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Code n°9 – Amoureux (sous-codes : L’important c’est d’aimer / Désir d’aimer / Tu ne sais pas aimer)

Amoureux

Amoureux

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

La tyrannie homophobe et bisexuelle du discours imposé de l’« Amour »

 

« L’Important, c’est d’aimer et d’être heureux ». Voilà le gentil discours que nous tient la télégénique Miss France homosexuelle pour expliquer combien l’amour entre deux hommes, ou entre deux femmes, est merveilleux, incontestable, et qu’il vaut le coup d’être vécu (Elle oublie de dire qu’elle est « contre la guerre et pour la Paix dans le monde », mais bon, tant pis… on lui pardonne pour cette fois). Et dans les fictions homosexuelles comme dans les échanges sociaux actuels, les personnages homosexuels/les personnes homosexuelles se qualifient régulièrement de personnes « amoureuses » plutôt que de personnes « homosexuelles », d’ailleurs. L’argument de « l’Amour » arrive au hit parade des justifications de l’homosexualité (même avant celui du plaisir sexuel, c’est dire !). Est-ce efficace et convaincant ? Pas si sûr. Surtout quand il y a si peu d’amour concret derrière la jolie étiquette en forme de cœur ou d’arc-en-ciel que nous collent violemment sur le front les promoteurs de l’« Amour gay irréfutable ».

 

La différence entre l’amour « adulescent » et l’Amour vrai est exactement à l’image de la différence qui existe entre « sincérité » et « Vérité », ou entre « être amoureux » ( = ressentir des sentiments, une attirance physique, vibrer pour quelqu’un, vivre des instants d’émoi intenses qu’on appelle couramment « coups de foudre », suivre la courbe en dents de scie de son ressenti, …) et « aimer » ( = donner toute sa personne à un être unique et éternel, s’engager le plus totalement possible en faveur de la vie, dire à l’autre « Je te choisis », canaliser ses sentiments vers une seule direction, respecter le Réel et la Nature…). Le binôme « être amoureux/aimer » n’est pas antinomique, même si les deux sont bien distincts : le premier est plus simple que le second (tomber amoureux est à la portée de tout le monde, alors qu’aimer, ce n’est pas donné à tout le monde : cela implique le renoncement, un choix, une liberté posée fermement) ; le second prime toujours sur le premier, même s’il ne se suffit pas à lui-même ; le second canalise et utilise le premier pour transformer la pulsion en énergie vitale (comme l’ellipse de notre ADN). Cette différence entre « être amoureux » et « aimer », le désir homosexuel ne l’a pas faite. C’est pourquoi les personnes homosexuelles confondent très souvent intentions/goûts et Amour, ou bien tiennent un discours complètement cucul pour justifier n’importe quel type de relation dite « amoureuse », y compris les relations qui ne sont pas « d’amour ». En d’autres termes, il est plus juste de les définir comme des personnes amoureuses que comme des personnes aimantes.

 

Bon, maintenant, nous allons passer aux choses sérieuses. Je vais dans un premier temps vous servir la quantité astronomique de guimauve qu’on nous donne habituellement à la Cantine Rainbow. Et après quelques bouchées, vous en serez tellement écœurés que vous allez mieux comprendre d’une part ce que j’ai essayé de vous expliquer rapidement sur l’Amour un peu plus haut, et d’autre part aussi mesurer combien stupide et militaire est la dégoulinade de bien-pensance que s’/nous impose la communauté homo pour ne pas avoir à aimer en actes et en Vérité.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Mère gay friendly », « Planeur », à la partie « Films cuculs » du code « Milieu homosexuel paradisiaque », et à la partie « le silence béat » du code « Déni », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

Le personnage homosexuel se qualifie de personne « amoureuse » plutôt que de « personne aimante/aimée » ou de « personne homosexuelle », afin d’éviter de se définir, de regarder ses propres actes, et d’aimer sur la durée :

 

Dans la série des créations artistiques chantant l’amour homosexuel avec des p’tits cœurs partout (et pas mal de cœurs brisés, du coup), il y a le roman La Tentative amoureuse (1893) d’André Gide, le roman Médianoche amoureux (1985) de Michel Tournier, le film « Deux filles amoureuses » (1995) de Maria Maggenti, le film « Les Amoureux » (1993) de Catherine Corsini, la chanson « Amoureuse » de Véronique Sanson, le film « I’m In Love » (« Je suis amoureux », 2013) de Raphaël de Casabianca, le poème « Amoureux dans la vie » (2008) d’Aude Legrand-Berriot, la pièce Rêveries d’une jeune fille amoureuse (2013) d’Arthur Vernon, la chanson « Nous les amoureux » de Jean-Claude Pascal, la chanson « Les Romantiques » de Catherine Lara, l’album Romantiques pas morts de Patrick Juvet, le film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie Macdonald, le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, le film « A Question Of Love » (1978) de Jerry Thorpe, la chanson « L’Innamoramento » de Mylène Farmer, Le Dictionnaire amoureux de l’Espagne (2005) de Michel del Castillo, le poème « Todo Es Por Amor » de Luis Cernuda, le roman Une Soif d’amour (1950) de Yukio Mishima, le film « Les Amoureux » (1964) de Mai Zetterling, le film « L’Important c’est d’aimer » (1974) d’Andrzej Zulawski, le film « L’Incroyable histoire vraie de deux filles amoureuses » (1995) de Maria Maggenti, le film « La Carte du cœur » (1998) de Willard Carroll, le film « Bocage, O Triunfo Do Amor » (1998) de Djalma Limongi Batista, le film « Celui qui aime a raison » (2006) d’Arnold Pasquier, le film « C’est la vie » (2001) de Jean-Daniel Cadinot, la photo Les Amoureux (1998) de Pierre et Gilles, la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe Botti, l’album Être amoureux (2005) d’Élisabeth Brami, etc.

 

« Je suis amoureux de Julien. Mais ça veut rien dire. J’suis amoureux de tout le monde ! » (Yoann, le héros homosexuel, de la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Il y avait des jeunes gens comme moi, amoureux fous de l’opéra, conscients ou non de leur différence, qui scrutaient chaque nouveau visage, beau ou laid, se présentant aux doubles portes d’entrée, à la recherche d’un signe de reconnaissance, d’un regard un tant soit peu insistant, peut-être même d’un sourire. Je tombais moi-même amoureux aux trente secondes, convaincu que tel ou tel spectateur regardait dans ma direction, plantait son regard dans le mien, hésitait à m’aborder. » (le narrateur homo dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 43) ; « Je suis amoureux. » (Chris, le héros homo dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) ; « Il faut être amoureuse. […] Je crois que je suis amoureuse de toi, Clara. » (Zoé s’adressant à Clara, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret) ; « C’est l’amour qui compte. » (le jeune Michael parlant de son émoi pour un de ses camarades, dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha) ; « Tomber amoureux, c’est l’Âge d’Or ! » (Pierre l’hétéro dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; « Chacun fait c’qu’il veut. » (Pierre n’osant toujours pas se positionner sur l’homosexualité, idem) ; « La vérité, c’est que je suis tombée amoureuse d’Aysla. » (Marie, l’héroïne lesbienne du téléfilm « Ich Will Dich », « Deux femmes amoureuses » (2014) de Rainer Kaufmann) ; « Je ne suis même pas homo. Il y a deux ans, j’ai juste aimé follement l’homme de la vie de l’ancienne femme de la mienne. Depuis, tout est rentré dans l’ordre. » (Rémi évoquant son histoire avec l’hétéro Damien, le copain de son ex Marie, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza) ; « Dans les bras d’Arthur, je n’étais pas un pédé. » (Jimmy, l’amant d’Arthur, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; « Ces deux hommes qui s’aimaient, c’est beau, non ? » (Eva parlant de Verlaine et Rimbaud, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, l’obsession de tous les personnages principaux, affichée dès le départ, c’est de « tomber amoureux » et d’embrasser quelqu’un un jour. Dans le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa, le héros homosexuel Phillip, en s’adressant à son amant, et finalement à tous les membres de la communauté homosexuelle, sort une phrase culte (la seule du film… faut pas la rater) : « On est des cœurs d’artichaut. » Naaaan… tu crois ? Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), Laurent Spielvogel reprend en play-back au moment du salut final la chanson « Falling In Love Again ». Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, Thomas et François concluent leur histoire avec cette phrase creuse : « Tu sais, François, cette histoire n’est pas une question d’orientation sexuelle. Cette histoire, c’est l’histoire d’une personne qui est tombé amoureux d’une personne. » Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Camille, l’héroïne invisible que tout le monde croyait hétérosexuelle, sort avec Ninon, elle aussi bisexuelle : « C’est arrivé comme ça. Camille n’est pas plus bisexuelle que lesbienne. On a été dépassées par les événements. »

 

AMOUREUX 1 question

Téléfilm « Juste une question d’amour » de Christian Faure


 

Généralement, on entend toujours de la part des personnages homosexuels des fictions la même rengaine sur l’amour – une rengaine particulièrement homophobe d’ailleurs puisqu’elle encourage à nier la spécificité du désir homosexuel (en mettant toutes les orientations sexuelles sur le même plan) et à taire l’énonciation et la pratique d’une bisexualité qui paradoxalement est censée s’appliquer à tout le monde universellement. Elle tient en peu de mots : « Je fais ce que je veux en matière de sexe à partir du moment où j’aime, puisque l’important c’est d’aimer. » On préfère baptiser ce poncif contemporain sur la sexualité de « queer » ou d’« amour » pour ne pas voir qu’il exprime une simplification désastreuse de l’Amour vrai (certes, l’Amour est une force sexuée, mais pas nécessairement un acte génital/sensuel), ainsi que notre propre homophobie intériorisée.

