion », « Clonage », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Amant diabolique », « Homme invisible », « Inversion », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Photographe », « Inceste », « Substitut d’identité », « Haine de la beauté », « Amant modèle photographique », « Pygmalion », « Eau », et à la partie « Paravent » du code « Maquillage », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Le personnage homosexuel trouve en son amant homosexuel une projection idéalisée et spéculaire de lui-même :

Film "Holding Trevor" de Rosser Goodman

Film « Holding Trevor » de Rosser Goodman

 

En général, dans les œuvres artistiques homo-érotiques, le héros homosexuel ou le réalisateur homosexuel prête au miroir des sentiments, une personnalité (… parce qu’initialement lui-même s’est pris pour un miroir !) : cf. le film « Espelho De Carne » (1983) d’Antonio Carlos Fontoura, le film « Diva Histeria » (2006) de Denis Gueguin, la photo « I’ll Be Your Mirror » (1996) de Nan Goldin, l’album Surfaces de plaisir (1987) de Federico Moura, le film « L’un dans l’autre » (1999) de Laurent Larivière, le film « Glissements progressifs du plaisir » (1974) d’Alain Robbe-Grillet, la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau, le film « I’m The One That I Want » (2000) de Lionel Coleman, le film « Je suis ma propre femme » (1992) de Rosa von Praunheim, le film « Narziss Und Echo » (1989) de Michael Brynntrup, le film « Dorian Gray Im Spiegel Der Boulevardpresse » (1983) d’Ulrike Ottinger, la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent, le film « Le Miroir de l’obscène » (1973) de Jess Franco, le film « Atomes » (2012) d’Arnaud Dufeys (entre Hugo et Jules dans les toilettes de l’internat), etc.

 

« Je suis votre miroir, la belle : je réfléchirai pour vous. » (le Miroir parlant à la Belle avec la voix de la Bête, dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau) ; « Un pare-brise de Twingo ? Fendu en deux, en plus… C’est gentil, je suis pas intéressé. […] Je me fais grave chauffer depuis que je suis une vitre ! » (le narrateur homosexuel réincarné en vitre de pare-brise, et racontant comment il fut accosté par une autre vitre, dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont) ; « Regarde-moi dans les yeux car il n’y a pas d’autre lieu où tu puisses voir le miroir dans lequel dans un instant tu t’éveilleras en moi ! » (Ahmed s’adressant à Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « La lun’ se lève dans le ciel rouge comm’ par un’ nuit d’été ! Cachafaz et la Raulito vont passer de l’autre côté ! » (le chœur des voisines parlant du couple homo Cachafaz/Raulito, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Je vous envie d’aimer les vitres comme vous les aimez. » (Marie-Louise, une brodeuse parlant du rapport entre Sidonie et la Reine Marie-Antoinette, dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot) ; « Il s’agit de trouver dans ce visage un miroir, le plus limpide des miroirs, de sorte que cette personne va me renvoyer cette lumière. » (Isabelle, l’héroïne bisexuelle du film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion) ; « C’est comme un miroir. Je sens un souffle qui naît à l’unisson. Mon double. » (c.f. la chanson « Retenir l’eau » de Mylène Farmer) ; etc.

 

Film "La Ligne d'eau" (2013) de Tomasz Wasilewski

Film « La Ligne d’eau » (2013) de Tomasz Wasilewski


 

Par exemple, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, Fédore, l’une des héroïnes lesbiennes, interroge (ironiquement ?) son miroir sur le mode amoureux : « Dis-moi que je suis belle et que je serai belle, éternellement… éternellement. » (p. 243) Dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Marie pose ses lèvres sur l’empreinte de rouge à lèvres laissée par Floriane sur la vitre de sa fenêtre, pour être en communion avec son amante. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, c’est en s’observant toutes les deux face à un miroir que Carol et Thérèse s’embrassent sur la bouche pour la première fois. Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Simon, le héros homo, s’entraîne à déclarer sa flamme à Bram, son futur amant devant sa glace. Et comme par hasard, le pseudonyme de Bram est très aquatique puisque le jeune homme se fait appeler « Blue ». Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, Vita Sackville-West et Virginia Woolf s’embrassent pour la première fois à côté d’un miroir, et c’est leur reflet que le téléspectateur voit. Dans le film « Close » (2022) de Lukas Dhont, Rémi regarde et communique avec son amant Léo à travers la vitre-plexiglas de la patinoire de hockey sur glace où joue Léo.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi

 

Parfois, le héros homosexuel embrasse son propre reflet dans la glace : cf. le film « La Ley Del Deseo » (« La Loi du désir », 1987) de Pedro Almodóvar (le tout début avec le comédien forcé par deux réalisateurs d’embrasser sa glace et de se masturber sur scène), le film « Vacationland » (2006) de Todd Verows, la pièce Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde (Dorian dit « Je t’aime » à son autoportrait), le roman Le Baiser de Narcisse (1907) de Jacques Adelsward, le film « Le Baiser devant le miroir » (1933) de James Whale, la chanson « Je m’aime » de Dranem, etc.

 

« J’ai envie de m’embrasser. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Un baiser sur le miroir, avec un peu de langue. » (le personnage homosexuel noir, dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Ce nouveau Narcisse s’éprendra de sa propre beauté. » (la conteuse parlant de Dorian dans la pièce Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Plusieurs fois dans les mois qui suivent je retourne seul au Louvre (sans jamais réussir à m’y faire enfermer ; j’aimerais beaucoup vivre ici et le dis chaque fois aux gardiens) […] À force d’observations, je finis par découvrir que je figure sur trois peintures au moins et que sur celle signée Raphaël j’apparais carrément tout entier à poil […] : c’est là devant ce tableau que pour la première fois de son existence Vincent Garbo aura éprouvé sur tout son corps l’émotion de l’amour. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 45) ; « La seule personne que j’aime, c’est moi. » (Juna, l’héroïne lesbienne de la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Mon Dieu, si je pouvais me faire l’amour… » (Jarry embrassant son reflet dans la glace, dans son one-man-show Atypique, 2017) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Le Sable » (2005) de Mario Feroce, Élisa, l’héroïne lesbienne, s’embrasse dans la glace. Dans la pièce D’habitude j’me marie pas ! (2008) de Stéphane Hénon et Philippe Hodora, le protagoniste tombe amoureux de son reflet. Dans la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, le personnage principal se prend pour Narcisse et se masturbe sous la douche. Dans le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, Andersen s’embrasse dans la glace. Dans la pièce Hétéropause (2007) d’Hervé Caffin et de Maria Ducceschi, Hervé, le héros homosexuel  s’appelle lui-même « mon chéri ». Dans la pièce La Femme assise qui regarde autour (2007) d’Hedi Tillette Clermont Tonnerre, le protagoniste donne un baiser à son reflet dans le miroir. Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Paul s’écrit une lettre d’amour à lui-même par un lapsus épistolaire, alors que pourtant, il souhaitait l’adresser initialement à Agathe. Dans le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, Romain, le héros, exprime son narcissisme dans la mort : « Je voulais vous dire que je vous aime, que je suis très malade et que je vais bientôt mourir » répète-t-il à son reflet spéculaire dans l’ascenseur. Dans la pièce Open Bed (2008) de David Serrano et Roberto Santiago, Julien dit qu’il « pourrait très bien tomber amoureux de lui-même », et que le fait de l’envisager, c’est chez lui « le début de la bisexualité ». Dans le film « A Escondidas » (« Fronteras », 2016) de Mikel Rueda, Rafa, un jeune de 14 ans, s’embrasse dans la glace au moment où il découvre sa tendance homosexuelle. Dans le film « Les Amoureux » (1964) de Mai Zetterling, le héros avoue que son plus « grand problème », c’est qu’il « se fait constamment la cour ». Dans le roman d’Yves Navarre Portrait de Julien devant la fenêtre (1979), le juge Kappus en arrive au constat narcissique suivant : « On ne vit qu’avec soi. On n’aime que soi. » (p. 154) Pendant son concert  à L’Européen à Paris le 6 juin 2011, Océane Rose-Marie (Oshen, la fameuse « lesbienne invisible ») commence son show de manière très bizarre : elle se regarde dans son verre à pied, s’arrange et s’adore devant son reflet ; le verre en cristal lui sert de miroir narcissique. Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Franz, le héros homosexuel, parle à son miroir, l’engueule puis l’embrasse. Dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor, le cosaque Karltschusski « baisait son portrait ». Dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), Merteuil comme Valmont s’embrassent dans le miroir. Dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder, Jerry annonce la bouche en cœur à son ami Joe « Je suis fiancée ! ». Et quand Joe lui demande « quel est l’heureux élu ? », il répond joyeusement « Moi ! ».

 

Il arrive que la meilleure amie du héros homosexuel reproche au protagoniste homosexuel de ne penser qu’à lui : « De toute façon, tu ne t’intéresses à personne d’autre qu’à toi. » (Marie s’adressant à son meilleur ami gay Loïc, dans le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier) ; « Tu n’as dit ‘je t’aime’ qu’à toi-même. » (cf. la chanson « Jimmy Love Me » de la Diva dans la comédie musicale La Légende de Jimmy (1992) de Michel Berger) ; etc. Par exemple, dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, lorsque le public entend la révélation publique de l’homosexualité de Tom (« Tom Valentin est homo. »), Cindy, sa compagne postiche, ouvre la fenêtre puis la referme en parodiant la pub de parfum Égoïste ! de Jean-Paul Goude. Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Joan, la fiancée répudiée par Alan Turing, homosexuel, le baptise de « fragile Narcisse ».

 

Le personnage homosexuel tombe amoureux de lui-même, de sa propre image. Mais comme il n’ose pas regarder en face son propre égoïsme, il se sert d’un être humain réel (ou une star de télé) sur lequel il se projette lui-même, pour camoufler/justifier son narcissisme. Par exemple, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, quand Mathan demande à Jacques « s’il n’a personne dans sa vie », ce dernier lui répond que si : « Il s’appelle Narcisse. […] C’est mon chat angora. Un peu comme un amant. » Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Frankie, le héros homosexuel, vole dans la salle de bain de son amant de passage Walt une assiette en porcelaine accrochée au mur, assiette qui le fascine car elle représente un homme triste. Il finit par dénoncer son larcin : « Merci pour l’assiette avec le garçon triste. » Dans le film « Faut pas penser » (2014) de Raphaël Gressier et Sully Ledermann, Arthur découvre que son copain Julien a un attrait pour lui parce qu’il le voit l’observer indirectement dans un miroir.

 

L’amant n’est envisagé que derrière une vitrine : « Je me vois dans le miroir à même sa peau. » (la narratrice lesbienne parlant de son amante Mathilde, dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 117) ; « De part et d’autre de la vitre, nous nous regardons en silence. » (Mireille Best, Camille en octobre (1988), p. 105) ; « Voulez-vous que je vous serve de miroir…? » (Inès, la lesbienne, s’adressant en séductrice à Estelle qui déplore, en enfer, de ne plus avoir de miroir où se regarder, dans la pièce Huis-clos (1944) de Jean-Paul Sartre) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman La meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, le personnage de Willie décrit ses différents amants comme des reflets aquatiques : « Ça fait cinq, […] si je repense à mes amours. […] Ça fait bizarre de les mettre sur la même surface, à égalité, tout plat, hop, un peu comme s’ils étaient posés tous les cinq sur l’eau. » (p. 279)

 

Dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, le rapport corporel homosexuel fait penser à celui de l’imprimerie : « Je retrouve ta chair. Je passe d’un monde à l’autre. Cela n’est pas si difficile. D’abord, tu me prends dans tes bras. Tu as ce geste immédiat, instinctif de rechercher mon contact, d’être comme moi, d’imprimer ton corps sur le mien, d’atteindre ce moment où ils sont en symbiose, où leurs épousailles les transforment en un seul objet. » (Vincent s’adressant à Arthur, p. 63)

 

Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Lukacz fait les vitres de la maison d’Adam à l’insu de ce dernier. Et Adam découvre, en regardant par la fenêtre, le visage de son futur amant. Dans la pièce Ma Première Fois (2012) de Ken Davenport, les deux amants homosexuels s’embrassent à travers une paroi vitrée. Dans le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears, la vitre sépare les deux amants Johnny et Omar. Idem dans le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody, ou encore dans le film « Plutôt d’accord » (2004) de Christophe et Stéphane Botti (avec la vitre entre Rodrigue et Jérémy). Dans la pièce La Tragi-comédie de Don Cristóbal et Doña Rosita (1935) de Federico García Lorca, Doña Rosita considère Cocoliche comme un miroir d’elle-même : « Chaque fois que je te regarde, mon amour, je crois être devant une fontaine. » Dans le film « Kilómetro Cero » (2000) de Juan Luís Iborra et Yolanda García Serrano, on observe un véritable mimétisme spéculaire entre les deux amants homosexuels, qui jouent au « jeu du miroir ». La génitalité homosexuelle est montrée comme spéculaire dans le film « Urbania » (2004) de Jon Shear, ainsi que dans la chanson « Pourvu qu’elles soient douces » de Mylène Farmer (« Le nec plus ultra en ce paysage, c’est d’aimer des côtés. »). Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, le couple lesbien Emma/Adèle est fusionnel, aquatique et narcissique : les filles sont filmées de près, sur des fonds bleus ou entourées de miroirs. Dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012), Didier Bénureau présente le miroir comme un univers d’inversion, au niveau de l’identité sexuée d’une part (le petit homme embrasse la princesse « ressemblant à Sheila dans ses beaux jours » et qui se transforme en Jean Cocteau), mais aussi au niveau de la pratique sexuelle. Le miroir est donc un lieu où tout le monde devient auto-reverse, où l’amour homo et l’identité siamoise sont rendus possibles : « Ô, toi, public, connais-tu l’histoire du miroir à deux faces ? » ; « Et ils [le petit homme et Jean-Claude son amant spéculaire] s’émeurent. Et ils s’aimèrent. »

 

L’amant narcissique est quelquefois tout simplement le modèle de magazine que le héros homosexuel jalouse : « Une fois, j’ai vu dans un magazine une femme qui me ressemblait. Je n’arrêtais pas de me demander : Pourquoi cette femme me ressemble ? Pourquoi elle est dans le magazine et pas moi ?!? […] Elle me ressemblait, et ça me rendait malheureuse. Cette femme dans le magazine qui me ressemblait, je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a explosé à la figure. » (Oshen – la comédienne Océane Rose-Marie – lors de son concert à L’Européen à Paris le 6 juin 2011) ; « Tu te prends pour la réincarnation de David ou quoi ? » (Jian Cheng s’adressant à Wang Ping qui se regarde dans la glace, dans le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye) ; etc.

 

Il est fréquent de retrouver des scènes de films homo-érotiques où le héros homosexuel et son amant font l’amour dans une chambre entourée de miroirs : cf. je vous renvoie au code « Cercueil en cristal » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

L’amour homosexuel, même s’il semble en intentions inconditionnellement tourné vers l’autre, est une nouvelle version de l’amour partiellement égocentrique. L’égoïsme, au lieu de tourner autour d’un seul être, englobe cette fois deux personnes. « Au fond, tu n’auras toujours été qu’un sale égoïste. » (Vincent s’adressant à son amant Stéphane, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Tu t’aimes beaucoup. Si on doit mesurer les égos, je suis battu à plate couture. » (Vincent s’adressant à Stéphane, idem) ; etc. C’est la raison pour laquelle, génitalement, il a tendance à se traduire par la pratique de la masturbation réciproque, de l’auto-érotisme à plusieurs. Comme pour symboliser que l’union homosexuelle est prioritairement narcissique, certains cinéastes filment parfois les scènes érotiques homosexuelles dans des lits entourés de miroirs, multipliant les amants à l’infini tout en les centrant sur eux, comme dans le film « Grande École » (2003) de Robert Salis (cf. je vous renvoie au code « Cercueil de cristal » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Certes, là encore, le coït homosexuel semble ouvert sur l’extérieur car les miroirs favorisent l’impression d’agrandissement spatial… mais ceci n’est vrai que dans la logique spéculaire et non dans le réel.

 
 

b) L’envers du décor spéculaire amoureux homosexuel :

Tout porte à croire que l’homosexualité est un narcissisme érotisé. La preuve en est que dans les œuvres homosexuelles, les personnages gays se font souvent leur propre déclaration d’amour devant la glace, et que l’amant est souvent associé au reflet dans le miroir. De surcroît, ce dernier n’est généralement pas un gentil écran plat (cf. la chanson « Corps et armes » d’Étienne Daho, le poème « El Inquisidor Ante El Espejo » de Vicente Aleixandre, le film « Le Narcisse noir » (1947) de Powell et Pressburger, la chanson « Rupture en miroir » de Jane Birkin, la poésie « Pénombre » de Pierre Louÿs, etc.) : « Quand on entre dans la cour, le garçon de la DDASS sort le premier. Il s’approche de la voiture, colle son nez à la vitre, me regarde, une main en visière de casquette. » (le narrateur du roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 49)

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi

 

Au fur et à mesure du temps, le contact spéculaire entre les deux amants finit par apparaître comme une frontière désagréable (et merdique !), une distance d’indifférence, de mépris ou de froideur qui frustre chacun des partenaires : « C’était comme s’il y avait un épais mur de verre entre nous. » (Laurent parlant de l’incommunicabilité avec son amant André, dans le film « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; « Je le vois bien que vous êtes là, je vous vois reflétée dans l’eau des waters ! » (Loretta Strong s’adressant à Linda dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi) ; « C’était comme au cinéma. C’était au bord de la plage. C’est alors qu’il m’est apparu. Un petit air de Ryan Goslin… avec le corps d’Élie Sémoun. » (Benjamin racontant sa première rencontre avec Arnaud, à qui il a fait volontairement un croche-patte, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Il faut voir les jolis garçons timides qui se reniflent comme des chiens, […] la joie illuminer leur visage quand ils croisent dans le jeu des carreaux le reflet révélateur de celui qu’ils convoitaient et qui enfin répond à leur appel par un regard de gorgone lubrique. » (le chiotte public homosexuel dans la nouvelle « Mémoires d’un chiotte public » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 93) ; « Surprise, elle me dévisage sur le cliché et puis en chair et en os, et après se regarde longuement dans la glace. J’accroche la photo au coin du miroir, et me reflète à mon tour. Je suis derrière elle, et je lui parle à l’oreille, fixant son double qui me fait face. » (Cécile à propos de son amante Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, pp. 47-48) ; « On se parle par écrans interposés. » (Daniel s’adressant à son amant Luther dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta) ; « Derrière la vitre je l’observe, assis sous l’abribus ensoleillé. Son pantalon est trop petit, son front trop plat, ses yeux dépourvus de regard. Ses cheveux ressemblent à des poils de radis noir trempés dans l’huile de tournesol, mais peignés soigneusement. » (le narrateur homosexuel du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 11) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Tristesse des Androïdes » (2012) de Jean-Sébastien Chauvin, les deux amantes Anna et Cassie croient que si elles se déconnectent d’Internet, si elles brises l’écran vitré qui les unit, elles et leur amour vont disparaître. C’est d’ailleurs ce qui leur arrive. Leur amour ne tient qu’à une connexion informatique. Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca voit un de ses amants au lit comme « un braconnier » qui va le tuer pendant le coït : « Il m’a foutu la peur de ma vie ! » Il le voit comme un être virtuel : « Et moi, j’étais en dessous, et je tapais ESCAPE ESCAPE ESCAPE !! »

 

Dans le film « Billy’s Hollywood Screen Kiss » (1998) de Tommy O’Haver, Billy, en songe, veut aller rejoindre son amant Gabriel qu’il voit courir vers la mer, mais il se heurte contre une vitre invisible qui l’empêche d’avancer : l’écran de cinéma.

 

Dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, Adrien décrit à son amant Malcolm leur histoire d’amour comme une douce pente, une descente aux égocentriques enfers aquatiques : « Mais qui étions-nous quand nous nous sommes rencontrés ? Deux sabliers qui allaient s’inverser comme un miroir. […] Une histoire rêvée, fantasmée […] On descend vers soi, comme le sable, comme le fleuve. » (p. 138) Le Narcisse homosexuel se prend pour son propre désir : « Il [Adrien] aimait aimer. Il aimait se ressentir, s’éprouver aimant. » (p. 40) Et même si cela le flatte dans une premier temps, il finit par en payer les conséquences…

 

Dans le roman à l’eau de rose gay Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, les amants homosexuels entretiennent une relation totalement narcissique du point de vue du désir. Bryan, le héros, dorlote Kévin comme s’il se parlait à lui-même : « Quand je te vois, j’ai l’impression que tu n’es pas réel. Que je suis dans un rêve. Comme si tu venais d’ailleurs ou que tu étais immortel ! » (p. 141) ; « Je voudrais être dans ton corps, je voudrais être toi ! […] T’es beau, je voudrais te ressembler mais aussi mieux te connaître, savoir qui tu es, ce que tu ressens, ce que tu penses, ce que tu aimes et ce que tu détestes… » (pp. 330-331) ; « Tu es comme j’aurais voulu être, mais comme je ne suis pas. T’es mon rêve ! » (p. 142) Bryan réclame à Kévin qu’il lui parle davantage de lui, parce qu’« il ne se voit qu’à travers lui, à travers ce qu’il lui dit » (p. 161). Il cherche tellement à le coller qu’il ne le voit plus, qu’il n’a même plus une claire vision de qui il a en face de lui : « Je ne te connais pas, comment peut-on aimer quelqu’un qu’on ne connaît pas ? Je ne sais pas… mais je t’aime ! » (pp. 213-214) Folie du narcissisme… On a tellement l’impression de dialoguer avec « son autre soi-même » qu’on ne se voit même plus soliloquer ! : « Kévin pleurait toujours. Je le pris dans mes bras et le serrai très fort contre ma poitrine. Nous étions face à face, corps contre corps, les yeux dans les yeux. Ce moment-là, je l’avais trop désiré. Encore une fois l’impression de rêver ! » (p. 317) Aveuglé par ses intentions d’amour fusionnel, Bryan ne se rend pas compte qu’il se noie dans les eaux infernales du Styx : « Ton regard… tes yeux. […] J’ai besoin de m’y perdre, de m’y noyer. » (p. 317) ; « Comment fais-tu ? T’es trop beau. T’es infernal. » (p. 317) Il finira par mourir de manière brutale à la fin du roman.

 

Le reflet spéculaire dont le héros homosexuel tombe amoureux ressemble à un mirage narquois et cruel. L’androgyne diabolique est ce personnage-miroir à double face (souvent décrit dans la fantasmagorie homosexuelle comme un reflet transparent, un homme invisible, une obscure clarté, un diamantaire) qui a tendance à épier, à user de la menace et à sectionner son partenaire amoureux. « Déjà ce soir-là Méphisto incognito guettait sa victime en rasant les murs. Dans les vitrines se croisent leurs regards, miroirs qui se font signe, sans parole et sans signature. » (cf. la chanson « Les Trottoirs de Los Angeles » de la comédie musicale La Légende de Jimmy (1992) de Michel Plamondon) Par exemple, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, sous la douche, Clara, l’héroïne lesbienne, voit dans une flaque le reflet riant et diabolique d’un de ses agresseurs lesbophobes.

 

Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, vit sa vie amoureuse impossible à travers les miroirs. Par exemple, il découvre son émoi homosexuel pour Dick quand il le regarde nu dans une glace. Plus tard, il utilise le reflet de la vitre du compartiment du train pour se donner l’illusion spéculaire qu’il embrasse Dick sur la bouche. Enfin, après avoir assassiné Dick, Tom voit le visage accusateur de son amant dans les miroirs : il tombe de son solex après avoir croisé dans le miroir d’une brocante italienne le regard de Dick.
 

Il arrive même qu’il viole le héros homosexuel (dans le cadre de l’amour ou de la prostitution). Par exemple, dans le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre, le prostitué Eloy s’adresse à Rubén – son client – à travers un miroir. Dans le film « Thomas trébuche » (1998) de Pascal-Alex Vincent, par exemple, au moment où Thomas embrasse son copain, il est blessé au visage par des éclats de verre. Dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, Nina tue avec un éclat de miroir brisé son amante lesbienne Veronika dans les loges de l’Opéra. Dans le film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser, Jan repousse violemment son meilleur ami Matthieu qui a tenté de l’embrasser sur la bouche, et ce dernier se retrouve propulsé sur une fenêtre qui vole en éclats et lui coupe la jambe.

 

L’attraction sexuelle vers Narcisse s’annonce explosive, éclatante et coupante comme un miroir brisé : « Il frémissait, nu maintenant, totalement nu et désarmé, recroquevillé dans le vent bleuté du soir, la tête basse pour ne pas encore affronter le reflet de lui-même qu’il se préparait à reconnaître dans le regard de Pierre Gravepierre. Il aurait aimé pleurer. Il aurait aimé se jeter, bras en avant vers Pierre Gravepierre. Il aurait aimé être happé doucement et étreint avec une violence qui l’aurait brisé. » (Claude Brami, Le Garçon sur la colline (1980), pp. 247-248) Par exemple, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, le drame du narcissisme homosexuel apparaît comme un sacrifice d’amour magnifique, même s’il n’est en réalité qu’une jalousie entre amants, jalousie qui conduira Khalid à la mort : « Je l’ai poussé. Il a plongé. Le fleuve Bou Regreg l’a accueilli, embrassé, trop aimé. J’entends, je vois encore ce moment. Le corps de Khalid qui rencontre l’eau du fleuve. Un mariage. » (Omar parlant de Khalid, pp. 167-168) Dans le film « Choses secrètes » (2002) de Jean-Claude Brisseau, l’héroïne lesbienne Nathalie donne une définition assez juste des femmes au destin amoureux dangereux : « Les femmes fatales sont en général narcissiques ou lesbiennes. »

 

Le miroir est le reflet de la réalité violente de la pratique homosexuelle : « Le chauffeur de taxi râle, il a joui. Toujours la même histoire avec les Arabes. Il va se laver sans dire un mot, se savonne bien la bite sans oser me regarder dans le miroir qu’il a en face. Ça t’a plu ? je lui demande appuyé sur le rebord de la porte. Moi je me vois bien dans le miroir, j’ai les cheveux longs éméchés, la robe déchirée, on dirait une pute qu’on vient de violer. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des Folles (1977), p. 44) ; « Tes lèvres sont bleues. Tu as sucé un bonhomme de neige ? » (Harold s’adressant ironiquement à son pote Emory, homo lui aussi, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « La jeune prostituée jaillit de derrière la voiture et projeta un pavé sur la vitrine qui vola en éclats. Mme Pignou fut blessée au front par un éclat de verre. » (Copi, « Madame Pignou » (1978) p. 53) ; « J’allais rejoindre Jean-Pierre dans les toilettes. Il se tenait debout contre le mur. Il avait un couteau de cuisine à la main. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Virginia Woolf a encore frappé » (1983) de Copi) ; « On était au bord d’un lac. On regardait un coucher de soleil. Soudain, tout s’est écroulé. On s’est endormis. Et ils nous ont trouvés. » (Graham en parlant de son tragique amour d’adolescence avec Manadj, dans le film « Indian Palace » (2011) de John Madden) ; etc. Par exemple, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, le beau Vincent raconte que la première fois qu’il a couché homosexuellement, c’était dans un coin reculé d’une plage, à l’âge de 15 ans, avec un homme de 20 ans, Sébastien, qui s’est tué à l’arme à feu un an après.

 

L’amant narcissique peut être également le frère, le père, la sœur ou la mère du héros homosexuel… ce qui teinte le ravissement spéculaire d’inceste : cf. la pièce Le Cabaret des Utopies (2008) du Groupe Incognito (avec la jumelle narcissique), etc. « Quand je touchais un salaire de misère pour payer ma chambre de bonne, j’avais toujours épinglée votre photo sur mon miroir. J’ai suivi avec grande attention votre carrière. » (Vicky s’adressant à la Comédienne, qui n’est autre que sa sœur jumelle, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « On dirait ma sœur Olga. » (le compositeur homosexuel Érik Satie se regardant dans le miroir, dans la pièce Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou) ; « Ma Mère : mon miroir. » (Margot dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Elle [Mathilde] voyait, sur une plage aride et dévorée par un ciel de feu, une pourriture que la vague inondait d’écume, puis délaissait pour la recouvrir encore, et bien que ce visage fût détruit affreusement, elle savait que c’était celui de Jean son frère. » (François Mauriac, Génitrix (1928), pp. 32-33) ; « Mon malaise s’estompait, mais l’image que me renvoya le miroir aurait pu être le fantôme d’une sœur jumelle morte. » (Laura, l’héroïne lesbienne du roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 118) ; etc.

 

La passion homosexuelle pour l’amant narcissique conduit en général le héros vers la mort (au moins psychique et désirante ; souvent corporelle). « Je t’ai vu partir avec un masque de verre. » (Heiko, le héros homosexuel s’adressant à son amant Konrad, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) Par exemple, dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, tous les personnages discutent en binôme en contemplant le lac. Et tous mourront narcissiquement de cette contemplation : Michel noie Pascal. Henri se sacrifie pour Franck. Franck se jette dans la gueule du loup (Michel). Dans le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau, Orphée est obligé de traverser le miroir pour rejoindre aux enfers sa compagne Eurydice.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Beaucoup de personnes homosexuelles envisagent à travers la pratique homo de créer un couple neuf où chacun de ses membres trouverait à travers l’autre son miroir parfait dans lequel il se sentirait à la fois créé et créateur. « Je l’ai rencontré dans un rétroviseur. J’allais à un pressing à Vanosque. » (Pierre en parlant de son amant Yann, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Tu penseras au poète grec d’Alexandrie. À celui qui a su raconter comment un miroir est tombé amoureux du coursier qui s’est regardé par hasard en lui. Un jour, un soldat grec se regardera dans ton miroir qui, comme celui du poète, tombera amoureux de lui. Qui pourra te reprocher de jouer aux miroirs ? » (la grand-mère d’Alfredo Arias parlant à son petit-fils homo, dans l’autobiographie de ce dernier, Folies-Fantômes (1997), p. 160) ; etc. Par amour, elles promettent à leur partenaire d’être identiques à lui/elles (n’oublions pas que le mot homosexualité est composé du terme grec homo qui veut dire « même »), mais paradoxalement, elles n’en supportent pas l’idée et s’interdisent de penser qu’elles sont fantasmatiquement superficielles comme les miroirs. En refusant de se reproduire avec/par l’autre à travers la parentalité naturelle, parce qu’elles considèrent que le miroir leur permet de s’engendrer toutes seules sans l’aide de personne, elles décident que leur création se fera dans la copie parfaite (= l’image dans le miroir), et non plus dans l’original « imparfait » (= l’enfant).

 

AMANT NARCISSIQUE portable

 

Elles se font parfois leur propre déclaration d’amour dans la glace. « Il m’est même arrivé de m’embrasser devant la glace à 4 ans et demi. » (Bambi, star trans M to F, s’exprimant lors du débat « Transgenres, la fin d’un tabou ? » diffusé sur la chaîne France 2 le 22 novembre 2017) ; « J’ai toujours été amoureuse de mon corps. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc. Mais cette déclaration ne leur semble pas égoïste dans la mesure où, pour une part de leurs désirs intellectualisés, elles et leur reflet sont quand même deux. En général, l’amant homosexuel est vu comme le double dans les deux sens du terme : la duplication du même (exemple : un double de clé), ou bien la division du même (exemple : je vois double). Il se réduit donc à un clone entier mais aussi à une moitié androgynique. « J’avais oublié simplement que j’avais deux fois 18 ans » chante Dalida. Le désir homosexuel dit à la fois la duplication et la division. Inconsciemment, face à l’être aimé, beaucoup de personnes homosexuelles affirment qu’il y a deux fois elles-mêmes en lui, mais si rationnellement, elles voient bien qu’il y a lui tout seul et elles toutes seules.

 

Ainsi, elles se retrouvent souvent devant une situation délicate par rapport à leur amant : à la fois elles l’aiment tel qu’il est, mais aussi comme un reflet d’elles-mêmes projectivement valorisé, … donc elles ne peuvent l’aimer vraiment pour lui-même. Certes, aucun amour humain, même entre une femme et un homme qui s’aiment profondément, n’est dénué de convoitise et de narcissisme : au sein d’une union, on aime toujours l’autre un peu pour soi (… et ceux qui prétendent le contraire ne sont pas dans le donner-recevoir de toute relation humaine). Mais force est de constater que l’amour homosexuel tend à enfermer le sujet sur lui-même ou à l’y ramener par le truchement d’un corps semblable. L’élan égocentrique du désir homosexuel est visible dans de nombreux couples homosexuels : on a souvent l’étrange impression que ces derniers se composent de deux solitudes qui ne n’existent pas chacune pour elle-même, vivant l’une à côté de l’autre sans être véritablement unies, exactement comme dans le couple hétérosexuel ou dans les échantillons de figurines Barbie et Ken exposées en rang d’oignons sous cellophane dans les supermarchés.

 

AMANT NARCISSIQUE CAPTURE

 

Sigmund Freud a été bien inspiré de souligner la composante narcissique du choix d’objet sexuel dans le désir homosexuel (il a juste oublié de l’appliquer aussi aux couples hétérosexuels en dissociant clairement le couple hétérosexuel du couple femme-homme désirant). La sexualité homosexuelle est à double face, à l’image du miroir. Mylène Farmer ne chante-t-elle pas dans sa chanson « Pourvu qu’elles soient douces », que le nec plus ultra dans le paysage homosexuel, « c’est d’aimer des deux côtés » ? Tout porte à croire que l’homosexualité est un narcissisme érotisé.  « Le ruisseau et ceux qui s’y vautrent avait déjà commencé à te fasciner. » (Oscar Wilde s’adressant à son jeune amant Lord Douglas, dans sa lettre De Profundis écrite en 1897) L’amour homosexuel est, selon Platon, un « reflet d’amour en réponse à l’amour » (Daniel Borillo et Dominique Colas, L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005), p. 81). Par exemple, dans son autobiographie Aveux non avenus (1930), la photographe lesbienne Claude Cahun parle d’elle et de Suzanne Malherbe en des termes très narcissiques : « Portrait de l’un ou de l’autre, nos deux narcissismes s’y noyant, c’est l’impossible réalisé en un miroir magique. »

 

L’amour homosexuel peut téléporter les personnes homos dans un autre monde et leur faire faire une traversée du miroir peu libre, comme le montrent les propos de Corinne dans l’émission Ça se discute (diffusée sur la chaîne France 2, le 18 février 2004) par rapport à son initiation à la pratique homosexuelle : « Nous nous sommes embrassées, et j’ai su que ma vie avait basculé. J’ai été projetée d’un monde à l’autre. »

 

L’amour homosexuel, même s’il semble en intentions inconditionnellement tourné vers l’autre, est une nouvelle version de l’amour partiellement égocentrique. L’égoïsme, au lieu de tourner autour d’un seul être, englobe cette fois deux personnes. « C’est ça, une vie de luxure. Je me regardais constamment dans le miroir. Et c’était toujours MOI, MOI, MOI. » (Dan, homme homosexuel, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) C’est la raison pour laquelle, génitalement, il a tendance à se traduire par la pratique de la masturbation réciproque, de l’auto-érotisme à plusieurs. Comme pour symboliser que l’union homosexuelle est prioritairement narcissique, certains cinéastes filment parfois les scènes érotiques homosexuelles dans des lits entourés de miroirs, multipliant les amants à l’infini tout en les centrant sur eux. Certes, là encore, le coït homosexuel semble ouvert sur l’extérieur car les miroirs favorisent l’impression d’agrandissement spatial… mais ceci n’est vrai que dans la logique spéculaire et non dans le réel. L’amour homosexuel, indépendamment de la volonté des deux membres du couple, implique d’abord un désir de clonage, d’une duplication, d’un écho androgynique, et non d’un engendrement par la différence.

 

Peu de personnes homosexuelles dérogent à cette interprétation fausse et égocentrique de l’amour, aux désastres du narcissisme identitaire. Par exemple, dans son autobiographie Parloir (2002), Christian Giudicelli s’imagine devant son propre reflet qu’il s’adresse à son jeune amant Kamel : « Je me regarde dans le miroir : c’est lui. Je dis : ‘Bonjour, c’est moi Kamel.’ Il approche son visage, ses lèvres ouvrent mes lèvres. » (p. 119) Elles aiment se rassurer de la sexualité en cherchant un semblable qui la confortera dans son manque de confiance en elle : « Je n’ai jamais eu d’aventure avec quiconque. Des relations sexuelles, oui. Des relations amicales, oui. Les deux combinées ? Non. Jimmie, bien entendu, c’était autre chose – c’était moi. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 253) Didier Éribon, en racontant dans son autobiographie Retour à Reims (2010) un de ses plus forts émois amoureux envers un camarade de classe, illustre tout à fait le mimétisme spéculaire impulsé par le désir homosexuel : « Il me fascinait et j’aspirais à lui ressembler. » (p. 175)

 

L’amour homosexuel est un amour de mise en abyme, projectionnel : l’amant homosexuel se regarde aimer plus qu’il n’aime vraiment, tombe amoureux de « lui-même en amoureux » plutôt que de l’individu singulier en face de lui, vit dans le désir d’aimer sans aimer concrètement, expérimente l’amour dans l’intention plus que dans les faits. C’est pour cela qu’il parle au conditionnel quand il exprime son désir : « Je voudrais que tu me manques » dit Christophe Moulin dans sa chanson « J’aimerais aimer ». Le désir homosexuel n’est pas pleinement effectif, réel, agissant.

 

Le narcissisme de l’« amour » homosexuel se traduit en général en violences au sein du couple homosexuel. Certaines personnes homosexuelles parlent même de leur amant comme d’un miroir qui a éclaté entre leurs mains : « C’est comme un miroir. Tu tiens le miroir en pleines mains. Tu aimes le miroir. Et soudain, il se brise en mille morceaux. Comme ton cœur. C’est un sentiment de personnes. » (Louie, homosexuel palestinien de 31 ans caché à Tel-Aviv, dans le documentaire « The Invisible Men » (2012) de Yariv Mozer)

 


 

L’amant narcissique recherché par les personnes homosexuelles peut être également le frère jumeau, le père, la sœur ou la mère (fantasmatiquement projeté)… ce qui teinte leur ravissement spéculaire désirant d’inceste : « Il avait dix-sept ans à présent, presque dix-huit, comme moi. Nous avions tous deux connu cinq ans de souffrance dans ce lycée militaire où nos familles respectives nous avaient envoyés, avec l’espoir que cette éducation virile anéantirait notre imaginaire. Dans un esprit de pédagogie et de feinte gentillesse, ils avaient formé le plan de nous éliminer. Nous avions construit, Ernestito et moi, un jeu de miroirs qui allait devenir notre planche de salut : chacun de nous était tantôt le personnage, tantôt le reflet, et nous ne nous quittions pas. Ce rituel allait nous permettre de survivre aux innombrables épreuves d’humiliation auxquelles cette ‘formation’ se prête volontiers. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes, 1997, pp. 189-190)

 

Le désir homosexuel, même s’il se fait appeler « amour », tend à replier la personne homosexuelle qui souhaite le pratiquer sur elle-même : « Le reste de sa jeunesse de collège, au sortir de cette douleur, Oscar Wilde le consacre à lui-même, dans un fabuleux égoïsme : ‘Autrui est tout à fait insupportable. La seule compagnie possible est soi-même. S’aimer soi-même est le commencement d’un grand amour.’ écrit-il trente ans plus tard. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 171) ; « Comme je me sentais seul, dramatiquement seul, ce n’est qu’avec moi-même que je pouvais communier. […] J’aimais souvent me contempler nu. » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), pp. 60-62)

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

Code n°7 – Amant triste

amant triste

Amant triste

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

C’est une véritable maladie que la croyance en l’« Amour » triste ! La « Mélancholia » comme dirait Mylène Farmer… Une maladie de notre époque narcissique et dépressive. Et la confusion entre la gravité de l’Amour avec la mélancolie/la mort : une perversion ! (… mais rassurez-vous, ça se soigne très bien ^^) Qu’on le dise haut et fort, sans honte, quitte à passer pour des individus angélistes, naïfs et idéalistes : il n’y a pas d’Amour vrai sans joie durable ! Que savent-ils de l’Amour, ceux qui entonnent en chœur « Je t’aime mélancolie » ? Pas grand-chose finalement.

 

Il n’est pas rare que l’« amour » homosexuel, dans les fictions tout comme dans le réel, s’avance par la voie des larmes et de la mélancolie, plus qu’il ne soit le reflet d’une force de vie positive, d’un amour qui relève, qui vainc la mort, qui forge les Hommes forts et doux. Ce n’est pas l’amant debout, mais bien la victime aux genoux fléchis, qui fait craquer le héros homo… car au fond, ce dernier envisage l’amour comme une mort, comme un film mélodramatique vécu à deux le temps d’une chanson triste, comme une maladie, comme une pente inexorablement descendante. Le jour où son amant ira bien, c’est, pense-t-il, qu’il n’aura plus besoin de lui ni de sa compagnie. Ce n’est pas non plus la force que le personnage homo préfère chez son partenaire : il attend de lui le désarroi, la défaillance, le spleen, les envies de suicide, le désir de chuter à deux (tellement « tragédie classique »… tellement « beau »…). Le goût pour l’éphémère, la sensiblerie rétro, et la pleurnicherie, est une technique de drague qui fait fureur dans les sphères amoureuses homosexuelles concrètes. Surtout sur les sites de rencontres internet gay. Quoi de plus séduisant, en effet, que de prendre sous son aile un « maudit de l’Amour », qui joue l’abandonné ? Pour mieux maquiller la pulsion égoïste, qui n’a jamais été tenté, dans les moments de passion sentimentale, de pleurer au lieu d’aimer, de confondre apitoiement et sentiment, de sauver l’autre, de se sacrifier pour lui ?

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Mort = Épouse », « Milieu psychiatrique », « Humour-poignard », « Haine de la beauté », « Manège », « Appel déguisé », « Homosexualité noire et glorieuse », « Douceur-poignard », « Première fois », à la partie « Rouge et noir » du code « Corrida amoureuse », à la partie « Adieux » du code  « « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » », à la partie « Mélodrame » du code « Emma Bovary « J’ai un amant ! » », à la partie « Suicide » du code « Mort », à la partie « Paradoxe du libertin » du code « Liaisons dangereuses », à la partie « Regards » du code « Amant diabolique », à la partie « Promenade chorégraphique » du code « Bobo », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

AMANT TRISTE 1 Cameron Mitchell

Film « Shortbus » de John Cameron Mitchell

 

Cet amour surgissant de la supposée victoire de la mort sur la Vie est visible dans beaucoup de créations artistiques racontant des romances « amoureuses » homosexuelles : c’est le cas par exemple pour le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, le film « The Saddest Boy In The World » (2006) de Jamie Travis, le film « La Tristesse des Androïdes » (2012) de Jean-Sébastien Chauvin, le film « Tu n’aimeras point » (2009) de Haim Tabakman (avec la tristesse d’Aaron), les chansons « Je t’aime Mélancolie » et « Tous ces combats » de Mylène Farmer, le roman Bohemia triste (1909) d’Antonio de Hoyos, le roman Tes Blessures sont plus douces que leurs caresses (1986) de Jean-Paul Goujon, le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, le roman Una Mujer En La Guerra De España (2003) de Carlota O’Neill, le film « L’Amour c’est gai, l’amour c’est triste » (1968) de Jean-Daniel Pollet, le film « Tristesse et Beauté » (1984) de Joy Fleury, le roman Le Garçon qui pleurait des larmes d’amour (2007) d’Alexandre Delmar, le roman L’Amant malheureux (1943) d’Alberto Moravia, le film « Un Chant d’amour » (1950) de Jean Genet, la photo Le Marin (1985) de Pierre et Gilles (avec un mousse en larmes), la chanson « Mélancolie toujours » de Jann Halexander ainsi que son film « J’aimerais, j’aimerais… ou la triste histoire d’Antoine Blanchard » (2006), la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau (avec Jules, l’écrivain homo dépressif), le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma (avec Marie, l’amante qui ne sourit jamais), le film « Seul le feu » (2013) de Christophe Pellet (avec le personnage mélancolique de Thomas), le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs (avec George, le héros homosexuel pleurant lorsque son élève joue au piano), la chanson « Small-town Boy » de Bronski Beat, etc.

