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Code n°143 – Petits Morveux (sous-codes : Haine des enfants / Enfants maltraités)

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Petits morveux

 
 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

Les couples homos veulent des enfants ? Qu’ils commencent par les aimer

 

Accablante. Tout simplement accablante, cette haine homosexuelle FICTIONNELLE (et plus rarement concrétisée) des enfants que vous allez lire ci-dessous… (je n’y peux rien si le désir homosexuel est violent par nature !)

 

Qu’elle ne soit pas utilisée par les détracteurs de l’homoparentalité (qui auront la bêtise de penser que la fiction EST la réalité, que les personnes homosexuelles réelles n’aiment pas les enfants, et que le couple homo ne peut pas élever correctement un enfant) : c’est tout ce que je demande. Et qu’elle soit comprise par les personnes homosexuelles d’une part comme l’expression en elles du viol ou du fantasme de viol qu’elles subissent/ont subi (fantasme/viol qu’elles valident et actualisent parfois – sous forme de jalousie pédophobe – si elles ne le conscientisent pas), et d’autre part comme l’expression d’une sacralisation méprisante des enfants qui dépasse les frontières de la communauté homosexuelle, qui témoigne du sort inquiétant que la société toute entière réserve à la Vie. Le désir homosexuel n’est que la partie visible de l’iceberg d’une haine SOCIALE grandissante à l’encontre des enfants et des adolescents à qui on fait de moins en moins confiance.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Haine de la famille », « Éternelle jeunesse », « Clonage », « Viol », « Violeur homosexuel », « Orphelins », « Solitude », « Pédophilie », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Chiens », « Milieu homosexuel infernal », « Parodies de mômes », et à la partie « Enfants noyés » du code « Eau », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

MORVEUX 1 Chucky

Chucky la poupée de sang


 

Souvent dans les fictions traitant d’homosexualité, les enfants maltraités ou turbulents apparaissent : cf. le film « Je vous hais petites filles » (2008) de Yann Gonzalez, la nouvelle « La Servante » (1978) de Copi (avec l’enfant-rat jouant au train), le film « L’Impossible M. Bébé » (1938) d’Howard Hawks, la pièce L’Enfant criminel (1948) de Jean Genet, le film « Juste une Nuit » (2002) de Max Mitchell, le film « Furyo » (1983) de Nagisa Oshima, le roman Reivindicación Del Conde Don Julián (1970) de Juan Goytisolo (avec le viol d’un enfant), le roman El Martirio De San Sebastián (1917) d’Antonio de Hoyos (avec le bébé-monstre), le film « La Peau » (1980) de Liliana Cavani (avec un autre bébé monstrueux), le film « Un Élève doué » (1998) de Bryan Singer (avec l’image d’une jeunesse diabolique), le film « Qui veut la peau de Roger Rabbit ? » (1988) de Robert Zemeckis, le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo, le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret (avec une vision catastrophique des adolescents), etc.

 

Par exemple, dans le film « Babysitting Andy » (2007) de Michael, Andy le sale gosse de première, 9 ans, est gardé par un couple homo qui tente de le gérer. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, le bébé braillant de Linda débarque à l’appart où George, le héros homo, se loge… et cette arrivée est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et le plonge dans la désolation. Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel ironise sur le cliché commun qui dit que les homos seraient les baby-sitters idéaux : « On sait très bien s’occuper des enfants. ‘Le gay adore les enfants.’ » En réalité, dès qu’il se rend compte que c’est exigeant, il s’énerve (« Tu veux que je t’en colle une ? »), perd son self control (« Putain, je ne savais pas que ça prenait autant. Nan, c’est vrai, faut être patient. »). Il aime davantage les enfants comme des objets que comme des êtres humains : « On a envie que nos neveux soient cultivés. Et surtout beaux. Oui, c’est très important pour nous, les gays. »

 

Nombreux sont les personnages homosexuels qui méprisent ou insultent les enfants. « Je déteste les bébés. » (Leni dans le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger) ; « Je tire à boulet rouge sur tout ce qui bouge. Les handicapés. Les enfants. » (Doris la lesbienne dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; « Ils sont à buter, ces gosses ! » (Gaby dans la pièce Faim d’année (2007) de Franck Arrondeau et Xaviéra Marcjetti) ; « La vraie tare de nos vies, ce sont les enfants. » (Mathilde dans la pièce Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès) ; « Les gosses d’aujourd’hui sont bavards ! Beaucoup de bruit pour ne rien dire. » (Mamita dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; « Tu vas t’arrêter de remuer dans ta poussette, espèce de petite peste ? » (Berthe à son bébé dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 33) ; « Cette mouflette, je la tue ! » (idem, p. 61) ; « Dors, dors, petit méchant loup… nous irons demain cueillir des fraises… dans les bois de Saint-Amour ! » (Louise à l’enfant de Jeanne, dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « Enlève ton monstre de mon panier. » (Robbie, le héros gay parlant de l’enfant d’un ex dans le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann) ; « Tu n’es qu’un enfant répugnant ! Je te hais ! […] Vas-t’en, monstre ! » (Petra la lesbienne à sa fille Gaby, dans le film « Die Bitteren Tränen der Petra von Kant », « Les Larmes amères de Petra von Kant » (1972), de Rainer Werner Fassbinder) ; « Silvano fut réveillé en sursaut par le bruit des pétards et le vacarme dans la rue. […] Il se dirigea vers son bureau pour chercher un revolver […]. Des gamins déguisés arrivaient de la rue avec des serpentins et des tambours. […] L’intrusion des enfants ne prédisait rien de bon. (Copi, La Vie est un tango (1979), pp. 170-171) ; « Serais-je en enfer, se demanda-t-il. À bien y penser il était bien possible qu’il fût mort depuis plusieurs jours. […] Les enfants de la rue, depuis que le carnaval avait commencé, ressemblaient de plus en plus à des démons. (idem, p. 174) ; « Pierina veut m’enfoncer la main dans la bouche, ils trouvent ça drôle. Elle sent la merde, j’essaie de m’en débarrasser, de la passer à Michael. » (la voix narrative en charge de sa filleule, la petite Pierina, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 157) ; « J’ai horreur des enfants, je n’aime pas le père, je n’ai pas envie d’être abîmée. » (Fédora, la lesbienne envisageant d’avorter, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 245) ; « L’ado de base ne pense qu’au cul. » (Paul dans la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick) ; « Et tous ces enfants qui meurent de faim chaque jour… et nous qui allons passer un repas somptueux… » (Jules, le dandy homosexuel, s’exprimant dans un dolorisme jouissif, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Vous savez comment sont les enfants ? Dégoûtants, puants, chiants. » (Jeanne dans la comédie musicale « La Belle au bois de Chicago » (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier) ; « Toute une batterie de mioches qui piaillent et gambadent partout. » (Jean-Louis, le héros hétéro de la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage) ; « Moi, je n’aime pas les enfants. » (Adam, l’un des deux héros homosexuels, dans le film « W imie… », « Aime… et fais ce que tu veux » (2014) de Malgorzata Szumowska) ; « Les ados sont des crétins. » (Amy, l’une des lycéennes quasi lesbiennes de la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « Ils sont comme deux enfants dans une cour : leur volupté, leur brutalité. » (Merteuil s’adressant à Valmont, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller) ; « Tu t’acharnes à donner des cours de dessin à des sales mômes qui ont de l’acné en plus. » (Vanessa s’adressant à son mari Franck, dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux) ; « Est-ce qu’on est d’accord pour que tous les parents mettent leurs enfants mettent leurs enfants en mode avion. » (Jérémy Lorca parlant des enfants qui braillent autour de lui dans les lieux publics, dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; « C’est pas des gosses qu’on a faits. C’est des sauvages. » (Aurélie s’adressant à son meilleur ami homo Victor, en parlant de leurs enfants respectifs Emma et Diego, dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; « Les enfants sont très cruels entre eux. » (Eva, la Fille-À-Pédés, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; etc.

 

Dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, Jim parle en très mauvais termes de sa voisine Susan et de son « sale gosse de fils ». Dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, Pretorius, le vampire homosexuel, dit qu’il voit autour de lui « des bandes de gamins qui ne l’aiment pas ». Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, la petite Auriane dessine un bébé écrabouillé sur une feuille ; un peu plus tard, une grand-mère traite sa petite-fille de « pute », et les autres descendants passent sur le grill aussi : « Je sais pas pourquoi. J’arrive pas à m’y attacher, à ces p’tits. Ça doit être… parce que je ne suis pas une grand-mère finie ! » Dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, Stella, l’héroïne lesbienne, traite Molly, la petite-fille de Dotty sa compagne, de « petite conne de petite-fille ». Dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard, Mamita est une grand-mère acariâtre qui maltraite son petit-fils Corentin. Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Camille se fout de son petit-fils qui vient de naître. Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Franck, le héros homosexuel, abandonne un gamin noir dans un immeuble. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, se fout de la gueule de son neveu trisomique. Dans son sketch de la « Belle-mère », Bénureau incarne une grand-mère odieuse qui méprise la famille de sa fille, y compris les enfants. Dans son one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008), Jérôme Commandeur traite les enfants de « cons ». Dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, Madeleine se retrouve dans une voiture aux côtés d’un enfant peu docile ; une fois qu’elle échappe à sa compagnie, elle « savoure le fait de ne plus avoir un petit morveux de dix ans qui s’agite à côté d’elle » (p. 41). Dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, Pretorius trouve que son neveu de six ans est « désagréable parce qu’il n’arrête pas de brailler ». Dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi, l’enfant de Linda est qualifié de « monstre ». Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, l’enfant de China et Rogelio ne « fait rien que vomir son biberon » (p. 40) ; on apprend plus tard que sa chère mère a mis de l’insecticide anti-cafards dans le biberon de son bébé croyant que c’était du lait concentré… Dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, Lucie la lesbienne endosse son costume de Cruella de Vil exprès pour effrayer les enfants. Dans la pièce Parfums d’intimité (2008) de Michel Tremblay, Luc nous parle de « ribambelle d’enfants vagissants ». Dans le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte, la grand-mère Grany traite sa petite-fille de « gouine » et de « truie ». Dans le one-man-show Madame H raconte la saga des transpédégouines (2007) de Madame H, les enfants (et surtout ceux du Tiers-monde) sont qualifiés de « capricieux ». Dans le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, Romain dit clairement « J’aime pas les enfants », même si pendant tout le film, son attitude envers eux restera jalouse et narcissique. Dans le film « Vas voir maman, papa travaille » (1977) de François Leterrier, Julie dit détester les enfants. Dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, David méprise Eytan, le neveu de 7 ans de Philibert : « Et qu’est-ce qu’on va en faire ? » ; en ce qui concerne Mégane, la petite nièce de son « mari », David n’est pas tellement plus tendre puisqu’il la dit « hideuse » ; par ailleurs, il laisse entendre qu’il ne veut pas d’enfants. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, le jeune Julien et son frère sont intenables dans l’appartement d’un des héros homosexuels, Rudolf (« Vous ne voulez pas jouer ailleurs, les enfants ? »). Plus tard, quand Rudolf et ses deux amis gays Nicolas et Gabriel partent en virée en montagne autrichienne, ils tombent sur Andreas un moniteur d’un groupe de jeunes ados qui fait réagir Gabriel : « C’est bizarre, ces enfants, ils sont super sages. Ils ne sont pas beaux. » Ensuite, Gabriel part à la recherche de ce groupe juvénile pour draguer Andreas : les enfants de la colo sont montrés à Gabriel au viseur de pistolet-mitrailleur par le vieux prêtre autrichien (tout un symbole !).À la fin du film, Gabriel retrouve Andreas, et ce dernier lui demande s’il aime les enfants… ce à quoi Gabriel rétorque : « Je ne sais pas. » Dans le one-woman-show Chatons violents (2015) d’Océane Rose-Marie, Océane, l’héroïne lesbienne, traite les enfants de « petits gnomes blancs à lunettes ». Dans la chanson « Soyez pédé » de GiedRé, tous les enfants sont traités de « mongoliens », et l’homosexualité est présentée comme un remède à la surpopulation de la Planète : « Pour freiner le flot des mariages bâclés, il n’est qu’un remède : soyez pédés ! » Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, les « pères » homosexuels de Gatal sont de véritables despotes avec leur fils unique : ils téléguident sa vie à sa place : « Ça ne peut plus durer. Ça rime à quoi ?? » dit l’un d’eux parce qu’il ne comprend pas que son fils ne soit pas encore en couple avec un homme. Ils le maltraitent verbalement, le qualifient d’« animal violent », de « tête à claques ». Gatal est présenté par ses deux « pères » comme un véritable sale gosse… alors qu’il a l’air au contraire d’être un enfant docile et sage : « Tu as été un petit animal violent, un enfant insatiable. » (le père 2) ; « Ce gosse, il est vif comme une huître. » (idem) Ce dernier, totalement infantilisé, a fini par intégrer qu’il était « l’animal colérique qu’il a fallu dompter » et qui « doit quitter la Voie de la Bête ». Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi et Damien, les deux héros bisexuels, n’y vont pas de main morte avec les enfants. Par exemple, Rémi a exercé le métier de magasinier, et évoque « ces cons de gamins » qu’il y croisait. Quant à Damien, il prend des cours de taï-chi, mais dit qu’il a arrêté de s’entraîner à l’hôpital, son lieu de travail d’infirmier, « car il a rouvert la plaie d’un enfant ». Et il avoue qu’il vole ses jeunes patients : « C’est moi qui récolte l’argent de poche des gamins à l’hosto. » Dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder, Joe, déguisé en capitaine, effraie un enfant sur la plage avec son bâton. Dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet, quand Caroline demande à Marcel et Dominique, « mariés » en couple, s’ils comptent avoir des enfants, ils répondent à l’unisson « Ah non ! Surtout pas ! »… et Marcel rajoute un peu plus tard : Aaah… les enfants… c’est pas tous les jours la joie ! » Dans le téléfilm Le Nounou de Noël (The Holiday Sitter, 2022) d’Ali Lieber, Ellie, la meilleure amie de Sam (le héros homo), s’étonne que ce dernier aille garder ses neveux pour Noël : « Quoi ?!? Mais tu détestes les enfants… ».

 

Beaucoup de personnages homosexuels disent qu’ils ne souhaitent pas être père ou mère : « J’veux pas élever des enfants. » (cf. la chanson « Peter Pan » de Nicolas Bacchus) ; « Tu t’épuises à procréer. » (Georges à Mercedes/Henri, dans la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret, version 2009 avec Christian Clavier et Didier Bourdon) ; « Veux-tu bien la boucler, petit mouflet ! Bientôt, je t’expulserai ! » (Anne Cadilhac dans son concert Tirez sur la pianiste, 2011) ; « Je ne veux pas d’enfants. Il y a assez de gens comme ça sur Terre. » (Léo, le héros homosexuel aveugle, dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho », « Au premier regard » (2014) de Daniel Ribeiro) ; « Parfois, quand il ne bougeait pas, le bébé lui semblait presque abstrait, aussi improbable que le Big Bang ou Dieu et tous les anges. » (Jane, l’héroïne lesbienne enceinte dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 86) ; « Je crois que j’ai jamais voulu être père. […] C’est pas mon truc, l’instinct de daron. » (Serge, le héros homo dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; « Un enfant ?!? Quelle horreur !!! » (Inès, la lesbienne, s’adressant à Estelle, dans la pièce Huis-clos (1944) de Jean-Paul Sartre) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, un des tableaux de Ben, le héros homo, représente un homme à deux têtes (siamois, donc) tenant sur ses genoux un bébé. Dans le film « Un Mariage à trois » (2009) de Jacques Doillon, Harriet, la femme bisexuelle, ne veut pas d’enfant. Dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, Anamika plaint « toutes les femmes qui sont dans leurs cabanes étouffantes de deux mètres carrés, occupées à mettre leur portée d’enfants au lit. » (p. 28)
 

Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel nous promet dès le début du spectacle qu’il ne saoulera pas son public en lui racontant ses histoires de gosses et ses envies de paternité (plutôt le contraire) : « Je ne vous parlerai pas de mes gamins insupportables » Plus tard, il remet le couvert : « Moi, frustré de ne jamais avoir d’enfants ?? Ça m’étonnerait… » ; « Mesdames, gardez vos enfants. »
 

Les héros homosexuels qui ont eu des enfants sont parfois démissionnaires. « J’abandonne cet Ali ! » (Lou, l’héroïne lesbienne, au moment où son fils Ali naît, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « J’espère que vous prendrez plus de soin de votre époux que vous n’en avez pris du bébé dont vous étiez responsable et que vous n’abandonnerez pas ce pauvre révérend dans un sac de voyage ou dans tout autre réceptacle au beau milieu d’une gare. » (Lady Bracknell dans la pièce The Importance To Being Earnest, L’Importance d’être Constant (1895) d’Oscar Wilde) ; etc. Par exemple, dans le film « Good Boys » (2006) de Yair Hochner, Mika déclare à sa petite fille (encore bébé) qu’« elle la déteste » ; elle essaie de l’abandonner. Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, le nourrisson de la sœur de Jérémie (le héros homo) est mal accueilli, mal aimé, y compris par ses parents (son père fait un coming out à la surprise générale) et ses grands-parents. Dans le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh, Russell, le héros homosexuel, se retrouve perdu au milieu de ses « amis avec enfants » et montre leur vie de parents comme ennuyeuse et soûlante. Dès les premières images du film « The Bubble » (2006) d’Eytan Fox, on découvre que ce qui réunit le couple homosexuel Ashraf/Noam, c’est un bébé mort-né. Le cri qui clôt le poème « Le Feu » de Vicente Aleixandre dans le recueil Ombre du Paradis (1944) parle de lui-même : « Humain : ne nais jamais ! »

 

En général, la maternité et l’arrivée d’un bébé est vécue comme un terrible traumatisme, un cataclysme, une plaie, une horreur. « Pendant le trajet de Pau à Paris, il a cru qu’elle devenait folle. Elle venait seulement de comprendre qu’elle commençait une grossesse. » (André Gide, Les Faux-Monnayeurs (1925), p. 63) ; « Arlette s’était coupé les veines parce qu’elle était enceinte de Didier. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 113) ; « La petite fille criait la nuit » (le bébé de Françoise, dans la nouvelle « Les Potins de la femme assise » (1978), p. 28) ; « Les mômes, ça pue, ça braille, ça pisse, ça hurle. C’est comme la prison. Une vraie saloperie, les gosses. » (le héros homo de la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé) ; « Elle me dégoûtait. » (Daphnée en parlant de son bébé qu’elle a tué, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, p. 171) ; « Quel pouvait bien être ce monstre ? » (cf. la description de l’enfant à l’intérieur du berceau, dans la nouvelle « À l’Ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 31) ; « Il faudrait être complètement irresponsable pour avoir des enfants dans un monde pareil ! » (Bryan dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 233) ; « Je déteste les maternités. » (Yves dans le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ; « J’adore ce gosse. Il me ferait presque croire que je pourrais un jour en avoir à mon tour, mais ma vision du monde renvoie ce genre de désir dans une impasse. » (Karin Bernfeld, Apologie de la passivité (1999), p. 23) ; etc.

 

MORVEUX 2 Angela Pope

Film « Une Vie normale » d’Angela Pope


 

Dans le film « Odete » (2005) de João Pedro Rodrigues, le désir de maternité chez la femme est totalement diabolisé. Dans le film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo, l’annonce du bébé coïncide avec celle du cancer d’une des deux héroïnes du couple lesbien. Dans le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau, Orphée piétine sans le faire exprès le petit chausson en laine tricoté par sa femme Eurydice au moment où elle va lui dire qu’ils attendent un bébé sous peu : « Qu’on ne m’annonce plus de grande nouvelle, surtout ! » Dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, l’enfant est le premier symptôme de peste : « Docteur Soubirous ! Je crois qu’il y a un cas de peste. Un enfant a été mordu par un rat ! » (le travesti, p. 137) Toujours dans ce roman, Didier, le nourrisson d’Arlette et de Silvano, vomit partout et hurle ; à la naissance, on dirait un extra-terrestre : « Le petit Didier était né avec une tête énorme, disproportionnée pour un nouveau-né français. La pauvre Arlette supporta le martyr pendant l’accouchement. » (p. 101) Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan, l’homo qui a fait « accidentellement » un enfant à son amie Stéphanie, a encore du mal à réaliser la « connerie » qu’il aurait commise : « Cet ‘alien’, dans le ventre de Stéphanie, était de moi ! » (p. 402) Dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, le bébé est défini comme un « parasite avorton » (p. 132), un « truc gluant » (p. 134), un « chiot » qu’on chie dans la cuvette des chiottes : « Pour toi, c’était un étranger, un alien, cette chose qui grouillait à l’intérieur de toi. » (l’héroïne se parlant à elle-même) Dans la pièce Hétéropause (2007) d’Hervé Caffin et de Maria Ducceschi, le bébé est comparé à un « Alien ». Dans la pièce Scènes de chasse en Bavière (1968) de Peter Fleischmann, Abram, le personnage homo, dans un accès de rage, poignarde la Tonka au ventre quand celle-ci lui annonce qu’elle attend un enfant de lui : « Tu peux pas mettre au monde un gosse de moi ?!? […] Fais-le sauter ! […] Je veux pas de gosse !!! Je veux rien avoir à faire avec un gosse !! » Dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton, Solange, la « fille à pédé », conseille à son meilleur ami gay, de « ne jamais faire d’enfants ! ». Dans le film « Footing » (2012) de Damien Gault, même scénario : « C’est un vrai calvaire : fais pas d’enfants. » dit l’amie d’enfance à son ami homo Marco.

 

À en croire le personnage homosexuel, les enfants sont d’une cruauté et d’une monstruosité innommables : « Tu dis : la méchanceté de l’enfance est celle qui atteint le plus, qui vise au plus juste, dont le souvenir dure le plus longtemps. Je me souviens des rires, des sarcasmes. » (la figure de Proust à Vincent dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 99) ; « Les enfants sont moqueurs. Il est triste, le fils du Boxeur. » (Piotr Barsony, Papa porte une robe, 2004) ; « Les enfants, c’est parfois cruels entre eux. » (Lisa dans le film « Tous les papas ne font pas pipi debout » (1998) de Dominique Baron) Il arrive que le personnage homosexuel se retrouve face à un gamin objectivement détestable : « Cette méchante enfant tient de sa grand-mère. » (Karen, l’héroïne lesbienne, par rapport à la petite peste Mary, dans le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur » (1961) de William Wyler) Mais même dans ces cas-là, l’enfant est souvent diabolisé. On retrouve beaucoup les enfants sorciers ou tueurs chez Pedro Almodóvar : la petite fille rousse qui a le pouvoir maléfique de bloquer les ascenseurs à distance dans le film « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? » (1984), l’enfant-assassin dans les films « Tacones Lejanos » (« Talons Aiguilles », 1991) et « Volver » (2006).

 

L’enfant est détesté parce qu’il est considéré comme l’enfant du viol. Par exemple, dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay, le quatrième enfant (Roger) est l’enfant du viol entre Marie Lou (la mère) et Léopold (le père) : « Comme les trois autres fois où tu m’as violée, tu m’as fait un autre petit. » Et les quatre enfants de la famille sont conçus et montrés ainsi.

 

Cette diabolisation des enfants peut avoir des conséquences fictionnelles lourdes. Le personnage homosexuel en arrive parfois jusqu’à la maltraitance et l’infanticide à l’égard des enfants. « Un bébé arriva en marchant à quatre pattes de derrière le comptoir, il était dans un état de saleté indescriptible, couvert de chocolat jusqu’aux cheveux. C’était une petite fille. Elle se traîna jusqu’à Mme Pignou et s’accrocha à sa jupe, la salissant de chocolat. La boulangère se précipita sur elle, la giflant de chocolat. ‘Nadia, Nadia’, criait-elle, ‘tu vas arrêter d’embêter la dame ?’ » (cf. la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, p. 49) ; « Mesures à prendre si vous enfantez d’un petit saturnien : faites-le tourner sur lui-même jusqu’à l’épuisement total avant de le barder et de le faire bronzer dans votre four. » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, p. 241) ; « Une auditrice de la planète Jupiter se confesse à l’antenne : Elle a dévoré ses quintuplés ! » (idem, p. 240) ; « Moi, c’que je veux, c’est noyer tous les bébés ! » (Camille, la lesbienne du one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « GPA : Gestation Par l’Anus. » (Rodolphe Sand imitant une femme hétéro mère porteuse, dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « C’est dur, un enfant. Et comme je suis avec une fille en ce moment, j’ai le temps de réfléchir… et de réunir l’argent. » (Shirley Souagnon qui, en simulant de raconter un conte pour enfant à sa future progéniture, s’imagine en train de « pousser l’enfant dans l’escalier », dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet, le prince jette le bébé par la fenêtre ; et après, chacune des divas le démembre, et on entend des hurlements de bébé. Dans le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, Bruno éclate volontairement le ballon de baudruche d’un petit garçon présent à la fête foraine ; ou bien terrifie tous les gamins du manège en le faisant s’emballer. Dans la pièce Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry hurle sur un petit de 7 ans dans le restaurant parce qu’il mange en ouvrant la bouche ; plus tard, il rentre dans la peau d’une mère qui piétine comme une merde son fils appelé Fred-Ange. Dans la pièce D’habitude j’me marie pas ! (2008) de Stéphane Hénon et Philippe Hodora, la petite fille de 3 ans des protagonistes est attachée à un poteau sous la neige en plein hiver par sa mère lesbienne. Dans la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche, on encourage carrément le spectateur à « baiser des bébés » ; d’ailleurs, à en croire les protagonistes de ce drame, ces mêmes nourrissons ne sont apparemment bons qu’à laisser « des couches pleines de merde ». Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, Vicky raconte qu’à l’Assistance publique, elle « a poignardé sa voisine de lit à l’âge de treize ans ». Dans la pièce Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet, le prince charmant balance le bébé des divas par la fenêtre ; ensuite, chacune d’entre elles prend une poupée de bébé et la démembre lentement et sadiquement devant les spectateurs, sous les hurlements et les pleurs de nourrissons en fond sonore. Dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, Pierina, le bébé (et la filleule) de la voix narrative, se fait « enculer » puis tuer sauvagement (p. 162). Dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, Evita raconte à sa mère « qu’elle a eu un enfant et qu’elle l’a pendu avec la chaîne des cabinets. » Dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, Madeleine, l’héroïne, a préféré sauvegarder le Traité de Versailles plutôt qu’un enfant de 7 ans envoyé aux camps d’extermination nazis : « Je songe beaucoup à Franz. Je me sens tellement coupable… Je n’ai été qu’une idiote. Pourquoi l’ai-je laissé seul dans ce café ? J’aurais pu le sauver. J’ai sacrifié la vie d’un gosse pour un vieux parchemin et je ne pourrai jamais me le pardonner. » (p. 171) Dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard, Monique et Robert laissent leurs enfants fondre sur la banquette arrière de leur Laguna. Dans le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras, Strella, le transsexuel, a du mal à dissimuler son aversion des enfants : par exemple, elle grimace de manière sérieuse et très méchante face au tout jeune Alex ; elle fait même exprès de faire tomber le sapin de Noël sur le petit… Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, le héros homosexuel, pense que « faire un enfant est la chose la plus égoïste qui soit » ; et sa meilleure amie, Franckie, songe à « expulser son chien », c’est-à-dire à avorter. Dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, Daphnée a tué sa petite fille et l’a enfermée dans une valise : « C’est avec votre revolver que je l’ai tuée. » Dans la pièce Les Amers (2008) de Mathieu Beurton, Kévin, le héros homosexuel, fait un enfant à son amie Jenny, puis ils décident tous les deux de le tuer avec des aiguilles à tricoter : « J’en voulais pas du crabe ! » dit Kevin à propos du bébé. Dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012), Didier Bénureau rentre dans la peau d’une mère indigne qui gave son petit enfant (« ‘Maman’ a toujours été très très gentille avec Jeanjean. ») pour avoir la paix (« Au moins, le miens, il est pas prêt de bouger ! ») et qui le frappe (« Quel abruti ! »). Dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, les enfants se font trucider : le petit Paul-Gaultier est menotté à son lit ; le pare-brise vivant crache sur un enfant qui met les doigts dessus ; sur le site fictif « Syndromedestockholm.com », il y a une application « glougloulepetitgregory » ; etc. Dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi, le spectateur assiste à un avortement : Irina « chie » son « salopard d’enfant » comme une merde. Dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, Graciela, qui a 14 ans, a déjà avorté 2 fois. Dans la nouvelle « Une Langouste pour deux » (1978) de Copi, Ludovic, le fils de 3 ans de Marina, échappe de peu à la noyade. Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Carole, l’héroïne lesbienne, pratique des avortements et aide les jeunes femmes au Planning Familial à prendre la pilule en la banalisant.

 

On nous laisse parfois entendre que les violeurs d’enfants sont les personnages homosexuelles eux-mêmes : « Place Saint-Sulpice est fermée par la police, on vient de violer et d’étrangler une fillette dans la vespasienne presque sous les yeux de la police. » (cf. les dernières lignes du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 163) ; « Tu violes des p’tits handicapés de 10 ans : le commun du p’tit pédé… » (Jonathan, en boutade à son amant Frank, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; « Je parie que toi et Peggy, vous faites des trucs aux gosses… » (Santiago s’adressant au couple lesbien Doris-Peggy, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; « C’est des bébés. On les tue à la naissance. C’est très à la mode. Tout le monde se les arrache. » (Jérémy Lorca imitant un vendeur Prada, dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; etc. On peut évoquer aussi la figure de Martin Essenbeck violant la petite fille juive, dans le film « Les Damnés » (1969) de Luchino Visconti. Je m’arrêterai là car j’aborde plus largement la question de la pédophilie dans le code « Pédophilie » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

MORVEUX 3 JPierre Melville

Film « Les Enfants terribles » de Jean-Pierre Melville (Catherine qui va tirer la langue)


 

La haine des enfants chez le personnage homosexuel n’est pas tant sciemment cruelle qu’idolâtre et iconoclaste, puisqu’ils sont en général réifiés à l’état de poupons (cf. le Fils-objet de la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi, le bébé-objet dans le film « Hush ! » (2001) de Ryosuke Hashiguchi, le film « Baby Doll » (1956) de Tennessee Williams, le film « Chocolate Babies » (1996) de Stephen Winter, le film « Sonate d’Automne » (1978) d’Ingmar Bergman, le film « Tacones Lejanos » de Pedro Almodóvar, le film « Le Cercle des Poètes disparus » (1989) de Peter Weir, le film « La Fête des pères » (1989) de Joy Fleury, etc.). Cette haine pédophobe tient plus de la pulsion sadique dirigée sur la poupée vaudou ou contre soi-même que de la destruction concrète d’êtres humains… Elle traduit tout de même une violence, mais celle-ci reste circonscrite aux mots, au jeu humoristique, à la mise en scène de viol : « Les 3 sœurs de Tchekhov étaient en train de construire elles aussi un enfant en papier mâché. » (Copi, Un Livre blanc (2002), p. 107) ; « Le vieil ami Tarzan a tout juste fini de se construire un enfant avec un bon tronc d’arbre, des lianes, un singe et des feuilles en matière plastique collées ensemble une à une. » (idem, p. 102) ; « une statue en train de jouer au bilboquet […] (la statue, c’est-à-dire l’enfant, est juste au milieu de la place) » (la voix narrative dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 18) ; « Vous jouez avec le bébé ? » (Joachim s’approchant du couple lesbien Emma/Adèle qui touche le ventre arrondi de Liz, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche) ; etc. Dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, Pretorius ne conçoit pas les enfants autrement que comme des objets (il parle de « cette chose nommée ‘enfant’ »). Dans le spectacle musical Un Mensonge qui dit toujours la vérité (2008) d’Hakim Bentchouala, la figure de Jean Cocteau parle des « enfants volés », comme pour signifier qu’ils sont des bibelots. Dans la pièce Loretta Strong (1974) de Copi, le bébé à naître est comparé à une marionnette qu’on piétine, qu’on fracasse contre le mur, tel un être robotique dont on cherche à se persuader par l’iconoclastie qu’il est humain, précisément parce qu’on n’en est pas sûr : « C’est du métal, c’est du vivant. » Dans le film « Pink Flamingos » (1972) de John Waters, des lesbiennes mettent des bébés en vente. Dans le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand, Joyce, la lesbienne, soutient qu’elle « n’est pas malade » et qu’elle « veut juste un gosse »… mais on découvre qu’elle donne des croquettes à ses enfants, les fait coucher dans des litières, et dit d’un air très pince-sans-rire qu’« elle adore les enfants » et qu’elle « en a déjà mangé 4 ». Elle est même prête à couper en deux l’enfant qu’elle aura avec le couple homo Claudio/Rodolphe qui souhaitaient faire un projet de coparentalité (« On fait 50/50 pour l’enfant ? »).

 

Il est souvent question du vol d’enfants : le vol de la petite fille de Daphnée dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, les « voleurs d’enfants… » de la forêt Douar Dbada dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, etc. « Fatoumata, tu pues ! » (Rodolphe Sand se mettant dans la peau d’une odieuse bourgeoise dirigeant un orphelinat au Burkina-Faso, et y faisant un trafic d’enfants avec des couples homosexuels adoptants, dans son one-man-show Tout en finesse , 2014)

 

Le désir d’enfant semble être la parade la plus facile qui ait été trouvée par le couple homo fictionnel contre l’ennui d’une vie conjugale en manque de perspectives. La progéniture est envisagée comme un « cadeau magnifique », comme LA preuve d’amour suprême que le héros homo veut absolument « offrir » à son compagnon. Même si l’intention et la sincérité amortissent la démarche de réification du bambin, on n’est pas loin du caprice égoïste et de l’animalisation des enfants : « On devrait prendre un chien. Tu aimes les chiens. » (Sven à son copain Göran, pour calmer en lui le désir d’enfant, dans le film « Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen) ; « Tu sais quoi ? Je vais t’acheter un chien. » (Frédérique face à son amante Heïdi qui veut un enfant, dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) ; « Je m’ennuie… On devrait peut-être adopter ? » (un des héros gay à son compagnon, dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Si on avait été hétéros, pour booster un peu notre couple, on aurait eu un enfant ! » (Jonathan s’adressant cyniquement à son amant Matthieu avec qui il sort depuis un an… et avec qui il s’ennuie déjà, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H. ; ils décident finalement de se rabattre sur l’adoption du chien) ; « En général, je préfère les chiens aux enfants. » (Ashe dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 37) ; « [À défaut d’enfants,] Caro et moi, on a adopté des rats. » (Camille, la lesbienne du one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « Fais comme Arnaud. Achète une perruche. Ce sera plus simple ! » (Stef, le héros homo parlant à Vivi qui veut un enfant avec son compagnon Norbert, dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez) ; « On peut fonder une famille. Avec les enfants. Le petit chien. La belle-mère. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc.

 

Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, pour que son ami gay Benoît puisse pallier son désir d’« avoir un enfant », Wanda lui suggère d’« appeler la SPA ». Dans la comédie musicale La Bête au bois dormant (2007) de Michel Heim, l’analogie entre le bébé des « homoparents » et le chien est claire : le labrador livré par la cigogne aux amants homos sera leur substitut d’enfant. Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, le bébé n’est pas envisagé comme un Tout, mais comme la « valeur ajoutée » d’un bonheur conjugal homo qui serait parfait avec elle : « Que manque-t-il à ta vie ? Je vois des larmes dans tes yeux… » demande l’un des héros gay à son compagnon, en évoquant la possibilité de l’homoparentalité. Une fois leur décision prise, les partenaires cherchent d’ailleurs un bébé de la même couleur que leur papier peint ! Il est défini comme « un cadeau de Noël » pour la mère de l’un des deux « papas ». On rentre complètement dans l’idée de l’enfant-objet, réclamé comme un dû, sous forme de « droit d’égalité ». Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, le bébé que le « couple » Bryan et Tom vont élever est comparé à un chien : « Bonne chance avec le rottweiler. » dit Bryan ; et Tom, en regardant le berceau près de Bryan, lui répond : « Bonne chance avec le… »

 

Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, Thomas et François envisagent toujours la filiation sous l’angle canin : « On aura p’têt notre petit chien… Et p’têt, qui sait, notre fils. » (Thomas) Ils se lancent dans un voyage en pleine forêt tropicale thaïlandaise pour aller chercher Tchang, un bébé de trois ans qu’ils veulent adopter. Voyant qu’il y a eu quiproquo à propos de l’adoption, ils rebroussent chemin : « C’est pas grave. On adoptera un chien. » (Thomas) À la fin, Thomas achète à François un poisson rouge, à défaut de pouvoir adopter : « Et pour finir, François, je te présente Tchang. Tiens, dis bonjour à papa. »
 

Si jamais l’enfant est valorisé par le personnage homo, c’est généralement en vue d’une récupération. Par exemple, dans le roman Deux femmes (1975) de Harry Muslisch, Sylvia freine le désir d’enfant chez son amante Laura : « À mon avis, tu n’aimes pas du tout les enfants. Les enfants, pour toi, ce n’est qu’un moyen de régler tes comptes avec ta mère. » ; face au mutisme de sa compagne, elle reprend : « Et si finalement tu avais eu un enfant, tu l’aurais aimé ? » ; Laura finit par cracher le morceau, en lui répondant : « Oui, car dès le moment de sa naissance, je n’aurais plus pensé à ma mère. Tu as raison, je n’aime pas les enfants, mais j’aurais aimé cet enfant-là, car je n’aurais pas été fille, mais mère. » (p. 80) Dans le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, le bébé est utilisé comme un objet de vengeance sociale : le refus de l’avortement n’est même pas beau puisqu’il préfigure une instrumentalisation future de l’enfant en faveur de droits qui ne privilégient pas la constitution d’une famille. Dans la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch, la demande d’adoption d’un orphelin par le couple lesbien Clothilde/Jennifer, et leur refus d’avoir un enfant par voie naturelle, cachent une vision désenchantée et apocalyptique du monde : « Si c’est pour encombrer la planète d’une âme supplémentaire… » Dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier, Kim et sa compagne veulent d’un enfant (Maeli) à tout prix, et menace César, celui qui doit endosser temporairement le rôle du père adoptif pour crédibiliser leur combine, de chantage financier : « Je te préviens : Si je ne rentre pas avec Maeli, tu n’auras pas ton pognon ! » ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Léopold demande à son amant Franz s’il « aime les enfants » et celui-ci lui répond : « À vrai dire non. Je ne sais pas vraiment m’y prendre. Il me tape vite sur les nerfs. » Franz ne les envisage que comme une transposition narcissique de son propre couple puisqu’il veut appeler ses deux hypothétiques enfants qu’il aurait avec Ana « Franz et Leopold ».

 

Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, les enfants sont à la fois méprisés et demandés comme des dus. Par exemple, William menace Pierre « l’hétéro » de parvenir à avoir des enfants avec son copain Georges quand ils le désireront (après leur « mariage »). Et pourtant, il oblige Georges à renoncer à son passé d’homme marié et de père avec enfants, et à abandonner ses enfants pour le garder pour lui tout seul : « Tes enfants ! Ton alibi suprême ! »

 

Chez le personnage homo, la défense des enfants est parfois au service de projections purement égoïstes. Dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, par exemple, le dialogue entre Joëlle, vivant une vie de couple rangée, et sa mère Suzanne, le montre très bien. Joëlle tient un discours complètement contradictoire, puisqu’elle dit : « L’éducation des enfants, c’est moi qui m’en charge » ; mais une fois que sa mère lui demande « Tu as pensé aux enfants ? », elle lui répond : « Non, je pense à moi. »

 

Dans « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen (un film pourtant censé prouver que le couple homo peut tout à fait élever des enfants de manière équilibrée et aimante), l’image des enfants est très négative : ils sont montrés comme de méchants homophobes, de vulgaires délinquants qui insultent à la sauvette le couple homo de « pédés »… au point que Sven, l’un des deux héros homos, poussera le cri du cœur : « Putains de sales gosses ! » (Seul un de ces voyous – le jeune garçon élevé par ses deux « pères », justement – changera progressivement d’avis et se montrera sous un meilleur jour).

 

MORVEUX 4 Vincent Garenq

Film « Comme les autres » de Vincent Garenq


 

Dans le film « Comme les autres » (2008) de Vincent Garenq, le bébé est présenté comme un cadeau amer, car le couple d’hommes homos abandonne la mère porteuse comme une âme en peine sur le billard de la salle d’accouchement, une fois qu’ils ont eu ce qu’ils voulaient. Dans les fictions abordant de manière un peu plus posée les questions d’homoparenté, on constate avec étonnement que la « famille » homoparentale n’est pas présentée comme une structure facile à vivre par les personnages homos qui l’expérimentent : « Élever un petit garçon turbulent n’est pas de tout repos à tout âge, devient éprouvant lorsque le papa a atteint la cinquantaine depuis déjà quelques années. Pire encore, quand il y en a deux. » (cf. la première phrase du roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot) ; « Je supporte pas d’être chez moi. J’ai l’impression que je suffoque ; comme si je vivais dans le corps d’un autre, comme si je m’enfonçais dans la vie d’un autre. » (Jackson élevé par deux lesbiennes, dans l’épisode 7 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn).

 

Dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener, Claire et sa compagne Suzanne font de leur projet « parental » un ordre et un caprice : « Je veux un enfant et je l’aurai ! » déclare Claire, ce à quoi le père de celle-ci lui répond : « Vous jouez à la poupée avec un petit être vivant ! » Pendant toute la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, l’enfant est défini par tous les personnages comme une « envie », un « feeling », un « projet », un objet : « Si c’est un petit gars, ce sera un petit gars. Si c’est une poupée, ce sera une poupée. » déclare Sylvie, la fille à pédé. Et le pire, c’est que Pierre, le héros homosexuel, arrive à trouver ça « beau » et à s’émouvoir de son propre « désir de paternité ». Hallucinant.

 

Quand je vous dis que les personnes homosexuelles ne se rendent pas compte qu’elles détestent les enfants, je ne vous mens absolument pas. Plus une œuvre de fiction homosexuelle se donne pour tache de justifier l’injustifiable, c’est-à-dire de prouver que le désir homosexuel acté respecte vraiment les enfants et que les « familles homoparentales » sont des structures aussi bien que la famille traditionnelle et aimante formée d’une femme et d’un homme, plus elle (et son auteur) donne inconsciemment les preuves du contraire. C’est tout à fait le cas du roman pro-PMA (Procréation Médicalement Assistée) The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, censé nous démontrer que la narratrice lesbienne enceinte, Jane, secondée de sa compagne Petra, aiment déjà « leur » enfant et qu’elles ont un projet noble, respectueux et « éthique ». Au départ, le lecteur y croit, puisque les deux femmes en couple chantent les louanges de leur bébé, en le surnommant « notre petit génie » (p. 16) : « Il pourrait bien avoir deux têtes, Petra et moi, on l’aimera quand même. » (Jane, p. 114) Elles ont l’hypocrisie de nous faire croire que même si à travers la PMA elles ont concrètement rayé de la généalogie de leur enfant son père, elles ont fait un acte merveilleux en n’étant pas trop regardantes sur l’identité physiologique du donneur de sperme : « De toute façon, je n’aimais pas l’idée de choisir un donneur en fonction de ses attributs. Un enfant est un enfant, pas un meuble de créateur. » (Jane, p. 113) Et l’auteure du roman, Louise Welsh, parachève l’utopie en terminant son récit par une happy end et une arrivée au monde réussie du bébé. Mais dans les faits et les paroles, il en est tout autrement. On découvre que l’enfant est considéré comme un objet qui pourrait être volé, qu’il est considéré comme un dû, une possession : « Je n’arrive pas à croire que tu te serves déjà de notre enfant comme d’une arme. » (Petra s’adressant à Jane, p. 69) ; « Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans la technologie. J’aurais volé un bébé dans un landau, peut-être. » (Jane, p. 114) ; « À sa naissance, il deviendrait une personne, quelqu’un que Jane n’aimerait peut-être pas, mais pour le moment il était tout à elle. » (Jane, p. 193) ; « Donnez-moi l’enfant des inconnus. Donnez-le-moi. » (Ritchie, le personnage homo, dans son rôle de théâtre, dans la série et téléfilm It’s a Sin (2021) de Russell T. Davies) ; etc. C’est l’autorité parentale des vrais parents biologiques, et non l’enfant en lui-même, que les héroïnes lesbiennes cherchent en réalité à acquérir : pendant toute l’intrigue, Jane tente en effet de retirer à son voisin d’immeuble le Docteur Mann la garde de la fille de ce dernier, Anna, adolescente de 13 ans, parce qu’elle l’estime maltraitée de lui, même si Petra essaie de faire entendre raison à sa compagne : « Petra avait raison. Anna relevait de la responsabilité d’Alban Mann, et cet enfant-ci était le sien. » (Jane, p. 100) Au fond, ce roman est un concentré de pédophobie. Tout le monde s’y met, spécialement les « mamans » lesbiennes. Par exemple, Jane parle super mal à son bébé : « Calmos, fiche-moi la paix. » (p. 17) ; « Petit troll, petit gobelin. » (p. 156) ; « Elle se souciait de son petit monstre. » (p. 196) ; etc. On la sent au bord de l’avortement : « Jane comprenait ces mères adolescentes qui dissimulaient leur grossesse, espérant disparaître et emporter cette disgrâce avec elles. Il lui semblait impossible que l’enfant parvienne un jour à se frayer un chemin vers la liberté et qu’elle voie le visage de la créature qui s’était tapie en elle pendant tous ces mois. Des traits difformes de gobelin s’imposèrent à son esprit. » (p. 42) ; « Comment avait-elle seulement pu envisager d’avoir un enfant ? » (p. 229) ; etc. À un moment, elle se prend un jet de pierres par un garnement avec un lance-pierres, habitant près de son immeuble… mais le plus surprenant, c’est qu’elle l’insulte comme s’il s’agissait d’un adulte : « Salaud, salaud, salaud. » (p. 27) Elle déteste aussi les jeunes : « Les adolescents étaient une plaie. » (p. 43) Les autres personnages ne sont pas plus tendres avec les enfants que la future maman : « Carsten ? Je l’aurais étouffé. C’est facile d’étouffer un bébé. Tout le monde ressent ça, c’est normal. L’important, c’est de ne pas le faire. » (Ute, la femme hétérosexuelle parlant de son fils, p. 33) ; « Tu te souviens de Greta, elle aimait boire et danser, et s’amuser ? Les bébés vous empêchent de faire tout ça. » (Karl Becker s’adressant à sa femme Heike, p. 64) ; « J’aime boire et faire de la voile plus que j’aime l’idée d’avoir un enfant. » (Jurgen, le héros gay, p. 113) ; « Espérons que ta compagne Petra a bien choisi le donneur et que ça ne sera pas un petit monstre. » ( idem, p. 114) ; etc. Je mets ma main à couper que Louise Welsh, l’auteure de ce livre, n’a même pas mesuré qu’en défendant « l’homoparentalité », elle la désignait comme inhumaine et monstrueuse. Car dans les faits, elle l’est.
 

Finalement, en ce qui concerne la haine homosexuelle fictionnelle des enfants, on se trouve devant un paradoxe : celui de l’idolâtrie. Les mômes sont détruits parce qu’ils sont adorés comme des objets. Il y a un décalage complet entre la sincérité affichée par le personnage homo, et ses actes concrets. Par exemple, dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, pendant un déjeuner au restaurant, l’oncle de Gérard demande à Élisabeth : « Vous aimez les enfants, n’est-ce pas ? » Juste avant de tirer la langue à une gamine et de la faire pleurer, elle lui répond : « Je les adooore ! » On retrouve cette dichotomie entre sincérité et vérité lors du concert de la chanteuse Mylène Farmer (tournée 1989 ; prélude à la chanson « Maman a tort »), lorsque la mère de Mylène, interprétée par la chanteuse Carole Fredericks, apparaît sous les traits d’une sorcière immonde et autoritaire, qui va se mettre à hurler d’une voix stridente : « Mais pourtant, je l’aime énooormément, cette petiiiiite !!! ». Dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi, Louise prétend « savoir manœuvrer les enfants », mais annonce aussi qu’elle en a déjà perdu trois à elle ; et en plus, on la voit maltraiter l’enfant de Jeanne. Le héros travesti du one-man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set cultive la même ambiguïté, puisque dans une même phrase, il dit tout et son contraire : « Ce gosse est une plaie ! J’ai rien contre les enfants… […] Les enfants, c’est comme les cocktails : ça saoule ! » ; par ailleurs, il préconise les bombes anti-personnelles comme cadeau de Noël idéal à offrir aux enfants. Dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, Daphnée ne se rend pas du tout compte de l’infanticide qu’elle a perpétré sur sa propre fille : « Elle a dû rentrer toute seule dans le frigidaire et refermer la porte derrière elle. Je l’ai retrouvée congelée, mais j’étais sous acide, j’ai cru que son cœur allait se remettre à battre. J’ai essayé de la réchauffer dans le four, mais elle était bien morte. » (p. 146) Dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967), toujours de Copi, Mme Garbo revient sur la genèse de l’amour incestueux qu’elle porte sincèrement à sa jeune élève Irina : « J’ai haï cet enfant. » Ce n’est pas la haine des enfants qui rend le personnage homosexuel violent à leur encontre : c’est au contraire parce qu’il les adore qu’il en vient à les tuer. « Je suis fou des enfants ! » (la voix narrative du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 68, qui par ailleurs se montre particulièrement odieuse avec les enfants) ; « J’adore les comptines pour enfants, toujours tragiques et macabres. » (Christopher Wren, le héros homosexuel de la pièce The Mousetrap, La Souricière (1952) d’Agatha Christie, mise en scène en 2015 par Stan Risoch) ; etc.

 

Parfois, on découvre que c’est l’homosexualité du personnage qui déclenche en lui la pédophobie. « Mary n’aurait aucune place dans son cœur, dans sa vie, pour un enfant, si elle venait à Stephen. Elles seraient tout l’une pour l’autre si elles demeuraient dans cette parenté sans limites : père, mère, ami, amant, tout… étonnante plénitude ! Et Mary, l’enfant, l’amie, la bien-aimée. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 393) ; « Tandis qu’elle tenait la jeune fille dans ses bras, Stephen sentait qu’en vérité elle était toutes choses pour Mary : père, mère, amie et amant, et Mary toutes choses pour elle : l’enfant, l’amie, la bien-aimée. » (idem, p. 412) Par exemple, dans le film « Tu n’aimeras point » (2009) de Haim Tabakman, c’est au moment où Aaron, père de famille juif, découvre son homosexualité qu’il devient précisément agressif et brutal à l’encontre de son fils Nataniel. Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, le personnage de Pédé (le bien nommé !) a abandonné sa fille lesbienne Lou pendant 17 ans (« J’avais oublié cette enfant ! »)… et visiblement, il a fait la même chose avec d’autres de ses enfants. On nous fait comprendre que c’est l’homosexualité qui forge les parents démissionnaires.

 

Le plus surprenant chez le personnage homosexuel, c’est que la violence pédophobe semble être une conséquence directe de la peur des enfants : « Les gosses et moi, c’est pas le grand amour. Ils me font peur. J’suis un peu pédophobe. » (Lucie, la lesbienne de la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau) ; « Dimitri n’a jamais su comment se comporter avec les gamins. Il appartient à cette espèce d’hommes qui fait pleurer les bébés. Ça ne rate jamais. Il suffit qu’il en prenne un dans ses bras pour qu’il se mette aussitôt à crier. À la manière dont il les tient, les tout-petits perçoivent immédiatement sa gêne. Ces êtres fragiles le mettent mal à l’aise. Il a peur de les laisser tomber, de les casser. Et son appréhension n’arrange rien. C’est comme pour les chiens. Ils le sentent. » (Thibaut de Saint Pol, Pavillon noir (2007), p. 87) ; « Mme Pignou n’avait jamais pris un bébé dans ses bras. Elle s’affaissa sur la chaise en formica et le serra contre elle très fort, ce qui mit en colère la petite fille qui lui griffa cruellement le visage, mais la peur de la laisser tomber était chez Mme Pignou trop forte pour pouvoir réagir. » (cf. la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, p. 53) ; « J’ai peur d’avoir des enfants ! » (Lou, l’héroïne lesbienne de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 340) ; « La seule chose qui a vraiment changé, c’est Karl. Ce n’est plus le poupon que j’ai laissé derrière moi. […] Je l’attrape dans mes bras […] C’est alors que je me rends compte qu’il tremble. Je lui fais peur… » (Heinrich parlant de son fils, dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 115) ; « Les enfants, ils me font plutôt peur… Ils sont comme des moustiques chiants. » (Lionel dans le film « Comme des Voleurs » (2007) de Lionel Baier) Dans la pièce Les Deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi, Damien, le héros homosexuel, ne mâche pas ses mots par rapport aux enfants : il dit que les nourrissons « puent » et « lui font peur » ; il demande au personnel SNCF s’il peut « voyager dans un wagon sans mouflets », et rêve de terroriser les enfants pendant le trajet. Le message est passé : « Les mômes, je les déteste ! » Et sa meilleure amie, qui paradoxalement va chercher à être enceinte par tous les moyens, les définit aussi comme des « monstres ». Qui a laissé croire que les terroristes n’étaient jamais morts de peur ?

 

MORVEUX 4 Piscine

Création scénique « Le Roi Roger est nu » de Karol Szymanowski

 

Et nous arrivons au nœud du problème ! Très souvent, on apprend que le personnage homosexuel réagit mal face aux enfants parce qu’il a été lui-même maltraité et abandonné par ses parents quand il était enfant, ou bien violé. Je développe très largement dans le code « Orphelins » et « Viol » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels ces questions. Mais je relèverai quand même, histoire de vous mettre en appétit, quelques exemples montrant des enfants battus dans les œuvres homosexuelles (en laissant de côté la figure des enfants noyés pour le code « Eau » de ce même Dictionnaire) : cf. le roman Génitrix (1928) de François Mauriac (avec l’enfant qui meurt en fausse couche), la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi (avec Ali, l’enfant enlevé par les lesbiennes, puis « couvert de bosses » parce qu’il est battu), la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes (avec Frank, l’enfant battu par son père et sa mère), la pièce Scènes de chasse en Bavière (1969) de Peter Fleischmann (avec les deux personnages homos, Rovo et Abram, qui se sont fait respectivement battre par leurs parents, étant jeunes), le roman Montecristi (2009) de Jean-Noël Pancrazi (avec un enfant de 10 ans qui meurt à cause de déchets toxiques), les vidéo-clips des chansons « Plus grandir » et « Comme j’ai mal » de Mylène Farmer (sur la maltraitance des enfants), le film « Les Damnés » (1969) de Luchino Visconti (avec la petite Juive qui est violée et qui finit par se pendre), le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron (avec un jeune adolescent absorbé par sa mère), la photo L’Enfant captif (1932) de Duane Michals, le film « Paysage dans le brouillard » (1987) de Theo Angelopoulos (avec la fillette violée), le film « Une Vie normale » (1996) d’Angela Pope, la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès (avec l’enfant pendu par le shérif : légère « bavure » policière…), le film « L’Innocent » (1976) de Luchino Visconti (avec l’infanticide), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec l’avortement), etc. Par exemple, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah, l’héroïne lesbienne, se fait battre par sa mère. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, tient dans les bras un bébé mort, calciné… pour la photo dans les journaux.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

À propos de la haine (ironique, « second degré », ou sérieuse) des personnes homosexuelles envers les enfants réels, je vous renvoie au docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles (avec l’enfant noir porté comme un colis ou dans un caddy), à l’essai El Sadismo De Nuestra Infancia de Terenci Moix, au documentaire « Chosing Children » (1984) de Debra Chasnoff et Kim Klauser, etc. En commencement de cet pédophobie était la jalousie : « J’en suis presque jaloux. » (Samuel, jeune homme homosexuel de 25 ans, face à un enfant de 6 ans en admiration devant ses parents, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014)

 

MORVEUX 6 - Brunö

Film « Brüno » de Larry Charles

 

Dans l’émission de caméra cachée Les Invisibles diffusée le 29 janvier 2016 sur la chaîne TF1, un anonyme homosexuel s’est fait piéger par un soi-disant « enfant maléfique » qui jette des sorts autour de lui pendant l’absence de sa mère qui l’a confié à ce pauvre voisin de table de restaurant. L’homme à la trentaine essaie de refuser le service (« Je n’ai pas d’enfants. C’est pas pour garder ceux des autres. Je suis pas hyper à l’aise avec les enfants…« ). Puis une fois le départ de sa maman, le gamin devient de plus en plus infernal avec son baby-sitter. Au téléphone avec la mère, le piégé homosexuel dit explicitement : « Je vous ai dit que j’aimais pas les gosses. » Le piège filmé avait donc toutes les raisons de marcher.
 
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C’est quand ce mépris est sous-entendu par une représentation fictionnelle désastreuse des enfants que la pédophobie du réalisateur ou du romancier homosexuel apparaît, à mon sens, la plus manifeste : j’ai des images très précises qui me reviennent de films tels que « Jacquou le Croquant » (2007) de Laurent Boutonnat (avec les garnements cruels ; idem pour son clip de la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer), « Oublier Chéyenne » (2004) de Valérie Minetto (avec le mépris affiché de l’héroïne lesbienne pour les « djeunes d’aujourd’hui »), « Wild Side » (2004) de Sébastien Lifshitz (où la cruauté « naturelle » des enfants est montrée à plusieurs reprises), ou encore « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee (dans lequel les seules images qu’on nous donne de la vie de famille traditionnelle et des enfants, ce ne sont justement que des gamins qui braillent à en faire crever les tympans !), le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh (où Russell, le héros trentenaire homo, écoute, affligé, les médisances homophobes d’un groupe de jeunes dans le bus) ; etc.

 

Tous ces choix inconscients de figuration de l’enfance ont l’effet d’un « No Comment » de la chaîne de télé Euronews. Oui, il faut qu’on ose le dire : les personnes homosexuelles, dans leur grande majorité, ont un problème avec les enfants. Cela dit, on me rétorquera que tout le monde a un problème avec les enfants, ce qui n’est pas faux du tout : c’est humain d’avoir un problème avec les enfants (ce n’est pas à moi qu’il faut l’apprendre : je n’ai jamais cru en « l’instinct maternel », ni à la béatitude des grossesses/accouchements/éducation des enfants, et plus globalement, je ne sacralise pas du tout la différence des sexes ; elle reste un trésor « en chantier », qui doit « devenir ce qu’il est » !). Je crois cependant qu’une fois dit cela, il y a des individus, plus blessés dans leur sexualité et dans leur enfance que d’autres, qui ont tendance à avoir plus de mal que les autres avec les enfants : les personnes homosexuelles, dans leur globalité, même s’il y a de nombreuses exceptions à cette règle, en font partie.

 

Et les exemples concrets ne manquent pas pour illustrer cette tendance ! Dans le documentaire « Une Vie de couple avec un chien » (1997) de Joël Van Effenterre, l’enfant absent est carrément comparé à un chien par le couple homosexuel. Le dramaturge français Jean-Luc Lagarce, dans son Journal (2008), qualifie les petits d’« enfants sales et braillards ». Jean-Jacques Rinieri parle de la grossesse comme d’une « malédiction » pesant sur les femmes (cité dans l’autobiographie Parce que c’était lui (2005) de Roger Stéphane, p. 97) et dit que les enfants sont cruels : « Quelle plaisanterie que la pureté des enfants ! » (idem, p. 112) Dans son autobiographie Le Journal du Voleur (1949), Jean Genet voit l’enfant comme un excrément : « Je me voulus semblable à cette femme qui, à l’abri des gens, chez elle conserva sa fille, une sorte de monstre hideux, difforme, grognant et marchant à quatre pattes, stupide et blanc. En accouchant, son désespoir fut tel sans doute qu’il devient l’essence même de sa vie. Elle décida d’aimer ce monstre, d’aimer la laideur sortie de son ventre où elle s’était élaborée, et de l’ériger dévotieusement. » (p. 30) L’enfant serait uniquement coupable d’être né, comme le montrent les propos de Cocteau : « Accusé, je l’étais dans le ventre de ma mère. » (Jean Cocteau dans le documentaire « Jean Cocteau, Autoportrait d’un inconnu » (1983) d’Edgardo Cozarinsky) L’artiste français en question raconte qu’il aime faire des grimaces aux enfants pour les effrayer et les faire pleurer. Ce n’est pas un hasard s’il qualifie, dans une de ses œuvres maîtresses, les enfants de « terribles » (1929). Dans son autobiographie Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), Pascal Sevran est d’une franchise absolue par rapport aux petits : « Un enfant, par définition, est intenable » (p. 95) ; « Que Michael Jackson nous épargne ses jérémiades sur la pureté des enfants. Ce sont des monstres, comme nous. » (idem, p. 155) ; « J’aime beaucoup Jean et sa femme, mais il y aura trop d’enfants hurlant et sautant entre les tables » (idem, p. 172) Il est loin d’être le seul à penser cela ! Voici un petit panorama de phrases pédophobes glanées de-ci de-là par des personnalités homos médiatisées : « J’aime pas les enfants. » (Jean-Claude Dreyfus, juste à côté de moi pendant l’enregistrement du premier album Urgences du rappeur homo Monis, le 17 avril 2010, à Goussainville) ; « Les enfants dans les trains de vacances démontrent les vertus de la stérilité. » (cf. « post » public de l’écrivain Philippe Besson sur son mur Facebook le mercredi 8 août 2012) ; « Je veux scandaliser les purs, les petits enfants, les vieillards par ma nudité, ma voix rauque, le réflexe évident du désir. » (la photographe lesbienne Claude Cahun dans son essai Aveux non avenus, 1930) ; « Je méprisais les femmes enceintes. » (Anne Hurtelle, femme lesbienne interviewée à l’émission Ça se discute diffusée le 18 février 2004 sur la chaîne France 2) ; « Moi, je n’envisageais pas vraiment d’être mère. » (Florence Mary dans son documentaire « Les Carpes remontent les fleuves avec courage et persévérance », 2012) ; « Le transsexuel n’aime pas les enfants et ne comprend que le côté superficiel du ‘sexe’ opposé dont il rêve. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 342) ; « Pour les couples hétéros, il y a les gosses qui sont là. C’est une responsabilité que je trouve écrasante. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc.

 

Dans le film biographique « Girl » (2018) de Lukas Dhont, Lara/Victor, garçon trans M to F de 16 ans, brusque son petit frère de 6 ans Milo et le fait pleurer en l’habillant uniquement parce que ce dernier a eu l’insolence de l’appeler par son prénom d’origine « Victor ». Ça commence par la menace (« Arrête ou je vais te faire mal. ») et ça finit carrément par de la maltraitance (« Ne m’appelle plus comme ça, OK ? »).
 

Beaucoup de personnes homosexuelles rejettent même les enfants qu’elles ont engendrés. Par exemple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Jacques, homosexuel, s’est séparé de sa femme, et a laissé cinq enfants pour vivre avec un homme, Bernard. Pour ma part, lors de mes conférences, je rencontre de plus en plus de jeunes adolescents venant me raconter que leur père (ou leur mère) les a abandonnés, en laissant femme (ou mari) et enfants sur le carreau, pour partir vivre son homosexualité.

 

J’entends des personnes homosexuelles défendre avec un aplomb et un sourire formidables l’avortement. Par exemple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Thérèse, une femme lesbienne de 70 ans, se targue d’avoir pratiqué dans les années 1970 des avortements chez elle, en créant une cellule d’avortements clandestins : « C’était une période fabuleuse. »

 

De mon côté, j’en ai entendues à foison, des médisances sur les enfants, de la part de mes amis homos ! Entre ceux qui s’amusent à simuler les croche-patte face à des mômes jouant tranquillement dans les jardins d’enfants, ceux (surtout mes amies lesbiennes) qui traitent les femmes enceintes de « poules pondeuses » (je ne fais que citer), et ceux qui m’ont dit ouvertement qu’ils détestaient les enfants, j’ai de la matière ! Ils ne font que corroborer leur réputation de « célibataires-aigris-détestant-les-mioches » (une étiquette qui arrange aussi, pour le coup, les parents hétéros qui élèvent mal leurs enfants, et qui trouvent en la communauté homosexuelle célibataire les boucs émissaires rêvés de leur propre déni de « mauvaise éducation »…).

 

Le surprenant dédain homosexuel à propos de « ces êtres si peu charitables que sont les enfants et les adolescents » (Pierre Verdrager, L’Homosexualité dans tous ses états (2007), p. 47) s’origine probablement sur un malentendu. Comme l’illustrent les propos de Roger Stéphane dans Parce que c’était lui (2005) concernant son compagnon Jean-Jacques Rinieri, « la répugnance et l’indifférence » que beaucoup de personnes homosexuelles témoignent envers « les jeunes enfants qu’ils trouvent bruyants et insipides », naît très certainement d’un amalgame entre les adultes mûrs et les adultes immatures (« Cette indifférence est provoquée chez Jean-Jacques par l’inauthenticité du comportement des ‘grandes personnes’ avec les enfants. », p. 98) : c’est d’abord l’infantilisation (qu’elles confondent avec les enfants réels) qu’elles haïssent, et non au départ les enfants réels. Le problème se situe bien dans les conséquences concrètes de cette confusion… : un isolement de vieux gars ou de vieille fille, un éloignement des fêtes de famille, un mépris plus ou moins affiché des enfants, un repli identitaire et amoureux dans la communauté homo, etc.

 

Je crois aussi que l’enfant est détesté parce qu’il est parfois considéré comme l’enfant du viol, ou la tentation du viol : « J’ai l’impression que pour moi le temps s’est arrêté à l’adolescence. Aujourd’hui, j’ai 45 ans et je suis systématiquement séduit par des très jeunes hommes d’environ une vingtaine d’années, comme si moi-même j’étais resté fixé à cet âge-là. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 47-48) ; « Étant donné qu’il m’arrivait de m’occuper d’enfants, j’étais obsédé par la crainte qu’ils me soupçonnent de pédophilie. C’était absurde, mais je ne pouvais m’empêcher d’y penser. » (idem, p. 65)

 

L’homosexualité est présentée par certaines personnes homosexuelles comme l’échappatoire salutaire aux « horribles » enfants et au statut « dégradant » de « géniteurs ». Comme une solution de facilité, en quelque sorte. « Aujourd’hui, je ne sais pas ce qui vous pousse à recevoir l’enfant qui naît dans ce capharnaüm d’attentes folles, de projets insensés, de revanche du justicier masqué, de berceau en tombeau. Moi, je rêve que je suis vierge de tout cela. Neuve pour de bon, voilà ce que je crois être. Et vous, avec vos sourires chargés d’espoir, vous ne me détrompez pas. Et ça commence comme ça. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 16) ; « Je suis […] une femme qui a survécu en remplaçant les enfants par les diplômes, les bibliothèques dévorées, les livres avalés et pondus, sans oublier les petites chiennes… » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 56) ; « Mon premier contact avec la maternité, c’est ma mère qui tombe inanimée et qui baigne dans son sang. C’est mon premier souvenir, le plus blessant et le plus percutant. Pour moi qui ne sait rien de la vie, d’un seul coup, la maternité c’est la mort […] C’est pour toutes ces raisons que je suis persuadée aujourd’hui que, bien que me sachant et me revendiquant de sexe féminin, j’ai refusé cette intrusion de l’enfant dans mon ventre. » (idem, pp. 54-55) ; « Elles [les femmes] ont subi la double malédiction biblique : leurs désirs les ont portées vers leurs mecs et elles ont enfanté dans la douleur. Moi, j’ai échappé à cette malédiction. […] Bref, la moitié de l’humanité, celle qui a le pouvoir de donner la vie, reléguée au statut de bête de somme, voire de morceau de viande. » (idem, p. 17) ; « À propos des enfants, Carson McCullers affirmera toujours qu’elle les aime beaucoup tout en souhaitant ne pas en avoir, car ils la gêneraient dans son travail. » (Josyane Savigneau, Carson McCullers (1995), p. 253)

 

Le réalisateur Marc Cherry, homosexuel et créateur de Desperate Housewives (saga très appréciée de la communauté homosexuelle, d’ailleurs), avoue que l’idée de la série est basée sur un fait divers qui l’a fasciné : un infanticide opéré par une mère sur ses deux enfants.

 

Dans le docu-fiction « La Grève des ventres » (2012) de Lucie Borleteau, le Collectif « Grève du Ventre » est un groupe commando voulant « arrêter de faire des enfants » et proumouvant le droit de faire des ventres féminins des possessions. Ceux-là même qui militent pour le « mariage homo » nous montrent à l’écran le compte du nombre d’humains qui augmente tous les jours dans la population mondiale pour nous dissuader de ne plus faire d’enfants. Certaines militantes lesbiennes clament à la fois que leur maternité leur appartient et qu’elles n’en useront pas : « Personne ne sortira de nos ventres ! » ; « Moi, c’est sûr, je trouve ça aberrant de faire des gosses maintenant. » ; etc. Par exemple, Lise, l’une des témoins lesbiennes, se rend dans un aquarium pour y voir des poissons visqueux et difformes qui la dégoûteraient d’être enceinte.

 

Je ne saurai pas vous dire exactement pourquoi, mais je trouve que ce mépris/rejet des enfants, de la paternité ou de la maternité, qui serait miraculeusement compensé par une « fierté d’être homo », cela sent l’orgueil mal placé, l’excuse-bidon à plein nez, l’auto-persuasion volontariste, la mauvaise foi, l’amertume personnelle, l’indifférence forcée. Je n’y crois pas complètement. Les personnes homosexuelles battent en retraite, mais pour des raisons très faibles, floues et obscures… car d’une part, la sexualité n’est pas qu’une ennemie ; et qu’en plus, cela a toujours été un besoin universel vital, profondément ancré en tout Homme, que de transmettre la vie, de laisser une empreinte concrète de son passage sur Terre, de léguer un bel héritage.

 

Certainement que le refus d’engendrer vient chez beaucoup de personnes homosexuelles d’un traumatisme vécu dans l’enfance, du fait de ne pas avoir été des enfants désirés, ou bien s’origine dans un rapport blessé à la sexualité en général. Par exemple, l’écrivaine française Marguerite Yourcenar, dont la mère est morte d’une fièvre puerpérale dix jours après sa naissance, avait en horreur la vue des femmes enceintes, et elle répugnait à s’asseoir à côté d’elles. Chez certaines personnes homosexuelles, la haine des enfants est matinée d’« hétérophobie » et de dégoût jaloux des mères de ces derniers : « Qu’en était-il des autres, asservies à leur mari et à leurs enfants, sans ressources personnelles, sans voiture, sans autre nourriture spirituelle que Marie-Claire, Elle ou Femme d’Aujourd’hui ? Bonne Déesse, quel obscurantisme ! » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 242)

 

Au final, que faut-il retenir de tout ce répertoire de pédophobie, hallucinant de violence, accablant de preuves ? Il me semble déjà primordial de bien comprendre le fonctionnement de ce Dictionnaire des Codes homosexuels (relisez, si besoin est, la notice), et de laisser mes codes au pays des mythes et du désir homosexuel plutôt que de chercher à tout prix leurs correspondances dans le réel et chez des personnes concrètes (ce n’est pas pour des prunes que j’ai placé une frontière bien délimitée entre fiction et réalité). La fiction n’est pas à l’image du dévouement réel que certains sujets homos démontrent auprès des enfants. Il y en a qui sont réellement doués pour faire l’animation auprès des enfants, qui sont des éducateurs/des parrains hors pair, qui deviennent parfois des « tontons-gâteau » ou des taties formidables. Je ne remets absolument pas en cause non plus la sincérité des personnes homosexuelles qui veulent d’un enfant et qui disent leur souffrance de ne pas pouvoir transmettre la vie et l’élever librement. La haine homosexuelle des enfants n’est à mon avis (et je tiens à ce que cela soit compris, surtout des opposants à la « famille » homoparentale et à l’adoption !) que le langage de l’inconscient des personnes homosexuelles ; non celui de leur sincérité, ni même celui de toute leur réalité existentielle. Elle ne concerne que leur réalité désirante homosexuelle.

 

Pour continuer dans cette réflexion axée prioritairement sur le désir homosexuel, je dirais qu’il est fort possible que la haine homosexuelle des enfants soit une réaction de résistance face à des parents trop laxistes et incestueux, ou bien l’expression d’une maltraitance vécue dans l’enfance ou l’adolescence. De manière générale, l’adolescence n’a pas été une période facile à vivre pour les personnes homosexuelles. Par exemple, l’écrivain Abdellah Taïa, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), cherche, encore à l’âge adulte, à « se débarrasser pour toujours de l’adolescence et de son enfer » (p. 19) ; il raconte aussi que son amant Slimane a été battu par sa mère quand il était enfant (p. 106). Certains sujets homosexuels ont été maltraités pendant leur enfance : je pense à David Wojnarowicz, Truman Capote, Aleister Crowley, et bien d’autres. Il n’y a qu’à écouter la perception diabolisée des écoliers/des collégiens qu’adoptent de très nombreuses personnes homosexuelles pour comprendre que l’enfance est LE lieu par excellence de la blessure homosexuelle : « Toujours cette cruauté inventive des enfants au doux Royaume de l’innocence. » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), p. 34) ; « Dans une cour de collège il n’y a pas de justice. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 26) ; « L’école est très souvent le lieu de découverte de l’homophobie. Elle est d’abord le lieu de l’injure par laquelle se gravent profondément dans la conscience de l’injurié le sentiment d’infériorité et la honte. L’école est ainsi très souvent le lieu d’une scène primitive ultra-violente chez certains élèves. » (cf. l’article « École » de Pierre Albertini, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 139) ; « Regardez donc des enfants en bas âge : ils ne font que ce qu’ils veulent et sont parfois violents envers leurs camarades. » (Hugo sur le site http://homophobie.free.fr, consulté en octobre 2003)

 

À la racine de l’homosexualité ou du désir homosexuel de stérilité peut se trouver l’avortement. Pour vous le prouver, j’ai envie de vous citer un mail qu’un ami polonais, en voyant mes écrits, m’a envoyé en décembre 2012 : « J’ai été très intéressé par votre témoignage, d’autant que depuis un an, je suis engagé dans le programme psychothérapeutique d’un psychiatre canadien : le professeur Philip NEY. Depuis quarante ans, ce psychiatre oriente ses recherches sur les séquelles dues à l’avortement. Il a découvert que ces séquelles touchent l’ensemble de la famille et surtout les enfants qui ont survécus à l’avortement. Pour nommer ces enfants, Philip Ney, utilise le terme suivant : « les survivants » (survivors). Ces enfants manifestent certains troubles ou symptômes post-abortifs. Même s’ils n’avaient pas eu connaissance de ce qu’il s’était passé dans leur famille, Philip Ney a démontré qu’inconsciemment, ils le savaient. Quels sont les caractéristiques de ces symptômes post-abortifs sur les enfants et ces-ce qu’ils sont devenus adultes – La peur permanente de la mort – La colère contre leurs parents (car ils ont supprimé la fratrie) – Ces survivants vivent pour l’ensemble et à la place de leur fratrie. Ce qui génère un grand effort et une perte d’identité. – Ils ne se sentent ni digne de vivre ni d’avoir le droit de vivre. – Ils veulent se détruire et engagent des processus d’autodestruction multiples plus ou moins consciemment. – Ils sont souvent dans des états dépressifs allant jusqu’à la dépression. – Leur santé est plus fragile que les autres individus. – Selon mon expérience, ces survivants, aux différents stades d’évolution de l’enfance à l’âge adulte en passant par l’adolescence, cherchent inconsciemment leur fratrie dans leurs relations d’amitié et d’amour. Ils s’approchent des personnes du même sexe, au debout non à cause du désir sexuel, mais comme un frère s’approcherait de son frère (une sœur s’approcherait de sa sœur). Les quelques personnes homosexuelles que j’ai rencontrées, sont toutes issues de familles touchées par l’avortement. Mon hypothèse est la suivante : si les survivants ont expérimenté « la violence primordiale » et radicale c’est-à-dire la mort de leur fratrie. Peut-être, veulent-ils (inconsciemment) reproduire la violence qui se peut manifester des diverses façons. Par exemple il a été confirmé que ceux qui, dans leur famille d’origine, ont subi des séquelles d’avortements, participent, eux aussi, à des avortements ! Ces hypothèses peuvent éclairer voire expliquer la violence que vous avez décrite dans les comportements des personnes homosexuelles. Je tiens à préciser, bien sûr, que cela ne concerne pas que les populations homosexuelles. À Paris, selon les statistiques, une femme sur deux a avorté de son enfant. Quant à moi, je suis polonais, je suis un « survivant » et j’en ai les symptômes. Depuis plus d’un an, je m’occupe de personnes atteintes par le symptôme post-avortement. Récemment, j’ai participé à une formation relative au programme de soins élaboré par Philip Ney qui s’appelle en français : « Espérance vivante » (Hope Alive). Je me permets de vous envoyer le lien d’un livre de Philip Ney : « Une humanité profondément blessée ». Il me semble que ce livre vaut la peine d’être lu. »

 

Par ailleurs, ce regard dur sur l’enfance n’est pas que le fruit d’une projection pédophobe ou d’un excès de peur et d’hypersensibilité. Chez la personne homosexuelle, le mépris-peur face aux enfants nous renvoie à la nécessité d’un encadrement familial et scolaire plus aimant/accru. L’agacement homosexuel face à des enfants turbulents peut aussi être une réaction de révolte légitime (car oui, il y a objectivement beaucoup d’enfants-rois et d’enfants maltraités autour de nous ! Et ça, ça mérite d’être dénoncé !). Il ne doit pas être d’office condamné, et encore moins stigmatisé sous forme de « haine pédophobe spécifiquement homosexuelle ». Je crois d’ailleurs que les mises en scène d’enfants odieux orchestrées par l’individu homo, si et seulement s’il les oriente non seulement vers une dénonciation sociale du viol mais en plus vers une remédiation constructive de ce viol dans les sphères familiales et sociales dites « classiques » et « hétérosexuelles », sont vraiment du pain béni pour notre société ! Encore faut-il que ce dénonciateur gay sorte du cercle vicieux du défaitisme social sur la jeunesse, et de la justification par défaut d’une « identité homosexuelle éternelle » et d’un « amour homosexuel puissant » pour ce qui le concerne !

 
MORVEUX 7 Homoparentalité
 

Maintenant, à propos du sujet épineux de l’homoparentalité, je ne m’appuie pas sur ce qui est dit des enfants par les personnages homosexuels des fictions ou par certaines personnes homosexuelles réelles, pour m’y opposer (et d’ailleurs, j’insiste fortement pour que cette étude sur la « pédophobie homosexuelle FICTIONNELLE plus que RÉELLE », que je viens de vous proposer dans cet article sur le code « petits morveux », ne soit pas récupérée par les opposants à l’adoption homosexuelle et au mariage gay : ils n’auraient rien compris !). La pédophobie exprimée par les personnes homosexuelles ne dit rien de ce qu’elles sont profondément. Elle nous met juste en garde sur la prudence que nous devons avoir par rapport au désir homosexuel, et à la structure conjugale homosexuelle : point barre (Pour info, en 2012, on estimait à 40 000 en France les enfants élevés dans des couples homos ; à cette époque, 56% des Français étaient favorables à l’adoption pour les couples homosexuels). Mes résistances personnelles au sujet des lois sociales qui entérineraient un statut de « famille » aux couples homosexuels avec enfants sont d’un autre ordre. Elles se fondent d’une part sur mon observation des enfants et des jeunes qui m’entourent et que j’encadre parfois, et d’autre part sur l’importance de couronner la différence des sexes par le Désir et le Réel pour que le bonheur des enfants soit maximal.

 

Je trouve que le psychanalyste Jean-Pierre Winter synthétise bien ce que j’essaie de dire sur l’orientation mensongère, irréaliste, et donc potentiellement violente, que prendrait la validation sociale du couple homosexuel en tant que socle familial à part entière, équivalent au couple femme-homme, alors que, dans la Réalité, on sait pertinemment que le couple homosexuel ne sera jamais, à lui tout seul, procréatif. « Contre toute attente, nous sommes là au cœur de ce qui sera le problème de l’enfant élevé par un couple homosexuel. Car ce qu’on lui dit ne correspond pas aux formes qu’il voit. On lui dit qu’il est l’enfant d’un couple qui manifestement ne peut pas avoir d’enfant ; on lui demande donc d’être le témoin de l’impossible. Il est à craindre que cette jonction soit particulièrement difficile à faire pour cet enfant. » (Jean-Pierre Winter, Homoparenté (2010), p. 74) Imposer à un petit d’homme un mensonge sur sa propre origine existentielle, non seulement une origine anthropologique fausse mais surtout une origine désirante où la différence sexuelle n’a pas sa place (alors qu’elle est la seule qui puisse le rendre présent sur cette Terre), c’est lui enlever une énorme part de son identité, et beaucoup d’amour. Leur but inconscient de ces promoteurs de l’« homoparentalité à tout prix » est d’asexualiser les enfants : « Quel est le bénéfice d’imposer un sexe précis à un enfant ? » (Sébastien Carpentier au Centre LGBT de Paris à l’occasion de la sortie de son essai sociologique Délinquance juvénile et discrimination sexuelle, janvier 2012)

 

Qu’on m’entende et me comprenne bien. Je ne dis pas qu’individuellement, la personne homosexuelle ferait un mauvais père ou une mauvaise mère (bien au contraire ! cela dépendant dans quelle structure elle se trouve, et quel rapport désirant elle entretient avec la différence des sexes). Je dis juste qu’elle ne fait pas un père ou une mère idéal(e) au sein du couple homo (mais je pourrais dire exactement la même chose d’une personne « hétéro » vivant dans un couple sans amour, ou d’une personne « hétéro » célibataire, ou d’un parent « hétéro » adoptif). Le couple homosexuel n’est pas le meilleur cadre conjugal qu’on puisse offrir à un enfant pour grandir, d’une part parce que l’enfant a non seulement besoin d’un père biologique et d’une mère biologique – et surtout du lien DÉSIRANT entre ces deux personnes, afin de savoir de quel amour il est issu/aimé : la différence des sexes en soi ne suffit pas ! –, et d’autre part, parce que, il faut le dire même si ça ne fait pas plaisir à entendre, l’enfant n’est pas assez justement désiré par la personne homosexuelle. Tous les exemples fictionnels de mépris pédophobe que j’ai cités plus haut montrent que, contre toute attente, le problème du désir d’enfant des personnes homosexuelles n’est pas une question d’intensité de désir, de sincérité, de puissance, mais bien d’absence et de faiblesse de désir. Les personnes homosexuelles ne désirent pas vraiment l’enfant, ou le désirent trop pour l’aimer véritablement. C’est ce que je remarque la plupart des fois où j’entends un « désir d’enfant » défendu dans le cadre du couple homo.

 

MORVEUX 8 Rainbow Flag

 

Dans cette revendication homosexuelle de « l’enfant à tout prix », il ne faudrait pas croire que, parce que l’enfant est utilisé comme étendard (ou bien qu’il s’avance maintenant de lui-même, en tant que porte-parole d’« enfant d’homos », adulte, serein et épanoui, pour témoigner avec une assurance travaillée devant les caméras de télévision qu’il est tout à fait possible de grandir heureux entre deux papas ou entre deux mamans), il n’en est pas moins instrumentaliser. Dans l’essai Festivus festivus (2005), Philippe Muray nous met en garde contre cette propagande « infolâtre », où l’on se sert du visage innocent et pur des sans-voix et des sans-recul (lui parle de « ces êtres par définition sans histoire et sans réplique que sont les enfants », p. 135) pour faire passer des lois sociales qui les desservent plus qu’elles ne les servent : « Le fétiche infantile est une fois de plus agité contre la bête immonde, comme une évidence innocente contre un sophisme criminel, comme le droit divin contre les rustres. […] L’enfant est le totem des temps post-historiques. » (pp. 135-136) Il ne suffit pas de planter un rainbow flag à la casquette du soi-disant « bébé de mon couple homo » pour transformer la réalité humaine et universelle de la conception d’un enfant, et légitimer tous les droits sociaux que je peux réclamer en son nom et par amour pour lui…

 

Concernant la demande d’adoption, de GPA et de PMA par certains militants et couples homosexuels, nous ne devons pas hésiter à la condamner comme une tentative de vol et d’achat d’enfants. Malgré toutes les bonnes excuses trouvées (soulager des orphelinats, donner « de l’amour », répondre à sa vocation de père, etc.), l’enfant devient bien un caprice et un enfant-objet.

 

Par exemple, dans le documentaire « Deux hommes et un couffin » de l’émission 13h15 le dimanche diffusé sur la chaîne France 2 le dimanche 26 juillet 2015, Christophe, qui avec son compagnon Bruno, ont acheté un bébé à une mère porteuse (Veronica) aux États-Unis, s’entraîne à être papa et à porter le bébé avec une vraie poupée ! Leur démarche est à la fois sincère et purement mercantile : « Ce serait un magnifique cadeau que vous nous feriez. » (Bruno s’adressant à Veronica) ; « Pour Veronica, être une mère-porteuse est un don de soi, gratifiant… et gratifié. Elle recevra 20 000 euros pour porter l’enfant de Bruno et Christophe. » (la voix-off, idem) ; « Aux États-Unis, la GPA est un commerce comme un autre. » (la voix-off, idem) ; « On ne pense pas faire quelque chose d’illégal puisque ce qu’on fait, on le fait aux États-Unis et pas en France. » (Bruno, idem)
 

Le plus fou, c’est que même dans des reportages sensés nous donner une image positive de l’« homoparentalité », le retour du refoulé sur les intentions matérialistes et égoïstes des « parents homosexuels » se dévoile dans toute son horreur : « Nos mamans sont comme deux petites fille qui jouent à la poupée. » (la voix-off de Florence d’Arthuy décrivant le couple lesbien de Florence et Olga – qui ont obtenu un bébé par PMA – pénétrer dans la chambre de « leur » fille Zohia, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy de l’émission Tel Quel diffusée le 14 mai 2012 sur la chaîne France 4)

 

Lors de sa conférence à Sciences-Po Paris le 7 décembre 2011 sur « L’homoparentalité aux USA », Darren Rosenblum, avocat homosexuel qui a obtenu une petite fille par GPA avec son compagnon, nous informe que pour un « projet de parentalité » (formule pour éviter de dire « GPA ») par agence, il faut au moins casquer 5000 dollars. C’est beau l’amour des enfants… Dans l’émission radiophonique Le 7/9 de Bruno Duvic sur France Inter le 5 août 2014, la « sociologue » Irène Théry a le culot phénoménal de dire qu’il existe une « Gestation Pour Autrui éthique » et que, si elle est encadrée, « c’est une aventure humaine extraordinaire ». Et dans mon quotidien, je connais maintenant personnellement au moins quatre cas d’enfants qui se retrouvent avec une mère disparue dans la nature, et élevés par des couples d’hommes qui ne sont plus ensemble… et qui individuellement osent encore me soutenir qu’ils « aiment » vraiment leur fils. J’ose leur demander : « Supprimer la mère de ton enfant, tu appelles ça de l’amour ??? »

 

Enfin, j’ouvre une « petite » parenthèse finale concernant la haine des jeunes au sein de notre société bisexuelle. À l’intérieur même du « milieu homo » (et plus largement dans notre société, qui paradoxalement est obsédée par la jeunesse médiatique pour mieux délaisser et détruire les vrais enfants), on observe un mépris croissant des individus homosexuels « âgés » pour leurs pairs plus jeunes, mépris qu’ils ont du mal à s’approprier tant par ailleurs ils connaissent leurs fantasmes de jeunesse et la célébration du jeune éphèbe gay dans la communauté homosexuelle (ex : la chanson « J’veux pas être jeune » de Nicolas Bacchus). Le jeunisme, étant un mouvement idolâtre puisqu’il célèbre la jeunesse de magazine en croyant célébrer la vraie jeunesse, il s’accompagne bizarrement d’un mépris des jeunes homosexuels réels/petits minets fictionnels : « Sans passer pour des imbéciles, ils n’étaient pas, pour la plupart, des intellectuels. […] Ils fréquentaient plus volontiers les salles de musculation que les salles de lecture. […] Ils ne différaient pas, en cela, de beaucoup de gays de leur âge. […] C’étaient tous de charmants égoïstes, comme on l’est à cet âge, et un peu plus encore quand on est beau et gay. » (Jean-Paul Tapie, Dix Petits Phoques (2003), pp. 134-140) ; « Ce petit, c’est ma damnation. » (Jacques, l’écrivain homo quinquagénaire ayant couché avec le jeune Mathan de 18 ans, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc. Beaucoup d’individus homosexuels avancés en âge, tandis qu’ils essaient de s’attirer les faveurs des petits jeunes qu’ils idéalisent dans l’angélisme, se vengent de leur faiblesse sur la nouvelle jeunesse homosexuelle, en la qualifiant très fréquemment de « superficielle », d’« arrogante », de « lâche », de « naïve », d’« ingrate », d’« inexpérimentée », etc. « Quand ils sont jeunes, ils n’ont rien à raconter. Tu dois t’emmerder. » (un ami homo s’adressant à Matthieu à propos du jeune amant de ce dernier, Jonathan, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Laisse tomber. Ce sont des maigrelets branchés mode qui croient le monde à leurs pieds. » (Zach parlant des étudiants en cinéma, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « C’est la Génération Secret Story : ils veulent tout avoir ! » (Samuel par rapport aux lycéens et aux Maraisiennes, dans le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque) ; etc. Par exemple, dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), Charlène Duval, le travesti M to F, raconte comment il essaie de ramener des cocktails mondains où il se rend des « p’tits jeunes sans cervelle ».