 

Pour être plus clair, je vous laisse lire maintenant la sempiternelle Litanie de la Nullité – et de l’Homophobie homosexuelle, par la même occasion ! – de la Nation gay friendly : « Non. On n’est pas lesbiennes. C’est juste qu’on s’aime. » (Élisa à son amante Mahaut, dans le film « Le Sable » (2005) de Mario Feroce) ; « J’aime un mec. J’aime Cédric. C’est pas une question d’être pédé. C’est juste une question d’amour. » (Laurent à son père, dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure) ; « C’est pas les filles que j’aime. C’est toi, et depuis toujours. » (Zoé s’adressant amoureusement à sa meilleure amie Clara après l’avoir embrassée, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret) ; « Je suis amoureuse ! » (Alba découvrant subitement son amour lesbien face à son amante Yolanda, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet) ; « Ils s’aimaient, sachez-le. » (cf. le poème « Ils s’aimaient » de Vicente Aleixandre) ; « C’est beau l’amour. » (cf. la chanson « Maman a tort » de Mylène Farmer) ; « Arrête de vouloir comprendre. J’aime Loïc. Un point c’est tout. » (Guillaume dans la pièce Les Amazones, 3 ans après… (2007) de Jean-Marie Chevret) ; « Il faut aimer n’importe qui, n’importe quoi, n’importe comment, pourvu qu’on aime. » (Sébastien dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim) ; « Tout bien réfléchi, n’importe qui ferait l’affaire. » (Ninette découvrant peu à peu son homosexualité face à Rachel, dans la pièce Three Little Affairs (2010) d’Adeline Piketty) ; « Je suis encore complètement amoureux. » (Hugo le héros homo du film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ?, 2010) de Malu de Martino) ; « On a le droit d’aimer qui on veut, comme on veut. » (cf. la chanson « Entre Elle et Moi » des Valentins) ; « T’aimer parce que c’est aujourd’hui, c’est ce qui compte vraiment. » (cf. la chanson « J’attends » de Mylène Farmer) ; « Aimer les filles ou les garçons, c’est aimer de toute façon » (cf. la chanson « La plus belle fois qu’on m’a dit je t’aime » de Francis Lalanne) ; « On s’en fout qu’on soit hétéro ou homo. Pourquoi les gens ne peuvent pas nous accepter tels que nous sommes ? » (Oscar dans le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano) ; « Tribu, qu’est-ce que nous voulons ? Paix et liberté maintenant !!! […] Faites l’amour ! » (les comédiens de la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; « Moi, je dis que le vrai défi, c’est d’être soi-même ici et maintenant. » (Vincent dans le téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve) ; « Hétéro, homo, c’est dépassé : je t’aime seulement parce que c’est toi. » (Mécir à Paul, dans le film « Grande École » (2003) de Robert Salis) ; « Quelle est la différence ? Enfin, Suzanne, je ne te reconnais plus. L’amour est toujours l’amour. C’est une femme ? Eh bien tant mieux pour toi ! » (Anne, l’amie gay friendly de Suzanne, quand celle-ci lui annonce avec difficulté son homosexualité, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 144) ; « Je n’ai rien contre. Ce qui compte, c’est ton bonheur. » (la tante de Dany à son neveu, dans le film « Sexe, gombo et beurre » (2007) de Mahamat-Saleh Haroun) ; « C’est important de faire ce qu’on aime. […] Malik, moi, je ne veux que ton bonheur. » (Sara à son fils homo Malik, dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « Tu dis : j’avais décidé de ne plus aimer les hommes. Mais toi, c’est différent. » (Vincent à Arthur, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 44) ; « Je ne me sens pas plus hétéro qu’homo. C’est juste toi. » (Bart en s’adressant à son amant Hugo, dans l’épisode 268 de la série Demain Nous Appartient diffusée sur TF1 le 13 août 2018) ; « Qu’on soit tarlouze ou hétéro, c’est finalement le même topo. Seul l’amour guérit tous les maux. » (cf. la chanson « Petit Pédé » de Renaud ; et le pire, c’est qu’avec un discours conventionnel pareil, Renaud arrive encore à s’étonner de ne pas avoir réussi à faire davantage d’émules dans la communauté homo…) ; « Ce n’est pas que je sois lesbienne en quoi que ce soit : ce qui m’attire, c’est la personne. Il se trouve simplement que toutes les personnes qui m’attirent sont des filles. » (Jessica Campbell dans le film « L’Arriviste » (1999) d’Alexander Payne) ; « Le sexe est universel : il se fout de notre genre et de nos préférences. […] [Concernant l’infidélité au sein de notre couple…], on a choisi la voie moyenne de la communication totale avec, au premier chef, le respect des sentiments de l’autre. » (Michael à son compagnon Ben, dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 70 puis 78) ; « Il s’agit d’amour ! Alors de quoi est-ce que tout le monde a si peur ?!? » (Steven faisant un coming out larmoyant face à l’assemblée muette de sa High School, dans le film « Get Real », « Comme un garçon » (1998) de Simon Shore) ; « Tout ce qu’on fait, c’est par amour. Ça ne peut pas être mal. » (Kal à Fran, dans le film « Sex Revelations » (1996) d’Anne Heche) ; « C’est pas la vérité qui compte. C’est le bonheur. » (Alice dans la pièce Open Bed (2008) de David Serrano et Roberto Santiago) ; « Être toujours heureux est un commandement d’une importance vitale. » (cf. proverbe hassidique cité en épitaphe du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 226) ; « Make Love, not War we say : It’s easy to recite ! » (cf. la chanson « Love Makes The World Go Round » de Madonna) ; « ‘Aime et fais ce que tu veux’, disait Augustin. Le vrai combat, il est là ! » (Frère Antoine à Malcolm dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 137) ; « S’il me manque l’amour, je ne suis rien. » (Mark lisant au temple l’Épître de saint Paul aux Corinthiens, dans le film « Save Me » (2010) de Robert Cary ; plus tard, son copain Scott dira : « L’amour est juste. Et l’amour, c’est bien. ») ; « L’essentiel, c’est l’amour. » (Göran dans le film « Patrik, 1.5 », « Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen) ; « C’est de l’amour finalement. » (cf. la conclusion de l’adjoint au maire pendant la cérémonie d’un mariage gay dans une mairie française, sketch « Le Mariage homosexuel bientôt en France » de l’humoriste Lamide Lezghad, à l’émission On n’demande qu’à en rire sur France 2, le 31 janvier 2011) ; « L’important, c’est que tu sois heureux. » (la mère face à son fils qui fait son coming out, dans un sketch « Coming out du dimanche midi » de l’émission Tout le monde il est beau sur la chaîne Canal +, 2011) ; « L’essentiel, c’est que tu sois heureuse, et que tu reste en vie. » (la mère à sa fille Ariane qui lui annonce qu’elle est lesbienne, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; « Je suis heureuse pour vous car l’amour est une chose formidable. » (Yvonne la gouvernante s’adressant à Ednar à propos de son couple avec Dylan, dans le roman Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 74) ; « Aimer un garçon, ça ne veut rien dire. Ce n’est pas pour ça qu’on est homo. D’ailleurs, je ne l’aimais pas. Je le trouvais beau, c’est tout ! » (Bryan en parlant de Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 32) ; « J’aime France… mais attention ! Je ne suis pas du tout lesbienne ! » (Sharon, qui se décrit comme une « bi », dans la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne ; de son côté, France dit que son homosexualité n’est pas une question d’identité, mais uniquement « de désir, de Moment, d’Amour… ») ; « Ce qui compte, c’est d’être amoureuse. […] C’est pas si grave d’être homosexuelle quand on s’aime. » (Hortense qui, en tombant amoureuse de Raphaël qu’elle avait pris pour une femme pendant toute la croisière, finit par se croire lesbienne, dans le film « La Croisière » (2011) de Pascale Pouzadoux) ; « Il n’y a pas d’homosexualité, ni d’hétérosexualité, il y a la sexualité. » (cf. le film « La Truite » (1982) de Joseph Losey) ; « Quoi que tu sois, garçon ou fille, ça n’a pas d’importance. Je sais que je t’aime. » (Leslie Cheung dans le film « He’s A Woman, She’s A Man » (1994) de Peter Chan) ; « En amour, il n’y a pas de règles. » (Harold, l’un des héros homosexuels du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Et l’amour dans tout ça ? » (Emad, le frère d’Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, s’adressant à son père, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; « J’ai le droit d’être amoureux » (cf. le chanson « J’ai le droit aussi » de Calogero) ; « Aimez ! Aimez ! Tout simplement. Et peu importe comment. » (Dominique, dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet) ; etc. Dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, l’avocat Roy Cohn ne croit pas aux identités « gay » et « lesbienne », mais uniquement « aux relations ».

 

Par exemple, dans le téléfilm « Ich Will Dich » (« Deux femmes amoureuses », 2014) de Rainer Kaufmann, Aysla et Marie sont deux femmes mariées qui couchent ensemble… (l’une d’elles regrette de s’être mariée avec un homme : « Je n’aurais jamais dû me marier… ») mais elles n’assument absolument pas la réalité de leur pratique amoureuse, et font preuve d’homophobie inconsciente : « Que les choses soient claires : je ne suis pas lesbienne. » prévient Marie. « Et moi non plus. » lui répond Aysla, pour continuer de sortir avec elle en la déculpabilisant. En gros, vous détestez le mariage ainsi que l’homosexualité ? Eh bien raison de plus pour la pratiquer !
 

AMOUREUX 2 Pascal Fioretto

Pascal Fioretto « Et si c’était niais ? »


 

Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, André, homosexuel, se montre très entreprenant en draguant Cyril, un de ses collègues de bureau sur qui il se fait des films. Finalement, Cyril le repousse (« Je ne suis pas branché pédés, en vrai. ») mais André, dans un premier temps, refuse d’outrepasser les limites imposées par un discours homophobe : « Mais moi non plus. On n’est pas obligés de mettre des mots sur tout… ».
 

