Code n°56 – Élève/Prof

élève:Prof

Élève/Prof

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Il est très fréquent dans les œuvres de fictions traitant d’homosexualité, que le personnage homosexuel (si c’est un élève) tombe amoureux de son professeur, ou qu’il charme (si c’est un professeur) son élève. Le désir d’union charnelle entre l’apprenant et son éducateur montre bien la nature incestuelle du désir homosexuel, nature qui peut parfois s’actualiser réellement.

 
ÉLÈVE Martine
 

Dans leurs œuvres et en désir, beaucoup de personnes homosexuelles cherchent à gommer la frontière entre maître et élève, par mépris/adulation de l’autorité, du service, et de la jeunesse. Leur passion des éducateurs n’est pas qu’une provocation ni un désir explicite de déshonorer la différence des générations. Elle est sincère. Dans leur cursus scolaire, les personnes homosexuelles se sont souvent senties très solidaires de leurs professeurs, au point d’être parfois taxées de « lèche-bottes » par l’ensemble de leur classe. Elles en sont même parfois tombées amoureuses. Et il arrive que certains enseignants, pris dans leurs élans de chaperonnage, aiment un élève en particulier plus que de raison

 

Le lien entre désir homosexuel et relation incestueuse élève/prof n’est pas souvent analysé par les membres de la communauté homosexuel, car il renvoie directement au thème épineux de la pédophilie (cf. je vous renvoie évidemment au code « Pédophilie » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), et à l’immaturité violente de l’homosexualité.

 

Je précise par ailleurs que ce code n’invite en aucune façon à ce que les personnes homosexuelles soient tenues à l’écart des métiers de l’encadrement et de l’éducation de la jeunesse.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Parodies de Mômes », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Inceste », « Inceste entre frères », « Adeptes des pratiques SM », « Éternelle jeunesse », « Infirmière », « Pédophilie », « Faux intellectuels », « Pygmalion », « Doubles schizophréniques », « Androgynie Bouffon/Tyran », « Tomber amoureux des personnages de fiction ou du leader de la classe », « Défense du tyran », « Entre-deux-guerres », à la partie « Amoureux du médecin » du code « Médecines parallèles », et à la partie sur les « profs de lettres » du code « Bovarysme », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) École, lieu de la découverte de l’homosexualité:

Souvent, le héros des fictions homo-érotiques est un personnage qui vit son initiation homosexuelle avec un autre de ses camarades de classe, dans le cadre scolaire : cf. le roman L’Amour comme on l’apprend à l’école hôtelière (2006) de Jacques Jouet, le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Sancharram » (2004) de Licy J. Pullappally, le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore, le film « Thomas trébuche » (1998) de Pascal-Alex Vincent, le film « Prom Queen » (« La Reine du bal », 2004) de John L’Écuyer, le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz, le film « Le cercle des poètes disparus » (1989) de Peter Weir, le film « Was Nützt Die Liebe In Gedanken » (« Parfum d’absinthe », 2004) d’Achim Von Borries, le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos, etc.

 

« Il paraît que c’est plein de pédés, les pensionnats. » (Antonin, l’un des héros homosexuels du film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) ; « Deuxième choc, mon voisin de table, Esteban. Un redoublant. Un cancre. Le bon élève tombe amoureux du cancre. C’est bien connu. […] Je lui montrais comment faire une explication pour le bac en français. On avait un groupement de textes tiré des Fleurs du mal. Quand je relisais avec lui Parfum exotique, j’avais des frissons des pieds à la tête. J’avais l’impression que ça parlait de lui, de nous. » (Mourad, l’un des personnages homosexuels, parlant d’Esteban, un camarade de classe, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 338-339) ; « Des chéris du lycée… » (le psychanalyste du campus s’extasiant face à Jenko et Schmidt qui jouent aux amoureux, dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Adèle, l’héroïne lesbienne, étudiante en classe de 1ère L (Littéraire), boit comme du petit lait tout ce que lui disent ses profs de lettres, et transpose son cadre scolaire sur sa relation amoureuse homosexuelle : il est d’ailleurs montré qu’elle aurait fait des progrès spectaculaires en classe depuis qu’elle sort avec Emma ; et Emma se présente ironiquement comme la prof secrète et privée, qui allie jouissance sexuelle et cours particuliers…

 

Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, le coming out d’un prof d’université, Howard Beckett, provoque chez Jack, un de ses étudiants, un grand trouble identitaire. Et à la fin, pour défendre l’enseignant, l’élève et tous ses élèves finissent par faire croire qu’ils sont tous devenus gays par contamination.

 

Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Carole est prof d’espagnol, et en profite pour dire à son amante Delphine qui ne comprend rien à cette langue : « Me gustan tus pechos. » (= j’aime tes seins).
 
 

b) Le prof homosexuel :

Film "Olivia" de Jacqueline Audry

Film « Olivia » de Jacqueline Audry


 

Mais il arrive aussi que le héros homosexuel soit membre du corps professoral : cf. le film « En 80 jours » (2010) de José Mari Goenaga et Jon Garaño (avec Maïté, la prof de piano lesbienne), la comédie musicale Hairspray (2011) de John Waters (avec la prof de basket lesbienne), la pièce Parfum d’intimité (2007) de Michel Tremblay (avec Jean-Marc, professeur de lettres homosexuel), le film « Jeffrey » (1995) de Christopher Ashley (avec Steve, le prof de gym), le roman Le Professeur (1930) de Jaroslaw Iwaszkiewicz, le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler, le film « Dirty Talk » (2012) de Jeff Sumner (avec Nathan, le prof d’anglais « conservateur »), le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche (Adèle est professeur des écoles), le film « Mauvaise Passe » (1998) de Michel Blanc (avec Pierre, le prof agrégé louant les services de prostitués), le roman La Dette (2006) de Gilles Sebhan, le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli (avec Atos Pezzini, homosexuel, prof de chant de l’héroïne), le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel (avec Catherine, la prof de maths lesbienne), etc.

 

Par exemple, dans le film « Cours privé » (1986) de Pierre Granier-Deferre, Jeanne Kern, la jeune et jolie prof, voit sa vie privée mise en cause par le biais de lettres anonymes puis des photos compromettantes diffusées dans l’établissement où elle enseigne. Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Xavier, le prof de gym de Thibault, devient son amant. Dans la série Les Filles d’à côté (1993-1995) de Jean-Luc Azoulay, Gérard, le prof de musculation de la salle de sport, est l’archétype de la grande folle. Dans le film « La Passion d’Augustine » (2016) de Léa Pool, Augustine, mère supérieure d’un couvent-conservatoire, transpose sur sa nièce Alice, virtuose en piano, tous ses fantasmes esthétiques, amoureux et carriéristes, inachevés. Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Madame Albright, la prof de théâtre du lycée, est lesbienne et « n’aime pas les hommes ».

 

Le milieu professoral est présenté comme un vivier homosexuel : « Y’en a beaucoup dans le corps enseignant. » (la mère de François, le héros homo, dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « Madame, t’es gouine comme une dorade ! » (les élèves de la mère de François, idem) ; « Pour une fois qu’un prof de danse n’était pas pédé… » (Océane Rose-Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « Berlot, le prof de sport, si soucieux de la propreté des corps qu’il vient jusqu’aux douches donner un coup de main aux plus lents. » (Vincent Garbo, le héros homosexuel du roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 42) ; etc.

 
 

c) La liaison amoureuse entre l’élève et le prof :

Film "Sapore Del Grano" de Gianni Da Campo

Film « Sapore Del Grano » de Gianni Da Campo


 

D’abord, profs et élèves commencent à se flairer de loin… « Elle a mis ses bras autour de moi, la tête appuyée contre ma poitrine. Je lui ai caressé le dos et l’ai embrassée sur le front. Au loin, de l’autre côté de la cour, je voyais des institutrices et des rangées d’élèves dans leurs classes. Certaines fixaient le tableau ou leurs livres, d’autres nous observaient, Esti et moi, debout dans la cour. Je me suis tue. J’ai serré Esti contre moi et l’ai tenue comme ça, dans mes bras. » (Ronit, l’héroïne lesbienne parlant d’Esti, sa camarade de jeunesse, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 253) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] choyait Mlle Duphot […]. C’était en vain que Mlle Duphot essayait d’être sévère, son élève trouvait toujours moyen de la séduire. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 74) ; « Tu es un élève. C’est interdit. » (Emily draguée par Cameron Drake, un ancien élève d’Howard son presque-mari qui a fait son coming out, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; « Il faut au moins un mentor et un disciple pour réussir une quête. » (la voix-off d’Audrey, l’agresseur homophobe, parlant d’Anton ou de Vlad, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; « J’suis amoureux de Monsieur Hendricks mais il sais même pas que j’existe. Comment je fais pour qu’il me voie ? » (un élève homo demandant conseil à Otis, dans l’épisode 3 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; etc.

 

Puis c’est carrément l’histoire d’amour scolaire inter-générationnelle ! : cf. le film « Sapore Del Grano » (1986) de Gianni Da Campo (où un jeune professeur et un de ses élèves de 12 ans tombent amoureux), le film « Une dernière nuit au Mans » (2010) de Jeff Bonnenfant et Jann Halexander (avec le professeur de mathématiques particulier et son élève), le film « Mauvaises Fréquentations » (2000) d’Antonio Hens (avec Guillermo qui se fait sodomiser par l’étudiant qui est censé lui donner des cours particuliers), le roman Alcibiade, enfant à l’école (1651) d’Antonio Rocco, le roman Sexy (2007) de Joyce Carol Oats (avec la relation entre Darren et Mr Tracy), le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford (avec la liaison à peine consommée entre George, prof de lettres à la fac, et son jeune élève Kenny), le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand (avec la liaison entre Suzanne et son élève Erika), le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre (avec la liaison entre Pierrot et Nicolas, son prof de français), le film « Blood Of Dracula » (1957) d’Herbert L. Strock, le film « Ami/Amant » (1998) de Ventura Pons, la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, le film « Walk A Crooked Path » (1970) de John Brason, le film « Blue Jeans » (1976) d’Hugues Burin des Roziers, le film « Hot Spot » (1990) de Dennis Hopper, le film « The Servant » (1963) de Joseph Losey, le film « Un Élève doué » (1998) de Bryan Singer, le film « Picnic à Hanging Rock » (1975) de Peter Weir, le film « Whole New Thing » (2005) d’Amnon Buchbinder, le film « Only The Brave » (1994) d’Ana Kokkinos, le film « Allemagne année zéro » (1948) de Roberto Rossellini, le film « Emporte-moi » (1998) de Léa Pool, le film « Beonjijeonpeureul Hada « (2000) de Kim Dae-seung, le roman La Mort à Venise (1912) de Thomas Mann, le film « Le Jardin des délices » (1967) de Silvano Agosti, le roman Corydon (1924) d’André Gide, le roman Julia (1970) d’Ana Maria Moix, le film « Eden’s Curve » (2003) d’Anne Misawa, le film « Good Will Hunting » (1997) de Gus Van Sant (avec la relation très proche entre le prof de mathématiques M. Lambeau et Will, un petit génie sans le sou, qu’il prend sous son aile), le film « My Fair Lady » (1964) de George Cukor (revisitant le mythe du Pygmalion), le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody (avec la liaison entre Steven et le professeur Brad Jenkins), le film « Araignée de satin » (1985) de Jacques Baratier, le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve (avec Vincent et son prof de littérature, tous deux homosexuels), le film « Cercle intime » (2001) de Samantha Lang, le film « Le Conformiste » (1970) de Bernardo Bertolucci, le film « Jeunes filles en uniforme » (1931) de Léontine Sagan et Karl Froelich (avec la liaison entre Manuela et Mademoiselle de Bernburg), le film « Olivia » (1950) de Jacqueline Audry, le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, le roman L’Élève (1891) d’Henry James, le film « Autre que les autres » (1919) de Richard Oswald, le film « Zéro de conduite » (1933) de Jean Vigo, le film « Olivia » (1950) de Jacqueline Audry (avec la liaison entre Mademoiselle Julie et Cara), le film « Holy Matrimony » (1943) de John M. Stahl, le film « La Vie en jeu » (1972) de Gianfranco Mingozzi, le film « Solamente Nero » (1978) d’Antonio Bido, le film « Giornata Nera Per L’Ariete » (1971) de Luigi Bazzoni, le film « Frontière chinoise » (1965) de John Ford, le film « The Getting Of Wisdom » (1978) de Bruce Beresford, le film « Fighting Tommy Riley » (2005) d’Eddie O’Flaherty, le film « Loving Annabelle » (2006) de Katherine Brooks, le film « Showboy » (2002) de Christian Taylor et Lindy Heyman, le film « A Strange Love Affair » (1985) d’Éric De Kuyper et Paul Verstraten, le film « Le Maître de musique » (1988) de Gérard Corbiau, le film « Les Lunettes d’or » (1987) de Giuliano Montaldo, le film « Liv Og Dod » (« Vie ou mort », 1980) de Svend Wam et Peter Vennerod, le film « Gutten Som Kunne Fly » (1993) de Svend Wam, le roman Un Garçon parfait (2008) d’Alain Claude Sulzer, le film « History Boys » (2005) de Nicholas Hytner, le film « Les Équilibristes » (1991) de Nico Papatakis, le film « Extrasystole » (2013) d’Alice Douard, le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (avec le schéma SM entre la femme-enfant et sa surveillante d’internat), etc.

 

On ne sait pas trop qui, de l’élève ou du prof, a commencé le jeu amoureux. Par exemple, dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Mme Solenska, dont la jeune Juliette tombe amoureuse, est le stéréotype de la femme libérée : elle est prof de français, chante en cours, est habillée légèrement et en tenue moulante, se la joue jeune (elle mange à la cantine avec ses élèves de 3e), se maquille, a des vêtements colorés, parle « sexe » et « ménopause » en cours, fait les cours dehors quand il fait beau. Étant jeune, elle excellait en danse et était la préférée de sa prof de danse. On a l’impression que l’enseignante tout comme son élève ont vécu la même histoire d’amour passionnelle. Dans le film « The Last Girl : The Girl with all the Gifts » (2017) de Colm McCarthy, Melanie, une gamine zombie noire, tombe amoureuse de sa prof humaine Miss Helen Justineau, et leur « amour » chevaleresque est montré comme indestructible, authentique, durable « jusqu’à la fin des temps ».

 

Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Zach, le « vieux beau », va être prof dans un jury d’élèves en fac de cinéma (d’ailleurs, il se fait charrier par son meilleur ami homo, Toph, qui deviendra à la fin son amant : « Tu adores les films… et les étudiants sont sûrement mignons… ») ; et il tombe amoureux d’un jeune étudiant Danny, qui le drague sans détour en boîte et avec qui il passe une nuit torride. Dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, Joley sort avec un jeune étudiant et trompe son amant George. Dans le film « 20 ans d’écart » (2013) de David Moreau, Vincent Khan, le rédacteur en chef homosexuel de la revue de mode féminine Rebelle avoue à Alice, l’héroïne, que lorsqu’il était jeune, « il s’est tapé son prof d’anglais renforcé ».

 

Dans le manga Professor Strange Love (2008) de Chie Sasahara, Hayama, un jeune élève dont la scolarité est un peu en péril, décide d’aider le professeur Shiina pour ses expériences, afin d’échapper au redoublement. Malheureusement pour lui, ce professeur invente des médicaments plutôt douteux. C’est ainsi que Shiina lui fait avaler (par un bouche à bouche) un médicament qui le transforme en gaffeur.

 

Manga "Professor Strange Love" de Chie Sasahara

Manga « Professor Strange Love » de Chie Sasahara

 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Lola a flashé sur Vera quand celle-ci, maître de conférence à la fac, a parlé avec verve au micro et que Lola était étudiante dans les années 1970. Vera dit qu’elle a voulu Lola à cause de ses grands pieds…
 
 

d) Transgression plutôt à l’initiative du prof :

Parfois, l’acte homosexuel élève/prof naît sous l’impulsion de l’enseignant vers son jeune apprenti : « Je pensai à mon séjour au pensionnat et à une conversation surprise entre deux grandes. L’une racontait à l’autre que la surveillante l’avait entraînée dans son lit pour faire des choses qu’il ne fallait dévoiler à personne. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 224) ; « Madame Simpson, j’aime votre fille ! » (Madame Garbo, prof de piano parlant Irina, son élève, à la mère de celle-ci, dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1972) de Copi) ; « Mon prof d’éducation physique… Moi, il m’a tout appris. C’est lui qui disait : ‘Un hétéro, c’est un homo qui s’ignore tant qu’il n’a pas goûté au fruit défendu.’. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc. Par exemple, le roman A Glance Away (1961) de John Edgar Wideman entrelace les monologues intérieurs d’un ex-drogué noir et d’un professeur de littérature blanc et homosexuel. Dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, un prof viole son élève. Dans le film « Food Of Love » (2002) de Ventura Pons, Richard, un célèbre pianiste, tombe amoureux de son jeune et talentueux élève, Paul. Dans le sketch « Club 69 » d’Élie Sémoun, le gérant des établissements 69 raconte qu’il a été dépucelé par son professeur de français, « Madame Bernard ».

 
 

e) Transgression plutôt à l’initiative de l’élève :

Mais il ne faut pas croire que l’élan amoureux prof/élève n’est qu’une initiative pédophile. Bien souvent, c’est l’élève qui drague son professeur et tresse des scenari amoureux/incestueux avec lui : cf. la nouvelle Le Sac de Mlle Godfroy de Violette Leduc, le roman Le Dragueur de Dieu (1981) de Conrad Detrez, le film « En colo » (2009) de Pascal-Alex Vincent, etc.

 

Film "For More Years" de Tova Magnusson-Norling

Film « For More Years » de Tova Magnusson-Norling


 

« Premier choc, donc, mon prof d’éco, M. Dambrières. Un blond aux yeux marrons, âgé d’environ trente-cinq ans. […] Pour ne pas le décevoir, je travaillais comme un fou et j’avais presque toujours les meilleures notes. » (Mourad, l’un des deux héros homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 338) ; « Je travaillerais beaucoup plus parce que je ne voudrais pas la décevoir. Je ne pensais à rien d’autre, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sinon à avoir des aventures. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant de sa prof Mrs Pillai, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 226) ; « Tanguy était premier en tout, mais tenait à obtenir des notes très élevées, car il savait que cela faisait plaisir au Père Pardo et il aurait fait n’importe quoi pour lui faire plaisir. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 199) ; « Quand j’étais au lycée, j’étais un peu amoureuse de ma prof d’anglais, Madame Miller. » (Fanny dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino, Carmen, étudiante, « chauffe à fond » sa prof de littérature à la fac, Julia, lesbienne aussi. Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, Sean, l’un des héros homos, raconte qu’il a eu sa première expérience à 16 ans avec son prof de maths, monsieur Hervé Ducas. Et c’est ainsi qu’il a été contaminé par le VIH. Dans le film « James » (2008) de Connor Clements, le jeune James tombe amoureux de son professeur M. Sutherland. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, l’un des personnages dit avoir découvert précocement son homosexualité en tombant amoureux de son professeur des écoles. Dans le film « Le Jupon rouge » (1986) de Geneviève Lefebvre, Claude confie qu’à 14 ans, elle était folle amoureuse de sa professeure d’anglais. Dans le film d’animation « Piano Forest » (2009) de Masayuki Kojima, Shûhei est troublé par son prof de piano, Ajino. Dans le film « Ausente » (« Absent », 2011) de Marco Berger, Sebastián, un élève en cours de natation, se méprend sur les intentions pourtant gratuitement altruistes de son prof qui l’héberge chez lui pour une nuit. Dans le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, Roland, jeune étudiant de 19 ans, voue une admiration frisant l’idolâtrie pour son vieux professeur de philologie. Dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, le narrateur en hypokhâgne tombe sous le charme de son athlétique professeur de mathématiques. Dans le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, Andy est amoureux de son prof M. Puckov (avec qui il finira par faire des séances SM). Dans le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Étienne filme en cachette son beau prof d’histoire-géo, Laurent (qui sera finalement son futur beau-père). Dans le film « Atomes » (2012) d’Arnaud Dufeys, Hugo, un éducateur de 34 ans à l’internat, voit son quotidien perturbé par Jules, un adolescent provocateur. Dans le roman Si tout n’a pas péri avec mon innocence (2013) d’Emmanuelle Bayamack-Tam, la jeune Kim tombe amoureuse de sa prof de GRS.

 

Il existe parfois un rapport ambigu, passionnel, fusionnel, fanatique, d’adoration/concurrence, entre le monde de l’adolescence scolaire et le monde enseignant. On le voit bien dans « la colère contre le Corps Enseignant » (p. 74) qu’exprime par exemple le personnage homosexuel de Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta (les profs sont décrits comme « des monstres géants difformes »). Le prof est chargé de tellement d’espoirs inappropriés qu’il finit par décevoir.

 

La relation élève/prof tourne au vinaigre. Par exemple, dans le film « Je te mangerais » (2009) de Sophie Laloy, Marie, prof de piano au conservatoire de Lyon, vit une passion dévorante avec Emma, jeune étudiante en médecine, qui lui « bouffera la vie ». Dans le film « Les Voleurs » (1996) d’André Téchiné, Marie, prof de lettres à la fac, ne pourra pas empêcher la tentative de suicide de son élève et amante Juliette.

 
 

f) La transposition du couple élève/prof dans le couple homosexuel :

Le fantasme incestuel du schéma amoureux élève/prof peut également être partagé entre les deux amants du même âge, pourtant en dehors de tout contexte scolaire. Le couple homosexuel joue « au papa et à la maman », ou plutôt « à l’élève et au maître » : « T’es le maître et je suis l’élève. » (Jack à son amant Paul, dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt) ; « Kévin avait raison, nous fîmes plein de choses ensemble. À commencer par la peinture, nous y consacrions tous nos mercredis après-midi… puis tous nos week-ends… puis n’importe quand ! C’était un fabuleux prétexte pour nous retrouver. Comme promis, il fut très patient même si, au début, il prenait un peu trop au sérieux son rôle de professeur. Je n’en avais jamais eu d’aussi beau. Pour la première fois de ma vie, j’étais amoureux de mon prof. » (Bryan, le héros homosexuel du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 82) ; « Je suppose que tu lui donnes un coup de main… » (le père de Claire s’adressant à sa fille lesbienne au sujet de la thèse de Suzanne, la copine de Claire, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; etc. Par exemple, dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco, Georges est prof de français ; lui et Édouard, son amant, se sont rencontrés pour la première fois lors d’une conférence de Georges sur la montée du néo-nazisme en Europe occidentale. Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Esti, l’une des deux héroïnes lesbiennes, tombe l’espace d’un instant sous le charme d’une jeune prof d’histoire : « Elle voulait saisir le bras de mademoiselle Schnitzler, l’attirer et la serrer contre elle. » (p. 82) Dans la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier, Bernard essaie de draguer Philippe en lui apprenant à jouer du xylophone. Dans le film « Corps à corps » (2009) de Julien Ralanto, Raphaëlle découvre dans les bras de sa prof de flamenco les plaisirs lesbiens. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Gabriel, fasciné par un moniteur de colo d’enfants, Andreas, commence à imaginer qu’il retombe sur son « ex » Franz, et projette totalement son désir d’être éduqué par son amant sur Andreas. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Doyler et Jim, les deux jeunes amants, se prennent à rêver qu’ils vivront ensemble et monteront une école où ils seront tous les deux maîtres d’école (Jim a d’ailleurs eu pour prof de natation maritime Doyler, puis plus tard le pédéraste Anthony).

 

La transposition du binôme élève-prof sur la rencontre homosexuelle prend alors un tour sadomasochiste autant qu’infantilisant et salace. « Madame, est-il vrai que certaines femmes aiment la violence ? » (Anamika, élève lesbienne qui rêverait de poser cette question à une de ses profs qui l’attire, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 113) ; « Quelque chose de ce livre [Le Petit Chose d’Alphonse Daudet] était entré dans mon cœur directement […]. » (Omar, le héros homosexuel s’identifiant au professeur maltraité par ses élèves, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 85) ; etc. Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, le héros homosexuel efféminé, se présente ironiquement comme une vieille instit qui va infliger à ses futurs prétendants une bonne leçon (sexuelle) d’arithmétique ; et lorsqu’Alan se présente comme prof de maths, il saisit la balle verbale au bond : « Ça donne envie d’acheter une règle à calcul, hein ? » Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny a peur de s’abandonner, et donc son amant Romeo lui apprend à faire « la planche » dans la mer : « Pour flotter, il faut lâcher prise et tout oublier. » Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adam apprend aussi à Lukacz à faire la planche pour qu’il sache nager.

 

Et quand les amants scolarisés jouent « aux homos », on cesse de rire. Par exemple, dans le film « Camionero » (2012) de Sebastián Miló, on voit toute la violence de l’expérience homosexuelle vécue entre camarades lycéens : Randy subit les assauts et un bizutage sexuel qui le conduiront au suicide. Dans le roman La Ciudad Y Los Perros (1963) de Mario Vargas-Llosa, les relations entre les jeunes cadets de l’école militaire sont d’une brutalité et d’une animalité rares. Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Franz a connu ses premières expériences homos dans un foyer de jeunes garçons, expériences qui l’ont humilié : « Je me suis senti très mal. » Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, une loi du silence extrêmement violente unit deux des jeunes résidents (Rudy et son maître-chanteur Adrian qui le sodomise clandestinement) du centre tenu par le père Adam.

 

Film "Camionero" de Sebastián Miló

Film « Camionero » de Sebastián Miló


 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) École, lieu de la découverte de l’homosexualité:

En écoutant les personnes homosexuelles, on entend souvent que l’école, le collège, ou le lycée, ont été le théâtre de leurs premiers émois amoureux, de leurs premières expériences homosensuelles voire homosexuelles. Je vous renvoie au chapitre sur les « Espaces clos » dans le code « Entre-deux-guerres » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

« Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; « Je suis arrivée au pensionnat à l’âge de 14 ans. J’étais très naïve. Et je me suis retrouvée très tôt face à ces problèmes. Et j’ai été choquée. Il ne se passait que ça autour de moi, et je ne voulais pas le voir. Et j’en étais choquée. Depuis la surveillante qui couchait avec la surintendante, jusqu’aux élèves qui partageaient ma chambre, il n’y avait que ça autour de moi. J’étais la seule à ne pas être informée et à ne pas trouver que c’était épouvantable. Je me suis d’autant plus braquée que je sentais confusément en moi une attirance. Mais je voulais absolument la nier. » (Germaine, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.
 
 

b) Le prof homosexuel :

Beaucoup de personnalités homosexuelles ont exercé ou exercent le métier de prof : Paul Verlaine, Michel Foucault, Jean Le Bitoux, Jean-Louis Bory, Henri Chapier, etc. Par exemple, dans le documentaire « Ma Vie (séro)positive » (2012) de Florence Reynel, Vincent, 28 ans, homosexuel, rêve de devenir prof d’histoire. « Certains universitaires homosexuels, alors honnis et secrets, m’accordaient pleinement leur confiance et leur société, qui était instructive ; car, marginalisés par leur ‘vice’ comme moi par ma difformité, ils avaient spécialement développé leur culture, leur originalité ou leur talent ; ils faisaient généralement d’excellents professeurs. Passant moi-même pour un peu excentrique aux yeux du vulgaire, je me sentais comme normal en leur société. » (Paul Veyne, atteint d’une difformité physique à la tête, dans son autobiographie Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), p. 159)

 

Dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), Paula Dumont se présente comme une « consciencieuse prof de Lettres qui a passé sa vie à compulser des dictionnaires » (p. 136) et qui aurait été sans cesse réfrénée dans sa sexualité et son identité.

 

Film "Ausente" de Marco Berge

Film « Ausente » de Marco Berger


 

J’ai rencontré au sein de l’Éducation Nationale beaucoup de professeurs hommes homosexuels (peut-être est-ce dû à la forte féminisation actuelle du métier de prof ?), mais aussi de nombreuses professeures lesbiennes. D’ailleurs, il existe des associations LGBT regroupant le personnel enseignant et éducatif (par exemple, CLEF en France)… mais elles ont du mal à se faire un nom ou à durer. L’amalgame entre pédophilie et éducation est tellement craint, l’homosexualité tellement mal pratiquée par les enseignants homosexuels, que le désir homosexuel a du mal à s’afficher ouvertement, devient un secret de polichinelle. Je ne crois pas que la raison n°1 de l’invisibilité homosexuelle dans le monde de l’éducation soit d’abord l’âge des élèves, ni même la gêne sociale par rapport au thème de l’homosexualité. Elle me semble être plutôt le fruit de l’homophobie des personnes homosexuelles envers elles-mêmes, homophobie qui se traduit par une homosexualité pratiquée.

 
 

c) La liaison amoureuse entre l’élève et le prof :

D’abord, profs et élèves commencent à se flairer de loin… : « Ce n’est un secret pour personne que, quelle que soit l’honnêteté et la vigilance des surveillants, les pensionnaires des collèges, les internes des lycées, les novices des couvents, dans un besoin inné d’affection, sont portés les uns vers les autres par des intimités presque toujours particulières. […] Très souvent, avant, ou après la contamination des élèves, il y a celle des maîtres. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 269)

 

Puis c’est carrément l’histoire d’amour scolaire inter-générationnelle ! Par exemple, dans l’essai Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, le prof d’art dramatique et l’élève le plus macho du lycée militaire sortent ensemble.

 

On ne sait pas trop qui, de l’élève ou du prof, a commencé le jeu amoureux. Sûrement les deux. Certaines personnes homosexuelles ont eu une relation privilégiée avec un professeur en particulier : James Dean et le révérend James A. Deweerd, Luis Cernuda et le père López, Violette Leduc et sa prof de musique Herminone, etc. Par exemple, la romancière lesbienne nord-américaine Carson McCullers tomba amoureuse de sa prof de piano Marie Tucker.

 
 

d) Transgression plutôt à l’initiative du prof :

Parfois, l’acte homosexuel naît sous l’impulsion de l’enseignant vers son jeune apprenti.

 

« Je devins distant avec mes camarades, de même qu’avec le père Basile, nos rapports s’orientèrent sur la voie des remises en question. Je lui reprochais de s’être épris de moi d’une manière excessive, et pensais que c’était une faute de m’avoir fait découvrir ses pulsions sexuelles ; je lui reprochais également l’initiative, qu’il avait prise de me combler de petits cadeaux, de me parler souvent avec douceur par rapport aux autres élèves, et de s’appliquer à m’expliquer que j’étais beau et tout rose, comme un bébé qui vient de naître. […] Cet amour était devenu une abjection qui m’étouffait à la manière d’une proie exposée aux griffes de son prédateur. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), pp. 40-41)

 

Par exemple, quand Pier Paolo Pasolini avait 27 ans, il a eu des démêlés avec la justice pour une affaire de détournement de mineurs (3 élèves) ; à ce sujet, le documentaire « L’Affaire Pasolini » (2013) d’Andreas Pichler embellit un peu le tableau : « Pasolini développait de vraies amitiés avec ces garçons : il jouait au foot avec eux, fait des virées nocturnes avec eux, danse et va à la plage avec eux. »

 

Certaines personnes homosexuelles exerçant le métier de prof se sentent mises en danger par leurs penchants homosexuels, qui les exposent à briser la différence des générations, ou bien à faire chaque année l’expérience angoissante du fossé grandissant qui les éloigne des objets de leur fantasme homosexuel (qui, eux, ne changent pas d’âge ! c’est ça le pire pour un prof qui enseigne toujours au même niveau !) : « J’ai enseigné pendant quatre ans à des adolescents et aucun ne m’a appelé au secours. Ensuite, j’ai été nommée en École Normale où tous mes élèves étaient majeurs. Mais je me suis souvent demandé ce que j’aurais fait si j’avais été sollicitée par des collégiens ou des lycéens à la dérive, voire désespérés. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 97)

 
 

e) Transgression plutôt à l’initiative de l’élève :

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Mais il ne faut pas croire que l’élan amoureux prof/élève n’est qu’une initiative pédophile. Bien souvent, c’est l’élève qui drague son professeur et tresse des scenari amoureux/incestueux avec l’adulte : « J’avais six, sept ans. Je sentais que je n’étais pas comme les autres, que j’aimais mes maîtresses. » (Anne, témoin lesbienne citée dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 283) ; « Ce fut vraisemblablement en deuxième – j’avais alors quatorze ans – que je remarquai, un jour, un professeur qui avait omis de mettre son pantalon en ordre. Pendant toute la durée du cours, comme captivé, je regardai cet endroit et j’en vins, pour la première fois, à la triste conscience de ma vie sexuelle. Dès ce jour, j’observai ce professeur qui m’attirait par son regard très doux, sa voix, son charme, bien que je n’en fusse pas aimé. » (Jean-Luc, 27 ans et homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 78) ; « Quelle lesbienne ne se souvient pas avoir été (au moins un peu) amoureuse d’une de ses profs ? » (Anne Delabre, Le Cinéma français et l’homosexualité (2008), p. 190) ; « Je redoutais la sonnerie qui annonçait l’heure de la récréation. Alors que tout le monde dévalait l’escalier en courant, je traînais, j’hésitais à quitter la classe et la proximité des maîtres. » (Christophe Tison, Il m’aimait (2004), p. 35) ; « Mon travestissement en garçon a duré jusqu’à l’âge de 12 ans, âge où ma mère m’a mise à l’internat pout fille. Le jour de la rentrée, j’entends encore raisonner en moi la parole méchante et ironique dite avec un rictus moqueur ainsi qu’un léger pouffement de rire de la part du père d’une fille ‘Tiens, y’a des garçons dans cet internat ?’. Là, je me suis dit : ‘C’en est trop, je veux être une fille. Quelques mois après, je suis tombée follement amoureuse de ma prof de français à l’internat. Belle femme douce, féminine et ferme. Tout l’opposé de ma mère. Et ça a été le point de départ d’une lutte tenace pour m’affranchir de la méchanceté de ma mère. Mais j’ai réussi à devenir une belle femme. Dans mon entourage, personne ne connaît mon combat et cet attrait si puissant pour les femmes. » (Valérie, 31 ans, qui m’a écrit un mail en 2012) ; « C’étaient pas des femmes homosexuelles. C’étaient des professeurs. » (Thérèse, femme lesbienne de 70 ans, parlant de la découverte de son homosexualité au collège quand elle avait 14 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « J’étais prisonnier, entre le couloir, mes parents et les habitants du village. Le seul répit était la salle de classe. J’appréciais l’école. Pas le collège, la vie du collège : il y avait les deux garçons. Mais j’aimais les enseignants. […] Je ne maîtrisais pas ce qu’on appelle les ‘bases’. […] Pourtant je m’attachais aux enseignants et je savais qu’il fallait obtenir de bons résultats pour leur plaire. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 85-86) ; etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Par exemple, dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), l’essayiste lesbienne Paula Dumont, encore écolière, raconte comme elle est tombée amoureuse de sa maîtresse, mademoiselle Levreau, âgée de 20 ans : « Est-il besoin d’écrire que j’en tombe aussitôt éperdument amoureuse ? Et qu’on ne vienne pas m’objecter qu’à sept ans, les enfants ne savent rien de l’amour. […] J’avais trouvé à l’école une mère de substitution. » (pp. 43-45)

 

L’écrivain Berthrand Nguyen Matoko, quant à lui, était montré comme un exemple par ses profs de collège, et jouait sans le savoir le rôle du « lèche-botte ».

 

Pour ma part, si mes souvenirs sont bons, je n’ai jamais été amoureux ou attiré sexuellement par un instituteur ou un prof (sauf peut-être mon beau professeur de maths de 5e, le parfait père de famille…). En revanche, il est certain que pendant toute ma scolarité – un peu moins en fac –, j’avais tout du parfait élève, soucieux de plaire à ses professeurs, et de leur rendre la classe agréable, quitte à se mettre à dos tous les élèves un peu perturbateurs de ma classe. Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir eu des parents profs tous les deux, mais d’office, très jeune, je me mettais spontanément du côté des profs. Tout petit déjà, je considérais mes maîtresses comme des mamans de substitution. Et les récréations en collège ou en lycée, je préférais les passer avec mes profs que sur la cour d’école. À l’âge adulte, j’ai plus ou moins « choisi » d’être professeur d’espagnol (comme mon papa !)… Suis-je tombé une fois amoureux d’un élève ? Jamais. J’ai la chance de ne jamais avoir été tenté de séduire mes élèves tout simplement parce que physiquement, je ne suis attiré que par des hommes avec des poils, donc ayant minimum 25-30 ans (d’ailleurs, je plains mes collègues qui sont attirés sexuellement par les jeunes éphèbes, car ça existe). Moi, je serais tenté de citer le romancier français Jean-Louis Bory, professeur de lettres, qui coupait court aux rumeurs de pédophilie, en disant que si, dans le cadre de son métier, les seules personnes qui pouvaient craindre ses avances, ce n’était pas ses élèves… mais les papas de ses élèves !

 
 

f) La transposition du couple élève/prof dans le couple homosexuel :

Beaucoup d’artistes homosexuels aiment rentrer dans la peau d’un professeur, et jouer à la « mécresse », pour eux-mêmes, ou avec leurs amants : cf. le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont (avec la scène du prof faisant une visite de cimetière à sa classe de collégiens), le one-man-show Petit cours d’éducation sexuelle (2009) de Samuel Ganes (où un professeur d’éducation sexuelle très efféminé enseignant la vie à son public pendant tout le spectacle), les fameux sketchs d’Élie Kakou en prof d’anglais, etc. « La seule chose qui me fait peur, c’est de tomber amoureux de mon instructeur ! » (Mateo, homosexuel et séropositif, en boutade, avant de sauter en parachute en tandem, dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon) (dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon) Et les humoristes qui ont interprété des profs sont parfois devenues icônes gays : pensez à Julie Ferrier, Sophie Forte, entre autres.

 

Et quand le binôme élève/prof se transpose dans les couples homosexuels réels, cela donne souvent des mises en scène d’infantilisation qui font pitié à regarder… voire même des scènes de viol concrètes. On peut penser par exemple au bizutage homosexuel qu’a vécu le romancier Eddy Bellegueule au collège, et qu’il relate dans son autobiographie En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis.

 

Dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, un peu avant et pendant l’Allemagne nazie, beaucoup d’idéologues allemands étaient persuadés des vertus pédagogiques de l’homosexualité. Par exemple, Hans Blüher expliquait « pourquoi donc les pédérastes feraient-ils de meilleurs chefs et de meilleurs éducateurs » : « Bien qu’il n’y ait pas de différences essentielles entre homosexuels et non homosexuels, il y a des différences marquées dans l’efficacité de l’éducation et de l’enseignement de la jeunesse. Maintes et maintes fois, des cas historiques ont montré que l’efficacité d’un chef était directement proportionnelle au degré de son inversion sexuelle. […] Du point de vue éducatif, il y a cinq types sexuels d’hommes, depuis l’hétérosexuel exclusif jusqu’à l’homosexuel complet. L’homme hétérosexuel exclusif est le moins bien habilité à enseigner la jeunesse. La seconde catégorie, à savoir des hommes qui satisfont leurs besoins sexuels avec des femmes, mais sont socialement dépendants de leur propre sexe, fait d’excellents éducateurs, de même que les bi-sexuels. […] Un quatrième type, c’est l’homme qui satisfait ses besoins sexuels avec des hommes, mais remplit la plupart de ses besoins sociaux avec des femmes. . […] Le cinquième et dernier type d’homme est l’homosexuel exclusif. De tels hommes sont le point focal de toutes les organisations de jeunesse, et sont souvent des figures révolutionnaires. » (p. 149) Dans sa Libre École de Wickersdorf, Gustav Wyneken essaiera de mettre en pratique son idéal d’éros pédagogique. Il écrit : « Seulement un bon pédéraste peut être un pédagogue complet. Les amitiés les plus sérieuses et les plus fortes que j’ai pu observer furent toujours entre professeur et élèves. Une troupe de garçons et de jeunes peut devenir le cœur le plus vivant de l’ordre sacré de la jeunesse que la communauté de la Libre École veut être. » (pp. 161-162) En 1920 il est accusé d’actes immoraux avec quelques-uns de ses élèves. Il aurait embrassé deux d’entre eux, totalement nus. Otto Kiefer enseignait que par l’amour homosexuel l’individu était porté à son plus haut niveau, les différences sociales effacées, et la relation hiérarchique professeur/élève remplacée par une affection mutuelle. Elisar von Kuppfer prétendait que le professeur qui ne voit les garçons que comme des élèves est un mauvais pédagogue. « Qui regarde les garçons simplement comme des objets d’école, qui est incapable de les aimer, ne sera jamais un bon professeur. Et les jeunes le savent. », écrivait-il encore. Hans Blüher, on l’a vu, croyait aussi en l’excellence pédagogique des pédérastes.
 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°57 – Emma Bovary « J’ai un amant ! » (sous-codes : Théâtre / Drama Queen / Mélodrame / « C’est atrrroce ! » /« Tout m’énerve » / « Oh mon Dieu ! »)

Emma Bo 

Emma Bovary « J’ai un amant ! »

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

« Elle disait : ‘Un amant ! Un amant ! J’ai un amant !’ Elle répétait cela sur le même ton ; et toujours le même mot revenait comme si elle n’en connaissait plus d’autres… » (Liliana dans le roman Les Faux-Monnayeurs (1997) d’André Gide, p. 63)

 
 

La théâtralité sincère de l’homosexualité

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Qui a dit que se retrouver face à soi-même, à son image dans le miroir, à ses propres actes, ou face au Réel et à Ses limites, était facile pour tout le monde ? Aux vues des réactions hystériques des héros homosexuels des fictions (et parfois des personnes homosexuelles réelles) devant tout cela, on comprend que le désir homosexuel est un élan qui montre une difficulté des êtres humains à s’accepter eux-mêmes et à assumer leurs actes. Le concert qu’ils créent – ça passe de l’étonnement esthétisé, au dégoût, puis au rire et aux larmes – ne fait pas diversion pour autant. L’affichage de l’indignation ne parviendra jamais à se substituer au Réel, ni à faire écran à l’objet d’indignation lui-même.

 

Avec la disparition du sens du tragique et du grave dans nos sociétés, avec le déclin de l’Espérance (Celle qui croit en la victoire de la Vie sur la mort… mais tout en regardant la mort en face !) au profit de la glorification de l’« espoir » et de l’« optimisme », ne nous étonnons pas de voir apparaître dans les œuvres artistiques et même dans les attitudes quotidiennes de nos contemporains, des réactions hystériques, des comédies sérieuses, des singeries mélodramatiques, des actes cinématographiques posés sincèrement par des gens souffrant d’atrophie du cerveau et du cœur.

 

 

Signe de la virtualisation de nos existences, de la désincarnation de nos amours, et aussi de notre refus de penser et d’être responsables de nos actes : l’actuelle lubie mondiale pour l’indignation. Ils prolifèrent partout sur Facebook, Twitter, dans les médias, dans les villes et les villages, dans les manifs et les cercles d’amis : les indignés par-ci, les outrés par-là, les choqués partout. On lit sur les réseaux sociaux un affichage collectif de l’effarement (« Je suis trop choqué… », « Ça s’fait trop pas. », « Comment c’est abusé ! », etc.) qui prévaudrait sur l’analyse sur le bon jugement, ou qui se substituerait à l’action. Si je me choque, je n’ai plus rien à justifier ni à faire : je reste sans voix et sans mains puisque « les bras m’en tombent ». Et paradoxalement, la nouvelle doxa politique, médiatique, artistique, n’a jamais autant traqué l’indignation : il ne faudrait se choquer de rien, trouver tout normal (l’homosexualité, la chirurgie esthétique, le mariage homo, l’inceste, la guerre, les divorces, les manipulations sur embryons, l’euthanasie, etc.), tout tolérer, trouver la violence belle et juste, refuser toute forme de tradition. S’offusquer reviendrait à avouer ses fautes, à être coupable de ce qui nous indigne à juste titre. Sale temps pour la dénonciation des injustices, pour le jugement (nécessaire !) des actes, pour l’acceptation de nos limites et de nos vulnérabilités humaines…

 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Bovarysme », « Clown blanc et Masques », « Amant triste », « Main coupée », « Mort = Épouse », « Mort », « Jeu », « Folie », « Différences physiques », « Artiste raté », « Passion pour les catastrophes », « Focalisation sur le péché », « Miroir », « Planeur », « Extase », « Moitié », « Cour des miracles », « Doubles schizophréniques », « Musique comme instrument de torture », « Substitut d’identité », « Voyeur vu », « Espion », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Appel déguisé », « Blasphème », « Homosexualité noire et glorieuse », « Reine », « Actrice-Traîtresse », « Viol », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Haine de la beauté », « Se prendre pour le diable », « Adeptes des pratiques SM », à la partie « Paradoxes du libertin » du code « Liaisons dangereuses » et à la partie « Monstres » du code « Morts-vivants », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Théââââtre et Opérâââ :

Dans les fictions traitant d’homosexualité, il est courant que le personnage homosexuel soit fan de théâtre, fasse partie de groupe de théâtreux, ou se rende régulièrement à l’opéra : cf. le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, le film « Elena » (2010) de Nicole Conn (avec les nombreux amis gays de la troupe de théâtre estudiantine de Varry), le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier, le sketch du directeur de théâtre androgyne Gérard Saint Brice dans Les Petites Annonces d’Élie Sémoun, le film « Fame » (2009) de Kevin Tancharoen, le film « I Love You Baby » (2003) de David Menkes et Alfonso Albacete,  le film « Love, Valour And Compassion » (1997) de Joe Mantello, le film « Fat Girls » (2006) d’Ash Christian (avec le gay fan de théâtre), le film « Philadelphia » (1993) de Jonathan Demme (avec la scène d’écoute de la Callas), le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha (avec Gabriel qui est acteur de théâtre), le film « In & Out » (1997) de Frank Oz (Howard est amateur de théâtre), le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, etc. « Smokrev revint fréquemment dans la boutique. Il achetait toujours quelque chose : un jour une collection de gravures sur l’architecture viennoise, le lendemain, une biographie des compositeurs d’opéras italiens, etc. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 299)

 

Par exemple, dans le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino, Hugo, le personnage homosexuel, travaille son adaptation théâtrale des Hauts du Hurlevent et cherche à être comédien. Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, la camionnette LGBT porte une énorme inscription : « OUT LOUD : Theater Group ». Dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin, Romain, l’un des héros homosexuels, joue du théâtre contemporain. Dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, Paul, homosexuel, est comédien de théâtre. Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, lorsque Benjamin dit qu’il « adore le théâtre », son amant Arnaud s’insurge « Encore un truc de pédale ! ». Dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Atos Pezzini, homosexuel, est un homme de théâtre : il joue un clown blanc dans un opéra-bouffe Pagliacci. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Peter et Tom se rencontrent pour la première fois à l’opéra. Dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018, Victor, le héros homo, écoute Maria Callas.

 
 

Cyrille – « Entrer en scène ? Mais je suis en train d’en sortir !

Hubert – C’est la vie de théâtre, quand c’est fini c’est pour recommencer. Votre perruque, Cyrille.

Cyrille – Je n’ai pas joué Hamlet depuis un siècle ! Je ne me souviens même plus du texte…

Hubert – Jouez n’importe quel personnage, ils se valent tous. »

(Copi, Une Visite inopportune (1988), p. 68)

 
 

Souvent, le héros homosexuel ne s’éprouve pas jouer un rôle quand il est sur scène. Dans son esprit, il ne « joue » pas un personnage : il EST lui-même. Mieux que ça ! Il AIME.

 

Par exemple, dans le roman Deux Garçons (2014) de Philippe Mezescaze, Hervé Guibert (alors âgé de 14 ans) et Philippe (le narrateur de 17 ans) tombent amoureux à la Rochelle alors qu’ils prennent le même cours de théâtre et qu’ils doivent jouer une scène de Caligula. Dans le roman La Cité des rats (1979) de Copi, le passant homosexuel lit du Racine. Dans le film « Pauline » (2009) de Daphné Charbonneau, c’est en jouant une pièce de théâtre déguisée en garçon pour son premier grand rôle, sur la place de son village, que la jeune Pauline se découvre lesbienne. Dans le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan, le jeune héros homosexuel, Barthélémy, veut devenir comédien plutôt que chef d’entreprise. Dans le film « Sherlock Holmes » (2008) de Guy Ritchie, c’est précisément au moment où Sherlock Holmes invite Watson à l’opéra qu’on comprend l’ambiguïté homosexuelle de leur relation. Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), Laurent Spielvogel imite André un homme qui le drague dans un hammam en lui proposant tout son carnet d’adresses du milieu artistique : « Je suis très introduit dans le milieu du théâtre. » Dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco, aller au ballet, selon Édouard (l’un des héros homos), c’est comme faire son coming out : cela reviendrait au même. Dans le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant, Harvey Milk contemple symboliquement sa mort prochaine dans un opéra. Dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, Maria et Valentine prennent la pièce qu’elles répètent (et où elles doivent jouer le rôle d’un couple lesbien qui se déchire) pour réelle : « C’est une interprétation de la vie, parfois plus vraie que la vraie vie. » (Valentine) ; « C’est une pièce littéraire mais non moins vraie. » (Maria) Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien, l’un des héros bisexuels, a été fortement influencé par la carrière de théâtre-amateur de sa mère, fan des planches. Elle lui demandait de jouer sa réplique au théâtre. Plus tard, dans la laverie où il rencontre régulièrement Rémi, secrètement amoureux de lui et comédien de théâtre dans la vie, il doit également lui donner la réplique pour l’aider à apprendre son rôle dans Cyrano de Bergerac. Les deux hommes finissent par se prendre à leur jeu dramatique et à tomber amoureux l’un de l’autre. Rémi semble être attiré par le monde confiné et précieux de l’opéra : « Si tu vas à l’Opéra, tu seras le seul à pogoter ! »

 

Même si intellectuellement le héros homosexuel est capable de faire la différence entre la fiction théâtrale et la Réalité, dans son cœur ce n’est pas si net. La raison du cœur et la raison de la tête ne se retrouvent pas systématiquement : « Moi, ce que je veux faire, c’est du théâtre. » (Laurent Spielvogel dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « D’habitude, je ne m’identifie à aucun des trois personnages en particulier quand j’écoute cette scène. Je ne suis pas de ces amateurs d’opéra qui rêvent d’être Maria Callas souffrant aux pieds de Giuseppe di Stefano ou Renata Tebaldi aux prises avec le vilain Tito Gobbi, non, rien en moi ne me porte à m’imaginer en Floria Tosca plongeant le couteau dans la poitrine du sombre Scarpia. […] Je ne suis pas du tout porté à m’identifier aux personnages féminins plus qu’aux autres. […] C’est bien beau de sublimer, mais je commence à être pas mal vieux pour rêver que Jean Bersé se meurt d’amour pour moi ou que Guy Provost m’enterre sous des tonnes de fleurs coupées parmi les plus rares et les plus odorantes. Ce petit théâtre ne suffit pas à remplir ma vie ni à combler mon besoin d’amour. […] Je dis toujours à tout le monde, surtout à ceux qui le détestent, que ce que j’aime à l’opéra c’est que rien, jamais, n’est réaliste pour la simple raison que tout est chanté. C’est le théâtre parfait, la transposition complète : tout est permis parce que tout est absurde et tout est absurde parce que tout est chanté. C’est absurde de chanter de sublime façon pendant quinze minutes avec un poignard plongé dans la poitrine comme Riccardo dans Un bal masqué. […] Mais la beauté de l’opéra, souvent, tient justement dans la seule présence de la musique parce que ce qui est chanté est vraiment trop bête… On pardonne à la musique ce qu’on ne pardonnerait jamais au texte, on s’accroche aux sensations que nous procure la musique plutôt qu’au sens de ce qui est chanté, on se laisse aller à sentir plutôt qu’à penser. En fait, l’opéra nous donne la permission d’être quétaines ! Les chic connaisseurs de Bayreuth et de la Scala, l’engeance la plus snob et la plus discriminatoire du monde, le savent-ils qu’ils sont de vénérables quétaines ? J’y pense souvent et je ris dans ma barbe naissante. Alors, avec ce sens de la dérision qui me caractérise depuis mon enfance, cette façon que j’ai de toujours transposer ce qui ne fait pas mon affaire – les peines, les punitions, les revers de toutes sortes, pour les vivre à travers la culture plutôt que dans la réalité de façon à ne pas vraiment souffrir –, il me vient cette idée, sans doute parce que j’ai peur du premier amour qui pourrait me tomber dessus à tout moment, d’aimer en chantant ! Comme à l’opéra ! Je me vois me déclarer à un autre gars en serinant un air magnifique. » (Michel Tremblay, La nuit des princes charmants (1995), pp. 18-20) ; « Et des jeunes gens comme moi, amoureux fous de l’opéra, conscients ou non de leur différence, qui scrutaient chaque nouveau visage, beau ou laid, se présentant aux doubles portes d’entrée, à la recherche d’un signe de reconnaissance, d’un regard un tant soit peu insistant, peut-être même d’un sourire. Je tombais moi-même amoureux aux trente secondes, convaincu que tel ou tel spectateur regardait dans ma direction, plantait son regard dans le mien, hésitait à m’aborder. » (idem, p. 43) ; etc. Au fond, l’identification homosexuelle au théâtre ou à l’opéra marque un vide identitaire, un ennui existentiel, une absence ou une insatisfaction d’amour : « Il n’est pas étonnant que les héros d’opéra et leurs invraisemblables aventures m’aient autant passionné pendant cette période particulièrement plate de mon existence. […] Je vivais partout sauf à Montréal, à toutes les époques sauf à la mienne, dans toutes les couches de la société sauf dans celle où j’étais né : je hurlais à m’en péter les cordes vocales mes amours malheureuses et je suppose que ça me consolait de mes amours inexistantes. » (idem, p. 38) ; « Et il [Silvano] partit en courant vers le théâtre Odéon avec une agilité qui lui fit penser qu’il avait un corps de vingt ans. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 139) ; etc.

 

Le rapport qu’entretient le héros homosexuel par rapport au théâtre est idolâtre : il substitut le théâtre au Réel, et s’en venge si jamais il découvre que théâtre et Réel ne sont pas permutables. Par exemple, dans le roman Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, Dorian, le héros homosexuel, tombe amoureux d’une comédienne qui joue Roméo et Juliette de Shakespeare : « J’aime une comédienne : Sibyl Vane. […] Ne trouvez-vous pas que seules les actrices sont dignes d’amour ? » Mais il aura suffi d’une représentation médiocre pour qu’il la jette comme un déchet et la pousse au suicide.

 

Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, Madame Lucienne veut tuer au revolver l’Auteur « parce que le théâtre la fait souffrir depuis qu’elle est gosse ! Parce qu’au théâtre tout est faux ! » Oui : aux yeux du naïf idolâtre des arts, le seul crime/viol du monde fictionnel, c’est de ne pas parvenir à être réel !

 

L’adoration du personnage homosexuel par rapport aux cantatrices est également idolâtre. Il les conspue autant qu’il les adore : « Je déteste les cantatrices d’opéra, il est impossible de les faire taire. » (Cyrille, le héros homosexuel s’adressant à Regina Morti dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Elle [Vicky, l’actrice défigurée alias « Vicky Fantômas] était actrice, elle était une des victimes de l’attentat du drugstore, vous vous en souvenez ? Elle a été presque déchiquetée, elle a perdu l’usage d’un bras et d’une jambe. Parfois, elle vient s’asseoir dans les derniers rangs, la tête cachée dans un foulard. Je l’ai vue rôder ce soir devant le théâtre. » (le Machiniste dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Nous sommes enfermés dans le théâtre ? » (la Comédienne, op. cit.) ; etc.

 

En fin de compte, il détruit le théâtre ou l’opéra pour mieux prouver que ces derniers sont immortels, « réels », et que son acte cynique de destruction confirmera par son impuissance le « pouvoir » de la comédie, de l’irréel, du théâtre.

 
 

b) Les montagnes russes émotionnelles de la Drama Queen :

 

Comme le théâtre ou l’opéra athées éloignent du Réel, ils font fatalement vivre toutes les montagnes russes des sentiments et des passions du narcissisme humain qui peuvent exister : compassion sensibleriste, peur, surprise, tristesse (autoparodique), colère, violence (nous allons les décortiquer chacune). En général, le héros homosexuel passe par toutes les couleurs émotionnelles de l’arc-en-ciel. « Je ne savais pas que la vie c’était tant d’émotions ! » (Bryan, le héros homo du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 208) Dépression et pression assurées !

 

Liz Taylor dans "Suddenly Last Summer" de Joseph Manliewicz

Liz Taylor dans « Suddenly Last Summer » de Joseph Manliewicz


 
 

b) 1 – Rêverie narcissique émue :

Au départ, c’est le miel narcissique de la Diva émue par elle-même. Le héros homosexuel, à travers le jeu dramaturgique, plane sur son petit nuage : « Oh mon Dieu ! Mes yeux n’ont jamais vu de richesses pareilles ! » (Lourdes-Marilyn trouvant un miroir dans son coffre, dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier)

 
 

b) 2 – Peur et indignation :

Film "Guillaume et les garçons, à table!" de Guillaume Gallienne

Film « Guillaume et les garçons, à table! » de Guillaume Gallienne


 

Ensuite, le personnage homosexuel exprime son éloignement du Réel par la (mauvaise) surprise et la peur. Il s’horrifie devant son propre reflet spéculaire : cf. le film « Les Roseaux sauvages » (1994) d’André Téchiné (avec le coming out halluciné devant la glace), le recueil de poésies Le Cri écrit (1925) de Jean Cocteau, le one-man-show Jefferey Jordan s’affole ! (2013) de Jefferey Jordan, le film « Warum, Madame, Warum » (« Pourquoi, Madame, pourquoi », 2011) de John Heys & Michael Bidner, la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis (avec un poster qui parodie le tableau du Cri d’Edvard Munch, mais avec Omar Simpson), le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan (où Hubert, le héros homosexuel, a placardé sur la porte de sa chambre le tableau Le Cri d’Edvard Munch), etc. On le voit passer au registre de l’indignation muette, faussement contenue. Par exemple, dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Diane, la mère de Steve (le héros homosexuel) fait souvent des pauses théâtrales pour manifester son exaspération hallucinée (ex : elle s’arrête net dans la rue quand le sac plastique de ses courses se rompt).

 

Robert Mappelthorpe

Robert Mappelthorpe


 

Souvent, ce héros fait un focus sur le visage (le sien ou celui de l’acteur/actrice auquel il s’identifie) : cf. le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche (avec l’arrêt sur image du visage expressionniste et inquiet de Louise Brooks dans un de ses films des années 1920), la pièce Le Jour de Valentin (2009) d’Ivan Viripaev (avec Katia devant son miroir), etc. « Le boucher lui mit la tête dans la lunette, elle fixa des yeux le tissage du panier et se dit ‘Ce n’est pas vrai’ à l’instant où la lame lui coupait le cou. » (cf. la nouvelle « Les Potins de la femme assise » (1978) de Copi, p. 40) ; « Tous en ligne pour le tirage au sort. L’animateur tire le tableau Le Cri de Munch. Tout le monde crie. » (cf. les didascalies de la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier) ; « Quand je levai les yeux sur son image dans la glace, je bondis. » (Gouri, le narrateur bisexuel du roman La Cité des rats (1979) de Copi, p. 119) ; etc. Par exemple, dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi, la Reine a, selon le Rat, un « visage théâtral ». Dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, le tableau fétiche du couple homo Paul/Erik est la photo de la femme qui loupe son métro, et qui affiche une mine paniquée, décontenancée.

 

Film "Drugstore Cowboy" de Gus Van Sant

Film « Drugstore Cowboy » de Gus Van Sant


 

Le héros homosexuel commence à paniquer parce que, à cause du théâtre et de son éloignement du Réel, il ne se voit plus agir, il ne ressent plus ce que font ses mains, il ne comprend pas ce qui lui arrive ni son état schizophrène : « Qu’est-ce que je suis en train de faire ? » (le héros homosexuel suite à son coming out, dans le film « Komma Ut », « Coming Out » (2011) de Jerry Carlsson) ; « Mais de quoi étais-je donc le complice ?? Mais de qui étais-je donc complice ? » (Luca dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Oh mon Dieu !!! » (Zize, le travesti M to F dans son one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Oh mon Dieu. » (Micheline, le héros transsexuel M to F, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « I’m shoking !!! Oh my God ! » (Marina, le travesti M to F de la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud) ; « Oh mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! » (Evita dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Je ne sais pas… oh, mon Dieu, je ne sais pas ! » (Stephen, l’héroïne lesbienne après avoir repoussé Martin, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 134) ; « Oh, mon Dieu, quelle curieuse destinée que la mienne ! » (le Rat dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Oh mon Dieu, elle a reçu une balle dans l’œil ! » (Joséphine s’adressant à Fougère dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Oh, mon Dieu… » (Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Oh, mon Dieu, quelle décadence pour moi et notre famille ! » (Solitaire, op. cit.) ; « Oh mon Dieu, je suis perdu ! Elvire, je suis devenu comment dire ! Un homme de nuit qui frotte les murs de Paris pour autant dire un vampire. » (Pédé, op. cit.) ; « Même si Emma, malade de maladie, se dit, se dit, se dit… » (cf. la chanson « Hypocondries » du Beau Claude) ; « Chui désolée. Chui désolée. » (Charlène se confondant en excuses, dans les sanglots, après avoir tué son amante Sarah par asphyxie, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent) ; « Je suis désolé, je suis désolé, je suis désolé. » (Andreas face à son amant Stefan, dans le film « Katter », « Tomcat », (2016) de Klaus Händl) ; etc.

 

Par exemple, tout le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky filme une jeune danseuse bisexuelle qui s’observe avec angoisse dans le miroir. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, le héros gay efféminé, se scrute devant son miroir : « Je ne suis pas prête pour le gros plan, M. DeMille. Il va falloir attendre. ». Puis Alan surgit de manière impromptue dans la chambre, et fait sursauter Emory, qui hurle de manière théâtrale : « Oh mon Dieu ! Il m’en veut encore !! »

 

Film "Volver" de Pedro Almodovar

Film « Volver » de Pedro Almodovar


 

Le héros homosexuel se met en posture de surprise ou de honte… mais ce n’est jamais qu’une posture. Il joue sur lui les effets d’une action qu’il continue de poser ou qu’il a déjà posée, pour faire diversion et la cacher. « Mais qu’est-ce que j’ai fait ?!? Je l’ai tué !!! » (Peggy face au vieux Douglas qu’elle a assommé à coups de marteau, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; « Ah, j’l’ai tué : j’ai pas fait exprès… J’l’ai tué. » (Saint Loup dans le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot) ; « It’s a shame !  Such a shame ! » (cf. la chanson « Such A Shame » du groupe Talk Talk) ; « Mon Dieu, aide-moi !!! » (Wayne face au cadavre de Jimmy, dans la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper) ; « Mon Dieu… Qu’ai-je fait ? » (Marcelle, la mère dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti) ; « Oh ! Professeur ! Qu’est-ce que j’ai fait ! Excusez-moi ! » (Regina Morti ayant renversé le sorbet sur le professeur Vertudeau dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; etc.

 

La Drama Queen homosexuelle fait tout ce vacarme car elle ne veut pas, en réalité, assumer ses actes et sa complicité au mal qui l’assaillirait. « Donald !!! Donald !!! Qu’est-ce que j’ai fait ??? […] Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait ? Ça commence. L’angoisse. Je la sens. Seigneur, je n’y arriverai pas !!! » (Michael, le héros gay en larmes, après avoir traîné en procès tous ses amis homos, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) Par exemple, dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, Madeleine, l’héroïne, est la figure par excellence de la fugitive qui joue les persécutées fuyant le régime nazi, parce qu’en réalité elle couche avec l’ennemi et collabore sans l’assumer.

 

Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, part toujours dans des grandes crises réactionnelles, passant de l’effroi à la passion en allant jusqu’au dégoût le plus fort, juste pour le plaisir de mettre en scène ses émotions qu’il gère mal (d’ailleurs, il passe son temps à décrire l’hystérie de sa sœur Florence avec qui il maintient une relation très fusionnelle) : « Grand Dieu !! » ; « Doux Jésus !! » ; « Quelle situation abominable !! » ; etc.
 

Dans le film « Ossessione » (« Les Amants diaboliques », 1942) de Luchino Visconti, Gino, l’homme qui a commis un meurtre que sa conscience refuse de porter, cherchera à différentes reprises dans l’histoire à lire sur le visage des autres l’effroi qu’il ne peut plus lire en lui-même : il s’adresse à la danseuse (« Tu dois me trouver monstrueux… ») ou à la petite fille (« Tu trouves que je suis méchant ? »).

 

« N’oublie pas mon cher amour. C’est moi qui fais tomber le rideau. » (Vera l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Lola, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Je me retourne, et la frayeur imprimée sur les traits du garçon me frappe. » (la psychiatre face au cadavre de Cyril, dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 222) ; « Beauté d’une violence sauvage, dans l’Enlèvement de Proserpine, avec ce Pluton […] dont l’effroi se lit même dans la barbe. » (le narrateur homosexuel du roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 20) ; « Rabbi, j’ai peur d’un crime que je pourrais commettre. » (Louis dans la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner) ; « J’avais rêvé que j’observais le viol de lady Philippa par les vitraux brisés de la chapelle. En même temps, j’étais lady Philippa moi-même, contemplant terrorisée mon propre visage dans l’ouverture en forme d’ogive, depuis la pierre tombale où je subissais ce terrible attentat. En revanche, mon agresseur lui-même n’était dans mon rêve qu’une masse sombre et sans visage. » (Bathilde dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 303) ; « En entrant dans la pièce, je faillis pousser un cri. Face à moi, au-dessus de la cheminée, je venais de découvrir mon portrait en pied. Après quelques minutes dont je vous épargnerai la description (tremblements convulsifs et sueurs froides, grelottements et halètements, sensation d’égarement et de colère impuissante), je me rapprochai du tableau et me calmai en l’observant plus attentivement. Il ne s’agissait pas de moi, même si la ressemblance entre la jeune fille représentée et moi-même était troublante, mais d’une jeune femme en costume élisabéthain. […] La tête de la jeune femme, livide, était posée sur une grande fraise comme sur un plateau. Un tel air d’effroi se peignait sur ce visage que je sentis la pitié m’envahir. Le besoin de contempler le tableau d’encore plus près  […]. Imaginez mon épouvante, imaginez ma terreur, et dites-vous bien qu’en dépit de leur intensité elles ne surpassaient ni ma curiosité ni ma détermination ! » (idem, pp. 304-305) ; « Le désastre est total. » (cf. la phrase qui suit le départ de la reine Marie-Antoinette avec Virginie Ledoyen-Madame de Polignac, dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot) ; etc.

 

Dans les romans de Philippe Besson, l’effroi est considéré comme contagieux : « Il regarde dans ma direction. Je comprends à l’expression de son visage que le mien doit dire l’épouvante. » (Lucas, le héros homosexuel du roman Son frère (2001) de Philippe Besson, p. 38) ; « J’ai été frappé par l’expression affolée de ma mère, la peur sur elle, l’effroi. » (idem, p. 41) Luca, le cadavre en décomposition du roman Un Garçon d’Italie (2003), interroge le gendarme qui découvre son corps : « Pauvre carabinier : je te fais donc tellement peur ? » (p. 15)

 
 

b) 3 – Mélancolie et souffrance singées :

Film "Satreelex, The Iron Ladies" de Yongyooth Thongkonthun

Film « Satreelex, The Iron Ladies » de Yongyooth Thongkonthun


 

Après l’indignation esthétisée, c’est la tristesse teintée d’hilarité et de cynisme autoparodique qui marque la captation du héros homosexuel pour l’irréalité théâtrale. Il se laisse aller à la scénarisation complaisante de sa mélancolie et de sa souffrance. Comme une vraie Drama Queen ! : cf. le film « Lucky Luke » (2009) de James Huth (avec Jessie James interprétant Hamlet, avec un Melvil Poupaud en grande duchesse drapée), le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin (Alan pleurant au téléphone avec Michael au début du film), le dessin de saint Sébastien (2001) de Thom Seck, le one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc, le film « Mélodrame » (1976) de Jean-Louis Jorge, le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré (avec Jeanne en plein cœur de l’hiver), le film « The Saddest Music In The World » (2003) de Guy Maddin, le film « Homemade Melodrama » (1982) de Jacqui Duckworth, le film « Tristesse et Beauté » (1984) de Joy Fleury, le spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008) de Michel Hermon, la pièce Le Frigo (1983) de Copi (avec les points d’exclamation et d’interrogation), la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi, le sketch « Mélodrame » de Muriel Robin, etc.