 
 

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Code n°144 – Photographe (sous-code : Caméraman / Filmer sa vie)

Photographe

Photographe

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La photo qui tue le désir

 

Yves Saint-Laurent

Yves Saint-Laurent


 

Pour beaucoup de personnes homosexuelles, l’identité ou l’amour, c’est triste à dire mais ça se réduit à un flash photo : ça nous semble fugace et vrai à la fois. C’est comme si notre désir érotique s’était statufié, figé, suite à ce clic lumineux, et que nous cherchions sans arrêt à nous faire croire que ce moment est éternel, beau, qu’il ne doit pas bouger, que nous pourrions y demeurer à jamais.
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Substitut d’identité », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Pygmalion », « Peinture », « Espion homo », « Voyeur vu », « Homosexualité vérité télévisuelle ? », « Miroir », « Bobo », « Actrice-Traîtresse », « Regard féminin », « Télévore et Cinévore », « Patrons de l’audiovisuel », « Amant modèle photographique », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Poids des mots et des regards », « Lunettes d’or », « Amant narcissique », « Tomber amoureux d’un personnage de fiction ou du leader de la classe », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

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FICTION

 

a) Ma vie comme un flash :

Film "Ma vraie vie à Rouen" de Ducastel et Martineau

Film « Ma vraie vie à Rouen » de Ducastel et Martineau


 

Dans les fictions homo-érotiques, on ne compte plus le nombre de photographes ou de caméramen, soit parce que le héros homosexuel est effectivement passionné de photos et en fait son métier ou sa technique de drague, soit parce qu’il tombe amoureux d’un photographe : cf. le film « And Then Came Lola » (2009) d’Ellen Seidler et Megan Siler, le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin (Harold, le coloc gay de Michael, est photographe de mode), le film « Elle + Elle : leur histoire d’amour » (2012) de Sranya Noithai (avec June, l’héroïne lesbienne qui est une jeune photographe), le film « La Doublure » (2005) de Francis Veber (avec le photographe de mode, efféminé), le film « My Brother The Devil » (2012) de Sally El Hosaini (avec Sayyid, le héros homosexuel), le film « Elena » (2010) de Nicole Conn (avec Elena, une des héroïnes lesbiennes), le film « Somefarwhere » (2011) d’Everett Lewis (avec Price, le héros homo reporter, qui dès les premières images du film est montré en train de prendre des photos), le film « Darling » (1965) de John Schlesinger, la chanson « Flash » de Stéphanie de Monaco, le film « La Vie intermédiaire » (2009) de François Zabaleta (avec le jeune photographe homosexuel), le film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo (avec le personnage de Giulia, photographe), le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar (avec Ernesto, le caméraman), la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau, les films « Le Caméscope » (1999) et « Un Parfum nommé Saïd » (2003) de Philippe Vallois, le film « Regarde-moi » (2001) de Sylvie Ballyot et Béatrice Kordon, le film « Du poil sous les roses » (2000) d’Agnès Obadia et Jean Julien Chevrier, le film « Les Yeux brouillés » (1995) de Rémy Lange, le film « Nagua » (1983) d’Amos Gutman, le film « Piccadily Pickups » (1999) d’Amory Peart, le film « Omelette » (1997) de Remi Lange, le roman The Rubyfruit Jungle (1973) de Rita Mae Brown, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman (avec Leni Riefenstahl), le film « Tous les papas ne font pas pipi debout » (1998) de Dominique Baron, le film « Hammam » (1996) de Ferzan Ozpetek (avec le personnage de Mehmet), le film « Boogie Nights » (1997) de Paul Thomas Anderson, le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel (avec le personnage d’Éric), le film « Le Quatrième Homme » (1983) de Paul Verhoeven, la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper (avec le personnage de David), le film « Love/Juice » (2000) de Kase Shindo, le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le film « The Linguini Incident » (1992) de Richard Shepard, le film « Hong Kong Night Club » (1998) de Watanabe Takayoshi, le film « Maman Küster s’en va au ciel » (1975) de Rainer Werner Fassbinder, le film « Feuille » (2004) de Youxin Yang, le film « Quai des Orfèvres » (1947) d’Henri-Georges Clouzot (avec le personnage Dora), le film « Boys Don’t Cry » (1998) de Kimberly Peirce, le film « The Fluffer » (2001) de Richard Glatzer, le film « Head In The Clouds » (2003) de John Duigan, le film « Nieh Tzu » (« Garçons de Cristal », 1987) de Yu Kan-ping, le film « La Petite Mort » (1995) de François Ozon, le film « By Design » (1981) de Claude Jutra, le film « Pecker » (1998) de John Waters, le film « Les Yeux de Laura Mars » (1977) d’Irwin Kershner, le film « High Art » (1998) de Lisa Cholodenko, le film « Moments » (1979) de Michal Bat-Adam, le film « Jeu de miroir » (2002) d’Harry Richard, le film « Le Chant des sirènes » (1987) de Patricia Rozema, le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, le film « À corps perdu » (1988) de Léa Pool, le film « Bezness » (1991) de Nouri Bouzid, le film « Le Club des cœurs brisés » (2000) de Greg Berlanti, le film « 200 American » (2003) de Richard Lemay, le film « Elephant » (2003) de Gus Van Sant, le film « Folle d’elle » (1997) de Jérôme Cornuau, le film « Billy’s Hollywood Screen Kiss » (1998) de Tommy O’Haver, la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim (avec le personnage lesbien de Marcy), le roman La Colmena (1951) de Camilo José Cela (avec Julián Suárez, surnommé « la Photographe »), le film « Le Traqué » (1950) de Frank Tuttle et Boris Lewin, le film « La Salamandre » (1969) d’Alberto Cavallone, le film « Armaguedon » (1976) d’Alain Jessua, le film « L’Important c’est d’aimer » (1974) d’Andrzej Zulawski, le film « Working Girls » (1986) de Lizzie Borden, le film « Delirium » (1987) de Lamberto Bava, le film « Memory Pictures » (1989) de Pratibha Parmar, la pièce La Photographie (1986) de Jean-Luc Lagarce, le film « Rosebud » (1974) d’Otto Preminger (avec la patronne lesbienne d’une boutique de photos), la biopic « Life » (2015) d’Anton Corbijn, l’épisode 95 « Disparition au lycée » de la série Joséphine ange gardien (avec Océane, la photographe lesbienne), etc.
 

Par exemple, dans la biopic « Howl » (2010) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, Allen Ginsberg n’arrête pas de photographier. Dans la pièce Hors-piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt, Francis, le héros homosexuel, est choisi comme le photographe attitré du séjour par la bande de vacanciers. Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, Joe est préposé « photographe officiel » du bal caritatif Pervers & Mineurs. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le jeune héros fashion victim, prend tout en photo avec son téléphone portable. Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Suki, l’une des héroïnes lesbiennes, se prend en photo en selfie.
 

« Comme tous les pédés, je veux aller voir la rétrospective de Nan Goldin à Beaubourg. » (Mike, le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 89) ; « Ma seule activité de loisir jusque-là avait été la photographie noir et blanc. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 18) ; « C’est dingue comme j’adore prendre des photos ! » (Max, l’un des héros homosexuels, qui répète cette phrase à plusieurs reprises dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « Vous avez des yeux de photographe. » (Catherine S. Burroughs s’adressant à Jean-Marc, homosexuel, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 221) ; etc.
 

Film "Xenia" de de Panos H. Koutras

Film « Xenia » de de Panos H. Koutras


 

Très souvent, le personnage homosexuel fait de sa vie un roman-photo narcissique, un vidéo-clip façon journal intime vintage : cf. la pièce Le Rôle de ma vie (2004) d’Erwann Chuberre. Il se filme souvent lui-même : cf. le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody, le film « Memento Mori » (1999) de Kim Tae-yong et Min Kyu-dong, le film « This Car Up » (2001) d’Éric Mueller, le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, le film « La Vie des autres » (2000) de Gabriel de Monteynard, la B.D. Kang (1984) de Copi, le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi (avec Miriam, l’héroïne transsexuelle F to M qui se construit une vie par la photo), le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ?, 2010) de Malu de Martino, etc. Justement, dans le film « Billy’s Hollywood Screen Kiss », un homme travesti M to F, en regardant la photo que Billy a prise de lui, s’exclame « J’adooore cette photo ! » dans un élan auto-adulation spontané. Dans le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Étienne filme son corps d’athlète avec sa caméra, et harcèle tous les gens de son entourage (la revue Têtu trouve cela magnifique qu’il « ait une caméra à la place du cœur »). Dans le roman El Gladiador De Chueca (1990) de Carlos Sarune, le protagoniste enregistre tous les événements de son quotidien sur un dictaphone. Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Hubert filme sa propre vie et ses réflexions, comme un journal intime. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, le vieux disquaire muet a coutume de collectionner les photos instantanées qu’il prend de tous les jeunes hommes androgynes qu’il croise dans son magasin… et il entreprose celles-ci dans son arrière-boutique, comme des reliques sacrées dans un mausolée. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Thérèse, l’héroïne homosexuelle, fait des photos et décide de changer de métier, en passant de vendeuse de jouets dans un magasin à journaliste-reporter. Son amante Carol lui pose cette question : « C’est ce que vous voulez être ? Un photographe ? » La monstration des photos, et l’intérêt pour le travail photographique de l’autre, résonnent comme une déclaration d’amour : « Vous me montreriez vos photos ? » Pour soudoyer Thérèse, Carol débarque chez elle en lui offrant une mallette pleine de pellicules photographiques et d’un nouvel appareil-caméra.
 

Souvent, l’addiction et l’identification à la photographie confinent à l’idolâtrie schizophrénique. Le héros homosexuel se prend pour un cliché photographique ou s’y soumet : « On est spectateurs de sa vie. » (Matthieu, l’un des héros homosexuels de la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Je suis une photographie en noir et blanc. » (cf. la chanson « Mélancolie toujours » de Jann Halexander) ; « Quel pouvoir que celui de la photo, pensa Silvano. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 71) ; « Qu’on se fasse notre propre film. » (Rodolphe Sand dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; etc.
 

Concrètement, la photographie est un symbole de l’homophobie homosexuelle, de la haine de soi : beaucoup de héros homosexuels s’en servent comme une preuve qu’ils ne seraient pas aussi artificiels que « les homos du milieu ». Elle est un moyen pour eux de rejoindre la marginalité bobo-bisexuelle. « J’ai envie de vivre à la campagne et de vivre de mes photos. » (la tenancière lesbienne d’un bar, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 118) ; « J’peux te filmer ? » (Guillaume s’adressant à son pote Louis qui s’apprête à faire l’amour avec une fille, dans la pièce En panne d’excuses (2014) de Jonathan Dos Santos) ; etc.
 
 

b) Le couple homo dans la boîte : Prends-moi… en photo

Film "Week-End" d’Andrew Haigh

Film « Week-End » d’Andrew Haigh


 

En règle générale, le héros homosexuel, quand il n’est plus célibataire, essaie d’encadrer ou de mettre son couple en boîte, façon « selfie à deux ». Par exemple, dans le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh, Russell veut immortaliser la voix de son « amant d’un week-end » Glen sur dictaphone. Dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, le couple Miguel/Santiago se prend en photo, et Santiago mitraille Miguel tout le temps. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan rêve d’enregistrer tous les moments qui font son existence « romanesque » et son histoire d’amour avec son amant Kévin, comme s’il cherchait à vivre sa vie deux fois parce qu’il ne l’aurait pas habitée pleinement : « Si j’avais pu, j’aurais tout filmé. Ça ne t’arrive jamais d’avoir envie de filmer tout ce que tu vis, tout ce que tu vois ? Avoir une caméra à la place des yeux et te repasser le soir tout ce que tu as vécu dans la journée ? » (p. 74) Dans le roman Paysage avec dromadaires (2014) de Carola Saavedra, Erika, qui parle dans son magnétophone, a une trentaine d’années. Elle est peintre et sculpteur. Elle a une liaison avec Alex, photographe très coté. Mais ils ne vivent pas à deux mais à trois avec la très jeune Karen, une élève d’Alex. Dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, Denis et Luther, le deux amants, se font leur trip « photomatons en couple dans la Gare de Lyon ». Dans le film « Ghosted » (2009) de Monika Treut, Mei-li est une mystérieuse journaliste qui suit Sophie Schmitt. Dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, Erik visite avec son amant Paul une expo composée de portraits photos : ils se choisissent une des photos comme mascotte de leur union. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Thérèse photographie constamment son amante Carol à la dérobée, dans son sommeil ou par surprise. « Vous m’avez prise en photo tout à l’heure ? » demande voluptueusement Carol, faisant mine de ne pas en être dérangée. Lorsque Thérèse développe ses clichés, son collègue Dannie les trouve magnifiques, sans connaître le modèle : « Tu as magnifiquement sublimé cette personne. »
 

En réalité, par amant interposé, le héros homosexuel flatte son propre narcissisme/voyeurisme. La photographie est un alibi esthétisant pour draguer et laisser libre cours à ses pulsions. « Le rugby se mit à me plaire et, piètre joueur, malgré mes muscles inutiles, je devins une sorte de photographe officiel du club. La photo était un solide alibi dans mon admiration de la beauté. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 22) ; « Le mec qui nous prenait en photo était gay et nous faisait des clins d’œil. » (Max et Fred, les deux amants, dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; etc. Par exemple, dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, Erik, le héros homosexuel, conçoit des films. Son dernier reportage est un documentaire intitulé « À la recherche de Avery Willard », sur un photographe de nus homosexuels. Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, le premier petit copain de Joe, avec qui il sortira pendant le bal caritatif Pervers & Mineurs, lui demande d’entrée de jeu une faveur (bref, un alibi pour le draguer) : « Tu me prends en photo ? » Dans le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore, Steven, le héros homosexuel, photographie l’équipe de foot du campus pour soi-disant assurer les reportages journalistiques du lycée… et se rapproche du beau John. Dans le film « Fotostar » (2002) de Michele Andina, Konrad travaille dans un magasin de développement de photos… et se masturbe dans les toilettes devant des photos de magazine de lutte olympique. Il tombera amoureux d’un des clients dont il tire les négatifs photographiques.
 

Les couples homosexuels fictionnels s’imaginent vivre un magnifique cliché ensemble : « Depuis, on chante notre amour comme dans les parapluies de Cherbourg. » (les protagonistes homos de la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy)
 

Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, le groupe de militants Act-Up est obsédé par les photos. Toutes leurs actions sont guidées par le fait qu’elles soient immortalisées sur pellicule. Ils font limite l’amour à la caméra. Par exemple, juste après leur opération coup-de-poing dans un laboratoire pharmaceutique, ils se retrouvent tous ensemble dans le métro en train de fantasmer sur le mystérieux (et beau) photographe qui a couvert l’événement dans la presse : « On parle du VRAI sujet… ? Le photographe !!! » s’excitent-t-ils, comme des adolescentes.
 
 

c) La photo vivante et violente :

 

Ce souhait de vivre en mode REPLAY témoigne en réalité d’une vraie désillusion, d’un sentiment de passer à côté de sa vie, d’une vision désenchantée et arrêtée de l’Amour. Par exemple, dans le roman lesbien Je vous écris comme je vous aime (2006), Émilie et Gabrielle, qui ne se sont vues pourtant qu’une seule fois, et qui ne se reverront plus jamais, se servent de l’échange épistolaire comme d’un miroir narcissique ressassant inlassablement le souvenir ré-écrit et ré-enchanté de leur soi-disant rencontre « amoureuse » : « Ma Gabrielle, lorsque les douleurs et la nausée sont trop fortes, j’use de tout ce qui me reste de concentration pour repasser le film de notre fugace rencontre. À peine un court-métrage, quelques séquences tournées sans montage et que ma mémoire parfois épuisée refuse de décoder. Voilà votre scénariste hors du coup ! » (Émilie, p. 173) Le film délirant repasse en boucle ! « Voyez comme la scénariste que je suis file la métaphore cinématographique. » (idem, p. 149)
 

Le monde de la photo engouffre le personnage homosexuel dans le monde du paraître, de l’immortalité qui ne parviendra jamais à être éternelle (car une photo, ça jaunit, forcément ; et c’est mort), dans la consommation, et même parfois dans la prostitution, le viol et la mort : cf. le roman Carnaval de Manuel Blanc (avec un photographe qui manipule ses modèles), le film « Storm » (2009) de Joan Beveridge, le film « Brigade des mœurs » (1984) de Max Pécas, le film « Cent francs l’amour » (1985) de Jacques Richard, etc. « Dans cette ville, on ne pouvait jamais être sûr de ce qui s’était passé. La souffrance s’imprégnait-elle dans les murs des bâtiments, les cris capturés telle une image sur une plaque photographique ? » (Jane, l’héroïne lesbienne à propos de Berlin, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 39)
 

On observe à travers la démocratisation des appareils photos un processus fictionnel bien avancé grâce à Internet : l’auto-érotisation et l’auto-pornographisation par la caméra. C’est le cas du film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2004) de Pedro Almodóvar (avec les amants homosexuels avec une caméra qu’ils se pointent en plein feu de l’action), le film « Saturn’s Return » (2001) de Wenona Byrne (avec les amants se filmant en train de copuler), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec les coïts homos filmés à la caméra), le film « Happy Together » (1997) de Wong Far-Wai, etc.
 

« Sur un site de rencontre je discute avec P.-O. Je lui explique que je cherche un garçon qui accepterait que je filme notre rencontre. Il écrit qu’il accepterait. Je garde ma caméra numérique au poing. » (Mike, le narrateur homosexuel dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 56) ; « Ahh, qu’est-ce que ça rend sûr de soi de tenir une caméra, hein ? Et si moi je la prenais et que je te filmais ? » (P.-O. s’adressant à Mike son « amant d’un soir », idem, p. 57) ; « Je décide qu’on baisera là, pour le clignotement rouge sur nos peaux, sur la sienne surtout. Je tiens la caméra à bout de bras pour avoir un grand angle sur nous. » (Mike, idem) ; etc.
 
Affiche-CHERIES-CHERIS-2014
 

Par exemple, dans le film « The Parricide Sessions » (2006) de Diego Costa, Diego tente de convaincre son père de jouer devant sa caméra le rôle de ses différents amants. Dans le film « Kika » (1993) de Pedro Almodóvar, Ramón passe son temps à se filmer lui-même (y compris quand il « fait l’amour »). Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, les protagonistes se filment tout le temps, y compris quand ils « baisent » ou que leurs scènes de vie quotidienne ne revêtent aucun intérêt (esthétisme bobo oblige…).
 

Le photographe est souvent inquisiteur, indiscret, intrusif, un violeur : cf. le film « Smooth » (2009) de Catherine Corringer (avec le photographe voyeuriste) « Comme vous êtes mystérieux, entouré de fumée, Zach. Je veux savoir ce que vous regardez, ce que vous pensez. Parfois, je passe des jours à cadrer les gens. Ma vie entière est cinématographique. Je me masturbe même de façon cinématographique. » (Tommy dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « Marilyn se précipite régler sa caméra. » (le narrateur homosexuel décrivant une furie, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 35) ; etc. Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Danny filme son futur amant Chris Wachowsky : il le dévore des yeux pendant l’interview.
 

La photo a cela de cruel qu’elle se base quand même sur le Réel (le modèle qu’elle encadre est bien vivant et humain, lui), mais qu’elle peut donner aux esprits fragiles qui la préfèrent au Réel l’impression qu’ils sont capables de se passer du Réel et des humains… et alors là, bonjour les frustrations, les angoisses (de la vieillesse, de la mort), les déceptions, les actes de rébellion et de vengeance, les jalousies, les attaques du Réel pour forcer les choses.
 

Le héros homosexuel est tellement en colère contre les appareils photos (et les mirages qu’ils lui font vivre) que parfois il les détruit : cf. le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, le film « What Can I Do With A Male Nude ? » (1985) de Ron Peck, etc.
 

L’appareil photo est l’instrument humanisé à abattre, le témoin gênant de l’idolâtrie du héros homosexuel : « Il faut que je t’explique pourquoi j’ai peur de la photographie. Pour moi, c’est la mort. Je me rappelle Maman presque tous les jours. Je me souviens d’un après-midi en particulier. Nous étions sur les rives de la Sunshine Coast, dans le golfe d’Alaska. Partout il y avait de la neige, c’était blanc à perte de vue. Papa avait acheté un Polaroïd, Maman s’était assise sur un tas de neige. Son visage ce jour-là sera son visage pour toujours. J’entends tout à coup le clic de l’appareil, le zzz de la photo qui sort – petit à petit, le portrait se révèle… Je trouve ça magique. Et pourtant, lorsque les traits de Maman deviennent tout à fait nets sur le papier glacé, je ne la reconnais plus… Elle a déjà changé. Je la regarde, je regarde la photo, je la regarde, je reviens à la photo : ma mère s’enfuit ! Je pleure énormément. La photo tombe sur la neige. Quand mon père la ramasse, les couleurs ont suinté, le visage de ma mère n’est plus qu’une traînée rose. » (Chris, le héros homosexuel du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 44)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

a) Ma vie comme un flash :

Hervé Guibert

Hervé Guibert


 

La communauté homosexuelle (surtout celle qui se dit « hors milieu ») est un vivier de photographes et de caméramen : Mick Rock, Gisèle Freund, Cecil Beaton, Herb Ritts, Pierre Molinier, Pierre Keller, Harvey Milk, Claude Cahun, James Bidgood, Patrick Sarfati, Bruce Weber, Nan Goldin, Jean-Baptiste Mondino, George Platt Lynes, Wolfgang Tillmans, Robert Mapplethorpe, le baron Wilhelm Von Gloeden, Duane Michals, Jim French, Stéphane Riethauser, Andy Warhol, Pierre et Gilles, Mick Rock, Chocolat Poire, Joan Crisol, etc. Certaines sont fanas de photographie : Francis Bacon, Pierre Louÿs, Julien Green, Louis II de Bavière, etc. Par exemple, en 1996, Henri Chapier est élu président de la Maison Européenne de la Photographie.
 

On entend de la part de beaucoup de personnes homosexuelles une justification de l’entreprise de réification de l’homme par l’homme à travers la photo et la pornographie. C’est le cas par exemple dans le documentaire-fiction « Beefcake » (1998) de Thom Fitzgerald (racontant la vie « héroïque » du photographe de nus masculins Bob Mizer), dans l’essai Marché au sexe (2001) de Gayle Rubin, dans tous les numéros de la revue Têtu. Bon nombre de personnes homosexuelles sont photographes de métier :L’hétérosexuel puis l’homosexuel, c’est-à-dire l’homme-objet, sont des créatures créées de toutes pièces par certains photographes ou artistes homosexuels : Arno Breker, Robert Mapplethorpe, Yukio Mishima, Herb Ritts, le baron Wilhelm von Gloeden (le précurseur des photographes érotiques gays actuelles), Bruce Weber, etc. Un certain nombre de personnes homosexuelles exercent le métier de cinéaste également : Pedro Almodóvar, François Ozon, Gus Van Sant, Alfred Hitchcock, Pier Paolo Pasolini, Rainer Werner Fassbinder, Jean Cocteau, George Cukor, etc.
 

Certains sujets homosexuels aiment se (faire) prendre en photo. Les personnalités homosexuelles narcissiques ne manquent pas ! La chanteuse lesbienne Suzy Solidor décore ses salons parisiens uniquement de portraits d’elle : elle en possède plus de deux cents cinquante ! Robert de Montesquiou se fait portraiturer et photographier plus de deux cents fois dans sa vie ! : « Je voudrais que l’admiration pour moi allât jusqu’au désir physique. » (Robert de Montesquiou cité dans le Dictionnaire des Homosexuels et Bisexuels célèbres (1997) de Michel Larivière, p. 252) Frida Kahlo accède à la célébrité grâce à ses nombreux autoportraits. Hervé Guibert, Yukio Mishima, Louis II de Bavière, Cecil Beaton, Robert Mapplethorpe, Marcel Proust, Claude Cahun, Pierre Loti, Salvador Dalí, Andy Warhol, etc., aiment à se photographier dans un miroir ou à se portraiturer eux-mêmes. «Souvent, Dean se photographiait dans le miroir, passion qu’il garda toute sa vie. » (Ronald Martinetti, James Dean (1995), p. 62) Dans l’émission Zone interdite spéciale « Être fille ou garçon, le dilemme des transgenres » diffusée le 12 novembre 2017 sur la chaîne M6, Laura, homme M to F, se filme en permanence. Il est « Youtubeuse ». C’est en s’auto-parodiant narcissiques que les personnes homosexuelles valident encore plus le cliché de l’orgueil spéculaire homo-érotique : «Ruse sublime du narcissisme, l’auteur fait semblant de faire semblant d’être narcissique. » (Pierre Jourde, La Littérature sans estomac (2002), p. 122)
 

Soucieuses de mettre leur existence en boîte, d’en faire une cinéscénie éternelle, un nombre croissant de personnes homosexuelles se filment elles-mêmes pour satisfaire leurs appétits narcissiques. Par exemple, quand on demande à la photographe lesbienne Claude Cahun quels ont été les moments les plus heureux de sa vie, elle répond : « Le rêve. Imaginer que je suis autre. Me jouer mon rôle préféré. » (cf. l’Exposition « Claude Cahun » au Jeu de Paume du Jardin des Tuileries à Paris en juin 2011)
 

Film "Tarnation" de Jonathan Caouette

Film « Tarnation » de Jonathan Caouette


 

Le rapport de beaucoup de personnes homosexuelles aux caméras et appareils photos confine à l’idolâtrie. Je vous renvoie aux mémoires de Néstor Almendros Días De Una Cámara (1980), à l’essai Marcel Proust sous l’emprise de la photographie (1997) de Gyula Halász Brassaï, au livre La Photo, inéluctablement : Recueil d’articles sur la photographie, 1977-1985 (1999) d’Hervé Guibert. « Je me suis acheté un nouvel appareil photo : vous vous en foutez ? » (Jean-Luc Lagarce dans son Journal (1992) de Jean-Luc Lagarce) Ceci est d’autant plus vrai depuis l’arrivée des webcam, et la vulgarisation des caméras portatives, mises à la portée d’un très grand nombre. Andy Warhol écrit son journal en filmant sa propre vie. Jonathan Caouette, dans son film autobiographique « Tarnation » (2003), s’enregistre lui-même en images depuis l’enfance. Hervé Guibert filme scrupuleusement son corps malade du Sida. Joseph Morder propose aussi de tourner en Super-8 tout ce qu’il voit dans sa vie. L’écrivain Abdellah Taïa, par exemple, a bien l’intention de faire de l’écriture un moyen d’immortaliser sa vie cinématographique : «Décidé. Le cinéma serait ma vie. En moi, malgré moi. Il n’y avait plus que cette vérité qui comptait. Qui continuait de parler. De suivre et d’écrire mon histoire. » (cf. l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 32) La mode des blogs, ces journaux intimes diffusés sur Internet, des pages persos sur les réseaux sociaux, a conquis beaucoup de membres de la communauté homosexuelle.
 

En réalité, la photographie est un symbole de l’homophobie homosexuelle : beaucoup d’individus homosexuels s’en servent comme une preuve qu’ils ne seraient pas aussi artificiels que « les homos du milieu », comme un moyen pour eux de se racheter une innocence et de rejoindre la marginalité bobo-bisexuelle : cf. le docu-fiction « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider (avec Laurent, homo et photographe de paysages), le film « Queens » (2012) de Catherine Corringer (intégralement tourné en caméra subjective, par un personnage qui marche, qui voyage), etc. « J’étais passionné de photos. » (Christian, le dandy homo-bobo de 50 ans dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz)
 
 

b) Le couple homo dans la boîte : Prends-moi… en photo

Aussi incroyable que cela puisse paraître, certaines personnes homosexuelles semblent avoir confondu leur appareil photo-caméra avec l’être aimé : « La caméra est ma partenaire. » (Kantuta dans le documentaire « Se dire, se défaire » (2004) de Kantuta Quirós et Violeta Salvatierra)
 

Mais ce narcissisme fétichiste homosexuel n’est pas nécessairement choquant, n’apparaît pas comme tragique. On a même plutôt envie de le soutenir tellement il caresse parfois dans le sens du poil nos propres fantasmes identitaires ou amoureux. « Je m’étais assez vite rendu compte de l’attirance que Martine éprouvait pour une photographe androgyne du journal local alors que nous vivions ensemble depuis moins d’un an. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 72) Il peut parfois avoir le charme exotique, puéril, rigolo, du docu-fiction autobiographique « à la Amélie Poulain » tel que le sympathique (mais mensonger) documentaire lesbien « Des filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger. Par exemple, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), Abdellah Taïa raconte comment il tombe amoureux de Javier, un homme « photographe de plateau » (p. 36)
 
 

Ernestito – « Quel malheur que je ne sache ni dessiner ni sculpter. Autrement, je ferais volontiers ton portrait ou ton buste, pour éterniser ta beauté.

Nacho – J’ai un appareil photo. »

(Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 257)
 
 

Mais en réalité, la photomania homosexuelle est violente : plus on s’éloigne du Réel via la photographie, plus on s’éloigne de l’humain et de l’Amour. Je vous renvoie au documentaire « Zucht Und Ordnung » (« Law And Order », 2012) de Jan Soldat (avec le couple de vieux amants nous présentant son quotidien sado-maso).
 
 

c) La photo vivante et violente :

Le monde de la photo engouffre les personnes homosexuelles dans le monde du paraître, de l’immortalité qui ne parviendra jamais à être éternelle (car une photo, ça jaunit, forcément ; et c’est mort), dans la consommation, et même parfois dans la prostitution et le viol : cf. la pub des « voleurs de couleurs » de Kodak par Jean-Paul Goude. Par exemple, le photographe nord-américain Avery Willard fait des nus à New York.
 

On observe à travers la démocratisation des appareils photos un processus social bien avancé (et inquiétant) grâce à Internet : l’auto-érotisation et l’auto-pornographisation par la caméra.
 

L’homosexualité de beaucoup de personnes homosexuelles semble avoir choisi comme support privilégié les photos (qu’on regarde ou qu’on se crée). La photographie est à la fois un reflet du Réel (dans le meilleur des cas), à la fois une projection de soi et de ses fantasmes. Et comme le désir homosexuel s’éloigne particulièrement du Réel (en rejetant son roc principal, à savoir la différence des sexes), il est logique qu’il s’origine principalement sur des photos déréalisantes (c’est-à-dire vraisemblables mais pas réalistes), violentes, pornographiques. « Ma découverte de la sexualité, c’est d’abord au travers de photos que je l’ai faite. Des photos pornographiques que mon père cachait dans un placard et sur lesquelles j’étais tombé par hasard. Ces photos montraient des couples en train de mimer l’acte sexuel à deux ou à plusieurs : c’est à cause de ces photos que j’ai découvert la masturbation, et pour moi la sexualité s’arrêtait à cela, car je n’ai pas reçu d’éducation sexuelle de mes parents. À l’école, c’étaient les débuts de l’éducation sexuelle et ce n’est pas avec ce que l’on nous disait que j’aurais pu comprendre grand-chose… l’acte homosexuel, par contre, m’était inconnu. C’est lors de vacances scolaires que je l’ai découvert à l’âge de douze ans, avec un homme d’une trentaine d’années… Il m’a proposé de monter dans sa chambre pour me montrer quelque chose. Les choses en question, c’étaient des photos pornographiques que ce monsieur faisait venir de Suède, de Hollande, de tous ces pays qui ont une réputation de mœurs très libérales. Ces photos… il y en avait pour tous les goûts : homosexualité masculine, féminine, enfant en cours de puberté en état d’érection, et même des photos de femmes en train de ‘faire l’amour’ avec des animaux. » (Philippe, homosexuel séropositif, dans son autobiographie L’enfer est à vos portes, 1991)
 

La photo a cela de cruel qu’elle se base quand même sur le Réel (le modèle qu’elle encadre est bien vivant et humain, lui), mais qu’elle peut donner aux esprits fragiles qui la préfèrent au Réel l’impression qu’ils sont capables se passer du Réel et des humains… et alors là, bonjour les frustrations, les angoisses (de la vieillesse, de la mort), les déceptions, les actes de rébellion et de vengeance, les jalousies, les attaques du Réel pour forcer les choses.
 
 

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Code n°145 – Planeur (sous-codes : Rêveur / Science-fiction / Steward gay / Papillon)

planeur

Planeur

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La fuite du Réel

 

Pierre et Gilles

Pierre et Gilles

 

Influencées par les images déréalisées du cinéma et des magazines, beaucoup de personnes homosexuelles annoncent la mort de la Réalité et désirent adopter l’irréel pour seule religion. Elles se persuadent, selon la formule consacrée par Arthur Rimbaud, que leur « vraie vie est ailleurs » (… ou que « Je est un autre »), et confirment leur réputation de Jean de la Lune. Les titres de leurs ouvrages sont souvent des signatures (cf. l’autobiographie Pierrot la Lune de Pierre Gripari, le film « Claire Of The Moon » de Nicole Conn, le film « Danny In The Sky » de Dennis Langlois, etc.). Elles célèbrent la figure du papillon, et se réfugient dans la rêverie offerte par les univers fantastiques. Certaines prétendent même « capter la réalité d’un monde invisible » (Severo Sarduy cité dans l’essai El Sexo Peligroso (1994) de Donna J. Guy, p. 23), et détenir un accès très privé (comprendre « homosexuel et homosensible ») à un univers parallèle délivrant des contingences humaines. L’idée selon laquelle il existe un monde invisible au-delà du monde visible est loin d’être sotte. Là où le bât blesse, c’est qu’elles imaginent une rupture radicale entre les deux, parce qu’au fond elles ne croient ni en l’un ni en l’autre, et qu’elles vident cette lucide intuition d’Espérance et de collectif.

 

N.B. 1 : Je vous renvoie également aux codes « Un Petit Poisson Un Petit Oiseau », « Ennemi de la Nature », « Attraction pour la ‘foi’ », « Aigle noir », « Sommeil », « Oubli et Amnésie », « Amoureux », « Fresques historiques », « Conteur homo », « Funambulisme et Somnambulisme », « Lune », « Icare », « Voyage », « Morts-vivants », « Mort », « Se prendre pour Dieu », « Plus que naturel », « Super-héros », « Jeu », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Île », « Bovarysme », « Conteur homo », « Vent », à la partie « films cuculs » du code « Milieu homosexuel paradisiaque », à la partie « Silence impérieux et ennemi de la Vérité » du code « Déni », à la partie « Peter Pan » du code « Parodies de Mômes », et à la partie « Mélodrame » du code « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
 

N.B. 2 : Ce code fonctionne en binôme avec le code « Chevauchement de la fiction sur la Réalité » (beaucoup plus conséquent), et lui est indissociable : le code « Planeur » est la première partie, le code « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », c’est l’atterrissage (il traite des effets pervers de l’éloignement du Réel : dépression, mythomanie, violence des fantasmes et des pulsions incontrôlées, schizophrénie, déception amoureuse, etc.).
 
 

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FICTION

 

a) Ça plane pour moi :

Dans les fictions homo-érotiques, il est souvent question de hauteur. Le héros homosexuel se prend pour un oiseau ou un être surélevé (cf. je vous renvoie aux codes « Aigle noir », « Femme au balcon » et « Icare » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. le roman En haut des marches (1999) de Joseph Hansen, la chanson « Sur le fil » de Jenifer, la chanson « Je marche à l’envers » d’Ophélie Winter, le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec Freddie volant sur la ville), le vidéo-clip de la chanson « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « Beautiful Life » d’Ace of Base, le film « Maurice » (1987) de James Ivory (dès les premières images, des cerfs-volants sont filmés), l’opéra Estamos En El Aire (1991) de Juan Pagán, le vidéo-clip de la chanson « À contre-courants » d’Alizée, la chanson « Un Aviateur » de Véronique Jeannot, la chanson « Saudade » d’Étienne Daho (avec la « valse d’avions »), le film « 510 mètres sous la mer » (2008) de Kerstin Polte (racontant une histoire d’amour lesbien dans un aéroport), la chanson « Planeur » d’Alizée, la chanson « S’envoler jusqu’au bout » de Jeanne Mas, le film « Verde Verde » (2012) d’Enrique Pineda Barnet, le film « La Tristesse des Androïdes » (2012) de Jean-Sébastien Chauvin (avec des hommes aériens sautant d’un building à un autre), le film « 7e ciel » (2013) de Guillaume Foirest, le vidéo-clip de la chanson « Take Me To Church » d’Hozier, la chanson « Veux-tu danser ? » de Michel Rivard, etc.

 

« Holà là ! Là-haut ! Là ! » (la voix au téléphone dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « J’ai développé une passion viscérale pour le gospel, les bites et les nuages ! Voilà déjà… les nuages… » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Aimer jusqu’à l’aurore, aimer encore, gagner le ciel. » (cf. la chanson « Lonely Lisa » de Mylène Farmer) ; « Moi aussi, je plane. » (le juge Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 129) ; « Je suis un cerf-volant. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 160) ; « Elle vole en parallèle. » (cf. une réplique de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Je plane. Et toi, tu deviens agressif. » (Harold, l’un des héros homos, s’adressant à son colocataire homo Michael, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Il était avant tout un nain, creusant des galeries obscures dans les mines de la littérature, à la recherche d’un filon scintillant. Il était un conservateur de rêves. Oui, le dernier archiviste d’histoires futiles. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 171) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, fait le planeur sur son vélo, sur les routes de campagnes allemandes. Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Khalid demande à son amant Omar de le pousser dans le fleuve, pour qu’il le tue : « Pousse-moi, pousse-moi jusqu’au palais du Roi… pousse-moi… Je veux voler… pousse… Pousse… » (Khalid s’adressant à Omar, p. 165) ; Omar s’exécute et réussit son coup : « Je l’ai poussé. Je lui ai donné des ailes. » (p. 169) Dans le one-man-show Ali au pays des merveilles (2011) d’Ali Bougheraba, Faissal, le personnage homosexuel, imite souvent les mouvements des ailes de l’oiseau, et dit qu’il voudrait voler comme une mouette. Dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, Nietzsche est astronome et a la tête dans les étoiles. Dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, Fabien, le héros, a coutume de regarder le ciel étoilé. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Mike, un des élèves d’Howard (son prof de lettres suspecté d’homosexualité) compare (dans les vestiaires) l’homosexualité à un phénomène qui se développe dans l’espace, entre cosmonautes, sous l’effet de l’apesanteur. Dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, Alex, le héros hétéro, fait une blague (interrompue) sur un « pédé qui fait un saut en parachute ». Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, au collège, s’est occupé de la déco à la fête du lycée, et face à Peter, le lycéen dont il était amoureux (son premier et unique grand « Amour »), il s’est retrouvé un peu bête : « Je lui ai raconté que je faisais des étoiles en alu, et des nuages en coton. Il faut une folle pour ce genre de choses. » Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Arnaud, l’un des héros homos, s’absente pour monter sur un avion de chasse. Dans la pièce Soixante Degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien, l’un des personnages bisexuels, dit qu’il est du signe astrologique de l' »Astronaute« , et pour se justifier d’avoir inventé quelque chose qui n’existe pas, il avoue : « Quand j’étais petit, je voulais devenir astronaute. » Quand à Rémi, homosexuel, il décrit son père comme « lunaire ». Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Oliver lit Les Fragments cosmiques d’Héraclite.
 
 

b) Toute ma vie, j’ai rêvé d’être une hôtesse de l’air… :

Film "Les Amants passagers" de Pedro Almodóvar

Film « Les Amants passagers » de Pedro Almodóvar

Le héros homosexuel a parfois fait du ciel son domaine et son métier. Ce n’est pas un hasard si le steward gay est un cliché bien connu de la fantasmagorie homosexuelle : cf. le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard, la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi (avec Cherry, hôtesse de l’air lesbienne), le film « L’Alpagueur » (1976) de Philippe Labro, la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand (avec le personnage gay de Xav), le film « Via Appia » (1989) de Jochen Hick, le film « Sobreviveré » (1999) d’Alfonso Albacete et David Menkes (avec la scène fantasmée du strip-tease du steward homosexuel dans l’avion), le film « Quand je serai star » (2004) de Patrick Mimouni, le film « Rice Rhapsody » (2004) de Kenneth Bi, le film « Warm Nights On A Slow Moving Train » (1987) de Bob Ellis, la chanson « L’Hôtesse de l’air » de Jacques Dutronc, le roman policier Homo-Cassand 1 (2002) de Philippe Cassand, le vidéo-clip de la chanson « Dragostea Din Tei » du groupe Ozone, le film « Los Amantes Pasajeros » (« Les Amants passagers », 2013) de Pedro Almodóvar, la pièce La Cuisse du steward (2013) de Jean-Michel Ribes, le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco (avec Greg, le steward gay), l’épisode 2 de la série et téléfilm It’s a Sin (2021) de Russell T. Davies, etc. « [Je voulais faire] Hôtesse de l’air. Métier on ne peut plus féminin, où on ne rencontre que des homos. » (Camille, l’héroïne lesbienne du one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « J’étais tellement conne, j’ai fini hôtesse de l’air. […] J’ai tout pour être steward. […] Les hôtesses de l’air sont des femmes comme vous et moi. » (Jeanfi, le steward homo dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; « Mon père n’a pas changé. Il joue toujours la fille de l’air. » (Chloé parlant d’André son père homo, dans l’épisode 505 de la série Demain Nous Appartient, diffusé le 11 juillet 2019 sur TF1) ; etc.
 

Par exemple, dans le film « Les Incroyables Aventures de Fusion Man » (2009) de David Halphen, Daniel/Fusion Man, le super-héros homosexuel, doit sauver des griffes d’un « Méchant » très maniéré, un jeune homme qu’on devine tout aussi homosexuel qu’eux, et qui tente de se jeter du haut d’un immeuble ; on apprend par le cruel adversaire de Fusion Man que l’homme suicidaire est steward («Tu lui as appris à voler, peut-être ? Il est steward… » ironise-t-il avec un rire sarcastique). Dans la série Manifest (2018) de Jeff Rake (épisode 4, saison 1), Thomas, le petit ami de Léo, le cousin de Bethany (l’hôtesse de l’air elle-même homosexuelle), embarque sur le vol 828 en tant que passager clandestin et se fait passer pour steward.
 
 

c) Mariposa :

PLANEUR Pink Narcissus
 

Dans le même ordre d’idée, il est incroyable de voir la place prédominante qu’occupe le motif du papillon dans les œuvres de fiction traitant d’homosexualité : cf. le ballet de danse contemporaine El Hombre Que Daba De Beber A Las Mariposas (2010) de Juan-Carlos Zagal, le film « Outing Family » (2001) de Ben McCormack (avec un gros papillon dessiné sur le glory hole de la backroom), la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, le film « Antes Que Anochezca » (« Avant la nuit », 2000) de Julian Schnabel (avec la chanson crypto-gay « Mariposa »), le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan (avec la mère d’Hubert, le héros homosexuel, qui collectionne des papillons), le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta (avec les plans fixes sur une collection de papillons), le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie, la chanson « Butterfly » de Mariah Carey, le recueil de poèmes El Maleficio De La Mariposa (1919-1920) de Federico García Lorca, le roman El Esplendor De La Mariposa (1993) de Raúl Gómez Jattin, le roman Le Papillon et la chauve-souris (1891) de Robert de Montesquiou, le roman Papillon (1948) de Yukio Mishima, le film « The Bubble » (2006) d’Eytan Fox, la chanson « Papillon de lumière » de Cindy Sander, le roman Le Papillon qui tapait du pied (1983) de Rudyard Kipling, le roman Un Papillon dans la peau (2002) de Virginie Lou, le roman Le Sacrifice du papillon (1997) d’Andrea H. Japp, la chanson « Léopold » des Cowboys Fringants, le tableau Robinson et Vendredi (2007) d’Éric Raspaut, le roman Les Papillons de Makaba (1973) de Jean-Marie Fonteneau, l’affiche du film « Le Silence des agneaux » (1991) de Jonathan Demme, le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, le vidéo-clip de la chanson « Viva Forever » des Spice Girls, le vidéo-clip de la chanson « Comme j’ai mal » de Mylène Farmer, le film « Butterfly » (2004) de Yan Yan Mak, le film « The Butterfly Kiss » (1995) de Michael Winterbottom, le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Rimbaud Verlaine » (1995) d’Agnieszka Holland, le film « M. Butterfly » (1992) de David Cronenberg, la chanson « Mariposa » du groupe Desmadre 75, la pièce La Mariposa Que Voló Sobre El Mar (1926) de Jacinto Benavente, le film « Papillon » (1973) de Franklin J. Schaffner, la pièce Machine sans cible (2008) de Gildas Milin, le tableau Jason, The Sexiest Of The Supreme Elves de Lorenn le Loki, le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli, le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia, le film « Social Butterfly » (2012) de Lauren Wolkstein, le roman Jours de mûres et de papillons (2014) de Marie Evkine, etc.

 

Par exemple, dans le one-man-show Pareil… mais en mieux (2010) d’Arnaud Ducret, John Breakdown, le chorégraphe homosexuel, met en scène sa nouvelle choré avec l’apparition finale d’un papillon. Dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, se retrouve face à une psychiatre à devoir identifier un papillon sur un dessin. Au départ, il y reconnaît « deux rats qui se mangent », et une fois qu’on le met sur la piste, il se corrige, résigné : « Va pour le papillon. » Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, l’appartement d’Anna Ross où loge Johnny, le jeune peintre homosexuel, est orné de tableaux de papillons. Dans le film « The Duke Of Burgundy » (2015) de Peter Strickland, Une lépidoptériste (spécialiste des papillons) austère entretient une relation sadomasochiste avec sa femme de ménage, jeune et soumise à tous ses désirs.
 

C’est souvent un papillon mort : cf. la « performance » Golgotha (2009) de Steven Cohen (avec le comédien travesti M to F, déguisé en papillon apocalyptique), le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford (avec le papillon écrabouillé), etc. « Oh, la mouette, là-bas ! Elle tourne autour du feu ! Hé, la mouette ! Connasse ! Elle va se brûler ! Elle est comme un papillon qui va s’écraser contre le feu ! » (cf. une réplique de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « La nuit, je m’imaginais hypnotisé, épinglé dans ses collections, entre un papillon et une mygale. » (le narrateur homosexuel dans la nouvelle « La Carapace » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 14) ; « Avec lui, j’étais comme un papillon attiré par la flamme de la bougie. » (Fabien à propos de son attitude avec son amant Herbert, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; etc. Dans la pièce Mon amour (2009) d’Emmanuel Adely, Franck, le héros homosexuel, dit que « quand il était petit, il aimait piquer les papillons au centre du corps », et qu’il « rêve d’être crucifié comme un papillon ».
 

Le papillon est parfois un clair indice d’homosexualité (ou, si celle-ci est pratiquée, un indice d’homophobie) : « Avec tous ces papillons ! Je deviens folle ! » (China dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1999) de Copi) ; « Même le papillon, il en pense. » (Rodolphe Sand par rapport à Mike, dans son one-man-show Tout en finesse, 2014) ; « On dirait un papillon. » (Nathan regardant une tache sur le pantalon de son amant Ryan, dans le film « Bug Chaser » (2012) de Ian Wolfley) ; « On dirait un papillon en chaleur. » (Alan, gêné par rapport à l’efféminement d’Emory, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Je l’ai entendu dire qu’il fallait souffrir dans un cocon avant de devenir papillon. » (Tom, le héros homosexuel, à propos de l’homme qu’il aime, Dick, dans le film « The Talented Mister Ripley », « Le Talentueux M. Ripley » (1999) d’Anthony Minghella) ; « Je suis gai gai gai… comme un papillon. » (le cuisinier maniéré du film « Sabrina » (1954) de Billy Wilder) ; « La chrysalide devient papillon. Je pleurerais d’émotion. » (Dallas, l’assistant-couturier homo de la créatrice Cecilia dont il voit la rébellion, dans l’épisode 98 « Haute Couture » de la série Joséphine ange gardien) ; etc.
 

B.D. Kang de Copi

B.D. Kang de Copi


 

Par exemple, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, les protagonistes homosexuels proposent à Line, la bourgeoise travestie M to F, de faire un chanson sur les papillons. Lors de son concert Les Murmures du temps (2011) au Théâtre de L’Île Saint-Louis Paul Rey de Paris, le chanteur Stéphane Corbin dit qu’il rêve d’être un papillon. Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, la petite Auriane s’est dessinée elle-même en papillon. Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, Ahmed compare son sexe à une chrysalide. Dans le film « Túnel Russo » (2008) de Eduardo Cerveira, le couple homo est traité ironiquement de « mariposas », comme un féminisation homophobe et ironiquement dépréciative.
 

Film "Belle de nature" de Maria Beatty

Film « Belle de nature » de Maria Beatty


 

Le papillon est parfois la métaphore de l’amant angélisé… et même de l’amant aussi dangereux, solaire, brûlant, violent, et incestuel Lucifer : « Dès lors, Stephen [l’héroïne lesbienne] pénétra dans un monde complètement nouveau, qui tournait sur l’axe de Collins [son amante] . C’était un monde plein de continuelles et émouvantes aventures : des ivresses, des joies, d’incroyables tristesses, mais aussi un bel endroit pour s’y précipiter, comme un papillon qui courtise une chandelle. Les jours allaient de haut en bas ; ils ressemblaient à une balançoire qui s’élève au-dessus du faîte des arbres, puis retombe dans les profondeurs, mais rarement, sinon jamais, tient le milieu. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 27) ; « Oh my sweet butterfly… » (Oshen – Océane Rose-Marie, alias la « lesbienne invisible » – racontant comme elle s’est fait embrasser par un papillon, lors de son concert à L’Européen à Paris, le 6 juin 2011) ; « Ça doit être mon père qui m’a fait ainsi ! Il était trop beau lui aussi ! Comme un gamin-papillon, j’étais fasciné par sa beauté d’homme solitaire. Peut-être que je m’y suis brûlé les ailes ! Je devrais jeter toutes ces photos que j’ai de lui ! Cesser de penser que j’aurais hérité de lui cette attirance pour les garçons. Un désir refoulé qu’il m’aurait transmis en quelque sorte. Et tout cela, parce qu’il nous prodiguait, à moi et à mon petit frère, la tendresse de la mère perdue. » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 60) ; « Bien sûr, tu n’étais pas un ange, mais je t’ai vu t’envoler. » (c.f. la chanson « Le Lac des brumes » d’Hervé Vilard) ; etc. Par exemple, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, Chris appelle son amant Ernest « mon papillon », et a dédié au poète Wordsworth « un poème aux papillons » (p. 92).
 
 

d) Faux rêveurs :

PLANEUR Homo Pierrot
 

On voit que chez beaucoup de personnages homosexuels, ça plane dur ! Certains ont une réputation de rêveurs, de Jean de la Lune : cf. la chanson « Soñar Y Nada Más » (« Rêver et rien d’autre ») dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet, la chanson « Mes rêves » d’Isa Ferrer, la chanson « Rêver » de Mylène Farmer, le film « Nell » (1994) de Michael Apted (avec Jodie Foster, la sauvageonne secrète), la chanson « Le Rêve des filles » de Nolwenn Leroy, la chanson « Voler tes rêves » de Nâdiya, la chanson « Je rêve » de Grégory Lemarchal, la chanson « Dans mes rêves » de Lorie, le film « Alice In Wonderland » (« Alice au pays des merveilles », 2010) de Tim Burton, la pièce Récits morts. Un rêve égaré (1973) de Bernard-Marie Koltès, la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay (avec Manon, la rêveuse), le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet (avec Antoine de Linotte, le héros au nom de famille prédestiné),le film « Claire Of The Moon » (1992) de Nicole Conn, le film « Dis-moi que tu m’aimes, Junie Moon » (1969) d’Otto Preminger, film « Ultra Rêve » (2018) de Bertrand Mandico, le roman Pierrot la Lune (1963) de Pierre Gripari, le roman Denier du rêve (1959) de Marguerite Yourcenar, le film « Dreamers Of The Day » (1990) de Patricia Spencer et Philip Wood, le film « Ma Vie en rose » (1997) d’Alain Berliner (avec Ludovic, le jeune enfant rêveur qui se travestit en fille et vit sa vie en rose), le film « Le Chant des sirènes » (1987) de Patricia Rozema, la chanson « Rose » de Zazie et Dominique Dalcan, le film « El Fuego Y El Soñador » (2001) d’Oskar Aizpeola, le film « Danny In The Sky » (2001) de Denis Langlois, le film « The Man Who Fell To Earth » (« L’Homme qui venait d’ailleurs », 1976) de Nicolas Roeg, le film « Head In The Clouds » (2004) de John Duigan, la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (1650) de Savinien de Cyrano de Bergerac, le film « Happy, Texas » (1999) de Mark Ilsey (avec le shérif lunaire), le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore (avec le père de Steven, le héros homosexuel, déguisé en cosmonaute), le film « Que faisaient les femmes pendant que l’homme marchait sur la Lune ? » (2001) de Chris Vander Stappen, les films « Hedwig And The Angry Inch » (2001) et « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, le film « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy (avec Maxence, le marin rêveur), la pièce L’Illuminé (2011) de Marc Hollogne, le film « Kemény Csajok Nem Álmodnak » (« Les Dures ne rêvent pas », 2011) de Zsofia Zsemberi, le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, etc.
 

« Toujours à imaginer des choses… » (Ody se désespérant du cas de son petit frère homosexuel Dany, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras) ; « Arrêtez de chanter ‘Au clair de la lune’ à vos enfants. C’est une chanson érotique. Et Pierrot est gay. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; « Pourquoi je suis dans ma bulle ? » (James Dean dans la biopic « Life » (2015) d’Anton Corbijn) ; « Tu es tellement dans ton monde. Tu n’entends rien. » (Dennis Stock s’adressant à James Dean, idem) ; « Accrochez-vous à vos rêves très fort. Car si les rêves meurent, la vie n’est qu’un oiseau aux ailes cassées qui ne peut pas voler. » (Adam, le héros homo citant Langston Hughes, dans l’épisode 6 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; « Adieu au réalisme ! » (Vita Sackville-West s’adressant à son amante Virginia Woolf, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc.
 

Souvent, le héros homosexuel défend la toute-puissance des rêves et la beauté des mythologies cinématographiques, de ses films intérieurs : « Son film intérieur débutait enfin. » (Ann Scott, Le Pire des mondes (2004), p. 76) ; « Mes rêves me sont aussi familiers que ma propre peau. » (Ronit, l’une des deux héroïnes lesbiennes, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 221) ; « La Princesse adopta l’irréel pour seule religion. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite en 2003 par un ami homosexuel, p. 35) ; « Je me demande souvent si l’unique vérité n’est pas dans le rêve. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 432) ; « Dalida est une fuite en avant vers nulle part. […] Sa vie est un spectacle. […] Sa vie est un songe, en réalité. Elle n’a jamais fait que rêver. » (l’actrice jouant Dalida dans le spectacle musical Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini) ; « Ma mère travaille en usine en haut des fils en bobine. Dans les nuages, elle va, elle rêve. » (Rosa dans la pièce musicale Rosa La Rouge (2010) de Marcial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi) ; « Peter Pan et Tom Sawyer m’attendent. » (cf. la chanson « Boulevard des rêves » de Stéphane Corbin) ; « C’est la vie qui est une vaste comédie où on a tous un rôle. Toi, tu joues le rôle de la maman parfaite. […] Moi, je joue le rôle du fils parfait… » (Bryan, le jeune héros homosexuel à sa mère, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 375) ; « Laissez-moi vivre comme je l’entends dans le rose et dans la soie. » (Zaza/Albin dans la pièce La Cage aux folles (1978) de Jean Poiret) ; « Thomas, t’es si naïf… si déconnecté de la réalité… c’est pour ça que je t’aime. » (Cazo s’adressant à son amant Thomas, dans le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard) ; « Si vous dormez, si vous rêvez, acceptez vos rêves. C’est le rôle du dormeur. » (la Mort jouée par Maria Casarès, dans le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau) ; etc.
 

Par exemple, dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, Europe écrit sur un rocher : « Je veux vivre une histoire. »
 

C’est souvent à sa propre gloire que travaillent les rêves du protagoniste homosexuel : « Je voulais être dieu. Je voulais être une super-héroïne. Une sorte de comics… une sorte de rêve éveillé pour vous, une sorte de muse, d’enchantement pour vos yeux… Ce soir, je suis dieu. » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Cette région de moi-même que je voudrais pouvoir ne jamais quitter : le réconfort du rêve éveillé. » (le narrateur homosexuel dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 18) ; « Elle [Stephen, l’héroïne lesbienne] s’endormit pour rêver que, par quelque étrange transposition, elle était Jésus. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 31) ; etc.
 

Le personnage homosexuel quitte tellement le Réel qu’il se passionne parfois pour la science-fiction et le cinéma fantastique (cf. je vous renvoie à la partie « Futurisme » du code « Fresques historiques » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa (avec Omar et Khalid, fans de ciné, et notamment de films de science-fiction marocains), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec le Copi-Traducteur, qui prétend « adorer un roman de science-fiction de G.H. Wells »), le one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc, le film « Pourquoi pas moi ? » (1998) de Stéphane Giusti (avec Camille, l’héroïne lesbienne, fan de « Star Wars »), le film « Papa, il faut que j’te parle… » (2000) de Philippe Becq et Jacques Descomps (avec Dark Vador apparaissant par intermittence dans le champ de vision du protagoniste), le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki (où l’un des enfants violés devient adepte de science-fiction et homosexuel à l’âge adulte), le roman Joyeux animaux de la misère (2014) de Pierre Guyotat, etc. « Willie [le pseudonyme de Guillaume Dustan] aimait beaucoup ‘Star Wars’, ça en devenait une vraie fixation. » (Tristan Garcia, La meilleure part des hommes (2008), p. 15)
 

Il peut même se mettre à croire aux extra-terrestres : « Je crois capter les ondes venues d’un autre monde. » (cf. la chanson « S.O.S. d’un terrien en détresse » de Johnny Rockfort dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; « Je pense sincèrement qu’ils sont là depuis des milliers d’années. » (David parlant des extra-terrestres dans le film « And Then Came Summer », « Et quand vient l’été », 2000, de Jeff London)

 
 

e) Lévitation amoureuse, avec des cœurs dans les yeux :

 

Chez le héros homosexuel, le côté planant et grisant proviendrait non seulement de son caractère, mais aussi de ce qu’il appelle « amour » (cf. je vous renvoie au code « Amoureux » et à la partie « films cuculs » du code « Milieu homosexuel paradisiaque » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). L’amant lui donnerait des ailes et lui ferait voir la vie en rose. Par exemple, dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, Santiago est dépeint comme un rêve, un messager divin de l’homosexualité. Dans le film « Nagisa No Sindbad » (« Grains de sable », 1995) de Ryosuke Hashiguchi, Ito, lycéen rêveur, est secrètement amoureux de son meilleur ami, Yoshida. Dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, Alexandra, l’héroïne lesbienne, voit sa bonne lui faire l’amour en suspension (suce-pension) : « C’était, je crois, un peu de ce que les hommes devaient ressentir avec autre chose, comme une sorte de succion assez délicieuse. Puis elle m’allongea sur le lit et mit sa tête entre mes jambes complètement et, dans une lente et parfaite douceur, elle alla et vint sans s’appuyer sur moi, comme le ferait, j’imagine, quelqu’un qui flotterait dans l’air sans aucune pesanteur, ce qui me surprit beaucoup vu sa forte contrition. » (pp. 123-124)
 

Parfois, le couple homosexuel monte dans un planeur ou fait du cerf-volant ensemble : cf. le film « Une Affaire de goût » (1999) de Bernard Rapp, le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine, le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (Félix fait du cerf-volant avec une de ses amants dans une prairie), le film « Les Témoins » (2006) d’André Téchiné, la chanson « Les Attractions-désastre » d’Étienne Daho («Et tu viens avec moi faire l’avion… »), le film « Mon copain Rachid » (1998) de Philippe Barassat, le roman Les Amants du Spoutnik (2003) d’Haruki Murakami, etc.
 

« Ce serait bien que mon nouveau voisin me fasse voler comme dans Titanic » (Bernard, l’un des héros homos de la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Si ce tapis pouvait voler, et qu’il pouvait nous emmener loin toutes les deux… On serait si heureuses… » (Marie et son amante Aysla, dans le téléfilm « Ich Will Dich », « Deux femmes amoureuses » (2014) de Rainer Kaufmann) ; etc.
 

En réalité, la rêverie amoureuse aérienne en question mériterait de s’appeler « fantasme », « passion » et « pulsion », plutôt que « désir » et « amour » (libres et durables) : « Il [Adrien] avait le sentiment d’entrer dans un état second, d’être attiré de tout son être par des scènes obsédantes. Une sorte de fascination dont on ne se délivre qu’en y succombant. […] Il désirait les garçons. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 25) ; « Sa passion contre nature pourtant ne s’est précisée que dans des rêves. » (Stefan Zweig, La Confusion des sentiments (1928), p. 117) ; « Je suis aussi fier de toi que si tu avais marché sur la lune. » (Glen s’adressant à son amant Russell, en jouant le rôle d’un père recevant le coming out de son fils, dans le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh) ; « Quand je te vois, j’ai l’impression que tu n’es pas réel. Que je suis dans un rêve. Comme si tu venais d’ailleurs ou que tu étais immortel ! » (Bryan s’adressant à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 141) ; « Tu es comme j’aurais voulu être, mais comme je ne suis pas. T’es mon rêve ! » (idem, p. 142) ; « La réalité, c’est que nous nous aimons comme des fous. » (idem, p. 335) ; « On ne se voit plus mais pendant que je t’écris ainsi, chaque soir, j’ai l’impression que tu es là, au bout de ce clavier. Non, plus proche encore. Je te parle, tu m’écoutes. J’imagine tes réponses, je vois ton beau sourire… » (idem, p. 309) ; « Je rêve pour sortir du bois, pour ma toute première fois… » (un des personnages homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Je rêve d’un rêveur qui boit mon ardeur. » (cf. la chanson « Je rêve » lors du concert d’Hervé Nahel le 20 novembre 2011) ; « Nous passâmes le reste de la nuit blotties dans les bras l’une de l’autre, dormant à poings fermés. Des phrases entières du Kama Sutra défilaient sur l’écran de mes rêves. L’édition que j’avais lue était imprimée en petits caractères, il y avait en couverture une illustration d’un manuscrit ancien. Dans mes rêves, les phrases servaient de légendes à des photographies, les personnages étaient Linde, Rani, et un brahmin d’une caste supérieure sorti de je ne sais quel film. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 36) ; « Est-ce que tu crois à la réincarnation ou aux rêves prémonitoires ? Moi non, mais aujourd’hui je ne peux que douter. » (Randall à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 239) ; « Bertrand regarde amoureusement son beau Marcel, déjà bien étendu depuis une bonne heure. Ce dernier lève les yeux de son magazine et lui retourne un tendre sourire. » (Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010), p. 9) ; « Il [Marcel] passa de plus en plus de temps devant son écran, se créant tout un univers de rêve. Il avait ainsi un père qui ne l’eut pas abandonné et une mère qui ne chercha pas tant à le contrôler en voulant trop le protéger. Son oncle n’hésiterait pas à lui offrir son corps et sa beauté, car Marcel adulait son oncle, homme séduisant toujours entouré de beaux mecs aussi attirants que lui. Il lui arriva souvent de se branler en rêvant à ce type au charme irrésistible qui dormait dans la chambre d’à côté, ou en train de lui faire l’amour. » (idem, p. 19) ; « Le deux garçons rêvent en couleur, en technicolor, en super son surround. » (Ahmed et son amant Saïd, op. cit. , p. 53) ; « Je suis devant lui. Je rêve. […] Il a du charme. Détermination. Cruauté. Tendresse. Tout est là. Je le reconnais. […] Il m’attire, il me domine. Je suis à lui. Il est le Roi. Le roi Hassan II. Il est beau. Je l’aime. Sans douter, je l’aime. On m’a appris à l’aimer. À dire son nom. À le crier. Il est beau. Il est important. Tellement beau, tellement important. » (Khalid, le héros homosexuel racontant son rêve face à Hassan II, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 9) ; etc.
 

Manquant visiblement de consistance et d’ancrage dans le Réel, le couple homosexuel fictionnel se désigne quelquefois lui-même comme aérien, en finissant par esquisser visiblement un doute désagréable sur ce qu’il est en train de vivre : « Dans les escaliers, je demande ‘Mais nous deux, on est quoi ? Des amants ? Un couple ? ’ Il me regarde en levant les yeux au ciel. » (Mike s’adressant à son amant Léo, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 100) ; « Depuis que je te connais, je n’ai vécu que des choses irréelles ! […] Toi, tu es la chose la plus irréelle qui ne me soit jamais arrivée. » (Bryan s’adressant à son amant Kevin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 230) ; etc.
 

Et le vol plané idyllique, une fois confronté aux faits et à l’expérience, vire tout doucement à la soumission au viol, et au cauchemar. « Il est bon de planer. » (Didier, l’un des héros homos, juste au moment de passer à l’acte homo, sur une musique vahiné puis zen-indienne, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Hier soir j’étais sorti de mon œuf… Je crois bien que c’était un œuf, alors ils m’ont dit : tu iras à la guerre ! […] Moi, la guerre, je n’en connaissais rien. Je ne savais même pas où ça se passait ! […] Alors je me suis mis à voler. J’y prends un plaisir fou. […] Moi je planais comme un dingue. […] Mais cette vie-là ça m’a fatigué vite. Je commence à m’arrêter de plus en plus souvent, dès que je vois une branche de libre. Et j’y trouve des gens qui me ressemblent, des camarades qui ont des muscles meurtris à force de voyager. Et je reste avec eux, piailler, sautiller, changer de branche quand le temps nous le concède. Alors il pleut souvent. Nos plumes deviennent grises. Alors, peu à peu, je viens chez vous. » (Copi, La Journée d’une Rêveuse, 1968) ; « Je ne suis pas habillé pour m’envoyer en l’air. » (Jefferey Jordan s’adressant à on père lui proposant un tour en montgolfière, dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; etc.
 

Par exemple, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Leopold voit que Franz son jeune amant n’a pas les pieds sur terre : « Tu n’as aucun rapport à la réalité. » Franz veut absolument « rêver »… mais en même temps, il a peur de rentrer dans les rêves des autres et le leur reproche.
 

B.D. Kang de Copi

B.D. Kang de Copi


 

Le récit de l’atterrissage forcé et violent, de la confusion entre théâtre et Réalité, se trouve expliqué dans le code « Chevauchement de la fiction sur la Réalité » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

a) Ça plane pour moi :

Le chanteur Mika

Le chanteur Mika


 

Les personnes homosexuelles ne sont en général pas spécialement connues pour avoir les pieds sur terre (cf. je vous renvoie aux codes « Aigle noir », « Femme au balcon » et « Icare » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Elles ne démentent pas leur réputation d’oiseaux : « Un homosexuel est un être aérien, sans attaches, sans lieu fixe qui lui soit propre. […] Nous sommes toujours suspendus en l’air, aux aguets. Notre condition aérienne est parfaite et c’est très bien que l’on nous ait affublés de noms d’oiseaux. Nous sommes des oiseaux parce que nous sommes toujours en l’air, un air qui n’est pas non plus à nous – rien n’est à nous, d’ailleurs – mais au moins il est sans frontières. » (Reinaldo Arenas, El Color Del Verano (1990), p. 480) ; « Je ne vis pas, je flotte. » (Gastón Baquero dans une lettre à Eliseo Diego (1993), cité dans le journal espagnol El País, publié le 18 juin 1997) ; « J’aime pas les atterrissages. Je préfère qu’on reste là-haut. » (Patrick Dupont, le chorégraphe, dans l’émission Prodiges sur la chaîne France 2 le 29 décembre 2016) ; etc.
 

Par exemple, lors de son concert du 26 avril 2010 à Paris-Bercy, le chanteur homosexuel Mika a fait la surprise à son public d’arriver sur scène suspendu dans les airs, déguisé en cosmonaute. Il n’est visiblement pas le seul à se présenter comme un engin humanisé de l’Espace : « Le dernier à faire son apparition fut Paco, dans son uniforme d’astronaute. Ses peintures et sculptures tournaient autour de la planète dans des sphères intersidérales. » (Alfredo Arias, Folies-fantômes (1997), p. 278) ; « En 1969, David Bowie invente le Major Tom, un cosmonaute qui préfère ne pas revenir sur Terre, avant de s’incarner, flamboyant et fragile, en Ziggy Stardust, ce Ziggy ‘poussière d’étoiles’, tout en lamé et Platform boots rouges, un cercle doré au milieu du front, accompagné de ses araignées de Mars. Ziggy est un alien au cube : extraterrestre, rock star et androgyne. » (cf. l’article « Le Rock et les mystères du troisième type » d’Évelyne Pieiller, dans la revue Le Monde diplomatique – Manière de voir, « Mauvais Genres », n°111, juin-juillet 2010, pp. 72-73)
 

Le chanteur Mika en concert

Le chanteur Mika en concert


 

b) Toute ma vie, j’ai rêvé d’être une hôtesse de l’air… :

 

Certaines personnes homosexuelles désirent tellement voler dans les airs qu’elles exercent le métier d’hôtesse de l’air (et assimilés).
 

Ce n’est pas un hasard si le steward gay est un cliché bien connu de la fantasmagorie homosexuelle, en plus des jeux de mots savoureux que celui-ci recèle (« s’envoyer en l’air », « atteindre le septième ciel », « être à la tête et à la queue de l’avion », etc.) : cf. le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, le documentaire « Andréa, née à 35 ans » (2001) de Philippe Baron (cet homme transsexuel M to F se fait appeler Andréa Colliaux, et a écrit une autobiographie intitulée Carnet de bord d’un steward devenu hôtesse de l’air), l’association homosexuelle Personn’Ailes du groupe Air France – KLM. , les « ladyboys » transsexuels M to F en Thaïlande, le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, etc. « La plupart des lieux de prédilection fréquentés par les homosexuels étaient urbains, civils, sophistiqués. Le scénariste américain Ben Hecht, à l’époque correspondant à Berlin pour une multitude de journaux des États-Unis, se souviendra longtemps d’y avoir croisé un groupe d’aviateurs, élégants, parfumés, monocle à l’œil, bourrés à l’héroïne ou à la cocaïne. » (Philippe Simonnot parlant de la libéralisation des mœurs dans la ville nazie berlinoise des années 1920-30, dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 30)
 

Par exemple, lors du concert des Enfoirés en 2000, l’humoriste homosexuel Yves Lecoq entonne, non sans raison, le fameux refrain de la chanson « L’Hôtesse de l’air » de Jacques Dutronc : « Toute ma vie, j’ai rêvé d’être une hôtesse de l’air. Toute ma vie, j’ai rêvé de voir le bas d’en haut. Toute ma vie, j’ai rêvé d’avoir des talons hauts. Toute ma vie, j’ai rêvé d’avoir, d’avoir, les fesses en l’air ! » Celui qu’on surnomme « Ange », et qui était le compagnon de JPé (l’un des participants de l’émission de « télé-réalité » Trompe-moi si tu peux diffusée sur la chaîne M6 en juin 2010, et qui s’est suicidé par pendaison), est steward. J’ai quelques amis non-homosexuels qui sont stewards et qui m’ont assuré qu’il y avait parmi leurs collègues hommes une grande proportion de garçons homosexuels. Et en 2005, alors que je partais en avion avec Air France avec un groupe d’amis homos, j’ai eu le culot de demander aux hôtesses de notre vol intérieur s’il y avait beaucoup de mecs homos parmi les stewards : amusées, elles nous avaient quand même répondu en confidence, qu’au moins un tiers du personnel de la compagnie « en était »…
 

Yves Lecoq

Yves Lecoq


 

À l’émission radiophonique Homo Micro de RFPP le 12 février 2007, quand l’animateur Brahim Naït-Balk interrogeait l’écrivain « Ron l’Infirmier » pour savoir s’il y avait beaucoup de jolis garçons (sous-entendu « de garçons homos ») dans le milieu infirmier, ce dernier lui avait répondu : « Alors infirmier pour les garçons, c’est comme steward, ou coiffeur. Voilà… C’est 90% des infirmiers hommes… […] Mais j’pouvais pas être infirmière, alors, voilà… » Par ailleurs, Michel Govignon, candidat gay dans le jeu Une Famille en Or, diffusé le 30 novembre 2021 sur TF1, est steward.
 
 

c) Mariposa :

Film "Hedwig And The Angry Inch" de John Cameron Mitchell

Film « Hedwig And The Angry Inch » de John Cameron Mitchell


 

Dans le même ordre d’idée, il est incroyable de voir la place prédominante qu’occupe le motif du papillon dans les discours (et parfois la vie) des personnes homosexuelles : « Un papillon s’arrête en plein vol juste à l’instant où nous lisons ces lignes. » (Copi, Un Livre blanc (2002), p. 97)
 

Par exemple, dans l’autobiographie Folies-fantômes (1997) d’Alfredo Arias, le papillon est un indice clair d’homosexualité : « Elle [Cecilia] contempla sans se lasser la peinture de son fils. Une Mae West pointait entre les feuillages tropicaux, où abondaient fleurs, papillons. À ses pieds, une panthère noire. » (p. 229) ; « Par la porte du studio, entra Pepe, chargé de l’armoire d’Ernestito, don la décoration, de papillons et de chats, ravit aussitôt Nelly. » (p. 278) D’ailleurs, Ernestito, homosexuel, est collectionneur de papillons, et leur ressemble : « Ernestito ressemblait à un papillon, avec sa chemise à manches amples et son pantalon pattes d’éléphant. » (p. 238)
 

B.D. Kang de Copi

B.D. Kang de Copi


 

Dans ses écrits du milieu des années 1870, Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895) insiste sur le « », de l’homosexualité parmi les animaux, particulièrement chez les coléoptères. Je vous renvoie au documentaire « Mariposas En El Andamio » (1996) de Margaret Gilpin et Luis Felipe Bernaza, à la Compagnie théâtrale des Hommes-Papillons créée par les frères Christophe et Stéphane Botti, à la photo Cycliste (1976-1986) d’Andy Warhol (avec un discret papillon), au dessin de Jean Cocteau représentant un marin-papillon dans son livre Maison de santé (1926), à tous les déguisements de papillon choisis par des militants homosexuels défilant aux Marches des Fiertés. Par exemple, sur la couverture de l’affiche du Premier Festival de Gay Pride à San Francisco (États-Unis), le 25 juin 1972, est exposé un grand papillon. Il est intéressant de relever que le terme espagnol « mariposa » (signifiant « papillon » en Espagne et en Amérique latine) désigne communément les personnes homosexuelles. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si on le lit dans l’annuaire de Guy, le psychopathe homosexuel du film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock. Il existe d’ailleurs une association gay Mariposa à San Francisco. L’identification homosexuelle au papillon indique surtout une fragilité et un sentiment de violence. Par exemple, Nicolaus Sombart rencontre Carl Schmitt (beaucoup plus âgé que lui) qui tombe sous son charme : « Comme un papillon, je volai, irrésistiblement attiré dans la toile qu’il avait tissée. » (Nicolaus Sombart, cité dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 272)
 

Film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock


 
B.D. Femme assise de Copi

B.D. Femme assise de Copi


 
 

d) Faux rêveurs :

Certaines personnes homosexuelles sont même attirées par les univers artistiques, les pays fantastiques, les extra-terrestres (qu’elles nommeront « androgynes » ou « pseudonymes internet »), le surréalisme : cf. je vous renvoie au documentaire « Robinson dans l’Espace » (1997) de Patrick Keiller, à l’essai Essays In Feminism And Science-Fiction (1995) de Joanna Russ. « Copi fait exploser un surréalisme tendance argentine. » (cf. l’article « Dessinateur, écrivain, acteur : Copi, l’enfant pornographe » de Gilles Costaz, dans le journal Le Matin de Paris, publié le 15 décembre 1987) Par exemple, le dramaturge français Alfred Jarry s’inventa un monde parallèle, un « univers supplémentaire à celui-ci » que la pataphysique, matière scientifique qu’il a lui-même inventée, se propose d’étudier.
 

Elles semblent s’intéresser de près aux rêves, à l’ésotérisme, et vivre dans une planète onirique : cf. le documentaire « La Domination masculine » (2009) de Patric Jean (avec la référence au motif de la femme « spectatrice, rêveuse »). L’écrivain René Crével, par exemple, pratiquait l’hypnothérapie et l’interprétation des rêves. Quand on demande à la photographe lesbienne Claude Cahun quels ont été les moments les plus heureux de sa vie, elle répond : « Le rêve. Imaginer que je suis autre. Me jouer mon rôle préféré. » (cf. l’exposition « Claude Cahun » au Jeu de Paume du Jardin des Tuileries, Paris, juin 2011) Le chanteur britannique Boy George dit qu’il adorait le groupe ABBA quand il avait 15 ans : « Ils étaient tellement irréels. » (Boy George cité dans la revue Têtu, n°1, juillet 1995) Pour ma part, j’avoue que pendant toute mon enfance et adolescence, j’étais un petit garçon particulièrement rêveur, qui aimait le refuge des paradis virtuels, musicaux et télévisuels.
 

Dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, le « romantisme exagéré ou déplacé » et la « rêverie permanente » (p. 378) sont montrés comme des signes d’homosexualité. « Il y a quelque chose d’abstrait dans l’homosexualité. » (Franco Brusati interviewé par Claude Beylie, dans la revue L’Avant-Scène Cinéma, n°277, 1er décembre 1981)
 

« Soyons à l’image de nos rêves ! » (cf. l’acteur transsexuel M to F Pascale Ourbih, sur l’éditorial de la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, les 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris) ; « Les rêves dont on n’ose rêver deviennent réalité. » (la voix-off du documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel) ; « J’ai montré aux Hommes la vérité des rêves. » (le comédien de la pièce de Barbara, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; « J’étais solitaire et ne désirais aucune autre compagnie que celle des livres, des films et de mon imagination. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 34) ; « Moi. Petit. Adolescent des années 80. […] Je n’ai qu’une seule idée en tête. Une obsession. Une actrice égyptienne ; mythique, belle, plus belle que belle. Souad Hosni. Une réalité. Ma réalité. Je suis pressé d’aller dans mon autre vie, imaginaire, vraie, entrer en communion avec elle, chercher en elle mon âme inconnue. » (Abdellah Taïa dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 10) ; « J’ai vu. Le rêve était plus fort que la vie réelle. » (Abdellah au cinéma, idem, p. 32) ; « Je ne voulais pas qu’on voie que je venais à peine d’être une nouvelle fois rejeté. Que je m’étais trompé. Je ne voulais pas me donner en spectacle. J’avais envie d’errer, de respirer la nuit seul, de traverser cette ville où, depuis que j’avais quitté le Maroc poursuivant des rêves cinématographiques, je me redécouvrais heureux et triste, debout et à terre. » (idem, p. 45) ; « Le jeune Carné perçoit la réalité comme une mise en scène, construite et dirigée par lui seul. » (Edward Baron Turk, Marcel Carné et l’âge d’or du cinéma français 1929-1945, 2002) ; etc.
 

Cette rêverie ressemble parfois à la schizophrénie, à la captation idolâtre, léthargique, et parfois béate, du zombie. « Je me suis senti proche de Joyce, il m’a beaucoup impressionné par cet air qu’il avait d’être à part. » (Julien Green en parlant de James Joyce, cité dans l’article « Julien Green, l’histoire d’un Sudiste » de Philippe Vannini, dans le Magazine littéraire, n°266, juin 1989, p. 102) Par exemple, quand je regarde des individus tels que Renaud Camus, Virginia Woolf, Nina Bouraoui, Brahim Naït-Balk ou Guillaume Dustan, j’ai l’impression de voir des êtres humains hypnotisés, endormis, avec une expression de visage fixement hallucinée : ils ont l’air à côté d’eux-mêmes.
 

Plus que ça. Les cauchemars – ou « mauvais rêves » – sont des symptômes spirituels de possession ou de vexations démoniaques. Beaucoup de stars homos ont des sommeils agités et le disent : Bilal Hassani, Angèle (c.f. sa chanson « Les Mauvais Rêves »), etc.
 
 

e) Lévitation amoureuse, avec des cœurs dans les yeux :

Chez certaines personnes homosexuelles, le côté planant et grisant proviendrait non seulement du caractère, mais aussi de ce qu’elles s’efforcent d’appeler « amour » (cf. je vous renvoie au code « Amoureux » et à la partie « films cuculs » du code « Milieu homosexuel paradisiaque » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).
 

En réalité, la rêverie amoureuse aérienne en question mériterait de s’appeler « fantasme », « passion » et « pulsion », plutôt que « désir » et « amour » (libres et durables) : « Je suis constamment dans le fantasme. C’est un mode d’existence. » (Beatriz Preciado dans le documentaire « Se dire, se défaire » (2004) de Kantuta Quirós et Violeta Salvatierra) ; « Les paroles de ces hommes qui exprimaient la même sensibilité que la mienne m’aidaient à mieux rêver du grand amour, alors que la réalité sexuelle m’avait tellement déçu. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 45-46) ; « J’ai rêvé un instant (puisque tout le monde rêvait, pourquoi aurais-je dû être la seule à coller à des réalités triviales ?) à 8 jours de vacances, en ce lieu, avec Catherine. Je l’ai entrevue, devant son chevalet de peintre, sous le soleil méridional, dans l’odeur du thym, de la menthe et du romarin. Là ou ailleurs, arriverais-je un jour à vivre une semaine entière auprès d’elle ? » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 164) ; « Il s’immobilisa, interloqué devant cette nudité inattendue. ‘C’est un rêve. C’est un ange descendu sur terre’, soupira le vieux couturier. » (Jacques face à Pedro son jeune modèle de 16 ans, dans l’autobiographie Folies-fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 261) ; « Mes frissons se cantonnent à la lecture de catalogues de vente par correspondance. Je contemple rêveusement les pages où les mannequins posent en sous-vêtements, admirant leurs torses et fixant leurs slips d’un regard interrogateur. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 20) ; « Pedro était mon copain de pupitre. […] Pendant que le reste de la classe s’affairait sans doute à parfaire leur musculature naissante au football, moi, je n’avais en tête que cette heureuse union de nos esprits prétendument cultivés, ces univers fantastiques fictionnels. » (cf. l’article « Entre El Papel Y La Pluma » de Xosé Manuel Buxán, dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 175) ; etc.
 

Jacques – « Tu peux t’imaginer la surprise que j’ai eue en te découvrant dans l’autobus. On a voyagé au moins une demi-heure collés l’un à l’autre.

Pedro – Je ne m’en suis pas rendu compte. Souvent, dans l’autobus, je ferme les yeux et je rêve.

Jacques – Tu devais rêver à une sirène, parce que, si tu me pardonnes, j’ai senti ton sexe coller à mon dos. La nature t’a bien doté. »
 
(Alfredo Arias, Folies-fantômes (1997), p. 262)

 

Manquant visiblement de consistance et d’ancrage dans le Réel, le couple homosexuel se désigne quelquefois lui-même comme aérien, en finissant par esquisser visiblement un doute désagréable sur ce qu’il est en train de vivre. Et le vol plané idyllique, une fois confronté aux faits et à l’expérience, vire tout doucement au cauchemar. « J’attendais. Mieux que ça, je rêvais. Un rêve comme celui du Bon Dieu qui couche avec Satan. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 72) Le récit de l’atterrissage forcé et violent, de la confusion entre théâtre et Réalité, se trouve expliqué dans le code « Chevauchement de la fiction sur la Réalité » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 
 

Code n°146 – « Plus que naturel » (sous-code : Extra-terrestre)

Plus que naturel

« Plus que naturel »

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

J’vois pas où est le problème. C’est la nature ! C’est pas un choix !

 

Le désir homosexuel : naturel ou contre-nature ? inné ou acquis ? normal ou anormal ? bon ou mauvais ? Aucun des huit ! Juste « ni le meilleur ni le plus vrai ». Juste sur-naturel (en intentions) ET anti-naturel (dans les actes).

Vidéo-clip de la chanson « You Make Me Feel (Mighty Real)! » de Sylvester (important pour comprendre ce code)

 
 

Le naturel trafiqué et intentionnel

 

Depuis un certain temps déjà, les opposants au « couple » homosexuel disent que ce type d’amour est mauvais parce qu’il serait « contre-nature » ? Mais de quelle nature parlent-ils ? De la grande (humanisante, incarnée mais aussi divinement humaine) ou de la petite (les ressentis corporels, les sens, certains comportements animaliers) ? S’il s’agit de la petite nature humaine, ou même de la Nature en tant qu’environnement biophysique, on peut dire que le désir homosexuel semble naturel puisqu’en général il s’impose assez tôt et de manière évidente à la personne qui le ressent, qu’il n’est a priori pas un choix, qu’il peut être senti très tôt par un assez grand nombre d’individus humains (les adolescents en priorité), et que l’acte homosexuel est pratiqué par bien des espèces animales (même si, dans le cas des animaux, plus qu’un désir, il s’agit d’un instinct, d’une pulsion non libre). Cependant, c’est d’une part quand on reconnaît la spécificité et la grandeur des Hommes par rapport au reste des autres animaux, et d’autre part qu’on voit d’où est né le désir homosexuel (c’est-à-dire des images déréalisées, du copiage des hommes-objets et des femmes-objets) et vers quels artifices et attaques du corps il conduit, qu’on constate que l’homosexualité est à la fois négativement naturelle – la Nature non domptée par l’Homme est un désordre, le règne de la pulsion – et contre-naturelle dans le sens où elle a tendance à s’inspirer de la grande Nature (l’Amour) pour La détourner à des fins artistico-scientifico-amoureuses réifiantes. C’est pourquoi j’ai pour habitude de dire que, même si au final le désir homosexuel, l’amour homosexuel, et les actes homosexuels sont plus anti-naturels que naturels, ils sont en intentions surnaturels, « plus que naturels ». Ils sont en partie naturalisés par la sincérité. D’ailleurs, en écoutant les personnes homosexuelles elles-mêmes définir leur identité homo ou leur(s) amour(s), on entend qu’elles emploient souvent les périphrases superlatives « très naturel » ou « plus que naturel ». Cette naturalisation incomplète du désir homosexuel par le sentiment, l’art, certaines lois juridiques, la science (je dis incomplète car le désir homosexuel, tout profondément ancré qu’il soit, ne définit pas une personne dans son entier ; et un duo homosexuel reconnu par certaines législations comme une famille n’en devient pas pour autant procréatif ; et une personne qui se fait opérer pour changer de sexe ne gomme pas complètement sa sexuation ; et beaucoup de « couples » homosexuels qui disent s’aimer « pour de vrai », naturellement et librement, ne s’aiment pas complètement. On pourrait multiplier à foison les exemples) fait que je ne trouve les actes homosexuels ni naturels, ni totalement contre-nature, ni normaux, ni anormaux, ni banals. Ils tendent vers la violence parce qu’ils s’éloignent de la Nature et de la Réalité, non de Les fuir sciemment, mais de Les fuir en Les sacralisant. Le désir homosexuel rêve de s’accaparer la Nature pour Lui dérober sa place, pour devenir Elle. Même si, au final, les actes homosexuels attaquent concrètement la Nature, on constate le paradoxe suivant : les personnes homosexuelles sont en général folles de Nature. Et c’est cette folie qui devient anti-naturelle : adorer à l’excès, ce n’est pas aimer.

 

Dans son article « Les Structures de péché », dans l’ouvrage collectif Les Attaques du démon contre l’Église (2009), le Père Samuel est très clair : même s’il décrit les actes peccamineux comme destructeurs de la Nature dans les faits, il leur reconnaît quand même leurs intentions écolos et pro-Nature : « Au lieu de devenir comme des dieux par la grâce, c’est vouloir être comme des dieux à partir d’une exaltation de la Nature. » (p.70) C’est parce que les personnes homosexuelles idolâtrent la Nature – parce qu’elles en ont peur et en sont jalouse – que bien souvent elles posent des actes contre-Nature.