Derrière les refrains prônant l’« Amour », on lit souvent chez le héros homosexuel une grande immaturité affective et une profonde angoisse, car l’état amoureux est propre à la passion, à l’adolescence, et fait vivre les montagnes russes émotionnelles à celui qui s’y enchaîne (cf. l’album Être amoureux : Petits bobos, petits bonheurs (2005) d’Élisabeth Brami) : « Il faut admettre que ce comportement d’éternel adolescent me jouait parfois de vilains tours. Effectivement, je tombais amoureux mais cela ne durait pas plus d’une semaine. » (Ednar, le héros homosexuel du roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 132) ; « Ainsi, les années défilaient à grands pas ; je vieillissais sans voir venir mes rides ; mes cheveux grisonnants tout autour de mes tempes prouvaient que j’avais atteint un bel âge. Mais comme toujours, j’étais amoureux, car je n’avais jamais pu vivre sans amour. » (idem, p. 184) ; « Malgré les bonheurs que Marie me donnait tous les jours, ce bel amour simple ne me suffisait déjà plus. Cette inclination que j’ai pour la conquête est sans doute le pire. Je me sens toujours amoureuse du plus difficile, de l’impossible même, et donc condamnée à n’être jamais comblée. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 204-205) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, c’est au moment où Franck avoue à son ami Henri qu’il entame une relation « sérieuse » avec Michel (« J’crois que je suis en train de tomber amoureux. ») qu’Henri sent précisément qu’il se jette dans la gueule du loup (« Et c’est ça qui te tracasse ? » lui répond-il immédiatement).
 

Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Arnaud, le héros homo qui ne s’assume pas, refuse de poser le mot « homosexuel » sur ses propres pratiques amoureuses avec son compagnon : « J’ai des relations sexuelles avec Benjamin, une fois de temps en temps. Comme tout le monde. »

 

Ce discours pro-« amour », qui se veut humaniste, et incarné dans les Sens (je l’ai bien écrit au pluriel!), ne se dirige en réalité qu’à des corps végétaux, angéliques, non-sexués, immatériels, narcissiques, où l’autre (ou soi-même !) en face n’existe pas. « Je voudrais pouvoir être amoureux. Ma propre personnalité est un poids pour moi. » (Dorian Gray dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Et ils s’émeurent. Et ils s’aimèrent. » (le petit homme et Jean-Claude son amant spéculaire, dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau) ; « J’allais de déceptions en déceptions, et pourtant je ne me lassais pas de tomber amoureux. » (Ednar, le héros homosexuel du roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 114) ; « Avec un peu d’amour, beaucoup d’alcool, tout passe toujours. » (Jeanfi, le steward homo dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; etc. À la fois il cache et il traduit une réelle déprime, une haine de soi redoutable.

 

On retrouve dans les œuvres homosexuelles le refrain de la philosophie légère (et pourtant dangereuse) de « l’amour n’a pas de sexe », et celui – encore pire pour la communauté homosexuelle puisqu’il neutralise son droit à exister – de « l’amour n’a pas d’orientation sexuelle ». « On n’a pas couché ensemble. On a fait l’amour. […] J’ai pas couché avec Quentin. Je l’ai aimé. » (Jules, le héros homo en parlant de son aventure avec Quentin, pour ne pas assumer de dire qu’il est homo ET pour idéaliser son « histoire de cul », dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas ; mais homo, bi, hétéro c’est pareil, on ne mange pas dans les assiettes cassées. » (le chauffeur du taxi dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 120) ; « On se fout de qui embrasse qui. » (Tori, la lycéenne gay friendly, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « Le cœur a ses raisons que la raison ignore. » (une vieille mamie secondée de son mari, idem) ; « De toute façon, le vingt-et-unième siècle sera bi ou ne sera pas ! » (Claude, l’une des héroïnes lesbienne du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 63) ; « Bien plus que la raison, le cœur est le plus fort. » (une réplique dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy) ; « Ça vous fait rien de savoir ce que c’est que de faire l’amour avec un garçon, ou avec une fille d’ailleurs ? » (Jacques s’adressant à Anna, la jeune voyante, dans le film « L’Apparition » (2018) de Xavier Giannoli) ; etc.

 

Menée à son terme, la Queer Theory est homophobe et hyper matérialiste : « Ne me dis pas que tu es pédé et que ça existe d’être pédé. Ça n’existe pas, la seule chose qui existe, c’est des situations sexuelles qui font bander tout le monde, les filles comme les garçons, hétéros ou pédés. » (Cody, le héros homosexuel américain à son pote gay Mike dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 99) ; « Les objets comme des collections de sable, Témoins de nos escales dans le monde amoureux. » (le Comédien, dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) ; « Un enfant, qu’il soit élevé par deux pédés du cul ou par un père et une mère, l’important, c’est qu’il ait de l’amour. » (Nadia, la mère porteuse hétéro dans le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand) ; « C’est le grand Amour. On ne peut rien y faire. » (Tom, le héros homosexuel, forçant Dick à l’aimer, dans le film « The Talented Mister Ripley », « Le Talentueux M. Ripley » (1999) d’Anthony Minghella) ; etc.

 

Par des propos lénifiants sur l’amour, c’est toute une censure/indifférence homophobe sur le désir homosexuel qui est imposée. Et ça, c’est très inquiétant pour le futur des personnes homosexuelles, qui ne se verront bientôt plus reconnaître leur désir homosexuel, ni leur culture, ni leur légitimité à exister en tant que personnes homosexuelles, si ça continue. Qu’on ne s’étonne pas de la recrudescence des actes homophobes dans une société pareille où le discours bisexuel asexualisant (qu’on nous ordonne de nommer « amour ») a pignon sur rue !

 

L’un des points de réflexion que je trouve cependant intéressant dans ce chœur d’agneaux bêlants – même s’il est faux de l’interpréter ensuite comme une essence homosexuelle éternelle –, c’est quand certains personnages ou certains auteurs affirment que « les » homosexuels font partie d’une race à part appelée « les amoureux » : « Nous appartenons à la race d’Eros. » (Le Coryphée dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias) ; « J’ai grandi dans le romantisme. » (Mme Garbo dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) de Copi) ; « Le pire, c’est que votre caractère vous pousse à être amoureux. » (D’Albert à Alcibiade, dans le film « Le Chevalier de Maupin » (1965) de Mauro Bolognini) ; « Nous, les lesbiennes, on tombe toujours follement amoureuses. » (Océane Rose Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009). À mon sens, ils touchent ici du doigt ce qui est l’une des caractéristiques les plus saillantes de la nature du désir homosexuel : c’est un désir sentimental et amoureux plus qu’un désir aimant. Dans son roman En l’absence des hommes (2001), Philippe Besson a bien choisi les mots qu’il prête à Proust pour illustrer ce que je viens de vous expliquer : « Je ne suis pas un amant, ne l’ai jamais été. Je suis un amoureux, véritablement. » (la figure de Marcel Proust, p. 93)

 

AMOUREUX 3 I Love you

Film « I Love You Phillip Morris » de Glenne Ficarra et John Requa


 

Dans l’amour homosexuel, le « désir d’aimer » semble l’emporter sur « l’amour en actes ». Par exemple, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Matthieu, le héros homosexuel, nous raconte sa love story, et surtout la courbe montante-descendante de ses sentiments ; d’ailleurs, c’est au moment où il se sent le plus in love de Jo (« Le top du ‘Je suis amoureux’. » dit-il) qu’il va finalement le tromper.

 

On reste sur le terrain des bonnes intentions, ou bien du rêve. C’est particulièrement perceptible dans les chansons de Mylène Farmer (« J’avais rêvé du mot aimer. », cf. la chanson « Rêver » ; « J’ai dans mon autre moi un désir d’aimer, comment l’oublier ? », cf. la chanson « Tous ces combats ») mais également dans d’autres œuvres très appréciées des personnes homosexuelles. Par exemple, c’est ce désir d’aimer que souligne le critique Bernard Urbani dans le discours de la manipulation amoureuse des deux héros bisexuels des Liaisons dangereuses (1782) de Laclos, la Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont, qu’il décrit comme deux êtres « avides d’aimer », malgré leur cruauté effective (Bernard Urbani, « Le Couple libertin : Valmont, Merteuil », dans Pierre-Ambroise-François Choderlos de Laclos, Analyses et Réflexions sur Les Liaisons dangereuses de Laclos (1991), p. 78). Dans un élan très Walt Disney qui stipule que « tous nos rêves sont possibles à partir du moment où on y croit très fort », certaines personnages homos prônent la toute-puissance de la sincérité, sans penser une seule seconde que l’enfer ne fonctionne qu’à coup de bonnes intentions : « Une personne est d’autant plus authentique qu’elle ressemble à ce qu’elle a toujours rêvé d’être intensément. » (le transsexuel Agrado dans le film « Todo Sobre Mi Madre », « Tout sur ma mère » (1998) de Pedro Almodóvar) ; « La sincérité met fin à la paranoïa. » (cf. une phrase de la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg)

 

Par exemple, dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, Greg, le héros homo, s’est fait vider son compte en banque par Igor, son amant qui lui a piqué sa carte de crédit… mais il continue de dire qu’il a aimé pour de vrai : « J’crois en la sincérité et la fidélité. »

 