 

 

Et voilà un florilège de l’inclination homosexuelle au mélodrame : « La tragédie, ça touche à l’essence même de l’être humain. On ne peut y échapper. » (un des profs de littérature d’Adèle, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche) ; « C’est le drame qui me fait avancer. » (cf. une réplique de la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo) ; « Le tragique est votre sujet de prédilection. » (le narrateur homosexuel se vouvoyant lui-même, dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, p. 215) ; « Il était de ces natures mélancoliques qui franchissent d’un bond les abîmes entre le désespoir et une joyeuse confiance, quittes à retomber ensuite un peu plus bas qu’auparavant. » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 178) ; « J’aime le cinéma avec une préférence pour les mélos. » (Billy, le héros homosexuel du film « Billy’s Hollywood Screen Kiss » (1998) de Tommy O’Haver) ; « On est tous acteurs de nos vies. Certains restent sur le bas côté. » (Michael, le maître de cérémonie de sa bande de copains homos, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Je m’accroche à la certitude que l’amour ne dure pas. » (Sylvie dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Nicolas aimait la mélancolie sur fond de musique funky. Dans l’ancien ventre de Paris, il s’inventait un art de vivre à distance, où toute valeur était périmée, toute vérité fausse. » (Benoît Duteurtre, Gaieté parisienne (1996), p. 35) ; « Les gays adorent dramatiser. » (François, l’un des héros homosexuels du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 126) ; « Je suis malheureuse !!! » (la geisha travestie M to F japonaise tragédienne dans le one-(wo)man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set) ; « Y’a eu une catastrophe !… J’étais effondré à cause de ma dinde ! » (Romain Canard, le coiffeur homo, par rapport à sa dinde au four, dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan) ; « Ô, mon Dieu, que quelqu’un vienne à mon secours, s’il vous plaît ! Les travelos me trucident ! » (Lou, l’héroïne lesbienne de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « J’ai presque couru jusqu’aux toilettes, comme si j’allais vomir au lieu de pleurer, me suis assise sur le couvercle de la cuvette et j’ai pleuré, pleuré, sans comprendre pourquoi. J’ai regardé mon reflet dans le miroir de la salle de bains, les traces de larmes, les yeux rouges, et je me suis souvenue d’une chose, juste une chose, d’un moment semblable, d’une époque semblable. Où je me regardais dans ce miroir. En pleurant. Je savais ce que c’était. La sonnette de la porte d’entrée a retenti. » (Ronit, l’une des héroïnes lesbiennes du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 167) ; « Je me suis enfermée à clé dans la salle de bains. Je me souviens des gouttes de sang écarlates dans le lavabo, d’une couleur incroyable, du tourbillon rouge et rose quand j’ai ouvert le robinet. Je me souviens d’avoir pleuré, un peu. D’avoir été étonnée de pleurer. De m’être regardée dans le miroir, au-dessus du lavabo, d’avoir vu mon visage en pleurs, sans reconnaître mon propre reflet. » (idem, p. 219) ; « Au secours ! Au viol ! » (le Gode vibreur dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont) ; « Le visage de la Reine qui pleurait à grosses larmes et criait : ‘Tout le monde me trahit, même les bateaux-mouches ! » (Bijou dans le roman La Cité des rats (1979) de Copi, p. 28) ; « Vous êtes la Sarah Bernhardt de l’Assistance publique ! » (l’Infirmière s’adressant à Cyrille, le héros homosexuel dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « J’aime être pathétique. » (Eddie, l’un des héros gays du film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Le mélodrame, ça a été toujours été ton truc. » (Erik s’adressant à son amant Paul dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs) ; « Ton côté mélo-drama typique des pédés, hahaha ! » (Polly, l’héroïne lesbienne s’adressant à son meilleur ami homo Simon, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 17) ; « Et toi, toujours aussi mélodramatique… » (Jean-Louis s’adressant à son amant Paul, dans la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset) ; « Nous sommes les amants maudits ! » (Raulito s’adressant à son amant Cachafaz juste avant de se suicider ensemble, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Nous sommes bien déchus, mon pauvre Chrysanthème ! » (la Reine s’adressant au vendeur d’eau, dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « J’ai un penchant pour le mélodrame. » (Ronit, l’une des héroïnes lesbiennes du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 25) ; « Je quitte cette maison. Elle est maudite ! » (Goliatha dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Quelle mauvaise idée, vouloir te déguiser en Édith Piaf. C’est moi, la tragédienne, pas toi ! » (Luisito s’adressant à Jacques dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 221) ; « Personne ne me veut du bien ! Je suis seul dans mon destin ! » (Ahmed dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « La jeune prostituée écrasa sa joue contre la vitre et se mit en pleurer convulsivement. » (cf. la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, p. 50) ; « Je suis terriblement heureux et insatisfait. » (Julien Brévaille dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 14) ; « Restons ici, ma Fifi ! Moi je vais mourir aussi ! C’est mon dernier printemps ! » (Mimi s’adressant à Fifi son autre compagnon travesti M to F comme lui, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Tu peux pas t’empêcher d’être théâtral. » (Vincent s’adressant à son amant Stéphane, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Avec toi, c’est tout ou rien. Tout de suite le mélo. » (Clément s’adressant à Louise, le personnage trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Danny, le héros homosexuel, est qualifié par Abbey, une de ses amies, de « Reine du mélo ». Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros homosexuel, dit qu’il a une tendance à « l’imitation de chanteuses mélodramatiques décédées comme Rosemary Clooney, Dionne Warwick, Ethel Merman » ; et son ami Lévi le soupçonne d’avoir une propension au mélodrame. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Rudolf, romancier homo, se met dans la peau de sa grand-mère, qu’il choisit pour héroïne de son nouveau roman. Il la décrit marchant au ralenti dans la vie, en train de regarder les passants : « Leurs mouvements sont beaux. Brusquement, elle pleure. » Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, tous les héros homos sont des Drama Queens, alternant les grandes crises pédaloïdes dépressives et les esclandres disproportionnées de folle capricieuse. Je pense notamment à la scène mélo (qui n’arrive même pas à arracher des larmes au spectateur) où Dany, embarqué par la police, avec sa fausse mèche blonde qui dépasse de la fenêtre, scande le prénom de son frère : « Ody !!!! Ody !!! Ody !!! »

 

Comme le héros homosexuel n’est pas totalement idiot et a des moments d’auto-réflexion sur le ridicule de son éloignement du Réel (il s’entend pleurnicher théâtralement), il mêle parfois le rire à ses larmes : cf. la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet (qui est une parodie des soap opéras, où tous les passions sont grossies à grands traits). « Triste elle fait la grimace devant sa glace. » (cf. la chanson « Tristana » de Mylène Farmer) ; « Maniaco-dépressif. » (cf. la chanson « If » d’Étienne Daho et Charlotte Gainsbourg) ; « Le malheur me va si bien. » (Valentine en veuve dans la pièce Le Jour de Valentin (2009) d’Ivan Viripaev) ; « Les vieux travelos éclatèrent de rire en se regardant dans la glace des chiottes. » (cf. la nouvelle « Les vieux travelos » (1978) de Copi) ; « Vidvn riait devant le miroir de l’archevêque, pavoisant. » (Copi, La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 125) ; « Je ris de me voir si con dans ce miroir. » (cf. la chanson « J’aimerais j’aimerais » (2007) de Jann Halexander) ; « La fête et le drame, c’est la même chose. » (Julien Brévaille dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 54) ; « Ah, je jouis ! » (« L. », le héros transgenre M to F de la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Je sanglote, et je jouis. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 47) ; « C’est un chagrin qui a du charme. » (cf. la chanson « Pleurer en silence » de Mélissa Mars) ; « Sentiment qui me mène à l’infini, mélange du pire de mon désir, je t’aime mélancolie. » (cf. la chanson « Je t’aime mélancolie » de Mylène Farmer) ; « Ma vie est une tragicomédie : elle est remplie de paradoxes. » (Lacenaire dans la pièce éponyme (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; etc. Mais l’auto-satisfaction narcissique que peuvent lui apporter ces instants de lucidité auto-parodique rajoute en général un écran à son désespoir et une couche à la conscience de son orgueil.

 

Par exemple, dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, le personnage de China est l’archétype de la Drama Queen dépressive qui se débat dans sa recherche d’irréalité, dans sa théâtralité : elle s’extasie (« Quelle chance ! Ah, quel bonheur ! ») ou s’horrifie (« Mon Dieu, j’ai mis trop de rouge ! Quelle foule ! Quelle excitation ! » ; « Ah, mon manteau de loutre est tout mité ! J’ai plus qu’à demander à la voisine qu’elle me prête son renard ! ») pour tout et pour rien. Cet excès (et amplitude) dans les réactions n’est qu’un signe de son indifférence à l’horreur, à la Vérité, et tout simplement à la Réalité (son bébé meurt d’empoisonnement par sa faute, et cela ne lui fait ni chaud ni froid, par exemple). Elle est un automate, une vraie bourgeoise. Dans le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Didier, le héros homosexuel, sombre dans une crise de pleurs hystériques face à un moineau mort, et parle ensuite de son « hypersensibilité artistique », donc en réalité de toute la charge esthétique et ironique de son étonnement agressif face au réel.

 

Après s’être perdu dans cette euphorie paradoxale de la mélancolie, le personnage homosexuel finit par se venger sur lui-même et sur les autres de sa propre naïveté…

 
 

b) 4 – Agressivité théâtralement sincère :

La tristesse du héros homosexuel (= de ne pas voir le théâtre se concrétiser suffisamment à son goût) laisse très vite place à la colère et à la destruction violente. Il prend le plaisir esthétique de s’énerver, de soupirer d’agacement : cf. le roman Tout m’énerve (2000) de Pascal Pellerin, le spectacle Tout m’énerve (1989) de Muriel Robin, la chanson « J’en ai assez » de Jenifer, la chanson « J’en ai marre » d’Alizée, la chanson « And I Hate You » de Mélissa Mars, le film « La Plainte de l’Impératrice » (1990) de Pina Bausch, la chanson « Adélaïde » d’Arnold Turboust, la chanson « Ça m’énerve » de Gunther, le film « Diva Histeria » (2006) de Denis Gueguin, le film « Office Lady Rape : Disgrace ! » (1986) d’Hisayasu Sato, la chanson « It’s A Sin » du groupe Pet Shop Boys, les films « The Shame » (2007) et « Kakaphony » (2007) de Ricardo Rojstaczer, le film « Outrageous ! » (1977) de Richard Benner, etc.

 

Il passe aux (auto-)insultes prononcées avec préciosité : « Vous êtes un vrai salaud… » (Suzanne, l’une des héroïnes lesbiennes de la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « J’enviais clairement chez Sophie, et pour cause, l’indescriptible laideur de sa nouvelle physionomie. » (Vincent Garbo parlant d’une de ses camarades de classe qu’il a défigurée avec de l’acide, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 65) ; « Je suis affreuse !! » (l’actrice Huma Rojo dans le film « Todo Sobre Mi Madre », « Tout sur ma mère » (1999) de Pedro Almodóvar) ; « J’ai à peine figure humaine’, constata-t-elle avec dépit en considérant son visage devant la glace. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 319) ; etc.

 
 

Alba – « Tu t’es regardée dans un miroir dernièrement ?

Zulma – Non.

Alba – Eh ben fais-le. Tu feras des cauchemars. »

(cf. dialogue entre Alba et sa mère Zulma dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet)

 
 

Le héros homosexuel trouve une forme de jouissance narcissique à rejouer les répliques des méchants de dessin animé : « Elle [Madeleine] est partie ! […] Où qu’elle soit, je la retrouverai ! […] De toute manière, elle n’ira pas loin… je suis sûr qu’elle n’imagine pas l’enfer qui l’attend. » (Heinrich dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 80) ; « C’est insensé ! Quelle bande d’incapables ! » (idem, p. 140) ; « Je suis folle ! Je suis folle ! Je suis folle ! Je suis folle ! Je suis folle ! Je vais me pendre à la vieille poutre apparente ! » (« L. », le héros transgenre M to F de la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « On se dit partout ‘connasses’. On s’insulte de sales pestes. » (cf. la chanson « L’Amour ça va » du groupe Mauvais Genre) ; « Je hais la baie de Gênes ! » (Cyrille, le héros homosexuel, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Ah je la [Linda] hais ! » (Loretta Strong, le héros transgenre M to F, dans la pièce éponyme (1978) de Copi) ; « Ordure ! Ordure ! Joséphine ? Oh, mon Dieu, j’ai fait un malheur ! » (Fougère dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Hubert, je vous déteste. » (Cyrille, le héros homosexuel, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Je n’ai pas commandé cette horreur. » (Cyrille à propos de la robe de chambre, idem) ; « Vous allez me raser cette monstruosité jusqu’à la dernière pierre ! » (idem) ; « Je passe regarder une vitrine de chaussures rue du Four, toutes me paraissent horribles. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 16) ; etc.

 

Film "Les Enfants terribles" de Jean-Pierre Melville

Film « Les Enfants terribles » de Jean-Pierre Melville


 

Par exemple, dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Élisabeth a besoin du miroir pour croire en son horreur, pour se la rendre réelle. Elle récite comme une femme possédée un discours « diabolique » : « Il faut rendre la vie invivable. Il faut être laide à faire peur… » Dans la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (2008) de Witold Gombrowicz, la reine Marguerite se plait à admirer, horrifiée, sa « laideur » devant son miroir au moment de commettre un crime. Dans le sketch « Bonne Maman » de Didier Bénureau, le comédien travesti fait résonner son rire sardonique pour montrer la jouissance narcissique d’une grand-mère fictionnelle qui fait souffrir sa fille et sa famille par l’intermédiaire d’un drôle de miroir : le téléphone. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, traite sa nièce Claire de « glaire », et dit qu’elle est « hideuse ». Dans le film « Friendly Persuasion » (« La Loi du Seigneur », 1956) de William Wyler, Mathilde, en se voilant la bouche avec son châle telle une musulman, s’épouvante elle-même devant sa glace.

 

Il y a chez certains personnages homosexuels un narcissisme de la destruction, à la Sabine Paturel : une jouissance de se montrer désespéré, capricieux, d’afficher ses accès de colère. « Simon raconte avec pudeur que le matin-même, il est allé dans l’appartement de Gilberto détruire chacune de ses affaires. Il a déchiré les chemises de Gilberto, consciencieusement, les unes après les autres, il a brisé le joli cendrier chiné ensemble contre la table du salon (Gilberto ne fume pas). Il a aussi déchiqueté les billets d’avion des vacances qu’ils avaient passés ensemble en Hollande, et tout un tas de papiers officiels. Simon dit ‘J’ai déchiqueté ces billets parce que c’est une manière de lui dire qu’il ne peut rien garder, même pas le souvenir heureux de ce voyage.’ Il a jeté par terre dans la salle de bain toutes les affaires de toilettes de Gilberto qui se sont cassées, parfum, rasoir, eau de toilette, etc., et sur le bureau, il a shooté son Mac, allant jusqu’à enfoncer complètement son pied dans l’écran. Il a écrasé des clopes sur le tapis en prenant soin de bien le cramer. Il a fermé les rideaux, parce que le soleil qui éclaboussait l’appartement le minait. Il est allé chercher un rasoir, et il a lacéré les rideaux. Il a fait le tour de l’appartement, et a trouvé à tout ce bazar quelque chose de touchant. Comme si sa rupture était enfin matérialisée par tous les morceaux éclatés de la vie de Gilberto, la leur depuis quelques mois. Il est allé chercher sa caméra chez lui. De retour dans l’appartement de Gilberto, il a filmé en laissant la caméra caresser ce champ de bataille de sa colère, en racontant (voix off) tout ce qu’il avait brisé. Il a terminé en filmant la boîte aux lettres dans laquelle il a laissé sa clef et y a donné un énorme coup de poing qui l’a complètement déformé. ‘Voilà. J’ai monté le film toute la journée, je l’ai appelé a-mor(t). Et c’est tout.’ » (Mike Nietomertz, Des chiens (2011), pp. 109-110)

 

On entend beaucoup de formules telles que « C’est atrrroce ! », « C’est glauque », « C’est abominable ! », « C’est affreux ! » en bouche des personnages homosexuels, en particulier les plus bobos ou les plus follasses. « Des larmes atroces coulent sur tes joues. » (Félix, l’un des héros homos du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 105) ; « Je suis absolument bouleversée, il vient de m’arriver une chose atroce ! Je me suis fait violer par mon chauffeur, c’est le mari de ma gouvernante, ce sont des gens terrifiants, elle s’habille en gitane pour me faire honte lors de mes réceptions. Elle surveille tous mes gestes, je l’ai surprise à me photographier dans ma baignoire ! Et son mari est un colosse qui m’a violée à deux reprises ! » (« L. », le personnage transgenre M to F s’adressant à Hugh, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « J’ai failli mourir d’une syncope ! Quelle journée atroce ! » (« L. », le héros transgenre M to F de la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Maria-José se demanda si la haine qu’elle ressentait pour son frère Pedro n’était pas pour quelque chose dans son atroce destinée. » (cf. la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, pp. 37-38) ; « Toute cette mise en scène hospitalière a quelque chose de carcéral, de concentrationnaire, et lorsque j’ai le malheur de m’entrevoir dans une glace, je frémis d’horreur en reconnaissant mes frères et sœurs juifs partis en fumée. Six millions de fantômes veillent à mon chevet, attendant que je les rejoigne. » (Émilie, l’héroïne lesbienne malade d’un cancer, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, pp. 183-184) ; « Le frigidaire qui parle, il y a quelqu’un à l’intérieur ? Oh non, c’est dégoûtant, pas ça ! Je ne sais pas mais c’est horrible ! Je le referme ! » (Loretta Strong, le héros transgenre M to F, dans la pièce éponyme (1978) de Copi) ; « Moi ?!? Être une femme ?!? Oh quelle horreur ! » (Samuel Laroque dans le one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Mais c’est ignoble ! C’est ignoble ! » (Micheline, le travesti M to F face au bébé mort, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Paris is horrible ! dit-elle, ouvrant les grands yeux. » (Marilyn dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 53) ; « C’est monstrueux ! » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Il y a des matins où je me regarde dans la glace et je me trouve affreuse. » (la Queta dans le roman Tiempos Mejores (1989) d’Eduardo Mendicutti) ; « Mon malaise s’estompait, mais l’image que me renvoya le miroir aurait pu être le fantôme d’une sœur jumelle morte. » (Laura, l’une des héroïnes lesbiennes du roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 118) ; « Tout à coup il s’aperçut dans une glace et demeura immobile, comme devant une apparition. Au milieu de ce décor qui ne parlait que de bien-être, l’austérité de son visage et de ses vêtements produisait un choc, et malgré lui il esquissa un geste d’horreur. » (Emmanuel Fruges dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 172) ; etc. Par exemple, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Jonathan propose à son amant Matthieu de regarder le documentaire « Atrocité de la pédophilie en Thaïlande ». Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand dépeint les différentes catégories d’homos qu’il a identifiées dans la communauté LGBT, dont « les hystériques ».

 

L’agacement, qui est en réalité une manière bon marché de se donner une contenance afin de masquer son manque de confiance en soi, est souvent le Joker brandit par la Drama Queen homosexuelle : « J’étais agacé par l’insistance de mon éditeur sur le nombre de nouvelles que devait comporter ce recueil. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Virginia Woolf a encore frappé » (1983) de Copi, p. 77) ; « Une dame ici ? Ce ne peut être que ma belle-sœur. Dites-lui que j’ai détesté sa robe de chambre et que je n’ai pas l’intention de les recevoir. » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi, p. 18) ; « Il est agaçant, ce conquistador ! » (le Jésuite dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Je la déteste. » (le narrateur homosexuel parlant de Marilyn, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 94) ; « En arrivant à la maison il y a toujours un drame : Marilyn ne veut pas que les enfants fassent du bruit parce que ça empêche Pierre de méditer, nous finissons toujours par nous insulter, je leur dis de partir tous les deux ensemble et nous foutre la paix, elle me gifle, m’accuse d’être la cause de la mort de son serpent, je lui donne des coups de poing, elle pleure. » (idem, pp. 74-75) ; « Mon énervement s’est transformé en colère froide, celle du juge. Avoir changé les pilules me paraît un acte criminel contre l’identité humaine. Comme s’il n’y avait pas assez d’hommes normaux dans le monde ! » (idem, p. 41) ; « J’suis colère ! » (Gisèle, le travesti M to F dans le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur) ; « Vous m’agacccez, jeune freluquet. » (Mademoiselle Adélaïde dans la chanson « Adélaïde » d’Arnold Turboust) ; etc. Et ce n’est pas un hasard si l’agacement, socialement, est souvent identifié comme un signe d’homosexualité. « Des fois, quand tu t’énerves, tu fais un peu… tu fais un peu… Tout ça pour te dire que tu devrais faire attention. » (Alice, la « fille à pédés » mettant en garde son meilleur ami homo Fred de ses manières efféminées, dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis)

 

Faire dire des mots forts, disproportionnés, est, dans l’esprit de beaucoup de créateurs homosexuels, une préciosité, une élégance, une nouvelle peau magnifique, une défense et une conjuration (inefficace !) de leur propre peur/cynisme/violence/haine d’eux-mêmes. « Le mélo, j’aime pas. Trop larmoyant. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Théââââtre et Opérâââ :

Dans la communauté homosexuelle, le théâtre dramatique et l’opéra sont des domaines où l’on rencontre énormément de personnes homosexuelles. Le théâtre a souvent constitué dans la construction identitaire de celles-ci une échappatoire idéale pour fuir les autres, le Réel et la différence des sexes : « L’art dramatique que je pratiquais au club du collège m’avait ouvert une porte inespérée. J’avais investi beaucoup d’efforts dans le théâtre. D’abord parce que mon père en était agacé et que je commençais, à cet âge, à définir toutes mes pratiques par rapport (et surtout contre) lui. Ensuite parce que, ayant un certain talent pour jouer la comédie, il constituait pour moi un espace de reconnaissance. » (Eddy Bellegueule, En finir avec Eddy Bellegueule (2014), p. 201) ; « Mes goûts aussi, toujours automatiquement tournés vers des goûts féminins sans que je sache ou ne comprenne pourquoi. J’aimais le théâtre, les chanteuses de variétés, les poupées. » (idem, p. 29) ; « Guillaume II est superficiel et agité, incapable de travailler sérieusement, sentimental et théâtral, arrogant et parfois même violent, et il recherche les applaudissements comme un homme de théâtre. » (Baechler cité dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, pp. 48-49) ; etc. J’en sais quelque chose puisque j’ai suivi pas mal de cours de théâtre, de la fac jusqu’à l’âge adulte. Et avec le temps, un certain nombre de personnes homosexuelles se sont installées dans ce cocon pourpre-velour avec leur(s) copain(s), afin que la scène théâtrale leur fournisse le « rôle de leur vie », leur identité et leur amour. Parmi elles, il y a pléthore d’artistes ébouriffants, de chanteurs lyriques, de costumiers, de comédiens bisexuels torturés (et torturants !) et de directeurs de théâtre. « À 5 ans sur scène, déjà ! À 65 ans sur scène… encore ! » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 19)

 

L’opéra, le théâtre et les ballets chorégraphiques (classiques ou néo-classiques) attirent énormément les sujets homosexuels. « Les grands thèmes qui fondent les mécanismes du théâtre (le double, le masque, le secret, l’aveu, le corps, etc.) sont étrangement noué à la construction de l’homosexualité. » (cf. l’article « Théâtre » de Xavier Lemoine, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 465) On compte parmi les cantatrices pas mal d’icônes gays : Mady Mesplé, Maria Callas, Elisabeth Schwarzkopf, Natalie Dessay, etc. Beaucoup d’égéries gays (je pense en particulier à Dalida, à Maria Callas, à Mylène Farmer, à Lady Gaga et surtout à Jeanne Mas) adoptent sur scène un vrai jeu de tragédiennes (regards fixes en l’air, concerts hollywoodiens, interpellation d’un personnage fictif rendu réel et présent, larmes et sérieux, création d’un scénario dramatique dans un univers qui pourrait se contenter de n’être que musical, etc.). Certaines d’entre elles sont même bisexuelles voire lesbiennes : Françoise Raucourt, Greta Garbo, Sarah Bernhardt, Joséphine Baker, Mylène Farmer, etc. Et chez les compositeurs d’opéras, il y a beaucoup de personnes homosexuelles : Benjamin Britten, Richard Wagner, Franz Schubert, Piotr-Illitch Tchaikovsky, Leonard Bernstein, etc.

 

Dans les années 1940-1950 en France, la police connaissait les viviers et les milieux où gravitaient les personnes homosexuelles. Et bien entendu, les théâtres en faisaient déjà partie. « Dans les grandes agglomérations, les homosexuels notoires et reconnus sont en général fichés par la police. ‘Sauf en période de Carnaval, Mardi Gras, Mi-Carême, ou avec une autorisation spéciale de la Préfecture de Police, il est interdit de se vêtir et d’évoluer en public dans un costume du sexe opposé’. Les artistes de variétés dits ‘travestis’ n’ont pas le droit de descendre en costume de scène dans la salle du cabaret ou du théâtre où ils travaillent. » (Jean-Louis Chardans citant l’article 331 du Code Pénal datant du 8 février 1945, dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 257) En 1908, selon Weindel et Fischer, les adeptes de l’homosexuels « se recrutent dans le monde des théâtres, ou dans les classes élevées de la société » (p. 91). Par exemple, dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, la Reine Christine, pseudo « lesbienne », produit des pièces de théâtre avec sa compagne Ebba : « Tes fêtes et représentations fastueuses mènent l’État à la banqueroute. » (la voix-off s’adressant à Christine) Elle ouvrira même le premier théâtre public de Rome. Autre exemple, Fritz Feldtmann, homosexuel, est le directeur du théâtre de Brenne.

 

C’est toujours le cas aujourd’hui. Dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko, qui connaît bien les lieux de sociabilité homosexuelle, décrit ceux qu’il appelle les « vautrés dans la culture » : « Ces hommes qui, à travers promenades et conversations érudites sur les pièces de théâtre, l’opéra, les musées ou les voyages, parlant le plus souvent deux à trois langues, vous font faire un marathon culturel en s’affirmant intellectuels et appartenant à une autre catégorie de gens. Entre eux et moi, l’argent s’imposait c’est vrai. Mais leurs convictions également. » (p. 122)

 

La confluence entre homosexualité et théâtralité n’est pas un scoop. La passion du théâtre, poussée à bout, conduit à une déformation, une inversion voire une destruction symbolique de la différence des sexes, donc au final à l’homosexualité : « Si on ‘joue’, alors on est capable de tout jouer, l’homme, la femme, la vie, la mort. » (cf. l’article « L’Acteur, médian sexuel » de Jean Gillibert, Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 94) ; « Ce soir ce que je vous propose, c’est de tout faire à l’envers : on va commencer par la fin d’ailleurs, on va tout bousculer, on va se mettre cul par-dessus tête, la tête à l’envers, on va dire ce qu’il y a derrière les mots, ce qu’on n’a pas le droit de dire, voire un peu ce qui n’est pas la réalité… Ce qui n’existe que dans les théâtres… » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier, p. 85)

 
 

b) Les montagnes russes émotionnelles de la Drama Queen :

 

En brouillant la frontière entre fiction dramaturgique et théâtre, beaucoup de comédiens, de metteurs en scène ou d’acteurs homosexuels basculent dans le métathéâtre. À travers ce métathéâtre, les acteurs se soucient moins d’agir que de s’analyser. Ils se regardent eux-mêmes jouer un rôle. C’est le théâtre dans le théâtre. Le métathéâtre est « une combinaison de l’esprit de la tragédie défunte avec les plus anciennes techniques de la comédie. » (cf. l’article « De la tragédie au métathéâtre », L’Œuvre parle (1968) de Susan Sontag, p. 179) ; « À la base de toutes les œuvres de métathéâtre se retrouve le sentiment de l’équivalence de la vie et du rêve. Mais les rêves peuvent être tranquilles, ou agités, ou tourner au cauchemar. Le rêve moderne, le rêve illustré par les créations du métathéâtre contemporain, est un cauchemar : cauchemar des répétitions, de l’enlisement de l’action, d’une sensibilité à bout de nerfs. » (idem, p. 183) ; « Il y a des musiciens sur la scène et un commentateur pour donner des explications au public et l’inviter à voir dans la pièce un jeu, une représentation. » (idem, p. 184)

 

Comme le théâtre ou l’opéra athées éloignent du Réel, ils font fatalement vivre toutes les montagnes russes des sentiments et des passions du narcissisme humain qui peuvent exister : compassion sensibleriste, peur, surprise, tristesse (autoparodique), colère, violence (nous allons les décortiquer chacune). Les personnes homosexuelles dépendantes du théâtre passent par toutes les couleurs émotionnelles de l’arc-en-ciel. Dépression et pression assurées ! Je vous renvoie par exemple à l’article « La Folle compliquée » (2011) de Didier Lestrade.

 
 

b) 1 – Rêverie narcissique émue :

Au départ, c’est le miel narcissique de la Diva émue par elle-même. Un certain nombre de personnes homosexuelles, à travers le jeu dramaturgique, feignent de planer sur leur petit nuage. Par exemple, dans son film autobiographique « Le Deuxième Commencement » (2012), André Schneider est metteur en scène de théâtre et raconte narcissiquement ses sensations pré et post-spectacle, de manière très bobo (il insiste notamment sur le silence, sur la sensation d’être éclairé par les projecteurs et de sentir son texte, son public, etc.). Dans le film autobiographique « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013), le comédien Guillaume Gallienne se raconte en train de vivre son parcours théâtral comme un « Grand Chemin de la Réconciliation avec Lui-même (… et avec sa mère) », sur un ton éthéré, mi-amusé, mi-ému.

 
 

b) 2 – Peur et indignation :

Ensuite, certaines personnes homosexuelles expriment leur éloignement du Réel par la (mauvaise) surprise et la peur. Elles vivent une forme de mort psychique, qui n’est pas la mort physique, mais déjà un transfert de volonté et un transfert d’âme… pas très évident à vivre. « C’est ça, la mort. La vraie mort. La mort directe, consciemment. […] Se détacher de son corps, du monde, en vitesse, dans l’effarement. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 94) ; « Ils étaient 119 sur moi !!! » (Guillaume, le héros bisexuel parlant de son calvaire au lycée et de ses crises de tachycardie dans le dortoir des frères des Écoles Chrétiennes, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; « Il m’arrivait d’avoir une dizaine de partenaires par soir. Oh mon Dieu… c’est horrible… Je n’en dirai pas plus… » (Ken Jones, militant homo racontant la « liberté » sexuelle au début des années 1980 avant l’arrivée du Sida, dans le documentaire « Lesbiennes, gays et trans : une histoire de combats » (2019) de Benoît Masocco) ; etc. Par exemple, lors de sa tournée MDNA World Tour 2013, la chanteuse Madonna, en intro, débute son concert par sa propre voix-off scandant « Oh my God » à intervalles réguliers.

 

EMMA Toilettes

 
 

b) 3 – Mélancolie et souffrance singées :

Après, c’est la tristesse teintée d’hilarité et de cynisme autoparodique qui marque la captation de certaines personnes homosexuelles pour l’irréalité théâtrale : cf. le docu-fiction « Enfances » (2007) de Yann Le Gal (avec la fascination d’Hitchcock petit pour les tragédiennes), le concert Jeanne Mas revient ! (2008) de Jeanne Mas au Trianon, etc.

 

« Jean adorait la tragédie. » (cf. le documentaire « Jean Sénac, le forgeron du soleil » (2003) d’Ali Akika) ; « Décidé à l’avance que mon histoire aurait un dénouement malheureux, le mal ne pouvait être qu’un leurre. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 126) ; « Bon, évitons de la jouer mélodramatique. » (André s’adressant à son amant Laurent au moment du départ, dans le docu-fiction « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; « Le mélo, ça a du bon. Ce n’est pas que négatif. Notre monde est tellement triste et terne. Un peu de mélo, ça ne fait jamais de mal. » (Michael Michalsky interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Peut-être n’a-t-on jamais filmé de cette façon la mélancolie d’un dimanche après-midi passé au cinéma lorsque la pluie tombe à la sortie ou celle d’être absent d’un groupe d’amoureux s’éloignant au bout d’une rue, insoucieux du désespoir d’un enfant exclu de leur joie simple. » (le journaliste Pierre Philippe décrivant le film « The Long Day Closes », « Une longue journée qui s’achève » (1991) de Terence Davies, dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 85) ; etc.

 

Pour ma part, depuis que je rencontre des personnes homosexuelles ou transgenres, je suis frappé de voir les profils dépressifs – et inconsciemment théâtraux – sur lesquels je tombe (en ne m’excluant pas du lot, dans la période où j’ai désiré pratiquer l’homosexualité ou lorsque j’ai carrément pratiqué). À tel point que je n’hésite plus, aujourd’hui, à qualifier le désir homosexuel comme un symptôme de maniaco-dépression, ou de théâtralité sincère. Celle-ci, je la lis et la vois dans toutes les œuvres fictionnelles qui traitent d’homosexualité et dans énormément de discours tenus par des personnes homosexuelles, y compris ceux qui veulent donner une image positive et authentique de l’homosexualité.

 

Par exemple, en lisant Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, j’ai l’impression d’entendre son auteur Denis-Martin Chabot pleurnicher pendant tout son roman, à travers ses personnages (qui d’ailleurs sont quasiment tous montrés à un moment donné en larmes, submergés d’émotion). On retrouve beaucoup d’archétypes mélos dans le choix de ces derniers : Ginette la compagne de Lucie qui s’en va en guerre en Afghanistan ; Marcel handicapé en chaise roulante après un accident ; Patrick le grand frère de Lucie mort tragiquement dans l’attentat contre les tours du World Trade Center ; Roger Marchand mort dans un accident de voiture ; Bertrand, l’acteur has been qui doit affronter le vieillissement et le deuil de son beau Patrick ; Ginette ou encore Bertrand qui sombrent dans l’alcoolisme ; Marc Saint-Jean emporté par le Sida ; Saïd et Ahmed le couple homo heureux qui se payent la foudre et Saïd qui y passe ; Imonfri infecté par le VIH ; etc. D’ailleurs, en leitmotiv, le roman contient çà et là de multiples références à la chanson « Voir un ami pleurer » de Jacques Brel. En parcourant ce livre, on a l’impression de voir une telenovelas, avec les catastrophes qui s’enchaînent, les situations relationnelles complexes et glauques (genre Lucie et sa copine Ginette ont un enfant grâce au don de sperme de Bertrand, le petit copain de Patrick, Patrick étant le frère de Lucie mort dans les Tours jumelles… et d’ailleurs, en hommage à Patrick, le fils de Bertrand et de Lucie s’appelle Patrick. Trop beau… Mais Ginette délaisse Lucie, et Lucie est aussi abandonnée par le père biologique de son fils). Les personnages d’Accointances semblent toujours accablés de tous les malheurs de la Terre, même s’ils cachent leur peine pour ne pas paraître théâtraux. Mais nous, lecteurs, on la lit en filigrane quand même à toutes les lignes, donc cette fausse pudeur nous apparaît encore plus comme un surplus de mélodramatisme, justement : « Lucie déprime, mais elle cache bien son désarroi pour que son fils ne subisse pas ses états d’âme. » (p. 29) ; « Jusque-là, elle avait réussi à berner tout le monde. » (p. 30) ; « Lucie cache bien sa détresse, stoïque comme la vie le lui a appris, mais elle sait qu’elle ne pourra pas tenir encore longtemps. » (p. 30) Il y a une esthétisation de la souffrance à travers l’identification à la veuve, mais à la veuve dans sa version bobo bisexuelle. « Pour l’acteur que le drame et la tragédie ont suivi pendant toute son existence, le destin semble enfin être généreux. Il aime et est aimé en retour. » (p. 55) On a l’impression de suivre une série américaine : soit c’est le scénario catastrophe (l’accident de tricycle de Marcel filmé au ralenti, le réveil de Marcel à l’hôpital, le père de Marcel qui bat sa femme et qui sort avec une call-girl blonde platine, l’oncle homo de Marcel qui collectionne les ruptures amoureuses et qui va vivre chez sa sœur, des familles recomposées, des histoires de famille tordues…), soit c’est les violons et les scènes guimauve. Sourire/Pleurs/Sourire/Pleurs. La maniaco-dépression, en somme.

 

L’histrionnisme homosexuel est un trouble de la personnalité proche de l’hystérie, caractérisé par un fort niveau émotionnel et un besoin d’attention exagéré. « Le 8 décembre 1990, la neige, à gros flocons, blanchissait la ville. […] Je déambulais au milieu des passants qui se délectaient de vins chauds et achetaient des lampions pour les enfants. […] Le contraste entre le souvenir de ma précédente visite à Fourvière et ce que j’expérimentais ce soir-là, seul et désabusé, augmenta mon sentiment d’inutilité et de gâchis de mon existence. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 99) Par exemple, lors de son concert à l’Essaïon (décembre 2007), Stéphane Corbin dit sa passion pour les chansons tristes et nostalgiques (notamment « A Sombra » du groupe Madredeus).

 

Comme l’individu homosexuel n’est pas totalement idiot et a des moments d’auto-réflexion sur le ridicule de son éloignement du Réel (il s’entend pleurnicher théâtralement), il mêle parfois le rire cynique à ses larmes. « La tragédie parfois revient, mais comme farce. » (Roland Barthes, Roland Barthes par Roland Barthes (1975), p. 85) ; « Le kitsch est empreint de faux dramatisme, de pathos et de sentimentalisme. » (Lionel Souquet, Le Kitsch de Manuel Puig (1996), p. 123) ; « La théâtralisation des souffrances dues à un idéal sentimental difficilement réalisable est à l’origine d’un humour spécifique qui caricature de façon ironique le milieu propre. Tout comme l’humour de tout autre groupe minoritaire, tels l’humour juif ou celui des Noirs américains, il n’est totalement compréhensible qu’aux membres du groupe. Cet humour emprunte nombre d’images aux comédies sentimentales hollywoodiennes. D’ailleurs, les héroïnes du milieu sont souvent des stars qui symbolisent la femme objet : cet être apprécié et sollicité pour ses qualités sexuelles tout en revendiquant d’être compris comme un être humain et fragile. » (Michael Pollack, Une Identité blessée (1993), p. 193) ; « J’ai voulu faire un drame à mécanisme de vaudeville. » (Jean Cocteau parlant de sa pièce « les Parents terribles », dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) Yves Riou et Philippe Pouchain) ; etc. Dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), Jean-Louis Chardans montre l’état maniaco-dépressif, les « accès subits de joie ou de cafard » (p. 378), le « romantisme exagéré ou déplacé » (idem), comme des indices d’homosexualité.

 

Mais l’auto-satisfaction narcissique que peuvent apporter aux personnes homosexuelles ces instants de lucidité auto-parodique rajoute en général un écran à leur désespoir et une couche à la conscience de leur orgueil. « Je crois que je me fige alors dans une souffrance esthétique. » (Jean Le Bitoux, Citoyen de seconde zone (2003), p. 59) La tragicomédie agit comme un masque temporaire : « Ce génie pour la découverte de formes absurdes, tragi-comiques de l’art théâtral fonctionnait comme une sorte de baume qui cicatrisait les blessures causées par ces rencontres violentes. » (Alfredo Arias parlant du travesti M to F Coco, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 16) Par exemple, c’est drôle qu’un gars aussi inexpressif que le réalisateur Gaël Morel fasse des films aussi chagrins et larmoyants (comme le film « Après lui », en 2006) par exemple. Et il avoue lui-même sa complaisance dans la mélancolie, même si celle-ci fuit la grandiloquence et prend la forme de la pudeur bobo : « Moi, j’étais très spleené dans mon adolescence… et j’adorais ça ! J’étais même très fier d’être aussi spleené. » (Gaël Morel pendant la rencontre-dédicace à la Librairie Les Mots à la Bouche à Paris, le 16 septembre 2008, pour la sortie du film « New Wave »)

 

Après s’être perdu dans cette euphorie paradoxale, l’individu homosexuel finit par se venger sur lui-même et sur les autres de sa propre naïveté…

 
 

b) 4 – Agressivité théâtralement sincère :

La tristesse de certaines personnes homosexuelles (= de ne pas voir le théâtre se concrétiser suffisamment à leurs yeux) laisse très vite place à la colère et à la destruction (symboliquement et parfois concrètement) violente : cf. la photo La Faute énorme de Duane Michal, les tableaux de Francis Bacon montrant des personnages qui hurlent, etc. Il y a chez la plupart des individus homosexuels un narcissisme de la destruction, à la Sabine Paturel : une jouissance de se montrer perdue (c’est le personnage de la « folle perdue »), capricieux, d’afficher son « goût du scandale (c’est le comportement dit de « folle ») » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 291) et ses accès de colère, pour « un peu » justifier son désespoir et sa complicité au mal.

 

Je vous renvoie à l’affection que portent certaines personnes homosexuelles à la mégère hystérique Cruela d’Enfer du dessin animé « Les 101 Dalmatiens » de Walt Disney par exemple (cf. le code « Reine » de mon Dictionnaire des codes homosexuels).

 

Les artistes homosexuels usent beaucoup d’une forme de métathéâtre qui emprunte au surréalisme agressif : le happening. Il repose principalement sur la maltraitance du public, mais aussi sur celle des comédiens entre eux. « Le surréalisme peut constituer un arsenal technique de la terreur. L’art moderne se fondant sur la découverte de l’irrationnalité du rêve sous les apparences logiques de la vie, on concevra aisément qu’il s’efforce de conquérir, en même temps que la liberté du rêve, sa puissance émotionnelle. » (cf. l’article « Les Happenings : Art des confrontations radicales », L’Œuvre parle (1968) de Susan Sontag, p. 415) Le happening a, selon Susan Sontag, trois caractéristiques essentielles : « En premier lieu, l’objectivation ou la dépersonnalisation des personnages ; en second lieu, l’importance accordée au spectacle et au bruitage, au détriment de la parole ; enfin, une volonté délibérée d’éprouver durement le public, en usant des techniques d’épouvante du surréalisme ». (idem, p. 417)

 

Sur scène ou dans leur quotidien, les personnalités homosexuelles théâtrales s’enlaidissent ou deviennent méchantes pour se prouver à elles-mêmes leur soi-disant « horreur » : « Elle a mis à chauffer la cire sur la cuisinière. Les pots ont explosé et le liquide brûlant a recouvert son corps comme une horrible robe dégoulinante. Elle a passé des mois à l’hôpital. Nous avons entendu son cri désespéré quand elle s’est regardée dans le miroir pou la première fois après l’accident. Nous étions à notre porte, sur la terrasse. Elle est rentrée comme une folle dans le poulailler et, pour se venger de sa tragédie, elle a égorgé, une à une, toutes les poules qui essayaient de s’envoler avec terreur. J’ai compris l’absurdité d’avoir des ailes sans pouvoir voler. Elle a fini par saisir le coq qu’elle a achevé avec les dents. Un nuage laissa filtrer les rayons d’une lune grise qui illumina le terrible visage monstrueux, ensanglanté par le sang du coq. Quelque temps après, elle est repartie. Elle a disparu dans la nature. Peut-être a-t-elle cherché dans la jungle la compassion des bêtes […]. Ce poulailler devint ma scène : il avait été le décor d’une véritable tragédie, je pouvais donc l’habiter de mes fantaisies. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 166-167)

 

Par exemple, lors de la spéciale Vampirisme et Homosexualité au Centre LGBT de Paris le 12 mars 2012, le romancier homo Tony Mark, le grand invité de la soirée, et auteur de beaucoup de fictions sur le vampirisme, a avoué que ce qui lui a plu dès son plus jeune âge dans le personnage de Dracula, c’est « sa théâtralité ».

 

On entend beaucoup de formules telles que « C’est atrrroce ! », « C’est glauque », « C’est abominable ! », « C’est affreux ! » en bouche des personnes homosexuelles, en particulier les plus bobos ou les plus follasses : cf. l’article « Eva Perón, parfaitement pas atroce » de Jean-Pierre Thibaudat dans le journal Libération du 8 juin 1993. Dans l’émission Radioscopie sur France Inter, diffusée le 3 avril 1969, Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, emploie souvent l’adjectif « atroce ».

 

« Ce fut un voyage épouvantable. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 88) ; « Tu n’étais pas contente de me voir pleurer, mais j’éprouvais une tendresse particulière pour la Princesse indienne de Patagonie. Le jour où on l’a fait prisonnière et où la sorcière de la tribu ennemie lui a arraché ses boucles d’oreilles, j’ai trouvé le monde injuste. J’aurais voulu pouvoir voler jusqu’à la Terre de Feu et la reprendre aux mains d’êtres aussi sauvages. Je sais : c’était un feuilleton radiophonique. Mais il me donnait un avant-goût des atrocités à venir. » (Alfredo Arias s’adressant à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), pp. 157-158) ; « À l’époque, il y avait de la discrimination partout. C’était affreux. » (Carmen Xtravaganza, le transsexuel M to F évoquant les années 1970 aux États-Unis, dans le documentaire « Let’s Dance – Part I » diffusé le 20 octobre 2014 sur la chaîne Arte) ; « J’ai horreur de ça. » (Karl Lagerfeld, s’exprimant toujours avec des expressions radicales, dans le documentaire « Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld : une guerre en dentelles » (2015) de Stéphan Kopecky, pour l’émission Duels sur France 5) ; etc.

 

Par exemple, dans le Figaro du 24 février 1980, le dramaturge homo argentin Copi fait une simulation d’interview avec ses propres personnages. Il s’adresse à la Eva Perón de son spectacle et lui fait faire sa promo d’Eva Perón : « En deux mots, quel ton voulez-vous que je donne à votre pièce ? » Et « Eva » de répondre : « Je voudrais que ce soit atroce. »

 

Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, le texte est parsemé (inconsciemment, je crois) d’adjectifs tels que « insoutenable », « atroce », « grotesque », « lamentable », qui marquent des postures interloquées. Dans les romans de Vincent Petitet, on décèle des marques de dandysme d’écriture, des tics de préciosité bobo-camp : il aime bien le verbe « toiser », par exemple, ou encore « C’est pas très glamour » ; tout ce qui marque une peur, une laideur ou une haine pas assumées. L’humoriste homosexuel Pierre Palmade adore utiliser l’expression « être sur les nerfs », et joue souvent des personnages d’excédés (tout comme sa complice lesbienne Muriel Robin, avec son fameux sketch de « l’Addition » ou de « la Réunion de chantier »).

 

L’agacement, qui est en réalité une manière bon marché de se donner une contenance afin de masquer son manque de confiance en soi, est souvent le Joker brandit par la Drama Queen homosexuelle. Et ce n’est pas un hasard si socialement il est souvent reconnu comme un signe d’homosexualité (cf. le fameux « C’est agaçant, à la fin ! » du chameau du dessin animé « Astérix et Cléopâtre » (1968) de René Goscinny, Albert Uderzo, et Lee Payant).

 

 

Dire des mots forts, disproportionnés, est, dans l’esprit de beaucoup de personnes homosexuelles, une préciosité, une élégance, une nouvelle peau magnifique, une défense et une conjuration (inefficace !) de leur peur/cynisme/violence. Par exemple, dans le « milieu » homosexuel, ça se traite facilement entre amis de « putes », de « pétasses », de « bitch », de « connasses », de « garces ». Les insultes fusent autour d’un féminin vulgarisé et insultant.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°58 – Ennemi de la Nature (sous-codes : Corps morcelé / Diable au corps)

ennemi de la nature

Ennemi de la Nature

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

 

Quand l’idolâtrie homosexuelle pour la Nature vire à la peur, au mépris et à la destruction de Celle-ci

 

On entend souvent dire par les détracteurs de l’homosexualité qu’elle serait contre-nature (Bible et experts natalistes à l’appui). « Pas du tout ! » s’insurgent les personnes homosexuelles qui pratiquent leur homosexualité : celles-ci soutiennent que leur désir homosexuel n’est pas un choix, que pour le coup leurs actes homosexuels ne seraient pas non plus totalement choisis, voire même qu’ils seraient très naturels pour elles puisqu’ils ne demanderaient aucun effort, seraient très corporels et procureraient un plaisir immédiat et simple. C’est la raison pour laquelle, dans le code « « Plus que naturel » » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, j’ai expliqué que, même si en soi les actes homosexuels sont contre-nature (car ils rejettent la différence des sexes qui est le socle de notre Humanité), en intentions et dans l’esprit de la plupart des personnes homosexuelles ils ne le sont pas et leur apparaissent même comme une célébration de la Nature. Car le paradoxe, c’est que les personnes homosexuelles pratiquantes détruisent la Nature, leur corps, l’écologie, au nom de la Nature, de l’idolâtrie des corps (asexués), d’une célébration excessive de l’écologie et des sens corporels.

 

Nous allons voir dans ce chapitre « Ennemi de la Nature » comment, malgré les bonnes intentions (scientifiques, artistiques, humoristiques, militantes, spirituelles), la grande majorité des personnes homosexuelles détruit concrètement la Nature, les Corps, parce qu’elles En ont peur et Les sentimentalisent. Elles pensent naïvement que la Nature domine l’Homme, le transforme en marionnette, qu’Elle est capable de se tromper, de pleurer, de rire, de réagir comme un humain, d’être « méchante » et « injuste ». Et certaines même se permettent alors de Lui en vouloir comme des amantes jalouses, et de se venger sur elles-mêmes de cette soi-disant « Cruelle Maîtresse » qui n’est que le fruit de leur propre anthropocentrisme individualiste et égocentrique.

 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Amoureux », « Scatologie », « Obèses anorexiques », « Frankenstein », « Extase », « Médecines parallèles », « Cannibalisme », « Jardins synthétiques », « Bobo », « Homme invisible », « Ville », « « Plus que naturel » », « Clonage », « Maquillage », « Pygmalion », « Se prendre pour Dieu », « Différences physiques », « Se prendre pour le diable », « Passion pour les catastrophes », « Miroir », « Moitié », « Fusion », « Poupées », « Main coupée », « Désir désordonné », « Focalisation sur le péché », « Icare », « Substitut d’identité », « Île », « Eau », « Vent », « Un Petit Poisson Un Petit Oiseau », « Animaux empaillés », « Voyage », à la partie « Couteau » du code « Inversion », à la partie « Règles » du code « Mariée », et à la partie « Tatouage » du code « Homosexualité noire et glorieuse », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 
 

 

FICTION

 

 
 

La Nature cruelle à punir

 

ENNEMI ennemi naturel
 

Dans le discours sentimentaliste et anti-naturaliste des personnages gays friendly ou homosexuels des fictions homo-érotiques, la Nature (biologique, animalement domesticable, minérale, humaine) est remplacée par l’idée de « nature humaine » (pulsionnelle, instinctive, bassement animale, ou carrément rationnalisée, sentimentalisée, homosexualisée, spiritualisée). « Quelle étrange nature, la nature d’un homme… » (cf. une réplique de la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias) ; « Pourquoi l’avait-on doté d’une telle nature ? » (la conteuse par rapport à Dorian et à son homosexualité, dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Accomplir parfaitement notre nature, voilà notre raison d’être. » (Lord Henry, idem) ; etc. C’est en se rabattant sur la défense de la « nature humaine » que certains personnages homosexuels croient défendre la Nature. Dans leur esprit, la nature-Cosmos poétique, sentimentale, va prévaloir sur la Nature réelle : « La terre me pèse un peu, bien sûr, mais j’aime l’idée de ne plus faire qu’un avec elle, de me fondre en elle, d’être envahi par elle, de m’en retourner en elle. » (Luca, le héros homosexuel du roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 61) ; « Les liens de l’esprit ont parfois plus de valeur que les liens du sang. » (Georges, un des héros homosexuels de la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; « Peu importe mon sexe, il s’agit de liberté ! » (Lou, l’héroïne lesbienne de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; etc.
 

Cette nature théorique, rattrapée forcément par la Réalité, finit par rentrer en conflit avec elle-même et avec l’Homme (car l’humain n’est pas pur esprit). « Désaccord entre l’âme et le corps… même si la flamme au cœur brûle encore. » (cf. la chanson « La Vie continuera » d’Étienne Daho) ; « Les liens d’Eros tout-puissant sont-ils plus attachants que les liens du sang ? » (cf. la chanson « Les Liens d’Eros » d’Étienne Daho) ; etc. Et l’Homme qui croit en la vérité de cette fausse nature finit par vivre lui aussi un conflit entre ses pulsions et son propre corps anatomique/le monde naturel extérieur.

 

« Nature, tu n’es pas naturelle. Tu seras donc mon ennemie ! » Voilà le credo paradoxal du héros homosexuel. Comme la Nature et la Réalité n’obéissent pas à tous ses désirs, il se met à En avoir peur et à Les présenter comme de terribles dangers surnaturels à combattre. Dans de nombreux films, ce sont les éléments naturels qui sont montrés comme responsables de la mort ou des malheurs qui surgissent dans la vie des protagonistes homosexuels : cf. le film « L’Ennemi naturel » (2003) de Pierre-Erwan Guillaume (avec la marée montante), les films « Le Temps qui reste » (2005) et « Action Vérité » (1994) de François Ozon (avec la diabolisation des menstruations féminines), le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude (avec les habitants d’une île qui ne leur fait pas de cadeaux et les tue un par un), le film « The Birds » (« Les Oiseaux », 1963) d’Alfred Hitchcock, le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa (avec la forêt dévorante), le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot (avec la mort de Saïd, foudroyé par un éclair), le film « Giorgino » (1994) de Laurent Boutonnat, etc.

 

Par exemple, dans le roman Le Froid modifie la trajectoire des poissons (2010) de Pierre Szalowski, le grand froid paralyse Montréal. Dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, les nuages sont vus comme des dangers par Stella et Dotty, le couple de femmes âgées lesbiennes… et plus tard, à cause de la montée des eaux sur l’île qu’elles visitent, Dotty manque de se noyer. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, la pluie diluvienne et orageuse qui écourte la soirée LGBT en terrasse oblige les occupants homosexuels de l’appartement d’Harold et Michael à vivre la séance de torture que va être le jeu « Action ou Vérité ». Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Frankie, le héros homosexuel, voit son appartement de San Francisco envahi par les souris. Finalement, il s’accoutume à ces rongeurs qui l’angoissaient, puisqu’il finit par s’acheter une cage et une souris. Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien, l’un des héros bisexuels, a roulé en voiture sur un hérisson. Le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo Nathan, avec son amant Arnaud, sont pris dans une tempête de neige et sont rendus invisibles dans leur voiture. Nathan s’est imaginé un accident dans lequel une voiture leur rentrait dedans : « S’il y avait une voiture qui rentrait dans la nôtre, on rencontrerait notre voiture calcinée. » Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le jeune héros homo de retour de colonie de vacances, s’étonne de passer devant une forêt dévastée : « On a eu une tempête de folie. J’avais jamais vu ça. » lui dit Tereza, lesbienne, venue le chercher en voiture. Il ne reconnaît plus le jardin familial : « Y’a eu la Troisième Guerre mondiale dans notre jardin ? » « C’est la tempête. Elle a tout ravagé. » lui répond Glass, sa mère. Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, Virginia Woolf a des hallucinations en lien avec une nature qui l’envahit : ça commence par des visions de lierres qui grimpent partout et envahissent son intérieur ; puis elle est attaqué par un groupe de corbeaux.

 

« Le courant est en train de m’emporter. […] Je me suis laissé entraîner par la marée. Mon corps s’est fracassé contre les rochers. Depuis, on ne me voit plus. » (Santiago s’adressant à son amant Miguel, dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León) ; « Les animaux me font flipper. » (Johnny, l’un des héros homosexuels dans le film « Children Of God », « Enfants de Dieu » (2011) de Kareem J. Mortimer) ; « Élève-toi avant que les chênes ne t’étouffent. […] Toi, tu n’es qu’un arbre banal. » (Négoce, l’un des héros homosexuels de la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) ; « Les nuits sans sommeil se faisaient sentir. Jane avait lu quelque part que c’était la façon dont la nature préparait les mères à ce qui allait suivre. Si c’était vrai, la nature était une garce. » (Jane, l’héroïne lesbienne enceinte, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 42) ; « L’Océan est traître, hein, Doni ? » (un collègue secouriste s’adressant à Donato, le héros homo, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; « La Plage du Futur est une plage dangereuse. » (Donato, idem) ; « L’air est si salé qu’il ronge le béton et le fer. » (Donato s’adressant à son amant Konrad, idem) ; « Le vent est parfois si méchant. » (Suki, l’héroïne lesbienne parlant de son billet envolé et qui lui a fait perdre son train, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Je vais t’aimer de plus en plus fort, et c’est toi qui vas m’aimer de moins en moins : c’est la nature. » (Diane, la mère s’adressant à son fils homo Steve, dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan) ; « La campagne, franchement, j’en ai rien à foutre. » (Carole, l’héroïne lesbienne du film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini) ; « Cette foutue météo ! » (c.f. la chanson « La Femme au milieu » d’Emmanuel Moire) ; « Toute ma vie je me suis sentie coincée dans mon propre corps. » (Morgane, héros transsexuel M to F, dans l’épisode 405 de la série Demain Nous Appartient, diffusé sur TF1 le 21 février 2019) ; etc.

 

Film "Suddenly Last Summer" de Joseph Mankiewicz

Film « Suddenly Last Summer » de Joseph Mankiewicz


 

En réalité, le personnage homosexuel ne fait que projeter sur la Nature sa propre méchanceté et ses fantasmes (car objectivement, aucun animal ne tue pour le mal ; les tremblements de terre ne sont pas « méchants » ; et la pluie n’est pas le ciel qui pleure) afin de n’assumer ni son identité profonde (d’homme ou de femme, d’Enfant de Dieu), ni l’existence de Dieu, ni la responsabilité de ses actions : « C’est pas de ta faute, c’est la nature. » (cf. la chanson « Petit Pédé » de Renaud) ; « Nul n’a le droit en vérité de me blâmer, de me juger. Et je précise que c’est bien la Nature qui est seule responsable si je suis un homme oh ! comme ils disent. » (cf. la chanson « Comme ils disent » de Charles Aznavour) ; « De façon ravageuse, la Nature est tueuse. » (cf. la chanson « Fuck Them All » de Mylène Farmer) ; « Notre Mère Nature m’a fait porter un sacré coup… en me faisant naître dans une petite ville de l’Indiana. » (Billy, le narrateur homosexuel du film « Billy’s Hollywood Screen Kiss » (1998) de Tommy O’Haver); « Cette Nature toute de feu et de glace ne pouvait admettre le tiède. » (la voix-off de Jean Cocteau dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville) ; « La Nature est cruelle. Sébastien l’avait toujours su depuis sa naissance. J’ignorais que nous sommes traqués, tous dévorés par l’avide Création. Je refusais d’affronter cette horrible vérité. Quand soudain, l’été dernier, j’ai appris que Sébastien disait vrai, que ce qu’il m’avait montré aux îles Galápagos était l’horrible, l’inéluctable vérité. » (Mrs Venable parlant de son fils homosexuel, tué par des mains d’hommes – la pègre de ses ex-amants –, dans le film « Suddenly Last Summer », « Soudain l’été dernier » (1960) de Joseph Mankiewicz) ; « Vous ne trouvez pas que la Nature fait penser à la mort ? » (Marianne dans le film « L’Arbre et la Forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ; « Mon corps, il m’a trahie. » (Hadda dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 197) ; « La Nature est injuste ! La Beauté est injuste ! Et bien le corps aussi ! » (cf. une réplique de la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je suis une femme coincée dans un corps d’homme. » (Mia, le héros transsexuel M to F de la série Hit & Miss (2012) d’Hettie McDonald) ; « À l’avenir, je me violerai sur un tapis dans le pré. » (Anthony, l’un des héros homosexuels du roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « Parfois, il arrive que la nature joue un mauvais tour à un homme. » (Joe travesti en Joséphine et s’adressant à Alouette, dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Juliette, l’héroïne lesbienne, a du mal à accepter son corps : elle ne veut pas aller se baigner, enlever son survêtement quand il fait chaud, etc. Dans le film « Corpo Giusto » (2010) de Jennifer Norton, Antonia est une jeune femme qui croit qu’elle est née dans le mauvais corps.

 

Le corps sexué est considéré comme un dieu diabolique, et comme une « erreur », une poupée à détruire, à transformer, à reconstruire à sa guise, à déformer, à nier parce qu’il est vivant et bien plus noble que le corps animal : cf. le roman Le Diable au corps (1923) de Raymond Radiguet, la pièce The Dog Beneath The Skin (1935) de Wystan Hugh Auden et Christopher Isherwood, le roman Le petit galopin de nos corps (1977) d’Yves Navarre, le roman Mon corps ce doux démon (1958) de Pierre de Massot, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, la chanson « Sans logique » de Mylène Farmer, la chanson « Mon Démon » du Teenager dans la comédie musicale La Légende de Jimmy de Michel Berger, le film « La Chair et le Diable » (1927) de Clarence Brown, le film « Odio Mi Cuerpo » (1975) de Leon Klimovsky, le film « Stranger Inside » (2001) de Cheryl Dunye, le film « Corps perdus » (2012) de Lukas Dhont, etc.

 

Vidéo-clip de la chanson "Le Diable au corps de Clara Morgane

Vidéo-clip de la chanson « Le Diable au corps » de Clara Morgane


 

« J’suis mal dans ma peau. » (cf. la chanson « S.O.S. d’un terrien en détresse » de Johnny Rockfort dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; « Le corps est le pire des traîtres. » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 61) ; « Pourquoi ce corps ? se demandait M. Fruges. Pourquoi l’esprit est-il lié à une chair d’où lui viennent toutes ces convoitises ? » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 138) ; « Ce pauvre corps dans lequel je me suis tellement ennuyé… » (Fabien, idem, p. 83) ; « Le soleil dort encore, j’ai le diable au corps, la nuit me jette un sort. » (cf. la chanson « Le Diable au corps » de Clara Morgane) ; « Le diable s’est incarné. Il a pris corps en vrai. » (Vincent Byrd Le Sage dans son one-man-show Le Maître des ténèbres : confession d’un ange déçu, 2003) ; « Mourad a le démon de la réussite et le diable au corps. » (Christophe Bigot, L’Hystéricon (2010), p. 23) ; « C’est maman qui avait raison : t’as vraiment le diable au corps. » (Sandrine s’adressant à son petit frère Julien, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche, l’épisode 8, « Une Famille pour Noël ») ; « J’ai vraiment un corps de base. Si j’étais une voiture, je serais sans option. Mon père m’a eue en soldes. C’est un radin. » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « Maintenant, mon corps me dit : ‘Fais ta vie. Je fais la mienne. » ; « J’ai peur quand on me touche. » (Juna, l’une des héroïnes lesbiennes de la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Jane se vit vomir un petit diable dans l’allée centrale, l’horrible créature se tortillant, impuissante, sur les dalles de pierre. » (Jane l’héroïne lesbienne à l’église, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 199) ; « Je suis arrivé au Mexique encore vierge. Je repars en Russie débauché. Mon corps est un étranger. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; etc. Par exemple, dans la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet, Mercedes, la nymphomane, déclare qu’elle a le diable au corps. Dans la chanson « Burning Dancefloor » de Cassandre, il est question du diable au corps.

 

On retrouve assez fréquemment le symbole du corps humain morcelé, écartelé ou violé dans les fictions homo-érotiques : cf. le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, les œuvres de Yan Zhichao, La pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi (avec Fifi, le travesti M to F qui se fait couper une oreille, puis l’autre), le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin (avec des types découpés en dix morceaux), le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont (avec Sofia, la femme-tronc), la chanson « La Femme coupée en morceaux » de la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi (avec le corps du bébé Katia « presque décomposé », en putréfaction), le film « Corps à corps » (2009) de Julien Ralanto, la pièce musicale Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt, le film « Queens » (2012) de Catherine Corringer, la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1985) de Copi (avec la femme de ménage bardée de prothèses), la nouvelle « Les Garçons Danaïdes » (2010) d’Essobal Lenoir (avec le corps tranché de Pascal), le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, le film « Les Corps ouverts » (1998) de Sébastien Lifskitz, le roman Le Corps des anges (2005) de Mathieu Riboulet, le film « Smooth » (2009) de Catherine Corringer (avec le corps pâte à modeler), le film « Corps inflammables » (1995) de Jacques Maillot, le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, etc. Par exemple, la pièce En panne d’excuses (2014) de Jonathan Dos Santos commence par un flash-info radiophonique annonçant qu’une jeune femme de 25 ans a été retrouvée morte dans un champ de colza, découpée en morceaux par le « Tueur à la Hache ».

 

Le corps sexué est rendu immatériel, est annulé par la métaphore poétique, spirituelle, sensuelle, métaphorique, érotisée (cf. je vous renvoie au code « Extase » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Du bout des doigts je lis l’amour en braille. Ton épiderme me fait sa déclaration. » (le Comédien, dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier, p. 57) ; « Le corps de Pierre, le cul de Pierre, la queue de Pierre. Il faudrait désormais aussi compter avec le cœur de Pierre. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Cœur de Pierre » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 54) ; « Mon corps est moins pur que mon âme, je le disperse et je l’offre. » (Max Jacob dans le film « Monsieur Max » (2007) de Gabriel Aghion) ; « Je suis un pur esprit. […] Je ne veux pas ré-intégrer mon corps : c’est trop barbant ! » (la figure d’Érik Satie dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou) ; « L’électricité a envahi mon corps. J’ai joui ! » (Nathalie Rhéa parlant de sa rencontre avec Tatiana, dans son one-woman-show Wonderfolle Show, 2012) ; « Que laisserons-nous de nous, moitié anges moitié loups, quand nos corps seront dissous dans la langueur monotone du premier frisson d’automne ? » (Luca dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Finalement, ils se sont rendus compte qu’elle n’était pas fracturée. » (Joséphine s’adressant au téléphone à Alain Richepin, le rassurant sur l’état de sa fille lesbienne Romane qui n’est pas accidentée, dans l’épisode 68 « Restons zen ! » (2013-2014) de la série Joséphine Ange gardien) ; etc.

 

Le corps morcelé apparaît particulièrement chez des auteurs homosexuels tels que Copi, et plus largement ceux qui ont confondu le corps avec une marionnette, ou bien la Nature avec l’image fantasmée qu’ils s’En sont faite : « Mais vous êtes en lambeaux ! Venez que je vous ramasse ! Je vous recouds, Linda ! Vous êtes pas belle à voir ! […] Linda, j’explose ! Oh merde, il faut que je me ramasse toute seule ! Ça va être du joli pour recoller tous ces doigts ! Il y a des cheveux collés sur tous les murs ! […] Sans compter que c’est pas facile à scier des hommes aussi grands ! » (Loretta Strong, l’héroïne transgenre M to F, s’adressant à Linda, dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi) ; « Michael et moi nous récupérons les petits corps : Pigg n’a plus de bras, à Moonie lui manque la moitié de la poitrine, Rooney a la figure déchiquetée, nous récupérons aussi la tête de la louve qui flotte près de la plage et ma jambe en métal qui est ramenée par la mer. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 104) ; « Vous pouvez déjà me donner la queue et les cornes. Et les oreilles. En plus elle n’a besoin que d’un œil. » (le Jésuite s’adressant au Rat en parlant de la vache, dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Cachafaz chéri, mon trésor, si tu permets, je vais dehors découper le flic en rondelles. » (Raulito s’adressant à son amant Cachafaz, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Son corps en désordre. » (cf. la description d’Arlette dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, p. 151) ; « Christian vit se confondre devant ses yeux Jacqueline, en tenue sportive, et Linda Davis, habillée en peau de léopard, qui s’acharnaient à coups de canifs sur son visage ; elle lui coupèrent les oreilles, le nez et les lèvres avant de lui arracher la langue et de lui crever les yeux. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Césarienne » (1983) de Copi, p. 73) ; « Oh merde, ils m’ont déchiré le bras. » (Maria parlant des chiens, dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « J’y prends le rasoir jetable de Marcel et dans le cagibi à bricolage, d’un coup de marteau le brise en miettes contondantes ; du plus gros bout de lame récupéré je me taillade le visage aussi profondément que je peux, ne m’épargnant pas lèvres et paupières, et retourne tout sanguinolent me coucher sur le ventre, la tête dans mon oreiller buvardant larmes et sang. » (Vincent Garbo, le héros homosexuel du roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 59) ; « Esti [l’un des héroïnes lesbiennes] s’était entaillé le genou. Elle n’arrêtait pas de se faire mal partout ; il lui était pratiquement impossible de sortir indemne d’une heure de gymnastique ou de traverser la cour sans tomber. Ses genoux et les articulations de ses doigts étaient en permanence constellés d’égratignures : fraîches, à demi cicatrisées, anciennes. » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), p. 214) ; « Vous rêviez toutes de cet homme, et vous l’avez écartelé. » (Magdalena parlant du Prince au corps morcelé, dans la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet) ; etc. Par exemple, dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, Daniel, l’un des héros homosexuel, donne sa définition personnelle du verbe « vivre » : « Le sourire aux lèvres, continuer à vivre en pièces détachées. »

 

Le corps morcelé, à mon sens, est une esthétisation éclatée d’un viol réellement vécu par le héros homosexuel, ou au moins du fantasme de viol (= peur de la sexualité) qu’est le désir homosexuel. « Elle est rentrée en moi. J’ai cru que j’allais exploser. » (Irène après sa première relation lesbienne, dans la pièce Ma première fois (2012) de Ken Davenport)

 

Au fond, le personnage homosexuel pratiquant méprise le corps humain parce qu’il cède trop souvent à ses pulsions sensuelles et érotiques qui lui retirent la noblesse, la beauté et le caractère sacré de ce dernier, parce qu’il a peur de la (découverte de sa) sexualité. Ce qu’il abhorre dans le corps, c’est uniquement le mauvais usage de ses instincts corporels : « Je comprends pas mon corps. Le plaisir qu’il trouve, et qu’il prend, à savoir les yeux d’Irène dans un coin du miroir. Sa volonté de se soumettre aussi vite à la nécessité qui l’oblige. Ce que sa main droite est en train de faire sous le drap bleu, qui me donne la honte rouge. » (le narrateur du roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 86) ; « J’ai l’impression d’être prisonnier de mon corps, de n’avoir aucun contrôle sur les choses. » (Chris, l’un des héros homosexuels du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 173) ; « Je pense que je suis plus de la bouche et du nez que du corps entier. » (Alexandra, la narratrice lesbienne libertine du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 72) ; « Ma mauvaise nature m’avait appris que mon plaisir était plus grand quand il était pris sans prudence, à l’instant où il se présentait. Voilà maintenant que je pensais contre la réalité, m’imaginant comme une femme qui vivrait avec une autre femme, dans, si j’ose dire, la sécurité d’un couple. J’étais toujours impressionnée par ce rêve que j’avais fait et qui se passait en Grèce, où des femmes ensemble s’adonnaient sans retenue à tous les excès. […] [Une idée m’obsédait :] assouvir cette faim que j’avais du féminin. D’autant que je prenais conscience que seul le corps, chez les femmes, m’intéressait. Je ne me sentais pas capable d’aimer vraiment. Mon désir se manifestait dès que le corps d’une autre me paraissait accessible, me souciant seulement du plaisir que j’en espérais. On ne peut pas appeler cela de l’amour. En société, j’imaginais les femmes qui m’entouraient déshabillées et offertes, et très vite, dans un état presque halluciné, je leur prêtais des postures ou des situations que je n’ose décrire, même dans mon carnet… Ma cruauté, dans ces instants, me préparait à l’idée qu’un jour je n’aurais plus vraiment de limite et que mon « vice » m’avalerait entièrement. Je combinais et raisonnais de plus en plus en fonction de lui, sentant bien que, quand j’étais dans ces étranges dispositions, en crise, comme on dirait, c’était lui qui déterminait tout ce que je pensais et faisais. J’avais imaginé un moment demander à la petite voisine de passer me voir afin de faire ensemble ce que je l’avais obligée à faire seule devant moi, sachant combien j’aimais à outrepasser la pudeur des autres, pour le plaisir que son viol me donnait. Cette envie ne me quittait pas, mais je devais résister, c’était trop risqué. […] J’avais peur de moi. Quand je sentais monter ce besoin de chair, peu m’importaient les moyens et la figure de celle qui me donnerait ce qu’il me fallait. […] Je voulais ma nuit avec une femme, comme l’on veut sa naissance. » (idem, pp. 56-57) ; etc.