 

Quand je parle de violence ou de viol de la Nature par l’homosexualité, je me base sur ce que les personnes homosexuelles disent elles-mêmes. Pour que leur désir homosexuel devienne Réalité et acquiert la force d’amour ou d’identité qu’il n’a pas pleinement, beaucoup d’entre elles pensent qu’il leur faut forcer la Nature pour en « extraire ce toujours-plus de réalité », comme l’écrivent Deleuze et Guattari dans leur Anti-Œdipe (1973), la violenter un peu. Christophe Honoré, dans son Livre pour enfants (2005), parle même de « profaner le réel ».

 

Film "Aime et fais ce que tu veux" de Malgorzata Szumowska

Film « Aime et fais ce que tu veux » de Malgorzata Szumowska


 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Amoureux », « Bobo », « Médecines parallèles », « Planeur », « Maquillage », « Animaux empaillés », « Jardins synthétiques », « « Je suis différent ! » », « Ennemi de la Nature », « Magicien », « Substitut d’identité », « Homosexualité, vérité télévisuelle ? », à la partie « Désir homosexuel considéré comme un dieu » du code « Désir désordonné », à la partie « Accident » du code « Passion pour les catastrophes », à la partie « Futurisme » du code « Fresques historiques », et à la partie « Paradoxe du libertin » du code « Liaisons dangereuses », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Je suis surnaturel et mon désir homosexuel est tout-puissant, plus que naturel :

 

Vidéo-clip de la chanson "Si j'avais au moins" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Si j’avais au moins » de Mylène Farmer


 

Il est très souvent fait référence au naturel et au « plus que naturel » dans les créations homo-érotiques : cf. le film « Lo Más Natural » (1990) de Josefina Molina, le roman Des gens (extra) ordinaires (1983) de Joanna Russ, le film « A Very Natural Thing » (« Une chose très naturelle », 1974) de Christopher Larkin, la chanson « You Make Me Feel Mighty Real » de Sylvester (reprise par Jimmy Somerville des Bronski Beat), la chanson « S.U.R.N.A.T.U.R.E.L. » de Peter Kitsch, le film « Twee Vrouwen » (« Deux fois femme », 1985) de George Sluizer, le film « Une vie normale » (1996) d’Angela Pope, le film « Normal Love » (1963) de Jack Smith, le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre (avec la reconstitution pseudo « champêtre » de l’Auvergne pour la Fête de la Batteuse), le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus (avec le chapitre intitulé « Seconde nature »), le film « The Natural History Of Parking Lots » (1990) d’Everett Lewis, le film « The Normal Heart » (2013) de Ryan Murphy (avec Brad Pitt), le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant (où on entend la chanson de Sylvester), etc.

 

On assiste régulièrement à une personnification mélancolico-esthétisante de la Nature. Le héros homo/bobo se met à faire parler les choses, les éléments naturels, les objets, comme les mamies qui s’expriment à la place de leurs plantes vertes ou de leurs chiens : « Autour de vous, le bourg défile à toute vitesse. Tu fixes les tours de brique et de silex du château de Dieppe. On dirait qu’elles te disent au revoir. » (Félix, le héros homo du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 23) ; « Autour de toi, la nature prend des notes. » (idem, p. 100) La Nature est envisagée comme un miroir narcissique embellissant vers lequel il est possible de s’abandonner, comme un amant gémellaire qui comprend tout (extase panthéiste bobo…) : « Je vais comme les gens de rien vers le destin. […] une brindille dans le vent, une goutte d’eau dans l’océan. » (cf. la chanson « Boulevard des Rêves » de Stéphane Corbin) Le héros homosexuel se confond même avec Elle (ou plutôt avec l’image qu’il s’En fait) ; « Moi, mon rêve, ce serait un mec proche de la Nature. » (François, le héros homo du one-man-show Hétéro-kit (2011) de Yann Mercanton). Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, Virginia Woolf écrit en 1929 une autobiographie, Orlando, où elle dit que les deux choses essentielles bien supérieures à l’Amour sont « les chiens et la Nature ».

 

Le héros homosexuel a tendance à confondre « sa » nature propre – qui peut très souvent se réduire à un ressenti d’auto-persuasion, être le fruit de ses fantasmes – avec « la » Nature, objective et mystérieuse, en particulier dès qu’il s’agit de son désir homosexuel : « Lutter contre ma nature, c’est ça qui serait contre-nature. » (un des protagonistes homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « À chacun sa nature. » (cf. la chanson « Je suis gay » de Samy Messaoud) ; « On y est pour rien Bryan, on est nés comme ça, on n’a pas choisi. » (Kévin s’adressant à son amant Bryan, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 323). Un jugement moral est généralement apposé à la naturalisation et à l’essentialisation arbitraire de l’homosexualité : « Je t’aime. Tu es plus normal que n’importe quel salaud assis autour de cette table. » (la mère de Ben à son fils homo, dans le film « The Family Stone », « Esprit de famille » (2005), de Thomas Bezucha) ; « Je suis aussi réel que vous. » (Danny s’adressant à Zach dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « Des mecs qui se font des pipes, qui s’enfilent, qui partouzent. C’est pas choquant, c’est la nature. » (Francis, le héros homosexuel du film « Le Fils préféré » (1993) de Nicole Garcia) Dans le film « Jagdszenen Aus Niederbayern » (« Scènes de chasse en Bavière », 1968) de Peter Fleischmann, quand Rovo, l’un des deux héros homos, demande à sa mère ce que c’est qu’une « pédale », elle lui répond : « C’est les premières tomates. »

 

Le désir homosexuel est posé par comme une évidence chimique ET surnaturelle. Avec l’idée que l’amour aurait réuni deux âmes jumelles sans que celles-ci n’y puissent rien : cf. le film « Elena » (2010) de Nicole Conn, le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, la chanson « Les Fleurs de l’interdit » d’Étienne Daho, etc. Dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), en jouant avec l’homophobie avec les homosapiens, Fabien, le héros homosexuel, dit que les homos sont plus originels au genre humain que les hétéros : « Vous avez déjà entendu parler des hétérosapiens ? Non. Nous sommes donc à l’origine de l’Humanité, nous les homosapiens. »

 

Certains héros homos se prennent pour les héritiers naturels d’une puissance/espèce surnaturelle. « Le paysan du Cantal rencontre même des extra-terrestres : ‘Oh ! un Noir ?!’ ; ‘Oh ! un Arabe ?!’ ; ‘Aaaah !!!, un pédé ?!?’ J’avais l’impression, moi aussi, d’être un extra-terrestre. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) Par exemple, on entend dans leur discours la croyance en un « sixième sens » homosexuel. « Tu viens d’ailleurs, c’est évident ! » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 212) ; « Est-ce que tout le monde est gay ? Est-ce que je suis dans la Quatrième Dimension ??? » (Emily, la femme bafouée, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; etc.

 

Ce n’est pas un hasard si la thématique des extra-terrestres est couramment traitée dans les fictions homo-érotiques (parfois même, il arrive qu’ils soient identifiés explicitement comme homosexuels) : cf. la pièce Le Gang des Potiches (dans laquelle Nina, l’héroïne lesbienne, est comparée à E.T. l’extra-terrestre), le film « Œdipe N + 1 » (2001) d’Éric Rognard, le film « Bug » (2002) d’Arnault Labaronne, le film « Hey, Happy ! » (2001) de Noam Gonick, le film « Le Cas d’O » (2003) d’Olivier Ciappa, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « I Married A Monster From Outer Space » (1958) de Gene Fowler Jr (avec l’extra-terrestre gay), le film « Choujue Dengchang » (2001) de Cui Zi’en, le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec la Reine des Rats qui possède des pouvoirs surnaturels), le film « ¿Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? » (« Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », 1984) de Pedro Almodóvar (avec la gamine qui commande aux ascenseurs et qui crée des catastrophes à distance), la chanson « Extraterrestre » de Philippe Katherine et Arielle Dombasle, le film « Les deux martiennes » (2006) d’Yvette Neliaz, la B.D. Pressions & Impressions (2007) de Didier Eberlé (Martial, le héros homophobe, compare les homos à des extra-terrestres), la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi (racontant une aventure intergalactique), le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, etc. « À moins d’être enlevée par des extra-terrestres, je me demande ce que je viens faire dans ce trou ! » (Carole, l’héroïne lesbienne perdue en campagne, dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini) Par exemple, dans le film « Codependent Lesbian Space Alien Seeks Same » (« Extraterrestre lesbienne codépendante cherche de même », 2011) de Madeleine Olnek, nous suivons les aventures, les mésaventures et les expériences de trois femmes extraterrestres venues de la planète Zots, envoyées en mission sur Terre pour se débarrasser des émotions romantiques qui sont considérées comme toxiques sur leur planète). Dans la pièce Soixante Degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi, le héros homosexuel, écoute sa radio portative et un flash-infos parlant furtivement des extra-terrestres. Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, Mémé Huguette a tout de l’androgyne immatériel asexué/sursexué : elle se décrit d’ailleurs comme une « sorcière », une « extra-terrestre » (« E.T. »), capable de passer d’un corps à l’autre (« N’oubliez jamais ça : En chacun de nous sommeille une mémé comme moi. ») : « Je suis bisexuelle. Bisexuée. Je porte les deux sexes. J’ai été envoyée par des extra-terrestres. » Dans le film « Le Cinquième Élement » (1997) de Luc Besson, le personnage de Leeloo représente bien l’extra-terrestre mutique, fantasque et efféminé, suggérant l’homosexualité. Dans certains films (comme « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, ou encore le film « L’Homme qui venait d’ailleurs » (1976) de Nicolas Roeg, le vidéo-clip de la chanson « Thriller » de Michael Jackson, etc.), le héros homosexuel se retrouve dans le lit d’un amant extra-terrestre qui lui veut du mal : « C’est génial. J’ai encore jamais fait l’amour avec un martien ! » (le client du bar, Vincent, s’adressant à Steeve, son futur assassin, dans le film « Cruising », « La Chasse » (1980) de William Friedkin). Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Rupert, le jeune héros homo de 10 ans, est maltraité à l’école. Ses camarades (notamment Cédric) lui disent qu’il vient de la « planète gay ». Dans l’épisode 3 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, l’Inquisiteur extraterrestre de la B.D. de Lily fait son coming out : « ‘Je suis gay !’ dit l’Inquisiteur. »

 

Le héros homosexuel a tendance à proclamer fièrement son originalité, son identité homosexuelle « plus que normale ». Ce « Je suis plus que normal » répond en réalité à un « Je suis anormal » qui l’a précédé : « Je suis différente de toi, de toutes les autres filles. J’suis pas normal. » (Tania l’héroïne lesbienne de la pièce Ma double vie (2009) de Stéphane Mitchell) ; « Tout le monde sait que je ne suis pas normal ! » (« L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Adolphe Blanc était l’anormal le plus normal de tous les hommes. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 458) ; « Et si ce qu’il faut, c’est que tu sois originale, je m’arrangerai pour que tu puisses l’être. » (Amy qui veut bien jouer à la lesbienne avec sa meilleure amie Karma pour lui faire plaisir et lui faire gagner de la popularité dans leur lycée, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; etc. Par exemple, dans le film « Freeheld » (« Free Love », 2015) de Peter Sollett, le militant homosexuel Steven Goldstein prononce avec provocation son prénom en soulignant « avec un V majuscule comme Very Gay !« . Le trop-plein d’assurance cache en général chez le protagoniste homosensible un trop-peu de confiance en soi.

 

Dans les fictions, la surcharge de nature conférée au désir homosexuel le désigne bizarrement comme un élan artificiel. D’ailleurs, excès et homosexualité sont souvent mariés dans les superlatifs : « C’est encore moi. C’est encore plus moi. » (le héros homosexuel en parlant de son coming out, dans le film « Komma Ut », « Coming Out » (2011) de Jerry Carlsson) ; « C’était tellement naturel ! » (Florence en parlant de sa première relation sexuelle lesbienne, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Ça me semblait contre-nature. Mais au fond, ça ne l’était pas du tout. » (Leopold, le héros homosexuel racontant sa première expérience homo, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Michael […] Ce garçon superhomosexuel est tombé dans le piège des femmes. » (la voix narrative du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 142) ; « Avec un mec, c’est chaque fois la première fois… Encore plus. » (Franck, le héros homosexuel de la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely) ; « C’était un amour plus pur que ce que j’avais vécu avant. » (Jules, le héros homosexuel parlant de sa relation avec Quentin, qui succède à ses aventures hétérosexuelles, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Le futur sera bien plus que parfait. » (cf. la chanson « Réévolution » d’Étienne Daho) ; « Je ne crois pas à l’union permanente entre un homme et une femme. […] Déboulonnons cet idéal d’amour et de mariage. Voyons plus grand. Je crois en une relation supplémentaire, parfaite, entre un homme et une femme. Supplémentaire au mariage. » (Alan Bates dans le film « Love » (1969) de Ken Russell) ; « Au-delà du sexe et des lois, je t’aime. […] Au-delà de ce qu’on nomme Nature, je t’aime. » (Lord Enrique dans le roman Contradanza (1977) de Francisco Ors, cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 283)

 
 

b) Une seconde nature, travaillée par l’art, la science, le sentiment, la spiritualité :

Élie Kakou en attachée de presse

Élie Kakou en attachée de presse


 

Dans le discours de beaucoup de créateurs homosexuels, plus une chose ou une personne devient artificielle, plus on lui décerne la Palme du Plus que Naturel : « Sa beauté indiscutable se passait de l’intelligence. L’élégance avec laquelle elle portait un corsage entièrement brodé de diamants sous une hermine et une toque en plumes d’oiseau de paradis pour monter les escaliers de l’Opéra, la faisait paraître d’un naturel parfait chez les figurants de la jet society. » (la description de Maria-José, le personnage transsexuel M to F de la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 32) ; « Chez moi, tout est naturel. » (un homme passé par le billot et le bistouri des chirurgiens esthétiques, dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral) ; « Moi c’est naturel. » (l’attachée de presse en parlant de sa teinture de cheveux, dans le spectacle comique Élie Kakou au Point Virgule (1992) d’Élie Kakou) ; « Le Hairspray, c’est moi ! » (Corny Collins, le présentateur efféminé vantant les mérites de la marque de brumisateurs et de laque pour les cheveux, dans la comédie musicale Hairspray (2011) de John Waters) ; « Merci la régie, je remercie mon metteur en scène et mon chirurgien esthétique… Ah ben non, vous ne pensez pas qu’on est aussi superbe au naturel quand même… » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2010) de Jérémy Patinier) ; « Jessica, je crois qu’elle est un petit peu trop féminine à mon goût. » (Jean-Louis par rapport à son meilleur ami trans M to F Jessica, dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage) ; etc. Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, la plage virtuelle qu’est « Paris Plage » est présentée comme LE lieu gay par excellence. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le docteur Blaise Poppyx, homosexuel, va implanter des faux pectoraux et des poils sur le fiancé de Gatal. Plus tard, le Père 1 apprend au fiancé de son fils à concevoir par clonage une souris pour faire ensuite de même avec un humain.

 

Dans le one-man-show Gérard, comme le prénom (2011) de Laurent Gérard, le héros homosexuel évoque ses multiples séances d’UV (« Évidemment, ça fait bronzage naturel. »), le bleaching de ses dents, ses visites précoces chez les relookeurs (« À 18 ans, j’allais me faire des soins en institut de beauté. »), son addiction à la salle de muscu, le fait qu’il se fasse blondir, l’artillerie de ses crèmes de nuit, etc. Tout cela vise à prouver son homosexualité latente refoulée.

 

Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, la Nature est mise en avant, et dès le départ. Et paradoxalement, c’est le voyage de Delphine, l’héroïne campagnarde, à Paris pour vivre son homosexualité au grand jour, qui fait dire à Antoine, un compagnon d’enfance et de terroir de Delphine : « T’as changé. Tu fais plus femme. »
 

Dans le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar, Agrado, le personnage transsexuel M to F, au moment de se présenter à un public venu voir une pièce de théâtre annulée, se montre sous toutes ses coutures, passant en revue les multiples parties de son corps qui ont été modifiées à prix d’or par la chirurgie esthétique : « En plus d’être agréable, je suis TRÈS authentique. » Il conclut ironiquement/désespérément son exposé sur les avantages indéniables de la nature intentionnelle, par une phrase très Walt Disney « L’important, c’est de croire fort en ses rêves, et ils se réaliseront » : « Une personne est d’autant plus authentique qu’elle ressemble à ce qu’elle a toujours rêvé d’être intensément. »

 

Surtout chez les personnages travestis ou transsexuels, on passe, par rapport à l’objet de désir (= la femme-objet ; ou l’homme-objet), de la comparaison, à l’identification, pour finir par un dépassement-substitution (de la différence des sexes par exemple, de la réalité de la sexuation, de l’amour) : « Je suis comme une femme. Je suis une femme. Je suis mieux qu’une femme. » (Frédéric Longbois, le travesti M to F du film « La Chatte à deux têtes » (2002) de Jacques Nolot) ; « Je suis plus fille que tu ne peux l’imaginer ! » (Dadou, l’héroïne lesbienne de la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy) ; « Soyez plus que vous n’étiez. Vous n’en serez que plus homme. » (Lady Macbeth s’adressant à son mari, dans la pièce Macbeth (1623) de William Shakespeare) ; « Ahhh… la femme… elle ne sait pas ce que c’est que d’être La Femme ! » (Michael, un des personnages homosexuels du one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte) ; « Chéri, je suis plus homme que tu ne l’as jamais été et plus femme que celles que tu auras jamais. » (Antonio Fargas dans le film « Car Wash » (1976) de Michael Schultz) Un surpassement – enthousiasmant en théorie mais peu réaliste et humble – du genre humain est imposé : « Il ne sera pas un homme ! Il ne sera fille ni garçon ! Je le sais, il est la somme de toutes les additions ! » (Lou parlant de son bébé arrivant au monde, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; etc.

 

Film "Huit femmes" de François Ozon

Film « Huit femmes » de François Ozon


 

On nous donne à croire que par l’art, le maquillage, le sentiment, ou la science, la Nature va être dépassée, sublimée, « plus Elle-même qu’Elle-même » : « Nous ne subissons pas la Nature. Nous l’avons transcendée. » (Julien, le héros homosexuel de la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener) ; « Il n’y a pas à dire, Jioseppe [le sculpteur] a vraiment un don, qui lui permet d’aller au-delà même de la représentation vraie, pour toucher l’idéal. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 10) ; « Il ne se considère pas comme un simple imitateur de nature. » (idem, p. 11) ; « C’est à ce moment de l’histoire de l’humanité [l’époque de Dibutades, la Grèce Antique] que nous sommes passés d’un art purement imitateur de la nature à l’art tel que vous l’avez connu depuis, celui qui transcende cette même nature. » (idem, p. 368) Par exemple, dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat, Catherine, l’héroïne lesbienne, travaille sur des matières déformables.

 

Selon certains « créateurs du Réel » homosexuels, l’art permettrait l’émergence du « plus que naturel », c’est-à-dire qu’il produirait une solution chimique qui mêlerait d’une manière indiscernable et « puissante » le complètement faux et le totalement vrai (comme l’illustre ce dialogue de l’Acte 1 de la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier) :

 

Personnage 1 – « Tout est faux, mon costume, mes cheveux (montre sa perruque), mon accent, ma voix, tout est travaillé, ce n’est pas vrai…

Personnage 2 – Si.

Personnage 1 – Ah bon ?

Personnage 2 – C’est vrai, tout est vrai, parce que la fiction c’est une forme de vérité. »

 
 

Sur le terrain des sentiments, on assiste au même procédé : sont mises en avant les sincérités émotionnelles des amants homosexuels fictionnels, sont scénarisées leurs résistances à la faisabilité de leur « couple » (des exigences d’amour que l’on voit rarement dans la réalité concrète entre personnes homosexuelles réelles), pour prouver une authenticité d’amour, pour montrer que les personnes homosexuelles ne sont pas des « filles faciles », que l’amour homo est plus fort que toutes les adversités, que les sentiments commandent au Réel : « Excuse-moi. J’peux pas te donner c’que tu veux. Pas ici… pas comme ça… » (Benjamin refusant d’embrasser et de coucher avec Vincent le premier soir, dans le téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve) ; « J’veux pas. Pas ici. Pas comme ça. » (Cédric se dérobant à Laurent dans le film « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure)

 
 

c) Un dépassement transcendant/violent de la Nature (au nom du naturel pourtant !) est effectué :

Certains personnages homosexuels construisent sous nos yeux la nature humaine, comme si celle-ci était faite en papier mâché : « Le vieil ami Tarzan a tout juste fini de se construire un enfant avec un bon tronc d’arbre, des lianes, un singe et des feuilles en matière plastique collées ensemble une à une. » (Copi, Un Livre blanc (2002), p. 102) Mais le résultat de cette prétention à la création de la Nature est souvent raté, puisqu’évidemment, ils ne sont pas Dieu. Par exemple, dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier, l’histoire d’homoparentalité commence comme par hasard par la teinture de César (Christian Clavier justement) qui est « trop rouge » parce qu’il est sorti précipitamment de chez le coiffeur. Dans le film « Gun Hill Road » (2011) de Rashaad Ernesto Green, Michael se pique aux hormones pour prendre une apparence naturelle de femme… mais sa vie sentimentale et familiale se révèle un désastre.

 

Le héros homosexuel n’est pas réellement au service de la Nature qu’il adore. Il prétend la mettre sous verre pour la fuir ET la posséder totalitairement : « Depuis longtemps, Jason n’était plus capable d’apprécier le spectacle de la nature pour lui-même. En bon dandy féru de décadence, et ayant entretenu son raffinement avec le soin maniaque que l’on prend à s’occuper d’un bonzaï, il était saturé de culture. Un flot de références picturales ou littéraires venait faire écran à toute impression spontanée, et spécifier la teneur même de son émotion. C’est ainsi que la mer, à l’horizon, lui parut avoir revêtu son plus beau bleu Klein. […] La transparence de l’air lui rappela quelque ciel italien de Corot. Quant aux hortensias qui exhibaient avec une joyeuse fierté leurs gros pompons roses, bleus et mauves, ils semblaient sortis du costume d’Arlequin d’une fête galante de Nicolas Lancret. » (Jason, le héros homosexuel du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 31) ; « Dans son obsession du contrôle il avait besoin de prévoir l’imprévisible jusque dans ses moindres détails. » (idem, p. 77)

 

Une prestidigitation de Nature s’opère. Pendant que ses compagnons ont le dos tourné, le héros homosexuel prend le naturel, le trafique à sa façon pour lui enlever toutes les aspérités qui gênent ses propres fantasmes de toute-puissance ; puis la nouvelle Nature est remise sur l’étalage, comme si de rien n’était. Et gare à ceux qui détecteraient la contrefaçon et qui par conséquent identifieraient son orgueil de s’être pris pour Dieu ! En toute logique, le naturel nouvellement proposé s’annonce à coup d’injonctions et d’impératifs… « Liberté des corps, égalité des sexes (c’est moi qui prend la mesure), fraternité et sonorité ! Soyez vous-même, réveillez vos sens ! Ne dites jamais la première chose qui vous vient par la tête, c’est toujours de la fatalité, un réflexe… Soyez naturel, dites la deuxième ! Vous verrez, la deuxième chose qui vous vient à l’esprit, c’est souvent, le corps… » (la « folle » militante dans la pièce La Fesse cachée (2010) de Jérémy Patinier) ; « On n’est jamais trop pédé ! » (Benjamin, homosexuel, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc.

 

Le danger de défendre une nature « plus que naturelle » ou un amour « plus que naturel », c’est bien sûr l’éloignement du Réel. Je prendrai l’exemple de l’amour lesbien entre Stephen et Mary relaté par Marguerite Radclyffe Hall dans son roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) pour essayer de me faire comprendre. On lit chez les protagonistes une obsession pour la Nature : « Elles menaient une vie naturelle, une vie qui leur semblait à elles parfaitement naturelle. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, et sa compagne Mary, p. 393) ; « Elle leur semblait étrange, et pourtant toute naturelle, cette ardente et nouvelle réalisation, qui comportait quelque chose de magnifique et d’insistant, dépassant presque le cycle de leur volonté. Leur amour apparaissait à Mary et à Stephen comme quelque chose d’aussi primitif que la Nature elle-même. » (idem, p. 411) ; « Elles semblaient regarder droit dans les yeux un amour transformé… un amour surnaturel, désincarné. » (p. 422) Plus tard dans le roman, le « couple » lesbien déchante d’avoir défier la vraie Nature : « Dans des relations telles que celles de Mary et de Stephen, la Nature doit payer le prix de ses expériences. » (p. 441) On se rend compte que la recherche de naturel chez Stephen a pour origine un refus d’elle-même et de sa nature sexuée, ainsi que la jalousie : « Stephen détestait Roger Antrim, et cette aversion s’augmentait d’un sentiment d’envie des plus humiliants. Car, en dépit de ses imperfections, elle enviait au jeune Roger ses lourds et forts brodequins, ses cheveux ras et sa veste d’Eton ; elle lui enviait son droit de grimper aux arbres, de jouer au cricket et au football : son droit d’être parfaitement naturel ; elle lui enviait par-dessus tout son admirable conviction qu’être un garçon constituait, dans la vie, un privilège. » (Stephen, idem, p. 63)

 

La « Nature » récupérée/taillée par le personnage homo n’est pas si naturelle, apaisante, et innocente que cela : « Je me demande si on ne déforme pas la réalité pour lui faire dire ce qu’elle n’est pas. » (Tom s’adressant à son amant Bryan par rapport à leur relation, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; « Il a une beauté naturelle peu naturelle. » (Harold par rapport au jeune et beau Tex, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin) ; « C’était la première fois qu’Ednar faisait l’amour ; enfin un ‘câlin.’ Quoi de plus naturel pour un jeune homme de seize ans, si le prétendant n’était pas un copain de son âge rencontré par hasard un soir sur la plage ! Mais voilà, une fois ce premier ‘rapport sexuel’ consommé, il lui procura plus de dégoût que de plaisir. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, Un Fils différent (2011), p. 19) Le détournement de Nature à travers la création d’une hyper-Nature peut même être la source de grands tourments et frustrations… puisque quoi de pire que de courir après un amour immatériel, qui ne s’incarne pas pleinement, et qui ne se laisse pas toucher ?

 

On découvre dans certaines fictions homo-érotiques que l’invocation excessive de la Nature – et dans le même mouvement la sacralisation de la « nature » homosexuelle – cache en réalité une violation de Celle-ci et de l’Homme (cf. le film « Geniune Rape » (1987) d’Hisayasu Sato). « De tout temps, j’ai toujours eu envie d’avouer mon homosexualité, mais je ne trouvais pas d’explications pour dire pourquoi j’étais homosexuel. Je suis homosexuel, cela ne se justifie pas, et c’est très bien ainsi. D’ailleurs, on ne s’excuse pas de ce qu’on est naturellement. » (Ednar, le héros homosexuel ayant subi dans son enfance trois viols pédophiles, dans le roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 116) ; « À cet instant, je compris que ma nature ‘romantique’ me porterait naturellement à toutes les cruautés et que, de toutes celles qui existaient, contrairement à ce que l’on pensait, elle était parmi les plus redoutables, puisqu’en exagérant tout de sentiments elle rendait l’être humain capable de passer du plus grand des attachements à la plus grande indifférence. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 50) ; « Il me semblait maintenant que toute transgression des règles habituelles pouvait rendre en plaisir ce qu’elle avait volé au naturel. » (idem, p. 110) ; etc. Par exemple, dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Géraldine, la bourgeoise « maquillée comme une voiture volée », reproche à sa belle-sœur Vanessa de « se laisser aller question féminité » : « À force d’être naturelle, on en oublie sa féminité. »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Je suis surnaturel et mon désir homosexuel est tout-puissant, plus que naturel :

Il est souvent fait référence au naturel et au « plus que naturel » dans les discours des militants homosexuels : je vous renvoie au documentaire « Enough Man » (2004) de Luke Woodward. Beaucoup de réseaux sociaux LGBT ou de noms associatifs vont dans le sens de l’essentialisation superlative (donc identitaire et amoureuse) du désir homosexuel : cf. le programme Ipergay , les titres-bidon des associations inventées par Xavier Bongibault (« Plus gay sans mariage », « Gays pour la vie »), etc. Si on refait un bon en arrière dans le temps, on peut penser, sous l’Allemagne nazie, au mouvement Wandervogel et « leur proximité authentique avec la nature » (Philippe Simonnot, Le Rose et le Brun (2015), p. 134), le « Naturprozess » dont parle Hans Blüher.

 

Les personnes homosexuelles ont tendance à confondre « leur » nature propre – qui peut très souvent se réduire à un ressenti d’auto-persuasion, être le fruit de leurs fantasmes – avec « la » Nature, objective et mystérieuse, en particulier dès qu’il s’agit de leur désir homosexuel. « Tout individu doit jouir de sa vérité, de sa nature, de sa liberté. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; « J’ai décidé de vivre selon ma nature. » (Édith, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; « En 2005, Christine Bakke fait pour la première fois l’amour avec une femme : ‘C’était sa première fois à elle aussi, ce que j’ai trouvé très beau. Il n’y avait aucune attente, c’état naturel, ça coulait de source.’ » (Christine Bakke, ex-ex-lesbienne, interviewée à Denver, dans le Colorado, fin 2018, dans l’essai Dieu est amour (2019) de Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre, Éd. Flammarion, Paris, p. 84) ; etc. Par exemple, dans le documentaire Les Règles du Vatican (2007) d’Alessandro Avellis, Alfredo Ormando, un homme homo qui s’est immolé par le feu en 1998 sur la place Saint Pierre au Vatican, a rédigé juste avant sa mort un récit testamentaire dans lequel il présente son homosexualité comme un fruit de la Nature. Toujours dans ce même reportage, le père Franco Barbero soutient que l’homosexualité est un « amour normalissime ». Dans l’émission Zone interdite spéciale « Être fille ou garçon, le dilemme des transgenres » diffusée le 12 novembre 2017 sur la chaîne M6, Jackie, homme M to F initialement appelé Jacques, prétend, après son opération chirurgicale, « se sentir plus femme ».

 

Dans le documentaire « Une Vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité » (2002), Hervine, une femme lesbienne de 30 ans, s’adresse de manière gentiment provocatrice à Serge Moati, le réalisateur, en ces termes : « Dans mon enveloppe charnelle, je ne suis certes pas homme, mais qui dit qu’à l’intérieur de moi et dans ma tête, je ne suis pas plus homme que toi ? » Non seulement les personnes homosexuelles font passer la réalité fantasmée pour une réalité positive, mais en plus, elles postulent que cette nouvelle réalité est plus réelle que la Réalité-même. Dans une émission Ça se discute consacrée à l’homosexualité féminine (diffusée en 2004 sur la chaîne France 2), Annie-Paule, une femme lesbienne, narre sa première rencontre génitale lesbienne (on y retrouve cette idée de surréalité) : « Au départ, on a peur. Comment ça va se passer… Et puis finalement, ça se fait tout seul. C’est naturel. C’est même peut-être plus naturel. » C’est leur recherche de l’« extraréel » (formule que j’emprunte à un ami romancier) qui dit que beaucoup de personnes homosexuelles souhaitent quitter la Réalité, paradoxalement au nom de sa recherche. C’est la raison pour laquelle elles présentent souvent la Nature comme une terrible ennemie, tout en ne jurant que par Elle. Tout, selon elles, doit devenir culturel, donc inventé, évolutif, relatif ; et paradoxalement elles considèrent qu’une chose est mauvaise parce qu’elle est culturelle et qu’elle manquerait de Nature.

 

Un certain nombre d’individus homosexuels ont coutume d’annoncer leur désir homosexuel comme un fait établi, qui ne se discute pas, que la Nature leur aurait imposée, au-delà même de leurs propres intentions et des calculs de la pensée. C’est pour cela que ce serait un « plus que désir » : il aurait supplanté tous les autres désirs (la conscience de l’enfant, la mémoire des souvenirs, la perception nette de son homosexualité, l’attraction sexuelle, la connaissance de l’amour adulte, etc.) : « Être gay est ce qu’il y a de plus naturel. » (cf. l’article « Doce Días De Febrero » de José Mantero, dans l’essai collectif Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 190) ; « Bien sûr que c’est naturel. » (Irène, une femme lesbienne de 65 ans jadis mariée avec un homme, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; « Comment une vie bascule à travers une main qui s’aventure… Je suis devenue une vraie femme. » (Thérèse par rapport à sa toute première fois lesbienne, où une ancienne camarade de classe dévergondée l’a dépucelée, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « L’homosexualité, c’est tout à fait naturel, c’est normal. » (Robert, le coiffeur homo de Ménie Grégoire dans le film documentaire Ménie Grégoire : Une Voix sur les ondes (2007) de Marie-Christine Gambart et Sophie Garnier) ; « Ça devrait pas être un monde idéal. Ça devrait être un monde naturel ! » (Marie-Paule Belle rêvant d’un monde où l’homosexualité ne pose pas problème, dans l’émission Dans les yeux d’Olivier, « Les Femmes entre elles », d’Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq, diffusée sur la chaîne France 2, le 12 avril 2011) ; « Depuis que je suis avec Sybille, il y a quelque chose qui a changé pour moi. Je ne sais pas comment dire, il y a quelque chose de naturel. » (Élodie, femme lesbienne de 46 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 61) ; « Ici les femmes sont debout, parfois perdues, bousculées par la vie, mais toujours au cœur des films. Ces lesbiennes existent pour et par elles-mêmes. Elles ne servent pas de faire-valoir à un autre personnage, elles ne questionnent pas leur orientation sexuelle, elles sont femmes, elles sont lesbiennes mais ça ne suffit pas à faire un film, et c’est cet au-delà, ce plus, cet autre chose qui m’a plu. » (Marie Labory, dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 10) ; « C’est la nature qui veut les choses. » (Pierrot, le papy fermier comparant son homosexualité à ses animaux d’élevage pour la justifier, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « C’est inscrit dans mes gènes. » (Thérèse, femme lesbienne de 70 ans, idem) ; « Qui est-ce qui vous a dit qu’il y avait une différence d’âges ? » (Xavier, 67 ans, en « couple » avec Guillaume, 30 ans, dans le documentaire « Cet homme-là (est un mille-feuilles) » (2011) de Patricia Mortagne) ; « Je ne me suis jamais senti contre-nature. Je ne me suis jamais senti si naturellement naturel. » (Luca s’adressant à son copain Gustav, dans le documentaire « Homophobie à l’Italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi) ; etc.

 

Certaines personnes homosexuelles vont jusqu’à dire qu’elles ont un « corps homosexuel », ou bien qu’elles font partie d’une race à part de l’Humanité : « Je n’avais pas choisi, ni le don de la foi, ni mon homosexualité. Mais je pouvais choisir de vivre sereinement, de manière libre et responsable, ma démarche chrétienne dans mon corps d’homosexuel. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 114) Dans leur course à l’essentialisation et à la normalisation de leur désir homosexuel pour se rassurer de ne pas être anormales, il arrive qu’elles se prennent pour les héritières naturelles d’une puissance/espèce surnaturelle. Par exemple, on entend dans leur discours la croyance en un « sixième sens » homosexuel. « Je pense que l’homosexualité, ça développe l’intelligence. Non pas qu’on soit plus intelligents que les autres. Mais on est plus sensibles. » (Françoise, une femme lesbienne, dans l’émission Dans les yeux d’Olivier, « Les Femmes entre elles », d’Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq, sur la chaîne France 2, le 12 avril 2011) Certaines s’identifient même à des extra-terrestres ou à des anges (cf. le code « Se prendre pour Dieu » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « C’était la comète de Haley du gay. » (Dan Savage, homosexuel, par rapport à Liberace, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Out » (2014) de Maxime Donzel) Par exemple, dans les années 1980, le dramaturge Copi arrive sur scène complètement nu et peint en vert comme un martien dans Loretta Strong. En 1969, le chanteur bisexuel David Bowie se met dans la peau d’un cosmonaute, le Major Tom, qui ne veut plus revenir sur Terre, et qui va se transformer en Ziggy Stardust, une rock star psychédélique, un flamboyant alien. Et pour l’identification homosexuelle, ce personnage a fixé des homosexualités : « Adolescent, je suis allé à un concert de David Bowie. Et ça a été une expérience fascinante. J’avais reçu une éducation très stricte. Je ne connaissais pas d’homos. C’était un monde totalement nouveau. Pour moi, David Bowie était un alien qui représentait une forme de liberté. » (Steve Blame, homosexuel, interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte)

 

Pourquoi cette tendance homosexuelle à proclamer fièrement son originalité, son identité plus que normale ? Je crois que ce « Je suis plus que normal » répond en réalité à un « Je suis anormal » qui l’a précédé : « Puisque la normalité exige que le masculin soit attiré par le féminin, et puisque ce n’était pas mon cas, j’en concluais que je souffrais d’une mystérieuse maladie. » (Brahim Naït-Balk,Un Homo dans la cité (2009), p. 15) ; « Comme personne ne me ressemblait autour de moi, comme je n’avais aucun repère, j’ignorais tout de l’homosexualité et j’ignorais que je l’étais. Je me croyais anormal, malade. » (idem, p. 91) ; « La musique d’Amanda Lear m’a aidé à accepter mon aberration. Je me disais que la chanson d’Amanda Lear ‘Follow Me’ est peut-être plus aberrante que ce que j’éprouve. En ce sens, elle m’a beaucoup aidé et ça m’a rendu plus fort. J’avais tous les disques d’Amanda Lear. Je les connaissais par cœur. Et ça a vraiment renforcé ma confiance en moi. » (Hape Kerbeling définissant son désir homosexuel comme une « aberration », interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; etc. Le trop-plein d’assurance cache en général un trop-peu de confiance en soi, une croyance absurde en son anormalité.

 

Bien des personnes homosexuelles se comparent au monde animal, NON LIBRE par définition, pour justifier d’une identité naturelle et d’un amour humain LIBRE ; voilà bien là une réelle contradiction ! Certains chercheurs pro-gays sentimentalisent la faune en projetant sur elle leurs rêves déshumanisants qu’ils veulent imposer ensuite à l’être humain. On peut penser à la fréquente comparaison des Hommes homosexuels aux singes bonobos, au traitement de l’« homosexualité » dans le monde animal par André Gide dans Corydon (1920), aux travaux de Jean-Pierre Otte, ainsi qu’au documentaire « L’Homosexualité animale » (2001) de Bertrand Loyer. Par exemple, en 2006, au Musée d’Histoire naturelle d’Oslo (Norvège), a été montrée une exposition de plus de 1000 espèces d’animaux ayant des comportements soi-disant « homosexuels ». Dans ses écrits du milieu des années 1870, Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895) insiste sur le « », de l’homosexualité parmi les animaux, particulièrement chez les coléoptères. « La pénétration anale n’est pas une offense à la nature, à la loi morale ou à l’honneur d’un homme, si la nature a besoin d’elle précisément. » : « Selon ce raisonnement, la nature est souveraine. Dieu ou la nature ont implanté dans le cœur de certains hommes l’amour anal d’autres hommes ; il doit être satisfait ! » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 89)

 

Et l’opinion publique, pour leur faire plaisir, va de leur sens en affirmant que leur désir homosexuel n’est certainement pas un choix (alors qu’au fond, on n’en sait trop rien…) : « L’homosexualité est quelque chose de physique. […] Il me semble que l’homosexualité est avant tout une réalité biologique. » (Christine Boutin interrogée dans l’ouvrage Christine Boutin, Henry Chapier, Franck Chaumont : Les homosexuels font-ils encore peur ? (2010) de Xavier Rinaldi, pp. 21-22) ; « Chez les animaux, l’homosexualité, ça se passe beaucoup. » (un agriculteur interrogé au Salon de l’Agriculture à propos de l’homosexualité, dans le documentaire « Des filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger)

 

La naturalisation du désir homosexuel n’est pas sans risque : même si elle est minorisante et ne se dit pas toujours en termes dangereusement universalisants, elle est non seulement exercée par les membres de la communauté homosexuelle souhaitant faire des individus homosexuels une espèce à protéger, mais aussi par leurs opposants, voulant pour le coup détruire et corriger « l’espèce protégée ». « Hétérosexuels et homosexuels sont des mots barbares, des qualificatifs dont se parent et s’accablent des hommes mutilés qu’on apprend ou qui s’apprennent à réprimer des envies parfaitement naturelles. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; « Vivant dans ce monde de jeunes garçons, j’ai été initié tout naturellement. » (idem) ; « Combien d’hétérosexuels ont fait des expériences homosexuelles dans leur vie ! Ça prouve que c’est une expression tout à fait naturelle de la sexualité. » (idem) Ce retour de bâton homophobe – effet-miroir pervers de la théorie inversante et gay-friendly du « Troisième Sexe » – est par exemple visible dans l’essai (retiré à la vente) 700 millions de GEIS (2010) de Chekib Tijani. Ce « chercheur » développe de manière prétendument scientifique « la notion de Genre Endogène Inversé » dans le but de l’éradiquer : « Quand il y a non-concordance entre sexe anatomique et sexe psychologique au sein d’un même individu, il y a inversion identitaire. Inversion parce que sexe psychologique et sexe anatomique sont l’inverse l’un de l’autre. » (p. 13)

 
 

b) La Minute difficile :

Beaucoup de personnes homosexuelles revendiquent l’existence d’une seconde nature, supposée plus authentique que la Nature « classique ». Cette hyperréalité sincérisée a souvent un lien avec l’excès, l’artifice. Dans le discours de beaucoup de créateurs homosexuels, plus une chose ou une personne devient superficielle, plus on lui décerne la Palme du Naturel : « Les choses sont toujours plus intéressantes quand on exagère. » (Celia la conservatrice de musée s’adressant à Bertrand, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; « La seule différence entre les surréalistes et moi est que je suis surréaliste. » (Jean Cocteau) ; « Elle [l’actrice Lola Sola] était championne de natation. Une fille au physique exceptionnel. Imaginez un peu. Elle a commencé à nager à dix ans. Des jambes incroyables. Et surtout une poitrine naturelle d’une générosité… rarement vue. Quand elle a été championne, on voyait partout des photos d’elle. Le metteur en scène Carlos Sanchez a eu l’idée, en voyant ces clichés, de transformer la nageuse en sex-symbol. Et on peut dire qu’il a gagné son pari. Maintenant, elle est doublement championne : de natation et de sex-appeal. » (Fernando dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 250) ; « C’était un bel homme, James. Pourquoi ça n’aurait pas été une belle femme ? » (la narratrice transgenre F to M se met dans la peau de James, une femme qui s’est fait passée pour un homme toute sa vie, dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems) ; etc.

 

Les membres de la communauté homosexuelle ont trouvé en la bimbo siliconée la plus charismatique représentante de leur passion pour la nature trafiquée. Surtout en ce qui concerne les hommes travestis ou transsexuels, on passe, par rapport à l’objet de désir (= la femme-objet ; l’homme-objet), de la comparaison, à l’identification, pour finir par un dépassement-substitution (de la différence des sexes par exemple, de la réalité de la sexuation, de l’amour) : « Les transformistes sont plus femme que beaucoup de femmes. » (Alberto Mira, De Sodoma A Chueca (2004), p. 155) Dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, le « désir de paraître plus femme que femme » est présenté comme une caractéristique des personnes transformistes, transgenres, ou transsexuelles (p. 291) ; le « milieu homosexuel » serait peuplé d’« une faune étrange, plus féminine que n’importe quelle assemblée de femmes » (idem, p. 34). Jean Weber à propos du trapéziste Barbette, n’affirmait pas qu’il était une fausse femme, mais au contraire qu’il avait tout d’une « femme absolue ! » (cf. l’essai Folles de France (2008) de Jean-Yves Le Talec, p. 112).

 

En général, les personnes homosexuelles travestissent la Nature par trois moyens : l’art (prioritairement surréaliste, déréalisant), la science, et le sentiment (on peut aller jusqu’à la religiosité). Elles créent une Nature en carton pâte, figée dans l’angélisme ou au contraire l’image d’Épinal de films d’épouvante. Je vous renvoie aux natures mortes du peintre Caravage, notamment.

 


 

La communauté interlope s’intéresse beaucoup aux simulations de Nature. Par exemple, pendant son concert Petits Secrets (2007) au Palais des Glaces de Paris, le chanteur français Christophe Moulin arrose ses plantes au brumisateur. Certaines personnalités homosexuelles ou proches du « milieu gay » (telles que Thierry Le Luron, Charles Trénet, Dalida, Nana Mouskouri, etc.), se sont amusées à participer à la série de publicités Wizard, vantant les mérites des désodorisants d’intérieur censés créer des ambiances « naturelles ». Un certain nombre d’individus homosexuels se prennent pour des créateurs de Nature. Les animaux empaillés des taxidermistes, les bestiaires, ainsi que les jardins synthétiques, sont légion dans la fantasmagorie de la communauté homosexuelle, et renvoient parfois à des pratiques réelles. Sur pellicule, les personnes homosexuelles fournissent la preuve qu’elles ont le pouvoir divin de fabriquer des fleurs : je pense par exemple à Jean Cocteau qui se filmait en marche arrière pour donner l’illusion qu’il construisait lui-même des fleurs de bougainvillier ; dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la comédienne transgenre F to M sur scène se fait un pénis avec un préservatif qu’elle rembourre de coton (pénis artificiel surnommé « le paquet »).

 

Elles donnent à croire que par l’art, les médias, le maquillage, le sentiment, ou la science, la Nature va être dépassée, sublimée, libérée de la souffrance et de la mort, va devenir en quelque sorte « plus Elle-même qu’Elle-même ». Ce n’est plus Elle qui inspirera l’art, ni l’art qui sera au service de la Nature. On assiste à une inversion des valeurs. Maintenant, selon la formule consacrée par l’écrivain britannique Oscar Wilde, c’est « la nature qui imite l’art ». Par exemple, le romancier français Mathieu Riboulet, invité le 28 mars 2011 à l’émission Homo Micro de Radio Paris Plurielle, parle de « l’usage choisi de la Nature » qu’il opère dans son écriture.

 

C’est la raison pour laquelle, dans les films homosexuels, on voit souvent des scènes de teinture de cheveux ou de maquillage, comme si leurs réalisateurs filmaient parodiquement leur prétention à la création de la Nature pour mieux la voiler. Par exemple, dans le film expérimental « Autoportrait aux trois filles » (2009) de Nicolas Pleskof, le chevauchement et le va-et-vient entre l’artifice et la Nature est manifeste (cf. la scène où le soleil, en fondu enchaîné, laisse place à la lumière d’une lampe). La machine et la nature primitive incivilisée commandent au Réel et à l’être humain (c’est le « primitivisme assisté par la cybernétique » dont parle Philippe Muray dans Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005), p. 14).

 

Film "La Vie d'Adèle" d'Abdellatif Kechiche

Film « La Vie d’Adèle » d’Abdellatif Kechiche


 

Actuellement, on retrouve ce goût de la nature forcée, sincérisée, faussement improvisée, dans le charme minimaliste des docu-fictions bobos. Et en effet, qu’est-ce qu’être bobo si ce n’est vouer un culte maladif à la simplicité, au naturel, à l’authentique ? si ce n’est se prendre pour un dieu innocent, qui créerait du génie et de la Nature par accident, sans le désirer, sans liberté ? Beaucoup de réalisateurs homosexuels ou gay friendly actuels cherchent à donner aux amours homosexuelles qu’ils dépeignent sur nos grands écrans de cinéma la puissance de la Nature. Il y a énormément de films à thématique homosexuelle servis à la sauce National Geographic, et il me sera difficile de les lister avec exhaustivité tellement ils sont à présent monnaie courante. En voici quelques exemples : le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, le film « Les filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie, le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, le film « And Then Came Summer » (2001) de Jeff London, le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, le film « Ander » (2009) de Roberto Castón (une ode à la beauté du Pays basque), le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha (en pleine montagne autrichienne)etc. Le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp chante la Nature tout le temps. Et c’est en surprenant des faons en pleine forêt que Marc et Sieger s’embrassent. Dans la série bal d’émotions sensorielles pour servir de cadre à la relation homo et prouver qu’elle est « belle et naturelle » (et que cela se passe de commentaire…), on trouve des productions artistiques telles que le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitman, qui commence précisément par des plans fixes de Nature, des arrêts sur image façon jolies cartes postales provençales, le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, le documentaire « Cet homme-là (est un mille-feuilles) » (2011) de Patricia Mortagne (très bucolique), le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, ou encore le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, où les deux amants Lukasz et Adam se cherchent dans un champ de maïs en poussant des cris d’animaux, comme pour prouver que leur accouplement est drôle, original et naturel. Du côté clichés maritimes bucoliques latino-américains, berçant les spectateurs aux sons des vagues de la mer, ce sont les films « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, ou bien « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino (avec ses plans de fleurs filmées de près, la séquence du coït lesbien Helena/Julia sur fond sonore « dépouillé » de bruits de la mer, la promenade Fahrenheit d’Helena sur le ponton face à l’océan, etc.) qui pourraient remporter la palme de l’émotion sentimentaliste homosexuelle travaillée par la photo et le cinéma. Dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, on va jusqu’au paradoxe de nous noyer d’images de Nature pour nous convaincre qu’une relation amoureuse pourtant virtuelle à 90% arrive tout de même à être concrète et authentique, comme si la débauche d’estampes de Nature suffisait à innocenter l’artifice et à combler le fossé béant qui sépare les deux internautes. D’ailleurs, concrètement, Denis, le héros homosexuel, passe son temps à donner aux objets « l’humanité » de ses fantasmes narcissiques : par exemple, il voit des visages partout, même dans les tapisseries fleuries de sa chambre ; il fait de l’eau de toilettes Sauvage portée par son amant un trait de caractère de celui-ci ; il fige la Nature en nous montrant en gros plan une collection de papillons ; etc.

 

Dans les films top-bobos de Christophe Honoré, on retrouve ces jeux de caméras naturalistes (… et si peu naturels tellement ils veulent prouver la maladresse et l’improvisation !) : son film « Homme au bain » (2010) en fournit un parfait exemple, avec le mélange systématisé rétro/post-modernité (certaines séquences sont filmées par téléphone portable : effet « Nouvelle Vague » avant-gardiste des Temps Modernes…), la fusion iconographique Nature/ville (exemple : les petits oiseaux perdus en plein New York) esthétisée comme une dérive existentielle magnifique, etc.

 

Dans son film « La Vide d’Adèle » (2013), Abdellatif Kechiche joue à fond sur le quotidien, le côté « ressenti », « tranche de vie » prise sur le vif. Le « couple » lesbien est toujours filmé dans des cadres bucoliques (parcs, jardins, mer, etc.). Ce film se veut un bal de sensations « Nature et Découverte » : Je me ressens fumer, manger, respirer. Je me masturbe verbalement, sensiblement. Je touche les peaux, les toiles (« C’est ce qu’il y a de meilleur : la texture. » affirme Emma, la « peintre-philosophe » ; « Tu veux toucher ? » (Liz, la femme lesbienne enceinte avec son ventre rond, et présentant la maternité comme une « sensation »). J’écoute la Nature, le vent dans les arbres. Je raconte mon bien-être. C’est du carpe diem et de l’hédonisme de bas étage : « On est bien, là, hein ? » sussure Emma étendue dans l’herbe. « Un peu trop, même… » lui répond Adèle. Le but caché de ce film est de nous prouver que la différence des sexes n’est pas importante pour vivre et incarner l’amour, et de saturer ce mensonge de sensations. Tous les bruitages (l’eau des canalisations dans les toilettes, le chant des oiseaux, les effleurements de peau, la salive des baisers échangés) sont décuplés… pour emprisonner le spectateur dans le ressenti ou l’émotionnel, et donc finalement pour prouver de manière naturaliste et « sobre » à la fois, que l’amour homo est « naturel ». Il n’y a d’ailleurs pas de musique de fond dans le film (sauf pour les moments officiels de chansons, où là le réalisateur se fait plaisir en transformant son film en grand vidéo-clip).

 

Certains artistes homosexuels, par auto-parodie ou dans un objectif plus sérieux d’esthétisme, s’amusent à distordre la réalité, en représentant par exemple de faux ralentis ou des images accélérées, comme pour se moquer de la vanité de leurs sentiments (je pense aux ralentis tragi-comiques de la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet, tournant en dérision l’effusion des passions amoureuses, au vidéo-clip « Lonely Lisa » de Mylène Farmer, etc.)… ou pire, au final : pour immortaliser, naturaliser, et justifier cette vanité !

 

On retrouve ce goût de la programmation du hasard et des accidents dans les techniques artistiques employées par certains artistes homosexuels : l’écriture automatique (Virginia Woolf, Marcel Proust, Paul Verlaine, Néstor Perlongher, etc.), le happening des artistes pop (Gilbert and George, Andy Warhol, Marcel Duchamp, etc.), les documentaires-fictions (Jean Cocteau, Thom Fitzgerald, Louise Hogarth, Douglas McGrath, Louis Dupont, etc.), les reconstitutions de coulisses théâtrales (par exemple, dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, le public arrive dans la salle où la troupe de théâtre serait soi-disant en pleine répétition ; C’est le même cas de figure dans certaines pièces de Jérémy Patinier, comme on peut le voir par exemple à travers les premières didascalies de « l’Acte zéro » qui ouvrent la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) : « La comédienne est déjà sur scène, il n’y a pas de limite entre le public et elle. Mais elle ne prête pas attention à elle. On a l’impression d’être dans les coulisses plus que dans le public. » ; Lors de la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, les nombreuses mises en abyme – façon « journal intime spontané » ou « interviews imprévues » – rendent floue la frontière entre fiction et réalité, pour rajouter du pathos et de la crédibilité aux histoires d’amour homosexuelles pourtant foireuses et alambiquées ; Dans les pièces de théâtre contemporain traitant actuellement du sujet homosexuel/bisexuel, il est maintenant extrêmement rare que les intrigues sensuelles – je n’ose même plus dire « amoureuses » – ne soient pas entrecoupées de séquences-vidéo naturalistes, d’images Internet très actuelles ou carrément vintage : les nouvelles technologies multimédias au service du semi-mensonge amoureux).

 

On constate que certains réalisateurs pro-gays usent des techniques réalistes du documentaire (plans mal cadrés, caméra hésitante, simulation d’interview-vérité façon « micro-trottoir », etc.) pour créer un authenticité travaillée, un « plus que naturel » : cf. le film « Scandaleusement célèbre » (2007) de Douglas McGrath, le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le docu-fiction « Beefcake » (1998) de Thom Fitzgerald, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le film « Visage écrit » (1995) de Daniel Schmid, le film « Luc ou la part des choses » (1982) de Michel Audy, le faux documentaire « Mockumentary » (2005) de Jo Sol, le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant (où les images d’archives se mélangent l’air de rien à une intrigue amoureuse « légèrement » romancée), le docu-fiction « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider (avec des témoignages intercalés), le film « Hooks To The Left » (2006) de Todd Verow (filmé sur un téléphone cellulaire), le film « Elena » (2010) de Nicole Conn (avec des interviews intercalées à la fiction de couples homos ou présentés comme « hétéros »), la pièce-reportage Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman, etc.

 

Ce travestissement falsificateur du Naturel (et de l’Amour) avait déjà été annoncé sous le nom de « Minute difficile » par Jean Cocteau (cf. le documentaire « La Villa Santo Sospir » (1949) de Jean Cocteau : « Ce sera alors la minute difficile… »). Le poète français nous mettait en effet en garde contre la dangereuse programmation du hasard orchestrée par les médias et la science techniciste (actuellement, la publicité, les journaux à scandale, les jeux vidéo, les Journaux Télévisés, et même le succès de Facebook, nous fournissent d’excellentes illustrations de cette société de « l’immédiateté d’anticipation » qui veut s’imposer à nos réalités et à nos natures profondes…) : on crée ce que l’on craint/attend en feignant de n’avoir rien contrôlé, en se plaçant en spectateurs impuissants de catastrophes annoncées, ou en amoureux dépassés par des amours totalitaires. L’abus des mutations technologiques ne favorise ni le respect de la Nature écologique ni de la liberté humaine, même si le « plus que naturel » qu’il crée peut avoir les effets euphorisants et apaisants des drogues.

 

Dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), l’écrivain Abdellah Taïa raconte comment le cinéma a naturalisé ses pulsions les plus dégradantes au point de les lui faire admettre comme normales et belles : « Sur le chemin, un cinéma populaire, Royal El-Guidida, s’est présenté devant moi. Sans réfléchir j’ai acheté un billet et j’y suis entré célébrer ma nouvelle vie, au milieu d’une salle remplie d’hommes de tous âges qui se donnaient les uns aux autres sans complexe, sans se cacher, non loin des agents de police qui surveillaient l’entrée. Retrouver ma première religion. Mon rêve de toujours. Le cinéma par la peau. La transgression naturelle. Les corps dans l’intensité sexuelle. Des va-et-vient entre la salle immense avec orchestre et balcon et les toilettes. Un film. Deux films. Des stars. Adil Imam. Yousra. Nour Cherif. Leïla Eloui. » (pp. 98-99)

 

Film "Donne-moi la main" de Pascal Alex-Vincent

Film « Donne-moi la main » de Pascal Alex-Vincent


 

Concernant la création de surnaturel, les membres de la communauté homosexuelle se choisissent une béquille tout aussi efficace que la science ou l’art : la sincérité (et dans les faits, la sensiblerie). Le procédé de travestissement de la Nature est le même : on enrobe la pulsion de sentiments, de poésie, de naturel, de peinture verte et rose, de feuillages, de silence, et ainsi, elle passerait incognito ! « Je voulais d’abord une balade érotique et champêtre à la gloire du corps humain. » (le réalisateur français Pascal-Alex Vincent à propos de son film « Donne-moi la main » (2009), cité dans l’essai Le Cinéma français et l’homosexualité (2008) d’Anne Delabre et Didier Roth-Bettoni, p. 170) ; « Je voulais faire un film qui ne pose même pas la question de l’homosexualité. Je voulais montrer une homosexualité épanouie, sans surenchère, naturelle. » (le cinéaste Sébastien Lifshitz à propos de son film « Presque rien » (1999), idem, p. 231)

 

Par exemple, l’écrivain japonais Yukio Mishima rêve que le romantisme soit plus réel que le réalisme. On entrevoit très bien dans ses lettres le viol de Nature que va impliquer la concrétisation de ses rêves de midinette : « À partir du moment où l’on marie romantisme et mécanisme, il est enfin possible, à n’importe quelle époque, de rivaliser avec le réalisme. […] Le romantisme, lorsque l’expression se tarit, court fatalement le risque de s’orienter vers un classicisme qui se grise lui-même. Pour éviter ce risque, il est nécessaire, grâce à un ‘mécanisme’ impitoyable, de le stimuler de façon brutale. Bref, l’objectif n’est pas de concrétiser avec réalisme et objectivité, dans une œuvre, les impulsions intérieures, mais de les réduire à l’état d’éléments intérieurs, d’éléments inorganiques pour ensuite les disposer, les ordonner de façon mécanique. Il s’agit de cristalliser ces impulsions intérieures en une succession de formes momentanées, pour les recomposer artificiellement, en dehors des contraintes temporelles et spatiales. On peut trouver, dans cette méthodologie de la recomposition, une force incomparable, capable de tenir tête au réalisme. Car il y a quelque chose qui dépasse le domaine de l’expression. Tendre vers l’artifice, n’est-ce pas chez l’homme l’ambition la plus pure, la moins mensongère ? Et celle-ci n’est-elle pas bien plus fermement ancrée dans la nature humaine que la simple volonté de recréer la réalité ? Bref, le ‘romantisme mécaniste’ ne serait-il pas plus réel que le réalisme ? » (Yukio Mishima, Correspondance 1945-1970 (1997), pp. 44-46)

 

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que, du point de vue strictement intentionnel, même dans la parodie ou la destruction de Nature, la démarche des violeurs de Nature, de mariage, de différence des sexes, de famille, de Culture, ou de Vérité, est très sérieuse, se veut naturelle. « C’est d’ailleurs toute l’habileté du lobby gay : déconstruire le mariage pour le vider de son sens et le réinventer à partir d’un nouveau concept. » (Élizabeth Montfort, Le Genre démasqué (2011), p. 67) Par exemple, quand les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (vous savez, ces fausses religieuses ultra-maquillées lors des Gay Pride et faisant de la prévention Sida) s’entendent dire qu’elles sont une caricature méprisante du clergé catholique, beaucoup d’entre « elles » s’insurgent très sincèrement : « On n’est pas une parodie de bonnes sœurs ! On est des sœurs ! Point. » ; « Nous sommes profondément sérieux. » (cf. le documentaire « Et ta sœur ! » (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin) Comme la séparation entre comédie et Réalité, entre fiction et Réel, est volontairement/inconsciemment effacée, l’inversion sera élue Nature profonde de l’Humanité.

 

En amour, le bobo homosexuel essaie de se convaincre que pour lui et son compagnon amoureux, l’artifice sera miraculeusement naturel… même s’il aura parfois l’honnêteté/l’orgueil de reconnaître qu’il restera artificiel pour « les autres ». Tellement obnubilé qu’il est par la création de Nature, il met sur un piédestal le concept de « première fois ». Il fait semblant de se surprendre lui-même, d’être naturel : « C’est la première fois que ça m’arrive… » ; « T’es la première personne avec qui je le fais » ; « Tout ça, je l’ai dit à très peu de personne. » ; etc. Il donne à la vie en général la couleur du fantasme (et inconsciemment de la peur). Paradoxalement, il interprète ses pulsions intérieures comme la manifestation d’un processus physico-psychologique qu’il ne peut maîtriser (l’amour serait une subtile solution chimique, un échange de phéromones ; cf. le code « Médecines parallèles » de mon Dictionnaire de Codes homosexuels), mais aussi comme des signes surnaturels d’une Nature toute-puissante qui soumet et impose (par exemple, il analyse ce qu’il appelle « hasard » comme un destin ; sa superstition lui fait adorer la numérologie, les dates, la correspondance des prénoms, les coups de foudre, etc.).

 

Sur le terrain des réalités fantasmées que sont les personnes homosexuelles, l’amour homosexuel, et la « famille » homoparentale, la sincérité donne l’illusion du raccord entre rêve et Réalité, de la réconciliation entre sentiments et Amour vrai. « En fait, c’est normal. À part qu’il y a deux femmes. Mais à part ça, y’a rien qui change. » (Francesca à propos d’Olga, sa maman lesbienne qui l’a eu par PMA avec sa compagne, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy de l’émission Tel Quel, sur la chaîne France 4, le 14 mai 2012) Pourtant, la connexion avec la Nature et le Réel se fait par le biais de comparaisons abusives et de simulations sincères de joies inénarrables (c’est logique : « l’inénarrable » en question ne vient pas que d’un débordement émotionnel ; il provient surtout du mensonge de la situation concrète) : « C’est tellement beau que ça en devient irréel. » (Francine à la maternité, parlant de « ses » jumelles qu’elle aurait eues avec sa compagne Karen, dans le documentaire « Des filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger) ; « Mon fils, je l’aime comme si je l’avais fait. » (Jeanne en parlant du fils de sa compagne, idem). Mais la Nature et l’Amour ne sont plus tellement là…

 
 

c) Un dépassement transcendant/violent de la Nature (au nom du naturel pourtant !) est effectué :

Je dis que l’« amour » homosexuel est plus contre-nature que naturel… non parce que les personnes homosexuelles seraient clairement anti-Nature, mais au contraire parce qu’elles adorent la Nature, qu’elles L’aiment un peu trop pour L’aimer vraiment, avec une juste distance. La pratique homosexuelle, pourrait-on dire, est sur ET anti-naturelle. Dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, Bayle emploie un néologisme tout à fait pertinent pour définir les actes homosexuels : il parle du « péché sur-contre-nature » (p. 134) Avec le désir homosexuel, sans aller jusqu’à parler de « péché mortel » (puisque ledit péché nécessite la liberté), on se situe en effet à la lisière entre l’anti-naturel et le surnaturel.

 

Dans les faits, il y a un danger à vouloir d’une nature « plus que naturelle » (… donc, au final, hétérosexuelle : la redondance de l’altérité – présente dans le terme « hétérosexualité », qui dit deux fois « autre » – illustre à elle seule que la Nature est forcée à travers l’hétérosexualité, puis l’homosexualité). Par exemple, les arguments libertaires et écologistes, en apparence louables, peuvent parfois cacher dans les faits des actions beaucoup moins belles : on peut penser à la pratique du « naturisme » chez certains membres de la communauté homosexuelle, présentée comme un retour radical à la Nature (… la nature humaine en réalité), et qui développe et couvre des réseaux de prostitution ; etc. Dans un autre registre similaire, la défense d’une « nature masculine ou/et féminine » encourage des futures personnes transsexuelles à la mutilation chirurgicale.

 

Le danger de défendre une nature plus que naturelle ou un amour plus que naturel, c’est l’éloignement du Réel, à travers le vol ou le viol principalement. Il s’agit, selon les termes de Christophe Honoré dans son autobiographie Le Livre pour enfants (2005) de « profaner le réel. » (p. 139), d’« extraire ce toujours-plus de réalité » comme l’écrivent Deleuze et Guattari dans leur Anti-Œdipe (1973), de forcer le Réel à être plus qu’Il n’est… quitte à virer dans la superficialité, la schizophrénie, la perversion et la violence (pourvu qu’il y ait un « plus » !) « La perversion produit un plus : je suis plus sensible, plus perceptif, plus loquace, mieux distrait, etc. et dans ce plus vient se loger la différence. » (cf. l’article « La Déesse H » de Roland Barthes, dans son autobiographie Roland Barthes par Roland Barthes (1975), p. 66) ; « Le schizophrène est le plus proche du cœur battant de la réalité, à un point intense qui se confond avec la production du réel. […] La simulation, il faut l’entendre comme l’identification. Ce point où la copie cesse d’être une copie pour devenir le Réel et son artifice. » (Gilles Deleuze, Félix Guattari, L’Anti-Œdipe (1972/1973), p. 104) Par exemple, dans sa préface au roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1979) de Manuel Puig, Albert Bensoussan est décrit comme « le romancier de l’authentique par le factice » (p. 6). Beaucoup d’activistes LGBT tentent de déformer le Réel à coup de slogans égalitaristes sans consistance : « Le sens de ce mariage, c’est que c’est une loi qui consacre l’Égalité des Droits. C’est une avancée naturelle. […] J’espère que la loi ira le plus loin possible. » (Nicolas Gougain par rapport au mariage gay, dans l’émission Mots croisés d’Yves Calvi, sur le thème « Homos, mariés et parents ? », diffusée sur la chaîne France 2, le 17 septembre 2012) ; « Allons jusqu’au bout de l’égalité ! » (cf. le slogan de la Gay Pride 2013 à Paris) ; etc.

 

La jonction entre le souhait d’être à tout prix franc et naturel et le secret désir de fuir le Réel et la beauté de l’Homme se résout presque systématiquement dans la violence, comme l’illustrent les propos de Susan Sontag concernant l’« art vivant et spontané » que seraient les happenings, genre du théâtre contemporain très apprécié des artistes LGBT (d’Alfred Jarry au performer Steven Cohen) : « Ce qui doit nous frapper le plus dans les Happenings c’est la façon dont le spectacle maltraite (car c’est le terme) le spectateur. Le spectacle semble tout entier conçu pour se moquer et abuser du public. Des acteurs aspergent d’eau l’auditoire, lancent dans sa direction de menues piécettes ou de la poudre à éternuer. […] On ne s’efforce nullement de complaire au désir habituel du spectateur de bien voir ce qui peut se passer. » (cf. l’article « Les Happenings : Art des confrontations radicales » (1968) de Susan Sontag, p. 404) ; « Dans les Happenings, le bouc émissaire, c’est le public. » (idem, p. 420) ; « Le ‘Happening’ touche le spectateur en l’entourant d’une trame d’éléments de surprise, asymétriques, sans péripétie et sans dénouement ; il s’agit là de l’irrationalité du rêve, plutôt que de la logique habituelle de l’art. Les ‘Happenings’, comme les rêves, ignorent la notions du temps. N’utilisant ni l’intrigue, ni la chaîne rationnelle du discours, ils ne connaissent pas le passé. Comme l’indique leur dénomination – Happenings (choses qui arrivent) – tout s’y passe dans le présent. » (idem, p. 406) ; « Il n’est pas exact cependant (comme le supposent certains amateurs de ce genre de spectacle) que les Happenings soient un jeu d’improvisation. Ils sont répétés avec soin pendant une période qui peut varier d’une semaine à un mois, bien que les notations écrites soient alors réduites au minimum : l’indication des jeux de scènes et des objets matériels à utiliser tient en général en une page. Les acteurs inventent et mettent eux-mêmes au point, au cours des répétitions, la substance de ce qui sera présenté au public. » (idem, p. 407) ; « Les éléments matériels, objets mous ou résistants, propres ou sales, utilisés selon leur nature, prennent, dans le Happening, une importance primordiale. Ce souci d’utilisation de la matière, qui fait que le Happening tient de l’art de la peinture, au moins autant que de celui du théâtre, apparaît encore dans une certaine façon de traiter les personnages comme des objets plutôt que comme des êtres individualisés. Souvent l’acteur est affublé de masques, de linceuls, d’enveloppes de carton, de toiles d’emballages, qui accentuent cette analogie entre l’acteur et l’objet matériel. » (idem, p. 408) ; « L’art, ainsi compris, est à l’évidence agressif. Agressivité à l’égard du conformisme présumé de son public, et à l’égard du milieu social lui-même. Par sa technique des oppositions flagrantes, le surréalisme cherche, sur la sensibilité, l’effet de choc. » (idem, p. 412) ; « C’est dans l’œuvre d’Antonin Artaud que l’on trouvera les meilleurs exemples de la technique surréaliste de l’épouvante. » (p. 416) ; « Mais le rêve, ce n’est pas seulement, pour Artaud, la poésie et la fantaisie, c’est aussi la violence, la folie, le cauchemar. C’est en fonction de ces apports, en relation avec le rêve, qu’Artaud a cherché à définir son théâtre de la cruauté dans deux manifestes qui portent ce titre. ‘Le théâtre ne pourra redevenir lui-même c’est-à-dire constituer un moyen d’illusion vrai qu’en fournissant au spectateur des précipités véridiques de rêve, où son goût du crime, ses obsessions érotiques, sa sauvagerie, ses chimères, son sens utopique de la vie et des choses, son cannibalisme même, se débondent, sur un plan non pas supposé et illusoire, mais intérieur… Le théâtre, comme les rêves, est sanguinaire et inhumain. » (Antonin Artaud, Le Théâtre et son double (1938), op. cit., pp. 416-417) ; « La technique de l’épouvante des surréalistes retrouve la source du meilleur comique : le sentiment d’invulnérabilité du personnage. L’absence de réactions émotionnelles profondes est l’élément essentiel de la comédie. Si nous pouvions rire de bon cœur au spectacle de scènes pénibles et grotesques, c’est que les personnes auxquelles de telles choses arrivent ne semblent pas en être profondément touchées. Peu importe que le public les voie gesticuler, et crier, et invoquer le ciel en se plaignant de leurs malheurs, il sait bien que tout cela demeure superficiel. » (p. 418)

 

Dans son essai Mythologies (1957) – traitant, comme son nom l’indique, du pouvoir des mythes –, Roland Barthes montre à son insu que le désir homosexuel encourage les êtres humains qui veulent l’actualiser à posséder la Nature pour La travestir, La faire leur, et se faire passer pour Elle. « Une prestidigitation s’est opérée, qui a retourné le réel, l’a vidé d’histoire et l’a rempli de nature. » (p. 230) ; « Du point de vue éthique, ce qu’il y a de gênant dans le mythe, c’est précisément que sa forme est motivée. […] L’écœurant dans le mythe, c’est le recours à cette fausse nature, c’est le luxe des formes significatives, comme dans ces objets qui décorent leur utilité d’une apparence naturelle. La volonté d’alourdir la signification de toute caution de la nature provoque une sorte de nausée : le mythe est trop riche, et ce qu’il a en trop, c’est précisément sa motivation. […] Éthiquement, il y a une sorte de bassesse à jouer sur les deux tableaux. » (idem, p. 212)

 

Pendant que la société a le dos tourné, les personnes homosexuelles désirant concrétiser leur désir homosexuel sous forme d’identité ou d’amour « essentiels » prennent le naturel, le trafiquent à leur façon pour lui enlever toutes les aspérités qui gênent leurs propres fantasmes de toute-puissance ; puis la « Nature » nouvellement formée est remise sur l’étalage, comme si de rien n’était. « J’accepte complètement ma nature. » (Barbara, un homme transsexuel M to F, dans le documentaire « Woubi Chéri » (1998) de Philip Brooks et Laurent Bocahut) Et gare à ceux qui détecteraient la contrefaçon et qui par conséquent identifieraient leur orgueil de s’être prises pour Dieu !

 

Lors de sa conférence « La Théorie du Genre dans les manuels scolaires : comprendre et discerner » au Collège des Bernardins (à Paris, le 6 décembre 2011), Michel Boyancé explique bien que le climat fortement anti-naturaliste de nos sociétés occidentales, que les philosophes du Gender soutiennent actuellement en tant que modèle de structuration sociétale et amoureuse, résulte d’une volonté de « se libérer de la Nature par le droit et par la science ». Il entre dans les détails en démontrant que le rapport à la Nature de ces « apprentis sorciers de la sexualité » est paradoxal : avant de se débarrasser d’Elle, ils s’En inspirent pour produire un artificiel qui Lui ressemble.

 

Le résultat obtenu n’est pas uniquement contre-naturel, comme le pensent les détracteurs de l’homosexualité qui disent que l’homosexualité est « contre-nature ». Les personnes homosexuelles le revendiquent comme sur-naturel, « plus que réel ». C’est pourquoi elles peuvent en même temps défendre que l’homosexualité est très « naturelle » et prendre conscience que « c’est une interprétation fausse de la Nature » (pour citer l’écrivain Marcel Jouhandeau dans l’émission Apostrophe du 22 décembre 1978, sur la chaîne Antenne 2).

 

« Ma compagne, Sandrine, a 34 ans et elle ne veut plus attendre pour avoir un enfant. Moi, je n’envisageais pas vraiment d’être mère. Je décide alors de prendre ma caméra pour suivre ce parcours, notre parcours vers un enfant désiré mais aussi, pour moi, un chemin vers une maternité particulière qui ne m’a jamais semblé ‘naturelle’. Comment allons-nous faire ? Nos proches s’interrogent et nous aussi. Nous avons choisi l’insémination artificielle à l’étranger. Nous allons donc voyager, espérer et je vais profiter de ce temps pour trouver ma place de mère, car je vais devenir mère… sans porter notre enfant. » (Florence Mary dans son documentaire « Les Carpes remontent les fleuves avec courage et persévérance », 2012)

 

Dernièrement, j’ai entendu un exemple signifiant de la mise en scène mensongère de Nature qui est en train de se produire à travers le phénomène particulier des « familles homoparentales ». En effet, lors de sa conférence « L’Homoparentalité aux USA » (tenue à Sciences Po Paris, le 7 décembre 2011), Darren Rosemblum, professeur en droit, et « père » (avec son « mari ») d’une petite fille née en Gestation Pour Autrui (GPA) en 2009, s’est exprimé en faveur de l’homoparentalité et au nom de la Science pour détourner la Nature : « Je soutiens une interprétation de la biologie. » a-t-il dit explicitement. Même s’il puisait abondamment dans le jargon statistique et universitaire pour soutenir sa démarche et asseoir sa légitimité, ses arguments étaient finalement très sentimentalistes et peu réalistes ; son discours, truffé de non-dits. Par exemple, il a caché à l’assistance qui était le vrai père biologique de sa fille, entre son partenaire et lui : il n’a pas terminé sa phrase « Un de nous est le père biologique de Mélina… » et a vite esquivé le sujet. Quand j’ai pris soin de demander à Darren Rosemblum, pendant le temps des questions, pourquoi, lors de son exposé, il n’avait pas voulu nous dire explicitement qui était le père biologique de Mélina, il s’est obstiné à nous cacher la vérité et n’a jamais craché le morceau. Et dans l’hypothèse qu’il puisse un jour avoir à dévoiler à sa fille l’identité de son vrai père, je l’ai senti peu emballé à l’idée de révéler ce que la « Nature » avait fait d’elle, comme s’il cherchait à retarder au maximum l’aveu fatidique de la Réalité, pour cultiver jusqu’au bout l’illusion que son couple est bien formé de deux « vrais papas » et non d’un seul père biologique. Le comble dans cette histoire, c’est qu’initialement, les deux amants souhaitaient déjà ignorer lequel des deux avait finalement fécondé l’ovule qui a donné naissance à leur fille. C’est par une bourde d’un médecin qui s’occupait de leur dossier qu’ils ont su accidentellement ce qu’ils se forçaient ignorer (car eux-mêmes voulaient s’auto-persuader de leur mensonge anthropologique !… Jusqu’où peut aller la sincérité dans sa perversion dénégatrice, quand même…). Ce qui est tordu, c’est que dans ce cas précis, on est confronté une nouvelle fois à un déni de la Nature au nom de la préservation de la Nature. Rosemblum, en effet, présente son projet d’homoparentalité comme une tentative de « désexuer la parentalité », pour ensuite montrer la parentalité artificiellement reconstituée comme plus naturelle que naturelle, comme aussi forte et belle qu’une parentalité traditionnelle ! Quel fascinant tour de passe-passe, quelle incroyable malversation…

 

Enfin, ce projet pro-gay de surnaturaliser l’homosexualité peut aller jusqu’à l’homophobie. Car rendre le désir homosexuel très naturel, c’est aussi lui demander d’être banal, et donc fatalement le nier à travers la promotion d’une hétérosexualité qui ne doit pas non plus être dite. Par exemple, Gustav Jäger (1832-1917) distinguait homosexuels actifs et passifs. Le passif est le féminin, l’actif masculin et même hyper-viril et comme tel, il est même plus masculin que l’homme « normal », c’est-à-dire hétérosexuel. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 169) Le « plus que naturel » se transforme donc très vite en déni d’homosexualité. C’est un danger que voient très peu de promoteurs relativistes indifférents à l’homosexualité, mais qui est pourtant réel : « J’ose espérer à l’avenir qu’on ne parlera plus d’orientation sexuelle, que ça deviendra juste un fait naturel. » (une femme trentenaire lesbienne dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre)
 
 

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Code n°147 – Poids des mots et des regards

Poids des mots

Poids des mots et des regards

 


NOTICE EXPLICATIVE

Dès qu’on commence à se pencher sur la question de l’« identité homosexuelle », on se rend très vite compte de l’influence excessive de la rumeur (éloignée du Réel, par définition), des regards (en général malveillants ou réifiants), et de l’insulte, sur la révélation d’une homosexualité.

 

« Les yeux sont les miroirs de l’âme » dit la formule populaire convenue. Les mots seraient aussi le reflet de la Réalité. Et en effet, dans le meilleur des cas, le regard et le verbe humains peuvent dire le Réel tel qu’Il est perçu, et parfois même L’orienter, Le façonner, créer de la relation de Vie, faire exister.

 

Mais la caractéristique du désir homosexuel, c’est qu’il sacralise tellement les mots et les regards que ceux-ci sont diabolisés, deviennent des choses, brisent la liberté individuelle ou les relations inter-personnelles, deviennent des injonctions à fusionner ou au contraire à couper radicalement avec ce qui est vu ou entendu, éloignent du Réel et donc de l’Amour.

 

D’ailleurs, à la base, le désir homosexuel, rejetant le socle fondamental du Réel qu’est la différence des sexes, s’appuie davantage sur les fantasmes narcissiques, sur un accord collectif pour croire en une utopie identitariste/amoureuse, que sur une réalité bien établie. En soi, l’homosexualité n’a aucune valeur historique concrète. Elle est avant tout suggestion, ambiguïté travaillée, déduction par rapport aux actes, aux mots, aux regards et aux comportements. Elle ne constituera jamais une vérité scientifique : les Hommes n’ont pas encore créé un test pour dire à quelqu’un s’il était homosexuel ou pas ! Les dictionnaires répertoriant des homosexualités « prouvées historiquement » se réduisent forcément à des mini-farces, brassent de manière approximative du « on dit » et des extraits de journaux intimes. Par exemple, l’homosexualité de William Shakespeare a été d’abord annoncée pour la première fois par Oscar Wilde, reconfirmée dix ans plus tard par Samuel Butler, puis à nouveau attestée par les intellectuels actuels qui se disent homosexuels. Au fond, elle n’est que le produit d’un téléphone arabe.

 

Généralement, dans les discours entendus, il ressort que les personnes homosexuelles apprennent leur homosexualité parce que quelqu’un la leur a annoncée par la rumeur. Elle est une projection, un regard, une figure soi-disant imposée par l’extérieur et validée par l’intérieur, une injure entendue sur une cour d’école. Beaucoup de personnes homosexuelles pressentent ou finissent par entendre de plus en plus distinctement ce que les autres leur murmurent (ou auraient murmuré) à l’oreille : « P’tit pédé, p’tit pédé, je le vois, tu vas devenir pédé, je l’ai toujours su… ! » Il arrive que les personnes homosexuelles se répètent inlassablement qu’elles sont homos devant leur reflet spéculaire pour qu’il rentre mieux en elles. Et la méthode Coué fait parfois son effet. Beaucoup de personnes homosexuelles finissent par intégrer qu’elles sont un ragot. « Je suis un homo (un homme oh)… comme ils disent » rappelle la chanson d’Aznavour. À les entendre, on voit bien que la « peur de passer pour un pédé » l’emporte sur l’« être réellement pédé ». Leur soumission à l’image déréalisante et haineuse, à un âge ou un moment où elles sont plus fragiles et influençables, est manifeste, et fait froid dans le dos parce qu’elle dit l’homophobie intrinsèque au désir homosexuel.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Don Juan », « Espion », « Voyeur vu », « Regard féminin », « Lunettes d’or », « Méchant pauvre », « Amant narcissique », « Amant modèle photographique », « Homosexualité noire et glorieuse », « Ombre », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Milieu homosexuel infernal », « Viol », et à la partie « Chœurs de tragédie grecque » du code « Cour des miracles », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

À vos ordres, les regards !

 

Il est probable qu’il y ait des paroles déterminantes, des phrases qui suscitent l’homosexualité. Surtout à l’adolescence, beaucoup de personnes homosexuelles ont retenu des phrases « lapidaires » de leurs camarades de classe, des blagues d’un goût douteux, des prédictions insensées, des quiproquos verbaux, des insultes, en se jurant de les maudire… et voilà qu’elles les ont prises au mot quelques années plus tard ! Elles accordent tous pouvoirs aux paroles violentes : « L’injure marque l’individu au fer rouge : l’effet produit par les mots de la stigmatisation fabriquent l’être même de la personne insultée. » (cf. l’article « Marcel Jouhandeau » de Didier Éribon, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) du même auteur, p. 273) La suspicion ou la projection d’homosexualité est un fait capital pour comprendre la genèse de leur désir, même si beaucoup de personnes homosexuelles cherchent inconsciemment à la minimiser pour excuser les autres et s’excuser elles-mêmes d’avoir cru en une caricature, soit dans le déni, soit dans l’exagération. Elles grossissent l’influence que leur entourage a/aurait exercée dans l’existence de leur orientation sexuelle.

 

« Quand tous te disent que tu es quelqu’un d’autre, tu finis par y croire. » (Paul, le héros homo du film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) Elles insistent par exemple sur le pouvoir constituant des mots, des images, des regards, des clichés de la tapette ou du garçon manqué, paradoxalement pour nier le conditionnement : « J’avais six ans et on me traitait de tapette. J’étais déjà le pédé de l’école. Les autres ont su avant moi ce qu’il en était, même si à l’époque je ne comprenais pas. C’est maintenant que je peux dire que je le savais dans le fond. » (un témoin homosexuel dans l’essai Mort ou fif (2001) de Michel Dorais, p. 44)

 

L’affirmation identitaire homosexuelle, signe pourtant de leur obéissance aux yeux (souvent fantasmatiques !) de leur entourage, se veut de leur part pied de nez à la soumission, tout pendant qu’elles maintiennent un rapport idolâtre à l’avis « des autres », dans la paranoïa ou dans l’adoration. Elles le voudraient tout-puissant, ce « regard qui surveille et que chacun, en le sentant peser sur lui, finira par intérioriser au point de s’observer lui-même » (Michel Foucault, « L’Œil du pouvoir », entretien avec J.-P. Barou et M. Perrot, dans Dits et Écrits II, 1976-1988 (2001), p. 198). Elles se prosternent devant les yeux de leurs semblables sexués, qui se révèlent être souvent une projection personnelle : « Dès mon premier regard, ou plus exactement dès son premier regard, j’ai senti que ce regard s’emparerait de moi et je ne disposais plus de ma vie. » (André Gide, Les Faux-Monnayeurs (1925), p. 107. C’est moi qui souligne.) Elles se pensent elles-mêmes à partir d’un caractère ethnique singulier, d’une « nature homosexuelle », qui ne fait que corroborer le mépris où on les aurait/a tenues. J’utilise le conditionnel, car souvent, elles perçoivent les yeux des autres qui leur apprennent qu’elles sont désirables et dignes d’être aimées comme une agression parce qu’elles-mêmes ne s’aiment pas assez et se refusent à paraître chastement appétissantes. « Quand j’ai compris que j’étais attirée par les filles, j’ai eu le crâne rasé, look butch. Je ne m’assumais pas en tant que femme mais je voulais aussi que les garçons ne me regardent pas. Le regard des garçons ne m’intéressait pas, ne me touchait pas. » (Sabrina, intervenante lesbienne, dans l’émission Ça se discute, sur la chaîne France 2, le 18 février 2004 ; je précise que « Butch » signifie « camionneuse » aux États-Unis, c’est-à-dire femme lesbienne cultivant une apparence masculine, contrairement aux femmes lesbiennes fem, jugées plus féminines) À la fois elles réclament ce regard étranger car elles y entrevoient la puissance d’un désir d’amour, et elles le fuient comme s’il était le diable incarné. Symboliquement, comme Francis Bacon, elles finissent par écorcher des yeux jugés diaboliques.

 

Le regard des autres ne les a/aurait pas seulement réifié dans le mépris, mais aussi dans l’idéalisation. Elles se sont parfois senties obligées de satisfaire des yeux fanatiques (parentaux, amicaux, fraternels, personnels) qui leur ont inculqué l’interdiction de décevoir, le constant besoin donjuanesque d’attirer l’attention, la conviction d’une différence fondamentale. Leur homosexualité a donc pu être le produit d’une projection d’idéaux de l’entourage vécue comme trop forte (ou trop faible !).

 

Autobiographie Personne n'est parfait, maman! de Thomas Sayofet

Autobiographie Personne n’est parfait, maman! de Thomas Sayofet


 

Beaucoup de personnes fournissent aux autres ce qu’ils n’ont jamais demandé, et projettent sur eux ce qu’elles supposent qu’ils vont penser d’elles, ou le contraire de ce qu’elles supposent qu’ils attendent d’elles, en bassesse ou en grandeur, si bien que la honte de soi se transforme parfois en amertume personnelle, en honte du monde, et en satisfaction d’être soi-même. « Vos injures (réelles et surtout fantasmées) sont mes ordres et mes trophées » pourraient-elles leur dire. On les a/aurait soi-disant considérées comme des traîtres parce qu’on les a/auraient réellement trahies… et voilà qu’elles se mettent à chanter leur trahison sociale pour s’identifier à elle. « Je suis un misérable […] Je suis un traître. Décidément, je suis un traître. Heureux. » (Reinaldo Arenas, Adiós A Mamá, 1996) Pure soumission ou soumission pure ?

 
 

La sujétion narcissique iconoclaste à l’image et à ceux qui la voient

 

L’adaptation excessive aux regards de l’entourage et l’oubli de leur propre regard négatif sur elles-mêmes vont encourager beaucoup de personnes homosexuelles à affirmer l’existence d’une différence radicale par rapport aux autres.