Finalement, avec cette rhétorique de l’amour asexué (qui peut être homosexuel… ou pas), on se retrouve face à des personnages homosexuels hypocrites et lâches, qui nient la responsabilité et la réalité des actes sexuels qu’ils posent, ou bien qui mettent sur un piédestal tout désir humain (sans le définir, bien évidemment) à partir du moment où il est exprimé et qu’il est soi-disant individuel. Par exemple, dans le film « Cherchez Hortense » (2012) de Pascal Bonitzer, quand Jean-Pierre Bacri demande à Claude Rich « Papa, est-ce qu’il t’est arrivé de coucher avec des hommes ? », ce dernier lui répond : « Oui. Ça fait de moi un homosexuel ? » Tous les désirs se vaudraient, et donc ne mériteraient même plus d’exister. Quelques rares personnages homosexuels sentent le danger de ce discours bisexuel-asexué niant l’existence du désir homosexuel en eux : « Je sais que l’amour est important, je sais même que l’amour, c’est la preuve que l’homosexualité existe. Je sais tout ça. Non mais si j’y pense, n’importe qui peut baiser une bouche ou un cul, on s’en fout si c’est un mec ou une nana, genre derrière un glory hole. Donc oui, oui, je sais, l’amour c’est ce qui est le plus important. Mais chuis pédé, moi, pas hétéro. Je vais pas draguer quelqu’un. Sauf toi, peut-être ! » (Mike, le narrateur homosexuel s’adressant à Polly sa meilleure amie lesbienne, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 32)

 

 

Ce qui se passe en ce moment, c’est que le mot « amour » est sacralisé et préféré à Dieu même, universellement préféré à l’Amour même ! « Pour Bryan, faire l’amour, c’est le huitième sacrement. » (Tom parlant de son amant « catho », dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) Nous allons être de plus en plus confrontés à cet imbroglio, ce tour de passe-passe, ce décalage fusionnel (ce noeud!) entre mot et réalité, entre intention et amour, entre sincérité et Vérité, entre esprit et corps, entre enfer et paradis. « L’enfer, c’est l’absence d’amour. » (Bryan, idem)
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

En général, la personne homosexuelle se qualifie d’« amoureuse » plutôt que de « personne aimante/aimée » ou de « personne homosexuelle », afin d’éviter de se définir, de regarder ses propres actes, et d’aimer sur la durée :

 

Dans les documentaires télévisuels, les débats publics, et les échanges sociaux informels, on retrouve sans arrêt cette emphase sur l’amour-sentiment supplantant complètement l’amour-engagement et la réflexion sur le sens du désir homosexuel : je vous renvoie par exemple au titre de l’émission homosexuelle (pardon… « gay friendly », il faut dire maintenant) Ce n’est que de l’amour sur la radio française RCN à Nancy (90.7 FM) ; à l’article « Si nous parlions d’Amour » (1999) de Marie-Jo Bonnet dans la revue Triangul’Ère 1 de Christophe Gendron ; ou bien encore au jeu télévisé français Les Z’Amours qui a accueilli pour la première fois de son histoire (le 11 juin 2009) un couple homosexuel ; etc.

 

AMOUREUX 4 Keith Haring

Tableau de Keith Haring


 

C’est drôle comme beaucoup de personnes homosexuelles se font une obligation de tomber amoureuses, comme pour rentrer bêtement dans le moule social de la princesse et du prince charmants (et surtout pour imiter leurs films !) : « Il fallait que je tombe amoureux. » (Hugo Marsan en parlant de sa jeunesse, lors de la 3e Journée Mondiale contre l’Homophobie, Paris, le 18 mai 2007) ; « Nous allons ensemble rire, pleurer, trembler, tomber amoureux-se-s. » (Antoine Quet dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 9) ; « C’était un coup de foudre réciproque. » (Élisabeth par rapport à Catherine, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; etc. Elles n’ont toujours pas compris que le sentiment amoureux, sans la différence des sexes, est éphémère et souffrant par nature. « Tu fonces, tu t’enchaînes aux mêmes arbres qu’autrefois. Et tu sais déjà que tu vas souffrir, parce que tout te dit que ce sera plus compliqué que jamais… En un mot, tu es amoureux. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 162) L’état amoureux imposé par le capricieux Éros, et que beaucoup de personnes homosexuelles (célibataires, mais pas uniquement célibataires) rêveraient, dans leur incroyable naïveté, de retrouver comme si c’était le seul Nirvana qui existe sur Terre, n’est pas autre chose qu’un calvaire (si et seulement s’il n’est pas vécu dans l’Amour et canalisé par Lui !). Ce n’est pas pour rien que Marcel Proust parle, dans Sodome et Gomorrhe (1921-1933), des épuisantes « intermittences du cœur » (p. 21) que le grand huit des sentiments (homosexuels comme hétérosexuels) nous fait vivre façon looping ! Dans le documentaire « Charles Trénet, l’ombre au tableau » (2013) de Karl Zéro et Daisy d’Errata, quand on demande à Charles Trénet s’il a connu l’amour vrai, il répond : « J’étais trop amoureux pour me fixer. J’ai eu juste DES amours. » En vrai, ce n’est pas une partie de plaisir que d’être amoureux sans être aimant : « Je suis heureux, ce matin. Insatisfait. J’ai retrouvé un état amoureux, l’état brut qui est de front celui de dépit et de révolte. » (le juge Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 13) ; « J’étais aveugle et amoureux. Les gays adorent vivre des histoires d’amour éternelles de trois jours. Alors je fais comme tout le monde, j’adore ça. » (Ashe dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 248). La passion peut même rendre fou, et nous anesthésier partiellement, au point de nous décourager d’aimer vraiment : « J’étais devenu un zombie. Un fou dans la nuit. Un mystique de l’amour. Un amoureux éconduit. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 53)

 

AMOUREUX 9 Kang

B.D. « Kang » de Copi


 

La grande majorité des personnes homosexuelles, incapables de faire la différence entre « être amoureux » et « aimer » (car notre société ne les y aide pas, il faut bien le dire !), se qualifient d’« amoureuses » : « Je mets du sentiment partout. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 315) ; « Je suis un grand amoureux. » (Étienne Daho dans la revue Têtu, n°127, novembre 2007, p. 32) ; « Le monde me transforme en amoureux. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 96) ; « J’aimais tellement être amoureuse. » (une témoin lesbienne de 70 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Moi, je suis une romantique et je suis une grande amoureuse. » (Nina Bouraoui dans l’émission Culture et Dépendances diffusée le 9 juin 2004 sur la chaîne France 3) ; « Elle a fait de moi un être éternellement amoureux. » (Julien Green, en parlant de sa mère, dans l’émission Apostrophe diffusée le 20 mai 1983 sur la chaîne Antenne 2) ; « Je me savais incurablement sentimentale. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 190) ; « Nijinski attache une grande importance aux mots ‘sentiment’, ‘sentir’ et ‘ressentir’. » (Christian Dumais-Lvowski, dans l’avant-propos du journal Cahiers (1919) de Vaslav Nijinski, p. 20) ; « Bonjour je m’appelle Jérémy Patinier, je ne vais pas vous raconter de conneries mais je vais vous parler d’amour. J’ai été amoureux 4 fois déjà. Ça a duré un an et demi, 6 mois et 2 fois 3 mois. Ça fait deux ans et demi en tout. J’ai 27 ans et 6 mois, j’ai calculé ça fait 10 037 jours. Bon j’arrondis à 10 000 jours si on enlève le début, la fin et les jours où on se déteste : ça fait 12% de ma vie à être amoureux. » (L’auteur de la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour, 2011, Incipit) ; « Je suis amoureux. Amoureux de l’amour. » (le chanteur Stéphane Corbin, lors de son concert Les Murmures du temps au Théâtre de L’île Saint-Louis Paul Rey à Paris, en février 2011 ; il dit d’ailleurs que son album Les Murmures du temps a été « créé dans l’esprit amoureux, à écouter des chansons nostalgiques ») ; « J’étais déjà amoureux avant même de l’accueillir à sa descente du train. […] Yann était devant moi, beau et aussi gauche que moi. Mon premier réflexe a été de l’emmener contempler la mer Méditerranée. Nous nous sommes promenés, nos doigts s’effleurant comme par mégarde. Nous avons flirté tout l’après-midi comme deux adolescents connaissant leurs premiers émois. » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), pp. 83-84) ; etc.

 

L’écrivain Christophe Bigot, lors de la Conférence « Différences et Médisances » autour de la sortie de son roman L’Hystéricon, à la Mairie du IIIe arrondissement, le 18 novembre 2010, affirme qu’il s’est identifié très jeune à la figure romantique du procureur Camille Desmoulins : « Il est jeune, courageux, fougueux, c’est un amoureux. J’ai voué un culte à Camille Desmoulins pendant toute mon adolescence. » À l’occasion, on découvre que l’adjectif « amoureux » n’est en général qu’une pompeuse poétisation/romantisation de la pulsion génitale la plus vile et la plus égoïste (= je bande, je suis excité, DONC je tombe amoureux et j’aime !) : « Selon moi, le rapport que nous devons avoir à l’égard de nous-mêmes, lorsque nous faisons l’amour, est une éthique du plaisir, de l’intensification du plaisir. » (Michel Foucault, « Une Interview de Michel Foucault par Stephen Riggins », 1983, dans Dits et Écrits II, 1976-1988 (2001), p. 1355) Le Bonheur et le Plaisir sont les moteurs du discours libertin : « Il y a un pédagogue chez chaque libertin. En effet le Bonheur, valeur suprême que la philosophie des Lumières substitue au principe traditionnel et religieux de Salut, se définit dans la pensée libertine en termes d’activité et d’intensité. » (Béatrice Bonhomme, « Commentaire de la Lettre XLVIII », dans Pierre-Ambroise-François Choderlos de Laclos, Analyses et Réflexions sur Les Liaisons dangereuses de Laclos, Éd. Marketing, Paris, 1991, p. 75). Selon les amoureux homosexuels, l’Homme ne serait qu’une marionnette offerte en holocauste à l’Amour. On ne pourrait pas comprendre l’Amour, puisqu’Il serait inintelligible, inattendu, accidentel, despotique : « L’histoire qu’on se raconte est singulière. Elle tient à peine compte de l’identité des partenaires, des relations que l’on a avec telle personne, du fait que l’on soit ou non amoureuse de quelqu’un de précis à ce moment-là. C’est un état de désir diffus, imprévisible, qui vous tombe dessus parce que le soleil, parce que la vie… » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 173) On nous fait croire que l’amour vrai n’est qu’une affaire de jolies intentions (et non d’actes et d’engagement concret), qu’un arrangement privé à deux, et qu’à partir du moment où les deux parties qui se mettent en couple sont apparemment consentantes (mais sont-elles si libres qu’elles le disent ?), adultes, et vaccinées, leur amour serait indiscutable. « Le désir justifie tout, pourvu qu’il soit partagé. » (idem, p. 191) « Ce qui compte, c’est la relation. […] Le critère éthique fondamental, qui relativise les différences, est celui de la qualité intérieure de la relation. » (Isabelle Graesslé, Pierre Bühler et Christoph D. Müller, Qui a peur des homosexuel-les ? (2001), p. 179) Le mythe du consentement mutuel – qui stipule qu’une action devient juste et aimante à partir du moment où elle est voulue par plus d’une personne ( = « on va voir ailleurs… mais c’est rien puisqu’on s’dit tout ») – n’est absolument pas remis en cause, alors que, dans les faits, on peut très bien agir mal à deux, au-delà des sincérités, des promesses, de la communication dans le couple.