 

En général, le personnage homosexuel est séduit par la tristesse de son amant : « Je t’aime, toi et ton chagrin. » (Nietzsche dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « J’aime les garçons un peu fragiles. » (un des protagonistes homos de la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « On sent dans son regard qu’il est triste. C’est ça aussi qui m’a attiré chez lui, et m’a donné tellement envie de lui parler. » (Molina, le héros homo parlant de sa première rencontre avec Gabriel, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 66) ; « J’suis hétéro. J’ai dérapé. J’allais pas bien. Il était là. » (Didier parlant de l’aventure d’un soir qu’il a vécue avec son voisin de pallier homosexuel Bernard, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Il flottait, en cet endroit, un air terriblement romantique et je me sentis très vite envahi par la nostalgie. » (Éric, dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 140) ; « C’est souvent comme ça quand je te regarde. J’ai envie de pleurer. » (Thierry le héros homosexuel par rapport à son amour pour Martin, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche, épisode 8 « Une Famille pour Noël ») ; « Ces confidences engendrent aujourd’hui dans son regard la même tristesse qu’hier. Et dans mon cœur le même attendrissement. » (Dominique à propos de Romain, dans le roman Les Julottes, (2001) de Françoise Dorin, p. 27) ; « Il y avait un garçon. Un garçon très étrange et enchanté. Ils disent qu’il errait au loin, très loin. Au-delà des terres et des océans. Un garçon timide. Et à l’œil triste. Mais très sage. Il était… » (Nature Boy, Eden Ahbez, cité en épitaphe d’un chapitre du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 21) ; « Une chose était certaine ; quand Gunther était là, il se sentait bien, au chaud, et il avait envie de pleurer tout doucement, jusqu’à en mourir. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 72) ; « Nicolas pense à la nuit passée ; il revoit le visage de Julien, dont la beauté vide éveille des larmes délicieuses. » (Benoît Duteurtre, Gaieté parisienne (1996), p. 91) ; « J’ai su que tu en étais dès que je t’ai vu. Nous nous reconnaissons entre nous. Quelque chose dans le regard. » (William Windom dans le film « Le Détective » (1968) de Gordon Douglas) ; « Mathilde somnole au creux de mes bras. Mes yeux s’emplissent de larmes. » (Cy Jung, Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005), p. 25) ; « Des fois, je pleure tellement que j’ai l’impression de devenir de l’eau. » (Chiron, le jeune héros homosexuel s’adressant à son amant Kevin, dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins) ; « Cette douceur mêlée de tristesse, c’est bien le goût de notre amour. » (Inès de Castro à Don Diego, dans la pièce La Reine morte (1942) d’Henry de Montherlant) ; « Comme je chéris ces larmes, bien plus douces, sachez-le, que celles de l’extase ! » (Émilie parlant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 178) ; « Si tu as les idées noires, sois pédé ! » (cf. la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Khalid s’est avancé vers moi et il m’a embrassé. Sur la bouche. Avec la langue. Longtemps. Les yeux fermés, j’ai pris sa bouche, ses lèvres en moi. Et, triste, amer, j’ai joué violemment avec sa langue. Il n’a pas protesté. » (Omar après avoir tué son amant Khalid, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 168) ; « Avec tes larmes, t’imagines pas comment tu m’excites. » (Don Roberto s’adressant à Jaime, dans le film « Dinero Fácil » (2010) de Carlos Montero) ; « Sur les marches qui mènent aux chiottes de la gare du Nord, je rencontre H. Il a un air triste, sa tête retenue sur ses deux mains emballées dans deux gros gants de ski, assis sur les marches. Je passe deux fois devant lui. Une première fois en allant aux pissotières. De l’ouverture à la fermeture de la gare, y a des hommes, de tous âges, de toutes origines qui se branlent lamentablement, debout, dans l’odeur de pisse et de foutre, en matant en coin les bites des autres. On dirait des puceaux, aussi fébriles que surexcités. Venir ici me désespère autant que ça me réjouit. » (Mike, le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 59) ; « Je trouve R. très beau, d’une beauté troublante. Toujours à quatre pattes dans la lumière tamisée de la chambre, sur la couette blanche, avec cette odeur de merde qui flotte dans l’air et dans le fond de nos bouches ce goût amer d’amour triste, comme s’il n’y avait plus que nous au monde. » (Mike parlant de son « amant d’un soir », Romain, qui lui avoue bien tard qu’il a le Sida, op. cit., pp. 71-72) ; « Vous, les travestis troupières, vous venez nous faire la guerre à nous, pédés pacifistes, nous traitant de jeunes filles tristes quand tout ce que nous cherchons, c’est simplement un garçon (si c’est possible un artiste) idéaliste, simple et bon qui reste garder la maison quand nous faisons secrétaires ! » (Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « J’ai ressenti un flux. Comme un coup de poing. Avec un peu de tristesse. » (Mario dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo) ; « Tu vois, Clara, tu ne m’aimes que quand je vais mal. » (Zoé s’adressant à Clara sa meilleure amie lesbienne, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret) ; « J’espère finir comme les parents, avec quarante ans d’amour malheureux. » (Antoine, le héros homo en couple avec Adar, un gars insipide, dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin) ; « Tu sais, l’amour et la pitié, ça fait pas bon ménage. » (Louis, le frère hétéro volage d’Antoine, relevant l’hypocrisie immature du fonctionnement de couple Antoine/Adar, idem) ; « J’veux pas qu’tu sois heureux. » (Antoine s’adressant à Adar, idem) ; « C’est normal que tu sois triste : deux oignons [allégorie de deux ex de Jérémy] qui se frottent, ça fait pleurer. » (le père de Jérémy Lorca consolant son fils gay, dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; « T’inquiète, il est comme ça, Julien : il est jamais heureux. » (Hugo par rapport à son amant, dans l’épisode 434 de la série Demain Nous Appartient diffusée le 3 avril 2019) ; « Tu aimerais me savoir malheureuse, n’est-ce pas ? » (Virginia Woolf s’adressant à son amante Vita Sackville-West l’invasive, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; « Oh ma chérie… tu ne vas pas devenir aussi morose qu’eux ? » (Dorothy s’adressant à Vita Sackville-West, idem) ; « Ce n’est pas grave si tu ne te réveilles pas tout seul, si à côté de toi c’est un gars et que t’as la larme à l’œil. » (c.f. la chanson « Grave » d’Eddy de Pretto) ; « Je n’arrive pas à vous faire sourire. C’est comme si j’avais l’impression de le faire et qu’il disparaissait. » (Marianne peignant son amante Héloïse, dans le film « Portrait de la jeune fille en feu » (2019) de Céline Sciamma) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce La Star des oublis (2009), les amantes Cherry et Ada s’entraînent dans la lamentation sanglotante : « Allez, ma mélancolique : viens donc ! » Dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, c’est Santa Barbara à toutes les pages (il suffit de voir les multiples références émues à la chanson « Voir un ami pleurer » de Jacques Brel…) : tout le monde chiale, là-dedans, c’est le festival de l’émotionnel et de la catastrophe… surmontée (car le pessimisme complet n’est pas vendeur…). Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Adèle et Emma sourient très rarement, et pendant toute l’intrigue, elles sont filmées comme des pleureuses parce qu’elles se font énormément souffrir… après s’être bien consommées et après avoir esthétisée leur « idylle ». Dans le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre sont filmées comme une magnifique romance la tristesse et la compassion d’un client de maison close homo (Rubén) face au prostitué (Eloy) qui se gâche et qui pleure sa situation miséreuse. Dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, le chanteur verse dans le romantisme chaviré de l’amoureux au « regard d’amour désespéré », guidé par la « fatalité ». Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Juna et Rinn tombent amoureuses l’une de l’autre parce qu’elles perçoivent en chacun d’elle le dégoût de vivre et l’isolement : Juna décrypte le dessin que Rinn a fait (« On dirait une fille très seule et très triste. »), et celle-ci, démasquée, croit avoir trouvé l’amour (« Je suis sûre que tu as une âme d’artiste. »). Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Frankie, le héros homosexuel, vole dans la salle de bain de son amant de passage Walt une assiette en porcelaine accrochée au mur, assiette qui le fascine car elle représente un homme triste. Il finit par dénoncer son larcin : « Merci pour l’assiette avec le garçon triste. » Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca raconte ses nombreux chagrins d’amour. Dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, Marilyn, l’héroïne lesbienne, s’oriente vers le lesbianisme, parce que rien ne va dans sa vie : elle s’est fait virer de son travail, son mari Harvey la trompe. Idem pour sa future amante, Mona, qui se laisse piétiner par son envahissante belle-mère. Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Jacques pleure seul dans son lit juste après s’être fait sodomiser par son ami Jean-Marie. Et plus tard, il s’adresse à son jeune amant Arthur en ces termes : « Toi, t’as pas les yeux qui pleurnichent quand tu baises. Les pédés, c’est que des pleurnicheurs de la baise. » Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Adam et Éric vivent un amour de misère : « Toi et moi on est différents mais au fond on est pareils. On est deux pauvres losers que tout le monde rejette. » (Éric, dans l’épisode 2 de la saison 1).

 

AMANT TRISTE 2 - deux gars

Film « Houseboy » de Spencer Lee Schilly

 

Dans la formation des couples homosexuels fictionnels, la recette de la (simulation de) tristesse semble marcher à tous les coups, comme le démontre le roman lesbien The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, dans lequel les protagonistes trouvent « la tristesse de toute beauté » (p. 251) : « Et parce qu’il semblait étrange et assez pathétique que cette créature [Stephen] pût pleurer, Angela fut un instant remuée par quelque chose qui ressemblait beaucoup à de l’amour. » (p. 206) ; « Je vous aime terriblement, Collins. Je vous aime tant que cela me donne envie de pleurer. » (Stephen, p. 34)

 

Tout le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys est construit autour de l’idée que l’Amour est beau et éternel parce qu’il serait triste : « Il [Kévin] vient d’arriver. Il est seul, triste et solitaire. J’aimerais bien être son ami, mais je ne sais comment faire. » (Bryan, p. 31) ; « J’avais les larmes aux yeux et je vis qu’il était comme moi. Avions-nous la même sensibilité ? » (idem, p. 51) ; « Nous avions échangé quelques mots et pleuré ensemble. […] Rien n’était calculé, je m’étais retrouvé là par hasard, du bout des yeux, du bout des larmes, car pas de doute, nous avions partagé cet instant de tristesse. » (idem, p. 57) ; « Le côté rassurant c’est que tu étais souvent seul et triste. » (Bryan parlant à Kévin de leur période avant-rencontre, p. 112) ; « La chanteuse de ta mère [Édith Piaf] a raison, l’amour ça peut être triste… » (Bryan à Kévin, p. 123) ; « Un dimanche après-midi, alors que nous étions chez lui, Kévin me fit écouter une chanson : L’Hymne à l’amour. J’eus les larmes aux yeux, la gorge serrée et les poils hérissés. Content de lui, il observa ma réaction et pleura avec moi. » (idem, p. 140) ; « J’aime bien quand tu n’as pas le moral, je sens que tu vas me dire plein de choses gentilles. » (Bryan à Kévin, p. 209) ; « Je suis désolé de te faire pleurer mais en même temps, ces larmes qui coulent sur ton visage, c’est la meilleure chose qui me soit arrivée depuis longtemps. Alors… trop content de te faire pleurer encore une fois ! » (idem, p. 314) ; « C’est ça l’amour. C’est triste… et merveilleux ! » (Kévin, p. 350) ; « Tu avais le visage dévasté par le chagrin. Que tu étais beau ! » (Bryan, déjà mort, face à son amant Kévin le pleurant, p. 462) ; etc.

 

Dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, Adrien mesure qu’il n’a pas tant aimé Malcolm que le prétexte qu’il lui a fourni de s’épancher narcissiquement sur son propre mal de vivre à lui : « Je ne sais même plus si je l’ai vraiment aimé. Quand je l’ai rencontré, il était comme perdu. Moi, je n’étais pas mieux que lui. […] Son histoire m’a touché, sa souffrance, ses larmes, ses questions. […] Je le sentais désespéré et c’était la première fois que je rencontrais quelqu’un d’aussi vrai. […] Je me suis attaché à ce qu’il représentait, peut-être plus qu’à lui d’ailleurs. » (pp. 119-120) Avec ou sans Malcolm, le héros homo aurait eu de tout façon à régler son vrai problème existentiel : la souffrance/haine de soi. Et personne ne peut nous aimer à notre place. Ce n’est le boulot d’aucun amant !

 

L’attrait homosexuel pour la sensiblerie dégoulinante et chagrine est très marqué dans les chansons des icônes gays telles que Barbara, Dalida, … et bien sûr Mylène Farmer : « Besoin d’un regard, de peau et de larmes » (cf. la chanson « XXL ») ; « 3, l’infirmière pleure. 4, je l’aime. » (cf. la chanson « Maman a tort ») ; « Aimer, c’est pleurer quand on s’incline. » (cf. la chanson « Libertine ») ; « Partager mon ennui le plus abyssal, au premier venu qui trouvera ça banal. […] En moi, en moi, toi que j’aime, dis-moi, dis quand ça n’va pas. » (cf. la chanson « L’Âme-stram-gram ») ; « Tu veux le sauver de lui-même, irrésistiblement. » (l’actrice interprétant Dalida, à propos de Richard Chanfray, dans le spectacle musical Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini) ; etc.

 

On retrouve le « On s’aime parce qu’on (se) déteste ou qu’on chute ensemble » dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol : « Il se déteste en secret. Vous êtes si proche de lui. […] Que vous auriez besoin de Quentin dans ces secondes de descente ! » (le héros parlant de son amant qui s’est suicidé, p. 131) ; « Ce sont sans doute ses yeux empreints d’une tristesse élevée qui, par moments, vous fixent avec sympathie. Oui, c’est ce regard fascinant qui fait de lui un être à part. » (idem, p. 38) ; « Ses yeux trahissent toujours une tristesse. » (idem, p. 47) ; « Rien de plus troublant que les larmes d’un jeune homme. » (idem, p. 52) « Ses yeux conservent toujours leur charmante tristesse. » (idem, p. 104) ; « Vous n’avez rien perçu dans ce regard, pas même cette tendresse qui vous mettait au bord des larmes. » (idem, p. 138)

 

Il arrive cependant que le héros homosexuel déplore pourtant sa morbidité amoureuse : « Je suis pas triste. Je suis désespéré. » (William, le héros homosexuel vivant une dépression à cause des absences de son amant Georges, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; « Mais quel ami triste je me suis choisi ! » regrette Gabriele en évoquant son amant Marco, dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière » (1977) d’Ettore Scola). Par exemple, dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, Nathan se console de la mort de son amant Sean dans les bras de Thibault le soir même : pendant qu’ils baisent, il sanglote en même temps qu’il jouit.

 

Si ce n’est pas lui qui le remarque, ce sont ses proches amis homos : « Elle doit être triste, ta vie. » (Greg, le héros homo s’adressant à son amie bisexuelle Jézabel, dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco) ; « Ce qui vous fera plaisir me fera de la peine. » (le Docteur Bosmans, homosexuel, s’adressant à Henri, dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau) ; « Qui a dit ‘Montre-moi un homosexuel heureux, je vous montrerai son cadavre.’ ? » (Michael, héros homosexuel du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Tu es un homme triste et pathétique. Tu es homosexuel et tu ne veux pas l’être. Mais tu ne peux rien y faire. Toutes les prières du monde, toutes les analyses n’y changeront rien. Tu sauras peut-être un jour ce qu’est une vie d’hétérosexuel, si tu le veux vraiment, si tu y mets la même volonté que celle de détruire. Mais tu resteras toujours un homo. Toujours Michael. Toujours. Jusqu’à ta mort. » (Harold, homosexuel, s’adressant à son coloc Michael, idem) ; etc. Par exemple, dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Gabriele, le héros homosexuel suicidaire, vient se réfugier dans l’appartement de sa voisine de pallier, Antonietta, qui décèle son mal-être : « Vous, vous n’avez pas l’air si gai que ça… »

 

AMANT TRISTE 3 Jean Marais

Jean Marais

 

Le discours de la soi-disant « beauté de la détresse de l’amant » est finalement celui du violeur : « Elle était d’une grande beauté, les larmes qu’elle versait donnaient à son visage une expression et un charme extraordinaires. J’avais l’envie presque irrépressible d’abuser d’elle. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 116) ; « J’attends que vienne en elle un désir assez fort pour l’avoir dans mon lit. Un peu triste comme elle est, je pense que sa tendresse n’en sera que plus intense quand le moment sera venu. Est-ce cruauté que ce calcul ? Sans doute, mais mon désir, qui est tout, me fait raisonner ainsi. » (idem, p. 193) ; « Aussi furtif que fût ce baiser, je compris qu’elle n’avait jamais embrassé personne avant moi. J’en ressentis instantanément comme une sorte de tristesse et j’eus le sentiment qu’il émanait d’elle une pureté à jamais inaccessible. » (idem, pp. 223-224) Beaucoup de héros homosexuels, pour arriver à leurs fins (= niquer) et exprimer leur bestialité, font souvent parler la « tristesse des muets » : « Quand je l’ai vu dans sa cage à l’animalerie, j’ai eu envie de le rendre heureux. Ce qui m’a le plus retourné, c’était son regard de mendiant. Il avait l’air tellement triste… Il était immobile. Il n’aboyait pas mais il me suppliait. Enfin, c’est ce que j’ai cru. » (Bryan, le héros homo, en parlant de son chien Nicky, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 68)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Les personnes gays sont-elles aussi « gaies » qu’elles le prétendent ? À force de fuir le cliché du « malheur homosexuel » ou de l’« homo maudit d’amour », elles le reproduisent plus souvent qu’elles ne le croient. « La seule chose qui me fait danser comme un fou, c’est la tristesse. » (le chanteur homosexuel Mika, dans l’émission The Voice 4 sur la chaîne TF1 le 17 janvier 2015) Dans beaucoup de cas, force est de constater que l’amour dans le couple homosexuel s’avance par la voie du chagrin, de la défaillance, des larmes. « J’aime beaucoup les gens mélancoliques. Ça me donne l’occasion d’avoir une utilité. » (Pierre Bergé dans le documentaire « Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld : une guerre en dentelles » (2015) de Stéphan Kopecky, pour l’émission Duels sur France 5) Par exemple, Jean Genet, en parlant de son amant Abdallah, dit avoir été touché par « son regard triste » qui renvoyait « aux images d’une enfance misérable, inoubliable, où il se savait abandonné » (Thierry Dufrêne, « L’Éthique de l’Art », dans la revue Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 64). Xavier Delcour avoue qu’il « craque pour les garçons un peu tristes » (« Gamin, j’aimais beaucoup Patrick Dewaere » affirme-t-il dans la revue Têtu, n°60, novembre 2001, p. 111). « J’aime surtout les enfants tristes » (p. 66) écrit Frédéric Mitterrand dans La Mauvaise Vie (2005). Dans son récit autobiographique Le Mausolée des amants (2001), Hervé Guibert suit la même pente compassionnelle : « Ce que j’aime chez ce jeune homme : son air maussade et doux. » (p. 445) Klaus Mann, quant à lui, vit également un amour impossible (et suicidaire, pour le coup !) pour son amant Tomski, avec complaisance et dégoût à la fois : « J’ai beaucoup pensé à Tomski. Je pense toujours à lui – plein de tristesse, plein de tendresse… » (Klaus Mann, Journal (1937-1949), p. 209) ; « C’est toujours Tomski que j’aime – d’un amour triste et résigné ; sans élan, sans joie, sans avenir. » (idem, p. 296)

 

Cette douleur amoureuse, loin de s’appuyer sur l’amour concret que vivrait le couple homo, ressemble plutôt à une manifestation inconsciente et capricieuse de l’ennui conjugal : « On s’est rencontré un soir de déception. […] Il s’emmerdait devant les escaliers qui menaient au Queen et je m’emmerdais au bar, le coude sur le comptoir, à fantasmer sans succès sur une certaine jeunesse qui semblait sur le point de me quitter, l’air de rien. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 73) ; « Il était incroyablement sexy avec son petit air fragile, un peu perdu. » (idem, p. 119) ; etc. Les amants épistolaires ou réels de Pascal Sevran empruntent également les sentiers de la larmichette-qui-chatouille-l’épiderme : « Je tente de me laisser envahir par la nonchalance. Je pense à toi. Je t’embrasse. » (Philippe, dans l’autobiographie Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006) de Pascal Sevran, p. 91) ; « J’écris ces lignes en écoutant des musiques déprimantes, j’aime bien… écouter des musiques tristes ou chanter mes tourments, c’est peut-être ce qui me correspond le mieux, après tout. Tout sauf la joie. Je me sens transporté par ces notes de piano, ces cordes de violon frottées, ces hautbois, ces guitares pincées… Un océan de tristesse. » (Julien, idem, p. 168) ; « Il me rendait triste. Jamais j’ai été aussi triste de ma vie. Et paradoxalement, j’ai jamais été aussi heureux de ma vie. » (André par rapport à son amant Laurent, avec qui il a vécu pendant 10 ans, et qu’il n’arrive pas à quitter, dans le docu-fiction « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; etc.

 

Je vous renvoie aussi aux « accès nocturnes de tristesse » (p. 79) de Jean-Jacques Rinieri raconté par son compagnon Roger Stéphane dans l’autobiographie Parce que c’était lui (1953). Dans sa biographie Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), Paul Veyne décrit son ami homosexuel Michel Foucault comme un « mélancolique serein » (p. 67).

 

Le plus incroyable, c’est que la mort, qui est le contraire de l’Amour, soit confondue avec Lui dans l’esprit de beaucoup de personnes homosexuelles : dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), par exemple, Alfredo Arias décrit l’attendrissement de Jacques pour la tristesse des soldats (« Je les aime, parce qu’ils sont purs avec leur regard triste, mélancolique… leurs pas incertains, timides, perdus dans cette grande ville… », p. 220) ; dans les romans top bobos de Philippe Besson, l’idée que la vraie pureté se trouverait dans la mort et la mélancolie est particulièrement marquée (c’est surtout le cas dans Son Frère (2001), Un Garçon d’Italie (2003), mais aussi dans ces lignes de En l’absence des hommes (2001) où sont chantées « la pureté intacte du chagrin, l’épaisseur inentamée de la tristesse », pp. 189-192). La tristesse, ce serait accidentel, spontané, forcément naturel : « J’ignore pourquoi j’éprouve ce besoin de vous jeter de la sorte cette mélancolie au visage, vous qui ne m’avez précisément rien demandé. » (la figure de Marcel Proust, p. 133) Chez d’autres auteurs que Besson, la tristesse, ça serait aussi virginal ! Rien que ça ! « J’ai tourné la tête et j’ai vu qu’elle pleurait. Les larmes coulaient en silence, luisaient sur son visage pareil à un portrait médiéval de la Vierge Marie. » (Ronit parlant de son amante Esti, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 146)

 

AMANT TRISTE 4 - Blond

 

Côté crooner de l’amour-douleur nostalgico-bobo, promoteur de la mélancolie comme « Vérité d’Amour et d’Existence », Stefan Corbin est assez bien placé aussi. Le chanteur se dépeint souvent dans ses chansons comme l’Amélie Poulain masculin se racontant RESSENTIR sa tristesse existentielle et amoureuse sous un joli parapluie (dans son répertoire musical, il y a justement beaucoup de titres où on le voit marcher sous la pluie ou dans le froid… genre « Il pleut sur Nantes, donne-moi la main… ») : « J’ai mes larmes pour remplacer la pluie. » C’est censé être « touchant », un modèle de simplicité (en réalité, c’est juste une prétention sans prétention). La théâtralité mélancolique minimaliste est perçue par l’artiste comme le comble de la beauté, de la pudeur, et de la déclaration d’amour : « Je chante par nostalgie, par goût des larmes, et que j’aime les causes perdues. » (cf. la chanson « Les Causes perdues ») C’est pour cela qu’il ne supporte pas que les journalistes puissent ne serait-ce que laisser entendre que ses chansons sont déprimées/déprimantes… vu qu’à ses yeux, la déprime est belle, créatrice, positive, l’Amour même ! Pendant ses concerts, il aime raconter l’éternité mortelle des souvenirs, des moments solitaires de cafard (« Je me souviens d’un soir assez noir… »), il se plaît à rendre hommage aux artistes disparus et aux absents. Il dit aussi que son album Les Murmures du temps (2011) a été « créé pour la nuit, dans l’esprit amoureux, à écouter des chansons nostalgiques », pour « faire revivre chacune des personnes, chacun des instants ». Son œuvre entière semble dédiée à un amour triste et impossible, à l’homme invisible narcissique… le « triste sire » par excellence de la communauté homo !

 

On a l’impression que la tristesse, c’est le vinaigre bon marché pour attraper aisément le cœur d’artichaut des personnes homosexuelles : la majorité d’entre elles tombe dans le piège du pathos et du mélo les deux pieds dedans ! « Entre la tristesse et moi-même, j’ai noué de longues relations, qui ne cesseront plus jamais, à moins que ne cesse un jour l’éternité. » (cf. un extrait de la toute fin du poème « Jeux cruels » de Bachar Ibn Bourd, envoyé en guise de déclaration d’adieu par Slimane à son ex-amant Abdellah Taïa, dans l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 126) ; « Je le sentais soucieux et une immense tristesse figeait son visage. Un jour où nous étions dans la bananeraie, il avait exprimé ses regrets et son chagrin. Nous étions étendus sur le sol ; il pleurait en silence ; ses larmes mouillaient mon cou ; son corps frissonnait. Jamais il ne s’était montré aussi affectueux, aussi amoureux ! » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son autobiographie Un Fils différent (2011), p. 36) ; « Je m’écoute quand je suis triste. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc.

 

Par exemple, dans le journal Libération du 10-11 juin 1978, Copi, en parlant des artistes argentins à Alberto Cardin, les décrit tous comme « des tapettes, des tapettes mélancoliques » Mais les personnes homoSENSIBLES mesurent-elles qu’elles ne sont pas obligées d’être systématiquement les proies aussi faciles de leur compassion ? Le philosophe Fabrice Hadjadj explique à juste titre que le vrai péché originel d’Adam repose précisément sur la compassion : c’est parce qu’il a voulu accompagner Ève dans la tristesse de sa faute, « par amour », qu’il a chuté. Faut-il donc que la communauté homo confonde éternellement service et soumission, pitié/empathie et compassion larmoyante ? Il n’en tient qu’à elles ne plus se laisser bercer par leur sensiblerie !

 

Mais revenons-en aux stratégies d’amour du Don Juan homosexuel tristounet que l’on croise à longueur de temps dans le « milieu homo » (qu’il qualifiera d’« hors milieu » par souci de discrétion et surtout par déni de ses actes). En dépit de ses bonnes intentions poétiques, ce que le libertin homosexuel aime chez son partenaire, c’est en grande partie son mal-être, ses propres fantasmes de mort (cf. je vous renvoie à la partie « Paradoxe du libertin » du code « Liaisons dangereuses » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Il vénère les yeux qui répriment leurs larmes, qui ont la dignité d’échapper à la théâtralité grandiloquente, qui expriment la force dernière des situations d’extrême faiblesse, qui pleurent la condition humaine avec la petite retenue qui les rend poignants, qui disent la douleur d’exister étouffée, qui donnent vraiment envie de sangloter à leur place (on retrouve tout à fait cela dans un film comme « Huit femmes » (2002) de François Ozon).

 

L’union homosexuelle obéit souvent à la conscience mutuelle d’un opprobre, d’une essence divine de loser. « Nous sommes l’un et l’autre si blessés, si comblés cette nuit. » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), p. 25) Océane Rose-Marie, dans son one-woman-show La Lesbienne invisible (2009), n’est pas si loin de la réalité quand elle explique les roueries de la drague lesbienne classique : « Ce qu’il faut, c’est faire la gueule. » Cette idée qu’il est nécessaire d’être à la fois antipathique et pathétique pour plaire, je l’avais déjà lue dans un numéro de Têtu Les lesbiennes font la gueule pour draguer », n°127, novembre 2007, p. 108)… et cela m’avait bien fait rire sur le coup. Mais ce qui ressemble à une blague se vérifie pourtant très souvent dans les faits. Dans son étude Les Femmes et les Homosexuels (1996), Virginie Mouseler explique, en prenant le cas de l’écrivain André Gide, que la fragilité sert d’« aimant à homos » : « À 8 ans, Gide entre à l’École Alsacienne. Il a peur de la plupart des autres enfants mais s’attache passionnément à deux garçons en particuliers. Ils ont en commun d’être pâles, fragiles et délicats, comme Gide lui-même. » (p. 28)

 

Nous pouvons lire dans la confrontation des fragilités des amants homosexuels une non-rencontre, la volonté d’être compris par l’autre dans sa souffrance au point de le blesser, un appel au secours qui n’en est pas un puisque beaucoup d’entre eux souhaitent moins être aidés que d’entraîner leur partenaire dans leur précipice. C’est curieux, ces « je t’aime » qui ressemblent davantage à des « Nous ne croyons plus en l’amour à deux » qu’à des « Nous croyons en l’amour ensemble », même si paradoxalement le libertin homosexuel et sa proie se jurent mutuellement de se faire changer miraculeusement d’avis sur l’amour dans un élan combatif.

 

Le sujet homosexuel recherche souvent ce partage dans la souffrance, tout en le trouvant insupportable. « Seul en leur présence, je trouve de la tristesse du vide, un sentiment de malaise – c’est inexplicable – mélangé à un système de pensée de perversité et d’égoïsme (moi-je). Je me sens mal à l’aise à leur côté. Une fois qu’on se retrouve avec eux, c’est comme si c’était la mort, l’extinction. Je me rends compte en les observant qu’ils sont malheureux intérieurement. Mêmes s’ils sont passés du côté homosexuel, ils sont restés toujours tristes en eux-mêmes. J’ai connu un type qui est passé de hétéro à homo, et il est toujours aussi dépressif. Ça ne l’a pas aidé a faire évoluer sa situation dans le bon sens. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) Il déplore que son bonheur doive passer par le malheur. Il ne peut voir l’attendrissement de son partenaire sur ses larmes de défaillance que comme un amusement sadique, un arrivisme déplacé, une incompréhension totale, une douceur étouffante. Il sait bien au fond que les Hommes ne peuvent pas aimer uniquement sous prétexte qu’ils détestent ou pleurent ensemble.

 

AMANT TRISTE 5 Butler

 

Voyant que son couple devient de plus en plus complexe, l’amoureux homosexuel sombre dans la théâtralité et tente de mettre en scène son propre éloignement de l’amant. C’est en même temps une stratégie pour tester son entourage amoureux (ce dernier va-t-il le retenir ?), et une croyance sincère (il pense vraiment qu’il est un être maudit, oublié par l’amour). Il lui arrive alors de jouer les vieilles Maréchales de Strauss qui n’aiment que dans l’abandon et la distance déchirante. L’une des sources d’inspiration homosexuelle est évidemment le mélodrame et la tragédie classique. L’Homme homosexuel connaît par cœur la mise en scène mélancolique de l’amour homosexuel, mais la blâme/parodie surtout chez les autres. En revanche, quand lui-même devient théâtral en amour, il ne s’en aperçoit généralement pas. Au contraire, il mord à l’hameçon de sa propre comédie. Il tombe mal amoureux en croyant être fou d’amour, parce qu’il se persuade que dans ses différentes liaisons sentimentales, il est le seul à aimer véritablement comme il faut.

 

Il s’abandonne ainsi à l’esthétisme narcissique déprimé et faussement « pudique ». « Je ne voulais pas me donner en spectacle. J’avais envie d’errer, de respirer la nuit seul, de traverser cette ville où, depuis que j’avais quitté le Maroc poursuivant des rêves cinématographiques, je me redécouvrais heureux et triste, debout et à terre. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 45) Et là, en général, on a droit au vidéo-clip minimaliste à deux balles, façon « Nouvelle Vague ». Jour de Neige, dans un doudoune qui me protège… ou bien en mode « Like a Stranger in Moscow »… Et dans le rôle principal : l’intellectuel homosexuel (= l’Écorché vif de l’« Amour ») : « Le 8 décembre 1990, la neige, à gros flocons, blanchissait la ville. […] Je déambulais au milieu des passants qui se délectaient de vins chauds et achetaient des lampions pour les enfants. […] Le contraste entre le souvenir de ma précédente visite à Fourvière et ce que j’expérimentais ce soir-là, seul et désabusé, augmenta mon sentiment d’inutilité et de gâchis de mon existence. » (Jean-Michel Dunand, Libre (2011), p. 99) Au cœur des pires tempêtes du dépit amoureux, au plus noir de ses nuits de désespoir, il se prend homo sans le savoir. Cheveux au vent, ou emmitouflé dans son petit pull marine au bord de sa piscine dorée, il ne se voit pas méditer théâtralement sur une feuille morte tombant d’un arbre, exécuter sa propre promenade chorégraphique au ralenti dans sa ville, pleurnicher sur lui-même à la vue des petits bonheurs simples de la vie (un enfant qui joue dans un parc, les familles heureuses, les passants insouciants, etc.), s’émouvoir sur son courage surhumain d’aimer la vie malgré tout ce qu’elle lui ferait soi-disant « subir », se laisser déborder par des extases panthéistes face à la Nature cruelle. Il cache sa (fausse ?) souffrance par la célébration esthético-sentimentale de celle-ci. Au lieu de prendre réellement de la distance par rapport à l’objet du deuil, il s’y identifie dans l’émotionnel et se soustrait au travail de détachement par la mise en scène parodiée du départ. Il adore les créations de la solitude, des adieux larmoyants, de l’amour impossible.

 

AMANT 6 Cocteau

 

Le « poète » romantique homosexuel refuse l’amour et fait passer cette attitude lâche et orgueilleuse pour un sacrifice héroïque, ou une essence de dieu damné. Dans la distance, il enjolive et pleure une relation avec un regretté amant qu’en réalité il n’aurait jamais aimé si celui-ci avait été accessible et vivant. Il est prêt à se priver d’aimer et même à considérer ses futures conquêtes amoureuses comme des objets de vengeance et d’expiation de ce cruel coup du sort qu’il ne veut surtout jamais digérer, plutôt que de regarder la réalité en face : il tient à son malheur et à son amour désincarné plus qu’à l’amour qu’il chante pourtant à tue-tête.

 

Nous pouvons nous interroger sur la raison d’une telle comédie. Elle peut s’expliquer en partie par le fait que le libertin homosexuel se convainc que l’amour vrai ne peut pas se dissocier de la souffrance et de la mort. En ce qui concerne les probables origines de l’amour homosexuel, les mots de Paula Dumont dans La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010) sont d’une lucidité glaçante : « Il y avait entre Martine et moi une sorte de camaraderie dans la détresse amoureuse. C’était parce que nous désespérions de nos chances auprès du sexe féminin que nous avions choisi de vivre ensemble. » (p. 124) Avec le temps, je suis de plus en plus persuadé que les personnes homosexuelles, dans leurs relations amoureuses en général, ne pleurent pas tant l’amant disparu que les limites du désir homosexuel auxquelles elles n’ont pas encore consenties, leur orgueil à vouloir à tout prix rendre idéale l’illusion amoureuse homosexuelle : « Je me perds entre les buissons, je croise des garçons auxquels je n’ai pas envie d’agripper ma solitude. Regards fermés, gestes lents, comme des funambules suicidaires. Ils font l’amour debout, le jeans baissé sur les chevilles. Sur leur visage un air triste d’avoir abandonné le combat» (Simon, l’un des héros homos du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 14-15)

 

AMANT TRISTE 7 kaléidoscope

Portrait-photo de Man Ray

 

Mais comme elles ne veulent en général pas voir en face qu’elles ne sont pas réellement tristes quand elles perdent l’être aimé ou qu’elles vivent loin de lui, ni que ce sont elles qui cultivent la légende du « malheur homosexuel » en l’attribuant aux « méchants homophobes extérieurs » qu’elles ne seraient pas, beaucoup d’entre elles vont décréter en deux temps trois mouvements que telle œuvre littéraire homosexuelle prouvant leur fascination inconsciente pour la tristesse ne mérite pas l’attention parce qu’elle serait « trop déprimante » (comprendre « homophobe »), que tel discours sent la réminiscence d’une Honte homosexuelle coupable à bannir, ou que tel film donne une vision trop doloriste et misérabiliste de l’homosexualité pour être révélateur d’une quelconque vérité les concernant (cf. les commentaires du film « The Children’s Hour » (1961) de William Wyler, entendus dans le documentaire « The Celluloïd Closet » (1996) de Rob Epstein). Elles referment précipitamment le dossier gênant de la tristesse homosexuelle pour ne pas analyser celle-ci, ni lui donner du sens… alors qu’elle est bien souvent un cri ( = « Tu as fait de moi l’Homme le plus malheureux de la terre ! ») que la majorité des personnes homosexuelles pourraient lancé à leur compagnon de vie ou à leur compagne… reproche qu’on entend dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel : « Tu m’as fait le gay le plus triste de la Terre. »

 

Alors je suis ravi d’ouvrir cet Album de la Tristesse homosexuelle devant vous maintenant, grâce à ce Dictionnaire des Codes homosexuels, pour que lumière soit un peu faite sur les noirceurs du désir homosexuel, en dehors de toute tentative de ma part d’essentialisation (personnifiée en « les » personnes homosexuelles) des malheurs humains ! Je suis un des premiers convaincus qu’individuellement, et hors du couple homo, les personnes homosexuelles peuvent vivre le Bonheur et la Joie, la vraie !

 

Enfin, pour terminer ce code kleenex, je tiens à souligner que ce refrain homosexuel de la beauté de la défaillance et de la mélancolie amoureuse, n’est pas seulement risible : il est en fait celui du violeur qui attend que la victime qu’il convoite fléchisse : « J’ai allumé la télévision. Sur Melody Hits, il y avait le clip de la chanson de Sabah. Karabiino connaissait le tube mais ignorait tout de la chanteuse. Il s’est arrêté de travailler. Je l’ai invité à venir s’asseoir sur le lit à côté de moi. Et on a regardé le clip ensemble. C’était joyeux. Triste. Bouleversant. Loin de tout. Sabah défiait encore et toujours le temps, la mort, c’était son dernier combat. J’avais soudain envie de pleurer, mais je ne savais pas pourquoi. Karabiino, lui, avait les yeux fixés sur l’écran. Était-il heureux ? Avait-il oublié pour un moment son malheur ? À quoi pensait-il ? Qui, au fond, était-il ? Je n’avais pas de réponses. Je n’en avais pas besoin. Karabiino était un garçon offert à mes yeux, à ma mémoire, parfaitement lisible et complètement mystérieux. Je savais un bout de son histoire, de son rêve. Mais là, à côté de moi, il était comme un petit prince, un petit roi. Un petit Sphinx. Insaisissable. Ailleurs. Ailleurs en permanence. » (Abdellah Taïa tombant amoureux de son groom noir, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), pp. 76-77) Et là, il n’y a pas trop de quoi rigoler, car faire parler la soi-disant « tristesse des muets », c’est finalement chercher à donner une apparence charitable et corporelle à ses pulsions… qui, elles, ne sont pas toujours charitables (c’est le moins qu’on puisse dire !) (cf. je vous renvoie au code « Violeur homosexuel » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°8 – Amour ambigu du pauvre

Amour ambigu de l'étranger

Amour ambigu du pauvre

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La solidarité, comme tout don humain, n’est pas positive en soi. Cela dépend de comment elle s’exerce, et surtout si l’identité et la liberté de la personne assistée ont été honorées suite à l’échange, justement. Dans le cas des personnages homosexuels des fictions (et parfois des personnes homosexuelles réelles), on peut constater que la juste distance entre le bienfaiteur et l’étranger/le pauvre n’a pas été clairement observée, et que l’un comme l’autre ont cherché à empiéter sur le terrain de l’autre sans se respecter. Le plus riche s’est laissé attendrir par un élan de solidarité fusionnelle, un sincère désir de communion amoureuse avec son petit protégé, tandis que le nécessiteux profite de la situation, vit dans l’assistanat, et considère le sexe, le vol et le meurtre, comme des moyens de venger sa propre classe sociale ou race. C’est précisément cet amour excessif, passionnel, sacrificiel, peu distant, que l’on observe dans les œuvres homos, et chez les personnes homos réelles en mal d’exotisme, d’âmes à sauver. Il est fréquent en effet de voir que l’élan solidaire du héros gay, apparemment pétri de bonnes intentions et d’amour du prochain, rime le plus souvent avec usurpation d’identité, prostitution, tourisme sexuel, narcissisme bobo, indifférence aux vraies personnes dans le besoin, opportunisme petit-bourgeois. L’étranger n’est pas tant aimé pour lui-même que pour son image d’Épinal fantasmée, et l’occasion en or qu’il fournit de s’acheter un diadème de victime innocente, de preux défenseur des Droits de l’Homme, tout en déchaînant en toute légitimité sa jalousie sur les Puissants dont on rêve de ravir discrètement la place.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également les codes « Putain béatifiée », « Mère Teresa », « Témoin silencieux d’un crime », « Méchant Pauvre », « Bobo », « Prostitution », « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre », « Voyage », « Homosexuel homophobe », « Liaisons dangereuses », « Amant modèle photographique », « Poupées », et à la partie « Je suis une (plus grande) victime (que les autres) » du code « Homosexualité noire et glorieuse », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

Le personnage homosexuel aime le pauvre d’un amour ambigu, à la fois condescendant et fou :

a) Le pauvre-objet, exotique et lointain :

Salim Kechiouche

Salim Kechiouche


 

Beaucoup d’œuvres homo-érotiques chantent la charme discret et « involontaire » de l’étranger ou de l’indigent, le fameux Beatus Ille. « La transfiguration d’un état de misère » comme l’a écrit un jour un ami romancier angevin en 2003 : cf. le roman Aziyadé (1879) de Pierre Loti (avec le jeune Samuel), le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon (Victor et Selim l’ouvrier arabe), la toile Noa-Noa (1901) de Paul Gauguin, le roman Les Civilisés (1905) de Claude Farrère, le roman Malaisie (1930) d’Henri Fauconnier, le roman Prostitution (1975) de Pierre Guyotat, les romans L’Immoraliste (1902) et Si le grain ne meurt (1925) d’André Gide, le roman Incidents (1987) de Roland Barthes, le film « Caravaggio » (1986) de Derek Jarman, les romans La Sombra Del Humo En El Espejo (1924) et Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, le tableau Robinson et Vendredi (2007) d’Éric Raspaut, le roman Cet Arabe qui t’excite (2000) de Djallil Djellad, le film « Grande École » (2004) de Robert Salis (avec Salim Kechiouche), le court-métrage « Alger la blanche » (1986) de Cyril Collard, les films « Les Corps ouverts » (1997) et « Wild Side » (2003) de Sébastien Lifshitz (avec Yasmine Belmadi), la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy (avec les beaux Turcs à Istanbul), les films « Underground » (2007) et « Love Kills » (2007) de Tor Iben, le film « Fronteras » (« A Escondidas », 2016) de Mikel Rueda (avec Rafa et Ibrahim l’immigré), etc. Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves regarde avec envie par la fenêtre le beau et jeune travailleur d’Oran au service de sa famille de colons. Dans le roman L’Autre Dracula (1997) de Tony Mark, le narrateur homosexuel dit être attiré par un « superbe et ténébreux gitan » (p. 35). Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, la clocharde Berthe est surnommée « la Reine des Hommes » (p. 61). Dans l’épisode 68 « Restons zen ! » (2013-2014) de la série Joséphine Ange gardien, Romane est lesbienne, et se prend de passion pour Yindee, une jeune femme thaï qui travaille avec elle en tant que vétérinaire. Dans le film « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer, les deux amants Tomas (Allemand) et Oren (Israëlien, marié à une femme et avec un enfant) incarnent tour à tour la figure de l’étranger fascinant.

 

Au départ, le personnage homosexuel nous offre son hommage larmoyant au Tiers-monde. « J’me sens très proche de ces gens-là. Les gens qui n’ont rien. » (Benigno à Marcos, dans le film « Hable Con Ella », « Parle avec elle » (2001) de Pedro Almodóvar) ; « Et tous ces enfants qui meurent de faim chaque jour… et nous qui allons passer un repas somptueux… » (Jules, le héros homosexuel dandy, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Y’a plein de p’tits nouveaux. Ils sont mignons tout plein. Y’a pas beaucoup de Français… mais ça ne me dérange pas. Au contraire. » (Fabien Tucci, homosexuel, parlant de son boulot à Pôle Emploi depuis deux ans, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc. Mais peu à peu, on constate que ce ne sont chez lui bien souvent que des mots. Dans les fictions, par exemple, un certain nombre de personnages homosexuels se désintéressent totalement du sort du monde : Aschenbach dans le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti, ou Sébastien dans « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, constituent de bons exemples de cette compassion homosexuelle qui pleure sur la victime sans lui venir en aide. Dans le roman Para Doxa (2011) de Laure Migliore, le cadre humanitaire en Namibie sert de prétexte à la romance lesbienne entre Ambre/Helena. Dans le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela, Leevi, Finlandais, tombe amoureux de Tareq, un bel ouvrier syrien qui ne peut pas vivre son homosexualité dans son pays et qui a fui la guerre.