 

En soutenant avec virulence qu’elles sont « différentes » (comprendre « anormales » et « exceptionnelles »), certaines ne remettent pas du tout en cause ce qu’elles appellent hâtivement « norme ». Bien au contraire. À force de ne pas vouloir faire ou être « comme les autres », elles finissent par les imiter inconsciemment, car il arrive toujours un moment où « les autres », ce sont elles. Beaucoup de personnes homosexuelles se laissent trop facilement définir par autrui, y compris et surtout lorsqu’elles se positionnent « contre » une personne, un camp ou une image. Peu savent vraiment ce qu’elles veulent. Elles se déterminent plutôt par le négatif, un peu comme Loïc dans le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier : « Je ne sais pas encore ce que je suis mais je sais ce que je ne veux pas être. » Elles ne veulent pas ce qu’elles prétendent vouloir, mais par provocation, elles soutiennent qu’elles le désirent profondément, que ce désir fait partie d’elles, alors qu’il est souvent né de la comparaison dévalorisante ou méprisante aux autres. Leur recherche de la personne aimée suit le plus souvent la logique du conformisme inversé, donc du snobisme : elles vont réclamer une chose, non pas tant parce qu’elles la veulent réellement, que parce qu’elles pressentent que les autres la veulent à leur place ou la leur interdisent. Elles aiment quand tout le monde aime, haïssent quand tout le monde déteste… ou aiment quand tout le monde semble détester et haïssent quand tout le monde donne l’impression d’aimer. En définitive, elles ne se posent pas beaucoup la question de ce qu’elles ressentent elles, de ce qu’elles désirent vraiment. Elles ne sont pas libres.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

a) Importance de la rumeur et des regards :

POIDS 1 Rumeur

Film « La Rumeur » de William Wyler


 

Dans les fictions homo-érotiques, il est souvent question de la rumeur ou des regards : cf. la chanson « La Rumeur » de Catherine Lara, le film « Marie Besnard, l’Empoisonneuse » (2006) de Christian Faure, la pièce Les Amers (2008) de Mathieu Beurton, le film « Potains mondains et amnésie partielle » (2001) de Peter Chelsom, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato (avec l’emphase sur la rumeur et les chuchotements), la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, le vidéo-clip de la chanson « Rumour » de Chlöe Howl, etc.

 

« Et voilà… le regard des autres… » (William, le héros homo, blasé par la soi-disant « homophobie » dont il ferait l’objet, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; « Cette chose universellement décriée, qui ne trouverait nulle part un défenseur : ‘le potin’, lui aussi, soit qu’il ait pour objet nous-même et nous devienne ainsi particulièrement désagréable, soit qu’il nous apprenne sur un tiers quelque chose que nous ignorions, a sa valeur psychologique. Il empêche l’esprit de s’endormir sur la vue factice qu’il a de ce qu’il croit les choses et qui n’est que leur apparence. » (Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, 1922-1923) ; « Ni mes amis homosexuels ni mes amis hétérosexuels ne l’ont jamais su et même en le lisant penseront que c’est une invention tant ils me croient un homosexuel pur. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, pp. 21-22) ; « Souvent, tu t’es efforcé d’imaginer l’impression que tes ‘clients’ se faisaient secrètement de toi : un communiste, un Juif, un courageux, un passeur, un étudiant en chimie, un homosexuel, un soumis, un meneur, un traître, un indépendant, un garçon serviable, un jeune homme contraint, un allié, un complice, un auxiliaire ? Tu conclus : un peu tout ça. » (Félix, le héros homosexuel du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 72) ; « Papa, des regards, tu en parles. » (Gatal s’adressant à son Père 1, homosexuel comme lui, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) ; « Que vont dire les gens ? » (cf. le chanson « J’ai le droit aussi » de Calogero) ; « J’ai jamais aimé ce mot ‘pédé’. C’est un peu moche, brutal, dur, carrément méprisant. Ça m’agresse. » (Guen, le héros homosexuel dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt) ; « Contrairement à toi, j’en ai rien à faire du regard des autres ! » (Joël, homo, s’adressant à l’un de ses comparses homos de son équipe de water-polo gay, dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare) ; « Surtout, n’ayez pas peur du regard des autres. » (Caroline s’adressant à Raymond en pensant qu’il est gay, dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet) ; etc.

 

Par exemple, au tout début du roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, l’accent est mis sur la « rumeur » (p. 9). Dès les premières pages du roman Le Garçon qui pleurait des larmes d’amour (2007) d’Alexandre Delmar, on constate que l’image et les insultes occupent une place primordiale. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, les deux frères Ody et Dany (le héros homo) sont fans de la chanson « Rumore » de Raffaella Carrà. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, les faits et gestes des personnages homosexuels sont filmés, puis colportés par la rumeur : « Un bruit court. » (le Père 2) Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, Vincenzo est obsédé par le qu’en-dira-t-on à propos de l’homosexualité de son fils Antonio : dans les lieux publics, il est persuadé que tout le monde l’a identifiée et en rient. Il s’est complètement identifié à la caricature qu’il s’est faite de son fiston. Les autres personnages, homos ou pas, vivent également dans l’angoisse de la rumeur. Dans le film « La Princesse et la Sirène » (2017) de Charlotte Audebram, la rumeur homophobe est traduite par l’allégorie de la Sorcière. Dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel, la photo de Nathan et de Louis s’embrassant secrètement à une soirée de jeunes circule sur les réseaux sociaux

 
 

b) Le personnage homosexuel a subi une violence verbale ou visuelle :

En général, la rumeur ou les regards qui entourent le héros homosexuel sont violents, isolants et insultants : « Ses camarades disaient de lui qu’il était un original ; d’autres, moins subtiles, assuraient qu’il était ‘toqué’. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 150) ; « La peur des regards qui glissent et blessent. » (cf. la chanson « Appelle mon numéro » de Mylène Farmer) ; « Quand est-ce que tu vas arrêter de te focaliser sur ce que les autres pensent ?! » (Ziki s’adressant à sa copine Kena qui veut que leur liaison reste discrète, dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu) ; « À l’école, on nous appelle ‘sales Boches’ ou ‘Rommel’ ou ‘Rommel heil Hitler’ quasiment depuis la maternelle. Notre vrai nom c’est Wommel et la guerre est finie depuis plus de trente ans mais les Allemands ont laissé de mauvais souvenirs dans les familles françaises. » (Ernst, le héros homosexuel du roman J’apprends l’allemand (1998) de Denis Lachaud, p. 5) ; « C’est incongru […] de voir des mouettes tourbillonner là-haut dans le ciel, avec leurs ailes immenses, blanches et grises et leur bec étonnamment grand et menaçant, descendre en piqué et s’emparer d’un morceau de bagel abandonné. J’ai été surprise de les voir en pleine nuit tracer des cercles dans le ciel tandis que je marchais samedi soir dans Hendon. […] J’ai rêvé des mouettes de Hendon, cette nuit-là, de la pointe acérée de leur bec et de la souplesse de leurs griffes. De cette façon qu’elles ont de tourner la tête sur le côté et de vous regarder d’un œil unique, perçant et impénétrable. Un rêve digne de Tippi Hedren, lorsqu’elle s’enfuit, poursuivie par des hordes de mouettes, sauf que ces oiseaux-là ne faisaient rien, n’attaquaient pas, n’entraient pas par la cheminée ni ne cassaient les vitres. Ils regardaient seulement. » (Ronit, l’héroïne lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, pp. 161-162) ; « Faudrait pas que tu finisses PD ! » (Marco, l’hétéro, s’adressant à Fabien Tucci, homosexuel, qui a intériorisé l’insulte, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « ‘Tu vas pas finir PD ?’ Voilà ce qu’il me racontait mon père. » (Louise, le personnage trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; etc.

 

Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, lors d’une séance de karaoké, où Steve (le héros homosexuel) se ridiculise, la prestation vire à la vision d’enfer : il voit tous les clients du bar ricaner (au ralenti), l’insulter de « sale pédé », puis en menace violemment un avec une bouteille de bière car il ne gère pas l’humiliation. Dans le film « Close » (2022) de Lukas Dhont, Léo, le jeune héros homo, se fait traiter de « pédale » sur la cour du collège, et ça fait son chemin dans sa tête.
 
 

c) La violence du regard et des mots prend la forme de l’amour parental idéalisant ou de l’amour homosexuel :

La violence verbale ou visuelle que le personnage homosexuel a subie a pu s’opérer, paradoxalement, sous couvert d’intentions positives, flatteuses et idéalisatrices. Elle se présente alors sous deux formes : la projection (souvent sexuée, voire asexualisante et angéliste) parentale et sociale, ou bien la projection amoureuse.

 

En général, le héros homosexuel né garçon est considéré comme une fille, et l’héroïne lesbienne né fille est considéré comme un garçon par ses parents ou son entourage social : « J’ai toujours rêvé d’avoir une petite canette. » (Madame Galantine au moment de la naissance de son fils caneton Ernest, qui se révèlera plus tard homosexuel, dans le spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde (2008) de Philippe Robin-Volclair) ; « Je compris à ce moment précis la réelle frustration de cette femme. Oui, elle voulait un garçon, mais plus encore. Encombrée par ses seins, ses hanches, son bassin, son ventre, ma mère désirait un pénis pour elle toute seule […] » (la narratrice lesbienne parlant de sa propre mère, dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 42) ; « Les gens butent sur mon nom, le début ne va pas avec la fin, ils ont l’impression que le prénom est celui d’une fille… » (Garnet Montrose, le héros homosexuel du roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 24) ; « Je pourrai me montrer enfin sa digne fille, et lui faire le plaisir de lui ressembler, lui qui a toujours cru me cacher sa déception de ne pas m’avoir réussie garçon. » (Émilie, l’héroïne lesbienne parlant de son père, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 187) ; « C’est vraiment dommage que notre jeune demoiselle ne soit pas un garçon. » (Ana à son mari Sir Philip concernant leur fille lesbienne Stephen, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 55) ; « L’idée qu’Anna pourrait très bien lui donner une fille ne sembla pas un moment effleurer son esprit ; Sir Philip voyait en elle une mère capable de ne donner que des fils. » (op. cit., p. 18) ; « D’ailleurs, leur enfant portera un nom masculin : Stephen. Le fils qu’ils attendaient semblait long à venir. […] Stephen resta ainsi le coq du nid. » (op. cit., p. 21) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, Miguel, le jeune père (qui ne tardera pas à se déclarer homosexuel) d’un petit bébé qui s’appellera comme lui, s’amuse à le féminiser (« Miguelina ») devant le ventre arrondi de sa femme Mariela… démarche qui amuse moyennement cette dernière. Dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Juliette, l’héroïne lesbienne, est vue comme un garçon par son grand frère Adrien. Dans le film « Hollywood malgré lui » (2004) de Pascal-Alex Vincent, Adrien Perreti a été pris toute sa vie pour une fille. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, l’un des protagonistes homosexuels insiste sur le poids de la projection sexuée de ses parents quand il était bébé, pour expliquer l’émergence de son homosexualité. Dans le sketch « Sacha » de Muriel Robin, Bruno, le héros homosexuel, s’est fait appeler « la chochotte » par son père étant petit ; et ses parents ont toujours voulu une fille. Dans le film « Attitudes » (2005) de Xavier Dolan, Jules, le héros homosexuel, est traité de « p’tit gars à sa maman » par un camarade du collège. Dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi, Joaquín, à 15 ans, est traité de « poupée de porcelaine » par son père et finit par intégrer la suspicion d’homosexualité qui pèse sur lui lors de la conversion qu’il surprend entre ses parents : « Qu’est-ce que tu veux ? Qu’il soit un pédé ? » Dans le film « Mann Mit Bart » (« Bearded Man », 2010) de Maria Pavlidou, l’héroïne lesbienne, Méral, étant petite, a été considérée par ses parents comme une femme à barbe. Dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, veut écrire une pièce racontant l’histoire d’« un garçon qui doit assumer son hétérosexualité dans une famille qui a décrété qu’il était homosexuel ». Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Charlène est surnommée « Charlie » par ses camarades du lycée.

 

La projection parentale n’est pas nécessairement sexuée : les géniteurs du héros font parfois simplement peser sur ses épaules le poids de leurs attentes narcissiques, irréalistes et démesurées : cf. le roman Un Garçon parfait (2008) d’Alain Claude Sulzer, le film « The Perfect Son » (2000) de Leonard Farlinger, etc. Par exemple, dans la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti, Djalil reproche à sa mère « la dureté de ton regard ». Dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Isabelle, la mère porteuse présumée, appelle son hypothétique fils « Superman ». Dans la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, Marianne compare son fils à un dieu. Dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener, le père de Claire (l’héroïne lesbienne) lui dit qu’« elle est parfaite ».

 

« Ses parents l’étouffent depuis son plus jeune âge. Il croule sous le poids de leurs ambitions et de leurs attentes. » (Thibaut de Saint Pol, N’oubliez pas de vivre (2004), p. 155) ; « J’étais la fille la plus brillante et ambitieuse [pour mes parents]. » (Florence, l’héroïne lesbienne de la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Ses parents l’imaginent tellement et si bien, tant le pensent, le repensent, l’espèrent, le caressent, le gnognotent et le bercent, qu’un jour Vincent Garbo se met à exister, à exister vraiment, quoique toujours pas né et même pas loin de là. […] Vincent Garbo ayant enfin l’âge de son portrait. » (Quentin Lamotta, Vincent Garbo (2010), p. 36) ; « Regarde : tu es beau, intelligent, bon élève. Tes parents vivent dans le mythe d’un fils parfait. » (Chris à son amant Ernest, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 112) ; « Notre petit génie » (Petra parlant de l’enfant qu’elle attend avec Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 16) ; « Je suis sûr que t’étais l’enfant parfait. » (Bryan s’adressant amoureusement à son amant Tom, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; etc.

 

Le regard homophobe ou violent dont le héros homosexuel pâtit, contre toute attente, vient très souvent de ses propres amants, et des mots ou yeux qui désirent actualiser l’homosexualité : « À cause de ce regard sur moi, la virginité en moi se sent soudain violée. » (l’un des protagonistes homosexuels de la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès) ; « Il m’a brûlé le doigt du regard. Et maintenant, ça me fait mal. » (Jeanne parlant du Vrai Facteur, dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi) ; « Tu t’es retourné et m’as jeté un dernier regard, comme le matador avant de quitter l’arène qui regarde une dernière fois le taureau qu’il vient de terrasser, pour être certain qu’il est bien en train d’agoniser. Ne t’inquiète pas, je suis ce taureau, je suis dans le même état. Tu n’as pas raté ta cible. Tes paroles et tes gestes méprisants me transpercent toujours le cœur. Comme ce taureau, je vis mes derniers instants, je ne m’en relèverai pas. » (Bryan à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, pp. 306-307) Par exemple, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, le narrateur homosexuel reconnaît ses pairs homosexuels à « leurs regards insistants, cette façon languide de se tenir » (p. 28). Dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, la pesanteur des lieux de drague homosexuel où tous se regardent et jouent sur le poids des regards est très bien rendue.

 
 

d) La soumission plus ou moins naïve aux regards et à l’insulte/la flatterie :

Loin de remettre en cause cette violence verbale ou visuelle, le personnage homosexuel la reproduit souvent. En effet, il surévalue à outrance le regard ou les mots des autres. Et quand il chante les siens, c’est généralement qu’il fait preuve de narcissisme et qu’il se prend pour un Dieu-artiste. Il se met alors à ne vivre que pour être vu, à s’exhiber, à adorer les cancans : « Le commérage est beaucoup plus intéressant que les monuments d’une ville, […] il constitue tout l’enchantement de nos existences. » (Antonio de Hoyos, Las Frecuentaciones De Mauricio, 1917) ; « J’ai toujours été fasciné par la magie des mots. » (Bryan à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 304) ; « Les mots ont sur moi un grand pouvoir. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 197) ; « Tout passe par les yeux. » (l’un des protagonistes dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier) ; « C’est la reine des rumeurs et des ouï-dire. Simone a la réputation d’être une fille volage et le fait qu’elle ait frayé autrefois avec un Boche n’arrange rien. C’est le genre de femmes que les gens bien-pensants haïssent. » (Thibaut de Saint-Pol, À mon cœur défendant (2010), p. 175) ; etc. Par exemple, dans le roman Les Dix Gros Blancs (2005) d’Emmanuel Pierrat, Juan, le héros homosexuel, est décrit comme « l’amateur de potins », la langue de pute, la gossip girl. Dans le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh, Russell écoute, affligé, les médisances homophobes d’un groupe de jeunes dans le bus. Dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay, Manon se fait surnommer « Manon le Poison » et ne s’en remet pas.

 

Le héros homosexuel cache mal sa complicité mi-haineuse mi-complaisante avec le « mauvais œil » (le statut de victime que lui donne sa paranoïa ne fera pas longtemps illusion…) : il se met à accorder aux mots et aux regards le pouvoir qu’ils n’ont pas, comme s’il était leur marionnette, leur serviteur, ou qu’il se servait d’eux pour ne pas assumer sa propre homophobie/homosexualité/haine de soi/ses propres complexes : « C’est le regard des autres qui est difficile à supporter. » (Ludo, le héros transsexuel de la pièce Transes… sexuelles (2007) de Rina Novi) ; « Le plus dur, c’est le regard des autres. » (Bryan, le héros gay parlant de son homosexualité, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 109) ; « Le regard des autres sur ce que je suis avait été le drame de ma vie. » (Ednar, le héros homosexuel du roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 169) ; « Stephen était assaillie par l’ancien soupçon qui l’avait hantée depuis l’enfance : elle s’imaginait que l’on se riait d’elle. Elle était si sensitive qu’une phrase à demi entendue, un mot, un coup d’œil la bouleversaient intimement. […] Elle croyait toujours que chaque mot, chaque coup d’œil étaient une allusion à sa personne. […] Mais Stephen haïssait parfois son isolement. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, pp. 101-102) Par exemple, dans la chanson « La Chanson de Jérémie » de Bruno Bisaro, Jérémie, le jeune adulte homosexuel, dit « être crucifié par les regards ». Dans le one-man-show Comment j’ai mangé du chien (2002) d’Evgueni Grichkovets, il est question de « certains bruits étranges » concernant la suspicion d’homosexualité pesant sur un homme dans son milieu professionnel. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Adèle, l’adolescente post-pubère, boit comme du petit lait tout ce qu’elle entend de ses profs en cours ; et son soi-disant lesbianisme naît clairement de la pression naît de la pression sociale à « niquer », à « faire couple » obligatoirement (ses amies la poussent d’abord dans les bras de Thomas).

 
 

e) La rumeur, la réputation, ou la vue : filles de l’homosexualité ?

POIDS 2 Casse-toi Jean-Marie Périer

Essai « Casse-toi » de Jean-Marie Périer


 

En général, la rumeur ou les regards qui accompagnent le héros homosexuel concernent l’homosexualité : cf. le roman La Mala Fama (1922) d’Álvaro Retana, le film « Sotvoreniye Adama » (« La Côte d’Adam », 1993) de Yuri Pavlov, le film « Fucking Amal » (1998) de Lukas Moodysson, le film « Charlotte dite Charlie » (1995) de Caroline Huppert, la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le film « Pauline » (2009) de Daphné Charbonneau (la rumeur d’« être une gouine »), la chanson « Il jouait du piano debout » de France Gall (dédiée au chanteur Elton John), le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler (avec la rumeur de lesbianisme conduisant au suicide de l’héroïne lesbienne et à la fermeture d’un pensionnat de jeunes filles), la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell, etc.

 

Téléfilm "À cause d'un garçon" de Fabrice Cazeneuve

Téléfilm « À cause d’un garçon » de Fabrice Cazeneuve

 

Souvent, le personnage homosexuel apprend son homosexualité par un message écrit sur un mur. « C’est seulement lorsque Jane leva les yeux et vit les mots ‘Lesben Raus !’ tracés en grandes lettres maladroites sur leur porte d’entrée qu’elle comprit que c’était de la peinture. » (Jane, l’héroïne lesbienne lisant sur le seuil de l’appartement qu’elle partage avec Petra sa compagne « Les Lesbiennes : dehors ! », dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 143) Par exemple, dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, l’inscription « LE PRÊTRE EST UNE PÉDALE » est marquée en rouge sur la porte de la maison du père Adam. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Frankie, le héros homosexuel, s’arrête dans une rue de San Francisco pour y lire un tag rouge énorme « PÉDÉS = SIDA CREVEZ ! » inscrit sur un matelat. Dans le téléfilm « À cause d’un garçon » (2002) de Fabrice Cazeneuve, Vincent, le futur héros homo, découvre un graffiti sur un mur du lycée le traitant de « pédé ». Toute la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov porte sur un quiproquo et la rumeur infondée de lesbianisme qui pèsent sur deux camarades à la base hétéros, Amy et Karma. Dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée, Ron, pourtant hétérosexuel, se voit stigmatisé comme homosexuel parce qu’il a le Sida : sur sa maison est inscrit en gros en peinture « Attention ! Sang de pédé ! ». Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Charlène, l’héroïne lesbienne, voit sur sa table de lycée des graffitis sur elle qui l’injurient : « Charlie la pute ! » Dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel, la porte du domicile de Nathan, le héros homo, porte une grosse inscription noire à la bombe « SALE PD DÉGAGE ! ».

 

« On dit que ton petit ami est un gay. » (cf. la chanson « Laisse parler les gens » du groupe Dealer de Zouk) ; « C’est quoi, la Rumeur n°1 dans le show-biz ? C’est l’homosexualité. » (Anthony Kavanagh dans le one-man-show Anthony Kavanagh fait son coming out, 2010); etc.

 

Par exemple, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, il est énormément question, en lien avec l’homosexualité, du poids écrasant de la rumeur dans la communauté juive, rumeur baptisée « lechon ha-ra » (p. 157). Dans le spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde (2008) de Philippe Robin-Volclair, l’homosexualité d’Ernest est née d’un commérage, d’un simple téléphone arabe. Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Stéphane, le héros homosexuel, raconte qu’il se faisait traiter de « pédé » à la danse, lorsqu’il était adolescent. Dans le film « Only The Brave » (1994) d’Ana Kokkinos, Alex se bat avec une autre fille qui l’a traitée de « lesbienne » dans les toilettes du lycée. Dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, Zac se fait traiter de « fifille » par son père, et de « fif » à l’école. Dans le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder, la rumeur sur l’homosexualité de Watson se diffuse comme une traînée de poudre pendant une fête. Dans le film « Passion » (1964) de Yasuzo Masumara, c’est la rumeur d’homosexualité qui crée le désir homosexuel. Le film « Le Placard » (2001) de Francis Veber illustre bien que les croyances et les regards l’emportent sur la soi-disant « réalité » homosexuelle : « Vous verrez. Ce qui va changer, c’est le regard des autres. » déclare Jean-Pierre Belone, le voisin homosexuel du héros hétérosexuel François Pignon, qui se fera passer pour homosexuel afin de ne pas perdre son travail.

 

De manière à la fois étonnante et déconcertante, le héros homosexuel donne raison à la rumeur, à l’insulte, à l’image déréalisante, sexiste et homophobe qu’on projette sur lui : « Moi, les lazzis, les quolibets, me laissent froid puisque c’est vrai. Je suis un homme, oh ! comme ils disent. » (cf. la chanson « Comme ils disent… » de Charles Aznavour) ; « Écolier, collégien, lycéen, je n’ai jamais su au juste ce que signifiait ce mot barbare : homosexuel, injure que les garçons de mon âge et moi-même nous accolions, telle quelle ou sous l’un des avatars populaires, au nom de toute personne qui se trouvait en travers de notre chemin. Les enfants ne se doutent pas à quel point cette langue qu’on leur transmet comme un pigeon blanc, est en réalité une langue de bois, qui bat l’humain comme linge au lavoir. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 17) ; « J’ai 22 ans et je vis toujours chez mon père. En plus, il est persuadé que je suis une fille de 2 ans. Du coup bah… je m’appelle Sophie. » (Bill dans la pièce éponyme (2011) de Balthazar Barbaut) ; « Non, mais, des fois… que vous me prendriez pour un voleur ?… » (André Gide, Les Faux-Monnayeurs (1925), p. 102) ; « J’ai cru qu’à m’insulter de ‘tapette’… ils l’avaient lu sur mon front. » (Fabrice, le héros homosexuel de la B.D. Journal (1) (1996) de Fabrice Neaud) ; « C’est drôle, tout se mélange dans ma tête. On a une chose en soi dont on ignore tout car on ne le soupçonne même pas. Et soudain un soir, par ennui, une enfant raconte un mensonge. Et c’est là qu’on en prend conscience. On s’interroge : l’a-t-elle vu ? L’a-t-elle senti ? » (Martha, l’héroïne lesbienne du film « The Children’s Hour », « La Rumeur » (1960) de William Wyler, évoquant une écolière qui l’a « grilléé » par rapport à son homosexualité) ; « On m’a tellement fait comprendre que j’étais une brebis galeuse que j’ai fini par le devenir. » (Mathieu Amalric dans le film « Alice et Martin » (1997) d’André Téchiné) ; « Untel te traitait de pédé, mais c’était pour déconner. Tu ne vas pas me dire que t’es comme ça quand même… ??? » (Johnny à son futur amant Steven, dans le film « Get Real », « Comme un garçon » (1998) de Simon Shore) ; « Il a vu dans vos yeux tant de haine qu’il s’est cru un instant plus le même. » (cf. la chanson « Devant soi » de Mylène Farmer) ; « L’insulte, c’est comme le mot, il te fait devenir ce qu’il dit. Il te change. » (Franck, le héros homosexuel de la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely) ; « Tu t’en empares… et tu la revendiques. » (Mark, le chef de l’association LGBT londonienne, parlant de l’insulte homophobe, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « Si Maria faisait courir le bruit que Jane était une espèce de prédatrice lesbienne avec un penchant pour les adolescentes, la vie à Berlin pouvait devenir impossible. » (Jane parlant de Maria la prostituée, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 168) ; etc. Par exemple, dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, Joe, alors qu’il était marié, finit par s’avouer vaincu par la suspicion d’homosexualité qui pèse sur lui. Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, la rumeur de lesbianisme déferle sur Sonia et Clara : elles finiront par lui obéir… alors que tout était parti pourtant d’un banal exercice de respiration abdominale qu’elles faisaient ensemble, et qui a été vu d’un groupe de garçons à l’esprit mal tourné. Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Léo et Gabriel deviennent homos en obéissant à la suspicion d’homosexualité qui pèse sur eux, à cause de Fabio et de sa bande. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, se fait traiter d’homo par ses camarades et ne sait pas ce que ça veut dire : « C’est quoi, une tapette ? » demande-t-il à Juan et à Teresa. Il finira par devenir homo. Dans l’épisode 86 « Le Mystère des pierres qui chantent » de la série Joséphine Ange-gardien, diffusée sur la chaîne TF1 le 23 octobre 2017, Louison est grillée pour son homosexualité par des photos prises sur téléphone portable à une soirée, où elle enlace – à la base amicalement – sa meilleure amie Clara. « La rumeur qui lui dit qu’elle est homo » (Joséphine) finit par emporter Louison, qui finit par se déclarer « lesbienne ».

 

Dans le téléfilm Fiertés de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018, Victor, le héros homo de 17 ans, reçoit un appel téléphonique anonyme de gars de son lycée qui se font passer pour homosexuels afin de lui soutirer son secret. Une fois qu’il confirme à demi-mot la rumeur, ces derniers lui balancent : « Tout le monde savait que t’étais une pédale ! », avant de raccrocher. Quand la mère de Victor lui demande qui c’était, il invente une excuse : « C’est un remplacement pour un match de foot, et j’pourrai pas. » En réalité, Victor, à l’âge adulte, finit par intégrer dans sa tête la rumeur d’homosexualité, même si face à son père il continuera de répéter le discours appris de l’indifférence au qu’en dira-t-on : « On s’en fout du regard des gens. On vit pas sa vie en fonction du regard des gens. Je te signale que moi aussi j’ai dû me défendre contre le regard des gens. »
 

Chez le héros homosexuel, la focalisation sur le regard – des autres ou le sien – est souvent le signe à la fois du voyeurisme et de la paranoïa, bref, de la schizophrénie et de l’idolâtrie : « Goliatha, le rat me regarde ! J’ai peur ! » (L. dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « On raconte que quand les ‘Boludos’ vous regardent dans les yeux vous restez figé dans la même position pour l’éternité. On a trouvé sur leur chemin d’innombrables statues en lave représentant des êtres humains et des animaux à l’expression effrayée. » (cf. la nouvelle « La Déification de Jean-Rémy de la Salle » (1983) de Copi, p. 58) C’est finalement bien logique : l’esprit schizophrène a tendance à prendre les mots et les images pour des choses bien réelles, ses désirs et ses peur pour des faits. Pour lui, le mot « chien » mord, et le mot « amour » aime.

 

C’est finalement l’étiquette « l’homosexuel » ou « la lesbienne » ou « l’amour homosexuel » qui blesse réellement le héros homosexuel (car cette étiquette le réduit à son désir et ne repose pas sur le Réel) plus que les regards en eux-mêmes (qui parfois sont des reflets du Réel et de l’Amour).

 
 

f) La destruction iconoclaste des regards et des mots : la collaboration molle, qui passe par l’indifférence ou l’orgueil forcé

Comme le personnage homosexuel est vexé de reproduire comme un mouton cette violence verbale et visuelle qu’il a subie, il se met par fierté mal placée à mépriser à outrance le regard ou les mots des autres, à jouer l’indifférence, ou au contraire à les revendiquer comme siens dans la débauche d’exhibition et de caricature, alors que ces derniers pourraient le faire grandir, le ramener au Réel, l’ouvrir à la relation, et le renvoyer à la conscience de ses actes : « Tu dois apprendre à ignorer le regard des autres ; à force, tu verras, ça glissera sur toi sans t’atteindre. » (le professeur de littérature gay de Vincent, le héros homosexuel du téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve) ; « Le mépris […], les injures […], les impostures caricaturales, c’est impossible de les ignorer. […] Le premier courage dans une vie, c’est de résister à cette méchanceté-là, absolument gratuite. » (Leo, l’un des héros homosexuels du roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 116) ; « La rumeur ne m’atteint pas car mon cœur ne l’entend pas. » (Louise, le personnage trans M to F, dans la chanson du téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « ‘Je suis ailleurs’ […] En énonçant cela, j’ai admis de n’être rien aux yeux du monde, pour toujours. » (idem, p. 127) ; « Cela faisait des années que nous nous étions approprié l’hortensia. Dedans, nous étions invisibles, hors de portée de la maison, des regards du dessus et alentour. » (le couple lesbien Ronit et Esti, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, pp. 212-213) ; « Tout seul dans mon placard, les yeux cernés de noir, à l’abri des regards, je défie le hasard. […] Je me fous bien des qu’en dira-t-on, je suis caméléon. » (cf. la chanson « Sans contrefaçon » de Mylène Farmer) ; « Les histoires de cœur ont vocation à demeurer secrètes, que c’est dans le secret qu’elles s’épanouissent le mieux à ce qu’on prétend. Le secret, bien sûr, est une forme de pudeur, une manière de timidité. Il est ce silence qui nous protège du regard des autres dont on ignore, par avance, s’il sera bienveillant, neutre ou malveillant. » (Philippe Besson, En l’absence des hommes (2001), p. 144) ; « Avec une perruque, j’accepte votre regard, je déclare votre jugement moins lourd sur moi… vous pouvez me trouver belle et laide, vous pouvez me regarder, me dévisager avec un sourire aux lèvres, une larme dans les yeux ou plisser le front, je ne suis plus moi-même… Je m’en fous je ne suis pas là. Je joue pour moi, pas pour vous. » (l’Actrice dans la pièce Parano : n’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier)

 

Par exemple, dans le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh, la scène du bus, où Russell, l’un des deux héros homosexuels, entend un groupe de jeunes tenir des propos très homophobes et caricaturaux sur les « folles », montre parfaitement le mépris affiché du réalisateur pour la rumeur homophobe. Dans sa chanson gay friendly « A Quién Le Importa », la chanteuse espagnole Alaska invite la communauté interlope à faire fi des regards d’autrui et de la rumeur sociale.

 

Parfois, la négativité du regard social est à l’image du mépris misanthrope/de la peur que le héros homosexuel a initialement porté(e) à ses pairs, au désir et à la sexualité : « Quand je leur jetais de nouveau un regard, elles [Varia et sa copine] s’étaient transformées en monstre à deux têtes et ricanaient de plus belle, en renversant à tour de rôle leurs chevelures blonde et brune. » (Jason, l’un des héros homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 59-60) ; « Mes petits frères me regardaient déjà comme un étranger, parce que je ne voulais pas faire de sport en club avec eux et que je préférais rester dans mon monde. » (Mourad, l’un des héros homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 337) ; etc. Par exemple, dans le film « Rimbaud Verlaine » (1995) d’Agnieszka Holland, quand Paul Verlaine demande à son amant Arthur Rimbaud ce qu’il craint le plus, ce dernier lui répond : « Que les autres me voient comme moi je les vois. »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Importance de la rumeur et des regards :

POIDS 3 FIDL

Prospectus FIDL


 

Dans les discours des personnes homosexuelles, il est souvent question de la rumeur ou des regards : « Combien de fois m’y suis-je fait traiter de ‘pédé’ ou d’autres mots équivalents ? Je ne saurais le dire. Du jour où je la rencontrai, l’insulte ne cessa plus de m’accompagner. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 201) ; « Elle choisit pas le chemin le plus facile pour elle. Y’a toujours un regard, le regard des autres. » (Vincent, le père de Sarah, lesbienne, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy de l’émission Tel Quel diffusée le 14 mai 2012 sur la chaîne France 4) ; « J’étais appelée le garçon manqué.F to M, pendant le débat « Transgenres, la fin d’un tabou ? » diffusé sur la chaîne France 2 le 22 novembre 2017) ; etc. Ce n’est pas un hasard si le groupe musical lesbien Gossip signifie « ragots » en anglais.

 
 

b) La violence verbale ou visuelle :

POIDS 4 Visage

 

En général, la rumeur et les regards dont les individus homosexuels parlent sont violents, isolants, et insultants. Certains évoquent « les regards qui font mal » (Corinne, femme lesbienne, dans l’émission Ça se discute, diffusée sur la chaîne France 2, le 18 février 2004). « C’est le regard des autres qui me posait problème. » (Michel, témoin homosexuel dans l’essai La Vie sexuelle en France (2002) de Janine Mossuz-Lavau, p. 357) ; « Le regard des autres est peut-être ce qui me dérange le plus. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 62) ; « ‘Tapette’ (ou « Brouteuse » pour l’affiche des femmes lesbiennes) : Il y a des mots qui font mal. » (cf. la campagne publicitaire d’S.O.S. Homophobie, Paris, avril 2008) ; « À dix ans, je volais sans remords des gens que j’aimais et dont je connaissais la pauvreté. On s’en aperçut. Je crois que le mot de voleur me blessa profondément. » (cf. un extrait non-publié de Jean Genet, Journal du voleur (1947), cité dans le Magazine littéraire, n° 313, septembre 1993, p. 16) ; « La femme, celle qui vit son amour d’une autre femme, dans la splendeur d’un (re-)commencement, sent le regard d’autrui, interrogateur, hostile, soupçonneux, comme une ombre qui tente de s’allonger sur son bonheur. » (Geneviève Pastre, De l’amour lesbien (1980), p. 38) ; « Ednar en veut précisément à ses compatriotes îliens qui jadis l’ont couvert de honte, d’insultes et de mépris. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, Un Fils différent (2011), p. 81) ; « La plupart du temps ils me disaient ‘gonzesse’, et ‘gonzesse’ était de loin l’insulte la plus violente pour eux. […] Même ma mère disait d’elle ‘j’ai des couilles moi, je me laisse pas faire’. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 30) ; « Les mots ‘maniéré’, ‘efféminé’, résonnaient en permanence autour de moi dans la bouche des adultes : pas seulement au collège, pas uniquement de la part des deux garçons. Ils étaient comme des lames de rasoir, qui, lorsque je les entendais, me déchiraient pendant des heures, des jours, que je ressassais, me répétais à moi-même. » (idem, p. 84) ; « La rumeur s’était répandue et les regards au collège se faisaient de plus en plus insistants. Les ‘pédé’ se multipliaient dans les couloirs, les petits mots retrouvés dans le cartable ‘Crève tapette’. Dans le village, où j’avais été jusqu’alors relativement épargné par les adultes, les insultes sont apparues pour la première fois. » (idem, p. 162) ; « C’est quand même toujours très déstabilisant de remarquer les regards différents et qui peuvent être des fois assez durs à supporter. » (Lucien, jeune homme homosexuel, dans l’émission Temps présent spéciale « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne, diffusée sur la chaîne RTS le 24 juin 2010) ; etc.

 

Par exemple, au collège de Rossall, on appelait J. R. Ackerley « la fille » et ses camarades de classe commençaient à faire des allusions à son homosexualité. Au collège, on traitait Tennessee Williams de « Sissy » ; même son propre père appelait l’enfant invalide « Miss Nancy ».

 
 

c) La violence du regard et des mots prend la forme de l’amour parental idéalisant ou de l’amour homosexuel :

La violence verbale ou visuelle que beaucoup de personnes homosexuelles ont subie a pu s’opérer, paradoxalement, sous couvert d’intentions positives, flatteuses et idéalisatrices. Elle se présente alors sous deux formes : la projection (souvent sexuée, voire asexualisante et angéliste) parentale et sociale, ou bien la projection amoureuse.

 

Il est fréquent que le sujet homosexuel né garçon soit, dès sa plus tendre enfance, considéré comme une fille, et que la future femme lesbienne ait été prise pour un garçon : « Le regard et la conviction des parents sur le sexe de leur enfant sont absolument déterminants pour le développement de l’identité sexuelle de celui-ci. C’est même le facteur le plus important, comme on le voit à propos des enfants intersexuels. » (Élisabeth Badinter, X Y de l’identité masculine (1992), pp. 66-67) ; « Maman désirait une fille. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 13) ; « Juste avant ma naissance, elle [ma mère] avait demandé à mon père d’acheter de la layette bleue, or tous les vêtements qu’il a rapportés étaient de couleur rose ! J’ai eu l’impression que mon destin avait été scellé alors que j’étais encore dans le ventre de ma mère… » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 91) ; « Ma mère qui m’avait étreint dans ses bras dès mes premiers cris, n’avait pas trouvé mieux que de verser une larme en susurrant ‘Mon petit flamant’, ignorant réellement tout de cette appellation et de l’impact que cela aurait dans sa vie. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 11) ; « Ton père voulait avoir un gosse, bon, il voulait une petite fille, mais on t’a eu toi, il voulait l’appeler Laurenne, j’avais râlé, je veux plus de fille, plus de pisseuse, et donc on t’a eu toi vu qu’on avait perdu l’autre. » (la mère s’adressant à son fils Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 76) ; etc. Par exemple, Marguerite Smith, la mère de l’écrivaine lesbienne Carson McCullers, espérait au départ un garçon quand sa fille est née. Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, on découvre que la Reine Christine, pseudo « lesbienne », a été méprisée par ses parents dès sa naissance : « Tu es une fille et la déconvenue est grande. » (Christine se parlant à elle-même à la deuxième personne) ; « Tu nais, coiffée de la tête jusqu’aux genoux, toute velue. Ta mère te trouve repoussante. » (idem) Elle est élevée comme un garçon, restera célibataire toute sa vie.

 

La projection parentale n’est pas nécessairement sexuée : les géniteurs du sujet homosexuel font parfois simplement peser sur ses épaules le poids de leurs attentes narcissiques, irréalistes et démesurées : « Ces prodiges prématurés d’esprit qui deviennent au bout de quelques années des prodiges de bêtise ! Quelle famille ne possède son enfant prodige ? » (l’écrivain français homosexuel Raymond Radiguet, en septembre 1920) ; « Mes parents ont toujours vu grand pour moi et j’ai toujours peur de les décevoir et de me décevoir à mon tour de ne pas avoir été à la hauteur de leurs espérances. On ne devrait pas vivre sa vie pour ses parents. On devrait d’abord la vivre pour soi… mais inconsciemment je sais bien qu’ils ont raison. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 67) ; « Régine, qui avait des parents octogénaires, se plaignait de ce qu’ils étaient complètement déphasés par rapport à notre époque. Elle était fille unique et semblait, comme moi, avoir du mal à supporter le poids écrasant de leurs attentes. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 232) ; etc.

 

Dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), l’écrivaine lesbienne Paula Dumont raconte combien elle a souffert que ses parents aient attendu un garçon à sa place : « Je ne comprends pas pourquoi on parle de moi au masculin. Enfin, toute entière livrée à cette vallée de larmes, je pousse mon premier cri. […] Tout me porte à penser que ma mère aurait préféré accoucher d’un mâle […]. » (pp. 13-14). Pendant toute son adolescence, elle tente d’« échapper au poids de leurs attentes et de leur anxiété » (p. 42)

 

Dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) Yves Riou et Philippe Pouchain, on apprend que l’acteur Jean Marais est né juste après le décès de sa sœur Madeleine et que sa mère l’a élevé comme une petite fille parce qu’elle n’a pas dépassé ce deuil : « Enlevez-le, je ne veux pas le voir ! » a-t-elle dit dans la salle d’accouchement face à son enfant. Après, elle tentera de rattraper l’acte de trahison par une complicité singée avec lui : « Après, ma mère m’a adoré et j’ai adoré ma mère. Comme ma mère aurait voulu une fille, elle me traite en fille. » (Jean Marais)

 

Le regard homophobe ou violent dont beaucoup de personnes homosexuelles pâtissent, contre toute attente, vient très souvent de leurs propres amant(e)s, et des mots ou yeux qui désirent actualiser l’homosexualité : « J’avais désormais une image. Une étiquette officielle. Un label. Le garçon efféminé. La petite femme. On allait passer sur moi. On allait chaque jour et de plus en plus abuser de moi. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 28) ; « Un beau jour, mon regard croisa celui d’un garçon qui ne cessait de cocher, je ne sais quoi, dans son journal. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 99) ; « Non, je n’ai jamais été violé et abandonné comme par ce regard en une seconde et en pleine rue, subtil, sagace, sûr de son harpon et sans remords… Cet homme… s’est retourné tout d’un coup et, me dévoilant son visage d’Archange, m’adressa face à face ce message d’une langueur, d’une ferveur et à la fin d’une férocité qui n’avaient plus rien d’humain… Il y avait bien dans mon allure quelque chose de particulier ce matin, d’étrange, puisqu’un peu plus loin j’éveillai chez un autre inconnu la même curiosité passionnée ou le même soupçon et à la fin la même complicité spontanée et parfaite, le même assentiment sans réticence, le même éphémère et complet don de soi dans un seul regard, plus grave qu’une nuit d’amour. » (Marcel Jouhandeau, Carnets de Don Juan (1947), p. 96) ; « Il n’était pas mon genre. Pas du tout même. Mais il me regardait. Ses yeux étaient noirs, grands, profonds. Quand il les braquait sur moi, je ne savais que faire. Je devenais timide, petit enfant bien élevé. Malgré moi j’étais comme hypnotisé par un je-ne-sais-quoi en lui qui me dépassait, me transportait et qui se logeait dans son regard perçant et légèrement ironique. » (Abdellah Taïa à propos d’un de ses amants potentiels, Javier, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 36) ; « Soudain, j’ai remarqué le regard fixe d’un jeune homme qui était dans un fiacre avec sa femme et leurs deux enfants, si je ne me trompe. Il m’a reconnu. J’ai reçu un coup moral, et j’ai changé de direction. Je suis devenu tout rouge, mais j’ai continué ma chasse aux cocottes. » (Vaslav Nijinski parlant de son passage sur les Grands Boulevards à Paris, dans ses Cahiers, 1918-1919) ; « Je pense que les homosexuels éprouvent, peut-être inconsciemment, un tel poids d’opprobre sur leur être, au simple énoncé de ce mot, alors qu’il ne devrait s’agir que d’une lucidité sur leur vie, que la notion de péché est brouillée pour eux comme la surface d’une mare frôlée par les ailes d’un martin-pêcheur. » (Henry Creyx, Propos décousus, propos à coudre et propos à découdre d’un chrétien homosexuel (2005), p. 69) ; etc.

 

Pour ma part, j’ai, encore à l’heure actuelle, très souvent deviné des homosexualités rien qu’en observant chez les gens qui m’entouraient un regard blessé et blessant, ou des mots assassinés/assassins. Les yeux des sujets homosexuels, surtout ceux des dragueurs, sont des revolvers de la désespérance violente.

 
 

d) La soumission plus ou moins naïve aux regards et à l’insulte/la flatterie :

Loin de remettre en cause cette violence verbale ou visuelle, beaucoup de personnes homosexuelles la reproduisent et la croient réelle. Par démagogie ou absence de sens critique, elles applaudissent au « Roi Point de vue », à la « Déesse Opinion », aux médias, aux commérages : « Ce sont les regardeurs qui font le tableau. » (Marcel Duchamp) Et quand elles chantent leurs propres regards ou mots, c’est généralement qu’elles font preuve de narcissisme et qu’elles se prennent pour des Dieu-artistes. Elles se mettent alors à ne vivre que pour être vues, à s’exhiber, à s’écouter parler, à adorer les cancans, les ragots. Je connais un bon nombre de personnes homosexuelles qui s’intéressent aux ragots et qui consomment de la press people.

 

Leur faiblesse pour les yeux et les mots déréalisants est d’autant plus forte quand elle concerne la présomption d’homosexualité. Elles appliquent sur elles-mêmes le masque du coming out avant même de savoir ce qu’il signifie et ce qu’il cache : « Pendant toute mon adolescence, je me suis fait traiter de tapette. Je n’ai jamais eu de désir pour les hommes. On me disait que j’étais pédé et je ne savais même pas ce que c’était… » (un témoin homosexuel cité dans l’essai Mort ou Fif (2001) de Michel Dorais, p. 47) ; « À l’école, j’étais un pédé. C’était sûr. Un sale petit pédé, même si je ne savais pas vraiment ce que c’était. » (Christophe Tison, Il m’aimait (2004), p. 35) ; « J’ai eu des relations homosexuelles assez jeune, mais sans avoir conscience de ce qu’était l’homosexualité. » (un témoin homosexuel cité dans l’essai Homosexualités masculines et morale chrétienne (1985) de Xavier Thévenot, p. 37) ; « Pédé… je ne savais même pas ce que ça voulait dire. » (Julien, témoin homosexuel cité dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 51) ; « C’est bizarrement plus les autres qui m’ont renvoyé cette image-là que moi-même. » (Olivier, témoin homosexuel du documentaire « Une Vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité » (2002) de Serge Moati) ; « La première fois que j’ai entendu le mot homosexuel, c’était à la radio, j’avais quatorze ans, et j’écoutais la radio le soir tard, dans mon lit. » (Lidwine, femme lesbienne de 50 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 64) ; « Dans le couloir ils m’ont demandé qui j’étais, si c’était bien moi ‘Bellegueule’, celui dont tout le monde parlait. Ils m’ont posé cette question que je me suis répétée ensuite, inlassablement, des mois, des années, ‘C’est toi le pédé ?’ En la prononçant ils l’avaient inscrite en moi pour toujours tel un stigmate, ces marques que les Grecs gravaient au fer rouge ou au couteau sur le corps des individus déviants, dangereux pour la communauté. L’impossibilité de m’en défaire. » (Eddy Bellegueule dans son roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 15-16) ; « N’importe où où je vais, je pense qu’il y aura toujours des insultes. » (Sofiane, musulman homosexuel de vingt ans, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc.

 

Cette soumission aux mots et aux regards d’autrui se fait passer pour de l’amour, de l’écoute, du sens artistique, alors qu’elle est le signe d’un gros manque de personnalité, d’un effondrement identitaire, et d’un désir incestueux/homosexuel de fusionner avec les individus qui nous entourent : « J’aime les autres et n’existe que par eux. » (Jean Cocteau cité dans l’article « Le Journal de l’inconnu » de Gérard de Cortanze, dans le Magazine littéraire, n°423, septembre 2003, p. 55) ; « Tout homme qui place sa vérité dans son Être-pour-l’autre se trouve dans une situation pré-pédérastique. » (Jean-Paul Sartre, Saint Genet (1952), p. 98)

 

Dans son excellente biographie de Jean Genet Saint Genet comédien et martyr (1952), Jean-Paul Sartre insiste sur la naïveté, le caractère influençable et « l’idolâtrie de Genet » (p. 169) : « On lui a dit qu’il était méchant, il le croit donc. » (p. 46) ; « Le regard des adultes est un pouvoir constituant qui l’a transformé en nature constituée. » (p. 63) ; « Une condamnation peut être ressentie comme un viol. » (p. 98) ; « Genet, sexuellement, est d’abord un enfant violé. Ce premier viol, ce fut le regard de l’autre, qui l’a surpris, pénétré, transformé pour toujours en objet. » (p. 96)

 

L’injure est même mise à la place de Dieu par Didier Eribon dans son essai Réflexions sur la question gay (1999) : « Au commencement il y a l’injure. » L’écrivain français Jean Genet, en définissant l’insulte comme « un mot vertigineux venu du fond des âges », la prend limite comme l’origine de l’existence humaine.

 

La majorité des personnes homosexuelles surévaluent à outrance le regard et les mots des autres, en couvrant l’objet de leur indignation par leur propre indignation. Se montrer choqué équivaut pour elles à prouver son innocence, à se badigeonner du sang de l’agneau-victime : « Chaque fois qu’un camarade me lançait au visage, avec un regard noir, ‘sale ficelle !’ j’en avais bien pour trois jours à m’en remettre et à renifler la nuit dans mon oreiller. » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), p. 34) ; « Ce qui m’a frappée, c’est le mot ‘gouine’ qui vraiment m’a fait mal. » (Claude, une témoin lesbienne, dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 51)

 

C’est finalement l’étiquette (très homophobe) « l’homosexuel » ou « la lesbienne » ou « l’amour homosexuel » qui blesse réellement le sujet homosexuel (car cette étiquette le réduit à son désir et ne repose pas sur le Réel, ne reconnaît pas l’Humanité des personnes) plus que les regards en eux-mêmes (qui parfois sont des reflets du Réel et de l’Amour). « Je percevais, au plus profond de mes amis la morsure de l’homosexualité, cette sexualité vraiment singulière qui rentrait dans mon histoire. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 75) ; « Quinze ans plus tôt, avec une certaine horreur, j’avais qualifié d’‘homosexuels’ mes sentiments pour les hommes, précisément à la fin de ma première nuit avec un homme, un camarade de lycée. […] Je me souviens encore de ce matin conformiste des années cinquante et de la terreur qu’a suscité en moi le terme ‘homosexuel’. […] C’est d’abord comme victime de ces mots que j’ai ressenti leur capacité à blesser. » (Jonathan Ned Katz, L’Invention de l’hétérosexualité (2001), pp. 7-8) ; etc.

 

Dans l’article « Le Lit de Jocaste » de son essai Incestes (2001), Jacques André nous parle à juste titre de « la sensitivité de l’homosexuel, si aisément touché/blessé par les mots de l’autre » (p. 18). Dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), le romancier homosexuel Berthrand Nguyen Matoko déplore « cette excessive sensibilité » (p. 57) qui est en lui.

 

Il est souvent question dans les textes homo-érotiques du « pouvoir constituant du regard social » (cf. l’article « Philosophie » de Bruno Perreau, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 361), de « la puissance de l’injure » (cf. l’article « Injure » de Daniel Borrillo et Thomas Formond, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 235).

 

Dans son essai Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? (2004), Marie-Jo Bonnet insiste sur « le pouvoir des stéréotypes » (p. 161) et de « la projection du stéréotype du garçon manqué » (p. 164). Elle mène une guerre tellement iconoclaste contre les regards et les images que cela ressemble finalement à une guerre iconodule : « Les stéréotypes sont de puissants auxiliaires de la lesbophobie. » (p. 169)

 

Les personnes homosexuelles cachent mal leur complicité mi-haineuse mi-complaisante avec le « mauvais œil » (le statut de victimes que leur donne leur paranoïa et leur surévaluation des insultes qui le sont/seraient attribuées ne fera pas longtemps illusion…) : elles se mettent à accorder aux mots et aux regards le pouvoir qu’ils n’ont pas, comme si elles étaient leurs marionnettes, leurs servantes, ou qu’elles se servaient d’eux pour ne pas assumer leur propre homophobie/homosexualité/haine de soi/leurs propres complexes : « Je suis un produit de l’injure. Un fils de la honte. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 204) ; « Être gay ou queer, c’est d’abord éprouver la violence d’imposition de la norme sociale. » (Pascalou Le Brun-Cordier dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 277) ; « Je devais admettre que Proust avait raison : les homosexuels n’étaient que des parias voués à une solitude irrémédiable, des parias sur qui personne ne poserait jamais un regard aimant. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 109) ; « Pédé’, c’est l’insulte la plus répandue en banlieue. Pour Kamel, ‘c’est celle qui fait le plus mal’, surtout quand on est ado, qu’on se découvre homo et qu’on refuse de se l’avouer. La préoccupation principale des gars qui grandissent là pourrait se résumer ainsi : ne surtout pas passer pour un pédé. » (Kamel, un jeune homosexuel, cité dans la revue Têtu, avril 2002) ; « C’étaient l’ironie, les blagues. Mais je ne rigolais pas, ça ne me faisait pas rire du tout. » (Micheline, témoin homosexuelle citée dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 54) ; « Pedzouille’ : c’est le mot qui me faisait le plus mal. » (le marionnettiste homosexuel Philippe Robin-Volclair à propos de son enfance, pendant l’intermède de son spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde, 2008) ; « Ici, dans ma chambre de seigneur du collège Anatole-Le Braz, des fous me baptisent prétendant, ils ne savent pas ce qu’ils font, ils ignorent combien ce mot me remplit et me mord, combien il est l’exacte forme de mon délire, le lieu à envahir. […] Je ne suis pas promis, je suis prétendant, c’est une révélation. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 58) ; « J’avais un rapport tellement difficile avec les hommes qu’on m’avait toujours dit que je n’arriverais jamais à mettre le grappin sur quelqu’un. » (Corinne, femme lesbienne, dans l’émission Ça se discute, diffusée sur la chaîne France 2, le 18 février 2004).

 
 

e) La rumeur, la réputation, ou la vue : filles de l’homosexualité ?

De tout temps, la calomnie homophobe a été une arme politique. On peut penser, pendant la Révolution française, à la rumeur de lesbianisme entre la reine Marie-Antoinette et la Princesse de Lamballe. Mais, à l’évidence, les personnes homosexuelles l’ont bien alimentée, en en ayant peur, et parfois même en la devançant. « Il y a quelque chose qu’ils [les homosexuels] ne veulent pas savoir dans cette histoire de regard des autres, c’est que derrière les sarcasmes ou l’hostilité muette, il y a l’angoisse. » (Jean-Pierre Winter, Homoparenté (2010), p. 196)

 

En général, la rumeur, les regards, mais aussi la peur d’incarner le mythique « homosexuel », semblent avoir été de puissants moteurs de l’homosexualité : « Vers mes 13 ans, j’ai compris simplement que cette espèce d’attrait pas très conscient mais bien constant portait un nom qui était l’homosexualité. » (Édouard, témoin homosexuel cité dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 46) ; « J’ai entendu mon père dire : ‘ce garçon est pédé’. À ce moment-là, j’ai senti que je ne pouvais pas révéler à mes parents quelque chose que peut-être ils imaginaient déjà. Plus tard, j’ai essayé de le confier à ma mère, mais je l’ai entendu dire cette phrase : ‘Je préfère avoir mille filles putes qu’un fils pédé’… Je me suis retourné dans le couloir et ai éclaté en sanglots. » (José Pascual dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 144)

 

Le désir homosexuel a tout l’air d’être la cristallisation d’un regard de peur, la fille de l’homophobie. « Vers l’âge de 6 ans, j’entends pour la première fois le mot ‘tapette’. Mon père me répète souvent : ‘Si tu ne fais pas ça, tu vas avoir l’air d’une tapette.’ Je ne sais pas ce que c’est mais je me doute que ce n’est pas correct, que ce n’est pas bien. Sauf qu’à la maison on m’identifie vite à ça. À l’école, évidemment, on me traite de tapette. » (Justin, 34 ans, abusé dès l’âge de 4 ans par son père, son oncle, et son frère aîné, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 246) ; « Certains commencent à me traiter de ‘pédé’. Je ne sais pas ce que ça veut dire. […]Quand j’entends ce terme et que je devine qu’il m’est destiné, ça me fait mal même si je ne comprends pas les tenants et les aboutissants. Je décide donc de détester ces pédés qui me pourrissent la vie… » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 18) ; etc.

 

Par exemple, dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, Fernando Lumbreras raconte qu’il a entendu très jeune de la bouche de son père que si ce dernier « avait un fils pédé, il le tuerait » (p. 66).

 

De manière à la fois étonnante et déconcertante, la plupart des personnes homosexuelles donnent raison à la rumeur, à l’insulte, à l’image déréalisante, sexiste et homophobe que certaines personnes (à la sexualité tout aussi vacillante et bisexuelle qu’elles) projettent sur elles : « Une camarade qui m’impressionnait assez m’a dit de manière radicale : ‘Écoute, arrête de parler d’amies intimes ; tu es une lesbienne à 100%, un point c’est tout.’ » (Empar Pineda citée dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 164)

 

Le regard ou les mots ayant soi-disant « déterminé leur homosexualité à leur place » ne sont pas nécessairement objectivement méchants, pourtant. Il aura parfois suffi d’une maladresse – révélant en toile de fond une amère et inavouée haine de soi chez le sujet homosexuel qui a cherché à devenir quelqu’un d’autre que lui-même, en imitant l’homme-objet ou la femme-objet cinématographique – pour que la vexation se fige en désir homosexuel : « Au téléphone on m’appelle fréquemment ‘Mademoiselle’, parce que ma voix s’élève brusquement. » (un patient homosexuel dans l’article « Le Complexe de féminité chez l’homme » de Félix Boehm, dans l’ouvrage collectif Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 442)

 

Le poids de la projection sexuée, même involontaire et accidentelle, j’en ai personnellement fait les frais. Quand j’étais petit, on m’a pris pour une fille, en toute bonne foi. Une anecdote personnelle : alors que j’avais 7-8 ans, et que j’avais gentiment ouvert la porte de chez moi à un vendeur qui faisait du porte à porte, celui-ci a complimenté ma mère par un remerciement qui m’était destiné et qui a agi cependant comme un coup de poignard : « Votre gentille fille m’a ouvert la porte. »

 

Qui a commencé et qui est responsable de la violence des regards et des mots asexualisants, hyper-sexués, homosexualisés ou homophobes ? Tout le monde et personne : c’est avant tout un problème de relation, ou plutôt, à l’occurrence, une déficience dans la relation ; un problème aussi d’ancrage des personnes homosexuelles dans leur propre corps et réalité.

 

En lien avec le caractères aléatoires de la réception, j’ai remarqué combien, parmi mes amis homosexuels, la consonance/l’homophonie ambiguë de leur prénom ou de leur nom de famille, jugé par eux trop asexué, ou trop attribué au sexe qui leur était opposé, ou trop lié au monde homosexuel, les avait parfois poussés inconsciemment à faire leur coming out quelques années plus tard : « Je suis humilié de porter un prénom de fille, portable aussi par des garçons mais qui résonne d’emblée au féminin. » (Pascal Sevran dans son autobiographique Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 202) ; « J’écope d’un patronyme qui me valut de nombreux sarcasmes à l’école. Plus tard, on me demande si mon nom n’était pas un pseudonyme gay. » (Jean Le Bitoux, Citoyen de seconde zone (2003), p. 11)

 

Chez les sujets homosexuels, la focalisation sur le regard est souvent le signe à la fois du voyeurisme et de la paranoïa, bref, de la schizophrénie et de l’idolâtrie : « Dans les vestiaires, je regardais toujours par terre pour être sûr que personne ne m’accuse de regarder où il faut pas. » (un témoin homosexuel dans l’essai Mort ou Fif (2001) de Michel Dorais, p. 83) ; « La première chose qui me faisait souffrir, c’était d’être en décalage avec ce que je représentais pour les autres. » (un témoin transsexuel de l’essai Le Transsexualisme (2000) d’Henri Frignet, p. 80)

 

Par exemple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Christian, le dandy homosexuel de 50 ans, revient sur ses souvenirs de lycée et sur son appréhension des salles d’éducation physique (la peur d’être surpris en érection par exemple), sa peur des séances de douches, où il craignait que ses regards d’homosexualité/désirants soient identifiés : « C’est extrêmement difficile à vivre […]. J’ose à peine regarder les autres. »

 
 

f) La destruction iconoclaste des regards et des mots : la collaboration molle, qui passe par l’indifférence ou l’orgueil forcé

Le pire, c’est que beaucoup de personnes homosexuelles finissent par ré-actualiser les rumeurs et les attitudes qui les ont jadis fait souffrir. « Je me demandais pourquoi les choses n’étaient pas si simples entre garçons, pourquoi la médisance avait cours dans nos esprits. […] » (Berthrand Nguyen Matoko parlant de la place des cancans dans le « milieu homo », dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 141) D’ailleurs, dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), Jean-Louis Chardans critique dans les lieux d’homo-sociabilité la place prépondérante des ragots colportés par « une faune étrange, cancanière, chipiteuse, plus féminine que n’importe quelle assemblée de femmes » (p. 34).

 

Comme certaines personnes homosexuelles sont vexées de reproduire/d’incarner comme des moutons cette violence verbale et visuelle qu’elles ont subie, elles se mettent par fierté mal placée à mépriser à outrance le regard ou les mots des autres, à jouer l’indifférence, ou au contraire à les revendiquer comme leurs dans la débauche d’exhibition et de caricature, alors que ces derniers pourraient les faire grandir, les ramener au Réel, les ouvrir à la relation, et les renvoyer à la conscience de leurs actes. Par exemple, le peintre britannique Francis Bacon écorche presque toujours les regards dans ses tableaux. Autres exemples : beaucoup de militants homosexuels réutilisent lors de leurs manifestations publiques les mots et les symboles de mépris dont la société homophobe les affublerait. Une forme de fierté de l’insulte – qui n’est en aucun cas le détachement de l’image ou des regards, mais au contraire un attachement renforcé – est défendu par certains communautaires homosexuels, qui pensent naïvement que l’inversion et l’utilisation du stigmate valent sa disparition : « Quand il [le danseur espagnol] s’est fait insulter par les autres élèves sur le ring, il a utilisé la cadence des injures pour exécuter une danse gitane. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 162)

 
POIDS 6 Choquant
 

La destruction du regard et des mots, c’est aussi un déni de ses actes, un refus d’accéder au relationnel et d’écouter la voix de sa conscience, un refus de se rendre désirable ou d’aimer : « J’ai un peu peur d’être maltraité par les gens au moment où je suis avec ma fille. » (Darren Rosenblum, ayant eu avec son compagnon une enfant par Gestation Pour Autrui, et menant la conférence « L’Homoparentalité aux USA » à Sciences Po Paris le 7 décembre 2011) ; « Je ne regarde jamais le public, cela me ferait retomber sur terre. » (le dramaturge Copi, cité dans l’article « Copi lit sa copie, c’est du joli » de Jean-Jacques Samary, sur le journal Libération du 5 novembre 1994) ; etc. L’excuse de la violence du regard des autres est souvent un argument employé par les personnes homos qui ne veulent pas regarder la violence objective de leurs actes homosexuels. « La première fois, c’était pas très bien. Parce que j’avais peur du regard des gens. » (Amélie, 28 ans, à qui on demande comment était son premier baiser lesbien, dans le documentaire « Des Filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger)

 

La négativité du regard social est à l’image du mépris misanthrope/de la peur que certaines personnes homosexuelles ont initialement porté(e) à leurs pairs, au désir et à la sexualité. Souvent, elles perçoivent les yeux des autres qui leur apprennent qu’elles sont désirables et dignes d’être aimées comme une agression parce qu’elles-mêmes ne s’aiment pas assez et se refusent à paraître chastement appétissantes. « J’ai très vite renoncé à passer à l’acte parce que j’étais confrontée au regard de garçons imbus de leur supériorité et je sentais que je serais ‘baisée[…]. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 82)

 
 

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Code n°148 – Poupées (sous-codes : Marionnettes / Automates / Bodybuilding)

Poupées

Poupées

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Le désir homosexuel : un désir de mort, atténuant sa violence par l’esthétique des corps-objets

 

Le désir d’être objet, c’est l’autre nom du désir homosexuel. Soit parce qu’elles ont jadis été prises pour des objets, soit pour se créer une essence divine au moment où elles ont douté de leur unicité et de leur identité, la plupart des personnes homosexuelles croient pouvoir se transformer en fétiche, en image sacrée, en mannequin de magazine. Par l’image, elles se donnent donc l’illusion de se mettre elles-mêmes au monde et de trouver une nouvelle originalité. Beaucoup d’entre elles construisent autour de leur être un véritable culte de la personnalité, surtout à travers les arts audiovisuels. Il suffit d’observer le rapport de certaines aux miroirs, en discothèque notamment, ou bien encore leur attitude de femme fatale en présence d’un appareil photo, pour le constater. Elles se scrutent beaucoup et pâtissent de la maladie du Don Juan qui cherche constamment à plaire, à faire plaisir, et à savoir ce que les autres pensent de lui, sans jamais arriver à satiété.

 

On entend souvent dans le discours des personnes homosexuelles – y compris chez celles qui ne sont pas du tout efféminées – un désir de divinisation par la réification fétichiste, le rêve de « faire de leur être un objet d’art » (Michel Foucault, « Conversation avec Werner Schrœter », dans Dits et Écrits II (2001), p. 1077), une belle statue grecque qu’elles pourraient sculpter, exposer, posséder. En fantasmes, elles font de leur corps la matière première de leur pouvoir créateur. « Je suis une pièce d’art vivante qui parle et qui marche » déclare par exemple Steven Cohen (cf. l’article « Steven Cohen, Corps à corps »). La fascination pour l’anatomie humaine est particulièrement marquée dans le « milieu homosexuel ». Les personnes homosexuelles ont tendance à considérer leur corps comme leur bien, leur propriété privée. Certaines défendent même l’existence d’un « corps homosexuel » (N.B. : je vous renvoie également au code « Différences physiques » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels). Selon la logique des réalités fantasmées qui s’engendrent par la voie du fantasme, elles n’ont pas totalement tort : « la lesbienne » est en effet la concrétisation incomplète de la « fille d’à côté » (cette femme-objet largement décrite dans le documentaire « Pin-Up Obsession » (2004) d’Olivier Megaton) qui a fait son apparition dans la revue Play-Boy au cours des années 1950 ; « l’homosexuel », quant à lui, est le retour partiellement incarné de « l’homme d’à côté » décrit par Alexandros Loukos et représenté en vignette dans les revues gays. Mais une fois confrontée à la Réalité, cette conception cinématographique du corps devient caduque, puisque ce dernier n’est ni objet ni glacé comme l’image de magazine.

 

Le désir de se réifier et de disparaître pour devenir des dieux bioniques apparaît à travers l’omniprésence des poupées dans la fantasmagorie homosexuelle. Les artistes homosexuels sont nombreux à avoir conçu des pièces pour marionnettes, à exercer le métier de marionnettiste, et à s’intéresser esthétiquement aux automates, aux statues, et à la texture caoutchouc (il existe d’ailleurs à Paris une association homosexuelle rien que pour les amateurs de caoutchouc, « Les Mecs en Caoutchouc » !). Même si cette démarche peut amuser dans un premier temps, elle est en réalité violente et mortifère… puisqu’un objet, par définition, c’est inerte, mort, consommable, et non-libre.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « S’homosexualiser par le matriarcat », « Don Juan », « Amant diabolique », « Femme fellinienne géante et pantin », « Adeptes des pratiques SM », « Pygmalion », « Cirque », « Jeu », « Morts-vivants », « Clown blanc et Masques », « Super-héros », « Animaux empaillés », « Se prendre pour Dieu », « Clonage », « Maquillage », « Fan de feuilletons », « Collectionneur homo », « Femme et homme en statues de cire », « Homosexualité, vérité télévisuelle ? », et à la partie « Ventriloque » du code « Doubles schizophréniques » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le personnage homosexuel aime les poupées/marionnettes et s’y identifie :

Film "La Mala Educacion" de Pedro Almodovar

Film « La Mala Educacion » de Pedro Almodovar


 

On retrouve les poupées et les marionnettes dans énormément de productions artistiques traitant d’homosexualité : cf. le vidéo-clip de la chanson « Papa m’aime pas » de Mélissa Mars, la série de dessins Pinochio (1988) de Pepe Espaliu, le film « Un Sacrifice » (1997) de Didier Blasco, le film « Dallas Doll » (1993) d’Ann Turner, le film « Superstar : The Karen Carpenter Story » (1987) de Todd Haynes, le film « Labyrinthe » (1986) de David Bowie, le vidéo-clip de la chanson « West End Girl » des Pet Shop Boys (la première image, ce sont des poupées), le film « Christophe et Gordi » (2004) de Frank Mosvold et Tom Petter Hansen, les films « Les Larmes amères de Petra Von Kant » (1972), « Gibier de passage » (1972) et « Roulette chinoise » (1976) de Rainer Werner Fassbinder, le vidéo-clip de la chanson « Sans contrefaçon » de Mylène Farmer, le roman A Sodoma En Tren Cobijo (1933) d’Álvaro Retana (avec la figure de Pinocchio), la chanson « Allan » (« Pauvres poupées qui vont, qui viennent, Allan, Allan… ») de Mylène Farmer, la chanson « Sextonik » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « C’est une belle journée » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « Fuck Them All » de Mylène Farmer (avec les épouvantails), le film « Juste avant Bir-Hakeim » (1989) de Christophe Donner, le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green (avec le magasin de réparation de poupées), le conte Le Montreur de marionnettes d’Hans Christian Andersen, le film « Cabaret » (1972) de Bob Fosse (avec le Maître de Cérémonie s’animant comme un pantin désarticulé), la photo Sense Of Space (2000) des frères Gao, le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, le film « Dans la peau de John Malkovich » (1999) de Spike Jonze, le film « The Others » (« Les Autres », 2001) d’Alejandro Amenábar, le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, les pièces Le Guignol et le Gourdin (1928) et Les Amours de Don Perlimplin (1923) de Federico García Lorca, la pièce Ubu Roi (1896) d’Alfred Jarry, la pièce L’Autre monde, ou les États et Empires de la Lune (1650) de Savinien de Cyrano de Bergerac, la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane, le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, le spectacle de marionnettes Folie dans la jungle (2010) de Loïc Bartolini, le spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008) de Michel Hermon, la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès (avec l’allusion à Pinocchio), le film « Good Boys » (2006) de Yair Hochner (avec la poupée Barbie), le film « The Mostly Unfabulous Social Life Of Ethan Green… » (2005) de George Bamber, le film « La Chair et le Sang » (1985) de Paul Verhoeven, le spectacle d’imitations L’Électron libre (2008) de Dany Mauro (avec le chanteur Calogéro imaginé en marionnettiste), la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco (avec les Barbies), le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré (avec Ismaël en marionnettiste), la pièce Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou, la pièce Le Frigo (1983) de Copi (avec la poupée gonflable appelée « Doctoresse Freud », la pièce Eva Perón (1969) de Copi, la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971), le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee (avec le collectionneur de poupées), le film « Le Roi Jean » (2009) de Jean-Philippe Labadie (avec le Roi qui joue à la poupée), le film « Un autre homme » (2008) de Lionel Baier, le poème « En cœur forgé » (2008) d’Aude Legrand-Berriot, le film « Where Are The Dolls » (2012) de Cassandra Nicolaou, le vidéo-clip de la chanson « La Bête libre » de Jeanne Mas, le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque (avec Pinocchio), le film « Bienvenue à bord » (2011) d’Éric Lavaine (avec la marionnette en forme de boa rose), le film « Chacun cherche son chat » (1996) de Cédric Klapisch (avec la poupée sévillane géante dans la chambre à coucher de Michel, le héros gay), la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert (avec Karl Lagerfeld qui manipule son amant Jacques à distance, comme une marionnette), le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la chanson « Mannekin » de Taxi Girls, etc.

 

Album "Point de suture" de Mylène Farmer

Album « Point de suture » de Mylène Farmer


 

Le personnage homosexuel voue une véritable passion pour les marionnettes et les poupées : « J’ai toujours aimé les poupées. » (le marin gay dans la comédie musicale Peep Musical Show (2009) de Franck Jeuffroy) ; « Quand j’étais petit, je jouais souvent avec les Barbie de ma petite sœur en cachette. Ma préférée, c’était ‘Barbie robe de mariée’. […] Je me souviens qu’à dix ans, je suis allé vendre des oeufs au marché pour m’acheter une Barbie, celle avec le coffret maquillage. » (Sébastien dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim) ; « Le rideau rouge vint se lever, s’envoler. Les marionnettes vont s’éveiller, s’animer. Dans un théâtre abandonné, j’ai trouvé des personnages, des paysages de papier. C’est une histoire que j’ai volée à ma mémoire. » (cf. la chanson « Les Romantiques » de Catherine Lara) ; « J’ai toujours adoré jouer à la poupée. » (Marina le travesti dans la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud) ; « Et dire que je lui ai acheté une Barbie parce qu’il n’y avait plus de GIJo au supermarché ! » (Samuel Laroque imitant une mère qui parle de son jeune fils, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Tu n’as plus l’âge de tes poupées. » (cf. la chanson « Lola » de Jeanne Mas) ; « J’m’appelle Théo et j’aime les poupées, surtout celles aux cheveux frisés. » (cf. la chanson « Fille ou garçon » du groupe Zut) ; « On jouait à la poupée. » (Juna, Kanojo et Suki, les trois héroïnes lesbiennes s’adressant à Rinn, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Tous les ans, je commandais au Père Noël une poupée. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Toi, va jouer à la poupée ! » (Alexandre le héros hétéro repoussant violemment André, homo, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; etc.

 

Par exemple, dans le spectacle de marionnettes L’Histoire du canard qui voulait pas qu’on le traite de dinde (2008) de Philippe Robin-Volclair, le petit Ernest joue à la poupée dès son plus jeune âge. Dans la pièce Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet, Myriam parle à sa poupée. Au générique du début du film « Le Zizi de Billy » (2003) de Spencer Lee Schilly, Billy, le transsexuel, joue avec des poupées. Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Michael voit son petit-neveu de 7 ans, Sumter (qu’il soupçonne d’être homosexuel), jouer au théâtre de marionnettes ; cela lui rappelle sa propre enfance, quand il « bricolait des scènes de théâtre avec des cartons récupérés dans les Piggly Wiggly » (p. 99). Dans le film « Dolls » (2008) de Randy Caspersen, Thomas, un ado un peu secret, supporte mal que sa mère s’apprête à vendre les poupées qui ont accompagné toute son enfance… Dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, le comédien principal anime une marionnette en mousse en forme de rat. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, un des protagonistes homosexuels affirme avoir grandi entouré de « sa dînette, ses barbies, ses héros ». Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Jason, le héros homosexuel, jouait à la poupée avec sa meilleure amie Corinne, quand ils étaient enfants. Dans la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane, la chambre d’Hélène est pleine de poupées. Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel dit qu’il jouait à la poupée et s’est lié à l’école avec Julien, un camarade qui avait des Polly Pocket.

 

Le monde des marionnettes est parfois directement synonyme du monde homosexuel et à « l’amour ». « Nous conjuguons nos talents pour animer les marionnettes d’un petit Guignol. » (Dominique en parlant de sa rencontre avec Romain, dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, p. 16) Par exemple, dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, la Reine des Rats demande à Rakä et au rat narrateur qu’elle trouve bien efféminés « chez quel marchand de marionnettes ils s’habillent » (p. 31). Dans le film « Queens » (2012) de Catherine Corringer, les personnages homosexuels/queer évoluent dans un monde où la sexualité est proche de l’enfance : l’un d’eux est d’ailleurs une poupée. Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, les amants du couple homosexuel sont tous les deux déguisés en poupées russes à un moment donné du spectacle. Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, Vicky Fantômas raconte qu’elle faisait un numéro de marionnettes au Crazy Horse Saloon. Dans la pièce Les Amours de Fanchette (2012) d’Imago, Agathe considère « affectueusement » son amante Fanchette comme sa « petite poupée ». Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Thérèse, l’héroïne lesbienne, vend des poupées et des trains dans un magasin de jouets. La première question que lui pose Carol, sa future amante, c’est : « Pourriez-vous m’aider à trouver cette poupée ? ». La poupée sert de vecteur et de matérialisation de l’homosexualité. Carol va plus en profondeur dans ses questions : « Quelle était votre poupée préférée quand vous aviez 4 ans ? »

 

POUPÉES Pinocchio

 

Même certaines poupées sont homosexualisées ! Par exemple, dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, Cosette baptise sa poupée « Marcel Proust ». Dans le roman Papa a tort (1999) de Frédéric Huet, Julien se voit offrir des poupées par sa mère : « Maman, elle m’a acheté un Ken. Oui, un Ken, le mari de Barbie. Je suis hyper content. Depuis le temps que je lui en réclamais un. » Dans le one-woman-show Betty Speaks (2009) de Louise de Ville, la poupée Barbie est « lesbianisée ». Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Antonin offre à son copain Hubert deux marionnettes en pâte à modeler à leur effigie.

 
 

b) Je suis une poupée :

Le héros homosexuel considère qu’il est la progéniture d’une marionnette : « C’est une marionnette. » (Max en parlant de la mère de son copain Fred, dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval)

 

Non seulement le personnage gay aime la poupée, mais il va chercher à en devenir une. Par exemple, il se réifie ou robotise en automate dans le film « Satreelex, The Iron Ladies » (2003) de Yongyooth Thongkonthun (le titre nous indique que les héros sont des « Dames de fer »), le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari (avec le mannequin automate filmé dans les boutiques de Noël), le B.D. Anarcoma (1981) de Nazario (avec le robot baptisé « MX2 »), le film « Modern Love Is Automatic » (2009) de Zach Clark, la pièce D’habitude j’me marie pas ! (2008) de Stéphane Hénon et Philippe Hodora (avec le pantin désarticulé), le film « Woody et les Robots » (1973) de Woody Allen, le film « Robocop » (1987) de Paul Verhoeven, la pièce Grand peur et misère du Troisième Reich (2008) de Bertold Brecht, la pièce Machine sans cible (2008) de Gildas Milin, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato, le film « L’Arbre et la Forêt » (2010) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec les enfants jouant à « 1, 2, 3, Soleil »), le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar (avec les robots), la chanson « Le Privilège » de Michel Sardou, la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi (mise en scène d’Adrien Utchanah en 2010, avec la Reine futuriste habillée en cosmonaute, avec des tuyaux partout), le film « Autoportrait aux trois filles » (2009) de Nicolas Pleskof (avec le désir d’être mannequin), le film « Little Gay Boy, Christ Is Dead » (2012) d’Antony Hickling, etc. Par exemple, dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, le juge Kappus déclare que dans son enfance, il aimait beaucoup jouer au jeu « 1, 2, 3, Soleil » (p. 166) et faire la statue. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, avec la chanson « Sextoy », l’un des héros homosexuels exprime son « désir d’être un gode pour mieux s’enféticher ».

 

Le personnage homosexuel se définit lui-même comme une statue, un robot, une machine qui s’est fabriquée toute seule : « J’ai toujours pensé que comme j’étais une pédé passif, alors je pouvais être un femme belle et désirette, c’est dans moi, comme jouer à la poupée quand j’étais enfant, essayer les robes de ma mother quand j’étais teen et sucer des bites maintenant, quoi ! » (Cody, le héros homosexuel nord-américain hyper efféminé, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 92) ; « J’ai la bouche pleine de terre. » (une réplique de la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; « Je n’existe pas. Je suis une chose. Rien qu’un corps. » (Alberto Sorbelli dans le film « La Révolution sexuelle n’a pas eu lieu » (1998) de Judith Cahen) ; « Je suis adepte du latex. » (le héros gay du one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc) ; « Je crois la machine. Mon Daddy, il est faillible. Pas la machine. » (le héros de la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan) ; « Elle considérait son corps comme un marionnettiste considère sa marionnette. » (Maria-José, le transsexuel M to F de la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 34) ; « Tout corps s’invente. » (cf. une réplique du film « Ils seront forts, elles seront belles » (2008) de Camille Ducellier) ; « Toi et moi, nous sommes des œuvres d’art. » (Sulky et Sulku, les deux guides efféminés du film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes) ; « Je suis un ancien mannequin. » (Paola dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral) ; « Il faut que je devienne mannequin. » (Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 426) ; « Petit pantin, t’es trop méchant ! Petit pantin, t’es vraiment bête. Le petit train, tu l’as dans la tête. » (Didier Bénureau parlant de lui à la troisième personne, dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau) ; « Moi, je ne suis qu’un processeur de données. » (la protagoniste lesbienne Mnesya, parlant à ses écrans d’ordinateur, dans le film « Partisane » (2012) de Jule Japher Chiari) ; « Nous sommes faits d’ivoire et d’or. » (Dorian dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Oui, j’ai fait carrière au bois… » (la mère transgenre évoquant le Bois de Boulogne, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « Suis-je une machine ? Suis-je une personne ? » (Alan Turing, le mathématicien homosexuel, dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum) ; etc.

 

Dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, Noé, le héros homosexuel, est artisan et fait des figurines en plâtre. Pour lui, elles « prennent vie ». Dans le film « La Révolution sexuelle n’a pas eu lieu » (1998) de Judith Cahen, Anne devient le cobaye de son propre ordinateur et décide de ne vivre qu’à travers lui. Dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, Cyril se prend pour son ordinateur : « Nous sommes semblables. » (p. 154) Dans le film « Mann Mit Bart » (« Bearded Man », 2010) de Maria Pavlidou, des femmes transgenres F to M dragkings imitent des poupées mécaniques automatisés. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Tassos, Dany et Ody font des chorés sur des chansons de chanteuses italiennes des années 1960. Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi, comédien au théâtre, en boutade, déclare à son ami Damien qu’il se prend pour une machine à laver : « Je suis en train de passer une audition pour le rôle d’une machine à laver. »

 

Film "Far West" de Pascal-Alex Vincent

Film « Far West » de Pascal-Alex Vincent


 

Le héros homo aime imiter les chorégraphies robotiques de ses chanteuses-fétiches : c.f le film « Freude » (2001) de Jan Krüger (avec Johannes), le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson (avec les danses robotiques de Frankie, le héros homo faisant de la danse contemporaine dans la troupe Mc Manus Ballet), le film « Résultats du Bac » (1999) de Pascal Alex Vincent (avec les adolescents devant leur télé), le film « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent (avec Ricky et la chorégraphie d’entrée sur la chanson « Ça va ou ça va pas »), la chanson « Think » d’Areta Franklin au début du one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman (avec les démonstrations époustouflantes de danse de majorette et de tecktonik par Jarry), le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral (avec la danse robotique d’automate), le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson (où Zize, le travesti M to F, effectue une chorégraphie très robotique sur la chanson « Vogue » de Madonna), le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu (Ziki, l’héroïne lesbienne, est folle de musique et fait des chorégraphies de clip-vidéo avec ses deux amies), le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma (avec Floriane, l’héroïne lesbienne qui est la capitaine de l’équipe de natation synchronisée), la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez (avec les quatre héroïnes lesbiennes), etc. Les chorégraphies actuelles sont à ce point esthétisées, maniérées, et érotisées, que la danse est associée directement à l’homosexualité par certains protagonistes homophobes : « Danser, c’est pour les pédés. » (Kévin dans la pièce Ma double vie (2009) de Stéphane Mitchell). Par exemple, dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Jerry, le chorégraphe de Frankie le héros homosexuel, recadre sèchement son élève qui manque de masculinité : « Danse comme un putain de mec ! » : Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Fred, le trans M to F, est le chorégraphe de son équipe de natation.

 

En toile de fond, l’identification au robot marque une déshumanisation inquiétante dans l’homosexualité. Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le monde où la différence des sexes a été totalement rejetée se trouve être un espace totalement mécanisé, où les personnages homos sont des robots qui se clonent entre eux et ne vivent que pour leur travail, leur image, leur production : Gatal, le héros, par exemple, travaille en tant que chef de produits, dans une boîte qui s’appelle Craker Booster… et qui lui demande sans cesse des résultats, une charge de travail inhumaine. Il va être contraint de s’accoupler avec son directeur.
 
 

c) Bodybuilding :

Afin de correspondre à l’homme-objet qui le fait fantasmer, le personnage homosexuel passe son temps dans les salles de muscu pour parfaire son corps de rêve : cf. le film « Vivre me tue » (2003) de Jean-Pierre Sinapi, la série française Les Filles d’à côté d’AB Productions (avec Gérard, le gérant musclé et hyper efféminé de la salle de sport), la chanson « YMCA » des Village People, le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, le film « Le Protégé de Mme Qing » (2000) de Liu Bingjian, le film « Pas si grave » (2003) de Bernard Rapp, le film « Flesh » (1968) de Paul Morrissey, le film « Le Lézard noir » (1968) de Kinji Fukasaku, le film « Augustin » (1994) d’Anne Fontaine, le film « La Comtesse aux pieds nus » (1954) de Joseph Mankiewicz, le film « L’Homme qui venait d’ailleurs » (1976) de Nicolas Roeg (avec l’un des personnages homosexuels soulevant des haltères), le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso (avec Eddie qui va en salle de muscu), le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs (avec Russ, l’haltérophile homo exhibitionniste), le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin (avec Steeve ou encore Stuart), le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque (décrivant les ambiances de salle de sport), le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard (où Laurent fait de la muscu), la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti (avec Olivier, l’un des héros gays, qui fait de la muscu)etc.

 

Gérard dans la sitcom "Les Filles d'à côté"

Gérard dans la sitcom « Les Filles d’à côté »


 

Par exemple, dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, Lukas, la femme transsexuelle F to M, s’impose plein de séances de muscu pour ressembler à l’homme de ses rêves. Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Xav va à la salle de muscu. Dans la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi, Damien passe son temps dans la salle de sport. Le film « Haltéroflic » (1983) de Philippe Vallois dépeint le milieu des culturistes. Dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger, Pablo et Bruno se rencontrent au gymnase, lors d’une séance de musculation. Dans le film « Jeffrey » (1995) de Christopher Ashley, Jeffrey a un coup de foudre pour un autre « sportif » dans le club de fitness new-yorkais qu’ils fréquentent assidûment. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, la séance de muscu entre Jenko et Zook est auditivement suggérée comme un orgasme de film porno gay.

 

Le personnage homosexuel se donne beaucoup de mal pour ne pas vieillir et pour garder son éclat de poupée inoxydable : « J’ai un corps. Je le sculpte. […] Chaque mois, ra-vale-ment. » (Jarry qui fait humoristiquement allusion à son « fondamentalisme esthétique », dans son one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « La passion de Stephen pour la culture physique s’accrut et envahit la salle d’étude. […] Elle découvrit que son corps était une chose à chérir, une chose d’une réelle valeur depuis que sa force pouvait la réjouir ; et, aussi jeune qu’elle fût, elle donna à son corps des soins diligents. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, pp. 78-79) ; « Je veux devenir un playboy professionnel […] j’entrerai dans l’armée. […] Ce sera que pour fréquenter l’école militaire. Pour m’entraîner et avoir un corps magnifique. Je veux dire un corps rude et robuste comme le vôtre. » (Anamika, la femme lesbienne, à Adit, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 206) ; etc.