 

L’éloge idolâtre du sentiment amoureux s’accompagne d’ailleurs très souvent d’une forme d’auto-mépris chronique de l’amour-sentiment, forcément. C’est parce qu’on n’y croit trop, et qu’on en fait un mauvais usage, que les sentiments peuvent nous tromper ! : « Je ne veux plus jamais tomber amoureux. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 170) Les plus romantiques des sentimentaires homosexuels sont ceux qui dénoncent chez les autres la naïveté et l’idéalisme des contes de fées dans lesquels ils s’enferrent pourtant à pieds joints eux-mêmes, parce qu’ils n’ont rien compris à l’Amour vrai. L’Amour, ce n’est pas comme dans les contes de fée : c’est mieux, et plus grave, que les contes de fées ! C’est par excès de romantisme que nous arrivons à être déçus par ce que nous croyons être « de l’amour » : non parce que nous aimons vraiment.

 
AMOUREUX 5 L'amour n'a pas de sexe
 

Dans l’amour homosexuel, le « désir d’aimer » semble l’emporter sur « l’amour en actes » : « C’est vers seize ans que survint le premier flot qui me jeta par dessus bord. Depuis longtemps existait en moi un inconscient désir d’aimer. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 80)

 

Je suis persuadé que c’est parce que les personnes homosexuelles ne croient plus en l’amour qu’elles le chantent à tue-tête. Pour cacher leur dépression et les détournements de l’amour qu’elles opèrent, elles se mettent à défiler sous les bannières de l’optimisme en forme de cœur ou d’arc-en-ciel. Et ce remplacement de l’Espérance (= lire tous les événements concrets de la vie humaine à la lumière de la Victoire de la Vie sur la mort, à travers la Croix du Christ) par l’optimisme ( = voir le monde avec des lunettes roses) est vraiment pathétique. Ça y est ! Je crois qu’on peut le dire : Les Bisounours homosexuels (déprimés mais « optimistes ») sont là ! Ils ne croient pas en l’Amour unique et éternel, mais en l’amour-sentiment, merveilleux et éphémère à la fois. « Aime comme tu veux ! » signalent leurs banderoles de Gay Pride (cf. arborées au défilé parisien de 1986). En réalité, derrière l’argument de l’amour, la motivation de beaucoup de militants homosexuels est prioritairement légaliste et matérialiste, ne nous leurrons pas : « On veut être reconnus comme une famille par la loi, pas que par les cœurs. » (Francine et sa compagne Karen, dans le documentaire « Des filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger)

 

La justification de l’homosexualité par « l’amour » est totalement de mauvaise foi, mais semble dans un premier temps, il faut le reconnaître, vraiment efficace et incontestable, d’une part parce qu’elle touche la corde sensible de notre compassion, et d’autre part parce que l’Amour vrai, même s’Il s’éprouve concrètement sur la durée, dans la patience et la persévérance, ne se prouvera et ne s’imposera jamais : Il est l’Amour même (et la Liberté qui va avec) !

 

AMOUREUX 6 Pour la vie

 

Votre attention, s’il vous plaît ! La Miss France homosexuelle a un message capital à nous délivrer : « Vive la liberté, la vie, la différence, la grâce, le respect… » (Clémentine Célarié dédicaçant maternellement la revue Triangul’Ère 3 (2001) de Christophe Gendron, p. 778) ; « Je réclame la liberté générale des mœurs, de tout ce qui ne nuit pas à la tranquillité, à la liberté, au bonheur du prochain. » (Claude Cahun citée par Catherine Gonnard, article « Claude Cahun », dans le Dictionnaire des Cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 91) ; « Seul l’amour peut légitimer les actes sexuels consentis sans violences. » (le docteur Ramón Serrano Vicens, cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 160) ; Les militants de l’association gay basque Xente Gai Astur veulent « construire une société plus juste et meilleure pour tous les êtres humains » (cf. Fernando Olmeda, El Látigo Y La Pluma (2004), p. 322) ; « Jocelyne François ne se veut pas la porte-parole d’une quelconque cause. Pour elle, il s’agit de dire l’évidence : l’amour, et sa singularité. Un ton qui rompt définitivement avec tous les poncifs et les stéréotypes d’une homosexualité subie ou transgressive, en se voulant essentiellement à l’écoute d’une histoire personnelle, celle de sa rencontre avec la peintre Marie-Claire Pichaud. Son œuvre reste surtout une invitation à aller jusqu’au bout de soi et de ses bonheurs. » (cf. l’article « Jocelyne François » de Catherine Gonnard, dans le Dictionnaire des Cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 201) « En conclusion, je pense que nous recherchons tous, hétéros ou gays, le bonheur, l’amour, la liberté de vivre la vie que l’on a choisie. Il n’y a donc pas de différence. Je souhaite de tout cœur que les homos puissent vivre leur vie dans la paix, la reconnaissance et la sécurité. » (cf. lu dans la revue Têtu, juillet/août 2002) Oui, en effet, le bonheur, comme le répète le monde magique de la publicité, c’est d’être soi-même, de s’écouter, de penser à soi, … et, comme dirait le bobo, d’« être vivant » et d’« avoir aimé (malgré tout) ». De chanter la vie, de danser la vie (= de vivre pour sa gueule, en gros). Et surtout, surtout, de ne pas juger (comprendre = « faire marcher son sens critique ») : « Pour moi l’homosexualité est une chose normale. Je ne vois pas du tout au nom de quoi est-ce qu’on juge l’autre. Son corps, mon corps est à moi. Votre corps est à vous, j’espère. Nous avons le droit d’en faire… à peu près, ce qu’on veut. La seule chose qui soit interdite, c’est la mauvaise foi, le mensonge et le meurtre. Tant qu’on ne porte pas ombrage à la liberté de l’autre, on a le droit d’être libre. » (Juliette Gréco dans le documentaire « Sex’n’Pop, Part I » (2004) de Christian Bettges) C’est vrai, tout ça. Il ne faut pas oublier non plus de dire que « L’Important, c’est la communication et les échanges ». C’est important, ça. Ben oui : on reçoit beaucoup plus que ce qu’on donne. C’est Lorie, la grande philosophe, qui l’a dit. Et c’est capital de rappeler que l’amour n’a pas de règle ni de limites, parce que l’Amour est transcendant : Il est partout, même là (surtout là !) où on ne s’y attend pas, … où notre désir n’y est pas, où on ne veut pas s’investir librement.

 

Miss France a encore un mot à nous dire sur le mariage gay, peut-être ? Oui, il faut en effet lutter contre les préjugés sur les homos, c’est vrai (c’est quoi, un « préjugé », au fait ?). Et lancer le Kiss-ing de l’amour obligatoire à la Gay Pride ! pour expliquer au monde entier que « les homos sont faits pour le mariage ! » (dixit Arielle Dombasle dans la revue Têtu, juin 2011) Voilà. Ça, c’est fait. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout le monde il aime ! Tout ça, C’EST LA VIE ! « Tu s’ras bien avec tes deux mamans. Avec le p’tit Raphaël, on fonde une famille. On peut tout à fait vivre une relation homo avec un p’tit bébé. Ça me paraît complètement naturel. Voilà, quoi. C’est la vie. » (une maman lesbienne juste après la naissance de son fils, dans l’émission Ça se discute diffusée le 18 février 2004 sur la chaîne France 2) Les couples homos, en résumé, pas besoin de se prendre la tête, « C’est juste de l’amour quoi. » (Jeanne Broyon par rapport à l’amour lesbien, dans le documentaire « Des Filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger ; d’ailleurs, pendant un kiss-ing parisien, la réalisatrice se ballade justement avec un ballon gonflé en forme de cœur, marqué « Action Bisounours ». CQFD) Euh… Une dernière petite question perso : On est vraiment obligé d’applaudir ?