 

Le pauvre est considéré comme une poupée sacrée ; non comme un être vivant et libre. Par exemple, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, le miséreux est un objet qu’on se dispute et qu’on s’arrache : « Ah, mes chéries […] Je vous ai invité un Arabe sublime comme cadeau du nouvel an. Ahmed rentre ! » (Micheline, le trans M to F) ; « Il est à moi, cet Arabe. Voleuse ! » (Daphnée s’adressant à Micheline) ; etc. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, sort avec son guide mexicain, Palomino : « Je me conduis en seigneur colonial. » Le pauvre est réduit à un double spéculaire narcissique, comme le jeune Franck dans le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta : « Quand on entre dans la cour, le garçon de la DDASS sort le premier. Il s’approche de la voiture, colle son nez à la vitre, me regarde, une main en visière de casquette. » (p. 49)

 

B.D. "Rocky & Hudson, les cow-boys gays" d'Adão Iturrusgarai

B.D. « Rocky & Hudson, les cow-boys gays » d’Adão Iturrusgarai


 

Dans les films homosexuels, le mélange inter-classes sociales n’est quasiment placé que sous le signe de la mort, de l’absence, du sexe, et de l’argent : cf. le film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey, le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears, le film « Mein Süsser, Kleiner Arsch » (« Mon beau petit cul », 1998) de Simon Bischoff, le film « L’Amant bulgare » (2003) d’Eloy de la Iglesia, etc. C’est le corps de l’ouvrier, et non le travail, qui est glorifié : cf. le film « Acla » (1992) d’Aurelio Grimaldi (avec les ouvriers musclés travaillant dans les mines), le vidéo-clip de la chanson « Cargo de nuit » d’Axel Bauer (réalisé par Jean-Baptiste Mondino), le film « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent (avec l’assistant agricole musclé du grand-père), etc. « Ô mon bel étranger, on ne se reverra plus. » (cf. la chanson « Étrange » de Nicolas Bacchus)

 

Film "Avant que j'oublie" de Jacques Nolot

Film « Avant que j’oublie » de Jacques Nolot


 

Dans les nouvelles d’Essobal Lenoir, on voit bien que le goût pour le monde ouvrier et la population issue de l’immigration n’a rien à voir avec un réel militantisme, mais qu’il est plutôt focalisé sur un fantasme égoïste de spectateur de films pornos obnubilé par son bas-ventre : « Je ne sais quoi m’attirait irrésistiblement vers la rivière. » (le narrateur homosexuel fasciné par les ouvriers de la fabrique de tuiles qui se baignent et pissent, dans la nouvelle « La Carapace » (2010), p. 15) ; « Tous ces Slaves trouvaient ma petite chambre tellement grande, et ils avaient tant besoin de tendresse… » (cf. la dernière phrase de la nouvelle « La Chambre de bonne » (2010), p. 61) ; « Majid rapplique et s’enferme avec moi. Il ouvre au maximum la fermeture éclair de son bleu sous lequel il ne porte aucun sous-vêtement. Il sort son tuyau, active sa pompe et me lèche consciencieusement toutes les coulures encore tièdes, en compressant sa queue brûlante contre le marbre froid de mes cloisons. » (cf. la nouvelle « Mémoires d’un chiotte public » (2010), p. 83) ; « On engagea donc un carreleur, un peintre et un plombier. […] Quelle jouissance que de voir les muscles sous la peau tendre des fesses du carreleur accroupi, d’autant plus que le plombier, en triturant mon système de chasse d’eau, me masturbait involontairement sans rien comprendre à mes dérèglements. » (idem, p. 92) ; « Le satyre qui ne sommeille jamais en moi cherchait des yeux un joli prolétaire contre la chaleur duquel je pusse plaquer ma libido, afin d’emporter à la maison une image pour mes travaux pratiques vespéraux. Hélas ! le prolo se fait denrée rare à Paname… » (cf. la nouvelle « La Queue du diable » (2010), p. 113) ; « Ce jardinier, on le dirait sorti d’un calendrier des Dieux du Stade. » (Tom, le héros homosexuel en parlant de son futur amant qui le fait fantasmer, Louis, le jardinier sexy de la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen) ; « Si tu veux faire le potager tout nu, tu le fais. » (Graziella s’adressant à Louis, idem) ; etc.

 

L’attrait pour le pauvre est parfois purement sexuel et autodestructeur. « J’aime les p’tits délinquants ! » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Cody cherche des Arabes. Il est obnubilé, il dit ‘Je sens que je pourrais être une femme avec eux parce qu’ils se servent de ton corps comme celui d’une femelle, tu vois, comme si t’étais une objet de plaisir et que tu n’existais pas comme personne. » (Cody, le héros gay efféminé dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 91) ; « Le chauffeur de taxi râle. Il a joui. Toujours la même histoire avec les Arabes. Il va se laver sans dire un mot, se savonne bien la bite sans oser me regarder dans le miroir qu’il a en face. Ça t’a plu ? Je lui demande appuyé sur le rebord de la porte. Moi je me vois bien dans le miroir, j’ai les cheveux longs éméchés, la robe déchirée, on dirait une pute qu’on vient de violer. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 44) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Le Rebelle » (1980) de Gérard Blain, Beaufils explique son attirance pour la « racaille », la marginalité et la violence : « Il n’y a que cela qui me fait bander. » Ici, on est bien loin de la pensée humanitaire et humaniste en action ! Dans énormément d’œuvres homosexuelles, l’amitié de l’étranger est salie par le sexe et la prostitution, même si le personnage homosexuel continue de nous faire croire (et de se faire croire à lui-même) que c’est de l’amour vrai : « Noeli, un jeune Métis. C’est pour moi le début d’un amour, même s’il repose sur l’argent. » (le héros du roman Les Dollars des sables (2006) de Jean-Noël Pancrazi) Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, par exemple, « le banlieusard, beauté exotique » est invité comme gigolo par la Jet Set homosexuelle. Cela ressemble à de l’ouverture (… mais le souci, c’est qu’on ne dit pas de quelle ouverture il s’agit…). Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony baise des « chauffeurs mécaniciens » et des jeunes prostitués. Dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset, Grégory sort avec Gérard, un fils d’immigré italien. Et il se dit attiré par Michael, l’homme marié : « Son côté bière, son côté working-class. »

 
 

b) Le pauvre est aimé pour son malheur et comme substitut d’identité :

On constate souvent que l’amour homosexuel du miséreux implique de conserver le pauvre à terre plutôt que debout : il est question, comme le chante Catherine Lara dans la chanson « Les Secrets du Monde » du spectacle musical Graal, d’« aimer les faibles à genoux ». Il ne faudrait surtout pas que le nécessiteux se relève ou qu’il soit l’égal du héros homo ! : « C’est pourquoi il [Tanguy] aimait Misha : parce qu’il était le plus malheureux. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 95) ; « Zohr incarnait à mes yeux toute la misère de la nature humaine, je voyais en elle mon sombre destin. » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 29) ; « Monsieur Goudron était un bienfaiteur. Il m’a pris chez lui quand je n’avais aucun moyen de subsistance. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, se défendant d’avoir eu une quelconque liaison avec l’écrivain âgé Goudron, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 290) ; etc. Par exemple, dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le héros désire « cette humanité pouilleuse » du haut de la terrasse de son père (une sorte de mélange Blacks/Blancs/Beurs)… mais « finalement, il n’en est jamais descendu, de sa terrasse ». Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, raconte comment il est sorti avec un certain Fabrice, un « escroc qui l’a ruiné après lui avoir fait vivre une vie de « princesse » : « Il s’est tiré avec la caisse. Plus rien. Une princesse déchue. » (idem). Puis il se retrouve entouré par des Roumains que sa situation de précarité l’a amené à connaître, et se prend pour la quintessence de la pauvreté roumaine : « J’étais comme une mendiante, une Roumaine… »

 

Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, une association LGBT d’une dizaine de membres prennent d’assaut un village de mineurs gallois pour les défendre contre les pressions gouvernementales à l’encontre des syndicats ouvriers… Ça part d’un bon sentiment. « On a subi les mêmes épreuves que vous. » leur soutiennent les militants homosexuels, dirigé par le jeune Mark. « Solidarité pour toujours ! » En réalité, ces bons samaritains s’imposent à une population qui ne leur a rien demandé (« Pourquoi viennent-ils ? On leur a écrit pour les remercier. » s’indigne Maureen, l’une des syndicalistes) Ça sent la course à la victime, l’instrumentalisation de la misère des autres pour qu’ils servent d’alibi à l’imposition des droits LGBT sous la forme de droits universels et de lutte des classes. Finalement, on lit derrière la démarche de ces héros homosexuels une forme de jalousie : « Les forces de l’ordre s’en prennent à ces pauvres gars plutôt qu’à nous ! » (Mark)

 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Vera, la sournoise héroïne lesbienne, joue d’abord les saint Bernard :« Tu connais mon penchant naturel à venir au secours des désespérés. » Mais son amante Lola, qui connaît ses calculs, la remet à sa place : « Tu es incapable d’une vraie générosité. Tu reprends d’une main ce que tu donnes de l’autre. »
 

Cela arrive très fréquemment que le protagoniste homosexuel ravisse l’identité de son amant étranger : « Je me suis mis à la place de mon prochain. » (Emmanuel Fruges, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 147) ; « Moi je me sens papou bizarrement certains matins… » (le héros de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’ignorais tout des ‘clochards célestes’ alors que j’en étais un moi-même, dans toute l’acception du terme, et me considérais comme un pèlerin errant. » (Ray Smith, dans le roman Les Clochards célestes (1963) de Jack Kerouac, p. 14) ; « Maintenant clochardisé, installé assis dans la marge, non seulement Vincent Garbo n’effraie plus ni ne dérange, mais chacun et chacune semble lui reconnaître comme un droit à l’existence. Comme si sur ce mètre carré de bitume, j’avais enfin trouvé ma juste place. » (Vincent Garbo, le narrateur homosexuel du roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 93) ; « Tu partages le sang de Pablo, Doris, Roger, Hilaire, Esteban et les autres. Tu ne t’appelles plus Félix Perlman mais Vincent Braconnier. » (Félix, le héros homosexuel du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 59) ; « Tu ne sais pas résister aux étrangers » (Teja, l’amant allemand et danseur, de Rudolf Noureev, dans le film « Noureev, le Corbeau blanc » (2019) de Ralph Fiennes) ; etc.

 

Dans son one-woman-show Free, The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon, pourtant née en France, s’identifie aux esclaves noirs chantant le blues, aux enfants faméliques des pubs d’Action Contre la Faim : « Moi, si je me mets à nue, je peux faire une pub pour Action Contre la Faim. Avec des mouches autour des yeux. » Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Ian demande à George, le héros homosexuel pas du tout clochard, s’il est SDF et celui-ci confirme. Dans son one-woman-show Chaton violents (2015) d’Océane Rose-Marie, Océane, l’héroïne lesbienne, fait référence à sa soi-disant « sœur adoptive cambodgienne ».
 

Certains personnages homos se définissent volontiers comme les vrais pauvres (cf. je vous renvoie à la partie « Je suis la plus grande victime » du code « Homosexualité noire et glorieuse » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : c’est le cas des Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, de l’association Les Gouines sans domicile fixe dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie, des faux SDF homosexuels dans la pièce Jeffrey (1993) de Paul Rudnick, des « 2 travestis clochards » Mimi et Fifi dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, des clochards homos du bâti Lars Norén (2011) d’Antonia Malinova, etc. Dans le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant, Harvey Milk se qualifie lui-même d’« immigré ». Dans ses élans identificatoires, le personnage homosexuel réagit comme la bourgeoise qui a peur de toujours manquer, qui semble inconsolable, qui parle sans arrêt des effets de la crise économique dont elle pâtirait plus que les autres (comme la Marquise du film « Dans les ténèbres » (1983) de Pedro Almodóvar), ou en tout cas autant que les vrais pauvres : « Nous sommes pauvres, nous n’arrivons plus à soutenir notre train de vie. […] Je me vois obligé de monter une affaire de tricot, Michael et moi nous tricotons des ponchos toute la journée, les enfants nous aident parfois. Mais enfin, je ne me plains pas, c’était une vie plutôt agréable. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 96) Dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, on voit parfaitement la violence condescendante de l’attrait sexuel de l’héroïne lesbienne Anamika pour sa future servante et amante Rani qu’elle a repérée dans un bidonville : « J’aurais voulu que la femme du bidonville [Rani] soit à mon entière disposition. Des images de films hindis dans lesquels le brahmin de la caste supérieure s’éprend de la domestique de la caste inférieure et lui fait passionnément l’amour ne cessaient de tournoyer dans ma tête. » (p. 20.) Parfois, les chiasmes employés indiquent à la fois la substitution aux pauvres et leur instrumentalisation via la prostitution : « Salam Aleikoum ! Aleikoum Salam ! Attendez-moi au fond, dans la chambre de droite. » (Jarry dans son one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) Dans la pièce Les Babas cadres (2008) de Christian Dob, le couple gay Jeff et Mimil aiment le monde entier… du fin fond de leur Cantal ! La substitution avec les pauvres tant adorés de loin est vite opérée : « On est vachement solidaires avec le Tiers-Monde. C’est nous, le Tiers-Monde ! » L’aide proposée aux vrais pauvres prend l’allure de la fuite : « Les mal-aimés, qui les venge ? […] Sauf qui peut. Sauve c’est mieux ! Sauf qu’ici, loin sont les cieux. » (cf. la chanson « C’est dans l’air » de Mylène Farmer) L’aide « humanitaire » que l’homosexuel veut mettre en œuvre est finalement narcissique : à force de s’identifier aux victimes, il s’imagine qu’il est sa première victime à sauver, comme le personnage de Sébastien dans la pièce Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien, qui veut créer S.O.S. Homosexuels pour secourir les internautes gays en détresse. Et le vrai pauvre voit clair dans la comédie de son faux ami homosexuel, puisqu’il lui reproche de s’être servi de lui sans l’avoir véritablement aidé à s’en sortir : « Enfant de la rue, tu m’as cueillie comme un fruit défendu. Enfant de misère, moi qui voulais te donner mon amour, toi qui venais aller-retour, tu n’m’as jamais dit : ‘Viens je t’emmène et je t’offre une autre vie.’ » (cf. la chanson « La Fille du soleil » de Candela dans le spectacle musical Cindy (2002) de Luc Plamondon). Cependant, comme il est lui-même rentré dans le jeu de sa propre exploitation, au pire il jouera de cynisme dénégateur face au snobisme puant de son mac protecteur (comme le personnage d’Omar avec son riche amant Khalid, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa : « Il aimait ça, Khalid, ma force, mon côté mauvais garçon. Il aimait que je vienne d’un autre monde. Les pauvres. Ça le changeait, disait-il souvent. Il trouvait ça exotique. », p. 25), au mieux il sera plus direct dans la dénonciation de l’exploitation mutuelle : « Je vais te dire un grand secret : finalement, tu détestes le monde. » (cf. une femme s’adressant au personnage homosexuel d’Emmanuel dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré)

 

Le pauvre dont le héros homosexuel se réclame peut également être l’enfant approprié en cas de « mariage pour tous » (et tout ce qui va avec : adoption, PMA, GPA). « C’est le dossier de Tchang. Il a trois ans. Et on va le chercher dans 2 semaines. » (François annonçant par surprise à son compagnon Thomas la nouvelle de leur voyage en Thaïlande pour l’adoption d’un enfant, dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy) Par exemple, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener, quand le père de Claire la met en garde, elle et sa copine Suzanne, à propos de leur projet de mariage et d’enfant (« Vous jouez à la poupée avec un petit être vivant. »), elle s’entête dans une solidarité agressive : « Je veux un enfant et je l’aurai ! »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Les personnes homosexuelles qui pratiquent leur homosexualité ont tendance à aimer le pauvre d’un amour ambigu, à la fois condescendant et fou

 

AMOUR AMBIGU BD

 

Beaucoup de personnes homosexuelles se désirent Hommes du Peuple engagés contre la misère. Et pourtant, concrètement, elles restent souvent éloignées des réalités humaines désagréables : dans les faits, les cadres de la rencontre entre les personnes homosexuelles et les pauvres qu’elles défendent ont presque toujours un rapport à la prostitution masculine, à la domesticité, à l’anarchisme, au militantisme politique, au populisme, bref, à une solidarité intéressée. « J’aime utiliser ma judaïté. » (Steven Cohen, le performer transgenre M to F, dans le documentaire « Let’s Dance – Part I » diffusé le 20 octobre 2014 sur la chaîne Arte) ; « Le roi est généreux. Il veut que ses sujets gardent un bon souvenir de lui, car il ne connaît que trop bien le côté obscur de son âme. Louis II voudrait être un roi bienveillant, mais il sait que ce n’est pas le cas. » (cf. le documentaire « Louis II de Bavière, la mort du Roi » (2004) de Ray Müller et Matthias Unterburg) ; « J’eus affaire à un monsieur habitant une belle villa dans le Val de Marne, qui me désirait fortement vêtu comme l’homme de ménage du film ‘La Cage aux folles’. J’avais halluciné, concluant que ce fantasme me rabaissait complètement. Et puis, non sans gêne, il s’était plu à me dire que son sexe était un petit biscuit qui devenait grand comme une baguette. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 113) ; etc.

 

Il arrive à certaines personnes homosexuelles de s’émouvoir pour la condition précaire d’un misérable garçon qu’elles tentent de sauver de la galère, et celui-ci se laisse entretenir par elles, mais le contrat unit quand même deux égoïsmes cherchant à se substituer l’un à l’autre. « J’aime les petits Arabes. En effet. Pour une fois qu’on aime les p’tits Arabes pour autre chose que pour leur pétrole. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) Beaucoup de personnes homosexuelles ne désirent plus simplement compatir au sort du pauvre : après lui avoir écrit son holocauste, elles veulent se substituer à lui pour dire qu’elles sont les plus grandes victimes de tous les temps. Faire mémoire devient très souvent dans leur cas un prétexte pour pleurer sur soi. Elles aiment davantage le pauvre pour l’esthétique révolutionnaire qu’il incarne que pour lui-même, et dans la mesure où il justifie « en gros » leurs combats personnels. C’est le glissement de la révolution à l’anarchisme/rébellion dont parle Patrick Bougon concernant l’engagement politique de Jean Genet : « La position politique de Genet est moins propalestinienne qu’anarchiste. […] Ce qui intéresse Genet chez les Black Panthers et les Feddayin, c’est qu’ils sont des vecteurs de déstabilisation du pouvoir et de l’État. » (Patrick Bougon, « Politique et Autobiographie », dans le Magazine littéraire, n°313, 1993, p. 69) Leur soutien au pauvre est une adhésion de principe, non prioritairement de personne. Elles ne s’intéressent pas tant à la victime en elle-même qu’à l’occasion qu’elle leur fournit de s’attaquer aux mécanismes de pouvoir qui la rendent/rendraient victime. Concernant par exemple l’univers carcéral, les paroles de Michel Foucault sont assez claires : « En fait, je ne m’intéresse pas au détenu comme personne. Je m’intéresse aux tactiques et aux stratégies de pouvoir qui sous-tendent cette institution paradoxale qu’est la prison. » (Michel Foucault, « Michel Foucault, l’illégalisme et l’art de punir », entretien avec G. Tarrab en 1976, p. 87) En choisissant de défendre « la différence qui gêne(rait) », elles ont l’impression d’être ultra-révolutionnaires et dangereuses, mais elles se cachent ainsi à elles-mêmes le jugement dépréciatif qu’elles ont porté sur les porte-drapeaux de leur révolution : en simulant la fausse camaraderie, elles s’entourent d’individus que la société juge/jugerait peu fréquentables, parce que ce sont souvent elles-mêmes qui ont projeté sur elle leurs propres jugements sur les pauvres, alors que ce qui devrait présider à l’ordre de la solidarité, c’est la lutte pour les exclus contre l’exclusion, il semble que pour elles, c’est la lutte grâce aux exclus contre ladite « majorité » (… il serait plus juste de dire ceux de leur propre classe) qui l’emporte. Elles veulent sauver le Peuple sans Lui, en lui arrachant le haut-parleur des mains. « Nous devons dire que nous sommes plus frappés pour que les Arabes le soient moins. Nous devons crier pour les Arabes qui, eux, ne peuvent pas se faire entendre. » (Michel Foucault, Le Temps immobile, t. III, p. 430, cité dans Dits et écrits I (2001), p. 57) En quelque sorte, elles s’identifient aux victimes à défendre pour prendre leur place et reprocher ensuite à ceux qui ne les suivraient pas dans leur élan de solidarité universelle de ne pas agir comme elles. Elles sont les prophètes d’« une nouvelle orthodoxie dont le contenu importe finalement moins que le partage manichéen qu’elle établit entre amis et ennemis du genre humain, l’obligation qu’elle fait aux premiers de se ranger, sous prétexte de défendre les opprimés, du côté des puissants. » (Élisabeth Lévy, Les Maîtres Censeurs (2002), p. 13)

 

En règle générale, la solidarité homosexuelle est à entendre dans son sens passionnel, à savoir d’altruisme agressif, de « générosité dingue » (Karin Bernfeld, Apologie de la passivité (1999), p. 221). Touche pas à pote ! Mon pauvre est à moâ ! Bien souvent paniquées par les nouvelles du journal, meurtries par le sort des populations télévisuelles, beaucoup de personnes homosexuelles, en mal de combat ou en panne d’identité, ont un besoin cannibale de se rendre utiles et d’aller vers les autres. Il leur arrive de crier dans leur salon de thé : « Je dois et j’ai besoin de faire ma vie avec les masses et les travailleurs manuels ! » (Edward Carpenter sur le site Isla de la Ternura, consulté en janvier 2003) Elles s’inscrivent parfois dans les associations caritatives, parlent de voyages « humanitaires » et de « solidarité » à tout bout de champ, se persuadent qu’elles sont indispensables au bonheur de celui qui se trouve dans la détresse… alors que par ailleurs, elles ont tendance à voir la vie en noir, à peu s’occuper d’elles, de leur voisinage, de l’entraide à échelle humaine. Elles veulent pour les vraies victimes ce qu’elles refusent pour elles-mêmes. « Comme vous savez, je suis du côté de ceux qui cherchent à avoir un territoire, mais je refuse d’en avoir un » avoue Jean Genet (Jean Genet dans l’article « Une Crépusculaire odeur l’isole » de Tahar Ben Jelloun, dans le Magazine littéraire, n°313, 1993, p. 30). Le paradoxe de leur passion du pauvre se situe dans le fait que nous pourrions définir la plupart des personnes homosexuelles à la fois comme des amis de la Terre entière et des ennemis du genre humain. C’est par exemple ce qui peut expliquer que Michel Larivière décrive dans une même phrase Michel Simon comme un individu « misanthrope, anarchiste, toujours proche des exclus, des marginaux, mais vivant en solitaire, entourés de ses animaux familiers » (Michel Larivière, Dictionnaire des Homosexuels et Bisexuels célèbres (1997), p. 311).

 

À force d’avoir le cœur sur la main, elles ont tendance à ne plus le laisser à sa juste place ! Peu de personnes homosexuelles ont la notion de la vraie générosité : pour elles, elle se limite à tout donner matériellement sans donner de sa personne, à s’émouvoir dans la mélancolie démissionnaire. Or, comme l’explique Mère Teresa, on aura beau donner tout son argent aux pauvres sans nous donner NOUS, notre don aura la froideur d’un chèque ou d’une pièce de monnaie.

 
 

a) Le pauvre-objet, exotique et lointain :

Beaucoup de personnes homosexuelles sont séduites par le jeune amant étranger : dans les cas les plus connus, il y a André Gide, Jean Genet, François Augiéras, Jean Sénac, Arthur Rimbaud, Pierre Herbart, Rachid O., Robert Lalonde, Claude Farrère, Daniel Guérin, Pierre Guyotat, Paul Bowles, Alberto Cardín, etc. Par exemple, pour leurs créations artistiques, Gilbert et George utilisent beaucoup de jeunes marginaux (cf. Patriots en 1980). Andy Warhol a fait de même. Juan Goytisolo dit être attiré par le « méridional sans cravate » (Alberto Mira, De Sodoma A Chueca (2004), p. 391). En Espagne, le Marquis de Campo est connu pour sa passion pour les jeunes hommes prolétaires. Eloy de la Iglesia a toujours été attiré par les jeunes ouvriers pauvres. Le réalisateur italien Pier Paolo Pasolini a trempé dans une affaire de détournement de mineurs à l’âge de 27 ans, et a fini par être assassiné par les voyous banlieusards qui l’attiraient tant : « Pasolini développait de vraies amitiés avec ses garçons : il jouait au foot avec eux, fait des virées nocturnes avec eux, danse et va à la plage avec eux. » (Kammerer dans le documentaire « L’Affaire Pasolini » d’Andreas Pichler) Je vous renvoie également à la vie du colonisateur anglais Sir James Brook (racontée par Nigel Barley dans Un Rajah blanc à Bornéo, 2002). Certains auteurs homosexuels, issus de la bourgeoisie et dits « engagés », aiment à décrire par un « ultra-réalisme de pissotières » l’émergence inespérée de l’amour homo dans les bas-fonds des milieux défavorisés qu’on leur a/aurait cachés pendant leur jeunesse dorée : cf. les films « Orestie africaine » (1969) et « Le Père sauvage » (1980) de Pier Paolo Pasolini, le roman Le Garçon qui pleurait des larmes d’amour (2007) d’Alexandre Delmar, le roman The Servant (1948) de Robin Maugham, la pièce Quai Ouest (1985) de Patrice Chéreau, les films « The Last Days » (2005) et « Mala Noche » (1985) de Gus Van Sant, le documentaire « Les Mille et un soleils de Pigalle » (2006) de Marcel Mazé (avec le portrait de deux jeunes Maghrébins témoignant de leur quotidien dans des sex-shops parisiens), etc. Daniel Guérin, notamment, parle de sa « conversion » au monde des garçons prolétaires. En 1962, il publie Eux et Lui, livre autobiographique dans lequel il se met en scène à la troisième personne aux côtés des exclus, comme sur une jolie carte postale de la rencontre pacifique des peuples que tout (selon lui) opposerait.

 

Dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), Abdellah Taïa raconte comment il tombe amoureux de Karabiino, un domestique inaccessible, qu’il n’arrivera pas à acheter, ni par l’argent, nu par la séduction, ni par l’émotionnel : « J’ai allumé la télévision. Sur Melody Hits, il y avait le clip de la chanson de Sabah. Karabiino connaissait le tube mais ignorait tout de la chanteuse. Il s’est arrêté de travailler. Je l’ai invité à venir s’asseoir sur le lit à côté de moi. Et on a regardé le clip ensemble. C’était joyeux. Triste. Bouleversant. Loin de tout. […] J’avais soudain envie de pleurer, mais je ne savais pas pourquoi. Karabiino, lui, avait les yeux fixés sur l’écran. Était-il heureux ? Avait-il oublié pour un moment son malheur ? À quoi pensait-il ? Qui, au fond, était-il ? Je n’avais pas de réponses. Je n’en avais pas besoin. Karabiino était un garçon offert à mes yeux, à ma mémoire, parfaitement lisible et complètement mystérieux. Je savais un bout de son histoire, de son rêve. Mais là, à côté de moi, il était comme un petit prince, un petit roi. Un petit Sphinx. Insaisissable. Ailleurs. Ailleurs en permanence. » (pp. 76-77)

 

AMOUR AMBIGU Ouvrier

 

L’ouvrier ou l’étranger pauvre-jeune-et-musclé à qui la communauté homo fait les yeux doux correspond davantage à un cliché publicitaire digne des Dieux du Stade qu’à une rencontre réelle avec le monde du prolétariat : « Il est par exemple frappant de noter qu’une image qui a longtemps été (et qui est toujours) une icône gay représente un (très beau) mécanicien portant deux pneus alors que la population gay vit dans des milieux sociaux autrement plus raffinés ou intellectuels. » (Hugo sur le site suivant consulté en octobre 2003) ; « Pendant que mon cousin prenait possession de mon corps, Bruno faisait de même avec Fabien, à quelques centimètres de nous. Je sentais l’odeur des corps nus et j’aurais voulu rendre palpable cette odeur, pouvoir la manger pour la rendre plus réelle. J’aurais voulu qu’elle soit un poison qui m’aurait enivré et fait disparaître, avec comme ultime souvenir celui de l’odeur de ces corps, déjà marqués par leur classe sociale, laissant déjà apparaître sous une peau fine et laiteuse d’enfants leur musculature d’adultes en devenir, aussi développée à force d’aider les pères à couper et stocker le bois, à force d’activité physique, des parties de football interminables et recommencées chaque jour. » (Eddy Bellegueule simulant des films pornos avec ses cousins dans un hangar, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 153) ; etc. Chez le photographe Orion Delain, par exemple, on constate de manière palpable que l’élan vers l’étranger tend plus vers l’esthétisme que vers l’amour réel. La séduction, l’obsession pour la beauté des corps, et la drague, court-circuitent les échanges relationnels qui promettaient d’être beaux, gâchent la gratuité de la rencontre (pourtant concrète) avec les habitants du monde de la pauvreté matérielle.

 

Il ne suffit pas, par exemple, qu’un individu devienne objet de désir sexuel applaudi pour sa plastique et ses charmes physiques/culturels par toute une communauté, pour qu’il soit véritablement aimé et respecté. Je pense par exemple au fantasme homosexuel de plus en plus répandu du Maghrébin dans l’industrie cinématographique du porno, fantasme interprété à juste raison par Maxime Cervulle et Nick Rees-Roberts dans Homo Exoticus (2010) comme un racisme positif ou une forme nouvelle de néocolonialisme contemporain. Ilmann Bell, dans Un Mauvais Fils (2010), analyse très bien le phénomène : « L’Arabe est aux homos ce que la Blonde est aux hétéros. » Et ce n’est pas parce que, de surcroît, l’étranger prend le rôle du dominateur (sexuel) dans un scénario où il serait montré à son avantage, et qu’il laisse apparemment au placard son ancestrale activité d’esclave passif pour endosser la casquette du violeur qui va « régler son compte » à l’Occidental dans l’obscurité d’une cave de « té-ci » miteuse, que la revanche des pauvres sur les riches est effective sur le terrain, que la communauté gay lutte efficacement en faveur de l’émancipation des étrangers, et que le film porno en devient pour le coup justicier, révolutionnaire, humanitaire. Le pauvre, même magnifié corporellement par la caméra et dans sa performance génitale, n’en est pas moins utilisé comme objet sexuel, et vu uniquement sous le prisme d’un regard machiste (que le caméraman soit une femme ou un homme, un Blanc ou un Beur, ne change rien à la violence de l’acte enregistré).

 

AMOUR AMBIGU Homo Exoticus

 

Enfin, il ne suffit pas non plus de s’annoncer sous les hospices de la fraternité et de la solidarité pour être concrètement aimant. L’amour du pauvre peut être agressif, exclusif et excluant, s’il est un prétexte pour haïr les soi-disant « opposants » à notre entreprise humaniste. On retrouve ce partage manichéen et paradoxal dans le discours « solidaire » et « républicain » d’un Federico García Lorca, prononcé le 6 juin 1936 : « Je suis frère de tous et j’exècre l’homme qui se sacrifie pour une idée nationaliste abstraite. » (Lorca cité dans l’essai La Littérature espagnole au XXe Siècle (1998) de Nicole Réda-Euvremer, p. 37)

 
 

b) Le pauvre est aimé pour son malheur et comme substitut d’identité :

Le regard porté par beaucoup de personnes homosexuelles sur la pauvreté est beaucoup trop compassionnel et inondé de larmes pour être authentique. « J’ai un amour malheureux pour le monde » déclare Pier Paolo Pasolini (cf. le reportage « Les Fioretti de Pier Paolo Pasolini, 1922-1975 » (1997) d’Alain Bergada). Jean Genet dit bien que ce qui l’a attiré chez le jeune Abdallah, son amant arabe, ce sont les « images d’une enfance misérable, inoubliable, où il se savait abandonné » (cf. l’article « L’Éthique de l’Art », de Thierry Dufrêne dans le Magazine littéraire, n°313, 1993, p. 64) plus que sa personne. On observe également cet éloignement du pauvre réel chez l’écrivain anglais Forster : « On se retrouve soudain sur les terres de E. M. Forster, où les classes inférieures (mâles) sont à la fois vénérées et totalement incomprises. » (Gore Vidal dans Palimpseste – Mémoires (1995), p. 231) Paul Julian Smith, dans son essai Laws Of Desire (1992), souligne que le regard soi-disant aimant et humaniste de Juan Goytisolo sur les jeunes hommes arabes est en fait lié à la réification et à la domination : dans les écrits du romancier espagnol, « les Arabes sont toujours observés, et l’homme occidental est celui qui écrit et pense à leur place. » (Alberto Mira, De Sodoma A Chueca (2004), p. 392)

 

Film "Le Fil" de Mehdi Ben Attia

Film « Le Fil » de Mehdi Ben Attia


 

L’homme pauvre est très souvent réifié par les individus homosexuels. Par exemple, l’acteur Brüno transforme les Mexicains en fauteuils de luxe (en l’honneur de la chanteuse Paula Abdul) dans le film « Brüno » (2009) de Larry Charles. Le plasticien homosexuel Michel Journiac a réalisé en 1973 un moulage d’après son propre visage : Journiac Travesti en voyou. Le pauvre de Jean Genet n’est pas un être humain de chair et de sang mais une marionnette de bois : « C’était le plus triste des mendiants. Son visage avait la qualité de la sciure de bois et presque sa matière. » (Jean Genet, Le Journal du voleur (1949), p. 35) Frédéric Mitterrand, dans La Mauvaise Vie (2005), ne fait guère mieux quand il décrit ses amants du bout du monde : « Il était le vrai petit chérubin des cartes postales. » (idem, p. 13) ; Mitterrand présente à juste titre sa frénésie de solidarité comme une folie incontrôlée, une pathologie personnelle proche de la fièvre acheteuse du panier percé : « C’était une de ces idées folles qui m’assaillent à chaque fois que je rencontre un enfant perdu au cours de mes voyages. » (idem, p. 15) Cet amour du jeune éphèbe avec un « air de gosse des rues » (idem, p. 31) est souvent lié à l’argent, à une tentative de possession : « Je le bombardais de cadeaux : l’entreprise de corruption était à l’œuvre sans même que j’en ai pleinement conscience. » (idem, p. 17) Dans son récit autobiographique Parloir (2002), Christian Giudicelli, prof de 50 ans, considère le pauvre étranger comme un fétiche dont on peut faire collection : « Au lieu d’étudiants ou d’artistes en herbe, j’ai collectionné un nombre impressionnant de paumés en crise de croissance auprès desquels je me sentais embarqué dans un voyage salutaire loin du monde des lettres. » (p. 21) Sa générosité s’annonce très égocentrée : « Amour bien ordonné commence par soi-même. Je prends avant d’offrir. Une fois rassasié, plein d’une nouvelle énergie, je me découvre généreux. » (idem, p. 100) Il s’amourache d’un jeune délinquant maghrébin (qui se sert de lui, de son narcissisme de donateur, et de son compte en banque) qu’il aime d’un amour fusionnel très distancé et immatériel (narcissique, donc) : « Cette fois, je suis de l’autre côté et lui se retrouve du côté d’où je viens, le bon côté. […] Je suis allongé sur mon lit et je tente de m’allonger sur le lit de Kamel, là-bas, à Fleury-Mérogis, de m’oublier, de n’être plus moi mais lui, afin de souffrir à sa place. » (idem, p. 120)

 

Film "My Beautiful Laundrette" de Stephen Frears

Film « My Beautiful Laundrette » de Stephen Frears


 

Il y a deux visages contradictoires en la personne homosexuelle (et en beaucoup de personnes non-homosexuelles d’ailleurs) : celui de la Mère Teresa et celui du profiteur concupiscent. Et le trait d’union entre ces deux masques, c’est la sincérité. Par exemple, Michael Jackson défend la forêt amazonienne, les peuples meurtris et les enfants abandonnés (cf. les chansons « They Don’t Care About Us », « Earth’s Song », et « Heal The World »)… mais par ailleurs pratique des actes pédophiles. Dans son autobiographie Retour à Reims (2010), Didier Éribon marque bien ses distances avec un monde prolétaire dont il est issu, qu’il est censé défendre, mais dont il se sert à des fins vengeresses personnelles : « Mon marxisme de jeunesse constitua pour moi le vecteur d’une désidentification sociale : exalter la ‘classe ouvrière’ pour mieux m’éloigner des ouvriers réels. En lisant Marx et Trotski, je me croyais à l’avant-garde du peuple. Je détestais la classe ouvrière dans laquelle j’étais immergé, l’environnement ouvrier qui limitait mon horizon. » (pp. 88-89) ; « Ainsi, quand je manifestais contre les succès électoraux de l’extrême droite, ou quand je soutenais les immigrés et les sans-papiers, c’est contre ma famille que je protestais ! » (p. 117) ; « J’étais politiquement du côté des ouvriers, mais je détestais mon ancrage dans leur monde. » (p. 73) Ces propos me font penser à ce que décrit Bruce Benderson dans Pour un nouvel art dégéréné (1998) : les Hommes bobos sont attirés (intellectuellement) par la misère, mais seulement pour la côtoyer de très très loin.

 

Vidéo-clip "Le Premier Jour" d'Étienne Daho

Vidéo-clip « Le Premier Jour » d’Étienne Daho


 

Certaines personnalités homosexuelles semblent être les maîtresses du Charity Business le plus odieux et le plus intéressé : « Les œuvres caritatives, c’était super pour devenir célèbres ! » déclare fièrement l’acteur Brüno, dans le film éponyme de Larry Charles (et malheureusement, ce n’est pas du second degré…). L’approche du pauvre par Federico García Lorca est également ambiguë : à la fois attendrie et moqueuse, comme l’explique son frère Francisco. « Il aimait déguiser les servantes, à qui il faisait jouer parfois de petits pantomimes. […] La servante jouait avec un accent très marqué de la Vega, et imitait dans ses mimiques la grande actrice Maria Guerrero. Federico l’avait déguisée avec un ornement ‘oriental’. Elle avait la peau très bronzée et il avait peinturlurée son visage de poudre de riz.  La pauvre femme ne se rendait pas compte, dans son ineffable simplicité, du comique de son jeu de scène, qui nous apprécions énormément, avec parfois la cruauté puérile des adolescents. » (Francisco García Lorca, Federico Y Su Mundo (1980), p. 74) On entend de la part d’un certain nombre de personnes homosexuelles la défense du tourisme sexuel au nom de la « solidarité envers le Tiers-Monde » : entretenir les jeunes gigolos, « n’est-ce pas un juste rééquilibrage entre le riche Nord et le Sud pauvre ? » (p. 138) écrit sans honte Denis Daniel dans son autobiographie Mon Théâtre à corps perdu (2006). Dans le cas de Marcel Proust, on observe la même dualité : à la fois l’écrivain sait mieux que personne que l’amour vrai ne se monnaie pas… mais cela ne l’empêche pas d’« aimer particulièrement le milieu des domestiques : il avait besoin de ce monde que l’on pouvait acheter ». (cf. l’article « La Douleur pour destin » de Pietro Citati, dans le Magazine littéraire, n°350, 1997, p. 25)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles aiment les pauvres non pour eux-mêmes mais pour l’occasion qu’ils leur fournissent de se mettre à leur place : « Les homosexuels sont souvent des immigrés d’un nouveau genre. » (p. 78) déclare Jean Le Bitoux dans son essai Citoyen de seconde zone (2003) ; « Nous sommes tous des Arabes gays. » (Éric, le chroniqueur « littéraire » de l’émission radiophonique Homo Micro sur Paris Plurielle, 106.3 FM, à Paris, le 22 juin 2006) ; « C’était mieux d’être un lépreux que de se sentir attiré par les hommes. » (Dan, homme homosexuel, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; etc. Sur le terrain associatif LGBT, l’éloignement du pauvre réel et l’arrivisme gagnent également une grande part du tableau idyllique du militantisme homosexuel : « Act Up est l’association de lutte contre le Sida dont la composition fait la plus grande part aux malades, alors même qu’elle ne s’investit alors aucunement dans l’aide directe. » (cf. l’article « Mobilisation gay en temps de Sida » d’Olivier Fillieule, cité dans l’essai Les Études gay et lesbiennes (1998) de Didier Éribon, p. 91) Certains groupes militants homosexuels agressifs, tels que le FHAR (visible dans les années 1970), Act Up, Les Panthères roses (association dont la première « action » a été lancée le 14 décembre 2002 à Paris, lors d’une manifestation contre la guerre en Irak), ou Les Sœurs de la Perpétuelles Indulgence, naissent précisément dans les moments où le gâteau des pauvres est partagés, où la lutte en faveur des réelles injustices sociales (pandémie du Sida, conflit armé, crise économique…) est à son zénith, où il y a de la souffrance et de la pauvreté à récupérer, des couvertures de victimes à tirer à soi, plus ou moins légitimement d’ailleurs.

 

Angela Davis et Jean Genet

Angela Davis et Jean Genet


 

L’identification injurieuse à l’étranger/au pauvre est pourtant faite avec le sourire, et passerait presque pour belle tellement elle « swingue » à l’unisson de la pensée politiquement correcte actuelle déroulant le tapis rouge à la « Tolérance », ce concept idéologique fumeux qui ne signifie rien (tout dépend de ce qu’on tolère). Je pense par exemple au final très World et United-Colour-of-Bande-de-Cons du concert d’Oshen (Océane Rose-Marie, la fameuse « Lesbienne invisible »), le 6 juin 2011 à l’Européen de Paris, avec la brochette de femmes étrangères débarquant sur scène comme un cheveu sur la soupe, pour pousser la chansonnette en l’honneur de la « diversité [des ‘genres’] et des différences », au rythme des tambourins orientaux. Certains militants homosexuels se servent du visage pluri-ethnique d’une communauté homo internationale fantôme, ou de la « femme lesbienne du bout du monde » (de préférence afghane, incarcérée, et violée), pour obtenir des droits LGBT nationaux, et envoyer ses commissionnaires prêcher la Bonne Nouvelle de l’Amour homo à leur place jusqu’aux extrémités de la Terre (comme on peut le voir ci-dessous pour le cas de l’Espagne) : « Dans d’autres villes apparaîtront des groupes d’immigrés LGBT. Conjointement à leurs problèmes d’insertion, ces activistes peuvent jouer un rôle primordial en ouvrant la question homosexuelle et transsexuelle à leurs communautés d’origine en Espagne. Qui mieux qu’un gay maghrébin ou qu’une lesbienne péruvienne pour parler à ses semblables ? » (Jordi Petit, cité dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 58) Cette identification excessive à « l’homosexuel persécuté aux 4 coins de la Planète » donne parfois lieu à de grotesques méprises, limite insultantes pour les nations ainsi récupérées et diabolisées une fois que le pot aux roses est découvert. Ce fut le cas tout récemment avec la blogueuse syrienne qui tenait le site « A Gay Girl In Damascus » (= Une Fille Gay à Damas)… mais qui n’était en fait ni syrienne, ni lesbienne, ni une femme ! Un post annonçait début juin 2011 qu’elle avait été kidnappée par les forces de sécurité syriennes : on a découvert que cette « Amina Arraf », qu’on s’apprêtait à couronner mondialement de la Palme du Martyr de l’Homophobie, se trouvait être un personnage inventé par Tom MacMaster, un étudiant américain en Écosse… Well well well… On passe. Concernant la récupération des pauvres à des fins politiques égoïstes, le problème se pose de manière beaucoup plus locale et nationale dans le cadre par exemple des banlieues. L’« enfer » qu’endurent/qu’endureraient les quelques rares personnes homosexuelles qui habitent dans les tours – et que la grande majorité des membres de la communauté LGBT méconnaît, même si elle se plaît à les imaginer très nombreuses ET invisibles – constitue un prétexte en or pour prouver à l’ensemble de la population française que la sainte et affreuse déesse Homophobia existe, et pour convaincre nos politiques de l’urgence de la législation sur les « droits des homos ». Vanda Gautier, la metteur en scène, s’oppose justement à l’entreprise stigmatisante d’instrumentalisation de la souffrance du « pauvre homosexuel des cités », menée par certains militants homosexuels, spécifiquement au sujet des banlieues. « L’homophobie, ce n’est un ‘problème de banlieue’. Il n’y a pas plus de violence homophobe en banlieue qu’ailleurs. Elle s’exprime d’une manière particulière en banlieue, mais elle n’est pas des banlieues. » (Vanda Gautier lors de la remise du Prix Toleranz à la comédie musicale Place des Mythos de Catherine Regula, SIGL, Carrousel du Louvre, Paris, le samedi 3 novembre 2007)

 

Arthur Rimbaud à Aden

Arthur Rimbaud à Aden


 

La recherche parfois fiévreuse du pauvre homosexuel martyrisé peut dans certaines situations traduire tout simplement un désir de mort (« De nombreuses fois je me suis demandé s’il n’y avait pas une pointe de morbidité dans la fascination que le fait juif exerce sur moi » déclare par exemple Juan A. Herrero Brasas dans l’essai Primera Plana (2007), p. 25), ou bien une haine de soi très profonde (comme l’écrit Gilles William Goldnadel : « Les martyrocrates, ce sont tous ceux qui, par passion ou par intérêt, exploitent, magnifient ou fabriquent la souffrance de celui qui, a priori, présente le profil idéal de l’innocente victime à protéger » pour combler leur propre mal-être : cf. l’essai Les Martyrocrates (2004), p. 7). Inutile de dire que ces deux sentiments sont des moteurs puissants d’homophobie…

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°9 – Amoureux (sous-codes : L’important c’est d’aimer / Désir d’aimer / Tu ne sais pas aimer)

Amoureux

Amoureux

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

La tyrannie homophobe et bisexuelle du discours imposé de l’« Amour »

 

« L’Important, c’est d’aimer et d’être heureux ». Voilà le gentil discours que nous tient la télégénique Miss France homosexuelle pour expliquer combien l’amour entre deux hommes, ou entre deux femmes, est merveilleux, incontestable, et qu’il vaut le coup d’être vécu (Elle oublie de dire qu’elle est « contre la guerre et pour la Paix dans le monde », mais bon, tant pis… on lui pardonne pour cette fois). Et dans les fictions homosexuelles comme dans les échanges sociaux actuels, les personnages homosexuels/les personnes homosexuelles se qualifient régulièrement de personnes « amoureuses » plutôt que de personnes « homosexuelles », d’ailleurs. L’argument de « l’Amour » arrive au hit parade des justifications de l’homosexualité (même avant celui du plaisir sexuel, c’est dire !). Est-ce efficace et convaincant ? Pas si sûr. Surtout quand il y a si peu d’amour concret derrière la jolie étiquette en forme de cœur ou d’arc-en-ciel que nous collent violemment sur le front les promoteurs de l’« Amour gay irréfutable ».