 

Même s’il trouve pour un temps un certain contentement à jouer la potiche que son copain est fier d’exhiber, le héros gay finit par trouver la vie de dînette de la poupée un peu rasoir et aseptisée : « Je suis une simple poupée sans importance. » (Charlène Duval, le travesti M to F, dans son one-woman-show Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « Je suis restée toute seule dans ma petite maison à attendre, occupant mes journées aux arts quotidiens du ménage et de la cuisine, ainsi qu’à l’art de la réflexion discrète. À attendre quoi ? […] À attendre quoi, je vous pose la question. […] Je vais arroser mes plantes. » (Jeanne dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi, p. 19, puis p. 57) J’aborde plus largement la vengeance iconoclaste sur la poupée, ainsi que les ravages du matérialisme dans le rapport amoureux homosexuel, à travers le code « Pygmalion » du Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

d) On m’a traité comme une poupée :

Si le personnage homosexuel se prend pour une poupée, c’est bien souvent, de son propre aveu, parce qu’on l’a traité/maltraité (jadis) comme une poupée : « Violet avait, en outre, des jambes grasses et molles, tout comme une poupée de chiffon… et vous, Stephen, avez été comparée à Violet ! » (Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 57) ; « Ainsi font font font les petites marionnettes. » (le héros homosexuel pendant le fist-fucking, en tournant sa main dans le cul de son « beau papa », dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont) ; « C’est drôle, je n’ai pas l’habitude d’être dans la peau d’une marionnette. » (Leopold, le héros homosexuel qui se sent comme l’instrument de son amant Franz, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « T’étais beau quand t’étais bébé. T’étais beau, t’avais l’air d’une petite fille. J’m’amusais bien avec toi : t’avais l’air d’une poupée. T’étais mignonne. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère s’adressant à lui, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Maman m’a écrasée. Tant qu’elle pouvait jouer à la poupée avec moi, là, y’avait pas de problème ! Mais dès que j’ai commencé à avoir une personnalité, elle a tout fait pour me détruire ! » (Sandrine Lazzari, l’héroïne lesbienne en parlant de sa mère Anne-Marie, dans l’épisode 510 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 18 juillet 2019 sur TF1) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo, le héros se considère lui-même comme une poupée vaudou. Dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi, Joaquín, le héros homosexuel, est traité à 15 ans de « poupée de porcelaine » par son père. Dans le film « Tacones Lejanos » (« Talons Aiguilles », 1991) de Pedro Almodóvar, la jeune Rebeca est vendue « en boutade » sur un marché par son beau-père. Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Guen, le héros homosexuel, a un prénom peu courant, et sans cesse déformé par Stan. Une fois, il l’appelle Ken, ce qui provoque l’ire de Guen : « Guen ! Ken, c’est le fiancé de Barbie ! »

 

Le viol ou la violence sont déshumanisés/atténués par le fétichisme, donc ils apparaissent comme acceptables aux yeux du héros homosexuel. « C’est Rooney. […] Le requin lui arrache un bras, son petit corps saute en l’air comme un pantin, retombe dans la mer. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 104)

 

Plus tragiquement, le personnage homosexuel aime tellement les poupées qu’il va essayer, par l’adoption d’enfants ou la procréation médicalement assistée ou la Gestation Pour Autrui, et surtout par orgueil, d’obtenir un enfant-poupée. Et il dit explicitement qu’il envisage cet enfant comme une poupée, en plus ! « Je veux un enfant et je l’aurai ! » (Claire, l’héroïne lesbienne de la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « Vous jouez à la poupée avec un petit être vivant. » (le père de Claire s’adressant à sa fille et à sa compagne Suzanne) ; « Si c’est un petit gars, ce sera un petit gars. Si c’est une poupée, ce sera une poupée. » (Sylvie en parlant de l’enfant qu’elle veut avoir avec Pierre, le héros homosexuel, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; etc.

 

Comme la poupée est le témoin du viol que certains héros ont vécu, ces derniers s’empressent de la maltraiter, pour étouffer l’affaire/la honte/la gêneuse : cf. le film « Ken Burns » (2011) d’Adrienne Alcover, le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec la poupée vaudou), etc. Par exemple, dans la pièce La Tour de la Défense (1981) de Copi, le personnage de Katia, le bébé tué par Daphné, est figuré par une poupée. C’est exactement le même scénario avec les bébés massacrés de la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet, le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont (avec la poupée gonflable Émilie la Vorace), etc. « J’ai décapité Teeny. » (Karine Dubernet parlant de son poupon, dans le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate !, 2011) La destruction de la poupée participe au bout du compte de l’homophobie de la promotion de l’identité ou de la pratique homosexuelle. Par exemple, dans le film gay friendly « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Lena, la mère homophobe fait une scène à son jeune fils Omar (elle le bat, même) parce qu’il dort avec une poupée que lui a donnée le révérend Ritchie (c’est assez dingue, le foin que font les féministes autour de la poupée, d’ailleurs ! : nous le verrons à la fin de cet article, en deuxième partie). Dans son vidéo-clip « Oui ou non », la chanteuse lesbienne Angèle jette au feu une poupée Barbie à son effigie. Dans le téléfilm Under the Christmas Tree (Noël, toi et moi, 2021) de Lisa Rose Snow, quand Alma demande à sa future amante Charlotte si elle aimait jouer à la poupée étant petite, cette dernière répond de manière faussement cinglante : « Les poupées me filaient la trouille. ».

 

L’identification du héros homosexuel à la poupée peut aussi être l’expression d’une situation d’exploitation ou de viol qu’il est en train de vivre. « Je crois que je suis une poupée cassée et que j’ai 600 ans. » (Jézabel, l’héroïne bisexuelle du film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco) Il passe du statut imposé de « poupon jouet pour enfants » à celui non moins enviable de « poupée gonflable pour adultes », autrement dit de transsexuel ou de prostituée. Par exemple, dans le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras, Strella, le personnage trans, travaille dans un cabaret de travestis appelé POUPÉES. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, tue Freddie en l’assommant avec le buste d’une statue.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Certaines personnes homosexuelles aiment les poupées/marionnettes et s’y identifient :

Je vous renvoie aux documentaires « Vestida De Azul » (1977) d’Antonio Giménez Rico, « Body Without Souls » (1996) de Wiktor Grodecki, « China Dolls » (1997) de William Yang, à la chanson « La Tapette en bois » de Fernandel, etc. Par exemple, tout le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein » (« Tu ne seras pas gay », 2015) de Marco Giacopuzzi est illustré par des poupées Ken figurant des hommes homosexuels.

 

"L'ouverture d'esprit" vue par les catalogues de jouets

« L’ouverture d’esprit » vue par les catalogues de jouets


 

Il n’est pas rare de croiser parmi les personnes homosexuelles des individus qui ont un rapport passionnel avec les poupées (plutôt de répulsion chez les femmes, plutôt de fusion chez les hommes) : « À cinq ans, je jouais à la poupée, je portais des vêtements féminins. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 80) ; « Lorsque j’avais de cinq à sept ans environ, j’échangeais souvent mes jouets de garçon contre des poupées et je jouais beaucoup avec elles. » (un patient homo dans l’article « Le complexe de féminité chez l’homme » de Félix Boehm, Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 440) ; « Je me souviens dans le berceau que pour réussir à m’endormir ou par frustration je me masturbais sur le ventre. J’avais peur du noir et j’en ai toujours peur, je dors avec un oreiller sur la tête. J’ai un flash que je prenais une poupée d’homme Ken et que je me masturbais devant, en m’imaginant que j’étais cet homme qui faisait l’amour à Barbie. » (cf. le mail de Pierre-Adrien, 30 ans, reçu le juin 2014) ; « Mes goûts aussi, toujours automatiquement tournés vers des goûts féminins sans que je sache ou ne comprenne pourquoi. J’aimais le théâtre, les chanteuses de variétés, les poupées. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 29) ; etc. Par exemple, Félix Sierra, Oscar Wilde, et bien d’autres, jouaient à la poupée, étant petits. Raymond Roussel aime les automates du genre le-petit-lapin-qui-joue-du-tambour. Jean Cocteau possède également des automates. Pour le vidéo-clip de la chanson « Deserters » d’Aube L, le comédien Stéphane Botti avoue qu’il « réalise un peu son rêve de jouer une marionnette ». Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, Bertrand est obsédé par le monde de la peinture : « Pourquoi cette attirance pour les musées ? Il ne l’a jamais su. » (la voix-off de la mère de Bertrand, parlant de son fils) Il rêve de fuir sa réalité pour pénétrer dans les toiles : « C’était comme une maison de poupées. Un théâtre de marionnettes. » Rodolf/Dora Richter – premier homme trans M to F – jouait, étant petit, à la poupée.

 

Vidéo-clip de la chanson "Deserters" de Aube L.

Vidéo-clip de la chanson « Deserters » de Aube L.


 

D’ailleurs, certains artistes homosexuels ont conçu des pièces pour marionnettes : on peut penser à Maurice Maeterlinck, Heinrich von Kleist, Alfred Jarry, Federico García Lorca, etc. Il est surprenant (parce que c’est peu analysé) de constater qu’il en existe beaucoup qui sont marionnettistes de métier : Raymond Roussel, Philippe Robin-Volclair (qui fait carrément son coming out au public au beau milieu de ses spectacles de marionnettes), Hannah Höch, Gilbert and George, Zoe Leonard, Néstor Perlongher, Raúl Gómez Jattin, Rainer Werner Fassbinder, Steven Cohen, Jean Cocteau, etc. Yukio Mishima, notamment, aimait le théâtre de marionnettes du Nô au point d’en composer lui-même. Hans Christian Andersen était friand des théâtres de marionnettes. En 1935, Alvin Nikolais a été directeur du Théâtre de marionnettes du Parc de Hartford, et possède une formation de marionnettiste. Le roman Tambours sur la digue (1999) d’Hélène Cixous se présente sous la forme de pièce ancienne pour marionnettes. En ce qui me concerne, je voulais devenir marionnettiste à 15 ans ; et j’ai monté des spectacles de marionnettes dans différentes écoles maternelles et primaires en 1999 pour financer mon voyage au Honduras.

 

La référence aux poupées et aux marionnettes apparaît beaucoup dans le discours d’Alfredo Arias, par exemple : « Mon ami sculpteur ne parvenait pas à créer l’impression que je recherchais pour la troisième tante, la plus jeune […] Je lui proposai une idée qui lui sembla macabre au début, mais qui finit par le séduire. Je lui demandai de découper le corps en morceaux : les différentes parties seraient posées par terre à la manière d’une marionnette désarticulée. » (Alfredo à propos d’une de ses tantes qu’il veut transformer en statue, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 144) ; « À l’intérieur de l’armoire, les vêtements tombaient l’un après l’autre des cintres. Au fond, accrochées ainsi que des marionnettes, deux poupées, de taille humaine, étaient enlacées comme pour danser le tango. Ernestito voulait désespérément comprendre à qui elles ressemblaient. L’homme tournait, la femme pivotait. Lui, il ressemblait au plus grand chanteur de tango. Elle, elle ressemblait aux plus grandes chanteuse de tango : Olinda, Tita, la Negra Bozan, Tania. Elles se succédaient : la lumière capricieuse donnait à chaque tour une nouvelle identité à la poupée femelle. En revanche, lui, il se définissait comme le seul, l’unique Carlitos Gardel, la voix du tango. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 263) ;

 

Dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007), Gustav Hofer et son amant Luca Ragazzi font parler la marionnette d’un pèlerin pour la faire gémir : « Je suis très fatigué. J’ai beaucoup marché. »

 

"Sesame Street"

« Sesame Street »


 

Certaines personnes homosexuelles projettent même leurs unions amoureuses sur les marionnettes. Par exemple, le 10 août 2011, aux États-Unis, la militante Lair Scott lance une pétition en ligne pour exiger qu’Ernest et Bart, les deux marionnettes vedettes du programme télévisé pour enfants Sesame Street (1, Rue Sésame), se marient durant l’un des épisodes : « Nous ne demandons pas à Rue Sésame de faire quelque chose de grossier ou d’irrespectueux, nous voulons juste que Bart et Ernest se marient ou qu’ils ajoutent un personnage transgenre à la série. Cela peut être fait avec goût. Enseignons la tolérance à l’égard de ceux qui sont différents », précise la pétition, signée par plus de 7.600 personnes. C’est dire tout l’attachement mi-humoristique mi-sérieux que porte certains individus homosexuels.

 

Dans le documentaire « La Grève des ventres » (2012) de Lucie Borleteau, Alexandre, le futur père donateur de sperme, offre à Lise et Clara, le couple lesbien qu’il va inséminer, deux poupées russes. Dans l’émission Game of Talents diffusée sur TF1 le 3 septembre 2021, une marionnette fait carrément pleurer d’émotion Jarry, l’animateur homosexuel.

 

 
 

b) Certaines personnes homosexuelles veulent devenir robot :

Mylène Farmer

Mylène Farmer


 

Parfois, les personnes homosexuelles aiment tellement les marionnettes qu’elles s’en fabriquent une à leur image : je pense à la Mylène en miniature qui accompagne Mylène Farmer dans le vidéo-clip de sa chanson « Sans contrefaçon » (court-métrage revisitant le mythe de Pinocchio), aux papillons représentant chacune des Spice Girls dans le vidéo-clip de la chanson « Viva Forever », au concert de Mika à Bercy (Paris, le 26 avril 2010) pendant lequel le chanteur se montre avec une marionnette à son effigie. À propos de la pièce Le Frigo (1983), la marionnette du Rat est définie comme « l’obsession-fétiche [du dramaturge Copi], une marionnette de mousse à laquelle il prétendait ressembler comme un frère » (cf. l’article « Copi, à jamais pas conforme » d’Armelle Héliot, dans Le Quotidien de Paris, le 15 décembre 1987).

 

Nous aurions tort de ne voir dans ce clonage artistique que poésie et drôlerie ludique. Il dit un orgueil de se prendre pour Dieu. Et plus concrètement, la passion homosexuelle pour les marionnettes et les poupées, au-delà de la blague puérile ou esthétique, peut aller très loin : jusqu’à l’opération chirurgicale ; jusqu’à la mutilation que subissent les personnes transsexuelles. Elle n’est pas qu’une croyance inoffensive et sans conséquence.

 

Film "Fit" de Rikki Beadle-Blair

Film « Fit » de Rikki Beadle-Blair


 

Sans aller vers ces extrêmes, beaucoup de sujets homosexuels s’amusent simplement à se réifier, cherchent à devenir des robots, des objets de consommation, et induisent par leur attitude un appel à la soumission/domination : « Tola levait la jambe, marchait à quatre pattes pour imiter un singe, puis sortit brutalement une poupée en tissu qui reproduisait grossièrement sa silhouette. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 305-306) ; « Si j’en avais la possibilité, je changerais chacune des parties de mon corps comme s’il s’agissait de pièces détachées. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 51) ; « Je suis une machine. » (Andy Warhol, cité dans l’article « Andy Warhol » d’Élisabeth Lebovici, sur le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 495) ; « Je suis un appareil photographique. » (Christopher Isherwood, cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 274) La danse futuriste et techno de Donna Summer sur sa chanson « I Feel Love » a fait un carton dans le « milieu homosexuel » mondial dans les années 1970.

 

Par exemple, la photographe lesbienne Claude Cahun, pour ses auto-portraits (cf. Autoportrait de 1927, 1932, et 1939), s’est déguisée en statue de Bouddha, en bibelot sur une étagère d’armoire, ou en statue grecque antique. En lien avec le code du « Super-héros » que je traite dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels, « Les Mecs en caoutchouc » est une association homosexuelle parisienne célébrant le corps parfait des hommes plastifiés.

 

Dans l’émission Aventures de la médecine spéciale « Sexualité et Médecine » de Michel Cymes diffusée sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, en écoutant Léonie, homme transsexuel M to F de 29 ans, parler de son arrivée au monde, on se rend compte qu’il s’est vraiment pris pour une machine : « Je suis sorti(e) avec des paramètres d’usine qui ne correspondent pas aux applications de mon cerveau. »
 

En boîtes, les personnes homosexuelles effectuent de plus en plus de danses robotiques. La danse « tecktonik », pourtant venue des banlieues, a été associée à un efféminement suspect, voire à une « danse gay ». On peut également penser aux chorégraphies machinale de Madonna (surtout « Vogue », « Nothing Really Matters », et « Material World »), de Kylie Minogue (« Can’t Get You Out Of My Head »), de Mylène Farmer (« L’Âme-Stram-Gram » et « Désenchantée » en particulier), d’Alizée (« J’ai pas 20 ans »), de Jeanne Mas (cf. le concert Jeanne Mas revient ! au Trianon de Paris, le 25 juin 2008), de Mélissa Mars (« Love Machine »), de Cristina Rus (« I Don’t See Ya »), etc.

 

 

Je citerai également aux chorégraphies robotiques de l’équipe de natation synchronisée gay dans le documentaire « Les Garçons de la piscine » (2009) de Louis Dupont, aux voix électriques du groupe Mauvais Genre (avec par exemple la chanson « L’Amour ça va »), de Madonna (« Paradise ») et Britney Spears (« I Wanna Go »), etc.

 

Spice Girls

Spice Girls


 

Lady Gaga

Lady Gaga


 

Mylène Farmer en porte-manteau

Mylène Farmer en porte-manteau

 

L’immobilité du mannequin est source de fantasme dans la communauté homo. C’est très étrange et énigmatique, à première vue. Je me souviens, lorsque j’étais enfant, que l’un de mes jeux favoris à l’école était « 1, 2, 3, Soleil » : j’aimais me statufier. Et vers l’âge de 8-12 ans, j’étais fasciné par les mannequins de mode que je voyais à la télé, par les humains prenant des poses « arrêt sur image », par les postures « stylées » des Spice Girls ou des modèles de Marcelle Griffon. Et quand je tombe maintenant sur des scènes de films telles que « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman (avec le Dr Frank-N-Furter qui a le pouvoir de transformer en statues les êtres humains), ou bien les tours de magie d’Endora dans la série Ma Sorcière bien-aimée (le personnage de la mère qui fige les actions et les personnes à sa guise), je comprends, sans trop m’expliquer pourquoi, que j’ai en moi un désir d’être objet.

 
 

c) Bodybuilding :


 

Quand l’individu homosexuel se donne les moyens de sa réification, il fonce en général vers les magasins de vêtements, les parfumeries, les piscines et les clubs de fitness, plusieurs fois par semaine. Et ne dites pas que je caricature ! J’ai déjà passé une soirée à l’Amnésia, la boîte parisienne de Johnny Hallyday, vers 2005, pour un tea dance exclusivement « réservé aux mecs », et j’ai vu de mes propres yeux une fosse – qu’on appelle aussi piste de danse – bourrée à craquer de plusieurs centaines d’hommes torse poils, huilés, épilés, et bodybuildés (beurk…), que je ne pensais croiser que sur les couvertures de Têtu ! Des types tellement surfaits, tellement parfaits, tellement bien charpentés, qu’on eût dit qu’ils passaient leur vie dans les salles de musculation. Oui, ça existe, les rats de corpothèque !

 

Bon nombre d’hommes gay consacrent du temps aux soins de leur corps physique et de leur paraître. Je vous renvoie également à la photo Man In Polyester Suit (1980) ainsi qu’aux Statue Series (1983) de Robert Mapplethorpe, à la quasi totalité des couvertures de la presse spécialisée gay, la revue française Olympe spécialisée dans le culturisme, etc. Par exemple, dans le roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, Ednar, le héros homosexuel, souhaite « assouvir ses passions favorites : son goût pour le culturisme, la remise en forme » (p. 94). Dans son Autoportrait (1927), la photographe lesbienne Claude Cahun pose en haltérophile désarticulé.

 

Photographie "Autoportrait" (1927), où Claude Cahun joue haltérophile

Photographie « Autoportrait » (1927), où Claude Cahun joue haltérophile


 

Je vous rappelle par ailleurs que les YMCA (Young Men’s Christian Association) sont connus pour être des gymnases où les jeunes hommes développent leur musculature, et qu’ils ont fait l’objet de la fameuse chanson gay des Village People.

 

En rentrant dans le monde des marionnettes et des poupées, la personne homosexuelle perd son unicité (une poupée est facilement remplaçable par une autre) en même temps qu’il gagne une forme éternité (le fétiche, s’il est fabriqué en série illimitée, a tout le temps devant lui !). La marionnette, contrairement à Dieu, ne peut pas offrir ET la singularité (donc l’Amour : car qui est reconnu comme unique est aimé) ET la vie éternelle : l’un des deux est toujours sacrifié. Cruelle loi des objets !

 
 

d) On m’a traité comme une poupée :

Un certain nombre de personnes homosexuelles ont vécu pendant l’enfance la gloire éphémère de l’enfant-objet mis sur un piédestal : « À 5 ans sur scène, déjà ! À 65 ans sur scène… encore ! » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 19) Je vous renvoie par exemple au récit de Frédéric Mitterrand sur le tournage du film « Fortunat » en 1960, dans son autobiographie La Mauvaise Vie (2005).

 

Plus gravement, la poupée est à la source de la crise existentielle de tout individu homosexuel. C’est parce qu’il s’est cru objet ou qu’on l’a traité ainsi qu’il se dit parfois son clone. « Je voulais surtout qu’il sache que malgré tout ce qu’on disait sur moi à Hay Salam, ‘la petite fille’, ‘la poupée’, malgré tous les surnoms de trahison j’étais encore vierge. Vierge vierge. Vierge des fesses. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 20-21)

 

Dans le film documentaire « La Domination masculine » (2009) de Patric Jean, les rayons de jouets et des poupées est le lieu d’où part la réflexion sur la différence des sexes : c’est dire si la poupée a remplacé l’être humain dans l’esprit de beaucoup de personnes homosexuelles !

 

Aussi incroyable que cela puisse paraître, certaines personnes homosexuelles croient (dans leur cœur et pas dans leur tête) que les poupées ont une âme… ont leur âme ! Par exemple, le film « Pêche mon Petit Poney » (2012) Thomas Riera se penche sur la question du genre dans le monde du jouet, guidé par le récit intime du réalisateur sur la découverte, enfant, de son homosexualité : « Mon envie dans ce film est de faire apparaître la relation que j’ai eue avec Pêche. Parce qu’elle a été sans doute une soupape à mes questions. Parce que j’avais trouvé en lui quelqu’un à qui m’accrocher. À travers cette histoire intime avec Pêche, mais aussi à travers les failles et les choses du monde normées et non normées assimilées, ressortira le cheminement d’un enfant, de sa construction, de ses peurs anciennes face à son homosexualité, mais aussi de ses désirs et secrets les plus beaux qu’il n’ait imaginés. » Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, le Rat-marionnette est présenté à la fois comme un être surnaturel hyper-humanisé (pour Vicky, il« a un esprit. C’est le Diable. », p. 274), à la fois comme un objet inoffensif : « Ce Rat n’est qu’une marionnette, il est animé par une main, vous le savez mieux que personne, puisque vous l’avez fabriqué. Il serait incapable de tuer tout seul. » (l’Auteur)

 

C’est parce que beaucoup de personnes homosexuelles se fuient elles-mêmes qu’elles opèrent ce transfert d’identité sur les poupées : « Coco s’arrêta soudain devant une poubelle, où il avait remarqué une poupée cassée, désarticulée, cachée dans les déchets. Il la prit par un bras. C’était une vieille Barbie rongée par les rats. Il soupira. ‘Vous me trouverez stupide. Mais j’ai une âme de gamin. Je ne peux pas voir une poupée cassée. C’est un crime !’ hurla-t-il en pleurant. ‘Tu vois, lui reprochait-il, on t’a jetée comme une vieille putain. C’est le destin des blondes. J’en souffre. Je sais que je finirai comme toi.» (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 26)

 

Les personnes homosexuelles ont vécu en général une histoire d’amour… que dis-je… une passion secrète pour la poupée. C’est bien pour cela qu’elles l’ont ensuite détestée : seul ce à quoi on est excessivement attacher peut nous trahir. « Pour les grandes occasions, Noël, ma fête et mon anniversaire, on m’achetait des jouets de fille, des poupées notamment, dont j’ai eu un véritable harem. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 63) Dans l’émission Toute une histoire spéciale « Quand ils ont renoncé leur homosexualité, leurs proches les ont rejetés » diffusée sur France 2 le 8 juin 2016, Marvin, jeune témoin homo, raconte qu’il jouait avec les Barbies de ses sœurs.

 

C’est assez ahurissant, le foin que font actuellement les féministes (en particulier lesbiens et gays) autour des jouets et surtout des poupées, pour que les garçons puissent « avoir le choix » de jouer à la poupée ou pas, que les jouets de Noël soient asexués et sans rose ou sans bleu.

 

Les ministres Najat Vallaud-Belkacem et Dominique Bertinotti en extase devant les écoles pro-Gender... pardon, "égalité des sexes"

Les ministres Najat Vallaud-Belkacem et Dominique Bertinotti en extase devant les écoles pro-Gender… pardon, « égalité des sexes« 


 

Si on voit actuellement dans certaines vitrines de Castro (le quartier gay de San Francisco, aux États-Unis) des poupées Barbie et Ken massacrées, torturées, et exposées bâillonnées pour prouver que la communauté homosexuelle tord le cou à la « tyrannie marchande hétérosexiste », c’est bien que les poupées sont UN PEU considérées comme des témoins à charge gênants. Si elle déchaînent autant de haine et que des individus anti-matérialistes s’affairent à leur scotcher la bouche, c’est bien qu’elles sont considérées comme vivantes et détentrices d’un lourd secret. Pour le connaître, ce tabou, il suffit de se pencher sur le vécu de leurs assassins iconoclastes homosexuels, et on trouve assez vite la réponse… Je crois que la révélation de la poupée homosexuelle réside d’une part sur la nature idolâtre du désir homosexuel par rapport à l’homme-objet et la femme-objet, et d’autre part sur le fantasme de viol que la figurine « incarne » (cf. le groupe lesbien les Barbi(e)turix).

 

Barbi(e)turix

Barbi(e)turix


 

Beaucoup de personnes homosexuelles mâles se mettent dans l’idée qu’en incarnant la femme-objet, elles trouveront la grâce scintillante de l’héroïne tragique victime du machisme, du faire-valoir de la domination masculine : « Éternelle marionnette, elle chante les louanges de son maître. Toute femme est considérée en Argentine comme partageant les opinions de son mari, plutôt les exaltant, jamais comme ayant une opinion à elle. » (Copi à Paris en août 1984 dans la biographie Copi (1990) de Jorge Damonte, p. 91) ; « Catherine pensait-elle que j’étais une marionnette dont elle pouvait tirer les ficelles à son gré pour la faire gesticuler selon ses humeurs ? » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 124) ; etc. Je vous renvoie évidemment à la partie « Amant diabolique marionnettiste » du code « Amant diabolique », à la partie « Cruelle marionnettiste » du code « Femme fellinienne géante et pantin », et au code « Pygmalion » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

L’objet est le catalyseur de l’hypersexualité asexuée. C’est pour cela que beaucoup de personnes homosexuelles, qui désirent décharger leur désir d’asexuation et leur trop-plein de pulsions, se dirigent vers l’univers infantile et ultra-violent de la poupée à forme humaine : « Je n’étais pas spécialement attiré par les filles, ni par les garçons… Dans ma dernière année d’humanité, j’ai entendu parlé pour la première fois de la masturbation et suite à ces conversations, j’ai essayé de me masturber… cela a marché. De plus, je me masturbais en mettant une veste de cuir de mon frère et aussi des bottes de cuir : cet acte fétichiste ajoutait à ma satisfaction. Je ne sais pas pourquoi je recherchais ces vêtements liés à certains fantasmes de mon enfance … J’en ai quelques souvenirs ! […] Certaines périodes étaient plus calmes et je pensais être débarrassé de cette habitude mais cela reprenait et parfois je le faisais plusieurs jours en suivant. Au niveau du fétichisme, j’avais des gants et des bottes en caoutchouc qui ajoutaient à mon excitation. » (un ami homo de 52 ans, dans un mail datant du 19 octobre 2013)

 

Dans son Épître aux Romains, saint Paul présente les actes homosexuels comme une conséquence du fait d’adorer des images des statues d’hommes, comme le fruit d’une idolâtrie, d’un amour trahi. Aurait-il, une nouvelle fois, flairé juste ?

 
 

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Code n°149 – Première fois

Première fois bon

Première fois

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

La première fois homo : caractérisée par l’absence de liberté et de Réel

 

C’est curieux comme l’initiation homosexuelle, même dans des créations artistiques qui veulent donner une bonne image de l’homosexualité, se passe dans la douleur et l’absence de liberté.

 

Quand on écoute les personnages homosexuels fictionnels – et beaucoup plus d’individus homosexuels réels qu’on n’imagine – raconter leur « première fois homosexuelle » (premier baiser, premières caresses, premier coït, coming out), on est saisi de voir que pour eux, ce n’est pas une partie de plaisir, agréable et apaisée. Tout le contraire ! Ils sentent inconsciemment qu’en actes, ils s’éloignent du Réel, et que cette fuite est amère, qu’elle les catapulte dans un rêve éveillé qui corporellement semble répondre à la perfection à leurs attentes, mais qui dans leur cœur les blesse et les rend tristes.

 

Ils nous racontent par exemple qu’ils ont pleuré juste après avoir reçu leur premier baiser homo… bien qu’ils n’aient révélé leur curieuse réaction à personne, en croyant que c’était eux seuls qui avaient un « problème », un sursaut « injustifié » de culpabilité, qu’il n’y a pas de baiser spécifiquement « homosexuel » mais des baisers d’amour tout court. Ce réflexe de tristesse nous dit bien que le désir homosexuel n’est pas un désir uniquement d’amour, mais également un élan violent, même si sa violence est juste devinée, atténuée par le jeu ou l’euphorie des sens, et ré-écrite positivement a posteriori dans le rose sucré (de la sincérité, de la passion, des sentiments, de l’excitation face à la nouveauté) ou carrément dans le noir (de la gravité d’un sacrifice d’amour brutal et désespéré – dans le sens salafiste du terme « sacrifice » -, de l’orgueil gay militant et volontairement « dérangeant », de la comédie relativiste de la Drama Queen).

 

Non pas que la « première fois » amoureuse soit tellement plus réussie chez les personnes hétérosexuelles (ce n’est mieux que chez les couples femme-homme aimants, qui, eux, ont pris le temps de se choisir pleinement et de respecter le Réel) qui vivent aussi le premier baiser ou le premier coït comme une souillure, un mauvais moment, une déception.

 

Avant la publication de mon tout premier livre (sur les liens non-causaux entre homosexualité et viol), j’avais entrepris de récolter des témoignages de personnes homosexuelles dans le Marais, à Paris, en les interviewant sur leur « première fois » homosexuelle (premier émoi, premier regard, premier baiser, premier flirt, premier grand amour, première coucherie, etc.), car je sentais que dans l’initiation à l’acte homosexuel, il se passait quelque chose de pas normal, qui me mettrait sur la piste du viol. Je me suis vite rendu compte que le projet était trop audacieux et qu’il tournerait court, car lors des interviews, je me heurtais au même refus, chez mes témoins, de vraiment revenir sur les faits et sur leur « première fois ». D’emblée, ils enchaînaient sur le Grand Amour qu’ils souhaitaient trouver (sans trop y croire…) dans les aventures qui précédaient leur première fois. Mais bon, finalement, c’était une confirmation que la piste du mauvais souvenir était quand même la bonne ! Et puis les témoignages des amis sont finalement venus tout naturellement.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Coït homosexuel = viol », « Amant diabolique », « Amant triste », « Violeur homosexuel », « Symboles phalliques », « Moitié », « Viol », « Liaisons dangereuses », « Fusion », « Déni », « Manège », « Appel déguisé », « Jeu », « Douceur-poignard », et à la partie « Langue au chat » du code « Amant diabolique », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

Film "High Strung" de Roger Nyard

Film « High Strung » de Roger Nyard


 

Il semble que, dans le rapprochement amoureux homosexuel, le passage violent du mythe à la réalité fantasmée s’initie bien avant le passage à l’acte génital et la pénétration anale ou vaginale. Le viol se limite au simple baiser sur la bouche. Quand on écoute certaines personnes homosexuelles raconter leur premier baiser homosexuel, on les trouve bizarrement peu enthousiastes. Elles ne sont ni dégoûtées, ni amusées, mais juste fascinées par un geste qu’elles situent davantage sur le terrain de la science-fiction que sur celui de la beauté mémorable. Il leur a souvent laissé une impression de catapultage forcé dans un monde inconnu, paranormal. « Nous nous sommes embrassées, et j’ai su que ma vie avait basculé. J’ai été projetée d’un monde à l’autre. J’ai été poussée. » (Corinne, intervenante lesbienne  mimant le mouvement de projection violente vers l’avant avec la main, dans l’émission Ça se discute, sur la chaîne France 2, le 18 février 2004) C’est comme s’il faisait passer brutalement du fantasme à la réalité fantasmée en entravant une liberté. Relativement nombreux sont les sujets homosexuels qui ont fondu en larmes quand ils l’ont reçu. Même dans les fictions, nous voyons quelques exemples de ce surprenant « baiser-homosexuel-qui-fait-pleurer ». « Et voilà que je pleure, sans expliquer pourquoi. G. me regarde avec une douce interrogation. Que lui dire ? Que je ne l’aime pas ? Ce n’est pas vrai. Aimer, c’est si facile. Que je l’aime moins ? Ce n’est pas vrai non plus. C’est autrement, voilà tout. Je pleure parce que je cède à mon désir de caresses. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), pp. 47-48) Il est parfois clairement associé au viol (cf. « Yossi et Jagger » (2002) d’Eytan Fox, « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls, etc.). Le baiser homosexuel peut avoir la violence d’une caresse dénuée d’amour, comme le décrit Stefan Zweig dans son roman La Confusion des sentiments (1926) : « Ce fut un baiser comme je n’en avais jamais reçu d’une femme, un baiser sauvage et désespéré comme un cri mortel. » (p. 126)

 

Bien souvent, l’initiation à la génitalité homosexuelle est vécue comme un traumatisme. Il n’est pas anodin que les artistes homosexuels traitent régulièrement des « premières fois » dans leurs créations. Même si les personnes homosexuelles n’ont pas le monopole du viol ou du fantasme de viol – beaucoup de jeunes filles ou de garçons hétérosexuels ont vécu leur défloration comme un viol –, en revanche, je crois que leurs unions corporelles y sont plus biologiquement, corporellement, psychiquement, et symboliquement exposées que les unions entre la femme et l’homme, du fait de l’exclusion radicale de la différence des sexes dans tous les couples homosexuels, et de la nature du désir homosexuel, davantage tourné vers la réification. Si les jeunes adolescents homosexuels reculent au maximum l’échéance de leur premier « passage à l’acte », que la majorité d’entre eux sont allés à la génitalité « comme on va chez le dentiste », ce n’est pas sans raison. Il y a une violence dans l’acte génital (et simplement sensuel) homosexuel, qui reste difficile à définir, mais qui pourtant existe. Cela vaut le coup d’écouter les récits du premier rapport sexuel des personnes homosexuelles : on a parfois l’impression d’entendre une mise en scène de viol – et plus rarement un viol réel. Ceci transparaît parfois dans le discours des personnages fictionnels homosexuels. « La première fois, c’est toujours bizarre » avoue Julián, dans le film « Krámpack » (2000) de Cesc Gay. Dans « Quels adultes savent » (2003) de Jonathan Wald, le jeune Roy, demande à son amant qui vient juste de le déflorer : « On se sent toujours comme ça après ? ».

 

Si la pénétration anale va en se banalisant dans les discours sociaux actuels, il ne faut pas oublier qu’au départ, elle fait mal aux personnes pénétrées et pénétrantes, pas seulement physiquement mais aussi psychiquement. Dans le film « Mauvaises Fréquentations » (2000) d’Antonio Hens, le personnage de Guillermo nous dit bien ce qui se passe la « première fois », et aussi pendant l’après-sodomie. « Je ne m’étais jamais laissé pénétrer. Mais il a dit que j’allais aimer, je n’avais qu’à me détendre. Malgré la salive et mes efforts pour me relaxer, ça faisait un mal de chien. Voyant qu’il n’y arrivait pas, il s’est mis à pousser de toutes ses forces. J’ai jamais eu aussi mal. Mais depuis, je me dilate sans problème. » Par la suite, beaucoup de personnes gay réécrivent l’épisode de la pénétration dans l’angélisme – la prostate serait même, selon certains, le « point G homosexuel » ! (pourquoi pas, après tout ?) –, ou se mettent à mépriser les partenaires sexuels qui mettent du temps à accepter la sodomie. Mais le malaise concernant la pénétration anale revient autrement dans le couple, généralement sous forme d’agressivité et d’indifférence mutuelles.

 

Dans la bouche des personnes homosexuelles réelles, le sentiment de viol concernant le dépucelage se mêle souvent à l’optimisme forcé. « La première fois où ça s’est fait avec un garçon, c’était très fort… très violent. » (Denis dans l’émission Bas les Masques, diffusée sur la chaîne France 2, en septembre 1992) Mais au final, la violence symbolique gagne tout le tableau. « Ça s’est passé mal, très très mal, parce que c’est comme si ça en rajoutait encore, en définitive. Le fait de passer à l’acte, pour moi, faisait que ça rajoutait encore de la complication à mon existence. » (Olivier, 37 ans, parlant de la découverte de son homosexualité et de son premier passage à l’acte homosexuel, dans le documentaire « Une Vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité » (2002) de Serge Moati) Il n’est absolument pas rare de rencontrer des sujets homosexuels qui ont vu leur amant effondré juste après qu’ils l’aient « déniaisé ». Sur le coup, ils n’ont pas saisi pourquoi. Ce dernier s’est tout de suite excusé d’avoir pleuré, leur a assuré que c’étaient des larmes de joie et de découverte, qu’elles étaient un soubresaut de culpabilité induite par le poids culturel (« judéo-chrétien » !) et éducationnel. Et l’énigme s’est approfondie sans trouver d’écho. Beaucoup de personnes homosexuelles ne peuvent même pas dire leur souffrance du viol à leur partenaire, car elles sentent qu’il ne pourra pas les comprendre. Et plus profondément encore, il leur est difficile de lui avouer un fantasme de viol – et plus rarement un viol réel – consenti à deux.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

a) La première fois homosexuelle est vécue par le protagoniste gay comme un traumatisme :

Film "Miroirs d’été" d’Étienne Desrosiers

Film « Miroirs d’été » d’Étienne Desrosiers


 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, il est souvent question de l’initiation coûteuse à la sensualité/sexualité homosexuelle : cf. le roman El Anarquista Desnudo (1979) de Luis Fernández, le film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey, les films « Les Puceaux » (1997) et « Robe d’été » (1996) de François Ozon, le film « Carne Trémula » (« En chair et en os », 1997) de Pedro Almodóvar, le film « Eating Out » (2004) de Q. Allan Brocka, le film La Trilogie de la vie (1975) de Pier Paolo Pasolini, la chanson « Toute première fois » de Jeanne Mas, les chansons « Fuck Them All », « Plus grandir », « Libertine », « Dans les rues de Londres » de Mylène Farmer, le film « Ode To Billy Joe » (1976) de Max Baer, le film « Premier amour, version infernale » (1968) de Susumu Hani, le film « La Sagrada Familia » (2006) de Sebastián Campos, la chanson « Tu m’as possédée par surprise » de Madame Raymonde, le film « Einaym Pkuhot » (« Tu n’aimeras point », 2009) de Haim Tabakman (avec la tristesse post-acte homo visible dans l’attitude d’Aaron), etc.

 

Au départ, la première fois homosexuelle est totalement déproblématisée, sacralisée et banalisée. Par exemple, dans la pièce Ma Première Fois (2012) de Ken Davenport, les quatre comédiens distribuent au tout début des questionnaires au public pour qu’il raconte sa première fois (sexuelle). Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny prend le fait de s’abandonner à faire la planche sur l’eau avec son futur amant Romeo pour une incroyable révélation d’amour : « C’est la première fois. »… laissant sous-entendre que c’est l’amour homo qui l’aide à s’abandonner vraiment, à faire confiance pour la première fois à quelqu’un. Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Léo, le héros homosexuel, croit que les premières fois sont toujours les bonnes. C’est sa théorie en amour. Il est obnubilé par l’idée d’embrasser quelqu’un et d’être embrassé en retour, et est certain que la première sera la bonne. Il n’hésite pas à verser dans le théorie relativiste de l’expérimentalisme de tout : « Il y a toujours une première fois. » dit-il par exemple avant de s’autoriser à vivre sa première cuite. Dans le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela, Tareq, le héros homosexuel, raconte que sa première fois homosexuelle, à l’âge de 17 ans, il l’a vécue avec un homme plus âgé que lui : « Je cherchais sûrement une figure paternelle. Quant à Leevi, son amant, il dit que sa première fois homosexuelle (quand il est sorti avec un homme) a impulsé la mort de sa maman : « Ça a commencé juste avant la mort de ma mère. » Dans la série et téléfilm It’s a Sin (2021) de Russell T. Davies, le dépucelage homo de Ritchie (avec Ash) se passe tellement mal qu’il fond en larmes après avoir été jeté comme un malpropre.

 

Mais assez vite, on découvre que le fait de tomber amoureux homosexuellement n’est déjà pas source d’apaisement chez certains héros homosexuels. « À la première seconde, je savais que j’allais l’aimer, que j’allais souffrir. Au fond, il m’avait déjà échappé au premier instant où je l’ai vu. J’ai voulu faire durer cette imposture le plus longtemps possible. La douleur est éblouissante, très pure. » (Stéphane parlant de son ex-amant, le jeune et beau Vincent qui le frappe de temps en temps physiquement, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Pourquoi je me sens si coupable ? » (Emmanuel, l’un des séminaristes, noir et homosexuel, suite à sa première expérience homosexuelle avec un homme anonyme de Carthage, dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm) ; « J’avais trop peur. Je tremblais. » (Guillaume parlant de son histoire avec Michael, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; « Tu trembles. » (Carol, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Thérèse avec qui elle couche pour la première fois, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; « C’est la première fois ? Ben dis donc… T’es pas un grand bavard, toi… » (Serge s’adressant à son jeune amant Victor après leur nuit de sexe, dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; « Je peux pas… C’est pas bien… Ça ne peut pas durer… Je ne peux pas l’assumer. » (John s’adressant à son amant Will juste après leur nuit de sexe, dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; etc. Par exemple, dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, Franck s’éprend d’un homme, Michel, qu’il a connu sur un lieu de drague homo où il y a une série de meurtres : « J’crois que je suis en train de tomber amoureux. » avoue-t-il à son pote Henri qui le sent quand même inquiet (et pour cause : Michel est le tueur !) : « Et c’est ça qui te tracasse ? » Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, juste avant de coucher avec son ami Todd, Frankie exprime une appréhension : « C’est peut-être pas une bonne idée… » Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin (mis en scène par Élise Vigier en 2018), Arthur, le héros homosexuel, vit très mal l’acte homo : « Ma bite a commencé à grossir, et j’ai commencé à pleurer. » ; « J’ai jamais oublié cet homme. À cause de lui, j’ai jamais pu toucher quelqu’un avant longtemps. » ; « Merde. C’est quoi mon problème ? » Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Elio pleure lorsqu’il pratique l’homosexualité avec Oliver. Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Arthur, le personnage homosexuel, fond en larmes en disant son « amour » pour son amant Crunch : « Je suis amoureux de toi. »… « Alors pourquoi tu pleures ? » lui demande Crunch. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Nathan embrasse Jonas sur la bouche dans la salle de sport du collège. Jonas ne s’en trouve pas bien : « Oh… j’ai la tête qui tourne. ».

 

Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi manque de s’étrangler (parce que son écharpe s’est prise dans la machine à laver) au moment où il rencontre pour la première fois Damien à la laverie, et dont il tombe amoureux. Et quand Damien raconte ses expériences homosexuelles, ce n’est pas brillant non plus : « C’est quand même vachement déstabilisant. J’ai tout de suite compris que c’était pas mon truc. Y’avait quelque chose en moins. » Dans la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1, Hugo, le héros homo, drague Bart Valorta pendant une baignade… et dans un premier temps, Bart réagit super mal et le renvoie chier… avant de céder un peu plus tard (c.f. les épisodes 260 et 262, diffusés les 7 et 9 août 2018).
 

C’est le premier rapport sexuel en général, qu’il se passe entre deux personnes de sexes différents ou entre deux personnes de même sexe, qui est mis en scène de manière dramatique dans les fictions homosexuelles : « Dorita se donna à lui [Silvano] pour la première fois la nuit des adieux, dans la salle de classe, sur le bureau de Silvano, tandis que la pluie fouettait les carreaux. Dorita était vierge. L’expérience fut douloureuse pour tous les deux. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 12) ; « Comme elle me l’avait dit, la première fois est toujours déterminante, qu’elle soit de souffrance ou d’harmonie, surtout pour le goût spécial que j’ai. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 132) ; « Elle est rentrée en moi. J’ai cru que j’allais exploser. » (Irène après sa première relation lesbienne, dans la pièce Ma Première Fois (2012) de Ken Davenport) ; « T’as les mains froides… » (Karim parlant à Guillaume, son « plan cul » anxieux d’aller chez lui, un gars qu’il ne connaît pas, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; « Ça, comme première tentative, c’était raté de chez raté. » (Guillaume, idem) ; « Je ne veux plus qu’on reparle de ça. C’est malsain. » (Clara après que Zoé, sa meilleure amie, lui ait fait sa déclaration et l’ait embrassée, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret) ; « Ce n’est pas grave si ta toute première fois était trop sombre. Ce n’est pas grave si ta seconde fois met à jour ta part d’ombre. » (c.f. la chanson « Grave » d’Eddy de Pretto) ; etc. Par exemple, le film « Tchernobyl » (2009) de Pascal Alex-Vincent filme un couple d’adolescents en train de vivre son tout premiers coït sylvestre. Dans le film « La Ballade de l’impossible » (2011) de Tran Anh Hung, Kisuki, le héros (homosexuel ?) se suicide parce que sa « première fois » avec Naoko, sa copine, se révèle désastreuse ; cette femme lui fait croire à son impuissance sexuelle. Dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Floriane veut être dépucelée par son amante Marie (« J’voudrais que ce soit toi, Marie. Que tu sois la première. Que tu me débarrasses. »), ce qui met cette dernière dans l’embarras (« Je peux pas faire ça. »). Cette défloration se passe mal, dans la tristesse et les larmes… même si Floriane conclut laconiquement, après le premier baiser sur la bouche : « Ben tu vois ?… c’était pas si difficile. » Dans le film « Les Astres noirs » (2009) de Yann Gonzalez, le premier baiser que s’échange Walter et Julien Doré est mal vécu par Walter. Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Suki est inanimée suite au baiser forcé qu’elle a reçu de Rinn.

 

Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Doyler, après sa nuit d’amour avec Jim, est pris de crampes insupportables au ventre : « C’est pas bon d’avaler la mer d’Irlande. » lui rétorque Jim, pour faire de l’humour.

 

Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Benjamin raconte à son psy sa première rencontre homosexuelle avec son amant Arnaud, à qui il a fait volontairement un croche-patte, alors que le tableau est idyllique : « C’était comme au cinéma. C’était au bord de la plage. C’est alors qu’il m’est apparu. Un petit air de Ryan Goslin… avec le corps d’Élie Sémoun. » De son côté, Arnaud donne une autre version des faits au psychanalyste, en partant sur le quiproquo incestueux que le thérapeute lui parlait de sa première cuite : « Ma première fois, c’était avec mon oncle dans sa cave. » « Je comprends le traumatisme… » interrompt le psy. « J’avais 12 ans. J’étais consentant. […] C’était un Cabernet d’Anjou. Ma première cuite. » Réalisant qu’il y a eu malentendu, Arnaud se reprend : « Je sortais du cinéma. Il faisait 40° C. Ça puait la pisse. Je passe par Paris-Plage. Et là, avec le soleil qui m’aveugle, je me prends Ben en pleine gueule. Mais bon, moi j’ai le mal de mer, alors je lui en veux pas. »
 

Beaucoup de personnages homosexuels nous mettent en garde contre le passage douloureux à l’acte homosexuel (qu’ils ont vécu ou ont vu vivre), sans pour autant le dénoncer explicitement. « Ça devient vexant. J’ai l’impression de revivre mon dépucelage. […] Je suis à plat. La deuxième raison qui me rappelle mon dépucelage. » (Arnold, l’un des héros homos de la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco) ; « J’ai détesté ça la première fois. » (Sven dans le film « Patrik, 1.5 », « Les Joies de la famille » (2009), d’Ella Lemhagen) ; « C’est quand même sacrément dur l’âge des premières amours, petit pédé. » (cf. la chanson « Petit Pédé » de Renaud) ; « Viens, ferme les yeux sur nos premières nuits. » (cf. la chanson « J’attends » de Mylène Farmer) ; « Quel malheur, quel coup de hache dans ma vie qui était déjà en morceau ! Quelle passion si insensée, coupable, odieuse, s’est emparée de moi ! C’est une honte, et elle me fera toujours rougir. » (Albert dans le roman Mademoiselle de Maupin (1835) de Théophile Gautier, paragraphe final du chapitre 8) ; « Pascal se sentait brouillé et malade. Et tellement sale. Il avait eu beau se frotter les mains à s’en écorcher la peau, il savait bien que c’était inutile. Ce genre de trace ne s’effaçait jamais. » (Claude Brami, Le Garçon sur la colline (1980), p. 246) ; « C’était l’été de nos treize ans. L’été des sœurs de sang. Dovid a eu migraine sur migraine, cet été-là. » (Ronit parlant de sa première fois lesbienne, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 217)

 

Par exemple, dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, Erik a eu du sexe homosexuel dès l’âge à 13 ans pour la première fois, et ça ne semble pas relié à de superbes souvenirs : « Je cache des vérités importantes depuis que j’ai 13 ans. » se contente-t-il de dire de manière laconique.

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, nous avons droit à tous les récits d’initiation homosexuelle des héros homosexuels. Par exemple, pour Hank, ça a été l’angoisse… même s’il s’empresse ensuite de banaliser : « La première fois que je l’ai fait, c’était pendant la grossesse de ma femme. Il y avait une réunion de professeurs, à New York. Ma femme ne se sentant pas bien, j’y suis allé seul. Et dans le train, j’y ai pensé. J’y pensais, j’y pensais pendant tout le voyage. Et peu après mon arrivée, j’avais emballé un mec dans les toilettes de la gare. […] Je n’avais jamais fait ça de ma vie auparavant. J’avais une trouille bleue. […] Mais je suis tombé sur un gars sympa. Je ne l’ai jamais revu ensuite. […] Ce qui est drôle, c’est que je ne me rappelle pas son nom. […] Après, ce fut plus facile. On s’améliore avec la pratique. » Michael raconte que lors de son dépucelage, il ne se souvient de rien : « La première fois, je tenais pas debout. » Bernard, quant à lui, a couché avec son pote Peter un soir alcoolisé, et il est le seul à s’en souvenir et à avoir accordé de l’importance à leur dérapage : « C’était l’après-midi. Toute la matinée, j’ai été malade à l’idée de l’affronter. […] Il a fait comme si rien ne s’était passé. »

 

Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, quand Nicolas, le héros gay, raconte son initiation à l’homosexualité au jeune Michael, lycéen en questionnement, il tente d’édulcorer les choses : « L’amour entre hommes, c’est pareil qu’avec les filles. Ça peut faire mal au début… mais tout ça, c’est l’expérience. » Comme Michael le rejette, Nicolas finit par cracher le morceau et par dire que sa « première fois » homosexuelle a été « plutôt glauque »… puis il s’empresse de renier son aveu : « Mais tu sais, la première fois, c’est jamais bien. »

 
 

b) Le baiser qui fait pleurer :

Symboliquement, le premier passage à l’acte homosexuel tourne surtout autour de l’action du baiser. Il est souvent question de l’importance (et des dégâts !) du premier baiser homosexuel dans les fictions homosexuelles : cf. le film « First Kiss » (1996) de Linda Cullen, le film « J’embrasse pas » (1991) d’André Téchiné, le film « Butterfly Kiss » (1995) de Michael Winterbottom, le recueil de poèmes Espadas Como Labios (Des épées comme des lèvres, 1932) de Vicente Aleixandre, le poème « Canción De Amor Para Los Nazis En Baviera » de Néstor Perlongher, le film « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le roman El Peso De La Paja. El Beso De Peter Pan (1993) de Terenci Moix, la chanson « Tatuaje » de Rafael de León, le film « Les Amoureux » (1964) de Mai Zetterling (avec le baiser volé), le film « O Beijo » (1964) de Flavio Tambellini, le film « Csokkal Es Körömmel » (« Baisers et égratignures », 1995) de György Szomjas, le film « Kiss Kiss Bang Bang » (2005) de Shane Black, le film « O Beijo No Asfalto » (1985) de Bruno Barreto, le film « Kiss Or Kill » (1997) de Bill Bennett, le tableau Le Baiser (1992) de Michel Giliberti, le film « Kiss Me God Damn It ! » (2006) de Stian Kristiansen, etc.

 

Bizarrement, le personnage homosexuel a peur de ce baiser homosexuel. Il lui arrive de le fuir. Par exemple, dans le téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve, Benjamin se dérobe au baiser sur la bouche que Vincent s’apprête à lui faire : « Excuse-moi. J’peux pas te donner c’que tu veux. Pas ici… pas comme ça. »

 

Ce qui est très curieux, c’est qu’il fait souvent pleurer le héros gay qui le reçoit ou le donne : cf. le film « A Kiss In The Snow » (1997) de Frank Mosvold, le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré, le film « J’embrasse pas » (1991) d’André Téchiné, le film « Kissing Jessica Stein » (2002) de Charles Herman-Wurmfeld, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, le film « Aimée et Jaguar » (1998) de Max Färberböck, le film « Fire » (2004) de Deepa Mehta, etc.

 

« Et vous l’avez embrassé ! Vous en frémissez. Vous n’ignorez pas qu’il est des étreintes dont on conserve à jamais la brûlure. » (la voix narrative parlant de la déesse « Littérature », dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, p. 150) ; « Les baisers, les premiers, goût d’embruns, goût de spleen. » (cf. la chanson « Gourmandises » d’Alizée) ; « J’attends ma peine, sa bouche est si douce. » (cf. la chanson « Je t’aime Mélancolie » de Mylène Farmer) ; « Ce fut un baiser comme je n’en avais jamais reçu d’une femme, un baiser sauvage et désespéré comme un cri mortel. Le tremblement convulsif de son corps passa en moi. […] Mon âme s’abandonnait à lui, et pourtant j’étais épouvanté jusqu’au tréfonds de moi-même par la répulsion qu’avait mon corps à se retrouver ainsi au contact d’un homme – affreuse confusion des sentiments… » (le héros homosexuel recevant son premier baiser de son amant, dans le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, p. 126) ; « Ce fut une secousse comme quand un corps se désarticule violemment. » (idem) ; « Ce fut un innocent coup d’œil en arrière qui perdit le fils. L’homme, que le père semblait fuir, lança au fils un baiser aérien, et ce baiser percuta avec une telle violence l’innocence de ses pensées qu’il faillit tomber à la renverse ; mais le fourmillement délicieux que cette collision déclencha le laissa sur sa faim. » (cf. la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 30)

 

Le baiser homosexuel fictionnel n’est généralement pas donné et reçu en toute liberté : il est arraché (comme dans les films « Baisers volés » (1968) de François Truffaut, « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, la chanson « Le Baiser » du groupe Indochine, etc.), ou bien à l’image d’une collaboration, d’un viol. « Y’a des baisers volés dans les trains de tsarine. » (cf. la chanson « Gourmandises » d’Alizée) ; « Cette nuit, je te l’ai pris, ce baiser que tu n’as pas voulu me donner. […] Je suis encore troublé par ce baiser volé. » (Kévin à son amant Bryan dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 207) ; « Mes baisers sont souillés. » (cf. la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer) ; « Je souffre de tes yeux, de tes mains, de tes lèvres… qui savent si bien mentir… et je demande à mon ombre, sans trêve… si ce baiser sacré… peut me trahir. » (les paroles d’un boléro chanté dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 215) ; « Je n’aimais pas son haleine à l’odeur de bière et de cigarette. […] Quand j’ai été dans sa bouche, j’ai trouvé ça divin. J’ai oublié qui j’étais. » (le jeune Mathan parlant de sa première fois homosexuelle, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc.

 

Dans le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, quand James se fait embrasser pour la première fois sur la bouche par Ceth, un amant insistant, il lui dit qu’« il ne le sent pas » tout en se laissant néanmoins faire ; mais plus les baisers s’enchaînent avec fougue, plus il pleure et rejette violemment son partenaire comme une furie : « Non !!! Tu ne vois pas que je ne veux pas ??? » Dans le film « Babysitting » (2014) de Philippe Lacheau, Sam et Franck s’embrassent à leur insu dans le noir (une Dark Room d’un parc d’attractions), mauvaise blague orchestrée par Sonia que les deux hommes se disputent : en découvrant les images, ça ne les fait pas rire du tout.

 

Le baiser homosexuel peut être associé aussi au meurtre et à l’acte diabolique. « Ta petite bouche m’a appris à pécher. » (cf. la chanson « Piensa En Mí » de Luz Cazal) Par exemple, au moment du baiser entre Julia et Élisabeth dans le film « Danse macabre » (1963) d’Antonio Margheriti, la seconde saisit un coupe-papier pour poignarder sa tentatrice. Dans le film « Memento Mori » (1999) de Kim Tae-yong, le premier baiser a le goût amer de la pomme du Jardin d’Éden.

 

Dans le film « The Burning Boy » (2000) de Kieran Galvin, le premier baiser homosexuel entraîne la mort. En effet, c’est au moment où Ben donne à son meilleur ami Chill le signe charnel que ce dernier attendait tant que paradoxalement, Chill se met à pleurer. « Mais tu pleures ? » s’étonne Ben. « Non, je ne pleure pas. » répond Chill. Ben essaie alors de relativiser l’acte qu’ils viennent de poser (« Écoute, ça va, c’est pas grave. Je sais que je te plais. ») mais Chill s’énerve, pousse son copain, qui finit par faire une mauvaise chute le laissant totalement inanimé dans un cabanon qui prendra entièrement feu. Ce film vise à faire comprendre au spectateur que le refus de sa propre homosexualité est criminel ; mais au-delà de cette dialectique idéologique, on nous montre en toile de fond que le baiser homosexuel tue.

 

 
 

c) L’acte homosexuel rejoint indirectement ou directement le viol :

Le passage à l’acte homosexuel n’est pas violent prioritairement parce qu’il y aurait pénétration génitale (car certains militants homosexuels se plaisent à penser que ce serait uniquement la vision de deux corps masculins qui s’emboîtent et s’enculent qui gênerait les opposants à l’homosexualité), mais bien parce que le désir homosexuel est violent par nature.

 

Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah et Charlène, les deux amantes, se retrouvent à parler de leur dépucelage dans un bosquet. Sarah dit que « la première fois [génitale], ça ne se passe jamais bien. Charlène lui rétorque qu’elle ne l’a jamais fait avec un homme. Puis elles entendent un bruit de bête sauvage effrayante qui les fait quitter précipitamment le lieu, terrorisées. Un peu plus tard, sous l’effet de l’alcool et dans un moment d’intimité, elles s’embrassent sur la bouche dans leur caravane. Ce geste recouvre une forme de mélancolie fataliste : « It’s too late. I’m in love. » déclare Charlène à Sarah. Juste après le baiser, étonnamment, Sarah lui fout tout de suite après une gifle magistrale : « I’m not ready ! », geste blessant qui déromantise bien évidemment la scène. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso Davide, le héros homo de 14 ans, est enculé contre un mur en verre, sur fond rouge, par un autre prostitué.
 

D’ailleurs, c’est bien pour cela que dans les fictions homosexuelles, la violence et la tristesse de l’acte homosexuel sont ressenties bien avant le passage au lit. Elles se présentent déjà à partir de la rencontre de l’amant, de la perception d’un attachement sentimental disproportionné.

 

Le héros homosexuel a un étrange mauvais pressentiment quand il rencontre son amant : « La première fois que j’ai vu Julien, j’ai su que j’étais perdu. Julien me donne l’image retouchée, parfait, d’une condamnation à l’avance. » (le juge Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 114) Il freine des quatre fers au moment de réaliser son fantasme, et on/il ne comprend pas pourquoi. « Moi, ce qui m’a ouvert les yeux, c’est un type. On s’apprêtait à faire l’amour et… il éclate en sanglots. Là-dessus, il dit : ‘Excuse-moi, j’suis désolé… Ce n’est plus aussi drôle qu’autrefois.’ » (Jeffrey, le héros homosexuel, dans le film éponyme (1995) de Christophe Ashley) ; « Tu ne sais pas pourquoi je pleure. » (Violette Leduc à son amie Hermine, dans le roman La Bâtarde (1964), p. 221) ; « J’ai pas envie de la voir nue, j’ai pas envie de le voir nu. » (cf. la chanson « Troisième Sexe » du groupe Indochine) ; « Puisque c’est la première fois, ça vous dérange pas si on éteint la lumière. » (Dzav–Bonnard à leur producteur, au moment du coït, dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard)

 

Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, quand Esti et Ronit se retrouvent toutes les deux pour la première fois dans un bosquet et qu’elles sont prêtes à se révéler leurs sentiments, Ronit dit à Esti qu’elle « a l’air d’un tueur en série ». (p. 139) Elles finissent par sortir ensemble. Mais plus tard, c’est toujours la même résistance qui revient : « Je l’ai repoussée et tenue à l’écart, à bout de bras. Je suis plus forte qu’elle, je l’ai toujours été. Ça n’a pas été difficile. ‘Non, Esti ! ai-je dit. Tu dois arrêter maintenant. Ce n’est pas, enfin, ça suffit, tu arrêtes, d’accord ?» (Ronit, idem, p. 145)

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, au moment de vivre son premier rapprochement homosexuel, Bryan se sent très mal et repousse son copain Kévin, même s’il se cherche ensuite des excuses pour trouver sa gêne absurde (il dit qu’il se trouve « compliqué ») : « Je regrettais presque d’avoir réagi aussi connement. Évidemment que j’en rêvais, pourquoi lui faire croire le contraire ? Je pouvais mentir aux autres mais pas à lui… et à chaque fois, cette impression d’avoir un cerveau compliqué… c’était lui le responsable, pas moi ! » (p. 120)

 

La première fois homosexuelle est marquée par un contexte d’absence de liberté (on appelle cela l’« homosexualité de circonstance » dans la réalité). Par exemple, dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, Markus et Gabriel s’embrassent sous l’effet de l’alcool, alors qu’ils ne sont pas en pleine possession de leurs moyens. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Peter embrasse de force Howard sur la bouche.

 

Le désir homosexuel n’est pas un élan libre à la base. « Un jeune garçon aux yeux verts vous sourit. On vous pousse par derrière. Vous avancez. » (Thibaut de Saint Pol, N’oubliez pas de vivre (2004), p. 16) Il peut dire un attachement malsain aux origines. C’est la raison pour laquelle la première fois homosexuelle est parfois associée à un acte incestueux : « Que signifiait le baiser qui l’avait tant troublé : défi, ou mépris ? L’homme les avait-il pris, son père et lui, pour des invertis ? » (la voix narrative dans la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 31) Dans la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane, Alex affirme en blague que sa « première fois homosexuelle », ça a été avec son beau-père. Dans le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee, le baiser entre Elliot et Paul, au départ plaisant, laisse place à la culpabilité : Elliot regarde la place vide de son père dans le bar. Idem dans le film « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls, où ce sera le fait que le baiser homosexuel soit vu et rendu concret par le regard d’un vieillard, qui remplira le héros homosexuel d’une culpabilité criminelle à l’égard de son camarade de vestiaires. Dans le téléfilm « L’Homme que j’aime » (2001) de Stéphane Giusti, le premier rapport amoureux homosexuel fait l’objet d’une vraie bagarre dans les vestiaires entre les deux amants, Lucas et Martin.

 

Plus radicalement, la première fois homosexuelle renvoie au viol, à la trahison, à une imposture identitaire et amoureuse. « Toute sodomie commence par un viol. » (Paul dans la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener) ; « Soudain, tandis que j’étais à moitié nu, je ne sais par quel subterfuge inconscient de l’esprit, les images de ma première nuit d’amour avec Franck se projetèrent sur ce lit, comme en surimposition. Scènes de film muet, où l’un des protagonistes – moi, en l’occurrence –, est pris d’un terrible remords pour ce qu’il a fait subir au jeune garçon. » (Éric en parlant de son amant Franck, dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 35) ; « La honte et le plaisir, l’impression à la fois d’être souillé et d’enfreindre un tabou vieux comme le monde se mêlent en lui. » (la description de Franck sodomisé, idem, p. 39) ; « Tu sais, ma première amie, je l’ai trahie. » (Cherry à son amante Ada dans la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) ; « C’est très perturbant de découvrir le sexe comme ça. » (Joe, un homme homosexuel obèse, très anxieux et efféminé, qui a été violé par un prêtre à l’adolescence, dans le film « Spotlight » (2016) de Tom McCarthy) ; etc.

 

Dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, Balthasar dit : « J’ai eu un orgasme mais ça fait mal. » Ce à quoi Louis lui répond : « T’étais pourtant prévenu… Le dépucelage… » Dans le film « Gun Hill Road » (2011) de Rashaad Ernesto Green, le jeune Michael, au moment de réaliser sa première fellation, fait tout pour reculer l’échéance : « Tu as un bonbon ? » Dans le film « Edge Of Seventeen » (1998) de David Moreton, on observe une sodomie qui fait mal, qui inquiète, qui n’est pas librement choisie. Dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, le premier coït homosexuel entre Raúl et le jeune Roberto se passe très mal, dans une grande appréhension et violence : « Tu vas me faire mal! […] Ça fait mal ! » hurle Roberto avant d’être effectivement violé et frappé par son amant.

 

Dans le film « Ander » (2009) de Roberto Castón, José et Ander font la première fois l’amour dans les toilettes un jour de mariage ; certes, Ander a bu, mais il est aussi tellement traumatisé de la violence de la pénétration anale et de son assujettissement à son homosexualité qu’il en vomit sur place.

 

Dans le film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser, les deux meilleurs amis, Jan et Matthieu, finissent par coucher ensemble, et Matthieu le vit super mal : « Putain, mais lâche-moi, espèce de pédale ! » Il pousse Jan contre une fenêtre qui vole en éclat et qui le blesse à la jambe.

 

Dans le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh, la première fois où Russell et Glenn se rencontrent, c’est dans les toilettes d’une boîte gay, un soir de déprime mutuelle. Et quand ils font ensemble un brin de causette (présenté comme « profond » par le réalisateur), on apprend que la toute première fois de Russell lui est apparue comme « trop violente ».

 

Les dommages collatéraux du premier acte homosexuel peuvent être bien entendu d’ordre physique : « Tu avais mal à l’endroit du… coït. » (Dominique à Jérôme en parlant de la nuit d’amour alcoolisée entre Jérôme et François l’homosexuel, dans la pièce On la pend cette crémaillère ? (2010) de Jonathan Dos Santos) Mais ils sont avant tout psychologiques.

 

Dans le film « Une si petite distance » (2010) de Caroline Fournier, par exemple, l’amour lesbien naît du voyeurisme : l’héroïne observe par le trou du mur de son appartement sa voisine nue dans sa salle de bain, et la toute première fois, celle-ci hurle de se découvrir ainsi violée… avant de se laisser au fur et à mesure espionner avec complaisance.

 

Dans le film « Like It Is » (1998) de Paul Oremland, le premier rapport sexuel entre Craig et Matt est vécu comme un drame. En effet, dans un premier temps, Craig, en bon puceau, attend son amant au fond de leur lit, avec une réelle appréhension, même s’il lui assure que « tout va bien », et qu’il sera par la suite à l’initiative de tous les actes sensuels qu’ils vont poser. Ensuite, il reçoit les caresses de son copain comme un vrai supplice. Puis il demande machinalement à Matt : « Je veux que tu me baises. » Son copain, entièrement nu, lui demande s’il est « sûr » de sa décision, étant donné le peu d’appétence manifestée. Craig prend sur lui et se force à ne pas se contredire : « Oui, pénètre-moi ! ». Matt, déjà coupable, insiste à nouveau : « Tu es sûr que tu veux le faire ?… ». Son ami lui ordonne : « Fais-le ! ». Au moment où Craig se fait finalement pénétrer, il se relève précipitamment du lit, réagit très violemment, se tape la tête contre les murs de la chambre en injuriant Matt. Plus tard, son compagnon lui avouera qu’il a compris sa mauvaise réaction, car lui aussi avait pleuré lorsqu’il s’était fait jadis déflorer. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Adèle est poussée dans les bras des femmes parce qu’elle avait été prématurément et préalablement poussée dans les bras des garçons à cause de la pression des copines de lycée.

 

La première fois homosexuelle est aussi en lien avec la violence des rapports sociaux et commerciaux au sein de la communauté homosexuelle, de l’inhumanité des sites de rencontres Internet et des lieux de drague homosexuelle (qui offrent parfois le cadre du premier contact brutal du héros avec son homosexualité). Par exemple, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, Benji, le héros homosexuel, débarque pour la première fois au sauna et vit un parcours initiatique difficile…

 

La première fois homosexuelle est également liée à la mort, à la guerre et aux grandes catastrophes. « J’avais l’impression que j’étais en train de mourir. Mais vue comme ça, la mort, c’était ce que j’avais connu de meilleur dans ma vie. » (Mourad, le personnage homosexuel décrivant son premier émoi amoureux homosexuel, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 339) Dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral, le héros homosexuel dit avoir rencontré son « mari » pour la première fois le 11 septembre 2001. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan et Kevin, les deux amants homos, se rencontrent pour la première fois au cimetière, face à la tombe de Julien, un gay du lycée qui s’est suicidé : « Nous étions là, figés devant ce cercueil que nous regardions en silence. » (p. 50) Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, le beau Vincent raconte que la première fois qu’il a couché homosexuellement, c’était dans un coin reculé d’une plage, à l’âge de 15 ans, avec un homme de 20 ans, Sébastien, qui s’est tué à l’arme à feu un an après.

 
 

d) La ré-écriture enchanteresse et volontariste de la « première fois » homosexuelle :

 

Pourtant, l’initiation homosexuelle n’apparaît pas tout de suite comme violente, car sa brutalité est amortie par les intentions amoureuses. Beaucoup de personnages homosexuels, dans leurs élans ados, fantasment sur l’idée de « première fois » : « Just a first kiss from my lover… beautiful kiss and forever : I love him… » (cf. la chanson « Father I Am » de Jann Halexander) ; « On s’assied sur le lit, on se caresse, on s’embrasse avec fureur ou grande tendresse, alternativement. Vianney s’allonge et je le caresse doucement, je découvre son corps avec mes doigts devenus beaucoup plus sensibles. J’arrive à son visage, il murmure ‘J’ai envie de pleurer. C’est comme un rêve, un truc trop beau pour être vrai. Je me demande quand la tuile va nous tomber dessus. » (Mike, le narrateur homosexuel faisant pour la première fois l’amour avec un inconnu, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 85) ; etc.

 

Film "Tomboy" de Céline Sciamma

Film « Tomboy » de Céline Sciamma


 

On comprend que si la « première fois homosexuelle » est parfois décrite en des termes positifs, ce n’est pas tant parce que les faits sont regardés tels qu’ils sont, mais bien parce qu’ils sont l’objet d’une ré-écriture enchanteresse postérieure à l’acte homo : « Nos corps se sont touchés. Soudain, nous nous sommes embrassées. Je ne sais pas comment cela s’est produit. Je me sentais nauséeuse… Je me suis laissée aller. Je me suis sentie bien. » (l’héroïne racontant une aventure lesbienne à sa mère, dans le film « Les Rendez-vous d’Anna » (1978) de Chantal Akerman) ; « Je ne sais même plus si je l’ai vraiment aimé. Quand je l’ai rencontré, il était comme perdu. Moi, je n’étais pas mieux que lui. […] Son histoire m’a touché, sa souffrance, ses larmes, ses questions. […] Je le sentais désespéré et c’était la première fois que je rencontrais quelqu’un d’aussi vrai. […] Je me suis attaché à ce qu’il représentait, peut-être plus qu’à lui d’ailleurs. » (Malcolm en parlant d’Adrien, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, pp. 119-120) ; « ‘L’autre jour, il faisait gris comme le jour où Gilberto m’a quitté, mais ça allait. Je suis allé chez un mec pour baiser, on a fumé et avant de baiser, d’un coup tout est remonté. Je me suis mis à pleurer, je ne pouvais plus m’arrêter.’ En riant, il ajoute ‘Le pauvre garçon ne savait pas quoi faire !’ » (Simon dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 113) ; etc.

 

Même si dans les faits la « première fois » et la virginité sont rendues bien loin, certains héros homos s’évertuent en amour à rejouer cycliquement la comédie de la « première fois ». « C’est dans la nuit de Rebecca que la légende partira, et aujourd’hui pour une troisième fois elle décidait de sa première fois. » (la chanson « Trois nuits par semaine » du groupe Indochine) ; « Inconsciemment, reproduire chaque fois la toute première fois, le tout premier mauvais choix. » (cf. la chanson « L’Inconstant » d’Étienne Daho) ; « Avec un mec, c’est chaque fois la première fois… Encore plus. » (Franck dans la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely) ; « Je pourrais citer chaque premier baiser de mes relations. » (Matthieu… qui, plus tard, trompera quand même son copain Jonathan, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; etc. Dans la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2010) de Jérémy Patinier, la première fois est le lieu de la division déniée : « J’ai été seule puis une et demi, j’ai grandi en comprenant comme ça que je ne supporterais mon corps que lorsque je nouerais au sien, lorsque nous serons en nous, l’un dans l’autre, chacun réconciliés avec sa première fois… » (une jeune femme dans l’acte 2 intitulé justement « La Première fois ») ; « Je n’ai jamais eu de première fois puisque j’ai tout de suite eu l’impression que c’était déjà la deuxième. » (idem)

 

Le personnage homosexuel, dans ses élans bourgeois-bohème, fantasme beaucoup sur l’idée de « première fois ». Intellectuellement, elle lui plaît. Même si ses actes ne sont pas purs, il exhibera souvent à l’amant qu’il cherche à posséder ses intentions de retour à la virginité à travers l’amour homosexuel : « Et ne croyez pas que, d’ordinaire, je sois sujette à ces sortes d’emballements. Pour moi comme pour vous, sans doute, c’est une première fois. Il me faut, il nous faut l’accepter. » (Émilie à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 69) Il affectionne les coups de foudre, les « premières fois » saturées de désirs (pulsionnels) et de sensations, mais où la liberté est quasi absente. A-t-il compris qu’il n’était pas à l’origine de l’Amour originel ? que l’Amour vrai n’était pas brutal ? Visiblement, non.

 

Par exemple, on l’entend dire toutes les trois semaines qu’il est tombé fou amoureux, que « cette fois, il a vraiment rencontré LE bon », que « c’est complètement différent de tout ce qu’il a connu auparavant »… Face à l’amant, il sert le même discours sincère de la renaissance : « C’est la première fois que ça m’arrive ; t’es la première personne avec qui je le fais ; Tout ça, je ne l’ai jamais dit à personne avant ». Mais concrètement, dans sa vie, la réalité de la « première fois » sexuelle est beaucoup plus liée à celle de la rupture, de la bonne intention non-actée, ou de la pulsion égoïste romantisée (autrement dit de la masturbation), qu’à la véritable virginité, une virginité reçue et non pas créée par ses propres forces/perceptions humaines. « Je rêve pour sortir du bois, pour ma toute première fois… [d’une branlette] » (un des personnages homos de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Ma première relation homo, je l’ai eue avec moi-même. » (David dans la pièce Ma Première Fois (2012) de Ken Davenport) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ?, 2010) de Malu de Martino), Julia, l’héroïne lesbienne, se palpe sous sa douche (en souvenir de sa dernière relation amoureuse terminée) et pleure tout de suite après.

 

Dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, la « première fois » est tellement idéalisée qu’en actes, elle fait faire n’importe quoi au héros homosexuel : « Je m’étais juré de pas coucher le premier soir ! Mais que voulez-vous ? J’avais rencontré mon Prince Charmant ! Je me sentais comme Cendrillon ! Elle avait trouvé chaussure à son pied et moi… »

 

Dans le film « Quels adultes savent » (2003) de Jonathan Wald, la première fois entre le jeune Roy et son amant plus âgé, Maurice, se déroule de manière tragique et en même temps totalement dédramatisée. En effet, à la fois Roy pleure quand il se fait pénétrer (on comprend qu’il ment quand il fait croire à son aîné que ce n’est pas sa première fois homosexuelle), et juste après le coït douloureux, il caresse langoureusement le poitrail de son « copain d’un soir » en scandant à voix basse et de manière répétée le prénom « Maurice… Maurice… » qu’il vient de découvrir (les amants ne s’étaient même pas donnés la peine de se présenter avant de passer au lit !)… alors que pour l’homme plus expérimenté, on voit qu’il s’agissait d’un banal « plan cul », d’une formalité qu’il va s’empresser d’oublier. Au moment du départ de Maurice, Roy, assis sur la cuvette des toilettes, dés-idéalise l’idylle, et pose une question dans le vide, qui restera sans réponse : « On se sent toujours comme ça après ? »

 

Une autre parade trouvée par le personnage homosexuel pour noyer sa tristesse d’être un homosexuel pratiquant débutant, c’est l’intention ludique : « Le passage à l’acte ressemble à s’y méprendre à ces jeux où les enfants se répartissent les rôles entre gendarmes et voleurs : ‘On dirait que tu es mort’, en sachant que le pistolet est en bois. La cravache de Mathilde est un gourdin en papier mâché, mes fesses la tête de guignol. » (la voix narrative lesbienne, dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 60)

 

Par exemple, dans les films « I Want Your Love » (2010) de Travis Mathews ou « Action Vérité » (1994) de François Ozon, le passage à l’acte passe par le biais du défi ludique.

 

Mais le jeu en question ressemble à un piège, une diversion mensongère, un catapultage précipité dans le monde de la sexualité clinique et pornographique. Par exemple, dans la pièce Faim d’année (2007) de Franck Arrondeau et Xaviéra Marcjetti, Marc évoque sa première expérience homogénitale : « Ça s’est fait bizarrement. Au détour d’un jeu. »

 

Dans le film « Infidèles » (2010) de Claude Pérès, un réalisateur et un acteur s’enferment dans un appartement, seuls, avec une caméra, toute une nuit, jusqu’au lever du jour, pour mettre à l’épreuve leurs désirs. Leur jeu ambigu finit par tourner mal.

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin, juste avant de passer au lit avec Bryan, lui fait passer un drôle de bizutage : il « dit sur un ton catégorique : ‘On va jouer à un jeu : la bataille. T’as un jeu de cartes ?’[…] J’aime bien jouer avec toi’, dit-il, avec ce sourire qui en disait long sur ce qu’il pensait. » (p. 123)

 

Dans beaucoup de fictions homosexuelles, le passage à l’acte homosexuel finit par faire rire jaune, et par blesser.

 
 

e) Le premier viol homosexuel vient de l’imaginaire et de l’éloignement du Réel :

Comme je l’ai dit un peu plus haut, la violence de l’acte homosexuel n’est pas prioritairement une question de pénétration génitale ou de gestes brusques dans le cadre amoureux (les pratiques ouvertement violentes restent circonscrites aux sphères très minoritaires de l’univers SM). Elle se situe avant tout dans la violence d’une sincérité, sincérité exposée comme vraie et aimante, alors qu’elle n’équivaut pas à la Vérité ni à l’Amour (on peut vouloir le bien sans le faire ! on peut être franc, consentant, sincère, intentionnel, sans être vrai !)

 

Le meilleur exemple de « premières fois homosexuelles » ratées, d’actualisations violentes de la sincérité, ce sont déjà les coming out : « C’était la première fois que je parlais de mon homosexualité et c’était pour la renier ! » (Ednar disant à Yvonne qu’il n’est pas homo alors qu’elle a découvert à raison son homosexualité, dans le roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 44)

 

La violence de la première fois homosexuelle, c’est aussi celle du regard libidineux, ou d’un simple « Je t’aime », tellement inapproprié au Réel et à la réalité de la relation qu’il a l’effet d’une gifle : « En sortant du casino, […] je lui ai dit que j’avais envie de faire l’amour avec elle. Elle m’a regardée tristement. Je pouvais lire dans ses pensées : ‘Si même les femmes ne me laissent pas tranquille, maintenant, qu’est-ce que je vais devenir ? » (Suzanne en parlant de Fédora et de leur première rencontre, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 238) La déclaration d’amour homosexuel apparaît comme un arrivisme suspect, flattant la défaillance humaine des deux personnages qui vont s’adonner à leur désir homosexuel en toute passivité/sincérité : « Elle a ajouté, d’une voix étranglée : ‘Je vous aime’ et elle s’est mise à pleurer. » (Erika décrite par Suzanne lorsqu’elle lui déclare sa flamme pour la première fois, idem, p. 185)

 

L’acte homosexuel a le pouvoir d’anesthésier la conscience de mal faire. Il rend flou la frontière entre le bien et le mal, entre réalité et fantasme, si bien que le héros homosexuel qui se décide à croire en la beauté et en la réalité de l’identité homosexuelle ou de l’amour homosexuel vit une forme de division interne indéfinissable, de captation psychique, d’hypnose, de rêve éveillé digne des meilleurs films de science-fiction (quand l’être humain s’extériorise trop), entre ce qu’il ressent et ce qu’il vit concrètement. « Quand j’ai sonné à la porte, j’étais dans un état second. » (Florence dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Je ne me reconnais plus. Ce qui me faisait l’égal des autres n’existe plus. Je leur ressemblais malgré mes défauts. Les miens et ceux de mon monde. Tu m’as soustrait à l’ordre naturel des choses. Je ne m’en suis pas rendu compte lors de ton séjour. Je m’en aperçois, alors que tu t’en vas ? En te parlant, je prends conscience de ma diversité. Qu’adviendra-t-il de moi ? Ce sera comme vivre tout près d’un autre moi-même qui n’a rien de commun avec moi. Faut-il toucher le fond de cette diversité que tu m’as révélée et qui est ma vraie nature angoissée ? » (Pietro à l’Étranger qui l’a défloré, dans le film « Teorema », « Théorème » (1968), de Pier Paolo Pasolini) ; « La chambre obscure impliquait certains actes concrets. Julien attendait des choses, que son hôte n’avait à présent guère le courage d’entreprendre. La chaleur était pénible. Nicolas se sentait décalé, hors de lui-même, tandis que ce corps offert devenait soudain réel. Attendant d’être accommodés à la cuisine de Nicolas, les 65 kilos de Julien s’imposaient maintenant comme un paquet de chair peu compatible avec la rêverie qui les avait conduits jusque-là. […] Il devenait spectateur de Julien et de lui-même. […] Nicolas n’osait révéler son malaise à celui devant lequel il avait, depuis trois jours, montré tant de détermination. Il fallait payer. » (Benoît Duteurtre, Gaieté parisienne (1996), pp. 82-85)

 

Dans le roman Papa a tort (1999) de Frédéric Huet, Antoine entraîne Julien dans un guet-apens (cette situation finit par plaire à ce dernier, malgré la violence objective de la démarche) : « Je lui ai emboîté le pas. Antoine m’a entraîné jusqu’aux toilettes où il m’a brusquement poussé. J’ai demandé : ‘Pourquoi ?’. ‘Tu verras. C’est un secret’. Alors je me suis avancé sans broncher et Antoine a refermé la porte derrière lui. Et puis là… oh, la, la, la, la, j’en tremble rien qu’à l’écrire mais Antoine qui s’est immobilisé devant moi, m’a plaqué violemment contre le mur, s’est collé à ma poitrine jusqu’à presque m’étouffer, et d’un geste langoureux, il a posé sa bouche contre ma bouche, et tout en se penchant délicatement près de mon oreille, il m’a soufflé : ‘Je t’aime.’ J’ai failli m’évanouir à cet instant. J’étais transporté aux anges, renversé, ébranlé. »

 

Dans le roman Tanguy (1957) de Michel del Castillo, Tanguy déclare vivre écartelé « entre deux mondes » (p. 237) juste après avoir vécu sa première expérience homosexuelle.

 

Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Franz (20 ans) se retrouve dans l’appartement de Léopold (35 ans) – ils se sont flairés dans la rue et ils ne se connaissent pas – et la situation précipitée mais voulue par eux deux laisse Franz dans un profond désarroi. Juste avant qu’ils s’embrassent, le jeune homme semble perdu (« Je ne sais pas… Je ne sais pas pourquoi je suis ici. Vous m’avez pris de court… ») et raconte que son tout premier baiser homosexuel (avec la langue) reçu par Joachim – un camarade dans un foyer de lycéen – l’avait troublé (« Je me suis senti très mal. »). Lorsqu’il embrasse Léopold pour la première fois, Franz est pris d’étourdissements : « Ça fait tout drôle… J’ai vraisemblablement trop bu. » Une fois l’acte sexuel consumé, Franz est à la fois repu et pris de culpabilité : « Je me suis bien fait avoir. »

 

Le personnage homosexuel semble nous dire que la beauté de l’acte homosexuel réside prioritairement dans sa non-actualisation, dans sa non-réalisation ; dès que celui-ci devient concret, il perd de sa splendeur. La première fois n’a que la magie de l’irréel : « Tout est allé très vite et Olivier ne réalise pas trop ce qui vient de se passer. Il est content que son ami ait pris cette initiative. Plusieurs fois il avait rêvé de ce moment, où il pourrait enfin embrasser son fantasme sur la bouche. Mais la réalité a finalement été bien décevante. Maintenant, il ne sait plus s’il est heureux que ça se soit produit ou non. » (Olivier, le héros homo du roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, p. 173)

 

Dans le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, quand Sieger reçoit et donne son premier baiser à son amant Marc, il s’allonge sur l’eau en regardant le ciel, comme éberlué par une irréalité. Dans le film « Fotostar » (2002) de Michele Andina, Konrad, le héros homosexuel, une fois qu’il se trouve enfin dans le salon de Jonas, l’homme qu’il a dragué et qui l’embrasse langoureusement sur la bouche, finit par se rétracter. Au moment d’accéder enfin pour de vrai à l’homme de ses fantasmes érotiques, il découvre avec effroi l’envers du décor, la vanité de la possession de l’homme-objet que son désir homosexuel avait commandé. On le voit paralysé par la peur. Jonas essaie de le tranquilliser : « Tu n’as aucune raison d’avoir peur. » Mais Konrad nie sa crispation sans pour autant y remédier (« Mais je n’ai pas peur. »)… contradiction qui perturbe bien évidemment Jonas (« Alors détends-toi. Qu’est-ce que tu as ? »). C’est au moment où Konrad prétexte d’aller aux toilettes qu’il quitte en douce l’appartement de son ami. Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, les deux amantes Kena et Ziki se retrouvent pour la première fois en intimité dans une camionnette… mais au moment de s’embrasser, Kena est tellement gênée qu’elle quitte le lieu : « Je dois y aller. » Plus tard, juste après leur première coucherie et leur nuit d’amour, les deux amantes Ziki et Kena partagent leurs impressions… et Ziki a du mal à réaliser la factualité de leur acte génital : « J’aimerais que ce soit vrai. »… « Mais c’est vrai ! » lui répond gentiment Kena, pour la rassurer.

 

Dans le film « Krámpack » (2000) de Cesc Gay, c’est le même scénario : l’amant-puceau qui avait « allumé le chauffe-eau » ne prend finalement pas la douche, parce qu’il a inconsciemment peur du viol qu’il a enclenché en toute bonne foi et toute audace. Dani, adolescent de moins de 18 ans, drague Julián, un écrivain homosexuel à la quarantaine bien tassée, et lui saute littéralement dessus pour qu’il couche ensemble. D’abord, il lui vole un baiser… ce qui laisse Julián pantois (il noie sa gêne dans un rire nerveux : « Ça te gêne pas d’embrasser un homme ? ») Dani joue alors la carte du naturel forcé (« Pourquoi ça me gênerait ? ») et du mensonge, puisqu’il fait croire que ce n’est pas sa première fois et qu’il a déjà couché avec son meilleur ami Nico, ce qui est pertinemment faux (« Ce n’est pas ma première fois. Oui, je l’ai déjà fait avant. Et le reste aussi. Baiser, faire l’amour… Bon… plus ou moins. »). Dani cherche à masquer sa peur par une audace effrénée, démesurée : il ouvre précipitamment la braguette de Julián et se met torse nu devant lui. Ce dernier essaie d’amortir la précipitation suspecte du jeune « chien fou » (« Dani… Dani… On continue ? T’es sûr ? Tu veux vraiment qu’on continue ? »), et sans pour autant rejeter sa proposition, il fume, met de la musique, part se préparer, afin de rajouter à la baise pédophile une lenteur et un romantisme qui la déréaliseront. Mais au moment où il revient dans le salon, entre-temps, le petit oiseau soi-disant téméraire et effronté s’est envolé…

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La première fois homosexuelle est vécue par beaucoup de personnes homosexuelles comme un traumatisme :

J’entends déjà d’ici certains esprits pessimistes me rétorquer à propos de ce code : « Mais pourquoi inventes-tu un malaise là où il n’y en a pas eu ? Moi, j’ai vécu mon premier baiser comme une libération ! Et le jour de la découverte de mon homosexualité a été, sans déconner, une révélation, le plus beau jour de ma vie ! Pourquoi fouilles-tu la merde et cherches-tu à culpabiliser l’ensemble des personnes homosexuelles en les faisant revenir sur un souvenir intime et lointain qu’elles n’ont plus en mémoire ? » Et je leur répondrai : « Et pourquoi, d’après vous, elles se sont autant empressées de l’oublier ou de ne pas l’analyser, ce souvenir ? »

 

De même, j’imagine le parallèle immédiat et facile qui peut être fait avec l’hétérosexualité : « Tu sais, ce que tu dis sur la ‘première fois’ homosexuelle, c’est la même chose pour tous les couples hétéros… Ce n’est jamais parfait pour eux non plus du premier coup. On est tous gauches et inexpérimentés quand on débute sexuellement. On ne sort jamais la première fois avec la bonne personne. Et l’acte sexuel humain a toujours une part de violence naturelle, inhérente à la passion, au rythme bestial du coït, aux jeux sexuels, au rapport de pouvoirs entre amants pendant l’accouplement. J’ai l’impression que tu idéalises un peu le tableau des couples hétéros, pour mieux noircir le tableau des homos. Mais c’est noir… ou gris… pour tout le monde ! Il n’y pas d’amour ou de baiser spécifiquement homos : il y a de l’amour et des baisers tout court ! ». Et je pourrais rétorquer à ces défenseurs de la banalité du coït humain : « Mais qui vous dit que la première fois n’est jamais parfaite dans les couples femme-homme, si ce n’est vous, parce que vous ne croyez plus en l’Amour vrai ? Qui vous dit qu’il n’y a pas des couples qui s’attendent vraiment et qui soignent complètement leur première fois, au point de vivre même leurs petits défauts de débutants comme des occasions de rire et de s’aimer davantage ? » Ce n’est pas parce que techniquement ce n’est pas parfait – quand on est novice, on est, c’est vrai, forcément maladroit – que ce n’en est pas moins idéal et génial dès la première fois quand même pour ces deux êtres de sexes différents qui vivent l’émerveillement de la découverte de leurs différences et de leur virginité offerte intacte à la bonne personne qui les a attendus. Même si la première fois homosexuelle n’est pas systématiquement facteur de tristesse et d’horreur, en tout cas, elle n’est pas autant source d’émerveillement, de paix profonde, de patience, de respect, de durée, de joie, de surprise, que la première fois entre deux personnes de sexes différents qui ne se sont pas ruées sur le gâteau de la sexualité et qui ont vraiment pris la peine de ne pas se posséder l’une l’autre dans une fusion fiévreuse et une précipitation angoissée.