 

AMOUREUX 7 Bisounours

Les « fameux » Bisounours


 

Quand on regarde les mots de la Miss France tout-sourire d’un peu plus près, on y découvre toujours le même discours homophobe prônant une diversité-rouleau-compresseur égalitiste : « Dès qu’il y a de l’amour, qu’il soit hétéro, homo, bi, trans, c’est une occasion de fête et de joie. Et je trouve ça magnifique ! » (Linda Troller dans le documentaire « 68, Faites l’amour et recommencez ! » (2008) de Sabine Stadtmueller) ; « C’est pas le mariage homo. C’est le mariage tout court. » (Marion, la sœur de Guillaume, son frère homo en couple avec Patrick, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy de l’émission Tel Quel diffusée le 14 mai 2012 sur la chaîne France 4) ; « Homo, hétéro, il n’y a pas fondamentalement de différence. L’amour entre deux personnes, avec un grand A, c’est le même. » (Violaine citée dans la revue Têtu, n°130, février 2008, p. 81) ; « À travers ce film, j’ai essayé de dire que l’amour reste éternel en dépit des difficultés que la société impose aux amoureux. Homos ou pas ! C’est pour moi une façon de rendre hommage à ceux qui s’aiment et expriment leur amour comme ils le sentent. » (Mohamed Camara à propos de son film « Dakan » (1997), dans Arte Magazine, le 15 juillet 2000) ; etc.

 

Voici le discours typiquement bisexuel de l’irresponsabilité des libertins « gays friendly » : « Tu sais, cariño, un jour, tu vas tomber amoureux. Si c’est un garçon, t’es homo. Si c’est une fille, t’es hétéro. […] Je me suis tapée toutes les filles de ma promo. Ça n’a pas fait de moi une lesbienne ! » (une des tantes de Guillaume, le héros bisexuel, prise en flagrant délit de déni de responsabilité, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) Et tout le monde a « adoooré » la « nouveauté » qu’aurait représentée ce film « Guillaume et les garçons, à table ! »… J’avais beau leur dire : « Mais non, c’est pas un film novateur ni positif pour les personnes homosexuelles. Malgré les apparences, il n’est pas un progrès du tout. C’est un film homophobe qui banalise et ignore la pratique homosexuelle en même temps que les personnes. », je n’arrivais pas à me faire entendre…

 

Les Queer & Gender Studies, derrière un discours évasif sur les bienfaits des différences (qu’elles nient concrètement, à commencer par la différence des sexes !), tentent d’imposer un dangereux flou artistique sur la recherche du sens de la sexualité, des corps naturels, et de l’Amour, une recherche qui, inutile de le rappeler, garantie le respect des personnes et de notre société : « Les contours d’une nouvelle forme de sexualité ne peuvent pas être connus, il appartient, à chacun de nous de le déterminer. […] Les êtres humains s’arrangent à leur façon de la reproduction et de la production, des différences sexuelles et de l’érotisme ; ils font aussi leur propre histoire du plaisir et du bonheur. […] La recherche du bonheur au XIXe siècle dépend de vous. » (Jonathan Ned Katz, L’Invention de l’hétérosexualité (2001), pp. 181-183) ; etc. Leur défense de l’amour est particulièrement sentimentaliste et anti-naturaliste : « Aujourd’hui, la signification de la sexualité ne se situe plus exclusivement dans le corps mais dépend de l’usage que l’on en fait. » (idem, p. 176) Ce sont les instincts et les pulsions animales (les penseurs queer diront « envies » ou « amour » pour édulcorer leur violence) qui sont mis en avant, voire imposés : « Le sexe est une pulsion humaine fondamentale qui ne peut être bridée. Toutes les tentatives pour le contrôler ou le réglementer ont échoué. L’amour ne connaît pas de verrous. » (Terry Sanderson, Gay Kâma Sûtra (2003), p. 8) À travers un réquisitoire archi-appris sur l’amour (l’amour dont paradoxalement on ne dit rien ! on se contente généralement de nous l’exhiber sans légende), derrière des mots énigmatiques et ésotériques berçant notre douilletterie, se cache une redoutable censure sur l’homosexualité : « Le Vatican s’oppose à l’amour ! » (Don Barbero, prêtre gay friendly dénonçant la position de l’Église catholique lors du vote de la loi DICO en Italie en 2003, dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi) ; « L’homosexualité ne m’intéresse pas comme sujet de cinéma. Ce qui m’intéresse, c’est l’intimité des personnages. » (Gaël Morel cité par Cyril Legann, « Gaël et son clan », dans la revue Illico, 10 juin 2004) ; « Je ne fais aucune différence entre l’hétérosexualité, la bisexualité et l’homosexualité. L’amour, c’est être consumé par un feu intérieur, qui vous emmène loin. Tout le monde a raison, tout le monde fait le bon choix, personne n’a à s’interposer quand il s’agit d’amour. […] Quant à l’homoparentalité, je ne vois pas le problème, si problème il y a. Peu importe la sexualité des parents, l’amour doit être au centre de la famille. Je suis pour le bonheur et la félicité. » (Étienne Daho cité dans la revue Têtu, n°127, novembre 2007, p. 34) ; « Du moment qu’il y a de l’amour et de l’éducation… » (cf. une phrase d’un défenseur du « droit à l’enfant » pour les couples de même sexe, dans la série d’émissions 7 minutes pour une vie, « Homoparentalité : Le Parcours de deux mamans et deux papas » dans Le Magazine de la Santé, diffusé sur la chaîne France 5, décembre 2009) ; « J’ai pas vraiment envie d’en parler. C’est un film d’amour, voilà. Souvent, mes films ne traitent pas directement d’homosexualité. » (François Zabaleta juste avant la projection de son film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, au 17e Festival Chéries-Chéris d’octobre 2011, au Forum des Images de Paris) ; etc.

 

Par exemple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, le papy homosexuel fermier de 83 ans compare le fait d’aimer le vin avec l’homosexualité: « Il s’agit d’aimer. », mais on voit qu’il impose une censure sur sa propre homosexualité : « Je suis né comme ça. Je suppose. Je ne me pose pas la question. C’est, je pense, l’intérieur qui commande. »

 

Certains amants homosexuels, dans un élan d’irresponsabilité puéril et homophobe, vont même jusqu’à nier leur désir homosexuel, leurs actes, leur orientation homosexuelle, leur culture, leurs amis homos, leur communauté sexuelle d’adoption, parfois même renier leur propre compagnon, pour satisfaire ce discours social insipide sur la sexualité : « Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne peut s’exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui, parce que c’était moi. » (Montaigne au sujet de La Boétie, cité dans le roman Parce que c’était lui (2005) de Roger Stéphane, p. 37) ; « La conduite sexuelle entre deux hommes a peu ou rien à voir avec l’identité ‘homosexuelle’. » (Neil McKenna, On The Margins (1996), p. 12, cité dans l’essai Historia De La Literatura gay (1998) de Gregory Woods, p. 312) ; « Je ne pensais pas devoir décrire mon protagoniste en tant qu’homosexuel ou hétérosexuel. Pour moi, il est queer. Dominik n’a pas besoin de se décrire. » (Jan Komasa, le réalisateur du film « Sala Samobójców », « Suicide Room » (2011), s’exprimant sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris) ; « Je ne suis pas lesbienne ; j’aimais Thelma. » (Djuna Barnes à propos de sa relation orageuse avec la sculptrice Thelma Wood, citée dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 76) ; « Moi je ne lutte pas pour être homosexuel. Je lutte pour être moi et pour être une personne. Moi je crois aux personnes, pas à l’homosexualité. On ne doit pas te coller une étiquette parce que tu te mets avec un mec ou une nana. » (Fernando Olmeda, El Látigo Y La Pluma (2004), p. 265) ; « Ce n’est pas important d’être gay… ou important d’être blanc… ou important d’être noir. L’important, c’est d’être soi. » (James Baldwin en mai 1986, cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 72 ; « J’ose espérer à l’avenir qu’on ne parlera plus d’orientation sexuelle, que ça deviendra juste un fait naturel. » (une femme trentenaire lesbienne dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre) ; etc.

 

Pour faire contrepoids à ce discours fleur bleue senteur lavande puant, je ne peux m’empêcher de citer les quelques mots de Pascal Bruckner sur l’individualisme infantile, dans La Tentation de l’innocence (1996) : « L’individualisme infantile est l’utopie du renoncement au renoncement. Il ne connaît qu’un mot d’ordre : sois ce que tu es de toute éternité. Ne t’embarrasse d’aucun tuteur, cultive et soigne ta subjectivité qui est parfaite du seul fait qu’elle est tienne. Ne résiste à aucune inclination car ton désir est souverain. Tout le monde a des devoirs sauf toi. », p. 106).

 

Le plus fascinant dans tout ce processus contemporain de bisexualisation du concept d’homosexualité, c’est que nous sommes en train de revenir inconsciemment aux fondamentaux historiques homophobes du désir homosexuel, à l’époque (fin du XIXe siècle) où les nomenclatures « les homosexuels » et « les hétérosexuels » s’appliquaient exactement aux mêmes individus : les personnes bisexuelles qui ne voulaient pas s’engager en amour. Une époque, d’ailleurs, où les personnes homosexuelles étaient particulièrement persécutées. Aujourd’hui, c’est la même chanson. On veut, en mettant à mort la réflexion sur le désir homosexuel, faire table rase sur l’horizon symbolique de la sexualité humaine au sens large. Le désir homosexuel est réduit à une pratique génitale (à ne pas analyser), et n’est plus reconnu en tant que désir (la seule chose dont on est sûr qu’il est). On ne doit même plus dire « amour gay », sinon, on se fait taper sur les doigts ! L’« amour gay », c’est de l’Amour-tout-court, voyons ! Pourquoi instaurer des « catégories d’amour », enfin !?! Je perçois cette tyrannie homophobe dans les propos pourtant bateau et désinvoltes d’un écrivain comme Christophe Donner : « Ma nature est d’être amoureux, d’être sensuel, d’être excité, de sucer, d’enculer mais pas d’être homosexuel » (l’écrivain Christophe Donner). La censure actuelle sur l’homosexualité, le refus de se définir comme une personne homosexuelle, ou de seulement parler de l’amour/désir spécifiquement « homosexuel », ne préfigure rien de bon pour la communauté homosexuelle à venir…

 

AMOUREUX 8 Peace

 