 

La différence entre l’amour « adulescent » et l’Amour vrai est exactement à l’image de la différence qui existe entre « sincérité » et « Vérité », ou entre « être amoureux » ( = ressentir des sentiments, une attirance physique, vibrer pour quelqu’un, vivre des instants d’émoi intenses qu’on appelle couramment « coups de foudre », suivre la courbe en dents de scie de son ressenti, …) et « aimer » ( = donner toute sa personne à un être unique et éternel, s’engager le plus totalement possible en faveur de la vie, dire à l’autre « Je te choisis », canaliser ses sentiments vers une seule direction, respecter le Réel et la Nature…). Le binôme « être amoureux/aimer » n’est pas antinomique, même si les deux sont bien distincts : le premier est plus simple que le second (tomber amoureux est à la portée de tout le monde, alors qu’aimer, ce n’est pas donné à tout le monde : cela implique le renoncement, un choix, une liberté posée fermement) ; le second prime toujours sur le premier, même s’il ne se suffit pas à lui-même ; le second canalise et utilise le premier pour transformer la pulsion en énergie vitale (comme l’ellipse de notre ADN). Cette différence entre « être amoureux » et « aimer », le désir homosexuel ne l’a pas faite. C’est pourquoi les personnes homosexuelles confondent très souvent intentions/goûts et Amour, ou bien tiennent un discours complètement cucul pour justifier n’importe quel type de relation dite « amoureuse », y compris les relations qui ne sont pas « d’amour ». En d’autres termes, il est plus juste de les définir comme des personnes amoureuses que comme des personnes aimantes.

 

Bon, maintenant, nous allons passer aux choses sérieuses. Je vais dans un premier temps vous servir la quantité astronomique de guimauve qu’on nous donne habituellement à la Cantine Rainbow. Et après quelques bouchées, vous en serez tellement écœurés que vous allez mieux comprendre d’une part ce que j’ai essayé de vous expliquer rapidement sur l’Amour un peu plus haut, et d’autre part aussi mesurer combien stupide et militaire est la dégoulinade de bien-pensance que s’/nous impose la communauté homo pour ne pas avoir à aimer en actes et en Vérité.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Mère gay friendly », « Planeur », à la partie « Films cuculs » du code « Milieu homosexuel paradisiaque », et à la partie « le silence béat » du code « Déni », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

Le personnage homosexuel se qualifie de personne « amoureuse » plutôt que de « personne aimante/aimée » ou de « personne homosexuelle », afin d’éviter de se définir, de regarder ses propres actes, et d’aimer sur la durée :

 

Dans la série des créations artistiques chantant l’amour homosexuel avec des p’tits cœurs partout (et pas mal de cœurs brisés, du coup), il y a le roman La Tentative amoureuse (1893) d’André Gide, le roman Médianoche amoureux (1985) de Michel Tournier, le film « Deux filles amoureuses » (1995) de Maria Maggenti, le film « Les Amoureux » (1993) de Catherine Corsini, la chanson « Amoureuse » de Véronique Sanson, le film « I’m In Love » (« Je suis amoureux », 2013) de Raphaël de Casabianca, le poème « Amoureux dans la vie » (2008) d’Aude Legrand-Berriot, la pièce Rêveries d’une jeune fille amoureuse (2013) d’Arthur Vernon, la chanson « Nous les amoureux » de Jean-Claude Pascal, la chanson « Les Romantiques » de Catherine Lara, l’album Romantiques pas morts de Patrick Juvet, le film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie Macdonald, le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, le film « A Question Of Love » (1978) de Jerry Thorpe, la chanson « L’Innamoramento » de Mylène Farmer, Le Dictionnaire amoureux de l’Espagne (2005) de Michel del Castillo, le poème « Todo Es Por Amor » de Luis Cernuda, le roman Une Soif d’amour (1950) de Yukio Mishima, le film « Les Amoureux » (1964) de Mai Zetterling, le film « L’Important c’est d’aimer » (1974) d’Andrzej Zulawski, le film « L’Incroyable histoire vraie de deux filles amoureuses » (1995) de Maria Maggenti, le film « La Carte du cœur » (1998) de Willard Carroll, le film « Bocage, O Triunfo Do Amor » (1998) de Djalma Limongi Batista, le film « Celui qui aime a raison » (2006) d’Arnold Pasquier, le film « C’est la vie » (2001) de Jean-Daniel Cadinot, la photo Les Amoureux (1998) de Pierre et Gilles, la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe Botti, l’album Être amoureux (2005) d’Élisabeth Brami, la chanson « L’amour à l’envers » de Shy’m, etc.

 

« Je suis amoureux de Julien. Mais ça veut rien dire. J’suis amoureux de tout le monde ! » (Yoann, le héros homosexuel, de la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Il y avait des jeunes gens comme moi, amoureux fous de l’opéra, conscients ou non de leur différence, qui scrutaient chaque nouveau visage, beau ou laid, se présentant aux doubles portes d’entrée, à la recherche d’un signe de reconnaissance, d’un regard un tant soit peu insistant, peut-être même d’un sourire. Je tombais moi-même amoureux aux trente secondes, convaincu que tel ou tel spectateur regardait dans ma direction, plantait son regard dans le mien, hésitait à m’aborder. » (le narrateur homo dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 43) ; « Je suis amoureux. » (Chris, le héros homo dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) ; « Il faut être amoureuse. […] Je crois que je suis amoureuse de toi, Clara. » (Zoé s’adressant à Clara, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret) ; « C’est l’amour qui compte. » (le jeune Michael parlant de son émoi pour un de ses camarades, dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha) ; « Tomber amoureux, c’est l’Âge d’Or ! » (Pierre l’hétéro dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; « Chacun fait c’qu’il veut. » (Pierre n’osant toujours pas se positionner sur l’homosexualité, idem) ; « La vérité, c’est que je suis tombée amoureuse d’Aysla. » (Marie, l’héroïne lesbienne du téléfilm « Ich Will Dich », « Deux femmes amoureuses » (2014) de Rainer Kaufmann) ; « Je ne suis même pas homo. Il y a deux ans, j’ai juste aimé follement l’homme de la vie de l’ancienne femme de la mienne. Depuis, tout est rentré dans l’ordre. » (Rémi évoquant son histoire avec l’hétéro Damien, le copain de son ex Marie, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza) ; « Dans les bras d’Arthur, je n’étais pas un pédé. » (Jimmy, l’amant d’Arthur, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; « Ces deux hommes qui s’aimaient, c’est beau, non ? » (Eva parlant de Verlaine et Rimbaud, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, l’obsession de tous les personnages principaux, affichée dès le départ, c’est de « tomber amoureux » et d’embrasser quelqu’un un jour. Dans le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa, le héros homosexuel Phillip, en s’adressant à son amant, et finalement à tous les membres de la communauté homosexuelle, sort une phrase culte (la seule du film… faut pas la rater) : « On est des cœurs d’artichaut. » Naaaan… tu crois ? Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), Laurent Spielvogel reprend en play-back au moment du salut final la chanson « Falling In Love Again ». Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, Thomas et François concluent leur histoire avec cette phrase creuse : « Tu sais, François, cette histoire n’est pas une question d’orientation sexuelle. Cette histoire, c’est l’histoire d’une personne qui est tombé amoureux d’une personne. » Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Camille, l’héroïne invisible que tout le monde croyait hétérosexuelle, sort avec Ninon, elle aussi bisexuelle : « C’est arrivé comme ça. Camille n’est pas plus bisexuelle que lesbienne. On a été dépassées par les événements. »

 

AMOUREUX 1 question

Téléfilm « Juste une question d’amour » de Christian Faure


 

Généralement, on entend toujours de la part des personnages homosexuels des fictions la même rengaine sur l’amour – une rengaine particulièrement homophobe d’ailleurs puisqu’elle encourage à nier la spécificité du désir homosexuel (en mettant toutes les orientations sexuelles sur le même plan) et à taire l’énonciation et la pratique d’une bisexualité qui paradoxalement est censée s’appliquer à tout le monde universellement. Elle tient en peu de mots : « Je fais ce que je veux en matière de sexe à partir du moment où j’aime, puisque l’important c’est d’aimer. » On préfère baptiser ce poncif contemporain sur la sexualité de « queer » ou d’« amour » pour ne pas voir qu’il exprime une simplification désastreuse de l’Amour vrai (certes, l’Amour est une force sexuée, mais pas nécessairement un acte génital/sensuel), ainsi que notre propre homophobie intériorisée.

 

Pour être plus clair, je vous laisse lire maintenant la sempiternelle Litanie de la Nullité – et de l’Homophobie homosexuelle, par la même occasion ! – de la Nation gay friendly : « Non. On n’est pas lesbiennes. C’est juste qu’on s’aime. » (Élisa à son amante Mahaut, dans le film « Le Sable » (2005) de Mario Feroce) ; « J’aime un mec. J’aime Cédric. C’est pas une question d’être pédé. C’est juste une question d’amour. » (Laurent à son père, dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure) ; « C’est pas les filles que j’aime. C’est toi, et depuis toujours. » (Zoé s’adressant amoureusement à sa meilleure amie Clara après l’avoir embrassée, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret) ; « Je suis amoureuse ! » (Alba découvrant subitement son amour lesbien face à son amante Yolanda, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet) ; « Ils s’aimaient, sachez-le. » (cf. le poème « Ils s’aimaient » de Vicente Aleixandre) ; « C’est beau l’amour. » (cf. la chanson « Maman a tort » de Mylène Farmer) ; « Arrête de vouloir comprendre. J’aime Loïc. Un point c’est tout. » (Guillaume dans la pièce Les Amazones, 3 ans après… (2007) de Jean-Marie Chevret) ; « Il faut aimer n’importe qui, n’importe quoi, n’importe comment, pourvu qu’on aime. » (Sébastien dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim) ; « Tout bien réfléchi, n’importe qui ferait l’affaire. » (Ninette découvrant peu à peu son homosexualité face à Rachel, dans la pièce Three Little Affairs (2010) d’Adeline Piketty) ; « Je suis encore complètement amoureux. » (Hugo le héros homo du film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ?, 2010) de Malu de Martino) ; « On a le droit d’aimer qui on veut, comme on veut. » (cf. la chanson « Entre Elle et Moi » des Valentins) ; « T’aimer parce que c’est aujourd’hui, c’est ce qui compte vraiment. » (cf. la chanson « J’attends » de Mylène Farmer) ; « Aimer les filles ou les garçons, c’est aimer de toute façon » (cf. la chanson « La plus belle fois qu’on m’a dit je t’aime » de Francis Lalanne) ; « On s’en fout qu’on soit hétéro ou homo. Pourquoi les gens ne peuvent pas nous accepter tels que nous sommes ? » (Oscar dans le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano) ; « Tribu, qu’est-ce que nous voulons ? Paix et liberté maintenant !!! […] Faites l’amour ! » (les comédiens de la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; « Moi, je dis que le vrai défi, c’est d’être soi-même ici et maintenant. » (Vincent dans le téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve) ; « Hétéro, homo, c’est dépassé : je t’aime seulement parce que c’est toi. » (Mécir à Paul, dans le film « Grande École » (2003) de Robert Salis) ; « Quelle est la différence ? Enfin, Suzanne, je ne te reconnais plus. L’amour est toujours l’amour. C’est une femme ? Eh bien tant mieux pour toi ! » (Anne, l’amie gay friendly de Suzanne, quand celle-ci lui annonce avec difficulté son homosexualité, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 144) ; « Je n’ai rien contre. Ce qui compte, c’est ton bonheur. » (la tante de Dany à son neveu, dans le film « Sexe, gombo et beurre » (2007) de Mahamat-Saleh Haroun) ; « C’est important de faire ce qu’on aime. […] Malik, moi, je ne veux que ton bonheur. » (Sara à son fils homo Malik, dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « Tu dis : j’avais décidé de ne plus aimer les hommes. Mais toi, c’est différent. » (Vincent à Arthur, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 44) ; « Je ne me sens pas plus hétéro qu’homo. C’est juste toi. » (Bart en s’adressant à son amant Hugo, dans l’épisode 268 de la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1 le 13 août 2018) ; « Qu’on soit tarlouze ou hétéro, c’est finalement le même topo. Seul l’amour guérit tous les maux. » (cf. la chanson « Petit Pédé » de Renaud ; et le pire, c’est qu’avec un discours conventionnel pareil, Renaud arrive encore à s’étonner de ne pas avoir réussi à faire davantage d’émules dans la communauté homo…) ; « Ce n’est pas que je sois lesbienne en quoi que ce soit : ce qui m’attire, c’est la personne. Il se trouve simplement que toutes les personnes qui m’attirent sont des filles. » (Jessica Campbell dans le film « L’Arriviste » (1999) d’Alexander Payne) ; « Le sexe est universel : il se fout de notre genre et de nos préférences. […] [Concernant l’infidélité au sein de notre couple…], on a choisi la voie moyenne de la communication totale avec, au premier chef, le respect des sentiments de l’autre. » (Michael à son compagnon Ben, dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 70 puis 78) ; « Il s’agit d’amour ! Alors de quoi est-ce que tout le monde a si peur ?!? » (Steven faisant un coming out larmoyant face à l’assemblée muette de sa High School, dans le film « Get Real », « Comme un garçon » (1998) de Simon Shore) ; « Tout ce qu’on fait, c’est par amour. Ça ne peut pas être mal. » (Kal à Fran, dans le film « Sex Revelations » (1996) d’Anne Heche) ; « C’est pas la vérité qui compte. C’est le bonheur. » (Alice dans la pièce Open Bed (2008) de David Serrano et Roberto Santiago) ; « Être toujours heureux est un commandement d’une importance vitale. » (cf. proverbe hassidique cité en épitaphe du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 226) ; « Make Love, not War we say : It’s easy to recite ! » (cf. la chanson « Love Makes The World Go Round » de Madonna) ; « ‘Aime et fais ce que tu veux’, disait Augustin. Le vrai combat, il est là ! » (Frère Antoine à Malcolm dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 137) ; « S’il me manque l’amour, je ne suis rien. » (Mark lisant au temple l’Épître de saint Paul aux Corinthiens, dans le film « Save Me » (2010) de Robert Cary ; plus tard, son copain Scott dira : « L’amour est juste. Et l’amour, c’est bien. ») ; « L’essentiel, c’est l’amour. » (Göran dans le film « Patrik, 1.5 », « Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen) ; « C’est de l’amour finalement. » (cf. la conclusion de l’adjoint au maire pendant la cérémonie d’un mariage gay dans une mairie française, sketch « Le Mariage homosexuel bientôt en France » de l’humoriste Lamide Lezghad, à l’émission On n’demande qu’à en rire sur France 2, le 31 janvier 2011) ; « L’important, c’est que tu sois heureux. » (la mère face à son fils qui fait son coming out, dans un sketch « Coming out du dimanche midi » de l’émission Tout le monde il est beau sur la chaîne Canal +, 2011) ; « L’essentiel, c’est que tu sois heureuse, et que tu reste en vie. » (la mère à sa fille Ariane qui lui annonce qu’elle est lesbienne, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; « Je suis heureuse pour vous car l’amour est une chose formidable. » (Yvonne la gouvernante s’adressant à Ednar à propos de son couple avec Dylan, dans le roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 74) ; « Aimer un garçon, ça ne veut rien dire. Ce n’est pas pour ça qu’on est homo. D’ailleurs, je ne l’aimais pas. Je le trouvais beau, c’est tout ! » (Bryan en parlant de Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 32) ; « J’aime France… mais attention ! Je ne suis pas du tout lesbienne ! » (Sharon, qui se décrit comme une « bi », dans la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne ; de son côté, France dit que son homosexualité n’est pas une question d’identité, mais uniquement « de désir, de Moment, d’Amour… ») ; « Ce qui compte, c’est d’être amoureuse. […] C’est pas si grave d’être homosexuelle quand on s’aime. » (Hortense qui, en tombant amoureuse de Raphaël qu’elle avait pris pour une femme pendant toute la croisière, finit par se croire lesbienne, dans le film « La Croisière » (2011) de Pascale Pouzadoux) ; « Il n’y a pas d’homosexualité, ni d’hétérosexualité, il y a la sexualité. » (cf. le film « La Truite » (1982) de Joseph Losey) ; « Quoi que tu sois, garçon ou fille, ça n’a pas d’importance. Je sais que je t’aime. » (Leslie Cheung dans le film « He’s A Woman, She’s A Man » (1994) de Peter Chan) ; « En amour, il n’y a pas de règles. » (Harold, l’un des héros homosexuels du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Et l’amour dans tout ça ? » (Emad, le frère d’Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, s’adressant à son père, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; « J’ai le droit d’être amoureux » (cf. le chanson « J’ai le droit aussi » de Calogero) ; « Aimez ! Aimez ! Tout simplement. Et peu importe comment. » (Dominique, dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet) ; etc. Dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, l’avocat Roy Cohn ne croit pas aux identités « gay » et « lesbienne », mais uniquement « aux relations ».

 

Par exemple, dans le téléfilm « Ich Will Dich » (« Deux femmes amoureuses », 2014) de Rainer Kaufmann, Aysla et Marie sont deux femmes mariées qui couchent ensemble… (l’une d’elles regrette de s’être mariée avec un homme : « Je n’aurais jamais dû me marier… ») mais elles n’assument absolument pas la réalité de leur pratique amoureuse, et font preuve d’homophobie inconsciente : « Que les choses soient claires : je ne suis pas lesbienne. » prévient Marie. « Et moi non plus. » lui répond Aysla, pour continuer de sortir avec elle en la déculpabilisant. En gros, vous détestez le mariage ainsi que l’homosexualité ? Eh bien raison de plus pour la pratiquer !
 

AMOUREUX 2 Pascal Fioretto

Pascal Fioretto « Et si c’était niais ? »


 

Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, André, homosexuel, se montre très entreprenant en draguant Cyril, un de ses collègues de bureau sur qui il se fait des films. Finalement, Cyril le repousse (« Je ne suis pas branché pédés, en vrai. ») mais André, dans un premier temps, refuse d’outrepasser les limites imposées par un discours homophobe : « Mais moi non plus. On n’est pas obligés de mettre des mots sur tout… ».
 

Derrière les refrains prônant l’« Amour », on lit souvent chez le héros homosexuel une grande immaturité affective et une profonde angoisse, car l’état amoureux est propre à la passion, à l’adolescence, et fait vivre les montagnes russes émotionnelles à celui qui s’y enchaîne (cf. l’album Être amoureux : Petits bobos, petits bonheurs (2005) d’Élisabeth Brami) : « Il faut admettre que ce comportement d’éternel adolescent me jouait parfois de vilains tours. Effectivement, je tombais amoureux mais cela ne durait pas plus d’une semaine. » (Ednar, le héros homosexuel du roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 132) ; « Ainsi, les années défilaient à grands pas ; je vieillissais sans voir venir mes rides ; mes cheveux grisonnants tout autour de mes tempes prouvaient que j’avais atteint un bel âge. Mais comme toujours, j’étais amoureux, car je n’avais jamais pu vivre sans amour. » (idem, p. 184) ; « Malgré les bonheurs que Marie me donnait tous les jours, ce bel amour simple ne me suffisait déjà plus. Cette inclination que j’ai pour la conquête est sans doute le pire. Je me sens toujours amoureuse du plus difficile, de l’impossible même, et donc condamnée à n’être jamais comblée. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 204-205) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, c’est au moment où Franck avoue à son ami Henri qu’il entame une relation « sérieuse » avec Michel (« J’crois que je suis en train de tomber amoureux. ») qu’Henri sent précisément qu’il se jette dans la gueule du loup (« Et c’est ça qui te tracasse ? » lui répond-il immédiatement).
 

Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Arnaud, le héros homo qui ne s’assume pas, refuse de poser le mot « homosexuel » sur ses propres pratiques amoureuses avec son compagnon : « J’ai des relations sexuelles avec Benjamin, une fois de temps en temps. Comme tout le monde. »

 

Ce discours pro-« amour », qui se veut humaniste, et incarné dans les Sens (je l’ai bien écrit au pluriel!), ne se dirige en réalité qu’à des corps végétaux, angéliques, non-sexués, immatériels, narcissiques, où l’autre (ou soi-même !) en face n’existe pas. « Je voudrais pouvoir être amoureux. Ma propre personnalité est un poids pour moi. » (Dorian Gray dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Et ils s’émeurent. Et ils s’aimèrent. » (le petit homme et Jean-Claude son amant spéculaire, dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau) ; « J’allais de déceptions en déceptions, et pourtant je ne me lassais pas de tomber amoureux. » (Ednar, le héros homosexuel du roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 114) ; « Avec un peu d’amour, beaucoup d’alcool, tout passe toujours. » (Jeanfi, le steward homo dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; etc. À la fois il cache et il traduit une réelle déprime, une haine de soi redoutable.

 

On retrouve dans les œuvres homosexuelles le refrain de la philosophie légère (et pourtant dangereuse) de « l’amour n’a pas de sexe », et celui – encore pire pour la communauté homosexuelle puisqu’il neutralise son droit à exister – de « l’amour n’a pas d’orientation sexuelle ». « On n’a pas couché ensemble. On a fait l’amour. […] J’ai pas couché avec Quentin. Je l’ai aimé. » (Jules, le héros homo en parlant de son aventure avec Quentin, pour ne pas assumer de dire qu’il est homo ET pour idéaliser son « histoire de cul », dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas ; mais homo, bi, hétéro c’est pareil, on ne mange pas dans les assiettes cassées. » (le chauffeur du taxi dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 120) ; « On se fout de qui embrasse qui. » (Tori, la lycéenne gay friendly, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « Le cœur a ses raisons que la raison ignore. » (une vieille mamie secondée de son mari, idem) ; « De toute façon, le vingt-et-unième siècle sera bi ou ne sera pas ! » (Claude, l’une des héroïnes lesbienne du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 63) ; « Bien plus que la raison, le cœur est le plus fort. » (une réplique dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy) ; « Ça vous fait rien de savoir ce que c’est que de faire l’amour avec un garçon, ou avec une fille d’ailleurs ? » (Jacques s’adressant à Anna, la jeune voyante, dans le film « L’Apparition » (2018) de Xavier Giannoli) ; etc.

 

Menée à son terme, la Queer Theory est homophobe et hyper matérialiste : « Ne me dis pas que tu es pédé et que ça existe d’être pédé. Ça n’existe pas, la seule chose qui existe, c’est des situations sexuelles qui font bander tout le monde, les filles comme les garçons, hétéros ou pédés. » (Cody, le héros homosexuel américain à son pote gay Mike dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 99) ; « Les objets comme des collections de sable, Témoins de nos escales dans le monde amoureux. » (le Comédien, dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) ; « Un enfant, qu’il soit élevé par deux pédés du cul ou par un père et une mère, l’important, c’est qu’il ait de l’amour. » (Nadia, la mère porteuse hétéro dans le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand) ; « C’est le grand Amour. On ne peut rien y faire. » (Tom, le héros homosexuel, forçant Dick à l’aimer, dans le film « The Talented Mister Ripley », « Le Talentueux M. Ripley » (1999) d’Anthony Minghella) ; etc.

 

Par des propos lénifiants sur l’amour, c’est toute une censure/indifférence homophobe sur le désir homosexuel qui est imposée. Et ça, c’est très inquiétant pour le futur des personnes homosexuelles, qui ne se verront bientôt plus reconnaître leur désir homosexuel, ni leur culture, ni leur légitimité à exister en tant que personnes homosexuelles, si ça continue. Qu’on ne s’étonne pas de la recrudescence des actes homophobes dans une société pareille où le discours bisexuel asexualisant (qu’on nous ordonne de nommer « amour ») a pignon sur rue !

 

L’un des points de réflexion que je trouve cependant intéressant dans ce chœur d’agneaux bêlants – même s’il est faux de l’interpréter ensuite comme une essence homosexuelle éternelle –, c’est quand certains personnages ou certains auteurs affirment que « les » homosexuels font partie d’une race à part appelée « les amoureux » : « Nous appartenons à la race d’Eros. » (Le Coryphée dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias) ; « J’ai grandi dans le romantisme. » (Mme Garbo dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) de Copi) ; « Le pire, c’est que votre caractère vous pousse à être amoureux. » (D’Albert à Alcibiade, dans le film « Le Chevalier de Maupin » (1965) de Mauro Bolognini) ; « Nous, les lesbiennes, on tombe toujours follement amoureuses. » (Océane Rose Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009). À mon sens, ils touchent ici du doigt ce qui est l’une des caractéristiques les plus saillantes de la nature du désir homosexuel : c’est un désir sentimental et amoureux plus qu’un désir aimant. Dans son roman En l’absence des hommes (2001), Philippe Besson a bien choisi les mots qu’il prête à Proust pour illustrer ce que je viens de vous expliquer : « Je ne suis pas un amant, ne l’ai jamais été. Je suis un amoureux, véritablement. » (la figure de Marcel Proust, p. 93)

 

AMOUREUX 3 I Love you

Film « I Love You Phillip Morris » de Glenne Ficarra et John Requa


 

Dans l’amour homosexuel, le « désir d’aimer » semble l’emporter sur « l’amour en actes ». Par exemple, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Matthieu, le héros homosexuel, nous raconte sa love story, et surtout la courbe montante-descendante de ses sentiments ; d’ailleurs, c’est au moment où il se sent le plus in love de Jo (« Le top du ‘Je suis amoureux’. » dit-il) qu’il va finalement le tromper.

 

On reste sur le terrain des bonnes intentions, ou bien du rêve. C’est particulièrement perceptible dans les chansons de Mylène Farmer (« J’avais rêvé du mot aimer. », cf. la chanson « Rêver » ; « J’ai dans mon autre moi un désir d’aimer, comment l’oublier ? », cf. la chanson « Tous ces combats ») mais également dans d’autres œuvres très appréciées des personnes homosexuelles. Par exemple, c’est ce désir d’aimer que souligne le critique Bernard Urbani dans le discours de la manipulation amoureuse des deux héros bisexuels des Liaisons dangereuses (1782) de Laclos, la Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont, qu’il décrit comme deux êtres « avides d’aimer », malgré leur cruauté effective (Bernard Urbani, « Le Couple libertin : Valmont, Merteuil », dans Pierre-Ambroise-François Choderlos de Laclos, Analyses et Réflexions sur Les Liaisons dangereuses de Laclos (1991), p. 78). Dans un élan très Walt Disney qui stipule que « tous nos rêves sont possibles à partir du moment où on y croit très fort », certaines personnages homos prônent la toute-puissance de la sincérité, sans penser une seule seconde que l’enfer ne fonctionne qu’à coup de bonnes intentions : « Une personne est d’autant plus authentique qu’elle ressemble à ce qu’elle a toujours rêvé d’être intensément. » (le transsexuel Agrado dans le film « Todo Sobre Mi Madre », « Tout sur ma mère » (1998) de Pedro Almodóvar) ; « La sincérité met fin à la paranoïa. » (cf. une phrase de la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg)

 

Par exemple, dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, Greg, le héros homo, s’est fait vider son compte en banque par Igor, son amant qui lui a piqué sa carte de crédit… mais il continue de dire qu’il a aimé pour de vrai : « J’crois en la sincérité et la fidélité. »

 

Finalement, avec cette rhétorique de l’amour asexué (qui peut être homosexuel… ou pas), on se retrouve face à des personnages homosexuels hypocrites et lâches, qui nient la responsabilité et la réalité des actes sexuels qu’ils posent, ou bien qui mettent sur un piédestal tout désir humain (sans le définir, bien évidemment) à partir du moment où il est exprimé et qu’il est soi-disant individuel. Par exemple, dans le film « Cherchez Hortense » (2012) de Pascal Bonitzer, quand Jean-Pierre Bacri demande à Claude Rich « Papa, est-ce qu’il t’est arrivé de coucher avec des hommes ? », ce dernier lui répond : « Oui. Ça fait de moi un homosexuel ? » Tous les désirs se vaudraient, et donc ne mériteraient même plus d’exister. Quelques rares personnages homosexuels sentent le danger de ce discours bisexuel-asexué niant l’existence du désir homosexuel en eux : « Je sais que l’amour est important, je sais même que l’amour, c’est la preuve que l’homosexualité existe. Je sais tout ça. Non mais si j’y pense, n’importe qui peut baiser une bouche ou un cul, on s’en fout si c’est un mec ou une nana, genre derrière un glory hole. Donc oui, oui, je sais, l’amour c’est ce qui est le plus important. Mais chuis pédé, moi, pas hétéro. Je vais pas draguer quelqu’un. Sauf toi, peut-être ! » (Mike, le narrateur homosexuel s’adressant à Polly sa meilleure amie lesbienne, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 32)

 

 

Ce qui se passe en ce moment, c’est que le mot « amour » est sacralisé et préféré à Dieu même, universellement préféré à l’Amour même ! « Pour Bryan, faire l’amour, c’est le huitième sacrement. » (Tom parlant de son amant « catho », dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) Nous allons être de plus en plus confrontés à cet imbroglio, ce tour de passe-passe, ce décalage fusionnel (ce noeud!) entre mot et réalité, entre intention et amour, entre sincérité et Vérité, entre esprit et corps, entre enfer et paradis. « L’enfer, c’est l’absence d’amour. » (Bryan, idem)
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

En général, la personne homosexuelle se qualifie d’« amoureuse » plutôt que de « personne aimante/aimée » ou de « personne homosexuelle », afin d’éviter de se définir, de regarder ses propres actes, et d’aimer sur la durée :

 

Dans les documentaires télévisuels, les débats publics, et les échanges sociaux informels, on retrouve sans arrêt cette emphase sur l’amour-sentiment supplantant complètement l’amour-engagement et la réflexion sur le sens du désir homosexuel : je vous renvoie par exemple au titre de l’émission homosexuelle (pardon… « gay friendly », il faut dire maintenant) Ce n’est que de l’amour sur la radio française RCN à Nancy (90.7 FM) ; à l’article « Si nous parlions d’Amour » (1999) de Marie-Jo Bonnet dans la revue Triangul’Ère 1 de Christophe Gendron ; ou bien encore au jeu télévisé français Les Z’Amours qui a accueilli pour la première fois de son histoire (le 11 juin 2009) un couple homosexuel ; etc.

 

AMOUREUX 4 Keith Haring

Tableau de Keith Haring


 

C’est drôle comme beaucoup de personnes homosexuelles se font une obligation de tomber amoureuses, comme pour rentrer bêtement dans le moule social de la princesse et du prince charmants (et surtout pour imiter leurs films !) : « Il fallait que je tombe amoureux. » (Hugo Marsan en parlant de sa jeunesse, lors de la 3e Journée Mondiale contre l’Homophobie, Paris, le 18 mai 2007) ; « Nous allons ensemble rire, pleurer, trembler, tomber amoureux-se-s. » (Antoine Quet dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 9) ; « C’était un coup de foudre réciproque. » (Élisabeth par rapport à Catherine, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; etc. Elles n’ont toujours pas compris que le sentiment amoureux, sans la différence des sexes, est éphémère et souffrant par nature. « Tu fonces, tu t’enchaînes aux mêmes arbres qu’autrefois. Et tu sais déjà que tu vas souffrir, parce que tout te dit que ce sera plus compliqué que jamais… En un mot, tu es amoureux. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 162) L’état amoureux imposé par le capricieux Éros, et que beaucoup de personnes homosexuelles (célibataires, mais pas uniquement célibataires) rêveraient, dans leur incroyable naïveté, de retrouver comme si c’était le seul Nirvana qui existe sur Terre, n’est pas autre chose qu’un calvaire (si et seulement s’il n’est pas vécu dans l’Amour et canalisé par Lui !). Ce n’est pas pour rien que Marcel Proust parle, dans Sodome et Gomorrhe (1921-1933), des épuisantes « intermittences du cœur » (p. 21) que le grand huit des sentiments (homosexuels comme hétérosexuels) nous fait vivre façon looping ! Dans le documentaire « Charles Trénet, l’ombre au tableau » (2013) de Karl Zéro et Daisy d’Errata, quand on demande à Charles Trénet s’il a connu l’amour vrai, il répond : « J’étais trop amoureux pour me fixer. J’ai eu juste DES amours. » En vrai, ce n’est pas une partie de plaisir que d’être amoureux sans être aimant : « Je suis heureux, ce matin. Insatisfait. J’ai retrouvé un état amoureux, l’état brut qui est de front celui de dépit et de révolte. » (le juge Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 13) ; « J’étais aveugle et amoureux. Les gays adorent vivre des histoires d’amour éternelles de trois jours. Alors je fais comme tout le monde, j’adore ça. » (Ashe dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 248). La passion peut même rendre fou, et nous anesthésier partiellement, au point de nous décourager d’aimer vraiment : « J’étais devenu un zombie. Un fou dans la nuit. Un mystique de l’amour. Un amoureux éconduit. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 53)

 

AMOUREUX 9 Kang

B.D. « Kang » de Copi


 

La grande majorité des personnes homosexuelles, incapables de faire la différence entre « être amoureux » et « aimer » (car notre société ne les y aide pas, il faut bien le dire !), se qualifient d’« amoureuses » : « Je mets du sentiment partout. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 315) ; « Je suis un grand amoureux. » (Étienne Daho dans la revue Têtu, n°127, novembre 2007, p. 32) ; « Le monde me transforme en amoureux. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 96) ; « J’aimais tellement être amoureuse. » (une témoin lesbienne de 70 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Moi, je suis une romantique et je suis une grande amoureuse. » (Nina Bouraoui dans l’émission Culture et Dépendances diffusée le 9 juin 2004 sur la chaîne France 3) ; « Elle a fait de moi un être éternellement amoureux. » (Julien Green, en parlant de sa mère, dans l’émission Apostrophe diffusée le 20 mai 1983 sur la chaîne Antenne 2) ; « Je me savais incurablement sentimentale. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 190) ; « Nijinski attache une grande importance aux mots ‘sentiment’, ‘sentir’ et ‘ressentir’. » (Christian Dumais-Lvowski, dans l’avant-propos du journal Cahiers (1919) de Vaslav Nijinski, p. 20) ; « Bonjour je m’appelle Jérémy Patinier, je ne vais pas vous raconter de conneries mais je vais vous parler d’amour. J’ai été amoureux 4 fois déjà. Ça a duré un an et demi, 6 mois et 2 fois 3 mois. Ça fait deux ans et demi en tout. J’ai 27 ans et 6 mois, j’ai calculé ça fait 10 037 jours. Bon j’arrondis à 10 000 jours si on enlève le début, la fin et les jours où on se déteste : ça fait 12% de ma vie à être amoureux. » (L’auteur de la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour, 2011, Incipit) ; « Je suis amoureux. Amoureux de l’amour. » (le chanteur Stéphane Corbin, lors de son concert Les Murmures du temps au Théâtre de L’île Saint-Louis Paul Rey à Paris, en février 2011 ; il dit d’ailleurs que son album Les Murmures du temps a été « créé dans l’esprit amoureux, à écouter des chansons nostalgiques ») ; « J’étais déjà amoureux avant même de l’accueillir à sa descente du train. […] Yann était devant moi, beau et aussi gauche que moi. Mon premier réflexe a été de l’emmener contempler la mer Méditerranée. Nous nous sommes promenés, nos doigts s’effleurant comme par mégarde. Nous avons flirté tout l’après-midi comme deux adolescents connaissant leurs premiers émois. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), pp. 83-84) ; etc.

 

L’écrivain Christophe Bigot, lors de la Conférence « Différences et Médisances » autour de la sortie de son roman L’Hystéricon, à la Mairie du IIIe arrondissement, le 18 novembre 2010, affirme qu’il s’est identifié très jeune à la figure romantique du procureur Camille Desmoulins : « Il est jeune, courageux, fougueux, c’est un amoureux. J’ai voué un culte à Camille Desmoulins pendant toute mon adolescence. » À l’occasion, on découvre que l’adjectif « amoureux » n’est en général qu’une pompeuse poétisation/romantisation de la pulsion génitale la plus vile et la plus égoïste (= je bande, je suis excité, DONC je tombe amoureux et j’aime !) : « Selon moi, le rapport que nous devons avoir à l’égard de nous-mêmes, lorsque nous faisons l’amour, est une éthique du plaisir, de l’intensification du plaisir. » (Michel Foucault, « Une Interview de Michel Foucault par Stephen Riggins », 1983, dans Dits et Écrits II, 1976-1988 (2001), p. 1355) Le Bonheur et le Plaisir sont les moteurs du discours libertin : « Il y a un pédagogue chez chaque libertin. En effet le Bonheur, valeur suprême que la philosophie des Lumières substitue au principe traditionnel et religieux de Salut, se définit dans la pensée libertine en termes d’activité et d’intensité. » (Béatrice Bonhomme, « Commentaire de la Lettre XLVIII », dans Pierre-Ambroise-François Choderlos de Laclos, Analyses et Réflexions sur Les Liaisons dangereuses de Laclos, Éd. Marketing, Paris, 1991, p. 75). Selon les amoureux homosexuels, l’Homme ne serait qu’une marionnette offerte en holocauste à l’Amour. On ne pourrait pas comprendre l’Amour, puisqu’Il serait inintelligible, inattendu, accidentel, despotique : « L’histoire qu’on se raconte est singulière. Elle tient à peine compte de l’identité des partenaires, des relations que l’on a avec telle personne, du fait que l’on soit ou non amoureuse de quelqu’un de précis à ce moment-là. C’est un état de désir diffus, imprévisible, qui vous tombe dessus parce que le soleil, parce que la vie… » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 173) On nous fait croire que l’amour vrai n’est qu’une affaire de jolies intentions (et non d’actes et d’engagement concret), qu’un arrangement privé à deux, et qu’à partir du moment où les deux parties qui se mettent en couple sont apparemment consentantes (mais sont-elles si libres qu’elles le disent ?), adultes, et vaccinées, leur amour serait indiscutable. « Le désir justifie tout, pourvu qu’il soit partagé. » (idem, p. 191) « Ce qui compte, c’est la relation. […] Le critère éthique fondamental, qui relativise les différences, est celui de la qualité intérieure de la relation. » (Isabelle Graesslé, Pierre Bühler et Christoph D. Müller, Qui a peur des homosexuel-les ? (2001), p. 179) Le mythe du consentement mutuel – qui stipule qu’une action devient juste et aimante à partir du moment où elle est voulue par plus d’une personne ( = « on va voir ailleurs… mais c’est rien puisqu’on s’dit tout ») – n’est absolument pas remis en cause, alors que, dans les faits, on peut très bien agir mal à deux, au-delà des sincérités, des promesses, de la communication dans le couple.

 

L’éloge idolâtre du sentiment amoureux s’accompagne d’ailleurs très souvent d’une forme d’auto-mépris chronique de l’amour-sentiment, forcément. C’est parce qu’on n’y croit trop, et qu’on en fait un mauvais usage, que les sentiments peuvent nous tromper ! : « Je ne veux plus jamais tomber amoureux. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 170) Les plus romantiques des sentimentaires homosexuels sont ceux qui dénoncent chez les autres la naïveté et l’idéalisme des contes de fées dans lesquels ils s’enferrent pourtant à pieds joints eux-mêmes, parce qu’ils n’ont rien compris à l’Amour vrai. L’Amour, ce n’est pas comme dans les contes de fée : c’est mieux, et plus grave, que les contes de fées ! C’est par excès de romantisme que nous arrivons à être déçus par ce que nous croyons être « de l’amour » : non parce que nous aimons vraiment.

 
AMOUREUX 5 L'amour n'a pas de sexe
 

Dans l’amour homosexuel, le « désir d’aimer » semble l’emporter sur « l’amour en actes » : « C’est vers seize ans que survint le premier flot qui me jeta par dessus bord. Depuis longtemps existait en moi un inconscient désir d’aimer. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 80)

 

Je suis persuadé que c’est parce que les personnes homosexuelles ne croient plus en l’amour qu’elles le chantent à tue-tête. Pour cacher leur dépression et les détournements de l’amour qu’elles opèrent, elles se mettent à défiler sous les bannières de l’optimisme en forme de cœur ou d’arc-en-ciel. Et ce remplacement de l’Espérance (= lire tous les événements concrets de la vie humaine à la lumière de la Victoire de la Vie sur la mort, à travers la Croix du Christ) par l’optimisme ( = voir le monde avec des lunettes roses) est vraiment pathétique. Ça y est ! Je crois qu’on peut le dire : Les Bisounours homosexuels (déprimés mais « optimistes ») sont là ! Ils ne croient pas en l’Amour unique et éternel, mais en l’amour-sentiment, merveilleux et éphémère à la fois. « Aime comme tu veux ! » signalent leurs banderoles de Gay Pride (cf. arborées au défilé parisien de 1986). En réalité, derrière l’argument de l’amour, la motivation de beaucoup de militants homosexuels est prioritairement légaliste et matérialiste, ne nous leurrons pas : « On veut être reconnus comme une famille par la loi, pas que par les cœurs. » (Francine et sa compagne Karen, dans le documentaire « Des filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger)

 

La justification de l’homosexualité par « l’amour » est totalement de mauvaise foi, mais semble dans un premier temps, il faut le reconnaître, vraiment efficace et incontestable, d’une part parce qu’elle touche la corde sensible de notre compassion, et d’autre part parce que l’Amour vrai, même s’Il s’éprouve concrètement sur la durée, dans la patience et la persévérance, ne se prouvera et ne s’imposera jamais : Il est l’Amour même (et la Liberté qui va avec) !

 

AMOUREUX 6 Pour la vie

 

Votre attention, s’il vous plaît ! La Miss France homosexuelle a un message capital à nous délivrer : « Vive la liberté, la vie, la différence, la grâce, le respect… » (Clémentine Célarié dédicaçant maternellement la revue Triangul’Ère 3 (2001) de Christophe Gendron, p. 778) ; « Je réclame la liberté générale des mœurs, de tout ce qui ne nuit pas à la tranquillité, à la liberté, au bonheur du prochain. » (Claude Cahun citée par Catherine Gonnard, article « Claude Cahun », dans le Dictionnaire des Cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 91) ; « Seul l’amour peut légitimer les actes sexuels consentis sans violences. » (le docteur Ramón Serrano Vicens, cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 160) ; Les militants de l’association gay basque Xente Gai Astur veulent « construire une société plus juste et meilleure pour tous les êtres humains » (cf. Fernando Olmeda, El Látigo Y La Pluma (2004), p. 322) ; « Jocelyne François ne se veut pas la porte-parole d’une quelconque cause. Pour elle, il s’agit de dire l’évidence : l’amour, et sa singularité. Un ton qui rompt définitivement avec tous les poncifs et les stéréotypes d’une homosexualité subie ou transgressive, en se voulant essentiellement à l’écoute d’une histoire personnelle, celle de sa rencontre avec la peintre Marie-Claire Pichaud. Son œuvre reste surtout une invitation à aller jusqu’au bout de soi et de ses bonheurs. » (cf. l’article « Jocelyne François » de Catherine Gonnard, dans le Dictionnaire des Cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 201) « En conclusion, je pense que nous recherchons tous, hétéros ou gays, le bonheur, l’amour, la liberté de vivre la vie que l’on a choisie. Il n’y a donc pas de différence. Je souhaite de tout cœur que les homos puissent vivre leur vie dans la paix, la reconnaissance et la sécurité. » (cf. lu dans la revue Têtu, juillet/août 2002) Oui, en effet, le bonheur, comme le répète le monde magique de la publicité, c’est d’être soi-même, de s’écouter, de penser à soi, … et, comme dirait le bobo, d’« être vivant » et d’« avoir aimé (malgré tout) ». De chanter la vie, de danser la vie (= de vivre pour sa gueule, en gros). Et surtout, surtout, de ne pas juger (comprendre = « faire marcher son sens critique ») : « Pour moi l’homosexualité est une chose normale. Je ne vois pas du tout au nom de quoi est-ce qu’on juge l’autre. Son corps, mon corps est à moi. Votre corps est à vous, j’espère. Nous avons le droit d’en faire… à peu près, ce qu’on veut. La seule chose qui soit interdite, c’est la mauvaise foi, le mensonge et le meurtre. Tant qu’on ne porte pas ombrage à la liberté de l’autre, on a le droit d’être libre. » (Juliette Gréco dans le documentaire « Sex’n’Pop, Part I » (2004) de Christian Bettges) C’est vrai, tout ça. Il ne faut pas oublier non plus de dire que « L’Important, c’est la communication et les échanges ». C’est important, ça. Ben oui : on reçoit beaucoup plus que ce qu’on donne. C’est Lorie, la grande philosophe, qui l’a dit. Et c’est capital de rappeler que l’amour n’a pas de règle ni de limites, parce que l’Amour est transcendant : Il est partout, même là (surtout là !) où on ne s’y attend pas, … où notre désir n’y est pas, où on ne veut pas s’investir librement.