 

Comme le héros homosexuel ne veut pas assumer la gravité des actes homosexuels qu’il pose, il va chercher à détruire la Nature et le corps sexué des humains (à commencer par le sien). « À bas la Nature ! Vive l’art ! » (Michel Blanc en Mr Mosc, dans le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes) ; « Ce soir-là, elle se contempla dans la glace et, se détaillant, elle détesta son corps avec ses épaules musclées, ses petits seins fermes et ses minces hanches d’athlète. Elle devait toute sa vie traîner ce corps comme une entrave monstrueuse imposée à son esprit […]. Elle eût voulu le mutiler […]. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 246) ; etc. Par exemple, dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, Julien Brévaille, l’un des héros homosexuels, détruit la Nature par le feu puisqu’il est pyromane. Dans le film « Tu n’aimeras point » (2009) de Haim Tabakman, Ezri et Aaron, les amants homos, travaillent dans une boucherie.

 

Pour appliquer un vernis efficace de déni et de mauvaise foi sur sa haine et sa destruction effectives de la Nature, le personnage homosexuel a tendance à se réfugier dans la caricature des naturalistes (ou essentialistes) qui lui tendent un miroir relativement justifié de ses pratiques. Cette caricature consiste à imiter des fondamentalistes religieux, des parents familialistes traditionnalistes hétérosexistes, des savants natalistes rapidement scientifiques qui répètent à tue-tête « contre-nature, contre-nature, contre-nature », sans jamais leur permettre de parler d’Amour ni d’expliciter ce qu’ils mettent derrière le mot « Nature »… pour ensuite leur couper radicalement la chique en leur soutenant qu’ils sont réactionnaires, que la pratique homosexuelle est beaucoup plus naturelle que la pratique hétérosexuelle ou que la pratique religieuse, et que ce qui est vraiment « contre-nature » c’est de s’opposer à « l’homosexualité-identité » ou « l’homosexualité-amour » : « Vivre avec une femme n’est pas une chose facile, voire contre-nature. » (Alexeï Kalachnikov dans la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim) ; « Cette fête est contre-nature… mais je vais rendre les choses un peu moins gaies/gays, si tu vois ce que je veux dire… » (Lauren, la peste hétérosexuelle traditionnaliste s’adressant à Shane le héros homosexuel, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, cf. l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « En vérité, si la nature ne l’avait pas mise au défi, elle aurait très bien pu devenir semblable à eux : engendrer des enfants […]. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 143) ; etc.

 

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

La Nature cruelle à punir

 

Pochette de la chanson Outside de George Michael

Pochette de la chanson Outside de George Michael


 

À l’heure actuelle, dans le discours sentimentaliste et anti-naturaliste des personnes gays friendly ou homosexuelles pratiquantes, la Nature (biologique, minérale, animale, humaine) est remplacée par l’idée de « nature humaine » (pulsionnelle, instinctive, bassement animale, ou carrément rationnalisée, sentimentalisée, homosexualisée) : « It’s human nature » chante par exemple George Michael dans sa chanson « Outside » pour justifier son homosexualité et son attentat à la pudeur dans les toilettes publiques d’un parc de Beverly Hills en 1998. C’est en se rabattant sur la défense de la nature humaine (nature qui se dit en des termes très libéraux et libertaires) que certaines personnes homosexuelles croient défendre la vraie Nature. « Oui, il faut oser le dire, il faut oser l’écrire : l’immense majorité des homophiles accordent au seul corps – à ses apparences, à ses exigences – une importance qu’il ne mérite pas, une importance beaucoup trop grande, une importance sans commune mesure avec ce qu’il peut être, ce qu’il peut offrir et donner, aujourd’hui déjà, à plus forte raison demain. » (André Baudry, fondateur d’Arcadie, cité dans l’autobiographie Libre : De la honte à la lumière (2011) de Jean-Michel Dunand, p. 147) ; « La Nature. Je crois que j’étais vraiment faite pour ça ! » (Catherine, une des témoins homosexuels du documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; etc. L’idolâtrie naturaliste bisexuelle transparaît dans la chanson « Tous les droits sont dans la nature » de Catherine Ribeiro par exemple.

 

Dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), la romancière lesbienne Paula Dumont démontre qu’elle confond sexuation homme/femme et images sociales et culturelles attribuées à la sexuation (réalités beaucoup plus aléatoires et subjectives). Elle parle par exemple de la « symbolisation du sexe de la femme » (p. 54) et non du sexe de la femme. La prévalence pour l’apparence sexuée au détriment de la réalité de la sexuation est induite dans son discours : « Tout en sachant que je suis une femme, je dois impérativement me donner l’apparence d’un homme. » (p. 65) ; « Je me devais d’être la plus virile possible pour être conforme à ma nature profonde. » (p. 81) ; « L’an dernier encore, je justifiais mon genre et mon homosexualité en me bornant à déclarer que tous deux faisaient intrinsèquement partie de moi, que les nier serait me nier moi-même. […] J’ai tenu ce raisonnement tout au long de mon existence. » (p. 113)

 

Le travestissement bien-intentionné (la destruction en réalité) de la Nature ne concerne pas que l’identité sexuée. Il touche malheureusement aussi la procréation (les enfants + les parents). Par exemple, lors de sa conférence « L’homoparentalité aux USA » à Sciences-Po Paris le 7 décembre 2011, l’avocat nord-américain Darren Rosenblum, qui avec son copain a acheté « leur » petite fille (Mélina) à une mère porteuse (Gestation Pour Autrui), a adopté une discours très poétique et en apparences « positif », quand bien même celui-ci se caractérisait par un fort anti-naturalisme : en effet, concrètement, Rosenblum cachait l’identité du véritable père biologique de Mélina à l’assistance (« Un de nous est le père biologique de Mélina. On ne voulait pas savoir qui était le père biologique. On sait maintenant qui est le père biologique, mais on garde le secret. ») ; il ne faisait de l’identité de mère ou de père qu’une affaire de « rôles » indéfinissable tellement ils seraient étendus (« Le sens des termes ‘père’ et ‘mère’, je pense, va fondre. » ; « Il y a un potentiel de jeux de rôles qui se développe dans les familles homoparentales. ») ; il travestissait la Nature en réalité subjective et relative à la culture mouvante de chaque individu humain (« Je soutiens une interprétation de la biologie. » ; « Je trouve que ces rôles de père ou de mère ne sont pas essentiels. Si dans une famille un homme veut être la mère, il doit pouvoir le faire. » ; « La parentalité, chez nous aux États-Unis, c’est aussi quelque chose de culturel. ») ; il proposait une « philosophie de genres » ; il recherchait une « parentalité androgyne » et parlait de « désexuer la parentalité ». Bref, en clair, il visait à artificialiser la Nature au nom de Celle-ci.

 

Dans l’esprit des défenseurs du Gender, du Queer et du Camp (tous ces courants « intellectuels », « artistiques », « philosophiques » prônant l’indifférenciation des sexes, et donc une nature bisexualisée, animalisée, angéliste, déshumanisée), dans la tête des promoteurs de la suprématie des sensations amoureuses, la Nature-Cosmos poétique, sentimentalisée, va prévaloir sur la Nature réelle. « Il faut en finir avec la filiation biologique. » (Erwann Binet, député PS et rapporteur de la loi Taubira) ; « Vous ne croyez pas que l’Amour est plus important que la biologie ? » (Jean-Marc Morandini en conclusion de son interview à Albéric Dumont, sur la radio Europe 1 à propos de la GPA et de la PMA, le 16 septembre 2014) ; « Quel est le bénéfice d’imposer un sexe précis à un enfant ? » (le sociologue Sébastien Carpentier lors de sa conférence au Centre LGBT de Paris, à l’occasion de la sortie de son essai Délinquance juvénile et discrimination sexuelle, en janvier 2012) ; etc. Je vous renvoie notamment au documentaire « Naître ni fille ni garçon » (2010) de Pierre Combroux, à l’idéologie pro-choix de Caroline Fourest, aux pressions actuelles au niveau du Parlement Européen pour inscrire l’intersexuation et la trans-identité dans le droit et en tant qu’inexistence de la différence des sexes (inexistence qui est un mensonge, car même les personnes qui naissent intersexuées, ou qui se sentent femme dans un corps d’homme, ou homme dans un corps de femme, restent sexuées).

 

Comme l’écrit parfaitement François Cusset dans son essai Queer Critics (2002), la pensée queer consiste « à ne désexualiser les organes que pour faire du vaste monde une zone érogène ». C’est une idéologie ultra-sensorielle planante qui paradoxalement ne tient pas compte des corps sexués réels : on y observe « une sorte de totalisation du sexe au détriment de ses parties, un animisme du corps aux dépens de ses organes et de leurs fonctions » (p. 143).

 

La nature théorique construite mentalement par les personnes homosexuelles pratiquantes, rattrapée forcément par la Réalité, finit par rentrer en conflit avec elle-même et avec l’Homme (car l’humain n’est pas pur esprit). Et l’Homme qui croit en la vérité de cette fausse nature finit par vivre lui aussi un conflit entre ses pulsions-sentiments et son propre corps anatomique/le monde naturel extérieur : « L’homme est en discontinuité avec la nature, et tout ce qui vient de lui est original. » (la philosophe lesbienne Geneviève Pastre, citée dans la revue Triangul’Ère 1 (1999) de Christophe Gendron, p. 75) ; « La position de Judith Butler a connu un immense succès dans les milieux gays et lesbiens car elle légitimait la dissociation entre le corps et le choix d’un comportement sexuel. » (Élizabeth Montfort, Le Genre démasqué (2011), p. 24) ; etc.

 

Comme notre nature humaine n’est belle, paisible et féconde qu’en s’accordant avec la Nature écologique, environnante et environnementale (puisque tous nos désirs ne sont pas des réalités. Et heureusement ! Les autres existent aussi), un certain nombre de personnes homosexuelles vont, parfois très tôt dans leur jeunesse, nourrir une forme d’amertume voire de plan de vengeance contre la Nature, et notamment la Nature ordonnée que sont la société et l’Église. « Nature, tu n’es pas naturelle. Tu seras donc mon ennemie ! » Voilà le credo paradoxal de beaucoup d’entre elles. Dans leurs discours, ce sont les éléments naturels qui sont montrés comme responsables de la mort ou des malheurs qui surgissent dans leur vie : « Silencieusement, sa nature humaine semble faire horreur à Virginia Woolf. » (cf. l’article « L’Angoisse d’être vivante » de Chantal Chawaf, dans le Magazine littéraire, n°275, mars 1990, p. 45) ; « Je ne suis pas née dans le bon corps et j’ai toujours su que j’étais une femme. Je n’étais pas dans le bon corps. J’étais jalouse des filles. » (Kellie Maloney, homme transsexuel M to F, ex-manager de Lennox Lewis) ; « Ce n’est pas notre faute, si la nature se trompe parfois. » (une des trois tantes gays friendly d’Alfredo Arias, dans l’autobiographie de ce dernier, Folies-Fantômes (1997), p. 114) ; « Le Camp est fondamentalement ennemi du naturel, porté vers l’artifice et vers l’exagération. » (cf. l’article « Le Style Camp » de Susan Sontag, L’Œuvre parle (1968), p. 421) ; « Mais ce qui est sans pitié pour les homosexuels, c’est la nature, Jean, la loi de l’espèce, la terrible réalité de ce qui est. La charité de Dieu, qui est surnaturelle, fait place, elle, à ceux qui portent ce fardeau. » (cf. une lettre de Jacques Maritain adressée à Jean Cocteau, à Paris en 1983) ; « Je regarde les hommes mais je n’ai pas l’impression que c’est leur corps qui m’attirent mais leur énergie. Je ne me reconnais pas en tant qu’homme, comme si je ne savais pas qui j’étais, comme s’il y a un problème d’incarnation en homme, comme si le fait de regarder des hommes hétéros ou homos, m’a poussé vers l’homosexualité pour connaître à quoi ressemble un homme intérieurement dans sa chair, comme si j’avais pas intégré mon propre corps. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; etc. Par exemple, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, Bertrand Bonello scrute dans son miroir la tache rouge inquiétante grossissant dans son dos.

 

En réalité, les personnes homosexuelles ne font que projeter sur la Nature leur propre méchanceté et leurs fantasmes égocentrés (car objectivement, aucun animal ne tue pour le mal ; les tremblements de terre ne sont pas « méchants » ; et la pluie n’est pas le ciel qui pleure) afin de n’assumer ni leur identité profonde (d’homme ou de femme, d’Enfants de Dieu), ni l’existence de Dieu, ni la responsabilité de leurs actions : cf. le documentaire « Crimes Against Nature » (1977) d’Edward Dundas. « Du plus loin qu’il se rappelle, la Nature était contre lui. » (Jean-Paul Sartre se référant à Jean Genet, dans la biographie Saint Genet, comédien et martyr (1952), p. 16) ; « C’est à propos de mon sentiment en face de la Nature que je parle d’espionnage. » (Jean Genet, Journal du voleur (1949), p. 55) ; etc. Elles parlent de la nécessité de « s’affranchir de l’esclavage corporel » (cf. l’article « Procréation Médicalement Assistée » de Marcela Iacub, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 380)

 

Le corps sexué est considéré par les personnes homosexuelles pratiquantes comme un dieu diabolique, comme une « erreur », une poupée à détruire, à transformer, à reconstruire à sa guise, à déformer, à nier parce qu’il est vivant et bien plus noble que le corps animal : « Mon seul problème a été l’erreur de la Nature quand elle m’a donné les organes génitaux masculins. » (Humberto Capelli, homme transsexuel M to F, cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 250) ; « Dès que je me déshabille, une érection immédiate s’empare de mon sexe sans que je puisse faire quoi que ce soit pour l’éviter. […] Je ne maîtrise absolument rien. Je pourrai comparer ça à un démon qui vient habiter le corps d’un être humain. Comme dans ‘L’Exorciste’. Chez moi, c’est la même chose. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 30) ; « Je ressens une forte envie d’aller vers la demoiselle, envie immédiatement annihilée par une force obscure qui me souffle dans le creux de l’oreille que ce n’est pas ce que je veux vraiment. » (idem, p. 52) ; « Je sentais chaque centimètre de mon corps me distendre et m’étirer. Indéfiniment. De me sentir possédé, je me mis à pleurer. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 69) ; « Pendant que mon cousin prenait possession de mon corps, Bruno faisait de même avec Fabien, à quelques centimètres de nous. Je sentais l’odeur des corps nus et j’aurais voulu rendre palpable cette odeur, pouvoir la manger pour la rendre plus réelle. J’aurais voulu qu’elle soit un poison qui m’aurait enivré et fait disparaître, avec comme ultime souvenir celui de l’odeur de ces corps […]. » (Eddy Bellegueule simulant des films pornos avec ses cousins dans un hangar, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 153) ; « Mon père s’est tourné vers moi, il m’a interpellé ‘Alors Steevy, ça va, c’était bien l’école ?’ Titi et Dédé se sont esclaffés, un véritable fou rire : les larmes qui coulent, le corps qui se tord, comme soudainement possédé par le démon, la difficulté à reprendre sa respiration. » (idem, pp. 116-117) ; « Ednar ne vivait que pour survivre. Il avait tant morflé dans sa jeunesse, qu’il avait fini par se détester lui-même car il ne s’était jamais senti réellement bien dans sa peau. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son autobiographie Un Fils différent (2011), p. 141) ; etc.

 

Par exemple, Raúl Gómez Jattin, le poète colombien, dit qu’il est « fatigué de vivre dans ce corps immonde » (Raúl Gómez Jattin cité sur le site Isla de la Ternura, consulté en janvier 2003). Dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Christian, l’un des témoins homos, quinquagénaire, se rappelle son appréhension maladive pour les cours de sport et les douches collectives : « C’est extrêmement difficile à vivre. J’osais à peine regarder les autres. Quand c’était intime, j’étais dans le malaise. » Dans le film biographique « Girl » (2018) de Lukas Dhont, Lara/Victor, garçon trans M to F de 16 ans, « affaiblit son corps » en se droguant, en ne mangeant plus et ne dormant plus (les médecins qui le suivent disent : « Lara ne mange pas et ne dort pas assez. »), en faisant de la danse classique à un rythme effréné. À la fin du film, il tente même de se couper le sexe aux ciseaux.

 

Au fond, les personnes homosexuelles pratiquantes méprisent le corps humain parce qu’elles cèdent trop souvent à leurs pulsions sensuelles et érotiques qui lui retirent sa noblesse, sa beauté et son caractère sacré, parce qu’elles ont peur de la (découverte de leur) sexualité. Ce qu’elles abhorrent dans le corps, c’est uniquement le mauvais usage de leurs instincts corporels : « L’ultime trahison de mon corps eut lieu une nuit où je me rendais en discothèque avec quelques ‘copains’. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 175)

 

On retrouve assez fréquemment le symbole du corps humain morcelé ou écartelé dans les mots des personnes homosexuelles. Dans son essai Le Premier Sexe (2006), Éric Zemmour décrit à juste raison la tendance des créateurs et couturiers homosexuels à disséquer la différence des sexes, hommes et femmes confondus, à « découper la femme en morceaux, en bouts de désir et de fantasmes, les cheveux, les seins, la bouche, le cul, les hanches, les jambes, les chevilles, tout et n’importe quoi, mais surtout pas la femme entière » (p. 59). Et les personnes transgenres (et transsexuelles si elles se font malheureusement opérer) n’hésitent pas à user de la technique scientifique, de l’argent et du bistouri, pour détruire, mutiler leur corps afin qu’il se conforme à comment elles le « ressentent ». « Pour survivre, il fallait que je sois plus fort que le corps. » (la femme transsexuelle F to M, dans le documentaire « Le Genre qui doute » (2011) de Julie Carlier) Dans l’émission Aventures de la médecine spéciale « Sexualité et Médecine » de Michel Cymes diffusée sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, Léonie, homme transsexuel M to F de 29 ans, en veut à son corps : « Je ne peux pas me sentir à l’aise avec ce corps. » Dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, une des témoins intersexes qui se fait appeler « M dit qu’elle « n’aimait pas mon corps » : « Je rêve parfois que je n’ai plus ni hanches, ni fesses, ni jambes. Ma folie ne va pas jusque-là. »

 

Comme rares sont les individus homosexuels qui veulent assumer la gravité des actes homosexuels qu’ils posent, ils vont chercher à détruire la Nature et le corps sexué des humains (à commencer par le leur). « La loi naturelle est fasciste. » (Caroline Fourest, citée par Erwan Le Morhedec) Par exemple, dans le roman L’Increvable Monsieur Schneck (2006) de Colombe Schneck, l’auteur découvre un après-midi d’ennui (dans Paris-Match) que son grand-père s’est fait coupé en morceaux et mettre dans une malle par son amant… et ce fait divers est basé sur une histoire vraie.

 

Quand ils ne s’attaquent pas tellement aux corps par les opérations chirurgicales, le maquillage et les crèmes, le sadomasochisme, les tentatives de suicide, les tatouages (ce qui arrive quand même souvent), ils annulent souvent le corps sexué par la métaphore poétique, spirituelle, sensuelle, érotisée, dénégatrice, qui ne respecte pas l’indivisibilité du corps et de l’esprit, et qui rend l’être humain immatériel. Par exemple, l’intellectuelle lesbienne Monique Wittig a soutenu, lors d’une conférence, qu’elle n’avait pas de vagin.

 

B.D. Le Livre blanc de Copi

B.D. Le Livre blanc de Copi


 

L’idéologie du Genre (qui confond systématiquement « corps sexué » et « image médiatique des corps sexués ») est la parade jargonnante que les intellectuels LGBT ont trouvée depuis les années 1960 pour mépriser le corps humain sans que cela se voie… parce qu’elle se dit en termes artistiques, amoureux, sensoriels, politisés, optimistes (« Mon corps est une construction sociale et culturelle. Je n’ai pas de sexe. Je n’ai que des genres soumis à mes choix et à ma subjectivité du moment, des genres qui ne peuvent être définis et interprétés. »). Mais dans les faits et les mots, ça ne change rien. La peur et le mépris du corps humain sexué et sacré demeurent. Par exemple, dans son essai (au titre ô combien signifiant) Mauvais Genre (2009), Paula Dumont estime que le corps « trahit » (p. 7) : au fond, pour elle, « mauvais genre » rime avec « mauvais corps ».

 

Comme les personnes homosexuelles pratiquantes consomment parfois des substances hallucinogènes, vivent une relation ou une sexualité sans la différence des sexes (donc sans la sexualité), elles finissent par ne plus sentir leur corps (même si les plus bobos d’entre elles soutiennent quand même qu’elles se sentent « vivantes » quand elles consomment, quand elles font l’amour et quand elles entament une relation amoureuse)… et cette impression d’absence corporelle les fait paniquer, s’agripper à la moindre expérience affective, émotionnelle, sensorielle de l’immédiat qui leur rappellera qu’elles sont encore un peu en vie et qui leur fera souhaiter « posséder leur corps » (cf. l’article « Procréation Médicalement Assistée » de Marcela Iacub, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 380). Cette possession/dépossession/réappropriation de leur corps (le fameux « Mon corps m’appartient ! » du FHAR dans les années 1960-1970) ne s’exerce pas sans violence puisqu’elle n’est ni libre ni couronnée par la conscience du caractère sacré et sexué de tout corps humain.

 

À travers l’œillère d’une pensée libertaire mécaniste, le corps est réduit par la communauté homosexuelle à un terrain de potentialité, de « performances » (d’où la prolifération actuelle d’artistes LGBT qui se présentent comme des « performers » : Orlan, Steven Cohen, Golem Low, Andromak, etc.), d’expérimentations scientifico-artistiques (avec des « installations » plus délirantes et glauques les unes que les autres) : « La question de Spinoza : ‘Qu’est-ce que peut mon corps ?’ pourrait être le point de départ du cinéma de Catherine Cooringer. » (cf. l’éditorial de la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, au Forum des Images de Paris, le 7-16 octobre 2011) ; « J’aime utiliser le corps comme une scène de théâtre. » (Steven Cohen, le performer transgenre M to F, dans le documentaire « Let’s Dance – Part I » diffusé le 20 octobre 2014 sur la chaîne Arte)

 

Sont amalgamés dans le discours des personnes homosexuelles pratiquantes le lexique de l’acorporel, et celui du corps-carcasse qui ressent tout à l’excès. Cela montre que leurs revendications (même politisantes et scientifiques) concernent avant tout un corps fantasmé, mythique. « La fonction du mythe, c’est d’évacuer le réel. […] Une prestidigitation s’est opérée, qui a retourné le réel, l’a vidé d’histoire et l’a rempli de nature. […] Du point de vue éthique, ce qu’il y a de gênant dans le mythe, c’est précisément que sa forme est motivée. […] L’écœurant dans le mythe, c’est le recours à cette fausse nature, c’est le luxe des formes significatives, comme dans ces objets qui décorent leur utilité d’une apparence naturelle. La volonté d’alourdir la signification de toute caution de la nature provoque une sorte de nausée : le mythe est trop riche, et ce qu’il a en trop, c’est précisément sa motivation. […] Éthiquement, il y a une sorte de bassesse à jouer sur les deux tableaux. » (Roland Barthes, Mythologies (1957), p. 230 puis p. 212) Le plaisir des sens dont elles font l’éloge peut aller s’il le faut jusqu’à l’appropriation brutale de son propre corps et du corps de l’autre (Deleuze, Guattari et Foucault se proposaient carrément, dans leur manifeste de « schizo-analyse » L’Anti-Œdipe (1973) de « forcer le réel à être plus qu’il n’est », en somme de violer le Réel et la Nature !). En même temps qu’elles séparent l’intérieur et l’extérieur pour mieux se protéger du dernier (… et donc du premier), elles en arrivent parfois à agresser leur propre corps, à l’image ou concrètement (scarifications, tatouages, piercing, régimes alimentaires drastiques, chirurgie esthétique, procréation médicalement assistée, bodybuilding, ablation du sexe, etc.) et célèbrent l’extérieur en le réifiant. Elles croient en la toute-puissance des apparences, pensent, comme les personnes transsexuelles, que le paraître modifie l’être, même si ensuite, elles affirmeront que le corps, une fois transformé, a toujours existé tel qu’il est. L’adulation du corps, dans la génitalité notamment, est en réalité un déni de celui-ci dans l’abstraction, comme le montrent ces propos : « C’est très important et très rassurant quand on pratique le sexe à plusieurs. C’est comme si on faisait abstraction de nos corps et qu’il ne restait plus que notre amour ! » (cf. le dossier « Fidélité » dans la revue Têtu, n°65, mars 2002) Beaucoup d’écrivains homosexuels font tout pour neutraliser le corps par la métaphore. Ils laissent de côté le corps réel pour lui préférer le corps poétique, sans organes, asexué, autrement dit mort.

 

Leur culte du corps est un moyen pour les personnes homosexuelles de se décorporaliser pour se sentir Dieu, et pour mépriser le vrai corps. Tandis qu’elles pensent avoir « le diable au corps », comme l’a écrit Raymond Radiguet, elles s’imaginent qu’elles ont un corps divin qui les appelle à dépasser les limites de leur corps humain. Pour détruire le mythe médiatique du corps parfait auquel elles croient encore (parce qu’en désir, elles prétendent l’incarner !), beaucoup d’entre elles pensent prendre leur revanche en se vengeant sur leur propre physique, soit par la science, soit par l’art (cf. le Body Art dans les années 1970 jusqu’à nos jours). Elles dessinent les corps de leur désir sexuel : des chairs fragmentées, sanguinolentes, brûlées, tatouées, écartelées, diffusées comme un média (cf. l’article « Arts plastiques » d’Élisabeth Lebovici, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 46), éclatées, mythiques. Plus qu’un traitement du corps, il s’agit d’un travail sur la corporalité, sur l’idée de corps, car elles vident le corps concret de son aspect symbolique, de son âme, de sa Présence sacrée. Un certain nombre de personnes homosexuelles cherchent à éprouver leur corps parce qu’elles ne le/se sentent plus : c’est pourquoi elles empruntent souvent les chemins de la pornographie, de l’hyperréalisme camp, des drogues, et du sadomasochisme. La place des synesthésies dans leurs écrits est d’autant plus intéressante qu’elle montre implicitement que le contact qu’elles établissent avec le monde extérieur est souvent dévitalisé, se fait à travers la vitre du miroir jamesbondien.

 

Enfin, pour appliquer un vernis efficace de déni et de mauvaise foi sur leur haine et leur destruction effectives de la Nature, la communauté homosexuelle se réfugie dans la caricature des naturalistes/essentialistes qui lui tendent (pas toujours très finement) un miroir relativement justifié de leurs pratiques. Cette caricature consiste à imiter des fondamentalistes religieux, des parents familialistes traditionnalistes hétérosexistes, des chantres du « destin anatomique » ou de la différence des sexes uniquement procréative, des chercheurs natalistes rapidement scientifiques qui répèteraient à tue-tête « contre-nature, contre-nature, contre-nature », sans jamais leur permettre de parler d’Amour ni d’expliciter ce qu’ils mettent derrière le mot « Nature »… pour ensuite leur couper radicalement la chique en leur soutenant qu’ils sont réactionnaires, que la pratique homosexuelle est beaucoup plus naturelle que la pratique hétérosexuelle ou que la pratique religieuse, et que ce qui serait vraiment « contre-nature » c’est de s’opposer à « l’homosexualité-identité » ou « l’homosexualité-amour » : « L’homosexualité n’est pas contre nature. Je n’ai jamais eu à me forcer pour aimer les hommes. Ce qui est contre nature, c’est par exemple la continence sexuelle ou la monogamie… » (Pierre Gripari, Pierrot la Lune (1963), p. 180) ; « Nous ne voulons pas que soient présentées comme tolérables les idées selon lesquelles les femmes seraient naturellement portées vers la grossesse. » (Eddy Bellegueule pour Libé) ; « La théorie du genre comme l’homoparentalité remettent en cause cette représentation ancestrale que les femmes et les hommes disposeraient chacun d’une essence propre, qui leur donnerait des caractéristiques spécifiques et surtout complémentaires. Le féminisme et le combat pour la reconnaissance de l’homoparentalité heurtent de plein fouet cet essentialisme. » (Caroline de Haas sur Le Monde.fr du 24 octobre 2011) ; etc. Alors que bien évidemment, le but de la manœuvre de Dieu et de la Nature qu’Il a créée n’est pas de défendre la Nature en soi, ni de mépriser les sentiments amoureux humains, mais uniquement de les marier tous les deux, d’ordonner les sentiments à la Nature humaine et biologique pour les rendre véritablement aimants, féconds et joyeux. Le meilleur, c’est vraiment la Nature couronnée d’Amour.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°59 – Entre-deux-guerres (sous-codes : Armée / Prison / Homosexualité de circonstance)

Entre-deux-guerres

Entre-deux-guerres

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La guerre, cet obscur objet de désir

 

Il est souvent fait explicitement référence à l’homosexualité en tant que passerelle entre deux conflits… arc-en-ciel rainbow de l’entre-deux-guerres. Cela s’explique. La pratique homosexuelle et le désir homosexuel sont signes de conflit. Ni cause ni conséquence de guerre, pourtant. Juste signe. C’est pourquoi ils peuvent précéder ou succéder une guerre, ou apparaître en sandwich entre deux guerres. Ce qui les symbolise le mieux, c’est donc l’entre-deux-guerres. « Des hommes et des femmes, nés dans l’entre-deux-guerres, ils n’ont aucun point commun sinon d’être homosexuels et d’avoir choisi de le choisir au grand jour, à une époque où la société les rejetait. Ils ont aimé, lutté, désiré, fait l’amour. Aujourd’hui, ils racontent ce que fut cette vie insoumise, partagée entre la volonté de rester des gens comme les autres et l’obligation de s’inventer une liberté pour s’épanouir. Ils n’ont eu peur de rien… » (cf. résumé de présentation du documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, dans le programme du 18e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2012, p. 70)

 

Existe-t-il un lien entre homosexualité et guerre ? entre homosexualité et contexte social de décadence ? Bien sûr que oui, même si cette relation n’est pas causale. « L’environnement social à lui seul ne suffit pas à rendre compte de la mise en place des tendances homosexuelles. » (Xavier Thévenot, Mon fils est homosexuel ! (2001), p. 30) Le désir homosexuel et la pratique homosexuelle semblent être une sexualité par défaut, imposés par les événements, et en général par des événements violents, où la liberté humaine a été amoindrie et bafouée, comme par exemple les guerres ou les grands conflits mondiaux, les situations de captivité, les sociétés où la différence des sexes est soit banalisée soit trop marquée. C’est pour cela qu’on les appelle souvent « homosexualité de circonstance ».

 
 

Je vous renvoie également aux codes « Passion pour les catastrophes », « Homosexuels psychorigides », « L’homosexuel riche / L’homosexuel pauvre », « Amour ambigu de l’étranger », « Homosexualité noire et glorieuse », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Hitler gay », « Femme au balcon », « Témoin silencieux d’un crime », « Coït homosexuel = viol », « Voleurs », « Scatologie », et à la partie « Marin gay » du code « Eau », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

Personnes homosexuelles : témoins d’une guerre ? Causes ou conséquences d’un viol mondial de la différence des espaces, ou juste signes de ce dernier ?

 

ENTRE 2

 

A – L’homosexualité de circonstance

Il est difficile de nier que certains facteurs autres que personnels et familiaux influent sur l’affirmation d’un désir homosexuel. « Selon Krafft-Ebing, la masturbation est le grand boulevard qui mène à cette perversion. Peut jouer aussi le confinement ou l’enfermement dans des prisons, navires, casernes, pensionnats, bagnes, etc. Si ces individus n’ont pas été abrutis par l’onanisme, ils reprennent les rapports sexuels normaux aussitôt que les obstacles qui les empêchaient cessent d’exister. Mais le danger peut naître surtout de l’influence de la masturbation. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 101 puis p. 104) L’explication de l’homosexualité par des faits sociaux réside principalement autour de la notion d’« homosexualité de circonstance ». Celle-ci apparaît lors de contextes politiques particuliers, souvent déshumanisés, misérables et dictatoriaux, forçant aux rapprochements des corps : une guerre, une incarcération, une abstinence sexuelle imposée, une vie cloîtrée dans un pensionnat ou une caserne, une soirée trop arrosée, une société permissive ouverte à la pornographie et imposant la tyrannie de l’hédonisme, de l’orgasme, et de l’euphorie perpétuelle, etc. Elle est généralement temporaire, proche de l’animalité et de la bisexualité, commanditée dans une large mesure par la pulsion, pratiquée entre semblables sexués dans un moment de promiscuité sexuelle où les membres du sexe complémentaire sont mis socialement à l’écart. Les récits d’incarcération de certains prisonniers homosexuels (Kouznetsov, Reinaldo Arenas, Jean Genet, Aimé Spitz, etc.) s’accordent pour montrer l’existence d’une pratique accrue des relations homosexuelles dans les prisons, les casernes, et les camps de concentration.

 

L’homosexualité de circonstance est généralement considérée comme moins noble que l’homosexualité classique, cette dernière étant vécue dans des contextes plus pacifiés où les individus ont l’impression de choisir davantage ce qu’ils font et le partenaire qu’ils décident d’aimer. Même si dans les faits, la pratique des rapports sexuels entre individus de même sexe est assez répandue sous les régimes non-démocratiques et pourrait être qualifiée d’« homosexuelle », l’homosexualité de circonstance, loin d’être validée socialement, ne semble pas en effet revêtir le caractère positif et durable de l’homosexualité en tant qu’engagement d’amour entre deux adultes consentants et s’affichant clairement comme « homos » dans des sociétés où elle est davantage reconnue. Concernant les pays arabes par exemple, Robert Aldrich souligne que « les pratiques homosexuelles sont plutôt le résultat de la misère sexuelle existant dans le Maghreb que de vrais désirs homosexuels : c’est une sexualité de substitution » (cf. l’article « Maghreb » de Robert Aldrich, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 306. Concernant les liens entre homosexualité et Islam, voir également les travaux de A. Boudhiba).

 

L’explication de l’homosexualité par le biais de la circonstance n’est donc pas appréciée de la plupart des membres de la communauté homosexuelle, car d’une part il discrédite la pureté du lien d’amour homosexuel (si l’homosexualité se réduit à un accident de parcours, à une situation désagréable et imposée, elle en vient à perdre son caractère désirant, aimant, libre), d’autre part parce qu’il appartient aussi au discours bisexuel par excellence. En effet, la conduite homosexuelle passagère d’un homme incarcéré ou ivre le temps d’une nuit en boîte semble se dissocier totalement de l’orientation sexuelle ressentie précocement et durablement par un adolescent qui se sait depuis toujours attiré par les garçons. C’est pourquoi la majorité des personnes homosexuelles refusent que leur sexualité soit le signe d’un contexte social précis (d’autant plus que celui-ci est en général répressif). Cela conforterait le préjugé homophobe associant homosexualité et décadence des mœurs/monstruosité.

 
 

B) L’influence indirecte des crises sociales

Mais entre une homosexualité « purement choisie » et une homosexualité de circonstance, comment établir clairement la frontière ? Faut-il le faire ? D’un point de vue uniquement causal, je pense que non ; du point de vue de la coïncidence, cela semble indiqué, car ce lien entre dictature et désir homosexuel, s’il n’est pas reconnu, alors qu’à l’évidence il existe parfois, peut s’actualiser violemment. La question ici n’est pas de savoir si l’homosexualité, parce qu’elle apparaît plus ou moins exceptionnellement dans des lieux et des contextes sordides, est une orientation sexuelle mauvaise ou non. Il s’agit simplement de constater qu’elle est parfois signe de conflits où l’Homme a perdu sa dignité et a subi une dictature sociale (à l’école, au collège, au travail, dans sa communauté religieuse, dans son pays, etc.). Le fait que, dans les fictions homo-érotiques, beaucoup d’auteurs homosexuels mettent en scène des situations dans lesquelles la frontière entre espace public et espace privé est systématiquement violée paraît à cet égard très signifiant.

 

Plus encore que d’avoir véritablement subi un viol planétaire, la majorité des personnes homosexuelles (mais on pourrait dire la même chose des personnes hétérosexuelles) ont désiré avec angoisse se faire violer mondialement, exactement comme la vedette de cinéma. Ce désir de viol, c’est par exemple la « première grande peur de la mort » ressentie par Michel Foucault à l’âge de huit ans quand il apprend l’assassinat du chancelier Dolfuss par les Nazis autrichiens en 1934 (Michel Foucault, Dits et écrits I, 1954-1988 (2001), p. 14). Ce sont les expériences de Jean Cocteau, de Suzy Solidor ou bien de Julien Green en tant qu’ambulanciers pendant la Première Guerre mondiale. C’est en somme l’euphorie angoissée de l’entre-deux-guerres. Pensez aux poètes homosexuels de la « Génération de 1927 » dans une Espagne coincée entre le « Désastre de 1898 » et la Guerre civile espagnole de 1936, à la surprenante mode de l’efféminement à la cour impériale de Napoléon Bonaparte alors que la France se trouve sur plusieurs fronts à la fois, à Reinaldo Arenas qui aime à dire qu’il a passé toute sa vie entre deux dictatures (celle de Batista puis de Castro), à l’Allemagne homosexuelle des « années folles » prise en sandwich entre la Première Guerre mondiale et la Seconde, à l’Espagne de la transition « démocratique » décrite par Manuel Vázquez Montalbán dans son roman Los Alegres Muchachos de Atzavará (1988), etc. Le désir homosexuel témoigne de la « nostalgie ironique d’une perte » (cf. l’article Néstor Perlongher, « Cuba, El Sexo Y El Puente De Plata » (1986), dans Prosa Plebeya, Ensayos 1980-1992 (1997), p. 120), d’une fascination-dégoût pour un régime totalitaire finissant et une société à venir qui n’annonce pas des jours meilleurs.

 

Les personnes homosexuelles sont les enfants improbables de la bombe (beaucoup d’auteurs homosexuels s’attachent à décrire des cataclysmes planétaires dans leurs créations), les fils artificiels de l’insouciance nationale cachant les pires soifs de vengeance, la possible concrétisation hasardeuse d’un matriarcat de transition entre deux conflits patristes fantasmés. « Le record absolu de personnages féminins est détenu par ‘Viols gratuits entre deux guerres’ […] » (Amélie Nothomb, Hygiène de l’assassin (1992), p. 120) L’homosexualité marque la présence d’un désir de l’avènement ou de l’éradication totale d’un avant ou d’un après-drame fantasmé (cf. la photo Quelques instants avant le crime de Duane Michals, le roman Celestino avant la nuit (1967) de Reinaldo Arenas, la chanson « Avant que l’ombre » de Mylène Farmer, le roman Avant la nuit (1893) de Marcel Proust, le film « Avant le déluge » (1953) d’André Cayatte, le film « Avant qu’il ne soit trop tard » (2004) de Laurent Dussaux, etc.).

 

La forte visibilité homosexuelle juste avant la Deuxième Guerre mondiale (par exemple, rien que si nous regardons la ville de Berlin en 1933, nous y dénombrons 130 bars homosexuels, … c’est-à-dire plus qu’aujourd’hui à Paris !) n’est évidemment pas à analyser comme le détonateur du conflit mondial et de la folie nazie. Si cette proximité ne semble absolument pas être le fruit du hasard, elle n’est pas à mettre du côté de l’identité ni de la causalité, mais simplement de l’illustration, des désirs de réalités fantasmées, et des coïncidences. Elle met en lumière que ce qui est monté du peuple allemand – la haine et la violence généralisées – était prêt à éclore. Au milieu du noir, les personnes homosexuelles sont de bons voyants roses pour indiquer que le peuple est sur le point d’installer un dictateur à sa tête et de vivre des utopies les plus obsolètes qu’il proposera.

 

L’essor actuel de l’homosexualité est également signe d’un malaise mondial important. Aujourd’hui, nous, Occidentaux, avons plus ou moins conscience d’être les héritiers d’un v(i)ol exécuté impunément par nous et nos ancêtres à échelle planétaire, et qui nous paraît irrécupérable. Nous osons à peine regarder l’Afrique en face tellement nous avons honte de ce qu’elle est devenue à cause de nous, puis sans nous. Nous portons sur nos consciences un lourd tribu que notre raison refuse de porter mais que notre cœur continue de connaître. Nous vivons largement au-dessus de nos moyens, avec de l’argent qui oscille entre le fruit de notre travail concret et la courbe virtuelle de la Bourse. Nous coulons des jours heureux avec des biens immatériels qui nous semblent pourtant réels puisque nous pouvons les toucher du bout des doigts, mais que nous ne possédons que temporairement. Nous savons qu’à l’autre bout du monde, d’autres personnes meurent de faim parce que nous ne savons pas partager. Et nous regardons l’écart grandissant entre pays riches et pays pauvres avec angoisse. Comment est-ce possible qu’une telle injustice mondiale ne laisse pas dans nos subconscients, dans notre sexualité, dans nos comportements, des séquelles ? C’est aussi ce malaise-là que pointe du doigt l’homosexualité. « Le grand drame de l’Humanité, explique Jean Vanier, c’est l’écart grandissant entre les riches et les pauvres. Nous avons des semences de guerre à l’intérieur de nous. » (Jean Vanier, lors d’une conférence de l’Arche à la Maison de l’Olivier, à Rennes, le 13 février 2006) Cette plaie planétaire béante est ouverte en chacun, et peut se manifester en orientation homosexuelle chez les personnes qui la nient/la désirent.

 
 

C) Je suis catastrophique

Le lien entre le désir homosexuel et la catastrophe mondiale sera toujours uniquement de coïncidence. Jamais de causalité. J’ai beau constater que l’arc-en-ciel anticipe et précède la pluie, je suis au moins sûr d’une chose : il n’est pas la pluie. Il n’est que signe de pluie. Généralement, la coïncidence unissant les systèmes politiques répressifs et l’homosexualité fait peur aux personnes homosexuelles car d’elles-mêmes, elles la rangent dans la causalité par la diabolisation – elles ont alors tendance à se désolidariser des horreurs du passé et à les attribuer systématiquement aux autres – ou par la sacralisation – elles s’identifient à l’excès aux grands cataclysmes humains et aiment à penser par exemple qu’elles ont vécu et vivent encore à leur manière l’enfer des camps d’extermination. Certaines considèrent le lien entre génocides et homosexualité comme le summum de l’horreur calomnieuse. Par exemple, en commentant l’épisode intitulé « La Loi du Talion » de la série nord-américaine New York, Unité Spéciale (2002), la romancière lesbienne Cy Jung met en exergue l’existence du lien de coïncidence sans l’analyser, pour finalement le diaboliser en le transformant en lien causal : « Ce scénario me gêne dans cette juxtaposition de sujet : l’homosexualité masculine et l’épuration ethnique en Bosnie. Je crois peu au hasard. […] Homosexuels, criminel serbe… Qu’est-ce à dire, qu’ils ont quelque chose en commun ? Pardon, je ne me sens pas très bien. Je m’éclipse. » (cf. la phrase de conclusion de l’article « Liaisons dangereuses » de Cy Jung (Zap’cyung n° 56), 12 mars 2002, sur le site www.media-g.net consulté en mai 2005)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles sont tétanisées par l’idée d’une possible correspondance entre homosexualité et crises mondiales. Leur peur de la causalité s’explique puisqu’elle a souvent précédé leur désir homosexuel, ou bien été stimulée par lui. Il y a très longtemps que le mot « homosexualité » rime dans l’inconscient populaire avec décadence des mœurs. La plupart des sujets homosexuels ne sont pas étrangers à cette superstition, car de tout temps, la communauté homosexuelle a défendu son identité de femme décadente et jouissivement infréquentable. Alors, qui a commencé la vieille lutte entre la civilisation (homosexuel/hétérosexuelle) et la barbarie (homosexuelle/hétérosexuelle) ? Les partisans de la civilisation ou ceux de la barbarie ? À mon avis, ce sont les deux à la fois, puisque les « civilisateurs » et les « barbares » sont les personnages mythiques d’une même idéologie réactionnaire qui associe causalement l’homosexualité à la mort et à la vie, au mal et au bien suprêmes. Pour les barbares, l’incorrection homosexuelle est un absolu, un facteur de désordre nécessaire, un idéal de vie à défendre. Pour les civilisateurs, l’homosexualité annonce la fin des temps : ils tirent la sonnette d’alarme, brandissent leurs bibles, crient « Save Our Children ! », prédisent l’extinction de la famille, parlent de fléau social, s’inquiètent du dépeuplement planétaire, brodent un scénario-catastrophe absurde. On ne peut raisonnablement valider aucun des deux camps. S’il existe un lien entre désir homosexuel et crises sociales, il n’est que de coïncidence. La seule chose que nous sommes habilités à dire, c’est que le désir homosexuel émerge souvent dans un contexte social troublé, et parfois troublant (l’érosion du statut des classes moyennes, la fragilité des cellules familiales, le cosmopolitisme désincarné, la peur collective de l’altérité des sexes, l’évolution extrêmement rapide et incontrôlée de la science, la précarité sociale et professionnelle, les crises économiques et institutionnelles, les failles dans la transmission des repères moraux et religieux, l’influence croissante des media sur notre quotidien, le matérialisme mettant en avant les hommes-objets asexués et l’hédonisme bisexuel, etc.).

 

Pourquoi donc un certain nombre de personnes homosexuelles servent d’exutoire aux milles frustrations que crée une situation économique catastrophique ou une guerre fratricide ? Probablement parce qu’elles révèlent, par leur désir plus que par leur existence réelle, un viol ou un désir de viol de la dignité humaine que les Hommes politiques et le peuple dont elles font partie ne veulent surtout pas voir en face. Si l’association décadence-homosexualité visant avant tout à prouver que l’homosexualité corrompt systématiquement la société est clairement homophobe/homosexuelle, le rejet systématique de l’existence de cette association l’est tout autant. Car dire que le lien de coïncidence existe, ce n’est pas discréditer l’homosexualité : c’est précisément la reconnaître telle qu’elle est vraiment. Plus nous nierons le fait que les familles éclatées sont des terrains porteurs de l’émergence du désir homosexuel, plus il y aura de personnes qui se diront homosexuelles. Plus nous accepterons sans broncher de vivre dans un monde d’images violentes, plus nous serons nombreux à ressentir un désir homosexuel et un écartèlement entre ce que nous voulons et qui nous sommes.

 

Comme beaucoup de personnes homosexuelles savent que la catastrophe que leur désir représente est majoritairement fantasmée, elles jouent, pour se faire rire elles-mêmes, les dilettantes qui soufflent sur la mousse de leur bain d’actrices pendant que le monde entier s’écroule(rait) autour d’elles. Elles sont les premières à prendre trop au sérieux ou trop à la rigolade leur rôle de « rêveurs en temps de guerre » (Je vous renvoie au site www.ppp.fr.st (perso.wanadoo.fr/ppp/archives/990515-2.htm), publié le 15 mai 1999), de signes de décadence fantasmée, de vrais/faux symptômes d’une catastrophe annoncée (mais des symptômes quand même !). Elles sont des mauvaises consciences qui s’ignorent, le rideau à fleurs pudique chutant précipitamment sur scène pendant qu’en coulisses peut se dérouler un viol réel, la musique d’attente kitsch cachant un conflit violent fantasmé ou sous-jacent, le sourire de la speakerine qui, pour détendre l’atmosphère, va « tout vous expliquer » sans dire un mot, les paravents humains qui signalent la proximité du drame en le masquant (cf. Je vous renvoie également la partie « Paravent » du code « Maquillage » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels, et surtout l’explication du kitsch – en tant que paravent dissimulant la merde – dans le chapitre II de mon essai Homosexualité intime, 2008).

 

Mais à trop se mettre devant les écrans cinématographiques pour cacher les supposés drames terrestres qui y sont projetés, beaucoup de personnes homosexuelles finissent par se rendre responsables de toute la misère du monde, et cela bien plus souvent qu’elles ne le croient. Dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell notamment, Hedwig, le héros transsexuel M to F, est né l’année de la construction du Mur de Berlin et se prend pour ce dernier : « Je suis le nouveau Mur de Berlin. » Un certain nombre de personnes homosexuelles portent sur elles une Apocalypse iconographique et la proclament. Elles se veulent victimes de la cruauté mondiale des Hommes, se revendiquent d’une « génération désenchantée », se disent intérieurement qu’elles sont la catastrophe, même si à d’autres moments, elles sauront reconnaître qu’elles exagèrent ou diront que ce sont les autres qui les diabolisent (Je vous renvoie au grossier procès d’intention que la psychanalyste Élisabeth Roudinesco a fait au théologien moraliste Xavier Lacroix pendant l’émission Culture et Dépendances diffusée sur la chaîne France 3 le 9 juin 2004, quand elle a entendu dans le discours du théologien un « alarmisme apocalyptique catholique » dont il n’a pas fait preuve et qu’elle a en réalité créé de toutes pièces et projeté sur lui dans sa volonté de caricaturer le discours ecclésial et de nier toute gravité aux phénomènes sociaux les plus importants tels que le mariage gay). Par exemple, dans les œuvres homo-érotiques, nombreux sont les personnages homosexuels témoins d’un viol ou d’un vol qu’ils ne dénoncent pas parce qu’ils s’y identifient à l’excès (cf. Je vous renvoie au code « Témoin silencieux d’un crime » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : Félix, le « témoins de Rouen » dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, symbolise tout à fait ce paradoxe. Vous pensiez qu’il n’y avait que les personnes homophobes pour hurler à l’Apocalypse dès qu’il s’agissait d’homosexualité ? Détrompez-vous ! Beaucoup de personnes homosexuelles le font aussi en dépeignant souvent des personnages homosexuels au milieu de décombres apocalyptiques ou en se passionnant pour les grandes catastrophes humaines. Par exemple, avec l’arrivée du VIH, certains individus homosexuels ont eu l’impression d’avoir enclenché un cataclysme mondial à eux seuls. Sur le moment déjà, quand la maladie est apparue, même s’ils essayaient de dédramatiser, la probabilité qu’ils soient l’incarnation humaine de l’épidémie la plus terrible de la fin du XXe siècle a traversé l’esprit de bon nombre d’entre eux. « Il y avait conspiration d’astres. Une année entière où nous pensions qu’un baiser donnait la mort. » (Olivier Py, L’Inachevé (2003), p. 34)

 

Les événements catastrophiques mondiaux, cinématographiques ou réels, ont pu influer sur leur subconscient, leurs désirs humains, leurs identifications, et ceci de manière très profonde. Beaucoup de personnes homosexuelles s’attribuent en identité ce qu’elles voient de monstrueux autour d’elles, comme le montrent les propos de Cathy Bernheim dans son autobiographie L’Amour presque parfait (2003) : « Jeune adulte, je dessine mes douleurs. […] Visions de guerre : les traces de la guerre que j’ai dû traverser pour arriver jusque-là. Cris muets d’horreur. Des dessins horribles, pour qu’au moins, les belles âmes aient des raisons de s’effrayer, d’avoir peur de moi. Pour en finir avec l’harmonie obligatoire. » (p. 118) Influencée par le discours médiatique actuel braqué sur le sensationnel cataclysmique, la majorité des personnes homosexuelles que nous sommes amenés à rencontrer assurent que le monde va de mal en pis, qu’il court à sa perte, qu’il y a plus de catastrophes qu’avant, et cela par leur faute, ou uniquement à cause des autres.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

a) Homosexualité de circonstance (dans les pensionnats, les internats, les prisons) :

 

Vidéo-clip de la chanson "Désenchantée" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer


 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, on peut observer que le désir homosexuel des héros homosexuels survient davantage par des événements et un contexte social particulier (souvent un contexte d’enfermement, privant de liberté) que par la Nature et la liberté : « La bonne aimait l’amour des femmes seulement par circonstance, mais elle n’était pas déterminée dans ce sens. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 177)

 

D’ailleurs, les lieux de la pratique homosexuelle sont souvent des espaces clos (casernes, pensionnats, prisons, armée) : « Ah la pension… j’ai que des bons souvenirs là-bas. J’ai rencontré Johnny là-bas. » (Maxime, le héros homosexuel de la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; « Cette nuit, j’ai rêvé de deux filles qui se rendaient leurs caresses dans un dortoir de pensionnat… Enfin, je pense à toutes ces situations que la plupart des femmes ne connaîtront jamais, par ce manque de courage qu’elles ressentent pour assumer leurs goûts au regard des conventions imposées. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 71) ; « En prison, y’a pas Pousse-Mousse… mais y’a des savonnettes ! » (Romain, le coiffeur homosexuel de la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan) ; « De toute façon tu as l’habitude des cellules et des dortoirs ! » (la Comédienne s’adressant à sa sœur Vicky, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « C’est l’histoire de deux nouveaux d’Erzy [centre pénitencier]. La trentaine chacun. Mariés, tous les deux. On les flanque dans le même trou. Et les voilà en moins d’une dizaine de jours qui gazouillent du regard l’un pour l’autre. » (Julien Brévaille parlant de deux détenus, dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 131) ; « Attends qu’une de tes compagnes de cellule te mette une bonne main au derrière. » (Louise parlant à Sophie, dans la pièce Nationale 666 (2009) de Lilian Lloyd) ; « Elle me montre la première page d’Ici-Paris : une imitatrice de Marilyn Monroe s’est pendue dans sa cellule dans la prison de Regina Celi à Rome : c’est Marilyn, la mienne ! » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 51) ; « Nous décidâmes de passer la nuit à Notre-Dame […]car nous craignions dans la nuit une attaque de l’ONU. Nous ne pûmes fermer l’œil de la nuit vu le vacarme général qui régnait à Notre-Dame et sur le parvis. Les prisonniers ayant fait sauter les verrous des caves de l’archevêché, ils organisèrent une fête au champagne dans la nef de la cathédrale. Les folles de Sainte-Anne jouaient de l’orgue à dix-huit mains et les autres buvaient et forniquaient partout, hommes et rats ensemble. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979), p. 95) ; « Depuis l’armée, j’ai toujours pensé qu’il avait été un peu fiottasse. » (la grand-mère gay friendly de Rodolphe, le héros homo, parlant du père de ce dernier, dans le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand) ; « J’aimerais bien vivre avec celle que j’aime, même s’il y a des barreaux entre nous. » (Adineh l’héroïne transsexuelle F to M s’adressant à Rana la femme mariée, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; « Y’a que des pédés ici ! » (Grand-Guy s’adressant à Marco dans un parloir carcéral, dans le film « Le Français » (2015) de Diastème) ; « Écoute, tu connais pas Julien. Il est maton. Tu sais ce qu’on fait aux homos en prison ? Sans lui, ça aurait été un enfer ! » (Hugo Quéméré, le héros homo se justifiant d’avoir trompé Barthélémy, dans l’épisode 440 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 11 avril 2019 sur TF1) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Franz, le héros homosexuel, a vécu ses premières expériences homos dans un foyer de jeunes garçons : « Je me suis senti très mal. » dit-il en racontant son premier baiser avec Joachim, un de ses camarades. Dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, essaie de se faire réformer du service militaire (qu’il surnomme ironiquement « Sévice militaire ») parce qu’il « a peur [de l’armée] » et qu’il prétend avoir vécu une véritable calvaire en pension chez les frères des Écoles Chrétiennes, un calvaire proche du viol : « Ils étaient 119 sur moi ! » narre-t-il au médecin militaire, en rentrant dans les détails de ses crises de tachycardie dans le dortoir du pensionnat. À la fois il a conscience de noircir légèrement le tableau et il croit en sa comédie.

 

Film "Un Chant d'amour" de Jean Genet

Film « Un Chant d’amour » de Jean Genet


 

Il est extrêmement fréquent que les amours homosexuelles fictionnelles ou les actes homosexuels soient vécus en milieu carcéral : cf. le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (dans un pensionnat), le film « Sous les verrous » (2003) de Jörg Andreas, le film « Deathwatch » (1966) de Vic Morrow, le film « Zhizn-Zhenshchina » (« La Vie est une femme », 1991) de Zhanna Serikbayeva, le film « La Femme Scorpion » (1972) de Shunya Ito, le film « Mutinerie » (1968) de Buzz Kulik, le film « Edmond » (2005) de Stuart Gordon, le film « Vive la République » (1996) d’Éric Rochant, le film « Zonzon » (1997) de Laurent Bouhnik, le film « La Taule » (1998) d’Alain Robak, le film « Boys Of Cell Block Q » (1992) d’Alan Daniels, le film « Plein la gueule » (1974) de Robert Aldrich, la pièce Guantanamour (2008) de Gérard Gelas, le film « The Company Of Strangers » (1990) de Cynthia Scott, le film « Prisonnières » (1988) de Charlotte Silvera, le film « Évadés » (1994) de Frank Darabont, le film « Bad Boys » (1983) de Rick Rosenthal, le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, le film « Tianshi Xin » (1995) de Lee Fu, le film « Karmen » (2001) de Joseph Gaï Ramada, le film « Short Eyes » (1977) de Robert M. Young, le film « Sleepers » (1996) de Barry Levinson, le film « Brubaker » (1980) de Stuart Rosenberg, le film « Midnight Express » (1978) d’Alan Parker, le film « Scrubbers » (1982) de Mai Zetterling, le film « Prisonniers d’Abashiri » (1965) de Teruo Ishii, le film « Women prison – Lynching » (1978) de Banmei Takahashi, le film « La Conséquence » (1977) de Wolfgang Petersen, le film « Des Prisons et des Hommes » (1971) d’Harvey Hart, le film « Memorias De La Cárcel » (1983) de Nelson Pereira dos Santos, le film « Papillon » (1973) de Franklin J. Schaffner, le film « Switchblade Sisters » (1975) de Jack Hill, le film « Proteus » (2003) de Jack Lewis, le film « Scum » (1979) d’Alan Clarke, le film « Stir Crazy » (1980) de Sidney Poitier, le film « Immacolata et Concetta » (1979) de Salvatore Piscicelli, la pièce Une Nuit au poste (2007) d’Éric Rouquette, le film « Borstal Boy » (2000) de Peter Sheridan, la pièce Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien, le film « American History X » (1998) de Tony Kaye, le film « Hell’s Highway » (1932) de Rowland Brown, les romans La Invasión (1967) et Prisión Perpetua (1988) de Ricardo Piglia, le film « Beau Travail » (1999) de Claire Denis, le roman Le Prisonnier (1928) de Rachilde, le film « Uroki V Kontse Vesnoy » (1989) d’Oleg Kavun, le film « Un Chant d’amour » (1950) de Jean Genet, le film « I’m Going To Get you… Elliot Boy » (1971) d’Edward J. Forsyth, le roman Prisons de femmes (1936) de Francis Carco, le film « La Confusion des genres » (2000) d’Ilan Duran Cohen, les romans Haute Surveillance (1949) et Miracle de la Rose (1946) de Jean Genet, le roman L’Amour dans les prisons (1930) de Maryse Choisy, le film « Hors d’atteinte » (1998) de Steven Soderbergh, le film « Femmes en cage » (1950) de John Cromwell, le roman Cast The First Stone (1952) de Chester Himes, le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig (racontant la relation homosexuelle entre deux détenus emprisonnés en Argentine), le film « Animal Factory » (2000) de Steve Buscemi, les romans Le Pourrissoir Saint-Lazare. Choses vues, entendues et vécues (1932) et Sous la cagoule. À Fresnes, Prison modèle (1934) de Jeanne Humbert, le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, le film « Chaînes » (1928) de Wilhelm Dieterle, le film « Ladies They Talk About » (1932) d’Howard Bretherton et William Keighley, le film « Selon la Loi » (1957) de Peter Weiss, le film « Prison Without Bars » (1938) de Brian Desmond Hurst, le film « The Weak And The Wicked » (1953) de J. Lee Thompson, le film « Caged Fury » (1990) de Bill Milling, le film « Under Lock And Key » (1995) d’Henri Charr, le film « Women’s Prison » (1955) de Lewis Seiler, le film « Girls In Prison » (1956) de Edward L. Cahn, le film « Reform School Girl » (1957) d’Edward Bernds, la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron, le film « House Of Women » (1962) de Walter Doniger et Crane Wilbur, le film « La Vie sexuelle dans les prisons de femmes » (1972) de Rino Di Silvestro, le film « Pénitencier de femmes perverses » (1974) de Brunello Rondi, les films « Les Brûlantes » (1968), « Quartier de femmes » (1972), « Pénitencier pour femmes » (1975), et « Le Cabaret des filles perverses » (1977) de Jess Franco, le film « L’Astragale » (1968) de Guy Casaril, le film « La Cavale » (1971) de Michel Mitrani, le film « The Big Doll House » (1971) de Jack Hill, le film « Khroustaliov, ma voiture ! » (1997) d’Alexei Guerman, le film « Révolte au pénitencier de filles » (1983) de Bruno Mattei, le film « QHS, Quartier Haute Sécurité pour femmes » (1992) de Leandro Luchetti, le film « Vito E Gli Altri » (1992) d’Antonio Capuano, le one-man show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur, la comédie musicale Hairspray (2011) de John Waters, la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud, le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras, la pièce Le Gang des Potiches (2010) de Karine Dubernet, le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, le film « Le Trou » (1960) de Jacques Becker, le film « Prison sans barreaux » (1938) de Léonide Moguy, le film « Au Royaume des Cieux » (1949) de Julien Duvivier, le film « Prison de femmes » (1958) de Maurice Cloche, le film « Prisonnières » (1988) de Charlotte Silvera, le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo, le film « Brute Force » (« Démons de la liberté », 1947) de Jules Dassin, la série Oz (1997-2003) de Tom Fontana, la série Charlie’s Angels (Drôles de Dames, 1976) d’Ivan Goff et Ben Roberts (avec la geôlière lesbienne, dans l’épisode « Angels In Chains »), le film « Grégoire Moulin contre l’Humanité » (2001) d’Artus de Penguern (avec la scène carcérale homosexuelle finale), le film « Partisane » (2012) de Jule Japher Chiari (se déroulant dans une prison de camps de section en Inde), le vidéo-clip de la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer, la série Orange Is The New Black (2013) de Jenji Kohan, etc.

 

Par exemple, dans la pièce Claude Gueux (1834) de Victor Hugo, Claude le héros est condamné à plusieurs années de prison : il y aime un autre détenu, passion qui le conduira finalement à l’échafaud. Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, Sean, l’un des héros homo, est responsable de la commission « Prison » à Act-Up. Dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, Abram, le héros homosexuel, a fait de la prison. Dans la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, Marcel, le chauffeur de taxi homosexuel de Maria-José (transsexuel M to F), a été incarcéré, et son compagnon de cellule s’est révélé lui aussi homosexuel. Dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, deux gardiens enculent le prisonnier/détenu. Dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, Antoine se passionne pour les prisons. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, Eric et son geôlier musclé Mr Walter (qui, depuis qu’il s’est fait détruire l’appareil génital par Schmidt, porte un vagin artificiel) sont en couple dans leur cellule : « Je suis ta pute ! » ricane graveleusement Mr Walter. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony fait des travaux forcés pendant deux ans pour pédérastie sur mineurs.

 
 

b) Corrélation entre homosexualité et guerres ? Don’t ask, don’t tell !

 

Film "Die Frau" de Régina Demina

Film « Die Frau » de Régina Demina


 

Il est fréquent que les héros homosexuels des fictions découvrent leur homosexualité, ou vivent une histoire d’amour homo, dans l’armée, pendant leur service militaire, dans un contexte de guerre : cf. le film « Don’t Ask, I Won’t Tell » (2000) d’April Wilson, le roman L’Armée du Salut (2006) d’Abdellah Taïa, les romans Tombeau pour 500 000 soldats (1967) et Éden, Éden, Éden (1970) de Pierre Guyotat (se déroulant tous pendant la guerre d’Algérie), le film « Tchernobyl » (2009) de Pascal-Alex Vincent, la chanson « Mon Légionnaire » (1987) de Serge Gainsbourg, le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin (avec l’inscription « SUMMER 1918 » sur le mur de la terrasse de l’appartement new-yorkais de Michael et Harold), la chanson « Sirocco » de Jean Guidoni, la chanson « Les petits soldats de Guillaume » d’Émile Soubeiran, le film « Qu’as-tu fait à la guerre, papa ? » (1966) de Blake Edwards, le roman Una Mujer En La Guerra De España (2003) de Carlota O’Neill, le roman Paisajes Después De La Batalla (1983) de Juan Goytisolo, le roman Alf (1933) de Bruno Vogel, le roman Loving In The War Years : Lo Que Nunca Pasó Por Sus Labios (1983) de Cherrié Moraga, le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, le film « We Dive At Dawn » (1943) d’Anthony Asquith, le film « The Wooden Horse » (1950) de Jack Lee, le film « The Cruel Sea » (1953) de Charles Frend, le film « Avant le déluge » (1953) d’André Cayatte, le film « Ararat » (2001) d’Atom Egoyan (avec le génocide arménien), le film « Lilies » (1996) de John Greyson, le film « Yongseobatji Mothan Ja » (2005) de Yoon Jong-bin, le roman Le Chant d’Achille (2014) de Madeline Miller (sur fond de Guerre de Troie), le film « Grande Parade » (1985) de Chen Kaige, les films « La Perm » (1990), « Yossi et Jagger » (2002) et « The Bubble » (2006) d’Eytan Fox (centrés sur le conflit israélo-palestinien), le film « Zero Degrees Of Separation » (2005) d’Ellen Flanders, le sketch « La Lettre du Front » (2012) de Pierre Palmade, cf. la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander (racontant un amour homosexuel vécu sous le régime d’Apartheid), la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel (sur fond de conflit israélo-palestinien), la pièce Démocratie(s) (2010) d’Harold Pinter (avec le viol comme arme de guerre), le film « The World Unseen » (2007) de Shamin Sarif, la B.D. Muchacho (2006) d’Emmanuel Lepage (se déroulant sous la dictature de Somoza au Nicaragua), la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset (Paul, le héros homosexuel, voyage au camp de concentration d’Auschwitz), le film « Somefarwhere » (2011) d’Everett Lewis (se passant pendant la guerre en Irak), le film « Glosniej Od Bomb » (« Louder Than Bombs », 2001) de Prezemyslaw Wodcieszek, le film « Bent » (1997) de Sean Mathias, le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (avec une étreinte lesbienne entre deux femmes portant la burka), le spectacle musical Luca, l’Évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès (avec des images de dictatures, de camps de concentration, d’Iran, diffusées sur grand écran), le concert Free : The One Woman Funky Show (2014) de Shirley Souagnon (avec le Commerce triangulaire et la traite des Noirs), le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill (avec l’éloge des « amours de Sparte » entre soldats), le film « Foot For Love » (2014) d’Élise Lobry et Veronica Noseda, le film « Love In The Time Of Civil War » (« L’Amour au temps de la guerre civile », 2015) de Rodrigue Jean, le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin (se déroulant pendant la Guerre de Corée), etc.

 

Par exemple, dans le roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, Ednar couche 3 fois avec Octave, son violeur d’adolescence, à l’armée. Dans le film « Morrer Como Um Homem » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues, le héros transgenre M to F Zé María (dont le maquillage travesti est textuellement assimilé au maquillage de guerre pour le camouflage) tue son compagnon d’armée après que celui-ci l’ait pénétré. Dans le roman Ta Mère (2010) de Bernard Carvalho, lors de la guerre en Tchétchénie, Andreï est poussé à se prostituer par ses camarades soldats de l’armée russe. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la narratrice transgenre F to M s’imagine en pleine guerre de Vendée, dans la peau d’un soldat royaliste. Dans le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa, Steven tombe amoureux de Phillip au moment où il observe une baston entre prisonniers. Dans le film « Private Romeo » (« Soldat Roméo », 2011) d’Alan Brown, huit cadets sont livrés à eux-mêmes dans un camp d’entraînement militaire. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le couple homosexuel est figuré par un homme en costard et son « fiancé » portant une burka féminine sur le visage. Dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015), Pierre Fatus pointe du doigt toutes les confessions religieuses comme autant de fondamentalistes du capitalisme spirituel mondialisé. L’ennemi, c’est clairement les religions, qui créeraient des guerres et qui agressent le narrateur par leur diversité. La pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand démarre sur des bruitages de Seconde Guerre mondiale : « Les carottes sont cuites. Les carottes sont cuites. Les carottes sont cuites. » Dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, les deux amantes lesbiennes, Marilyn et Mona, « s’aiment » en plein climat de conflit islamophobe. Leur « amour » est mis sur le même plan que les mariages mixtes entre musulmans et chrétiens. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Carol et Thérèse, les deux amantes lesbiennes, s’arrêtent dans un hôtel en chemin, où elles font pour la première fois « l’amour », dans une bourgade qui s’appelle Waterloo. Ironie du sort qui amuse Carol. Dans le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela, Leevi, Finlandais, tombe amoureux de Tareq, un bel ouvrier syrien qui ne peut pas vivre son homosexualité dans son pays et qui a fui la guerre.

 

Certains personnages homosexuels disent explicitement qu’ils sont la guerre, ou que la guerre est leur mère, leur Moi profond : « Madame Lucienne était votre mère. Elle a accouché de vous dans ce théâtre, pendant la guerre, une nuit de bombardement. » (Vicky s’adressant à l’Auteur, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « C’est la guerre. » (cf. le premier mot de Robbie, le héros homosexuel du film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann) ; « Je veux devenir un playboy professionnel. […] J’entrerai dans l’armée. […] Ce sera que pour fréquenter l’école militaire. Pour m’entraîner et avoir un corps magnifique. Je veux dire un corps rude et robuste comme le vôtre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant à Adit, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 206) ; « Y’a eu la Troisième Guerre mondiale dans notre jardin ? » (Phil, le héros homo se baladant dans le jardin familial dévasté par une tempête, dans le film « Die Mitter der Welt », « Moi et mon monde » (2016) de Jakob M Erwa) ; « Je suis un homme qui a cette idée qu’il reviendra après la guerre. » (Jacques, le héros homo, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann, Robbie, le héros homosexuel, se définit lui-même comme « une veuve de guerre ». Dans le film « Sekret » (2012) de Prezemyslaw Wodcieszek, Jan garde en lui un sombre secret de l’époque de l’Holocauste : sa famille juive a été déportée à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Jim Mack et Doyler Doyle, les deux amants, se sont rencontrés car leurs pères respectifs ont fait la Seconde Guerre mondiale ensemble. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Elio fait sa déclaration d’amour à Oliver à distance, avec entre eux deux un monument au mort où trône une statue d’un soldat italien inconnu de la Première Guerre mondiale.

 

Déjà, à l’école, la découverte de l’homosexualité chez le héros homosexuel enfant a pu être le signe d’un climat tendu ou d’une ambiance de guerre civile dans la cour de récré (cf. la bataille de boule de neige dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville) : « Les garçons me balançaient des pommes de pin ou m’arrachaient mon sac pour le vider par terre, quand je traversais la cour. Même certaines filles, celles qui jouaient aux gros bras pour pas se faire traiter de putes, elles rigolaient sur mon passage, me traitaient de sale théière, en mettant une main sur la taille et l’autre à côté du visage, en forme de bec verseur. » (Mourad, l’un des héros homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 336) ; « Je détestais indifféremment tous les sports d’équipe. Ils n’évoquaient à mon esprit d’enfant trop sage que des idées de guerre, de loi du plus fort, de bêtise grégaire. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 18) ; « Je pense être gay parce que je suis persuadé que la justice n’est pas de ce monde. » (Joseph Cohen, Je pense être gay parce que… (2000), p. 21) ; etc.