Ce phénomène de censure concernant la question gay est extensible à la société entière, malheureusement. C’est sur le sens de la sexualité humaine et de l’Amour qu’il faudrait s’attarder, en réalité ; sur les fondamentaux. On n’a jamais entendu parler autant d’Amour dans nos médias qu’aujourd’hui, … et pourtant, on l’a jamais aussi peu mis en pratique ni expliquer ! « On respecte les façons diverses d’aimer. » (Christian Flavigny, pédopsychiatre « catholique », dans l’émission « Sans langue de buis » consacrée aux États Généraux de la bio-éthique, diffusée le 12 janvier 2018 sur la chaîne KTO) Pour revenir sur le cas de la communauté homo, qui n’est que la partie visible de l’iceberg de l’Ignorance sociale sur l’Amour, ce qui surprend le plus, c’est de voir le degré de violence et de haine que les défenseurs de l’amour gay, qui n’ont pourtant que les mots « amour » et « respect » à la bouche, sont capables de mobiliser pour justement défendre leur conception très personnelle et discutable de l’Amour. Ne voyant leurs actions qu’à travers le prisme de leurs bonnes intentions, il semble difficile à la majorité des personnes homosexuelles de mesurer que ce n’est pas les valeurs en elles-mêmes qu’elles désirent mettre sincèrement en pratique dans leurs amours qu’elles doivent remettre en cause (« s’accepter soi-même », « défendre la diversité », « accueillir la différence », « aimer l’autre de tout son cœur et tel qu’il est », etc.), mais le détournement qu’elles en font. Par exemple, la générosité n’a jamais impliqué de se laisser vider son compte en banque par son amant ; l’amour de la beauté n’a jamais imposé la soumission au sexe ; l’acceptation de soi n’a jamais demandé la caricature du coming out ; etc. La communauté homosexuelle toute entière a du mal à saisir que l’amour n’est pas que l’intention d’aimer, et que, comme le dit le fameux adage, « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».

 

Je vois d’ici certains lecteurs interpréter mon cynisme par rapport à l’amour gay comme une forme d’aigreur personnelle qui relèverait de la jalousie enfouie, ou du refus gratuitement méchant de cautionner le discours social actuel sur la beauté des couples homos. On ne sait pas pourquoi, mais bon, ça me ferait naturellement mal de voir un couple homo vraiment heureux ; ça m’écorcherait la bouche de l’avouer, mais le « bonheur des autres » me débecterait… Je leur réponds tout de suite que, pour l’instant, et depuis un certain moment déjà (surtout depuis que je ne suis plus homosexuellement amoureux, tiens ! comme par hasard ! et que je ne crois plus en cette soupe guimauve qu’on nous force à avaler comme du petit lait), je vais très bien. C’est parce que je ne me fais pas/plus avoir par la chansonnette des amoureux homosexuels que je peux dire haut et fort que ça fait du bien d’être au régime ! 😉 Et que ça fait du bien aussi de dénoncer ce qui se cache de franchement révoltant derrière le vernis de bien-pensance qui recouvre la communauté gay (et pas que la communauté gay : toute la société) D’autres personnes homos, prétendant vivre en ce moment le « Big Love » avec leur partenaire, me soutiendront que c’est plutôt mignon de se définir comme « amoureux ». En apparences, en tout cas. Mais ce qui est gênant, c’est ce que cette méga propagande publicitaire en faveur de l’amour, lancée par la communauté homosexuelle, cache une censure sur les pratiques dites « amoureuses » et sur la réflexion à propos de l’Amour, précisément.

 

Je le crois de plus en plus. Le désir homosexuel n’aide pas les individus qu’il habite à se poser la question de leurs désirs profonds. Il faut toute une vie à un Homme pour apprendre à aimer. Mais bien souvent, les personnes homosexuelles, en croyant aimer mieux que les autres qui les auraient si mal reconnues, se pensent exemptées du travail d’apprentissage collectif et patient de l’amour, si bien qu’elles arrivent souvent précipitamment sur le terrain des relations amoureuses en ayant grillé certaines étapes et sans connaître les règles de base du jeu aimant respectueux. On le constate très clairement dans les fictions et dans les faits. « Moi, je ne sais plus dire ces choses-là. » (Charlotte incapable d’assurer un « je t’aime » à Mélodie, dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; « Moi, j’ai jamais réussi à être en entier à quelqu’un. » (Charlotte à la fin du film, idem) ; « J’ai des difficultés pour aimer. » (Monique, témoin homosexuelle dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre) ; « Le problème, c’est que tu n’aimes que toi. » (Adrien s’adressant à Louise, le personnage trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « J’connais beaucoup d’hommes qui ont aimé mon frère, enfin… qui croyaient l’aimer. » (Hall par rapport à son frère homo Arthur, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc.
 

Par exemple, dans le film « Tableau de famille » (2002) de Ferzan Ozpetek, Antonia répète à trois reprises à Michele, l’amant de son mari, une phrase à laquelle celui-ci ne sait pas quoi répondre tellement elle est juste : « Tu ne sais pas aimer ! » Dans le film « Benjamin » (2018) de Simon Amstell, Benjamin, le héros homosexuel, avoue « son incapacité à aimer ». On retrouve cette idée dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow (« Ça ne durera pas, votre histoire à Paul et à toi, parce que toi, tu ne sais pas aimer. » dit Marie à Sébastien), dans la chanson « La Vie continuera » d’Étienne Daho (« Aimer tu ne sais pas. »), dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner (« Tu ne sais pas aimer ! » crie Prior à son amant Louis), dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie (« Vous avez une drôle de façon de vous aimez. » déclare l’Inspecteur à Franck), dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson (« On s’est mal aimés, toi et moi. » constatent Vincent et Stéphane), dans la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely (« Tu sais rien de l’amour, toi. » signale Franck à son mec), dans la chanson « Tu ne sais pas aimer » de Damia, dans le film « Un Mariage de rêve » (2009) de Stephan Elliot (« Tu ne sais pas aimer. » déclare Larita à John), dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo (« Tu ne m’as jamais aimé. T’es incapable de partager une vraie relation. » dit Arnaud à Mario), dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier (« C’est terrible de s’apercevoir qu’on aime si mal la personne qu’on aime. » déclare Georges, le héros homosexuel faisant son autocritique dans sa relation coûteuse avec William), dans le one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015) de Pierre Fatus (« Pour l’amour, je ne suis pas diplômé. On m’a pas appris à aimer. »), dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini (« T’as pas de cœur, Delphine. » déclare Carole à son amante), dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré (« Je sais pas être avec quelqu’un. Je ne sais qu’être seul. »dit Jacques à son amant Arthur), etc. Par exemple, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, Adineh l’héroïne transsexuelle F to M déclare à Rana la femme mariée qu’elle n’a jamais aimé : « Ça fait quoi d’aimer quelqu’un ? » Question qui étonne Rana : « Tu n’as jamais été amoureuse. » Et dans la vie réelle, même chose. Il suffit de regarder la majorité des individus homosexuels (ou hétérosexuels) gérer leurs aventures sentimentales pour se rendre compte que, quoi qu’ils en disent, il n’y a pas de place pour un conjoint dans leur vie, et qu’ils ne se sont pas encore assez préparés à l’accueil de l’amour. Ils sont d’ailleurs les premiers étonnés de constater, une fois « casés », que non seulement rien n’a changé à leur insatisfaction d’être et d’aimer, mais qu’ils se sentaient mieux célibataires qu’aussi mal accompagnés. Quand nous voyons la plupart d’entre eux s’amouracher de n’importe qui à n’importe quel moment, pour finir déçus ou détruits les trois-quarts du temps, on a de quoi de penser qu’ils n’ont pas suffisamment compris comment il fallait s’y prendre en amour. Je suis certain qu’ils sauraient aimer de manière plus mûre dans d’autres circonstances et structures conjugales que les couples hétérosexuel et homosexuel : ils aiment mal (ou « moyen ») seulement quand ils s’obstinent à vouloir aimer à travers le modèle du couple fusionnel androgynique et en dehors de la différence des sexes.

 

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Code n°10 – Androgynie bouffon/tyran

androgynie bouffon

Androgynie bouffon/tyran

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Vous vous souvenez des dessins animés de votre enfance, ou encore des B.D. dans lesquelles on voit un héros entouré de deux marionnettes – généralement un angelot et un diablotin – qui sont ses clones, et qui se disputent sans arrêt entre elles parce qu’ils ne sont jamais d’accord ? Vous visualisez les petites voix de la Conscience et de la Culpabilité qui se livrent bataille en lui pile au moment du choix cornélien, ou quand il est sur le point de faire une grosse bêtise ? Et bien je trouve que ces mises en scène de conflit intérieur entre deux personnages bouffon/tyran qui se mènent une vie impossible, mais qui pour autant restent inséparables (d’ailleurs, ils passent leur temps à s’échanger les rôles) sont typiques dans les œuvres artistiques traitant d’homosexualité. Sûrement parce que le désir homosexuel écartèle la conscience qu’il habite et la coupe en deux. Cette schizophrénie de l’âme, elle arrive généralement quand nos actes ne sont pas conformes à notre conscience et à nos bonnes intentions ; quand nous ne voulons pas assumer ce que nous faisons. Plus on se rêve éternelle victime – pour mieux mal agir en secret et en toute impunité –, plus on devient bourreau sans même s’en rendre compte. L’existence faite de dérision et de légèreté cache bien souvent des drames et des larmes invisibles. Derrière le Jean-qui-rie pleurniche Jean-qui-pleure (… et vice et versa). Comme le désir homosexuel est plus bien-intentionnel que fondé sur le Réel, il est logique qu’il nous encourage à vouloir porter les deux masques, en apparence antithétiques, de la clownesque bataille entre le valet lourdingue et son maître psychorigide. Dans les œuvres homosexuelles, ce duo fusionnel amusant est pourtant le signe d’un désir de viol chez celui qui les met en scène, la marque de l’écartèlement d’une conscience humaine en proie à ses désirs de rupture/fusion avec les autres. Il n’est pas rare que l’inconstance du désir homosexuel prenne, dans les créations artistiques, la forme de la farce sado-masochiste.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Doubles schizophréniques », « Désir désordonné », « Violeur homosexuel », « Jumeaux », « Adeptes des pratiques SM », « Moitié », « Homosexuels psychorigides », « Liaisons dangereuses », « Promotion ‘canapédé’ », « Défense du tyran », « Clown blanc et Masques », « Douceur-poignard », « Homosexuel homophobe », « Femme et homme en statues de cire », « Femme fellinienne géante et pantin », à la partie « Amant-marionnette ou marionnettiste » du code « Amant diabolique », et à la partie « Je suis fier d’être un monstre » du code « Homosexualité noire et glorieuse », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le couple homosexuel explosif est composé de deux marionnettes grand-guignolesques figurant un tyran et un serviteur qui lui est soumis :