 

Miss France a encore un mot à nous dire sur le mariage gay, peut-être ? Oui, il faut en effet lutter contre les préjugés sur les homos, c’est vrai (c’est quoi, un « préjugé », au fait ?). Et lancer le Kiss-ing de l’amour obligatoire à la Gay Pride ! pour expliquer au monde entier que « les homos sont faits pour le mariage ! » (dixit Arielle Dombasle dans la revue Têtu, juin 2011) Voilà. Ça, c’est fait. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout le monde il aime ! Tout ça, C’EST LA VIE ! « Tu s’ras bien avec tes deux mamans. Avec le p’tit Raphaël, on fonde une famille. On peut tout à fait vivre une relation homo avec un p’tit bébé. Ça me paraît complètement naturel. Voilà, quoi. C’est la vie. » (une maman lesbienne juste après la naissance de son fils, dans l’émission Ça se discute diffusée le 18 février 2004 sur la chaîne France 2) Les couples homos, en résumé, pas besoin de se prendre la tête, « C’est juste de l’amour quoi. » (Jeanne Broyon par rapport à l’amour lesbien, dans le documentaire « Des Filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger ; d’ailleurs, pendant un kiss-ing parisien, la réalisatrice se ballade justement avec un ballon gonflé en forme de cœur, marqué « Action Bisounours ». CQFD) Euh… Une dernière petite question perso : On est vraiment obligé d’applaudir ?

 

AMOUREUX 7 Bisounours

Les « fameux » Bisounours


 

Quand on regarde les mots de la Miss France tout-sourire d’un peu plus près, on y découvre toujours le même discours homophobe prônant une diversité-rouleau-compresseur égalitiste : « Dès qu’il y a de l’amour, qu’il soit hétéro, homo, bi, trans, c’est une occasion de fête et de joie. Et je trouve ça magnifique ! » (Linda Troller dans le documentaire « 68, Faites l’amour et recommencez ! » (2008) de Sabine Stadtmueller) ; « C’est pas le mariage homo. C’est le mariage tout court. » (Marion, la sœur de Guillaume, son frère homo en couple avec Patrick, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy de l’émission Tel Quel diffusée le 14 mai 2012 sur la chaîne France 4) ; « Homo, hétéro, il n’y a pas fondamentalement de différence. L’amour entre deux personnes, avec un grand A, c’est le même. » (Violaine citée dans la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 81) ; « À travers ce film, j’ai essayé de dire que l’amour reste éternel en dépit des difficultés que la société impose aux amoureux. Homos ou pas ! C’est pour moi une façon de rendre hommage à ceux qui s’aiment et expriment leur amour comme ils le sentent. » (Mohamed Camara à propos de son film « Dakan » (1997), dans Arte Magazine, le 15 juillet 2000) ; etc.

 

Voici le discours typiquement bisexuel de l’irresponsabilité des libertins « gays friendly » : « Tu sais, cariño, un jour, tu vas tomber amoureux. Si c’est un garçon, t’es homo. Si c’est une fille, t’es hétéro. […] Je me suis tapée toutes les filles de ma promo. Ça n’a pas fait de moi une lesbienne ! » (une des tantes de Guillaume, le héros bisexuel, prise en flagrant délit de déni de responsabilité, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) Et tout le monde a « adoooré » la « nouveauté » qu’aurait représentée ce film « Guillaume et les garçons, à table ! »… J’avais beau leur dire : « Mais non, c’est pas un film novateur ni positif pour les personnes homosexuelles. Malgré les apparences, il n’est pas un progrès du tout. C’est un film homophobe qui banalise et ignore la pratique homosexuelle en même temps que les personnes. », je n’arrivais pas à me faire entendre…

 

Les Queer & Gender Studies, derrière un discours évasif sur les bienfaits des différences (qu’elles nient concrètement, à commencer par la différence des sexes !), tentent d’imposer un dangereux flou artistique sur la recherche du sens de la sexualité, des corps naturels, et de l’Amour, une recherche qui, inutile de le rappeler, garantie le respect des personnes et de notre société : « Les contours d’une nouvelle forme de sexualité ne peuvent pas être connus, il appartient, à chacun de nous de le déterminer. […] Les êtres humains s’arrangent à leur façon de la reproduction et de la production, des différences sexuelles et de l’érotisme ; ils font aussi leur propre histoire du plaisir et du bonheur. […] La recherche du bonheur au XIXe siècle dépend de vous. » (Jonathan Ned Katz, L’Invention de l’hétérosexualité (2001), pp. 181-183) ; etc. Leur défense de l’amour est particulièrement sentimentaliste et anti-naturaliste : « Aujourd’hui, la signification de la sexualité ne se situe plus exclusivement dans le corps mais dépend de l’usage que l’on en fait. » (idem, p. 176) Ce sont les instincts et les pulsions animales (les penseurs queer diront « envies » ou « amour » pour édulcorer leur violence) qui sont mis en avant, voire imposés : « Le sexe est une pulsion humaine fondamentale qui ne peut être bridée. Toutes les tentatives pour le contrôler ou le réglementer ont échoué. L’amour ne connaît pas de verrous. » (Terry Sanderson, Gay Kâma Sûtra (2003), p. 8) À travers un réquisitoire archi-appris sur l’amour (l’amour dont paradoxalement on ne dit rien ! on se contente généralement de nous l’exhiber sans légende), derrière des mots énigmatiques et ésotériques berçant notre douilletterie, se cache une redoutable censure sur l’homosexualité : « Le Vatican s’oppose à l’amour ! » (Don Barbero, prêtre gay friendly dénonçant la position de l’Église catholique lors du vote de la loi DICO en Italie en 2003, dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi) ; « L’homosexualité ne m’intéresse pas comme sujet de cinéma. Ce qui m’intéresse, c’est l’intimité des personnages. » (Gaël Morel cité par Cyril Legann, « Gaël et son clan », dans la revue Illico, 10 juin 2004) ; « Je ne fais aucune différence entre l’hétérosexualité, la bisexualité et l’homosexualité. L’amour, c’est être consumé par un feu intérieur, qui vous emmène loin. Tout le monde a raison, tout le monde fait le bon choix, personne n’a à s’interposer quand il s’agit d’amour. […] Quant à l’homoparentalité, je ne vois pas le problème, si problème il y a. Peu importe la sexualité des parents, l’amour doit être au centre de la famille. Je suis pour le bonheur et la félicité. » (Étienne Daho cité dans la revue Têtu, n°127, novembre 2007, p. 34) ; « Du moment qu’il y a de l’amour et de l’éducation… » (cf. une phrase d’un défenseur du « droit à l’enfant » pour les couples de même sexe, dans la série d’émissions 7 minutes pour une vie, « Homoparentalité : Le Parcours de deux mamans et deux papas » dans Le Magazine de la Santé, diffusé sur la chaîne France 5, décembre 2009) ; « J’ai pas vraiment envie d’en parler. C’est un film d’amour, voilà. Souvent, mes films ne traitent pas directement d’homosexualité. » (François Zabaleta juste avant la projection de son film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, au 17e Festival Chéries-Chéris d’octobre 2011, au Forum des Images de Paris) ; etc.

 

Par exemple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, le papy homosexuel fermier de 83 ans compare le fait d’aimer le vin avec l’homosexualité: « Il s’agit d’aimer. », mais on voit qu’il impose une censure sur sa propre homosexualité : « Je suis né comme ça. Je suppose. Je ne me pose pas la question. C’est, je pense, l’intérieur qui commande. »

 

Certains amants homosexuels, dans un élan d’irresponsabilité puéril et homophobe, vont même jusqu’à nier leur désir homosexuel, leurs actes, leur orientation homosexuelle, leur culture, leurs amis homos, leur communauté sexuelle d’adoption, parfois même renier leur propre compagnon, pour satisfaire ce discours social insipide sur la sexualité : « Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne peut s’exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui, parce que c’était moi. » (Montaigne au sujet de La Boétie, cité dans le roman Parce que c’était lui (2005) de Roger Stéphane, p. 37) ; « La conduite sexuelle entre deux hommes a peu ou rien à voir avec l’identité ‘homosexuelle’. » (Neil McKenna, On The Margins (1996), p. 12, cité dans l’essai Historia De La Literatura gay (1998) de Gregory Woods, p. 312) ; « Je ne pensais pas devoir décrire mon protagoniste en tant qu’homosexuel ou hétérosexuel. Pour moi, il est queer. Dominik n’a pas besoin de se décrire. » (Jan Komasa, le réalisateur du film « Sala Samobójców », « Suicide Room » (2011), s’exprimant sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris) ; « Je ne suis pas lesbienne ; j’aimais Thelma. » (Djuna Barnes à propos de sa relation orageuse avec la sculptrice Thelma Wood, citée dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 76) ; « Moi je ne lutte pas pour être homosexuel. Je lutte pour être moi et pour être une personne. Moi je crois aux personnes, pas à l’homosexualité. On ne doit pas te coller une étiquette parce que tu te mets avec un mec ou une nana. » (Fernando Olmeda, El Látigo Y La Pluma (2004), p. 265) ; « Ce n’est pas important d’être gay… ou important d’être blanc… ou important d’être noir. L’important, c’est d’être soi. » (James Baldwin en mai 1986, cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 72 ; « J’ose espérer à l’avenir qu’on ne parlera plus d’orientation sexuelle, que ça deviendra juste un fait naturel. » (une femme trentenaire lesbienne dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre) ; etc.

 

Pour faire contrepoids à ce discours fleur bleue senteur lavande puant, je ne peux m’empêcher de citer les quelques mots de Pascal Bruckner sur l’individualisme infantile, dans La Tentation de l’innocence (1996) : « L’individualisme infantile est l’utopie du renoncement au renoncement. Il ne connaît qu’un mot d’ordre : sois ce que tu es de toute éternité. Ne t’embarrasse d’aucun tuteur, cultive et soigne ta subjectivité qui est parfaite du seul fait qu’elle est tienne. Ne résiste à aucune inclination car ton désir est souverain. Tout le monde a des devoirs sauf toi. », p. 106).

 

Le plus fascinant dans tout ce processus contemporain de bisexualisation du concept d’homosexualité, c’est que nous sommes en train de revenir inconsciemment aux fondamentaux historiques homophobes du désir homosexuel, à l’époque (fin du XIXe siècle) où les nomenclatures « les homosexuels » et « les hétérosexuels » s’appliquaient exactement aux mêmes individus : les personnes bisexuelles qui ne voulaient pas s’engager en amour. Une époque, d’ailleurs, où les personnes homosexuelles étaient particulièrement persécutées. Aujourd’hui, c’est la même chanson. On veut, en mettant à mort la réflexion sur le désir homosexuel, faire table rase sur l’horizon symbolique de la sexualité humaine au sens large. Le désir homosexuel est réduit à une pratique génitale (à ne pas analyser), et n’est plus reconnu en tant que désir (la seule chose dont on est sûr qu’il est). On ne doit même plus dire « amour gay », sinon, on se fait taper sur les doigts ! L’« amour gay », c’est de l’Amour-tout-court, voyons ! Pourquoi instaurer des « catégories d’amour », enfin !?! Je perçois cette tyrannie homophobe dans les propos pourtant bateau et désinvoltes d’un écrivain comme Christophe Donner : « Ma nature est d’être amoureux, d’être sensuel, d’être excité, de sucer, d’enculer mais pas d’être homosexuel » (l’écrivain Christophe Donner). La censure actuelle sur l’homosexualité, le refus de se définir comme une personne homosexuelle, ou de seulement parler de l’amour/désir spécifiquement « homosexuel », ne préfigure rien de bon pour la communauté homosexuelle à venir…

 

AMOUREUX 8 Peace

 

Ce phénomène de censure concernant la question gay est extensible à la société entière, malheureusement. C’est sur le sens de la sexualité humaine et de l’Amour qu’il faudrait s’attarder, en réalité ; sur les fondamentaux. On n’a jamais entendu parler autant d’Amour dans nos médias qu’aujourd’hui, … et pourtant, on l’a jamais aussi peu mis en pratique ni expliquer ! « On respecte les façons diverses d’aimer. » (Christian Flavigny, pédopsychiatre « catholique », dans l’émission « Sans langue de buis » consacrée aux États Généraux de la bio-éthique, diffusée le 12 janvier 2018 sur la chaîne KTO) Pour revenir sur le cas de la communauté homo, qui n’est que la partie visible de l’iceberg de l’Ignorance sociale sur l’Amour, ce qui surprend le plus, c’est de voir le degré de violence et de haine que les défenseurs de l’amour gay, qui n’ont pourtant que les mots « amour » et « respect » à la bouche, sont capables de mobiliser pour justement défendre leur conception très personnelle et discutable de l’Amour. Ne voyant leurs actions qu’à travers le prisme de leurs bonnes intentions, il semble difficile à la majorité des personnes homosexuelles de mesurer que ce n’est pas les valeurs en elles-mêmes qu’elles désirent mettre sincèrement en pratique dans leurs amours qu’elles doivent remettre en cause (« s’accepter soi-même », « défendre la diversité », « accueillir la différence », « aimer l’autre de tout son cœur et tel qu’il est », etc.), mais le détournement qu’elles en font. Par exemple, la générosité n’a jamais impliqué de se laisser vider son compte en banque par son amant ; l’amour de la beauté n’a jamais imposé la soumission au sexe ; l’acceptation de soi n’a jamais demandé la caricature du coming out ; etc. La communauté homosexuelle toute entière a du mal à saisir que l’amour n’est pas que l’intention d’aimer, et que, comme le dit le fameux adage, « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».

 

Je vois d’ici certains lecteurs interpréter mon cynisme par rapport à l’amour gay comme une forme d’aigreur personnelle qui relèverait de la jalousie enfouie, ou du refus gratuitement méchant de cautionner le discours social actuel sur la beauté des couples homos. On ne sait pas pourquoi, mais bon, ça me ferait naturellement mal de voir un couple homo vraiment heureux ; ça m’écorcherait la bouche de l’avouer, mais le « bonheur des autres » me débecterait… Je leur réponds tout de suite que, pour l’instant, et depuis un certain moment déjà (surtout depuis que je ne suis plus homosexuellement amoureux, tiens ! comme par hasard ! et que je ne crois plus en cette soupe guimauve qu’on nous force à avaler comme du petit lait), je vais très bien. C’est parce que je ne me fais pas/plus avoir par la chansonnette des amoureux homosexuels que je peux dire haut et fort que ça fait du bien d’être au régime ! 😉 Et que ça fait du bien aussi de dénoncer ce qui se cache de franchement révoltant derrière le vernis de bien-pensance qui recouvre la communauté gay (et pas que la communauté gay : toute la société) D’autres personnes homos, prétendant vivre en ce moment le « Big Love » avec leur partenaire, me soutiendront que c’est plutôt mignon de se définir comme « amoureux ». En apparences, en tout cas. Mais ce qui est gênant, c’est ce que cette méga propagande publicitaire en faveur de l’amour, lancée par la communauté homosexuelle, cache une censure sur les pratiques dites « amoureuses » et sur la réflexion à propos de l’Amour, précisément.

 

Je le crois de plus en plus. Le désir homosexuel n’aide pas les individus qu’il habite à se poser la question de leurs désirs profonds. Il faut toute une vie à un Homme pour apprendre à aimer. Mais bien souvent, les personnes homosexuelles, en croyant aimer mieux que les autres qui les auraient si mal reconnues, se pensent exemptées du travail d’apprentissage collectif et patient de l’amour, si bien qu’elles arrivent souvent précipitamment sur le terrain des relations amoureuses en ayant grillé certaines étapes et sans connaître les règles de base du jeu aimant respectueux. On le constate très clairement dans les fictions et dans les faits. « Moi, je ne sais plus dire ces choses-là. » (Charlotte incapable d’assurer un « je t’aime » à Mélodie, dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; « Moi, j’ai jamais réussi à être en entier à quelqu’un. » (Charlotte à la fin du film, idem) ; « J’ai des difficultés pour aimer. » (Monique, témoin homosexuelle dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre) ; « Le problème, c’est que tu n’aimes que toi. » (Adrien s’adressant à Louise, le personnage trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « J’connais beaucoup d’hommes qui ont aimé mon frère, enfin… qui croyaient l’aimer. » (Hall par rapport à son frère homo Arthur, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc.
 

Par exemple, dans le film « Tableau de famille » (2002) de Ferzan Ozpetek, Antonia répète à trois reprises à Michele, l’amant de son mari, une phrase à laquelle celui-ci ne sait pas quoi répondre tellement elle est juste : « Tu ne sais pas aimer ! » Dans le film « Benjamin » (2018) de Simon Amstell, Benjamin, le héros homosexuel, avoue « son incapacité à aimer ». On retrouve cette idée dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow (« Ça ne durera pas, votre histoire à Paul et à toi, parce que toi, tu ne sais pas aimer. » dit Marie à Sébastien), dans la chanson « La Vie continuera » d’Étienne Daho (« Aimer tu ne sais pas. »), dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner (« Tu ne sais pas aimer ! » crie Prior à son amant Louis), dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie (« Vous avez une drôle de façon de vous aimez. » déclare l’Inspecteur à Franck), dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson (« On s’est mal aimés, toi et moi. » constatent Vincent et Stéphane), dans la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely (« Tu sais rien de l’amour, toi. » signale Franck à son mec), dans la chanson « Tu ne sais pas aimer » de Damia, dans le film « Un Mariage de rêve » (2009) de Stephan Elliot (« Tu ne sais pas aimer. » déclare Larita à John), dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo (« Tu ne m’as jamais aimé. T’es incapable de partager une vraie relation. » dit Arnaud à Mario), dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier (« C’est terrible de s’apercevoir qu’on aime si mal la personne qu’on aime. » déclare Georges, le héros homosexuel faisant son autocritique dans sa relation coûteuse avec William), dans le one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015) de Pierre Fatus (« Pour l’amour, je ne suis pas diplômé. On m’a pas appris à aimer. »), dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini (« T’as pas de cœur, Delphine. » déclare Carole à son amante), dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré (« Je sais pas être avec quelqu’un. Je ne sais qu’être seul. »dit Jacques à son amant Arthur), etc. Par exemple, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, Adineh l’héroïne transsexuelle F to M déclare à Rana la femme mariée qu’elle n’a jamais aimé : « Ça fait quoi d’aimer quelqu’un ? » Question qui étonne Rana : « Tu n’as jamais été amoureuse. » Et dans la vie réelle, même chose. Il suffit de regarder la majorité des individus homosexuels (ou hétérosexuels) gérer leurs aventures sentimentales pour se rendre compte que, quoi qu’ils en disent, il n’y a pas de place pour un conjoint dans leur vie, et qu’ils ne se sont pas encore assez préparés à l’accueil de l’amour. Ils sont d’ailleurs les premiers étonnés de constater, une fois « casés », que non seulement rien n’a changé à leur insatisfaction d’être et d’aimer, mais qu’ils se sentaient mieux célibataires qu’aussi mal accompagnés. Quand nous voyons la plupart d’entre eux s’amouracher de n’importe qui à n’importe quel moment, pour finir déçus ou détruits les trois-quarts du temps, on a de quoi de penser qu’ils n’ont pas suffisamment compris comment il fallait s’y prendre en amour. Je suis certain qu’ils sauraient aimer de manière plus mûre dans d’autres circonstances et structures conjugales que les couples hétérosexuel et homosexuel : ils aiment mal (ou « moyen ») seulement quand ils s’obstinent à vouloir aimer à travers le modèle du couple fusionnel androgynique et en dehors de la différence des sexes.

 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°10 – Androgynie bouffon/tyran

androgynie bouffon

Androgynie bouffon/tyran

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Vous vous souvenez des dessins animés de votre enfance, ou encore des B.D. dans lesquelles on voit un héros entouré de deux marionnettes – généralement un angelot et un diablotin – qui sont ses clones, et qui se disputent sans arrêt entre elles parce qu’ils ne sont jamais d’accord ? Vous visualisez les petites voix de la Conscience et de la Culpabilité qui se livrent bataille en lui pile au moment du choix cornélien, ou quand il est sur le point de faire une grosse bêtise ? Et bien je trouve que ces mises en scène de conflit intérieur entre deux personnages bouffon/tyran qui se mènent une vie impossible, mais qui pour autant restent inséparables (d’ailleurs, ils passent leur temps à s’échanger les rôles) sont typiques dans les œuvres artistiques traitant d’homosexualité. Sûrement parce que le désir homosexuel écartèle la conscience qu’il habite et la coupe en deux. Cette schizophrénie de l’âme, elle arrive généralement quand nos actes ne sont pas conformes à notre conscience et à nos bonnes intentions ; quand nous ne voulons pas assumer ce que nous faisons. Plus on se rêve éternelle victime – pour mieux mal agir en secret et en toute impunité –, plus on devient bourreau sans même s’en rendre compte. L’existence faite de dérision et de légèreté cache bien souvent des drames et des larmes invisibles. Derrière le Jean-qui-rie pleurniche Jean-qui-pleure (… et vice et versa). Comme le désir homosexuel est plus bien-intentionnel que fondé sur le Réel, il est logique qu’il nous encourage à vouloir porter les deux masques, en apparence antithétiques, de la clownesque bataille entre le valet lourdingue et son maître psychorigide. Dans les œuvres homosexuelles, ce duo fusionnel amusant est pourtant le signe d’un désir de viol chez celui qui les met en scène, la marque de l’écartèlement d’une conscience humaine en proie à ses désirs de rupture/fusion avec les autres. Il n’est pas rare que l’inconstance du désir homosexuel prenne, dans les créations artistiques, la forme de la farce sado-masochiste.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Doubles schizophréniques », « Désir désordonné », « Violeur homosexuel », « Jumeaux », « Adeptes des pratiques SM », « Moitié », « Homosexuels psychorigides », « Liaisons dangereuses », « Promotion ‘canapédé’ », « Défense du tyran », « Clown blanc et Masques », « Douceur-poignard », « Homosexuel homophobe », « Femme et homme en statues de cire », « Femme fellinienne géante et pantin », à la partie « Amant-marionnette ou marionnettiste » du code « Amant diabolique », et à la partie « Je suis fier d’être un monstre » du code « Homosexualité noire et glorieuse », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Le couple homosexuel explosif est composé de deux marionnettes grand-guignolesques figurant un tyran et un serviteur qui lui est soumis :

Vidéo-clip de la chanson "Optimistique-moi" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Optimistique-moi » de Mylène Farmer


 

On peut retrouver ces personnages chamailleurs dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut (avec le couple homo formé par Dieu et Satan, et entourant Bill), le spectacle-performance Golgotha (2009) de Steven Cohen (avec les ombres chinoises du tyran et du bouffon), le Muppet Show (avec les grands-pères Statler et Waldorf), dans le film « La Femme et le Pantin » (1931) de Josef Von Sternberg (avec le maire et son bras-droit, Alphonso et Pacco), la chanson « Egotrip » du spectacle musical Starmania de Michel Berger (avec Stella Spotlight et Zéro Janvier), le « Medley Cette Année-là » au concert des Enfoirés en 1998 (avec Pierre Palmade et Patrick Juvet), la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi (avec Cyrille, le héros homo, et Hubert, son journaliste-bras-droit), le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears (avec Omar et Johnny), le film « Vatel » (1999) de Roland Joffé, le tableau La Cour du roi doré (2007) de Thierry Brunello, le film « Sens unique » (1987) de Roger Donaldson, le film « Mont-Dragon » (1970) de Jean Valère (avec Madame la colonelle et sa servante), la pièce Le Cri de l’ôtruche (2007) de Claude Gisbert, le poème « República » de Néstor Perlongher, le roman La Terrasse du roi lépreux (1969) de Yukio Mishima, le film « Une étrange affaire » (1981) de Pierre Granier-Deferre (avec Louis et son rapport exclusif avec son supérieur, le film « Mauvaise Passe » (1998) de Michel Blanc (avec Pierre, le prof de lettres dépendant de Tom, l’escort boy), le film « Beau Travail » (2000) de Claire Denis (entre l’adjuvant et le jeune légionnaire), le film « La Fille de Monaco » (2008) d’Anne Fontaine (entre l’avocat et son garde du corps), la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, le roman Prince et Léonardours (1987) de Mathieu Lindon, le film « Furyo » (1983) de Nagisa Oshima (Jack Celliers et le Capitaine Yonoi, jouant au chat et à la souris), le film « Une Affaire de goût » (1999) de Bernard Rapp (avec sa Majesté Frédéric et son goûteur Nicolas), la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi, la bande dessinée homo-érotique Batman (avec Batman et Robin en lutte contre le Joker efféminé), la chanson « L’Aventurier » d’Indochine (avec Bob Morane et Bill Ballantine), le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan (avec Élisabeth, la veuve Merteuil et calculatrice, et Brahim son bras-droit homo), le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon (avec Louise et sa servante Gaby), les films du duo homo-érotique Laurel et Hardy (cf. le documentaire « The Celluloïd Closet » (1995) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman), la chanson « Ramon et Pedro » d’Éric Morena, le roman L’Agneau carnivore (1975) d’Agustín Gómez Arcos, la pièce Guantanamour (2008) de Gérard Gelas (avec le jeu ambigu entre le geôlier et le prisonnier), le film « Jan-Ken-Senso » (1971) de Shuji Terayama, le film « It’s Love Im After » (1937) d’Archie Mayo, le film « Holy Matrimony » (1943) de John M. Stahl, le film « Mon capitaine, un homme d’honneur » (1995) de Massimo Spano, les tableaux de Moktar, la pièce Macbeth (1623) de William Shakespeare (avec le couple criminel Macbeth-Lady Macbeth), la pièce Arlequin, valet de deux maîtres (2008) de Goldoni, le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot, la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon (avec le duo sadomaso formé par la grande Allemande robuste et sa compagne petite, toutes deux en couple lesbien, et qui violent les vierges), le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (avec le duo SM composé de la gouvernante stricte et de la femme-enfant ingénue), la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks (avec Igor et Freddie le Dr Frankenstein Junior), etc.

 

Par exemple, dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, les deux lesbiennes Lucie et Léonore doivent, lors d’un casting, interpréter une scène entre une Reine autoritaire et une servante. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, François s’extasie devant Thomas, son amant qui l’a quitté, et se remémore « son air sournois et machiavélique qui lui va si bien ». Dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis, Fred (le héros homosexuel) et Alice (la « fille à pédé(s) ») se chamaillent comme les deux moitiés schizophréniques d’une même personnalité déchirée : « Tu joues la meilleure amie, et puis après, tu joues la parfaite hystéro qui m’arrache la moitié du visage ! […] Arrête de me toucher ! J’vais finir en morceaux avec toi ! » (Fred) Dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, les deux amants Jean et Luc se comportent comme de vraies girouettes qui s’insultent, s’adorent, se déchirent, disent qu’ils se taisent pour en réalité parler encore plus : « Je parlais pour parler. » (Jean) Dans le one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011) du travesti M to F Charlène Duval, Madame Raymonde et Charlène Duval disent s’adorer « comme des copines », mais en même temps s’envoient sans arrêt des vacheries dans la gueule. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah humilie son amante Charlène devant les autres camarades, la traite comme sa bouffonne et arrive à s’en victimiser : « Tu m’auras bien fait du mal en tous cas. En même temps, je ne mets pas tout sur le dos. Moi aussi, je me suis laissée faire. […] Putain, t’es forte. Tu fais encore ta petite victime. Tu prends ton air de chien battu. […] Avec toi, je me sens mal. Je mens. Je me sens dure. Tu me donnes le mauvais rôle. ». Dans la pièce Lettre d’amour à Staline (2011) de Juan Mayorga, des couples étranges se forment : d’abord entre le poète Boulgakov et sa femme – qui se met dans la peau de Staline – (« Tu es la femme que j’aime. Comment puis-je imaginer que tu es Staline ? »), et ensuite entre Boulgakov et un Staline homosexuel (« C’est toi le poète et moi le lutteur. » affirme impérieusement le dictateur). On peut également penser au passage célèbre de Sodome et Gomorrhe où la rencontre amoureuse entre le très aristocrate Palamède de Guermantes, baron de Charlus et le valet Lupien est racontée avec beaucoup d’humour. Ce n’est que lorsque ces duos apparaissent dans le scénario de cette pièce que les enjeux de pouvoir se modifient entre les personnages. Les combinaisons par binôme indiquent deux choses : l’émergence d’un désir sexuel ambigu (= homosexuel) d’une part, et de la violence destructrice d’autre part. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, pendant le cours d’histoire, Nathan simule un malaise alors que le prof parle de l’accord (pacte de non-agression) entre Hitler et Staline pendant la Seconde Guerre mondiale, pour être amené à l’infirmerie par son futur amant Jonas, qu’il va draguer en même temps qu’humilier et manipuler.

 

Le dramaturge argentin Copi est le spécialiste des pièces où le personnage central est en proie à des voix intérieures délirantes, comme s’il ne s’éprouvait plus du tout jouer (d’ailleurs, quand Copi montait sur scène pour interpréter ses propres personnages, il arrivait qu’il soit complètement camé lui-même !). Il s’agit généralement d’un héros homosexuel hystérique et schizophrène, parfois transsexuel, semblant souffrir du syndrome Gilles de la Tourette : « Arrêtez ! Ma bonne m’assassine à coups de massue et mon chien afghan me mord les chevilles ! » (« L. », le héros travesti M to F en parlant de Goliatha, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Où est-elle, cette salope, que je la tue ! » (Jolie parlant de sa fille Graciela, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, p. 75) ; « Ne tirez pas, Madame, je suis aveugle ! » (Fougère dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; etc. Le bouffon et le tyran de Copi sont généralement un adulte-petite fille envoyé(e) faire le tapin par une mère-transsexuel despotique ; mais ils peuvent être également un rat et son maître-courtisan, ou bien une matrone bourgeoise et son domestique. Ces partenariats violents renvoient presque systématiquement à l’inceste, à l’homosexualité, au viol, à la prostitution.

 

L’androgynie entre le bouffon et le tyran peut s’observer entre frères, et indiquer une transgression de la différence des générations : cf. le roman J’ai tué mon frère dans le ventre de ma mère (2011) de Sophie Cool, la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi, le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (avec Élisabeth et Paul, les frangins incestueux), etc. « Les jeux ne sont pas tout à fait faits, chère petite sœur. C’est toi ou c’est moi ! Puisque nous sommes jumelles ! On a commencé à se battre à l’intérieur du ventre de notre mère. » (la Comédienne s’adressant à Vicky, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Une dame ici ? Ce ne peut être que ma belle-sœur. Dites-lui que j’ai détesté sa robe de chambre et que je n’ai pas l’intention de les recevoir. » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; etc.

 

La dualité bouffon/tyran dans les œuvres homosexuelles fait également référence à la différence des espaces (on le voit plus largement dans le code « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre » du Dictionnaire des Codes homosexuels), c’est-à-dire à la double appartenance du personnage homosexuel à des classes sociales dites « opposées ». « Quand c’est pas la Boche, c’est la Juive. » (Laurent Spielvogel imitant Marlène Dietrich puis Barbara, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Mon frère homo va épouser un des sujets de sa majesté. » (l’avocat dans le film « Non-stop » (2014) de Jaume Collet-Serra) ; etc. À la fin du film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, par exemple, la juxtaposition des deux enterrements (d’un côté les funérailles carnavalesques du père des parias homosexuels, Bob ; de l’autre la mise en bière totalement guindée et triste du Maire de la ville) montre la division intérieure vécue par le personnage homosexuel de Scott (Keanu Reeves), fils du maire côté jour et délinquant queer côté nuit. Dans le dessin animé South Park, Herbert Garrison discute à la façon d’un ventriloque avec une marionnette actionnée par sa main droite, qu’il appelle « M. Toque ». Pendant quelques épisodes, Garrison remplace « M. Toque » par « M. T-shirt », une simple brindille vêtue d’un T-shirt, qui porte sur elle le triangle rose, référence directe au symbole cousu sur la chemise des personnes homosexuelles sous l’Allemagne nazie. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le couple homosexuel est composé d’un tyran et d’un bras droit qui lui est soumis… et bien sûr, les rôles s’interchangent : « J’attire sans souci les hommes des plus exigeants. » (Gatal, le héros homo, parlant à ses deux « pères ») ; « Tu seras mon soldat si tu veux bien. » (Gatal s’adressant à son fiancé, qui est aussi son directeur à qui il obéissait comme un subalterne). Le fiancé de Gatal, en lui tendant sa main, lui fait le salut nazi.

 

Film "Peter Pan" de Walt Disney

Film « Peter Pan » de Walt Disney


 

Un jeu d’honneurs à sauver s’instaure parfois entre les partenaires homosexuels. La paranoïa amoureuse aussi. L’amant gay n’accepte pas la Règle d’or de l’Amour qui consiste à consentir à appartenir, à se donner entièrement soi-même sans peur de mal se livrer : « Je l’aime beaucoup et c’est quelqu’un de très important pour moi. Mais ça ne lui donne pas le droit de régenter ma vie. » (Bryan à propos de son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 192) ; « Je suis voleur. Vous êtes Roi. Autrement dit, nous sommes deux frères. » (cf. le poème de Lacenaire adressé au Roi, dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; etc. Par exemple, dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, met sur le même plan sa relation de subordination au commandant de bord de l’avion qu’il occupe avec la fellation : « Ben c’est le commandant… » dit-il avec un geste obscène.

 

Un bras de fer commence, en dépit du plaisir que les amants semblent partager ensemble. La comparaison (« je suis meilleur que toi/je suis un gros nul par rapport à toi ») est la condition de leur fusion, le centre névralgique de leur querelle. Ils ne peuvent rester ensemble que parce qu’ils se jaugent l’un l’autre et se reprochent sans cesse de trop se ressembler/de ne pas assez se ressembler. Leur conflit est par conséquent éminemment gémellaire, narcissique. Il suffit d’une pique de comparaison, d’une remarque-serpent où les points de suspension et les jugements implicites appuient là où ça fait mal (genre : « MOI, je suis aimable et attentionné. Contrairement à toi… ») pour réveiller l’autre de son sommeil et subir ses foudres. La comédie de pestes que se jouent le bouffon et le tyran, dans laquelle il n’y en a pas un pour rattraper l’autre, nous montre que l’amour homosexuel n’est pas un lien valorisant, mais un amour de la comparaison dépréciative : « Je me sens toujours nul à tes côtés. » (Bryan s’adressant à son amant Kevin, idem, p. 218) ; « J’ai tout pouvoir sur toi ! » (idem, p. 163) ; « En général, elle se plie à ma volonté. » (Vera l’héroïne lesbienne parlant de son amante Lola, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Si je comprends bien, ma relation avec Lola est sous ton contrôle ? » (Nina s’adressant à Vera, idem) ; « Je me demande si tu ne manœuvres pas dans l’ombre pour manipuler Lola. » (Nina s’adressant à Vera, idem) ; « Ta dépendance et ta soumission avec cette fille me gêne profondément. » (Nina s’adressant à son amante Lola, idem) ; etc. Trop se comparer aux autres témoigne d’un gros complexe d’infériorité/de supériorité ; ne pas assez se comparer aux autres rend tout aussi orgueilleux et indifférent.

 

Un rapport de force s’établit très vite entre le maître et l’esclave : selon le schéma dialectique hégélien, l’esclave dépasse son bourreau et cherche à le soumettre. Montent chez le picaresque valet des désirs de symbiose avec son chef : « Voglio far il gentiluomo/Et non voglio più servir. » (« Je veux moi-même être le maître et ne veux plus servir. », c’est la première phrase de Leporello dans l’Acte I, scène I, de l’Opéra Don Juan de Mozart, 1787) Le tyran et sa laquais sont unis dans un mariage fictionnel grotesquement forcé, comme on peut le constater dans le roman Le Corps du soldat (1993) d’Hugo Marsan, le roman Pompes funèbres (1947) de Jean Genet, le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, la bande dessinée Rocky & Hudson, les cowboys gays (2013) d’Adao Iturrusgarai, etc. On retrouve l’amour entre le prisonnier et le policier dans le film « East Palace West Palace » (1996) de Yuan Zhang, le film « Shoot Me Angel » (1995) d’Amal Bedjaoui, le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault, le film « Hellbent » (2005) de Paul Etheredge-Ouzts, le film « À couteau tiré » (1983) de Roberto Faenza, le film « Le dernier saut » (1969) d’Édouard Luntz, le film « Lang Tao Sha » (1936) de Wu Yonggang, etc. Le dominant et le dominé sont unis à l’amour à la mort ! : « Maître et esclave côte à côte : elle le maître et moi l’esclave. » (Laura par rapport à son couple avec Sylvia, dans le roman Deux Femmes (1975) de Harry Muslisch, p. 38) ; « Who is the master ? Who is the slave ? » (cf. la chanson « Voices » de Madonna) ; « Les garçons préfèrent toujours ceux qui les malmènent. » (Laurent Spielvogel imitant André, un homme gay d’un certain âge, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « On n’arrive jamais à s’aimer sans se marcher sur les pieds. Moi, je suis avec toi parce que tu m’fais du bien. Toi, tu te sers de moi pour arriver à tes fins. On fait tout ce qu’on peut pour pouvoir se rendre heureux mais on n’est jamais contents tous les deux en même temps. Ego trip, toi tu fais ton Ego trip. Ego trip, moi je fais mon ego trip. Comment veux-tu qu’on s’aime ? » (Stella Spotlight et Zéro Janvier, dans la chanson « Egotrip » de l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; « Parfois je me demande si je suis un des acteurs du scénario ou si je suis en train de rêver. Suis-je une victime, pauvre victime innocente de l’intrigue ? Ou bien suis-je, à mon corps défendant mais à mon esprit consentant, en train de manipuler les autres ? » (François, un des héros homos du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 109) ; « Toi et moi on est pareils. On se ménage parce qu’on joue chacun très bien au jeu de l’autre. Je connais très bien ton jeu. J’y joue très bien. Toi aussi d’ailleurs. Mais tu sais, je suis meilleur que toi. Je te bats quand je veux. Alors, ne me provoque pas. Je te préviens. » (Harold, le héros homo s’adressant à son colocataire gay Michael, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; etc.

 

Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, la relation bouffon/tyran entre Omar et Hassan II est transposée sur le terrain amoureux, entre Khalid/Omar : « Je suis au pied du trône. Aux pieds de mon commandeur. Mon bonheur n’est plus. Mon amour n’est plus. Je suis un condamné. Un fou du Roi. » (Omar face à Hassan II, p. 13) ; « Dans la nuit du mardi au mercredi, le palais est venu à moi. Cela a duré toute la nuit. C’était comme dans une pièce de théâtre. Un casting était organisé afin de choisir un bouffon pour le Roi. Un fou du roi. On est venu me chercher. » (Omar, p. 24) ; « Non, je ne serais jamais un bouffon du roi. Pourtant, au fond de moi, j’aurais bien aimé le devenir. » (idem, p. 25) À la fin du roman, les rapports s’inversent : Karim, l’amant riche qui couchait avec Omar, le gars du peuple, finit par devenir le bouffon : « Je n’étais pas la victime de Khalid. J’étais son bourreau. » (idem, p. 171) Dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi, Jeanne n’arrête pas de demander au facteur de « cesser de la contredire ». Dans le film « The Servant » (1963) de Joseph Losey, on observe le même revirement brutal entre bouffon et tyran : un jeune et riche aristocrate engage un valet de chambre qui, peu à peu, exerce une totale domination sur lui. Les bourreaux et les victimes du film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 Jours de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini se mélangent également, et collaborent en vue d’illustrer la dualité violente de la dictature de Salò. Dans le roman Radcliffe (1963) de David Storey, Léonard Radcliffe, soumis au joug de son amant Vic, avoue son propre despotisme sous-jacent : « Le pire dans tout ça, c’est qu’une partie de moi l’aime et l’autre partie de moi ne lui sera jamais soumise. » (Gregory Woods, Historia De La Literatura Gay (1998), pp. 132-133) D’ailleurs, à la fin de l’histoire, Léonard, jadis homosexuel soumis et passif, finit par tuer Vic et par devenir l’homosexuel actif et prédateur une fois incarcéré. Ici, le violé devient violeur. Presque systématiquement, l’androgynie bouffon/tyran n’est que la figuration fantasmatique d’un conflit paranoïaque et hystérique qui se joue à l’intérieur d’un même personnage, comme c’est le cas par exemple avec le protagoniste de la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, qui rêve d’être « à la fois gibier et chasseur ». Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, c’est la guerre entre les deux rivales Doris (l’héroïne lesbienne) et Peggy/Truddy (qui se dit elle-même « schizophrène ») : Truddy se fait passer pour la secrétaire de Doris, avant de dévoiler sa véritable identité et son plan machiavélique pour humilier sa maîtresse : « Alors comme ça, je ne sais pas jouer ? […] Moi, je ne sais pas jouer. Mais j’ai su te réduire en poussière rien qu’en jouant. » (Truddy) ; « Il est clair, Truddy Hobson, que tu es folle comme un âne. » (Doris) ; etc. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, Jenko (le grand beau gosse) et son collègue Schmidt (le gros petit) se disputent beaucoup : « Tu me tires vers le bas. » (Jenko) ; « Tu étais une petite fleur et je t’étouffais. » (Schmidt) Dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin, Antoine vit en couple depuis longtemps avec Adar, un gars gentil mais fade, qu’il maltraite par son impatience, son exaspération croissante. Il le juge ennuyeux, empoté en voiture, un peu trop plat, et finit par le tromper. Louis, le frère d’Antoine, s’étonne que leur couple prétende encore en être un : « Je ne comprendrai jamais comment un type aussi gentil peut te supporter… »

 

ANDROGYNIE Guignol

 

Dans les fictions homo-érotiques, la présence du bouffon et du tyran démontre plus fondamentalement que le héros homosexuel vit un conflit spirituel, voire une possession diabolique. « Il faut au moins un mentor et un disciple pour réussir une quête. » (la voix-off d’Audrey, l’agresseur homophobe, parlant d’Anton ou de Vlad, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; « Chacun de nous porte en lui le Ciel et l’enfer. » (Dorian dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Comme le diable et son valet, on marche ensemble. Nous sommes unis comme un vieux couple. Pour le meilleur… après le pire. » (Lacenaire s’adressant à son complice Avril, dans la pièce Lacenaire (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt) ; etc. Par exemple, dans la pièce Nationale 666 (2009) de Lilian Lloyd, Sophie est en lutte entre ses deux consciences, Louise la diablesse et Angélique l’ange. Dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, Maxence, le héros homosexuel, est entouré du diable et de l’ange. Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, le psy (Dr Apsey) comme l’amant (Jonathan) sont tous deux les petites « voix » diaboliques de la conscience torturée du héros homosexuel Frank. Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, à la fois le Rat est une simple marionnette en mousse inoffensive qui n’a que le pouvoir que Vicky, sa maîtresse, lui confère (« Ce Rat n’est qu’une marionnette, il est animé par une main, vous le savez mieux que personne, puisque vous l’avez fabriqué. Il serait incapable de tuer tout seul. » dira l’Auteur), mais il dépasse et domine Vicky qui soutient qu’il « a un esprit. C’est le Diable ! ».

 
 

b) Le bouffon :

La figure du bouffon, qui – soit dit en passant – est davantage une allégorie de la folie (dans le sens homosexuel du terme) qu’une allégorie de la joie, apparaît dans le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (avec l’acrobate-paysan Uloomji), le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron (avec Paulo faisant le clown devant son amant), le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or » (1967) de John Huston (avec Anacleton, le farfelu serviteur du Major), le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti (avec les deux bouffons viscontiens face à la grande bourgeoisie), le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini (avec le facteur fou), le roman Le Fou du Père (1988) de Robert Lalonde, le spectacle musical Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, le film « Le Fou du Roi » (1983) d’Yvan Chiffre, le film « Le Roi danse » (2000) de Gérard Corbiau (avec l’attachement de Lully à Louis XIV), le film « Casanova » (1976) de Federico Fellini, la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays, le film « Gosford Park » (2001) de Robert Altman (avec Arthur, le valet homo), la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard (avec Dzav déguisé en joker Jean Sans Peur), la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier (avec Bernard, le héros homo déguisé en bouffon), la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, etc.

 
 

Michèle – « Et vous Malcolm, que faites-vous ?

Malcolm – À vrai dire, en ce moment pas grand-chose, je distrais, comme dirait Adrien. »

(cf. le dialogue entre Malcolm, l’amant d’Adrien, et Michèle, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 55)

 
 

Par exemple, dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, Mrs Venable, en parlant du fauteuil de son fils homosexuel Sébastien dans lequel le Dr Cukrowiz s’assoit, signale que « c’est un siège de bouffon, très rare, qui date du XVe siècle ». Dans le film « Monsieur Max » (2007) de Gabriel Aghion, Max Jacob se définit comme un « clown triste », un « pitre ». Oscar est surnommé « bouffon » par Charles Newman, son patron, dans le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano. Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, le protagoniste homo Jason se présente comme un « bouffon » face à une Varia despotique. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros homosexuel, est traité par Brad, le méchant du film, de « Cendrillon » et de « bouffon ». Dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, le duo Bill/Étienne est qualifié de « lutins farfelus et fantoches ».