 

On découvre que les « guerres » dont il est question dans la fantasmagorie homosexuelle sont surtout les conflits internes au « milieu homosexuel », survenant de la violence de la pratique homosexuelle et du couple homosexuel (elles ne viennent pas que de l’extérieur) : cf. le roman La Guerre des Pédés (1982) de Copi, etc. « Les bars gays sont des prisons aussi. » (l’un des héros homos de la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) Par exemple, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Charlène, en pleine tourmente avec son amante Sarah qui la maltraite, étudie pour le baccalauréat, la Guerre Froide, cette « période de tension idéologique… ». Dans la nouvelle « Virginia Woolf a encore frappé » (1983) de Copi, des travestis cubains et pro-lesbiens s’attaquent à une boîte homosexuelle à Pigalle, à des homos dans les backroom : « Une guerre entre hommes, comme d’habitude. Une guerre tribale » (p. 91)

 

Le « milieu homosexuel » est un entre-deux-guerres dans la mesure où il est à la fois subi et choisi, victime et agresseur : « J’ai le cœur entre-deux-guerres. » (c.f. la chanson « Tu me divises en 2 » de Marc Lavoine) ; « Hier soir j’étais sorti de mon œuf… Je crois bien que c’était un œuf, alors ils m’ont dit : tu iras à la guerre ! […] Moi, la guerre, je n’en connaissais rien. Je ne savais même pas où ça se passait ! […] Alors je me suis mis à voler. J’y prends un plaisir fou […] moi je planais comme un dingue. […] Mais cette vie-là ça m’a fatigué vite. Je commence à m’arrêter de plus en plus souvent, dès que je vois une branche de libre. Et j’y trouve des gens qui me ressemblent, des camarades qui ont des muscles meurtris à force de voyager. Et je reste avec eux, piailler, sautiller, changer de branche quand le temps nous le concède. Alors il pleut souvent. Nos plumes deviennent grises. Alors, peu à peu, je viens chez vous. » (Copi, La Journée d’une rêveuse (1968), pp. 62-63)

 

Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Antonietta est la femme au foyer malheureuse, vivant au crochet de sa brute de mari, et de ses enfants fascistes. Elle trouve, le temps d’une journée, le réconfort dans la compagnie de Gabriel, son voisin de pallier homosexuel, qui allait se tirer une balle dans la tête avant qu’elle ne débarque chez lui pour retrouver son oiseau échappé de sa cage. Leur relation est très ambiguë : c’est une complicité de misère, confinant à l’adultère et à la déprime, et sur fond de rencontre au sommet à Rome entre Mussolini et Hitler (la musique des fanfares est omniprésente).
 

Dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, toutes les intrigues amoureuses homosexuelles sont associées à un contexte de guerre : Ginette partie en guerre en Afghanistan et laissant sa compagne Lucie seule aux États-Unis, l’amour d’Ahmed et son amant Saïd dans la tourmente des groupes religieux fondamentalistes en Algérie, Patrick le grand frère homosexuel de Lucie mort tragiquement dans l’attentat contre les tours du World Trade Center, etc. Dans le film « Bóbó » (2012) de Bardi Gudmunsson, au lendemain de la guerre du Vietnam, un jeune homme tombe amoureux d’un soldat américain dans un village du sud de l’Islande. La série nord-américaine Grey’s Anatomy (2005-2011) de Shonda Rhimes consacre plusieurs épisodes à la romance homosexuelle entre deux anciens soldats (Darren et Todd) ayant combattus ensemble d’Afghanistan et s’étant rencontrés là-bas. Dans la pièce Journal d’une autre (2008) de Lydia Tchoukovskaïa, c’est en plein cœur de la dictature stalinienne qu’émerge l’amour lesbien. Dans le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, le transsexuel est celui par qui le scandale arrive, le signe de la folie meurtrière de la dictature : plus le dictateur tombe amoureux de lui, plus le premier détruit tout son entourage. À la toute fin du film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Léo et Gabriel, dont le « couple » s’est enfin fondé, font un exposé en classe sur l’Histoire de Spartes et la relation entre soldats. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Jim sort avec un soldat sur la jetée. Scrotes et Anthony, le couple homo qui parraine le jeune couple Jim/Doyler, initient ces derniers à la vénération de la Phalange sacrée de Thèbes, mythe qu’Anthony raconte à Jim.

 

La guerre est présentée comme un viol, un dépucelage, qui a pu dégoûter de l’alter-sexualité et rendre homosexuel : « Tout ça, c’est de la faute de la guerre ! » (la Bouchère à propos de l’homosexualité de Rovo, dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann)

 

Beaucoup de couples homosexuels fictionnels se forment pendant (à cause d’ ?) une guerre : « Ce n’est pas très bien, cela a été fait au front. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, en parlant de sa relation physique avec Mary, pendant la Première Guerre mondiale, dans le roman The Well Of Lonelyness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 397) ; « Dans le combat, il y avait un compagnon que j’aimais. » (Didier Bénureau en parlant de Morales, un camarade soldat de 20 ans, dans son one-man-show Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Le camp, pour la plupart, remplaçait la patrie. Vivant sans famille, ils reportaient sur un compagnon leur besoin de tendresse, et l’on s’endormait côte à côte sous le même manteau, à la clarté des étoiles… » (Gustave Flaubert parlant des mercenaires au service du général carthaginois Amilcar, dans son roman Salammbô, 1862) ; « Pendant la guerre, moi aussi je l’ai fait. Et à ton avis, y’en a combien qui ont fait ça pendant la guerre ? » (Volker s’adressant à sa future femme, en parlant de l’homosexualité et en la banalisant, dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann) ; « Dany, quand tu dis que tu m’aimes, tu m’aimes un peu comme un pote, c’est ça ? Alors comme un frangin ? Comme un cousin ? Comme deux mecs en prison ? » (Billy Stevens, le personnage du film postiche « Servir et protéger », s’adressant à son futur amant Dany en pleine guerre du Vietnam, en faisant mine de ne pas comprendre les sentiments que son camarade de tranchée qu’il porte sur le dos lui exprime, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; etc. Par exemple, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Konrad raconte qu’il a connu son amant Heiko pendant un conflit armé : « On s’est connus en Afghanistan. »

 

L’amour homosexuel apparaît comme un champ de bataille. À la guerre comme au lit ! « À la guerre comme à la guerre ! » (Fred feignant la corvée de dormir avec son homme pour dissimuler son homosexualité à sa mère et lui laisser le clic-clac du salon, dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « L’heure de la vengeance avait sonné. La forêt n’était plus la forêt. Je n’étais plus dans la forêt. Khalid devait payer un jour à l’autre. […] Nous étions toujours frères, lui et moi, plus frères que jamais, mais cela n’empêchait pas la guerre d’être à un moment ou l’autre déclarée, d’être menée jusqu’au bout. […] Ce qui allait suivre était justifié. Logique. C’est la loi, il y a toujours qu’un seul gagnant. Ce qui allait venir, c’était de l’amour. L’amour aveugle, sans dieu ni mère pour le protéger. C’était de la guerre. Sans paroles. En dehors du monde. Au tout début. Au-delà de moi. Au-delà de Khalid. À travers nous deux, le combat primitif, innocent, sauvage, libre, recommençait. » (Omar parlant à son amant Khalid qu’il est sur le point d’assassiner, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 128 puis pp. 163-164) ; « Je n’ai jamais laissé personne d’autre que toi me dévaster. » (Peyton, l’héroïne lesbienne à son amante Elena, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « Pour moi, l’amour est un peu comme le conflit Israélo-Palestinien, tu vois. T’as deux peuples sur la même terre qui doivent s’entendre malgré tout. C’est ça l’amour, cet amour-haine très violent entre deux personnes que rien n’aurait assemblé, si ce n’est la même recherche de légitimité. » (Polly l’héroïne lesbienne dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 24) ; « Oh mon chéri ! Oh mon bazooka ! » (Chris s’adressant à son amant Ruzy au moment du coït, dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) ; etc.

 

Par exemple, dans le one-man-show Pareil… mais en mieux (2010) d’Arnaud Ducret, il est question de la pratique homosexuelle entre soldats par manque de femmes. Dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, l’intrigue amoureuse homosexuelle se déroule en pleine Première Guerre mondiale. Vincent et Arthur finiront par être séparés par la guerre : Arthur meurt sur le front. Mais c’est la guerre qui à la fois permet l’amour homosexuel et qui l’empêche, le détruit : « La guerre est là. Elle a ton visage, Arthur. […] Mon désir de toi est né avec la guerre, le jour de mon départ pour la guerre. […] La guerre, pour moi, c’est, avant tout le reste, et tu ne peux pas concevoir comme le reste est énorme, c’est mon amour pour toi. […] Je serre la guerre contre moi, l’odeur de la guerre, sa raideur, un bloc de granit froid, un cadavre. […] Entre mes seize ans et tes vingt et un ans, entre mon torse frêle et ton poitrail dur, il y a l’étendue d’une guerre. […] Au matin, tu es recroquevillé dans les draps. Je songe que c’est dans cette position-là que les soldats s’endorment et se réveillent dans les tranchées. […] Je n’ose pas t’arracher au sommeil, au repos. » (Vincent parlant à son amant Arthur, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 35-42)

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, la relation entre les deux amants est décrite en des termes belligérants, comme un bras de fer fatal : « Je suis né à Paris à la fin du siècle dernier… Curieuse phrase et cette impression d’ancien combattant qui va raconter sa guerre ! Finalement, ça me va bien. Je ne l’ai pas toujours été. Je n’en avais pas très envie. Combattant. Je le suis devenu contraint et forcé le jour où j’ai décidé que je ne me laisserai plus faire, ni influencer ni modeler comme je ne voulais pas, comme je ne pouvais pas. » (le jeune Bryan, 16 ans, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 18) ; « J’adore te voir en colère, on aurait dit… Jules César… ou Alexandre le grand… Ouais c’est ça… plutôt Alexandre, partant en guerre. J’ai cru que t’allais me frapper ! » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, idem, p. 158) Par exemple, quand Bryan dit à Kévin qu’il a « envahi sa vie », ce dernier lui fait remarquer que le verbe « envahir » est quand même « un terme barbare », ce à quoi Bryan lui réplique : « Pas forcément, il y a toutes sortes d’invasions, brutales, par la force, par des mecs virils, d’autres en douceur, par l’amour. » (p. 168) La méthode de drague de Bryan pour aborder Kévin pour la première fois, ça a été quand même de lui poser une question sur la guerre en Afghanistan (p. 32) ! So romantic…

 

Dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, le coït entre Hélène et Suzanne est comparé par la seconde à la Blitzkrieg : « La nuit a été un combat […] Ce contraste entre la guerre que nous menions, au lit et ailleurs, et les trop rares moments d’affection pure qu’elle avait manifestés étaient presque douloureux. […] Cette guerre entre nous, commencée il y a cinq ans, n’a jamais vraiment cessé. » (pp. 306-308)

 

Dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, un parallèle est fait entre le 11 septembre et la rencontre amoureuse entre Chris et Ernest : « Ça va peut-être te choquer, mais cet attentat me rassure. À cause de son caractère exceptionnel. Parce que le hasard ne choisit pas que les drames. Je suis persuadé que nous nous rencontrerons, que dans très peu de temps. […] Nous oublierons que les tours tombent et que le temps passe. » (Christ à son amant virtuel Ernest, pp. 133-134)

 
 

c) La guerre inconsciemment désirée : l’entre-deux-guerres ou le fantasme d’Apocalypse

La pratique de l’homosexualité, même si elle alimente parfois les conflits ou semble être une conséquence des guerres (en tous cas, ce qui est sûr, c’est qu’elle en est l’un des signes humains), est en théorie et en intentions, au contraire une démarche de paix, de rapprochement des Peuples, une union originale et fusionnelle entre les Nations (cf. je vous renvoie au code « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Le Prince moderne y veut épouser son copain le prince du royaume d’à côté que les deux rois y sont ennemis mortels, et que ça serait la plus grande réconciliation, la paix pour toujours. » (le fils ré-écrivant le conte que lui lit son père, dans la nouvelle « L’Histoire qui finit mal » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 7) ; « Je maudis cette guerre, bien sûr, et je la bénis dans le même mouvement, car c’est elle qui te donne à moi, c’est elle qui t’a précipité entre mes bras. » (Vincent parlant à son amant Arthur, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 67) ; « Sans la guerre, sans ce magnifique été de l’absence des hommes, nous serions-nous rencontrés ? » (Vincent s’adressant à la figure de Marcel Proust, op. cit., p. 24) ; etc. Par exemple, dans le roman La Dette (2006) de Gilles Sebhan, le narrateur couche avec « l’ennemi » pour se faire pardonner des meurtres d’Arabes perpétrés par son père pendant la guerre d’Algérie : « La dette sans fin, la dette infinie qu’il me faudrait payer en me livrant à des Arabes, en livrant mon cul à des Arabes, pour déshonorer mon sang, ma race, la dette contractée à travers mon père à travers la Guerre d’Indépendance, à travers le renoncement au sol arabe, à travers ce supplice du sexe violé. »

 

C’est pour cette raison que l’homosexualité est décrite comme un entre-deux-guerres : « Nous étions au bout du pont, là où il s’arrêtait, là où on l’avait cassé. Nous étions au milieu du fleuve. Au sens propre, entre deux mondes, deux villes, deux collines. Deux guerres. Deux civilisations. Deux Maroc. Deux corps suspendus, bientôt aspirés par le vide, par l’eau. » (Omar parlant à son amant Khalid qu’il est sur le point d’assassiner, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, pp. 161-162) ; « J’ai grandi avec l’idée que la guerre était une expérience qui séparait l’humanité en deux fractions bien distinctes et que je n’étais pas du bon côté. » (Madeleine, l’héroïne du roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 26) ; « Je suis né dans un pays occupé. Une nation coupée en deux, comme l’était la sienne autrefois. » (Théo, le narrateur semi allemand, parlant de sa grand-mère, op. cit., p. 178) ; « Mon père est américain. Ma mère est irakienne. » (le protagoniste homosexuel du one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte) ; « Les solstices, c’est une expression à moi. C’est tous les gens entre deux saisons. Ils n’existent pas. Alors ils condamnent. » (Julien Brévaille dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 176) ; « T’es Albanais et pédé ! » (Ody s’adressant à son jeune frère homosexuel Dany qui n’assume pas d’être albanais et qui dit qu’il est Albanais « à moitié » car il veut être Grec, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras) ; etc.

 

Dany, déchiré entre l'Albanie et la Grèce, dans le film "Xenia" de Panos H. Koutras

Dany, déchiré entre l’Albanie et la Grèce, dans le film « Xenia » de Panos H. Koutras

 

Dans les créations artistiques traitant du désir homosexuel, il est souvent fait explicitement référence à l’homosexualité en tant que passerelle entre deux conflits… arc-en-ciel rainbow de l’entre-deux-guerres : cf. le film « The Other War » (2008) de Tamar Glezerman (dans le contexte de la seconde guerre du Liban), la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado (avec la diffusion sur écran géant d’images de guerres et du tsunami au Japon, sur un air de gospel), le film « Bulldog In The White House » (« Bulldog à la Maison Blanche », 2006) de Todd Verow (avec la chanson militante du transsexuel M to F, pendant laquelle sont intercalées des paroles relatant des cataclysmes), etc. Il existe un lien indirect entre le monde fantasmagorique des Hommes-objets (de la pornographie hétéro et homosexuelle), adulés par le personnage homosexuel, et les guerres : « Après la guerre, comme vous, je devins ingénieur chimiste, et me spécialisai, comme vous, dans les matières plastiques et le caoutchouc. » (Bob s’adressant à Félix, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 222) Par exemple, dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, l’image des corps masculins des tennismen jouant nus se superposent au discours sur les bombes atomiques russes. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Jim, le héros homo irlandais, est pris entre deux feux : « J’ai pas de haine pour les Anglais. J’sais pas si j’aime les Irlandais… » D’ailleurs, l’éclatement du soulèvement insurrectionnel à Dublin entre Irlandais et Anglais en 1916 (la Guerre de Boers) correspond chronologiquement pile au coït entre Doyler et Jim. Dans le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, les images des tours jumelles en feu à la télévision en 2001 sont mises en parallèle avec l’enlacement amoureux du couple homosexuel Vincent/Boris. Lors de son concert Météor Tour à Paris-Bercy le 16 septembre 2010, le groupe de rock français Indochine a intercalé des images de guerre avec des films-documentaires sur des majorettes, des reines de beauté ; à la fin du show, des images de décombres de guerre sont combinées avec des feux d’artifice au lointain. Dans le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic, la Gay Pride se vit violemment sur fond de conflit serbo-croate : « Il y a deux Serbies ! » (Mirko, un des héros gays)

 

L’apparition de l’entre-deux-guerres dans les fictions homo-érotiques traduit l’indifférence/distance cynique et « optimiste » du héros homosexuel vis-à-vis des grands malheurs humains (cf. je vous renvoie au code « Femme au balcon » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « La guerre me rend lyrique. » (Heinrich, le Nazi du roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, pp. 46-47) ; « Je désirai plus que tout être ‘réformé’ pour éviter d’aller à l’armée. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 111) ; « J’ai seize ans. Je suis né avec le siècle. Je sais qu’il y a la guerre, que des soldats meurent sur le front de cette guerre. […] Et pourtant, je ne sais pas ce que c’est la guerre. Je vis à Paris. Je suis élève au lycée Louis-le-Grand. J’ai seize ans. […] J’échappe à la guerre. » (Vincent, le héros homosexuel, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 13-14) ; « Vous dites : cet été est si beau. On s’en veut de l’aimer tellement. Je dis : on oublie la guerre avec ce merveilleux soleil. La guerre, on ne sait plus ce que c’est. Vous dites : ce sont des choses épouvantables, les choses que vous dites, vous ne devriez pas dire de pareilles choses. Vous pensez comme moi. Vous oubliez la guerre. » (Vincent s’adressant à la figure de Marcel Proust, op. cit., p. 19) ; « Je ne suis ni un pacifiste ni un belliciste. Je crois que j’aimerais simplement ne pas avoir d’opinion à propos de cette guerre, comme à propos de toutes les guerres. J’aurais aimé que cette guerre ne changeât rien à ma vie, qu’elle n’en affectât point le cours. J’aurais aimé demeurer à l’écart. Et, bien sûr, cela n’a pas été possible. » (la figure de Marcel Proust décrivant comme il vit la Première Guerre mondiale à distance, au Ritz, op. cit., p. 75) ; « Tricoter pour nos soldats sera-t-il jugé capital pour l’effort de guerre ? Je suis un vieux pédé respectable aux moyens modestes, j’adore le couvre-feu. Que de rencontres exaltantes… » (Lytton Strachey dans le film « Portrait Of A Marriage » (1990) de Stephen Whittaker) ; « La politique n’est pas mon fort. » (le mathématicien asocial homosexuel Alan Turing, dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum) ; « Quand je pense qu’il y a quatre millions de chômeurs… et moi qui fais du yoyo… » (Pierre Fatus dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive !, 2015) ; etc. Par exemple, dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, Claude Hupper, pour ne pas aller à l’armée, a dit qu’ « il était pédé ».

 

Il existe dans le personnage homosexuel une division schizophrénique qui lui fait vivre une guerre intérieure violente et ambiguë. En lui se disputent deux nations, deux entités, deux intentions : une de paix, une de guerre. Il est pris entre deux feux, deux guerres, littéralement parlant ! Par exemple, dans la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti, les deux jumeaux Jasmine et François représentent la guerre d’Algérie, l’Algérie et la France. Dans le film « Le Naufragé » (2012) de Pierre Folliot, la mort mystérieuse d’Adrien, le jeune héros homosexuel, est indirectement mise en relation avec deux grands conflits mondiaux : les massacres en Afghanistan et la guerre de Corée (à la télé, le père d’Adrien regarde un débat politique sur la réunification impossible entre Corée du Nord et Corée du Sud). Dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell, Hedwig, le héros transsexuel M to F, est né l’année de la construction du Mur de Berlin et se prend pour le Mur, pour le responsable de la division entre Ouest et Est. C’est l’enfant du viol, qui gît nu et orphelin dans les décombres : « Je suis née de l’autre côté d’une ville déchirée en deux. J’ai beau essayer de toutes mes forces. Je finis toujours meurtrie et déprimée. »

 

La pratique homosexuelle traduit aussi une illusion de transition démocratique suite à une guerre/dictature. Par exemple, dans le roman Los Alegres Muchachos De Atzavará (1988) de Manuel Vázquez Montalbán, l’émergence de l’homosexualité est annoncée par la fin de la dictature franquiste et l’arrivée d’une nouvelle forme de dictature, celle de l’oligarchie des nouveaux riches de la société consumériste et matérialiste actuelle, celle des bobos bisexuels.

 

Aussi bizarre que celui puisse paraître, la guerre est désirée par le héros homosexuel. « S’ils pouvaient se remettre à bombarder, on aurait au moins quelque chose de décent à regarder. » (Max, l’un des personnages homosexuels de la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) ; « C’est chouette la guerre. J’en redemande. » (l’héroïne lesbienne dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 108) ; « Les pages suivantes sont consacrées à la guerre, que j’appelais silencieusement de mes vœux, parce que j’étais tellement mal dans ma peau qu’il me semblait qu’une catastrophe internationale était ce qu’il me fallait : une bonne guerre, comme on dit. ‘Levez-vous, orages désirés…’, ai-je cyniquement écrit. » (Suzanne parlant de la Seconde Guerre mondiale dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 63) La guerre est envisagée comme une manière de supplanter la guerre hétérosexuelle, voire de gommer cette dernière. L’entre-deux-guerres, c’est finalement l’écartèlement de la bisexualité, coincée entre la guerre hétérosexuelle et la guerre homosexuelle : « Une guerre amère et des plus curieuses était maintenant engagée entre Martin et Stephen [l’héroïne lesbienne], mais une guerre secrète, de crainte que l’être qu’ils aimaient [Mary, la compagne secrète de Stephen et la femme de Martin] ne fût amené à en souffrir. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Lonelyness, Le Puits de solitude (1928) de p. 559) Par exemple, dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier, la différence (des sexes) est envisagée comme une source de conflit, comme le montre le syllogisme de l’héroïne Lourdes : « Les différences = les conflits ; les conflits = les injustices ; les injustices = les guerres. » La pratique homosexuelle agit alors comme une imitation inconsciente et réparatrice de l’ancienne guerre femme-homme, une discrète collaboration : « Pendant la guerre, on a souffert. Enfin… surtout à la Libération. Moi, j’ai été tondue. Moi qui ai connu les Allemands de près, je peux vous dire que je les connus de près, de très très près. Surtout Hans. Des Allemands, des aristocrates… d’une classe foooolle. Des gens qui gagnaient à être connus. […] On dit ‘la guerre ! la guerre !’… mais c’est surtout à la Libération qu’on en a bavé ! » (Didier Bénureau dans la peau d’une femme collabo, dans son one-man-show Bénureau en best-of avec des cochons, 2012)

 

Le personnage homo vit (une histoire d’amour pendant) l’entre-deux-guerres, est nostalgique de la guerre passée, et reste dans l’expectative d’un conflit imminent. « Dieu merci, la guerre est arrivée ! » (Mémé Huguette, le héros transgenre du one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) Il existe un grand fantasme de guerre mondiale dans les œuvres homo-érotiques, un mélange de peur et d’attraction pour la disparition cataclysmique de la Planète : « Il vient de nous tomber une dépêche. Guerre interplanétaire ! » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « La survie de notre espèce m’importe bien peu et, oserais-je le confesser ? il m’arrive même parfois de rêver de l’écroulement des empires. » (le narrateur homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 96-97) ; « Vous avez vu la dernière ? La Terre a explosé ! » (Loretta Strong dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi) ; « Je m’échine à expliquer aux autres […] à quel point ce monde est à l’envers, […] à quel point je voudrais tout bousiller, réduire en cendres. » (la narratrice lesbienne du roman Camille en octobre (1988) de Mireille Best, pp. 206-207) ; « C’est le déluge ! » (l’Albatros parlant à Gouri, dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 98) ; « C’est la fin du monde ! » (le Rat dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Vous avez vu la dernière ? La terre a explosé ! » (Loretta Strong dans la pièce éponyme (1974) de Copi) ; « Le monde touche à sa fin. » (Harper dans la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner) ; « Le monde est un pervers, et je continuerai de le braver parce que le monde est un enfer. » (cf. la chanson « Dunkerque » du groupe Indochine) ; « Enfants de la bombe, des catastrophes, de la menace qui gronde » (cf. la chanson « Ils s’aiment » de Daniel Lavoie) ; « C’est l’Apocalypse ! » (Sabu, le héros homosexuel du film « Hey, Happy ! » (2001) de Noam Gonick) ; « Autour de lui, une atmosphère d’Apocalypse. » (Omar en parlant de son père, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 39) ; etc.

 

Bien souvent, il est question de la fin du monde (cf. je vous renvoie au code « Passion pour les catastrophes » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), de l’Apocalypse : cf. la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « Apocalypse Now » (1979) de Francis Ford Coppola, le film « Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse » (1921) de Rex Ingram, le film « Teenage Apocalypse » (1995) de Gregg Araki, le film « Un Homme d’exception » (2002) de Ron Howard (avec l’imminence d’une attaque nucléaire), le vidéo-clip de la chanson « L’Instant X » de Mylène Farmer (figurant un tsunami moussant sur la ville de New York), la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche, la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg (avec une vision apocalyptique du monde), la série de toiles Apocalypse (1988) de Keith Haring et William Burroughs, le film « Jour du Fléau » (1975) de John Schlesinger, le film « Rote Ohren Fetzen Durch Asche » (1992) d’Hans A. Scheirl et Ursula Pürrer, la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau, la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd, la pièce Juste la fin du monde (1990) de Jean-Luc Lagarce, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, la pièce Missing (2008) de Nick Hamm (avec le groupe des « Prosélytes du Cataclysme »), le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache (avec la boîte homo L’Apocalypse), la chanson « Les Rails » de Zazie, le film « The Return Of Post Apocalyptic Cowgirls » (2010) de Maria Beatty, le roman « L’Apocalypse des gérontes » (2010) d’Essobal Lenoir, etc.

 

Par exemple, dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, le narrateur homosexuel erre dans une ville-fantôme uruguayenne après l’Apocalypse : « Là je commençai à me poser des questions, plutôt une seule question : pourquoi étais-je le seul survivant de l’Uruguay ? » (p. 35) La pièce L’Ombre de Venceslao (1991) de Copi commence par un déluge. Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Khalid vit les volets fermés, dans la peur de l’Apocalypse. « Le soleil était devenu, année après année, une grande obsession morbide pour Khalid. Il en parlait tout le temps. Il en avait une connaissance scientifique, intime, amoureuse. Il voyait le soleil comme une menace sérieuse, certaine. » Pour lui, la fin du monde va arriver avec l’approche du soleil : « Le soleil et la mort se regardent fixement. Le soleil gagne. Il va bientôt triompher. Exploser. Tout deviendra ombre. […] J’imagine le soleil qui vient vers moi. […] Il me noircit. Il me transforme. En cendres ? En quoi exactement ? Je me demande si, juste à la toute fin, je serai complètement noir. Noir de brûlures. » (pp. 69-71) Dans le film « Le Placard » (2001) de Francis Veber, Vincent Pignon écoute la radio et vit le déferlement médiatique quotidien des mauvaises nouvelles comme une asphyxie : d’ailleurs, il ne tardera pas à faire son faux coming out

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Homosexualité de circonstance (dans les pensionnats, les internats, les prisons) :

ENTRE 5 Prison

 

Dans les discours de beaucoup de personnes homosexuelles, on peut observer que le désir homosexuel survient davantage par des événements et un contexte social particulier (souvent un contexte d’enfermement, privant de liberté) que par la Nature et la liberté (c’est la raison pour laquelle on parle souvent d’« homosexualité de circonstance ») : « Les circonstances m’avaient rendu homosexuel. » (Costas Taktsis à propos de son expérience carcérale, cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 424) ; « Si l’on en croit les statistiques de Kinsey, établies aux États-Unis, un très grand nombre de sujets (plus d’un tiers des sujets masculins) ont pu avoir des relations homosexuelles accidentelles ou temporaires. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 264) ; « Les pratiques homosexuelles sont plutôt le résultat de la misère sexuelle existant dans le Maghreb que de vrais désirs homosexuels : une sexualité de substitution. » (cf. l’article « Maghreb » de Robert Aldrich, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 306) ; etc.

 

D’ailleurs, les lieux de la pratique homosexuelle sont souvent des espaces clos (casernes, pensionnats, prisons), où la différence des sexes est soit trop marquée, soit banalisée : « Slimane ne parle que de lui depuis deux jours. Saâd… Saâd… Saâd… Il ne le dit pas, mais pour moi, c’est sûr, ils étaient amoureux l’un de l’autre. À l’internat du collège et du lycée, ils ont dormi longtemps dans le même lit. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 106) ; « L’homosexualité et la masturbation proviennent en partie des conditions de la captivité. […] On retrouve les mêmes réactions chez les bêtes à cornes parquées (béliers ou taureaux). » (Paul Guillaume, La Psychologie des singes, 1942) ; « Ces hommes que de longs séjours en prison semblaient avoir rendus tous pareils » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 108) ; « La masturbation paraît bénigne quand se posent des problèmes de viols et de relations homosexuelles. Sur ce point, c’est l’omerta, la loi du silence. » (Père Jean-Philippe Chauveau à propos du milieu carcéral, dans son autobiographie Que celui qui n’a jamais péché… (2012), p. 289) ; « Je suis arrivée au pensionnat à l’âge de 14 ans. J’étais très naïve. Et je me suis retrouvée très tôt face à ces problèmes. Et j’ai été choquée. Il ne se passait que ça autour de moi, et je ne voulais pas le voir. Et j’en étais choquée. Depuis la surveillante qui couchait avec la surintendante, jusqu’aux élèves qui partageaient ma chambre, il n’y avait que ça autour de moi. J’étais la seule à ne pas être informée et à ne pas trouver que c’était épouvantable. Je me suis d’autant plus braquée que je sentais confusément en moi une attirance. Mais je voulais absolument la nier. » (Germaine, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.

 

Il est extrêmement fréquent que les amours homosexuelles ou les actes homosexuels soient vécus en milieu carcéral : cf. l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli, le nom du groupe britannique de Marc Almond Soft Cell, le documentaire « P4W : Prison For Women » (1981) d’Holly Dale et Janis Cole, l’essai Sexualité et prison, désert affectif et désirs sous contrainte (2009) d’Arnaud Gaillard, etc. Par exemple, le film « I Love You Phillip Morris » (2008) de John Requa et Glenn Ficarra retrace l’histoire vraie de la liaison amoureuse de deux prisonniers Steven Russel et Phillip Morris dans une prison nord-américaine. Dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, Eddy Bellegueule évoque « les viols commis par les détenus sur les autres détenus, et, en l’occurrence » (p. 129) sur son cousin Sylvain. Michaël Kühnen (1955-1991), condamné en 1984 à trois ans de prison pour incitation à la violence et à la haine raciale, fait son coming out en 1986 alors qu’il est encore en prison. Il meurt du Sida en 1991. Je vous renvoie à cet article ainsi qu’à cet article.

 

En Russie, beaucoup de témoignages terribles révèlent l’ampleur de l’agressivité entre certaines femmes incarcérées, leurs relations lesbiennes ultra violentes.

 

Ce n’est pas un hasard si certains intellectuels homosexuels (tels que Michel Foucault, Maryse Choisy, ou Jean Genet) se sont intéressés de près à l’univers carcéral. Par exemple, le romancier nord-américain homosexuel Truman Capote découvre dans le New York Times du 16 novembre 1959 un fait divers qui, tout de suite, le passionne et l’inspire pour l’écriture de son roman De sang-froid (1966) : un quadruple meurtre frappant une famille de fermiers du Kansas. Il rentrera en relation étroite et amoureuse avec l’un des deux assassins, Perry Smith, qu’il visitera souvent en prison.

 

Cet intérêt homosexuel pour les prisons s’origine parfois par une expérience passée dans celles-ci. Juan Soto, par exemple, a vécu son homosexualité en prison sous l’Espagne franquiste. Jean Genet a connu ses premières expériences homosexuelles dans une prison pour mineurs à Mettray (le poème « Le Condamné à mort » qu’il a dédié à son ami carcéral Maurice Pilorge en est une des traces « vivantes »). L’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda raconte un viol dans la prison madrilène de Carabanchel (p. 199).

 

Paradoxe incroyable : c’est dans un lieu aussi homophobe que les prisons (chasse aux « pointeurs », viols correctifs, etc.) que pourtant se pratique et se refoule le plus l’homosexualité. « Quand il sort de prison, l’homosexuel est tout aussi homosexuel qu’auparavant. » (Himmler, cité dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 260) Par exemple, dans son autobiographie Un Homo dans la cité (2009), Brahim Naït-Balk explique que ses violeurs, qui sont homosexuels refoulés (selon son propre aveu), sont incarcérés : « Certains d’entre eux se sont retrouvés en prison à cause du deal. Pas à cause de ce qu’ils m’avaient fait… » (p. 79) En 1999, Aaron McKinney, l’un des assassins prétendument « hétéros » de Matthew Sheppard, homosexuel, est suspecté d’homosexualité refoulée par Andrew, un de ses compagnons de cellule : « Pourquoi t’as enculé cette putain de tante ? Parce que tu vas devenir une putain de tante aussi… » Et il a été révélé que lui et Matthew étaient amants. Il existe des cas recensés de viols et de cannibalisme dans les prisons du monde entier.

 
 

b) Corrélation entre homosexualité et guerres ? Don’t ask, don’t tell !

Il est fréquent que les personnes homosexuelles découvrent leur homosexualité, ou vivent une histoire d’amour homo, dans l’armée, pendant leur service militaire, dans un contexte de guerre : cf. le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, le fameux slogan « Don’t ask, don’t tell » du président Bill Clinton concernant le phénomène de l’homosexualité dans l’armée nord-américaine, l’enquête Dante n’avait rien vu (1924) d’Albert Londres (qui nous donne un panorama secret de la vie des « képis blancs » en 1934), etc. Je vous renvoie aussi à cet article.

 

« La pédérastie est chose fort courante dans l’armée et les universités. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 154) ; « En 1980, 102 cas de viol à l’armée étaient suivis de poursuites pénales. » (cf. le dossier « Viol » dans la revue Homophonie, n°54, avril 1985, cité dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang, p. 178) ; « Dans un livre publié en 1925, Brand loue l’amour des amis comme le fondement d’une armée parfaite. L’homoérotisme est bénéfique pour la loyauté militaire et le sacrifice ; il est donc d’une grande valeur pour l’Allemagne. D’une manière générale, la guerre doit être considérée comme une bonne école de virilité mais aussi de vraie camaraderie et d’amitié érotique. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 171) ; « En réalité, de même que pour les cas d’homosexualité constatés dans les internats et dans certaines collectivités d’hommes, cet usage, qui fut pour les philosophes un thème de dissertations brillantes, provenait tout simplement de circonstances particulières, nées de conditions de vie anormales : à l’armée comme au gymnase, les hommes vivaient exclusivement entre eux (les femmes n’étaient même pas admises en qualité de spectatrices sur les stades.). » (Jean-Louis Chardans, op. cit., p. 124) ; « Dans aucune grande ville du début du XXe siècle, il n’y a autant de soldats prostitués qu’à Berlin. C’est que l’inversion sexuelle sévit dans l’armée allemande plus que partout ailleurs. Les soldats qui s’abandonnent ainsi à la passion des autres sont généralement des ‘normaux’. C’est une des révélations de l’affaire Eulenburg et des procès qui s’en suivirent : la pratique étendue de l’homosexualité dans l’armée. Au point que pour les étrennes de ses soldats, le Kaiser a offert aux officiers lors du Nouvel An, en 1908, une nouvelle ‘théorie’ qu’ils ont mission d’apprendre et d’expliquer à leurs subordonnées, et qui expose tous les dangers de l’homosexualité. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 63) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Thérèse, femme lesbienne de 70 ans, raconte que la situation de la guerre de 1914 encourageait au lesbianisme : « Il n’y avait plus d’hommes. » Le scandale des cadets du collège militaire en Argentine en 1942 montre également la correspondance entre dictature militaire et homosexualité (cf. le roman La Ciudad Y Los Perros, La Ville et les Chiens (1963) de Mario Vargas-Llosa, et la nouvelle « El Marqués De Sebregondi Llega Y Retrocede » (1988) d’Osvaldo Lamborghini). Dans les années 1960-1990, on a découvert la pratique du viol homosexuel (appelé « dedovchtchina ») dans l’armée soviétique (cf. l’article « Armée » de Pierre Albertini, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 47).

 

ENTRE char rose

 

Certaines personnes homosexuelles disent explicitement qu’elles sont la guerre, ou que la guerre est leur mère, leur Moi profond : « Quand quelquefois, je vois à la télévision de belles âmes pleurer sur la misère sexuelle des malfaiteurs enfermés en prison, je ne peux me retenir d’évoquer ma jeunesse, tout aussi misérable, où je subissais une punition inhumaine pour des crimes que je n’avais pas commis. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 109) ; « J’étais né dans la guerre. » (Charles Trénet parlant de sa famille puis de son pays, dans le documentaire « Charles Trénet, l’ombre au tableau » (2013) de Karl Zéro et Daisy d’Errata) ; etc. J’ai en tête par exemple les Autoportraits (1919-1928) de la photographe lesbienne Claude Cahun, au look de bagnard crâne rasé, ou encore à la fierté paradoxale de Jean Genet à se dire « voleur », homosexuel et guerrier : « Je choisis cette planète maudite, je l’habite avec les bagnards de ma race. » (Jean Genet, Journal du voleur (1949), p. 49)

 

Déjà, à l’école, la découverte de l’homosexualité chez l’individu homosexuel enfant a pu être le signe d’un climat tendu ou d’une ambiance de guerre civile dans la cour de récré. Par exemple, dans la publicité « Safer Sex Gay » de l’association AIDES, la guerre est montrée comme un moteur du désir homosexuel : des ados qui se castagnent pousse le jeune homosexuel à se penser gay. C’est cette tension de l’entre-deux-guerres qui définirait, selon Jean-Paul Sartre, le drame sacré homosexuel de Jean Genet. « Un accident l’a buté sur un souvenir d’enfance et ce souvenir est devenu sacré ; dans ses premières années, un drame liturgique s’est joué, dont il était l’officiant : il a connu le paradis et l’a perdu, il était enfant et on l’a chassé de son enfance. Sans doute cette ‘coupure’ n’est pas très aisément localisable. Peu importe : elle existe, il y croit ; sa vie se divise en deux parties hétérogènes : avant et après le drame sacré. » (Jean-Paul Sartre, Saint Genet (1952), p. 9)

 

Et plus tard, à l’âge adulte, on découvre que les « guerres » dont certains individus homos parlent sont surtout les conflits internes au « milieu homosexuel », survenant de la violence de la pratique homosexuelle et du couple homosexuel (elles ne viennent pas que de l’extérieur) : « On est mardi. J’ai passé ces quatre derniers jours avec Slimane. On n’est pas sortis de l’appartement. J’ai passé quatre jours sur lui, et lui sur moi. À manger. À faire l’amour. À se disputer. À se réconcilier. À dormir. L’un dans l’autre au sens propre. Prisonniers. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 109) Le « milieu homosexuel » devient un entre-deux-guerres dans la mesure où il est à la fois subi et choisi, victime et agresseur (cf. je vous renvoie au code « Milieu homosexuel infernal » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

La guerre ou les crises se présentent comme des contextes favorables à l’émergence de l’homosexualité : « [Aux États-Unis] Il y avait une homosexualité motivée par la prostitution, elle-même encouragée par la crise de 1929. » (Jean Le Bitoux, Les Oubliés de la mémoire (2002), p. 27)

 

Il existe un lien indirect entre la justification sociale de la pratique homosexuelle et les guerres/le terrorisme : « Quelle différence en tout cas avec les Espagnols après les deux cents morts des attentats de Madrid en mars dernier ! Que ces électeurs espagnols aient puni Aznar et son Parti populaire de leur avoir menti, rien de plus logique. Mais ce qui m’étonne un peu plus c’est que Zapatero, à peine élu, et alors que les ruines de la gare d’Atocha fumaient encore, se soit héroïquement et principalement engagé en faveur du mariage gay ! C’est Ben Laden qui a dû être content de voir comment son message était reçu cinq sur cinq. Et en effet, il l’était… » (Philippe Muray, Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005), p. 450) ; « Si l’Occupation avait radicalement supprimé la progression de la drogue en France, elle y avait en revanche développé l’homosexualité. Assez répandue outre-Rhin, la pédérastie s’étendit à la suite du passage des soldats allemands dans notre pays. Jusqu’alors, elle était le fait de quelques intellectuels ou de quelques blasés qui constituaient une confrérie très fermée. Les véritables invertis physiologiques se montraient encore plus discrets. Bref, la pédérastie n’était pas descendue dans la rue. Par goût, par entraînement, par intérêt, par lâcheté, de nombreux jeunes gens, et des moins jeunes, subirent l’initiation germanique. À la Libération, l’arrivée des Nord-Africains, les difficultés économiques, la fermeture des bordels, encouragèrent cette vague d’homosexualité. Pour la première fois à Paris, il existait une prostitution masculine avouée sur les trottoirs de Saint-Germain-des-Prés. C’est pourquoi la loi d’avril 1946 sur la prostitution n’établit aucune distinction de sexe. » (André Larue, « Les Flics », 1969) ; « Ajoutons encore à cette catégorie [les homosexuels] les jeunes soldats ou marins ayant glissé vers les pratiques homosexuelles par suite des circonstances ou du milieu pendant la guerre ou leur service militaire qui, par la suite, se sont crus irrémédiablement pervertis. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 48)

 

Pendant les grands conflits armés, il est important de rappeler que la torture sexuelle touche aussi bien les hommes que les femmes. Par exemple, les abus se sont multipliés après l’entrée des troupes russes en Tchétchénie, entre 2000 et 2003. Les hommes comme les femmes soupçonnés de complicité avec les rebelles tchétchènes ont été soumis à des sévices sexuels (application d’électrodes sur les parties génitales, viol avec des armes ou des bouteilles). Ils ont été violés dans les prisons illégales, les « camps de filtration », et lors des pillages des villages.

 

Beaucoup de couples homosexuels se forment pendant (à cause d’ ?) une guerre : « En prison et dans l’armée… Il est des lieux où l’homosexualité est pratiquement inévitable : les pénitenciers (prisons, maisons d’arrêt, de détention, compagnies de discipline, ateliers de travaux disciplinaires, grands chantiers publics, colonies pénitentiaires, bagnes). C’est dans ces lieux, où la continence est forcée, que naissent, dans l’internement ce que les administration d’État dénomment pudiquement ‘les succédanés pénitentiaires de l’amour’ semblables aux amitiés particulières chères aux collèges de Jésuites. […] Les murs, les portes, les montants des lits des prisons portent des milliers d’inscriptions qui trahissent les pensées exacerbées par l’homosexualité. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 229) ; « Là-bas [en Algérie], nous l’étions tous. Seul Changarnier l’est resté. » (Louis de Lamoricière parlant du Général Nicolas Changarnier (1793-1877)) ; « Au retour des Croisades, soldats et religieux dévoilèrent ce qu’ils avaient appris en Palestine. Au contact des Orientaux, ils apprirent l’art de forniquer avec leurs semblables. Jamais pareille ignoble requeste ne fut réservée à de pareils guerriers. » (Gauthier de Coincy, prieur de Saint-Médard de Soissons, parlant des Croisés) ; etc. Lors de sa rencontre-dédicace pour signer son essai L’Homosexualité dans la Bible (2010) à la Librairie Violette & Co à Paris le 22 avril 2010, Patrick Négrier explique la corrélation entre homosexualité et guerre, où l’amour homo est utilisé comme arme de guerre : il évoque Jonathan contre les Philistins, ou bien Judith coupant la tête d’Holopherne après l’avoir draguée.

 

L’expérience des tranchées pendant la Première Guerre mondiale a suscité des vocations homosexuelles (cf. Martin Taylor, Lads : Love Poetry Of The Trenches, 1989). Idem lors de la Seconde Guerre mondiale et d’autres conflits : cf. l’essai Wars I Have Seen (1945) de Gertrude Stein, le documentaire « Children Of The Regime » (1985) de Nick Deocampo, etc. « C’est déjà très étrange de penser que Parade était pendant Verdun. Paris avait une vie intense pendant qu’il y avait la vie intense des tranchées. C’est presque à l’heure actuelle incompréhensible. » (Jean Cocteau dans le documentaire « Cocteau et Compagnie » (2003) de Jean-Paul Fargier) ; « Les années 45 et 46 auront été l’âge d’or de l’homosexualité à Paris. » (Jean-Jacques Rinieri, cité dans l’autobiographie Parce que c’était lui (2005) de Roger Stéphane, p. 109)

 

La guerre est présentée par certains individus homosexuels comme un viol, un dépucelage, qui a pu les dégoûter de l’alter-sexualité et les rendre homos : « Cette fameuse perte de l’innocence que nous avons perdu ce 11 septembre 2001… » (le romancier homosexuel québécois Denis-Martin Chabot, à propos de son roman Innocence (2006), à l’émission Homo Micro au micro de Paris Plurielle, le 27 mars 2006)

 

L’amour homosexuel apparaît comme un champ de bataille. À la guerre comme au lit ! « Je haïssais Chouaïb. Il ne m’attirait plus. Mais je voulais rester ainsi pour toujours, nu, collé à lui tout aussi nu, peau contre peau, vivant dans le chaos de cette guerre intime, sexuelle. » (Abdellah Taïa parlant de son « cousin » Chouaïb, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 23)

 

Souvent, la juxtaposition de l’homosexualité avec les guerres est souhaitée par les créateurs homosexuels afin de justifier l’amour homosexuel. L’horreur de la guerre, empêchant à l’écran la formation et le bonheur du couple homosexuel fictionnel, est censée rehausser et prouver la solidité de l’amour homosexuel. Mais prouve-t-on l’amour par son contraire (à savoir la guerre) ? Pas longtemps, en tous cas !

 
 

c) La guerre inconsciemment désirée : l’entre-deux-guerres ou le fantasme d’Apocalypse

La pratique de l’homosexualité, même si elle alimente parfois les conflits ou semble être une conséquence des guerres (en tous cas, ce qui est sûr, c’est qu’elle en est l’un des signes humains), est en théorie et en intentions, au contraire une démarche de paix, de rapprochement des Peuples, une union originale et fusionnelle entre les Nations (cf. je vous renvoie au code « L’homosexuel riche / L’homosexuel pauvre » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Plus personne ne compte à leurs yeux. […] Roland et Olivier […] Tout se tait. Le temps s’est arrêté. Moment de silence et de bonheur dans le tumulte de la guerre. » (Louis-Georges Tin commentant la Chanson de Roland (fin du XIe siècle), dans son essai L’Invention de la culture hétérosexuelle (2008), p. 21) C’est pour cette raison que l’homosexualité se vit et se voit particulièrement pendant l’entre-deux-guerres. La pratique de l’homosexualité semble être une passerelle entre deux conflits… l’arc-en-ciel rainbow de l’entre-deux-guerres.

 

D’ailleurs, si on regarde bien, beaucoup de personnalités du monde homosexuel appartiennent aux Années folles et à la fameuse période connue de « l’entre-deux-guerres » (1918-1939) : Panama Al Brown, Suzy Solidor, Joséphine Baker, Jean Cocteau, Jean Marais, etc. Dans les capitales comme Berlin, Paris, Londres ou New York, la pratique homosexuelle battait son plein. Berlin, par exemple, était une ville particulièrement homosexuelle ! « Il y a 30 bars homosexuels à Berlin en 1900. Il y en a 130 en 1933, soit davantage aujourd’hui qu’à Paris. » (Jean Le Bitoux, Les Oubliés de la mémoire (2002), p. 21) ; « Regardez-moi donc ! claironnait la capitale allemande, fanfaronne jusque dans son désespoir. Je suis Babel, la Pécheresse, la ville monstrueuse entre toutes les villes. Sodome et Gomorrhe tout ensemble n’étaient pas moitié aussi corrompues, moitié aussi misérables que moi ! » (Klaus Mann écrivant sur Berlin, la ville homosexuelle sodomite pendant les années 1920-1930, dans son journal, p. 169) ; etc.

 

ENTRE Vietnam

 

Même si le lien homosexualité-guerre ne peut pas être causalisé, je suis frappé de voir, rien qu’en Espagne et au Portugal (deux pays qui ont vécu des guerres civiles et des décennies de dictature), combien la pratique homosexuelle a explosé plus fort qu’ailleurs dans les années 1980-2000. Par ailleurs, Un ami d’origine yougoslave, la quarantaine, m’a assuré, par rapport au conflit serbo-croate (1991-1995) : « Avant la guerre, il n’y avait pas de pédés à Belgrade. Maintenant, on ne voit que ça ! »

 

L’entre-deux-guerres, cela peut être aussi les enfers choisis, les viols consentis : les milieux actuels du sport, de la prostitution, du show-business, des classes prépas (cf. le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, l’autobiographie Prélude à une vie heureuse (2004) d’Alexandre Delmar, le film « Grande École » (2003) de Robert Salis, etc.). Beaucoup de personnes homosexuelles se victimisent et aiment se faire peur pour donner à leur pratique homosexuelle la valeur de l’héroïsme contre un climat homophobe qui les empêcherait d’aimer et d’être elles-mêmes. « À l’époque, il y avait de la discrimination partout. C’était affreux. » (Carmen Xtravaganza, le transsexuel M to F évoquant les années 1970 aux États-Unis, dans le documentaire « Let’s Dance – Part I » diffusé le 20 octobre 2014 sur la chaîne Arte) Par exemple, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014, Emmanuelle, femme lesbienne de 26 ans, compare le sort des personnes homosexuelles « maltraitées par la Manif Pour Tous » à la « Seconde Guerre mondiale, à la Shoah, à l’histoire des Noirs ». « Où est-ce qu’ils vont s’arrêter ? Tout ce qu’ils veulent, c’est que je dégage. »

 

La recrudescence de l’homosexualité pendant l’entre-deux-guerres peut traduire l’indifférence/distance cynique et « optimiste » des personnes homosexuelles vis-à-vis des grands malheurs humains (cf. je vous renvoie au code « Femme au balcon » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Comme l’explique très bien Éric Zemmour dans son essai Le Premier Sexe (2006), la fuite sociale de la guerre, du pouvoir et de la mort, c’est la fuite de sa masculinité, donc un détonateur improbable d’homosexualité : « La guerre est l’ultime marqueur de l’identité masculine. » (p. 75) L’homme a été dévirilisé à partir de la guerre 1914-1918 (les femmes sont montrées comme capables de se passer des hommes) : « Cette génération veut abandonner la pulsion de mort qui est le propre de la virilité depuis des millénaires. Ils veulent être du côté de la vie, du côté des femmes. […] Le pouvoir, c’est le mal, la mort, le phallus, l’homme. Plus personne, dans les jeunes générations de nos pays, ne veut assumer ce fardeau. […] Le rêve féministe s’est substitué au rêve communiste. On sait comment ces rêves finissent. Dans le reste du monde, on n’en est pas là. Les Américains, les Chinois, les Indiens, les Arabes, les Russes assument la force, la violence, la guerre, la mort, la virilité. […] Ainsi, de part et d’autre des océans s’affrontent deux férocités : totalitarisme féministe contre tyrannie masculine. […] C’est aux États-Unis qu’est né l’homme féminisé. L’homme castré. Mais c’est aussi des États-Unis qu’est venue une vigoureuse réaction masculiniste, avec ces groupes d’hommes qui réapprennent leur virilité dans des forêts. […] Face à cette évolution, les sociétés européennes et américaines risquent de s’éloigner de plus en plus, une dérive des continents où l’Europ incarnerait la femme et l’Amérique l’homme. » (idem, p. 86 puis pp. 120-121) Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, on découvre qu’Yves Saint-Laurent a essayé à tout prix d’échapper à son devoir d’État qui le nommait au conflit en Algérie. Il arriva, pour des raisons de santé, à être exempté (« Entre l’armée et toi… tu n’es pas allé plus loin que l’Hôpital du Val de Grâce. » commente mi-ému mi-amusé son amant Pierre Bergé). Le jeune couturier ne répondit pas à son appel d’incorporation à l’Armée française (il se fera critiquer et désigner comme déserteur par certains journaux parisiens) : « Mon seul combat, c’est d’habiller les femmes. » déclarera-t-il. On le voit plus tard regarder avec excitation auprès de ses potes artistes les images terrifiantes de la Guerre d’Algérie au Journal Télévisé : « Tu te rends compte, si ça bascule, on aura l’air malins… » laisse-t-il échapper ; et Betty de lui répondre en riant : « J’ai toujours rêvé d’une catastrophe financière ! »

 

Il existe dans l’individu homosexuel une division schizophrénique qui lui fait vivre une guerre intérieure violente et ambiguë. En lui se disputent deux nations, deux entités, deux intentions : une de paix, une de guerre. Il est pris entre deux feux, deux guerres, littéralement parlant ! « La Bretagne est mon décor. […] Rostrenen. Ni ville ni village. Deux maternelles, deux écoles primaires, deux collèges, les laïques et les catholiques, une guerre civile permanente. Face à l’église, la mairie. Deux terrains de foot, deux gymnases, deux boulangeries… qu’on fasse du sport ou qu’on achète une baguette, il faut toujours choisir son camp. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 37) ; « Gaulliste avec sa mère le jeudi et collabo avec son père le dimanche ? Non. Pas de schizophrénie. Le choix du garçon est fait depuis longtemps, depuis toujours. » (Dominique Fernandez parlant de lui à la troisième personne du singulier, dans la biographie Ramon (2008), p. 17) ; etc. Par exemple, Daniel Guérin parle de sa schizophrénie au niveau de la différence des espaces : « Pendant de longues années, je me suis senti coupé en deux. » (Daniel Guérin, Homosexualité et Révolution (1983), cité l’ouvrage collectif L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005) de Daniel Borillo et Dominique Colas, p. 531)

 

La pratique homosexuelle traduit aussi une illusion de transition démocratique suite à une guerre/dictature. « L’association Les panthères roses a lancé sa première action le 14 décembre 2002 à Paris, lors d’une manifestation contre la guerre en Irak. » (Natacha Chetcuti, Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010), p. 44.)

 

ENTRE La Parade

Film « La Parade » de Srdjan Dragojevic


 

Aussi bizarre que celui puisse paraître, la guerre est désirée (autant que crainte et niée !) par beaucoup de sujets homosexuels. Elle est envisagée comme une manière de supplanter la guerre hétérosexuelle, voire de gommer cette dernière. « L’amour n’existe pas. L’homme n’est pas fait pour la femme. Tout finit dans les cendres de l’apocalypse. » (Oscar Wilde) ; « Le milieu paysan où j’ai passé mon enfance n’était pas seulement le monde des relations sexuelles, c’était aussi un monde menacé par une violence incessante. » (Reinaldo Arenas, Antes Que Anochezca (1992), p. 41) ; etc.

 

Les personnes homosexuelles vivent (une histoire d’amour pendant) l’entre-deux-guerres, sont nostalgiques de la guerre passée, et restent dans l’expectative d’un conflit imminent. Il existe un grand fantasme de guerre mondiale chez elles, un mélange de peur et d’attraction pour la disparition cataclysmique de la Planète : « Je savais que j’étais le dernier survivant d’une civilisation détruite. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 40) ; « Mon premier livre seul, c’était un scénario, Hiroshima, mon amour. […] J’étais en sixième, je l’avais emprunté par hasard au CDI, était-ce pour plaire au documentaliste, ou pour la terreur délicieuse que m’inspirait le mot ‘Hiroshima’, et finalement je l’avais lu. » (idem, pp. 158-159) ; « J’ai envie de chaos, oui, de chaos. » (Élia Kazan cité dans l’essai Une Amérique du chaos (2004) de Florence Colombani) ; « Réfléchir aux catastrophes naturelles est toujours rassurant, pour peu qu’on ne les subisse pas. Mon imagination s’emballe souvent à la pensée de ce ‘et si’ qui mène à la fin du monde. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 262) ; etc. Par exemple, le collectif chilien Yeguas Del Apocalipsis a été créé par Francisco Casas et Pedro Lemebel en 1987. Certaines personnes homosexuelles adoptent une vision du monde totalement apocalyptique, comme c’est le cas dans la conclusion du documentaire « Regarde, elle a les yeux grand ouverts » (1978) de Yann Lemasson. Dans le documentaire « La Grève des ventres » (2012) de Lucie Borleteau, le Collectif Grève du Ventre, groupe commando encourageant à « arrêter de faire des enfants », nous montre à maintes reprises le décompte du nombre d’humains qui augmente rapidement tous les jours dans la population mondiale, afin de terroriser le spectateur.

 

Évidemment, la pratique homosexuelle n’est ni une cause ni une conséquence de la fin des temps. Elle n’est qu’un signe parmi d’autres de celle-ci, un indice/symptôme de décadence, de chute de civilisation, de société qui se replie sur elle-même, qui s’autodétruit, qui banalise et rejette la différence des sexes, qui ne s’ouvre plus à la vie, qui déprime. Elle est le voyant rose des guerres (mondiales comme privées), l’indicateur social d’un repliement narcissique globalisé. Par le passé, toutes les civilisations ayant promu la pratique homosexuelle se sont écroulées et ont disparu : nul besoin de rappeler l’histoire de Sodome et Gomorrhe, de la Grèce et de la Rome Antiques… et il suffit de regarder dans quel état de crise grave se trouvent aujourd’hui les continents qui adoptent le « mariage homo » – l’Europe et les États-Unis – pour comprendre par quelle crise morale, économique, sexuelle, religieuse, nous sommes en train de passer. Et ça, nous ne pouvons pas le nier, même si ça n’enlève rien à la dignité des personnes homosexuelles, et que je ne me réfère qu’à l’acte homosexuel (et aux couples homosexuels en tant qu’actes) pour dire cela. Dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi, et plus précisément dans l’émission italienne Porta A Porta, la sociologue Maria Burano avance un constat que personne n’arrive à contre-carrer, même s’il est politiquement incorrect : en prenant exemple de la chute de l’Empire Romain, elle dit : « Une société d’homosexuels s’éteindrait. L’Histoire nous l’apprend : la période de déclin de différents peuples correspond à celle où l’homosexualité devient prépondérante. » En des termes cette fois plus alarmistes, je citerai pourtant aussi la prédiction de Chekib Tijani dans son essai 700 millions de GEIS (livre retiré de la vente, en 2010) : « Imaginons quelques instants le chaos dans lequel plongerait l’humanité si la moitié féminine de la population du monde se refusait à la moitié masculine. Ne serait-ce pas là un désordre fondamental pour la population masculine du monde entier ? C’est un tel désordre que vit la population gei face à la population hétérosexuelle qui se refuse à elle. » (p. 68) Oui. Ne faisons pas les autruches. La pratique de l’homosexualité ne provoquera pas la fin du monde, ne signera pas directement l’extinction de la race humaine (Nous, personnes homosexuelles, ne sommes pas les fossoyeurs de l’Humanité, je vous rassure), n’empêchera pas les Hommes de se perpétuer. Simplement, force est de constater qu’elle freine l’élan de vie de Celle-ci, et qu’elle est le signe – à défaut d’être la cause ou la conséquence – d’un monde qui se recroqueville sur lui-même (et sur le même !), qui rejette la différence (la différence des sexes en premier lieu : ce n’est pas la moindre !), qui broie du noir, qui s’entretue et qui ne vit pas en paix. L’entre-deux-guerres homosexuel qui a pondu le nazisme devrait nous rafraîchir la mémoire et nous alerter…

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°60 – Espion homo (sous-code : Voyeur / Enfant spectateur du coït)

Espion

Espion homo

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Espionne, et t’es toi !

 

L’homosexualité, fruit et signe d’un voyeurisme social généralisé ? Assurément, mon capitaine !

 

Cela a déjà été remarqué depuis un moment dans l’œuvre de l’écrivain français Marcel Proust, cette tendance à espionner et à mettre en scène dans ses romans des personnages qui regardent par les trous de serrure, qui observent jalousement la vie intime des autres. Mais la figure de l’espion homosexuel n’est pas propre à l’univers proustien. On la retrouve dans énormément de créations artistiques homo-érotiques : la plupart des héros homosexuels jouent le rôle d’espion, écoutent aux portes, violent des secrets et des intimités, ont les yeux fixés sur l’assiette du voisin plutôt que sur la leur.

 

Ceci n’est pas qu’un cliché. Beaucoup de personnes homosexuelles réelles exercent le « métier » d’espion, ou usent et abusent des intrusions visuelles dans la vie privée des autres. Il suffit de nous remémorer les nombreux regards à la fois fuyants et girouette de tous ces individus homos qui, en bons paranos ou en pros de la curiosité malsaine, fouillent partout des yeux, trop inconscients qu’ils sont d’avoir l’impression d’être continuellement observés ; et je rajouterai à ces voyeurs réels le long cortège des photographes, cameramen, et journalistes homosexuels qui satisfont leur voyeurisme derrière un objectif de caméra et l’excuse de l’art. L’omniprésence du voyeur gay, en plus de nous indiquer l’existence d’un fantasme de viol/vol intrinsèque à l’homosexualité, nous montre que le désir homosexuel est né de la violation de la différence des espaces, une différence qui compose l’un des 3 rocs du Réel (avec la différence des générations et celle des sexes), et qui garantie la juste distance relationnelle entre vie publique et vie privée pour le « bien vivre » d’une société.

 

Pourquoi les personnes homosexuelles sont davantage utilisées comme espions que les autres ? (et l’Histoire humaine le prouve : rien qu’en temps de Guerre Froide, dans le milieu informatique, les Russes cherchaient des espions dans le « milieu homosexuel » pour infiltrer les États-Unis) Parce qu’elles ont appris l’art de la dissimulation depuis toutes petites. Parce qu’elles sont à la fois fragiles (donc facilement manipulables et discrètes) et rusées (elles glissent dans les interstices, mènent une double vie). En effet, qui se méfie de la personne blessée, ambiguë et séductrice ? Qui peut se douter que le coup de Trafalgar viendra d’elle et qu’elle se trahira elle-même « par amour » ? Un bon espion est quelqu’un qui à un moment donné est traître à lui-même. Les ressorts homophobes du désir homosexuel sont donc parfaits pour le rôle !

 

La phobie de la sexualité

 

Il est curieux de voir que la tendance au voyeurisme homosexuel vient généralement soit d’un viol connu dans l’enfance, soit d’une image blessée de la sexualité intime. Ce qui l’illustre le plus explicitement sont les scènes cinématographiques où sont montrés des enfants observant un viol, ou bien un adulte forcé d’être témoin d’un coït entre une femme et homme. Dans les films homo-érotiques, la figure du voyeur homosexuel regardant une scène de fornication revient très souvent. Et il finit par être pris à son propre jeu (le code « Espion » est éminemment lié à celui du « Voyeur vu », consultable aussi dans ce Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

L’enfant-voyeur se retrouve face au sexe (qu’il croit) violé. Il symbolise ce tiers exclu du spectacle coïtal, ce dernier s’organisant souvent comme une image de guerre dans le pire des cas (Bruce Chatwin, par exemple, affirme, concernant ses parents, que son « enfance fut la guerre et le sentiment de la guerre » ; cf. l’article « Apuntes biográficos » de Bruce Chatwin, sur le site www.islaternura.com), au mieux comme un fantasme de viol fascinant. Les personnes homosexuelles ont rarement résolu leur complexe d’Œdipe, et en veulent à leurs parents (réels et surtout symboliques/télévisuels) de les avoir trahies, abandonnées, ou de leur avoir imposées une intimité qui ne les regardait pas. Elles ont pu les surprendre en train de faire l’amour sans Amour, et sont repartis dégoûtées du sexe en croyant le connaître. « D’où naît l’angoisse devant la scène primitive ? De la démesure d’une sexualité incompréhensible à l’enfant, de l’excitation qui l’assaille, de ce que les parents s’en mêlent… L’exclusion de la scène signe l’amour trahi. Au commencement était la trahison. » (Dominique Scarfone, De la trahison, 1999) Leur désir homosexuel nous dit que les fantasmes de l’inceste et du viol n’ont pas été intégrés par elles. Or, comme l’écrit Jacques André, « pour être vraiment libre et heureux dans sa vie amoureuse, il faut s’être familiarisé avec la représentation de l’inceste » (Jacques André, « Le Lit de Jocaste », dans son ouvrage collectif Incestes (2001), p. 19) et la violence naturelle inhérente à toute sexualité humaine.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Homosexualité, vérité télévisuelle ? », « Voyeur vu », « Témoin silencieux d’un crime », « Voleurs », « Amant modèle photographique », « Lunettes d’or », « Femme et homme en statues de cire », « Homme invisible », « Fan de feuilletons », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Photographe », à la partie « Télé voyeuriste » du code « Passion pour les catastrophes », à la partie « Trahison » du code « Homosexualité noire et glorieuse », et à la partie « Peur de la sexualité » du code « Symboles phalliques », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Le voyeur ou l’espion homosexuel :

Film "Hable Con Ella" de Pedro Almodovar

Film « Hable Con Ella » de Pedro Almodovar


 

Dans la production artistique homosexuelle, l’espion est véritablement un leitmotiv : cf. la chanson « L’Espionne lesbienne » d’Ange, le film « Secret Défense » (2008) de Philippe Haim (avec l’agence qui recrute des espions gays), le film « Les Espions » (1928) de Fritz Lang, le film « Le Fouineur » (1969) d’Ettore Scola, le film « Les Enfants de chœur » (1973) de Duccio Tessari, le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec Omar regardant par le trou de la serrure, ou bien Emmanuel spectateur involontaire d’un couple qui nique juste à côté de lui), le film « Justine » (1968) de George Cukor, le film « Infernal Affairs » (2003) d’Andrew Lau et Alan Mak, le film « La Blonde défie le FBI » (1966) de Frank Tashlin, le film « Nisha, The Mark Of The Cow » (2008) de Lilium Leonard (avec l’espionne indienne), le film « Kika » (1993) de Pedro Almodóvar (avec le personnage de Ramón, filmant y compris ses propres ébats sexuels), le film « Matador » (1985) de Pedro Almodóvar (avec le personnage d’Ángel), la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis (avec Jean-Marc, l’infiltré homosexuel), le film « Youchai » (« Le Facteur », 1994) d’He Jianjun, le roman La Mélancolie du voyeur (1985) de Conrad Detrez, le film « La Lettre du Kremlin » (1969) de John Huston, la mini-série Cambridge Spies (2003) de Tim Fywell (diffusée sur la chaîne BBC), le film « OSS 117, Le Caire nid d’espions » (2005) de Michel Hazanavicius, le film « RTT » (2008) de Frédéric Berthe (avec le duo de flics se déguisant en couple gay pour effectuer ses filatures « discrètement »), le film « Dirty Love » (2009) de Michael Tringe, le film « Une Affaire de goût » (1999) de Bernard Rapp, le film « Gay Secret Agent » (2006) avec Brendan Fraser, Film « The Game Of Juan’s Life » de Joselito Altarejos, le film « Le Quatrième Homme » (1983) de Paul Verhoeven, le film « Je suis curieuse » (1967) de Vilgot Sjöman, le roman Piège pour un voyeur (1969) de Michel Journiac, la pièce L’Anniversaire (2007) de Jules Vallauri, le film « Another Country » (1984) de Marek Kanievska, le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, le film « Mes funérailles à Berlin » (1966) de Guy Hamilton, le roman Mes débuts dans l’espionnage (1996) de Christophe Donner, le film « Tous les papas ne font pas pipi debout » (1998) de Dominique Baron, le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine (avec les amants homosexuels s’espionnant mutuellement dans l’église), la pièce Le Frigo (1083) de Copi (dans la mise en scène d’Érika Guillouzouic, en 2011, l’homosexuel est figuré comme un agent double), le film « She Must Be Seeing Things » (1987) de Sheila McLaughlin, le vidéo-clip de la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer (avec les naines religieuses curieuses et regardant par les trous de serrures), le film « La meilleure façon de marcher » (1975) de Claude Miller (avec le personnage homo de Philippe), le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz (avec le personnage de Mathieu), le film « Les Terres froides » (1999) (toujours de Sébastien Lifshitz), le film « La Maison de la 92e rue » (1945) d’Henry Hathaway, le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (avec le personnage de Paul, présenté comme un voyeur), le film « Le Conformiste » (1970) de Bernardo Bertolucci (avec le personnage de Marcello), le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar (traitant précisément sur le thème du voyeurisme), le film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 journées de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini (avec les bourreaux homosexuels observant les tortures aux jumelles), le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig (avec l’espionne Léni), le film « Gelée précoce » (1999) de Pierre Pinaud, le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, le film « Urbania » (2004) de Jon Shear, le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano, le film « La Vie des autres » (2000) de Gabriel de Monteynard, le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, le film « Psychose » (1960) d’Alfred Hitchcock (avec Norman Bates regardant à travers les trous des murs, et observant Marion Crane dans sa chambre), le film « Friends And Family » (2001) de Kristen Coury, la nouvelle « La Chambre de bonne » (2010) d’Essobal Lenoir, le film « Como Esquecer ? » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino (avec Carmen, l’élève intrusive espionnant la vie de sa prof Julia), le film « Le Policier de Tanger » (1996) de Stephen Whittaker, le film « Good Boys » (2006) de Yair Hochner, le film « Top Secret » (1952) de Mario Zampi, le film « Le Bal des espions » (1960) de Michel Clément, le film « Amours particulières » (1969) de Gérard Trembaciewicz, le film « Le Grand Blond avec une chaussure noire » (1972) d’Yves Robert, le film « Madame Wang’s » (1981) de Paul Morrissey, le film « Au-delà des lois » (1996) de John Schlesinger, le film « Zoolander » (2003) de Ben Stiller, le film « Spionage » (1955) de Franz Antel, le film « Espion, lève-toi » (1981) d’Yves Boisset, le film « Aishite Imasu 1941 » (2004) de Joel Lamangan, le film « La Croisière » (2011) de Pascale Pouzadoux (avec Raphaël, qui se travestit en femme, pour espionner sa femme à bord d’un bateau de croisière), le film « My Loving Trouble 7 » (1999) de James Yuen, la pièce Les Z’Héros de Branville (2009) de Jean-Christophe Moncys (avec Tamplethorn, l’espion gay), le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (avec la figure d’Ilse, l’espionne allemande), le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee (avec Wilma, le travesti-espion), le film « Ghosted » (2009) de Monika Treut (où Mei-li est une mystérieuse journaliste qui suit Sophie Schmitt), le film « East Of Eden » (« À l’est d’Éden », 1955) d’Elia Kazan (avec le personnage de Cal – interprété par James Dean – qui espionne par jalousie son frère Aron et sa future femme Abra), le film « Hard Focus : Eavesdrop » (1988) d’Hisayasu Sato, le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza (avec le personnage lesbien de Juliette, qui espionne sa prof Mme Solenska), la pièce Baby Doll (1956) de Tennessee Williams (avec le personnage d’Archie), le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar (avec Ernesto, la figure du voyeur), le film « Smooth » (2009) de Catherine Corringer (avec le photographe voyeuriste), le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann (avec Robbie, le voyeur à la fenêtre), le film « Sexual Tension : Volatile » (2012) de Marcelo Mónaco et Marco Berger (avec le geek matant son cousin), la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand (avec Noémie, la femme-espionne en noir, qui à la fin conclut qu’« elle n’a plus le look d’espionne »), la chanson « L’Espionne lesbienne » d’Ange, la chanson « Espionne » de Catherine Lara, la série Cat’s Eyes (2024) de Michel Catz (avec Alexia, l’espionne lesbienne) ; etc.