 

Même dans la réalité, j’ai constaté à maintes reprises que la première fois homo-affective/homosexuelle est souvent traumatique (ce n’est pas rien de vivre concrètement l’exclusion de la différence des sexes !). D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si statistiquement le premier rapport homosexuel est vécu beaucoup plus tard que dans les couples femme-homme, comme si le choc était inconsciemment deviné, reporté, craint : « Les personnes qui ont eu un partenaire du même sexe dans les 12 derniers mois rapportent une activité sexuelle plus diversifiée que les autres. Elles ont débuté leur vie sexuelle plus précocement : 17,3 ans ‘versus’ 18,6 ans pour les femmes hétérosexuelles, et 17,1 ans ‘versus’ 17,6 ans pour les hommes hétérosexuels. Leur premier rapport homosexuel a eu lieu à 22,8 ans pour les filles et 18,8 ans pour les garçons. » (Enquête sur la sexualité en France (2008) de Nathalie Bajos et Michel Bozon, p. 251) Le caractère précipité, compulsif, pressé, bâclé, que prend souvent la première expérience homosexuelle ne fait que renforcer le climat de peur qui entoure inconsciemment l’acte homosexuel, ne fait que prouver que celui-ci est né d’une frustration ou même qu’il engendre une frustration).

 

Beaucoup de psychiatres et de psychologues vous le diront. Il n’est pas anodin de passer à l’acte homosexuel. Quand je m’étais entretenu, en 2012, avec le journaliste Jacques Arènes (qui semblait un peu timoré à l’idée d’envisager, comme moi, un lien entre désir homosexuel et viol), ce dernier n’a pas pu s’empêcher de m’avouer qu’au vue de son accompagnement psychologique auprès de ses patients homosexuels, il constatait à maintes reprises une ambiguïté violente qui se cristallisait autour de l’initiation à la pratique homosexuelle.

 

Et quand les individus homosexuels posent un regard rétrospectif honnête sur leur dépucelage homosexuel, quand ils s’aventurent à ouvrir le livre de leur honte, on entend beaucoup de remords : « Ça s’est passé mal, très très mal, parce que c’est comme si ça en rajoutait encore, en définitive. Le fait de passer à l’acte, pour moi, faisait que ça rajoutait encore de la complication à mon existence. » (Olivier, 37 ans, parlant de son premier passage à l’acte homosexuel, dans le documentaire « Une Vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité » (2002) de Serge Moati) ; « Mon premier contact avec un pédé fut un réel moment d’intense stupidité. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 72) ; « Le premier soir, ça a été presque beurk. La première rencontre ça a été un peu catastrophique. » (Yann parlant de son amant Pierre, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « J’avais seize ans. La prof d’italien nous emmenait voir une pièce. Je suis arrivé en retard. Chaillot était fermé. Alors j’ai voulu connaître le sexe. Le sexe était plus fort. Plus fort que la peur. Plus fort que moi. Je suis descendu dans les jardins. J’avais lu dans ‘Le Nouvel Obs‘ que ça draguait. J’ai zoné dans les bosquets, moyennement rassuré. Un mec s’est approché, beaucoup plus vieux que moi, trente ans, moustachu. Il m’a demandé ce que je faisais là. J’ai dit Je drague’. Il a dit ‘Moi aussi’. Je l’ai suivi jusque derrière une espèce de monument grec. On s’est embrassé. J’avais déjà roulé des pelles à deux ou trois filles, mais là c’était différent. Électrique. Après on s’est sucé. Le goût était horrible. J’ai joui, je ne me souviens pas comment. Je ne me permettais pas de faire très attention à ces choses-là à l’époque. Quand je suis rentré à la maison j’étais en sueur, j’avais envie de vomir. » (Guillaume Dustan, Plus fort que moi, 1998) ; « J’y suis allé pour avoir du sexe avec les hommes. C’est la première chose que j’ai faite. Donc ce gars avec qui j’avais chatté un temps sur Internet était de Flint, dans le Michigan. C’est là-bas que j’ai perdu ma virginité. La capitale mondiale des assassinats, c’est de notoriété publique [rires] . Ce n’était pas la destination la plus romantique. […] Ce fut un épisode sans importance. Ça n’a pas été… il n’y a pas eu de feux d’artifice. Juste après, j’ai senti une forte culpabilité et honte. » (Dan, homme homosexuel, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; « Il est arrivé. Ça n’a pas vraiment bien collé. Il est reparti. Ça n’a pas collé la première fois. » (Pierre racontant sa première rencontre avec Bertrand, dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; « Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; etc.

 

Dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, Romain demande à ses amis homos séropos quelle a été leur pire expérience sexuelle. Seul Mateo répond en boutade : « Ma pire expérience sexuelle ? Je sais pas. Y’en a eues tellement ! » Il raconte plus sérieusement qu’il a été violé à l’âge de 15 ans, dans un bar gay, par « un type qui avait mis une saloperie dans son verre ». Il avoue que sur le coup qu’il ne se souvenait plus de rien.
 

Énormément de personnes homosexuelles nous mettent en garde contre le passage douloureux à l’acte (qu’ils ont vécu ou ont vu vivre), sans pour autant le dénoncer explicitement. « La première fois que nous avons passée ensemble, je n’ai fait que pleurer. Elle était aussi démunie que moi si bien que l’une comme l’autre, en toute bonne foi, nous avons cru nous aimer. » (Paula Dumont en parlant de son couple avec Martine, dans son essai autobiographique La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 70)

 

Par exemple, dans le documentaire « Le Bal des chattes sauvages » (2005) de Véronika Minder, l’acte homosexuel n’est pas présenté comme anodin : à la perspective de la rencontre d’amour homosexuelle, les amantes ressentent une profonde et curieuse tristesse. Elles préfèrent appeler cela une « sauvagerie »…

 
 

b) Le baiser qui fait pleurer :

Film "L'Évangile selon saint Matthieu" de Pier Paolo Pasolini

Film « L’Évangile selon saint Matthieu » de Pasolini


 

Symboliquement, le principal premier passage à l’acte homosexuel est le baiser. Dans le discours de certaines personnes homosexuelles, il est souvent question de l’importance (et des dégâts !) du premier baiser homosexuel : « Dans mon premier film, ‘Crescendo’, on voit un premier baiser, celui que le personnage principal, qui au début du film est hétéro, échange avec un garçon. Comme il n’est pas habitué, il court cracher dans un lavabo. Moi aussi j’ai fait ça la première fois. Mais évidemment, il y prend vite goût… » (le réalisateur Jean-Daniel Cadinot, cité dans la revue Triangul’Ère 4 (2003) de Christophe Gendron, p. 70)

 

En écoutant certains amis homosexuels me raconter leur initiation homosexuelle en privé, j’ai été frappé de voir qu’elle ressemblait parfois à un viol, bien que cela ne soit même pas conscientisé et identifié comme tel par la victime « consentante ». Parmi eux, quelques-uns ont littéralement fondu en larmes juste après avoir reçu un simple baiser, ou une caresse soi-disant anodine. Je n’invente rien. On me l’a raconté.

 

Le baiser homosexuel n’est généralement pas donné et reçu en toute liberté. Il est arraché, ou bien apparaît comme une collaboration, un viol : « Une seule pensée traverse alors mon esprit avant de sombrer totalement dans le plaisir indescriptible du premier baiser échangé avec un garçon : comment vais-je réagir en me regardant dans la glace demain matin ? » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 123)

 

Par exemple, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy (diffusé dans l’émission Tel Quel, sur la chaîne France 4, le 14 mai 2012), Guillaume, homosexuel, raconte qu’il a éclaté en sanglots devant sa glace après sa première nuit de passage à l’acte homo.

 
 

c) L’acte homosexuel rejoint indirectement ou directement le viol :

La première fois homosexuelle est marquée en général par un contexte d’absence de liberté (on appelle cela l’« homosexualité de circonstance » : je parle plus longuement de ce type particulier d’homosexualité dans les codes « Entre-deux-guerres » et « Drogues » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « J’avais bien eu une première expérience après l’armée, mais ça s’était très mal passé. Alors j’ai cru que j’étais hétéro. » (Joaquim cité dans la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 102)

 

Elle n’est pas une expérience plaisante. Elle provoque parfois même un malaise corporel, un dégoût. « Je n’aimais pas Djaghilew et pourtant, je vivais avec lui. Je l’ai haï du premier jour que je l’ai connu. […] Tout de suite, je lui permis de faire l’amour avec moi. Je tremblais comme une feuille et je m’efforçais de dissimuler la haine qu’il m’inspirait… » (le danseur Waslaw Nijinksy à propos de son amant Djaghilew, dans le Journal de Nijinsky)

 

Dans son autobiographie Mon théâtre à corps perdu (2006), le dramaturge Denis Daniel raconte que les démarrages de ses rapports homosexuels provoquèrent chez lui d’« inexplicables malaises » (p. 113).

 

Salvador Dalí raconte que la « première fois » (pénétration anale) avec le poète espagnol Federico García Lorca a été très mal vécue par le second (Alberto Mira, De Sodoma A Chueca (2004), p. 235).

 

Dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), Abdellah Taïa décrit son tout premier contact avec la sexualité : à 13 ans, il voit un voisin des impasses du Bloc 14 se masturber. « C’était l’été, en plein été, août, le 7 août. […] Abdellah, fils de Ssi Aziz, se masturbait. » (p. 11) Plus tard, il vit sa première expérience sexuelle avec un cousin plus âgé que lui, Chouaïb, qui le viole… ce qui n’empêche pas l’écrivain de penser qu’il a finalement adoré cela : « Chouaïb était maintenant nu, entièrement nu. […] C’est à ce moment-là que j’ai réalisé ce qui allait physiquement m’arriver, se produire en moi. Exploser en moi. Pour la première fois. J’ai fermé mes fesses. J’ai fermé mes yeux. Avec force. » (p. 22)

 

La première fois homosexuelle est aussi en lien avec la violence des rapports sociaux et commerciaux au sein de la communauté homosexuelle, avec l’inhumanité des sites de rencontres Internet et des lieux de drague (qui offrent le premier contact concret avec une homosexualité pratiquée). Par exemple, dans son autobiographie Libre : De la honte à la lumière (2011), Jean-Michel Dunand raconte que sa première fois homosexuelle s’est passée dans un contexte glauque : un homme plus âgé que lui l’a tripoté dans des toilettes publiques.

 

La première fois homosexuelle est associée également à la mort, à l’amour impossible avec un être absent. « C’est l’amour le plus douloureux ! C’est la première fois que mon cœur s’est ouvert à l’amour, l’amour vrai, peut-être la seule fois de ma vie. » (Emilio Prados cité dans l’essai De Sodoma A Chueca (2004) d’Alberto Mira, p. 233)

 

Dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko raconte avec des mots précis « le traumatisme de sa première expérience homosexuelle » (p. 99) : « À peine fut-il sur moi, que je versais des larmes de désolation. L’instant de sodomie, rigoureusement chargé, vit tout mon être disparaître dans les profondeurs du mal pour ne devenir qu’une empreinte. Les filles pensais-je alors, subissent-elles le même sort ? J’avais terriblement mal et je hurlais que jamais plus je ne résisterais, mais qu’il fallait que cela cesse. Torture terrifiante qui m’incendiait de partout, son sexe sans pitié qui me ravageait par des tamponnements secs et violents. » (idem, p. 68) ; « Je sentais chaque centimètre de mon corps me distendre et m’étirer. Indéfiniment. De me sentir possédé, je me mis à pleurer. » (idem, p. 69) ; « Tu m’appartiens désormais, me dit-il’. C’était des mots d’homme, des mots possessionnels et j’en avais la cognition. À seize ans, je n’étais plus le même. J’avais soudainement comme une impression de vide, ce vide qui semblait être ma mort et mon humiliation. […] Qu’étais-je devenu, pour un jour, une nuit, toute une vie ? » (idem, p. 70) ; « Rien ne m’avait préparé à l’extraordinaire sensation que j’avais éprouvée à contempler ma propre sexualité de l’extérieur. J’estimais au fond de moi, qu’un passionnant épisode de ma vie ratait son départ. » (idem, p. 74)

 
 

d) La ré-écriture enchanteresse et volontariste de la « première fois » homosexuelle :

Pourtant, l’initiation homosexuelle n’apparaît pas tout de suite comme violente aux yeux des personnes homosexuelles pratiquantes, car sa brutalité est amortie par les intentions amoureuses, et par une auto-persuasion individuelle (matinée d’un « militantisme de l’optimisme ») qui stipule que « le mal était malgré tout nécessaire et en valait la chandelle ».

 

Parfois, le traumatisme de la « première fois » est interprété sous forme de conte de fée révolutionnaire, pour atténuer le vrai choc. « J’ai perdu ma virginité avec bonheur. Ses regards d’admiration et d’incrédulité ont suffi à faire compenser toutes mes frustrations. » (Kim Pérez Fernández-Figares, homme transsexuel cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 254) ; « En 2005, Christine Bakke fait pour la première fois l’amour avec une femme : ‘C’était sa première fois à elle aussi, ce que j’ai trouvé très beau. Il n’y avait aucune attente, c’état naturel, ça coulait de source.’ » (Christine Bakke, ex-ex-lesbienne, interviewée à Denver, dans le Colorado, fin 2018, dans l’essai Dieu est amour (2019) de Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre, Éd. Flammarion, Paris, p. 84) ; etc.

 

On comprend que si la « première fois homosexuelle » est parfois décrite en des termes positifs, ce n’est pas tant parce que les faits sont regardés tels qu’ils sont, mais bien parce qu’ils sont l’objet d’une ré-écriture enchanteresse postérieure à l’acte homo.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles, dans leurs élans bobos, fantasment sur le concept de « première fois ». Même si dans les faits la « première fois » et la virginité sont rendues bien loin, certaines s’évertuent en amour à rejouer cycliquement la comédie de la « première fois ». Par exemple, on les entend dire toutes les trois semaines qu’elles sont tombées folles amoureuses, que « cette fois, elles ont vraiment rencontré LA bonne personne », que « c’est complètement différent de tout ce qu’elles ont connu auparavant »… Face à l’amant, elles servent le même discours sincère de la renaissance : « C’est la première fois que ça m’arrive ; t’es la première personne avec qui je fais ça ; Tout ça, je ne l’ai jamais dit à personne d’autre ». Mais concrètement, dans leur vie, la réalité de la « première fois » est beaucoup plus liée à celle de la rupture, de la bonne intention non-actée, ou de la pulsion égoïste romantisée, qu’à la véritable virginité, une virginité reçue et non pas créée par nos propres forces/perceptions humaines.

 

L’esprit bobo, vénérant l’instant au détriment de la durée, a un rapport idolâtre aux premières fois : à la fois il les idéalise, et il les méprise comme des rêves de midinettes. « J’essaie de me rappeler. Le début. Ce qui m’a attiré. La nuit. Une boîte de nuit où je me rendais pour la première fois de ma vie. La foule branchée que je n’aimais pas. […] Il dansait. Seul. […] Plus tard, audacieux, je lui ai parlé, je l’ai complimenté. Il a levé les yeux, a souri et moi je suis tombé amoureux, immédiatement, instantanément. On appelle ça le coup de foudre. Moi, j’appelle ça la reconnaissance mutuelle. […] Je ne l’ai pas quitté. Il ne m’a pas quitté. On a dansé ensemble. Une fois. Un slow. ‘Pull marine’. Isabelle Adjani. » (Abdellah Taïa parlant de sa première rencontre avec Slimane, celui qui sera son amant pendant quelques années, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 108) ; « Comment une vie bascule à travers une main qui s’aventure… Je suis devenue une vraie femme. » (Thérèse par rapport à sa toute première fois lesbienne, où une ancienne camarade de classe dévergondée l’a dépucelée, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; etc.

 

Une autre parade trouvée par les personnes homosexuelles pour noyer leur tristesse d’être des individus homos pratiquants régulièrement débutants, c’est la focalisation sur le coming out, sur l’exhibition de soi : elles vont régulièrement mettre en scène la première fois qu’elles ont annoncé leur homosexualité, pour ne pas avoir à révéler que la véritable difficulté n’a pas été d’annoncer son désir homosexuel, mais bien de l’avoir actualisé/concrétisé avec un copain !

 

Et une grande partie de la société participe de ce déni de violence de la première fois homosexuelle qu’est le coming out. Le coming out est une fausse première fois qui cache la vraie, le train qui en dissimule un autre. C’est pour cette raison, à mon avis, que les premières fois homosexuelles sont guettées autant que craintes par nos contemporains (excitation voyeuriste et misérabiliste sur le coming out, suspens autour du baiser homo dans les séries télévisées, curiosité malsaine par rapport à l’acte génital, attente de conversion inexpliquée de l’hétérosexualité à l’homosexualité, gros plan scabreux sur la violence soi-disant « homophobe », etc.).

 

Sinon, bien évidemment, l’astuce la plus efficace que se sont trouvées beaucoup de personnes homosexuelles pour nier la déception/violence de leur premier passage à l’acte homosexuel, c’est la victimisation, et son corollaire : l’extériorisation du viol sur un ennemi tout-puissant (qui portera tantôt le nom d’« homophobie intériorisée », de « culpabilité », de « regard culturel »).

 

En général, le fameux « regard social » – qui bien souvent et l’autre nom d’un regard sur soi et sur sa propre situation qu’on n’ose pas assumer ni écouter – a bon dos… « La première fois, c’était pas très bien. Parce que j’avais peur du regard des gens. » (Amélie, 28 ans, à qui on demande comment était son premier baiser lesbien, dans le documentaire « Des Filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger)

 

Certains individus homosexuels vont inverser les choses, en disant que l’acte homosexuel est objectivement bon, mais qu’il n’est rendu mauvais que par une lecture postérieure et subjective à l’aune des préjugés éducationnels, religieux, et sociaux sans fondements qu’on nous aurait mis dans la tête. Je ne suis bien sûr pas d’accord avec cette interprétation réductrice. Notre regard sur l’acte homosexuel vient de l’acte en lui-même, de la perception de celui qui le vit, et de la société : les trois ensemble. L’apparente valeur positive de l’acte homosexuel tient à mon sens davantage de la décharge émotionnelle/nerveuse qu’il a permise dans l’instant, du défouloir post-dépression, du petit soulagement vécu dans une frustration affective globale, du contentement rassurant et ponctuel dans les câlins, que de l’acte en lui-même. « Il m’a invité à le suivre dans une cabine et j’ai eu ma première expérience sexuelle adulte. Ce n’est pas ainsi que j’avais imaginé cette première fois, mais j’avais envie d’y aller à son contact, besoin de me perdre dans un corps-à-corps. Toute cette frustration accumulée me pesait, j’avais une folle envie de me défouler, je me suis donc lancé. Sur le moment, cette intense décharge d’adrénaline n’a pas été désagréable. C’est seulement après que je me suis senti mal à l’aise. J’avais un goût amer à la bouche, je me sentais sale. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 44-45) Je crois en effet que l’acte homosexuel (contrairement à la découverte initiale de son désir homosexuel – qui n’est pas triste –, ou bien du bon déroulement de certains coming out) est traumatique en lui-même, pas dans le sens commun, brutal, et évident du mot « viol », mais dans le sens de « ravissement » : on ne sait pas quoi en penser, de ce cette première fois homosexuelle ; elle n’est ni assez grande pour remplir de joie, ni assez douce pour être banale. « Au début, j’étais à la fois surpris et gêné. Mais, dès que j’ai su répondre à ses avances, nous avons multiplié les occasions de nous isoler et, à mon grand bonheur, nos jeux sexuels se sont poursuivis pendant plusieurs mois. Mais, subitement, j’allais découvrir le chagrin de la perte, car il s’est détourné de moi pour une fille. Il m’a abandonné. Il avait tourné la page. J’avais été utilisé et jeté, sans même un mot d’explication. Je m’en suis voulu d’avoir répondu à ses avances. Je n’étais pas capable de lui faire des reproches, puisque tout s’était passé dans le non-dit. J’ai ravalé mon humiliation ; ce ne serait pas la dernière fois. » (idem, pp. 20-21)

 
 

e) Le premier viol homosexuel vient de l’imaginaire et de l’éloignement du Réel :

La violence de l’acte homosexuel n’est pas prioritairement une question de pénétration génitale ou de gestes brusques (qui pourraient être vécus dans le cadre très minoritaire de l’univers SM par exemple). Elle se situe avant tout dans la violence d’une sincérité, sincérité exposée comme vraie et aimante, alors qu’elle n’équivaut pas à la Vérité ni à l’Amour (on peut vouloir le bien sans le faire ! on peut être franc, consentant, sincère, intentionnel, sans être vrai !)

 

« C’était la première fois qu’Ednar faisait l’amour ; enfin un ‘câlin’. Quoi de plus naturel pour un jeune homme de seize ans, si le prétendant n’était pas un copain de son âge rencontré par hasard un soir sur la plage ! Mais voilà, une fois ce premier ‘rapport sexuel’ consommé, il lui procura plus de dégoût que de plaisir. » (Jean-Claude Janvier-Modeste dans son autobiographie romancée Un Fils différent (2011), p. 19) ; « Avec ma première petite amie, je n’ai pas eu de relation sexuelle. C’était un amour platonique. Elle disait qu’on faisait quelque chose de très laid. » (Mària Takàcs, la réalisatrice hongroise lesbienne, dans le documentaire « Homo et alors ?!? » (2015) de Peter Gehardt) ; etc.

 

Le meilleur exemple de « premières fois homosexuelles » ratées, d’actualisations violentes de la sincérité, ce sont déjà les coming out : « Depuis l’âge de 16 ans, je savais que j’étais vraiment attirée par les femmes, je le savais, je le sentais ce truc-là. C’était assez paradoxal, parce que la première connaissance que j’ai eue de l’homosexualité, j’étais plutôt prête à la rejeter, à l’éviter. » (Laura, une femme lesbienne de 49 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 52) ; « Moi je me dis, je viens d’un milieu plutôt intello, alternatif, où a priori, c’était possible d’assumer ça plutôt facilement, et en fait je me suis grave pris la tête pendant dix ans et je ne sais pas pourquoi. » (Louise, femme lesbienne de 31 ans, idem, p. 54)

 

La violence de la première fois homosexuelle, c’est aussi celle du regard libidineux de notre semblable sexué, ou bien celle d’un simple « Je t’aime », tellement inapproprié au Réel et à la réalité de la relation qu’il a l’effet d’une gifle. Par exemple, lors de l’émission Dans les yeux d’Olivier d’Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq, diffusée sur la chaîne France 2 (spéciale « Les Femmes entre elles », le 12 avril 2011), quand Tina a annoncé à sa copine Stéphanie, 24 ans (et de vingt ans sa cadette !) qu’elle l’aime et qu’elle ne peut pas vivre sans elle, celle-ci avoue « s’être effondrée » La déclaration d’amour homosexuel apparaît comme un arrivisme suspect, flattant la défaillance humaine des deux amants qui s’adonnent (de manière consentie mais si peu libre !) à leur désir homosexuel.

 

L’acte homosexuel a le pouvoir d’anesthésier la conscience de mal faire. Il rend flou la frontière entre le bien et le mal, entre réalité et fantasme, si bien que les personnes homosexuelles qui se décident à croire en la beauté et en la réalité de l’identité homosexuelle ou de l’amour homosexuel vivent une forme de division interne indéfinissable, de captation psychique, d’hypnose, de rêve éveillé digne des meilleurs films de science-fiction (quand l’être humain s’extériorise trop), entre ce qu’elles ressentent et ce qu’elles vivent concrètement.

 

Par exemple, lors du talk-show Ça se discute (diffusé sur la chaîne France 2, le 18 février 2004), une intervenante lesbienne, Corinne, jadis mariée à un homme qui s’appelle Matthieu, décrit sa « première fois » lesbienne. Pendant qu’elle s’exprime, elle mime avec les mains le mouvement de projection violente vers l’avant qui a immédiatement précédé le baiser homosexuel : « Nous nous sommes embrassées, et j’ai su que ma vie avait basculé. J’ai été projetée d’un monde à l’autre. J’ai été poussée et je suis rentrée au travail avec elle, et tout ce que je savais dire sur le trajet – c’est elle qui me l’a dit plus tard parce que moi, j’étais un peu partie ailleurs – c’était ‘putain merde, fait chier, putain merde, fait chier, putain merde, fait chier’ parce que j’ai tout de suite su en 3 secondes que mon mariage était fini et qu’en fait, le ‘putain merde, fait chier’ c’était ‘putain merde, ça y est, ce que tu attendais depuis X années vient enfin d’arriver’. Et 15 jours plus tard, j’annonçais à Matthieu que je le quittais. »

 

Les personnes homosexuelles pratiquantes semblent nous dire que la beauté de l’acte homosexuel réside prioritairement dans sa non-actualisation ; dès que celui-ci devient concret, il perd de sa splendeur. Il n’a que la magie de l’irréel.

 

Pour ma part, je me souviens de ma première fois homosexuelle. Je l’ai vécue tard. À 29 ans. En 2009. À Paris. Dans un contexte relativement respectueux, sincère, consenti, pas du tout glauque, mais malgré tout précipité et peu libre. Je n’en garde pas un souvenir cauchemardesque, au contraire. C’était juste un moment surréaliste, où j’étais dans un état second. Je n’aimais pas cet homme (un peu plus âgé que moi et qui m’a servi de cobaye, au fond). Quand il m’a serré dans ses bras puis embrassé sur la bouche, je tremblais de tout mon corps (alors que je n’avais pas froid). J’étais tétanisé. Il a bien fallu quinze minutes avant que je me détende. Pourtant, il n’a pas été brusque avec moi et m’offrait des gestes qui me faisaient plaisir, qui étaient censés me rassurer. Cet homme a été, en apparences, très respectueux avec moi (même s’il me traitait comme un bibelot). Mais j’étais transi de peur et de culpabilité parce que je sentais que je vivais la médiocrité que j’avais devinée depuis mes 20 ans (sans que personne ne m’ait dit que « c’était mal »). Parce que je sentais que le fantasme devenait réalité et que malgré tout, il ne me comblait pas. Je voyais déjà que ça n’allait pas. Je tremblais comme une feuille. Je n’étais plus moi-même. Mais sur le coup, j’ai accepté comme logiques cette transformation, mon laisser-faire, un abandon à la sensualité et à la facilité. Je crois que pour ce premier contact avec la sexualité homosexuelle, j’ai été violenté et j’ai violenté. Mais comme mon partenaire et moi étions d’accord pour le faire, nous nous sommes forcés à amortir mentalement le choc. Nous n’avons même pas couché ensemble. Nous nous sommes juste enlacés et embrassés. La violence dont je parle n’est effectivement pas tant dans la brutalité des gestes – car les gestes posés étaient doux, presque chastes, d’une naïveté adolescente – que dans l’absence de liberté, l’égoïsme mutuel, l’éloignement du Réel, le manque de désir et de joie. C’est drôle : alors que je n’étais pas du tout dans l’état d’esprit de trouver ce que j’allais vivre « diabolique » ou au contraire totalement idyllique, alors même que mon premier amant n’avait absolument pas connaissance de ce que j’avais déjà écrit des années auparavant sur le passage à l’acte homosexuel (dans mon livre qui venait d’être publié), tout s’est pourtant passé exactement comme je l’avais écrit, à la virgule près. J’ai en effet vécu, pendant ma première fois homosexuelle, un « truc » surjoué, narcissique, immature, hallucinant (dans le sens de « ravissement » peu choquant), assez banal, désordonné, insensé, sans joie profonde. Tout sauf exceptionnel, en somme. Comme quoi, on n’a pas besoin d’en passer obligatoirement par l’expérience pour voir juste sur l’acte homosexuel et juger de son irréalité/sa violence consentie. Et de cela, je n’en ai jamais douté.

 
 

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Code n°150 – Promotion « canapédé » (sous-codes : Ascension sociale / Dandy / Riches / Bourgeois / Goût de l’argent / Député)

Promo canapédé

Promotion « canapédé »

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

En direct de la rue des Francs-Bourgeois… ou des bourgeois francs

 

Film "Jet Set 2" de Fabien Onteniente

Film « Jet Set 2 » de Fabien Onteniente


 

Sans pour autant être vraie et aimante, la bourgeoisie (dans le sens post-moderne du terme : l’attrait pour le « devenir-objet » et pour le matérialisme) est très sincère et franche. Et le désir homosexuel, étant par définition le désir d’être objet (vous irez voir le code « Poupées » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels pour ceux qui ne le connaissent pas encore) et le désir sincère qui ne parvient pas à être pleinement vrai, est particulièrement bourgeois. Ce que je dis n’est pas nouveau. Déjà, dans la Bible, il est fait mention que Sodome et Gomorrhe étaient des villes bourgeoises. Et si nous regardons autour de nous, il n’est pas difficile de constater que la pratique et la visibilité de l’homosexualité sont prioritairement observables dans les sphères de pouvoir, de luxe et de matérialisme déshumanisant de la gauche caviar. Pas étonnant que certains pays de l’Hémisphère Sud les considèrent aujourd’hui comme des « vices occidentaux » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), p. 162) venant des Blancs riches.

 

La proximité entre homosexualité et bourgeoisie est souvent reconnue, et malheureusement causalisée, par beaucoup de personnes à la fois homosexuelles et homophobes. Or, bien évidemment, cette proximité est de l’ordre de la coïncidence et n’est pas systématique. C’est d’ailleurs pour cette raison que le désir homosexuel peut être ressenti par des gens objectivement sans argent ou par des individus au train de vie bobo (bourgeois-bohème). Toutes les personnes homosexuelles ne sont pas bourgeoises, ni en porte-monnaie, ni en attitudes. Je ne parle que d’une tendance très marquée du désir homosexuel pratiqué, et non du désir homosexuel seulement ressenti. Bien avant d’être un signe extérieur de richesse effective, l’homosexualité cherchant à s’incarner est d’abord un désir de richesse matérielle. Dans les fictions homo-érotiques, force est de constater que le personnage homosexuel joue souvent le dandy bourgeois ou le jeune homme arriviste qui louvoie avec le monde de l’argent et de la Jet Set grâce à son homosexualité… et plus on nie la part de vérité de ce cliché, plus il s’actualise.

 

On le voit dans bien des corps de métiers (mode, sport, médias, théâtre, opéra, hôtellerie, etc.) : l’homosexualité pratiquée est un moyen d’insertion à l’intérieur de certains milieux professionnels et sociaux. Dans le monde du libéralisme économique déshumanisé et conquérant, certaines personnes n’hésitent pas à user de leur prétendue « identité homosexuelle » (… ou de la pratique discrète des actes homosexuels « entre deux réunions », « sous le bureau », ou « dans la salle de la photocopieuse ») pour gravir les échelons de leur entreprise ou de leur milieu professionnel/artistique/politique. Elles semblent prêtes à tout pour arriver à leurs fins. Elles mêlent sans complexe génitalité et travail, vie privée et carrière, business et séduction. Et si on les soupçonne d’arrivisme, de corruption, de semi-prostitution, ou d’élitisme de nouveaux riches (les cercles d’artistes dandys ou d’universitaires homosexuels petits-bourgeois du début du XXe siècle ne sont pas si loin de nous !), elles avancent avec le masque du nouveau spectre de la communauté homosexuelle : l’Homophobie dans le Travail. Mais pourtant, aucune n’ignore la force de corruption de pouvoir qu’exerce le désir homosexuel actualisé.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre », « Patrons de l’audiovisuel », « Prostitution », « Bourgeoise », « Méchant Pauvre », « Bobo », « Homosexuels psychorigides », « Liaisons dangereuses », « Solitude », « Lunettes d’or », « Amour ambigu du pauvre », « Homosexuel homophobe », « Innocence », « Défense du tyran », « Poupées », « Pygmalion », « Homosexualité vérité télévisuelle ? », « Androgynie bouffon/tyran », « Faux révolutionnaires », « Faux intellectuels », à la partie sur l’appât du gain dans le code « Artiste raté », à la partie « matérialiste » du code « Collectionneur » et à la partie « Apocalypse » du code « Entre-deux-guerres » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) La haine des bourgeois du fils-à-papa homosexuel :

Dans les fictions homo-érotiques, énormément de héros homosexuels expriment leur haine des bourgeois et des riches : « Je hais les mini et les super-puissants !!! Je les vomis. » (Belle Espérance en parlant des « gens de la Haute » dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias) ; « Sales bourgeois ! » (Daphnée, la bourgeoise par excellence, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; etc. Par exemple, dans le film « La Cérémonie » (1995) de Claude Chabrol, Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert détruisent une famille de bourgeois. Dans le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, l’Étranger sème le trouble en couchant avec tous les membres d’une famille aisée. Dans le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, Scott, le héros homosexuel, le fils du maire, rentre en conflit avec son milieu social d’origine pour vivre dans des squats. Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, les bourgeois sont moqués.

 

Mais la haine des bourgeois est justement propre aux bourgeois ! Comme l’explique à juste titre Mère Teresa, qui est bien placée pour parler de la misère et des pauvres puisqu’elle les a côtoyés de près, jamais le vrai pauvre ne singe ni ne grossit sa souffrance, jamais il n’haït les riches : « Je n’ai jamais entendu un pauvre grogner ou maudire, je n’en ai jamais vu terrassé par une dépression. » (Mère Teresa, Il n’y a pas de plus grand Amour (1997), p. 163)

 

Le héros homosexuel devient bourgeois d’abord parce qu’il désire se faire objet, qu’il nie son humanité et qu’il rejoint donc la violence et les mondes déshumanisés. « Bande de faux-culs, vous les bourgeois ! Vous êtes les premiers à défiler dans les manifs ‘Les pédés au bûcher !’, mais on vous voit dans les bois ! » (Herbert, homosexuel, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; « Depuis longtemps, Jason n’était plus capable d’apprécier le spectacle de la nature pour lui-même. En bon dandy féru de décadence, et ayant entretenu son raffinement avec le soin maniaque que l’on prend à s’occuper d’un bonzaï, il était saturé de culture. Un flot de références picturales ou littéraires venait faire écran à toute impression spontanée, et spécifier la teneur même de son émotion. C’est ainsi que la mer, à l’horizon, lui parut avoir revêtu son plus beau bleu Klein. […] La transparence de l’air lui rappela quelque ciel italien de Corot. Quant aux hortensias qui exhibaient avec une joyeuse fierté leurs gros pompons roses, bleus et mauves, ils semblaient sortis du costume d’Arlequin d’une fête galante de Nicolas Lancret. » (Jason, le héros homosexuel du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 31) Par exemple, dans le film « Gigola » (2010) de Laure Charpentier, l’héroïne lesbienne incarne parfaitement la figure de la garçonne envahie par les objets : elle est vêtue d’un smoking, porte un œillet rouge à la boutonnière, brandit une canne à pommeau d’argent incrusté d’une tête de cobra.

 

Le désir bourgeois et homosexuel n’est pas uniquement l’appât du gain. Il est celui qui naît de la jalousie ou/et du conformisme, de la haine de soi, de l’attrait pour le paraître. Il consiste à dire : « Je ne désire pas profondément une personne ou un objet, mais je le prétends parce que je sens que c’est désiré par ‘les autres’ (… et surtout par ceux du sexe complémentaire !) ». C’est l’élan mimétique largement décortiqué par René Girard : « Oui, elle était bandante, c’est le mot. Les mâles de la salle de jeu et moi, nous le savions bien. Et tout à coup j’ai eu envie de les battre sur leur propre terrain. Apparemment tout le monde avait envie de cette belle brune. Pourquoi pas moi ? » (Suzanne, l’héroïne lesbienne bourgeoise du roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 237)

 

Certains héros homos créent une version dark, trash, camp, queer et bobo, des bourgeois qu’ils méprisent… pour se donner l’illusion qu’ils sont des marginaux iconoclastes et révolutionnaires parmi les marginaux aisés, des aristos « plus bourgeois que bourgeois » : cf. le bourgeois le châtelain libertin organisant des parties SM dans son manoir dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, la bourgeoisie incorrecte dans la nouvelle « L’Apocalypse des gérontes » (2010) d’Essobal Lenoir, etc. « Vous êtes un mondain pour vos amis, un snob pour vos détracteurs. Je ne tranche pas. Après tout, je suis comme vous. » (Vincent, le jeune héros homosexuel s’adressant à la figure de Marcel Proust, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 26) Par exemple, dans la nouvelle « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010) d’Essobal Lenoir, le narrateur homosexuel voue une passion sans limite pour le « trash bourgeois » et « l’érotisme de salon » (p. 97). Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le jeune héros homosexuel, joue le dandy à part de ses camarades de lycée : il s’habille avec chapeau haut de forme et canne de « Lord anglais », avec un œil caché de pirate.

 

L’élitisme de l’incorrection ou la marginalité camp des héros homosexuels n’est qu’une bourgeoisie qui s’ignore, car ces derniers restent enchaînés au paraître : « Quelques pédés paradent et ça sent le pédant. » (l’un des héros de la pièce Intérieur ou la Traversée spectaculaire d’un foutoir devenu trentenaire (2011) de Jérôme Thibault) La bourgeoisie, c’est finalement l’attachement haineux aux images et aux objets.

 
 

b) Bourgeoisie et homosexualité :

Film "Victor Victoria" de Blake Edwards

Film « Victor Victoria » de Blake Edwards


 

Derrière l’arrogance provocante et iconoclaste par rapport au monde du paraître, il y a une idolâtrie. En effet, beaucoup de personnages homosexuels regrettent le déclin de la bourgeoisie, expriment leur nostalgie de la noblesse (ou plutôt de leur « idée de noblesse ») : cf. le film « Gone With The Wind » (« Autant en emporte le vent », 1939) de Victor Flemming, le roman Le Dernier des Médicis (1994) de Dominique Fernandez, le film « Déclin de l’Empire américain » (1986) de Denys Arcand, le roman Feu le monde bourgeois (1966) de Nadine Gordimer, le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, etc. Par exemple, dans le roman El Ángel De Sodoma (1928) d’Hernández Catá, José María est le dernier maillon d’une famille aristocrate en décadence. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, les amantes Thérèse et Carol sont l’archétype des deux grandes bourgeoises qui aiment vivre dans le luxe et le désuet. Je vous renvoie au code « Entre-deux-guerres » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

D’ailleurs, le héros homosexuel des fictions est souvent issu d’une famille bourgeoise : par exemple Lars dans le film « Brotherhood » (2010) de Nicolo Donato, Julien dans le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, François dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, Tala et Leyla dans le roman I Can’t Think Straight (2011) de Shamim Sarif (les deux amantes sont toutes deux héritières de très bonne famille), Tadzio dans le film « Morte A Venezia » (« Mort à Venise », 1971) de Luchino Visconti, Sébastien dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1959) de Joseph Mankiewics, Kyril le dandy avec son monocle dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Ignacio dans le film « Le Bal des 41 » (« El Baile de los 41 », 2020) de David Pablos, etc. Dans la comédie musicale La Bête au bois dormant (2007) de Michel Heim, Henriette, le héros travesti M to F, se définit lui-même comme un « fils-à-papa ». Dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, Suzanne, l’héroïne lesbienne, se fait traiter de « bourgeoise des Chartrons ». Dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, Hervé appartient à la « petite noblesse bretonne » (p. 62). Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, les deux « pères » de Gatal, le héros homosexuel, ont tenu à ce que leur fils suive sa scolarité dans les « écoles les plus chères et les plus cotées ».

 
 

Lou – « Je ne suis pas assassine, je suis une fille riche !

Mimi – Riche, dit-elle, archi-riche ! C’est Mademoiselle d’Onassis ! »

(Lou et Mimi dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi)

 
 

L’homosexuel, dans bien des cas, est présenté comme le fils de la bourgeoisie. « L’idéal d’la féminité, c’est d’être née avec du blé ! C’est comm’ ça qu’elle’ pond’ des pédés. […] Ell’ font d’eux des efféminés. » (Cachafaz dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Vous êtes une petite bourgeoise. » (le père de Claire, parlant à Suzanne, la compagne de celle-ci, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; etc. Ainsi que le montre le début du film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, la bourgeoisie serait congénitale et engendrerait l’homosexualité. Par exemple, dans le roman Le Bal des folles (1977), Copi-narrateur se définit lui-même comme un « fils de bourgeois » (p. 143), et décrit ses camarades homosexuels comme des bourges : « Elles sont toutes des bourgeoises tarées. » (p. 130) Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, les homos sont définis comme des « bourgeois arriérés ». Dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, Matthieu-Alexandre, le fils aîné de la bourgeoise Marie-Muriel, est homo : il fait partie d’un club très fermé d’art, et sa mère anti-mariage-pour-tous ne se rend même pas compte de sa tendance, même si elle l’avoue à son insu : « Il est tellement sensible… » Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Jérémie est le prototype du gosse de bobo qui va se marier avec un autre homme de sa classe et de sa situation, Antoine : « Il est successful, il est riche. » Il trouve même qu’il a finalement une vie « trop cadrée ». Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Freddie, l’hétéro de base, sous-entend qu’il a compris l’homosexualité cachée de Tom, le héros homosexuel, quand il tourne en dérision l’intérieur riche de son appartement : « C’est tellement… bourgeois… ». Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Audrey, la journaliste noire, qualifie au départ les préoccupations homosexuelles de Rupert par rapport à John de « petits problèmes de riches ».

 

Film "Maurice" de James Ivory

Film « Maurice » de James Ivory


 

« Je me demande pourquoi il y a toujours autant de pédales chez les bourgeois. Ça doit être l’absence d’effort physique. À force de rien foutre assis sur des fauteuils, leurs gènes deviennent mous et dégénérés. » (le boucher joué par Philippe Nahon dans le film « Seul contre tous » (1998) de Gaspard Noé) ; « Toi, t’es aristocratique. » (Vanessa s’adressant à son mari homosexuel Laurent, dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; « Allez vivre dans le tiers monde ! Riche comme vous êtes, vous devriez régner sur une cour d’éphèbes qui vous éventent les mouches à l’aide de feuilles de bananier. » (Cyrille, le héros homosexuel, parlant à Hubert dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « C’est la classe, les gays ont tout. […] Et j’suis fier, et j’suis snob. » (l’un des héros homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Vous êtes une petite bourgeoise. » (le père de Claire, s’adressan à Suzanne, la copine de celle-ci, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener), etc.

 

À en croire certains propos, l’homosexualité serait une pratique plus tolérée et courue dans les milieux aisés : « Tout comme aujourd’hui, jadis, on retrouvait plus de compassion pour la communauté homosexuelle dans les milieux aisés de notre population. La classe moyenne avait de tout temps marqué du mépris et du dégoût envers ces ‘gens-là’ comme ils disaient. » (Ednar à propos de la Martinique, dans le roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 27) Je vous renvoie aux codes « Défense du tyran » et « Homosexuels psychorigides » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Souvent, dans les films homo-érotiques, c’est ambiance bourgeoise et salon de thé : cf. la chanson « À table » de Jann Halexander, les vidéo-clips des chansons « Maman a tort », « Libertine » et « Plus grandir » de Mylène Farmer, le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (avec la relation sensuelle entre les petites filles modèles et leurs gouvernantes), le film « Une dernière nuit au Mans » (2010) de Jeff Bonnenfant et Jann Halexander, le film « Occident (Statross le Magnifique 2) » (2008) de Jann Halexander, le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, le roman Los Alegres Muchachos De Atzavará (1987) de Manuel Vázquez Montalbán, le film « Parfum d’absinthe » (2005) d’Achim von Borries, le film « The Queen » (2006) de Stephen Frears, le film « Rocco et ses frères » (1960) de Luchino Visconti, le film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey, le film « Laberinto De Pasiones » (« Le Labyrinthe des passions », 1982) de Pedro Almodóvar, le film « Amours particulières » (1969) de Gérard Trembaciewicz, le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay (avec les parties mondaines du couple lesbien Catherine S. Burroughs/Muriel Gold), le roman Off-Side (1968) de Gonzalo Torrente Ballester, le film « Il Disco Volante » (1964) de Tinto Brass, le film « Fraude Matrimoniale » (1977) d’Ignacio F. Iquino, le film « Le Feu Follet » (1963) de Louis Malle, le film « Dandy Dust » (1998) d’Hans A. Scheirl, le film « Concussion » (2013) de Stacie Passon (avec Abby, la lesbienne fortunée), le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, le film « The Stepford Wives » (« Et l’homme créa la femme », 2014) de Frank Oz (avec le couple de bourgeois homosexuels fraîchement installé dans la bourgade bourgeoise de Stepford ; l’un d’eux est politicien de droite), la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin (avec le précieux dandy criminel, Lacenaire), etc.

 

Fictionnellement, les politiciens, magistrats, députés ou businessmen fortunés sont souvent homosexuels : cf. le film « Ronde de nuit » (2004) d’Edgardo Cozarinsky, le film « Twist » (2004) de Jacob Tierney et Adrienne Stern, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « El Diputado » (1978) d’Eloy de la Iglesia, la trilogie « Dead Or Live » (1999-2002) de Takashi Miike (avec le maire homo), le film « Le Corps de mon ennemi » (1976) d’Henri Verneuil (avec le maire homo), le film « Tempête à Washington » (1962) d’Otto Preminger (avec le sénateur Brig Andersen), le film « Que le meilleur l’emporte » (1964) de Franklin J. Schaffner (avec le gouverneur Cantwell), le film « The Barber, l’homme qui n’était pas là » (2001) de Joel Coen (avec le chef d’entreprise gay), le film « Jack le Magnifique » (1979) de Peter Bogdanovich (avec le sénateur homo), le film « Hécate, maîtresse de la nuit » (1982) de Daniel Schmid (avec le diplomate joué par Bernard Giraudeau), le film « Brylcream Boulevard » (1995) de Robbe de Hert (avec le politicien homo), le film « Charmant Garçon » (1999) de Patrick Chesnais (avec le Ministre de la culture), le film « The Everlasting Secret Family » (1988) de Michael Thornhill (avec le vieux ministre), la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier (avec Georges, le notaire marié et secrètement homosexuel), le dessin animé « Les Douze Travaux d’Astérix » (1976) de René Goscinny et Albert Uderzo (avec le directeur efféminé de la Maison qui rend fou), etc. « Il est pédéraste ? Alors on en fera un bon sénateur ! » (les deux sénateurs dans le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky) ; « George Washington était une lesbienne noire. » (le professeur d’histoire souhaitant une grande liberté de ton dans ses cours, dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller) ; « Les hommes politiques, c’est un peu comme les homosexuels. Ça te fait gober tout et n’importe quoi. Et plus c’est gros, plus ça passe. » (Samuel Laroque parlant de ses pairs homos, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « À la mairie de Paris, y’a vraiment beaucoup de pédés ! » (Laurent Violet dans son one-man-show Faites-vous Violet, 2012) ; « J’oublie toujours que ce Ministère des Finances est comme une ruche. » (Mathilde, jalouse que son meilleur ami homo Guillaume ait fait une rencontre amoureuse au travail, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; « Ils [les hommes politiques] en sont tous. » (un des quatre héros homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Les pédés obtiennent toujours tout les premiers. » (Senel Paz, Fresa Y Chocolate (1991), p. 10) ; « Les folles sont partout… même au gouvernement ! » (le pasteur Ralph, homosexuel refoulé, dans le film « Children Of God », « Enfants de Dieu » (2011) de Kareem J. Mortimer) ; etc. Par exemple, dans le film « Good Boys » (2006) de Yair Hochner, le Ministre de la Sécurité Intérieure, Benyamin Landau, est homosexuel. Dans le film « L’Homme qui venait d’ailleurs » (1976) de Nicolas Roeg, David Bowie est PDG. Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand présente satiriquement le Prince Charles comme un homo, et laisse entendre que vu sa vie débridée et ses déboires avec les femmes, le coming out du président François Hollande serait « imminent ». À la fin, il dépeint les différentes catégories d’homos qu’il a identifiées dans la communauté LGBT, dont « les bien introduits dans les meilleures sociétés, les politisés ». Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Jurgen est l’amant du patron de la boîte de Petra, elle-même homosexuelle.

 

D’ailleurs, le lien entre homosexualité et Franc-Maçonnerie est opéré inconsciemment même dans les films gays friendly tels que « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, où l’expression « être du bâtiment » équivaut à dire « être homosexuel ».
 

On retrouve beaucoup dans les fictions homo-érotiques la figure du bourgeois homo : Bernard le bobo homo sophistiqué dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo, Georges l’homosexuel bourgeois dans la pièce La Cage aux folles (1973) de Jean Poiret, Jean Desailly en un grand bourgeois inverti dans le film « Un Flic » (1971) de Jean-Pierre Melville, Gabriel de la Serna dans la B.D. Muchacho (2006) d’Emmanuel Lepage,Jean-Paul le pédé bourgeois avec son petit chien de compagnie surnommé « Cocteau » dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier), le Baron Lovejoy dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, le narrateur homosexuel du roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, le dandy de la nouvelle « Au musée » (2010) d’Essobal Lenoir, Pietrino le dandy efféminé dans le film « Toto Cue Visse Due Volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto, les dandys oisifs du film « Godelureaux » (1960) de Claude Chabrol, Mathias dans le film « Claude et Greta » (1969) de Max Pécas, les deux artistes Sulki et Sulku dans le film « Musée haut, Musée bas » (2011) de Jean-Michel Ribes, David et Philibert les dandys capricieux dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, Stephen l’héroïne lesbienne dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, le baron Charlus et Swann dans le roman À la recherche du temps perdu (1913-1927) de Marcel Proust, la dandy lesbien dans le film « Love Is The Devil » de John Maybury, Jacques-Henri dans les films « Les Visiteurs » (1992) et « Les Visiteurs II, les Couloirs du Temps » (1998) de Jean-Marie Poiré, le dandy homosexuel du film « Quartet » (1948) d’Harold French, Harold pédé dandy qui case des mots de français quand il parle anglais dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Jules le poète maudit snob dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Philippe le « dandy macho » homo dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, etc.

 

Dans le mot « luxure », il y a « luxe ». En amour, beaucoup de couples homosexuels fictionnels vivent une existence pépère faite de loisirs, de sexes, de parties, de jolis voyages : « Nous menons une vie bourgeoise. » (Pretorius en parlant de lui et de son amant Dracula, dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Zach et Nate se rencontrent dans un cocktail mondain et se draguent. Dans le film « Demain tout commence » (2016) d’Hugo Gélin, Bernie, le producteur homosexuel, fréquente les salons anglais smart de thé, où il drague les bons pères de famille bourgeois : Samuel (Omar Sy), son ami hétéro, lui reproche de s’acheter des « lustres à 6 milliards » d’euros.

 

L’homosexualité se présente comme une préciosité artistique, une sophistication matérielle et gestuelle, une douilletterie, voire une misanthropie et un caprice bourgeois : cf. la chanson « la bourgeoisie des sensations » de Calogéro (traitant précisément des méandres de la bisexualité), le roman El Misántropo (1972) de Llorenç Villalonga, le roman Le Portrait de Dorian Gray (1891) d’Oscar Wilde (avec le dandy refusant de vieillir), le roman Le Goût de Monsieur (2004) de Didier Godard, etc. « J’ai des acouphènes en avion. » (Jean-Paul, le pédé bourgeois du film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier) ; « J’ai rencontré cet homme [Éric] qui me subjugua par son esprit vif et ses manières d’aristocrate. » (Albert Russo, L’Amant de mon père (2000), p. 25) ; « Je suis un misanthrope élitiste assumé. » (Karl Lagarfeld cité dans le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand) ; etc. Par exemple, dans la chanson « Les gens de couleur n’ont rien d’extraordinaire… » de Jann Halexander, le narrateur célèbre le snobisme comme un raffinement, un « art de vivre » noble, une originalité exceptionnelle (homosexuelle, même !), « l’élégance du luxe de la Différence » : « Mais j’avais un problème : quoi porter ? On ne s’habillait pas n’importe comment pour aller à l’opéra. […] Je n’allais tout de même pas me présenter devant le Tout-Montréal déguisé en cousin pauvre ! Même si je n’étais que le cousin pauvre du cousin pauvre ! […] J’aimais mieux faire artiste que péquenaud. » (le narrateur homosexuel dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 39)

 
 

c) Le goût homosexuel pour l’argent :

Les héros homosexuels affichent à maintes reprises leur attrait pour les privilèges de la noblesse matérialiste (ou bobo anti-matérialiste) et les Jet Set : cf. le tableau Dollar Sign (1981) d’Andy Warhol, le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, la pièce Coming out (2007) de Patrick Hernandez, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, le film « Like It Is » (1998) de Paul Oremland, le film « Le Cercle des poètes disparus » (1989) de Peter Weir, le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, le film « Gigolo » (2004) de Bastien Schweitzer, le film « J’en suis » (1997) de Claude Fournier, les films « Jet Set » (1999) et « People » (2004) de Fabien Onteniente, le film « Années volées » (1998) de Fernando Colomo, le film « Bezness » (1992) de Nouri Bouzid, le film « Los Placeres Ocultos » (1977) d’Eloy de la Iglesia, le roman Las Locas De Postín (1919) d’Álvaro Retana, le roman Paradiso (1967) de José Lezama Lima, le film « Noblesse oblige » (1949) de Robert Hamer, le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano, le film « Costa Azzura » (1959) de Vittorio Sala, le film « Cent francs l’amour » (1985) de Jacques Richard, le film « Primary Colors » (1998) de Mike Nichols, le film « Les Rênes du pouvoir » (1999) de George Hickenlooper, le film « The Ritz » (1976) de Richard Lester, le film « L’Amour » (1972) de Paul Morrissey, la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy, le film « Funeral Parade Of Roses » (1969) de Toshio Matsumoto, le film « Pretty Persuasion » (2005) de Marcos Siega, le film « High Art » (1998) de Lisa Cholodenko, le film « Riches et célèbres » (1981) de George Cukor, le film « Ho Visto Le Stelle ! » (2003) de Vincenzo Salemme, le film « Per Finto O Per Amore » (2002) de Marco Mattolini, le film « A.K.A. » (2001) de Duncan Roy (fonctionnant comme un roman d’apprentissage), le film « Gamin de Paris » (1992) de Jean-Daniel Cadinot, le film « Love, Valour And Compassion » (1997) de Joe Mantello, la pièce En circuit fermé (2002) de Michel Tremblay, le roman L’Ami de passage (2014) de Christopher Isherwood (avec une bande d’homosexuels qui gravitent autour d’Ambrose, un Anglais riche et dépravé), la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis (avec le cercle de petits bourges puceaux, homophobes… et homosexuels), la chanson « Je cherche un millionnaire » de Coccinelle, etc. Par exemple, dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, Jézabel, l’héroïne bisexuelle, accède au milieu branchouille des artistes. « Goudron organisait tant de salons et de soirées fréquentées par des centaines de personnes ridicules de toutes sortes. Il les collectionnait, vous savez. » (le pervers Comte Smokrev s’adressant à Pawel Tarnowski, au sujet de son mécène homosexuel Goudron, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 308)

 

Film "Gigola" de Laure Charpentier

Film « Gigola » de Laure Charpentier


 

« J’ai des relations mondaines. J’ai des relations. J’connais la baronne du Maine. Son fils Absalon. » (cf. la chanson « Les Relations mondaines » de Charles Trénet) ; « Moi ce que je vise, c’est le fric. » (Tedd, l’un des héros homosexuel du film « Cruising », « La Chasse » (1980) de William Friedkin) ; « C’est ma dernière mission là-bas, avait alors promis Ginette. Je ne pars que pour six mois. Je ferai une tonne d’argent, et l’on va l’avoir, notre maison de campagne. » (Ginette s’adressant à son amante Lucie, dans son roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 30) ; « J’adore la vélocité de l’argent. » (une phrase du poème Howl (1956) d’Allen Ginsberg) ; « Que c’est beau, le fric. » (la bourgeoise imitée par Rodolphe Sand, dans le one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « Comme j’suis vénale… J’adore le fric ! » (Blanche-Neige dans le one-(wo)man-show Le Jardin des Dindes (2008) de Jean-Philippe Set) ; « Vous êtes la Reine des Affaires ! » (François Dourdan s’adressant à Marina, le travesti M to F, dans la pièce Détention provisoire (2011) de Jean-Michel Arthaud) ; « J’ai toujours voulu être capitaliste. […] J’ai un capital : c’est mon corps. Je suis une capitaliste interne. […] J’ai décidé de capitaliser mon corps de l’intérieur. » (Nathalie Rhéa se justifiant d’avoir pris du poids, dans son one-woman-show Wonderfolle Show, 2012) ; « La nuit, je restais éveillée dans mon lit, oubliant un moment la dure réalité de mes seize ans et de ma condition de faible femme dénuée de fortune, pour imaginer que j’étais l’homme des films. Je voulais la richesse, le pouvoir, la célébrité […]. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 24) ; « Le fric… j’ai grand besoin de fric. » (le Baron Lovejoy, homosexuel, dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « J’ai toujours rêvé d’habiter dans un 4 étoiles. » (Dany, le jeune héros homosexuel du film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras) ; « Avec toutes ces conneries, on a perdu beaucoup d’argent. On est passé à l’émission ‘Money Drop’ de Florence Boccolini, spéciale couples gays. » (Benjamin parlant de lui et de son amant Arnaud, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc.

 

Par exemple, tous les personnages du roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green (Fabien, Emmanuel Fruges, etc.) émettent le souhait de vivre dans le luxe ; notamment, Fabien regrette « de ne pas être riche » (p. 42) : « Il se mit à courir à la recherche de la première personne qui lui parût heureuse, mais surtout riche. » (idem, p. 82) Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Stéphane veut devenir « aussi riche que Madonna ». Dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, le narrateur homosexuel ne cache pas ses appétits carriéristes. Dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral, Paola joue la proximité avec les célébrités. Dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, Roy Cohn est de mèche avec la « First Lady » des États-Unis. Dans le roman La Meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, Willie est obsédé par l’envie d’être célèbre.

 

Pas besoin d’être riche pour être bourgeois. Il suffit d’être obsédé par l’argent et le matériel, de désirer être riche… et cette soif est donnée aux héros homosexuels de classe aisée comme aux héros sans le sou. « Il faut que je t’avoue quelque chose : je ne suis pas riche. Je suis une mythomane. En fait, j’habite dans une chambre de bonne, rue Monsieur-le-Prince. » (Micheline, le travesti M to F, s’adressant à Ahmed dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi)

 

On observe que le personnage homosexuel évolue souvent dans un univers capitaliste très mécanisé et déshumanisé : cf. le vidéo-clip de la chanson « Cargo de nuit » d’Axel Bauer, le roman La Comédie humaine (1825) d’Honoré de Balzac (avec le personnage de Vautrin), le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, la pièce La Machine infernale (1934) de Jean Cocteau, la chanson « Chain Reaction » de Diana Ross, la chanson « Spinning The Wheel » de George Michael, la chanson « Material Girl » de Madonna, la chanson « Telephone » de Lady Gaga, etc. Je vous renvoie également la partie « Automates » du code « Poupées » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

d) L’homosexualité pratiquée (et parfois la prostitution homosexuelle) comme moyen d’ascension sociale :

Le goût homosexuel pour l’argent pourrait paraître purement vénal et glacial s’il ne se mâtinait pas de sentimentalité et de sensualité pseudo « désintéressées » pour se justifier. Dans les œuvres homo-érotiques, un certain nombre de relations conjugales homosexuelles sont effectivement placées sous le signe de l’argent et du matériel. « Khalid, j’admirais tout en lui. J’aimais tout en lui. […] Les lumières autour de lui. Sa richesse. Khalid était riche. Tout en lui me le rappelait. Me le démontrait. […] Khalid était riche et il était beau. Khalid était riche et il était beau. » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 81) Je vous renvoie à la partie « Amant-objet » du code « Poupées » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels. Beaucoup d’amants fictionnels se gavent de cadeaux, se soudoient pour se prouver mutuellement leur amour. Ils sont davantage tenus par le matériel et les biens communs accumulés par la vie de « couple » que par l’Amour et la joie : « Tu aimes les bijoux, hein ? Prends ça aussi. Et le collier. Tiens, tiens, ne me remercie pas. […] Tu aimes l’argent, hein ? » (Evita s’adressant à l’infirmière, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Ici, on dit ‘partners’ pour deux hommes qui vivent ensemble, comme s’ils fondaient une affaire commerciale, comme s’ils construisaient une nouvelle société. Gordon et Sean ne sont peut-être que cela. » (Claudio, l’un des héros homosexuels parlant d’un couple d’amis homos à lui, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 100) ; « En plus, mon keum est architecte. Il est pété de thune. C’est pas mal pour une vieille pédale comme moi ! » (Serge parlant de son compagnon Victor au jeune Basile, dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; etc.

 

Le héros homosexuel fait passer sa quête bourgeoise de paraître pour un élan combatif, une curiosité, une ouverture vers l’inconnu. On retrouve parfois dans les fictions homo-érotiques la magie des récits des romans d’apprentissage. Par exemple, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F ne cache pas ses prétentions de gloire et de pognon : « Je viens à Paris pour être une star. » Il/Elle se caricature en Miss France vulgaire, courtisé(e) par un producteur, Monsieur Benamou, qui s’intéresse mystérieusement à lui/elle et veut en faire son égérie pour son agence de sosies : « Si ça se trouve, on va gagner des ronds… » accepte Zize après rapide réflexion. Il/Elle est pris(e) pour une prostituée par un passant dès son arrivée à la Gare de Lyon de Paris.

 

Très souvent dans les fictions, rapports hiérarchiques professionnels et rapports amoureux homosexuels se confondent. L’homosexualité se transforme en droit de cuissage laboral : c’est le cas notamment entre Frédéric et son bras droit Nicolas dans le film « Une Affaire de goût » (1999) de Bernard Rapp, entre Cédric le botaniste et son jeune étudiant stagiaire Laurent dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, entre Gérard Lanvin et son mystérieux supérieur Michel Piccoli chargé de réorganiser l’entreprise dans le film « Une étrange affaire » (1981) de Pierre Granier-Deferre, entre le professeur Daniel Auteuil et l’escort boy Stuart Townsend dans le film « Mauvaise Passe » (1998) de Michel Blanc, entre l’adjuvant Denis Lavant et le jeune légionnaire Grégoire Colin dans le film « Beau travail » (2000) de Claire Denis, entre l’avocat Fabrice Luchini et Roschdy Zem son garde du corps dans le film « La Fille de Monaco » (2008) d’Anne Fontaine, entre le Duc de Richelieu et son jeune et beau Louis-Marie de Montédour-Trémainville dans le roman Le Crépuscule des bourbons (2012) de Philippe Gimet, etc. Par exemple, dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, Lucie et Léonore couchent ensemble pour réussir dans le milieu artistique. Dans la comédie musicale Le Rouge et le Noir (2016) d’Alexandre Bonstein, Géronimo parle d’« introduire » son patron, le Marquis de la Mole. Dans le film « Ander » (2009) de Roberto Castón, José toujours appelle son futur amant Ander « patron ». Dans la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch, Jean-Luc, chef de chantier, est en couple avec son ouvrier arabe Rachid. Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Danny se laisse entretenir par Shane, et son ambition est de « devenir riche ». Dans le téléfilm « Sa raison d’être » (2008) de Renaud Bertrand, Pierre est un ministre homosexuel, et Nicolas (qui devient l’amant) monte en grade dans son cabinet. Dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, Sigrid profite de son amante Helena, plus âgée qu’elle, pour devenir son assistante et monter en grade dans son entreprise. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, un maquereau veut lancer Davide, le héros homosexuel de 14 ans, dans la chanson. Mais pour cela, Davide passe d’abord à la casserole. Dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder, Petra favorise l’ascension de Karin (son amante) dans le monde du mannequina. Dans le film « La Partida » (« Le Dernier Match », 2013) d’Antonio Hens, Reinier rencontre Juan, un quadragénaire espagnol et voit en lui son passeport pour quitter Cuba et la misère. Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Vincent, agent artistique, est l’amant de Stéphane (qui a toujours rêvé d’être une star). Dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, Claudio essaie de s’attirer les faveurs économiques de Gordon. Dans le roman Les Dix Gros Blancs (2005) d’Emmanuel Pierrat, Juan le jardinier homo désire « faire grimper son derrière en même temps que sa carrière » (p. 147). Dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, les consultants sont traités de « bande de pédés ! » (p. 194). Dans la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim, le verbe « pistonner » utilisé par Gérard remplace le verbe « sodomiser ». Dans le film « Le Placard » (2001) de Francis Veber, François Pignon découvre qu’en faisant au faux coming out, non seulement il ne sera pas viré de son entreprise comme initialement prévu mais il montera en grade. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel, sort avec des amants plus âgés et riches que lui, qui l’entretiennent. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, François, homosexuel, est vendeur dans un magasin de vêtements féminins et fait passer son compagnon Thomas pour un livreur : « C’est bon pour le commerce. » lui dit-il pour justifier son mensonge homophobe. Dans le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan, le couple homo est composé de Barthélémy, un Blond dont les dents rayent le parquet, fils de bonne famille potentiellement à la tête d’un Empire industriel important, et de Brahim, un Maghrébin, fin stratège et bras droit d’Élizabeth (la tante de Barthélémy, un vrai requin, à la tête de l’entreprise familiale). Ces deux ambitieux sortent ensemble pour réunir leurs appétits carriéristes. Dans le film « Demain tout commence » (2016) d’Hugo Gélin, Bernie, le producteur homosexuel, drague ouvertement Samuel (joué par Omar Sy) et l’aide à trouver un travail de cascadeur. Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Yoann, le héros homosexuel, et Julien, le héros bisexuel, maintiennent une relation amoureuse d’intérêt. Julien exploite sexuellement et professionnellement Yoann en tant qu’assistant et « plan cul » ponctuel. Et ce dernier semble disposé à se laisser corrompre, à jouer « la bonne » : « Je suis un petit peu son PM : Personal Manager. » ; « J’adore mon job. » ; « T’es chouette comme patron. » ; etc. Yoann est de plus en plus gourmand. Julien le comprend : « Je t’augmente. » « De combien ? » lui demande Yoann. Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel se moque du cliché selon lequel « Le gay aurait toujours un travail de rêve ». Au contraire, il fait du conseil téléphonique pour les banques, et se plie à une séduction hypocrite très commercial. En revanche, en génitalité, il reproduit le même business : quand il tente d’expliquer à son éditeur hétéro la notion d’« actif » et « passif », ce dernier lui rétorque : « C’est quoi l’actif ? C’est quoi le passif ? Moi, à part dans un bilan comptable, je sais pas ce que c’est. » Je vous renvoie aux codes « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre », « Homosexuels psychorigides » et « Pygmalion » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

L’homosexualité est présentée comme une force de conviction professionnelle, comme l’atout majeur de l’entrepreneur self-made-man auto-suffisant, meneur d’hommes et de femmes, sachant ce qu’il veut. « C’est dingue ! Ma boss est lesbienne ! » (Florence, l’héroïne lesbienne, parlant de son nouveau job aux États-Unis, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « La passion financière resurgissait continuellement de ses propos. Sur un ton de plaisanterie, Julien évoquait le projet d’user de ses charmes pour séduire un célèbre milliardaire homo. […] L’argent, toujours l’argent ! »  (Benoît Duteurtre décrivant un jeune homosexuel arriviste, dans le roman Gaieté parisienne (1996), pp. 72-97) ; « Par l’intermédiaire de l’un d’eux, j’ai fait connaissance avec le milieu homosexuel local. À la Marsa, il y avait un couple célèbre. Donald, un Libano-Américain richissime d’au moins soixante-dix ans, et Sami, un Tunisien trente ans plus jeune que lui. Ils organisaient des fêtes privées, plus ou moins clandestines. […] Dans ces soirées, il y avait beaucoup de touristes. Des résidents étrangers, des huiles des milieux culturels et diplomatiques. Des intouchables, en bref. Beaucoup de fric, et même de l’alcool. » (Mourad, l’un des héros homosexuels dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 343) ; « Je suis le genre de garçon qui est monté à Paris depuis la Meurthe-et-Moselle, et qui était prêt à gravir les échelons de l’échelle sociale. » (Jacques, le héros homo, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Choses secrètes » (2002) de Jean-Claude Brisseau, Nathalie et Sandrine décident d’utiliser le sexe comme arme de progression sociale et se font embaucher dans une entreprise : « Les femmes fatales sont en général narcissiques ou lesbiennes, frigides avec les hommes. Elles ne jouissent que si elles en ont envie, donc pas souvent, c’est ce qui fait leur force. » (Nathalie) Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Nicolas dit qu’« il ne faut pas mélanger sexe et travail », mais immédiatement après se justifie de draguer lourdement le beau et jeune serveur autrichien qui s’occupe de sa table au chalet de montagne ; son pote gay Gabriel semble être dans la même démarche : « Ma vie est un entretien d’embauche ! » Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, le mariage homo et l’amour homo sont considérés comme un moyen de toucher le pactole de l’héritage. Selon Dodo, il s’agit de « faire semblant d’être gay pour réussir ». Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), Laurent Spielvogel imite André un homme qui le drague dans un hammam en lui proposant tout son carnet d’adresses du milieu artistique : « Je suis très introduit dans le milieu du théâtre. » Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Joël se fait passer pour un trader, un magnat de la finance, et attire ainsi dans ses filets un bel athlète croate dans une discothèque. Ce dernier est prêt à faire affaire avec lui : « On est pareils. On mise sur le pétrole, sur le gaz. Je veux te sucer. » Au moment du coït et de se faire sucer par lui à l’hôtel, Joël l’insulte en plein orgasme de « sale capitaliste ! ».

 

Très souvent dans les fictions, rapports hiérarchiques professionnels et rapports amoureux homosexuels se confondent : « En serez-vous ? Si vous en êtes, faut reconnaître qu’à notre époque, ça mène à tout. Pour réussir, il faut en être. Un p’tit effort, Zou ! En serez-vous ? » (cf. la chanson « En serez-vous ? » des duettistes Gilles et Julien, en 1932) ; « Vous voulez vraiment que je vous dise ? J’veux coucher avec vous. […] On a quand même le droit d’avoir envie de son patron ! » (Armand à son patron Paul, qu’il va finir par sucer, dans le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie) ; « Je suis quand même plus amoureuse avec ta carte de crédit. » (cf. la chanson « Fais-moi un chèque » de Jena Kanelle) ; « Vous avez déjà pensé à être mannequin ? C’est possible avec les bonnes connexions, vous savez… » (Monsieur Chateigner, client d’un hôtel de luxe, cherchant à draguer le jeune et joli garçon d’hôtel Anthony, dans le film « Consentement » (2011) de Cyril Legann) ; « Le job, c’est de l’argent, et l’argent, c’est que pour le sexe ! Time is money, money is sex. » (la Comtesse Conule de la Tronchade dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Certains ont le goût de l’argent, d’autres du pouvoir et d’autres encore de conquérir les corps et parfois les âmes avec. » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 51) ; « Duccio connaît le directeur de casting. Mais malgré ça, il n’a pas été pris. » (Bernard en parlant d’un de ses potes homos faisant du porno, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Il s’appelle R., il a dix-neuf ans tout juste et la naïveté de croire que le monde du spectacle l’attend. […] Je mens, je dis que j’ai déjà mis en scène une pièce. Il est intéressé. Je dis ‘t’es prêt à tout pour jouer dans ma prochaine pièce ?[…] Dans le fond, je m’en fous de parler, tout ce que je veux c’est le baiser. » (Mike le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 67) ; « J’essaye de dénicher la petite bonne qu’il me faut, et il s’en présente beaucoup de nouvelles. » (Alexandra, la narratrice lesbienne couchant avec toutes ses domestiques, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 13) ; etc. Par exemple, dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, met sur le même plan sa relation de subordination au commandant de bord de l’avion qu’il occupe avec la fellation : « Ben c’est le commandant… » dit-il avec un geste obscène.

 

L’homosexualité se présente comme un pass pour monter les marches de l’échelle sociale : « Dès que j’ai su qui j’étais, j’ai su que j’allais monter l’échelle sociale. J’ai vu passer les ascenseurs. […] Grimper ! Grimper ! […] Monter en grade. » (l’un des héros homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Si on est gay, on attire les médias, et donc les producteurs. » (Dzav et Bonnard dans leur pièce Quand je serai grand, je serai intermittent, 2010)

 

Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le monde où la différence des sexes a été totalement rejetée se trouve être un espace totalement mécanisé, où les personnages homos sont des robots qui se clonent entre eux et ne vivent que pour leur travail, leur image, leur production : Gatal, le héros homosexuel, par exemple, travaille en tant que chef de produits, dans une boîte qui s’appelle Craker Booster… et qui lui demande sans cesse des résultats, une charge de travail inhumaine. Il va être contraint de s’accoupler avec son directeur. Négoce est le personnage homosexuel entremetteur, un mafieux crapuleux, un chasseur de têtes engagé par des « couples de pères homos » pour arranger des mariages homos entre des jeunes hommes célibataires : « Merci. Vous savez mon fond de commerce… » Dans cette pièce, le sperme et la procréation sont véritablement des monnaies d’échange : « Ta semence est épaisse et riche. » (le Père 2) Et la formation des couples homos obéit à une logique principalement stratégique, productiviste, mécaniste et capitaliste.
 

Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, le jeune Vincent (au chômage) est sorti avec Stéphane, l’écrivain célèbre et de vingt ans son aîné, pour la gloire, l’image, le luxe et l’ascension sociale : « Je me suis dit qu’avec toi j’allais progresser. » Quand Stéphane lui demande : « Tu m’aurais aimé si j’avais été pauvre, inconnu ? », Vincent lui avoue que « non », mais il s’en sort en lui prétextant qu’il aurait refusé de l’aimer autrement que ce qu’il était : riche et connu. Mais l’exploitation est réciproque, car Vincent passe son temps à reprocher à Stéphane de l’avoir utilisé comme un escort boy, un faire-valoir : « Tu me prenais pour une pute ! » Leur toute première rencontre a eu lieu lors d’une séance de dédicace d’un roman de Stéphane. Vincent lui reproche d’avoir acheté son cœur par une signature : « C’était déjà une manière de me considérer comme une pute. »
 

La connexion entre homosexualité et bourgeoisie se cristallise souvent autour de la prostitution. « Mon amour pour votre nation se fait par ma prostitution. Je prends des Blancs de classe moyenne. Question d’amour et d’argent, Maman. Et le luxe est mon meilleur amant. C’est une question harassante que l’or. » (le gigolo homosexuel de la chanson « Question d’amour et d’argent » de Jann Halexander) Par exemple, dans le film « Esos Dos » (2011) de Javier de la Torre, le client Rubén appelle Eloy le prostitué avec qui il couche « mon amour, mon petit » : ce dernier lui renvoie la monnaie de sa pièce (si on peut dire) puisqu’il lui « fait payer » sexuellement le fait que celui-ci le paye financièrement pour du sexe.

 

Le sexe, les sentiments ou la tendresse atténuent la conscience de la consommation mutuelle et de l’exploitation mercantile : « L’argent, ça n’existe plus. À partir de ce soir. » (Cherry s’adressant à son amante Ada dans la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) C’est pour cela que la « promotion canapédé » semble, aux yeux des personnages homosexuels qui s’y livrent, un cadeau, une preuve supplémentaire et tangible qu’il est bien question d’amour entre le client et son protégé, entre le mécène et son Eugène de Rastignac.

 

La soif d’ascension sociale peut même pousser le héros homosexuel à la trahison (de lui-même), à la « collaboration », au vol, au viol, au meurtre. « Je suis sûr que n’importe quel autre espion lui aurait arraché son triste bien par la force, mais je ne suis ni un simple sbire ni un voleur à la tire : ich bin zivilisiert. » (Heinrich, l’espion sophistiqué du roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, pp. 46-47) ; « Un vrai bourgeois, le présumé d’Al Qaïda ! » (Billy à propos de son compagnon de cellule et amant Rasso, dans la pièce Guantanamour (2008) de Gérard Gelas) ; etc. Par exemple, dans le film « Occident (Statross le Magnifique 2) » (2008) de Jann Halexander, Statross Reichmann, un bourgeois métis bisexuel, vit une relation tourmentée avec Hans, un jeune homme blanc d’extrême droite. Dans le film « Dinero Fácil » (« Argent facile », 2010) de Carlos Montero Castiñera, Jaime, un jeune prostitué, va aider un de ses clients à tuer sa femme.

 

La proximité entre homosexualité et bourgeoisie finit souvent par être reconnue, causalisée et dénoncée par beaucoup de personnages à la fois homosexuels et homophobes. Par exemple, dans le téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve, la jalousie de Régis, personnage hétéro, vis à vis de son petit frère Vincent, ne fait que s’accroître quand ce dernier fait son coming out : « Si j’avais su qu’il fallait être pédé pour réussir… »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La haine des bourgeois du fils-à-papa homosexuel :

Parmi les personnes homosexuelles, beaucoup expriment leur haine des bourgeois et des riches (cf. je vous renvoie au code « Bobo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Ce qu’elles ont un mal fou à comprendre, c’est que la haine des bourgeois est justement propre aux bourgeois, et notamment aux bourgeois de la gauche caviar ! Comme l’explique à juste titre Mère Teresa, qui est bien placée pour parler de la misère et des pauvres puisqu’elle les a côtoyés de près, jamais le vrai pauvre ne singe ni ne grossit sa souffrance, jamais il n’haït les riches : « Je n’ai jamais entendu un pauvre grogner ou maudire, je n’en ai jamais vu terrassé par une dépression. » (Mère Teresa, Il n’y a pas de plus grand Amour (1997), p. 163)

 

La plupart d’entre elles deviennent bourgeoises d’abord parce qu’elles désirent se faire objet, qu’elles nient leur humanité et qu’elles rejoignent donc la violence et les mondes déshumanisés. Le désir bourgeois et homosexuel n’est pas uniquement l’appât du gain. Il est celui qui naît de la jalousie ou/et du conformisme, de la haine de soi, de l’attrait pour le paraître : « Truman Capote était étonnamment innocent. Il prit les riches qui aimaient la publicité pour la classe dominante, et il prit beaucoup trop ses aises parmi eux, pour finalement se rendre compte qu’il n’était pour eux qu’un animal de compagnie dont ils pouvaient très bien se passer, comme ce fut le cas lorsqu’il publia de terribles ragots sur leur compte. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 359)

 

Certains auteurs homosexuels créent une version dark, trash, camp, queer et bobo, des bourgeois qu’ils méprisent… pour se donner l’illusion qu’ils sont des marginaux iconoclastes et révolutionnaires parmi les marginaux aisés, des aristos « plus bourgeois que bourgeois » : « [La visibilité homosexuelle], c’est même un peu BCBG. J’aimerais qu’une année, la Gay Pride passe dans les cités. Parce que, pour l’instant, on reste trop chez les Marie-Chantal. » (Henri Chapier dans l’essai Christine Boutin, Henry Chapier, Franck Chaumont : Les homosexuels font-ils encore peur ? (2010) de Xavier Rinaldi, p. 56) ; « L’homosexuel demeure un loup, libre et fier, farouchement indépendant et sans doute encore sauvage, et rien ne l’oblige à se faire chien, animal domestique, embourgeoisé et de bonne compagnie. » (Dominique Fernandez, Le Loup et le Chien, 1999)

 

Dans son essai Camp (1983), Mark Booth situe les origines du mouvement camp (particulièrement homosexuel) au XVIIe siècle français dans les pratiques de cour à Versailles, sous Louis XIV. Et dans son article « Notes on Camp » (1964), Susan Sontag assimile les sujets homosexuels actuels à des « aristocrates du goût » qui « ont lié leur intégration sociale à la promotion du sens esthétique ». Dans son article « Le Style Camp » (L’Œuvre parle, 1968), elle montre combien la marginalité camp des artistes homosexuels signe l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie : « Le dandy d’autrefois haïssait la vulgarité. Le dandy moderne, passionné de Camp, apprécie la vulgarité. […] Le dandy était un être suréduqué. […] Il avait la vocation du ‘bon goût’. Le connaisseur du Camp a découvert des plaisirs plus ingénieux. Il ne s’agit plus d’apprécier la poésie latine, des vins rares et des gilets de velours, mais de goûter aux plus épicés, aux plus communs des plaisirs, aux arts dont se délecte la masse. […] [Le Camp est] un groupe social, formé par cooptation, composé pour une bonne part d’homosexuels, et qui joue ce rôle improvisé de l’aristocratie du goût. […] Le rapport existant entre l’homosexualité et le goût camp demanderait une explication. On ne saurait confondre le goût camp et le goût homosexuel, mais il est évident qu’il y a entre l’un et l’autre des interférences et d’indéniables affinités. […] Le goût camp comporte toujours un élément de prosélytisme […] Les homosexuels fondent dans la promotion de valeurs purement esthétiques un espoir de disparition du ban social qu’ils encourent. Le Camp décompose la moralité. Il neutralise l’indignation morale, patronne la légèreté et le badinage. » (pp. 444-447)

 

Mais rien n’y fait. L’élitisme de l’incorrection ou la marginalité camp choisie par beaucoup de personnes homosexuelles n’est qu’une bourgeoisie qui s’ignore, car ces dernières restent enchaînées au paraître. Elles nous proposent parfois des mises en scène grotesquement sérieuses de libertinage, des remake réchauffés du Marquis de Sade… un peu sur le modèle de la Fistinière, ce relais-château près d’Assigny (France) où des adeptes du SM se retrouvent pour se torturer entre eux (mais avec art et méthode, attention !).

 

La bourgeoisie, c’est finalement l’attachement haineux aux images, aux objets, aux intentions (idolâtres ou destructrices) plus qu’au Réel et aux personnes.

 
 

b) Bourgeoisie et homosexualité :

Portrait de Lady Una Troubridge (1924) par Romaine Brooks

Portrait de Lady Una Troubridge (1924) par Romaine Brooks


 

Certains artistes homosexuels s’expriment comme des petits-bourgeois, même s’ils pensent que la parodie de bourgeoise qu’ils jouent conjurera parodiquement le sort : « Nous n’avons pas les mêmes valeurs ! » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Mémoires d’un chiotte public » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 81) ; « Et après ça, on prétend que c’est moi qui ai un goût de chiotte ! » (idem, p. 92) ; « Le hasard voulut que nous nous retrouvassions… » (le narrateur de la nouvelle « Crime dans la cité » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 73) ; « Conditions de vie innommables ! […] Une crise arrive dans le pays, c’est la débâcle c’est la faillite. » (cf. la chanson « Chroniques d’une famille australienne » de Jann Halexander) ; « Le chaos est dans l’air. » (cf. la chanson « Gabon » de Jann Halexander) ; « Finie la prison de Turcs, et place au terrain de cricket ! » (Guillaume, le héros bisexuel en Angleterre, dans le film autobiographique « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; « J’ai toujours rêvé de visiter les châteaux de Louis II de Bavière. » (idem) ; etc.

 

Mais rien n’y fait. Énormément de personnes homosexuelles se comportent en bourgeois à cause de leur enchaînement au paraître. Derrière l’arrogance provocante et iconoclaste par rapport au monde des images déréalisantes, il y a une idolâtrie. En effet, il arrive que des sujets homosexuels regrettent le déclin de la bourgeoisie, expriment leur nostalgie de la noblesse (ou plutôt de leur « idée de noblesse »). Passéisme classique des antiquaires, collectionneurs et des voyageurs dépressifs… : cf. l’essai Éloge du snobisme (1993) de Jacques de Ricaumont, Un jeune homme chic (1978) d’Alain Pacadis, Le Dictionnaire du snobisme (1958) de Philippe Jullian, etc. Par exemple, Lucien Daudet (le fils homosexuel d’Alphonse Daudet) vivait mal le fait d’avoir un nom de famille sans particule. Dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) Yves Riou et Philippe Pouchain, on apprend qu’André Breton trouvait Jean Cocteau trop mondain. Alfred Krupp, l’homme le plus riche d’Allemagne au début du XXe siècle, qui emploie plus de 50 000 personnes, se livre à des pratiques homosexuelles avec des jeunes gens.

 

La proximité entre homosexualité et bourgeoisie est souvent reconnue, et malheureusement causalisée, par beaucoup de personnes à la fois homosexuelles et homophobes. « Sylvain devait penser au contraire que le procureur était ridicule. Qu’il parlait comme un pédé. » (Eddy Bellegueule, En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 140) ; « Ils ont des façons délicates/ Tous auraient pu être traités de ‘pédés’ au collège. Les bourgeois n’ont pas les mêmes usages de leur corps. Ils ne définissent pas la virilité comme mon père, comme les hommes de l’usine. (Ce sera bien plus visible à l’École normale, ces corps féminins de la bourgeoisie intellectuelle.) Et je me le dis quand je les vois, au début. Je me dis ‘Mais quelle bande de pédales Et aussi le soulagement ‘Je ne suis peut-être pas pédé, comme je l’ai pensé, peut-être ai-je depuis toujours un corps de bourgeois prisonnier du monde de mon enfance’. » (Eddy Bellegueule, homosexuel et venant d’un milieu prolétaire, décrivant son entrée dans l’internat du prestigieux Lycée Michelis, op. cit., p. 218) Or, bien évidemment, cette proximité est de l’ordre de la coïncidence, du fantasme, et n’est pas systématique. Toutes les personnes homosexuelles ne sont pas bourgeoises, ni en porte-monnaie, ni en attitudes. Je ne parle que d’une tendance très marquée du désir homosexuel, mais pas réservée à lui. Elle est particulière à la pratique de celui-ci. Après, dans l’histoire des personnes homosexuelles, on découvre que l’attachement au matériel a pu camoufler/engendrer des souffrances. Par exemple, dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton, il apparaît clairement que le « couple » Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent compense par le matériel son manque d’amour : il y a des tableaux partout chez eux ; tout est centré sur le fric et les objets. En 1908, selon Weindel et Fischer, les adeptes de l’homosexuels « se recrutent dans le monde des théâtres, ou dans les classes élevées de la société » (p. 91).

 

Force est de reconnaître que beaucoup d’individus homosexuels sont issus d’une famille bourgeoise : « Vous savez, les fils de bonne famille comme moi […] » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 11) ; « Dès les premiers jours, je fus happé par un groupe de jeunes filles qui me décrétèrent mignon comme un ‘petit blanc’ et donc enfant de riche et de bonne éducation. Bientôt, ma personne fit le tour de la classe auprès des collègues masculins qui, jalousement, trouvèrent à leur tour que j’étais efféminé et que cet aspect attirait la compagnie des filles. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 46) ; « Moi, je la vois [mon enfance] comme une période qui ne nous a pas du tout armés. Je vais grandir moins vite que les autres. » (Christian, le dandy quinquagénaire homo, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; etc.