 

La figure du bouffon peut indiquer un désir de soumission ou l’impression de ne pas exister pour soi-même : « J’ai grandi en coulisses. Mon grand-père était un clown. » (le Machiniste de la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « J’ai besoin d’un mentor et j’ai besoin que tu m’épaules. » (Jean-Jacques s’adressant à son amant-bras-droit Jean-Marc, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; etc. Par exemple, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Yoann est l’assistant soumis de Julien, son maître qui le méprise : « Mais qu’il est con… » ; « Tu vas répondre, feignasse ?! » ; « Toi, t’es nul. » ; etc. Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, le cri final d’amour que pousse Rachel à Luce pour l’appeler en plein embouteillages est en réalité une insulte que son amante lui avait appris sur un stade de foot américain : « T’es qu’un branleur n°9 !!! » Le tout est filmé comme une magnifique déclaration d’amour…

 
 

c) Le maître cruel, le gendarme Flageolet :

N.B. : Je vous renvoie également au code « Homosexuels psychorigides » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

On retrouve le motif du méchant maître dans la pièce Les Bonnes (1947) de Jean Genet (avec la coalition explosive entre les deux servantes Solange et Claire, tramant une machination pour se débarrasser de « Madame », leur maîtresse despotique et invisible), le roman Mon valet et moi (1991) d’Hervé Guibert, le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec le glacial Major Weldon interprété par Marlon Brando), le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, le film « Burlesk King » (1999) de Mel Chionglo, etc.

 
 

Cyrille – « Comment me trouvez-vous, Hubert ?

Hubert – Effrayant, maître !

Cyrille – Vous serez toujours mon meilleur public. »

(Copi, Une Visite inopportune, 1988)

 
 

La tyrannie s’applique au moins à l’un des deux membres du couple homosexuel, sinon aux deux : « Nous sommes deux personnes. Nous sommes deux bourreaux aussi. » (Louis et son frère siamois, dans la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Vous savez ce que ça fait de vivre avec la Gestapo ? » (Larry, en parlant de Hank, son amant qui l’aime et qui ne supporte pas de le voir infidèle, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « J’avais l’impression d’avoir donné mon âme à un être qui met une fleur à sa boutonnière. » (Basile le peintre par rapport à Dorian Gray, dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; etc. Le bouffon menteur est bien souvent le « tyran du tyran », comme c’est le cas du personnage homosexuel Frank de la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes : le Dr Apsey, qu’il mène en bourrique, avoue leur gémellité : « À vos yeux, je suis un tyran […]. Mais la restriction vient de vous. Pas de moi. » Les jambes de Flageolet flageolent face à son nouvel arroseur…

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

N.B. : Je vous renvoie également au code « Défense du tyran » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles se sont d’abord senties méprisées, considérées comme des pauvres types ou des bouffons. « J’étais le clown de service… […] On m’incluait dans l’équipe non parce que j’étais bon, mais parce que j’étais drôle. Ce rôle me plaisait, je l’entretenais. […] Être le Guignol de service, brouiller sans cesse mon identité, c’était insupportable. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 22-30) Dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), Jean-Louis Chardans rappelle que « joker » a été, aux États-Unis, un des synonymes d’« homosexuel » (p. 271).

 

Une fois arrivées à l’âge adulte, pour se venger de ce ressenti ou de ce vécu honteux, certaines inversent la vapeur et se comportent en bouffons vengeurs. « Après dîner, nous faisons un enregistrement de L’École des femmes avec Jouvet. Cette pièce souvent si comique est proprement déchirante. Le vrai sujet est l’incompréhension humaine, Agnès victime et bourreau, ou précisément bourrelle de son bourreau. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, mars 1981, p. 19)

 

Pièce Les Bonnes de Jean Genet

Pièce Les Bonnes de Jean Genet


 

La scission androgynique bouffon/tyran du psychisme homosexuel/humain est décrite par bien plus de célébrités homosexuelles qu’on ne pourrait le croire : « J’ai déjà un titre provisoire : Confession d’un masque, et je voudrais, en écrivant là mon premier roman autobiographique, me disséquer moi-même, avec la double résolution dont parle Baudelaire : être ‘et la victime et le bourreau’. » (Yukio Mishima, Correspondance 1945-1970 (1997), p. 73) ; « Je trouvais les personnages de valets de chambre fascinants. Ils vivaient dans l’intimité de leurs maîtres, connaissaient d’eux leurs caractéristiques les moins avouables. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des Singes (2000), p. 277) ; « C’est lui-même qui sera en même temps le tribunal et l’accusé, le gendarme et le voleur. » (Jean-Paul Sartre en parlant de Jean Genet, dans la biographie Saint Genet (1952), p. 31) ; « Farceur et espiègle, mais avant tout irrévérencieux, il a quelque chose d’un fou du roi dont les grelots seraient fêlés. » (Thibaut d’Anthonay à propos de Jean Lorrain, cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, pp. 313-314) ; « Cette expérience m’était à tel point incroyable que, je préférais me taire, craignant sans doute de passer pour un être anormal et déséquilibré. Mais rien ne pouvait jamais m’ôter l’absolue certitude, que je n’avais pas rêvé ni été victime d’une hallucination. J’étais la victime et le témoin, c’est sûr, la cible d’un amour impossible. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 70) ; « Bien entendu, je ne suis pas dupe. Je sais très bien que je sers d’alibi au Système. À la limite je sais très bien que je sers d’alibi – je peux être méchant ? – à une société que je déteste. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc. Par exemple, Copi a joué à de nombreuses reprises Les Bonnes de Genet (et pas seulement en français ; il est allé les interpréter en italien à Turin). Dans le biopic « Noureev, le Corbeau blanc » (2019) de Ralph Fiennes, le danseur et chorégraphe homo Rudolf Noureev, très despotique (« Je préfère mourir qu’obéir. ») passe son temps à se faire passer pour la victime, en particulier de son mentor et amant Constantin Sergueïev (« Il m’opprime/m’oppresse. »).

 

Le présentateur homosexuel français Laurent Ruquier a quelque chose du bouffon toujours hilare… mais hilare de balancer les autres et d’organiser des arènes où sont dévorés ses invités.

 
 

Des rôles de bouffon/tyran, de dominé/dominant, de passif/actif, clairement identifiables dans le couple homo ?

Cette fusion entre le bouffon et le tyran n’est pas qu’identitaire. Elle a pu être relationnelle. Il est déjà arrivé dans l’histoire humaine que le serviteur et son maître « fricotent » ensemble. C’est le cas très connu des « mignons » efféminés qui entouraient rois et autres chefs. Par exemple, Lorenzo de Médicis (qui devint le personnage de la pièce d’Alfred de Musset Lorenzaccio en 1834) a été l’amant de son cousin Alexandre de Médicis, avant de l’assassiner par un complot. « La passion homosexuelle amène les accouplements les plus monstrueux. Le maître et son domestique, le voleur et l’homme sans casier judiciaire, le goujat en guenilles et l’élégant, s’acceptent comme s’ils appartenaient à la même classe de la société. Le millionnaire et le va-nu-pieds fraternisent ; le fonctionnaire et le repris de justice échangent leurs ignorantes caresses. » (cf. l’article « Criminel » de Michael Sibalis, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 111) ; « J’aime l’aventure, l’ambition. J’aime commander. Et les femmes soumises. » (Maïté, femme lesbienne, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.

 

Hegel serait ravi de voir l’apparent équilibre qu’ont trouvé Hitler et Röhm à s’utiliser l’un l’autre comme tyran et bouffon. « Il y aurait une raison pour laquelle Hitler choisit et prend le risque d’utiliser Röhm à un si haut niveau. Comme le dira Franz Pfeffer von Salomon, un ancien chef des SA, Hitler préfère choisir des hommes avec des points faibles, de sorte qu’il puisse actionner le ‘frein d’urgence’ en cas de nécessité. Grâce au point faible de Röhm, mais aussi toute la clique homosexuelle de la SA seraient sous contrôle. Röhm est lui-même conscient de sa dépendance à l’égard d’Hitler, à cause de sa propre homosexualité. En 1932, dans un accès de profonde résignation, il avoue franchement à Kurt Lüdecke, un compagnon d’Hitler à Munich dans les années 1920 : ‘Je le reconnais, pour ma honte que la vulnérabilité que tu m’as mentionnée m’a livré entre ses mains. C’est une chose terrible… J’ai perdu mon indépendance pour toujours… Tu sais comme moi comment Hitler peut jeter quelqu’un par terre… Et c’est nous, nous-mêmes, qui avons fait de lui ce qu’il est… Ma position est si précaire… Je fais mon job, le suivant aveuglément, loyal jusqu’au bout – il n’y a rien d’autre que je puisse faire.’. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), pp. 229-230) ; « Jamais dans l’histoire de l’Allemagne un homosexuel avoué n’avait accédé à ce niveau du pouvoir suprême, tout fragilisé qu’il fût, nous l’avons dit, par d’éventuelles menaces de chantage suspendues par Hitler lui-même au-dessus de sa tête comme autant d’épées de Damoclès. Dès lors un combat mortel est engagé ente Hitler et son ‘second’. » (idem, pp. 243-244)
 

Beaucoup de personnes homosexuelles soupirent d’agacement dès qu’on aborde la question de la domination et de la soumission au sein de leurs couples. En général, pour imposer une censure sur leurs actes, elles préfèrent caricaturer la gêne de leur société par rapport à la pourtant très marquée inégalité des rôles sexuels pendant le coït génital homosexuel (« plus marquée » ? Assurément ! Il suffit de faire un petit tour sur les sites de rencontres Internet gays, où la mention de la « passivité » et de l’« activité » revient bien plus souvent que le « 50/50 » ou l’« auto-reverse », pour s’en convaincre : l’inégalité génitale dans les couples homos, quoi qu’on en dise, est plus marquée entre deux hommes ou entre deux femmes qu’entre une femme et un homme) sous forme de questions stupides – « Qui fait l’homme ? Qui fait la femme ? » – pour ne pas avoir à y répondre, ou pour aboyer que le couple homo est totalement démocratique, que la question n’est pas de savoir qui fait quoi au lit, qui pénètre qui, mais uniquement de « tout faire » sans se poser de question, d’« inventer », de ne pas s’attribuer de rôles précis, de « sortir des carcans hétérosexistes », d’« improviser ». Pendant le coït homosexuel, tout serait question d’« amour », d’« échanges ». Ce n’est pas aussi simple. On voit bien au niveau des pratiques déjà simplement génitales qu’à l’intérieur des couples homos, les face-à-face se font plus rares, les « emboîtements » corporels sont moins évidents, la « syntaxe naturelle des corps » s’opère avec moins de poésie, la réciprocité est encore moins marquée, le réel occupe à priori moins de place, que dans un couple qui intègre la différence des sexes. Le fantasme, le jeu puéril, la mise en scène violente et humiliante, la sexualité régressive, la bestialité (dans les positions – à quatre pattes, contre le dos de l’autre, en fœtus – tout comme dans les pratiques – suçons, morsures, masturbation, fellation, sodomie, parfois même fist-fucking, scatologie et coprophagie), prédominent. La ressemblance physique entre les partenaires rassure dans un premier temps, mais sans la bouffée d’oxygène et l’espace qu’offrent les différences – et notamment la différence des sexes –, l’air vient vite à manquer dans le couple homosexuel, y compris pendant les coïts génitaux ; et cette carence ressurgit en violence, en pratiques de bouffon/tyran concrètes. « Il y a toujours des bars fétichistes, des clubs SM, avec des donjons et des esclaves. » (Bryan Safi, homosexuel, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Out » (2014) de Maxime Donzel) Dans les films pornos gays, on ne voit quasiment pas de rapport égalitaire entre les partenaires : ils sont toujours de type soumission/domination (exactement comme dans le porno hétéro). Nous ne pouvons pas faire l’économie de parler également des rôles génitaux pris par chacun des membres du couple homosexuel lors des coïts (j’évoquais un peu plus haut les adjectifs substantivés « Actif », « Passif », « Auto-reverse »), que ces coïts soient gays ou lesbiens importent peu d’ailleurs… même si une certaine idéologie sexiste et misandre cherche de plus en plus à nous faire croire aujourd’hui que cette répartition n’est due qu’à une affaire de pénétration et de possession d’un pénis, et que donc la tentation des rapports de domination/soumission ne menacerait que les hommes homosexuels, et pas du tout les femmes lesbiennes. Rien de plus faux ! Un autre régime de pouvoirs s’installe entre les femmes lesbiennes, tout aussi malsain et déséquilibré que pour leurs homologues mâles. J’en tiens pour preuve la place prédominante que peut occuper le sadomasochisme dans les sphères relationnelles et conjugales lesbiennes. Les femmes ne sont pas naturellement plus douces et plus sentimentales d’être dépourvues d’un pénis ! Bien au contraire ! Mes amies lesbiennes vous confirmeront en masse que les femmes lesbiennes, en général, se comportent entre elles en vraies harpies et despotes ! Dans le secret de l’alcôve comme en société !

 

Pour revenir plus largement aux rapports de domination amoureux, il me semble que l’absence de la différence des sexes dans tout couple homosexuel incite les partenaires à « marquer la différence » autrement… et de manière justement pas très heureuse, pas très maîtrisée, au final. On voit que des mécanismes comportementaux étranges, agressifs, se mettent en place, sans que les acteurs les décident vraiment. « Pour le psychanalyste Alfred Adler, la tendance à la dépréciation du partenaire, généralement normal, ne manque jamais. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 197) Des fossés inédits, qui ne seront pas forcément sexuels ou physiques d’ailleurs, apparaissent entre les amants : chacun se place en victime et reconnaît de plus en plus en l’autre son tyran. Et se profile le début de la fin de la relation. Par exemple, dans l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008) d’Abdellah Taïa, les relations amoureuses se suivent et se ressemblent inlassablement. On dirait que l’écrivain se cherche toujours des couples qui obéissent au même fonctionnement bancal, où l’un des amants endosse le rôle de la victime passive et complaisante, et l’autre partenaire plutôt le rôle du dominateur (parfois dominé par sa ventouse d’amant puéril et trop maternant !) : « J’étais dans la dictature amoureuse. Je précipitais les choses. Je ne voulais pas attendre. Il fallait le forcer à se révéler. » (Abdellah à propos de Javier, p. 41) Le plus bizarre dans cet arrangement déséquilibré, c’est que chacun semble apparemment y trouver son compte : « J’étais heureux et j’avais peur. Tu étais l’homme, le roi. J’acceptais ton pouvoir. » (Abdellah s’adressant virtuellement à son « ex » Slimane, p. 114) On entend Abdellah Taïa s’exprimer comme une amoureuse éconduite casse-pied, possessive, « attachiante », saoulante… aussi tyrannique que ladite « tyrannie » qu’il dénonce chez Slimane : « Je dois toutefois avouer que, même en plein enfer, une partie de moi était heureuse, aimait ça, ce machisme, cette dictature… Je me disais alors : ‘C’est ça l’amour, c’est ça l’amour… j’ai de la chance… Il faut tenir le coup… C’est ça l’amour…» (idem, p. 117)

 

Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves Saint-Laurent consent à ce que, dans son couple chaotique avec Pierre Bergé, ce dernier prenne la place du dictateur : « Un tyran, ça me va. » Et lorsqu’il trompe Pierre avec Jacques (l’amant de Karl Lagerfeld), Jacques le rassure : « Avec Karl, je fais le clown. Toi, en revanche, tu m’inquiètes. Tu me troubles. » Ce à quoi Yves lui répond : « Quand on aime, on est en danger. Moi, c’est ça qui me plaît. » Pierre Bergé n’hésite pas à brider et à humilier Yves quand ce dernier ne répond pas comme il faudrait aux journalistes : « Si c’est pour dire des conneries pareilles… » Le duo Bergé/Saint-Laurent a vraiment fonctionné concrètement sur le modèle inversant du dominant/dominé.

 

Autre exemple, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy diffusé dans l’émission Tel Quel sur la chaîne France 4 le 14 mai 2012, Charlotte et Marion, en « couple », s’engueulent souvent parce que Charlotte ne se sent pas libre et que Marion veut l’aider ; même si elles veulent donner une image positive de leur couple, on les voit se prendre la tête devant les caméras : « Mais laisse-moi ! T’es chiante !! » (Charlotte)

 

Film "Les Enfants terribles" de Jean-Pierre Melville

Film « Les Enfants terribles » de Jean-Pierre Melville


 

L’échange des masques bouffon/tyran est parfois vécu dans le cadre de la relation simplement filiale, comme on le constate entre Didier Éribon et son père en fin de vie : « L’homme que j’avais connu, vociférant à tout propos, stupide et violent, […] dans les mois, les années peut-être, qui avaient précédé sa mort, avait cessé d’être la personne que j’avais détestée pour devenir cet être pathétique : un ancien tyran domestique déchu, inoffensif et sans forces, vaincu par l’âge et la maladie. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 31)

 

Quel que soit le type de relation (de parenté, amoureux, professionnel, politique…), on constate finalement que ces mises en scène bouffon/tyran, relatées très souvent par des personnes homosexuelles, visent à démontrer/occulter des réalités sexuelles et psychiques violentes telles que le viol, l’inceste, la prostitution, le sadomasochisme, l’infidélité, la schizophrénie, etc. Nous aurions tort de n’y voir qu’un vaudeville divertissant. Je pense aux violences conjugales vécues au sein de nombreux couples homos (par exemple, Sacha Buyse – de Secret Story 8 – qui s’est fait battre par son compagnon).

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°11 – Animaux empaillés (sous-codes : Taxidermiste homo / Bestiaire / Homme-animal / Zoophilie)

animaux empaillés

Animaux empaillés

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

J’ouvre ici le dossier surprenant des animaux empaillés et des taxidermistes dans les créations artistiques parlant d’homosexualité. Comment se fait-il qu’on en voie autant dans les films et les romans ? Y a-t-il un lien entre homosexualité et animalité, ce lien qui fait tant peur à la communauté homosexuelle – puisque le spectre de la zoophilie refait surface –, mais auquel elle tient beaucoup parce qu’elle cherche à prouver que le désir homosexuel est naturel et que l’amour homo est bon, instinctif, évident ?

 

Ce qui est sûr, c’est que le fait de vouloir figer ainsi Mère-Nature pour s’en rendre créateur, comme le fait le taxidermiste avec ses animaux morts, c’est un projet osé, qui n’apparaît pas d’emblée comme particulièrement scandaleux ou violent aux yeux de celui qui l’entreprend. En effet, par l’art, l’audiovisuel, les progrès techniques, et les bonnes intentions, on croit magnifier la Nature, L’immortaliser, Lui donner un second souffle, en Lui enlevant de surcroît ses aspérités et ses finitudes. Ceci n’est vrai que sur le terrain des intentions, car concrètement parlant, il se trouve qu’en La réifiant, on La dévitalise vraiment, on La tue. Mettez la Nature sous verre ou en cage, et Elle meurt de ne pas être libre. Nous ne sommes que des créatures et non Créateur. Comme nous n’avons pas ce pouvoir divin d’insuffler la vie aux êtres vivants, notre entreprise de possession de la Nature se révèle bien souvent désastreuse et monstrueuse. Il n’y a qu’à se fier aux visages grimaçants et effrayants (dignes des plus célèbres films d’épouvante !) qu’affichent les animaux empaillés du taxidermiste des fictions homosexuelles, pour en avoir la confirmation ! Il n’y a qu’à voir l’effet refroidissant et déshumanisant des animalisations d’êtres humains, pour comprendre que c’est quand l’Homme rejoint l’animal qu’il devient le plus inconsciemment machinal et violent.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Cannibalisme », « Coït homosexuel = viol », « Désir désordonné », « Entre-deux-guerres », « « Plus que naturel » », « Jardins synthétiques », « Chiens », « Chat », « Aigle noir », « Araignée », « Femme-Araignée », « Corrida amoureuse », « Cheval », « Poupées », « Adeptes des pratiques SM », « Clown et Masques blancs », « Ennemi de la Nature » et « Fantasmagorie de l’épouvante », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Le taxidermiste homosexuel est un personnage habituel des fictions homo-érotiques :

Norman Bates dans le film "Psychose" d'Alfred Hitchcock

Norman Bates dans le film « Psychose » d’Alfred Hitchcock


 

On retrouve des taxidermistes ou des animaux empaillés dans le film « Exotica » (1994) d’Atom Egoyan, les films « Psychose » (1960), « L’Homme qui en savait trop » (1955), et « Les Oiseaux » (1963) d’Alfred Hitchcock, la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, le film « L’Étrange Monsieur Peppino » (2003) de Matteo Garrone, la chanson « Tigre de porcelaine » de Jean Guidoni, la pièce La Ménagerie de verre (1944) de Tennessee Williams, la chanson « Des gens stricts » du groupe Animo (où la discothèque ressemble à un Muséum d’Histoire Naturelle), le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé (avec le moineau statufié), le vidéo-clip de la chanson « Sobreviveré » de Mónica Naranjo, le film « Le Génie du mal » (1959) de Richard Fleischer, la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt, le film « Insatisfaites poupées érotiques du professeur Hitchcock » (1971) de Fernando Di Leo, le film « Cher Disparu » (1965) de Tony Richardson (avec l’embaumeur), le film « Sex Revelations » (2000) de Jane Anderson (avec la passion du couple lesbien pour les oiseaux), le téléfilm « Marie Besnard, l’Empoisonneuse » (2006) de Christian Faure (avec Monsieur Leclerc et son salon rempli d’animaux empaillés), la pochette de l’album Bijoux et babioles de la chanteuse Juliette, la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron (avec le chien empaillé), le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch (avec la chouette-bijou), le film « Hush ! » (2002) de Ryosuke Hashiguchi (avec le coiffeur animalier homo), le film « Un autre homme » (2008) de Lionel Baier (avec le renard mort tué par François), le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant (avec la passion pour les oiseaux et les chats), le film « Les Biches » (1967) de Claude Chabrol (Jacqueline Sassard dessine des biches sur le Pont des Arts), le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee (avec la biche en bois), le film « Dans le village » (2009) de Patricia Godal (avec les cochons sauvages), le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall (avec le renard empaillé du Colonel Antrim, ainsi que l’énorme peau d’ours polaire surplombée d’une tête empaillée appartenant à Stephen), la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec le Dr Lebrun, taxidermiste), le film « Monster Butler » (2013) de Doug Rath (avec Wiggy, le taxidermiste, qui aidera Roy Fontaine, le criminel homosexuel, à effectuer ses meurtres), le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou (dans la déco de la maison des amants Richard et Kai), la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas (avec Léo, le taxidermiste homo), le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (et l’oiseleur avec des canaris), le film « L’Ornithologue » (2016) de João Pedro Rodrigues, la chanson « Monsieur Vénus » de Juliette (avec l’amante lesbienne empaillée) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce « Copains navrants » (2011) de Patrick Hernandez, Grégoire, le cousin homosexuel de Vivien vivant à la campagne, est taxidermiste : « Il empaille les animaux. Il a toutes sortes de bêtes dans sa maison. » explique Vivien. Il est suspecté d’être un « Rural Killer » par Stéphane, un des amis homos de Vivien. Dans le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, Madame Sutphin est fanatique des oiseaux et lit des ouvrages ornithologiques. Dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, la grande folle cruelle, le Baron Lovejoy, vit entouré de ses « camarades empaillés ». Théron est collectionneur d’oiseaux dans le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli. Dans la pièce Le Clan des divorcées (2008) d’Alil Vardar, Brigitte, l’homme travesti, parle d’empailler des hommes. Dans la pièce Coming out (2007) de Patrick Hernandez, Jeannot affirme que « Les Oiseaux » d’Hitchcock est son film préféré. Brian, dans le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, se retrouve face au cadavre pétrifié d’une vache morte. Dans le film « Prisonnier » (2004) d’Étienne Faure, la maison de Julien est remplie d’oiseaux empaillés. Dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, Laura et Sylvia décident d’aller au zoo exprès pour « se prendre en photo avec les animaux » (p. 43) : Laura choisit les oiseaux ; Sylvia, les reptiles. Dans le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, Camille, l’héroïne lesbienne, « a l’impression d’être un oiseau ivre ou mort ». Dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry ne se remet pas de la mort son animal de compagnie : « J’ai retrouvé Canardo sur le buffet du salon. Il avait été empaillé ! » Dans le roman À ta place (2006), Cécile, l’héroïne lesbienne, a, elle aussi, une drôle de surprise quand elle revient dans la domicile familial : « Je retournais de temps en temps chez mes parents, ils essayaient de rattraper les choses. La perruche morte, ils avaient acheté des oiseaux postiches, de cire et de plumes, c’était macabre. » (p. 78) Dans le one-woman-show La folle parenthèse (2008) de Liane Foly, c’est précisément au moment où la figure de Jeanne Moreau tient une conversation avec son ami homosexuel Pedro qu’elle lui parle de taxidermie : « Pedro, qu’en pensez-vous ? Je vais me faire empailler. » Dans le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, le jeune narrateur fait un drôle de cauchemar : « Une fois, j’ai réveillé tout le monde tellement j’ai crié fort. Je me rappelle que c’était à cause d’une pluie d’oiseaux morts qui tombaient sur moi. » (p. 14) Dans le film « New York City Inferno » (1978) de Marvin Merkins, Paul se rend chez un amant taxidermiste, un peu marabout, possédant chez lui des animaux empaillés, des têtes de sanglier, de cerf, d’oiseaux inquiétants. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, on voit Gabriel courir comme une folle perdue dans la forêt autrichienne : il tombe nez à nez sur une sculpture de cerf transpercée de flèches. Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, la mère de Tom (le héros homo) possède un canard en plastique. Tom a enterré son lapin, sa poule, son chien. Et la mamie a continué le trafic d’animaux : « Pour le chien, j’ai revendu ses vêtements et fait un cerf-volant avec sa peau. »… même si elle conclut : « On n’est pas au Musée Grévin ! » Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, se retrouve à un moment prisonnier de deux animaux empaillés censés être fixés au mur du manoir. Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, l’équipe de water-polo gay mange dans un restaurant autrichien avec plein d’animaux empaillés, et loge dans une auberge également remplie d’animaux morts. Jean, le capitaine, se réveille même en serrant une tête de cerf empaillée contre lui. « La queue du crocodile est très recherchée dans le commerce de luxe. » Dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet, Raymond, le personnage homo refoulé, fait du « commerce de peaux » avec l’Australie. Dans le film « See How They Run » (« Coup de théâtre », 2022) de Tom George, le très homosexuel Mervyn fait passer son amant italien pour son « neveu » pour cacher leur homosexualité. Et ce Gio est taxidermiste.

 

Appliqués au couple homo, les animaux empaillés peuvent signifier deux choses : d’une part, le désir de fusion et de possession de l’autre (… qui se traduira souvent par une infidélité entre partenaires) : « Exactement comme les chats portent leurs chatons, tu t’occupes de moi comme un animal de compagnie » (Judy Minx dans son one-woman-show au 3e Festigay au Théâtre Côté Cour en avril 2009) ; « Il [Adrien] considérait la fidélité sous un jour nouveau. La sexualité masculine conservait toujours quelque chose d’animal. Ni la tendresse ni l’amour – ce que transmettent les femmes – ne parvenaient totalement à dompter la puissance d’un désir brut, primitif, captivant. Ce désir de pénétrer et d’envahir la différence de l’autre ; de ne pas laisser la proie s’échapper. Car c’est elle, la proie, qui donne l’impression d’exister mieux. Elle est comme une extension de soi, un poids ajouté au sien. Certains ont le goût de l’argent, d’autres du pouvoir et d’autres encore de conquérir les corps et parfois les âmes avec. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 51) ; et d’autre part, la bestialité dans les rapports charnels : « C’est un masochiste anal ! Il baise comme un animal ! » (Mimi en parlant de Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) Par exemple, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Pierre s’avoue animal avec son amant Benjamin : « S’il y en a qui connaît l’animal qui est en moi, c’est bien toi, non ? » Et il dira de lui : « Il n’est gentil qu’avec les animaux, j’ai remarqué. » Même si le fait de se faire empailler ressemble à un élan fétichiste valorisant et positif – le protagoniste s’embaume et se dorlote comme une momie –, il exprime souvent un sentiment d’abandon et un désir de mort : « À moins que je finisse dans un musée et que je me fasse empailler. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012)

 

Jean Marais et son chien

Jean Marais et son chien


 

L’animal empaillé est cet amant que le personnage homosexuel fait parler, sur qui il projette ses fantasmes amoureux les plus narcissiques, les plus réifiants : « Stephen commençait à s’abandonner à des rêveries kaléidoscopiques […]. Des chiens de porcelaine… Il y a, chez Langley, de jolis chiens de porcelaine… Cela fait penser à quelqu’un… oh, oui, à Collins, naturellement. » (Stephen la lesbienne parlant de sa nourrice Collins, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 47) ; « Quand je l’ai vu dans sa cage à l’animalerie, j’ai eu envie de le rendre heureux. Ce qui m’a le plus retourné, c’était son regard de mendiant. Il avait l’air tellement triste… Il était immobile. Il n’aboyait pas mais il me suppliait. Enfin, c’est ce que j’ai cru. » (Bryan, le héros homosexuel, en parlant de son chien Nicky, dans le roman Si tu avais été…(2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 68 ; d’ailleurs, quelques pages plus loin, Bryan dira cette fois à son amant humain Kévin : « Tu es irréel et moi animal. », p. 212) ; « Et puis après, il va l’empailler. » (Bernard, le héros homosexuel, en parlant de la « bite » du trans M to F Géraldine, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Mon p’tit doigt me dit que t’étais branché nounours… » (Martin, hétéro, s’adressant à son pote gay Simon, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti) ; etc.

 

Les animaux empaillés – mais ce que je vais dire est une évidence – indiquent également que le désir homosexuel est un élan infantilisant/puéril. Par exemple, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, lorsque le psychiatre présente à Guillaume, le héros bisexuel, un dessin d’un papillon, ce dernier y voit « deux rats qui se mangent »… restant ainsi sur le registre de la fusion infantile. Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, l’un des héros homosexuels, le peintre d’art contemporain, se fait surnommer « Nounours ». Il est fréquent dans les œuvres homosexuelles que les héros parlent à leur peluche comme si elle était leur amoureux (comme Steevy Boulay avec son Bourriquet !) : cf. la chanson « Parler tout bas » d’Alizée (« Je voudrais dire, pas pour de rire, même si c’est con, ‘Je l’aime lui. »), le vidéo-clip de la chanson « Je suis gay » de Samy Messaoud (avec les peluches), etc. Ils symbolisent à mon sens le désir d’être objet. Par exemple, dans la nouvelle « La Carapace » d’Essobal Lenoir (publiée dans le recueil Le Mariage de Bertrand, 2010), le protagoniste homo rêve d’un vieillard qui le fixe du regard comme s’il faisait partie d’une collection d’animaux empaillés : « La nuit, je m’imaginais hypnotisé, épinglé dans ses collections, entre un papillon et une mygale. » (p. 14) ; « Tu es peut-être tout simplement dans ta chambre, avec cet ours stupide qui te regarde. Il ne connaît pas son bonheur ! Il veille sur toi depuis si longtemps. J’aimerais tellement être à sa place. » (Bryan s’adressant à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 303) ; etc.

 
 

b) Les animaux sont mis sous verre dans un musée, ou exposés sous forme de bestiaire dans la collection du personnage homosexuel :

Dany dans le film "Xenia" de Koutras

Dany dans le film « Xenia » de Koutras


 

Même si cela peut paraître très étonnant, il est souvent question de bestiaires et d’animaleries quand le sujet de l’homosexualité est traité dans les fictions. Pensez au roman Les Bestiaires (1926) d’Henri de Montherlant, au film « Zoolander » (2003) de Ben Stiller, au film « Toto Che Visse Due Volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto (où zoophilie et homosexualité se marient sans problème), à la pièce The Zoo Story (1958) d’Edward Franklin Albee, au film « Jin Nian Xia Tian » (« Fish And Elephant », 2001) de Yu Li (avec la gardienne du Zoo de Pékin), au film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier (qui débute au Muséum d’Histoire Naturelle), au film « Zéro Patience » (1993) de John Greyson (toujours avec le Muséum d’Histoire Naturelle), à l’opéra Le Carnaval des Animaux (1886) de Camille Saint-Saëns, à la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (vers 1650) de Savinien de Cyrano de Bergerac, au roman Le Livre de la Jungle (1894) de Rudyard Kipling, au film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (l’un des héros homos travaille au zoo), à la pochette de l’album Histoires naturelles (2005) de Nolwenn Leroy, à la pochette de l’album Ersatz (2008) de Julien Doré, à la pièce Animales Feroces (1963) d’Isaac Chocrón, au film « Je suis curieuse » (1967) de Vilgot Sjöman, au film « Animal Factory » (2000) de Steve Buscemi, au film « Les Minets sauvages » (1984) de Jean-Daniel Cadinot, à la chanson « Jesus Is Gay » de Gaël (où le « milieu homo » est baptisé de « l’Arche Delanoë »), la pièce Loretta Strong (1978) de Copi (avec Loretta Strong et son « rat en porcelaine »), le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard (avec le coiffeur homosexuel secondé de son yorkshire « Joséphine »), la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez (avec Nono, le héros homosexuel, et son calendrier du facteur avec des photos d’animaux), le roman Les Animaux sentimentaux (2016) de Cédric Duroux, etc.

 

On retrouve les bestiaires dans les créations de Léonard de Vinci, Vladimir Maïakovski, Copi, Alfred Hitchcock, Mylène Farmer, Néstor Perlongher, Colette, Salvador Dalí, Jean de La Fontaine, Jean-Luc Hennig, etc. Beaucoup de personnages homosexuels se présentent comme les amis des bêtes (pas toujours vivantes, d’ailleurs !) : « J’adore tous les oiseaux. » (Océane Rose Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « J’aime les gens qui aiment les bêtes. Sans mes loups, je ne me sentirais pas tout à fait humain, juste un peu ado, juste un peu stupide. Les animaux te poussent sans cesse à s’interroger sur la joie, la simplicité, la fidélité, les inégalités, la dépendance. » (Chris s’adressant à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 134) ; « Fais comme Arnaud. Achète une perruche. Ce sera plus simple ! » (Stef s’adressant à son pote Vivi, homo lui aussi, et qui veut un enfant, dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez) ; etc. Par exemple, dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, Jeanne avoue avoir rêvé de « coït avec les animaux du zoo » : le lion et l’éléphant la « font jouir » (je cite). Dans la pièce En panne d’excuses (2014) de Jonathan Dos Santos, au moment où Guillaume doit faire du bouche à bouche à son meilleur ami Louis qui s’asphyxie, il pense immédiatement à mal : « Ça devient du porno gay, ton truc… On n’est pas des bêtes ! ». Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Bill, l’étrange voisin de Frankie, qui lui fait des avances et lui taille une pipe, possède une perruche blanche. Frankie, le héros homosexuel, a décoré sa chambre de plein d’animaux morts, photographiés ou peints : souris, hibou, poisson rouge aux dents pointues, etc. Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, regarde avec fascination une coccinelle sous verre dans sa chambre. Par ailleurs, Dianne, la sœur jumelle de Phil, attire à elle magiquement tous les animaux. Elle tient ce don de leur père disparu. Cela fascine Phil : « Comment tu fais pour attirer les animaux ? »

 

Concernant la zoophilie à proprement parler, elle fait l’objet d’une étude encore plus approfondie de ma part dans le code « Chiens » du Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Sacha Baron Cohen

Sacha Baron Cohen


 

Je m’attarderai un peu plus sur un artiste homosexuel que je connais bien et qui nous donne les bonnes clés de la signification des bestiaires homosexuels : le dessinateur Copi. Pour moi, il est le Spécialiste des bébêtes. À tel point que Loretta Strong, l’un des personnages les plus emblématiques de son univers décalé, sort dans la pièce éponyme (1978) une réplique qui résume bien toute l’œuvre de l’Argentin (et peut-être même toute la production artistique homosexuelle !) : « Il n’y a que des bêtes mortes ! » (p. 131)

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Dans toute sa production défilent les animaux, des plus domestiques aux plus insolites : cela va du rat à la langouste, en passant par l’escargot et l’araignée (cf. les albums Kang (1984), Du côté des violés (1976), toute la série des Femme assise, etc.) Ce sont en général de faux animaux : des marionnettes à main, des bestioles réifiés, des peluches, des déguisements animalier d’adultes, etc. Copi voit le monde et la Nature comme une salle de jeux en carton pâte déshumanisé : « Ensuite il est entré une petite fille de six ans environ avec mon chien empaillé dans les bras et elle me l’a donné. […] Je suis sorti dans la rue comme tous les jours. Ça n’a pas tellement changé par rapport à avant la catastrophe, exceptant le fait que tous les gens sont morts et empaillés. » (la voix narrative dans le roman L’Uruguayen (1972), pp. 31-32) Dans la tête de Copi, tout ce qui est vivant fini empaillé ! « Le bien, le mal n’existent pas dans le bonheur, dans le malheur. Les hommes sont des animaux, les femmes sont des animales. » (Cachafaz dans la pièce Cachafaz, 1993) ; « C’est une voyante ! Elle a une boule de cristal sur une petite table ronde, un hibou empaillé sur une perche. » (le narrateur homosexuel à propos de Delphine Audieu, dans le roman Le Bal des Folles (1977), p. 80) ; « À côté du hibou sur la cheminée je vois une photo de Marilyn petite, avec le hibou (celui qui est à présent empaillé ou bien un autre qui lui ressemble beaucoup) accroché à son épaule. C’est une petite fille maigre au nez crochu, on dirait un aigle, elle ressemble beaucoup à sa mère d’à présent. » (idem, pp. 81-82) ; « Quand j’étais petite, je mettais tous les jours une robe de communiante pour l’heure du thé, ainsi que mes sœurs. Nous avions chacune un petit pigeon empaillé au bord de la tasse. » (Jeanne dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968), p. 87) ; « Regarde comme elle [la mouette] flotte ! On dirait un canard en Celluloïd ! » (Ahmed à Jean dans la pièce La Tour de la Défense, 1974) ; etc. Le bestiaire de Copi agit comme un totem, le totem du dieu Schizophrénie, à l’image d’un carnaval des animaux que compose le Dieu des Hommes dans le roman La Cité des Rats (1979) : « Nous vîmes de notre cachette […] un thon à pieds de cochon et tête de mule, un éléphant à tête d’homme dont la trompe finissait par un ongle, un crapaud à queue de paon et tête de dinde, un griffon tel quel, une femme à queue et tête de kangourou portant un grand scorpion à tête de coq dans sa poche, et parmi eux le Dieu des Hommes avec les deux têtes du caniche et du fox-terrier à la place de la sienne, et une queue de lézard, et j’en passe des plus bizarres, telle une tortue de mer à tête de queue de poisson. » (Gouri, p. 135) Les animaux empaillés sont la preuve « vivante » (si on peut dire…) que le désir homosexuel est un désir idolâtre, puisqu’on les voit dépeints comme des veaux d’or : « On raconte que quand les ‘Boludos’ vous regardent dans les yeux vous restez figés dans la même position pour l’éternité. On a trouvé sur leur chemin d’innombrables statues en lave représentant des êtres humains et des animaux à l’expression effrayée. » (cf. la nouvelle « La Déification de Jean-Rémy de la Salle », dans le recueil Virginia Woolf a encore frappé (1983), p. 58) ; « Je suis rivé à la tête du boa dont les yeux de chien mort me font plus peur que jamais, je m’évanouis dans l’ambulance. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977), p. 59) Les animaux chez Copi sont en général des symboles du viol tant ils sont capables de réagir avec la cruauté humaine et de se mener une terrible guerre entre eux : je pense notamment au boa constrictor de la pièce La Tour de la Défense (1974) ; ou bien au Rat crevant un œil au renard en fourrure de « L. » dans la pièce Le Frigo (1983). L’homme-animal est une référence voilée à l’irrespect de la différence des générations, aux rapports inversés mère/enfant (si souvent traités par l’artiste !), à l’inceste : « J’ai peur qu’il naisse anormal, avec la tête de ma mère et le corps d’un animal ! » (Lou en accouchant de son bébé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986), p. 360) ; « La fille dévisagea son père et Jane se rappela le renard qu’elle avait trouvé à Londres sur le pas de sa porte en hiver en fin d’après-midi. Elle rentrait de la librairie, un sac de commissions à la main. L’animal s’était figé et elle avait été frappée par sa beauté. Jane s’était accroupie, sans quitter des yeux la tête au museau pointu. […] Le renard l’avait regardée dans les yeux et, l’espace d’un instant, elle avait cru qu’il allait la prendre dans sa main, mais il avait tressailli et s’était enfoui dans la nuit. » (Jane décrivant le rapport incestueux entre la jeune Anna et son père, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, pp. 44-45) ; etc. Dans la pièce Le Frigo (1983), Copi envisage même les unions zoophiles comme une forme d’amour homosexuel incestueux : le personnage de « L. » veut se marier avec le Rat (« Je pourrais te faire passer pour mon fils adoptif. », p. 47) Dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, les hommes de la secte du Nouvel Ordre (présidée par le père de Smith, le héros homosexuel) portent des masques de tigre, de gorille, d’éléphant, de biche.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 
 

c) Le personnage homosexuel se présente sous les traits d’une créature hybride mi-humaine mi-animale :

C’est le cas dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig (Molina, le protagoniste homosexuel principal, se définit comme la femme-araignée), les pièces de Bernard-Marie Koltès (l’homme-chien ou l’homme-cerf dans Combat de nègre et de chiens (1979) et Le Roi des Aulnes (1970)), les tableaux du peintre Paul (avec le motif récurrent de l’homme-singe), le film « La Femme Scorpion » (1972) de Shunya Ito, toute l’œuvre de Jean Cocteau (le Centaure y occupe une grande place), le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le film « La Criatura » (1977) d’Eloy de la Iglesia (avec la jeune femme et son chien-loup), le conte Lisa-Loup et le Conteur (2003) de Mylène Farmer, le film « La Féline » (1942) de Jacques Tourneur (avec Irena la femme-panthère), la B.D. homo-érotique Batman (1939) de Bob Kane et Bill Finger (avec l’homme-chauve-souris), le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato, les tableaux du peintre Claude Ganiage, le conte La Petite Sirène d’Hans Christian Andersen, le vidéo-clip de la chanson « Frozen » de Madonna (avec la femme-chien), le vidéo-clip de la chanson « Comme j’ai mal » de Mylène Farmer (avec la femme-insecte), la pièce Loretta Strong (1974) de Copi (avec les hommes-singes ou les hommes-rats), la chanson « Allan » de Mylène Farmer (avec l’homme-oiseau), la pochette de l’album L’Autre de Mylène Farmer (avec la femme-corbeau), le film « Aimée et Jaguar » (1998) de Max Farberbock, le film « La Femme Reptile » (1966) de John Gilling, le film « Tropical Malady » (2004) d’Apichatpong Weerasethakul, le roman La Dame à la Louve (1904) de Renée Vivien, le one-(wo)man-show Madame H. raconte la saga des transpédégouines (2007) (avec Madame H., le travesti M to F, et sa peau de renard baptisée « Montherlant », à qui elle s’adresse comme si elle était vivante), le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec la femme-cheval amazone), le film « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) d’Alfred Hitchcock (toujours avec la femme-cheval), la pièce Entre Fous Émois (2008) de Gilles Tourman (avec l’homme-pingouin), le film « Johnny Minotaur » (1971) de Charles-Henri Ford, la chanson « Jardin de Vienne » de Mylène Farmer (avec le pendu qui se métamorphose en oiseau), les tableaux du peintre Éric Raspaut, la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner (avec l’homme-singe), le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus (où Tchang fusionne avec son cheval : « Il fait corps avec l’animal. », p. 141), la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, le film « Horse Women Dog » (1990) d’Hisayasu Sato, la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud (avec les personnages homosexuels pourtant tous sur le dos, comme des ailes, des bois de cerfs), la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars gays (avec Steeve l’homme-canard), les poèmes scatologiques de Raúl Gómez Jattin, Néstor Perlongher, Reinaldo Arenas, racontant des aventures zoophiles, etc. Par exemple, dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Lukacz joue à cache-cache avec Adam pour le draguer. Ils imitent des cris de chiens et de singes pour se retrouver au beau milieu d’un champ de maïs. Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, beaucoup de personnages sont transformés en êtres hybrides mi-humain mi animaux : le chasseur en cerf (à cause de son voyeurisme pour un transsexuel M to F), les jeunes vierges en génisse, en oiseaux. Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, le perroquet surnommé « Barclay » de Géraldine, la bourgeoise, dit tout haut les phrases les plus vraies et les plus compromettantes des personnages. Dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le héros homosexuel, se déguise en âne.