 

Film "Garçon stupide" de Lionel Baier

Film « Garçon stupide » de Lionel Baier


 

Il est très fréquent que le héros homosexuel se présente comme un voleur d’images, un violeur oculaire : « Jess, t’es beaucoup trop curieuse. T’as pas le droit de faire ça. » (Jessica, le héros transsexuel M to F se parlant à lui-même tout en lisant le courrier de Jean-Louis, dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage) ; « Je suis un ancien Seigneur, je suis devenu voyeur ! » (Pédé, le héros homo de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je suis l’œil indiscret caché derrière vos enceintes […] j’arrache les vêtements, taillade la peau, je creuse jusqu’aux chairs, je dissèque, dépèce, sépare […]. » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, pp. 15-16) ; « Qu’est-ce que j’ai pu t’espionner tout le temps qu’on était ensemble ! » (Luc s’adressant à son amant Jean-Marc, dans la pièce Parfums d’intimité (2008) de Michel Tremblay) ; « L’amour est un luxe qu’une espionne ne peut s’offrir. » (Molina, le héros homosexuel du film « Le Baiser de la Femme-Araignée » (1985) d’Héctor Babenco) ; « Je vis avec 007. » (Stéphane, le héros homosexuel parlant à sa meilleure amie lesbienne Florence à la troisième personne du singulier, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Avant, on avait le Sida. Maintenant, on a des psychopathes ou des espions qui peuvent nous violer. » (Xav dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; « Je regarde dans l’œil de la porte. » (Zize, le travesti M to F du one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Par le trou de la serrure je ne peux zieuter que l’armoire à bouquins : je colle une oreille contre la porte. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 28) ; « Il en profitait pour dérober un regard, discrètement, lors des cours. Mais au vestiaire, lors des douches, il épiait de loin. » (Marcel, l’un des héros homos du roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 18) ; « À cette époque-là, dans les vestiaires, j’avais 10/10 à chaque œil. » (Benoît, l’homosexuel de la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen) ; « Je mets mon œil au trou de la serrure, mais, placée comme elle est, je ne vois que ses joues d’un beau rose. » (Alexandra, la narratrice lesbienne parlant de sa servante et amante Marie, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 17) ; « Je venais encore de m’engueuler avec Will. Il passait son temps à mater. » (Matthieu en parlant de son « ex » Will, particulièrement infidèle, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « J’aime voir ce que font les gens qui se croient seuls. Parfois, j’espionne ma sœur dans sa chambre. Je la regarde dormir. » (Tommy dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « Jane guettait surtout des bruits dans l’appartement voisin, mais il régnait chez les Mann un silence de mort, et même en collant son oreille aux murs au beau milieu de la nuit, elle n’avait rien perçu. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 103) ; « Je restais regarder mes camarades dans les vestiaires, se tripotant. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; « Le voyeur peut s’installer. » (Hugues, homosexuel, parlant de lui-même au sauna, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; etc.

 

Ce voyeurisme inquiète, bien sûr, l’entourage du protagoniste homo, voire même en premier lieu son/ses amant(s) : « Tu m’as suivie ?? T’es complètement tarée. » (Sarah s’adressant à son amante Charlène, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent) ; « Est-ce que t’as une vague notion de la vie privée ? » (Julien s’adressant à son compagnon Yoann, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Pourquoi vous vous mêlez toujours de tout ? » (Antonietta s’adressant à son ami homosexuel Gabriele, dans le film « Una Giornata Particolare », « Une Journée particulière » (1977) d’Ettore Scola) ; « Je pense que j’étais destiné à me mêler des affaires des autres. » (Simon, le héros homo, s’adressant à Lyle qui lui dit qu’il « voit tout », dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti) ; « Je sais jamais si t’aimes bien être avec moi ou si tu me fliques. » (Jean-Marie s’adressant à son ex-amant Jacques, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; etc. Dans le film « Noureev, le Corbeau blanc » (2019) de Ralph Fiennes, on nous signale par écrit que « le corbeau blanc » est une expression employée pour désigner « quelqu’un qui est différent des autres ».Vitaly Strizhevsky, l’agent du KGB, est un fac simile de Constantin Sergueïev, l’amant et mécène du danseur Rudolf Noureev ; et pour exercer son emprise, il le fait suivre en filature et le jalouse : « Surveillez-le ! » lance-t-il à ses agents.

 

Film "You Belong To Me" de Sam Zalutsky

Film « You Belong To Me » de Sam Zalutsky


 

Dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan, Romain Canard, le coiffeur gay, a la manie d’écouter aux portes. Dans le film « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer, Tomas, le héros homo allemand, agit en espion venant s’introduire dans le quotidien de la famille de son amant décédé Oren, à Jérusalem. Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, Anton, le héros homosexuel, pour élucider un meurtre homophobe, joue aux espions, secondé par son amant Vlad (qui finit par l’espionner aussi!). Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Franck demande à sa femme Vanessa de « faire le guet. Comme elle ne comprend pas, il précise : « Le guet de ‘guetter’. Pas le gay de ‘Gay Pride’ ! » Dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger, Bruno, l’un des héros homosexuels, se compare à des jumelles de vue. Dans le film « Une si petite distance » (2010) de Caroline Fournier, l’héroïne observe par le trou de son mur sa voisine noire faisant sa toilette dans sa salle de bain. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Steeve espionne Stuart et le suit en filature. Dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt, Paul suit son copain Jack en filature, et le surveille sans arrêt. Dans le film « My Name Is Hallam Foe » (2008) de David Mackenzie, Hallam n’a de cesse d’espionner les autres avec ses jumelles. Dans le roman À la recherche du temps perdu (1913-1927) de Marcel Proust, le baron Charlus se fait passer pour un espion allemand souhaitant passionnément la victoire de l’Allemagne ; on peut également pensé à la scène où Marcel épie Charlus devant la maison Vinteuil. Dans la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud, Marina, le travesti, rêve de devenir « agent secret ». Dans le film « Les Enfants du Paradis » (1945) de Marcel Carné, Avril, le complice et l’amant de Lacenaire, devient voyeur d’un meurtre. Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Sidney, homo, met un micro dans la culotte d’Elton John pour le surveiller ; et il possède des accessoires d’espionnage, comme par exemple un stylo-scanner. Dans le roman Carnaval (2014) de Manuel Blanc, un comédien part en voyage à Cologne pour retrouver son amant disparu qu’il espionne derrière un masque. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, le capitaine Dickson appelle toujours ses deux agents Schmidt et Jenko « les filles » ou « les lopettes ». Et les autres personnages confirment leur homosexualité : « C’est Schmidt la pédale ! ». Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Juna suspecte Kanojo de mater ses fesses : « Je suis sûr que t’as fait ça pour regarder. » Kanojo n’assume pas : « Cette fois, c’est un hasard. » Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, suite à son mariage homo, Ben, qui a violé ainsi la différence des sexes, se retrouve à violer la différence des espaces en logeant chez la famille de son neveu Elliot, forçant celle-ci à se serrer et à perdre son intimité. Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le Dr Katzelblum suit en thérapie un couple gay Benjamin/Arnaud parce qu’Arnaud ne s’assume pas comme homo. Il élabore une thérapie intrusive, le « Deep in your house », par laquelle il cherche à vivre un couple homosexuel à trois. Il finira même par coucher avec Arnaud à l’insu de Benjamin. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, vole des fourchettes dans l’hôtel mexicain où il séjourne. Il demande malicieusement à son amant et guide Palomino : « Le vol est pire que le voyeurisme ? » Dans le film « Embrasse-moi » (2017) d’Océane Rose-Marie et de Cyprien Vial, Cécile se tient en équilibre à la verticale, et hurle juste avant de s’écrouler, à la vue de Océane Rose-Marie qui l’espionne derrière un fourré. Dès les premières images du film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, on voit le protagoniste homosexuel, Davide, regarder par le trou des interstices de ses miroirs. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, est voyeur et regarde son amant Dick avec des jumelles. La première fois qu’il l’observe sur la plage, il laisse échapper sa schizophrénie : « C’est mon visage. », tout en apprenant l’italien avec une méthode assimile. Après avoir tué Dick, Tom se fait passer pour lui. Et Freddie, un très bon ami de Dick, flaire peu à peu l’identité de Tom et veut lui tirer les vers du nez : « Tommy, alors comme ça on aime bien matter ? » Dans le film « Les Douze Coups de Minuit » (« After The Ball », 2015) de Sean Garrity, Kate, l’héroïne, sollicite les talents d’espion informatique de Maurice, son ami styliste homosexuel, pour l’aider. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homosexuel, suit Léonard partout : sur la plage, à son travail (hôtel), au bowling, au cinéma. Ce dernier finit par s’en rendre compte : « Tu dois connaître mon compte Facebook, vu que tu m’espionnes ? ». Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, André, l’un des héros homos, regarde aux jumelles depuis le bureau de son entreprise un de ses collègues hétéros, Cyril, sur lequel il fantasme.

 

Film "Secret Défense" de de Philippe Haïm

Film « Secret Défense » de de Philippe Haïm


 

Le héros homosexuel, obnubilé par l’originalité dissidente, semble avoir trouvé dans le viol visuel d’intimité la forme la plus raffinée et la plus esthétique de sa singularité : « C’est l’œil de judas qui cligne, le nouveau péché original. » (un des comédiens de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) Par exemple, dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, le personnage homosexuel de Jonathan Brockett, le dandy paranoïaque et incisif, est dépeint « avec des yeux vifs qui se collaient aux serrures des autres » (p. 308). Dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint Pol, le personnage d’Heinrich représente tout à fait la figure de l’espion gay dandy, du gentleman-cambrioleur « classe », qui va justifier le vol par l’esthétisme : « Je veux le [le Traité de Versailles] prendre avec des gants blancs. […] Je suis sûr que n’importe quel autre espion lui [Madeleine] aurait arraché son triste bien par la force, mais je ne suis ni un simple sbire ni un voleur à la tire : Ich bin zivilisiert. » (pp. 46-47)

 

Film "The Fluffer" de Richard Glatzer

Film « The Fluffer » de Richard Glatzer


 

Dans les fictions homo-érotiques, on remarque qu’il y a autour de l’espionnage comme une excitation frétillante, un fantasme érotique puissant, une complaisance vicelarde : « C’est ce gosse [en moi] qui en a profité. » (le voisin de l’immeuble payant Emmanuel pour qu’il se dénude devant lui, dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré) ; « Ah, Pietro […] J’aurais dû te regarder vivre de loin, avec des jumelles, rester seulement un bon ami. Mais j’avais besoin de ton odeur comme cible de mon regard, l’as-tu jamais compris ? » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, pp. 23-24) Le héros gay fait « son intéressante » en rentrant dans un rôle d’espionne, bref, en jouant « sa grande folle perdue » qui cache mal sa collaboration : « La jeune voleuse sait exactement où elle doit se placer pour trouver la bonne bouche d’égout. […] Experte, elle arrive à entrer sans trop de difficultés au royaume des rats. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 164) ; « Pour certains, je suis une espionne dont il faut se méfier. » (Madeleine dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 105) ; « Je suis la maîtresse d’un espion, d’un traître, d’un ennemi ! » (Madeleine parlant de son amant allemand Heinrich, op. cit., p. 78) ; « J’étais en mission y’a pas longtemps, commanditée par la CIA. » (Charlène Duval, le travesti M to F dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011) de Charlène Duval) ; « Fille de joie au bois… depuis 30 ans. Et le reste du temps, détective. » (David Forgit, le travesti M to F du one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show, 2013) ; « Je suis comme un espion industriel. » (Jean-Marc, infiltré des Virilius, et l’un des héros homosexuels de la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; etc.

 

Derrière l’espionnage, il y a une grande peur d’être peu aimé, de perdre son amant, peur qui peut se traduire par un viol d’intimité et une agression réelle. Par exemple, dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, Helena fouille dans les affaires de son amante Sigrid, par peur de la perdre et qu’elle lui échappe. Dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Anne a fait son caprice pour avoir comme jouet de Happy Meal au restaurant Mc Donald’s des jumelles pour scruter de près sa meilleure amie lesbienne Marie : « Trop bien ! Je vois les pores de ta peau ! » Ça saoule Marie : « J’en ai marre de tes conneries de gamine. » Dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, le docteur Bosmans veut voir le couple Jean/Henri forniquer et leur prépare leur petit nid d’« amour » en anesthésiant Jean. Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Stéphane suit en filature son amant Vincent qui lui fait des infidélités extra-conjugales : « Je vous ai suivis tous les deux. »

 

Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Alan Turing, le mathématicien homosexuel, a pour mission de « décrypter les messages allemands » diffusé par le programme de guerre nazi Enigma. Il fait partie du Top Secret Program de Bletchley. Mais il ne s’assume pourtant pas espion : « Je ne suis pas un espion ! » s’insurge-t-il contre Stewart Menzies qui ne le croit absolument pas : « Vous détenez plus de secrets que la plupart des espions. » Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, dès que Rana, chauffeuse de taxi, découvre la transsexualité de sa passagère intersexe F to M Adineh, elle l’accuse comme par hasard d’espionnage : « T’es un espion ?! » Plus tard, Adineh avoue avec ironie : « J’ai mes propres espions. Je suis la fille de mon père. »
 
 

b) L’enfant voyeur :

Film "Le Masseur" de Brillante Mendoza

Film « Le Masseur » de Brillante Mendoza


 

Il est fréquent de retrouver dans les fictions homo-érotiques la scène du personnage homosexuel (généralement un enfant) observant, en espion, un couple – ses parents réels ou pornographiques – en train de copuler : cf. le film « Knock At The Door » (2000) de Frédérique Joux, le film « Une Histoire sans importance » (1980) de Jacques Duron, le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears, les films « Mes parents un jour d’été » (1990), « X2000 » (2000), et « Swimming Pool » (2002) de François Ozon, le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, le film « L’Amour violé » (1978) de Yannick Bellon, le film « W » (1998) de Luc Freit, le film « Puta De Oros » (1999) de Miguel Crespi Traveria, le film « L’Embellie » (2000) de Jean-Baptiste Erreca, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, le film « Faites comme si je n’étais pas lui » (2001) d’Olivier Jahan, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le film « L’Ennemi naturel » (2003) de Pierre-Erwan Guillaume, le roman El Martirio De San Sebastián (1917) d’Antonio de Hoyos (avec le personnage de Silverio), les dessins de Roger Payne (avec la figure récurrente du voyeur observant un coït), le film « Afrika » (1973) d’Alberto Cavallone, le film « Une femme, un jour… » (1974) de Leonard Keigel, le film « Le Quatrième Homme » (1983) de Paul Verhoeven, le spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde (2008) de Philippe Robin-Volclair (avec Ernest), le tableau Voyeurs (2006) de Manuel Richard, le film « Saint » (1996) de Bavo Defurne (avec l’enfant observant le meurtre sexuel dans la forêt), le vidéo-clip de la chanson « Pourvu qu’elles soient douces » de Mylène Farmer, le film « Ossessione » (« Les Amants diaboliques » (1943) de Luchino Visconti (avec la gamine regardant par le trou de la serrure ce qui se passe dans la chambre de Gino), le film « Kika » (1993) de Pedro Almodóvar, le film « Urbania » (2004) de Jon Shear, le film « Freude » (2001) de Jan Krüger, le film « Le Cas d’O » (2003) d’Olivier Ciappa (avec le couple hétéro qui s’embrasse avec indécence devant le couple homosexuel dans l’ascenseur, avant de s’infliger une grosse trempe), le film « Gelée précoce » (1999) de Pierre Pinaud, le film « Pas de printemps pour Marnie » (1964) d’Alfred Hitchcock, le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler (avec Mary, l’enfant-voyeur), le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari (avec le flic en train de suivre d’un œil le coït homo des protagonistes dans les docks new-yorkais), le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo (avec Lala, l’enfant qui regarde un coït), etc.

 

Par exemple, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, le père Raymond avoue, par rapport au beau couple de ses parents « qu’il s’en sentait exclu » : « Ils se sont embrassés sur la bouche devant moi. ». Dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, Philibert regarde des films pornographiques. Dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis, Alice fait semblant de dormir et espionne Julien et Fred en train de coucher ensemble. Dans le téléfilm « La Confusion des genres » (2000) d’Ilan Duran Cohen, Alain symbolise tout à fait l’homosexuel accidentellement voyeur puisqu’au moment où Marc tente de violer Babette, il s’interpose et se retrouve pris en sandwich entre les deux hétéros, en devenant pour le coup le témoin privilégié du viol entre la femme-objet et l’homme-objet. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, rentre de force dans une boîte échangiste et tombe sur une femme qui se fait pénétrer par des hommes, et qui l’oblige à prendre part à la sauterie : « Viens participer au lieu de regarder ! » Dans la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco, John, la femme lesbienne, se retrouve coincée également entre l’homme-objet (Elvis Presley) et la femme-objet (Marilyn Monroe). Dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, Henri, le héros homosexuel, est hypnotisé par le corps nu de Jean, et regarde le couple Elisabeth et Jean nus. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Charlène (l’héroïne lesbienne), blasée et dégoûtée, entend son père et sa mère forniquer, alors même que ces derniers sont en rupture. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, Davide, le jeune héros homosexuel de 14 ans, pénètre dans un cinéma projetant des films pornos hétérosexuels… mais où il n’y a que des homos bisexuels qui matent. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homo, observe l’homme qu’il aime faire l’amour dans un bateau avec une femme, Marge, en forçant un peu la main à celle-ci. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, fait un cauchemar où il voit son amant Kevin sodomiser Samantha. Dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, Segundo entend ses parents baiser non loin de lui pendant son sommeil.

 

Le personnage homosexuel, parce qu’il a vu les gestes de l’Amour pratiqués sans Amour, finit souvent par confondre la violence avec l’Amour : « Je me suis collée l’oreille contre leur porte. Je savais qu’il fallait pas que je regarde. Mais je les ai vus ! Je les ai vus ! Maman se débattait. Jamais j’oublierai leur face ! » (Manon racontant son douloureux souvenir d’enfance où elle a vu ses parents forniquer, dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay) ; « Je pensais que la fornication est la cause directe de la naissance et que la naissance est la cause directe de la souffrance et de la mort. J’en étais arrivé à un point où, sans mentir, je considérais la fornication comme une agression et même une cruauté. » (Ray Smith dans le roman Les Clochards célestes (1963) de Jack Kerouac, p. 51)

 

Sa vision de l’Amour et de la Beauté de la sexualité en est en général durablement altérée et abîmée. « Quand j’étais petit, mes parents faisaient l’amour devant moi. J’ai même dormi nu sous ma mère. Alors avec ça, dans la vie, t’es bien barré. Je devais être prédisposé. Je regardais toujours mon père se déshabiller. Jamais ma mère. Heureusement. » (Jacques Nolot dans son propre film « La Chatte à deux têtes », 2002)

 

Par exemple, au début du film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, on voit Roberto, l’un des héros homosexuels, observer par la fenêtre des couples hétéros faire l’amour lors d’une beuverie… comme pour montrer que l’homosexuel fictionnel est l’enfant du porno, et du manque d’amour entre les couples femme-homme.

 

Dans le film « Le Français » (2015) de Diastème, c’est au moment où Marc rentre dans la chambre d’un de ses potes Marvin en train de « niquer » une fille et de les observer que celui-ci le suspecte comme par hasard d’homosexualité : « T’es pédé ou quoi ? »
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le voyeur ou l’espion homosexuel :

Film "Poltergay" d'Éric Lavaine

Film « Poltergay » d’Éric Lavaine


 

Il suffit de taper sur les moteurs de recherche Internet « espion gay » ou « espionne lesbienne » pour tomber sur une multitude de liens donnant accès à des sites pornos homos, et réaliser que la figure du « mateur » homosexuel ou de l’espion gay est omniprésente dans la fantasmagorie homo-érotique. Je vous renvoie également à l’essai Sodomitas (1956) de Mauricio Carlavilla, au Journal intime (2008) de Jean-Luc Lagarce, à l’essai L’Espion et l’enfant (2016) de Ian Brossat, au documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture, Inside » (2014) de Maxime Donzel (avec le dessin d’un voyeur homo regardant avec un téléscope), à toute l’imagerie homosexuelle rattachée aux films de James Bond (la James Bond Girl, l’ambiguïté et la préciosité des « méchants », le sex appeal ultra-masculinisé du héros, etc. ; par exemple, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, la sensuelle Varia Andreïevskaïa est présentée comme « une espionne russe digne d’un vieux James Bond », p. 66). Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, Celia se déguise pour la soirée costumée en souris, mais ressemble finalement à Catwoman, « une espionne volant les bijoux des femmes des beaux quartiers ». Je rappelle, comme une anecdote signifiante, que le nom initial que s’était choisi le groupe de rock français Indochine était « Les Espions ».

 

Film "Antes Que Anochezca" de Julian Schnabel

Film « Antes Que Anochezca » de Julian Schnabel


 

Beaucoup de critiques (parfois homosexuels eux-mêmes) constatent le lien très proche entre voyeurisme/espionnage et homosexualité : « Wahrol, c’était LE voyeur type. » (Zouzou interviewé dans le documentaire « Sex’N’Pop, Part I » (2004) de Christian Bettges) ; « Sébastien a l’œil sur tout. » (la voix-off parlant de Sébastien, un homme homosexuel de 43 ans, interviewé dans l’émission Toute une histoire spéciale « Mon père est parti avec un homme » diffusée sur la chaîne France 2 le 5 décembre 2013) ; etc. Par exemple, dans son essai A Lover’s Discourse (1979), Roland Barthes qualifie le roman Sodome et Gomorrhe (1921) de Marcel Proust de « roman voyeur » (p. 26) car le narrateur est un espion et regarde toujours à travers des trous de serrure. Dans ma propre expérience, je vois également combien les cancans, les « histoires », vont bon train dans les sphères relationnelles homosexuelles : sans exagérer, la communauté LGBTI me fait parfois penser à un repère de concierges facebookiennes, où la médisance et le ragot voyeuriste viennent nourrir les trois-quarts des discussions entre ami(e)s (pour pallier à la vanité des échanges !), où l’espionnage est même une pratique amoureuse très courue (certains sont les pros de la création de profils parallèles bidon pour surveiller leur amant !). Non seulement les adeptes homosexuels des potins people bon marché s’auto-proclament gossip girls, mais en plus, certains se soulagent la conscience en généralisant leur voyeurisme à la planète entière : « Vous voulez tout savoir, ne dites pas le contraire… » (cf. le slogan du site du chroniqueur radiophonique homosexuel Andreï Olariu)… genre : « Y’a pas que nous à aimer ça ! On va faire de vous tous des curieux et des voyeurs, de gré ou de force ! » Rien d’étonnant que beaucoup de personnes homosexuelles aient élu domicile dans le centre du voyeurisme démocratisé mondial qu’est Twitter !

 

Film "Le Sang d'un Poète" de Jean Cocteau

Film « Le Sang d’un Poète » de Jean Cocteau


 

Certains artistes homosexuels se valent de l’excuse de l’art pour, à travers les métiers de photographe ou de cinéaste, satisfaire discrètement leurs appétits voyeurs : « La caméra est l’œil le plus indiscret au monde. » (Jean Cocteau dans le documentaire « La Villa Santo Sospir », 1949) ; « Moi, en filmant, je suis un pervers polymorphe ! Je veux me mettre dans la peau et le désir de l’homme qui aime les petites filles… » (le cinéaste François Ozon dans l’entretien de Philippe Rouyer et Claire Vassé, « La Vérité des corps », pour la revue Positif, n°521/522, juillet/août 2004, p. 42) ; « Je suis un voyeur. » (le réalisateur Jean-Daniel Cadinot, cité dans l’article « L’Univers Cadinot » d’Olivier Varlet et Jean-Noël Segrestaa, sur la revue Triangul’Ère 4 (2003) de Christophe Gendron, p. 63) ; « Mec, je me sens comme un espion en milieu ennemi. » (la comédienne transgenre F to M dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems) ; etc.

 

Par exemple, en parlant de son film « Les Parents terribles » (1948), Jean Cocteau dit de ses acteurs qu’ils sont des « fauves » et qu’il « met son œil au trou de serrure » pour les surprendre avec le téléobjectif (cf. le documentaire « Jean Cocteau, Autoportrait d’un inconnu » (1983) d’Edgardo Cozarinsky). Dans la biographie Copi (1990) de Jorge Damonte, le dramaturge argentin Copi, en août 1984, se définit lui-même comme « voyageur et voyeur » (p. 81) : « Je me retrouvai [en 1957], à l’âge de 16 ans, débarrassé des uns et des autres dans l’immense ville de Buenos Aires. Ayant appris quelques finesses de petit parisien, je me dédiai beaucoup à l’aventure sentimentale et au voyeurisme social. » (idem, p. 87)

 

Si on réfléchit bien, on constate que la majorité des personnes homosexuelles sont venues à l’homosexualité et ont vécu leurs premiers émois homosexuels par le voyeurisme, par la jalousie optique. « Petit déjà… Je sais maintenant d’où vient cette curiosité excessive que j’avais de zieuter les autres garçons dans les vestiaires de la piscine x). Faut dire aussi que les seules fois où j’ai joué au docteur, c’était avec des garçons. La curiosité, bien sûr. » (cf. le témoignage d’Erwan dans la rubrique « Déjàtoutpetit » de Yagg, publié le 7 février 2012) ; « Le mur extérieur du dancing où se passait le bal du carnaval avait des trous minuscules pour laisser passer l’eau qui pouvait s’accumuler sur la piste les jours de pluie. Je me suis couché sur le trottoir et j’ai utilisé ces trous comme des longues-vues. Je ne voyais que les pieds des danseurs. Je les voyais agrandis et dans leurs moindres détails. Ce qui me permet d’affirmer que, oui, la coiffeuse avait des cors aux pieds. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 168) Le désir homosexuel étant par nature un désir faible, compulsif, honteux de lui-même, et peu courageux, il était logique qu’il s’exprime « à la dérobée », de manière non-frontale, qu’il empreinte le passage étroit d’un trou de serrure ou de l’interstice des bonnes intentions esthétisantes : « Nous sommes arrivés à la plage pour nudistes si bien que Marc a pu se rincer l’œil tout à son aise. Il est notamment resté un bon moment en extase devant des éphèbes qui jouaient au volley sans un fil sur le corps. Pour un voyeur, le spectacle ne devait pas manquer d’être saisissant. » (Paula Dumont parlant de Marc, son meilleur ami gay, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 146) ; « À 5 ans, il commence à épier son voisin, Urho, un garçon de ferme solide et musclé, le premier de ses héros. » (Lionel Povert à propos du dessinateur Tom of Finland, dans son Dictionnaire gay (1994), p. 435) ; etc.

 

Il y a autour de l’espionnage comme une excitation frétillante, un fantasme érotique intense (et potentiellement violent, pulsionnel) : « Le personnage de Carlos Sanchez en avait marre de rester dans le buisson à espionner Lola. Et il décide de la violer à l’intérieur de son camion, sur une moitié de vache, étalée par terre, comme lit. Lola Sola se débat. Mais on comprend tout de suite qu’elle aime ça. Qu’elle aime un homme puissant. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 253) Je vous renvoie au lesbianisme latent qu’on peut observer dans une pub (anodine ?) comme Implicite Lingerie.

 

 

L’espionnage est parfois une activité que des membres de la communauté homosexuelle pratiquent réellement. Par exemple, Christopher Marlowe (1564-1593) fut au service secret de la Reine d’Angleterre. Le fameux Chevalier d’Éon chanté par Mylène Farmer dans sa chanson « Sans contrefaçon » n’est autre que Charles Beaumont, un espion dont la méthode d’investigation était le travestissement : « Le chevalier d’Éon : Né à Tonnerre en 1728 (il mourut en 1810), il fut dès son plus jeune âge constamment vêtu en fille. La légende prétend qu’il fut de longues années ‘l’ami’ de Louis XV. Devenu son agent secret, il accomplit une foule de missions (plus légendaires les unes que les autres) sous son déguisement de femme. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 163) ; « Être gay en Tchétchénie, c’est comme être un agent infiltré dans la mafia, ou un agent secret à la guerre parmi les ennemis. » (Azamat, Tchétchène homosexuel, dans le reportage « Chasse à l’homme en Tchétchénie » d’Élise Menand, Philippe Maire et Benoît Sauvage, diffusé dans l’émission Envoyé spécial sur France 2 le 23 novembre 2017). En Grande Bretagne, le groupe d’espions intellectuels homosexuels baptisé « Homintern » (W. H. Auden, Stephen Spender, Christopher Isherwood, E. M. Forster, Brian Howard, J. R. Ackerley, etc.) a défrayé la chronique dans les années 1930. Maurice Sachs (1906-1945) se déplaça en Allemagne nazie. Pendant la Guerre Froide, Anthony Blunt, Donald Mac Lean, ou bien Guy Burgess (les « Espions de Cambridge »), travaillèrent pour les services secrets soviétiques ; du côté des services secrets nord-américains, Hoover et Maccarthy se trouvèrent à la tête du FBI. Plus proche de nous, en 2005, Anton K et son copain Murat A. (plus connu sous le nom d’« Afrim »), ont créé au Kosovo un réseau d’informateurs, et ont travaillé avec la police secrète albanaise et macédonienne. Sinon, en mai 2007, en Grande-Bretagne, les célèbres organismes MI5 et MI6 (en charge de la sécurité intérieure et extérieure en Grande-Bretagne) publia des annonces d’offre d’emploi pour recruter des espions homosexuels afin d’élargir leur champ d’action. Aux États-Unis, Bradley Manning, un homme transsexuel de 29 ans « devenu une femme » et se prénommant désormais « Chelsea Manning », qui avait été condamné à 35 ans de prison en 2013 pour avoir espionné et fourni des renseignements confidentiels sur la guerre en Irak, a reçu une remise de peine du président Barack Obama le 20 janvier 2017, juste avant le départ de ce dernier de la présidence. Un geste présidentiel « à la Jacqueline Sauvage », totalement idéologique et démagogique, qui devrait nous inquiéter sur la véritable (et sinistre) identité d’Obama, et que quasi personne ne dénoncera.

 
 

b) Beaucoup de personnes homosexuelles ont été des témoins trop précoces de la sexualité adulte violente :

Plus profondément, le voyeurisme est une activité qui dit un mal-être ou un effondrement identitaire caché (quand on est mal dans sa peau, on s’image que tout le monde est témoin de notre humiliation !), ou encore un désir incestueux mal digéré (l’enfant se sent exclu de l’amour parental, de la « scène primitive » de sa propre conception : son père ou sa mère lui apparaît comme un rival qui l’a trompé parce qu’il/elle a osé coucher avec quelqu’un d’autre que lui !) : « Au milieu de parents ou amis, je me suis senti extérieur. J’ai vécu parmi eux en espion. » (Fernando Pessoa dans le documentaire « Pessoa l’Inquiéteur » (1990) de Jean Lefaux) ; « Claudette est une jumelle, homosexuelle active. Elle a toujours regretté d’être une fille. Elle prenait les jouets délaissés par son frère jumeau. […] Les tendances voyeuristes ont chez elle une grande importance. » (René Zazzo, Les Jumeaux, le couple et la personne (1960), cité dans l’article « L’identité sexuelle : pour quoi faire ? » de Jean-Marc Alby, Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 520) ; « Je crois que tu as menti, ce soir d’été. On est descendus sur la terrasse pour sentir la fraîcheur de la nuit et on a entendu une voiture s’arrêter. On s’est déplacés silencieusement pour espionner. On a vu le beau garçon, l’athlète qui faisait de délicats dessins de fleurs. Il faisait chaud. Il était presque nu dans la voiture. Sa peau brillait, recouverte d’une fine pellicule de sueur. Le conducteur de la voiture était un homme plus âgé, aux cheveux blancs. Ils se sont embrassés sur la bouche. Et tu m’as dit que c’était son père. » (Alfredo Arias à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 165) ; « Il [Ernestito] me raconta qu’un soir, en rentrant tard, il avait vu, dans ce même autobus, un couple assis face à lui. […] Le couple était en train de faire l’amour. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p.172) Dans son essai La Psychanalyse des enfants (1932), Melanie Klein évoque justement « les sentiments primaires de frustration, de jalousie et de haine qui entourent la scène primitive ». Par exemple, dans le film « Girl » (2018) de Lukas Dhont, Lara/Victor, garçon trans M to F de 16 ans, regarde un couple homme-femme par la fenêtre de l’immeuble d’en face, et qui commence les préliminaires de l’union amoureuse totale. Ça ne lui fait ni chaud ni froid.

 

Le voyeurisme est la marque d’un accès prématuré et violent d’une grande majorité des personnes homosexuelles à la génitalité, à la sexualité adulte. Beaucoup d’entre elles ont vu, à travers les films pornos notamment, ou bien à travers le manque d’amour et l’indécence de leurs parents biologiques, un amour violé. « En raison, donc, non seulement de la télévision qui me dérangeait mais surtout de la peur de dormir seul, je me rendais plusieurs fois par semaine devant la chambre de mes parents, l’une des rares pièces de la maison dotée d’une porte. Je n’entrais pas tout de suite, j’attendais devant l’entrée qu’ils terminent. D’une manière générale, j’avais pris cette habitude (et cela jusqu’à dix ans ‘C’est pas normal’, disait ma mère, ‘il est pas normal ce gosse’) de suivre ma mère partout dans la maison. Quand elle entrait dans la salle de bains je l’attendais devant la porte. J’essayais d’en forcer l’ouverture, je donnais des coups de pied dans les murs, je hurlais, je pleurais. Quand elle se rendait aux toilettes, j’exigeais d’elle qu’elle laisse la porte ouverte pour la surveiller, comme par crainte qu’elle ne se volatilise. Elle gardera cette habitude de toujours laisser la porte des toilettes ouvertes quand elle fera ses besoins, habitude qui plus tard me révulsera. Elle ne cédait pas tout de suite. Mon comportement irritait mon grand frère, qui m’appelait ‘Fontaine’ à cause de mes larmes. Il ne souffrait pas qu’un garçon puisse pleurer autant. À force d’insistance, ma mère finissait toujours par céder. […] En me rendant devant la chambre de mes parents ces nuits où, tétanisé par la peur, je ne trouvais pas le sommeil, j’entendais leur respiration de plus en plus précipitée à travers la porte, les cris étouffés, leur souffle audible à cause des cloisons trop peu épaisses. (Je gravais des petits mots au couteau suisse sur les plaques de placoplâtre, ‘Chambre d’Ed’, et même cette phrase absurde – puisqu’il n’y avait pas de porte –, ‘Frappez au rideau avant d’entrer.’) Les gémissements de ma mère, ‘Putain c’est bon, encore, encore.’ J’attendais qu’ils aient terminé pour entrer. Je savais qu’à un moment ou à un autre mon père pousserait un cri puissant et sonore. Je savais que ce cri était une espèce de signal, la possibilité de pénétrer dans la chambre. Les ressorts du lit cessaient de grincer. Le silence qui suivait faisait partie du cri, alors je patientais encore quelques minutes, quelques secondes, je retardais l’ouverture de la porte. Dans la chambre flottait l’odeur du cri de mon père. Aujourd’hui encore quand je sens cette odeur je ne peux m’empêcher de penser à ces séquences répétées de mon enfance. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 80-82) ; « Je suis arrivée au pensionnat à l’âge de 14 ans. J’étais très naïve. Et je me suis retrouvée très tôt face à ces problèmes. Et j’ai été choquée. Il ne se passait que ça autour de moi, et je ne voulais pas le voir. Et j’en étais choquée. Depuis la surveillante qui couchait avec la surintendante, jusqu’aux élèves qui partageaient ma chambre, il n’y avait que ça autour de moi. J’étais la seule à ne pas être informée et à ne pas trouver que c’était épouvantable. Je me suis d’autant plus braquée que je sentais confusément en moi une attirance. Mais je voulais absolument la nier. » (Germaine, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc. Et cette vision brutale du détournement des gestes d’amour en consommation a abîmé durablement dans leur cœur l’image de pureté de l’Amour vrai. Ceci est particulière visible par exemple dans les dessins homo-érotiques de Roger Payne, dans lesquels la figure de l’enfant-voyeur, sur lequel les fantasmes des adultes libertins bisexuels (et parfois pédophiles) sont projetés (ce voyeur « accidentel » est montré comme consentant, complice, agréablement surpris, complaisant), est récurrente. Le désir homosexuel, c’est l’innocence de l’enfant violée.

 

ESPION Payne 2

Roger Payne

ESPION Payne 3

Roger Payne

Roger Payne

Roger Payne

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

Code n°61 – Éternelle jeunesse (sous-code : Peur de vieillir)

éternelle jeu

Éternelle jeunesse

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Vidéo-clip de la chanson "Lonely Lisa" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Lonely Lisa » de Mylène Farmer


 

Le culte de l’éternelle jeunesse, particulièrement palpable dans le « milieu homosexuel » tant la date de péremption semble avoir été fixée à 25 ans, montre l’élan incertainement et fantasmatiquement incestueux et pédophile du désir homosexuel, quand bien même un certain nombre de personnes homosexuelles sont sûres et certaines de n’être attirées que par des individus mûrs et adultes (cf. je vous renvoie aux codes « Pédophilie » et « Parodies de mômes » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Il traduit en négatif une angoisse de la vieillesse. On entend celle-ci exprimée par beaucoup de sujets homosexuels, y compris chez ceux qui n’ont que la vingtaine. Même s’ils savent bien qu’il leur faudra à un moment ou un autre renoncer à finir avec un petit jeune de vingt ans, ils ne se défont pas de cette utopie pour autant. Chaperonner un éphèbe pré-pubère, ou se trouver un père de substitution à travers un amant, c’est un moyen détourné de faire le bain de jouvence du Pygmalion, mais aussi de revivre une jeunesse perdue en se substituant aux enfants.

 

La communauté homosexuelle tend de plus en plus à parler au nom des enfants, à se placer en valeureuse gardienne de leurs droits, surtout depuis les débats sur l’homoparentalité. Sa soudaine passion pour le monde juvénile frise parfois l’angélisme. Certains de ses artistes affectionnent les chœurs d’enfants et les superposent souvent à leur propre voix. Ils emballent l’enfance de papier rose bonbon anti-choc (« Il n’y a pas de drame dans l’enfance » affirme tout sourire Arturo Carrera, dans son poème « Roturas, Chatarra De Juguetes ») alors qu’on sait pertinemment qu’elle constitue un moment où les êtres sont plus fragiles qu’à l’âge adulte parce qu’ils doivent apprendre à se construire. Ce camouflage indique généralement un éloignement du réel, mais plus gravement un traumatisme identitaire et personnel vécu précisément dans l’enfance.

 
 

N.B. : Je vois également aux codes « Parodies de mômes », « Eau », « Conteur homo », « Petits Morveux », « Amant diabolique », « Se prendre pour Dieu », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Pédophilie », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Innocence », « Vierge », « Planeur », « Scatologie », « « Première fois » », et à la partie « Fixette sur un amant perdu et déifié » du code « Clonage », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) La jeunesse éternelle :

Film "Wild Side" de Sébastien Lifshitz

Film « Wild Side » de Sébastien Lifshitz


 

Très souvent dans les fictions traitant d’homosexualité, le personnage homosexuel refuse de grandir, ou vénère une jeunesse angélique : cf. la chanson « Est-ce que tu viens pour les vacances ? » de David et Jonathan, le roman Toutes les filles son belles à vingt ans (2014) d’Andromak, les chansons « Plus grandir », « Dessine-moi un mouton », et « Et si vieillir m’était conté » de Mylène Farmer, les films « J’embrasse pas » (1991) et « Les Roseaux sauvages » (1994) d’André Téchiné, le film « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy (avec l’idéalisation de l’amitié d’adolescence), le roman La Sombra Del Humo En El Espejo (1924) d’Augusto d’Halmar, le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti (avec la figure christique du jeune Tadzio), le film « David’s Birthday » (« Il Compleanno », 2009) de Marco Filiberti (le jeune et beau David séduit Mateo), le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon (avec des images récurrentes d’un jeune enfant… sans doute des réminiscences du héros, Romain), le film « Wild Side » (2004) de Sébastien Lifshitz (avec les perpétuels flash-back sur la jeunesse du héros transsexuel), le roman Agostino (1944) d’Alberto Moravia, le roman La Confusion des sentiments (1927) de Stefan Sweig, le film « L’Été de Kikujiro » (1999) de Kitano Takeshi, le roman Tanguy (1957) de Michel del Castillo, la pièce El Público (1930-1936) de Federico García Lorca (avec l’expression de l’angoisse du vieillissement), le film « Meteorango Kid, Heroi Intergaláctico » (1969) d’Andrés Luis de Oliveira, le film « Billy Budd » (1962) de Peter Ustinov, le film « Violence et Passion » (1974) de Luchino Visconti, le film « Oublier Venise » (1979) de Franco Brusati, le film « Le Portrait de Doriana Gray » (1975) de Jess Franco, le film « Morgane et ses Nymphes » (1970) de Bruno Gantillon, le film « Chuck And Buck » (2000) de Miguel Artera, le film « Prick Up » (1987) de Stephen Frears, le film « Kids Return » (1996) de Takeshi Kitano, le film « Murmur Of Youth » (1997) de Lin Cheng-sheng, le film « Ricky » (2009) de François Ozon (avec Ricky, le bébé doté d’ailes), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta (avec l’un des titres de chapitre : « L’Enfant surnuméraire »), les tableaux d’Hannes Steinert (2007) (célébrant un retour à l’enfance), le film « The Boy Next Door » (2008) d’un réalisateur inconnu, le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen (avec la scène des bulles de savon dans la prairie), etc.

 

Le jeune Alexandre dans le film "Les Amitiés particulières" de Jean Delannoy

Le jeune Alexandre dans le film « Les Amitiés particulières » de Jean Delannoy


 

En général, le héros homosexuel idéalise complètement l’enfance : « Je suis fou des enfants. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 68) ; « Notre théorie c’est de sauver les enfants ! » (Jean-Marc, le héros homosexuel de la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Il n’y a pas de drame dans l’enfance. » (cf. le poème « Roturas, Chatarra De Juguetes » (1985) d’Arturo Carrera) ; « Rien ne vaut la jeunesse ! […] Rien n’est plus cher que la jeunesse ! » (la « Voix » à Jeanne, dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi) ; « J’ai seize ans et je sais parfaitement ça, que d’avoir seize ans, c’est un triomphe. » (Vincent, l’un des héros homosexuels du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 14-15) ; « C’était l’enfance, le temps de l’innocence. » (Stéphane Corbin, Les Murmures du temps, 2011) ; « Je suis pubère. Dieu me préfère. J’veux mourir blond, avec une tête de p’tit garçon. Je veux mourir mince, ne pas me nourrir avant de mourir. Je veux rester jeune. » (Jean-Ba, l’enfant de chœur de 14 ans interprété par Didier Bénureau, dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Tu sais ce que j’aimerais ? Que tu ne grandisses pas aussi vite. » (Tessa s’adressant à sa fille Hache, la petite sœur de Rachel l’héroïne lesbienne, dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker) ; « Charles et moi, nous nous connaissions depuis la plus tendre enfance… » (Thomas, le héros homosexuel parlant de manière ambigu d’un ami défunt, dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields) ; etc. Par exemple, dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Jean raconte qu’il se déguisait en Marie Ingalls de la série La Petite Maison dans la prairie quand il était petit. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, William, le héros homosexuel (le plus jeune du couple homo formé avec Georges), veut rester en enfance : « Pourquoi faut-il grandir, Adèle ? c’est si bon, l’enfance. »

 

Il se crée son petit monde imaginaire, fait de poupées, de loisirs, de jeux, de vacances, de films et de dessins animés, de danse : cf. le film « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, le film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce, le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, le roman Nicolas Pages (1999) de Guillaume Dustan (dans lequel les pulsations de la discothèque sont comparées aux sensations prénatales de l’enfant dans le ventre de sa mère), le film « Partisane » (2012) de Jule Japher Chiari (la protagoniste lesbienne, Mnesya, écoute une boîte à musique), etc.

 

Film "15" de Royston Tan

Film « 15 » de Royston Tan


 

Par exemple, le film « Queens » (2012) de Catherine Corringer dépeint un monde où la sexualité est proche de l’enfance : un jeune homme est un arbre nourricier, un autre une poupée, une femme âgée est aussi une enfant. Dans la pièce Un petit jeu sans conséquence (2012) de Jean Dell et Gérard Sibleyras, Patrick, le héros homosexuel, joue avec ses jeux de plages. Dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012), Samuel Laroque affiche sa nostalgie des dessins animés (Candy, les Schtroumpfs, etc.) et des chanteuses pour enfants (Dorothée, Chantal Goya, etc.).

 

Parfois, le héros homosexuel est fasciné par un mobile enfantin suspendu au plafond : cf. le film « Le bon coup » (2005) d’Arnault Labaronne, le film « Fast Forward » (« D’un trait », 2004) d’Alexis Van Stratum, le film « Kika » (1993) de Pedro Almodóvar, le film « Mon copain Rachid » (1998) de Philippe Barassat, la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow, le film « Une si petite distance » (2010) de Caroline Fournier (avec la boule à facettes annonçant l’amour lesbien), le lustre hypnotisant se balançant dans l’arrière-scène du concert (2008) d’Étienne Daho, le film « The Prom Queen » (« La Reine du bal » (2004) de John L’Écuyer, etc.

 

Le personnage homosexuel se présente comme un être exceptionnel, un enfant à la maturité d’adulte, et/ou un adulte à la pureté enfantine. « Le haut de mon corps a 27 ans, et le bas, 17 ans. » (Wang Ping dans le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye) ; « Vous savez que mes seize ans ont déjà dit adieu à l’enfance tout en continuant – ainsi, on gagne sur les deux tableaux – d’offrir l’image de l’enfance. » (Vincent, le héros homosexuel de 16 ans, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 23) ; « Je parle d’un petit garçon et je dis que c’est mon frère. » (Heiko, le héros homosexuel s’adressant à son amant Konrad, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; « Je ne suis pas un enfant. » (Davide, le héros homosexuel de 14 ans, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; etc. Par exemple, dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut, Bill est décrit comme un « bébé géant ». Le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta se présente comme un conte philosophique raconter par un enfant adulte, surdoué, visionnaire.

 

Très souvent dans les œuvres homosexuelles, l’âge est une tromperie : cf. le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (avec les quatre nains du cimetière, décrits comme des « enfants au visage de vieillards »), le roman Les Vieux Enfants (2005) d’Élisabeth Brami, etc.

 

Ce jeu sérieux sur la confusion des générations est particulièrement bien illustré dans l’œuvre du dramaturge homosexuel argentin Copi. En effet, rares sont les fois où ses personnages ont une claire idée de l’âge qu’ils ont, ou qu’ont les gens qui les entourent :

 

Jeanne – « Quand est-ce que tu cesseras d’être vieille ?

Louise – Vieille ? Je ne m’en étais jamais aperçue.

Jeanne – […] Depuis que nous sommes petites j’ai rajeuni de jour en jour, tandis que toi tu es restée toujours aussi vieille ! »

(Copi, La Journée d’une rêveuse (1968), pp. 36-37)

 

« C’était une Indienne de 12 ans mais elle avait la poitrine d’une femme de 20 ans. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 156) ; « Son tailleur bleu-ciel qui lui faisait paraître plus jeune à La Rochelle disparaissait ici à côté de l’affublement baroque de Jolie, qui devait avoir pourtant trente ans de plus qu’elle. » (cf. la description de Solange, op. cit., p. 167) ; « [Le Maire] pensa que Jolie de Parma avait à peine 50 ans. Elle en avait 60. Quant à Solange Soubirous, il lui en donna à peine 40. » (idem, p. 177) ; « Et il [Silvano] partit en courant vers le théâtre Odéon avec une agilité qui lui fit penser qu’il avait un corps de vingt ans. » (idem, p. 139) ; « Silvano […] crut qu’Arlette était une gamine. Ce n’est que le jour où il se rendit à la mairie pour déclarer Didier qu’il sut qu’elle avait 36 ans. » (idem, p. 106) ; « Elle était bien plus vieille que je ne le croyais. » (Ahmed à propos de Madame Ada dans la nouvelle « La Baraka » (1983) de Copi, p. 42) ; etc.

 
 

b) Le refus de vieillir :

L’idéalisation de la jeunesse et de l’enfance s’accompagne pour le coup d’une angoisse très forte, chez le personnage homosexuel, du temps qui passe et de la vieillesse : « La jeunesse est une drogue. Et je vois pas comment je pourrais m’en passer. » (Anne – interprétée par Muriel Robin – dans le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan) ; « Si je m’aperçois que je vieillis, je me tue ! » (Dorian Gray dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1891) d’Oscar Wilde) ; « J’ai une ride de stress ! » (le Schtroumpft Coquet dans le film d’animation « The Smurf », « Les Schtroumpfs » (2011) de Raja Gosnell) ; « La jeunesse est la seule chose qui compte en ce monde. […] Que c’est triste. Je vais devenir vieux. » (Lord Henry, idem) ; « Il s’avéra que même si j’étais destinée à vieillir et à mourir, je pourrais avoir une jumelle, installée dans un satellite se déplaçant à la vitesse de la lumière, qui ne vieillirait pas au même rythme que moi. » (Anamika, l’héroïne lesbienne qui prétend rechercher « l’immortalité », dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 219) ; « Je supporte pas l’idée de vieillir. » (Jarry dans son one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Ça devrait être interdit de vieillir. » (Saint Loup, le couturier homosexuel du film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot) ; « Premièrement, je n’ai aucun ride !!! » (Fred, le héros homosexuel de la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis) ; « Quel malheur que tu sois devenu vieux ! » (la Mère à « L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, p. 31) ; « Vous, Oiseaux-Comédiens, aidez-moi à franchir le miroir… de l’enfance perdue. » (Camarade Constance dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias) ; « Les pédés sont pires que les femmes. À 30 ans, ils pensent que c’est fini. Il n’y a pas que la beauté ! » (Michael, le héros homosexuel du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Comment te dire ? Je suis un vieux pantin en lendemain de fête, un vieux pantin entre les mains d’un enfant bête. » (cf. la chanson « En miettes » d’Oshen, Océane Rose-Marie, la lesbienne invisible) ; « C’est vraiment dégueulasse de vieillir. » (Henry s’adressant à Jonas, le héros homosexuel, dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier) ; « Plus il vieillit, plus il est aigri. » (Jean, homo, parlant de son co-équipier Joël, dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare) ; « Tais-toi… Hier soir, je me suis arraché cinq cheveux blancs… » (André, homosexuel, se désespérant de voir le temps qui passe, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; etc. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Todd, l’un des héros homosexuels, n’a qu’une ambition dans la vie : « Mourir jeune et joli. »

 

Par exemple, dans le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti, Aschenbach regarde l’écoulement du sablier avec amertume. Dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, Héloïse, en voyant son corps d’enfant devenir adulte, crie à la « malédiction » (p. 362). Dans le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron, l’angoisse de la vieillesse homosexuelle est clairement abordée. Dans le film musical « Victor, Victoria » (1982) de Blake Edwards, la phrase « vieille pédale pathétique ! », dirigée contre Toddy, est présentée comme la pire des insultes qui puisse être entendue par une personne gay. Dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, Silvano s’imagine qu’en 2009 il aura 70 ans alors qu’il en sera plutôt à 100. Dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, « Lukas » – initialement Miriam – passe son temps à se scruter dans le miroir, s’imposant l’angoisse éternel du Dorian Gray. Dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa dit son angoisse de la quarantaine : « Qu’est-ce qu’on a comme avenir quand on a passé la quarantaine ? » Le film « Circuit » (2001) de Dirk Shafer raconte l’histoire d’un prostitué terrifié à l’idée de vieillir. Dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, Maria, pile au moment où elle doit se mettre au théâtre dans la peau d’une lesbienne, Helena, attirée par la « jeunesse » de Sigrid au point de se suicider, éprouve un vertige par rapport à son âge vieillissant réel. Dans son concert Free : The One Woman Funky Show, (2014), Shirley Souagnon regrette sa jeunesse : « Chuis fracassée. Chuis adulte. Chuis vieille. » Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, présente l’inconvénient de son métier : « Y’a le revers de la médaille : tu vieillis plus vite que d’habitude. » Il se rend chez un chirurgien pratiquant la « médecine esthétique » pour rajeunir. Dans la performance Nous souviendrons-nous (2015) de Cédric Leproust, le narrateur adulte, qui vit pourtant hors de sa sphère de conscience, joue à être un fœtus qui n’est pas encore sorti du ventre de sa mère : « Voilà. Je suis un vieux fœtus à présent. »

 

Vivant douloureusement le passage des années, certains personnages homosexuels décident de se suicider : « J’aurais dix-huit ans à jamais. » (Kévin, s’exprimant après son suicide, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 461) Par exemple, dans le film « Traitement de choc » (1972) d’Alain Jessua, un quinquagénaire homosexuel obnubilé par la jeunesse rentre dans un établissement de cure censé lui redonner jouvence et santé : « Ce traitement, c’est toute ma vie : je peux continuer de plaire, d’aimer, de rester jeune. » Il mettra fin à ses jours après avoir été chassé, faute d’argent.

 
 

c) Derrière l’idéalisation, il y a… :

Cette idéalisation de la jeunesse bute à un moment donné contre sa propre inconsistance, contre le Réel ; ou alors on découvre chez le héros homosexuel que le rêve de l’enfance a été brisé par un choc, un viol, une accélération trop prématurée vers le monde adulte, l’adolescence angoissée de la chenille qui craint de devenir papillon. Par exemple, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, un des personnages, âgé de 16 ans, et écrivant à son père pour lui annoncer son homosexualité, se définit comme un « enfant qui a poussé trop vite », qui n’a pas vécu pleinement son temps de l’enfance. Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, c’est juste après avoir frôlé le viol par trois racailles qui voulaient vivre « un plan » avec lui que Guillaume s’éclipse en chantant la fameuse comptine enfantine « Il était un petit homme, pirouette cacahouète ».

 

En général, le héros gay feint l’innocence enfantine quand il ne veut pas assumer ses actes honteux d’adulte, ou bien parce qu’il veut masquer sa haine de lui-même par le vernis de suffisance de la jeunesse conquérante qu’il serait le seul à incarner. « Je suis comme un enfant qui aurait grandi trop vite. Un être hybride, mi-enfant, mi-adulte. » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 48) ; « Il est temps que tu grandisses maintenant. Et va voir à quoi ressemble le vrai monde. » (le père d’Éric s’adressant à son fils homo Éric, dans l’épisode 3 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn).

 

Très souvent dans les œuvres homosexuelles, la différence des générations est gommée, les rapports parents/enfants sont inversés ou érotisés : « Il faut que je me rende à l’autre bout de la ville pour le baby-sitting : personne n’a encore compris que c’était plutôt moi qui avais besoin de me faire garder. » (la narratrice lesbienne dans le roman Apologie de la passivité (1999) de Karin Bernfeld, p. 24) ; « Et sa mère n’a pas d’âge ! » (Mimi à propos de Solitaire, la mère de Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Elle est une fille comme moi ! Comme moi, qui suis fille de femme comme elle sera mère d’une fille ! » (Solitaire en parlant de sa fille Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Anna ressemble tellement à Greta que ça pourrait presque être elle. » (Jane, l’héroïne lesbienne parlant de la mère et de la fille de 13 ans, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 177) ; « Si t’es un bon papa, alors tu fais qu’est-ce que je veux… » (l’enfant à son père, dans la nouvelle « L’Histoire qui finit mal » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 5) ; etc. Par exemple, dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, ce sont les enfants qui éduquent leurs parents : Félix apprend à son pseudo « père » à pêcher. Dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, Evita infantilise sa propre mère et la gronde comme si elle était une enfant. Dans la chanson « Lisa tu étais si petite » de Faby, il est question de ces « enfants qui grandissent plus vite que les parents »

 

Après « L’Amour n’a pas de sexe », place à « L’Amour n’a pas d’âge » ! En général, la séparation-rupture de la différence entre l’enfant et l’adulte préfigure ou illustre une violence, un inceste, une monstruosité, la pédophilie, le clonage : « Me voici : la Solitaire ! Je suis une fille-mère abandonnée par sa fille qui à moi quiconque préfère ! » (Solitaire dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « J’ai peur qu’il naisse anormal, avec la tête de ma mère et le corps d’un animal ! » (Lou accouchant de son bébé, idem) ; « La jeunesse qui rayonne à chaque instant de vous, voilà ce que la Reine aime chez Sidonie. » (cf. une réplique du film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot) ; « Vous me faites à chaque fois l’effet d’un bain de jouvence. » (la Reine Marie-Antoinette à son amante Madame de Polignac, idem) ; etc.

 

Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, les héros homosexuels sont obnubilés par la procréation et leur descendance assurée par le clonage, parce qu’en réalité, ils font de l’horloge biologique et de la vieillesse des monstres.
 

Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Stéphane est bloqué par un idéal physique de jeune homme angélique qu’il recherche chez tous ses amants : « Malgré leurs impuretés, ces êtres restent très purs, sans taches, comme si rien ne pouvait les abîmer. » Vincent, son « ex », le lui fait remarquer : « T’as toujours été obsédé par l’éternelle jeunesse. » Et Stéphane confirme : « Oui, de jeunesse figée, fossilisée, je suis fasciné. »
 

Paradoxalement, ces mêmes réalisateurs homosexuels qui idéalisent l’enfance, pratiquent l’art iconoclaste du détournement parodique, pour se venger/se défendre inconsciemment (eux diront « ironiquement ») de leur attachement naïf à une jeunesse irréelle, télévisuelle, et avant tout plastique : « Mon lifting est de travers ! » (Solitaire dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) Par exemple, dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), Charlène Duval, le travesti M to F, raconte qu’il lit encore du Enid Blyton et des Oui-Oui : il en fera une lecture détournée très sulfureuse, afin de prouver sa distance critique. Mais qui a dit que l’ironie était un gage de détachement ? Moi, je suis justement persuadé du contraire.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La jeunesse éternelle :

Si on les écoute bien, on découvre qu’un certain nombre de personnes homosexuelles idéalisent complètement l’enfance : « C’est merveilleux quand l’enfance et la grande personne sont mêlées. » (Jean Cocteau, dans le documentaire « Jean Cocteau, autoportrait d’un inconnu » (1983) d’Edgardo Cozarinsky) ; « La seule chose qui me différenciait des hommes ‘normaux’, c’est que j’adorais l’éclat de cette déesse : la jeunesse. » (Witold Gombrowicz, Journal, 1957-1966) ; « Quand on est jeune, on se sent immortel. On est beau. » (Jonathan, séropositif et homosexuel, dans le documentaire « Prends-moi » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « L’enfant triomphe, parce qu’il dit et parce qu’il ne dit pas. Il triomphe parce qu’il ne parle pas sérieusement : il trompe, il détrompe, il enchante. » (Roberto Echavarren, Medusario (1996), p. 149) ; « C’est l’insouciance, le bien-être, et le bonheur à l’état pur. Et on n’est pas encore égratigné par la vie. » (Denis parlant de l’enfance, dans le documentaire « Une Vie de couple avec un chien » (1997) de Joël van Effenterre) ; « Jamais peut-être auparavant dans l’histoire, observe Klaus Mann, les jeunes gens n’avaient été jeunes de façon aussi consciente, éclatante et provocante que la génération allemande de ces années-là. On disait : ‘Je suis jeune’ et on avait formulé une philosophie, poussé un cri de guerre. La jeunesse était une conjuration un défi, un triomphe. » (Klaus Mann, Journal, p. 135) ; etc. Dans son essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010), Natacha Chetcuti définit le « paradis de l’asexuation » (recherché par beaucoup de femmes lesbiennes) comme « une masculinité qui doit rester dans le registre de l’enfance ou de l’adolescence » (p. 93).

 

Bien souvent, les individus homosexuels se présentent comme des grands enfants, et rentrent le plus sincèrement/ironiquement du monde dans la peau de ces gamins tout-puissants que la publicité et le cinéma ont déifiés puis diabolisés. « J’ai 12 ans à l’intérieur de moi. » (le peintre nord-américain Keith Haring, cité dans l’article « Keith Haring » d’Élisabeth Lebovici, sur le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 237) ; « L’adolescence, voilà mon territoire. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 32) ; « Je suis encore un prématuré quelque part. » (Axel, une femme transsexuelle F to M, dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan) ; « J’ai toujours voulu rester un enfant dans ma tête. » (le youtubeur Newtiteuf, en janvier 2017) ; etc. Le poète homosexuel français Jean Cocteau se définissait comme « un éternel adolescent » (cf. Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 91).

 

Par exemple, les concerts du chanteur Mika ressemble à des cours de récré géante, colorées et naïves. Dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012), Samuel Laroque fait chanter à son public des chansons de Chantal Goya. Dans le vidéo-clip de sa chanson « Je suis gay », Samy Messaoud joue avec son ourson en peluche. Les sketchs d’Anne Roumanoff, dans lesquels l’humoriste imite souvent des enfants, sont très appréciés de la communauté LGBT.

 

« Mon envie dans ce film est de faire apparaître la relation que j’ai eue avec Pêche. Parce qu’elle a été sans doute une soupape à mes questions. Parce que j’avais trouvé en lui quelqu’un à qui m’accrocher. À travers cette histoire intime avec Pêche, mais aussi à travers les failles et les choses du monde normées et non normées assimilées, ressortira le cheminement d’un enfant, de sa construction, de ses peurs anciennes face à son homosexualité, mais aussi de ses désirs et secrets les plus beaux qu’il n’ait imaginés. » (Thomas Riera parlant de son documentaire « Pêche, mon petit poney » (2012) sur sa figure-jouet)

 

Vidéo-clip de la chanson "Parler tout bas" d'Alizée

Vidéo-clip de la chanson « Parler tout bas » d’Alizée

 

Sous l’Allemagne nazie, les mouvements de jeunesse des Wandervögel (littéralement : Oiseaux migrateurs) étaient imprégnés d’homosexualité et apportèrent « leur idéalisme juvénile » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 13)
 

Les membres de la communauté homosexuelle sont parfois friands des chorales des petits chanteurs à la croix de bois. Les chœurs d’enfants dans les films « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy, « La Mala Educación » (« La Mauvaise Éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, ainsi que dans les chansons « Heal The World » de Michael Jackson (avec, à la fin, la voix d’une gamine qui se superpose à celle du chanteur), « Where’s The Party » de Madonna, « Tomber 7 fois » et « Libertine » de Mylène Farmer, « J’ai demandé à la Lune » du groupe Indochine, « Parler tout bas » d’Alizée, « Fallait pas commencer » de Lio, etc., montrent un attrait réel pour l’enfance folklorique. Par exemple, le compositeur homosexuel Benjamin Britten utilisait beaucoup les chorales d’enfants dans ses compositions musicales. Le compositeur Érik Satie a écrit des comptines pour les enfants.

 

Derrière cette idéalisation homosexuelle se cache un sentiment de ne pas avoir eu de vraie jeunesse, justement ! « Finalement, j’ai pas été jeune. C’est ce qui me manque beaucoup. » (Yves Saint-Laurent dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton)

 
 

b) Le refus de vieillir :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

L’idéalisation de la jeunesse et de l’enfance s’accompagne pour le coup d’une angoisse très forte, chez les individus homosexuels, du temps qui passe et de la vieillesse : « Je ne veux pas vieillir. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 168) ; « Bien sûr, sur les dessins, je fais plus jeune que mon âge. » (Peter Gehardt, ironique, dans son documentaire « Homo et alors ?!? », 2015) ; « Et là, tu peux pas lutter. On ne pardonne pas à un gay de vieillir. » (Guillaume parlant de son amant Xavier qui l’a quitté pour un petit jeune, dans le documentaire « Cet homme-là est un mille-feuilles » (2011) de Patricia Mortagne) ; « J’avais honte de moi devant lui. Je me sentais vieux, blasé. Mais j’étais avec lui, je comprenais tout ce qu’il désirait, tout ce qu’il ne désirait pas. Il était dans le malheur avec une fraicheur miraculeuse. […] Je l’ai aimé. » (Abdellah Taïa racontant ses sentiments face à un jeune domestique noir, Karabiino, qu’il convoite, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), pp. 74-75) ; « Ça va être un mariage de vieux avec de la musique de vieux. » (Pierre se plaignant de la musique qu’il choisit avec Bertrand pour leur playlist de « mariage », dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; « La vieillesse est un naufrage. Elle me fait peur. Une espèce d’horreur physique. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; « La puberté, ça a vraiment été un choc pour moi. » (Iris, homme M to F, qui s’appelle initialement Gabriel, dans l’émission Zone interdite spéciale « Être fille ou garçon, le dilemme des transgenres » diffusée le 12 novembre 2017 sur la chaîne M6) ; etc. Par exemple, lors de son concert Les Murmures du temps (2011), le chanteur Stéphane Corbin exprime sa peur de vieillir. Dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Christian, le dandy homo de 50 ans, se lamente de vivre une « phase de vieillissement prématuré » ; quant à Thérèse, âgée de 70 ans, elle semble montrer la vieillesse comme une impasse terrible (« L’âge qui a été dur, c’est cinquante ans. L’âge où j’ai renoncé à séduire. ») de laquelle elle a tenté plusieurs fois de contourner en sortant avec des femmes qui avaient quasiment 30 ans de moins qu’elle (passions souvent dévorantes et destructrices) pour retrouver sa jeunesse perdue.

 

Alors vous allez me dire : « Ils ont peur de vieillir… mais c’est le cas de tout le monde ! Ce n’est pas propre aux homos ! » Et je vous répondrai : Oui et non. Même si bien évidemment ils n’ont pas le monopole du jeunisme, leur attachement au corps mortel et à la beauté plastique adolescente (donc celle qui passe) les expose particulièrement à la phobie idolâtre de la mort.

 

Dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), par exemple, Jean-Louis Chardans décrit – avec un ton défaitiste et misérabiliste qui ne serait pas le mien – « l’enfer de la vieillesse » pour les individus homosexuels, « car l’homosexualité n’a nulle pitié pour les individus décatis. Les derniers jours de ceux dont le nom n’est pas célèbre prennent souvent l’allure de l’agonie des insectes au seuil de l’hiver : délaissés de tous, sans famille, ils cherchent jusqu’au bout à demeurer la ‘jeune folle’ fardée de leur vingt ans. » (p. 14) Il est question, chez les personnes homosexuelles, de « l’attrait de la beauté angélique des éphèbes » (p. 346).

 

Vivant douloureusement le passage des années, il n’est pas rare que personnes homosexuelles décident même de se suicider. Le baron Adelswärd-Fersen, par exemple, ne supportant pas l’idée de vieillir, mit fin à ses jours en 1923 à l’âge de 43 ans. Il est certain que les enfants, dans la vie d’un Homme, aide à vieillir, à voir de l’avant, à mourir sereinement ; et que les personnes homosexuelles, ne pouvant pas procréer en couple homosexuel, ne s’assurent pas de vieux jours reposants et chantants. Celles qui ont eu des enfants d’un précédent mariage dit « hétéro » en conviennent sans discuter. Sachant que je ne dis pas par là qu’il suffit d’avoir engendré un enfant naturellement pour vivre une vieillesse heureuse.

 
 

c) Derrière l’idéalisation, il y a… :

L’idéalisation homosexuelle de la jeunesse bute à un moment donné contre sa propre inconsistance, contre son immatérialité, contre le Réel ; ou bien on finit par découvrir que le rêve de l’enfance a été brisé par un choc, un viol, une accélération trop prématurée vers le monde adulte, l’adolescence angoissée de la chenille qui craignait de devenir papillon : « J’ai vite pris la mesure de ce qu’était la vie d’adulte. » (Véronique, femme lesbienne interviewée dans l’essai Les Chrétiens et l’homosexualité (2004) de Claire Lesegretin, p. 259) ; « Mon enfance, elle a été éclipsée par des situations de famille, des choses compliquées, que je comprenais trop bien. » (le chanteur homosexuel Charles Trénet dans le documentaire « Charles Trénet, l’ombre au tableau » (2013) de Karl Zéro et Daisy d’Errata) ; « Moi, je vois mon enfance comme une période qui ne nous a pas du tout armés. Je vais grandir moins vite que les autres. » (Christian, le dandy homo de 50 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Et pour dire clairement et exactement les choses en une phrase, j’ai le sentiment de ne jamais avoir eu d’enfance. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 42) ; « Là où les choses commencent à se corser, c’est effectivement en 4e. Il y a un truc terrible qui se passe chez les garçons à ce moment-là, c’est la puberté. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 21) ; « J’ai vécu dans la peur des métamorphoses. » (Jean Genet, Journal du voleur (1949), p. 39) ; « Un accident l’a buté sur un souvenir d’enfance et ce souvenir est devenu sacré ; dans ses premières années, un drame liturgique s’est joué, dont il était l’officiant : il a connu le paradis et l’a perdu, il était enfant et on l’a chassé de son enfance. Sans doute cette ‘coupure’ n’est pas très aisément localisable : elle se promène au gré de ses humeurs et de ses mythes entre sa dixième et sa quinzième année. Peu importe : elle existe, il y croit ; sa vie se divise en deux parties hétérogènes : avant et après le drame sacré. » (Jean-Paul Sartre à propos de Jean Genet, dans la biographie Saint Genet (1952), p. 9) ; « De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux. » (cf. la première phrase d’Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 13) ; etc. Le documentaire « Jenny Bel’Air » (2008) de Régine Abadia, tirant le portrait du fameux travesti M to F du mythique Palace à Paris, présente « l’histoire d’un petit garçon à qui on a volé une enfance » (cf. le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 80).