 

À la base, la création de l’homosexualité et même de l’hétérosexualité est bourgeoise : « C’est le XXe siècle bourgeois qui a voulu figer les choses pour enfermer les gens dans des petites cases. » (le rabbin Haïm Korsia dans l’émission Les Enfants d’Abraham sur le thème « Adoption homosexuelle : Pour ou contre ? », diffusée sur la chaîne Direct 8 le 1er décembre 2009)

 

Le sujet homosexuel, dans bien des cas, est présenté/se présente comme le fils de la bourgeoisie : « Les personnes homo-bisexuelles ont un niveau d’étude plus élevé que les personnes hétérosexuelles […]. Quant aux hommes, la déclaration d’une pratique homosexuelle est plus fréquente parmi les professions intellectuelles et cadres des entreprises, les professions intermédiaires de la santé et du secteur social et les employés de commerce. » (Enquête sur la sexualité en France (2008) de Nathalie Bajos et Michel Bozon, p. 257) ; « On [les homos] est plus riches que les hétéros. » (Éric Garnier dans à l’émission radio Homo Micro du 3 mai 2006 sur Radio Paris Plurielle) ; « Marc était très dépensier, il le reconnaissait lui-même, et très élégant, ceci expliquant cela. » (Paula Dumont, l’auteure lesbienne décrivant son meilleur ami homo, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 77) ; « Dieu sait si nous autres, les invertis, nous sommes prudents en matière d’argent, quoi qu’en dise la légende ! » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 87) ; « Vous avez un sacré pouvoir d’achat, vous, les couples gays ! Ça part dans les relais-châteaux… » (Dominique de Souza Pinto, femme politique lesbienne à la conférence « Le Lobby gay… Un bruit de couloir » à l’Amphithéâtre Érignac à Sciences-Po Paris, le mardi 22 février 2011) ; « La population gay est celle qui possède le plus fort pouvoir d’achat du marché musical. » (la voix-off du documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; etc. Les personnes homosexuelles, de par leur statut de « vieux garçons célibataires à deux » (ou de « vieilles filles ») ont, il est vrai, un pouvoir d’achat supérieur à la moyenne, en général.

 

À en croire certains propos, l’homosexualité serait une pratique plus tolérée et courue dans les milieux aisés : « C’est épouvantable ce que j’ai pu entendre. Dans ces milieux-là, en usine, ça n’existe pas l’homosexualité. Un milieu de cols blancs, un milieu universitaire, c’est probablement une fourmilière pour les gays, c’est le paradis. » (un témoin homosexuel ayant grandi dans un milieu ouvrier, cité dans l’essai Mort ou fif (2001) de Michel Dorais, p. 73) ; « Pendant l’Occupation, je fus, bien entendu, l’ami de nombreux officiers allemands. J’évitais ainsi la déportation et pus, grâce à mes relations, ouvrir mon premier magasin d’antiquités. Ces quatre années furent, quoique comparativement plus calmes, une longue suite d’aventures sentimentales, fort compliquées, selon ‘notre tradition’. Très vite, grâce au premier argent si généreusement laissé par mon attaché d’ambassade, je me fis un nom dans la hiérarchie des antiquaires. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 86) ; etc. Ce n’est pas un hasard si un certain nombre de cinéastes de la « Nouvelle Vague » du cinéma français des années 1960 (Jean-Luc Godard notamment) considéraient l’homosexualité comme un signe d’embourgeoisement. Je vous renvoie aux codes « Défense du tyran » et « Homosexuels psychorigides » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Pierre Drieu La Rochelle

Pierre Drieu La Rochelle


 

Pour avoir assisté en vrai à des dîners mondains et des « soirées Grand Siècle » à la Thierry Ardisson, j’ai remarqué que souvent, dans les regroupements entre personnes homosexuelles, c’était ambiance bourgeoise et Précieuses de salon design. On trouve un nombre important de jet-setter dans le « milieu homosexuel » (agréé… ou pas) : Stéphane Bern, Frédéric Mitterrand, Roger Stéphane, Georges Mandel, Brummel, Robert de Montesquiou, Luis Cernuda, Andy Warhol, Lucien Daudet, Jan Lechon, Oscar Wilde, Marcel Proust, Siegfried Sassoon, Maurice Rostand, Ernest Thesiger, Jacques Chazot, Matthieu Galey, Jacques Fath, Tennessee Williams, Alain Pacadis, Truman Capote, Jean Cocteau, Francis Poulenc, Bola de Nieves, Bertrand Delanoë, Cecil Beaton, Christophe Girard, Natalie Clifford Barney, Antonio de Hoyos, Elton John, etc. « Jean Sénac adorait rencontrer des personnalités. » (cf. le documentaire « Jean Sénac, le Forgeron du soleil » (2003) d’Ali Akika)

 

Les cercles intellectuels de dandys homosexuels existent depuis très longtemps. En voici quelques exemples : la Confrérie du Comte de Vermandois en 1681, la Wickersdorf fondée par Gustav Wyneken en 1906, le groupe londonien de Bloomsbury, le salon parisien lesbien de Romaine Brooks, l’Homintern d’Oxford dans les années 1930, la Société des Apôtres à Cambridge, le salon parisien de Winnaretta et du prince Edmond de Polignac, les salons de thés lesbiens de la chanteuse Suzy Solidor, les salons de Jacques de Ricaumont invitant le Tout-Paris, la Resi espagnole des années 1930, les soirées au Palace en 1980, les soirées privées des Bains Douches, les réunions parisiennes du cercle intellectuel La Rive opposée, etc., sans compter le monde associatif ou télévisuel actuel. Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, on voit une reproduction des réunions de dandys décadents de Karl Lagerfeld.

 

Je connais parmi mes amis homos des presque-caricatures vivantes de bourgeois. Et dans les plus connus des dandys et des bourgeoises télévisuels, on peut citer Gabriel de la Serna, Oscar Wilde, Marcel Proust, Natalie Barney, Suzy Solidor, Jean Cocteau, Pascal Sevran, Gertrude Stein, etc. « Ce dandy fin de siècle [Jean Lorrain] avait le goût des bijoux aux enroulements inquiétants et des pierres ‘vénéneuses’. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 188) Par exemple, dans l’article de Cavana sur l’édition de la pièce Une Visite inopportune (1988), le dramaturge argentin Copi est décrit comme un « aristocrate » (p. 76). Ce dernier ne dément pas l’affirmation : « Avec un ami, j’ai vendu des dessins sur le pont des Arts, mais je restais très bourgeois. […] Mon père qui m’envoyait de l’argent était en exil dans une ambassade. » (le dramaturge homosexuel argentin Copi, cité dans l’article « Entretien avec Michel Cressole : Un mauvais comédien, mais fidèle à l’auteur » de Michel Cressole, publié dans le journal Libération du 15 décembre 1987)

 

Dans la classe politique et dans le milieu huppé des magistrats, des maires, des chefs d’entreprise et des députés, force est de constater qu’on retrouve une forte pratique homosexuelle (ce qui est logique, car la vie politique implique un éloignement de la famille, une surcharge de travail qui réclame une compensation affective débordante, un célibat tout donné à une cause, un égocentrisme et un goût de l’image auquel il est difficile de résister). On trouve beaucoup d’hommes homosexuels au pouvoir : Bertrand Delanoë (Maire de Paris), Harvey Milk (1930-1978), Uzi Even (ex-député israélien, David Girard (1960-1990), Sunil Babu Pant (politicien gay du Népal), André Boisclair (ex-chef du parti québécois), Frédéric Mitterrand, Jack Lang, Xavier Bettel (Premier ministre luxembourgeois), Klaus Wowereit (le maire de Berlin), Corine Mauch (la maire de Zürich), François Fillon (giton de Joël le Theule), Emmanuel Macron (avec le président de Radio France Mathieu Gallet), etc. Anne Holt, ex-Ministre de la Justice norvégienne, est ouvertement lesbienne. La première ministre islandaise est lesbienne. Les entrepreneurs homosexuels créent des corporations et des réseaux « 100% gay ». Par exemple, en France, le SNEG est le Syndicat National des Entreprises Gaies, et défend tous les patrons et entreprises qui se disent gays friendly ou homosexuels.

 

Cette observation peut être faite aussi dans la sphère « privée » du couple homosexuel. N’oublions pas que dans le mot « luxure », il y a « luxe ». En amour, beaucoup de couples homosexuels vivent une existence pépère faite de loisirs, de sexes, de parties, de jolis voyages, d’infidélités libertines bourgeoises. Ils se goinfrent de loisirs et d’images.

 

Par ailleurs, beaucoup d’acteurs, en interprétant des rôles de bourgeois au cinéma ou au théâtre, ont cultivé une apparence efféminée ou singé une pratique homosexuelle : cf. Jean-Marc Thibault dans le film « La Belle Américaine » (1961) de Robert Dhéry, Jean Carmet dans le film « La Métamorphose des Cloportes » (1965) de Pierre Granier-Deferre, Jacques Sereys dans le film « La Chamade » (1968) d’Alain Cavalier, Guy Michel dans le film « Le Mouton enragé » (1973) de Michel Deville, etc.

 

La plupart du temps, l’homosexualité se présente comme une préciosité artistique, une sophistication matérielle et gestuelle, une douilletterie, voire une misanthropie et un caprice bourgeois : « Il est doté de cette classe anglo-saxonne qui me fascine au plus haut point. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 15)

 
 

c) Le goût homosexuel pour l’argent :

Le fils (gay) de Magic Johnson

Le fils (gay) de Magic Johnson


 

L’homosexualité, on le remarque bien dans notre société, se marie très bien avec la branchitude et le petitembourgeoisement. Pas besoin d’être riche pour être bourgeois. Il suffit d’être obsédé par l’argent et le matériel, de désirer être riche… et cette soif, c’est donné aux gens de classe aisée comme aux gens sans le sou : « Elle avait toujours aimé traîner dans les boutiques, même quand elle n’avait pas d’argent à dépenser. » (Martine, la compagne de Paula Dumont parlant de son ex-compagne Martine, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), pp. 152-153)

 

Un certain nombre de personnes homosexuelles ne cachent pas leur attrait pour les privilèges de la noblesse matérialiste et les Jet Set. « Félix Sierra aime les bijoux et le luxe. » (Fernando Olmeda, El Látigo Y La Pluma (2004), p. 186) ; « Je rêve de devenir riche un jour. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 57) ; « Je ne serai jamais qu’un pauvre petit Français sans le sou condamné à sécher sur des désirs insensés. » (idem, p. 58) ; « L’argent me manquait et l’indispensable de l’argent dans ma vie n’était plus à démontrer. Mes échecs fréquents étaient là pour souligner l’importance de mes mouvements réactionnels aspirés par cette vie. […] Même réduit à son strict minimum, l’argent supporte toute la symbolique de l’échange, de la médiation entre la société et l’individu. C’est une chaîne impossible à rompre, mais si l’excès d’argent pèse aux riches, combien est davantage contraignant le manque d’argent pour ceux qu’on dit pauvres ! » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 119) ; « L’argent était devenu quelque chose de très important pour moi. Le matériel était ce qui me maintenait dans la relation. » (Rilene, femme homosexuelle, évoquant sa relation de 25 ans avec Margo, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; « Pour être libre, il n’y a pas 36 000 solutions : il faut de l’argent. » (Axel, une femme transsexuelle F to M, dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan) ; etc. Par exemple, le dramaturge argentin Copi, dans ses B.D. et dans ses pièces, parle sans arrêt d’argent : c’est une obsession chez lui. Dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), l’écrivaine lesbienne Paula Dumont en vient à exprimer en boutade son « regret de ne pas avoir été élevée chez les milliardaires comme Natalie Barney » (p. 104). Quand on demande à Andy Warhol ce qu’il aime le plus, il répond sans hésiter « l’argent » (cf. le reportage « Vies et morts de Andy Warhol » (2005) de Jean-Michel Vecchiet). Le peintre espagnol Salvador Dalí voulait devenir, selon ses propres termes, « légèrement multimillionnaire », et fut baptisé par André Breton d’« Avida Dollars » : l’artiste attaqué répliqua en disant : « Ce fut André Breton, pour piquer à vif mon attirance pour l’or, qui inventa cet anagramme… Il croyait ainsi mettre au pilori mon admirable nom, mais il n’a rien fait d’autre que composer un talisman… L’Amérique m’a accueilli comme l’enfant prodige et m’a couvert de dollars… L’or m’illumine et les banquiers sont les suprêmes prêtres de la religion Dalinienne. » (Salvador Dalí) Dans son autobiographie Mon théâtre à corps perdu (2006), Denis Daniel avoue avoir conservé des « goûts du luxe » (p. 46), même si par ailleurs, il cherche à tout prix à se débarrasser de l’image du « petit-bourgeois » qui lui colle à la peau depuis son enfance et qui le fait tant souffrir (idem, p. 68).

 

Il existe une étroite relation entre la spéculation boursière effrénée et l’homosexualité : certaines personnes homosexuelles cherchent à faire fructifier leur cœur comme si c’était un plan épargne (avec un capital-sentiments, un capital-tendresse, un capital-sincérité, un capital-sexe, etc.). À ce sujet, les mots de l’essayiste lesbienne Cathy Bernheim dans son autobiographie L’Amour presque parfait (2003) ne laissent aucun doute : « Je VEUX que l’amour me rapporte. Finis les investissements en pure perte, les amantes perdues au détour d’une querelle. […] Si l’amour n’est plus l’aventure, je ne suis pas loin de me demander quel intérêt il peut y avoir. Intérêt : encore du vocabulaire d’épargnante ! » (pp. 170-171) Le lien entre capitalisme et homosexualité a été étudié par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans L’Anti-Œdipe, Capitalisme et Schizophrénie (1972).

 
 

d) L’homosexualité pratiquée (et parfois la prostitution) comme moyen d’ascension sociale :

Le goût homosexuel pour l’argent pourrait paraître purement vénal et glacial s’il ne se mâtinait pas de sentimentalité et de sensualité pseudo « désintéressées » pour se justifier. Dans les discours et les faits, un certain nombre de relations conjugales homosexuelles sont effectivement placées sous le signe de l’argent et du matériel. Je vous renvoie à la partie « amant-objet » du code « Poupées » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels. Beaucoup d’amants en union homo se gavent de cadeaux, se soudoient pour se prouver mutuellement leur amour. Ils sont davantage tenus par le matériel et les biens communs accumulés par la vie de « couple » que par l’Amour et la joie : « Entre eux et moi, l’argent s’imposait, c’est vrai. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant de ses amants, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 122) Par exemple, le poète homosexuel Sergueï Esenin, de son propre aveu, a fait de son statut de « poète-paysan » un moyen d’ascension sociale et d’accès à la célébrité. Dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan, Gaétane, un homme transsexuel M to F, se compare à Rastignac, le jeune personnage de Balzac.

 

Dans certaines sphères professionnelles et relationnelles, rapports hiérarchiques professionnels et rapports amoureux homosexuels se confondent : « Jeune garçon de 19 ans cherche personne aisée et distinguée pour payer ses études. » (Berthrand Nguyen Matoko passant une annonce, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 100) ; « De nos jours, les homosexuels forment deux catégories : ceux qui s’y adonnent par goût, et ceux qui s’y livrent par calcul ; les seconds vivant, bien entendu, aux crochets des premiers. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 54) ; « J’ai toujours pensé que perdre ma virginité ferait avancer ma carrière. » (la chanteuse Madonna citée dans la pièce Ma première fois(2012) de Ken Davenport) ; « La société française ne fait en cette matière, comme en d’autres, qu’imiter le monde américain. Aussi connaîtrons-nous, à l’instar des États-Unis, l’étape suivante, avec des entreprises qui courtiseront les homosexuels, chercheront à les recruter et s’afficheront gay friendly. » (Alain Minc, Épîtres à nos nouveaux maîtres (2002), p. 72)

 

L’homosexualité se transforme en droit de cuissage laboral : c’est le cas notamment dans des milieux comme l’art, l’Éducation Nationale, le show business, le prêt-à-porter, la haute couture, le sport, l’hôtellerie, etc. (je vous renvoie aux codes « Patrons de l’audiovisuel », « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre » et « Pygmalion » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels : « Le citoyen moyen, lui, devient de plus en plus tolérant, et peut-être aussi de plus en plus indifférent. Finalement, dans une famille bourgeoise, aujourd’hui, quand on parle de Valentino, le garçon coiffeur de Madame, on ne parle même plus de sa sexualité. » (Henri Chapier dans l’essai Christine Boutin, Henry Chapier, Franck Chaumont : Les homosexuels font-ils encore peur ? (2010) de Xavier Rinaldi, p. 55) ; « À dix-neuf ans, lui, le petit étudiant, se trouvait, par les hasards de l’amour, l’amant de l’un des premiers secrétaires d’ambassade des U.S.A. En quelques mois, nouveau prince de Paris, Jean-Luc se voyait offrir sa loge réservée à l’Opéra, une voiture et tout l’argent de ses désirs. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 73) ; « J’étais, à l’époque, très innocent encore, semblait-il et, il faut le dire, très beau ; je fus tour à tour la ‘maîtresse’ d’un écrivain célèbre et d’un attaché à l’ambassade des États-Unis. » (idem, p. 84) ; etc.

 

Des amis vendeurs chez Zara à Paris, par exemple, m’ont certifié que tous leurs collègues étaient homos, et avaient été choisis en grande partie pour ça… même si ça peut difficilement être prouvé. Lors de mon voyage en Côte d’Ivoire en juin 2014, des Ivoiriens m’ont raconté que les entreprises qui engagent leurs employés à condition qu’ils virent homos était une pratique de plus en plus répandue.

 

L’homosexualité est considérée par certains patrons ou certains employés comme un pass pour monter les marches de l’échelle sociale, comme une force de conviction personnelle, comme l’atout majeur de l’entrepreneur self-made-man auto-suffisant, meneur d’hommes et de femmes, sachant ce qu’il veut : « Je le voyais, Abdellah. Naïf. Amoureux. Paresseux. Ambitieux. Décidé à conquérir Paris. Impatient. » (Abdellah Taïa parlant de lui à la troisième personne, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 63) ; « Dès le début de sa carrière, Cocteau entre de plain-pied, après une adolescence fiévreuse et brûlante d’enfant gâté, dans les hauts parages de la société parisienne. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 204) ; « J’ai cultivé l’ambiguïté [sexuelle] pour vendre beaucoup de disques. » (la chanteuse Amanda Lear dans l’émission « Jean-Louis Bory 2 ») ; « Un jeune homme désireux de se faire une carrière dans n’importe quel domaine n’a aucune chance s’il se présente, ne serait-ce qu’une seule fois, accompagné de sa femme ou de sa fiancée, fût-elle la femme la plus brillante, la plus sensationnelle de la capitale. Ses sorties même, s’il veut réussir, il doit les organiser en compagnie de garçons de son âge, sinon plus jeunes. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 17) ; « En face de la ‘maffia rose’ de ceux qui ‘en sont’, de la ‘grande famille’, de l’inconsciente et toute-puissante franc-maçonnerie des pédérastes, les jeunes n’hésitent plus : pour réussir, ils s’enrôlent, eux aussi. » (idem, p. 18) ; « On les retrouve dans les salons de la meilleure société. […] Ils sont nombreux, sinon très nombreux, dans les postes élevés de l’administration, des ministères, dans les coulisses même de la diplomatie (Roger Peyrefitte, dans Les Ambassades, nous a permis d’y jeter un coup d’œil). » (idem, p. 20) ; « Les titres de noblesse et les noms ronflants parent les invertis d’une curieuse auréole. Qu’on porte le pantalon étroit et la veste à pont, ou le pardessus court et une légère moustache, on se fait appeler la grande duchesse de Montreuil, la marquise de Vaugirard, la vicomtesse de Meudon. Les grands noms, arrangés à la mode tutupanpanse croisent et s’apostrophent le long des allées historiques où les moineaux roturiers n’en ont jamais tant entendu. C’est un petit Sodome à la mode du XVIIe siècle. » (idem, p. 25) ; « Son enfance est marquée par sa honte d’être pauvre, et sa soif de mondanités, qui le pousse dès l’âge de 20 ans à la conquête du Tout-Paris. » (Michel Larivière à propos de Philippe Jullian, dans le Dictionnaire des Homosexuels et Bisexuels célèbres (1997), p. 199)

 

Dans son autobiographie Retour à Reims (2010), Didier Éribon expose la correspondance entre son coming out et le « transfuge de classe » (p. 25) qui l’a éloigné du milieu ouvrier dont il était issu : « Pourquoi, moi qui ai tant éprouvé la honte sociale, la honte du milieu d’où je venais quand, une fois installé à Paris, des gens qui venaient de milieux sociaux si différents du mien, à qui je mentais plus ou moins sur mes origines de classe, ou devant lesquels je me sentais profondément gêné d’avouer ces origines, pourquoi donc n’ai-je jamais eu l’idée d’aborder ce problème dans un livre ou un article ? » (p. 21) ; « La décision de quitter la ville où je suis né et où j’avais passé toute mon adolescence pour aller vivre à Paris, quand j’avais 20 ans, signifia en même temps pour moi un changement progressif de milieu social. » (p. 22) ; « Mon frère correspondait sans problème et sans distance au monde qui était le nôtre, aux métiers qui se proposaient à nous, à l’avenir qui se dessinait pour nous. Moi, je n’allais pas tarder à éprouver et cultiver l’intense sentiment d’un écart que les études et l’homosexualité concourraient à installer dans ma vie : je n’allais être ni ouvrier, ni boucher, mais autre que ce à quoi j’étais socialement destiné. » (p. 111)

 

L’humoriste Akim Omiri dans sa première partie du spectacle En état d’urgence (2017) de Mathieu Madenian au Bataclan, raconte comment un producteur l’a harcelé sexuellement en lui faisant des avances de nature homosexuelle pour qu’il passe des « petits plateaux aux grandes salles ».
 

La connexion entre homosexualité et bourgeoisie se cristallise souvent autour de la prostitution. « Devant mon représentant, mes absences commencèrent à faire désordre. Je donnais l’impression de ne rien faire et d’être immensément riche. Ce qui, mal s’en fut, suscita d’énormes questions. Il pensait, en effet, que j’étais tombé dans une histoire de drogue. Le moyen le plus sûr était de l’ignorer totalement, lorsqu’il souhaitait faire ma chambre de fond en comble. Mais s’avouer homosexuel et, par-dessus le marché, se faire entretenir, n’était pas mieux non plus. […] À l’allure de ces contacts qui foisonnaient de partout, surgit ma rencontre avec un fils de riche monégasque qui m’initia aux joies du mannequinat et des voyages à l’étranger. Cette formule de voyages à l’étranger, appelée ‘Escort’ dans le milieu, n’était autre qu’un accompagnement auprès des hommes d’affaires dans leurs déplacements. Bien sûr, avec le sexe à l’appui ! » (Berthrand Nguyen Matoko parlant de son métier de prostitué-escort boy, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 115) ; « Des séances de photos en spectacle où le corps avait la parole, je devins l’ovation des plus belles fesses, du plus beau sourire… […] Je plaisais aux hommes et en contrepartie, l’argent me plaisait. » (idem, p. 120) ; « De Brazzaville à Paris, mes rapports sexuels définissaient une périlleuse échelle sociale très discutée. Le déshonneur n’existait plus, rien d’autre non plus. Poches pleines ou vides, les jours se suivaient intrinsèquement et ne se ressemblaient pas. » (idem, p. 123) Par exemple, dans le documentaire « Habana Muda » (« La Havane muette », 2011), Chino, un Cubain sourd, en plus d’enchaîner les petits boulots, vend ses charmes le soir aux touristes étrangers ; l’un d’eux, José, tombe amoureux de lui et lui propose de l’emmener au Mexique pour lui dénicher un vrai métier.

 

Le sexe, les sentiments ou la tendresse atténuent la conscience de la consommation mutuelle et de l’exploitation mercantile. C’est pour cela que la « promotion canapédé » (néologisme-maison) semble, aux yeux de certains individus homosexuels qui s’y livrent, un cadeau, une preuve supplémentaire et tangible qu’il est bien question d’amour entre le client et son protégé, entre le mécène et son poulain. Mais dans les faits, nous remarquons que la soif d’ascension sociale n’est pas du tout poétique : elle peut même pousser à la trahison (à soi-même), à la « collaboration », au vol, au viol, au meurtre. Je vous renvoie aux codes « Amour ambigu du pauvre », « Prostitution », « Liaisons dangereuses », « Homosexuel homophobe » et « Méchant Pauvre » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

La proximité entre homosexualité et bourgeoisie finit souvent par être reconnue, causalisée et dénoncée par beaucoup de personnes à la fois homosexuelles et homophobes. Par exemple, le 12 octobre 1998 à Laramie aux États-Unis (Wyoming), Aaron McKinney et Russell Henderson, les assassins de Matthew Shepard (jeune homme homosexuel), s’étaient attaqués à lui pour leur dérober des objets. D’ailleurs, le soir du meurtre, ils lui ont piqué sa carte bancaire, ses fringues, ses chaussures, et avaient l’intention de le cambrioler : « Matthew, c’était une pute pétée de tune ! » On voit bien que socialement, l’un des fruits de la pratique homosexuelle, à savoir l’argent, symbolise et est parfois le moteur de l’homophobie.

 

 
 

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Code n°151 – Prostitution (sous-codes : Défense de la prostitution / Interdit d’aimer / Prostituée tueuse / Prostituée tuée)

Prostitution

Prostitution

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

Pratique homosexuelle = prostitution gratuite

 

Cela reste pour moi un mystère… Comment nos sociétés actuelles arrivent-elles à persuader la majeure partie de la population que l’homosexualité est une identité « normale », un amour « banal », surtout quand on voit l’envers du décor, et les nombreuses confluences entre monde homosexuel et prostitution ? Ça me dépasse. Pourtant, j’arrive facilement à comprendre qu’on ne puisse pas réduire (et heureusement !) la communauté homosexuelle à une nation de prostitués et de maquereaux… mais de là à n’établir aucun lien (ne serait-ce qu’un lien désirant, symbolique, fantasmatique) reconnaissant que dans le désir homosexuel il y a une forte part de recherche de consommation et de réification de soi/de l’être « aimé », là, j’avoue qu’on a de sacrées œillères… pour ne pas dire de la merde dans les yeux ! Même s’ils sont soi-disant une minorité, beaucoup d’individus homosexuels se prostituent concrètement, ou bien louent les services de prostitués, ou vivent un rapport amoureux conjugal très centré sur le matériel, ou se laissent entretenir comme des putes par leur copain, ou sacralisent la prostitution en image d’Épinal (et bobo !) magnifique. Si l’argent n’est pas toujours la première monnaie d’échange dans le trafic prostitutif homosexuel, il est souvent remplacé par les corps eux-mêmes et par la sincérité. Est-ce mieux ?

 

Vidéo-clip de la chanson "California" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « California » de Mylène Farmer


 

À force de styliser sur les écrans la figure de la prostituée-garce / ou du « bad boy » bear, à qui de nombreux artistes homosexuels offrent iconographiquement les moyens de s’émanciper dans l’exhibition pornographique et de se venger de ceux qui voulaient jadis la/le censurer (pensez par exemple aux prostituées-tueuses des vidéo-clips des chansons « California » et « Libertine » de Mylène Farmer ; pensez à la figure du Maghrébin dans les films pornos), il n’est pas rare d’entendre au sein des associations féministes ou dans la bouche d’individus homosexuels une défense ouverte de la prostitution : « Qu’est-ce qui est choquant ? Que des garçons parfois très jeunes se prostituent pour subvenir à leurs besoins immédiats ? Ou que la société dans son ensemble ait créé des situations de détresse telles que la prostitution soit devenue un passage presque obligé ? Et puis, pourquoi considérer d’emblée que la prostitution est dégradante ? » (Nicolas Henri interviewé par Erwan Chuberre, dans le magazine Égéries, n°1, décembre 2004/janvier 2005, p. 47)

 

Le soutien homosexuel de la prostitution s’intègre dans le déni de l’homosexualité et du fantasme de viol. Par exemple, peu de prostitués masculins se définissent comme « homos » : ils disent qu’ils couchent avec des hommes par besoin, et non pour laisser s’exprimer une orientation sexuelle fièrement assumée en tant qu’identité amoureuse (même si c’est parfois le cas). Par leur attrait pour la/le prostitué(e) imagé(e), certaines personnes homosexuelles révèlent l’une des clés de leur souffrance en amour et de leur désir homosexuel : la discordance entre le but noble recherché et les moyens moins nobles qu’elles utilisent parfois pour l’atteindre. Pietro Citati, en parlant de Marcel Proust, décrit justement le déchirement homosexuel à travers la prostitution : « Proust aimait particulièrement le milieu des domestiques : il avait besoin de ce monde que l’on pouvait acheter. Lui, qui savait plus que tout autre que l’amour ne s’achète pas, a cherché à plusieurs reprises à acheter l’amour. C’est à la fois une merveilleuse discordance et une tragédie. » (cf. l’article « La Douleur pour destin » de Pietro Citati, dans le Magazine littéraire, n°350, janvier 1997, p. 25)

 

La grande majorité des femmes célébrées par les personnes homosexuelles incarnent la prostituée, la féminité fatale. Cette femme violée, exploitée, mais qui consent à rentrer dans un système qui l’aliène, les fascine, parce qu’elle est leur jumelle de désir. La prostituée – plus métaphorique que réelle – incarne la trahison à soi, la soumission active, le viol consenti, intégré, assumé, défendu et dissimulé par tout type de victimes, y compris homosexuelles. Elle est l’allégorie de l’homosexualité émancipée, de l’homophobie intériorisée, l’illustration vivante de la violence personnifiée qui se déguise en engagement fier et libre : il est aujourd’hui fréquent d’entendre des prostituées revendiquer naturellement leur statut de « travailleuses du sexe » ou de stars du porno. Certaines personnes homosexuelles et la prostituée ont en commun qu’elles s’interdisent toutes deux d’aimer. Elles couchent avec leurs clients ou leurs amants à condition qu’ils ne s’attachent pas sentimentalement à elles. L’identification homosexuelle à la prostituée nous dit quelque chose d’important de ce que beaucoup d’individus homosexuels vivent en amour : un sentiment d’exploitation, et parfois une consommation réelle.

 

Parce que la prostituée imagée a le pouvoir de dévoiler, par ce qu’elle représente, la vraie nature de leur désir homosexuel, certains personnages homosexuels la tuent à l’écran. Beaucoup de personnes homosexuelles ont des comptes à régler avec la prostituée-chanteuse. N’oubliez pas que c’est elle qui, à l’image, les a tuées, les a virées de son trottoir (les « gens du trottoir d’en face » ou « de l’autre rive » sont souvent des expressions servant à qualifier les membres de la communauté homosexuelle), ou leur a demandé de devenir homosexuelles. « Change de trottoir ! Le mien est piégé. Sors du trou noir, je fais mon métier ! J’ai peur de rien. Je suis une femme pressée ! » (Claire Litvine dans la chanson « Une Femme pressée » des L5)

 
 

N.B. 1 : Ce code est indissociable du code « Putain béatifiée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels. Notamment la partie sur les prostituées de luxe.

N.B. 2 : Je vous renvoie également aux codes « Méchant pauvre », « Amour ambigu de l’étranger », « Voleurs », « Violeur homosexuel », « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre », « Cour des miracles », « Actrice-traîtresse », « Femme-Araignée », « Promotion « canapédé » », « Don Juan », « Bobo », « Pygmalion », « Inceste », « Amant comme modèle photographique », « FAP amoureuse de son meilleur ami homosexuel », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Voyage », « Duo totalitaire lesbienne/gay », « Ville », « Entre-deux-guerres », « Amant diabolique », « Adeptes des pratiques SM », à la partie « Amant-objet » du code « Pygmalion », à la partie « Femme-pute » dans le code « Destruction des femmes », à la partie « Trou noir » du code « Oubli et amnésie », à la partie sur les gigolos-tueurs du code « Homosexuel homophobe », la partie « Maman-putain » du code « Matricide », la partie « Prostituée noire » du code « Noir », à la partie « Tendresse » du code « Douceur-poignard », à la partie « Paradoxe du libertin » du code « Liaisons dangereuses », et à la partie « Désir d’être pris pour un objet » du code « Viol », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Un lien existant entre homosexualité et prostitution :

Film "200 American" de Richard LeMay

Film « 200 American » de Richard LeMay


 

Il est extrêmement souvent question de prostitution dans les œuvres homo-érotiques : cf. le film « Broken » (2010) de Kent Thomas, le film « Help » (2009) de Marc Abi Rached, le film « Sagwan » (2009) de Monti Parungao, le roman A Thousand And One Night Stands : The Life Of Jon Vincent (2001) de H. A. Carson, le film « The Docks Of New York » (« Les Damnés de l’océan », 1928) de Josef von Sternberg, le roman Querelle de Brest (1947) de Jean Genet, la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent, la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès, le film « Souffle au cœur » (1971) de Louis Malle, le film « Tenue de soirée » (1986) de Bertrand Blier, le film « The Living End » (1992) de Gregg Araki, la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, le roman Kept Boy (1996) de Robert Rodi, le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo, le film « Insects In The Backyard » (2010) de Tanwarin Sukkhapisit, le film « Les Fraises des bois » (2011) de Dominique Choisy, le film « Teslimiyet » (« Other Angels », 2010) d’Emre Yalgin, le film « Des jeunes gens modernes » (2011) de Jérôme de Missolz, la pièce Balm In Gilead (1965) de Lanford Wilson, le roman Shuck (2008) de Daniel Allen Cox, le film « Dinero Fácil » (« Argent facile », 2010) de Carlos Montero Castiñera, le roman Can’t Buy Me Love (2001) de Chris Kenry, le film « Kilómetro Cero » (2000) de Juan Luís Iborra et Yolanda García Serrano, le film « Flesh » (1968) de Paul Morrissey, la B.D. Anarcoma (1983) de Nazario, la poésie « Oda A Walt Whitman » (1940) de Federico García Lorca, le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le roman Closer (Plus proche, 1990) de Dennis Cooper, la chanson « Tatuaje » de Rafael de León, la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick, le film « Belle de jour » (1966) de Luis Buñuel, le roman Murder Most Fab (2008) de Julian Clary, le one-(wo)man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, le film « Sibak » (« Les Danseurs de minuit », 1994) de Mel Chionglo, le roman Yes, Yes, Yes (1990) d’Hisao Hiruma, la pièce Pal Joey (1940) de Richard Rodgers, Lorenz Hart et John O’Hara, le film « In The Flesh » (1997) de Ben Taylor, le roman Quand je suis devenu fou (1997) de Christopher Donner, le film « Zipper And Tits » (2001) d’Hiroyuki Oki, le film « Bas fond » (1957) de Palle Kjoerulff-Schmidt, le film « L’École de la chair » (1998) de Benoît Jacquot, le film « Burlesk King » (1999) de Mel Chionglo, le film « Sugar » (2004) de John Palmer, le film « Miroirs brisés » (1984) de Marleen Gorris, la pièce Entertaining Mr Sloane (1964) de Joe Orton, la pièce The Boys In The Band (1968) de Mart Crowley, le film « Justice pour tous » (1979) de Norman Jewison, le film « Piccadily Pickups » (1999) d’Amory Peart, le film « Alexander : The Other Side Of Dawn » (1977) de John Erman, le roman User (1994) de Bruce Benderson, le film « New York 42e rue » (1982) de Paul Morrissey, le roman After Nirvana (1997) de Lee Williams, le film « My Addiction » (1993) de Sky Gilbert, le film « Le Livre de Jérémie » (2004) d’Asia Argento, le roman Martin And John (1994) de Dale Peck, le film « Passé sous silence » (2003) de James Mérendino, le film « Taxiboy » (2001) de Veronica Chen, le film « Manille » (1975) de Lino Brocka, le roman Sarah (2000) de JT LeRoy, le film « Les Croque-Morts en folie ! » (1982) de Ron Howard, le roman Prostitution (1975) de Pierre Guyotat, le film « Flying With One Wing » (2002) d’Asoka Handagama, le film « Wild Side » (2003) de Sébastien Lifshitz, le film « Garçons d’Athènes » (1998) de Constantino Giannaris, le roman Mysterious Skin (1995) de Scott Heim, le film « Contradictions » (2002) de Cyril Rota, le film « Smukke Dreng » (« Joli Garçon », 1993) de Carsten Sonder, le roman Rent Boys (1997) de David Macmillan, le roman Setting The Lawn On Fire : A Novel (2005) de Mack Friedman, le film « Morirás En Chafarinas » (1995) de Pedro Olea, la chanson « House Of The Rising Sun » du groupe The Animals, le roman Suburban Hustler : Stories Of A Hi-Tech Callboy (1999) d’Aaron Lawrence, le roman Down There On A Visit (1966) de Christopher Isherwood, le film « Le Rôti de satan » (1976) de Rainer Werner Fassbinder, le film « Bordella » (1976) de Pupi Avati, le film « The Gemini Affair » (1974) de Matt Cimber, le film « Rideau de Fusuma » (1973) de Tatsumi Kumashiro, le film « Where The Day Takes You » (1992) de Marc Rocco, le film « Skin And Bone » (1995) d’Everett Lewis, le film « Johns » (2002) de Scott Silver, le film « Speedway Junky » (1998) de Nickolas Perry, le film « Mr Smith Gets A Hustler » (2002) d’Ian McCrudden, le film « F. est un salaud » (1998) de Marcel Gisler, le film « Die Blaue Stunde » (1992) de Marcel Gisler, le film « Er Moretto, Von Liebe Leban » (1985) de Simon Bischoff, le film « Rosatigre » (2000) de Tonino De Bernardi, le film « Septej » (1995) de David Ondricek, le film « Empire State » (1986) de Ron Peck, le roman Last Exit To Brooklyn (1957) d’Hubert Selby Jr, les romans City Of Night (1963) et Numbers (1967) de John Rechy, la chanson « Quand on arrive en ville » de la comédie musicale Starmania de Michel Berger, le roman Midnight Cowboy (1965) de James Leo Herlihy, le roman Boy Culture (1996) de Matthew Rettenmund, le roman Brutal (1996) d’Aiden Shaw, le roman The Queen Of Hearts : A Transsexual Romance (1998) de Brad Clayton, la pièce Trafficking In Broken Hearts (2005) d’Edwin Sanchez, le film « Honey Killer » (2013) d’Antony Hickling, le film « La Habana Muda » (2011) d’Éric Brach, le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la chanson « Ma Marloupette » de Sandrey, la chanson « Tous des putains ! » de Jean Guidoni, la chanson « I’m The Boy » de Serge Gainsbourg, etc.

 

Par exemple, dans le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan, Marcello fait une remarque étrange au jeune héros homosexuel, Barthélémy (« Vaut mieux être gigolo que pédé ! »)… sans se douter de l’homosexualité de ce dernier, et sans réaliser la signifiance de ses dires puisque Barthémémy fréquente énormément de gigolos dans le « milieu homo ». Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, à sa sortie du train à la gare de Lyon, Zize, le travesti M to F, est pris sérieusement pour une pute par un pépé. Dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset, Mathilde compare son meilleur ami homo Guillaume à une prostituée, car ce dernier l’informe qu’il va coucher avec un homme marié (son amour de jeunesse, Michael) dans un hôtel : « Et maintenant, tu es dans une chambre d’hôtel comme une pute. » Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi, le héros bisexuel, dit qu’il vit à Montmartre, à côté des « putes ».

 

Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, tous les personnages sont prostitués : officiels/agréés (Martine, péripatéticienne de métier), officieux (Michèle, l’actrice-bimbo), sentimentaux (Jules, le héros homosexuel, qui a joué le rôle d’une prostituée sur le tournage du film « Les Misérables » ; il se décrit comme un tapin gratuit auprès de ses trois camarades de jeu, Michèle, Martine et Lucie : « Oui, moi aussi, je suis comme vous. Je suis une pute. Je suis une pute. Comme vous. »).

 

Quelquefois, le terme « prostitution » s’étend plus largement à l’« infidélité », au « devenir objet exhibé », ou à la « diabolisation de la sexualité et des corps ». En effet, un personnage peut être considéré comme une « pute » ou un « prostitué » quand il se donne à voir comme un objet, de manière indécente et irrespectueuse vis à vis de lui-même et des autres (souvent à travers les médias), ou bien parce que son corps est méprisé. « Tu n’as pas peur qu’on fasse un peu putes ? » (Solange à Delphine, sa sœur qui lui montre leurs robes rouges de music-hall, dans le film « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy) ; « T’as l’air d’une pute. Cache-moi ces mamelles. » (Alba, l’héroïne lesbienne, à sa servante Claudia, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet) ; etc.

 
 

b) La prostitution pratiquée :

Il n’est pas rare que le héros homosexuel fictionnel passe à l’action et se prostitue réellement contre de l’argent : cf. le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras (avec Strella, le héros transsexuel M to F), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec Emmanuel, le héros homosexuel, qui se vend chez le voisin âgé de son immeuble), le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant (avec Mike et Scott, les deux gigolos, par ailleurs amants), le roman Autobiographie érotique (2004) de Bruce Benderson (avec Romulus, le « prostitué roumain qui glande en Hongrie »), le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann (avec Ezri et Robbie qui vont faire le tapin dans les parcs), le film « Journal d’un prostitué » (2001) de Tamfik Abu Wael, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude (avec Bjorn, l’homosexuel jadis prostitué), le film « Un Fils » (2003) d’Amal Bedjaoui, le film « L’Enfer d’Ethan » (2004) de Quentin Lee, le film « Mandragora » (1997) de Wiktor Grodecki, le film « Tiresia » (2003) de Bertrand Bonello, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, la chanson « One Night In Bangkok » de Murray Head, la chanson « I’m A Gigolo » de Cole Porter, le film « Breakfast At Tiffany’s » (1961) de Blake Edwards (avec le gigolo Varjak), le film « Midnight Cowboys » (1969) de John Schlesinger (avec le prostitué Joe Buck), le film « Revolutions Happen Like Refrains In A Song » (« Les Révolutions surviennent comme des refrains dans les chansons », 1987) de Nick Deocampo, le roman Less Than Zero (Moins que zéro, 1987) de Brett Easton Ellis, le roman Joyeux animaux de la misère (2014) de Pierre Guyotat (avec les trois prostitués urbains), le film « The Everlasting Secret Family » (1988) de Michael Thornhill, le film « Macho Dancer » (« Danseurs machos », 1988) de Lino Brocka, le film « Cop » (1988) de James B. Harris, le film « Via Appia » (1990) de Jochen Hick, le film « Fill’em » (1992) de Sky Gilbert, le film « Gossenkind » (« L’Enfant de la rue », 1992) de Peter Kern, le film « Being At Home With Claude » (« À la maison avec Claude », 1992) de Jean Beaudin, le film « Die Blaue Stunde » (« L’Heure bleue », 1992) de Marcel Gisler, le film « Smukke Dreng » (« Beau garçon », 1993) de Carsten Sønder, le film « Hatachi No Binetsu » (« La Légère Fièvre des vingt ans », 1993) de Ryosuke Hasiguchi, le film « Post Cards From America » (« Cartes postales d’Amérique », 1994) de Steve McLean, le film « Dupe Od Mramora » (« Anus de marbre », 1995) de Zelimir Zilnik (sur les prostitués travestis en Serbie), le film « Tattoo Boy » (1995) de Larry Turner, le film « The Toilers And The Wayfarers » (1996) de Keith Froelich, le film « The Unveiling » (« Le sans voile », 1996) de Rodney Evans, le film « Tapin du soir » (1996) d’Ane Fontaine, le film « Johns » (1996) de Scott Silvers, le film « Private Shows » (1997) de Blaine Hopkins et Stephen Winter, le film « Star Maps » (1997) de Miguel Arleta, le film « Hard » (1998) de John Huckert, le film « Speedway Junky » (1999) de Nickolas Perry, le film « Circuit » (2001) de Dirk Shafer (racontant l’histoire d’un prostitué terrifié à l’idée de vieillir), le film « Aka » (2002) de Duncan Roy, le film « Gan » (« Un Jardin », 2003) de Ruthie Shatz Adi Barash (racontant l’histoire de deux jeunes prostitués de Tel Aviv), le film « Los Novios Búlgaros » (« Les Amants bulgares », 2003) d’Eloy de la Iglesia, le film « Yeladim Tovim » (« Brave garçon », 2004) de Yair Hochner, le film « Eighteen » (« Dix-huit », 2004) de Richard Bell, le film « Ethan Mao » (2004) de Quentin Lee, le film « Dirty Little Sins » (« Sale petit péché », 2005) de Kett Blakk, le film « Transamerica » (2005) de Duncan Tucker (un transsexuel M to F découvre qu’il a un fils qui se prostitue dans la ville de New York), le film « Breakfast On Pluto » (2005) de Neil Jordan, le film « Into It » (2006) de Jeff Maccubbin, le film « Avant que j’oublie » (2007) de Jacques Nolot, la série Dante’s Cove (2006) de Michael Costanza (où Kevin avoue à son petit ami qu’il se fait parfois payer ses faveurs sexuelles), le film « Seul ensemble » (2013) de Valentin Jolivot (avec Andrea qui est escort-boy), le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh (Alexandra veut louer les services d’une prostituée), la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec Lucie, qui se prostitue), etc.

 

« Il [Pedro/Maria-José] fut élevé par son frère aîné qui l’habillait en fille et le prostitua dès l’âge de six ans. » (cf. la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 30) ; « On m’appelait Fifty Dollars. 50 $ pour une passe, c’est pas mal, non ? » (Jacques Nolot, racontant comment il est passé de la prostitution à une homosexualité « assumée », dans son film « La Chatte à deux têtes », 2002) ; « Déshabillez-vous, s’il-vous-plaît. Ne posez pas de questions. […] Silence ! Tu te tais ! » (Monsieur Chateigner s’adressant impérieusement à Anthony, son beau garçon d’hôtel, dans le film « Consentement » (2012) de Cyril Legann) ; « Je suis une pute minable. » (Peter, l’amant nain du film « Joyeuses Funérailles » (2007) de Franz Oz) ; etc. Par exemple, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, Lulu retrouve à l’âge adulte un ancien camarade de foot (homosexuel), en train de faire le trottoir à Pigalle. Dans le roman Ta Mère (2010) de Bernard Carvalho, Andreï est poussé à se prostituer par ses camarades soldats de l’armée russe. Dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Christian Bordeleau, Carmen est « putain sur la rue Saint Laurent ». Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Todd couche avec des hommes « pour du fric ».

 

Le personnage homosexuel est aussi client de prostitué(e)s : cf. le film « My Hustler » (« Mon Prostitué », 1965) d’Andy Warhol et Chuck Wein, le film « L’Orpheline » (2011) avec Noémie Merlant (avec Jean-Claude Dreyfus dans son rôle de proxénète), le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder, le film « Antes Que Anochezca » (« Avant la nuit », 2000) de Julián Schnabel, le film « My Hustler Boyfriend » (« Mon petit ami le prostitué », 2004) de Peter Pizzi, etc. « Il paraît que c’est un truc de pédés, d’homos refoulés, les mecs qui niquent des gonzesses dans tous les coins. » (Fred à son ami Greg, dans le film « Les Infidèles » (2011) de Jean Dujardin) ; « J’ai connu des putains… de ténèbres. » (c.f. la chanson « Désobéissance » de Mylène Farmer). Par exemple, dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), le travesti M to F Charlène Duval essaie de ramener des cocktails mondains où il se rend des « p’tits jeunes sans cervelle » pour les faire venir chez lui. Dans le sketch des Faux Cambrioleurs d’Elie Sémoun, un homme dont on fête l’anniversaire-surprise, finit par avouer, sous la pression d’un cambrioleur imaginaire, qu’il « s’est tapé » des jeunes prostitués lors de son dernier voyage « touristique » en Thaïlande. Dans un des sketchs de Franck Dubosc, Mike, un ami à lui, accueille plusieurs jeunes hommes exotiques dans son lit (comparés aux « Rois mages » apportant leur corps en cadeau), au village-vacances où ils se trouvent. Dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Pierre, le héros homosexuel, prospecte de se chercher une mère-porteuse pour avoir un enfant, et voit en Isabelle, qui se définit comme « une salope » qui ne peut pas se satisfaire d’un seul homme, une collaboratrice intéressante. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony baise des « chauffeurs mécaniciens » et des jeunes prostitués tels que Doyler. Le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso traite de la prostitution masculine, et pire que ça, de la prostitution juvénile. Davide, le héros homosexuel, n’a que 14 ans, et vend quand même son corps aux hommes. Rettore, son camarade prostitué, finit par mourir à la fin du film : on suppose qu’un de ses clients l’a éliminé.

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, la prostitution, au départ, est une réalité qui est occultée et singée par l’humour cynique. En effet, Emory, le personnage homo le plus « grande folle », fait mine de faire le tapin sur le trottoir à côté d’un lampadaire, avec un humour queer provocateur très courant dans le « milieu homo » : « Tu veux mon corps ? Faut me payer. » dit-il à Larry qui passe en voiture. Mais on découvre par la suite que ce n’est pas qu’une blague, et qu’il est à la fois souteneur (il louera les services d’un jeune prostitué décérébré, Tex, qu’il offrira en cadeau d’anniversaire à son pote Harold) et prostitué réel (« Vous avez plus de chance que moi.  Quand je ne me fais pas arrêter, mon client a une maladie vénérienne. »).

 

Le film « Fast Forward » (« D’un trait », 2004) d’Alexis van Stratum laisse entendre que la prostitution est le passage obligé de l’homosexualité vieillissante : le héros homosexuel âgé qui veut continuer à jouir de la beauté des jeunes corps qu’avant la valeur marchande de son propre corps lui permettait d’obtenir gratuitement, se voit obligé de sortir le chéquier…

 
 

c) Les prostitutions parallèles, non-officielles, dites « éthiques », « gratuites », et se faisant passer pour de l’Amour :

Vidéo-clip de la chanson "Moi Lolita" d'Alizée

Vidéo-clip de la chanson « Moi Lolita » d’Alizée


 

Il arrive que la relation de prostitution dure un peu plus de temps que prévu entre les amants de la prostitution (à savoir le binôme prostitué/client, ou bien prostituée/client, ou encore prostitué/cliente). Certains décident de s’entretenir dans la consommation, trouvent un « p’tit arrangement à l’amiable ». Régulièrement dans les fictions homo-érotiques, la relation amoureuse (homosexuelle) est placée sous le signe de l’argent : cf. le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung (p. 63 et p. 117), le film « Les Témoins » (2006) d’André Téchiné, le film « Rockbitch » (1998) de Wim Verbulst, le film « Twist » (2004) de Jacob Tierney et Adrienne Stern, le film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka, le film « The Price Of Love » (1995) de David Burton Morris, le film « The Boy Next Door » (2008) d’un réalisateur inconnu, le tout début du vidéo-clip de la chanson « Moi, Lolita » d’Alizée, etc.

 

 

Par exemple, dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, plus Stephen, l’héroïne lesbienne, sent qu’Angela lui échappe, plus elle la soudoie avec des cadeaux… mais c’est déjà trop tard : « Elle ne pouvait acheter l’amour d’Angela. » (p. 246). Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Vincent passe son temps à reprocher à son amant Stéphane de l’avoir utilisé comme un escort boy, un faire-valoir : « Tu me prenais pour une pute ! » Leur toute première rencontre a eu lieu lors d’une séance de dédicace d’un roman de Stéphane. Vincent lui reproche d’avoir acheté son cœur par une signature : « C’était déjà une manière de me considérer comme une pute. »

 

Parfois, le fait que le duo client/prostitué(e) s’attribue l’étiquette identitaire ou amoureuse d’« homosexuels » ou de « couple » change la donne, non dans les faits (… car le consentement n’est pas la liberté ; le plaisir et la tendresse font partie de l’Amour, mais ne se supplantent pas à Lui), mais au moins dans les esprits. Ils ne se considèrent plus comme des clients ou des prostitués l’un par rapport à l’autre, ne voient plus leur relation comme une prostitution : cf. le film « Un Ragazzo Come Tanti » (« Un Homme comme tant d’autres », 1983) de Gianni Minello, le film « La Triche » (1984) de Yannick Bellon, le film « Happy Together » (1997) de Wong Kar-Wai, le roman L’Ange impur (2012) de Samy Kossan (Samy s’est prostitué dès l’âge de 15 ans ; puis il rencontre l’« amour » avec Joey, un autre prostitué qui est encore plus dangereux que lui), etc.

 

Par exemple, dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, Henri, par « amour » pour Jean, accepte que ce dernier soit son proxénète et finit par se prostituer. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, la relation de « couple » est mise sur le même plan que la relation prostitutionnelle. Par exemple, Petra demande à son amante Jane si elle a déjà payé pour coucher. Elle lui répond que non. Petra lui rétorque : « Et toutes ces fois où tu es super gentille avec moi ? ». Jane lui renvoie la pareille. Au départ, Petra répond par la blague : « J’ai payé ta place de cinéma, alors j’espère que tu vas accepter de coucher avec moi une fois qu’on arrivera à la maison. » (Petra s’adressant à son amante Jane, p. 77) Ensuite, voyant l’attraction interdite de sa compagne pour les prostituées (et notamment la jeune Anna), elle ironise : « Ça te fascine, hein ? T’aimerais qu’on en ramène une un jour ? » (p. 78) Enfin, on apprend que dans sa jeunesse, Petra a loué les services d’une prostituée en la payant : « Je ne sais pas trop si on peut dire que j’ai payé pour m’envoyer en l’air » (p. 84), avance-t-elle en faisant croire que la prostituée et elle y ont trouvé leur plaisir. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso Davide, le héros homo de 14 ans, est enculé contre un mur en verre, sur fond rouge, par un autre prostitué. Ce dernier l’abandonnera après l’avoir usé. Pire, il l’entraînera de force à la prostitution pour qu’il ait le droit d’habiter chez lui.

 

Certains protagonistes considèrent même que la prostitution et l’argent sont les moteurs de leur désir amoureux. Par exemple, dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia, Wassim avoue à Malik qu’il a besoin de donner un billet à son copain pour jouir et l’aimer davantage : « Tu sais ce que j’aime le plus ? Les gigolos. » Dans le film « El Diputado » (« Le Député », 1978) d’Eloy de la Iglesia, un prostitué adolescent, indicateur de la police, tombe amoureux de sa victime. Dans le film « 200 American » (2003) de Richard LeMay, un homme d’affaires new-yorkais devient amoureux d’un prostitué australien. Dans le film « Little Lies » (2012) de Keith Adam Johnson, Phillip tombe amoureux d’un escort.

 

Il n’y a pas que l’argent qui nourrit la prostitution et la consommation entre partenaires homosexuels/bisexuels. S’il n’y avait que l’argent, on comprendrait pourquoi l’âge des prostitué(e)s fictionnels serait fixe et prioritairement bas, et pourquoi l’âge ou la classe sociale des clients serait forcément élevé(e), de manière inversement proportionnelle. Or on constate que la prostitution dans les œuvres homo-érotiques n’a pas d’âge ni d’argent précis, qu’elle peut être pratiquée entre jeunes, ou entre personnes « plus âgées », ou entre pauvres, ou entre riches, et qu’elle jouit d’autres moteurs : le besoin d’affection, la tendresse, le contentement des sens et des corps, la célébrité, l’ascension sociale, l’esthétisme, l’interdit, la clandestinité, les cadeaux (voyages, habits, bijoux), etc. Seule la monnaie d’échange varie : dans certains cas, ce sont les corps qui remplacent les billets… d’où l’impression que l’argent a disparu, qu’il s’agit d’une prostitution gratuite et désintéressée, que la corruption n’existe plus, voire même qu’une homosexualité s’assume pleinement ! Par exemple, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, Sheela, pour les cours particuliers que lui donneraient Anamika (l’héroïne lesbienne), lui propose très sérieusement de la payer « en monnaie de baisers » (p. 97).

 

Certains couples homos fictionnels pensent naïvement qu’à partir du moment où ils ne s’échangent pas de matériel (ce qui reste à prouver… car la première matière, c’est leur corps), à partir du moment où un (timide) consentement/un plaisir/une générosité a été échangé entre partenaires sexuels, à partir du moment où il n’y a pas eu que de l’égoïsme, il n’y a forcément plus de consommation et d’exploitation mutuelle du tout ! Que de la liberté et de l’amour ! c.f. La pièce Cachafaz (1993) de Copi (avec la relation d’« amour » entre Raulito, le prostitué, et Cachafaz, son « mac »), le film « Notre Paradis » (2010) de Gaël Morel (avec les deux amants prostitués, Vassili et Angelo), le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier (avec la relation ambiguë entre Loïc et Lionel), la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane (avec Mitchell tombant amoureux d’un gigolo), etc. Par exemple, dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, la rencontre entre George, le héros homosexuel universitaire, et le prostitué Carlos, est filmée comme une belle (parce que désespérée !) idylle. Dans le sketch « Le Couple homo » de Pierre Palmade et Michèle Laroque, Alain, 48 ans, est en couple avec un jeune amant brésilien, Roberto, 19 ans, traité de « gigolo ». Avec la prostitution, c’est la différence de classes sociales qui serait soudain pulvérisée, c’est merveilleux… : cf. le film « Hustler White » (« Prostitué blanc », 1996) de Nick Castro et Bruce LaBruce, le film « Happy Hookers » (« Prostitués heureux », 2006) de Ashish Sawhny (relatant la vie de trois prostitués en Inde), etc.

 

Il arrive que le héros homosexuel, bercé par ses illusions d’amour ou stimulé par ses pulsions, se mettent à justifier tout type de prostitutions comme une action banale et possiblement amoureuse : « Je ne suis pas devenu pute. » (Jean-Marie, homosexuel, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; « Partager mon ennui le plus abyssal au premier venu trouvera ça banal… » (cf. la chanson « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer) ; « Les jeunes prostitués qui se trouvaient Place Dauphine le fascinaient. […] Sa présence ici n’était pas insensée. Elle était juste nécessaire. » (Adrien, le héros homosexuel, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 26) ; « Le premier métier : la prostitution ? » (Omar, l’un des deux héros homosexuels du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 93) ; « Enfin j’ai reçu une lettre de ma cousine. Elle ne dit rien de ce que nous avons fait ensemble, sinon qu’elle finit sa lettre par je t’embrasse’. Trois fois à la suite. Elle m’écrit surtout pour me dire le bien que je lui ai fait en lui prêtant la somme dont elle avait grand besoin et qui la sauve tout à fait. » (Alexandra, la narratrice lesbienne ayant vécu une liaison amoureuse avec sa cousine, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 75) ; etc.

 

Selon l’hypocrite client homosexuel fictionnel, ou le non moins hypocrite prostitué, il existerait une prostitution « éthique », « bio », « multi-culturelle », « gratuite », « transcendant la vulgarité de la prostitution payante ». « L’argent, ça n’existe plus. À partir de ce soir. » (Cherry d’adressant à son amante Ada, dans la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) ; « Il m’arrivait aussi d’être fréquenté par certains voisins en mal de chaleur humaine. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Chambre de bonne » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 56) ; « Toi non plus tu n’as pas d’argent. Je te propose une chose : moi je taille une pipe à toi, et toi tu me tailles une pipe. » (un homme au travesti M to F Paletta, dans le film « Toto Che Visse Due Volte », « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto) ; « En fait, si t’étais une femme, tu serais une pute gratuite, pour le plaisir ?’ Cody rit. » (Mike, le narrateur homosexuel, s’adressant à Cody, son pote gay nord-américain, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 92) ; « Devant le miroir, Cody lève les cheveux de sa perruque blonde et dit ‘Je souis Catherine Denouve, non, dans une film de Bunuel ?’ En me regardant, les cheveux toujours maintenus en l’air, il dit ‘Toi, tu es Vanessa ? Ça fait très français, ça, comme nom, quoi. Catherine Denouve et Vanessa de Paris, les putes gratuites qui cherchent les hommes pour leur vagina.’ » (Cody, op. cit., p. 101) ; « Mon amour pour votre nation se fait par ma prostitution. Je prends des Blancs de classe moyenne. Question d’amour et d’argent, Maman. Et le luxe est mon meilleur amant. C’est une question harassante, que l’or ! » (cf. la chanson « Question d’amour et d’argent » de Jann Halexander) ; etc.

 
 

Adrien – « T’as raison, on n’achète pas la tendresse, presque machinalement.

Malcolm – T’inquiète, j’te ferai rien payer. »

(cf. le dialogue entre Adrien, le héros homosexuel, et son amant-prostitué noir, Malcolm, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 28)

 
 

Il y a quelque chose de complètement paradoxal dans la participation des personnages homosexuels – pourtant souvent lettrés, esthètes, éduqués, spirituels, réputés « raffinés » et « romantiques », a priori peu vénaux – à la prostitution (et je vous renvoie directement à la partie « Paradoxe du libertin » du code « Liaisons dangereuses », ou bien au code « Bobo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, pour mieux me faire comprendre). Il y a aussi un vrai paradoxe à ce que certains héros (parfois « homosexuels refoulés », mais pas que ; ils peuvent aussi être de souche populaire, d’une culture étrangère très religieuse et homophobe ; ou bien des « fils à papa » qui n’ont pas besoin d’argent) se lancent dans le métier de la prostitution homosexuelle. « Moi, j’suis pas une pute ! Je suis une intellectuelle ! » (Raulito le prostitué, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi)

 

En général, les acteurs fictionnels de la prostitution atténuent et excusent la violence de la prostitution par le prétexte de l’esthétisme (« Il est beau et mis en valeur, mon escort-boy ! » ; ou bien « En prostitué, je suis une puissante icône du danger sexuel ! »), par la bonne intention (« Je rêve que pour une fois, l’acte de consommation que je vais poser soit exceptionnellement de l’amour, comme dans ‘Pretty Woman’ : je cherche à sauver le prostitué qui se gâche. » ; ou bien « Je rêve que mon client m’arrache à mon enfer, soit mon prince charmant inattendu. » ; cf. le film « Change-moi ma vie » (2001) de Liria Bégéja, le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre, etc.), ou par le besoin (« Je fais ça pour l’argent, pour subsister : pas par gaieté de cœur ou pour les sentiments ! » ; ou bien « J’aide un pauvre prostitué à vivre en le payant et en subvenant à ses besoins. »), ou par le désespoir (« Personne ne m’aime ! J’aime donc comme je peux, et n’importe comment ! Personne n’a rien à me dire ! »), etc.

 

La prostitution gratuite, camouflée par la « légitimité » de « l’amour » homosexuel, de la drague, et de la fougue des passions, est la porte ouverte à l’actualisation banalisée du viol : « Il râle, il a joui. Toujours la même histoire avec les Arabes. Il va se laver sans dire un mot, se savonne bien la bite sans oser me regarder dans le miroir qu’il a en face. Ça t’a plu ? je lui demande appuyé sur le rebord de la porte. Moi je me vois bien dans le miroir, j’ai les cheveux longs éméchés, la robe déchirée, on dirait une pute qu’on vient de violer. » (le narrateur homosexuel parlant du chauffeur de taxi maghrébin qui le viole, dans le roman Le Bal des folles (1977), p. 44)

 

Par exemple, dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier, on constate que la protagoniste lesbienne française, Kim (Muriel Robin), dans sa grande naïveté militante, confond le tourisme sexuel avec l’Amour. En effet, alors qu’elle dîne dans un restaurant thaïlandais avec Louis (Jean Réno, jouant le rôle d’un médecin qui l’accompagne dans sa démarche d’adoption, et qui vit sur place en Asie du Sud-Est), elle s’offusque de voir ce dernier casser la figure à deux hommes dînant ensemble, et qui ont l’air d’être en couple : « Vous êtes homophobe ? » lui demande-t-elle, indignée. Louis lui coupe froidement le sifflet : « Non : je suis contre la prostitution. »

 

Le client fictionnel a souvent ce double discours puant, hypocrite, et pourtant sincère, de celui qui, en même temps qu’il loue les services de son prostitué et l’enfonce donc un peu plus dans la misère, cherche en l’en sortir. Il tient exactement les propos compassionnels et pseudo ascétiques du sénateur du film « Twist » (2004) de Jacob Tierney et Adrienne Stern : « Je ne veux pas de sexe avec toi. Je veux juste discuter… »

 

Le déni du viol chez le prostitué homosexuel ou son client se fige parfois en posture interrogative esthétisée, carrément schizophrène : « Et Adrien était là aussi [sur la Place Dauphine, lieu de prostitution]. Adrien faisait comme eux. Il était l’un d’eux. Il en éprouvait de la honte. Comment lui, le prêtre, pouvait-il être impliqué dans ce vil commerce des corps, côtoyer ces êtres en manque de chair, se mettre en chasse comme eux ? » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 27)

 
 

d) Putain de merde ! (la prostituée tueuse ou la prostituée tuée par le client homosexuel) :

Mais la réalité violente de la prostitution renvoie vite les amants homosexuels/bisexuels fictionnels à la médiocrité et l’orgueil de leur situation ! Au final, ils s’utilisent plus qu’ils ne s’aiment. Et ils le savent très bien. Leur homosexualité tient davantage à l’argent et à l’intérêt éphémère de soulager leurs pulsions personnelles qu’à leur liberté, à leurs désirs profonds, et à l’Amour. Le client, tout comme le/la prostitué(e), passent leur temps à s’échanger les rôles de dominant/dominé, car tous deux ont honte d’aimer. La prostitution leur sert de rempart pour ne pas assumer leur désir et leurs actes (homo)sexuels : « Y’a que les pédés qui se la touchent sans payer. » (Rachid à Karim, dans le film « Mon copain Rachid » (1998) de Philippe Barassat) Par exemple, dans le film « Chop-Shop » (2009) de Ramin Bahrani, Alejandro insiste pour sucer Carlos sous l’excuse de la prostitution. Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Olivier, l’un des héros homos, dit qu’il s’est déjà prostitué : « Ça m’excitait d’être un jouet sexuel. » Et Mathan, son futur amant, plaisante en remarquant qu’il est passé à un autre type de prostitution : « Maintenant, tu couches avec tout le monde, mais sans rémunération… » Le cadre « légalisé »/balisé de la prostitution fait office de paravent à la fois de la pratique homosexuelle mais aussi de l’homophobie des deux héros.

 

Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, pendant la nuit, vient dans la chambre de sa maman, la réveille pour lui demander conseil au sujet de son premier béguin pour un garçon de sa classe, Nicholas. Elle lui donne ce conseil : « Fais tout. » Mais elle lui délivre aussi un avertissement faustique (l’interdit d’aimer) : « Mais ne lui demande pas s’il t’aime. Crois-moi, je m’y connais. » Phil remercie sa mère maquerelle (qui s’autoproclame elle-même « BITCH ») : « Merci Mum. Tu m’as bien aidé. »
 

L’une de leurs règles d’or de leur collaboration est l’interdiction de « s’attacher », de s’engager, de se laisser aimer, de rendre l’amour visible, et de le vivre de manière un minimum égalitaire. « Non, elle [Gabrielle, l’héroïne lesbienne] ne se laissera pas ligoter au piège passionné de cette inconnue ! » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 24) ; « C’est plus fort qu’elle, cette façon de couper court aux effusions pleurnichardes, de mentir à son cœur morfondu, de s’interdire tout amour. » (idem, pp. 42-43) ; « Et ne croyez pas que, d’ordinaire, je sois sujette à ces sortes d’emballements. Pour moi comme pour vous, sans doute, c’est une première fois. Il me faut, il nous faut l’accepter. » (Émilie s’adressant à son amante, op. cit., p. 69) ; « Elle [Gabrielle] en rougit encore. Comme du mot ‘amour’, qu’elle s’est si longtemps interdit de prononcer. » (idem, p. 126) ; « Je veux pas que tu tombes amoureuse. » (Anna s’adressant à son amante Polly, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 51) ; « Elle était toujours sur le point de m’aimer, et je ne le voulais à aucun prix. » (Suzanne concernant sa liaison éphémère avec Agnès, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 225) ; « Parole donnée, contrat signé. N’oublie jamais : INTERDIT D’AIMER. » (le diable parlant à James Dean, dans la chanson « Cinq » du Clergyman, dans la comédie musicale La Légende de Jimmy (1992) de Michel Berger) ; « Le lys veut dire : je te défie de m’aimer. » (Luce la fleuriste face à Rachel sa future amante dont elle tombe amoureuse, dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker) ; « Je ne te parle pas d’amour. Je sais très bien que ça te ferait rire. » (Julien, l’amoureux éconduit de Rosa, la prostituée, dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali) ; etc.

 

Et c’est bien parce que le client et son travailleur/sa travailleuse s’empêchent d’être passionnés, de se dire « Je t’aime », de se donner en amour, en brandissant la pancarte « Interdit d’aimer » (cf. le film « Défense d’aimer » (2001) de Rodolphe Marconi, le film « J’embrasse pas » (1991) d’André Téchiné, le roman Ya No Sufro Por Amor (2006) de Lucía Etxebarría, etc.) – comme un aveu qu’ils n’assument ni l’acte d’amour qu’ils posent sans amour, ni leur désir homosexuel, ni leur propre homophobie –, qu’ils tombent au final maladivement/passionnément amoureux entre eux, ou bien amoureux du premier inconnu qu’ils rencontrent une demi-seconde sur les lieux de prostitutions non-agréés (Internet, les saunas, les backrooms, les lieux improbables de la rencontre homosexuelle, etc.), pour ensuite s’en débarrasser comme une preuve gênante de leur fragilité (homo)sexuelle.

 

La prostituée ou le prostitué, jadis sacralisé(e) comme l’icône immaculée de la victime à sauver des griffes de la misère, comme la figure inversée du prince charmant/de la vierge (cf. je vous renvoie au code « Putain béatifiée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), perd peu à peu de son prestige. Il/elle entraîne son amant vers un monde illusoire (cf. le film « L.I.E. », « Mensonge » (2001) de Michael Cuesta). La princesse du pavé retrouve son costume de Cendrillon quand les deux coups de minuit sonnent : « La vierge devient pute. » (« X », le héros homosexuel du film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka) ; « La Vierge est une pute ! Tu te rends compte, canard ? » (Philibert à son amant, dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher) ; « On est toutes des salopes pour les hommes. » (Léa, la femme violée de la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe Botti) ; etc. Par exemple, dans le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat, la femme est considérée comme « la reine des putes » par le héros homosexuel (interprété par Rocco Siffredi). Dans le film « Mauvaise Passe » (1999) de Michel Blanc, Pierre (Daniel Auteuil) quitte sa famille et s’enfuit à Londres, où il rencontre Tom (Sam Townsend), un prostitué, qui l’amène à s’enfermer dans son monde obscur de sexe et d’argent.

 

Entre le héros homosexuel et la prostituée/le prostitué, il existe un double mouvement idolâtre-schizophrène-paradoxal-divisant-passionnel d’attraction/répulsion, d’adoration/destruction… que l’on perçoit tout à fait dans le couple homosexuel fictionnel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, composé d’Omar et Khalid : tandis que Khalid dit qu’« il n’aime pas les putes », Omar s’oppose à lui par un laconique : « Moi, oui. » (p. 117)

 

On découvre derrière cette idolâtrie un lourd contentieux. La prostituée ou le prostitué finit par être détesté(e) par le héros homosexuel étant donné qu’il/elle est considéré(e) comme le père ou la mère indigne qui lui a donné la vie (par exemple, dans le roman Hawa (La Différence, 2010) de Mohamed Leftah, Zapata et Hawa, les deux jumeaux, sont le fruit de la rencontre entre un soldat américain et une prostituée ; dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, Arthur, un des héros homosexuels, est un enfant issu d’une liaison de prostitution : son père, l’écrivain bisexuel Marcel Proust, a couché avec une prostituée, pour l’avoir ; et je vous renvoie aussi au long chapitre « Maman-putain » du code « Matricide » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, ainsi qu’à la figure de la mère-maquerelle du code « S’homosexualiser par le matriarcat »). Il/elle apparaît, aux yeux du client, comme une tentation désirante dangereuse, mais également comme un souvenir désagréable d’une initiation forcée à la sexualité. Par exemple, dans le film « Gun Hill Road » (2011) de Rashaad Ernesto Green, Enrique force son fils transsexuel M to F Michael à aller voir une prostituée pour le faire changer de force d’orientation sexuelle ; cela se transformera en séance de torture mentale pour le jeune homme. Dans le film « Jeux d’amour chez les jeunes filles » (1971) de F. J. Gottlieb, une mère engage une prostituée pour déniaiser son fils et l’empêcher qu’il devienne homo. Dans le film « El Transexual » (1977) de José Jara, Lorna est forcé à aller au bordel par son père pour se « convertir » à l’hétérosexualité. Dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco J. Lombardi, Joaquin se fait emmener par son père ultra-conservateur dans un bordel pour le faire « devenir un homme ». Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Rosa, la prostituée, fouette Jules et le méprise.

 

En dépit de leur pacte de non-agression ou de neutralité, la rencontre entre le client et la prostituée/le prostitué a même pu se solder par un viol/vol réciproque. Chacune des deux parties s’est laissée surprendre négativement par son propre égoïsme/arrivisme, reflété dans l’attitude de complaisance/d’exploitation de son complice. « Malcolm n’est peut-être qu’un profiteur. Un esclave affranchi qui désormais possède le maître et se joue de lui. » (Adrien, le héros homosexuel, parlant de Malcolm, son amant-prostitué, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 59) Par exemple, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Jules, le héros homosexuel, révèle qu’il s’est jadis pris un coup de poignard par une femme. Et Quentin, son amant secret, a lui aussi eu une relation avec une prostituée (Martine) avant de se convertir à l’homosexualité. Jules Jules, sur scène, se conduit très mal avec ses deux compagnes-prostituées : il donne une gifle à Michèle (l’actrice-pétasse) et traite Martine (la prostituée « professionnelle ») de « morue » : en les attaquant, il semble vouloir réveiller en elles les prostituées-tigresses : « Vous êtes des bêtes sauvages !!! » Dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, pendant qu’il fait ses mots-croisés, Léo, le héros homosexuel, réfléchit tout haut (pour finalement trouver la bonne solution : le mot « Occiput ») : « 7 lettres : prostituée assassinée ou crâne. »

 

Le héros homosexuel (proxénète ou client) dépeint alors le jeune homme/la jeune femme qu’il a voulu posséder, comme un voleur, un monstre (cf. la prostituée borgne du film « Le Trou noir » (1997) de François Ozon), un traître, un démon, un cruel tentateur, une preuve gênante de son homosexualité/de son adultère… « Gigi lui [le prince Koulotô] prit le portefeuille dans sa poche intérieure ; une liasse de billets de 500 francs roula sur le trottoir. Les deux vieux travelos se précipitèrent pour la ramasser, la mirent dans un de leurs sacs et coururent jusqu’à l’angle de la rue des Martyrs. » (cf. la nouvelle « Les vieux travelos » (1978) de Copi, pp. 88-89) ; « Avec sa bouche d’anthropophage rouge carrosserie, ses cheveux façon perruque en nylon du Crazy Horse, elle aurait pu jouer dans une parodie porno de films de vampires. » (Jason, le héros homosexuel décrivant la vénéneuse Varia Andreïevskaïa, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 56) ; « Partir à la recherche de Greta a été comme entrer dans un des cercles de l’Enfer. » (Jane, l’héroïne lesbienne en quête de Greta la prostituée, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 177) ; etc.

 

La prostituée de l’homosexuel est souvent une prédatrice sensuelle et dangereuse, allongée comme une féline sur un canapé, en combinaison cuir (cf. la chanson « Les Liens d’Eros » d’Étienne Daho). « Assise sur le canapé, elle lisse sous ses doigts les éraflures laissées dans le cuir par les griffes de son vieux chat, mort la veille. » (cf. la description de l’héroïne lesbienne, Gabrielle, les toutes premières lignes du roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 10) Par exemple, dans la chanson « À force de retarder le vent » de Jann Halexander, la prostituée tueuse et bourgeoise fixe l’homosexuel de son regard félin, et « murmure à son chat ».

 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, la prostituée lesbienne ou le prostitué masculin incarne souvent la figure de la tentation destructrice. « Onze mille vierges sous acide lysergique consolent des malabars tendus et mélancoliques. Fille de joie me fixe de ses yeux verts. Des claques ??? Jusqu’à l’Hôtel de l’enfer. » (cf. la chanson « Onze mille vierges » d’Étienne Daho) Dans le film « Between Love And Goodbye » (2008) de Casper Andreas, April, la sœur de Kyle, ancienne prostituée, essaie de briser le couple Marcel/Kyle. Dans le film « Dinero Fácil » (« Argent facile », 2010) de Carlos Montero Castiñera, Jaime, un jeune prostitué, va aider un de ses clients à tuer sa femme. Dans le film « Chloé » (2009) d’Atom Egoyan, une prostituée lesbienne et vénéneuse, Chloé, attire dans ses filets Catherine, une femme mariée, au point de s’insérer de manière très intrusive dans sa vie ; ce triangle amoureux finira mal puisque Chloé meurt défenestrée.

 

Le prostitué/la prostituée symbolise l’allégorie du meurtre élégant, le climax du viol ou de la mort « acceptable » : « Jolie s’empara d’une brosse d’argent et le frappa sur la tête. Le Sénateur tomba la tête la première dans l’eau. » (Copi, La Vie est un tango (1979), pp. 27-28) Il est présenté(e) comme un être qui conduit symboliquement à la mort : « La jeune prostituée sortit son couteau à cran d’arrêt de son décolleté et poignarda sauvagement à la gorge la boulangère, qui se mit à râler. » (cf. la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, p. 54). Par exemple, dans le roman La Colmena (1951) de Camilo José Cela, Matiitas se tire un coup de fusil dans l’anus après s’être enfermé à l’intérieur de la chambre de la prostituée Aix qui l’a initié à la génitalité. Dans le film « Lonely Boat » (2012) de Christopher Tram et Simon Fauquet, la prostituée Macha se fait frapper par Erwann. Dans le one-man-show Parigot-Brucellois (2009) de Stéphane Cuvelier, « Big Demon » est le nom du prostitué transsexuel M to F du Bois de Boulogne. Dans le film « American Gigolo » (1980) de Paul Schrader, un gigolo est soupçonné de meurtre. Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume se fait « défloré » violemment par Ingeborg, une séduisante assistante d’une station thermale norvégienne (qui lui fait un lavement d’anus en lui introduisant un tuyau). Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Alban Mann traite sa propre fille de « pute » (p. 18), et finira par la tuer, comme il a assassiné sa femme Greta, elle-même prostituée « professionnelle ». Jane, l’héroïne lesbienne, vengera les deux femmes en tuant Mann au couteau. Et tous les personnages tentent d’assassiner la prostituée, y compris celle-ci qui cherche à se supprimer : « Greta est une pute. Je l’attends. Quand elle descendra l’escalier l’escalier je lui ferai un croche-patte et je lui enfoncerai les yeux dans les orbites. » (Frau Becker, p. 213) ; « Je me souviens de deux prostituées, des belles filles, qui venaient à la clinique, et qui avaient sauté ensemble main dans la main vers la mort. » (Alban Mann, p. 234)

 

Film "Matador" de Pedro Almodóvar

Film « Matador » de Pedro Almodóvar


 

Le/la prostitué(e) fictionnel(-le)s apparaît comme le/la rebelle qui se venge en tuant son proxénète ou en se débarrassant de l’homosexuel : cf. le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1959) de Joseph Mankiewicz (avec le gang des prostitués-amants qui assassine Sébastien), la chanson « Il m’déroute » de Christiane Nere, la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt (avec Louna, la prostituée tueuse), le film « Matador » (1985) de Pedro Almodóvar (avec Maria qui poignarde ses amants lors de leurs ébats amoureux), le vidéo-clip de la chanson « California » de Mylène Farmer (avec la prostituée de luxe qui achève le maquereau de sa sœur jumelle exploitée), le film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 Journées de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini (avec les prostituées-tueuses), la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti (avec Salomé, la dangereuse prostituée), le film « Ronde de nuit » (2004) d’Edgardo Cozarinsky, (avec la prostituée qui pousse son client sur la voie routière), la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau (avec Martine, la prostituée vengeresse), etc. Je vous renvoie également au code « Actrice-Traîtresse » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Par conséquent, il est logique que le héros homosexuel finisse souvent par tuer la prostituée/le prostitué : cf. le film « Lonely Boat » de Christopher Tram et Simon Fauquet, la pièce Requiem pour une garce (2011) de David Sauvage, le film « De la vie des marionnettes » (1980) d’Ingmar Bergman (avec Peter Egerman), le film « Faut-il tuer Sister George ? » (1968) de Robert Aldrich, le roman El Martirio De San Sebastián (1917) d’Antonio de Hoyos (avec le meurtre iconographique de la prostituée), le film « L’Aurore » (1927) de Friedrich Wilhelm Murnau, le film « Doctor Jekyll And Sister Hyde » (1971) de Roy Ward Baker, le film « Games That Lovers Play » (1971) de Malcolm Leigh, le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau (avec le meurtre final), le film « L’Année des treize lunes » (1978) de Rainer Werner Fassbinder, le film « El Asesino De Muñecas » (1975) de Michael Skaife, le film « Armaguedon » (1976) d’Alain Jessua, le film « Sometimes Aunt Martha Does Dreadful Things » (1971) de Thomas Casey, le film « Intimate Confessions Of A Chinese Courtesan » (1973) de Chu Yuan, le film « Tubog Sa Ginto » (1971) de Lino Brocka, le film « Amours mortelles » (2001) de Damian Harris, le film « En El Paraíso No Existe El Dolor » (1995) de Víctor Sacca, le film « Rocher d’Acapulco » (1994) de Laurent Tuel, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier (où Loïc pousse sa meilleure amie Marie – qu’il a traitée de « pute » – au suicide), le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki (avec la scène de maltraitance du héros lors d’un « plan cul » qui tourne mal), le film « Colloque de chiens » (1977) de Raoul Ruiz (avec Monique, l’ex-prostituée qui se suicide), la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy (avec « Lola Lola », la danseuse découpée en morceaux dans une malle), etc. « C’était une putain. Rien n’était assez bon pour lui. […] Il avait la peau douce comme une fille. » (Felix Tesla après avoir tué le prostitué Leland, dans le film « Le Détective » (1968) de Gordon Douglas) ; « Les filles qui se font violenter sont souvent hyper sexualisées. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 55) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Los Ambiguos (1922) d’Álvaro Retana, la prostituée est tuée car c’est elle qui envoie le personnage homosexuel de Julio à la prostitution. Dans le roman Moïra (1950) de Julien Green, le protagoniste homosexuel étrangle la prostituée qui le force à la sexualité. Dans le film « Pulsions » (1980) de Brian de Palma, Bobbi, un transsexuel M to F en devenir, tue les femmes trop désirables et sexuellement trop actives. Dans le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, João, le héros transsexuel M to F, maltraite Loretta. Dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, Alejandra, traitée de « pute » par Raúl, l’un des héros homosexuels, finit par achever au couteau de cuisine ce dernier qui allait la tuer. À la fin de la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, le Baron Osvald Lovejoy, homosexuel, tue Scarlett, la prostituée, avec son flingue. Dans le film « Jagdfzenen Aus Niderbayern » (« Scènes de chasse en Bavière », 1969) de Peter Fleischmann, Abram, le héros homosexuel, poignarde « la Tonka » au ventre (« Je lui ai crevé son ventre ! », dit-il en la traitant de « prostituée ») parce qu’elle lui avait annoncé qu’elle était enceinte de lui ; il finit par la battre à mort, en l’insultant violemment (« Tu vas te taire, salope !! »). Dans le film d’épouvante « In The Blood » (« Dans le sang », 2006) de Lou Peterson, un jeune homme donne rendez-vous à un prostitué latino ; et ça finit mal, bien sûr !

 

Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Rosa, la jolie prostituée, fait promettre au jeune Moustique qu’elle a dépucelé de jouer à un jeu jusqu’au bout. Ce dernier promet avant de savoir quelle en est la teneur : « À quoi on joue ? » demande-t-il, excité. Il déchante quand elle lui demande de lui enfoncer dans le ventre un gros couteau de cuisine : « Tu vois ce couteau ? Tu vas me l’enfoncer dans le ventre. C’est pour avoir une chance. Une chance sur deux. » Par « amour », il va obéir à sa demande. Mais, pris de remord, Moustique se jettera dans les bras de la prostituée nommée « Quarante », comme si c’était lui qui avait reçu le coup de couteau : « Pourquoi elle m’a fait ça, Quarante ? »

 

Le meurtre de la prostituée/du prostitué ressemble finalement en tous points au meurtre homophobe, suscité par l’homosexualité pratiquée. Par exemple, dans la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, une boulangère laisse sa propre fille se prostituer sur le trottoir juste en face de sa boutique, et va chercher à s’en débarrasser : « La jeune prostituée pissait sur le trottoir (pour ce faire, elle avait soulevé sa mini-jupe en lamé, elle n’avait même pas de caleçon, le petit caniche léchait son urine dans le caniveau). » (p. 51) ; « La jeune prostituée jaillit de derrière la voiture et projeta un pavé sur la vitrine qui vola en éclats. Mme Pignou fut blessée au front par un éclat de verre. » (idem, p. 53) ; « La boulangère allait dans l’arrière-boutique et revenait avec un fusil de chasse. Elle visa la vitrine, tira à plusieurs reprises, plusieurs œufs volèrent en éclats. La jeune prostituée poussa un cri et alla se cacher derrière une voiture. ‘Je l’ai ratée, la pute !’ s’écria la boulangère. » (p. 53) ; « La jeune prostituée s’effondra sur la chaise en formica et se mit à sangloter, se maculant les joues de ses mains inondées du sang de la boulangère. » (idem, p. 55) Mme Pignou reproche en réalité à sa fille leur gémellité d’actions, puisqu’elle a été jadis prostituée aussi : « Je suis une ancienne fille de joie. » (p. 52) L’acte prostitutif et l’acte homosexuel peuvent avoir le même effet réverbérant violent que celui qu’on observe dans le cas des actes homophobes. L’agresseur ne supporte pas d’identifier chez sa victime leur faiblesse commune, observable dans le fait que cette dernière s’adonne à son désir homosexuel ou bien dans le fait qu’elle l’encourage efficacement à la prostitution… donc il attaque l’objet de son désir/de l’aveu de sa propre faiblesse. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les cas d’homophobie fictionnelle ont souvent lieu dans des contextes prostitutifs, et sont des actes peu contrôlés, très pulsionnels, limite voulus narcissiquement amoureux et positivement sacrificiels. Le héros homosexuel érige un bûcher en l’honneur du prostitué/de la prostituée pour lui prouver qu’il/elle est éternel(le), pour lui démontrer qu’il l’aime à (l’)en (faire) mourir : « La jeune prostituée était devenue une torche vivante, elle courait dans tous les sens, s’écrasant contre les derniers miroirs qui volaient en éclats. » (idem, p. 55)

 
 

e) À la recherche du sceptre du machisme perdu :

Pour conclure, ce qui unit le prostitué/la prostituée et son client, en plus de la mort (celle-ci ne sera finalement que l’issu de ce que je vous annonce), c’est une idolâtrie (cf. je vous renvoie au code « Putain béatifiée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Ils convoitent tous deux le pouvoir narcissique par excellence, à savoir le désir machiste du mâle cinématographique (dans sa version plutôt porno), du Super-héros à la génitalité affranchie de la sexualité et du sentiment, et de la femme fatale croqueuse d’hommes (par exemple, Mylène Farmer dans le vidéo-clip de sa chanson « California »). La prostitution et l’homosexualité pratiquée, à ce titre, peuvent se définir comme l’appropriation « fière » du machisme. Dans les fictions, les personnages homosexuels pratiquants et les prostitué(e)s fictionnel(le)s ont en commun d’être la même projection intériorisée du viol : ils disent vouloir ardemment et sans influence ce à quoi le réalisateur machiste les a persuadé de s’abaisser. « Ton métier, c’est de te faire violer. » (David s’adressant à son frère prostitué Dodge, dans le film « Twist » (2004) de Jacob Tierney et Adrienne Stern) ; « Je veux que tu me butes. » (la prostituée s’adressant à Dick son client bisexuel, dans la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) ; etc. Ils veulent aimer/être aimés comme ils imaginent qu’un homme cinématographique aime et « fait l’amour » à la femme-objet… donc avec toute-puissance, brutalité, et pourquoi pas dans la soumission aussi (inversion « démocratique » des rôles oblige !). Ils ré-instaurent sans s’en rendre compte les codes pornographiques du machisme asexué le plus abject. Par exemple, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, Alexandra, l’héroïne lesbienne, est à la recherche de prostituées avec qui avoir des aventures, et cherche à imiter les hommes machos qu’elle jalouse. « Je le comprends et j’envie sa vie de noceur ! Ces hommes-là ont compris la valeur de ce qu’ils louent. Si j’en trouve le moyen, je veux connaître cet instant où, en payant le prix, je pourrai choisir et monter avec une femme pour lui faire tout ce que j’aime… Je voudrais être cet homme qui va au salon, rencontre, paye et s’en va, sans séduction, sans attendre, comme un animal. » (p. 34) ; « Ayant remarqué mon petit manège, elle [la prostituée] s’avança, certaine cette fois que j’étais revenue pour elle. […] Elle me prit par le bras et m’entraîna dans un coin sombre, comme elle devait le faire pour décider le client quand il n’était pas sûr de lui. Elle ouvrit un peu mon manteau et chercha entre mes jambes ce qu’il n’y avait pas. Elle entreprit de me palper plus avant. Je me mis à la regarder bien en face. […] Elle m’attrapa le bras violemment. Terrorisée, j’eus l’énergie de m’enfuir, courant comme je le pouvais dans mon accoutrement, manquant de trébucher dix fois sur mon pantalon trop long… Je l’entendis qui disait quelque chose comme : ‘J’ai d’la moralité, moi !’ Puis, très clairement, le mot ‘ordure’ claqua dans la nuit. » (pp. 40-41) ; « L’amour de Marie était devenu assez pesant. […] Maintenant que je l’avais possédée, je n’avais plus vraiment de désir pour elle. Sans doute aurais-je aimé vivre comme beaucoup d’hommes, sans cesse en recherche de nouveauté, tout à la joie de la découverte. […] Si j’avais été une femme qui prenait du plaisir avec les hommes, j’aurais sans doute été une courtisane, ou pis encore… » (pp. 207-208)

 

Par la pratique de la prostitution, le/la prostitué(e), tout comme son client, prétendent « inverser/transcender les rapports de domination femme-homme », bref, gommer la différence des sexes, ou bien l’incarner à eux seuls (cf. le film « Prends-moi » (2005) d’Everett Lewis). « Oui, j’étudie les hommes depuis des années, professionnellement… un peu comme une prostituée en somme… » (la femme à propos de son ex-compagnon Jean-Luc, converti à l’homosexualité, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je ne suis pas une putain, c’est moi qui paie ! » (Maria-José, le transsexuel M to F, dans la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 36) ; « Je suis déjà sorti avec une femme. Finalement, je suis devenu gay ; elle, actrice porno. » (Jérémy Lorca dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; etc.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Dans les fictions homo-érotiques, la prostitution n’est pas simplement une violation de la différence des sexes. Elle se double d’une violation de la différence des générations (= inceste) et de la différence des espaces (= racisme). C’est la raison pour laquelle beaucoup de créateurs homosexuels figurent la relation mère-fille comme une union transsexuelle maquerelle-prostituée (dans laquelle, bien souvent, les rôles s’interchangent d’ailleurs, puisqu’il s’agit concrètement d’une schizophrénie, de l’expression d’une transsidentité cynique). Par exemple, dans l’œuvre théâtrale et romanesque de Copi, ce duo maman-fille prostituées est un grand classique. « Ma mère, que fais-tu ici ? Je t’ai interdit de venir traîner dans mon territoire ! » (Lou parlant à sa mère Solitaire à Montmartre dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi)

 

B.D. "Le Monde fantastique des gays" de Copi (cf. planche "Telle mère telle fille")

B.D. « Le Monde fantastique des gays » de Copi (cf. planche « Telle mère telle fille »)

PROSTITUTION Telle mère 2
 

On l’observe aussi dans beaucoup de spectacles travestis ou transsexuels. Notamment, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, « relooke » sa nièce Claire comme une pute et la laisse sur un parking pour qu’elle fasse son apprentissage de la « sexualité »… ou plutôt de la prostitution. Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, trois générations de prostituées (grand-mère, mère et fille) se succèdent (« Oui, j’ai fait carrière au bois… » dit la mère), s’injurient entre elles (« Toutes des putes ! Même maman ! »), et ne sont que les trois facettes d’un même désir de se mépriser et de déprimer en rigolant (« J’suis totalement dépressive ! » ; « Ridicule, oui, mais pas médiocre ! »), quitte à prendre la terre entière pour une nation de prostituées damnées (« Mes sœurs salopes, prenez le taureau par les couilles ! » conclut la fille Gwendoline).