 

La comédie musicale La "Nuit d’Elliot Fall" de Vincent Daenen

La comédie musicale La « Nuit d’Elliot Fall » de Vincent Daenen


 

« Que laisserons-nous de nous, moitié-anges moitié-loups, quand nos corps seront dissous dans la langueur monotone du premier frisson d’automne ? » (le protagoniste homosexuel dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Mais parmi les chacals, les panthères, les lices, les singes, les scorpions, les vautours, les serpents, les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants, dans la ménagerie infâme de nos vices, il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde : c’est l’ennui. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire)

 

Si, dans les fictions homo-érotiques, l’Homme est parfois animalisé, à l’inverse, les animaux seront aussi très souvent personnifiés, voire homosexualisés : on peut penser au lapin gay de Caroline dans le film « Gelée précoce » (1999) de Pierre Pinaud, aux loups homos du film « Les Loups de Kromer » (2003) de Will Gould, aux plantes carnivores des films « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz et « Les Filles du Botaniste » (2006) de Daï Sijie, au canard gay dans le film « Queer Duck : The Movie » (2005) de Xeth Feinberg, le film « Le Baiser de la Lune » (2010) de Sébastien Watel (racontant l’amour entre Félix, un poisson-chat, et Léon, un poisson-lune), etc. Dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011), Dubernet sort une devinette qui, blague mise à part, rapproche le désir homosexuel de l’instinct animal : « Comment appelle-t-on un dinosaure homosexuel ? Un tripothanus. » Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Dodo raconte une histoire d’un ours polaire homosexuel qui visite l’Afrique, ou encore celle d’un « cochon pédé ». Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Vanessa, dont le frère Nicolas est gay, emploie l’expression « pédé comme un pingouin ».

 

L’Homme est réduit à définir comme un « individu » (la notion d’individu définissant tout être vivant, qu’il soit animal, végétal ou minéral) et non plus une « personne » (c’est-à-dire un être humain, le plus grand et le plus libre des vivants).

 

Par ailleurs, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les œuvres homosexuelles nous expliquent que s’animaliser revient à se robotiser. Par exemple, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel immature, a un rapport très particulier aux animaux qu’il voit partout (le renard dans la chambre de l’hôtel désaffecté, le lapin en peluche blanc géant Dido qui lui apparaît en rêve, les animaux de la forêt entourant la barque, etc.), un rapport qu’on pourrait qualifier d’idolâtre : tandis qu’il les prend pour des dieux vivants (par exemple, Dany se voit tout petit devant Dido : « Mais tu es devenu énorme ! »), il cherche aussi à les vider de vie (le jeune homme confond son vrai lapin blanc Dido avec un objet-peluche qu’il enterre sous un arbre). Dans le roman Joyeux animaux de la misère (2014) de Pierre Guyotat, le monde du bas peuplé d’animaux et de monstres répond et soutient le monde du haut, futuriste et techniciste, créé par les humains.

 

Cette inversion humain >< animal illustre généralement un processus de robotisation de l’être humain par l’envahissement d’un monde végétal virtuel, comme le démontre la brillante nouvelle de Manuel Rivas El Pez Doncella, parue en 1998 dans le journal espagnol El País. Il est étonnant de voir que plus l’Homme prétend revenir radicalement à la Nature et développer son côté animal, plus il en perd son âme et rejoint la machine. Le lien de coïncidence entre l’animalisation et le « devenir objet », mal connu de notre époque, est pourtant manifeste dans énormément de créations artistiques traitant d’homosexualité, et mériterait d’être davantage approfondi.

 

La présence des animaux dans la vie du héros homosexuel peut être mentale, symbolique, et renvoie à l’animalité, à son comportement sexuel, à un désir désordonné qui l’habite. « La bête est plutôt du genre étalon. » (Bernard parlant à son nouvel amant, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Belle bête ! » (Jean-Paul, le pédé bourgeois, à la vue du docteur Louis, dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, la rencontre entre Antonietta, la femme au foyer soumise, et Gabriele, le héros homosexuel qui allait se tirer une balle dans la tête, se fait grâce à l’escapade de sa cage du mainate d’Antonietta, « Rosemonde », un perroquet mâle mais qui porte un prénom de femme. L’oiseau est ici la métaphore du désir de liberté et d’asexualité d’Antonietta. Il est aussi la voix de sa conscience qu’elle refoule, et la voix de la conscience qui ramène Gabriele à la vie : « Il y a toujours un petit perroquet qui vient vous rappeler que la vie est belle. » (Gabriele) Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, le perroquet surnommé « Barclay » de Géraldine, la bourgeoise, dit tout haut les phrases les plus vraies et les plus compromettantes des personnages.
 

Dans l’épisode 98 « Haute Couture » de la série Joséphine ange gardien, Joséphine s’entend très bien avec Dallas, l’assistant-couturier homosexuel de Cecilia, avec qui elle a élaboré un cri de guerre bestial où chacun, par une chaîne d’union consistant à montrer ses griffes (pour mimer la chanson « Alexandrie Alexandra » de Claude François) se transmet une force venant à bout de toutes les épreuves : « Allez ! Que la Force soit avec toi ! » (Joséphine) : la Bête accompagne souvent l’homosexualité, et vice-versa.
 


 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Photo noir et blanc prise par Hervé Guibert

Photo noir et blanc prise par Hervé Guibert


 

Un certain nombre de personnalités homosexuelles sont taxidermistes, sculpteurs ou peintres animaliers : c’est le cas de Christa Winsloe, Rosa Bonheur, Jean Cocteau, etc. Et beaucoup d’entre elles pratiquent la taxidermie : Pierre Loti, Vladimir Maïakovski, Hervé Guibert, Claude Cahun, Jeffrey Dammer (le tueur en série homosexuel qui était fasciné, petit, par les animaux morts), etc. Au niveau de la mode, Karl Lagerfeld a révolutionné la fourrure, la rendant bohème alors qu’elle n’était que chic. Dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, l’homme transsexuel M to F Concha Bonita (p. 30) « aime les oiseaux en porcelaine ». Jean-Claude Dreyfus fait une collection de cochons. Francis Bacon, quant à lui, adore prendre des photos d’animaux sauvages. Les noms choisis par les groupes musicaux homosexuels (tels que The Animals, Pet Shop Boys, etc.) ne sont pas non plus anodins. Le cinéaste et écrivain Christophe Honoré, se parlant à lui-même dans son autobiographie Le Livre pour enfants (2005), laisse justement libre cours à son inconscient de « taxidermiste qui s’ignore » : « Êtes-vous un grand amateur d’oiseaux ? Voilà, vous êtes-vous occupé d’oiseaux parce que les oiseaux ont captivé votre imagination […] ? » (p. 26) Dans le documentaire « Zucht Und Ordnung » (« Law And Order », 2012) de Jan Soldat, traitant du sadomasochisme, on voit des statues d’animaux dans l’appartement des deux interviewés. Je pense également aux pastiches de comptines chez Pierre Louÿs (notamment celui d’un Algérien pratiquant la zoophilie sur son âne). Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, les personnes homosexuelles sont comparées à un documentaire animalier sur les flamands roses. Tom, l’un des héros, est vétérinaire par misanthropie : « La vérité, c’est que je ne suis pas très à l’aise… sauf avec les animaux. Je ne suis pas très à l’aise dans ma propre peau. » Dans l’émission d’hôtellerie Bienvenue chez nous diffusée sur la chaîne TF1 le 23 août 2018, les hôteliers Stéphane et Patrick, en couple homo, possèdent un hôtel rempli d’animaux empaillés. Dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, Déborah, personne intersexe élevée en fille, et son amie Audrey, elle aussi intersexe, se baladent au Muséum d’Histoires Naturelles de Lausanne (en Suisse), et y observent les animaux empaillés, et notamment un « Chat : Monstre à tête double ».

 

Photo "Military Tailors" (1936) de Claude Cahun

Photo « Military Tailors » (1936) de Claude Cahun


 

Le lien entre l’homosexualité et les bestiaires, ou entre l’homosexualité et la zoophilie est identifié par des scientifiques et des sociologues de renom. « L’homosexualité et la masturbation proviennent en partie des conditions de la captivité. […] On retrouve les mêmes réactions chez les bêtes à cornes parquées (béliers ou taureaux). » (Paul Guillaume, La Psychologie des singes, 1941) ; « Les leçons de charme des lesbiennes ressemblent à une longue parade animale. » (Sigmund Freud) ; etc. Il se recoupe avec le concept d’« homosexualité de circonstance » que je développe dans le code « Entre-deux-guerres » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) et ne vient pas que de chercheurs dits « homophobes ».

 

Il est repris et causalisé par beaucoup d’« intellectuels » homosexuels et gay friendly pour prouver le bien fondé de l’homosexualité, et soutenir que le désir homosexuel est inné, naturel, et qu’il n’est pas un choix à condamner moralement : je vous renvoie au traitement de l’« homosexualité » dans le monde animal par André Gide dans Corydon (1920), aux travaux de Jean-Pierre Otte, ainsi qu’au documentaire « L’Homosexualité animale » (2001) de Bertrand Loyer, à l’essai Christianisme, tolérance sociale et Homosexualité (1985) de John Boswell, etc. « On a observé un comportement homosexuel chez 13 espèces appartenant à 5 ordres de Mammifères (Beach, 1968). En voici quelques exemples. Il se produit chez la truie, la vache, la chienne, la chatte, la lionne et les femmes du singe Rhésus et du Chimpanzé. » (Claude Aron, « Les Facteurs neuro-hormonaux », Bisexualité et Différence des sexes (1973), pp. 161-162) Pour prouver la pourtant évidente réalité que « l’homosexualité n’est pas contre-nature » (elle est justement très/trop naturelle chez l’Homme !), le Musée d’Histoire Naturelle d’Oslo (Norvège) présente une expo sur les « Animaux-homos » en octobre 2006. Dans son documentaire « Des Filles entre elles » (2010), Jeanne Broyon est toute fière d’interroger un paysan au Salon de l’Agriculture pour montrer que l’homosexualité féminine est normale : « Chez les animaux, l’homosexualité, ça se passe beaucoup » assure-t-il.

 

En plus de l’animalisation des personnes homosexuelles par elles-mêmes grâce à la « science » (plutôt la technique, à proprement parler), elles se servent du prétexte « artistique » ou « militant » pour laisser libre cours à leur déshumanisation par l’« amour » : « Queer est plus généralement cet art même du déplacement, touristique ou zoophilique, stylistique ou corporel, l’art d’être où rien ne vous attend. » (François Cusset, Queer Critics (2002), p. 15) ; Dans le documentaire « Homo et alors ?!? » (2015) de Peter Gehardt, Tamàs Dombos, militant homosexuel hongrois, raconte son sentiment d’enfermement par la protection policière lors des premières Gay Pride de Budapest : « On avance dans des cages, comme les animaux d’un zoo. Voilà ce qu’on ressent quand on manifeste en Hongrie. » ; etc.

 

Les personnes homosexuelles défendant la légitimité des actes homosexuels en s’animalisant elles-mêmes (je vous dirige par exemple vers le récent article, mi-intox, mi-sérieux « Un Couple manchots gays adopte un petit avec succès » dans le journal Le Monde du 3 juin 2009), ne se rendent pas compte que, même si elles sortent dans un premier temps l’identité homosexuelle de la moralité, et donc de la culpabilité, elles l’engouffrent du coup sur le terrain très glissant et homophobe de la pathologie, de la zoophilie, de la pulsion bestiale, de la violence (quand bien même celle-ci, parce qu’elle est rendue instinctive, sera dé-moralisée, ne mériterait pas d’être condamnée). Ce n’est pas par hasard si le réalisateur de films X gays Jean-Daniel Cadinot affirme très sérieusement dans la revue Triangul’Ère 4 (2003) qu’il « serait plutôt comme un cinéaste animalier. » (p. 70) Il existe des liens entre homosexualité et zoophilie (le récent film « La Sonde urinaire » (2006) de la très queer Camille Ducellier nous le rappelle !), quand bien même les « human pets », qui aiment sexuellement les animaux, forment une minorité dans les communautés homosexuelles et hétérosexuelles. Ce sont les personnes homosexuelles elles-mêmes – et non, comme elles se plaisent à le croire, les « méchants homophobes » extérieurs – qui, en cherchant à tout prix à « naturaliser » et à banaliser les actes homosexuels en s’appuyant sur la science et la faune, construisent l’absurde amalgame entre homosexualité et zoophilie. « À l’école, c’étaient les débuts de l’éducation sexuelle et ce n’est pas avec ce que l’on nous disait que j’aurais pu comprendre grand-chose… l’acte homosexuel, par contre, m’était inconnu. C’est lors de vacances scolaires que je l’ai découvert à l’âge de douze ans, avec un homme d’une trentaine d’années… Il m’a proposé de monter dans sa chambre pour me montrer quelque chose. Les choses en question, c’étaient des photos pornographiques que ce monsieur faisait venir de Suède, de Hollande, de tous ces pays qui ont une réputation de mœurs très libérales. Ces photos… il y en avait pour tous les goûts : homosexualité masculine, féminine, enfant en cours de puberté en état d’érection, et même des photos de femmes en train de ‘faire l’amour’ avec des animaux. » (Philippe, homosexuel séropositif, dans son autobiographie L’enfer est à vos portes, 1991) Même si elles se la jouent « rebelles sociaux » à travers l’animalité (« L’homosexuel demeure un loup, libre et fier, farouchement indépendant et sans doute encore sauvage, et rien ne l’oblige à se faire chien, animal domestique, embourgeoisé et de bonne compagnie. » Dominique Fernandez, Le Loup et le Chien, 1999), elles scient la branche sur laquelle elles sont assises !

 

Nolwenn Leroy

Nolwenn Leroy


 

Pour en revenir aux animaux empaillés, on peut également comprendre pourquoi l’association de la taxidermie et de l’homosexualité ne plaît en général pas beaucoup aux personnes homosexuelles. En plus de faire un peu psychopathe sur les bords (à la fin du film « Psychose » d’Alfred Hitchcock, Norman Bates, le taxidermiste déséquilibré, se voit quand même fortement suspecté d’être « un inverti »…), la fascination homosexuelle pour les bêtes pétrifiées indique que le désir homosexuel est un élan de mort plus qu’une force de vie. Et ça, en effet, ce n’est pas très réjouissant, et ça ne vient pas redorer le blason de l’homosexualité ! Quand Hervé Guibert, dans son autobiographie À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie (1990), explique sa passion pour les animaux empaillés, on comprend pourtant bien que la morbidité est certes magnifiée par l’esthétisme, mais qu’elle est quand même palpable ! : « Depuis que j’ai douze ans, et depuis qu’elle est une terreur, la mort est une marotte. […] Je ne cessai de rechercher les attributs les plus spectaculaires de la mort, suppliant mon père de me céder le crâne qui avait accompagné mes études de médecine, m’hypnotisant de films d’épouvante et commençant à écrire, sous le pseudonyme d’Hector Lenoir, un conte qui racontait les affres d’un fantôme enchaîné dans les oubliettes du château des Hohenzollern, me grisant de lectures macabres jusqu’aux stories sélectionnées par Hitchcock, errant dans les cimetières et étrennant mon premier appareil avec des photographies de tombes d’enfants, me déplaçant jusqu’à Palerme uniquement pour contempler les momies des Capucins, collectionnant les rapaces empaillés comme Anthony Perkins dans ‘Psychose, la mort me semblait horriblement belle, féeriquement atroce… » (p.158-159)

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°12 – Appel déguisé

appel déguisé

Appel déguisé

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Ça hurle en moi « J’ai mal ! »… mais personne, pas même moi, n’y prête attention !

 

Le paradoxe du cri au secours du personnage homosexuel (et, a fortiori, de son émetteur artistique réel), c’est qu’il dénonce un viol/un fantasme de viol en même temps qu’il ordonne, par une injonction mi-sérieuse mi-cynique, qu’on le cache. Exactement comme l’injonction paradoxale de la demande de silence (l’interjection « Chuuut !!! ») qui, si elle est faite avec excès, finit par faire plus de bruit que le calme initialement réclamé. Sous prétexte que les personnes homosexuelles ne seraient pas les seules à souffrir, ou que le malheur ne serait pas typiquement homosexuel (ce qui est totalement vrai), beaucoup d’entre elles, par phobie d’une pathologisation de l’homosexualité sur leur personne, par peur d’une nouvelle stigmatisation victimisante/misérabiliste à leur encontre, vont par conséquent défendre avec véhémence l’idée inverse qui consiste à dire qu’elles et leurs pairs ne souffriraient jamais (ce qui n’est pas moins absurde). Mais leur hargne les trahit. Provocation, intimidations, obscénités, travestissement, colère pour « normaliser » un désir homosexuel qui n’a justement rien de « normal » (cf. « Mais on ne souffre pas !!! » hurlent les militants du FHAR), exhibition provocatrice, rires gras, scotch sur la bouche des « fouilleurs de merde », etc. : la communauté homo appelle avec insistance à ce qu’on ne l’écoute pas… mais paradoxalement, cette insistance appelle.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Manège », « Déni », « Solitude », « Milieu homosexuel infernal », « Homosexualité noire et glorieuse », et « Désir désordonné » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Le personnage homosexuel lance un S.O.S. :

APPEL Copi Difficulté

 

On entend parfois les artistes homosexuels crier leur douleur, sur le mode dramatique ou parodique, comme par exemple dans le roman Biographie d’une douleur (2007) de Didier Mansuy, le roman La Difficulté d’être (1947) de Jean Cocteau, la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) de Copi, le film « Quels adultes savent ? » (2003) de Jonathan Wald, le film « Keiner Liebt Mich » (« Personne ne m’aime », 1993) de Doris Dörrie, le film « Lost And Delirious » (« La Rage au cœur », 2001) de Léa Pool, le film « Ich Will Doch Nur, Daß Ihr Mich Liebt » (« Je veux seulement que vous m’aimiez », 1976) de Rainer Werner Fassbinder, la pièce Love ! Valour ! Compassion ! (1994) de Terrence McNally, le film « ¿ Por Qué Le Llaman Amor Cuando Quieren Decir Sexo ? » (1993) de Manuel Gómez Pereira, « ¿ Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? » (« Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », 1984) de Pedro Almodóvar, la chanson « Comme j’ai mal » de Mylène Farmer, le film « Tu crois qu’on peut parler d’autre chose que d’amour ? » (1999) de Sylvie Ballyot, le film « Help » (2009) de Marc Abi Rached, le roman Une douleur normale (2013) de Walter Siti, la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, la chanson « Au secours » de Véronique Rivière, la pièce Orage (et des espoirs) (2017) d’Alexis Matthews, le one-man-show Aimez-moi ! (2018) de Pierre Palmade, etc.

 

« Ma longue agonie n’est pas celle de ma vie mais celle d’une lignée de filles incapables de la flamme qui soutient une famille. » (Copi, Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « C’est terrible. Je suis tout seul. Dans le noir. » (Tom, le héros homosexuel, dans le film « The Talented Mister Ripley », « Le Talentueux M. Ripley » (1999) d’Anthony Minghella) ; « Il fait toujours nuit pour moi. » (Léo, le héros homosexuel du film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho », « Au premier regard » (2014) de Daniel Ribeiro) ; « Maintenant, je pleure. » (Jean-Pierre, l’homme rejeté par les deux femmes lesbiennes qui l’entourent, dont Fanny sa femme, dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; « Tu crois qu’on sera heureux un jour ? » (cf. la réplique finale de Vincent à son amant Stéphane, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Dans cette ville, on ne pouvait jamais être sûr de ce qui s’était passé. La souffrance s’imprégnait-elle dans les murs des bâtiments, les cris capturés telle une image sur une plaque photographique ? » (Jane, l’héroïne lesbienne, à propos de Berlin, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 39) ; « J’étais pas épanoui totalement. Il me manquait quelque chose. » (Jeanfi, le steward homo dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; « J’ai jamais eu de chance avec les p’tits copains. J’ai toujours été spolié. » (idem) ; « Tante Eva, pensez-vous qu’aucune société ne veuille de moi ? » (Anthony, le héros homosexuel du roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « Je me suis toujours trompé dans mes choix. » (George s’adressant à son amant Paul, dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner) ; « Être un homme libéré, tu sais, c’est pas si facile. » (Jérémy Lorca dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; « C’est pas drôle d’être homo. Y’a des mecs dans la salle, ce soir ? Bande de salauds ! C’est vous qui nous faites souffrir ! » (Fabien Tucci, homosexuel, en pleurs, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Devenir gay, c’est pas très gai. » (idem) ; « ta vie est une période transitoire. » (Guen, homosexuel, s’adressant avec mépris à son amie lesbienne Ninon, dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt) ; « Arrête de faire semblant d’être ce que tu n’es pas. » (Ninon, idem) ; « Même si la racine de cet amour est bonne, comme l’est la racine de tout autre amour humain, son tronc et ses branches ont été courbés. Je ne sais pas pourquoi je suis attiré par ce désir déréglé. J’en souffre. Mais je refuse d’appeler l’arbre courbé un arbre droit. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, repoussant son élan physique et sentimental pour le jeune David, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 419) ; « Il y a une partie bonne et l’autre partie est une blessure infligée par le sitra ahra. Cette blessure, est-ce qu’elle vous fait mal ? Oui, elle me fait mal. » (Pawel parlant de son élan homosexuel, idem, p. 477) ; « C’est moi que je n’aimais plus. » (Louise, le personnage trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « J’aimerais être sous morphine tout le temps. » (Thibault, malade du Sida, dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo) ; « Vous pensez que j’ai un problème ? » (Virginia Woolf confiant sa gêne par rapport à son incapacité à aimer et au désir passionnel que lui voue son amante Vita Sackville-West, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc.
 

Un dessin de Jean Cocteau de 1926, dans l’album Maison de Santé, représente un gnome nu tracé d’un trait tremblé, avec une bulle où figure un « J’ai mal ! » Dans son spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008), Michel Hermon parle du cri de l’enfant qui retentit dans la nuit parce qu’il est laissé seul : le spectateur comprend que l’enfant, c’est l’artiste lui-même. Dans le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André, la petite Marie vit super mal d’avoir été conçue sans amour par ses quatre « parents » homosexuels.

 

À la fin de son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le comédien homosexuel, filme son public en leur demandant de compléter sa phrase « Le coming out… », par un hurlement collectif euphorique « ÇA PEUT FAIRE MAL ! ».
 

L’icône gay par excellence en France, Mylène Farmer, n’a pas été choisie comme porte-parole de la communauté homosexuelle par hasard. En effet, elle est la plus plaintive des chanteuses françaises : « 8, j’ai mal. » (cf. la chanson « Maman a tort ») ; « Pauvre humanité muette… » (cf. la chanson « Leïla ») ; « Comme j’ai mal, je ne saurai plus comme j’ai mal. » (cf. la chanson « Comme j’ai mal ») ; « Je suis saignée aux quatre veines. » (cf. la chanson « Agnus Dei ») ; « Elle a deux vies mais pas de chance, pas d’équilibre, mais elle fait de son mieux, elle penche. » (cf. la chanson « Lonely Lisa ») ; « C’est bien ma veine, je souffre en douce. » (cf. la chanson « Je t’aime Mélancolie ») ; « Je cherche une âme qui pourra m’aider. » (cf. la chanson « Désenchantée ») ; « Un sentiment de n’être rien du tout. » (cf. la chanson « J’ai essayé de vivre ») ; « Si je suis en prison, et j’y suis, pourquoi pas une autre. Délivrez-moi, ta, talala. Je suis pas là, suis pas de ce monde. » (cf. la chanson « Monkey Me ») ; etc. Elle donne corps et voix à la plainte cachée de beaucoup d’individus homo-sensibles.

 
 

b) Que lamente le personnage homosexuel ?

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

C’est d’abord l’expression d’un vide existentiel, d’un dégoût de vivre, qui ne se rapporte pas à quelque chose de précis. Un malaise global qui renvoie à un Tout dont les contours sont difficiles à cerner, mais qui certainement touche un peu à l’ensemble des domaines de la vie (affectif, amical, professionnel, spirituel, etc.) : « Je suis dans le vide. J’ai rien. » (Didier à sa maman, dans le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé) ; « J’étais une épave. Je me sentais vraiment mal. » (Emory, le héros homo efféminé évoquant son adolescence, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Je préfèrerais être heureuse. » (Petra, l’héroïne lesbienne du film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant », « Les Larmes amères de Petra von Kant » (1972) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Quand je réfléchis, j’ai 38 ans et je n’ai rien vécu. […] Je suis en jachère. » (Marcy, l’héroïne lesbienne de la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim) ; « J’ai l’impression d’être un tableau… abstrait. » (François parlant de Dominique qui le prend pour une bête curieuse parce qu’il est homo, dans la pièce On la pend cette crémaillère ? (2010) de Jonathan Dos Santos) ; « Je suis une caricature. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; « J’ai besoin qu’on me tienne la main. Je suis fatiguée. […] J’me sens tellement seule, fragile, et provisoire. » (Charlène Duval, le travesti M to F, dans son one-(wo)man-show Entre copines, 2011) ; « Ma vie est un échec. Et je ne sais même pas comment j’en suis arrivé là… » (Hugo, l’homosexuel refoulé de la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) ; « Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? Je ne sais rien faire. » (Gwendoline à la fin du one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « L’enfant sent en lui qu’il est porteur d’une minuscule fissure. […] C’est une chance et une souffrance. » (Damien, le travesti M to F racontant son adolescence et la perception de sa « transsidentité », dans le pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine) ; « Quant à moi, je serai la conteuse de ces malheurs. » (l’actrice parlant de la vie de Dorian Gray, dans la pièce Le Portrait de Dorian Gray (2012) d’Imago) ; « Ah si ! J’ai une vie privée ! Privée de tout, c’est vrai… mais privée quand même. » (cf. le sketch « La Solitude » de Muriel Robin) ; « Elle doit être triste, ta vie. » (Greg, le héros gay s’adressant à son amie bisexuelle Jézabel, dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco) ; « Je n’en peux plus de toute cette merde. Je ne sais plus à quoi m’accrocher ! » (Mélodie, l’héroïne bisexuelle dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; « Personne ne m’a jamais respecté. » (Loïc, personnage homo, dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Pierre, le héros homosexuel, passe aux aveux : « Je ne suis pas sûr de m’aimer. » Quand Isabelle le flatte (« Vous n’avez jamais rien raté ? »), il lui répond laconiquement et cyniquement : « Seulement ma vie privée. » Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, Adineh l’héroïne transsexuelle F to M envie Rana la femme mariée, et pense s’exiler en Allemagne pour se faire opérer et changer de sexe : « Tu crois que ta vie sera meilleure une fois que tu seras opérée ? » lui demande Rana. « Non, je n’en suis pas sûre. » rétorque Adineh.

 

Souvent, les plaintes du personnage homosexuel s’originent dans son insatisfaction personnelle par rapport au désir homosexuel, et à la relation amoureuse homosexuelle en général, même si la part de lui-même qui veut encore « y croire » vient les démentir : « Comment peut-on arriver à être heureux quand on est gay ? » (Didier dans le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé) ; « J’aurais aimé être un pédé heureux. » (Éric Caravaca dans le film « Dedans » (1996) de Marion Vernoux) ; « Qui a dit ‘Montre-moi un homosexuel heureux, je vous montrerai son cadavre.’ ? » (Michael, le héros homo du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Pourquoi être gay est-ce si difficile ? » (Eddie, déçu que Scott, qui l’a dépucelé, ne le rappelle plus et l’ait pris pour un simple « plan », dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Bon, vous savez quoi ? Être homo, c’est pas toujours gai/gay. » (Samuel Laroque dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Tu cherches ta vie entière un amour, et quand tu l’as trouvé, tu souffres. Tu souffres autant que tu es heureuse. » (la voix narrative de la pièce musicale Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; « Ma vie ne se résume à rien. Personne à aimer. J’ai été toute ma vie un homme seul. Un homosexuel. » (Hanz dans la pièce Entre vos murs (2008) de Samuel Ganes) ; « Un homosexuel est un homme qui souffre et qui a mal. […] Depuis que je suis petit, mon existence est un calvaire. […] Personne ne m’a jamais dit je t’aime. » (Bernard, le héros homosexuel déclaré de la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « J’arrive pas à déchiffrer les raisons de cet amour-là. » (Stéphane, le héros homosexuel s’adressant à son jeune amant Vincent, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson); « Est-ce que je ne suis pas en train de m’attacher artificiellement à un lien qui finalement ne vaut rien ? » (Adrien en parlant de sa relation foireuse avec Malcolm, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 59) ; « Vous savez, dans la vie, j’ai couché avec plus d’hommes qu’on peut en dénombrer dans la Bible. Jamais un homme m’a dit ‘Je t’aime’… et que j’ai cru. Ça m’embête énormément. » (Arnold, le héros homosexuel du film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart) ; « Ça fait cinq, […] si je repense à mes amours. […] Ils m’ont tous détesté à la fin […] on ne s’est pas vraiment aimés. » (Willie, le héros homosexuel du roman La meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 279) ; « Plus je vieillis, moins le sexe m’intéresse. Je cherche quelqu’un à qui parler. C’est dur à trouver. » (le protagoniste du film « À la recherche de Garbo » (1984) de Sidney Lumet) ; « Cette succession d’états riches en émotions avait rythmé nos vies jusqu’à ce qu’elles s’y résumassent, sans autre perspective qu’attendre, jouir puis pleurer. » (la voix narrative lesbienne, dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 8) ; « Je souffre de ne pas savoir quelle blessure vous me faites. » (le narrateur homosexuel parlant à l’inconnu du parc, dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès) ; « Mais de quoi étais-je donc le complice ?? […] Mais de qui étais-je donc complice ? » (Luca, le chanteur homosexuel du spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Tu sais très bien que la vie que tu m’offres n’est faite que de pleurs, de déchirures et de tracas. » (Fanchette à son amante Agathe, dans la pièce Les Amours de Fanchette (2012) d’Imago) ; « Y’a toujours au fond de moi une petite voix qui disait non à tout ça. » (Tom, le héros homo catho par rapport à la pratique homo, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; « J’aurais mieux fait de me casser une jambe le soir de notre rencontre. » (Thomas s’adressant à son amant François, dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy) ; « L’homosexualité, c’est pas pour moi. » (idem) ; « Amour, étoile que je n’ai pas. » (le chœur des prostitués homosexuels chantant dans la voiture, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « L’Amore Te fotte. » (cf. une inscription sur le mur dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Personne ne semble se rendre compte que j’existe. » (Nina, l’héroïne lesbienne dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Je ne suis rien. Je n’existe pas. » (idem) ; « Personne ne m’aime. Personne ne m’entend. » (idem) ; « J’ai peur de partir à la dérive. » (Lola l’héroïne lesbienne s’adressant en pleurs à son amante Vera, idem) ; etc.
 

Par exemple, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, les deux amants homosexuels s’avouent l’un à l’autre la souffrance qu’ils s’infligent en restant ensemble : « Je ne vais pas bien. » dit Franz à Léopold qui lui répond : « Moi non plus. » À la fin de l’intrigue, Franz est tellement au fond du trou (« Je suis malheureux ! Personne ne peut me comprendre. ») et tellement mal consolé par son ex-compagne Vera (« Pourquoi pleures-tu ? » lui demande-t-elle… ce à quoi Franz rétorque : « Parce que je suis malheureux ! Je passe par toute la gamme de la souffrance. Tant de malheur ! ») qu’il finit par se suicider par empoisonnement.

 

La détresse du protagoniste homosexuel est souvent profonde et superficielle, les deux à la fois, puisqu’il est complice de son propre malheur (et de la censure de celui-ci !) : c’est ce qui la rend amère et difficilement détectable. « J’ai pleuré. De vraies larmes, parce que Loche était parti sans moi, et de fausses larmes, parce que je voulais qu’on m’arrête, qu’on m’interroge. » (Julien Brévaille, le héros homosexuel du roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 69) ; « Je suis terriblement heureux et insatisfait. » (idem, p. 14)

 

Dessin de Keith Haring

Dessin de Keith Haring


 

Bizarrement, et contre toute attente, ce n’est pas l’homophobie sociale qui attriste le plus le héros homosexuel : son vrai problème, sa réelle souffrance, c’est l’homophobie intériorisée, c’est la méchanceté des personnes homosexuelles entre elles, c’est la lâcheté et la faiblesse de l’amour homo. Dans la B.D. Kiwi au paradis (1999) de Teddy of Paris, par exemple, les derniers mots du dessinateur après avoir dépeint le désenchantement de la découverte du monde homosexuel, s’adressent aux lecteurs en ces termes : « Bon courage à tous, il vous en faudra. » (Christophe Gendron, Triangul’Ère 1 (1999), p. 151) Difficile d’être plus clair.

 

Les personnages homosexuels se plaignent de leur communauté homosexuelle. Avec eux, on oscille entre jérémiades peu crédibles et invocation très sérieuse : « Quand je pense à la souffrance de tout le peuple gay… » (Omar, le héros homosexuel de la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; « Si seulement nous pouvions ne pas nous haïr autant… C’est ça notre drame. » (Michael, le héros homo du film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin) ; « J’ai pour amis des folles comme moi, des amis pour passer un moment, pour rigoler un peu. Mais dès que nous devenons dramatiques… nous nous fuyons. Je t’ai déjà raconté comment c’est, chacune se voit reflétée dans l’autre, et est épouvantée. Nous nous déprimons comme des chiennes, tu peux pas savoir. » (Molina à son amant Valentín, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig, p. 205)

 

Enfin, le cri poussé par le personnage homosexuel est un appel lancé à toute sa société pour qu’elle ne le laisse pas tomber, mais aussi, vu qu’elle ne répond pas comme lui l’espère, et qu’elle fait l’autruche, l’expression d’une profonde déception : « Et sous les apparences, le prix du vêtement, personne ne voit les plaies et le sang de celui qui survit. » (cf. la chanson « Retour à toi » d’Étienne Daho) ; « Personne ne sait consoler un vague à l’âme trop singulier. On vous répond que ça va passer, mais moi je sais que ça va rester. » (cf. la chanson « Pleurer en silence » de Mélissa Mars) ; « Pendant très longtemps, j’ai pas eu le droit de m’exprimer. » (Karine Dubernet dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate !, 2011) ; « On m’accuse de distribuer ce que chacun vient déposer en moi. » (Julien Brévaille dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 176) ; « Il faut que je me rende à l’autre bout de la ville pour le baby-sitting : personne n’a encore compris que c’était plutôt moi qui avais besoin de me faire garder. » (Karin Bernfeld, Apologie de la passivité (1999), p. 24) ; « Je suis jalouse, envieuse, pourquoi voudrait-on que je ne le sois pas ? Qu’est-ce que j’ai à moi, qu’est-ce qu’on m’a donné ? » (Cécile, l’héroïne lesbienne face à une famille, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 142) ; « Je ne suis pas seulement ta fille, mais une fille de la terre ! Tu me parles de misère, mais est-ce que tu connais la terre ? La terre de la pissotière, tu en connais l’odeur, ma mère ? » (Lou, l’héroïne lesbienne s’adressant à Solitaire dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « L’énorme bêtise, elle l’a faite en me quittant. Elle m’a trop fait souffrir. Elle m’a largué sans aucun état d’âme. » (Julien, le héros bisexuel, parlant de Zoé, la femme qui l’a quitté, avant qu’il ne devienne homosexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; etc.

 
 

c) Comment le personnage pousse son cri ?

D’abord, l’appel du personnage homosexuel est silencieux. Il passe par un murmure discret, et surtout par les regards de détresse. Des regards comme ceux que Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, perçoit dans le « milieu homosexuel » de son époque : « Et leurs yeux, Stephen n’oublia jamais leurs yeux, ses yeux d’obsédés, ces yeux tourmentés des invertis… […] Stephen apercevait leurs faces ravagées et pleines de reproches, aux yeux mélancoliques et obsédés d’invertis […] Des fusées de douleur, de brûlantes fusées de douleur… leur douleur, sa douleur, soudées ensemble en une immense et dévorante agonie. […] toute la misère de chez Alec. Et l’envahissement et les clameurs de ces autres êtres innombrables… » (pp. 562-571) On entend le monologue intérieur de certains héros homosexuels insatisfaits de leur relation amoureuse du moment. Leur appel prend alors la forme de l’exaspération contenue, du sentiment paniquant et assommant à la fois de ne pas se sentir à leur place, du malaise ruminé dans le secret et difficile à exprimer (parce qu’il concerne la personne soi-disant « aimée ») : « Michael ronflotait doucement à côté de moi. Sa main gauche était plaquée contre ma poitrine comme s’il avait voulu m’empêcher de bouger, me clouer sur place. Une angoisse suffocante m’étreignait le cœur. Je regardais le si beau profil de Michael, je pensais aux cadavres de codoms [préservatifs] dans le fond de la poubelle de la salle de bains et je me disais c’est pas ça, c’est pas ça que je voulais, c’est pas ce que je veux. » (Jean-Marc parlant de son amant Michael dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 260) ; « Je savais que c’était faux, que je n’aimais pas Michael d’amour mais là, juste à ce moment-là, je voulais le croire. » (idem, p. 299) ; « Arrête avec ces bouquins. Ça fait du mal à tout le monde. Même à toi, ça te fait du mal. Au fond, je suis sûr que tu souffres encore plus que moi. » (Suki s’adressant à son amie lesbienne Juna à propos de ses livres de magie, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; etc.

 

Il arrive cependant que le cri de détresse du personnage homosexuel se fasse visible et bruyant. Il prend alors davantage la forme de l’exclamation quand il exprime la révolte, et la forme de l’interrogation (qui n’attend pas forcément de réponse, d’ailleurs ; cela peut être une posture esthétique, ou une provocation « gratuite » et agressive) pour la dénonciation et les appels à l’aide : « C’est moi, Linda ! Mais moi je crie ! Vous m’entendez ?!? Allô !!! » (cf. une réplique de la pièce Loretta Strong (1974) de Copi) ; « Mais qu’est-ce qu’elle a, ma p’tite chanson ? » (un des protagonistes homos, parlant de la comédie d’amour qu’il sert à tous ses amants successifs, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Pourquoi est-ce que tu m’as laissé dans le noir pendant toutes ces années ? » (le héros homosexuel s’adressant à son père dans la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan) ; « M’entendez-vous ? Je crie, je hurle que vous ne m’aurez pas. Je lutterai. De toutes mes forces, je vous défie. » (Cyril dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 52) ; « Je suis sûr d’être dans le vrai. Où est le mal Julien ? » (Pierre s’adressant à son amant Julien, dans la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener) ; « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ?!? Si seulement j’étais un pervers, je mériterais qu’on me crache dessus ! Mais si à l’intérieur de moi je me sens doux et femme ! » (José María, le transsexuel M to F du roman El Ángel De Sodoma (1928) d’Hernández Catá) ; « Alors putain, qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ?!? » (Louis dans la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner) ; « Et ma vie, quand est-ce qu’elle commencera ? Quand est-ce que ce sera mon tour d’avoir quelque chose à moi ? » (Molina, le héros homosexuel efféminé du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig, p. 239) ; « Il faut que je sache la vérité. La vérité sur la vie et sur l’amour. La vérité sur la vérité. J’étais au bord des larmes. Pourquoi une personne qui savait tout ne pouvait-elle pas me prendre à part et tout m’expliquer ? Comment se fait-il que les gens ne sachent rien ? Comment des milliards de personnes avaient-elles pu passer sur cette Terre pendant des milliers d’années sans jamais avoir trouvé la réponse à ces questions ? Je mourrais s’il me fallait encore attendre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 193) ; « Non, mais franchement. Sincèrement. Il faut que je comprenne. » (Jarry dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Je me suis laissé aller à vivre mes sentiments. Est-ce un crime ? Je n’ai pas le droit d’aimer ? Si ! Mais pas lui, c’est ça ? Seulement, on ne choisit pas. Tu crois qu’on peut lutter contre ? Tu crois que je n’ai pas essayé ? Mais plus je me refusais d’y croire et plus je l’aimais ! Qu’est-ce que j’y peux ? » (Bryan, le héros homosexuel s’adressant à sa mère, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 336)

 

Souvent, le cri du héros homo s’épuise en mélancolie, en isolement de bête farouche, en auto-mutilation, en déni de souffrance. Son entreprise de destruction est dirigée essentiellement vers lui-même. Voilà le drame. « Cet isolement, c’est une sauvagerie, rien d’autre. Oui, une barbarie. Mais inoffensive. À la fin, ça ne détruira que moi. Ce qui m’attend, c’est de me consumer, de m’annuler. » (Leo, le héros homosexuel dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 66) ; « Tu dis : je suis l’homme sans ascendance, ni fraternité, ni descendance. Je suis cette chose posée au milieu du monde mais non reliée au monde. Je suis celui qui ne sait pas d’où il vient, qui n’a personne avec qui partager son histoire et qui ne laissera pas de traces. Ainsi, quand je serai mort, c’est davantage que le nom que je porte qui disparaîtra, c’est mon existence même qui sera niée, jetée aux oubliettes. » (la figure de Marcel Proust s’adressant à son jeune amant Vincent dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Les personnes homosexuelles lancent un S.O.S.:

Étant donné la dureté des relations dans le « milieu homosexuel », et les tensions au sein de leur(s) couple(s), beaucoup de personnes homosexuelles crient leur souffrance, même si elles préfèrent bien souvent extérioriser leurs problèmes sur « les clichés »… et « la société » (dont elles font pourtant bien partie elles aussi, malgré ce qu’elles croient ; et sûrement, en effet, que la société, par son silence et son indifférence à leur douleur, pèchent par omission dans cette affaire !). Sans misérabilisme, sans faire du malheur une spécificité typiquement homosexuelle – les personnes homosexuelles ont bien assez tendance à se définir elles-mêmes comme une « race maudite » pour qu’on en rajoute une couche ! –, je vais simplement vous dresser maintenant une liste des lamentations de la communauté homosexuelle, celle que la presse gay spécialisée, et même S.O.S. Homophobie dans ses rapports annuels !, ne publient jamais (Si je ne le fais pas, de toute façon, un jour, les pierres crieront !) :

 

« De quel droit je m’inflige une telle douleur quotidiennement ? » (Keegan après son « changement de sexe », dans le documentaire « Boy I Am » (2006) de Sam Feder et Julie Hollar) ; « Je me pose des questions, moi qui ai toujours crié sur les toits n’avoir aucun problème d’identité. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 16) ; « Seul le passé me donne le vertige. […] Si je me penche sur la réalité de ma vie affective et sexuelle, elle est beaucoup moins rose. Idem pour ma solitude. […] Allons donc, ma vie ne sera donc qu’une suite de malentendus ?! » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 9, puis p. 78, et enfin p. 111) ; « Je suis juste en train de mourir et je n’ai pas d’amour vers qui me tourner pour me poser des questions. […] C’est dommage, tout cet amour disponible… » (Jean-Luc Lagarce dans son Journal, mis en scène dans la pièce Ébauche d’un portrait, 2008) ; « Personne ne peut prétendre vivre la marginalité dans le bonheur. On peut simplement parfois en éprouver une jouissance. » (Jean-Paul Aron, « Mon Sida », dans Le Nouvel Observateur, 30 octobre 1987) ; « Je regrette toujours ensuite cet épisode sordide où je fais chaque fois l’épreuve de mon délaissement. » (le philosophe Roland Barthes concernant son expérience des backrooms) ; « Je dessine pour ne pas entendre. Les cris. » (Yves Saint-Laurent dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert) ; « J’aimerais partir. Ne rien faire. Pour tout oublier. Devenir sage. […] La vie est un enfer. » (Yves Saint-Laurent dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton) ; « Oui, j’ai une vie ratée. » (Jean-Pierre, homme homosexuel de 68 ans, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; « Ses pulsions et ses désirs aplanis, il vécut totalement hors du circuit qui avait tant abîmé sa vie auparavant. » (Prologue à l’essai d’Henry Creyx, Propos décousus, propos à coudre et propos à découdre d’un chrétien homosexuel (2005), p. 9) ; « Dès son enfance, m’a raconté Maurice Pinguet, il avait compris qu’il était homo, mais il croyait que c’était là un rare malheur et qu’il n’aurait jamais la chance de rencontrer son semblable. » (Paul Veyne, Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), p. 64-65) ; « J’ai eu le sentiment d’une intensité terrible que j’avais gâché ma vie entière en ne suivant pas le Christ comme il le voulait. Alors où en suis-je à quatre-vingt ans ? Que vaut cette accumulation de livres que je laisse derrière moi ? » (Julien Green face au Saint Suaire de Turin, dans son autobiographie L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, 12 juillet 1981, p. 50) ; « Où trouverai-je la paix ? » (la Reine Christine, pseudo « lesbienne », dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; « L’existence que je mène me semble insignifiante et inutile. Totalement dépourvue de sens. » (Alexandre, jeune témoin homo de 24 ans, dans l’émission Temps présent spéciale « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne, diffusée sur la chaîne RTS le 24 juin 2010) ; « Je cherche à comprendre ce qui en moi te dérange. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, s’adressant aux gens, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc.