 

Par exemple, le shota est un genre de mangas représentant des gamins de 10 ans dans des scènes homosexuelles avec des adultes : cette réalité de la pédophilie est occultée dans les traductions.

 

En général, la séparation-rupture de la différence entre l’enfant et l’adulte préfigure ou illustre une violence, un inceste, une monstruosité : « Je savais que j’étais le seul à avoir une double vie. Une vie d’enfant et une vie d’adulte. (Et je ne comprenais rien à ces deux vies.) » (Christophe Tison racontant comment il a été abusé par un adulte à l’adolescence, dans son autobiographie Il m’aimait (2004), p. 63)

 

C’est la raison pour laquelle, concernant l’amour homosexuel de l’enfance, on constate que le « pas du tout » succède très vite au « passionnément » (cf. je vous renvoie au code « Petits Morveux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « La jeunesse de Proust se caractérise par un immense sentiment de bonheur. […] Mais à un moment donné de son existence, il comprit que le bonheur n’était pas pour lui, et il y a renoncé. » (cf. l’article « La Douleur pour destin » de Pietro Citati, dans le Magazine littéraire, n°350, janvier 1997, p. 24) Pour ma part, je sais que j’ai vécu une enfance très heureuse, mais aussi que mon cauchemar a commencé dès l’entrée en collège, à l’adolescence, donc à partir du moment où les camps garçons/filles se sont mieux dessinés, où la société m’a demandé de sortir de l’enfance…

 

Dans la communauté homo, la vénération toute récente de la jeunesse, des joies de la paternité, même si elle doit bien sûr être considérée, respectée, et entendue comme un besoin sincère et légitime de laisser une trace vivante et durable sur cette Terre, me semble être aussi un moyen de faire diversion sur les réels problèmes à l’intérieur des couples homosexuels. Au-delà des intentions, elle traduit des drames personnels vécus par chacun des deux partenaires (surtout dans l’enfance), et aussi un refus de s’ancrer dans le Réel, dans son corps sexué, dans la réalité de la famille naturelle, dans sa responsabilité et sa liberté d’adulte. Comme le dit si justement Pascal Bruckner dans son essai La Tentation de l’innocence (1995), « le bébé devient l’avenir de l’homme quand l’homme ne veut plus répondre ni du monde ni de soi. » (p. 100)

 
ÉTERNELLE tétine
 
 

(Je rappelle pour finir que ce code fonctionne en doublon avec le code « Parodies de Mômes » dans ce même Dictionnaire.)

 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°62 – Extase (sous-code : Frontière)

extase

Extase

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Extase : un « renoncement à soi » à doubles tranchants…

 

Extase vient du grec qui signifie « transport ». Il peut se définir comme : 1) un ravissement d’esprit qui, par une contemplation intense, transporte un être hors de la vie des sens ; 2) ou bien une vive exaltation qui suspend la sensibilité et la volonté ; 3) une vive admiration, un plaisir extrême qui absorbe tout autre sentiment.

 

L’extase est un leitmotiv des fictions homosexuelles. Elle est parfois recherchée par les personnes homosexuelles réelles. Un abandon et une sortie de soi qui s’apparentent à un don, à un magnifique cadeau, à un plaisir intense, mais qui ne le deviendra pas vu qu’ils ne sont pas vécus/donnés à l’amour dans la différence des sexes (sublimé par la naissance d’un enfant par exemple) ni dans l’Église.

 

Pourtant, la perte de sa liberté dans une excessive extériorisation de soi a quelque chose de grisant uniquement dans l’univers du fantasme imaginaire, des lettres, de l’instant (de consommation de drogues), du « politiquement incorrect » (« Mon corps m’appartient… ET je cherche à m’affranchir de mon esclavage corporel » disent dans un même mouvement les féministes lesbiennes qui haïssent la femme). En réalité, ce louvoiement extatique avec les limites imposées par notre condition humaine, s’il n’est pas connecté à notre Dieu (incarné en l’Église et en la différence des sexes aimante), entraîne paradoxalement vers un repliement sur soi, une schizophrénie, une perte de liberté, une tentative de suicide, un démarche de soumission à ses pulsions et à un amant qui nous domine, un sadomasochisme, une idolâtrie, un enchaînement à son imaginaire narcissique.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Miroir », « Substitut d’identité », « Icare », « Fusion », « Planeur », « Femme au balcon », « Ennemi de la Nature », « Voyage », « « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » », « Adeptes des pratiques SM », « « Plus que naturel » », « Mort », « Se prendre pour Dieu », « « Je suis différent ! » », « Voyeur vu », et « Espion homo », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) La sortie du corps par le fantasme de l’« Être-pour-les-autres » et de la transgression des frontières :

Pochette de l'album "Malice Of Agony & Ecstasy" du groupe Ennui Breathes

Pochette de l’album « Malice » du groupe Agony & Ecstasy


 

Dans les fictions homo-érotiques, il est souvent question de l’extase et du désir de quitter son corps humain : cf. le film « Les Corps ouverts » (1998) de Sébastien Lifshitz, le roman Beatriz Y Los Cuerpos Celestes (Beatriz et les Corps célestes, 2005) de Lucía Etxebarria, le roman Mon corps et moi (1925) de René Crevel, les romans Chroniques des quais (2005) et Au bord du gouffre (2004) de David Wojnarowicz, le roman Mi Alma Era Cautiva d’Antonio de Hoyos, la pièce Transes… sexuelles (2007) de Rina Novi, la pochette de l’album « Sleeping With Ghosts » du groupe Placebo, la chanson « Outside » de George Michael, le poème « El Éxtasis » dans le recueil Vivir Sin Estar Viviendo (1944-1949) de Luis Cernuda, le roman Extase (1892) de Louis Couperus, le roman L’Extase (1909) de Jacques Adelsward, le film « L’Extase et l’agonie » (1964) de Carol Reed, la chanson « Sextonik » de Mylène Farmer, le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure (avec la poésie lue), le film « Elle tuait en extase » (1970) de Jess Franco, la sculpture Extase de Roger Vène, le roman Oppiano Licario (1977) de José Lezama Lima, la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne, la chanson « Diamonds » de Rihanna (« vision of ecstasy »), la chanson « Orgasmique » de Monis, le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, le film « Out Film » (2011) de François Emmanuel Charles, le film « Couple(s) au bord de l’extase : Peace, Love, et plus si affinités » (2012) de David Wain, le films « Bondage Ecstasy » (« Ecstasy Game », 1989) d’Hisayasu Sato, le film « Knives Out » (2019) de Rian Johnson, etc. Par exemple, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, la camionnette LGBT porte une énorme inscription qui est bien signifiante « OUT LOUD : Theater Group ».

 

Pochette de l'album "Sleeping With Ghosts" du groupe Placebo

Pochette de l’album « Sleeping With Ghosts » du groupe Placebo


 

Les héros homosexuels cherchent à transgresser les quatre piliers du Réel que sont la différence des sexes, la différence des générations, la différence des espaces et la différence entre Créateur et créatures. C’est pour cette raison que leur rapport aux frontières est idolâtre : « Hier encore, nous étions trois à la frontière. » (la toute première de la voix-off dans le film « Partisane » (2012) de Jule Japher Chiari) ; « De quel côté du monde la frontière vous rassure ? » (cf. la dernière phrase dans le one-woman-show d’Océane Rose Marie, La Lesbienne invisible, 2009) ; « Tu as brisé plus de barrières que n’importe qui. » (Virginia Woolf s’adressant à son amante Vita Sackville-West juste après qu’elle l’a fait jouir au lit, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc. Ils sont fascinés autant qu’horripiler par elles : cf. le roman Borderline (1930) de Kenneth McPherson, le roman On The Frontier (1938) de Wystan Hugh Auden, le roman Reivindicación Del Conde Don Julián (1970) de Juan Goytisolo, la chanson « Borderline » de Madonna, la chanson « Je te rends mon amour » de Mylène Farmer, la nouvelle « El Marqués De Sebregondi Llega Y Retrocede » (1988) d’Osvaldo Lamborghini, le roman Borderlands/La Frontera : The New Mestiza (1987) de Gloria Anzaldúa, le roman El Lugar sin Límites (1966) de José Donoso, le film « Le Marginal » (1983) de Jacques Deray, le film « Frontière chinoise » (1965) de John Ford, le film « Ce Lieu sans limite » (1977) de Arturo Ripstein, le film « Varuh Meje » (« Garde Frontière », 2001) de Maja Weiss, le film « Peau neuve » (1998) d’Émilie Deleuze, le film « Segunda Piel » (1999) de Gerardo Verda, le roman Piiririik (Pays frontière, 1993) d’Emil Tode, le film « Hors les murs » (2012) de David Lambert, le film « Fronteras » (2016) de Mikel Rueda (avec Rafa et Ibrahim l’immigré), etc. Par exemple, dans le film « Ander » (2009) de Roberto Castón, le prénom du héros homo de l’histoire, Ander, signifie « ailleurs » en allemand. Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, Rachel, l’héroïne lesbienne, mariée de force à Heck, commence à s’homosexualiser en louvoyant avec les frontières : le balcon (« Heck panique dès que je m’approche du bord. »), les sentiments (« Est-ce que tu as déjà franchi la ligne ? » demande-t-elle à Luce, sa future amante).

 

EXTASE Juventud

 

L’extase, facilitée par l’orgasme érotique, l’émotion visuelle « artistique », la tendresse et l’absorption de drogues, ça a l’air « fun » comme ça, dans l’instant. Ça « transporte ». « On se tire à l’étranger. » (le couple lesbien Shirin/Atefeh dans le film « Circumstance », « En secret » (2011) de Maryam Keshavarz) ; « On va rester en extase toute notre vie. » (Burger dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; etc. La sortie de sa sphère de conscience produit les effets euphorisants de la cocaïne : « L’extase est sacrée. » (cf. le poème « Howl » (1956) d’Allen Ginsberg) ; « Sublimé, magnifié, déifié, dédoublé, multiplié, détaché de ton corps qui n’était qu’un décor te voilà prêt à survivre aux hommes et à la mode. » (cf. la chanson « Silverscreen » du Teenager dans la comédie musicale La Légende de Jimmy) ; « Comme si j’étais quelqu’un d’autre et que j’observais tout ce que je faisais. » (Franz, le héros homosexuel dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Je me sens si différent. Comme si avant, j’avais un corps mais j’étais pas dedans. » (Didier, le héros qui croyait être hétéro, après avoir vécu son expérience homo, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Nous avons dû passer des heures à nous caresser. J’avais la sensation de vivre hors de mon corps, et hors du temps. » (Anamika, l’héroïne lesbienne racontant sa liaison avec Linde, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 30) ; « J’me sens tellement extérieur. Comme ces gens qui quittent leur corps. » (Martin dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « J’ai besoin de m’extérioriser. » (Jean-Paul dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor) ; « Mais l’extase aussi, c’est lumineux. » (Mario dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Monbardo) ; « J’adore toutes les expériences. Surtout les sorties de corps. » (Érik Satie dans la pièce Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou) ; « Je vais me transférer moi-même. » (le père Adam, homosexuel, dans le film « W imie… », « Aime… et fais ce que tu veux » (2014) de Malgorzata Szumowska) ; « Le corps extase, envie, mon corps genre, sexe, orgasme, comme un médium de plaisir, le terrain des amours et des haines, de soi et des autres, le terrain de l’autre. Le corps autre. » (la voix narrative de la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier) ; « Dans sa chambre, isolés du monde, j’étais revenu tellement de fois, avec enthousiasme, extase, sur ce pont, sur ce mystère. » (Omar en parlant de la chambre de son amant Khalid, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 170) ; « J’étais en extase devant toi. Tout ce que tu disais, tes regards malicieux, tes sourires moqueurs, tes mimiques… tout me fascinait ! » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 81) ; « L’extase a toujours lieu, toujours, ça n’est jamais arrivé que mon âme ne s’envole pas pendant que mon corps s’imprimait dans le faux cuir, mais chaque fois j’ai peur de ne rien ressentir, d’arriver à ce point de saturation où une seule écoute gâchera à tout jamais le plaisir que je trouve à écouter cette scène presque chaque jour depuis si longtemps. […] Je connais deux ou trois minutes de pure extase. Le miracle a encore eu lieu, merci monsieur Puccini. » (le narrateur homosexuel parlant de l’opéra La Bohème de Puccini dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, pp. 17-19) ; « Écrire ‘Orlando’ m’a procuré la plus grande extase que j’aie jamais connue. » (Virginia Woolf, l’écrivaine lesbienne parlant de son autobiographie, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Joachim, l’artiste bobo bisexuel, vante l’amour lesbien et soutient que l’extase orgasmique ne pourrait être véritablement atteint que par les femme : « Je suis persuadé que l’orgasme féminin est mystique. » Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, l’injonction « Dehors ! » est la formule magico-thérapeutique pour faire partir l’ennemi ou la moindre contrariété.

 
 

b) Une extériorisation dramatique :

Quand le désir s'emballe et se neutralise...

Quand le désir s’emballe et se neutralise…


 

Les contrecoups ou les moteurs de cette recherche d’un paradis hors de soi sont beaucoup moins poétiques : haine de soi et du monde, déception, dépression, réveil douloureux, schizophrénie, expérience du choc de ses limites par la souffrance ou la mort : « En prenant le plaisir que je voulais avec ma cousine, je fus envahie d’une extase aussi soudaine qu’étrange. […] C’est bien le curieux de la nature humaine qui porte souvent plus d’intérêt à la conquête qu’à ce qui pourtant déjà existe, si beau, dans sa maison. »  (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 65-70) ; « Comme je chéris ces larmes, bien plus douces, sachez-le, que celles de l’extase ! » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 178) ; « Plus de centre, tout m’est égal… Je vis hors de moi et je pars… » (cf. la chanson « Comme j’ai mal » de Mylène Farmer) ; « Sans logique, je me quitte, aussi bien satanique qu’angélique. » (cf. la chanson « Sans logique » de Mylène Farmer) ; « Où suis-je ? Où ? C’est chez moi ici ? C’est bien chez moi, voici mon corps à côté de celui de mon chien. » (« L. », le narrateur transgenre M to F, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Ah ! n’être plus moi-même, murmura-t-il, cesser d’être moi-même pendant une heure ! » (Fabien dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 49) ; « Je voudrais être opium, me ferai narguilé, particule d’hélium, partir toute en fumée. » (cf. la chanson « Serais-tu là ? » de Mylène Farmer) ; « Fragile abîme, pâle horizon » (cf. la chanson « Réveiller le monde » de Mylène Farmer) ; « Voici la vie de pédé ! Étranglé et presque noyé pour mille misérables francs quand je ne faisais que chercher l’extase de l’aventure ! » (Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « C’est un peu ça. Des fois, j’ai l’impression d’être un étranger dans ce corps. Je ne sais pas si c’est le mot qui va bien. C’est plus l’impression de désaccord, de perte de contrôle, avec des envies, des pulsions et des idées que je préférerais ne pas avoir, dans lesquelles je ne me reconnais pas, qui me mettent mal à l’aise… Tu comprends ? » (Kévin parlant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 374) ; « Dalida est une fuite en avant vers nulle part. » (l’actrice jouant Dalida dans le spectacle musical Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini) ; « Je n’ai jamais été à ma place. » (Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; « Je suis un enfant hors de chez lui. Mon corps est un étranger. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; « On m’arrêtera à la frontière. » (Tareq, le héros homosexuel syrien, dans le film « A Moment in the Reeds », « Entre les roseaux » (2019) de Mikko Makela) ; etc.

 

Il n’est jamais bon de se fuir et de prétendre retrouver un « plus que soi-même » loin de soi, loin de ses frontières (corporelles, humaines, spirituelles) de créature divine !

 

Par exemple, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar, dans la forêt, propose à son amant Khalid de s’échanger les identités avant de l’assassiner : « On sort de soi. » (p. 138) Dans la performance Nous souviendrons-nous (2015) de Cédric Leproust, le narrateur adulte, qui vit pourtant hors de sa sphère de conscience, joue à être un fœtus qui n’est pas encore sorti du ventre de sa mère, et parle de lui à la troisième personne : « Je suis pourtant dedans. Je vais le raconter par dedans. »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La sortie du corps par le fantasme de l’« Être-pour-les-autres » et de la transgression des frontières :

Le rejet de la Réalité chez la majorité des personnes homosexuelles commence par le désir d’échapper à son corps mortel. Cela serait rendu possible grâce à l’extase, c’est-à-dire la sortie de soi, la séparation de la corporalité naturelle et de l’âme , l’expérience impersonnelle de l’absence qui n’est pas la vraie mort – puisque la mort est toujours irréductiblement personnelle – mais une fuite de sa sphère de conscience. Énormément d’auteurs homosexuels s’inspirent de l’extase : cf. le docu-fiction « N’importe où hors du monde » (2012) de François Zabaleta, la maison éditoriale de films gays Out Play, le magazine homosexuel Out, le festival Cinémarges à Bordeaux, etc. (par exemple, Zo d’Axa est le fondateur de la revue L’En-Dehors en 1891). Ils parlent de la nécessité de « s’affranchir de l’esclavage corporel » (cf. l’article « Procréation Médicalement Assistée » de Marcela Iacub, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 380) : « Ma peau me dérange, il faudrait l’arracher ! » (Karin Bernfeld, Apologie de la passivité (1999), p. 21)

 

L’extase est entendue comme « un désir de ne plus être, un désir de rupture avec l’identité » (Néstor Perlongher, « Poesía Y Éxtasis » (1990), dans le recueil d’articles Prosa Plebeya (1997), p. 150). Néstor Perlongher, le poète homosexuel argentin, définit « l’éclair de l’extase » comme « un instant de fusion, de sortie de soi » (idem, p. 20) : « Rien n’est plus réel que l’extase. » (Néstor Perlongher, « La Religión De La Ayahuasca » (1992), idem, p. 164)

 

Symboliquement, l’extase est souvent illustrée par la traversée d’un miroir. Grâce à elle, le marginal homosexuel passerait d’une rive à l’autre (« Il se trouve de l’autre côté. Le dos tourné. Il est les autres » nous dit Néstor Perlongher dans son article « Poesía Y Éxtasis » (1990), et procurerait à l’individu qui s’y identifie la satisfaction de « se sentir Dieu » (p. 153). Par exemple, Walt Whitman aime à se définir comme un « poète cosmique ».

 

Néstor Perlongher

Néstor Perlongher


 

Les individus homosexuels pratiquants cherchent à transgresser les quatre piliers du Réel que sont la différence des sexes, la différence des générations, la différence des espaces et la différence entre Créateur et créatures. C’est pour cette raison que leur rapport aux frontières est idolâtre : ils sont fascinés autant qu’horripiler par elles : « Le passage des frontières et cette émotion qu’il me cause devaient me permettre d’appréhender directement l’essence de la nation où j’entrais. » (Jean Genet, Journal du voleur (1949), p. 54) ; « Au début des années 1970, les frontières sexuelles s’estompent. » (la voix-off dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Je me regarde dans cet appartement, comme si j’étais ailleurs. Ailleurs ! J’ai toujours vécu en quelque sorte ailleurs, pays que connaissent tous ceux pour qui c’est l’appel d’un monde au-delà des apparences. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, 13 juin 1981, p. 40) ; etc. Par exemple, Néstor Perlongher revendique sa « passion pour les limites » et son irrésistible besoin de « se pencher au bord des abîmes » (Néstor Perlongher, Prosa Plebeya (1997), pp. 20-21). Il définit l’action du marginal homosexuel comme un « travail frontalier » (idem, p. 16).

 

A l’heure actuelle, le discours queer de l’idéologie du Gender utilise abondamment le lexique de la « frontière » à dépasser, à déconstruire, à travestir, à transcender, et en réalité à détruire. « La meilleure position sera alors peut-être celle que préconise Michel Foucault : ‘On doit échapper à l’alternative du dehors et du dehors, il faut être aux frontières.’ Aux frontières ? Oui, mais pour les abolir. » (Louis-Georges Tin, Homosexualités : Expression/Répression (2000), p. 16) ; « Tout l’enjeu de ce film est de savoir s’il faut ou non dépasser les frontières, tant bien géographiques que psychologiques. » (cf. le commentaire queer indigent du film « La Robe de mariée » (2009) de Viktoria Dzurenkova, dans la plaquette du 16e Festival Chéries/Chéris du Forum des Images, du 12 au 21 novembre 2010) ; etc. Selon Didier Roth-Bettoni, par exemple, l’amour homosexuel « transgresse toutes les barrières des genres » (Didier Roth-Bettoni, L’Homosexualité au cinéma (2007), p. 549). Ça ne veut rien dire, mais ça fait joli, combatif, élancé. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la narratrice transgenre F to M se propose de « passer d’un camp à l’autre ».

 

Comment l’extase se traduit dans le vécu des personnes homosexuelles ? En clair, le coming out (littéralement « sortie du placard » = révélation de son homosexualité) renvoie à l’euphorie éphémère/excitante de l’extase identitaire (une extase matinée d’orgueil d’avoir l’impression d’être un facteur de déstabilisation politique). « Moi, je suis une artiste brute. J’ai besoin d’aller jusqu’au bout de moi-même. » (David Forgit, le travesti M to F, dans son one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show, 2013) ; « Tu as encore ton extase ? » (Ernestito s’adressant à Alfredo Arias, dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 229) ; « Ma vie est sur le bas-côtés. Je suis habitué à ce ton gris. Ça ne me gêne pas, c’est les autres que ça gêne. » (Florian dans l’autobiographie Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006) de Pascal Sevran, p. 86) ; « Un homosexuel est un être aérien, sans attaches, sans lieu fixe qui lui soit propre […]. Nous sommes toujours suspendus en l’air, aux aguets. Notre condition aérienne est parfaite et c’est très bien que l’on nous ait affublés de noms d’oiseaux. Nous sommes des oiseaux parce que nous sommes toujours en l’air, un air qui n’est pas non plus à nous – rien n’est à nous, d’ailleurs – mais au moins il est sans frontières. » (Reinaldo Arenas, El Color Del Verano (1991), p. 480) ; etc.

 

D’ailleurs, l’homosexualité étant une sexualité plus extatique et anti-biologique, il est logique qu’elle concerne davantage les hommes : « Le sexe du garçon est très apparent, il est extérieur à lui-même et on le voit. Le sexe de la femme n’est pas très apparent, il est surtout intérieur à elle-même, et on n’en voit que l’entrée. […] Le mot ‘éjaculation’ veut dire lancer avec force, ‘lancer comme une flèche’. L’éjaculation procure un plaisir intense à l’homme, et à sa femme aussi s’il a su l’attendre. » (Inès Pélissié du Rausas, S’il te plaît, Maman, parle-moi de l’amour (2013), pp. 22-23)

 

Sur le terrain amoureux et de la pratique homosexuelle/homo-sensuelle, l’extase est rêvée comme une délectation de la luxure, des plaisirs interdits socialement, de la perversion (dans le sens de « non-contrôle des pulsions »), une jouissance de la transgression, un hommage à la sexualité spirituelle (cf. les liens entre homosexualité et tantrisme) : « Moi, l’homme du dehors, l’amoureux de la nature » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 69) ; « J’ai accueilli son sperme tiède dans ma bouche avec extase, comme une hostie. » (idem, p. 96) ; « Abdellah, mon ami, mon copain, qui se transformait pour moi en un corps qui n’existait que par et pour l’extase. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 12) ; « C’est très important et très rassurant quand on pratique le sexe à plusieurs. C’est comme si on faisait abstraction de nos corps et qu’il ne restait plus que notre amour ! » (cf. le dossier Têtu sur la fidélité dans la revue Têtu, n°65, mars 2002) ; « L’extase vespérale ! » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), p. 62) ; « Nous sommes arrivés à la plage pour nudistes si bien que Marc a pu se rincer l’œil tout à son aise. Il est notamment resté un bon moment en extase devant des éphèbes qui jouaient au volley sans un fil sur le corps. » (Paula Dumont parlant de son meilleur ami gay, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 146) ; etc.

 

Mais « l’être à l’extérieur » n’est effectif que dans le monde de la représentation et des utopies. « On vous donne un corps, diffusez-le ! » (Fabrice Hybert cité dans l’article « Art » d’Élisabeth Lebovici, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 48) Le fantasme de la déterritorialisation, qui serait permise par la puissance désirante extatique, traduit une volonté de « dépassement des différences et des identités » (Roberto Echavarren, Performance, Género Y Transgénero (2000), pp. 20-24), non une reconnaissance exigeante et humble des différences, ni un ancrage dans la Réalité. « Le sens de la réalité leur échappe parce qu’ils ont fait pour ainsi dire l’économie de l’étape œdipienne et que la séparation entre Moi et non-Moi n’existe pas pour eux. Leur vision du monde est de type fusionnel. » (Philippe Muray, Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005), p. 97) ; « La générosité de Coco [homme transgenre M to F] était légendaire. Il avait fondé des foyers pour personnes en détresse : à Rome, à Paris, et maintenant ici. Son âme de mamma juive n’avait pas de frontière et le malheur des autres était une source inépuisable d’affection. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 95) ; « À la longue, cet art du subterfuge m’est devenu aussi familier qu’une seconde peau. Je passais de mon monde intérieur au monde des autres sans même m’en apercevoir. Je finissais par croire que toute ma vie se déroulerait sous le signe du faux-semblant. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 23) ; etc.

 
 

b) Une extériorisation dramatique :

Soirées clubbing gay

Soirées clubbing gay


 

Dans l’idée, l’extase se veut ouverture généreuse à l’universelle Humanité, à la transcendance divine, aux rêves humanistes de communion fraternelle, au « Cosmos », au dépassement de soi sublimant le sacrifice d’amour. On serait tous des anges qui feraient l’amour ensemble, chastement et libertinement ! En réalité, cette extériorisation est majoritairement schizoïde et narcissique, jusque-boutiste, comme en témoigne le cri de Narcisse dans les Métamorphoses d’Ovide : « Pourvu que je puisse me détacher de mon corps ! » L’extase renvoie à la mort, plus psychique que réelle, et à la victoire supposée de l’individu sur celle-ci : cf. le documentaire « Frida Kahlo, entre l’extase et la douleur » (2002) d’Ana Vivas

 

Beaucoup de personnes homosexuelles n’apprécient pas d’entendre que leur désir puisse être narcissique parce que dans le langage courant, narcissisme égale égoïsme. Or le narcissisme ne signifie pas seulement l’amour excessif de soi, mais plus radicalement la division du Moi avec lui-même, un désir de disparition, tout autant que la perte dans le moi : Narcisse sombre dans son image (… en séries) et bute sur ses limites. « Nul centre, mais toujours des décentrements, des séries. » (Michel Foucault, Dits et Écrits I (2001), p. 944)

 

L’extase exige la fusion destructrice et la rupture radicale avec soi-même, la substitution ou la superposition aux autres. La perdition dans la consommation mutuelle. La chute et la mort, en gros : cf. l’essai Algérie, l’extase et le sang (2002) de Michel del Castillo. « Mon extase dura plus d’une demi-heure. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 170) ; « C’est que vous étiez au-dedans de moi, et, moi, j’étais en dehors de moi ! Et c’est là que je vous cherchais ; ma laideur se jetait sur tout ce que vous avez fait de beau. Vous étiez avec moi et je n’étais pas avec vous. » (Saint Augustin, Les Confessions, IVe siècle, pp. 231-232) ; « Je flairais un brin d’allégresse, lorsque la sensation de ses doigts pour me pousser à danser contre lui pénétrait sur ma chair, créant une vive douleur. Cependant, je désirais cette souffrance pour reprendre conscience de mon corps, comme emporté loin de moi par la vague de plaisir. […] Ruisselant de sueur, il me mordillait les fesses en cherchant à introduire d’une manière décidée, son majeur dans mon orifice anal. La douleur me pinçait. En dépit du retrait que désirait ma conscience, mon corps finit sa course, prisonnier comme ces vers de terre au bout d’un hameçon. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), pp. 66-68) ; « Un soir, un peu plus calme que d’habitude, par une douce fraîcheur d’hiver, une envie, une folie peut-être, je me transportais hors de chez moi. J’avais comme le sentiment qu’il me fallait à tout prix remuer mon corps, complètement excité, dans une des boîtes de nuit de Paris. » (idem, p. 131) ; « C’est ça, la mort. La vraie mort. La mort directe, consciemment. […] Se détacher de son corps, du monde, en vitesse, dans l’effarement. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 94) ; etc.

 

On comprend aisément pourquoi certaines personnes homosexuelles ou icônes gays montrent dans leurs clips qu’elles partent en fumée ou en poussière (cf. les chansons « Remember the Time » et « Ghosts » de Michael Jackson, « Fuck Them All » et « Serais-tu là ? » de Mylène Farmer, « Frozen » de Madonna, etc.).

 

Vidéo-clip de la chanson "Frozen" de Madonna

Vidéo-clip de la chanson « Frozen » de Madonna


 

La pratique homosexuelle est liée à un contexte d’effacement des limites, de crise identitaire et d’effondrement social : « Quand quelqu’un va s’attaquer à l’homosexualité sous l’Occupation, on va bien rigoler ! J’ai commencé à travailler sur l’homosexualité à Ravensbrück… Je peux vous dire… C’est une époque où il n’y a plus de frontières. Tout est décuplé. » (Marie-Jo Bonnet, en pleine conférence « Violette Morris, histoire d’une scandaleuse », le 10 octobre 2011, au Centre LGBT de Paris)

 

Et soit dit en passant, la violence du coming out (= caricature de soi-même par la réduction identitaire à ses pulsions sexuelles) et du outing (= révélation forcée d’une homosexualité) illustre bien les liens de coïncidence entre extase homosexuelle et viol.

 

Je vous renvoie, en lien avec ce code sur l’extase, au code « Adeptes des pratiques SM » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, et notamment toute la partie dédiée à saint Sébastien.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°63 – Fan de feuilletons (sous-code : Kitsch)

fan de feuil

Fan de feuilletons

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

Kitsch, Camp & Gay

 

Comme j’en avais ras-le-bol de voir toujours la même conclusion à la fin des très nombreux articles qui se proposent de décrire le phénomène de la visibilité homosexuelle dans les sitcoms (« Les séries sont des reflets significatifs de cette nouvelle évolution des mentalités et de nos sociétés ; l’apparition de héros gays montre une ouverture d’esprit et un changement de moeurs… » : reflets de quoi ? on n’a jamais la réponse, mis à part la guimauve ; on n’a droit à aucune interprétation après la citation des exemples), je me suis décidé à écrire cet article à propos des liens étroits entre homosexualité-séries télé-kitsch-totalitarisme.

 

 

Pour dire une sexualité insatisfaisante et un rapport au monde décorporalisé, beaucoup de personnes homosexuelles se réfugient dans le monde télévisuel des séries (telenovelas, séries B, sitcoms nord-américaines, soap opéras tels que les Feux de l’Amour, etc.) et élaborent une esthétique du mauvais goût appelée « kitsch ». Le kitsch procède de ce que j’appellerai un « baroque narcissique ». Bon nombre d’artistes homosexuels actuels ont tendance à se revendiquer du baroque pour conspuer le classicisme qu’ils jugent « mauvais » et d’arrière-garde. Ils s’éloignent à mon avis du vrai baroque, le « baroque humaniste », celui du métissage universel, prôné par un le romancier cubain Alejo Carpentier. Le baroque humaniste, contrairement au baroque narcissique, n’est pas un courant artistique créé pour s’opposer au classicisme et instaurer une élite néo-baroque, mais bien une maison universelle censée abriter aussi les soi-disant auteurs « classiques » : « Le baroque doit se voir comme une constante humaine. » (Alejo Carpentier, Razón De Ser (1980), pp. 38-65)

 

Conchita Wurst (transgenre M to F), le bon exemple du Camp, c’est-à-dire du kitsch rose qui se venge de sa propre naïveté en s’auto-détruisant, en se salissant, et en restaurant sa naïveté

Conchita Wurst (transgenre barbu M to F), le bon exemple du Camp, c’est-à-dire du kitsch rose qui se venge de sa propre naïveté en s’auto-détruisant, en se salissant, et en restaurant sa naïveté/médiocrité


 

Le kitsch fait partie du baroque narcissique étant donné qu’il mêle l’amour du beau et de la merde, de la démocratie et du totalitarisme. Tous les régimes politiques, religieux, artistiques, qui jadis se sont caractérisés par leur volonté de détruire l’Homme et sa liberté, en sont les plus gros producteurs. Comme le souligne José Amícola, « le kitsch relie tous les éléments les plus réactionnaires sous une forme artistique » (José Amícola, Manuel Puig Y La Tela De Araña Que Atrapa Al Lector (1992), p. 127)

 

Nos sociétés post-modernes attribuent à cet art « tape-à-l’œil » ou « pacotille » une légèreté qu’il n’a pourtant pas, puisque le kitsch est l’attrait pour le maquillage des systèmes despotiques. S’appuyant généralement sur le folklore et le divertissement bon marché pour amortir sa réelle violence, il est le vernis esthétique appliqué par les dictatures quand celles-ci cherchent à occulter l’absence totale de culture. Milan Kundera lui a probablement donné la meilleure définition qui soit : « Le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde. […] Il est un paravent qui dissimule la mort. » (Milan Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être (1984), pp. 357-367. Voir également la partie « paravent » du code « Maquillage » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels). Les défenseurs du kitsch se proposent de sauver ce qui est destiné à la poubelle, à la fois pour dire que tout est artistique et que rien ne l’est si l’élite bourgeoise qui définit le bon du mauvais goût ne décide pas d’y investir son argent et son idéal de vie.

 

La différence entre le kitsch et l’art de qualité a l’air très mince. Sur la photo instantanée, ils semblent quasiment identiques. C’est sur la durée que le kitsch jaunit, car il privilégie l’image (autrement dit l’intention) à la Réalité. Le kitsch surgit de ce qui est humain et du regard amer que portent les Hommes sur leurs propres actes (pensez aux réactions que nous pouvons parfois avoir face aux photos de mariés exposées dans les magasins des photographes, condamnées au kitsch ou sauvées de lui selon notre clémence et notre paix intérieure). Tout est kitsch. On pourrait même dire qu’il y a du « kitsch presque objectif », celui qui touche à la naïveté, à l’innocence touchante, à la bonté : il suscitera parfois le même rejet que les « bons sentiments ». Mais une chose devient « plus kitsch que les autres » quand l’Homme rentre à l’excès dans le paraître, le narcissisme, ou la jalousie.

 

Le kitsch est étroitement lié à la haine de la contrefaçon matérialiste, exprimée paradoxalement par un surinvestissement dans le paraître. En ce sens, « les filles et les garçons sans contrefaçon », autrement dit les personnes homosexuelles, méritent tout à fait leur titre d’« enfants du kitsch ». Ce n’est pas sans raison que Severo Sarduy allie homosexualité et kitsch quand il qualifie le mouvement artistique néo-baroque de « kitsch, camp et gay ». On retrouve le kitsch dans la naïveté paradisiaque des photos-peintures de Pierre et Gilles, dans l’accoutrement outrancier de Marianne James en cantatrice allemande, chez les artistes du Pop Art, dans les décors psychédéliques de Pedro Almodóvar, dans le dépouillement grunge et misanthrope du bobo underground, dans les « mises en scène-masturbation-intellectuelle » de Marcial Di Fonzo Bo, ou bien encore dans l’esthétique de Jean-Paul Gaultier. Les personnes homosexuelles sont souvent des grands amateurs de cet épate-bourgeois facile qu’est le kitsch. Arthur Rimbaud, par exemple, avoue sa passion pour les « peintures idiotes » et les « refrains niais » ; Paul Verlaine revendique les « images d’un sou » et les bibelots d’une culture de masse en désuétude (cf. l’article « Sentes buissonnières » de Daniel Grojnowski, dans le Magazine littéraire, n°321, mai 1994, p. 45). Beaucoup de sujets homosexuels se désignent eux-mêmes comme des consommateurs incultes, des « enfants gâtés du capitalisme » (Frédéric Martel, Le Rose et le Noir (1996), p. 114), des « dandys déliquescents » (Jérôme Dahan dans la revue Platine, n°11, avril/mai 1994, p. 13) assumant avec fierté des goûts minables qui n’iraient pas avec leur rang. Leurs personnages (et parfois eux-mêmes) regardent les mauvais feuilletons de début d’après-midi pour mamies-gâteau, adulent les chanteurs-paillettes, et se montrent assez peu cultivés derrière leurs faux airs de premiers de la classe. Leurs goûts oscillent entre les extrêmes : elles peuvent aimer à la fois la mauvaise variet’ musicale et l’opéra classique, se forcer à consommer ce qui leur est présenté comme « de qualité » ou de se laisser aller à apprécier de la merde commerciale. Dans les deux cas, c’est souvent le paraître qui l’emporte sur le goût. Le kitsch attire l’œil et lui seulement, alors que l’art se prétend plus cérébral et veut aussi parler davantage au cœur.

 

Incroyable mais pourtant vrai : ce qui plaît à beaucoup de personnes homosexuelles dans la culture camelote, c’est (excusez l’expression) qu’on les prend pour des connes. Elles se rendent compte de l’hypocrisie sadique et souriante des media ou du monde bourgeois, mais elles aiment ce culot-là. Il les fascine et les attire : on ose « se foutre de la gueule » de personnes aussi intelligentes et importantes qu’elles, apparemment en toute innocence, dans l’indifférence générale… et elles trouvent cela scotchant ! Elles développent une réelle passion pour la nullité, pour la bêtise télévisuelle, mais pas n’importe laquelle : la bêtise très sincère, qui se prend au sérieux, qui n’a pas conscience d’elle-même, qui est énoncée par la bimbo blonde ou la bourgeoise ultra-sophistiquée qui souhaitent réellement le bonheur de l’Humanité tout entière (et des bébés phoques !). Qui, je vous le demande, a bien pu favoriser le surprenant come-back de Chantal Goya dans les années 1990 ? Qui attaque et défend encore les stars oubliées, si ce n’est la communauté homosexuelle ? Il s’agit de renverser certaines valeurs en remettant à la mode ce qui a été effacé. Ce n’est pas compliqué : à partir du moment où en apparence et à l’image on leur veut du bien, les personnes homosexuelles adorent qu’on les berce d’hypocrisie, qu’on leur fasse avaler des couleuvres qu’elles engloutissent volontairement pour montrer à l’infantilisation qui elle est, qu’on les traite comme des débiles ou des gamins qu’elles ne sont plus. Car elles prennent un malin plaisir à contenter ceux qu’elles détestent, en pensant se venger d’eux en leur obéissant exagérément.

 

Certes, elles adorent qu’on les prenne pour des connes, mais attention : elles seules se donnent le droit de l’avouer. En règle générale, elles gardent le secret sur leur passion. La dévoiler reviendrait à montrer au grand jour leur goût secret pour la soumission et l’infantilisation, et donc leur retirerait tout le prestige d’avoir été les seules à avoir su déceler le « second degré » du totalitarisme, ou le « bon goût du mauvais goût ».

 

Ne nous trompons pas. Le kitsch homosexuel n’est pas uniquement réductible au folklore Gay Pride, ni même à la surcharge que nous observons dans l’appartement d’un Renato de « Cage aux folles » : il peut être au contraire assez minimaliste et dépouillé. C’est alors l’excès de dépouillement qui évoque le charme ronflant du kitsch. Le rapport de distance des personnes homosexuelles avec le kitsch oscille entre proximité et rupture absolues. En général, elles aiment que leurs goûts de daube ne soient pas pris totalement au sérieux, que leur fausse distance par rapport à leur attrait pour la merde et le totalitarisme culturel soit tenue secrète. Elles vont alors se construire un écran ironique à leur passion du kitsch, appelé « camp ».

 

Ce courant « artistique » découle naturellement du rose du kitsch : il n’est que sa face cachée, noire et agressive. On compte beaucoup de représentants du camp parmi les personnes homosexuelles. Ceux-ci rêveraient que la frontière entre le kitsch et le camp soit infinie. En réalité, elle est dérisoire : ce sont encore une fois les deux marionnettes d’une même conscience qui simulent le duel, car finalement, le kitsch et le camp se rejoignent totalement dans les extrêmes, dans l’inversion.

 

Le soap opéra est particulièrement propice au détournement camp


 

La distinction entre eux serait d’abord chronologique : le camp est historiquement un néo-kitsch apparu dans les années 1960. Par ailleurs, le kitsch et le camp divergeraient quant à l’intention : le camp constituerait une forme de kitsch consciemment produit (contrairement au kitsch qui serait « naïf », « populaire », « bête », « commercial »), un « kitsch second degré », ou plus radicalement un « anti-kitsch ». La différence se ferait aussi dans la thématique : le camp se vengerait du kitsch par un goût de la laideur davantage marqué (pornographie, scatologie, films d’épouvante, drogues, apolitisme ou militantisme anti-« système », nihilisme seventies, etc.), un irrespect systématique pour tout ce qui est commun, un rejet de la naïveté, un humour beaucoup plus trash et décalé, ou une totale « neutralité ». En ce sens, un homme tel que Frédéric Sanchez, qui s’habille « classique », en noir, pour ne pas rentrer dans les « clichés homos », qui affirme haut et fort que « ni Sheila ni Dalida ne donneront de la voix dans son mange-disque », qu’« il déteste le kitsch » et qu’il est un « anti-DJay » (cf. l’article « Frédéric Sanchez, Illustrateur sonore », sur le site Ellico, consulté en juin 2005), est le prototype de l’Homme camp, donc kitsch, car l’anti-kitsch est aussi une attitude kitsch. « L’essence du Camp, c’est ça, non ? Ridiculiser, essayer de détruire quelque chose qu’on aime, pour démontrer que c’est indestructible » fait remarquer à juste raison Emir Rodríguez Monegal (cf. l’article « El Folletín Rescatado, Entrevista A Manuel Puig » (1972) de Emir Rodríguez Monegal, dans Revista De La Universidad De México, vol. XXVII, n°2, octobre 1975, pp. 25-35). Rien n’est totalement kitsch en soi, et tout est fatalement kitsch puisque tout ce qui est humain est kitsch. Se révolter contre l’humain, c’est être à nouveau humain. Le camp est contre lui-même et contre le kitsch, c’est-à-dire qu’il se nie et s’adore. Il gomme ses origines, fait un « kitsch du kitsch » en croyant s’en éloigner, croit qu’il ne copie pas parce que précisément il copie dans l’inversion. Voilà son paradoxe. La meilleure façon d’échapper au kitsch totalitaire, c’est finalement de ne pas le fuir à tout prix, de tolérer d’être un peu kitsch par la force des choses, non parce que nous l’aurions désiré mais à cause de notre (amour de la) condition humaine. Sinon, nous nous condamnons à y retomber sous une forme plus masquée en créant un kitsch ironiquement intentionné, totalitaire en somme.

 

Ce n’est pas par hasard que le monde intellectuel voit en général le kitsch et le camp comme des sous-genres artistiques gémellaires puisque ces derniers sont une atteinte à l’intelligence humaine alors qu’ils se prétendent justement « géniaux de subtilité (ou de nullité) », l’un par le rêve sucré, l’autre par l’horreur gore ou la pudibonderie intellectualisante. La dictature du camp est celle qui se place en grande ordonnatrice du bon et du mauvais goût. Ses promoteurs homosexuels pensent qu’ils peuvent se permettre, parce qu’ils possèdent à eux seuls la définition du bon goût, de franchir de temps en temps la frontière d’un mauvais goût qui auraient aussi la saveur d’un inédit et transcendant « bon goût » réservé à leur élite bobo. Pour eux, il y a un « mauvais ‘mauvais goût’ » et un bon « mauvais goût » (le « mauvais goût sain » comme dirait le Prétextat Tach d’Amélie Nothomb, dans Hygiène de l’Assassin) dont eux seuls connaîtraient la recette.

 

Série Once Upon A Time

Série Once Upon A Time


 

Du coup, ils ne voient pas qu’ils font de la merde à force de dire qu’ils la font. Ils se présentent comme des artistes d’avant-garde, ceux qui « sentent » le beau dans la laideur, qui trouvent, à l’image des décadents de la fin du XIXe siècle, la rédemption dans la médiocrité.

 
 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Télévore et Cinévore », « Tante-objet ou Maman-objet », « Bovarysme », « Patrons de l’audiovisuel », « Artiste raté », « Scatologie », « Tomber amoureux d’un personnage de fiction ou du leader de la classe », « Obèses anorexiques », « Fresques historiques », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Humour-poignard », « Défense du tyran », « Planeur », « Homosexualité, vérité télévisuelle ? », « Faux intellectuels », à la partie « Matérialiste et consommateur gay » du code « Collectionneur homo », à la partie « Play-back » du code « Substitut d’identité », à la partie « Mélodrame » du code « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », à la partie « Camp » du code « Haine de la beauté », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 
 

a) Absorbé par le kitsch des séries TV :

Dans les fictions homo-érotiques, le personnage homosexuel est souvent fan de sitcom débiles de la télé : cf. la pièce D’habitude j’me marie pas ! (2008) de Stéphane Hénon et Philippe Hodora, le film « Sitcom » (1998) de François Ozon, le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache, le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault, le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, la pièce Les Homos préfèrent les blondes (2007) d’Eleni Laiou et Franck Le Hen, la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick, le film « A Strange Love Affair » (1985) d’Éric De Kuyper et Paul Verstraten, la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès, le film « 50 façons de dire Fabuleux » (2005) de Stewart Main, la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd (avec Arnold Wilcox, le fan homo d’une série-fleuve Paradis des chutes), la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy (avec Sébastien), la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays (avec Ryan), la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot (avec Benji, fan de séries débiles comme Les Filles d’à côté), le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo (avec Ailín, fan de telenovelas), etc.

 

« On regardait Les Feux de l’Amour. » (Zize, le travesti M to F parlant de lui et de sa mère, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « C’est l’heure de son émission préférée du moment […]. Chloé adore regarder ce genre de programme, je pensais que ça ne serait pas du tout son genre, les trucs de starlette, mais c’est une drogue qui lui donne le sourire. » (Cécile en parlant de sa compagne Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 64) ; « Qui n’aime pas Glee et Sex & the City » (Jonathan, le héros homo de la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « On était branchées, alors on regardait toutes les séries. » (Océane Rose-Marie et son amante Nathalie, dans le one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « Je regardais Le Prince de Bel-Air, le Cosby Show. » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; etc.

 

Film "The Bubble" d'Eytan Fox

Film « The Bubble » d’Eytan Fox


 

Par exemple, dans le film « Comme un frère » (2005) de Bernard Alapetite et Cyril Legann, Sébastien change de nom et se fait appeler Zack en référence à un héros de série télé qu’il a adulé dans son adolescence (Zack de Sauvez par le gong). Dans la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, Dean est amoureux de Luc Alphin, un comédien de la série Flipper le Dauphin. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Ben, l’un des héros homos, est fan de comédies musicales, telles que Bananasplit. Dans son one-woman-show La Lesbienne invisible (2009), Océane Rose Marie dit en plaisantant qu’elle a eu le coup de cœur pour Hélène Rolles, l’héroïne de la série Hélène et les garçons. Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Sébastien appelle son petit copain « J.R. » (= Jean-René), comme le personnage de Dallas. Dans le roman Les Dix Gros Blancs (2005) d’Emmanuel Pierrat, Lord Sanguinetto a une « pratique du visionnage à haute dose de Mission impossible et autres Charly et ses Drôles de Dames » (p. 39). Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Jean-René et Sébastien sont fans de Chantal Goya et de feuilletons indigents (cf. la parodie Les Flammes de l’Amour des Feux de l’Amour). Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo et Benji regardent la série Alf, et possèdent chez eux une impressionnante DVDthèque. Dans la nouvelle « La Carapace » (2010) d’Essobal Lenoir, le héros regarde la télé avec sa grand-mère (p. 12). Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca critique sa mère en lui reprochant de « l’avoir forcé à regarder la série Santa Barbara ». Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Michèle est l’actrice bimbo de série B La Vie est plus moche (parodie de Plus belle la vie) : Quentin, le personnage bisexuel, est d’ailleurs sorti avec elle. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, suit assidument Les Feux de l’Amour, Plus belle la vie, Desperate Housewifes, Derrick, Confessions intimes, etc. Dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa fait plein de références aux séries et émissions télévisées : Top Chef, Six Feet Under, Une Femme d’honneur, Navarro, Le Commissaire Moulin, L’Amour est dans le pré et Kojak. Dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard, la grand-mère Mamita – jouée par le comédien lui-même – regarde Derrick, Dallas, Plus belle la vie. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, les parents d’Adèle passent leur temps devant la télé à scotcher sur des jeux télé (Questions pour un Champion par exemple)… et leur fille avec eux ! Dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger, Pablo et Bruno nourrissent une passion commune pour la série télévisée Blind. Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Benoît, le héros homo, a l’intégrale de Melrose Place. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Ody écoute des chansons mélancoliques de chanteuses italiennes plaintives des années 1960 avec son casque, et rêve de passer dans les émissions de télé-crochet style The Voice en Grèce. Dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, le narrateur homosexuel « se tape » le programme télé que sa mère regarde : une émission quotidienne pour les ménagères de plus de quarante ans, animée par Nicole Germain. Toute la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen est bourrée de références publicitaires ou télévisuelles (La Petite Maison dans la prairie, Dynastie, La Ferme Célébrités, Les Mystérieuses Cités d’or, Secret Story, etc.) : à un moment, l’intégralité des personnages participent à un grand jeu de télé-réalité (Stars chez eux) où le principe, pour gagner de l’argent, c’est de sortir un maximum de noms de marques. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Ted, l’un des héros homos, est scotché à sa télé devant Games Of Thrones, et se dit fan de Daenerys Targaryen, « la princesse exilée » : « Je l’adore. » Il se déguise même avec des costumes péplum chez lui. Dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le héros homosexuel, fait référence au dessin-animé Ken le Survivant, suit des séries telles que Mission Impossible ou encore Loft Story », chante des génériques publicitaires (L’ami Ricoré), et se prend pour WonderwomanTransformation ! Wonderwoman !! ») ou encore à Laura Ingals dans La Petite Maison dans la prairie : « Et là, je me voyais courir dans les champs, cheveux au vent, comme dans la Petite Maison dans la prairie, avec la petite fille qui se cassait la gueule. » Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Arnaud, l’un des héros homosexuels, se découvre avec son psy secrètement gay également une passion commune pour la sitcom française Les Filles d’à côté : « C’est dingue. Vous êtes fan des ‘Filles d’à côté’, vous aussi ? » Arnaud connaît tous les épisodes par cœur. Il s’est abonné aussi au câble pour suivre Fashion TV.

 

Film "Beautiful Thing" d'Hettie McDonald

Film « Beautiful Thing » d’Hettie Macdonald


 

Le héros homosexuel des fictions est souvent une pétasse fashion victim au cerveau ramolli par les séries télé : cf. le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan (avec Steve), le film « Far West » (2002) de Pascal-Alex Vincent, le film « L’Homme d’à côté » (2001) d’Alexandros Loukos (avec Alkis, le héros homo lobotomisé par la série Elvira qu’il regarde, forcé au départ par sa grand-mère, puis y prenant goût), la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte (avec Kevin), le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin (avec Tex, le prostitué déguisé en cowboy, et décrit comme « une cruche » qui « n’y connaît rien à l’art »), etc. Par exemple, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, Anton, en tant qu’assistant à domicile de personnes âgées (ergothérapeute), va faire des ménages chez Olga, une grand-mère qui passe son temps devant la télé et l’initie aux jeux télévisés. Celle-ci veut absolument le caser avec une femme, et tente même de le séduire, en maintenant avec lui une relation fusionnelle (elle l’appelle « mon chéri »).

 

FEUILLETONS Garçon stupide

Film « Garçon stupide » de Lionel Baier


 

« J’ai la solution ! Toi et moi on va devenir la fille dans Sex And The City, et on vais rentrer avec des gros sacs de mode, ça sera la vraie Parisienne, quoi. Ohlalah, on doit être la plus belle, ma chérie, pour séduire plein de hommes. » (Cody, le héros homosexuel efféminé nord-américain s’adressant à son pote gay Mike qui vit une relation battant de l’aile avec Léo, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 101) ; « J’assume tous mes goûts variétoches. » (Damien, le héros bisexuel de la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza) ; etc.

 

Parfois, le héros homosexuel est lui-même acteur dans une sitcom. Par exemple, dans la pièce Parfums d’intimité (2008) de Michel Tremblay, Luc joue dans une série B. Dans le film « I Love You Baby » (2001) de David Menkes et Alfonso Albacete, Marcos joue comme figurant dans des téléfilms où finalement ses scènes sont coupées au montage.

 

L’addiction du héros homosexuel pour ses séries n’est pas très bon signe dans la vie de ce dernier : elle dévoile un gros manque affectif, voire une dépression ou une schizophrénie. « Vous regardez trop la télé, Monsieur Canard. » (Olivier, le flic, s’adressant à Romain Canard, le coiffeur gay, fan de Plus belle la vie et de Julie Lescaut, dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan) ; « Aaaah !!! C’est Plus Belle la Vie !!! » (Raphaël Beaumont dans son one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles, 2011) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, Miguel, le héros bisexuel regarde des telenovelas avec sa femme… avant de la tromper plus tard avec un homme. Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Hubert vit sous la coupe d’une mère possessive très superficielle, qui fait ses séances d’UV, qui s’achète des fringues tout le temps, qui regarde des feuilletons débiles à la télé… et qui l’entraîne dans sa vie ennuyeuse, superficielle, idolâtre et incestuelle.

 
 

b) Kitsch : le paravent qui dissimule (et indique la présence de) la merde :

Dans la fantasmagorie LGBT, les héros homosexuels sont souvent adeptes du kitsch, cet art-poubelle plein de « bons sentiments » et d’artifice forcé, doré, éphémère : Hervé fan de Claude François dans la pièce Hétéropause (2007) d’Hervé Caffin et de Maria Ducceschi, Daniel le fan du concours-télé Eurovision dans la pièce Son mec à moi (2007) de Patrick Hernandez, le héros gay fan de l’Eurovision dans le film « Gotta Have Heart » (1998) d’Eytan Fox, Didier le téléphage attiré par le kitsch dans le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Yali le fan de la Star Academy israëlienne dans le film « The Bubble » (2006) d’Eytan Fox, etc.

 

« Cloclo, mon idole. » (Jean-Luc, l’un des héros homos de la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) ; « Jeanne aimait Céline Dion comme une matante. […] Elle achetait tous ses disques, malgré le contenu, s’empressait-elle d’ajouter parfois, et guettait toutes ses apparitions à la télévision. » (Jeanne, une des héroïnes lesbiennes du roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 56) ; « Je n’ai aucune personnalité. J’ai un p’tit faible pour les chansons mineures qui vont droit au cœur des teenagers. » (cf. la chanson « Manque de personnalité » de Doriand) ; « David aime de la musique de tarlouze comme Johnny Mitchell ! » (Wayne dans la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper) ; « [Si nous les gays sommes doués pour l’art, ] c’est surtout pour danser sur de la musique de connasses, sur les musiques de pétasses comme on aime ! » (le narrateur homosexuel racontant son voyage vers New York, dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, David, l’un des héros homos, adore l’Eurovision et toutes les chanteuses icônes gays de seconde catégorie: Julie Piétri, Karen Cheryl, Chantal Goya, Nana Mouskouri, Mylène Farmer, etc. Dans le film « Le Père Noël est une ordure » (1982) de Jean-Marie Poiré, Katia, le gay inculte, est amateur de kitsch et fan de variété française. Par exemple, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, la mère d’Evita écoute la radio, lit des magazines people, des revues de cinéma.

 

Les personnages homosexuels semblent à la merci des modes : « Dans l’eau je baigne, c’est l’important, bien à mon aise, dans l’air du temps. » (cf. la chanson « J’en ai marre » d’Alizée) ; « Je déteste être à la traîne. » (l’ami homo de Charlie dans film « Urbania » (2004) de Jon Shear) ; etc. Par exemple, dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval, Max, la grande folle, ne veut porter que des vêtements moulants : « Et puis c’est la mode, merde ! »

 

Le kitsch auquel ils se soumettent annonce en toile de fond un manque de personnalité, une absence de liberté, un désir de mort (= le désir d’être objet est au fond un désir de mort), une souffrance non-identifiée.

 

Film "Les Enfants terribles" de Jean-Pierre Melville

Film « Les Enfants terribles » de Jean-Pierre Melville


 

En suivant l’excellente définition du kitsch donnée par Milan Kundera dans son roman L’Insoutenable légèreté de l’être (1984) (« Le kitsch est un paravent qui dissimule la mort », pp. 357-367), on se rend compte très souvent que, dans l’inconscient homo-érotique, noyé de kitsch, il est souvent fait référence à un mur ou à un paravent qui occulte le mal ou la mort ou les dictatures humaines. Par exemple, dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, la scène finale représente Élisabeth qui s’est tirée dessus après avoir empoisonné son frère : elle s’écroule, faisant tomber ainsi le paravent qui dissimule la mort de Paul. Idem dans la pièce La Sonate des Spectres (1907) d’August Strindberg où il est question du « paravent de la mort », et dans bien d’autres œuvres crypto-gays : « Ce sont des gens à l’esprit pratique qui n’ont simplement pas envie de voir la mort en face ou plutôt à côté car une cloison nous en séparait. » (François, l’un des héros homos du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 125) ; « […] la lampe brillant derrière un paravent qui dissimulait à moitié le lit du jeune homme » (Fabien presque mort, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 303) ; « Je dissimulais les taches de moisissure [sur le mur de ma chambre] avec des posters de chanteuses de variétés ou d’héroïnes de séries télévisées découpés dans les magazines. » (Eddy Bellegueule dans son autobiographie En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 79) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Absorbées par le kitsch des séries TV :


 

Dans les séries, partout dans le monde depuis les années 1990, les personnages homosexuels (soit principaux, soit secondaires) ne manquent pas : Les Filles d’à côté, Les Mystères de l’Ouest, Starsky et Hutch, Queer As Folk, Six Feet Under, The L World, Buffy contre les vampires, Plus belle la vie, Grey’s Anatomy, Glee, Desperate Housewives, Once Upon A Time, Modern Family, Ugly Betty, Verbotene Liebe, Rizzoli And Isles, As The World Turns, Hotel Caesar, Des jours et des vies, Goede Tijden Slechte Tijden, Pretty Little Liars, etc.

 

 


 

Par exemple, en 2009, 18 personnages sur 106 (à savoir 3%) dans les séries américaines sont homos.

 

Même les anciennes séries « hétéros » virent maintenant leur cuti !

 

Le kitsch des Telenovelas latino-américaines et des soap opéras nord-américaines est un nid douillet idéal pour l’accueil des intrigues homosexuelles. Là où la sincérité (sans Réalité) abonde, l’homosexualité surabonde !

 

 

Et je ne peux pas le nier. Dans mon histoire personnelle, j’ai été bercé par les séries télés : Super Jaimie, Sherif fais-moi peur, Arnold et Willie, Derrick, Drôles de Dames, Ma Sorcière bien-aimée, K2000, L’Homme qui tombe à pic, L’Amour du risque, Les Deux font la paire, L’Agence tous risques, Amicalement vôtre, Mission Impossible, Sliders, Mac Gyver, Les Filles d’à côté, Wonder Woman, Loterie, Chips, Starsky et Hutch, La Petite Maison dans la Prairie, La Croisière s’amuse, Sauvés par le gong, Manimal, La Quatrième Dimension, Les Envahisseurs, La Grande Vallée, L’Homme qui valait 3 milliards, Chapeau melon et Botte de cuir, Matt Houston, Happy Days, Huit ça suffit, Columbo, Zorro, Flipper le Dauphin, etc. Elles ont façonné tout mon imaginaire.

 

 

Je suis loin d’être le seul dans ce cas. Par exemple, le réalisateur Alain Guiraudie se nourrit, adolescent, de culture populaire : B.D., séries télévisées, films de genre, etc. Beaucoup de créateurs homosexuels essaient de caser leurs goûts rétro-kitsch dans leurs oeuvres : Pedro Almodóvar, François Ozon, George Cukor, Gaël Morel, Pierre et Gilles, Panos K. Soutras, Xavier Dolan, Jean-Marc Vallée, Michel Tremblay, etc.

 

« Mes premières héroïnes étaient Catwoman – môme, je la dessinais brandissant son fouet –, Fantômette, Super Jaimie et Wonder Woman. Les ancêtres de Xena, quoi. » (le réalisateur français Julien Magnat dans la revueTêtu, n°69, juillet-août 2002, p. 20) ; « Tu n’étais pas contente de me voir pleurer, mais j’éprouvais une tendresse particulière pour la Princesse indienne de Patagonie. Le jour où on l’a fait prisonnière et où la sorcière de la tribu ennemie lui a arraché ses boucles d’oreilles, j’ai trouvé le monde injuste. J’aurais voulu pouvoir voler jusqu’à la Terre de Feu et la reprendre aux mains d’êtres aussi sauvages. Je sais : c’était un feuilleton radiophonique. Mais il me donnait un avant-goût des atrocités à venir. » (Alfredo Arias s’adressant à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), pp. 157-158) ; « Ce jour-là, je courais vers une image, une femme. L’actrice égyptienne. Une grande star. Une grande dame. Souad Hosni. Elle passait à la télévision dans un feuilleton que j’adorais. Houa et Hiya : Elle et Lui. Je courais vers elle pour l’embrasser. Être pendant une heure avec elle, amoureux en pleurs, danseur libre, comédien de ma propre vie. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 32) ; « Je n’ai jamais oublié Souad Hosni. Je n’avais pas oublié son feuilleton Houa et Hiya qui me faisait courir dans mon adolescence, à la sortie du collège. » (idem, p. 91) ; « Quand on a vu arriver L World, on était comme des dingues ! » (Fanny Corral, lesbienne, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Out » (2014) de Maxime Donzel) ; « Mamie Jeannine a divorcé lorsque mon père avait 3 ans. Elle a quitté son mari pour Jacques Larue, cet homme dont elle est tombée passionnément amoureuse. Mamie était d’une incroyable modernité ! À l’époque, ça ne se faisait pas de divorcer, ni de porter de pantalon, ou d’avoir les cheveux coupés court à la garçonne ! Mais mamie s’est toujours moquée du qu’en-dira-t-on. Elle était libre ! […] Avec mamie, on discute des heures, ‘on blague’, comme elle dit, et on rit. Des bavards invétérés ! Je l’ai convertie à la sitcom britannique hilarante ‘Absolutely Fabulous’. Une mamie branchée, croyez-moi ! D’une incroyable modernité. Parfois, on va au cinéma tous les deux. Je me souviens comme si c’était hier du jour où nous sommes allés ensemble au multiplex voir le film ‘Pourquoi pas moi’. Une comédie kitsch sur le coming out. […] Un nanar totalement oublié mais qui tient une place à part dans mon coeur tant il est lié à un moment crucial de ma vie. Mamie a adoré ! Évidemment, elle a tout compris, pas besoin de mettre des mots. Juste son regard, doux, malicieux et bienveillant, suffit à exprimer tout l’amour qu’elle me porte. Je sais qu’elle m’aime comme je suis. » (c.f. l’autobiographie Fils à papa(s) (2021) de Christophe Beaugrand, Éd. Broché, Paris, pp.36-39) ; etc.

 

La plupart des personnes homosexuelles ont cru avoir vécu avec certains personnages de séries une véritable histoire d’amour. Par exemple, dans son autobiographie Prélude à une vie heureuse (2004), le romancier Alexandre Delmar avoue être tombé amoureux du personnage d’Esteban dans le dessin animé franco-japonais Les Mystérieuses Cités d’Or : « Oui, on peut trouver un personnage de dessin animé infiniment beau ! Absolument ! Je ne trouve pas ce concept du tout surprenant. » Puis il le compare à l’acteur principal d’une série nord-américaine de son adolescence : « Bon, d’accord, je dois quand même reconnaître qu’il n’est pas aussi beau qu’un garçon de mon âge qui joue dans une autre série, Sauvés par le gong, et qui répond au doux prénom de Zach. Tout me plaît chez lui. De la tête aux pieds, sans la moindre exception. Sa coupe de cheveux, sa blondeur, son visage fin, son teint hâlé, son look décontracté, sa popularité, son succès auprès des filles… Je voudrais tellement lui ressembler, même un tout petit peu. Mais il approche de la perfection faite ‘garçon’, ou du moins de l’image que je peux m’en faire, que je ne vois pas comment je pourrais lui arriver à la cheville. » (pp. 13-14)

 
 

b) Kitsch : le paravent qui dissimule (et indique la présence de) la merde :

Le kitsch applaudi par beaucoup de personnes homosexuelles s’est surtout choisi comme support la série télévisée musicale… donc les émissions de télé-réalité comme The Voice ou Glee, les comédies musicales, les concours comme l’Eurovision, les créations qui font du play-back nostalgique un zapping géant. Je pense par exemple au play-back de la chanson « Finally » de Cece Peniston dans le film « Priscilla, folle du désert » de Stephen Elliott, au play-back de la chanson « L’Amour à la plage » de Niagara dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow, au play-back de la chanson « Rumore » de Patty Pravo dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, à la chanteuse de mariachi des années 1930 Lucha Reyes dans le film « La Reine de la nuit » (1994) d’Arturo Ripstein, aux reprises d’ABBA dans le film « Liv Og Dod » (« Vie ou mort », 1980) de Svend Wam et Peter Vennerod, au play-back final des « Magnolias » de Cloclo dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, à la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy,  etc.

 

 

Les séries musicales sont les lieux de tous les mélanges (fiction + clip), de toutes les hybridités (plaisir + risque du concours), de toutes les expérimentations inédites (jeu + bisexualité), de toutes les ironies sérieuses (kitsch + camp) : « Mes potes gays adorent l’Eurovision» (la chanteuse Amandine Bourgeois dans le journal Métro du 15 mai 2013, p. 12) ; « J’adore Claude François, car j’ai toujours aimé la variété. […] J’ai aussi aimé ‘pire’ : C. Jérôme, Dave, Gérard Lenorman… et alors ?!? J’assume tous mes goûts en bloc. » (Jérôme Dahan dans la revue Platine, n°11, avril/mai 1994, p. 13) ; « Moi, j’aime le music-hall. » (Charles Trénet) ; « Aristophane était un très bon metteur en scène de music-hall. » (Jacques Lacan, Séminaire, cité dans l’essai L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005) de Daniel Borillo et Dominique Colas, p. 524) ; etc. Je vous renvoie au documentaire « Porträt Marianne Rosenberg » (1976) de Rosa von Praunheim sur les stars du disco, ainsi qu’au docu-fiction très camp « Brüno » (2009) de Larry Charles.

 

 

Dans l’essai Para Enterdernos (1999), on retrouve dans les remarques d’Alberto Mira au sujet du kitsch et du camp l’idée que les désirs homosexuel et hétérosexuel émanent de la misère affective et culturelle d’Occident, reflet inversé de la misère du Tiers-Monde : « Le Festival de l’Eurovision est le ‘camp’ des pauvres. » (p. 287)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles sont fans – et parfois créatrices – de kitsch, cet art-poubelle plein de « bons sentiments » et d’artifice forcé : je pense aux nombreuses émissions de télé-réalité comme The Voice, Secret Story, La Nouvelle Star, l’Eurovision, et aux nombreuses sitcoms qui sont suivies par un public homosexuel. Par exemple, dans le documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin, Joseph, le sorcier gay, a dans sa chambre un énorme poster des Spice Girls. Autre exemple : Jack Smith est amateur de séries B glamour. Bruce Benderson traduit une autobiographie de Céline Dion. Le couturier Jean-Paul Gaultier dit que pendant son adolescence, il a été nourri par les images et les séries qu’il voyait chez sa grand-mère chérie. Dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi, Luca pleure à chaudes larmes devant Nos plus belles années. On peut aisément qualifier de kitsch les tableaux bucoliques de Pierre et Gilles, les poésies pastorales de Luis Cernuda, etc.

 

Dans les pièces et les romans de Copi, il est fréquent de lire l’imprégnation de la sentimentalité exacerbée kitsch, des séries à l’eau de rose de la télé : « Je dis que je ne supporte plus qu’elle prennent toutes les décisions, je veux divorcer. Elle rit de son rire américain, tu n’oseras jamais, dit-elle, et elle continue de lire avec ses lunettes de contact. Je me sens sans force, je vais pleurer dans la cuisine […]. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977), p. 97) ; « Je me plonge dans la lecture des sous-titres des photos de Paris-Match. » (idem, p. 26) ; « Je veux parler d’abord avec mon avocat ! » (Daphnée dans la pièce La Tour de la Défense, 1974) ; « Hello, John ? Where is Katia ? She is there ? I want her back ! » (Daphnée au téléphone, idem) ; etc.

 

Il y a dans cet attachement homosexuel au kitsch à la fois de la distance (un second degré plus intellectuel qu’effectif) et aucune distance réelle (car les personnes homosexuelles ont tendance à confondre l’art avec l’amour, ou l’esthétique avec l’éthique) : « Aujourd’hui encore, je n’aime pas que l’on se moque de ce genre de films. » (Frédéric Mitterrand à propos de son attachement aux films de série B, La Mauvaise Vie (2005), p. 115)

 

Plus c’est (apparemment, médiatiquement) rejeté et destiné à la poubelle, plus la communauté homosexuelle défend (plus ou moins avec autodérision) telle ou telle vedette : c’était le cas de Chantal Goya, mise plus bas que terre après son passage catastrophique au Jeu de la vérité ; de Lady Di rejetée par la monarchie britannique ; c’est aussi le cas de Cindy Sander (qui fait l’objet d’une ovation générale plus qu’ambiguë et iconoclaste de la part du public gay lors de son apparition à la soirée dansante Follivores au Bataclan à l’occasion de la Marche des Fiertés de Paris le 28 juin 2008) ou encore de Vanessa Paradis. « Parce que quand tout le monde s’est mis à lui cracher dessus après le succès de ‘Joe le taxi’, les gays l’ont tout de suite adoptée. » (cf. la revue Têtu, n°127, novembre 2007, p. 101)

 

FEUILLETONS Mireille Matthieu

Le « charme » du désuet ou du rétro-laid clinquant…


 

Le kitsch, en même temps qu’il s’affiche, cherche à détruire sa propre naïveté avec le camp, ce kitsch soi-disant « second degré », un kitsch de destruction qui vise à prouver par l’acte iconoclaste que le kitsch naïf serait finalement vainqueur, tout-puissant et immortel. Par exemple, le romancier espagnol Terenci Moix revendique son goût pour le toc artistique face à la haute littérature, ce qui ne l’empêche pas de choisir pour cible privilégiée les revues people. Il est kitsch dans tous les sens du terme : à la fois kitsch et camp. « Parler du kitsch pour le dénoncer, c’est encore être dans le kitsch. » (Lionel Souquet, Le Kitsch de Manuel Puig (1996), p. 201)

 

Dans les spectacles travestis (passant mettre dans l’art du détournement parodique), ou encore dans les spectacles tels que la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet (parodiant les soaps opéras, à la sauce gay) ou les comédies musicales avec Denis d’Archangelo (Le Cabaret des hommes perdus, puisant dans la culture music-hall), le kitsch est forcé, glorifié en même temps que détruit ; les séries télé sentimentales (soap opéras, telenovelas, sitcoms de maison de retraite de début d’après-midi) sont reprises abondamment et détournées ; les divas distinguées se mettent à roter, arrivent en béquilles sur scène, chantent l’amour déçu.