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Un lien existant entre homosexualité et prostitution :

PROSTITUTION Koltès

Pièce « Dans la solitude des champs de coton » de Bernard-Marie Koltès


 

Même dans le réel, il existe des rapports étroits entre homosexualité et prostitution. Dans toute société humaine, à n’importe quelle époque, et dans n’importe quel pays, ils sont constatables (et je ne parle pas que de la prostitution masculine en disant cela : je me réfère aussi à la prostitution féminine !). Souvent, le pratique des actes homosexuels et de la prostitution coïncident avec des contextes de misère, de crise, de pauvreté, de dictatures, et de guerres. « En relisant les écrits des auteurs latins, on en arrive à se convaincre qu’à Rome, la prostitution masculine était presque aussi générale et aussi ardente que la prostitution féminine. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 126) ; « Les familles patriciennes avaient coutume de donner à leurs fils, à partir du jour de leur puberté, un jeune esclave qui partageait leur lit et qui était destiné à satisfaire leurs premiers élans voluptueux. Les jeunes esclaves portaient des cheveux flottants. Le jour de son mariage, le jeune Romain qui voulait indiquer sa fidélité à son épouse, faisait couper les cheveux à ses esclaves. La loi romaine ne permettait cette prostitution que chez les esclaves, les affranchis, les étrangers. Le châtiment de mort n’intervenait que pour les hommes libres. » (idem, p. 127) ; « Dans un tract politique nazi du 16 septembre 1919, on pouvait lire ce slogan : ‘L’Allemagne est en train de devenir une ‘maison chaude’ pour les fantasmes et l’excitation sexuelle.’Cette formule correspondait à une réalité certaine. Des touristes du monde entier venaient à Berlin, parce qu’elle était surnommé ‘Sin City’… On pouvait même trouver des filles de 10-11 ans portant des habits de bébés qui se promenaient de minuit à l’aube en concurrence avec des blondes luxuriantes, nues dans leurs manteaux de fourrures. Ou avec des garçons habillés en poupées, poudrés, les yeux faits, et du rouge aux lèvres. Pas moins de deux mille prostitués mâles sillonnaient les rues de Berlin, tous listés par la police. » (Philippe Simonnot parlant de la libéralisation des mœurs dans la ville nazie berlinoise des années 1920-30, dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 31) ; « Si l’Occupation [1942-1944] avait radicalement supprimé la progression de la drogue en France, elle y avait en revanche développé l’homosexualité. Assez répandue outre-Rhin, la pédérastie s’étendit à la suite du passage des soldats allemands dans notre pays. Jusqu’alors, elle était le fait de quelques intellectuels ou de quelques blasés qui constituaient une confrérie très fermée. Les véritables invertis physiologiques se montraient encore plus discrets. Bref, la pédérastie n’était pas descendue dans la rue. Par goût, par entraînement, par intérêt, par lâcheté, de nombreux jeunes gens, et des moins jeunes, subirent l’initiation germanique. À la Libération, l’arrivée des Nord-Africains, les difficultés économiques, la fermeture des bordels, encouragèrent cette vague d’homosexualité. Pour la première fois à Paris, il existait une prostitution masculine avouée sur les trottoirs de Saint-Germain-des-Prés. C’est pourquoi la loi d’avril 1946 sur la prostitution n’établit aucune distinction de sexe. » (André Larue, Les Flics, 1968) ; « Les prostitué(e)s et les homosexuels sont les proies privilégiées des polices des mœurs partout dans le monde. » (Gayle Rubin, Marché au sexe (2001), p. 95) ; « Bien à l’âge de neuf ans, j’ai été abusée sexuellement par un adolescent et sa sœur. J’ai alors expérimenté une activité hétérosexuelle et homosexuelle affreuse à un très jeune âge et en même temps, j’étais élevée par la télévision – j’avais la permission de regarder des films réservés aux adultes, des films d’horreur, des films à contenu sexuel, donc mon éducation à l’amour et au sexe s’est faite par l’abus et en gros par la négligence parentale, puisqu’ils nous autorisaient à regarder ces choses. » (Shelley Lubben, ex-actrice porno) ; « Je pourrais également être prostitué – et même travesti, navré si cela vous choque. Violé à l’âge de 12 ans, j’ai grandi dans une famille où l’inceste était monnaie courante. Les hommes de mon enfance – à commencer par mon père – n’étaient pas à la hauteur. Pire, ils auraient dû me dégoûter d’être un homme. » (Père Jean-Philippe, Que celui qui n’a jamais péché… (2012), p. 17) ; etc.

 

Il existe de nombreux croisements indirects entre la pratique de la prostitution et l’émergence de l’homosexualité. Dans certains pays, les actes homosexuels et prostitutifs génèrent d’ailleurs les mêmes châtiments (lapidation, meurtre, emprisonnement, peine de mort, etc.). Par exemple, dans son roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011), Jean-Claude Janvier-Modeste raconte comme lui/son personnage s’est fait lapider par les gens de son village en Martinique à cause de son homosexualité.

 
 

b) La prostitution pratiquée :

Certaines personnes homosexuelles se prostituent réellement, et racontent leur expérience : Berthrand Nguyen Matoko, John Rechy, Rupert Everett, Arthur Rimbaud (qui « s’encrapulait » avec de vieux messieurs : il écrivit à son ancien professeur Izambard qu’il se faisait « cyniquement entretenir »), Antonio Ruiz, Quentin Crisp, Joey Stefano, Richie McMullen, David Wojnarowicz, Aiden Shaw, tous les acteurs porno, etc. « Ali couche avec des hommes plus âgés qui le payent, ou accepte de se louer  comme escort-boy. En somme, il se prostituait… » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 105) Cette réalité n’est pas très connue car non seulement la prostitution est un acte honteux, mais en plus, elle est en général mêlée aux crimes homophobes. Par exemple, le documentaire « Moi, Luka Magnotta » (2012) de Karl Zéro et Daisy D’Errata retrace la vie de Luka Magnotta, le premier web killer de notre époque, escort boy, strip-teaseur, acteur porno occasionnel et mannequin raté. En Suède, un ex-président de l’Inter-LGBT suédois RFSL a été condamné à 5 ans de prison pour abus sexuels graves sur 5 jeunes hommes, incitation à la prostitution par ses victimes pour financer ses achats alimentaires… et de drogues.

 

Je vous renvoie à l’essai Doubles Vies : Enquête sur la prostitution masculine homosexuelle (2010) d’Hervé Latapie, à l’autobiographie Arthur X. : Mémoires d’un travesti prostitué homosexuel (1850-1861) de H. Legludic, à l’autobiographie The Basketball Diaries (1963) de Jim Carroll, à l’autobiographie Sex Workers As Virtual Boyfriends (2002) de Joseph Itiel, à l’autobiographie My Father And Myself (1968) de J. R. Ackerley, à la biographie Enchanted Boy (1989) de Richie McMullen, à l’autobiographie Close To The Knives (Au bord du gouffre, 1991) de David Wojnarowicz, à l’essai American Studies (1994) de Mark Merlis, à la biographie Assuming The Position : A Memoir Of Hustling (1999) de Rick Whitaker, au roman partiellement autobiographique L’Enfant ébloui (1995) de Rachid O, à l’autobiographie Red Carpets And Other Banana Skins (2006) de Rupert Everett, à la biographie Wonder Bread And Ectasy : The Life And Death Of Joey Stefano (1996) de Charles Isherwood, à l’autobiographie Chicken : Self-Portrait Of A Young Man For Rent (2002) de David Henry Sterry, aux documentaires « Four Rent Boys And A Sangoma » (2003) de Catherine Muller, « Rue Curiol » (2013) de Julian Ballester, « Le Beau Mec » (1978) de Wallace Potts, « Les Mille et un soleils de Pigalle » (2006) de Marcel Mazé (deux jeunes Maghrébins témoignent de leur quotidien dans des sex-shops parisiens dans lesquels ils travaillent en tant que gigolos), « Tierra Madre » (2011) de Dylan Verrechia (Aidee est lesbienne et strip-teaseuse), « Not Angels But Angels » (1994) et « Body Without Soul » (1996) de Wiktor Grodecki (sur la prostitution masculine à Prague), « Vestida De Azul » (1977) d’Antonio Giménez Rico, « 101 Rent Boys » (2000) de Barbato et Bailey, « Femminielli » (1993) de Michele Buono, Carmine Fornari, et Piero Ricciardi, « Oliver » (1983) de Nick Deocampo, « El Lugar Sin Límites » (1978) d’Arturo Ripstein (sur l’homosexualité au Mexique), « Night Scene » (2004) de Cui Zi’en, « Les Garçons du trottoir » (2003) de Ruthie Shatz et Adi Barash, « Yawmeyat A’her » (« Journal d’un prostitué », 2001) de Tawfik Abu Wael, « Out In Africa » (1994) de Johnny Symons, « Woubi Chéri » (1998) de Philip Brooks et Laurent Bocahut, « Super 8 ½ » (1994) de Bruce LaBruce, « Portrait Of Jason » (1967) de Shirley Clarke, « Maybe I Can Give You Sex ? » (« Peut-être puis-je vous proposer mes faveurs sexuelles ? », 1992) de Rune Layumas et Jurgen Bruning, « A Kind Of Family » (« Une Sorte de famille », 1992) d’Andrew Koster, « Boys From Brasilia » (1993) de John-Paul Davidson, le film « Hooks To The Left » (2006) de Todd Verow, etc. Je vous encourage aussi à consulter la thèse (1987) de Néstor Perlongher sur la prostitution des Michês au Brésil, ainsi que les reportages de Maryse Choisy dans le milieu des prostituées, et les précieux travaux de Michel Dorais, Peter Aggleton, Cudore L. Snell, Robert P. McNamara, Leon E. Pettiway, Robin Lloyd, sur la prostitution masculine.

 

Actuellement, les lieux de drague homosexuelle (pissotières, jardins publics, saunas, aires d’autoroute, métro, librairies spécialisées, cinéma, Minitel, Internet, plages nudistes, forêts, etc.) permettent aux réseaux de prostitution masculine de s’installer et de s’étendre en toute discrétion.

 

Dans ma vie, j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer, parmi mes amis homosexuels, des jeunes hommes qui se prostituent. Et ceux-là, généralement, tendent immédiatement l’oreille ou me demandent tout de suite la carte de visite de mon site dès qu’ils entendent que j’ai traité dans mes écrits des liens non-causaux entre désir homosexuel et viol ! Et ne croyez pas que ces amis soient forcément des garçons honteux de leur « gagne-pain » occasionnel, ou qu’ils crèvent la faim ! Bien souvent, ils vivent parallèlement une vie de « couple bien rangé » avec un partenaire régulier, et font le tapin juste pour arrondir les fins de mois ! J’en connais même qui sont de vrais « fils à papa », de famille bourgeoise, bien sous tous rapports, et qui se déplacent pour « tailler des pipes » à la Défense à de jeunes ingénieurs rencontrés sur Internet ! Donc je suis loin de « glauquiser » la prostitution. L’horreur a quelque chose de très banal par moment.

 

Par ailleurs, des personnes homosexuelles sont véritablement des clients de prostitué(e)s, même s’il n’est pas de bon ton de le révéler : Frédéric Mitterrand, Pier Paolo Pasolini, Rudolph Moshammer, Jean Genet, William S. Burroughs, John Rechy, Marcel Proust (qui a même créé son propre bordel !), tous les hommes et toutes les femmes fréquentant des saunas/les bars/les clubs pour y pratiquer l’homosexualité, etc. « Il est très difficile de trouver des témoignages de clients. Ils se sentent souvent honteux. Les médias les montrent comme des monstres ! » (Hervé Latapie cité dans l’article de Lucile Roger, sur le Têtu du vendredi 15 janvier 2010) Par exemple, le 3 avril 2012, Richard Descoings, le directeur de Science-Po Paris, homme marié, est retrouvé mort à 53 ans, nu sur son lit, suite à une crise cardiaque, dans un hôtel de New York : il s’acoquinait avec deux escort-boys qui ont pris la fuite. « Lors de mes rencontres anonymes, j’étais ce que l’on appelle un client. Je ne faisais rien pour procurer du plaisir à l’autre, ou du moins pas de manière délibérée. Lorsque je suis devenu trop vieux pour recevoir ce genre d’attentions de la part des jeunes, j’ai payé avec plaisir, me libérant ainsi du souci d’avoir à contenter quiconque, de quelque façon que ce soit. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 349) ; « Arrive pour Stéphane le service militaire, il déserte, disparaît pendant des mois dans les bas-fonds de Paris où j’ai fini par le retrouver, est repris, mis en asile psychiatrique militaire, et est gracié sur intervention de Mme Mitterrand, à la prière d’un haut fonctionnaire qui, épris de son charme, désirait avoir avec lui une liaison durable, une union. Cet amoureux malheureux téléphonait nuitamment à Estelle, la mère de Stéphane, en la suppliant, en vain, d’obtenir de son fils que ce fils adopte pour cela une conduite plus « cohérente » (c’était son mot) : ne plus se prostituer, cesser d’être dealer. » (Paul Veyne, Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), pp. 236-237) ; « C’est là que Magnus Hirschfeld rencontre Li Shiu Tong, surnommé Tao Li, un jeune étudiant en médecine qui devient son compagnon. L’écart d’âge entre les deux est de 40 ans. Tao Li a donc 25 ans au début de leur liaison. Liaison hors du commun, homosexuelle, interraciale, intergénérationnelle. En outre, elle n’est pas monogame, puisque Hirschfeld garde sa relation avec Karl Giese. Ce ménage à trois ne vivra pas sans problème. Hirschfeld entretient financièrement ses deux amants. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 113) ; etc.

 

Certaines personnes homosexuelles cautionnent la prostitution, tout en reconnaissant lucidement ses limites : « J’ai pris le pli de payer pour les garçons. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 161) ; « Tous ces rituels de foire aux éphèbes, de marché aux esclaves m’excitent énormément. […] L’argent et le sexe, je suis au cœur de mon système. » (idem, p. 315) Selon Marcel Proust, par exemple, la catégorie des hommes invertis formait une « race sur qui pèse une malédiction et qui doit vivre dans le mensonge et la parjure, à qui est presque fermée la possibilité de cet amour dont l’espérance leur donne la force de supporter tant de risques et de solitudes, puisqu’ils sont justement épris d’un homme qui n’aurait rien d’une femme, d’un homme qui ne serait pas inverti et qui, par conséquent, ne peut les aimer ; de sorte que leur désir serait à jamais inassouvissable si l’argent ne leur livrait pas de vrais hommes, et si l’imagination ne finissait par leur faire prendre pour de vrais hommes les invertis à qui ils se sont prostitués. » (Marcel Proust, 1972, p. 16)

 
 

c) Les prostitutions parallèles, non-officielles, dites « éthiques », « gratuites », et se faisant passer pour de l’Amour :

Il arrive que la relation de prostitution dure un peu plus de temps que prévu entre les amants de la prostitution (à savoir le binôme prostitué/client, ou bien prostituée/client, ou encore prostitué/cliente). Certains couples décident de s’entretenir dans la consommation, trouvent un « p’tit arrangement à l’amiable ». Généralement, leur relation amoureuse est placée sous le signe de l’argent : « En 1942, lors d’un voyage à Cannes, je fis, dans un cabaret la connaissance d’un jeune barman. Pour le revoir, pour être plus souvent à ses côtés, je poussai même la folie jusqu’à louer un appartement dans l’immeuble qui abritait le cabaret. Tous les jours, à la même heure, j’étais là, rivé au comptoir, afin de bavarder un peu avec lui. Pour lui, je dépensais sans compter. Un soir, enfin, tous mes espoirs furent satisfaits… Stupidement, je lui offris – luxe suprême à l’époque – une moto. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, pp. 86-87) ; « J’ai toujours su que je me prostituais. Pour rien. Pour un Mickey Parade et une soirée télé, une religieuse au chocolat et des fraises Haribo, un tour en voiture ou une séance de cinéma avec sa glace à la vanille. Peut-être aussi parce que tout simplement, Didier était infiniment gentil avec moi. Infiniment attentionné. » (Christophe Tison, Il m’aimait (2004), p. 76)

 

Parfois, le fait que le duo client/prostitué(e) s’attribue l’étiquette identitaire ou amoureuse d’« homosexuels » ou de « couple » change la donne, non dans les faits (… car le consentement n’est pas la liberté ; le plaisir et la tendresse font partie de l’Amour, mais ne se supplantent pas à Lui), mais au moins dans les esprits. Ils ne se considèrent plus comme des clients ou des prostitués l’un par rapport à l’autre, ne voient plus leur relation comme une prostitution… même s’ils finissent par se rendre compte que cela revient au même : « Par la porte entrouverte, j’apercevais un étranger, couché dans mon lit, satisfait après notre affreuse passion. Qui était-il ? qui nous avait poussés l’un vers l’autre, comme ‘les autres’ vers les putains ?… Quelle impasse ! » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 98) ; « Quand j’étais un peu plus jeune, j’ai connu des hommes assez riches. Je n’ai pas fait de prostitution, non, disons que je me faisais gâter. » (Bruno, un gars bisexuel de 25 ans, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 206) ; « Pour la première fois, j’eus l’impression de faire la pute. Le tapin. J’adoptais l’attitude la plus faussement détachée possible, ne regardant rien, fixant tout. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 213) ;

 

Il n’y a pas que l’argent qui nourrit la prostitution et la consommation entre partenaires homosexuels/bisexuels. S’il n’y avait que de la monnaie sonnante et trébuchante, on comprendrait pourquoi l’âge des prostitué(e)s serait fixe et prioritairement bas, et pourquoi l’âge ou la classe sociale des clients serait forcément élevé(e), de manière inversement proportionnelle. Or on constate que la prostitution n’a pas d’âge ni d’argent précis, qu’elle peut être pratiquée entre jeunes, ou entre personnes « plus âgées », ou entre pauvres, ou entre riches, et qu’elle jouit d’autres moteurs : le besoin d’affection, la tendresse, le contentement des sens et des corps, la célébrité, l’ascension sociale, l’esthétisme, l’interdit, la clandestinité, les cadeaux (voyages, habits, bijoux), le sexe, la sincérité, etc.

 

Bon nombre de romanciers, de chanteurs et de réalisateurs homosexuels prennent comme cadre amoureux homosexuel des récits où se mêlent monde bourgeois et monde underground du prolétariat facile à acheter (Bernard-Marie Koltès, Hervé Guibert, Patrice Chéreau, Marcial di Fonzo Bo, Marcel Proust, Jann Halexander, Philippe Besson, etc.). Le tourisme sexuel et artistique sert de « bonne » excuse pour pratiquer une prostitution sans complexe ! Je vous renvoie au titre évocateur de l’autobiographie Escapades Of A Gay Traveler : Sexual, Cultural, And Spiritual Encounters (2003) de Joseph Itiel, racontant des tribulations prostitutives aériennes ! Énormément de photographes homosexuels ont choisi pour modèles « artistiques » des prostitués : Alberto Sorbelli, Larry Clark, Terry Richardson, Nan Goldin, Wolfgang Tillmans, Jack Pierson, Wilhelm von Gloeden, Philip Lorca di Corcia, etc.

 

Les transactions et les exploitations continuent de se faire ! Seule la monnaie d’échange varie : dans certains cas, ce sont les corps qui remplacent les billets… d’où l’impression que l’argent a disparu, qu’il s’agit d’une prostitution gratuite et désintéressée, que la corruption n’existe plus, voire même qu’une homosexualité s’assume pleinement !

 

Par exemple, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, on observe que, sous couvert de justification de l’« amour » homosexuel et de la possibilité de l’orgasme 100% féminin, le réalisateur et toute son équipe ont basculé dans le machisme inconscient du proxénète. En effet, dans l’histoire, Adèle et Emma, les deux femmes en « couple », passent leur temps à s’insulter de « sale pute », de « traînée », de « prostituée », ou bien se proposent de « se payer en nature » au moment de la réconciliation sur l’oreiller. Quant à l’ambiance sur le tournage, Kechiche a tellement poussé à bout ses actrices pour qu’elles se fassent jouir devant sa caméra que ces dernières ont avoué à des journaux qu’elles s’étaient senti traitées comme des « prostituées » … même si la carotte de la « bonne cause », l’excuse du « rôle artistique » et la récompense de la Palme d’or, ont réussi à atténuer cette violence.

 

Certains couples (homos) pensent naïvement qu’à partir du moment où ils ne s’échangent pas de matériel (ce qui reste à prouver… car la première matière, c’est leur corps), à partir du moment où un (timide) consentement/un plaisir/une générosité a été échangé entre partenaires sexuels, à partir du moment où il n’y a pas eu que de l’égoïsme, il n’y a forcément plus de consommation et d’exploitation mutuelle du tout ! Que de la liberté et de l’amour ! Par exemple, dans la publicité pour Kwixo (mars 2012), un maître-nageur se fait palper par un ami pour une question d’argent… et finit par aimer ça : « Tu sais, Éric, j’aimais bien quand tu cherchais mon porte-feuille. »

 

 

Il arrive que certains individus homosexuels, bercés par leurs illusions d’amour ou stimulés par leurs pulsions, se mettent à justifier tout type de prostitutions comme un acte banal, magique, un loisir « plaisant et naturel » : c’est comme cela qu’on peut considérer, par exemple, la forte consommation de pornographie chez la plupart des personnes homosexuelles (petit rappel historique : la « démocratisation/banalisation » de la pornographie est très récente : rien qu’en France, elle est arrivée seulement en 1975). Ils nous présentent les prostitués comme des « Messieurs-Tout-le-monde » sans problème, arrivant à concilier leur activité prostitutive avec leur quotidien. Le film « Boy Wonder » (2005) de Kery Isabel traite justement de la double vie d’un homme alternativement « normal » et travesti prostitué. Par ailleurs, des essais comme ceux de Maria Nengeh Mensah (Luttes XXX : Inspirations du mouvement des travailleuses du sexe, 2012) tentent de décriminaliser la prostitution, de la présenter comme une réponse « logique et justifiée » à une oppression machiste et patriarcale.

 

Il arrive que des individus homosexuels et/ou féministes se mettent à célébrer la prostitution comme une transgression « géniale », « forte », « anti-conformiste », « jusque-boutiste », « anormative », « inversante », « émancipante », « responsable », « libre », « révolutionnaire », « couillue ». « Il y a des garçons et des filles à qui l’on donne cent euros, une poignée de dollars, parce qu’ils les valent et que ça nous simplifie l’existence. On appelle ça le sexe, et c’est très bon pour la santé. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 190) ; « Interdire la prostitution, et pourquoi donc ? » (idem, p. 212)

 

Par exemple, dans le documentaire « Mamá No Me Lo Dijo » (2003) de Maria Galindo, certaines femmes lesbiennes féministes se mettent à justifier un « droit à la prostitution féminine ». Dans son essai De Sodoma A Chueca (2004), Alberto Mira parle de la prostitution comme d’« une pratique qui devrait être démystifier » (p. 266). Dans la partie « Éloge ambigu du contrat » de son autobiographie Roland Barthes par Roland Barthes (1975), Barthes défend également la prostitution. Dans l’émission Ça commence aujourd’hui (spéciale « À moins de 20 ans, elles sont tombées dans la prostitution ») sur France 2 diffusée le 17 mars 2023, Alexia, jeune ex-prostituée (avec des hommes), se découvre exclusivement lesbienne et dit que l’homosexualité l’a aidée à se réconcilier avec son corps.

 

Cette justification de la prostitution peut se faire par défaut, par pur sexisme. C’est souvent ce qui arrive à des associations féministes comme Ni putes ni soumises, qui ne voient la prostitution que sous le prisme manichéen de la domination des hommes par les femmes, et non comme ce qu’elle est vraiment : un machisme qui n’a pas de sexe spécifique. Elles oublient un peu vite qu’il existe une exploitation de l’homme sur l’homme, ou de la femme sur l’homme, qui s’appelle aussi « prostitution masculine », « nymphomanie », « banque de sperme », « PMA », « cougarisme », et j’en passe.

 

À en croire ces libertins militants, il existerait une prostitution « éthique », « bio », « multi-culturelle », « poétique », « gratuite », « transcendant la vulgarité de la prostitution payante ou du mariage ». « Je vais être obligé d’avouer quelque chose d’un peu personnel. Moi, j’ai toujours été attiré par les pissotières, par ce contact, par ce qui se passe entre des corps étrangers qui se rencontrent au départ pour uriner, et au bout de quelques secondes, de quelques minutes, ça se transforme en autre chose. J’ai toujours trouvé ça très poétique, très entraînant, et je dois avouer que ça me rappelle la sexualité enfantine de groupe que j’ai eue avant l’âge de 12 ans. J’ai pris ma retraite sexuelle à l’âge de 12 ans. Entre l’âge de 12 et 22 ans, il s’est rien passé. Et cette fascination pour les pissotières rejoint un peu ça : ce côté gentil, bienveillant, ce côté étranger et tout d’un coup on se donne l’un à l’autre, pendant un p’tit moment, et complètement dans l’interdit… Malheureusement, il n’y a plus de pissotières à Paris. » (le romancier Abdellah Taïa à l’émission Homo Micro du 25 septembre 2006, sur Radio Paris Plurielle) ; « Cette cérémonie [de la prostitution entre les jeunes Indiennes et des marins] qui perpétue le viol possède un atout : elle exclut le mariage. Le couple argentin, dès le mariage, ne se parle plus. » (le dramaturge argentin Copi en août 1984 à Paris, cité dans la biographie du frère de Copi, Jorge Damonte, Copi (1990), p. 90)

 

La réalité de la violence de la prostitution masculine peut être également euphémisée et romantisée en goût du voyage (on parle concrètement de « tourisme sexuel »), en aide humanitaire (on parle d’« escort-boys »), de rencontre des Peuples (on parle d’« amants exotiques ») : cf. l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli, le documentaire « Not Angels But Angels » (« Rien que des anges », 1994) de Wiktor Grodecki, etc.

 

Il y a quelque chose de complètement paradoxal dans la participation des personnes homosexuelles – pourtant souvent lettrées, esthètes, éduquées, spirituelles, réputées « raffinées » et « romantiques », à priori peu vénales – à la prostitution (et je vous renvoie directement à la partie « Paradoxe du libertin » du code « Liaisons dangereuses » et au code « Bobo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, pour mieux me faire comprendre). Il y a aussi un vrai paradoxe à ce que certains individus (parfois « homosexuels refoulés », mais pas que ; ils peuvent aussi être de souche populaire, d’une culture étrangère très religieuse et homophobe ; ou bien des « fils à papa » qui n’ont pas besoin d’argent) se lancent dans le métier de la prostitution homosexuelle. Le déni du prostitué homosexuel ou de son client se fige parfois en posture interrogative esthétisée : « Je me découvrais dans la confrontation entre le garçon que j’étais et l’argent qui dominait. Pourtant, je continuais à m’entêter et par-là même, de manière très troublante, prouvais une détermination à vouloir foncer et à repousser la haine qui naissait de ces rencontres. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 109) ; « J’étais très naïf et idiot, m’attachant à l’argent, et à une sorte de défi qui m’empêchait de dénoncer ma propre honte. » (idem, pp. 113-114) ; « Comment, osais-je me dire, que j’allais être un prostitué ? » (idem, p. 116)

 

En général, la violence de la prostitution est toujours être atténuée et excusée par l’esthétisme (« Il est beau et mis en valeur, mon escort-boy ! » ; ou bien « En prostitué, je suis une puissante icône du danger sexuel ! »), par la bonne intention (« Je rêve que pour une fois, l’acte de consommation que je vais poser soit exceptionnellement de l’amour, comme dans ‘Pretty Woman’ : je cherche à sauver le prostitué qui se gâche. » ; ou bien « Je rêve que mon client m’arrache à mon enfer, soit mon prince charmant inattendu. » ; cf. le film « Change-moi ma vie » (2001) de Liria Bégéja), ou par le besoin (« Je fais ça pour l’argent, pour subsister : pas par gaieté de cœur ou pour les sentiments ! » ; ou bien « J’aide un pauvre prostitué à vivre en le payant et en subvenant à ses besoins. »), ou par le désespoir (« Personne ne m’aime ! J’aime donc comme je peux, et n’importe comment ! Personne n’a rien à me dire ! »), etc.

 

Le client tient souvent ce double discours puant, hypocrite (et pourtant sincère !) de celui qui, en même temps qu’il loue les service de son prostitué et l’enfonce un peu plus dans sa misère, cherche en l’en sortir : « Il faut arrêter cette vie. » dit le haut-fonctionnaire qui entretient Berthrand Nguyen Matoko… tout en « baisant » avec lui (cf. Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 125).

 

Chez l’esprit bobo persiste un indécrottable fantasme de convertir la prostituée/le prostitué, en prince charmant ou en princesse charmante, façon conte de fée underground « à la Week-end » (le film d’Andrew Haigh… l’archétype du film bobo bear qui plait aux célibataires homos qui croient au sexe sans croire en l’Amour). Même si en théorie le libertin prétend que « l’amour n’a pas de règle », qu’il ne se décide pas, qu’il n’est pas guidé par le désir et la liberté humaine, qu’il est circonstance inattendue, il s’impose justement que l’amour ne se trouve que là où il n’a pas l’air de s’y trouver, y compris dans la violence, la consommation, et le contexte glauque de la prostitution. (« J’ai rencontré mon copain au Bois de Boulogne. Pourtant, lui comme moi ne sommes pas du tout ‘milieu’… »). Son anticonformisme de principe, bien intentionné, a aussi sa part de naïveté de midinette romantique, même si l’intéressé refusera de se l’avouer ! Être pris en défaut d’ingénuité hypocrite : rien de pire pour l’homme homosexuel bobo !

 

 
 

d) Putain de merde ! (la prostituée tueuse ou la prostituée tuée par le client homosexuel) :

Mais la réalité violente de la prostitution renvoie vite les amants homosexuels/bisexuels à la médiocrité et l’orgueil de leur situation ! Au final, ils s’utilisent plus qu’ils ne s’aiment. Et ils le savent très bien. Leur homosexualité tient davantage à l’argent et à l’intérêt éphémère de soulager leurs pulsions personnelles qu’à leur liberté, à leurs désirs profonds, et à l’Amour. Le client, tout comme le/la prostitué(e), passent leur temps à s’échanger les rôles de dominant/dominé, car tous deux ont honte d’aimer.

 

L’une de leurs règles d’or de leur collaboration est l’interdiction de « s’attacher », de s’engager, de se laisser aimer, de rendre l’amour visible, et de le vivre de manière un minimum égalitaire. « J’ai essayé de ne pas me gargariser de romantisme à deux sous. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 53) Et c’est bien parce que le client et son travailleur/sa travailleuse s’empêchent d’être passionnés, de se dire « Je t’aime », de se donner en amour, en brandissant la pancarte « Interdit d’aimer » – comme un aveu qu’ils n’assument ni l’acte d’amour qu’ils posent sans amour, ni leur désir homosexuel, ni leur propre homophobie –, qu’ils tombent au final maladivement/passionnément amoureux entre eux, ou bien amoureux du premier inconnu qu’ils rencontrent une demi-seconde sur les lieux de prostitutions non-agréés (Internet, les saunas, les backrooms, les lieux improbables de la rencontre homosexuelle, etc.), pour ensuite s’en débarrasser comme une preuve gênante de leur fragilité (homo)sexuelle. « Je me savais incurablement sentimentale. » (idem, p. 190) ; « La sagesse populaire a raison de comparer l’amour à une rage de dents. » (idem, p. 183)

 

La prostituée ou le prostitué, jadis sacralisé(e) comme l’icône immaculée de la victime à sauver des griffes de la misère, comme la figure inversée du prince charmant/de la vierge (cf. je vous renvoie au code « Putain béatifiée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), perd peu à peu de son prestige. Il/elle entraîne son amant vers un monde illusoire. La princesse du pavé retrouve son costume de Cendrillon quand les deux coups de minuit sonnent : « J’avais suivi une prostituée – naturellement vieille et décatie – et ne sus que m’enfuir devant les audaces cupides de l’horrible femme : tout ce qu’avaient pu inventer mes cauchemars au sujet des filles se trouvait réuni là, ignoble, sordide. C’était donc cela, l’amour des femmes : cette sorcière avare, pressée, aux gestes obscènes ? » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 81)

 

En dépit de leur pacte de non-agression ou de neutralité, la rencontre entre le client et la prostituée/le prostitué s’est soldée concrètement par un viol/vol réciproque. Chacune des deux parties s’est laissée surprendre négativement par son propre égoïsme, reflété dans l’attitude de complaisance/d’exploitation de son complice. En général, l’individu homosexuel (proxénète ou client) dépeint alors le jeune homme/la jeune femme qu’il a voulu posséder, comme un voleur, un monstre, un traître, un démon, un cruel tentateur, une preuve gênante de son homosexualité/de son adultère, un assassin…

 

C’est parfois ainsi qu’il/elle se comporte (cf. je vous renvoie au code « Liaisons dangereuses » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Le phénomène des prostitués homosexuels tueurs, bien qu’isolé, est malheureusement beaucoup plus répandu que l’opinion publique et que nos médias veulent bien le penser. Par exemple, le 4 avril 2012, Jean-Nérée Ronfort, un expert en antiquités de 69 ans, a été découvert par son compagnon gisant au sol de son bureau, le crâne fracassé : il a été tué par trois prostitués roumains de 20, 21 et 25 ans. Carlos Travers, à l’automne 1979 à Madrid, a été étranglé par un câble par un prostitué. Álvaro Retana, le romancier espagnol, a été assassiné par un prostitué homosexuel en 1970. Joan Joachim Winckelmann est massacré dans sa chambre d’hôtel de Trieste par un jeune voyou, Francesco Arcangeli. Ramón Novarro, amateur de jeunes prostitués, est retrouvé mort dans sa piscine, assassiné par deux gigolos. Pier Paolo Pasolini a été sauvagement tué par Pino Pelosi, un jeune prostitué homosexuel de 17 ans, le 1er novembre 1975. Aux États-Unis, en 1997, le jeune prostitué de 27 ans Andrew Phillip Cunanan, s’est attaqué à quatre clients homosexuels (dont un ingénieur de 28 ans – à coups de marteau –, un riche agent immobilier de 72 ans – lardé de coups de sécateur, puis enrubanné comme une momie avec un rouleau adhésif –, et le fameux grand couturier Gianni Versace).

 

Le retour de bâton ne se fait pas attendre… car il arrive aussi très souvent que des prostitué(e)s se fassent liquider par leurs clients/amants homosexuels, parce que les premiers les ont exploités, ou bien parce que les seconds se sont sentis cruellement trahis ! Par exemple, en 1949 en Espagne, une prostituée, Carmen Broto, plus connue sous le nom de « Cocotte », a été assassinée par un homme homosexuel. Le 23 décembre 2002, dans les Hauts-de-Seine, Philippe Digard (26 ans) étouffa et tua Ilia, un jeune prostitué homosexuel. Costas Taktsis, l’écrivain grec, a été étranglé le 30 août 1988 par un amant de passage, alors qu’il se prostituait dans les rues d’Athènes. Dans le documentaire Et ta sœur ! (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, on voit que les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence tiennent très scrupuleusement les comptes des meurtres de prostituées de par le monde, sur un registre nommé le Livre des Martyres.

 

Si les prostitué(e)s ne sont évidemment pas tous tué(e)s physiquement par leur maquereau ou leur client (et heureusement), ils/elles sont en revanche régulièrement maltraité(e)s, vidé(e)s de leur âme, et poussé(e)s dans le vide. Les sociologues s’accordent pour dire que bon nombre de personnes transsexuelles, travesties, ou prostituées, se suicident.

 

Et concernant les viols, du côté du prostitué/de la prostitué(e) comme de celui de son client homosexuel/bisexuel, le cadre légal et pourtant secret/clandestin/anonyme de la prostitution est la porte ouverte à tous les chantages, à tous les viols qui ne pourront même pas être dénoncés par les victimes. Dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), Jean-Louis Chardans décrit les « générations de maîtres-chanteurs » (p. 39) qui se succèdent dans les sphères relationnelles (homosexuelles) de la prostitution. Par exemple, dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang est relaté un viol sur un prostitué (p. 123).

 

L’acte prostitutif et l’acte homosexuel peuvent avoir le même effet réverbérant violent que celui qu’on observe dans le cas des actes homophobes. L’agresseur ne supporte pas d’identifier chez sa victime leur faiblesse commune, observable dans le fait que cette dernière s’adonne à son désir homosexuel ou bien dans le fait qu’elle l’encourage efficacement à la prostitution… donc il attaque l’objet de son désir/de l’aveu de sa propre faiblesse. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les cas d’homophobie ont souvent lieu dans des contextes prostitutifs, et sont des actes peu contrôlés, très pulsionnels, limite voulus narcissiquement amoureux et positivement sacrificiels. L’individu homosexuel érige un bûcher en l’honneur de son client/de son vendeur pour lui prouver qu’il est éternel, pour lui démontrer qu’il l’aime à (l’)en (faire) mourir. Dans son autobiographie La Mauvaise Vie (2005), Frédéric Mitterrand, qui est un fin connaisseur du monde de la prostitution puisqu’il y a souscrit, explique clairement les mécanismes de l’homophobie qui se jouent dans le cadre de la relation ambigu client/prostitué : « Les plus graves menaces surgissent quand on est trop gentil ; le garçon est troublé, il s’expose à éprouver de la sympathie, il ne peut plus mépriser commodément. Si sa nature est franchement mauvaise, il peut prendre peur, s’enrager et devenir incontrôlable avec des pulsions de meurtre pour se débarrasser du gêneur qui a bousculé son équilibre et ses habitudes. […] Des Pelosi la grenouille [en référence au prostitué qui a assassiné le cinéaste Pasolini], j’en ai croisé pas mal dans des endroits glauques à Paris. […] Je sais que je ne suis pas le seul à être hanté par ce crime et par tout ce qu’il laisse supposer. » (pp. 163-164)

 
 

e) À la recherche du sceptre du machisme perdu :

Pour conclure, ce qui unit le prostitué/la prostituée et son client, en plus de la mort (celle-ci ne sera finalement que l’issu de ce que je vous annonce), c’est une idolâtrie. Ils convoitent tous deux le pouvoir narcissique par excellence, à savoir le désir machiste du mâle cinématographique (dans sa version plutôt porno), du Super-héros à la génitalité affranchie de la sexualité et du sentiment, de la femme fatale croqueuse d’hommes (cf. le vidéo-clip de la chanson « California » de Mylène Farmer). La prostitution et l’homosexualité pratiquée, à ce titre, peuvent se définir comme l’appropriation « fière » du machisme. « Dans les films, la hardeuse a une sexualité d’homme. Pour être plus précise : elle se comporte exactement comme un homosexuel en back-room. Telle que mise en scène dans les films, elle veut du sexe, avec n’importe qui, elle en veut par tous les trous et elle en jouit à tous les coups. Comme un homme s’il avait un corps de femme. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006), p. 101) Quand je parle d’intériorisation du viol dans le cas de la prostitution homosexuelle, j’ai des illustrations à foison. Par exemple, l’application I-Phone Grindr, permettant de détecter quelles sont les personnes homosexuelles qui se trouvent au plus près de notre circonférence géographique, est le support parfait d’une prostitution « librement » consentie : c’est un gaydar, une prémisse de la puce électronique sous la peau, reléguant la personne qui s’en sert à l’état de prostitué en « libre service », « mobile », consommable sur place. « Corps et technique entretiennent des rapports de plus en plus intimes, d’assistanat. » (le sociologue Éric Sadin parlant d’un de ses amis gays lui montrant l’application Grindr, lors de sa conférence La Société de l’anticipation à l’INHA, le 31 octobre 2011) C’est la même chose sur les sites de rencontres Internet, faussement « gratuits », où règne l’auto-pornographisation, l’auto-érotisation… même si cette forme de prostitution, qui transforme tout internaute en bout de viande sur un étalage, s’est démocratisée au point de faire oublier sa violence injonctive, puisque l’utilisateur se choisit lui-même comme « mac », et se prostitue apparemment de plein gré.

 

PROSTITUTION Grindr

 

Les personnes homosexuelles pratiquantes et les prostitué(e)s ont en commun d’être la même projection intériorisée du viol : ils disent vouloir ardemment et sans influence ce à quoi le réalisateur machiste les a persuadé de s’abaisser. Ils veulent aimer/être aimés comme ils imaginent qu’un homme cinématographique aime et « fait l’amour » à la femme-objet… donc avec toute-puissance, brutalité, et pourquoi pas dans la soumission aussi (inversion « démocratique » des rôles oblige !). Ils ré-instaurent sans s’en rendre compte les codes pornographiques du machisme asexué le plus abject, comme l’expliquent très bien Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut dans leur essai Le Nouveau Désordre amoureux (1977).

 
 

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Code n°152 – Putain béatifiée (sous-codes : Prostituée lesbienne / Pute de luxe)

Putain béatifiée

Putain béatifiée

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

La jouissance d’être un « piège à hommes », une « arme de séduction massive »

 

Énormément de personnes homosexuelles abordent le thème de la prostitution, féminine comme masculine, parce que celle-ci correspond chez elles à un fantasme esthétisé de viol plus ou moins avoué, parfois actualisé dans leur propre mode de vie, ou projeté à tort sur les femmes réelles.

 

Pour beaucoup d’entre elles, la première des putains, c’est d’abord leur maman (plus symbolique que biologique) : d’une part, si on rentre dans leur système de pensée incestuel, leur mère biologique a bien dû « fauter » au moins une fois avec leur père pour les avoir ! ; d’une part, leur mère cinématographique a bien été obligée de se vendre scandaleusement pour réaliser de beaux films ! Sur pellicule, l’insulte « pute » s’étendra à toutes les femmes que les personnages homosexuels rêvent vierges et qui ne leur ont pas consacré leur virginité.

 

La putain est la reine de la communauté homo. Mais attention, quand je dis ça, je parle surtout de la péripatéticienne scénique. La majorité des personnes homosexuelles ne s’intéressent pas tant à la prostituée réelle qu’à l’icône de la bad girl. Si elles étaient réellement sensibilisées aux conditions difficiles dans lesquelles vivent les vraies prostituées (précarité financière, exposition aux maladies, alcoolisme, drogue, suicide, solitude, mort prématurée, persécution policière, exil, absence d’amour, mépris du corps, etc.), elles ne les idéaliseraient ni ne les mépriseraient pas autant. Leur prostituée adorée, c’est plutôt une actrice bourgeoise volontairement vulgaire et peste : elle peut être aussi bien la femme de chambre au-dessus de tout soupçon que la pute de luxe fière de l’être. Nous observons par exemple ce duo à travers les personnages de Pierrette (Fanny Ardant) et Louise (Emmanuelle Béart) dans le film « Huit Femmes » de François Ozon ; ou bien les deux prostituées jumelles (la riche et la pauvre) du vidéo-clip de la chanson « California » de Mylène Farmer.

 

Cette sacralisation de la prostituée cinématographique, de la pute de luxe, n’est pas propre à l’homosexualité masculine, comme se plaisent à le croire certaines femmes lesbiennes qui pensent que la femme-objet est précisément l’anti-modèle de la communauté lesbienne. Elle est aussi typiquement lesbienne, sauf que le désir de fusion s’est érotisé dans le cas lesbien. La seule différence entre les hommes gays et les femmes lesbiennes, c’est que les hommes homos ne désirent pas génitalement l’icône prostitutive à laquelle ils s’identifient esthétiquement de manière plus démonstrative et assumée que les femmes lesbiennes ; alors que les femmes lesbiennes désirent génitalement l’icône de la femme prostituées à laquelle elles s’identifient esthétiquement dans l’attraction-répulsion, à la sauce bisexuelle et machiste : elles rejettent sa sur-féminité pour l’échanger contre une sur-masculinité, tout aussi artificielle et asexuée, finalement.

 
 

N.B. 1 : Ce code est indissociable du code « Prostitution » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

N.B. 2 : Je vous renvoie également aux codes « Mariée », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Talons aiguilles », « Reine », « Cour des miracles homosexuelle », « Regard féminin », « Attraction pour la foi », « Blasphème », « Femme étrangère », « Tante-objet ou Maman-objet », « Défense du tyran », « Actrice-Traîtresse », « Carmen », « Femme allongée », « Vierge », « Bergère », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Femme-Araignée », « Femme fellinienne géante et le pantin », « Don Juan », « Inceste », à la partie « Femme-pute » dans le code « Destruction des femmes », à la partie « Bourgeoise-prostituée pénétrant dans une église » du code « Bourgeoise », à la partie « Prostituée noire » du code « Noir », à la partie « Maman-putain » du code « Matricide », à la partie sur le « Transsexuel divin » dans le code « Se prendre pour Dieu », et à la partie sur les marins dans le code « Eau », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 
 

a) Passion pour la prostituée de luxe :

Film "Prenez garde à la sainte putain" de Rainer Werner Fassbinder

Film « Prenez garde à la sainte putain » de Rainer Werner Fassbinder


 

Dans les œuvres homo-érotiques, il est plutôt question de la prostituée et de la prostitution féminine que de la prostitution masculine : cf. l’album Putain de Jean Guidoni, le film « Girls Will Be Girls » (2004) de Richard Day, le film « Les Dames du bois de Boulogne » (1945) de Jean Cocteau, le roman Les Dames du bois de Boulogne (1949) de Robert Bresson, le vidéo-clip « Roxanne » de George Michael, la chanson « Ojos Verdes » de Nazario, la pièce L’Ombre de Venceslao (1999) de Copi, la comédie musicale Peep Musical Show (2009) de Franck Jeuffroy, le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, le roman El Último Pecado De Una Hija del Siglo (1914) d’Álvaro Retana, le film « Les Compagnes de nuit » (1953) de Ralph Habib, le spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008) de Michel Hermon, la chanson « Fille du soleil » de Kristel Adams dans la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon, la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet (avec Yolanda), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, le film « Piano Forest » (2009) de Masayuki Kojima, la chanson « La Garce » de Elodie Frégé, la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec Lucie, qui se prostitue), le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, le film « Pasajero » (2010) de Miguel Gabaldón, le film « Jeune et Jolie » (2013) de François Ozon, etc.

 

En général, le personnage homosexuel voue une passion idolâtre pour la prostituée ou la femme scandaleuse. Il la trouve magnifique et hyper glamour : « Et quand revient l’aube des hommes, je vous assure je reste belle. » (Scarlett, la prostituée-louve de la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Mourad déclara que Varia était sans doute une pétasse, mais qu’il adorait les pétasses. » (Mourad, l’un des deux héros homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 67) ; « Je n’ai aimé que les catins. » (Lacenaire dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; etc. Par exemple, la pièce L’Amant (1962) d’Harold Pinter s’achève par la « déclaration d’amour » que Richard formule à sa femme Sarah en la traitant de « merveilleuse putain ». Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca dit sa fascination pour Déborah, un piège-à-hommes : « C’était mon idole. »

 

Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Rosa la prostituée est carrément virginisée et sacralisée par ses camarades prostituées nommées « Trente-cinq » et « Quarante » : « Pire : elle est saine. » (Quarante) ; « Rosa, c’est sacré pour nous. » Lors du repas où sa bande de crapules se réunit pour une fête, elle se retrouve à la place du Christ, au milieu de la Cène.
 

La prostituée qu’aime le héros homosexuel peut même être une reine, une princesse, une femme d’affaires politiques, ou une bourgeoise : cf. la chanson « Queen Bitch » de David Bowie, la B.D La Verdadera Historia Del Superguerrero Del Antifaz, La Superpura Condesita Y El Super Ali Kan (1971) de Nazario, le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik (avec Cheo-Seon, la reine-putain), la nouvelle « La Baraka » (1983) de Copi (avec Madame Ada, la bourgeoise prostituée), la chanson « My Shocking Princess » de Paco Solis (dédiée à l’actrice porno Clara Morgane), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, etc. Par exemple, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, le sauna est montré comme un salon à la Nadine de Rothschild, où il convient de respecter les « codes de bienséance » et de se comporter comme une vraie Lady. Dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Marilyn est le cadeau d’anniversaire du père de Chris : traitée de prostituée par Sultana, elle porte quand même la couronne de Reine de Beauté. Dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau, Marie-Solène, la mariée en blanc, est comparée à une prostituée sur qui tous les invités de l’église sont passés.

 

La prostituée adulée par le héros homo est en général une femme à poigne, qui ne se laisse pas faire, qui après avoir été violée finit par se venger et par reconquérir son honneur et sa virginité en prenant le dessus sur ses violeurs et en réaffirmant son statut de « piège à hommes », d’icône machiste hypersexuée (cf. je vous renvoie à la partie « Catwoman » du code « Femme-Araignée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans le film « Vil Romance » (2009) de José Celestino Campusano, Alejandra (traitée de pute par Raúl) finit par tuer au couteau de cuisine Raúl qui allait la tuer.

 

Les créateurs homosexuels aiment également le retournement camp de la grande bourgeoise en courtisane libertine : ils le trouvent non seulement drôle mais désirable (il n’y a pas que de l’auto-dérision dans la démarche d’inversion : celle-ci est aussi très naïve) : « La Reine des Rats se glissa entre mes pattes et me suça le pénis sans résultat. » (Gouri, le héros bisexuel du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 118) ; « Le job, c’est de l’argent, et l’argent, c’est que pour le sexe ! Time is money, money is sex. » (la Comtesse Conule de la Tronchade, surnommée « la comtesse de Sodome et Gomorrhe », dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je ne suis pas une putain, c’est moi qui paie ! » (Maria-José, le transsexuel M to F de la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 36) ; « Chaque jour vers l’enfer nous descendons d’un pas, sans horreur, à travers des ténèbres qui puent. Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange le sein martyrisé d’une antique catin, nous volons au passage un plaisir clandestin. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; etc. Par exemple, dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel adore s’insulter ou traiter ses amis homos de putes : « Quelle chaleur de pute ! » ; « Qu’est-ce que tu fous, connasse ? » ; « T’as dormi où, p’tite salope ? » ; etc.

 

La prostituée des fictions homo-érotiques a le privilège de mériter de l’allégorie ! Je pense par exemple aux majuscules mises à « la Pute » ou « la Garce » dans le discours de Vincent Garbo, le héros bisexuel du roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta.

 

Ce n’est pas la prostituée réelle mais la « pute de luxe », la prostituée cinématographique, qui trouve grâce aux yeux du héros homosexuel (la détresse de la vraie prostituée, il s’en moque bien !). La seconde doit obligatoirement figurer au carré d’or, « VIP », sous le feu des projecteurs : cf. le film « Puta De Oros » (1999) de Miguel Crespi Traveria, le film « Huit femmes » (2002) de François Ozon (avec les personnages sulfureux, et pourtant bien sous tous rapports, de Pierrette, la pute lesbienne sophistiquée et « bourgeoise ratée » jouée par Fanny Ardant, et de Claire, la domestique « chaudasse » et impertinente interprétée par Emmanuelle Béart), les vidéo-clips des chansons « California » et « Libertine » de Mylène Farmer, le film « La Punition » (1972) de Pierre-Alain Jolivet (avec la prostituée de luxe), etc.

 

« J’adore les prostituées au cinéma. » (« », le héros homosexuel du film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka) ; « Groucha ne correspondait pas exactement à l’image usuelle de la garce et relevait en fait d’une sous-catégorie moins connue mais encore plus dangereuse de garces, la garce sophistiquée. » (Yvon, le héros « hétéro » du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 68) ; « Sa tenue, ça faisait limite pute du quartier rouge à Amsterdam, sauf que sur elle c’était superclasse, je sais pas comment vous dire, elle était superbelle, et superflippante. Je m’assois sur le tabouret en ébène. » (idem, p. 264) ; « Vous êtes une putain, Valmont. » (Merteuil s’adressant à Valmont avec son voile blanc de mariée, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; etc.

 

Par exemple, Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), tous les personnages du travesti M to F David Forgit sont des prostituées misérables mais qui jouent cyniquement à être des putes de luxe quand même : « Oui, j’ai fait carrière au bois… […] J’ai toujours eu les yeux plus gros que le ventre… question luxe. […] Fille de joie au bois… depuis 30 ans. » Dans le film « Ander » (2009) de Roberto Castón, Reme est surnommée la « pute d’or » par Peio. Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, l’actrice Jane Randolph est érigée en modèle de vertu par Molina, le héros homosexuel. Dans le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, la mère est à la fois la femme adultère et la parfaite bourgeoise digne et pieuse. Dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), le travesti M to F Charlène Duval rappelle avec nostalgie son fantasme d’incarner la vamp, la prostituée de luxe qui ramène chez elles des « jeunes hommes sans cervelle ». Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Martine, la prostituée, est plus fine et perspicace que les autres personnages.

 

Souvent, le héros homosexuel est touché par la fragilité de la prostituée, par son statut de reine détrônée, d’ange déchu, de vierge violée mais aussi vengeresse. « Je suis si fragile qu’on me tienne la main. » (cf. la chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « Ne la laisse pas tomber. Elle est si fragile. Être une femme libérée, tu sais, c’est pas si facile. » (cf. la chanson « Femme libérée » de Cookie Dingler) ; « Je suis stoïque, mais plus pour longtemps… » (cf. la chanson « Pas de doute » de Mylène Farmer) C’est son propre fantasme narcissique de viol qu’il admire en elle. La prostituée est une icône de puissance (encore en veilleuse), du danger sexuel. Elle en impose. Par exemple, dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, c’est Scarlett, la prostituée tueuse, qui butera le loup. Dans le film « L’Affaire Crazy Capo » (1973) de Patrick Jamain, Alice Sapritch tient un luxueux bordel masculin, est meneuse d’hommes. La prostituée est l’incarnation du meurtre parricide élégant : « Jolie s’empara d’une brosse d’argent et le frappa sur la tête. Le Sénateur tomba la tête la première dans l’eau. » (Copi, La Vie est un tango (1979), pp. 27-28) ; « Change de trottoir, le mien est piégé. Si c’est trop tard, ne reste pas figé ! Sors du trou noir ! Je fais mon métier. J’ai peur de rien, je suis une femme pressée ! » (cf. la chanson « Une Femme pressée » du groupe L5)

 

La prostituée que le héros homosexuel vénère peut également être tout simplement le rôle homosexualisé (et finalement dégradant, féminisé, exploité) qui est donné à l’amant de ce dernier : « Malgré son côté sainte-nitouche, ça doit être une sacrée salope au lit. » (Jonathan en parlant de son futur « plan cul » avec Matthieu, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves traite Jacques, son futur amant, de « pute »… alors que ce dernier rêverait ironiquement, en bon dandy dix-huitiémiste qui se respecte, de se faire au moins traiter de « catin » : ça fait plus classe !

 

Par exemple, dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, la relation de « couple » est mise sur le même plan que la relation prostitutionnelle. Par exemple, Petra demande à son amante Jane si elle a déjà payé pour coucher. Voyant l’attraction interdite de sa compagne pour les prostituées (et notamment la jeune Anna), Petra ironise : « Ça te fascine, hein ? T’aimerais qu’on en ramène une un jour ? » (Petra s’adressant à son amante Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 78) ; « Plus tard, alors qu’elles étaient couchées et que Petra commençait à lui embrasser la nuque, le souvenir des deux filles lui revint à l’esprit. Elle se souvint du contraste saisissant entre leurs longs cheveux noirs et leur peau pâle, comme Blanche-Neige, qui lui rappelait tant le teint d’Anna. » (p. 79)
 

En somme, la prostituée fantasmée par le personnage homo est l’incarnation « vivante » de ce désir-machiste-dans-un-corps-voulu-asexué-ou-hypersexué qu’est le désir homosexuel ou le désir hétérosexuel : « Vous aussi, vous êtes un mec bien. » (Jules, le personnage homosexuel s’adressant à Michèle la prostituée, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau)

 
 

b) La sacralisation de la sainte Pute :

Film "Entre Tinieblas" de Pedro Almodóvar

Film « Entre Tinieblas » de Pedro Almodóvar


 

Le héros homosexuel pousse la passion pour la prostituée cinématographique au paroxysme de la dévotion. Il la présente (et pas qu’ironiquement) comme une sainte, une Marie-Madeleine ! cf. la pièce L’Ingénue Libertine (1909) de Colette, le film « La Sorcière vierge » (1972) de Ray Austin, le roman El Martirio De San Sebastián (1917) d’Antonio de Hoyos (avec Cristina), le film « Couvent de la Bête sacrée » (1974) de Norifumi Suzuki, le film « Esperanza et ses saints » (2000) d’Alejandro Springall, le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon (avec Mousse, la prostituée héroïnomane rentrant dans l’église), le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar (avec la chanteuse-prostituée Yolanda arrivant dans l’église du couvent comme une apparition divine), le vidéo-clip de la chanson « Like A Prayer » de Madonna, la chanson « Maria-Magdalena » de Sandra, le vidéo-clip de la chanson « Berlin » de Christophe Willem, etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, le sauna est transformé en église, en lieu de « mystère et de sensualité », avec de l’encens, des clients qui chantent du gospel, et même des « novices » ! Le film « Y a-t-il des pommes au paradis ? » (2006) de Ben Yamed Mohamed Bahri raconte comment un travesti rencontre Jésus. Dans la pièce Les Monologues du pénis(2007) de Carlos Goncalves, l’actrice Monica Bellucci est, selon Sylvain le personnage homosexuel, la « sainte patronne des comédiens ». Dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Floriane, l’héroïne lesbienne, représente la vierge cachée derrière la « pute » : elle a une réputation d’allumeuse dans le club de piscine (« Elle fait encore la pute, ta copine. » dit une camarade à la future amante de Floriane, Marie) alors qu’en réalité, elle n’a jamais couché avec un garçon. Finalement, Floriane est la Don Juane qui, pour faire mentir son image sulfureuse (ou carrément pour la confirmer et la forcer), draguera Marie pour de vrai : « Si jamais François sait que chuis pas une vrai salope, c’est fini. […] J’voudrais que ce soit toi, Marie. Que tu sois la première. Que tu me débarrasses. » Dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, le spectateur assiste à la métamorphose de la prostituée lesbienne Jézabel en dévote : « Qui sait ? Peut-être que t’as l’âme d’une sainte. » (le père David s’adressant à Jézabel) Dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès, il est question d’« une petite vierge élevée pour être putain ». Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, la meilleure amie de Zize, le travesti M to F, s’appelle « Annonciade » et est prostituée également.

 

« Elle s’appelait Maria. » (Jane à propos de la prostituée Maria, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 159) ; « Rien ne semble pouvoir briser le cycle monotone du quotidien mélancolique de Maria qui vit et travaille à Paris. Jusqu’au jour où cette prostituée anglaise, esseulée, sera élue et révélée par l’Annonciation. » (cf. la critique du film « L’Annonciation Or The Conception Of A Little Gay Boy » (2011) d’Antony Hickling, sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris) ; « La garce et la grâce ! » (Nietzsche à sa sœur Élisabeth, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « Toutes, sans exception, sont vierges ! » (le Maître de Cérémonie en parlant des 6 call-girls qui l’entourent, dans la comédie musicale Cabaret (2011) de Sam Mendes et Rob Marshall) ; « Vous êtes la nouvelle Vierge Marie ? » (Yoann, le héros homosexuel, s’adressant à l’ex-femme de son amant Julien, Zoé, une femme très légère, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Elle baise pas. C’est une sainte. » (Meri, le transsexuel M to F se moquant de la prudence de Davide, son jeune camarade homo de 14 ans, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « La Sainte Vierge incarnée ! » (Azario, un ami homo de Davide tout content d’avoir peinturluré de maquillage son amie gothique, idem) ; etc.

 
 

c) L’identification narcissique à la prostituée, l’icône de l’hypersexualité machiste et asexuée :

Pochette de l'album Les Chansons de l'innocence retrouvée d'Étienne Daho

Pochette de l’album Les Chansons de l’innocence retrouvée d’Étienne Daho


 

Le héros homosexuel sacralise la prostituée en Reine parce qu’il rêve de se substituer à elle, de lui piquer son diadème, et de se déifier lui-même par identification : cf. le roman Jésus-la-Caille (1914) de Francis Carco, le film « Morrer Como Um Homem » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues (avec Tonia, le transsexuel M to F, priant saint Antoine à genou chez elle), le film « L.A. Zombie » (2010) de Bruce LaBruce, le roman Notre-Dame des Fleurs (1946) de Jean Genet (avec le travesti « Divine »), la pièce Les Précieux ridicules (2008) de Damien Poinsard et Guido Reyna, etc. « Fais-moi un chèque, chèque, si tu veux me check-check, si tu veux mes fesses, traite-moi comme une princesse, mec. » (cf. la chanson « Fais-moi un chèque » du travesti Jena Kanelle) ; « Dans la nuit, j’étais la poupée qu’on habille et qu’on déshabille. » (cf. la chanson « Le Privilège » de Michel Sardou) ; « Tu m’as pris pour une pute ? » (Jarry dans son one-man-show Atypique, 2017) ; « Je suis né il y a quelques jours dans un bois. Et tout qui s’est passé avant ça compte pas. » (Angelo, le prostitué bien nommé, retrouvé inanimé au Bois de Boulogne, dans le film « Notre Paradis » (2010) de Gaël Morel) ; « Moi, j’ai été enfant de chœur de la Vierge de Fatima ! » (Raulito le prostitué, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Cette nuit, je suis allé dans un lieu dont je n’ose même pas vous parler… eh bien bizarrement, j’ai l’impression qu’Il [Dieu] était là aussi. Comme si aucun lieu ne Lui échappait ! » (Malcolm, le prostitué homosexuel, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, pp. 120-121) ; « Le trottoir, c’est mon Royaume ! Sur le trottoir, je suis née, la pissoire c’est mon Palais. » (Fifi, le travesti M to F de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Cody est petit, musclé à l’américaine, avec des muscles ronds et gras. Il teint ses cheveux en blond et passe son temps à les ramener derrière les oreilles alors qu’ils ne font pas plus de trois millimètres de longueur. Il semble regarder par en dessous avec son petit air de princesse ou de pute supérieure, derrière des lentilles bleues. » (Mike, le narrateur homosexuel décrivant Cody, son pote gay efféminé nord-américain, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 89) ; « Devant le miroir, Cody lève les cheveux de sa perruque blonde et dit ‘Je souis Catherine Denouve, non, dans une film de Bunuel ?’ En me regardant, les cheveux toujours maintenus en l’air, il dit ‘Toi, tu es Vanessa ? Ça fait très français, ça, comme nom, quoi. Catherine Denouve et Vanessa de Paris, les putes gratuites qui cherchent les hommes pour leur vagina.’ » (Cody, idem, p. 101) ; etc.

 

L’identification du personnage homosexuel à la prostituée est parfois totale : « Je veux être une traînée. » (Paul, le héros homosexuel du film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Si ! Je suis une Salope ! » (Todd, le héros homosexuel du film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson) ; « Que celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre. » (cf. la phrase inscrite sur l’affiche du film « Prêtre » (1994) d’Antonia Bird) ; « J’embrasse comme une prostituée. » (Arnold Wilcox, le flic gay de la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd) ; « J’ai toujours rêvé d’aller tapiner sur Hollywood Boulevard ! » (Daniel dans la pièce Son mec à moi (2007) de Patrick Hernandez) ; « On dirait deux putes ! » (Max, en parlant de lui et de son amant Fred, habillés avec un tee-shirt TATI, dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « C’est depuis que je suis petit que ça me tient : l’envie d’être pute. » (Franck, le héros homosexuel de la pièce Mon amour (2009) d’Emmanuel Adely) ; « J’ai comme une envie de voir ma vie au lit. » (cf. la chanson « Je t’aime mélancolie » de Mylène Farmer) ; « Je, je, suis libertine, je suis une catin ! » (cf. la chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « Et c’est devenue une traînée… comme moi. » (Jérémy Lorca parlant de l’actrice Brigitte Bardot, dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; etc. Par exemple, dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral, le comédien imite une metteur en scène acariâtre, Julie Duchâtel, qui se définit elle-même comme la « P.U.T. du Paca » : « Je suis pute. » Dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, Cosette (interprétée par un homme travesti) veut devenir prostituée. Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Jules, l’écrivain maudit homosexuel, a tourné dans le film « Les Misérables » et a joué le rôle d’une pute.

 

Cette identification à la prostituée n’est pas propre aux personnages homos masculins. Elle vient aussi beaucoup des héroïnes lesbiennes, qui vivent leur homosexualité en même temps qu’elles font le tapin. La figure de la prostituée lesbienne est récurrente : cf. le film « Gigola » (2010) de Laure Charpentier (avec la figure de la garçonne vêtue d’un smoking), la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec Lucie, l’héroïne lesbienne), la pièce Psy (2009) de Nicolas Taffin (avec Natacha, la strip-teaseuse bisexuelle), la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet (avec le personnage de Caroline), la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt (avec le personnage de Jessy), la chanson « Bad Girl » de Mylène Farmer, le film « Hardcore » (2004) de Dennis Iliadis, le film « Monster » (2003) de Patty Jenkins, le film « Fiona » (1999) d’Amos Kollek, le film « Et mourir de désir » (1973) de Jean Bastia, le sketch « Les Scénaristes » des Robins des Bois, la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas (avec Garance, la prostituée lesbienne), etc.

 

« J’ai eu quelques femmes au début, mais c’est plus rares maintenant. » (Martine, la prostituée gérant une maison close, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Le pasteur l’avait-il vraiment prise pour une prostituée enceinte à la recherche d’un abri ? Elles étaient jolies, ces filles, beaucoup plus jeunes qu’elle, pour la plupart ; peut-être devrait-elle prendre cela pour un compliment. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 54) ; « C’est nous qui lançons la mode. Nous, les blacks et les gays. » (Maria, la prostituée, s’adressant à Jane, idem, p. 165) ; « Greta m’a embrassée une fois. Elle embrassait bien. Moi aussi je l’ai embrassée. » (Frau Becker s’adressant à Jane, idem, p. 215) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, Simon, l’un des héros homosexuels, compare sa meilleure amie lesbienne Polly à une prostituée (p. 13). Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, on trouve des prostituées (les « dames du Lusty »), dont certaines sont lesbiennes. Dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer, Simone, l’hétérosexuelle bourgeoise, se révèle finalement lesbienne. Dans le film « Where’s Poppa ? » (1970) de Carl Reiner, la prostituée représente la tentation bisexuelle. Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Doris, l’héroïne lesbienne, détourne le jeune Santiago. Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Camille, l’héroïne bisexuelle, est présentée comme une « femme libre et sans entraves », volage et libérée.

 

C’est souvent l’héroïne lesbienne ou bisexuelle elle-même qui se définit comme une prostituée : « Je je suis libertine, je suis une catin ! » (cf. la chanson « Libertine » de Mylène Farmer) ; « Moi, c’que je veux, c’est devenir une pute ! » (Camille, la narratrice lesbienne dans son one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « Je suis mauvaise. Une dévergondée. Une putain. » (Hadda dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 195)

 

À force de fuir la femme-objet cinématographique soumise au viol (le viol de la prostitution, voire le viol maquillé par le mariage bourgeois), l’héroïne lesbienne, même butch, finit par fusionner avec la prostituée, pour ne former qu’une seule et même créature : « Elle gère son sex-appeal. Ça lui donne même un côté pute de luxe à mille lieues de l’image qu’on se fait de la lesbienne un peu tarée de cinquante berges. » (Mike, le narrateur homo, parlant de sa pote lesbienne masculine Claude, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 49-50) ; « C’était une pute gouine. » (l’un des jurés, homo, qui ressemble aux chanteurs du groupe Indochine, « clashant » un candidat-chanteur dans le sketch « Stop Stars » de Kad & Olivier) ; etc. Par exemple, dans la pièce Le Gang des potiches (2010) de Karine Dubernet, Nina, l’héroïne lesbienne, vit en colocation avec Janis, la strip-teaseuse.

 

C’est la confrontation à des hommes machos et obsédés uniquement par leur petite jouissance qui conduit certaines « travailleuses du sexe » à se tourner vers les femmes.

 
 

d) Le goût de « l’idée de prostitution » comme le signe d’un désir homosexuel incestuel :

L’attachement homosexuel à la prostituée renvoie également à l’inceste. La prostituée est la figure enviée mais aussi jalousée de la mère : « Et si on trouvait une prostituée pour ton père ? » (Khalid s’adressant à son amant Omar, au moment où ils pénètrent la plus grande forêt du Maroc, la Mamora, un haut lieu de prostitution, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 124) ; « Elle faisait vraiment vieille pute, dans son peignoir à fleurs. Peut-être était-elle réellement une pute, d’ailleurs. » (Corinne décrivant sa probable mère biologique, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 226) ; « C’est un manteau de ma mère, cette salope ! » (Chloé dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe Botti) ; « Quand ton père m’a connue, j’étais une junkie séropositive. » (la mère d’Ariane – et aussi du héros homosexuel – s’adressant à sa fille, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; « Maman, elle était pas plus religieuse que moi ! » (Carmen, la fille légère de la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Christian Bordeleau) ; « Ma maman, c’est une pute. Et Dieu sait combien j’l’adore ! » (Crunch, l’un des héros homosexuels, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Le Frigo (1983), la mère de « L. » se prostitue avant d’aller aux offices religieux : « Je m’attarde sur les escaliers du Sacré-Cœur avant la première messe. » (p. 29). Dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard, la mère de Dzav est prostituée au Bois de Boulogne. Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, la mère de la petite Jeanne (6 ans) est prostituée. Dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, Suzanne (la mère du héros homosexuel, jouée par Catherine Deneuve) est décrite comme une « bourgeoise nymphomane ». Dans le roman Hawa (2011) de Mohamed Leftah, les jumeaux Zapata et Hawa sont les fruits de la rencontre d’un soldat américain et d’une prostituée. Dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, met sa grand-mère (qui le traite de « pupute » au lieu de « pupuce » sans s’en apercevoir) sur un piédestal car il soutient qu’il « l’adore ». Dans le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan, la mère de Nicolas (le héros homosexuel), est une séduisante femme-objet fatale surnommée « Désirée », portant un manteau de fourrure, un peu pute et aguicheuse. Dans le film « Mommy » (2014) (toujours de Dolan), Diane, la mère de Steve (le héros homosexuel), est présentée comme la Grande Pute jalousée et magnifiée par son fils homo Steve.

 

Parfois, la fusion incestueuse est telle qu’il existe une collaboration et une étonnante compétition entre le fils homosexuel féminisé et sa mère autour de leur travail commun de prostituées. Ceci est particulièrement visible dans l’œuvre du dramaturge et dessinateur argentin Copi. Par exemple, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, c’est la mère d’Evita qui envoie sa fille « tapiner ».

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Chez Copi, la mère et la fille (transsexuelle) sont souvent amantes, ou bien l’une est la sœur maquerelle de l’autre, et elles se partagent/disputent le butin. « Ma mère, que fais-tu ici ? Je t’ai interdit de venir traîner dans mon territoire ! » (Lou s’adressant à sa mère Solitaire, à Montmartre, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur, 1986)

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 
 

La mère – « J’ai besoin d’argent pour payer mon gigolo !

« L. », la fille – C’est fini, je ne te file plus de sous !

La mère – Je t’en prie, mon chéri, juste un petit chèque pour finir de payer les traites de mon gigolo ! »

(cf. un extrait de dialogue de la pièce Le Frigo, 1983)

 

Planche "Telle mère telle fille" de la B.D. "Le Monde fantastique des Gays" de Copi

Planche « Telle mère telle fille » de la B.D. « Le Monde fantastique des Gays » de Copi


 

On a de quoi douter très sérieusement de la sexuation féminine des deux personnages en question. Il s’agit plutôt de deux parodies machistes de sur-féminité, jouées par deux hommes homosexuels travestis :

 

« L. » – « Veux-tu une tasse de thé ?

La mère – Avec un nuage de sperme, comme d’habitude. »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Passion pour la prostituée de luxe :

Mylène Farmer

Mylène Farmer


 

Certaines personnes homosexuelles ont pu être en contact très jeunes avec le monde de la prostitution, même à travers l’industrie du porno. Même s’il est dur, il a pu bénéficier de la ré-écriture enchanteresse de l’enfance : « Cher Jorge Lavelli, Je te donne cette pièce [La Journée d’une rêveuse] en souvenir attendri de la ville de Buenos Aires qui a été, pour nous aussi, un peu le parc de notre enfance. C’est dans un coin de rue rose de cette ville que nous avons tué à coups de marteau dix-sept facteurs, un marchand de melons et la putain du coin avant d’aller comme des gosses scier les arbres des patios de San Telmo. » (cf. l’extrait d’une lettre de Copi à Jorge Lavelli, en préface de La Journée d’une rêveuse (1968), p. 7) ; « Tu me rappelais souvent que le premier mot que j’aie prononcé était ‘pute’. » (Alfredo Arias s’adressant à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 164)

 

Elles vouent une passion idolâtre pour la prostituée cinématographique ou la femme scandaleuse des médias (la prostituée réelle, elles s’en moquent éperdument !). « Si tu es libre, on va te traiter de pute. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla). Il arrive qu’elles trouvent ce « piège à hommes » magnifique et hyper glamour : « Avec la volupté d’une cover-girl, je m’en allais dans un délire de trémoussements en changeant de partenaire à chaque changement de morceau. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 133) ; « J’étais fan de Béatrice Dalle. » (Denis, un témoin homosexuel cité dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 57) ; « Et si je parle beaucoup des prostituées, c’est qu’elles portent en elles une mythologie poétique merveilleuse. Le port, les marins… Ce sont de beaux univers. Ils ont inspiré beaucoup d’auteurs et de poètes. » (Denis D’Arcangelo à propos de son spectacle Madame Raymonde, cité dans la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 38) Par exemple, la Patty Diphusa du réalisateur Pedro Almodóvar est certes star du porno… mais diva quand même ! Autre exemple : à l’âge de 9 ans, le couturier homosexuel Jean-Paul Gaultier, à l’école, dessinait déjà des danseuses des Folies Bergère. Pour ma part, quand j’étais en grande section de maternelle, je faisais des dessins de grandes actrices avec des talons aiguilles, un peu provocantes.

 

Cette tendance, aussi étonnant que cela puisse paraître, n’est pas circonscrite à la sphère homosexuelle. Elle s’ouvre à la collectivité qui s’hétérosexualise à grands pas. Par exemple, socialement, on observe que les Femen, ces femmes aux seins nues venant saccager des églises françaises – et dont certaines ont fait de la prostitution leur « métier » – sont portées aux nues (c’est le cas de le dire…) par nos mass médias et sont devenues très vite les porte-drapeau des droits LGBT et des défenseurs hétéros gay friendly et homosexuels du « mariage pour tous » en France. Même Anne Hidalgo, le maire de Paris, leur tresse des couronnes et arrive à les trouver « touchantes ». Ce sont nos dirigeants socialo-féministes et un certain nombre de militants homosexuels qui ont concrètement soutenu le mythe (violemment actualisé) de la putain béatifiée.

 
 

b) La sacralisation de la sainte Pute :

Jean-Paul Gaultier rejouant "Entre Tinieblas"

Jean-Paul Gaultier rejouant « Entre Tinieblas »


 

Certaines personnes homosexuelles poussent la passion pour la prostituée cinématographique au paroxysme de la dévotion. Il la présente (et pas qu’ironiquement) comme une sainte, une Marie-Madeleine ! cf. l’autobiographie Parloir (2002) de Christian Giudicelli (avec la prostituée Rita de Jésus). « La Vierge, c’est un monstre par définition. Dans le sens de malformation. Elle a des pouvoirs. Au sens de créature.[…] L’autre paradoxe de Caravage, c’est que le modèle de la Vierge était une pute. » (Celia la conservatrice de musées face au tableau de Carravage où la Vierge Marie, toute habillée de rouge, est enterrée, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud)

 

Par exemple, le peintre Caravage (1571-1610) a représenté en peinture le cadavre de la Vierge… et la femme réelle qui lui a servi de modèle pour cette toile était une prostituée. Ce fait est relaté dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher).

 

Dans ses articles, le poète homosexuel argentin Néstor Perlongher, après avoir détruit verbalement Eva Perón, la sanctifie : elle devient une déesse de perversion, une putain béatifiée, distribuant de la marihuana à tous les pauvres.

 

« Tu te souviens de la prostituée à la fin […]. Elle avait une tête d’ange. » (cf. un dialogue entre les trois tantes d’Alfredo Arias, se rappelant un film qu’elles ont vu ensemble, dans l’autobiographie de ce dernier, Folies-Fantômes (1997), p. 116) ; « La Chola avançait d’un pas décidé, malgré le déséquilibre que provoquaient ses talons aiguilles qui s’enfonçaient dans le chemin de terre battue. Sur son passage, flottait un délicieux parfum douceâtre. Ses formes étaient exaltées par un tailleur blanc moulant et une petite ceinture rouge. La Chola s’arrêta devant une maison basse, peinte à la chaux et surmontée d’un énorme écriteau où l’on pouvait lire ‘Église scientifique’. De part et d’autre de la porte étaient peints deux angelots assis chacun sur son nuage. Elle frappa. » (Alfredo Arias, op. cit., p. 233) ; « J’aime beaucoup Brigitte Bardot. On sent chez elle un cœur pur. » (le romancier homosexuel Julien Green, cité dans l’article « Julien Green, l’Histoire d’un Sudiste » de Philippe Vannini, sur le Magazine littéraire, n°266, juin 1989, p. 103) ; « J’étais scandalisé qu’on traite cette femme comme une voleuse et qu’on la salisse. » (Jean-Claude Brialy parlant de Joséphine Baker, dans son autobiographie Le Ruisseau des singes (2000), p. 338)

 

Certaines personnes homosexuelles vraiment sanctifient la pin up (littéralement « celle qu’on crucifie »). Kake Frears, par exemple, n’hésite pas à qualifier la blonde aux gros seins Dolly Parton de « sainte » (cf. le documentaire « Sex’n’Pop, Part IV » (2004) de Christian Bettges). Ari Gold trouve Madonna « fantastic » (idem). Plus la femme télévisuelle est vulgaire, plus elle a des chances de devenir une icône homosexuelle adulée comme une vierge (Madonna, Mylène Farmer, Britney Spears, Christina Aguilera, Donna Summer, Bette Midler, Samantha Fox, Janet Jackson, Pussycat Dolls, Rihanna, etc.).

 

Vidéo-clip de la chanson "Like A Prayer" de Madonna

Vidéo-clip de la chanson « Like A Prayer » de Madonna


 

Dans le « milieu homosexuel », on trouve une certaine sophistication jouissive à se traiter mutuellement de « garces » ou de « putes » pour se rendre plus important. « On se dit partout ‘connasses’. On s’insulte de sales pestes. » (cf. la chanson « L’Amour ça va » de Mauvais Genre)

 

Beaucoup de créateurs homosexuels aiment également le retournement camp de la grande bourgeoise en courtisane libertine : ils le trouvent non seulement drôle mais désirable. Il n’y a pas que de l’auto-dérision dans la démarche d’inversion : celle-ci est aussi très sincère et naïve. Par exemple, dans le documentaire Et ta sœur (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence tiennent les comptes de meurtres de prostituées, avec un Livre des Martyres. Elles jouent elles-mêmes les prostituées béatifiées.

 
 

c) L’identification narcissique à l’icône de l’hypersexualité machiste et asexuée :

Certaines personnes homosexuelles sacralisent la prostituée en Reine parce qu’elles rêvent de se substituer à elle, de lui piquer son diadème, de se déifier elles-mêmes par identification, mais aussi parfois de reprendre la main sur un viol passé. « Sur scène, j’essaie d’incarner à la fois le mac et la pute. » (le rappeur gay Mykki Blanco interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Il ne faut pas laisser les couturiers homosexuels habiller les femmes, car ils vont les transformer en prostituées.» (la couturière Gabrielle Chanel) ; etc. Il n’est pas rare qu’elles se présentent comme des saintes, des repentis de la prostitution, des Marie-Madeleine modernes ! Par exemple, dans le documentaire Et ta sœur (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, une Sœur de la Perpétuelle Indulgence raconte (en boutade ?) qu’elle est rentrée dans la « Congrégation » après avoir été « récupérée sur un trottoir ». Harry Glenn Milstead a créé, avec John Waters, un personnage de travesti ultra-vulgaire qui s’appelait « Divine ». Pareil pour le flamboyant « Hedwig » de John Cameron Mitchell, se comparant à Lazare ; ou bien pour Yvette Leglaire, la chanteuse-prostituée travestie qui joue les monstres sacrés immortels ; ou bien pour « Madame H. », la bourgeoise-maquerelle interprétée par un travesti. Beaucoup de personnes transsexuelles M to F se prennent pour des prostituées angéliques. L’une des dénominations d’« homosexuel » les plus utilisées dans le langage courant – « queen » – est en réalité une déformation du mot « quean », qui signifiait à la base « prostituée » (cf. Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 271).

 

Cette identification à la prostituée n’est pas propre aux personnes homos masculines. Elle vient aussi beaucoup des femmes lesbiennes, qui vivent parfois leur homosexualité en même temps qu’elles font le tapin. Comme l’explique Suzette Robichon dans son article « Gouine » dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon (p. 227), à l’origine, le terme « gouine » désignait autrefois une prostituée. Dans l’iconographie, la sulfureuse garçonne flirte avec les tabous : elle se maquille et fume en public, comme les prostituées. La comédienne lesbienne Louise de Ville est le parfait exemple de la femme lesbienne passant de la pin-up coquine à la prostituée. Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, Ebba, la dame de compagnie et amante secrète de la Reine Christine, est surnommée « la Catin de la Reine ».

 

À force de fuir la femme-objet cinématographique soumise au viol (le viol de la prostitution, voire le viol maquillé par le mariage bourgeois), ou bien de voir des exemples de femmes hétérosexuelles maltraitées (pléonasme…), voire de tomber sur des hommes qui se conduisent avec elles comme des clients se rendant au bordel, certaines femmes lesbiennes, même butch, finissent par fusionner avec la prostituée (celle qui semble maîtriser son corps et ses désirs, qui donne une impression d’indépendance) pour ne former qu’une seule et même personne. Et côté « travailleuses du sexe », c’est certainement la confrontation régulière à des hommes machos et obsédés uniquement par leur petite jouissance qui conduit certaines à se tourner vers les femmes. Par exemple, dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, on nous parle d’une prostituée lesbienne (p. 82). Dans énormément de films pornos, beaucoup d’actrices sont forcées de tourner des scènes lesbiennes. Dans le documentaire « Tierra Madre » (2011) de Dylan Verrechia, l’héroïne, Aidee, est lesbienne et strip-teaseuse.

 

Cette putain convoitée est en réalité une projection du machisme, que certaines personnes homos ont intégrée comme la femme réelle, leur copine d’apparat : « Le soir même quand j’ai retrouvé mon cousin Stéphane il m’a posé des questions ‘C’est vrai que maintenant t’as une meuf, que ta meuf c’est Laura, celle que tout le monde dit que c’est une vraie salope’. J’avais perçu dans sa question une forme d’admiration, de complicité virile que je n’avais jamais partagées avec lui. Il était encore plus valorisant pour moi de fréquenter une ‘salope’. Elle faisait de moi un machiste qui entrait dans le cercle des garçons-que-Laura-avait-fréquentés. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 170)

 
 

d) Le goût de « l’idée de prostitution » comme le signe d’un désir homosexuel incestuel :

L’attachement homosexuel à la prostituée renvoie également à l’inceste. La prostituée est la figure enviée mais aussi jalousée de la mère : « Lorsque j’ai eu 40 ans, ma mère m’a dit : ‘Maintenant, tu fais ce que tu veux, mais, surtout, ne dis rien à ton père, ne lui montre jamais que tu es comme ça, il va dire que c’est de ma faute, que je suis une prostituée.» (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 89)

 

Par exemple, dans le cas des GPA (Gestation Pour Autrui), certains couples d’hommes cherchent des femmes à louer pour qu’elles portent « leur » futur bébé. C’est une forme d’exploitation, de « prostitution sans génitalité », mais qui passe pour une merveilleuse collaboration parce que, quelque part, elle donne la vie. Je garderai toujours en tête les propos qu’a rapportés Darren Rosemblum lors de sa conférence à Sciences-Po sur « L’homoparentalité aux USA », le 7 décembre 2011. Le jeune avocat racontait, avec des étoiles dans les yeux, comment il avait loué, avec son compagnon, le ventre d’une femme, Beth, pour avoir « leur » petite fille, et ce que Beth, la mère porteuse, avait fini par conclure qu’ils avaient tous les trois été d’accord pour opérer ensemble une « exploitation mutuelle ». Quand homosexualité, prostitution et maternité se rejoignent, cela forme un trio incestueux qui fait froid dans le dos…

 
 

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