 

Le 5 juillet 1869, Carl Ernest Wilhelm von Zastrow (1821-1877), dans le box des accusés pour un viol homosexuel qu’il a commis : « J’appartiens à ces malheureux qui à cause d’un défaut de leur nature ne ressentent aucune inclination pour le sexe féminin. J’ai souvent parlé de ça avec des hommes, qui alors m’ont traité froidement et inamicalement, de telle sorte que je me suis retrouvé seul au monde. »
 
APPEL Cocteau
 

Il est rare que ce soit les personnes homosexuelles qui disent elles-mêmes leur souffrance… ce qui est plutôt logique, et pas spécifiquement homosexuel d’ailleurs : la souffrance reste une chose difficile à extraire de soi, quelle que soit notre orientation sexuelle. C’est à travers les témoignages des proches que nous apprenons le calvaire que vivent certaines d’entre elles, non du fait d’être simplement homosexuelles, mais de vivre leur homosexualité en couple. « Jean Genet est le garçon le plus angoissé que j’ai jamais connu de ma vie. Et le plus malheureux. » (Jacques Guérin, cité dans l’article « Jacques Guérin : souvenirs d’un collectionneur » de Valérie Marin La Meslée, dans le Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 72) ; « Un homme émasculé n’est pas une femme, c’est un homme désespéré. » (Robert J. Stoller, en parlant des hommes transsexuels M to F, dans « Faits et hypothèses », Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 218) ; « Cocteau souffrait énormément, et déguisait cette souffrance sous les calembours. » (Pierre Bergé, cité dans l’article « Cocteau est aujourd’hui le plus moderne » de Gérard de Cortanze, dans le Magazine littéraire, n°423, septembre 2003, p. 39) ; « Il y a de la souffrance que la scène communique. » (Georges Banu, « Jeux théâtraux et enjeux de société », dans l’ouvrage collectif Le Corps travesti (2007), p. 5)

 

Souvent, c’est une blessure familiale et en lien avec la différence des sexes que les personnes homosexuelles montrent. Par exemple, À la fin de son one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015), Jefferey Jordan avoue qu’à travers son spectacle, il a essayé de réunir ses parents divorcés, le temps d’une heure fictionnelle.
 

À ce sujet, j’aimerais vous partager une anecdote personnelle. Je me souviendrai longtemps de la réaction du président de mon association homo angevine Tonic’s, Stéphane, à la fin de la brillante conférence sur la vision de l’Église catholique sur l’homosexualité, donnée par la sœur dominicaine Véronique Margron, le 4 mars 2002, au Centre spirituel de la Pommeraye (Maine-et-Loire). Toute une délégation de l’asso était venue armée jusqu’aux dents, en ayant pour but de régler son compte à la religieuse, parce que l’un des membres de Tonic’s avait « sensiblement » modifié l’intitulé du débat (initialement très neutre : « Homosexualité : qu’en dit l’Église ? » ; aux oreilles du jeune homme qui aurait entendu l’annonce à l’église Saint-Laud, la conférence s’intitulait « Comment lutter contre le fléau de l’homosexualité ? ». No comment…). Et comme le discours de Véronique Margron était non seulement juste mais en plus pas du tout jugeant, la bande de pirates homosexuels que j’accompagnais a baissé les armes au fur et à mesure du débat, et s’est même adoucie au point de n’avoir plus rien à dire (c’était drôle à voir !). Et au moment des questions et de l’échange avec le public, j’ai vu le chef de Tonic’s se lever précipitamment de sa chaise (il était assis juste à côté de moi). Stéphane, spontanément, a pris la parole. Je craignais le pire. Je m’attendais à l’éclat de voix, à l’injure, à la révolte. Mais en échange, on n’a eu droit qu’à une petite phrase, poignante, presque sanglotante, pure, dépouillée de toute théâtralité. Une sorte de « mécresse, j’ai bobo là » : « Vous savez, eh bien c’est pas facile tous les jours… » Et Stéphane s’est rassis tout de suite après, sans rien rajouter d’autre. Intérieurement, j’étais « soufflé ». Le beau gosse de Tonic’s, le modèle de tous dans l’asso, celui qui donnait une image reluisante et enviée de l’homosexualité (homme engagé associativement, en couple durable avec un autre jeune et bel homme, vivant une vie apparemment normale – labrador, boulot correct, entourage amical solide, etc.) venait de passer naturellement aux aveux. C’était magnifique. Et tellement révélateur !

 

Certaines personnes LGBT pleurent au fond leur non-acceptation d’elles-mêmes telles qu’elles sont. Par exemple, dans le film biographique « Girl » (2018) de Lukas Dhont, Lara/Victor, garçon trans M to F de 16 ans, ne semble avoir aucune intériorité : il a du mal à parler, est très introverti, ne peut pas dire ce qu’il ressent, n’a aucun avis sur rien. Quand il est triste ou bien souffre, il a du mal à pleurer (« Je ne sais pas pourquoi je pleure. Les hormones… »), à extérioriser ses émotions. Ce sont les autres qui crient à sa place. Par exemple, sa prof et chorégraphe de danse classique, Marie-Louise Wilderijckx, vient vers lui, plein de compassion après l’avoir maltraité pendant un cours : « Je sais que tu souffres. »
 
 

b) Que lamente la personne homosexuelle ?

Souvent, les plaintes des personnes homosexuelles s’originent dans leur insatisfaction personnelle par rapport au désir homosexuel, et à la relation amoureuse homosexuelle en général, même si la part d’elles-mêmes qui veut encore « y croire » vient les démentir : « Ce sont mon sentiment, ma faiblesse qui ont fait de moi un monstre. Oui, un monstre, puisque, au moment où je fais le bilan de mon existence, je m’aperçois que je n’ai jamais rien compris de la vie… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 80) ; « Votre devoir à vous qui lirez ces lignes, c’est de vous approcher de ceux qui vivent actuellement dans l’erreur, de détester cette erreur enfin mise à nu. » (idem, p. 93) ; « Vous avez déjà vu, vous, de l’homosexualité épanouie ? Et même si cela arrive quelquefois, on ne fait pas un film sur une situation homosexuelle heureuse. » (le réalisateur homo Patrice Chéreau à propos de son film « L’homme blessé », tourné en 1983) ; « Maintenant je ne suis même plus attiré par quelque corps que ce soit. Comme si j’étais un asexué sans âme, comme si la tristesse avait pris possession de tout mon être. […] Alors c’est ça ma vie que je dois vivre ?!? C’est ça mon chemin de vie ? Vivre avec des types, ressortir mon sexe plein de merde, me faire défoncer le cul ?!? C’est ça la beauté de cette vie, de ma vie ?!? » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; « Par rapport à la relation affective, j’arrive pas à trouver une relation stable, fidèle. J’arrive pas à trouver une relation affective. Ça ne marche pas. Je ne savais pas que le chemin était si tortueux. » (Pascal, homosexuel et séropositif, mettant en grande partie sur le compte du Sida l’échec de ses « amours » homos, dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon) ; etc.

 

Les personnes homosexuelles réclament en général que vérité soit faite sur l’Amour et la sexualité. Même si elles ne savent pas le demander, elles souhaitent tout simplement qu’on les aime, et pas seulement qu’on les aime pour qui elles croient être, en tant qu’« homosexuels », mais qu’on les aime pour ce qu’elles sont. Le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan, par exemple, termine par une phrase accablante d’un homme transsexuel, Claire, qui nous met devant l’urgence de ne pas prendre les binarismes identitaires « homo » et surtout « hétéro » actuels comme base de notre morale humaine : « Si ces codes (féminin/masculin ; hétéro/homo) n’existaient pas, je n’aurais peut-être pas eu besoin de me transformer. » Car cela crée des drames réels, lourds de conséquences.

 

Le bilan sur le couple homosexuel qu’on a l’occasion d’entendre de la part des personnes homosexuelles de notre entourage, est sensiblement le même : en amour, très peu ont trouvé/trouvent ce qu’elles cherchaient/cherchent. « Que vouloir de plus ? L’amour. C’est le point obscur de ma vie. » (Brahim Naït-Balk, Un homo dans la cité (2009), p. 11) ; « Jamais personne ne me dit que je suis belle. » (la femme transsexuelle F to M, dans le documentaire « Le Genre qui doute » (2011) de Julie Carlier) C’est comme si l’insatisfaction concernant le couple homosexuel (mais c’est sensiblement pareil pour le couple hétérosexuel) était généralisée. Quand bien même elles s’estiment parfois très bien servies, elles exposent à un moment ou un autre la vanité de leur désir et souffrent sur la durée des affres du désenchantement amoureux. Quelquefois, le retour en arrière sur leur parcours sentimental, même s’il n’est pas désespéré, leur donne le vertige. Certaines se fourrent dans de beaux draps en s’engageant dans une relation avec une personne qui semble les aimer davantage qu’elles ne l’aiment. Elles la trouvent « bien », l’apprécient beaucoup, c’est sûr … mais ne sont pas vraiment emballées ni spontanément attirées par elle. Elles expérimentent souvent un décalage culpabilisant, paniquant. Elles voudraient en théorie combler le vide horrible de leur célibat, et pourtant, dès qu’il y a quelqu’un dans leur vie, elles étouffent, et se demandent pourquoi on ne leur fiche pas la paix !

 

Certains auteurs homosexuels, dans leurs autobiographies, se désarment enfin, osent se mettre à nu sans pleurnicherie, juste pour dire que leurs aventures amoureuses sont révélatrices chez eux d’une « grande fragilité dans le domaine sentimental » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), pp. 115) : « Si mon homosexualité consiste à chercher à combler la carence affective dont j’ai souffert quand j’étais petite, je me demande aujourd’hui s’il ne vaut pas mieux renoncer à la quête, vouée d’avance à l’échec, d’une compagne susceptible de panser les blessures de la petite fille que j’ai été il y a plus de cinquante ans. Car la gamine en souffrance sera de toute manière toujours là, à gémir sur ses plaies… » (idem, p. 114) ; « Quel gâchis que mes amours ! » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 134) ; « Pendant des années, je pensais : ‘Je ne connais pas ce garçon’. » (André parlant de Laurent avec qui il est resté dix ans en couple, dans le film « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; « Tu sais, si ça n’a pas marché entre nous, c’est qu’il y avait des raisons. » (André s’adressant à Laurent, idem) ; etc.

 

Banderole d'Act Up

Banderole d’Act Up


 

Concernant maintenant le « milieu homosexuel », beaucoup de personnes homosexuelles ne se retrouvent pas dans leur communauté d’adoption. Pour vous l’illustrer, je voudrais vous retranscrire tel quel un extrait d’un mail qu’un ami homo, qui avait 40 ans à l’époque, m’a envoyé. C’était en 2002, pendant ma période étudiante dans la ville d’Angers, où je commençais à fréquenter les associations LGBT, et que j’allais au bar-boîte homosexuel Le Cargo : « C’est dur pour moi : je suis un affectif et la solitude me pèse… et puis les années sont là malgré tout. En 2 ans, je n’ai jamais réussi à construire une relation d’amour. Que de tentatives, d’espoirs vains, d’illusions et de désillusions ! et ce soir je vais rentrer seul… En fait, je n’aime pas aller au Cargo. L’ambiance festive me plaît et parler ‘homo’ m’est utile, mais le côté pathétique des homos me déprime. Je me sens totalement en décalage, perdu dans tout ça, noyé dans cette souffrance sous-jacente. J’ai juste envie de bonheur, de rire, de plaisir partagé, de douceur. Je connais trop la solitude, et même quand j’étais en couple je vivais seul. Parfois c’était pire qu’aujourd’hui. »

 

Ce que je ressens très fort de la part de mes frères communautaires, c’est un appel à témoin(s) pour que des personnes homosexuelles exemplaires, dont on puisse être fier, se lèvent et montrent un visage BEAU de l’homosexualité, délivrent un message fort et juste. « Pourquoi n’existe-t-il pas de modèles forts de la vie et de l’amour homosexuels ? » (Jean-Luc Hennig cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 8) La soif de modèles est profonde dans le « milieu homosexuel ». Peu de personnes gay ou lesbiennes osent formuler tout haut, comme Laura dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, un mécontentement relativement général : « Ce que j’ai perçu du milieu homosexuel et du monde homosexuel, ça ne me plaît pas. Je ne me reconnais pas là-dedans. […] L’homosexualité, ce n’est pas très net… Je me dis : ‘Ils sont frappés’. Moi, j’ai rarement connu des homos bien dans leur tête, en couple depuis des années. C’est n’importe quoi. […] Tu vois, moi, j’ai grandi et je n’ai pas eu de modèle homosexuel… Là, aujourd’hui, il n’y a pas un mec ou une nana que j’admire en tant qu’homosexuels. Pourtant, j’en ai croisé des gens ! Moi, j’aimerais qu’il y ait des modèles, des mecs intelligents, des mecs instruits, des mecs simples, artistes qui se fassent connaître. Moi, j’en ai marre des gens destroy. » (pp. 281-282) Ce qui est difficile et paradoxal dans cet appel à candidatures, c’est que presqu’à chaque fois qu’une personne homosexuelle s’avance pour parler de l’homosexualité en vérité dans les media, elle est très vite critiquée, jalousée, détruite, traînée en procès de haute trahison, accusée de crime de lèse majesté, par les communautaires homosexuels soi-disant « hors milieu » (comme ils disent tous d’ailleurs !) parce qu’elle ose montrer que le désir homosexuel est signe d’une blessure, d’une souffrance !

 

Pourtant, certaines personnes homosexuelles en appellent indirectement à entreprendre un travail d’homotextualité sur leurs œuvres artistique. « Quel lien a l’homosexualité avec la presse, les comédies musicales, les films de Disney, Judy Garland, Alaska ? » (Alberto Mira, De Sodoma A Chueca (2004), p. 330) C’est toujours le même discours qui revient de la part des créateurs homosexuels : « Ma vie doit être légende, c’est-à-dire lisible. » dit Jean Genet ; Gus Van Sant, de son côté, assure que « tout est dans ses films » ; Andy Warhol affirme que l’essentiel se trouve dans ses toiles, qu’il n’y a pas de sens caché ; François Ozon déclare que l’homosexualité n’est pas problématisée dans ses films (« Dans mes courts-métrages, elle est donnée telle quelle. » cf. l’entretien avec Philippe Rouyer et Claire Vassé, « La Vérité des corps », dans la revue Positif, n°521/522, juillet/août 2004, p. 41) ; « Je crois que mon travail est un chaos parfaitement ordonné. » explique Bacon (cf. le documentaire « Francis Bacon » (1985) de David Hinton)

 
 

c) Comment la personne homosexuelle pousse son cri ?

APPEL culs à l'air

Documentaire « Sex Life In L.A. » de Jochen Hick


 

D’abord, l’appel au secours est silencieux. Il passe par un murmure discret, un cri réprimé : « À moi aussi on me demandait ‘Pourquoi tu parles comme ça [= avec autant de manières efféminées] ?’ Je feignais l’incompréhension, encore, restais silencieux – puis l’envie de hurler sans être capable de le faire, le cri, comme un corps étranger et brûlant bloqué dans mon œsophage. » (le narrateur homosexuel du roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p.p. 84)

 

Plus tard, c’est souvent la voie de la question (agressive), voire de l’exclamation colérique qui est empruntée. « Je veux scandaliser les purs, les petits enfants, les vieillards par ma nudité, ma voix rauque, le réflexe évident du désir. » (Claude Cahun, Aveux non avenus, 1930) ; « Je ne suis pas heureux et je ne tiens pas à l’être. Le spectacle des gens heureux ou qui croient l’être autour de moi me paraît tellement répugnant que je le crains terriblement. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; etc. Je vous dirige par exemple vers le documentaire « Je suis homo et alors ? » (2006) de Ted Anspach. Il y a aussi le fameux « pétage de plombs » de Christophe Martet face à Philippe Douste-Blazy pendant le Sidaction de 1996, qui a fait chuter les promesses de don (« Je suis en colère, merde ! C’est quoi ce pays de merde !?! ») L’appel homosexuel à la société se fait sous forme de cri : « Il y a une énorme violence à l’intérieur d’Act Up, à cause du désespoir, de la colère, des deuils. On utilise ce désespoir pour le diriger quelque part. » (Didier Lestrade cité dans l’essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel, p. 519)

 

Même les femmes lesbiennes toquent inconsciemment à la porte des hommes pour qu’ils les respectent davantage dans leur identité de femmes, qu’ils les reconnaissent dans la douceur et le souci de leur plaisir à elles… y compris quand certaines hurlent « Osez le clito ! » pour réhabiliter l’importance du clitoris dans la sexualité conjugale lesbienne. « C’est avant tout un message adressé aux hommes… pour leur dire : Wouhou, l’oubliez pas ! » lance une militante à l’antenne de l’émission Homo Micro de Paris Plurielle du 3 avril 2006.

 

C’est en plein cœur de la nuit des années de découverte du Sida (fin des années 1980 – début des années 1990) que la communauté homosexuelle a lancé ses plus beaux appels de désespoir, à la fois aux personnes aimées (« Je veux que tu vives ! » est l’un des slogans choisis par Act Up lors des premières Gay Pride) et à sa société qui se défile (« Silence =Mort »).

 

Parmi les fréquentes « fausses questions » que les personnes homosexuelles dirigent à leur société par rapport à l’homosexualité, on trouve beaucoup celle-ci : « Pourquoi ce serait mal ? » : « Si encore c’était un crime… mais là, je vois pas où est le mal ? » (Jérôme, invité à l’émission Jour après Jour, spéciale « Coming out : Le Jour où j’ai révélé mon homosexualité à mes proches »), France 2, novembre 2000) Elles jouent les interloquées, pour cacher l’objet d’indignation derrière la monstration de leur propre indignation. Cette manière de fuir la quête du meilleur, et de se rassurer dans la comparaison au mal ou au pire, est à mon sens typique de l’interjection homosexuelle.

 
 

d) Un dépassement des frontières homosexuelles:

L’appel des personnes homosexuelles n’est manifestement pas entendu par les personnes non-homosexuelles, comme le souligne Alain Minc dans Épîtres à nos nouveaux maîtres (2002) qui qualifie les secondes de « mol-pensants » : « Mol-pensants’, nous le sommes, non parce que nous pensons faux, mais parce que nous ne pensons plus. ‘Mol-pensants’, car nous avons abdiqué devant les minorités. » (p. 8) ; « Une fois de plus, vous n’avez même pas eu à revendiquer. Par lassitude ou manque de réflexion, nous ciselons, de notre propre chef, les instruments dont vous avez besoin. » (idem, p. 97)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles poussent leur entourage à bout pour tester jusqu’où il est capable d’aller pour les aimer. Celui-ci peut entendre, en lisant leur prose, un appel agressif dissonant qui n’emploie pas les moyens que son but requiert, qui cherche l’autre en feignant de ne pas le chercher. On a reproché à des Hervé Guibert ou des Guillaume Dustan l’exhibitionnisme violent, au lieu de voir dans leur impudeur un mime des mécanismes d’exclusion dont les personnes homosexuelles sont parfois victimes. À mon avis, tout a un sens, et à plus forte raison l’agressivité. Dans ce que profère l’autre, il y a toujours une part de Vérité, même s’il me l’exprime méchamment et que sa volonté est justement d’évacuer la Vérité. Y compris en me jetant une pierre ou en m’agressant verbalement, il me dit quelque chose de la beauté de l’Homme sans même le savoir, car la grâce de son humanité de lui appartient pas, et dépasse sa cruauté. C’est pourquoi la Gay Pride et la visibilité tapageuse des personnes homosexuelles n’ont absolument pas à nous choquer : elles sont juste temporairement dignes d’intérêt, et fondamentalement secondaires et inutiles. Nous devrions nous laisser toucher par les appels au secours de certains individus homosexuels, souvent camouflés dans un discours stéréotypé et lapidaire, qui ne se donnent pas les moyens de leur plainte, qui s’auto-sabordent par le cynisme et l’ironie. Ils attendent une parole, une réaction de notre part. On retrouve cette demande malhabile chez l’Eva Perón de Copi qui, derrière la farce agressive, s’adresse à notre indifférence laxiste face à l’homosexualité : « Je suis devenue folle, folle, comme la fois où j’ai fait donner une voiture de course à chaque putain que vous m’avez laissé faire. Folle. Et ni toi ni lui ne m’avez dit de m’arrêter. […] Quand j’allais dans les bidonvilles […] et que je rentrais comme une folle toute nue en taxi montrant le cul par la fenêtre, vous m’avez laissé faire. Comme si j’étais déjà morte, comme si je n’étais plus qu’un souvenir d’une morte. » (Copi, Eva Perón, 1970) Il y a dans l’attitude de provocation de nombreuses personnes homosexuelles un acte d’illustration visant à exposer aux autres ce qu’ils leur laissent impunément faire, un miroir brisé qui se veut le reflet de la lâcheté sociale. Au fond, elles regrettent amèrement le silence de leurs proches concernant leur situation souvent dramatique. « Mes parents n’entendent pas mon murmure. Mes chuchotements ne parviennent pas jusqu’à leurs oreilles. Ils n’entendaient déjà pas mes cris, il y a des années de cela. » (Luca, le héros homosexuel du roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 168) ; « Il m’arrive parfois de me poser la question sur ce que cela signifiait réellement : un groupe d’adultes qui feint ou qui ignore totalement nos complicités sexuelles. » (Berthrand Nguyen Matoko soulignant le silence complice de ceux qui n’ont pas dénoncé sa relation pédophile entre le père Basile et lui, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 37) ; « Je n’ai pas été un enfant à qui on disait qu’il était merveilleux. » (Stéphane Bern, Paris Match, août 2015) ; « À sept ans, ce garçonnet subit des attouchements sexuels de la part d’un collègue de travail de son père. Malheureusement, sachant que personne ne s’intéresserait à son problème, il ne put se confier. Adesse, sa mère, ne détectait pas les soucis de son fils, ni à quel point il était martyrisé par son frère. Il ne put jamais trouver les mots pour exprimer son désarroi et sa souffrance. […] Et voilà qu’en plus de toutes ces difficultés, un autre drame s’ajouta à son calvaire. Une nouvelle tentative d’agression sexuelle perpétrée par Octave [23 ans], l’un des meilleurs copains de son frère Hugues. À onze ans, la vie d’Ednar commençait par une descente aux enfers, cet abîme qui déjà le convoitait en le livrant à la merci et à l’incompréhension des personnes censées l’aimer et le protéger. Affecté par ce sentiment de culpabilité, cet enfant ne put dévoiler les secrets trop lourds à porter dans son cœur. Jamais dans sa famille il n’osa avouer son malheur dans le sous-bois. Il en parla à demi mots à ses copains de classe, qui eux non plus n’avaient pas le droit de répéter ces choses-là aux grandes personnes. À l’époque, il n’était pas permis aux jeunes enfants de dénoncer les perversités ni les égarements des anciens. […] Ce traumatisme inavouable fut l’un des plus grands secrets de sa vie. Et lorsqu’il devint adulte lui-même, il évoqua cette mauvaise rencontre comme ‘l’incident’ qui n’aurait jamais dû être […]. Décidément, le malheur s’acharnait sur cet enfant ; l’adolescent venait d’avoir treize ans, lorsqu’il tomba dans un autre piège. Cette fois un ancien collègue de son père l’attira chez lui dans un guet-apens ; lorsqu’il comprit le but de l’invitation, il voulut s’enfuir. L’homme le retint ; il se débattit, parvint à se libérer et, enjambant la fenêtre, il s’enfuit et escalada le mur du cimetière voisin. Dans le crépuscule, il prit la poudre d’escampette pour échapper au viol. L’homme le poursuivit, en vain. Là non plus, il ne put se confier à un adulte et, pire, c’est lui qui culpabilisait. » (Jean-Claude Janvier-Modeste parlant de lui à la troisième personne, dans son autobiographie Un Fils différent (2011), pp. 12-14) ; « Il souffrait en silence ; personne ne décelait son mal-être, même pas Adesse, la mère aimante proche de son petit poète. » (idem, p. 16) ; « Cet enfant différent qui n’osait pas lui dire : ‘Maman, je souffre, j’ai besoin de savoir pourquoi la vie pour moi est synonyme de désarroi, et aussi pourquoi ma sexualité embarrasse autant les autres ? » (idem, p. 78) ; etc.

 

Face au mutisme social, elles se demandent quelles personnes seront vraiment capables de se laisser toucher par leurs appels. Elles font tout pour dissimuler leur souffrance, mais paradoxalement, elles regrettent que les autres ne la perçoivent pas, et leur reprocheront parfois d’y être indifférents !

 

Je reste convaincu que malgré leur auto-censure sur leur souffrance, les personnes homosexuelles sont finalement profondément blessées que leur société rentre dans leur jeu de la banalisation de l’homosexualité, qu’elle n’entende pas leur cri derrière leurs vociférations enjouées de Gay Pride : « C’est un poids de moins pour nous. Moi, je m’attendais à plus de cris et d’opposition. C’est cool ! » (Bryan s’adressant à sa mère et à la mère de son copain Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 358) ; « J’étais vraiment déçu… Si tout le monde accepte… » (Patrick, expliquant en boutade l’acceptation guillerette de son homosexualité par sa famille, lors du débat « Toutes et tous citoyen-ne-s engagé-e-s », le samedi 10 octobre 2009, à la Mairie du XIème arrondissement de Paris) ; « On voulait juste s’amuser. On ne pensait pas avoir autant de succès. On s’attendait même à provoquer plus d’indignation, de scandale en affichant notre homosexualité. » (Jimmy Somerville dans l’émission Sex’n’Pop 4 (2004) de Christian Bettges) ; « Le premier défilé d’homosexuels à Paris eut lieu en juin 1977. Je me souviens de notre départ de la rue Bonaparte jusqu’à Montparnasse ; cette marche eut lieu dans une ambiance festive et plutôt carnavalesque. Les pédés dans les rues, c’était du jamais vu ! Les badauds alignés sur le trottoir, ébahis, applaudissaient notre culot. Certains nous encourageaient à poursuivre le combat, pendant que d’autres exaspérés nous manifestaient leur hostilité. Cette première marche eut surtout un impact médiatique inespéré ; la presse écrite de gauche plaidait notre cause et la télévision commentait la ‘provocation’ : le courage de la minorité silencieuse prenait des proportions extraordinaires. » (Jean-Claude Janvier-Modeste parlant de sa participation au FHAR, dans son autobiographie Un Fils différent (2011), p. 173)

 

Et c’est vrai que la tolérance gay friendly de notre « démocratie de l’indifférence mutuelle », ainsi que les applaudissement actuels face à ce cri des sans-voix (que les sans-voix eux-mêmes renient !), sont révoltants. Il faut bien quelqu’un comme moi pour l’écrire, quand bien même les plaignants concernés se défilent et pourraient le faire mieux que moi !

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

Code n°13 – Araignée

Araignée

Araignée

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Cela ne vous aura pas échappé, notamment avec le nom de ce site : j’entretiens avec l’araignée une relation très privilégiée. Pourtant, rien ne nous prédestinait à faire bon ménage. Je n’aime pas plus que ça cette bébête. Je crois que c’est elle qui est montée, montée, montée vers moi, plus que moi vers elle ; et avec le temps, nous nous sommes habitués l’un à l’autre, comme je me suis fait à la compagnie de mon désir homosexuel. L’araignée occupe une place importante dans ma vie, et vous m’avez peut-être déjà entendu poser parfois la question « Est-ce que vous aimez les araignées ? » à certains invités de l’émission radiophonique Homo Micro sur Fréquence Paris Plurielle quand j’y étais chroniqueur, ou bien vu photographié avec mon animal-fétiche (l’un des 4 animaux du Quatuor homosexuel) par le photographe Franck Levey.

 

ARAIGNÉE 3 Violet moi

Photo Franck Levey, Rennes


 

Pour moi, l’araignée est la métaphore de la conscience humaine qui revient quand on la refoule. C’est pour ça que elle a tendance à être la symbolisation de la mauvaise conscience. Vous voyez la représentation qu’on fait parfois des amnésiques, des insomniaques, ou des sorcières avec l’araignée qui pend de leur chapeau ? Et bien l’araignée a quelque chose de la conscience humaine au repos, de la connaissance voilée d’un viol. C’est la voix qui crie dans le désert. Elle crie quoi ? Que le désir homo est un désir à la fois d’amour et de viol. Elle crie que les personnes homos ont pu subir un viol ou qu’elles l’ont en tout cas fantasmé pour s’identifier à la femme violée cinématographique. Et j’en viens justement à parler de la figure de la femme-araignée dans les œuvres homosexuelles, qui est un code récurrent, et qui symbolise presque toujours le personnage homosexuel. Je pense en particulier au personnage gay de Molina dans le roman de Manuel Puig El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femmes-Araignée, 1976), qui dit précisément de lui-même : « Je suis la femme-araignée ». Et cette femme-araignée cinématographique auquel l’homosexuel s’identifie, c’est en général une femme qui a jadis été pure, qui a perdu sa virginité dans une forêt (= la forêt de la sexualité), et qui, en vraie Catwoman ou Mante religieuse, vient se venger des hommes qui l’auraient violée. C’est une figure maléfique qui montre qu’une victime n’est jamais éternellement victime, du simple fait qu’elle est libre.

 

Les personnes homosexuelles sont les mauvaises consciences de la société, de magnifiques araignées. Par leur désir et ce qu’elles sont, elles ont le pouvoir de dévoiler des conflits enfouis dans les familles, la communauté humaine, et le monde.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Femme-Araignée », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Ombre », « Extase », « Chat », « Aigle noir », « Quatuor » et à la partie « Taureau » du code « Corrida amoureuse », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

L’araignée apparaît souvent au fil des fictions homo-érotiques : on la voit notamment dans le roman Le Pire des mondes (2004) d’Ann Scott, le film « Nosferatu » (1922) de Friedrich Wilhelm Murnau, le film « Les Araignées » (1919) de Fritz Lang, le film « La Toile d’Araignée » (1975) de Stuart Rosenberg, le film « La Veuve noire » (1986) de Bob Rafelson, le film « Les Corps ouverts » (1997) de Sébastien Lifshitz, le film « Araignée de Satin » (1985) de Jacques Baratier, le roman Une Saison en enfer (1873) d’Arthur Rimbaud, la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau (avec Spiderman), la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, la chanson « Magie noire » de Philippe Russo, la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand (il est question de toile d’araignée), la B.D. Kang (1984) de Copi, la pièce Lacenaire (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt (avec Lacenaire tissant autour du décor de sa grande toile d’araignée sur scène), la B.D.Journal 1 (1996) de Fabrice Neaud, le roman La Tarántula (1988) d’Hugo Argüelles, le film « Spider Lilie » (2007) de Zero Chou, la chanson « En miettes » d’Oshen, le film « Tchernobyl » (2009) de Pascal Alex-Vincent, le vidéo-clip de la chanson « Ghosttown » de Madonna, etc.

 

En général, la présence de l’Araignée n’est pas bon signe. « Fais attention aux toiles d’araignée. » (Stef, l’un des héros homo, à Vivi dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez) ; « J’ai tissé la toile de mon propre piège. » (Lacenaire dans la pièce éponyme (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt) ; « Une fois, Serge et moi, on avait essayé avec une araignée de mer. » (Rodolphe Sand imitant une femme hétéro mère porteuse, par rapport au coït avec son mari, dans le one-man-show Tout en finesse , 2014) ; etc. Par exemple, dans le film « Bug Chaser » (2012) de Ian Wolfley, Nathan, le beau héros homosexuel, a un problème à l’anus qui s’aggrave de plus en plus et dont on ignore l’origine. On nous fait croire que c’est un furoncle ; ou que ça ressemble à une piqûre d’araignée. Dans le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa, Suze, l’héroïne lesbienne, se dit arachnophobe : elle prend son Chanel n°5 pour asperger et tuer une grosse araignée.

 

Film "Spider Lilies" de Zero Chou

Film « Spider Lilies » de Zero Chou


 

Il est curieux de constater que le personnage homosexuel se définit lui-même comme l’homme-araignée ou la femme-araignée : ceci est visible par exemple dans le film « Une Affaire de goût » (1999) de Bernard Rapp, les chansons « La Veuve Noire » et « Alice » de Mylène Farmer, le film « Sherlock Holmes II : Jeu d’ombres » (2011) de Guy Ritchie, etc. Cette identification de l’homosexuel à l’araignée transparaît dans beaucoup d’ouvrages : « Toi, tu es la femme-araignée, qui attrape les hommes dans sa toile. » (Valentín s’adressant à son amant Molina, dans le roman Le Baiser de la femme-araignée (1976) de Manuel Puig, p. 245) ; « Comme tu me manques, l’araignée… » (cf. la chanson « Alice » de Mylène Farmer) ; « C’est vous, l’araignée. » (la voix narrative homosexuelle du roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, p. 101) ; « Ne quittez jamais ce ventre de toile. » (la voix narrative dans la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet) ; « Avec Cyril, la toile dissimule toujours l’araignée. » (la voix narrative du roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 30) ; « J’ai cru un temps que j’étais une mygale. » (Cyril, idem, p. 208) ; « Roger pense que vous avez plutôt une araignée au cerveau. » (Violet par rapport à l’homosexualité de Stephen, dans le roman Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 228) ; « Je suis comme une araignée qui arpente votre toile. Faites de moi ce qu’il vous plaira ! » (cf. le poème en espagnol « Polvareda » de Copi) ; « Je ne suis pas Spider-man ! » (Schmidt dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller) ; etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Dans les fictions, l’araignée se marie très bien avec les thématiques de l’androgynie et de l’homosexualité, même si son sens reste parfois difficile à décrypter. « Trente ans dans la police contre un mec en combinaison de danse. » (le chef de la police parlant ironiquement de Spider-Man, dans le film « The Amazing Spider-Man » (2012) de Marc Webb) ; « Je me demande pourquoi tous les surfeurs sont de beaux garçons aux visages ravageurs. Leur corps, n’en parlons pas. Lorsqu’ils montent sur leurs planches, les muscles de leurs cuisses bandent et tendent la toile élastique de leur combinaison dessinant chaque muscle, quant à leur torse et leurs bras ils sont fins et secs comme un coup de trique. Pas une molécule de graisse. Ils me font penser à des spiders man. » (cf. la nouvelle « Surf à Oléron » (2014) sur le site La Passion des garçons) ; etc. Par exemple, dans la série nord-américaine Modern Family (saison 5, épisode 22) de Christopher Lloyd II et Steven Levitan, l’un des personnages du couple gay, Mitchell, doit vendre un objet auquel il tient beaucoup, un album de BD très rare dont il a du mal à se défaire : Spiderman ! : « Je m’identifiais à lui. […] Ça parle d’un ado bizarre, qui a une facette secrète dont il ne peut parler à personne. Un peu comme moi. […] Spiderman m’a donné le sentiment qu’on avait le droit de se démarquer. […] Il m’a donné la force de surmonter des moment difficiles. » En tout cas, la seule chose dont on peut être sûr, c’est que l’araignée est là, et que sa présence est souhaitée par les artistes homosensibles ! Par exemple, dans la nouvelle « La Carapace » (2010) d’Essobal Lenoir, le protagoniste homo rêve d’un vieillard qui le fixe du regard comme s’il faisait partie d’une collection d’animaux mise sous verre, aux côtés d’araignées : « La nuit, je m’imaginais hypnotisé, épinglé dans ses collections, entre un papillon et une mygale. » (p. 14) Dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, quand les héroïnes lesbiennes se trouvent à l’intérieur du taxi, la main de Veronika vient comme une araignée (genre « la petite bête qui monte, qui monte… ») toucher Nina pour la faire jouir. En 1969, David Bowie invente le Major Tom, un cosmonaute qui ne veut pas revenir sur Terre, mais qui préfère s’incarner en Ziggy Stardust, un androgyne accompagné de ses araignées de Mars (ce délire psychédélique donnera d’ailleurs naissance au célèbre album The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars). Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, le héros homo refoulé, rêve qu’il se fait draguer par « Vincent Cassel qui prend la tête d’une armée d’araignées géantes à l’assaut de New-York ». Dans le film « À travers le miroir » (1961) d’Ingmar Bergman, Karin a des visions d’un mystérieux dieu-araignée. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance a accroché dans sa chambre trois posters : un de la Joconde, un d’un regard d’actrice, et un d’une araignée. Dans le film « Mauvaises fréquentations » (2000) d’Antonio Hens, une énorme araignée noire en plastique est posée sur la pile de revues homosexuelles de Guillermo pour en interdire l’accès. Dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, le scorpion enfermé dans le bocal de la petite Jennifer « n’a jamais mangé une araignée ».

 

David Bowie en Ziggy Stardust

David Bowie en Ziggy Stardust


 

L’araignée peut parfois symboliser la conscience humaine endormie, un élan cannibale, ou bien le désir homosexuel : « Elle [Marilyn] allume la télé. Il y a un feuilleton où une araignée dévore un petit Tarzan. » (la voix narrative du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 54) ; « J’ai senti une araignée dans mes cheveux. Je la sentais. Mais je ne la voyais pas. » (le héros du roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 101) ; « Le cœur de l’homme est touché par la beauté, si infime soit-elle, de la taille d’une fourmi ou d’une araignée. » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), p. 259) ; « Je savais pas c’qu’y avait dans ta caboche : une araignée cruelle. Mais ta toile s’effiloche. » (cf. la chanson « Va t’en » d’Étienne Daho) ; « Un petit baiser, comme une folle araignée, te courra par le cou… Et tu me diras : ‘Cherche !’ en inclinant la tête, et nous prendrons du temps à trouver cette bête qui voyage beaucoup… » (cf. le poème « Rêve pour l’hiver » d’Arthur Rimbaud, écrit en wagon le 7 octobre 1870)

 

Baiser homo dans la B.D. "Spiderman"

Baiser homo dans la B.D. « Spiderman »


 

Dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, les migraines de Perón sont décrites comme « des toiles d’araignée à l’intérieur du crâne » par sa femme Evita. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, le héros homosexuel Bryan est chargé par sa mère de tuer l’araignée de la cuisine pendant qu’elle s’absente faire des courses : « À peine était-elle descendue que ma mère m’appelait au secours dans l’escalier, il y avait un monstre noir dans la cuisine : une araignée ! Elle en avait horreur. Je n’ai jamais compris ce genre de panique devant des bestioles aussi fragiles, qu’un simple coup de pantoufle suffit à estourbire ! […] Je mis mon ordinateur en marche. J’avais le temps : l’araignée n’allait pas se sauver. […] Je changeai de priorité : d’abord tuer l’araignée. Elle était au plafond au-dessus des meubles de cuisine. Il me fallait un escabeau. J’allais le chercher dans le garage. En le prenant, je fis tomber d’une étagère un bocal en verre vide qui se brisa au sol… Je verrai plus tard, d’abord l’araignée. Ma mère avait tout prévu, la bombe paralysante était déjà sur la table. Elle avait raison car ces grosses araignées sont d’une nervosité surprenante. Je lui réglai son compte et l’inhumai dans la poubelle. […] Lorsque ma mère revint, je n’avais qu’ […] éclaté une araignée ! […] Bon, à part l’araignée, je n’avais pas eu le temps de tout ranger ! » (pp. 148-150) Le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami s’ouvre sur une très longue description d’une araignée (une vingtaine de pages… quand même !) : « L’araignée était là. […] Pascal la détesta immédiatement. » (p. 15) ; « Les araignées n’avaient plus de secret pour lui. Combien de fois, fasciné, avait-il assisté à leur charge foudroyante, d’avance victorieuse ?… » (p. 27) Cette araignée est, à mon sens, la métaphore du désir homosexuel qui naît à l’intérieur du jeune héros.

 

Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, le père inconnu de Phil, le héros homo, a tout de l’homme-araignée luciférien dont la fragilité sexuelle fait peur et paraît monstrueuse (d’ailleurs, ce dernier attire magiquement les animaux à lui). Glass, la maman de Phil, parle à son fils de son géniteur qui l’a mise enceinte à 16 ans, et qu’elle a fui, en des termes bien mystérieux qui donneraient presque à croire qu’il était lui-même homosexuel à l’instar de son fils : « Il était si bon enfant, si sensible. Quand il touchait une fleur, elle se mettait à fleurir peu après, je te le jure ! Je l’ai vu. Les papillons de jour et de nuit, tous les insectes… [On voit à l’écran une image d’araignée sur sa toile], il les attirait comme la lumière. La question, ce n’est pas ces bestioles à quatre pattes, mais cette sensibilité excessive. Cette vulnérabilité. Tu ne vois pas ce qui arrive à ces êtres-là ? J’avais constamment peur pour lui. Après, je suis tombée enceinte. Et j’ai eu peur pour vous [Elle parle de Phil et de sa sœur jumelle Dianne]. Et là, j’ai compris que je n’y arriverais pas avec lui. J’ai filé. »
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

l'acteur Bryan Singer

l’acteur Bryan Singer


 

Certaines personnalités du monde homosexuel ont une histoire avec l’arachnide aux pattes velues. Dans son Journal, Paul Bowles nous parle beaucoup de son araignée (le 24 avril 1988, et le 5 mai 1988) : « Si je dévoile à quelqu’un son existence, c’est sûr qu’ils la tueront. » Le compositeur et auteur nord-américain a d’ailleurs écrit un roman qui s’intitule La Maison de l’Araignée en 1955. Certains auteurs homosexuels comparent l’écriture à un travail de tisserand arachnéen : « J’ai écrit le premier acte de cette pièce il y a 3 ans. À sa fin, la situation était tellement ouverte, j’avais tissé une telle toile d’araignée, que j’ai pu écrire 10 versions différentes du second acte. » (Copi, en parlant de sa pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur, 1990) En 1918, Federico García Lorca publie son premier livre Impresiones Y Paisajes, et choisit une couverture bien particulière : une toile d’araignée avec sa fileuse au travail (on peut voir cette illustration dans l’essai Enfances et mort de García Lorca (1968) de Marcelle Auclair, p. 63). Dans son ouvrage Les homosexuels font-ils encore peur ? (2010), Xavier Rinaldi met d’emblée l’arachnophobie sur le même plan que l’homophobie : « Comme l’agoraphobie (la peur de la foule), comme l’arachnophobie (la peur des araignées), existe l’homophobie : la peur des homosexuels. » (p. 13) Dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), Alfredo Arias mentionne l’araignée comme un facteur psychique déterminant : « Miguel, le cinéaste, s’enferma dans sa chambre avec Angelito […] Il lui proposa un rôle dans le film qu’il préparait. Angelito lui demanda par gestes ce que racontait le film. Miguel lui expliqua que c’était l’histoire d’une araignée qui se logeait dans la tête d’un homme normal et qui, peu à peu, le transformait en archéologue qui finissait par découvrir une bibliothèque au fond de la mer […]. » (p. 99) Dans son autobiographie Roland Barthes par Roland Barthes (1975), Roland Barthes associe à juste titre l’araignée à la fameuse peur de la castration chez les personnes homosexuelles : « L’Araignée, c’est la castration. Elle me sidère. » (p. 112) Dans son livre La Maison de Claudine (1922), la romancière Colette écrit qu’elle guette avec impatience dans son lit le retour de l’araignée qui loge dans la chambre de sa mère, Sido : « S’il fallait privilégier un animal dans le bestiaire de Colette, je délaisserais un instant les chats pour retenir une araignée. Son fil conduit tout droit à Sido qui en hébergeait une dans sa chambre à coucher. » (cf. la revue Magazine littéraire, n°266, juin 1989, p. 17) En juillet 2013, Julius Carter, l’acteur homosexuel nord-américain, est l’un des sept comédiens qui incarnent Spiderman dans la comédie musicale Spiderman : Turn Off The Dark sur Broadway (États-Unis). L’orientation sexuelle de Spiderman n’a pas fini de faire débat et d’être peu à peu forcée à l’homosexualité.

 

Sur la Radio France Inter, la chroniqueuse Nicole Ferroni, en mai 2013, fait un parallélisme inconscient entre arachnophobie et homophobie, en définissant « les homos » (comme elle dit) comme des araignées (« J’ai appris à connaître les araignées. Les araignées c’est comme les homosexuels, tolérons les ! »), sans comprendre toute la signifiance de sa comparaison (car son boboïsme abyssal et méprisant l’aveugle totalement). Mais bon, voilà, même les abrutis font cette corrélation entre araignée et homosexualité.
 

 

Dans le documentaire « Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse, la mandarine » (2009) de Marion Cajori et Amei Wallach, la sculptrice Louise Bourgeois se fait surnommer l’Araignée. Elle a d’ailleurs réalisé la série d’Araignées géantes en 1997. « L’araignée est ma mère. […] L’araignée est une ode à ma mère. Elle représente une réconciliation. » déclare-t-elle. Pour l’artiste, c’est une manière d’être au monde que de se choisir l’araignée comme totem : « L’araignée est une forme de tempérament ; les araignées sont partout. » Les araignées sont en effet des puissants pêcheurs d’Hommes. Je le crois volontiers !

 

Michael Jackson

Michael Jackson


 

L’araignée est une voix intérieure qui dénonce une agression, un amour possessif : « Inconsciemment, voilà ce que tu me fais dans tes pattes. » (Dr Geneviève Loison, psychanalyste, prenant une araignée géante en plastique dans un coffre à peluches, dans le documentaire « Le Mur : La Psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » (2011) de Sophie Robert) Nicolaus Sombart rencontre Carl Schmitt (beaucoup plus âgé que lui) qui tombe sous son charme : « Comme un papillon, je volai, irrésistiblement attiré dans la toile qu’il avait tissée. » (Nicolaus Sombart, cité dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 272) L’araignée peut aussi protéger du viol, comme ce fut le cas avec le Roi David – celui du fameux duo homophile avec Jonathan – dans l’Ancien Testament ! (le commentaire du Talmud signale ceci : « La signification du bouclier de David veut que lorsque David était recherché par Saül, il s’est caché dans une grotte où, lorsque les soldats entrèrent, une araignée aurait tissé une toile prenant la forme d’une étoile à six branches cachant David. »)

 

B.D. "Journal 1" de Fabrice Neaud

B.D. « Journal 1 » de Fabrice Neaud

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.