 

Comédie musicale Le Cabaret des hommes perdus de Christian Siméon

Comédie musicale Le Cabaret des hommes perdus de Christian Siméon


 

Dans leur cœur, une grande part des personnes homosexuelles n’ont pas renoncé à se prouver à elles-mêmes et à prouver au monde la profondeur de l’artifice, la beauté de leurs bons sentiments : « Tendre vers l’artifice, n’est-ce pas chez l’homme l’ambition la plus pure, la moins mensongère ? » (Yukio Mishima, Correspondance 1945-1970 (1997), p. 18) ; « Magnifiques, ces bijoux. Le toc, j’adore. » (Yves Saint-Laurent s’adressant à Loulou, une femme algérienne, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert) ; « De la bêtise, je n’aurais le droit de dire, en somme, que ceci : qu’elle me fascine» (Roland Barthes, Roland Barthes par Roland Barthes (1975), p. 56) ; « Rengaines, complaintes populaires, vieilles estampes, images d’un sou, spectacles de foires : autant de matériaux, réputés mineurs, qui fascinent Verlaine et nourrissent son inspiration. » (cf. l’article « Sentes buissonnières » de Daniel Grojnowski, dans le Magazine littéraire, n°321, mai 1994, p. 45)

 

Nous trouvons fréquemment une défense du « bon goût du mauvais goût » chez des critiques homos pourtant lettrés mais qui se laissent parfois aller à leurs élans « bobos » sentimentalo-esthétiques. Par exemple, Didier Roth-Bettoni, dans son essai L’Homosexualité au cinéma (2007), qualifie le film « Super 8 ½ » (1998) de Bruce LaBruce de « grand mauvais film ».

 

Kitsch et Camp jouent au ping-pong pour mieux, par leur concert, occulter l’absence de liberté et de Réalité que vit le créateur homosexuel qui les met en scène dans ses séries télé (et dans les détournements parodiques de celles-ci). La philosophe Susan Sontag a parfaitement bien analysé les pièges de la sincérité homosexuelle au niveau artistique avec ses essais sur le Camp (je crois qu’elle appelle « camp naïf » le kitsch) : « Il faut distinguer le Camp naïf et le Camp concerté. Le pur Camp est toujours naïf. Le Camp conscient (faire du Camp) paraît, en général, beaucoup moins bon. Le Camp à l’état pur est involontaire, d’un sérieux total. […] Il n’a pas la moindre intention d’être drôle. […] Le Camp intentionnel n’est sans doute jamais réussi. […] Le Camp spécule sur l’innocence : ce qui signifie qu’il la révèle, mais aussi, quand il le peut, qu’il la corrompt. […] L’élément essentiel du Camp, naïf ou pur, c’est le sérieux, un sérieux qui n’atteint pas son but. […] Le Camp, c’est un art qui se prend au sérieux, mais qui ne peut être pris tout à fait au sérieux, car il ‘en fait trop’. […] Une œuvre qui aurait pu être camp ne l’est pas du fait qu’elle atteint son but. […] N’est pas camp ce qui est extravagant d’une façon inconsistante et plate ; et jamais ne sera camp tout ce qui ne porte pas la marque d’une sensibilité aiguë, et en quelque façon déchaînée. Sans la passion, on ne saurait avoir que du ‘pseudocamp’, quelque chose de purement décoratif, inoffensif – du ‘chic’ en un mot. […] Une fois de plus, répétons-le, le Camp, c’est un effort pour faire de l’extraordinaire. Mais de l’extraordinaire dans un certain sens : le fascinant, le hors série. […] Le Camp vise à détrôner le sérieux. […] On peut se moquer du sérieux et prendre la frivolité au sérieux. […] Le Camp, c’est de la sensiblerie. » (Susan Sontag, « Le Style Camp », L’Œuvre parle (1968), pp. 432-449)

 

Même dans l’anti-conformisme, les personnes homosexuelles avouent elles-mêmes qu’elles sont à la merci des modes : « J’ai le Sida. J’attrape toutes les modes. » (Copi s’adressant à Facundo Bo, et cité dans l’essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel, p. 479) ; « J’ai souvent des idées qui sont assez ‘dans l’air du temps’. » (Klaus Mann, Journal (1937-1949), p. 326) ; « Piera suivait la mode avec ferveur : elle dévorait les pages des magazines, choisissant toujours les modèles les plus bourgeois. » (Alfredo Arias parlant d’un travesti M to F, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 14) ; « J’adorais suivre la mode. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 21) ; etc.

 

Pour ma part, comme je peux difficilement changer ce que j’aime, j’essaie d’assumer au mieux le côté kitsch (ou, mieux dit, « le côté misère » !) de mes goûts musicaux/cinématographiques/télévisuels/sexuels, et j’avoue qu’ainsi, ça apporte à ma personnalité un vrai capital sympathie, très décomplexant et convivial en groupe (à condition que je ne m’y installe pas trop…) !

 

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°64 – Fantasmagorie de l’épouvante (sous-codes : Fan homo des films d’horreur / Peur / Gothique / « Psychose »)

fantasmagorie

Fantasmagorie de l’épouvante

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

Film "Poltergay" d'Éric Lavaine

Film « Poltergay » d’Éric Lavaine


 

Pourquoi les films d’horreur attirent autant le désir homosexuel ? D’un côté, on pourrait se dire qu’ils ne concernent essentiellement qu’un public masculin en quête de sensations fortes. Pour des raisons culturelles, les hommes seraient en effet prédisposés à relever des défis, à encaisser davantage les fortes montées d’adrénaline, à regarder des images insoutenables en face sans se dérober. De l’autre, à y regarder de plus près, les films d’épouvante les plus connus défendent l’émancipation de la femme, à travers la figure d’une héroïne courageuse qui sort de son rôle de femme-potiche pour endosser celui du guerrier. Ça peut être une des explications de l’engouement de beaucoup de personnes homosexuelles pour ce genre de films. Par rapport aux films d’action, l’identification aux femmes est facilitée et renforcée. Et comme par hasard, les personnages masculins (souvent très beaux gosses) de ces films gore passent rarement à la casserole avec la femme de leur rêve : ils ont plutôt tout du « pédé placardisé » comme dirait BBJane Hudson (dans le cas où ils sont assassinés par le scénario) ou à l’inverse ils ont le profil type de l’assassin (la bombe sexuelle, icône du danger sexuel : je pense par exemple au personnage du bellâtre Bosco dans l’excellent film « Tesis » d’Alejandro Amenábar). On retrouve dans les films d’horreur et chez les méchants tout le maniérisme qui plait aux personnes homosexuelles : les héros qui disparaissent un à un de manière différente, tous plus beaux et plus suspects les uns que les autres ; le tueur qui compose un personnage d’esthète névropathe sophistiqué, peaufinant avec art, minutie et humour, ses supplices : il cherche toujours à être plus original que les autres (ce qui n’est pas le cas des vrais violeurs et assassins qui se baladent dans la Nature). Il se délecte de sa démence (contrairement aux véritables fous qui parfois sont tristes et effrayés d’être esclaves d’eux-mêmes : je pense à Jeffrey Dahmer, qui s’effrayait lui-même tout en persistant à continuer ses crimes odieux).

 

Alors, finalement, plaisir de frémir (étrange autant que bien commun) ou de voir souffrir, ou autre chose ? Je dirais plutôt : une angoisse de vivre et une peur encore très infantile de la sexualité et de la différence des sexes (je précise « infantile » car il y a aussi quelque chose de la régression puérile dans ce souhait d’avoir peur, d’être croqué par le loup et d’être pourchassé par ses propres émotions). Je crois que, plus que du côté des intentions, il faut chercher les raisons de cette attraction homosexuelle pour l’horreur-cinéma davantage dans l’inconscient, dans la confusion entre éthique et esthétique (donc dans l’idolâtrie), ainsi que dans la défense quasi incontrôlée que mettront en place certaines personnes pour faire face à des peurs existentielles qui les assaillent et les submergent. Concernant la réalisation de ces films, pourquoi serait-elle plus spécifiquement objet de conquête, d’excitation chez des metteurs en scène homosexuels ? Parce qu’à défaut d’expier une pulsion sadique intrinsèque au désir homosexuel (cf. je vous renvoie aux codes « Adeptes des pratiques SM », « Désir désordonné » et « Coït homosexuel = viol » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels), elle l’exprime et donne l’illusion à celui qui est « mort de peur » d’avoir la main sur sa peur. Le réalisateur de films gore se donne pour tache de devenir Dieu, c’est-à-dire d’imiter la réalité par l’artifice artistique, au point de la rendre repoussante (à ses yeux, « réelle ») … et finalement pour cacher que ce sont sa fuite du Réel, son orgueil, sa peur, sa haine de lui-même qui sont surtout repoussants. Pour lui, les apparences sont trompeuses ET pourtant, il misera tout là-dessus ! Ce paradoxe est typique de la croyance idolâtre selon laquelle l’image serait plus forte que le Réel et pourrait se supplanter à Lui, que les sens seraient plus forts que le Sens, que le mal serait plus fort que l’Homme, que les apparences seraient plus fortes que la Vérité, que la peur est créatrice. Dans les nanars de l’épouvante, tout est basé sur les effets, les impressions, le visible, l’auditif, l’humour noir, l’imaginaire. Très peu de psychologie, de profondeur, de rapprochement au Réel visible et invisible. Un désenchantement de l’Humanité et de la sexualité, de la vie (où tout ne serait qu’apparences trompeuses et déterminisme) est exprimé.

 

On a l’impression que les cinéastes homos de l’épouvante se délectent de la transcendance et du Réel visible (= ce qui se voit à l’œil nu) et invisible (= le monde du paranormal). En fin de compte, il n’en est rien. Tout comme les films érotiques ne célèbrent pas, malgré les apparences, la véritable sexualité, les films d’horreur ne célèbrent pas davantage le Réel (en accentuant les moindres bruits, les portes qui claquent, les robinets d’eau qui font « floc floc », bref, en forçant les vraisemblances). Les personnages de ces films de bas étage sont tous des objets, des jouets, des instruments d’un destin implacable. À la différence des films pornos qui mettent en avant la pulsion génitale, les films d’horreur insistent sur les sens, l’image (même l’image elliptique, quand l’horreur passe par sa propre suggestion) et toutes les pulsions. Ils célèbrent finalement le fantasme réaliste.

 

Le désir homosexuel, fuyant la différence des sexes qui est le socle du Réel, est par définition un désir pulsionnel. Il était logique que le genre filmique de l’épouvante l’appelle donc plus spécifiquement. Les productions gore sont, en somme, une confession angoissée de la peur – magnifiée et salie – de la sexualité chez leurs concepteurs. Plus simplement, ils sont une manière peu franche (ou, ce qui revient au même, trop franche !) d’attirer l’attention sur soi. Je me contenterai, pour me faire comprendre, de citer une réplique du personnage horrorifique de Vicky Fantômas dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi : « J’espère que je ne vous fais pas peur. Si, je vous fais peur. Alors c’est parce que je n’ai pas d’autre moyen d’attirer votre attention. »

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Mort », « Morts-vivants », « Milieu homosexuel infernal », « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », « Frankenstein », « Reine », « Homosexualité noire et glorieuse », « Symboles phalliques », « Se prendre pour le diable », « Clown blanc et masques », « Main coupée », « Déni », « Télévore et Cinévore », « Violeur homosexuel », « Couple criminel », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Vampirisme », « Haine de la beauté », à la partie sur le « Cri d’épouvante » du code « Viol », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Des héros effrayés (par la sexualité) :

Beaucoup de personnages homosexuels se caractérisent par leur peur maladive (et pas toujours consciente) d’eux-mêmes et des autres : cf. la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier (avec « le Grand Concours de la Peur »).

 

« Parfois, je me fais peur toute seule. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 70) ; « Que s’est-il passé dans votre vie pour que vous soyez aussi soupçonneuse ? » » (le docteur Mann à Jane, idem, p. 174) ; « Ma vie me faisait peur, je ne faisais que jouer un rôle… et je ne redevenais que moi-même quand j’étais dans le noir. La solution c’était le noir éternel ou porter ne perruque sur une scène. […] J’ai suicidé la réalité, j’ai fait une apnée de moi même. […] Mais dès que le rideau tombe, dès que la vie reprend, j’ai peur. […] C’est agressif la vie. C’est agressif la vérité. » (l’Actrice dans la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je reste presque seul, dans l’évident triomphe de mes seize ans, entouré de femmes qui prennent soin de moi, de leur affection excessive et peureuse. » (Vincent, le héros homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 14) ; « Tu es absolument paranoïaque. » (Michael, homosexuel s’adressant à son colocataire Harold, lui-même homo, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait ? Ça commence. L’angoisse. Je la sens. [Levant les yeux au ciel] Seigneur, je n’y arriverai pas !!! […] Je me sens si mal. J’en ai assez de vivre et j’ai peur de mourir. Si on pouvait ne pas tant se haïr. C’est tout. Si on essayait de ne pas tant nous détester. » (Michael, le héros homosexuel s’adressant à son ami Donald, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « La vie me fait peur. C’est grave, docteur ? » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Goliatha, le rat me regarde ! J’ai peur ! » (« L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Mais vous ne dites rien ? Regardez-moi. Je vous fais peur ? » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Ça doit être une déformation professionnelle : j’angoisse pour un rien. » (Mélodie, l’héroïne bisexuelle du film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; etc.

 

En réalité, leur peur est liée à la sexualité en général, à la différence des sexes. « Je n’ai jamais été actif. Simon dit : ‘Tous les pédés c’est pareil, ils sont passifs quand ils ont vingt ans, et en vieillissant, ils deviennent actifs pour pouvoir continuer à coucher avec des mecs de vingt ans, c’est pathétique. » (Mike, le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 68) ; « Polly aime bien être passive, ça l’arrange que Claude veuille toujours être dominante. Dans le fond, elle sent bien qu’elle est complètement inhibée avec le cul. » (idem, p. 74) ; « J’ai peur d’avoir des enfants ! » (Lou, l’héroïne lesbienne dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je n’oserai pas regarder une femme en train d’accoucher ! » (Martin, idem) ; « Il a râlé comme une peine, comme une longue douleur, je crois qu’il a mal. Moi, je sais. Je n’aimerais jamais ça. Le vide devait rester vide, jamais plus aucun ne ferait sur moi l’expérience de sa virilité, jamais je ne ferais l’usage de la féminité. » (une héroïne racontant la douleur d’un homme après un acte sexuel avec une femme, dans la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier) ; « Il l’a peint en rouge et me l’a monté en pendentif… » (la femme à propos du sexe de son ex-compagnon Jean-Luc, converti en homo, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Les papous ne s’embrassent jamais, ils ont peur qu’on leur vole leur âme… Moi je me sens papou bizarrement certains matins… » (le comédien dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Juan-Carlos savait-il la gravité de son mal ? » (Manuel Puig, Boquitas Pintadas, Le plus beau tango du monde (1972), p. 120) ; « J’ai peur des phallus… J’en ai un, là, dedans. Faut me l’enlever. » (une patiente dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Ainsi de jour-là, était-ce dû à la chaleur ? À une pression artérielle trop élevée ? À une faiblesse nasale ? Ou peut-être les trois à la fois… Je me mis à saigner du nez. Une vraie hémorragie ! N’ayant pas de mouchoir et sentant mon nez couler, je m’essuyai discrètement d’un revers de main. Le liquide rouge que j’en ramenais était sans équivoque. Laëtitia, qui avait toujours tout, me donna ses mouchoirs. Je saignais tant que je vidais le paquet. Lorsqu’enfin les vannes se fermèrent, je n’étais plus en état d’embrasser qui que ce soit. Fini la frime, je me sentais très piteux. J’eus souvent peur de récidiver les fois suivantes, mais non, ce fut la première mais aussi la dernière. » (Bryan, le héros homosexuel qui a peur d’embrasser sa meilleure amie Laëtitia sur la bouche, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, pp. 27-28) ; « Je n’y arriverai jamais. » (Hugo, le héros homosexuel face à sa voisine Franckie avec qui il pourrait coucher, dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Heïdi, l’une des deux héroïnes lesbiennes, ne supporte pas d’entendre le mot « zizi » : elle tombe dans les pommes dès qu’il est prononcé. Et lorsque Frédérique – l’amante d’Heïdi – est sur le point de passer au lit avec Romuald, le protagoniste homo – elle pousse un hurlement explicite : « J’ai peur !!! » ; et Romuald aussi : « Je vais porter plainte pour tentative de castration ! » Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, c’est la peur qui pousse Howard à se croire gay.

 

Film "Otto" de Bruce LaBruce

Film « Otto » de Bruce LaBruce


 

Parfois, le protagoniste homosexuel a peur de ne pas contrôler/réfréner ses pulsions sexuelles, et qu’elles se transforment en puissances violentes et mortelles : « Je n’aime pas ce mélange de rêve et de réalité, j’ai peur d’être encore amené à tuer comme dans mes précédents rêves. […] Je sais que même si je ne suis pas un criminel, mon emploi du temps de ces quatre derniers jours m’est complètement sorti de la tête, n’aurais-je pas pendant cette période tué pour de bon ? Est-ce que Marielle ne courra pas un danger restant seule avec moi ? Non, voyons, je suis la personne la plus pacifique du monde. Les gens violents dans leurs rêves sont dans la réalité incapables de tuer une mouche. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 134) ; « J’avais imaginé un moment demander à la petite voisine de passer me voir afin de faire ensemble ce que je l’avais obligée à faire seule devant moi, sachant combien j’aimais à outrepasser la pudeur des autres, pour le plaisir que son viol me donnait. Cette envie ne me quittait pas, mais je devais résister, c’était trop risqué. […] J’avais peur de moi. Quand je sentais monter ce besoin de chair, peu m’importaient les moyens et la figure de celle qui me donnerait ce qu’il me fallait. » (Alexandra, la narratrice lesbienne attirée par une mineure, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 56-57) ; etc.

 

Et plus encore : la peur des héros homosexuels est liée à l’homosexualité, à la pratique homosexuelle, et à la croyance en la vérité de l’identité homosexuelle et de l’amour homosexuel… même si, très vite, par auto-persuasion, ils vont se dire que c’est tout ce qui fait frein à celles-ci qui créerait leur angoisse (cf. je vous renvoie au code « Liaisons dangereuses » du Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Je n’avais jamais fait ça de ma vie auparavant. J’avais une trouille bleue. » (Hank parlant de sa première expérience homosexuelle, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Ça chassera peut-être mon angoisse. » (Michael, héros homosexuel se rendant à la messe de minuit pour oublier la misère de sa condition homosexuelle, idem) ; « Je croyais que l’amour était quelque chose d’agréable, qui nous grandissait. Mais celui que je ressens pour toi, me fait parfois l’effet inverse, il me détruit ! Pourquoi ? Puisque ça fait si mal, faut-il avoir peur d’aimer ? » (Bryan s’adressant à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 417) ; « Je sentais que Marie était tétanisée par la peur que cela ne me déplaise. Dans un effort d’audace, pourtant, elle me prit par la taille. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 152) ; « Par peur d’être catalogués, les homosexuels sortaient uniquement à la tombée de la nuit (pareil à des chauves-souris) pendant que les voyous et les drogués squattaient en permanence les lieux. » (Ednar, le héros homosexuel parlant des Antilles, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 188) ; « Peut-être que ce qui fut jadis la Cour des Miracles saurait le guérir de sa peur, l’aider à s’affirmer auprès des siens. » (Ahmed, le héros homosexuel parlant du Marais, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 52) ; « Quand je l’ai pris dans mes bras, il était léger comme un gosse, j’avais presque peur de lui faire du mal. » (Martin en parlant de Lucas, dans le film « L’Homme que j’aime » (1997) de Stéphane Giusti) ; « Excuse-moi mais tout à coup j’ai peur de ce qui arrive […] peur de ne pas pouvoir te donner tout ce que tu veux, pas le temps, pas le désir. » (Lucas s’adressant à Martin, idem) ; « J’aime quand vous me faites peur. » (cf. la chanson « Consentement » de Mylène Farmer) ; « Je n’ai jamais peur. » (Roméo, le héros homo du film « Children Of God », « Enfants de Dieu » (2011) de Kareem J. Mortimer) ; etc.

 
 

Stephen – « J’ai peur maintenant… j’ai peur de vous.

Angela – Mais vous êtes plus forte que moi…

Stephen – Oui, c’est pourquoi j’ai si peur… vous me faites sentir ma force… »

(cf. un dialogue entre les deux héroïnes lesbiennes, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 189)

 
 

b) La caricature de cette peur homosexuelle de la sexualité : l’attrait-répulsion pour les univers d’épouvante

Les héros homosexuels sont effrayés et angoissés par ce qu’ils vivent en amour homo et en croyance identitaire homo, et se disent qu’en forçant le signe de leur honte (= la peur), en le grossissant, en le caricaturant et en l’esthétisant à la perfection, il se figera, ne se verra plus et sera hors d’état de nuire. Au-dessus de tout soupçon. Ou plutôt auréolé de soupçons !

 
 

Cyrille [le héros homosexuel] – « Comment me trouvez-vous, Hubert ?

Hubert – Effrayant, maître ?

Cyrille – Vous serez toujours mon meilleur public. »

(Copi, Une Visite inopportune, 1988)

 
 

Film "The Gay Bed & Breakfast Of Terror" de Jaymes Thompson

Film « The Gay Bed & Breakfast Of Terror » de Jaymes Thompson


 

Le film d’épouvante intéresse le personnage homosexuel, et beaucoup de créations traitant d’homosexualité sont des œuvres d’épouvante : cf. le film « À corps perdu » (1988) de Léa Pool, le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, le film « Frisk » (1995) de Todd Verow (sur les snuff movies), le film « La Sentinelle des maudits » (1977) de Michael Winner, le film « Nouveaux Monstres » (1977) de Dino Risi, le film « Trois visages de la peur » (1963) de Mario Brava et Salvatore Billitteri, le film « Matador » (1985) de Pedro Almodóvar (le personnage homo se masturbe devant des films d’épouvante), le film « Danse macabre » (1963) d’Antonio Margheriti, la comédie musicale Big Manoir (2007) d’Ida Gordon et d’Aurélien Berda, le film « House Of Horrors » (1946) de Jean Yarbrough, le film « La Maison du diable » (1963) de Robert Wise, le film « Les Monstres » (1963) de Dino Risi, la comédie musicale Créatures (2008) d’Alexandre Bonstein et Lee Maddeford, le film « Une poule, un train et quelques monstres » (1969) de Dino Risi, le film « Le Masque du démon » (1960) de Mario Bava, le film « L’Assassino Ha Riservato Nove Poltrone » (1974) de Giuseppe Bennati, les films « Besame Monstruo » (1969), « La Comtesse perverse » (1973), « Les Possédées du diable » (1974) de Jess Franco, le film « Sometimes Aunt Martha Does Dreadful Things » (1971) de Thomas Casey, le film « Thundercrack » (1975) de Curt McDowell, les films « The Brotherhood » (2000), « The Brotherhood 2 : Young Warlocks » (2001), « The Brotherhood : Young Demons » (2002) et « Final Stab » (2001) de David DeCoteau, le film « The Boy With The Sun In His Eyes » (2009) de Todd Verow (avec le héros homo fan de films d’horreur), le film « Le Fils de Chucky » (2004) de Don Mancini, le film « Troméo et Juliette » (1996) de Lloyd Kaufman, le film « Curse Of The Queerwolf » (1988) de Mark Pirro, les tableaux Autoportrait avec crâne (1977-1978) et Crâne d’Andy Warhol (1976-1977) d’Andy Warhol, la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar (avec Stéphane, le héros homosexuel adepte des films gore), le film d’épouvante « In The Blood » (« Dans le sang », 2006) de Lou Peterson, le film « Haute tension » (2003) d’Alexandre Aja (avec Cécile de France en lesbienne psychopathe), le film « Bettlejuice » (1988) de Tim Burton (avec le personnage homosexuel d’Otto), la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, le film « Who’s Afraid Of Vagina Wolf ? » (« Qui a peur de Vagina Wolf ? », 2013) d’Anna Margarita Albelo, le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque (avec la Schtroumpfette qui fait des films d’épouvante), les films « Jeepers Creepers » (« Le Chant du diable », 2001) et « Jeepers Creepers 2 » de Victor Salva (avec un des personnages ouvertement gay), la série American Horror Story (2011) de Ryan Murphy et Brad Falchuk (avec un couple homo qui se fait enfoncer un tisonnier), le film « October Moon » (2005) de Jason Paul Collum, le film « Hellbent » (2004) de Paul Etheredge-Ouzts (racontant l’histoire d’un psychopathe qui tue ses victimes dans le milieu homo), le film « Lesbian Psycho » (2010) de Sharon Ferranti, le film « The Silence Of The Lambs » (« Le Silence des agneaux », 1991) de Jonathan Demme, le film « Sleepaway Camp » (« Massacre au camp d’été », 1983) de Robert Hiltzik (où le tueur est un trans M to F), le film « Curse Of The Queerwolf » (1988) de Mark Pirro (là encore, l’assassin est transsexuel), le film « Pulsion » (1980) de Brian De Palma (avec le trans M to F maniaque), le film « Maniac » (2012) d’Alexandre Aja, le film « The Descent » (2005) de Neil Marshall, le film « Miss Paramount » d’Indochine (avec le Jardin des Tortures), etc. « Était-ce à ce moment-là qu’elle s’était mise à fumer – des après-midi d’école volés passés chez d’autres gamins ; rideaux tirés et vidéos de films d’horreur ; cigarettes communes fumées aux fenêtres du premier. Jane sourit à ce souvenir. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 46) ; « Le clocher se dressait, haut et menaçant, au-dessus des tombes, tel un instrument de vengeance. Il ne manquait qu’une fille terrifiée courant dans l’allée en chemise de nuit pour la transformer en véritable affiche de film d’épouvante. » (idem, p. 72) ; « Je vois les films d’épouvante. Je m’en vante, je m’en vante. » (cf. la chanson « La Parisienne » de Marie-Paule Belle) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Chris, le héros homosexuel, est fan de films d’épouvante, et en réalisent : « Chris veut remettre à la mode le film d’horreur. » Quant à Toph, il a tourné un film d’épouvante intitulé « Blood In Barcelona ». Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas et son amant Nathan vont au cinéma voir le film d’épouvante sanguinolent « Nowhere » de Gregg Araki.

 

 

Dans le film « Scream 4 » (2011) de Wes Craven, il y a une référence explicite à l’homosexualité : « En fait, la plus sûre issue de secours pour survivre dans un film d’horreur moderne, c’est d’être gay. » D’où la scène cocasse qui suivra lorsqu’un des personnages est sur le point de se faire tuer : « Attendez, non, vous ne pouvez pas me tuer ! Vous ne pouvez pas ! Il y a des règles ! Je suis gay ! Je suis gay ! »

 

 
 

Dans Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar propose à son amant Khalid d’aller au cinéma voir le film d’horreur « Re-Animator » racontant l’histoire d’« un homme qui réveille les morts » (p. 111).

Khalid – « On pleurera cet après-midi alors… tous les deux… en regardant ton film d’horreur…

Omar – Sur l’affiche, l’acteur principal porte des lunettes.

Khalid – Et alors ?

Omar – Comme toi, avant. »

 
 
 

« C’est toujours la pucelle qui s’en sort le mieux à la fin. » (Jonathan, le héros homosexuel parlant des films d’horreur, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.)

 

 

Les univers folkoriquement « effrayants » apparaissent dans différentes créations : le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le film « Elephant Man » (1981) de David Lynch (repris par Mylène Farmer dans sa chanson « Psychiatric »), le film « Le Cas d’O » (2003) d’Olivier Ciappa, le film « The Halloween Parade » de Lou Reed, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman, le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson, la pièce Amour, gore, et beauté (2009) de Marc Saez, la pièce La Belle et la Bière (2011) d’Emmanuel Pallas, la nouvelle « Les Garçons Danaïdes » (2010) d’Essobal Lenoir, le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, etc. Par exemple, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Jason, le héros homosexuel, est un « grand admirateur d’Hitchcock » (p. 414). Dans le téléfilm « Prayers For Bobby » (« Bobby, seul contre tous », 2009) de Russel Mulcahy, Bobby, le héros homosexuel, connaît les trucages d’Alfred Hitchcock.

 

« La lumière de la lune se suffisait à elle-même, et les éléments du décor se recomposaient harmonieusement, lui révélant, sans plus de raison ni avec moins d’évidence, que l’horreur du monde a pour revers son inexprimable beauté. » (Jason, le héros homosexuel du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 246.)

 

Film "Requiem For A Dream" de Darren Aronofsky

Film « Requiem For A Dream » de Darren Aronofsky


 

Le monde de la « peur de la mort » esthétisée entre en résonnance avec le monde gothique. On retrouve la confluence entre la culture gothique et l’homosexualité dans beaucoup de créations homo-érotiques : cf. le film « Gothic » (1986) de Ken Russell, le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez (avec Juna, la lesbienne gothique), le one-(wo)man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, le roman À ta place (2006) de Karine Reysset (avec Chloé la lesbienne gothique), le film « Occident (Statross le Magnifique 2) » (2008) de Jann Halexander, le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa (Nathalie parle à une gothique de 15 ans dans le magasin de chaussures qu’elle tient), le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson (où Stella, la FAP, est gothique), le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec Freddie, l’homme gothique), le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot (avec Corinne, l’amie gothique d’enfance de Jason), la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller (avec Schmidt en gothique efféminé), etc. Par exemple, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Clara, l’héroïne lesbienne, se fait surnommer « Mercredi » (de la Famille Addams) par ses propres parents. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Henri allait à la messe avec ses costumes gothiques quand il était jeune.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Des êtres effrayés (par l’identité homo et la pratique homo qu’ils s’imposent, et par la sexualité en général) :

Beaucoup d’individus homosexuels se caractérisent par leur peur maladive (et pas toujours consciente) d’eux-mêmes et des autres : « Je me rends compte que j’ai toujours fait tout par peur. » (Guillaume Gallienne dans son film biographique « Les Garçons et Guillaume, à table ! », 2013) ; « Tous les matins se ressemblaient. Quand je me réveillais, la première image qui m’apparaissait était celle des deux garçons. Leurs visages se dessinaient dans mes pensées, et, inexorablement, plus je me concentrais sur ces visages, plus les détails – le nez, la bouche, le regard – m’échappaient. Je ne retenais d’eux que la peur. » (Eddy Bellegueule parlant de ses deux agresseurs au collège, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 63) ; « Je ne m’acceptais pas (jusqu’à mes 20 ans) parce que j’habite un petit village. C’est une chose dont on ne parle jamais. On se cache. On a peur. » (René, témoin homo suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc. Ils ont souvent une réputation de mauviettes et de froussards, de personnes facilement impressionnables et peu courageuses. Et un certain nombre d’entre eux s’installent dans cette réputation. « Mon envie dans ce film est de faire apparaître la relation que j’ai eue avec Pêche. Parce qu’elle a été sans doute une soupape à mes questions. Parce que j’avais trouvé en lui quelqu’un à qui m’accrocher. À travers cette histoire intime avec Pêche, mais aussi à travers les failles et les choses du monde normées et non normées assimilées, ressortira le cheminement d’un enfant, de sa construction, de ses peurs anciennes face à son homosexualité, mais aussi de ses désirs et secrets les plus beaux qu’il n’ait imaginés. » (le réalisateur Thomas Riera parlant de sa figure-cheval, dans le documentaire « Pêche, mon petit poney », 2012) ; « Le monde s’est mis alors à trembler autour de moi. La terre s’ouvrait sous mes pieds. L’abîme. J’y suis tombé. Le cycle de la mort aveugle, que j’avais déjà croisé enfant, jeune homme, recommençait. C’était le désert. Le désert et la panique. […] J’avais peur, peur, peur… Peur de partir. » (Abdellah Taïa parlant de la mort et de son enfance, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 93) ; « Tout m’inquiète. » (Bruno Wiel, jeune homme trentenaire homosexuel, agressé par quatre hommes qui l’ont laissé pour mort, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; « J’ai peur d’à peu près tout dans la vie. » (Michel Govignon, candidat gay dans le jeu Une Famille en Or, diffusé le 30 novembre 2021 sur TF1) ; etc.

 

En réalité, leur peur est liée à la sexualité en général, à la différence des sexes. « Le sexe n’existait pas pour moi quand j’étais petite puisqu’il n’était jamais nommé. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 108) ; « Comme Chouaïb, je ne mélangeais pas Dieu et le sexe. Le pur et l’impur. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 26) ; « Je faisais croire que j’étais branché sur les filles ! En réalité, elles me faisaient très peur. Dès qu’elles étaient trop proches, je reculais. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 29-30) ; « La grande majorité des malades qui consultent le psychothérapiste ne sont pas vraiment des homosexuels, mais plutôt des jeunes gens souffrant d’un état d’anxiété. Ignorant le processus de développement de l’instinct sexuel, ne se rendant pas compte qu’ils traversent une étape normale d’homosexualité, truffés de complexes d’infériorité qui leur font redouter l’idée même des responsabilités du mariage, ils montent en épingle leurs tendances homosexuelles pour expliquer leur incapacité à se marier. […] Ce sont les impressions de l’enfance qui marquent l’individu au point de vue sexuel. Si elles ont été désastreuses, l’individu cherche souvent refuge dans l’homosexualité. C’est l’histoire banale des foyers désunis, où la mère, malheureuse et terrorisée par un père brutal, étouffe son enfant sous des manifestations d’affection anxieuse. Elle le retient dans son développement et tend à le conserver pour elle, comme un bébé. L’enfant, dans ces circonstances, témoin d’un rapport sexuel entre ses parents, l’interprète comme une attaque contre sa mère, une brutalité. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 48)

 

 

Et plus encore : la peur des sujets homosexuels est liée à l’homosexualité, à la pratique homosexuelle, et à la croyance en la vérité de l’identité homosexuelle et de l’amour homosexuel… même si, très vite, par auto-persuasion, ils vont se dire que c’est tout ce qui fait frein à celles-ci qui créerait leur angoisse (cf. je vous renvoie au code « Liaisons dangereuses » du Dictionnaire des Codes homosexuels) : « J’étais heureux et j’avais peur. Tu étais l’homme, le roi. J’acceptais ton pouvoir. » (Abdellah Taïa s’adressant à son amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 114) ; « C’est extrêmement difficile à vivre. […] J’ose à peine regarder les autres. […] Quand c’était intime, j’étais dans le malaise. » (Christian parlant de la découverte de son désir homosexuel pendant l’adolescence, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Catherine disait avoir peur : ‘Tu ne sais pas te protéger. Je ne veux pas te faire à nouveau souffrir. Il faut que tu saches qu’avec les femmes, je ne sais pas construire d’avenir. Avec un homme, c’est plus simple, je peux raisonner, ordonner, projeter, il n’y a pas à avoir peur de l’amour. Ne crois pas que tu pourras opérer de miracles. Dans ce domaine, je me sens infirme.’ Je n’arrivais pas à prendre au sérieux cette peur de l’amour et du désir sur laquelle Catherine revenait sans cesse et il me semblait, tant l’amour peut rendre présomptueux, que j’en viendrais facilement à bout. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 53) ; « Ce qu’il y avait entre nous [Martine et elle], c’était quelque chose de bien plus fort, à savoir la peur de la solitude. » (idem, p. 78) ; « Je nageais mais dans la peur. Je tremblais, à l’intérieur. Je ne voyais plus les garçons sauvages mais je les sentais venir, se rapprocher de mon corps, le renifler et le lécher. Dans un instant le violenter, l’un après l’autre le saigner. Le marquer. Lui retirer une de ses dernières fiertés. Le briser. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 25) ; etc.

 

Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko évoque sa peur de l’acte sexuel (« Mes yeux se fermaient à l’idée que le sexe était une combinaison du bon et du mauvais. », p. 63), puis son effroi d’avoir vécu l’acte homo : il raconte la vue de son violeur et de son « sexe brandissant sous ses yeux, écarquillés de peur » (p. 71)

 
 

b) La caricature de cette peur homosexuelle de la sexualité : l’attrait-répulsion pour les univers d’épouvante

Film "The Rocky Horror Picture Show" de Jim Sharman

Film « The Rocky Horror Picture Show » de Jim Sharman


 

Comme pour avoir une main sur leurs peurs cachées (et ne surtout, pour les cacher et ne surtout pas les surmonter), certaines personnes homosexuelles vont, à l’âge adulte, rejoindre le monde de l’horreur cinématographique et donner à croire ainsi que plus rien ne leur fait peur. Quitte à singer la peur et s’illusionner elles-mêmes.

 

 

Il est fascinant de remarquer que beaucoup de réalisateurs de films d’épouvante sont homosexuels : James Whale (le créateur de Frankenstein), Friedrich Wilhem Murnau, Curtis Harrington, Ed Wood (pour son travestisme…), Victor Salva (attiré par l’homosexualité mais aussi la pédophilie), Kenneth Anger, Jack Smith (si on peut le classer comme réalisateur de films d’horreur – dans ce cas, le retenir comme personnalité, avec Andy Warhol et Susan Sontag), les frères Kuchar, Andy Milligan, David DeCoteau (initiateur du fantastique 100% et ouvertement gay), Paul Morrissey, Michael Armstrong (« Mark Of The Devil », « House Of The Long Shadows »), Zebedy Cold (porno fantastique ; il était bi), Tim Sullivan (le remake de « 2 000 Maniacs »), Alan Rowe Kelly, Todd Haynes, Joel Schumacher, Marc Pirro (« Curse Of The Queerwolf »), Tom DeSimone (porno + « Hell Night »), Bart Mastronardi (un jeune indépendant, auteur de très bons films underground), Jason Paul Collum, etc. Gros doute pour Jack Sholder, Philippe Mora et Tom Holland…

 

« Je veux faire qui rende les spectateurs fous, qui les pousse à commettre un meurtre. » (Hisayasu Sato) ; « Bien à l’âge de neuf ans, j’ai été abusée sexuellement par un adolescent et sa sœur. J’ai alors expérimenté une activité hétérosexuelle et homosexuelle affreuse à un très jeune âge et en même temps, j’étais élevée par la télévision – j’avais la permission de regarder des films réservés aux adultes, des films d’horreur, des films à contenu sexuel, donc mon éducation à l’amour et au sexe s’est faite par l’abus et en gros par la négligence parentale, puisqu’ils nous autorisaient à regarder ces choses. » (Shelley Lubben, ex-actrice porno) ; etc.

 

Un certain nombre de personnes homosexuelles (Clive Barker, Hervé Guibert, Gus Van Sant, etc.) s’inspirent du chef-d’œuvre d’Hitchcock « Psychose » (1960), un modèle du genre du film d’épouvante… et pour cause : Anthony Perkins (l’acteur qui joue Norman) était homosexuel (et très certainement Alfred Hitchcock aussi) ; d’ailleurs, le personnage de Norman Bates, dans le film, est soupçonné d’être inverti. Par exemple, Anne Heche, réalisatrice lesbienne du film « Sex Revelations » (2000), a joué dans le remake de « Psychose » (1998) de Gus Van Sant. Le réalisateur homosexuel espagnol Alejandro Amenábar est fan du film « Psychose », et dit qu’il « dévorait » les romans d’Agatha Christie quand il était adolescent. On retrouve des références à « Psychose » dans le film « Espacio 2 » (2001) de Lino Escalera, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton (avec la musique stridente de « Psychose » au moment où Peggy tue à coups de marteau le vieux Douglas), dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford (la rencontre entre George et le prostitué Carlos, avec derrière eux l’affiche du regard de Marion Crane dans « Psychose » d’Hitchcock), dans le one-woman-show Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, dans le film « Hitchcocked » (2006) d’Ed Slattery, etc. Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Michael se compare à Norman Bates, le personnage principal du film « Psychose ».

 

« En revenant de la fête, en passant devant le Cinéma Odéon, j’ai remarqué qu’ils donnaient un film d’horreur. Déconseillé à tous les cardiaques. C’est l’histoire d’un dérangé mental qui s’habille comme sa mère et tue des pauvres innocentes qui passent la nuit dans un motel. » (une des 3 tantes d’Alfredo Arias, dans l’autobiographie de ce dernier Folies-Fantômes (1997), p. 131)

 

 

L’inversion de la peur en désir de créer/faire peur (et l’inversion en tant qu’homosexualité, finalement) est le propre du psychotique, de celui qui s’enchaîne à sa psychose/peur, précisément ! « Dans une psychose, les transformations ‘en contraire’ sont très fréquentes, le désir de battre devient envie d’être battu, le désir de dévorer devient la peur d’être dévoré, le plaisir de regarder du schizophrène se transforme en peur d’être épié (c’est la direction de la pulsion qui est transformée et aucunement la représentation de l’objet). L’exhibitionnisme lui-même peut nous proposer une solution acceptable, car il y a sans doute dans le travesti l’identification avec l’objet qu’on aimerait regarder, satisfaisant ainsi d’une façon narcissique un voyeurisme ‘retourné’. » (le docteur Hans Werner, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 306)

 

Mais revenons plus largement au cadre des films d’horreur. Il existe une forte proximité entre milieu homosexuel et genres cinématographiques de l’épouvante. Je vous renvoie à l’étude sur l’homosexualité dans les films d’horreur Monsters In The Closet : Homosexuality and the Horror Film (1997) de Harry M. Benshoff. Ainsi qu’aux blogs de référence Mein Camp et Fears For Queers, tenus par les très queer BBJane Hudson et Valentine de Luxe, bien documentés (d’ailleurs, on lit sous leur plume toute la jouissance et l’admiration – l’adoration ? – homosexuelles pour les films d’horreur : pour eux, l’horreur visuelle est chef-d’œuvre merdique, bijou de cruauté, suprême et inimitable élégance odieuse !)

 

On peut facilement constater que les univers terroristes et surnaturels d’Anne Rice, Jean Boulet, Clive Barker, Poppy Z. Brite, Jacques Tourneur, Val Lewton, Pedro Almodóvar, Ian McKellen, Copi, drainent une grande partie du public homosexuel : cf. le documentaire « Halloween Queen 1 » (1999) de S. Nhieim, etc.

 

 

Il n’est pas rare non plus que les personnes homosexuelles/bisexuelles rejoignent le courant artistico-spirituel du gothique, c’est-à-dire de l’esthétisme de la mort, de la mélancolie, du diable. Les gothiques sont particulièrement androgynes dans leur style (on y trouve beaucoup d’adolescents, de personnes en panne d’identité et en panne de modèles religieux ou sexués auxquels se raccrocher) : cheveux longs, ongles peints et capes-robes chez les gars ; tatouages, écrase-merde et parfois cheveux rasés pour les filles.

 

David Gerard alias "Red Drag Diva"

David Gerard alias « Red Drag Diva »


 

On retrouve la confluence entre la culture gothique et l’homosexualité dans les univers musicaux de Mylène Farmer, d’Indochine, de Placebo, de Kiss, de Marilyn Manson, de Gossip, de The Smashing Pumpkins, etc. On peut penser également aux auteurs homosexuels amateurs de Sade et du sensationnalisme gothique dixhuitièmiste comme les romans de William Beckford, Charles Maturin, Horace Walpole, Matthew Lewis, etc.

 

 

L’attrait d’un grand nombre de personnes homosexuelles pour les films d’horreur serait drôle s’il était uniquement second degré, s’il se limitait à un jeu collectif, à un folklore de Gay Pride ou d’Halloween. Mais il n’est pas que signe de cela. Il montre une peur de soi et des autres qui, si elle n’est pas identifiée ni donnée, peut se retourner en violence contre soi-même (suicide, mutilation) ou en dictature (cf. je vous renvoie au code « Homosexuel homophobe », au code « Milieu homosexuel infernal », à la partie « Circulez, y’a rien à voir » du code « Déni », ainsi qu’à la partie sur le « terrorisme transsexuel » du code « Homosexuels psychorigides » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Le monde de l’horreur visible permet à bien des personnes homosexuelles de transférer leur peur sur les autres, et notamment un public consentant, qui a soi-disant payé pour ce transfert. Par exemple, dans son article « Les Happenings : Art des confrontations radicales » (1968) traitant du mouvement artistique camp porté par les artistes homosexuels, Susan Sontag souligne l’usage des « techniques d’épouvante du surréalisme » (p. 415). Elle rappelle trois caractéristiques essentielles des happenings : « En premier lieu, l’objectivation ou la dépersonnalisation des personnages ; en second lieu, l’importance accordée au spectacle et au bruitage, au détriment de la parole ; enfin, une volonté délibérée d’éprouver durement le public. […] La technique de l’épouvante des surréalistes retrouve alors la source du meilleur comique : le sentiment d’invulnérabilité du personnage. L’absence de réactions émotionnelles profondes est l’élément essentiel de la comédie. Si nous pouvions rire de bon cœur au spectacle de scènes pénibles et grotesques, c’est que les personnes auxquelles de telles choses arrivent ne semblent pas en être profondément touchées. Peu importe que le public les voie gesticuler, et crier, et invoquer le ciel en se plaignant de leurs malheurs, il sait bien que tout cela demeure superficiel. […] Dans les Happenings, le bouc émissaire, c’est le public. » (pp. 417-420) Sontag souligne à juste raison toute la charge désirante et bien intentionnée (limite amoureuse) qu’investissent les personnes homosexuelles dans l’élaboration d’univers laids et odieux : « Le dernier mot du Camp : affreux à en être beau ! » (Susan Sontag, « Le Style Camp », L’Œuvre parle (1968), pp. 442-450)

 

Enfin, pour clore ce chapitre, j’aimerais vous livrer mon témoignage concernant mon propre rapport à la peur et aux films d’horreur… car j’ai un parcours étrange (très « queer », au sens originel du terme), qui va de l’excès de trouillardise vers un surprenant aguerrissement.

 

Je pourrais distinguer deux périodes de ma vie presque antagoniques. La première où j’étais, jusqu’à mes 20 ans, une vraie poule mouillée hyper impressionnable (quand j’étais petit, il m’arrivait de faire des cauchemars rien qu’avec les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie ou bien la vue de films avec des scènes violentes tels que « Les Dents de la mer », « Le Silence des agneaux » ou les épisodes de Matt Houston, qui pouvaient me traumatiser au point que je fermais les yeux pour ne pas les affronter ; par ailleurs, il était très facile de me faire hurler si on m’assaillait par surprise derrière une porte ou dans un couloir ; j’avais super peur du noir). La seconde période où je me vois maintenant vacciné et armé pour regarder la mort cinématographique en face, et même parfois la souffrance/la peur/la mort réelles. Je ne veux présager de rien, ni présumer de mes forces : le propre de la mort et de la peur, c’est quand même de nous prendre par surprise. Et n’ayant pas de boule de cristal, je ne sais pas comment je réagirai à chaque fois que la peur me prendra. Néanmoins, je peux quand même dire, au jour d’aujourd’hui, que peu de choses me font vraiment peur (c’est la communion des saints et ma foi en Jésus et Marie qui m’aident incroyablement contre les assauts de la peur), que j’ai acquis avec le temps un courage qui m’étonne moi-même tant j’étais mal parti. Il semblerait que j’ai acquis une insensibilité à l’horreur tout en conservant une vraie empathie pour ceux qui souffrent. Pourvu que ça dure ! De quelqu’un de fragile et d’impressionnable, qui faisait éponge avec toutes les images choquantes qu’il avait sous les yeux, peut parfois sortir un blindage et un courage insoupçonnés ! Ce qui ne nous tue pas nous renforce parfois. Il en est ainsi pour moi. Les images violentes ne m’atteignent plus ; les réalités violentes ne m’atteignent pas au point de m’ôter ma joie !

 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°65 – FAP la « Fille à pédé(s) »

FAP

FAP la « Fille à pédé(s) »

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

L’amitié « fille à pédé »/« l’homosexuel » : idolâtrie de l’« amour » désincarné

 

La rupture des personnes homosexuelles avec les femmes réelles ne se consomme pas forcément dans le tragique. Elle se fait la plupart du temps avec les dents blanches de l’amitié forcée. La « fille à pédé » apparaît comme la version souriante et télévisuelle de la misogynie impulsée par le désir homosexuel. Dans le jargon communautaire homosexuel, la « fille à pédé » (ou « FAP », « hétérote », « Fag Hag » en anglais) est le nom donné à la femme – plus mythique que réelle, autrement dit hétérosexuelle ou lesbienne – qui attire(rait) magiquement à elle tous les hommes gay de son entourage. En règle générale, la société médiatique lui a appris à défendre son titre, ce qu’elle fait ensuite toute seule spontanément.

 

Historiquement, elle est née sur nos écrans de cinéma. Ses prototypes les plus représentatifs sont les actrices (telles que Liza Minelli, Élizabeth Taylor, Julie Andrews, Vivien Leigh, Jeanne Moreau, etc.) qui jouèrent aux côtés des acteurs homosexuels planqués d’Hollywood, et qui maintenant se plaisent à se montrer comme des marraines idéales de la communauté LGBT (Madonna, Lady Gaga, Mylène Farmer, Lio, Christiane Taubira, Frigide Barjot, etc.). Elle possède toujours plus ou moins les mêmes masques : l’excentrique femme-enfant amoureuse de son meilleur ami homo, la menteuse, la fille boulotte ou ex-anorexique exploitée par les hommes, la prostituée courtisane habillée en mauve (la couleur des femmes lesbiennes… car la FAP est souvent un peu lesbienne quand elle s’actualise), l’actrice ratée, la bad girl infréquentable et un peu déséquilibrée, la femme libertaire mal mariée qui luttera ardemment dans la vie réelle pour la cause gay et « féministe », l’alcoolique qui ne s’attache pas sentimentalement et qui se fait avorter, la courtisane et la croqueuse d’hommes, la nymphomane hystérique et accaparante, etc.

 

Les personnages homosexuels singent avec elle une relation qu’on pourrait qualifier « de parfait collaborateur à parfaite collaboratrice ». Cette union a la force des amitiés d’adolescence : ils se jurent fidélité, mais la « fille à pédé » et « l’homosexuel » se servent mutuellement l’un de l’autre sans s’aimer véritablement, sans se détester non plus, comme les deux moitiés séparées d’une même conscience attachées ensemble par la force des choses, pour « se rassurer » comme disent Maïté et François dans le film « Les Roseaux sauvages » (1994) d’André Téchiné. L’« Homme de leur vie » qui les rassemble est en réalité l’androgyne, un personnage qui concrètement représente parfois leur blessure d’amour secrète commune : « Nous savons très bien où nous en sommes avec Carmen : nous aimons le même homme et il nous a dévastés, l’un et l’autre. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 132) La « fille à pédé » actualisée dissimule par son attrait pour « les homos » sa peur ou son mépris des hommes. En se barricadant dans les lieux d’homosociabilité, elle se prive d’amour et se saoule d’amitié. Ce qui la rattache à son copain homosexuel, c’est leur besoin commun de tendresse, leur désir d’enterrer un passé douloureux et de rattraper le temps perdu, l’oubli de la frustration du célibat et des déboires sentimentaux, l’entretien dans l’identique et l’homosexualité. Ils se tolèrent mais c’est une union de misères ou de kleenex, qui ne supporte que temporairement la consommation mutuelle. « En retrouvant Marine, au bout de deux ans de silence et de trahison, plusieurs pensées me traversent la tête : en profiter pour aller lui filer une beigne, ce qui me démange terriblement, ou l’embrasser avec douceur, ce qui me démange tout autant. » (Hervé Guibert, À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie (1990), p. 133) La « fille à pédé » offre peu de perspectives. Son univers est « désespérant », comme le chante Maurane dans « Qui es-tu Marie-Jeanne ? » à propos de son personnage de la comédie musicale Starmania. Elle est rentrée un peu trop précipitamment dans la relation compassionnelle avec son ami homosexuel pour être honnête. Ce dernier la voit qui manigance pour le décourager de ses recherches fondamentales (recherche du père, quête de l’amour conjugal, engagement religieux, etc.). De son côté, il a tendance à se servir d’elle comme un « rempart » (Jean-Philippe, travesti M to F, concernant son personnage de Charlène, dans l’article « Charlène Duval » de David Lelait, dans le site www.e-llico.com, consulté en juillet 2005) pour fuir sa vie ou faire d’elle un « appât » (cf. le film « Suddenly Last Summer », « Soudain l’été dernier » (1960) de Joseph Mankiewicz) afin de faire venir à lui les soupirants. Il n’est pas rare qu’il ait la vulgarité de l’associer à son animal de compagnie, souvent un singe (cf. vous pouvez consulter les parties sur les « FAP-appâts » ou les « FAP-singes » du code « Destruction des femmes » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.).

 

FAP Suddenly

Elisabeth Taylor (Catherine) qui se fait utiliser comme « appât » à hommes par son cousin homo Sébastien


 

La « fille à pédé » cinématographique essaie de dire aux individus homosexuels réels qui se trouvent de l’autre côté de l’écran la violence symbolique de leur attitude, comme la jeune femme du film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat : « Vous ne savez pas le mal dont vous êtes capables… Au fond, vous n’avez rien compris de ce que nous sommes. Vous avez peur des femmes comme un enfant du noir. » Et le jour où les hommes gay la trahissent vraiment, que la réalité dépasse la fiction, ils n’en reviennent pas de la justesse de sa prédiction. Ils se répètent à eux-mêmes devant leur glace « J’ai trahi la fille à pédé, celle qui ne me voulait que du bien… J’ai trahi la fille à pédé… ». « De quel droit faisais-je de telles entailles à l’amitié ? Et vis-à-vis de quelqu’un que j’adorais de tout mon cœur ? » (Hervé Guibert, À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie (1990), p. 106) Le mal est parfois commis et semble irréparable. Ils ne le voulaient pas, mais ils ont quand même utilisé leur amie pour ameuter les amants. Ils restent stoïques devant leur propre incompréhensible, dans la même posture hallucinée que Patrick Timsit (Adrien) au bord de sa piscine dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion. La « fille à pédé » actualisée, c’est la femme que les hommes gay trompent, celle qu’ils ne savent pas apprécier à sa juste valeur, celle qu’ils ne manquent pas de traiter devant leur groupe d’amis comme leur bon valet qui boulottera les restes – même s’ils se rattrapent après en ronronnant auprès d’elle, comme un bon chat à sa maîtresse –, celle à qui ils font parfois l’affront d’annoncer que s’ils n’étaient pas gay ils ne lui auraient sûrement pas dit non – alors qu’elle désespère souvent de son célibat ! –, celle à qui les hommes gay doivent parfois un éternel pardon car ils la mènent fantasmatiquement à la mort. Elle ne leur devait pourtant absolument rien. Ils ne lui imposent qu’un seul devoir – mais il est déjà en soi totalement injustifiable – : celui d’être une vierge malheureuse et inutile.

 

Pourtant, les hommes gays eux-mêmes étaient initialement amoureux d’elle. Follement amoureux. Aujourd’hui, ils n’y croient plus du tout : cela leur paraît surréaliste tellement cette passion a été précoce. Mais s’ils fouillent un peu dans leur mémoire, avant qu’ils se persuadent qu’ils étaient homos, ils se sont écrits des histoires d’amour incroyables avec les plus belles filles de leur classe, avec de singulières femmes mûres de leur entourage ou de leur monde télévisuel. Ils effeuillaient leurs pâquerettes afin de savoir avec laquelle ils allaient se marier. Mais comme elles n’étaient pas prêtes quand eux l’étaient (l’école primaire, ou bien les femmes déjà mariées et célèbres, c’est un peu tôt ou un peu tard…), comme ils se sont rués sur le gâteau avec frénésie, angoisse et maladresse, et qu’ils se sont/seraient cassé les dents, ils font ensuite mine de n’avoir rien désiré du tout une fois arrivés à l’âge adulte. « Entre la fin de l’été et l’âge du grand pas (16 ans), je suis obsédé par une seule chose. Les talons aiguilles. Dès que je croise une femme dans la rue qui en porte, je la poursuis dans l’espoir qu’elle me remarque, et que nous fassions l’amour. Inutile de vous dire que ça ne s’est jamais produit. […] Les filles ne m’ayant pas donné la satisfaction voulue, les femmes n’étant pas préoccupée par un adolescent de 16 ans, je fis le grand saut. J’enfilais les talons aiguilles de ma mère. » (cf. le texte d’un travesti M to F du Québec, consulté en juin 2005) Ils ont enfoui leur passion secrète pour la femme dans l’esthétique, comme celui qui avait commencé à tendre spontanément la main pour la serrer à son interlocuteur et qui, n’ayant pas eu instantanément de répondant, stylise son élan spontané en feignant d’avoir désiré se coiffer afin de ne pas passer pour un imbécile. La maladresse et l’amère déception se camouflent en s’esthétisant, et la rencontre des faiblesses ne se fait pas à cause d’un enchaînement de malentendus. Beaucoup d’hommes gays font porter à la femme réelle non-hétérosexuelle le prix fort de son aveuglement passager, de sa peur adolescente, de son indifférence, ou de leur propre maladresse impatiente, en la privant (à tout jamais ?) de leur désir pour elle et en l’empêchant de les désirer. L’annonce de leur homosexualité suffit généralement à refroidir les femmes actuelles. Celles-ci sont dans un premier temps rassurées par les hommes qui ne les regardent pas : elles ne risquent pas de se faire lourdement draguer ni d’être traitées comme des objets. Mais sur la durée, si l’attraction sexuelle n’est pas là, elles finissent en général par se sentir lésées, car le désir sexuel des hommes les honore toujours quand il est respectueux et capable de faire leur bonheur, bien plus qu’un pacte amical d’ignorance mutuelle ou de non-agression sexuelle.

 

Beaucoup d’hommes gays blessent réellement les femmes. Et certaines filles « hétéros » célibataires finissent par désespérer de penser que les seuls êtres doux qui feraient de bons maris se disent généralement gay. L’absence de désir pour les femmes chez les hommes gay dévalue non seulement leur féminité mais peut-être plus profondément – parce que ce n’est pas qu’une question de fierté féminine – l’amour en général. La « fille à pédé » actualisée est placée sur le banc de touche en tant que femme unique et en tant que femme universelle. Cette tristesse des femmes « hétérotes » est plus profonde qu’une blessure d’orgueil. C’est plutôt celle qu’on ressent face au gaspillage de richesses idiot, à une bêtise irrémédiable, à l’impossibilité d’une rencontre qui promettrait d’être magnifique si la plupart des personnes homosexuelles n’avaient pas le désir de se réifier et de posséder les femmes comme des objets enfermés dans une cloche de verre.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Obèses anorexiques », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Destruction des femmes », « Duo totalitaire lesbienne/gay », « Bergère », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Mère gay friendly », « Trio », « Vierge » et « Don Juan », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 
 

FICTION

 

a) La bonne copine « délire » et secrètement amoureuse de son ami homosexuel :

Dans les fictions traitant d’homosexualité, la « fille à pédé » est souvent une femme qui traîne dans les bars et les boîtes gays, qui passe son temps à consoler son meilleur ami gay, qui refuse de vieillir, qui s’habille dans du 12 ans, qui jadis a croqué et séduit les hommes, qui boit comme un trou, qui a une vie de famille ou amoureuse compliquée et insatisfaisante, et qui cultive une bonne humeur suspecte qui confine à la vulgarité beauf. « Marilyn est une fille à pédales qui se coiffe, se maquille, s’habille comme Marilyn Monroe. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 29) ; « Star d’un jour elles sentait cruellement sa déchéance qu’elle noyait dans des vodka-orange dans les boîtes de folles où elle gardait encore quelques acolytes. » (idem, p. 29). Elle passe son temps à trouver ses amis gays extras : « Des amis gays, j’en ai plein. Ce sont des gens brillants et extrêmement raffinés. » (Elsa dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare). Elle est persuadée qu’elle a un rôle privilégié dans le « milieu homosexuel ». Elle ne se rend pas compte que sa place a l’ambiguïté du copinage alcoolisée et du foutage de gueule sincère : « Pour Xavier, je suis restée la femme idéale… » (Brigitte, la collègue hôtesse de l’air de Xav, le héros homosexuel, dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand)

 

L’amitié que vivent la FAP et son meilleur ami homo a le parfum éphémère des amitiés adolescentes, des p’tits délires narcissiques entre gamins qui ont peur d’eux-mêmes et des autres, des unions de misère : cf. Heïdi et Jean-Luc chantant la chanson des jumelles des Demoiselles de Rochefort dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Bernard le héros homo et Donatienne la FAP faisant du karaoké dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo, Rhonda et Adam dans le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, Marc et Gaby dans la pièce Faim d’année (2007) de Franck Arrondeau et Xaviéra Marchetti, Marcy et Sébastien dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, etc. « Toi et moi on est pareils. On a tellement peur de nous. » (Damien le héros homo à sa meilleure amie Agathe, dans la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi)

 

Ces délires flattent leur superficialité commune. Ils s’aiment parce qu’ils détestent/pleurent/« ne croient plus en l’Amour » ensemble. « Nous ficelons nos mensonges en un tour de langue – nous avons tellement l’habitude – et entre deux éclats de rire. » (Dominique le héros homosexuel en parlant de sa mère, dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, p. 25) ; « Nous sommes vraiment, ma mère et moi, sur un pédalo en train de savourer un esquimau géant… » (idem, p. 36) ; « Typhanie avait toujours des théories lunaires. » (Jérémy Lorca parlant de sa fille-à-pédés, Typhanie, dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; etc.

 

Film "Get Real" de Simon Shore

Film « Get Real » de Simon Shore


 

La FAP a le chic pour se mettre dans des situations amoureuses compliquées : c’est une héroïne tragique version Bridget Jones boulimique, qui va préférer (ce qu’elle présente comme) l’inaccessible (homosexuel). Beaucoup de fois, elle avoue ses sentiments amoureux pour son meilleur ami homo : Bathilde amoureuse de son ami homo Jason dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Sally dans le film « Cabaret » (1972) de Bob Fosse, Amina et son ami Dany dans le film « Sexe, gombo et beurre » (2007) de Mahamat-Saleh Haroun, Wendy dans le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, Sarah dans le téléfilm « Un Amour à taire » (2005) de Christian Faure, Julie amoureuse de son ami homo Dominique dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, Gaby dans la pièce Faim d’année (2007) de Franck Arrondeau et Xaviéra Marcjetti, Stéphanie amoureuse de Laurent son ami homo dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, Ana et son ami gay Franz dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Kathy dans le film « Comme les autres » (2008) de Vincent Garenq, Marie-Jeanne folle de son meilleur ami homo Ziggy dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger, Nina dans le film « Party Boys » (2001) de Dirk Shafer, Maggie dans le film « Edge Of Seventeen » (1998) de David Moreton, Nina dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, Lisa dans le film « Folle d’elle » (1998) de Jérôme Cornuau, la Groupie dans la comédie musicale La Légende de Jimmy (1992) de Michel Berger, Nina dans la pièce Son mec à moi (2007) de Patrick Hernandez, Tara dans le film « Relax… It’s Just Sex » (1998) de P. J. Castellaneta, Nina dans « Change-moi ma vie » (2001) de Liria Begeja, Rosalie dans le film « L’Homme est une femme comme les autres » (1998) de Jean-Jacques Zilbermann, Marga dans le film « Sobreviveré » (2000) d’Alfonso Albacete et David Menkes, Carole amoureuse de son ami homo Laurent dans le film « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, Antonietta amoureuse de son voisin Gabriele dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Hanna dans le film « El Verano De La Señora Forbes » (1988) de Jaime Humberto Hermosillo, Amy dans le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano, Rhonda dans le film « Finding North » (1998) de Tanya Wexler, Gypsy dans le film « Gypsy 83 » (2001) de Todd Stephens, Catherine dans le film « Mon meilleur ami » (2005) de Patrice Leconte, Aihara dans le film « Grains de sable » (1995) de Ryosuke Hashiguchi, Astrid dans le film « Entre amis » (2015) d’Olivier Baroux (en pleine croisière, elle reçoit des coups de fil de son meilleur gay, et elle avoue à la fin qu’elle a couché avec Jean Franco, pourtant homo), etc. « Je ne parvenais pas à lui dire qu’elle n’avait aucune chance puisque je ne l’aimais pas. Je fus tour à tour, charmant, horrible et cruel avec elle. Je l’aimais à ma façon. » (Bryan parlant de Laëtitia, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 24) ; « Je t’aime, je suis folle de toi. » (Laëtitia à Bryan, op. cit., p. 25) ; « Mais oui mon chaton, je t’aime comme une folle. » (la femme à son mari homo, dans la pièce Tu m’aimes comment ? (2009) de Sophie Cadalen) ; « J’aurais tellement voulu être la femme de ta vie. » (Solange parlant à son meilleur ami homo François, dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « C’est un garçon pas comme les autres, mais moi je l’aime, c’est pas de ma faute, même si je sais qu’il ne m’aimera jamais. » (cf. la chanson « Un Garçon pas comme les autres » de Marie-Jeanne dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; « Pour une fois que je me trouve un hétéro ! » (Marie, étonné de sortir avec un homme pas homo, dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion) ; etc.

 

Film "Cabaret" de Bob Fosse

Film « Cabaret » de Bob Fosse


 

Par exemple, dans la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand, Clara est amoureuse de son meilleur ami homo JP : elle le présente comme « l’homme de sa vie » (cf. l’épisode 6 « Un Cadeau de la vie »). Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Wanda est amoureuse de son meilleur ami homo Benoît et essaie en vain de le convertir à l’hétérosexualité : « Je suis amoureuse de Benoît. » ; « T’es pas la première à tomber amoureuse d’un homo. » (Wanda à Marie, idem) Dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis, Alice (FAP) attend que son meilleur ami homo Fred tombe amoureux d’elle : « J’ai tout fait pour te mettre dans mon lit ! » ; et en plus, Alice aime Julien qui se révèlera homosexuel aussi. Dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, Claire, au seuil de la quarantaine, veut un enfant de son meilleur ami homo Erik. Dans la pièce Les Homos préfèrent les blondes (2007) d’Eleni Laiou et Franck Le Hen, il est dit que Raphaëla, amoureuse de son meilleur ami homo, est atteinte du « syndrome Ziggy » (en référence à Starmania). Dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, Élisabeth, la FAP anglaise, vit (en coloc ?) avec Jean et tolère qu’il ramène de temps en temps chez eux ses amants. Dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Marilyn qui au départ devait simuler un couple avec Chris, le héros qui veut cacher son homosexualité à son père, finit par tomber amoureuse de lui. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Caroline retrouve à l’âge adulte Jonas, un ancien camarade de collège, aujourd’hui homo, dont elle était secrètement amoureuse, et qui à l’époque « n’avait pas voulu qu’elle s’asseye à côté de lui en cours ». Elle lui avoue qu’elle fut « triste qu’il quitte le collège ». Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, Ingrid, la Suédoise, dit qu’« à chaque fois qu’elle tombait amoureuse à Stockholm, c’était d’un pédé ».

 

Certaines « filles à pédé » voient l’homosexualité de leur meilleur ami homo comme un défi, un interdit à braver, un enjeu de séduction. « Quand je quittais la scène, elles m’attendaient en coulisse par grappes ! Parfois elles montaient par le trou du souffleur ! […] Et plus je faisais la folle sur scène, plus elles m’adoraient. » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « À mon avis, ça t’excite, tout ça. » (Bernard, le héros homosexuel, à sa meilleur amie Donatienne, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Attention à toi, parce qu’elle est homophile ! » (Bernard parlant de Dona à son pote gay Duccio, idem) ; « Tu sais, pour une fille, sortir avec un pédé, c’est juste le rêve. » (Ana s’adressant à Jérémie le héros homo dont elle est amoureuse, dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare) ; etc. Par exemple, dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, Alejandra essaie de coucher avec Raúl, l’amant de son frère Roberto. Dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, Charlotte dont la vie sentimentale est un désastre (son ex-mari l’a quittée au bout de 8 ans), cherche à séduire son meilleur ami homo George : « Si t’étais pas une tante, on serait heureux ! » Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Lily, l’amie d’Éric le héros homo, est nymphomane.

 

Dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Sylvie, la meilleure amie de Pierre, le héros homosexuel, est tellement dingue de lui qu’elle lui met une pression de malade pour qu’il lui fasse un enfant et pour concrétiser son rêve à lui d’être père. Elle a pourtant tout de la nana lesbienne, qui refuse de porter des robes de soirée, qui traite Pierre d’« enculé » parce qu’il a trouvé une autre mère porteuse qu’elle, qui exerce la profession très macho de flic. Et en même temps, elle se montre très soumise à Pierre : « Je serai gentille et utile. Et Pierre pourra rester un enfant aussi. Ça aussi, c’est prévu. » L’inconfort de l’amitié amoureuse lui permet de ne pas affronter leur peur commune de la différence des sexes et leur désillusion commune de l’amour : « Je m’accroche à la certitude que l’amour ne dure pas. »

 

Il n’est pas rare que le héros homosexuel sorte par dépit avec sa meilleure amie, qu’il « l’essaye » au lit pour exploiter les sentiments de celle-ci, ou pour refouler sa propre homosexualité : « Je n’arrivais pas à admettre mon homosexualité. C’est uniquement pour cela que je suis sorti avec Stéphanie, pour me prouver que je n’étais pas homo, que je pouvais fréquenter une fille, l’embrasser, l’aimer… » (Bryan, le héros homosexuel du roman Si tu avais été…(2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 113) ; « C’est mon rêve d’avoir un enfant de toi. Tu es la femme de ma vie, Eva ! Tu es la femme que je voudrais avoir et celle que je voudrais être ! » (Adrien s’adressant à sa meilleure amie avec qui il veut un enfant par fécondation in vitro, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; etc. Par exemple, dans le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, Paul le héros homo couche avec la FAP Mousse, pour ensuite l’abandonner. Dans la pièce Les Amers (2008) de Mathieu Beurton, Kevin veut se débarrasser de Jenny parce qu’il veut lui voler Joe (« Elle était là comme une barrière. ») ; il l’avait préalablement mise enceinte, avant de l’obliger à avorter. Dans les téléfilms « À cause d’un garçon » (2002) de Fabrice Cazeneuve et « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, le héros homosexuel couche avec sa meilleure amie « fille à pédé » juste pour tester son homosexualité, puis la jette. Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, la jolie Alba est délaissée par Tommaso (il préfère les garçons, et sort avec Marco), qui au départ l’avait embrassée. Dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel, Laura, l’ex petite amie de Louis, finalement homosexuel, se sent niée dans sa féminité : « Tu m’as fait du mal, tu sais. » Dans l’épisode 86 « Le Mystère des pierres qui chantent » de la série Joséphine Ange-gardien, diffusée sur la chaîne TF1 le 23 octobre 2017, Louison, l’héroïne lesbienne, se force à coucher avec son pote Max, pendant la colonie de vacances, pour finalement renforcer son sentiment d’être homosexuelle : « Je voulais le faire pour être sûre que j’aimais pas les filles. » Elle le jette ensuite comme une vieille chaussette. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Elio se force à coucher avec Miarza, alors qu’il est homo. Celle-ci, avant de se faire larguer, avait flairé l’arnaque : « Je pense que les gens qui lisent sont un petit peu cachottiers. » ; « Je pense que tu vas me faire souffrir. Et je veux pas souffrir. » Dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018, Victor, 17 ans, homosexuel, se force à coucher avec sa meilleure amie Aurélie (qui a un vrai look de baby Butch lesbienne), et s’en sert comme couverture d’hétérosexualité pour cacher son homosexualité à ses parents et faire bonne figure. Aurélie finit par s’en rendre compte et par s’en révolter, en lui fichant une claque : « Plus jamais tu te sers de moi comme ça ! » Elle exprime plus d’empathie quand Victor revient à la charge pour ne pas perdre son amitié : « Tu dois me haïr ? » lui dit-il. Elle lui rétorque : « Non. Je t’en veux. Mais je sais pas ce que tu ressens vraiment. » Dans le film « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer, Tomas, un Allemand, est en couple épisodique avec Oren, un Israëlien marié à une femme, Anat, et qui finit par se tuer dans un accident de voiture à Jérusalem. Tomas, pour retrouver Oren, couche avec la veuve. Anat est le seul témoin vivant et sensuel qui peut ramener à Tomas le souvenir d’Oren. Finalement, Anat se fait « sauter » (en décalé) par les deux amants homos. Tomas couche avec elle pour recoucher symboliquement avec Oren.

 

Dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le héros homosexuel, raconte comment il a commencé à tomber amoureux d’une femme, Cécile, sur une « plage abandonnée, coquillages et crustacés » (« Je te kiffe grave. » lui a-t-il dit), puis à rejeter subitement son amour (« J’ai été obligé de la laisser étendue sur le sol. C’est pas grave, c’est qu’une fille. On s’en fiche. »). Plus tard, Fabien découvre que son meilleur ami Momo, même s’il est en couple avec une femme (Isabelle), se sert de celle-ci « pour faire genre ».
 

En général, la « fille à pédé » et l’individu homosexuel se servent de couverture l’un l’autre (soit d’homosexualité, soit de célibat mal porté) ou de rabatteuse d’hommes : cf. le film « Flesh » (1968) de Paul Morrissey, le film « Queer Things I Hate About You » (2000) de Nickolaos Stagias, le roman Los Ambiguos (1922) d’Álvaro Retana, le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent (avec Victoire, la godiche hétérosexuelle qui seconde Charlène, l’héroïne lesbienne, qui la laissera tomber), etc. « Elle m’aime pas, Polly, je crois que j’aimerais quand même l’avoir comme fille de pédés, c’est comme ça qu’on dit fag hag, pour lui coiffer ses cheveux et tout ça, mais quand même, elle est très méchante avec moi, hein ? Les fag hags françaises sont toutes comme ça, méchantes ? Moi la mienne, à New York, Emma, elle fait tout ce que je dis à elle, comme de montrer ses seins pour que je souce des mecs. Ta fag hag à toi elle est pas gentille comme ça. » (Cody le gay nord-américain parlant à Mike le héros homo à propos de Polly, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 116-117) ; « Tu sais Bruno, ça ne me dérange pas que tu sois homosexuel ! » (Christiane se servant de la beauté de son pote pour s’attirer un mec à la boîte Number One, dans la pièce Célibataires (2012) de Rodolphe Sand et David Talbot) ; « Je n’avais pas l’intention de me faire passer pour un homme, mais tu connais Tielo, il adore plaisanter. Il trouvait hilarant que je puisse piéger une fille hétéro, sans parler du fait, bien sûr, que lui aussi cherchait à lever des filles hétéros. Alors au bout d’un moment, on s’est mis à aller dans des clubs hétéros et je faisais semblant d’être son frère Peter. » (Petra s’adressant à son amante Jane, à propos de son frère hétéro Tielo, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 82) ; « Vas-y fonce, tu verras bien ! » (Arielle, la fille à pédés découvrant que son collègue homo Antoine trompe son copain Adar avec un certain Alexis, dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin) ; « George, venez avec moi. J’ai besoin d’un joli garçon dans le salon. » (Constance s’adressant à George le héros homosexuel, dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner) ; etc. Par exemple, dans la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, Joséphine se sert de son fils gay Kevin pour appâter les clients du bateau et leur soutirer de l’argent. Dans le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Didier utilise sa cousine-FAP comme faire-valoir : « Tu es mon public ! » lui dit-il. Dans le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, la FAP Severin marque un prix sur la photo qu’elle fait de son ami homo Jamie. Dans la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand, la FAP Clara utilise son meilleur ami homo Jean-Philippe comme un objet : selon elle, il est pratique d’avoir à ses côtés « un type qui vous protège de la pluie » (cf. l’épisode 1 « À la recherche du prince charmant »). Dans le docu-fiction « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, pendant que la « fille à pédé » se fait tatouer, elle discute avec Paul, le héros homo, et ne cache pas son opportunisme à son égard : « J’adore les pédés. […] Tu peux venir avec moi. Surtout que tu es très mignon. Tu feras sensation. » Dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, Lola, avant de se découvrir lesbienne, paie des prostitués pour se donner l’illusion qu’elle peut avoir des amants (Luc, homosexuel, sera l’un d’eux). Dans le film « Indian Palace » (2011) de John Madden, Evelyn se sert de son amitié avec Graham, le héros homosexuel, pour surmonter son veuvage. Dans le film « Entre les corps » (2012) d’Anaïs Sartini, Hannah, l’héroïne lesbienne, vit en coloc avec Greg, son pote gay, et s’allonge contre son dos quand il dort.

 

Il n’y a pas de réelle amitié entre le héros homosexuel et sa meilleure amie. Il s’agit plutôt d’une exploitation mutuelle ou d’attentes voilées non-réciproques. « On n’est pas vraiment les champions de l’amitié. […] Pour toi, je suis juste la solution de simplicité. » (Franckie parlant à Hugo son ami homo, dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) ; « Quelque part, je crois qu’on se ressemble un peu trop. » (Laurent le héros homo à sa meilleure amie Lola, dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau) ; « Tu croyais que tu allais pouvoir garder ta super copine pour toi tout seul ? Ben non ! J’suis pas une fille à pédés ! » (Arielle s’adressant à son meilleur ami gay Antoine, et ayant trouvé chaussure à son pied avec le frère de ce dernier, dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin) ; etc.

 
 

Sur le flyer de la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis, il est marqué concernant la relation entre Alice et son meilleur ami homo : « Ils s’adorent… mais ils ne se supportent plus. »

Alice – « Freeeed, tu m’aimes ?

Fred – Non.

Alice – Ben moi non plus ! »

 
 

La FAP et son meilleur ami homo se traitent mutuellement comme des objets. « Tu sers vraiment à rien, Marjan. » (Adineh l’héroïne transsexuelle F to M s’adressant à Marjan une de ses amies, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) Par exemple, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo, Bernard l’homosexuel joue au couturier, au conseiller relooking avec sa FAP Donatienne… ils se rendent même ensemble au Musée Grévin ! Dans le film « Saint Valentin » (2011) de Philippe Landoulsi, Valentin le héros homosexuel fait semblant d’offrir à genoux à sa FAP Naima un bouquet de poireaux… pour finalement lui piquer sa clope. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, les camarades de classe d’Adèle, a priori gay friendly, la harcèlent pour qu’elle fasse son coming out  (« Juste assume ! »), pour ensuite le lui reprocher. Dans la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy, Sébastien l’homosexuel utilise et manipule son amie lesbienne Dadou à ses propres fins amoureuses homosexuelles.

 

Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Guen, le héros homosexuel, maintient une relation fusionnelle avec Camille, sa meilleure amie (« On est amis de pallier, comme des friends. »), avec qui on apprend qu’il a couché une seule fois (« C’est arrivé un soir de blues. C’était tendre, complice. On s’est laissés porter par le vin. On s’est promis qu’on ne le referait plus. ») et dont on sait qu’elle finit lesbienne. Guen, on l’apprend un peu tard, n’a pas exploité Camille seulement sexuellement, mais également financièrement. Leur relation a le goût de l’adolescence bobo qui s’éternise (« On a fait une blind-test Années 80. Et puis le lendemain, on s’est fait un plateau sushis-bio. »)… qui se délite… et se détruit.
 
 

b) L’amitié de misère et de misandrie :

Film "Pôv' fille" de Jean-Luc Baraton

Film « Pôv’ fille » de Jean-Luc Baraton


 

Mais derrière la camaraderie singée, il y a de la tristesse et de la haine. C’est pour cela qu’elle se termine souvent mal, cette « amitié » ! La FAP et l’homosexuel sont associés dans le crime, le mensonge, dans la haine/déception des hommes et du genre humain : cf. Sally la fille célibataire qui s’est fait avorter dans le film « Cabaret » (1972) de Bob Fosse, Abbey la « fille à pédé » qui aide son meilleur ami Danny à plagier un film à l’examen de la fac dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa, Jane Randolph la féministe qui se fait avorter dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, la séductrice vexée dans la chanson « Il aimait les garçons » de Kelly, etc. « De toute façon, les hommes, ça vaut rien ! » (Ana à son ami Marina le travesti M to F dans la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud) ; « Ma vie sentimentale est un fiasco. » (Claire dans la pièce Une Heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat) ; « Les mecs me font peur. » (Marie, la FAP violée, dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow) ; « Toutes, on est seules. » (Marilou dans la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt) ; « Moi aussi je me suis sentie humiliée, considérée comme moins que zéro. » (Antonietta à son meilleur ami homo Gabriele dans le film « Una Giornata Particolare », « Une Journée particulière » (1977) d’Ettore Scola) ; « C’est vrai que je n’aime personne, pas même vous, Garance. Et pourtant, mon ange, vous êtes la seule femme que j’aie jamais approchée sans haine ni mépris. » (Lacenaire à Garance, dans le film « Les Enfants du Paradis » (1943-1945) de Marcel Carné) ; « Je hais les mecs !! » (Emily, la femme bafouée par Howard son presque-mari homo, et qui passe de l’obésité d’adolescence à l’anorexie, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; etc. Par exemple, dans la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner, le protagoniste homosexuel (Prior) et la FAP (Harper) prétendent vivre une « triste complicité » ensemble. Dans le film « Chacun cherche son chat » (1996) de Cédric Klapisch, Chloé, célibataire, vit en coloc avec un gay, Michel, qui ne pense qu’à tirer son coup avec des mecs à l’appart. Elle essaie de l’embrasser sur la bouche une nuit qu’elle ne voulait pas dormir esseulée dans son lit froid, mais en vain. Désespérée de ce nouveau râteau, elle lui demande : « Pourquoi je suis toute seule ? ». Et Michel lui répond : « Chais pas. T’as trop peur des mecs. Tu partages ton appart avec un pédé. » Dans son one-woman-show Chatons violents (2015), Océane Rose-Marie et son pote dépressif Jérôme (qui prend du Lexomil) quittent Paris pour aller vivre à Marseille… et surtout pour fuir leur situation amoureuse respectivement catastrophique : « On a fait partie de la diaspora des cœurs brisés. »

 

Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, Eva est gérante d’une boîte gay portant son nom : Chez Eva. Elle est l’incarnation de la FAP qui refuse de grandir et qui se saoule de camaraderie homo pour éviter de se confronter à ses problèmes (notamment, elle avoue en fin de film s’être fait violer par son père quand elle était jeune…) et d’en sortir. « J’ai milité pour l’avortement. » dit-elle fièrement. C’est en rencontrant Alexandre, un homme marié hétéro, qu’elle se rend compte de la misère de sa situation : « À force de m’occuper des autres, j’oublie de m’occuper de moi. » Et Alexandre se jure de la tirer de cet enfer : « T’es seule, Eva, au milieu de toutes tes p’tites pédales. Tu t’es trompée de vie. » Plusieurs fois, Eva essaie de changer sa condition (« Il faudrait que je change de vie. ») mais elle est toujours tirée vers le bas par son meilleur ami gay Adrien qui la décrit comme la « femme de sa vie » et ne veut la garder que pour lui. Elle finit par reprocher à Alexandre sa complaisance et son manque de courage à tenir sa promesse : « C’est pas toi qui voulais m’arracher à tout ça ? ». Elle cherche à se faire avorter à l’issue de l’histoire, mais est raisonnée in extremis par Adrien.
 

Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Antonietta est la femme au foyer malheureuse, vivant au crochet de sa brute de mari, et de ses enfants fascistes. Elle trouve, le temps d’une journée, le réconfort dans la compagnie de Gabriele, son voisin de pallier homosexuel, qui allait se tirer une balle dans la tête avant qu’elle ne débarque chez lui pour retrouver son oiseau échappé de sa cage. Leur relation est très ambiguë : c’est une complicité de misère, confinant à l’adultère et à la déprime, et sur fond de rencontre au sommet à Rome entre Mussollini et Hitler : « Moi aussi, je me sens humiliée, considérée comme moins que rien. » (Antonietta). Antonietta tombe amoureuse de Gabriele, l’embrasse sur la bouche. Au départ, celui-ci résiste violemment. Puis il finit par se laisser vaguement faire. Gabriele avoue à Antonietta qu’il s’est fiancé avec une femme, pour s’assurer une couverture : « C’est une bonne amie qui voulait m’aider à sa façon. Peut-être que je ne jouais pas bien mon rôle. Le plus grave dans tout ça, c’est qu’on essaie de paraître différent de ce que l’on est. » Gabriele et Antonietta finissent par se consoler vaguement dans les bras l’un de l’autre, dans une étreinte à peine corporelle, et éphémère. Antonietta, l’embrassant encore sur la bouche, est même prête à sacrifier son plaisir sexuel pour fuir sa vie de femme mariée bafouée : « Tu me plais, tu me plais, comme tu es. Ces choses [= l’homosexualité] que tu m’as dites, ça m’est égal. »
 

À maintes reprises, la « fille à pédé » fictionnelle et son ami gay se complaisent dans leur misère : « Ma vie sentimentale est aussi nulle que la tienne. » (JP le héros homo à sa meilleure amie Clara, dans la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand, épisode 1 « À la recherche du prince charmant »). Ils forment le célèbre « couple ‘homo hystérique/fille paumée’ » (Clara, idem, dans l’épisode 4 « 14 juillet ») qui fait pitié. Par exemple, dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Franckie pense à avorter : elle parle d’« expulser son chien ». Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Wanda se définit comme « une femme libérée » qui n’arrive pas à garder un mec. Dans le film « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, Giles, le personnage homo âgé, s’entend bien avec une femme muette, Elisa, qui a tellement en dégoût les hommes qu’elle vit sa sexualité avec une Bête de l’espace.

 

La « fille à pédé » est souvent une femme malheureuse : cf. Li Jing dans le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye, Marie dans le film « Pièce montée » (2010) de Denys Granier-Deferre, Rachel la FAP alcoolique du film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann, Marga la mère abandonnée du film « Sobreviveré » (2000) de Alfonso Albacete et David Menkes, Rhonda la FAP ex-obèse (alias « Maura Bid ») dans le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, Clémentine Célarié en Hélène alcoolique et folle dans le téléfilm « Sa Raison d’être » (2008) de Renaud Bertrand, Lisa la FAP qui perd son enfant dans le film « Outrageous ! » (1977) de Richard Benner, la FAP obèse vivant avec ses deux mères lesbiennes dans le film « Fat Girls » (2006) d’Ash Christian, Victoria (Julie Andrews) la femme divorcée du film « Victor, Victoria » (1982) de Blake Edwards, Micky/Martine/Annie les trois célibataires de la pièce Les Amazones, 3 ans après… (2007) de Jean-Marie Chevret (Micky se fait avorter), Natacha la FAP alcoolique et sœur du héros homosexuel François dans la pièce On la pend cette crémaillère ? (2010) de Jonathan Dos Santos, Marie-Ange la psy boulotte gay friendly dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Lena la femme bafouée homophobe et trompée par son mari gay dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Marie qui se prend des râteaux avec tous ses amants dans le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan (elle sera même prise pour une lesbienne), la série Mon petit renne (2024) de Richard Gadd, etc. Par exemple, dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, Sylvie est la FAP dépressive, désespérément célibataire, alcoolique, au chômage. « Elle a l’aigreur des femmes qui n’auront pas de petits garçons, qui n’accapareront pas le sperme des mâles pour se faire croire qu’elles créent la vie, elles qui créent la mort. […] Ce sont des mères d’amertume. Elles sont tristes. » (Willie le héros homo décrivant sa meilleure amie Liz, dans le roman La meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 176) ; « Femme, j’ai eu tant d’ami hommes qui n’aimaient que les hommes que j’ai appris à me sentir inutile. Je n’avais pas de mari, pas d’enfants, c’est la vérité. » (Liz, idem, pp. 180-181). Dans le film « Le Journal de Bridget Jones » (2001) de Sharon Maguire, Bridget, la célibattante endurcie qui se définit elle-même comme une « vieille fille cinglée » qui enchaîne les histoires d’amour compliquée, est l’archétype de la « Fille à pédés » rejetant les rassemblements bourgeois de couples mariés et ne fréquentant que les groupes de célibataires homosexuels. Lors d’un cocktail mondain hétérosexuel, elle annonce devant tout le monde qu’elle se casse : « Il faut que je vous laisse. J’ai une fête qui m’attend. Des tas de gens pas mariés. Beaucoup de pédés. »

 

Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel nous présente sa meilleure amie, Aurélie, en l’imitant avec un certain mépris : « Aurélie, c’est ma confidente, ma fille à pédé. Elle est toujours accompagnée d’une cigarette et d’un bon verre de vin… Oui, Aurélie est une saoulasse. C’est une fille-à-pédés. » Plus tard, elle change de nom (elle s’appelle Armelle) et finit par être maltraitée et virtualisée : « Pourquoi Armelle est là à toutes les soirées ? C’est de la schizo. »
 

La FAP est parfois une femme obèse ou peu gâtée par la Nature : cf. Donatienne complexée par sa morphologie de petite grosse dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo, l’amie d’enfance obèse de Marco le héros homo du film « Footing » (2012) de Damien Gault, Linda la fille boulotte et mal aimée du film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore, Agathe la FAP célibataire avec son pot de Nutella dans la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi, Lola la FAP obèse dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, etc. « Ça me fait la même chose quand je rencontre un homme qui me plaît. Mais vois-tu, je finis toujours seule, à m’empiffrer et à prendre des kilos. » (Carmen la FAP s’adressant à son meilleur ami homo Daniel, dans le film « I Love You Baby » (2001) d’Alfonso Albacete et David Menkes) ; « Tu vas voir comme c’est bon, ça, le Nutella, quand on a un manque d’affection ! » (Donatienne la FAP s’adressant à Bernard son meilleur ami homo, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « J’avais été obèse pendant toute mon existence. » (Emily, la future femme d’Howard Brackett, le héros gay refoulé, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) Par exemple, dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, à la « Soirée Mousse » de Paul, Thomas, l’un des héros homos, se fait draguer par celle qu’il prénomme « la grosse Mathilde ». Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, la copine actrice obèse de Jacques parle tout haut et sans gêne dans la rue de son état sérologique (VIH).

 

La « fille à pédé » est généralement une femme bafouée dans sa féminité et sa maternité. Par exemple, dans le film « Jagdszenen Aus Niederbayern » (« Scènes de chasse en Bavière », 1969) de Peter Fleischmann, tout le monde au village dit de la Tonka qu’elle est une putain parce qu’elle sort avec Abram, le héros homosexuel, et qu’elle attend un enfant de lui. Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, se déroulant en Russie, lorsque Katya se rend compte que son pote gay Anton lui prête peu d’attention, elle soupire : « La galanterie française me manque… » Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Benoît était persuadé que Wanda, la FAP, au moment de leur première rencontre, était un travelo. Dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, Sophie, la meilleure amie d’Antoine, ressemble à Louise Brooks, la femme androgyne par excellence (p. 68) ; Antoine, pour ne pas être associé conjugalement à elle, la présente en société comme une femme morte : « Je sortais avec une fille mais… elle est morte. » (p. 15) ; « Sophie avait modérément apprécié qu’il la fasse passer pour morte. » (p. 21) Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Marge se met toujours en couple avec des hommes qui se révèlent être soit des Don Juan bisexuels (Dick), soit des homos (Peter). Le même sort est réservé à la pauvre Meredith, qui se fait des gros films pour rien avec Tom, le héros homo. D’ailleurs, Tom pique tous les amants de Marge : Dick puis Peter.

 

Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Leah et son meilleur ami homo Simon ont une relation amicale vieille de 13 ans et tellement fusionnelle qu’ils se surnomment « les jumeaux siamois ». Ils commentent ensemble le physique des mecs qui les attirent mutuellement, se sont déguisés en « Drôles de Dames » à certaines occasions au lycée. Mais en réalité, cette complicité cache une profonde déception amoureuse chez Leah, qui finit par déclarer ses sentiments à Simon : « J’étais amoureuse de toi. J’ai plusieurs fois essayé de te le dire. » Plus tard, Simon a essayé de caser Leah avec Nick, afin que son homosexualité ne soit pas révélée au grand jour par Martin… et Leah a été doublement blessée par cette trahison : « Tu m’as piégée pour me briser le cœur quand tu pensais que j’étais amoureuse de Nick, et ça, c’est vraiment trop cruel. »
 

Souvent, la FAP délaissée en amour (y compris par son ami homo) détruit les symboles de sa féminité et flirte avec le lesbianisme. Il n’est pas rare du tout qu’elle se rabatte par dépit sur les femmes : cf. Lucy dans le film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka, la maman de Jamie dans le film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie Macdonald, Mrs Hunter la maman de Nico dans le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, Lola dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, Marcy dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Nancy la FAP en mauve dans la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy, Sarah la sœur d’Effi tout de mauve vêtue dans le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann, etc. « La lesbienne refoulée qui ne comprend pas pourquoi elle se fait toujours draguer par des lesbiennes… » (Océane Rose Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « T’es pas très claire sur le sujet. » (Max s’adressant à sa meilleure amie Mumu, dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; « Si on était normaux, on s’embrasserait, là. » (Stephany, l’héroïne lesbienne s’adressant à Joe son meilleur pote gay alors qu’ils partagent le même lit et se donnent la main, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; etc. Par exemple, dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Wanda, la FAP, fait cramer ses poupées dans la cheminée, s’alcoolise, est obèse. Dans le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, la cousine de Didier, le héros homo, a tout de la femme lesbienne : « Tu es beaucoup trop sportive ! » Dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton, la FAP de François, Gwendo, est sapeur-pompier lesbienne. Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, Simon, le héros homosexuel, découvre que sa meilleure amie Polly devient lesbienne : « Mais t’es lesbienne maintenant ? » (p. 12) lui demande-t-il ; et cette dernière lui répond d’un air évasif : « Non. Enfin chais pas, j’ai envie de ne pas savoir. » (p. 18) Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Florence la lesbienne avoue avoir été initialement amoureuse de Stéphane, son meilleur ami gay. Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Zoé, la meilleure amie « hétéro » de Clara, l’a poussée à se penser lesbienne en l’embrassant sur la bouche. Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Ingrid, femme lesbienne, a couché avec Mathan, homme gay, avant de devenir sa meilleure amie. Dans l’épisode 268 de Demain Nous Appartient diffusé sur TF1 le 13 août 2018, Sara, prise en sandwich entre Bart (son copain) et Hugo qui se font la cour, s’est révélée lesbienne au tout début de la série. Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Teresa est la confidente de Phil, homosexuel, et est également en couple avec Pascale.

 

Il arrive aussi que la FAP lesbienne se serve de son meilleur ami homo comme couverture d’homosexualité, comme c’est le cas dans le film « My Father Is Coming » (1991) d’Elfi Mikesh. Dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, Sylvia se prend en photo avec un homme inconnu dans un zoo pour ensuite le présenter à sa mère comme son fiancé et faire illusion sur son homosexualité. Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Marcy fait passer son meilleur ami gay Sébastien pour son futur mari afin de leur cacher qu’elle est homosexuelle, ce à quoi Sébastien proteste : « Je suis la couverture de Madame ! » Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Cindy est l’archétype de la fille à pédé blonde ridiculisée en cruche décérébrée qui sert de couverture hétrosexuelle accompagnant le chanteur gay Tom. Ce dernier s’en défend : « Cindy est une couverture pour les médias. […] Pour Cindy… chui obligé. Mes fans, elles seraient déçues si elles me voyaient dans les bras d’un mec. » La mamie appelle Cindy « Miss Camping » et tous les personnages se moquent d’elle. Mais Cindy rentre complètement dans leur jeu, par opportunisme médiatique, car elle rêve de devenir célèbre dans les bras de Tom. À la fin, elle s’excuse auprès de Tom (alors que ce serait pourtant à lui de le faire !) pour son arrivisme : « Pardon, mais je suis obligée de jouer à ça… » Tom et Cindy s’exploitent mutuellement. Dans le téléfilm « Un Noël d’Enfer » – « The Christmas Setup » – (2020) de Pat Mills, Madelyn (« Maddy »), la meilleure amie d’Hugo (garçon gay avec qui elle maintient une relation fusionnelle), trahit publiquement le secret bien gardé de la future mutation professionnelle de ce dernier à Londres.

 

La FAP trouve dans son meilleur ami gay une relation sécuritaire, dans laquelle elle ne sera pas obligée de se donner entièrement en amour, où elle ne sera pas « lourdement draguée » ; et le héros homosexuel, pareil, ne prend pas beaucoup de risques en s’associant avec une fille qui chante cyniquement l’homosexualité et l’impossibilité de leur binôme ! Un lien-préservatif parfait ! « Toi au moins, tu ne me feras jamais de mal. » (Wanda s’adressant à Benoît dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen) ; « À présent elle [Marilyn] me force à faire chambre commune quoique je n’aie rien à craindre : cette fille de trente-cinq ans est toujours vierge. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 94) L’amitié FAP/homosexuel est en réalité un rempart à la sexualité et à l’Amour vrai.

 

Film "Garçon stupide" de Lionel Baier

Film « Garçon stupide » de Lionel Baier


 

Il existe parfois entre l’homosexuel fictionnel et sa meilleure amie un pacte de virginité mutuelle où chacun s’impose d’être célibataire, d’être la vestale de l’autre… et si l’un d’eux rompt ce pacte amical passionnel de stérilité, il est injurié ou mis à mort. « I need a real Virgin ! » (Pierre Burger dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; « Je veux t’attendre au zénith dans le ciel de la pleine lune ! Je veux ta virginité. » (Ahmed s’adressant à Lou dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Marilyn, qui était toujours vierge, la première. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 32) ; etc. Par exemple, dans le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault, Lina, la mère de Nino, accepte avec enthousiasme l’homosexualité de son fils… à partir du moment où il reste tout à elle et qu’il ne ramène pas de copain à la maison ! ; elle lui fait une crise de jalousie quand il lui présente Angelo. Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Jacques, le héros homo, a eu une enfant avec un copine, Isabelle, qu’il n’hésite pas à traiter d’équipière : « On fait une belle équipe avec Isabelle. » Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Michèle, la cruche bimbo qui essaie de convertir Jules, le héros homosexuel, à l’hétérosexualité grâce à ses charmes se révèle « frigide » (après avoir couché avec lui) et vierge : tous deux commandent d’ailleurs comme boisson un « puceau à cheval ». Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Stéphane qualifie Florence de « Blanche-Neige » qui doit garder sa virginité pour lui. Dans le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, Marie, la « fille à pédé » virginale, a osé être « infidèle » à son meilleur ami homo Loïc en sortant avec un autre homme que lui ! : Loïc la traitera de « pute » et la poussera au suicide. Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon drague une femme à son goût dans le public, pour finalement la traiter de « pute ». Dans la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois, Damien injurie Amélie de « salope » parce qu’elle a couché avec son frère Samuel. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, le héros homo qui n’avait pas voulu de Franckie quand elle était célibataire, la jalouse quand elle revient avec son ex : il la voudrait éternellement vierge. Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Marie reproche à Wanda la FAP d’empêcher Benoît de se trouver quelqu’un, d’être toujours avec lui, et de lui bouffer la vie. Dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo, Donatienne la FAP est frigide ; et son meilleur ami Bernard ne prétend pas y remédier « Tu sais, en ce moment, j’ai la libido d’une huître morte… » Dans la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane, Diane, la FAP lesbienne, empêche son ami homo Mitchell de s’unir à Alex. Dans le film « Like It Is » (1998) de Paul Oremland, Paula, la FAP, veut que son copain homo Matt reste vierge : elle se montre jalouse envers Craig, le compagnon de celui-ci. Dans la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand, JP empêche Clara de fréquenter des hommes, d’avoir un enfant (cf. l’épisode 4 « 14 juillet ») et l’encourage même à se faire avorter (cf. l’épisode 5 « Oublier Paris »). Dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, Stella est le prototype de la « fille à pédé » dark : post-adolescente gothique bisexuelle, amoureuse de Gabriel son meilleur ami (« Tu es le seul homme de ma vie. » lui avouera-t-elle) finit par se suicider parce qu’elle découvre que ce dernier est homosexuel. Dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, Dorian Gray pousse la comédienne Sibyl Vane au suicide parce qu’elle n’a pas été aussi parfaite, artistique et vierge qu’il l’aurait rêvé.

 

Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Giovanna a la panoplie de la parfaite « fille à pédés » : elle reste collée à son meilleur ami Léo sur la cour du lycée, essaie de se trouver (sans succès) un petit ami (le beau Gabriel finira dans les bras de Léo : la loose…), se présente ironiquement comme alcoolique pour noyer son chagrin (« Je suis alcoolique maintenant. »), ne comprend pas pourquoi Léo l’a « trahie » (« Comment ton meilleur ami peut t’abandonner comme ça ? »), et parachève la misère de sa situation en jouant le rôle de l’entremetteuse gay friendly entre Gabriel et Léo parce qu’elle est « trop heureuse pour eux » (« Vous feriez un beau couple. ») Le paroxysme de la victime consentante rêvée par les réalisateurs gays ! Sois frigide et souriante quand même !

 

La relation terne, ennuyeuse et mortifère que vivent la FAP et son ami homosexuel non seulement les frustre mais peut les rendre pour le coup insatisfaits et violents. « J’en ai marre de tes conneries de gamine. J’en ai marre de te traîner. T’es qu’un boulet. » (Marie, l’héroïne lesbienne, s’adressant à son amie bien en chair, Anne, qui n’a que des emmerdes avec les garçons, dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma). Après avoir accepté pour un temps le jeu du « délire » au Banana Café, la FAP finit par en vouloir à son meilleur ami de son indifférence « amicale » à son égard. Tout en continuant de défendre orgueilleusement son titre de « fille à pédés » déjantée, elle se comporte à certains moments avec une réelle homophobie. C’est logique : N’oublions pas qu’en coulisses, la FAP n’a pas digéré la première peine de cœur que lui a infligée son meilleur homo qui a osé lui dire « Tu me dégoûtes » et qui l’a rendue frigide !

 

Par exemple, dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, Nina et son meilleur ami gay se persuadent dans un premier temps qu’ils vont pouvoir vivre un amour asexué où chacun y trouvera son compte et vivra même moins de contraintes que les couples femme-homme mariés : « Tu crois que la plupart des couples mariés sont aussi heureux que nous ? Je crois que le sexe, ce n’est pas si important que ça. » (George) Ils se font de grandes déclarations d’adoration : « Tu sais que je t’adore, Nina. » déclare George ; « Moi aussi, je t’adore. » lui répond Nina. Mais une fois que George accueille un garçon dans sa vie, Nina commence à faire une crise de jalousie : « C’est fou ce que les pédés ont de choses en commun ! » (Nina) « Je veux que tu m’aimes de la même façon que tu l’aimes. » (Nina). Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Arthur, le héros homo, couche avec Nadine, mais elle découvre plus tard l’homosexualité du jeune homme : « On a dit qu’on restait amis ? […] Pourquoi tu continues à sortir avec des gens comme moi ? […]T’es très cruel, tu sais. » Elle finit par le trahir, en l’outant à ses propres parents.
 

Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa), Katja, la meilleure amie de Phil, le héros homo, peinturlure ce dernier de moutarde et de confettis sucrés sur le visage, en disant qu’elle opère un « chef d’œuvre ». Elle le mène à la baguette : « Tu sais que j’ai une sacrée intuition. » (Katja) « Tu ne peux pas manipuler mes pensées. […] Bon, ok, tu peux. » (Phil, s’avouant vaincu). Phil est vraiment le paravent de la misandrie de « Kat » : « Les mecs, c’est des cons ! Avec toi, au moins, je suis sûre et certaine que tu seras toujours avec moi. » (Katja) Mais le jour où Phil trouve un petit ami, Nicholas, elle contient sa jalousie (car elle voudrait ne garder Phil que pour elle) en planifiant un tour machiavélique qui brisera à jamais leur relation : elle conquière Nicholas et couche avec lui.
 

Frigide Barjot

Frigide Barjot


 

Elle échafaude un plan de vengeance d’autant plus pernicieux qu’il prend l’apparence de la camaraderie souriante. « Ne m’appelez plus Marie-France ! La Marie-France, vous l’avez laissée tomber ! » (la bonne du curé à Mgr Miriel, dans la pièce Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy). La FAP confirme/enferme souvent son ami gay dans l’homosexualité, dans une caricature exotique et infantilisante : « T’es ma fofolle à moi ! » (Alice à son meilleur ami homo Fred, dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis) Elle lui parle comme s’il était un animal de compagnie. Il lui rend bien son mépris, car parfois, par un humour vache, il la présente comme une pauvre fille, un boulet. « C’est ma voisine Ariane. Elle est folle. » (André le héros homosexuel du film « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider)

 

Dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset, la relation ambiguë et fusionnelle entre Guillaume, homosexuel, et Mathilde, sa meilleure amie amoureuse de lui, est dépeinte. « On est tellement proches, n’est-ce pas ? » (Mathilde) Guillaume se sert de Mathilde comme appât pour reconquérir son amour de jeunesse Michael à Dublin, sans trop savoir si ce dernier est toujours homo ou pas. Au départ, Mathilde n’en est pas enchantée, et demande à son ami plus de précision sur son rôle de « test d’homosexualité » pendant le voyage : « Si Michael est marié, tu es ma femme. S’il est célibataire, tu es ma meilleure amie. » (Guillaume) Mathilde et Guillaume ont vécu leurs années d’adolescence dans les paillettes… mais on découvre qu’ils se sont exploités l’un l’autre. Dans les bars, Mathilde était la bonne copine délaissée : « Question boîtes, on a connu l’Âge d’Or… mais je passais mon temps derrière un pilier à t’attendre. » (Mathilde) ; « Cette solitude à deux, ça devient… mon lot de fille à pédés. » (idem) ; « Moi aussi, j’me sens seule. » (idem) ; etc. Guillaume ne sort pas avec Mathilde, alors que celle-ci voudrait bien, et a le culot de la décrire comme une bonne copine (« Tu es ma compagnie. ») et de se marier avec une autre femme, Vanéa. Il la considère comme un bibelot : « Tu ferais la Madone de je ne sais quel tableau. » Il lui dédie pourtant toute sa vie : « Même pas ma mère ne me connaît mieux que toi. » Mathilde dit qu’ils vivent avec l’homosexualité « une fraternité devant la mort ». Elle essaie de transformer Guillaume en célibataire ou en homosexuel pratiquant, pour le garder toute à elle ou pour ne pas avoir de concurrence avec une femme : « Franchement, j’aimais quand tu étais avec des garçons ou seul. » Pire : par sa gay friendly attitude, elle veut avoir un ascendant sur son meilleur ami gay. Elle l’enferme dans son homosexualité pour garder le pouvoir : « Je me voyais régner sur ta vie. […] J’ai essayé de te trouver un nouveau mari. » ; « Toutes ces relations se sont passées sous mon règne. Toutes ces relations ont été commentées par moi. » Et elle a choisi de ne coucher qu’avec des potes conseillés par Guillaume, toujours pour lui plaire, vivre un simulacre de fidélité, et vivre sa vie par procuration avec lui (et à défaut de ne pas pouvoir coucher avec lui) : « Je ne couche avec Dirk que parce que Dirk a couché avec toi. » Guillaume a parfois des remords d’avoir laissé Mathilde envahir sa sexualité et sa vie : « Je n’aurais pas dû trop t’associer à mes activités » ; « Je t’en supplie. Sors-nous de cette impasse. » Mathilde finit par trahir Guillaume par délation en appelant au téléphone la femme de Michael, afin de lui annoncer que Guillaume et Michael se retrouvent dans une chambre d’hôtel. Guillaume ne lui en veut même pas : il se contente de chanter la chanson « La Garce ». Mathilde et Guillaume se dorlotent dans leur misère amoureuse commune, en passant « des nuits entières à écouter Barbara ». « Évidemment, maintenant, on est blasés. » (Mathilde) Le spectateur apprend que Guillaume et Mathilde ont essayé de coucher ensemble, mais que ça a été une « chose épouvantable ».
 

Le héros homosexuel finit lui aussi par haïr sa meilleure amie, qui le saoule d’amitié et d’une adoration adolescente. « Je refuse de porter le poids de ton mal de vivre permanent ! » (Didier le héros homosexuel s’adressant à sa cousine collante, dans le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé) ; « On part à la dérive. On n’a aucune emprise sur nos vies ! » (Cliff le romancier homosexuel à Sally la FAP, dans la comédie musicale Cabaret (1966) de Sam Mendes et Rob Marshall) ; « Tu dois t’éloigner de moi. » (Alan Turing, le mathématicien homosexuel s’adressant à la femme qui l’aime, Joan Clarke, dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum) ; « Mon mépris pour cette fille [Marilyn] m’a fait sous-estimer ses forces. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 43) ; « Je la déteste. » (idem, p. 94) ; « Cette fille est en train de me bouffer… » (Fred le héros homo à propos de sa meilleure amie Alice dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis) ; « Je me demande si on est encore amis. » (Ine, la FAP lesbienne, à Miriam/Lukas, l’héroïne transsexuelle F to M, dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi) ; « Tu me pèses. T’es toujours là à tourner autour de moi. » (Stéphane le héros homosexuel s’adressant à sa meilleure amie lesbienne Florence dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « J’te déteste ! » (Florence à Stéphane, idem) ; « Je te tuerai. » (Weldon faussement menaçant face à Leonora dans le film « Reflections In A Goldeneye », « Reflets dans un œil d’or » (1967) de John Huston) ; etc. Par exemple, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Jean-Marc n’hésite pas à traiter sa meilleure amie lesbienne Hélène de « sorcière » (idem, p. 53) ; il dit qu’il veut la tuer : « Pourquoi est-ce qu’on voudrait étrangler ses amis parfois ? » (idem, p. 48) Dans la pièce Hétéropause (2007) d’Hervé Caffin et de Maria Ducceschi, on retrouve le couple haineux gay/lesbienne : « Je vais te détruire » déclare Hervé l’homosexuel à sa femme Choupette qu’il imagine, le temps d’un cauchemar, en lesbienne.

 

La FAP et son meilleur ami homo ont la violence des deux jumeaux spéculaires narcissiques, qui ne peuvent pas se passer l’un de l’autre… mais qui n’ont rien à faire ensemble et qui passent leur temps à se marcher sur les pieds, à « se les briser », à se tirer vers le bas : « Tu joues la meilleure amie, et puis après, tu joues la parfaite hystéro qui m’arrache la moitié du visage ! » (Fred le héros homo à sa meilleure amie, dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis) ; « Arrête de me toucher ! J’vais finir en morceaux avec toi ! » (Fred) ; « Tu sais, je me demande si ta fréquentation me fait du bien ou me tire irrémédiablement vers le bas. » (Kathy parlant à son meilleur ami homo Manu, dans le film « Comme les autres » (2008) de Vincent Garenq)

 

La FAP et le héros homosexuel contemplent finalement dans leur union factice un être mort et stérile, l’androgyne, autrement dit l’incarnation de l’amour impossible sublimé. Ce n’est pas un hasard s’ils révèlent parfois qu’ils sont les amants d’un seul homme, et que c’est une jalousie inconsciente/idolâtre qui les unit. « Soudain, nous nous souvenons que ce qui nous rapproche, ce qui nous attache l’un à l’autre, c’est ce mort entre nous. Nous sentons la présence de ce disparu entre nous. Nous sommes à nouveau ensemble, elle et moi. » (Vincent et la mère d’Arthur, l’amant de Vincent, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 206) ; « Je la [Marilyn] détestai, mais je me gardai bien de le lui montrer ; j’étais jaloux et je le cachais. Et elle adorait Pierre. […] Elle tomba amoureuse de Pierre avec une violence extraordinaire, ce fut l’adversaire le plus rusé que j’aie jamais rencontré. » (le narrateur homosexuel parlant de Marilyn vis-à-vis de son amant Pierre, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 30) ; « Elle me saute dessus comme une hyène, me griffe le visage, nous nous rouons de coups, je lui serre la gorge, Pierre nous sépare. » (idem, p. 58) Par exemple, dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis, Alice et son meilleur ami homo Fred aiment le même homme : Julien (qui se révèlera homo !). Dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander Hector et sa sœur Ariana sont chacun homos, et sont pourtant sortis avec le même homme, Arsène. Dans le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan, Marie et Francis (le héros homosexuel) se disputent le beau Nicolas.

 

Oui, l’amitié entre la « fille à pédé » et le héros homosexuel ne tient principalement qu’à deux fils : la haine de soi (= désir de mort) et le machisme.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La bonne copine « délire » et secrètement amoureuse de son ami homosexuel :

Tori Spelling dans le film "Trick" de Jim Fall

Tori Spelling dans le film « Trick » de Jim Fall


 

La « fille à pédé », cette « célibattante » qui agace autant qu’elle amuse par son sens du ridicule assumé, est de plus en plus connue dans nos sociétés post-modernes et sur nos écrans car elle est un sous-produit de l’émancipation ratée des femmes, un signe des divorces, donc de la haine croissante des hommes pour le femmes, et de la haine croissante des femmes pour le hommes. On la voit arriver en troupeaux, puisqu’il y a de moins en moins de mariages réussis, de plus en plus de « célibataires et fiers de l’être », de plus en plus de garçons tentés par l’homosexualité et de bonnes copines seules les entourant de leur sollicitude et de leur désespoir de ne pas être aimées. « Étant une fille, Anaïs avait plus de facilités à m’accorder son amitié. On pardonne plus facilement les filles de parler aux pédés. À cette période, mes rares amis étaient en fait des amies. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 67)

 

Au départ, la « fille à pédé » est comédienne ou actrice. C’est la femme-objet (ou celle qui la copie) qui attire à elle tous les hommes don-juanesques qui, en cherchant eux aussi à devenir objet, s’asexualisent/s’homosexualisent. « Tout se passe comme si, dans le village, les femmes faisaient des enfants pour devenir des femmes, sinon elles n’en ont pas vraiment. Elles sont considérées comme des lesbiennes, des frigides. Les autres femmes s’interrogent à la sortie de l’école ‘L’autre elle a toujours pas fait de gosses à son âge, c’est qu’elle est pas normale. Ça doit être une gouinasse. Ou une frigide, une mal-baisée.’ Plus tard je comprendrai que, ailleurs, une femme accomplie est une femme qui s’occupe d’elle, d’elle-même, de sa carrière, qui ne fait pas d’enfants trop vite, trop jeune. Elle a même parfois le droit d’être lesbienne le temps de l’adolescence, pas trop longtemps mais quelques semaines, quelques jours, simplement pour s’amuser. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 59-60). La fille à pédés prend ses amis gays ou trans pour des objets. Par exemple, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla, Nubia dit à Linn, son meilleur pote travesti : « On dirait une statue. », à propos d’une photo qu’elle commente de lui.
 

Les FAP à l’écran le sont la plupart du temps dans la réalité concrète : Julie Andrews, Dalida, Liz Taylor, Liza Minelli, Marilyn Monroe, Clémentine Célarié, Lio, Mylène Farmer, Sylvie Joly, Fanny Ardant, Catherine Deneuve, Ophélie Winter, etc., sont entourées d’hommes homosexuels et semblent les attirer. Elles jouent le jeu de la fraternité (et celle-ci peut se révéler de sang) : « J’ai été élevée par mon frère homosexuel. » (Virginie Lemoine)

 

La « fille à pédé » est habituellement une femme qui refuse de vieillir, qui s’habille dans du 12 ans, qui jadis a croqué et séduit les hommes (mais qui a une sacrée revanche à prendre sur eux !), qui boit parfois comme un trou, qui a une vie de famille ou amoureuse compliquée et insatisfaisante, et qui cultive une bonne humeur suspecte qui confine à la vulgarité beauf. Elle est persuadée qu’elle a un rôle privilégié dans le « milieu homosexuel » (Roselyne Bachelot, Christiane Taubira, Najat Vallaud-Belkacem, Dominique Bertinotti, Frigide Barjot, etc.). Elle ne se rend pas compte que sa place a l’ambiguïté du copinage alcoolisée, du foutage de gueule sincère, ou de la guerre des sexes dont elle est pleinement complice !

 

Et dans des sphères beaucoup moins « people », l’amitié que vivent la FAP et son meilleur ami homo a le parfum éphémère des amitiés adolescentes, des p’tits délires narcissiques entre gamins qui ont peur d’eux-mêmes et des autres, des unions de misère, des règlements de compte larvés avec la gente masculine et avec la religion (avec le Réel en somme !). Leurs délires flattent leur superficialité commune. Ils s’aiment parce qu’ils détestent/pleurent/« ne croient plus en l’amour » ensemble. « En accordant dorénavant beaucoup de temps à mon entourage professionnel notamment féminin, je m’intronisais aussi plus que jamais en femme, au point que les conversations que je tenais ressemblaient aux leurs. En effet, lorsque j’arrivais le matin, c’était pour parler de vêtements ou de cuisine ; de même que pendant les heures de déjeuner, je traînais les magasins avec ce même entourage à la recherche de petits bibelots de décoration. Ma condition était l’archétype voulu d’une vie de femme, mes propos et mes réactions, ceux d’une fille vivant seule. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 130) ; « Les femmes et les gays ont ceci en commun qu’ils font partie d’une minorité d’un point de vue social. Ils n’ont pas les mêmes droits que les hommes hétéros. C’est pour ça qu’ils se sentent proches. » (Inga Humpe interviewée dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Les icônes gays ont souvent un destin tragique. Elles chantent des chansons impressionnantes, excessives, mais elles ont une existence difficiles parce qu’elles vivent constamment sous le regard du public. On entend sans cesse parler d’elles dans les médias. On sait que leur vie amoureuse est un fiasco. Ce sont des vies assez tragiques. Et c’est ce qui les rend attirantes à nos yeux. » (Steve Blame, idem) ; etc.

 

Film "L'Objet de mon affection" de Nicholas Hytner

Film « L’Objet de mon affection » de Nicholas Hytner


 

La FAP classique a le chic pour se mettre dans des situations amoureuses compliquées : c’est une héroïne tragique version Bridget Jones boulimique (voire nymphomane accaparante ou hystéro !), qui va préférer (ce qu’elle présente comme) l’inaccessible (homosexuel). Beaucoup de fois, elle révèle ses sentiments amoureux pour son meilleur ami homo : « Chers tous ! Je suis une hétérosexuelle qui lutte contre l’homophobie. Vous allez vous dire : ‘Mais qu’est-ce que c’est que cette fille ?’ Eh bien, je suis une fille qui vous aime et vous embrasse très fort, et, surtout, qui crache à la gueule des homophobes (c’est clair ?) ! Non, franchement, je ne tolère ni les propos racistes ni les propos antigays. Je ne comprends pas comment on peut avoir de la haine envers les gens qui aiment, tout simplement ! Aussi, je n’aime pas trop utiliser les appellations ‘homo’, ‘hétéro’, ‘bi’, etc. Nous sommes tous des gens qui avons envie d’aimer et d’être aimés ! Il ne faut pas classer les individus, sinon les cons pointent leur doigt vers ‘ceux-là’. Il y a des gens qui aiment les patates et pas les carottes, ou l’inverse, ou les deux. Chacun son truc ! Un jour, mes poufs de copines ont insulté un homo dans la rue (honte à moi d’avoir été leur amie ! Je les aurais massacrées une par une ! Je mourrais d’envie de leur crier : ‘Hé, bande de connes, j’suis lesbienne !’ J’achète Têtu tous les mois parce que c’est un mag que j’aime et qui est très intéressant. Je suis fan de Mylène Farmer aussi. C’est Simon, mon meilleur ami homo, qui m’a fait découvrir tout cela, et je l’en remercie du fond du cœur. Parce que grâce à lui, j’aime vivre, j’aime aider les autres. J’ai découvert ma voie et je me suis fait de vrais amis, et, même s’ils sont homos pour la plupart, je les aime infiniment. Grâce à eux, je sors dans le milieu gay de temps en temps. J’aime un homme ; il est homo. C’est le plus beau de la terre à mes yeux. Que celui qui le touche pour lui faire du mal meure sur-le-champ. Ou alors je lui pète la gueule (je fais de la boxe depuis deux ans) ! J’aimerais que cette lettre fasse le tour du monde et mette en colère tous les gros cons de la planète – j’ai nommé les homophobes, qui ont un esprit aussi large qu’un cheveu et dont le QI est semblable à celui d’une huître (mais je n’ai rien contre les huîtres !). Charlotte. » (c. la lettre de Charlotte, publiée dans la rubrique « Courrier des lecteurs », lue dans Têtu, novembre 2001)

 

Les FAP amoureuses de leur meilleur ami homo ne sont pas des cas isolés. Par exemple, Jeanne Moreau dit avoir été amoureuse de Pierre Cardin (cf. l’interview de Jeanne Moreau dans la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 18). Marguerite Yourcenar (lesbienne) a vécu à 32 ans une crise passionnelle pour André Fraigneau qui, lui, préféra les garçons.

 

Certaines « filles à pédés » voient l’homosexualité de leur meilleur ami homo comme un défi, un interdit à braver. « L’homosexualité l’intéressait en moi. » (Marcel Jouhandeau concernant sa femme Élise, dans l’émission Apostrophe, sur la chaîne Antenne 2, le 22 décembre 1978)

 

En général, la « fille à pédé » et l’individu homosexuel se servent de couverture l’un l’autre (soit d’homosexualité, soit de célibat mal porté) ou de rabatteuse d’hommes. En Espagne par exemple, les couples de façade fleurissent dans les journaux people (« revistas del corazón ») : Alaska et Marco ; Rocío Jurado et Ortega Cano ; Rafa et Natalia ; etc.

 

Il m’est déjà arrivé de tomber sur des femmes (en général dépassant la quarantaine, ou jouant les mères gay friendly fières de leur « gars homo » ; mais j’ai croisé aussi beaucoup de « filles à pédés » hystériques new generation chez les jeunes étudiantes tout juste sortie de lycée) qui se rapprochaient du cliché vivant de la FAP. Des piliers de bar occasionnels dans les boîtes et les assoc LGBT. Celles qui veulent te forcer à leur faire un « piou amical », qui t’adorent et disent n’être à l’aise qu’avec « les homos »… alors que tu ne les connais que depuis deux heures !, Celles qui viennent défiler aux manifs pour « nos » droits. La particularité de la « fille à pédé », c’est quand même qu’elle recherche son statut de « fille à pédé » (je ne mets donc pas dans cette catégorie les « filles à pédé » accidentelles, les femmes qui se seraient volontiers passées de tomber amoureuses d’un gars sensible qui leur a infligé le Râteau du Siècle, ni celles qui se sont retrouvées par hasard confidente de personnes homosexuelles : maintenant, beaucoup de femmes se trouvent involontairement au contact avec des mecs homosexuels… parce que tout simplement les hommes sont de plus en plus nombreux à ne pas jouer leur rôle : généralisation de la crise sociale de la masculinité et de la féminité oblige !).

 
 

b) L’amitié de misère et de misandrie :

Mais derrière la camaraderie singée, il y a de la tristesse et de la haine. C’est pour cela qu’elle se termine souvent mal, cette « amitié » ! La FAP et l’individu homosexuel sont associés dans le mensonge, dans la haine/déception des hommes et du genre humain : par exemple, Dalida et Charles Trénet chantant ensemble « Que reste-t-il de nos amours ? », c’est certainement l’alliance de deux maux de vivre qui se sont compris. « Sans elle [Philomène], je songeais parfois à m’enfuir, rien que pour éviter de ressembler aux autres garçons. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 48)

 

À y regarder attentivement, la « fille à pédé » est une femme malheureuse : « Le monde de mon enfance était un monde peuplé de femmes abandonnées. » (Reinaldo Arenas, Antes Que Anochezca (1992), p. 20)

 

Les FAP que j’ai eu l’occasion de rencontrer sont souvent des charmeuses désespérées, ou au contraire des filles boulottes, mal mariées/mal casées, peu gâtées par la Nature, qui attendent peu de l’amour. On retrouve par exemple cette fille à pédé tristounette et déçue des hommes avec Sylvie dans le documentaire « Une Vie de couple avec un chien » (1997) de Joël Van Effenterre. Autre exemple : dans l’autobiographie La Mauvaise Vie (2005) de Frédéric Mitterrand, Simone est la FAP qui n’a jamais réussi à avoir d’enfants.

 

La « fille à pédé » est généralement une femme bafouée dans sa féminité et sa maternité. Rien d’étonnant que les femmes « libérées » post-modernes aient trouvé chez les personnes homosexuelles masculines les reflets idéaux qui dorloteront leur narcissisme déprimé/leur déni de souffrance en amour : « Les femmes sont ravies. Elles plébiscitent les hommes reconfigurés par la plastique, l’esthétique, le raffinement homosexuels. L’homme qui leur plaît est celui qui leur ressemble. La différence, physique, sociale ou psychologique, est désormais assimilée à l’inégalité, nouveau péché mortel de l’époque. À leur peur archaïque du phallus, du ‘viol de la pénétration’, les femmes d’aujourd’hui répondent par un malsain désir du même, une immense tentation lesbienne. » (Éric Zemmour, Le Premier Sexe (2006), p. 22)

 

Dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta, Frank, un témoin homosexuel suisse, est interrogé sur sa relation intéressée avec sa meilleure amie : « Pour masquer mon homosexualité, j’ai une fille à Neuchâtel avec qui je sors très très souvent. On va manger. On va danser. C’est ça qui me donne une cachette. » Le journaliste lui demande : « Elle sait que vous êtes homo ? » Frank répond : « Oui. Elle est même de la famille, si j’ose l’expression. Elle est lesbienne, si vous préférez. C’est à cause de ça qu’on s’entend à merveille, sur ce plan-là. »
 

Souvent, la FAP détruit les symboles de sa féminité et flirte avec le lesbianisme. Fanny Ardant, Jeanne Moreau, Mylène Farmer, Jeanne Mas, Michèle Laroque, Lio, Greta Garbo, Shym, Madonna, Lisa Minelli et bien d’autres, à force de jouer les « filles à pédé » sur les écrans, ont fini par tourner des scènes lesbiennes dans des films ou par se lancer « pour expérience » dans une aventure lesbienne épisodique.

 

Après avoir accepté pour un temps le jeu du « délire » au Banana Café, la FAP finit par en vouloir à son meilleur ami de son indifférence « amicale » à son égard. Tout en continuant de défendre orgueilleusement son titre de « fille à pédés » déjantée, elle se comporte à certains moments avec une réelle homophobie. (J’ai déjà entendu des « filles à pédés de la première heure » insulter, hors du champ des caméras, les personnes homos avec une haine insoupçonnable de leur part !) C’est logique : N’oublions pas qu’en coulisses, la FAP n’a pas digéré la première peine de cœur que lui a infligée son meilleur homo qui a osé lui dire « Tu me dégoûtes » et qui l’a rendue frigide ! Elle qui est une séductrice « née », elle se retrouve avec les mecs homosexuels face à l’unique catégorie de personnes que ses charmes n’arriveront jamais à conquérir ! Quel affront ! « ‘On est toujours déçu par un homo, affirme Sandra, amère. On croit qu’il vous écoute, puis un garçon passe. Il tourne la tête et on n’existe plus.’ Pour Sandra, les femmes n’ont rien à faire avec des homosexuels. Une relation avec un homosexuel ne peut engendrer que de la frustration. L’absence de désir d’un homosexuel pour une femme dévalue sa féminité. » (Virginie Mouseler, Les Femmes et les Homosexuels (1996), p. 138) ; « Mes fans gays ne m’ont jamais laissé tomber. Même dans les moments difficiles. Les homos sont étranges. Ou ils t’adorent, ou ils ne savent même plus que tu existes. » (la chanteuse Cher interviewée dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; etc.

 

La « fille à pédé » échafaude en général un plan de vengeance d’autant plus pernicieux et homophobe qu’il prend l’apparence de la camaraderie souriante, ou qu’il est inconscient chez elle. Elle confirme/enferme souvent son ami gay dans l’homosexualité, dans une caricature exotique et infantilisante. Elle lui parle comme s’il était un animal de compagnie. Il le lui rend bien, car parfois, par un humour vache, il la présente comme une pauvre fille, un boulet, une femme seule, has been, vieillissante et qui a fait peur à tous les hommes de sa vie. L’individu homosexuel finit lui aussi par haïr sa meilleure amie, qui le saoule d’amitié et d’une adoration adolescente. « Anaïs Nin et moi étions incompatibles – oiseau prédateur contre oiseau prédateur. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 350)

 

Par exemple, la relation de couple entre l’écrivaine lesbienne Carson McCullers et son mari homosexuel Reeves, « ces deux enfants malades de détresse et d’alcool » (Josyane Savigneau, Carson McCullers (1995), p. 279), s’est révélée à la fois narcissique et destructrice : « Carson avait rencontré son double, et le double lui déclara son amour comme on profère une menace. » (Linda Lê,idem, p. 65) ; « Il y a entre ces deux jeunes gens un lien plus profond et plus irrationnel, une bizarre ‘gémellité’ que personne ne comprendra jamais vraiment, chacun s’acharnant à chercher qui porte la responsabilité de leur désastre commun, voulant trouver des fautes, de la méchanceté, du désir de destruction, de la volonté de nuire. » (idem, p. 65) ; « Chacun d’eux étaient le ‘mauvais jumeau’ de l’autre, à la fois destructeur et peut-être indispensable. » (idem, p. 129) ; « Ces deux-là ne parviendront jamais vraiment à vivre ensemble, mais sont incapables de se séparer. » (idem, p. 283)

 

La FAP et son meilleur ami homo ont la violence des deux jumeaux spéculaires narcissiques, qui ne peuvent pas se passer l’un de l’autre… mais qui n’ont rien à faire ensemble et qui passent leur temps à se marcher sur les pieds, à « se les briser », à se tirer vers le bas. La chanteuse Maurane, dans sa chanson « Qui es-tu Marie-Jeanne ? » (écrite en hommage au personnage de la FAP de la comédie musicale Starmania de Michel Berger), décrit bien vers quelle impasse et quel abysse conduit le mode de vie de la « fille à pédé » : « Ton univers me désespère, m’attire dans le noir… »

 

La FAP et son double homosexuel contemplent finalement dans leur union factice un être mort et stérile, l’androgyne, autrement dit l’incarnation de l’amour impossible sublimé. « Oui, c’était une sorte de dieu pour nous. » (Gore Vidal en parlant de Jimmie, l’amour de sa vie, qu’il a partagé avec une femme, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 426) Ils disent parfois qu’ils sont les amants d’un seul homme, et que c’est une jalousie inconsciente/idolâtre qui les unit. Par exemple, dans son auto-biographie La Mauvaise Vie (2005), Frédéric Mitterrand dévoile le fin mot de l’histoire de l’amitié entre l’homme gay et la FAP quand il évoque la nature du lien qu’il entretient Carmen : « Nous savons très bien où nous en sommes avec Carmen : nous aimons le même homme et il nous a dévastés, l’un et l’autre. » (p. 132) Il fait ce constat amer sur les femmes célibataires ou mal mariées qui l’ont fortement entouré à certains moments de sa vie : « C’est étrange, au fond je n’ai pas tant compté pour elles… » (idem, p. 126)

 

Actuellement, on constate qu’avec l’adoption française du « mariage pour tous » en France, la « fille à pédé » a changé de visage et a endossé un masque plus incestueux/incestuel : c’est la fille biologique, ou l’ex-épouse, ou l’ex-partenaire, ou la fille adoptive, ou la fille obtenue par GPA, qui devient la confidente, la meilleure amie, voire la « femme de substitution » de son père. Cela nous permet de comprendre beaucoup mieux quelle est la nature et l’explication du lesbianisme chez certaines « filles à pédé(s) » : une passion idolâtre cachée. Par exemple, dans l’émission Toute une histoire (spéciale « Mon père est parti avec un homme » diffusée sur la chaîne France 2 le 5 décembre 2013), des femmes témoignent du coming out de leur père biologique, et du tsunami identitaire que cela a produit dans leur vie, même si, par rapport à la seule homosexualité ou au seul événement du coming out, elles sauvent la face. « J’ai quelques séquelles de tout ça, même si je l’ai toujours bien pris et que ça se passe très bien… mais j’ai des séquelles dans ma vie de femme. Et ça, par contre, je peux pas vraiment en parler avec lui. Pour moi, tous les hommes sont un peu homosexuels, donc c’est un peu compliqué tous les jours. » (Amandine, la quarantaine, qui, à 19 ans, a appris que son père partait avec un homme) Pendant toute l’émission, on nous fait croire que la relation incestuelle, « fusionnelle » et de copinage entre père homo et fille biologique de ce dernier (ils discutent « mecs » ensemble, peuvent faire du shopping et se conseiller vestimentairement) peut très bien se substituer à l’union conjugale passée du père et de la mère biologiques, via le coming out, grâce à l’homosexualité, grâce à la fusion père homo-fille hétéro. La séparation ou la rupture conjugale est maquillée et surinvestie en fusion filiale. Par ailleurs, certaines filles de père homosexuel finissent par opter pour un mode de vie homosexuel. « Sans repères, j’ai tout essayé : les femmes comme les hommes. »  (Danny Morice, 54 ans, bisexuelle, fille d’un père homosexuel dont elle a découvert l’homosexualité à 24 ans) Ce mimétisme désirant n’a rien à voir, évidemment, avec une quelconque affaire de génétique. Je crois qu’il s’origine autour d’une blessure identitaire profonde et d’une passion secrète, incestuelle. En effet, Danny, après la découverte de l’homosexualité de son père, s’est masculinisée à 25 ans pour finalement devenir physiquement cet homme qui va plaire à son père, puis est sortie avec des femmes.

 

La FAP a cette folie, pour plaire absolument à « l’homme de sa vie » qui ne pourra pas se donner à elle sentimentalement et sexuellement, d’essayer d’incarner soit l’homme qui attire sexuellement son meilleur ami gay (ou son propre père gay), soit l’homosexuel version lesbienne, tout ça pour le reconquérir.

 

En guise de conclusion, je me permets de rajouter en annexe ce mail que j’ai reçu le 28 octobre 2016, d’une « fille à pédés » repentie, dans lequel les mots sont tellement justes, à leur place, que je ne peux m’empêcher de vous le livrer tel quel, en changeant le prénom de celle qui l’a écrit et avec son accord. Son discours peut faire tellement de bien aux femmes et aux hommes de notre temps ! :
 

Bonjour cher Philippe,

j’espère que tu vas bien et te remercie encore pour ce blog.

A propos du code du dictionnaire concernant les FAP, me sentant concernée, je te livre ici le résultat de mes réflexions à propos de ma jeunesse égarée : il y a plusieurs décennies, à la fin des années 80 quand j’avais autour de 20-25 ans (je suis née en 1967) je me suis sentie attirée par le milieu « gay » et ses boites, je suis devenue une FAP.

Souvent je réfléchis à cela maintenant que je me suis (re)convertie à la foi catholique. Cette période de ma vie a été la pire et la source de très profondes souffrances. Les péchés blessent d’abord Dieu et le prochain mais ils blessent aussi le pécheur.

Or notre époque encourage le péché et entretient des conditions de rencontres, des erreurs et des mensonges dans le couple homme-femme qui peuvent rapidement pousser une jeune fille vers la fréquentation de gays. J’ai cru y trouver une « solution » à un malaise qui est, je pense, un malaise de civilisation.

C’était mon cas, d’abord il y avait la sexualité « libérée » et la mixité qui n’arrangent vraiment pas les relations homme-femme. Des garçons du collège et du lycée j’ai surtout subi la grossièreté, le harcèlement, parfois la violence et surtout les remarques cruelles sur le physique des filles.

Plus tard, obligée de faire des études pour gagner ma vie toute seule (le féminisme était passé par là) je me suis vue confinée dans un univers très féminisé (classes prépas littéraires) et de par les troubles alimentaires graves que j’avais traversés un peu auparavant ‘anorexie puis boulimie et obésité) j’avais un corps peu attirant. La sexualité « libérée » ne me paraissait pas du tout propice à combler mes aspirations typiquement féminines (engagement, mariage, alliance entre amour et sexualité)dont toute une éducation féministe m’avait de toutes façons dissuadée.

De nos jours, notre société devenant de plus en plus féminisée, mixte au collège, encourageant la contraception et le salariat féminin (qui demande implicitement le contrôle de la fécondité, d’où aussi des critères de beauté féminine a-féconds, maigreur extrême, etc.) les jeunes filles et jeunes femmes sont dans un univers où il devient STATISTIQUEMENT rarissime de trouver à l’âge où la fécondité est hormonellement la plus forte (20 ans) un mari selon les piliers du mariage chrétien ( fidélité, indissolubilité du mariage, accueil de la vie, don total de soi…) c’est-à-dire l’homme qui va effectivement combler les aspirations féminines les plus profondes( mariage et engagement) . On trouve, au « mieux » un concubin provisoire ( qui peut vous larguer du jour au lendemain), au pire un séducteur ou carrément une aventure sans lendemain ou rien du tout. Le plus souvent c’est à la fin de ses études que la fille se met « sérieusement » en ménage après plusieurs liaisons qui se sont pour la plupart mal terminées. C’est lucratif pour les « psys », certes.
Bref, le bonheur c’est pour la fille d’aujourd’hui le parcours du combattant et des hommes « bien » il n’y en a pas pour toutes…

Il faut souvent galérer, passer par des régimes, des thérapies, des échecs. On ne nous éduque pas selon l’idéal chrétien, on ne nous donne plus ces repères-là qui sont pourtant une protection efficace contre l’amour faux et qui donneraient le moyen de discerner.

De leur côté, les jeunes hommes privés de figures paternelles et qui ont eu leur « overdose » de femmes durant l’enfance (féminisation des métiers de l’éducation, divorces des parents, mixité à l’école…) développent souvent une fois adulte une tiédeur et une désinvolture face à l’amour qui désespère les jeunes filles (d’où ce phénomène de la « femme qui aime trop » concomitant à la révolution sexuelle). Le taux de chômage, la précarisation, font reculer le moment où un jeune homme va envisager réalistement de pouvoir fonder une famille. Et souvent, ayant déjà été dans l’enfance et l’adolescence l’otage narcissique de sa mère (divorcée, délaissée…) il n’a plus rien de ce style à donner à la jeune fille qui, elle, attend au contraire écoute, compréhension, empathie.

De surcroît la banalisation de la contraception donne aux hommes un choix bien plus larges de femmes possibles et rend inutile la nécessité de convoler pour avoir accès au plaisir. Ceci fait stagner les jeunes hommes et les adolescents dans une vision de la sexualité déconnectée de l’amour : ils veulent surtout faire des expériences mais ne pas s’engager. Ce qui fait beaucoup souffrir les filles.

Aujourd’hui elles sont nombreuses à être, comme Bridget Jones, des célibataires actives professionnellement et toutes seules… La sociologue Eva Illouz analyse très bien ce phénomène post-moderne dans un essai remarquable « Pourquoi l’amour fait mal ».

Rien d’étonnant, donc, à ce qu’une partie des filles ( jeune, j’étais dans ce lot) soit tentée d’aller fréquenter les gays qui vont dans un premier temps leur donner l’illusion d’être intéressantes, l’accès à des relations respectueuses avec le sexe masculin ( pas la drague « lourde » au bal HEC, par exemple) courtisables, aimables, et l’illusion de relations profondes basées sur la communication entre hommes et femmes. Elles y trouvent souvent l’ami de coeur qu’elles ne trouvent plus dans l’homme post moderne.

Et ensuite elles se cassent les dents sur la frustration, évidemment.

Mais cela n’a rien d’étonnant dans un contexte comme le nôtre.
 

Si j’avais donc un essai à écrire à ce sujet (cela reste dans mes projets) je l’intitulerais « Pitié pour les FAP » (allusion au « Pitié pour les femmes » de Montherlant).

Je pense avoir été dans le péché à cette époque de Faperie.

Je me demande quelle est réellement ma part de faute et de responsabilité car toute une culture ( et ma famille gay-friendly militante aussi) m’avait poussée vers cela et m’entretenait dans l’ignorance. Notre civilisation laicisée et « libérée » entretient beaucoup d’idées fausses sur l’Eglise catholique et j’ai été pour beaucoup victime de ses mensonges. Mais c’est aussi parce que les mensonges de la post-modernité flattaient mes propres illusions.

La réalité m’a très cruellement appris ce que signifie la « sexualité libérée » et ce que c’est , réellement, que d’être une FAP.

Je me demande si un essai sur ce sujet trouverait des lecteurs. Pour ce qui me concerne, c’est seulement la lecture d’auteurs catholiques (Tony Anatrella, Georges Habra, Saint Jean-Paul 2…) qui m’a ouvert les yeux sur ce qu’est l’Amour en vérité (et même au début je me disais qu’au regard de ce qu’est devenue depuis 40 ans notre civilisation, c’était presque « trop beau pour être vrai » !!!).
 

Loué soit Dieu qui m’a sortie de ce péché.

Loué soit Son Amour !

Longue vie à ton blog et merci pour ta très grande lucidité.

Amitiés

Céline
 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.