Vidéo-clip de la chanson "Optimistique-moi" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Optimistique-moi » de Mylène Farmer


 

On peut retrouver ces personnages chamailleurs dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut (avec le couple homo formé par Dieu et Satan, et entourant Bill), le spectacle-performance Golgotha (2009) de Steven Cohen (avec les ombres chinoises du tyran et du bouffon), le Muppet Show (avec les grands-pères Statler et Waldorf), dans le film « La Femme et le Pantin » (1931) de Josef Von Sternberg (avec le maire et son bras-droit, Alphonso et Pacco), la chanson « Egotrip » du spectacle musical Starmania de Michel Berger (avec Stella Spotlight et Zéro Janvier), le « Medley Cette Année-là » au concert des Enfoirés en 1998 (avec Pierre Palmade et Patrick Juvet), la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi (avec Cyrille, le héros homo, et Hubert, son journaliste-bras-droit), le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears (avec Omar et Johnny), le film « Vatel » (1999) de Roland Joffé, le tableau La Cour du roi doré (2007) de Thierry Brunello, le film « Sens unique » (1987) de Roger Donaldson, le film « Mont-Dragon » (1970) de Jean Valère (avec Madame la colonelle et sa servante), la pièce Le Cri de l’ôtruche (2007) de Claude Gisbert, le poème « República » de Néstor Perlongher, le roman La Terrasse du roi lépreux (1969) de Yukio Mishima, le film « Une étrange affaire » (1981) de Pierre Granier-Deferre (avec Louis et son rapport exclusif avec son supérieur, le film « Mauvaise Passe » (1998) de Michel Blanc (avec Pierre, le prof de lettres dépendant de Tom, l’escort boy), le film « Beau Travail » (2000) de Claire Denis (entre l’adjuvant et le jeune légionnaire), le film « La Fille de Monaco » (2008) d’Anne Fontaine (entre l’avocat et son garde du corps), la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, le roman Prince et Léonardours (1987) de Mathieu Lindon, le film « Furyo » (1983) de Nagisa Oshima (Jack Celliers et le Capitaine Yonoi, jouant au chat et à la souris), le film « Une Affaire de goût » (1999) de Bernard Rapp (avec sa Majesté Frédéric et son goûteur Nicolas), la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi, la bande dessinée homo-érotique Batman (avec Batman et Robin en lutte contre le Joker efféminé), la chanson « L’Aventurier » d’Indochine (avec Bob Morane et Bill Ballantine), le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan (avec Élisabeth, la veuve Merteuil et calculatrice, et Brahim son bras-droit homo), le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon (avec Louise et sa servante Gaby), les films du duo homo-érotique Laurel et Hardy (cf. le documentaire « The Celluloïd Closet » (1995) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman), la chanson « Ramon et Pedro » d’Éric Morena, le roman L’Agneau carnivore (1975) d’Agustín Gómez Arcos, la pièce Guantanamour (2008) de Gérard Gelas (avec le jeu ambigu entre le geôlier et le prisonnier), le film « Jan-Ken-Senso » (1971) de Shuji Terayama, le film « It’s Love Im After » (1937) d’Archie Mayo, le film « Holy Matrimony » (1943) de John M. Stahl, le film « Mon capitaine, un homme d’honneur » (1995) de Massimo Spano, les tableaux de Moktar, la pièce Macbeth (1623) de William Shakespeare (avec le couple criminel Macbeth-Lady Macbeth), la pièce Arlequin, valet de deux maîtres (2008) de Goldoni, le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot, la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon (avec le duo sadomaso formé par la grande Allemande robuste et sa compagne petite, toutes deux en couple lesbien, et qui violent les vierges), le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (avec le duo SM composé de la gouvernante stricte et de la femme-enfant ingénue), la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks (avec Igor et Freddie le Dr Frankenstein Junior), etc.

 

Par exemple, dans la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau, les deux lesbiennes Lucie et Léonore doivent, lors d’un casting, interpréter une scène entre une Reine autoritaire et une servante. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, François s’extasie devant Thomas, son amant qui l’a quitté, et se remémore « son air sournois et machiavélique qui lui va si bien ». Dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis, Fred (le héros homosexuel) et Alice (la « fille à pédé(s) ») se chamaillent comme les deux moitiés schizophréniques d’une même personnalité déchirée : « Tu joues la meilleure amie, et puis après, tu joues la parfaite hystéro qui m’arrache la moitié du visage ! […] Arrête de me toucher ! J’vais finir en morceaux avec toi ! » (Fred) Dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, les deux amants Jean et Luc se comportent comme de vraies girouettes qui s’insultent, s’adorent, se déchirent, disent qu’ils se taisent pour en réalité parler encore plus : « Je parlais pour parler. » (Jean) Dans le one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011) du travesti M to F Charlène Duval, Madame Raymonde et Charlène Duval disent s’adorer « comme des copines », mais en même temps s’envoient sans arrêt des vacheries dans la gueule. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah humilie son amante Charlène devant les autres camarades, la traite comme sa bouffonne et arrive à s’en victimiser : « Tu m’auras bien fait du mal en tous cas. En même temps, je ne mets pas tout sur le dos. Moi aussi, je me suis laissée faire. […] Putain, t’es forte. Tu fais encore ta petite victime. Tu prends ton air de chien battu. […] Avec toi, je me sens mal. Je mens. Je me sens dure. Tu me donnes le mauvais rôle. ». Dans la pièce Lettre d’amour à Staline (2011) de Juan Mayorga, des couples étranges se forment : d’abord entre le poète Boulgakov et sa femme – qui se met dans la peau de Staline – (« Tu es la femme que j’aime. Comment puis-je imaginer que tu es Staline ? »), et ensuite entre Boulgakov et un Staline homosexuel (« C’est toi le poète et moi le lutteur. » affirme impérieusement le dictateur). On peut également penser au passage célèbre de Sodome et Gomorrhe où la rencontre amoureuse entre le très aristocrate Palamède de Guermantes, baron de Charlus et le valet Lupien est racontée avec beaucoup d’humour. Ce n’est que lorsque ces duos apparaissent dans le scénario de cette pièce que les enjeux de pouvoir se modifient entre les personnages. Les combinaisons par binôme indiquent deux choses : l’émergence d’un désir sexuel ambigu (= homosexuel) d’une part, et de la violence destructrice d’autre part. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, pendant le cours d’histoire, Nathan simule un malaise alors que le prof parle de l’accord (pacte de non-agression) entre Hitler et Staline pendant la Seconde Guerre mondiale, pour être amené à l’infirmerie par son futur amant Jonas, qu’il va draguer en même temps qu’humilier et manipuler.

 

Le dramaturge argentin Copi est le spécialiste des pièces où le personnage central est en proie à des voix intérieures délirantes, comme s’il ne s’éprouvait plus du tout jouer (d’ailleurs, quand Copi montait sur scène pour interpréter ses propres personnages, il arrivait qu’il soit complètement camé lui-même !). Il s’agit généralement d’un héros homosexuel hystérique et schizophrène, parfois transsexuel, semblant souffrir du syndrome Gilles de la Tourette : « Arrêtez ! Ma bonne m’assassine à coups de massue et mon chien afghan me mord les chevilles ! » (« L. », le héros travesti M to F en parlant de Goliatha, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Où est-elle, cette salope, que je la tue ! » (Jolie parlant de sa fille Graciela, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, p. 75) ; « Ne tirez pas, Madame, je suis aveugle ! » (Fougère dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; etc. Le bouffon et le tyran de Copi sont généralement un adulte-petite fille envoyé(e) faire le tapin par une mère-transsexuel despotique ; mais ils peuvent être également un rat et son maître-courtisan, ou bien une matrone bourgeoise et son domestique. Ces partenariats violents renvoient presque systématiquement à l’inceste, à l’homosexualité, au viol, à la prostitution.

 

L’androgynie entre le bouffon et le tyran peut s’observer entre frères, et indiquer une transgression de la différence des générations : cf. le roman J’ai tué mon frère dans le ventre de ma mère (2011) de Sophie Cool, la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi, le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (avec Élisabeth et Paul, les frangins incestueux), etc. « Les jeux ne sont pas tout à fait faits, chère petite sœur. C’est toi ou c’est moi ! Puisque nous sommes jumelles ! On a commencé à se battre à l’intérieur du ventre de notre mère. » (la Comédienne s’adressant à Vicky, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Une dame ici ? Ce ne peut être que ma belle-sœur. Dites-lui que j’ai détesté sa robe de chambre et que je n’ai pas l’intention de les recevoir. » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; etc.

 

La dualité bouffon/tyran dans les œuvres homosexuelles fait également référence à la différence des espaces (on le voit plus largement dans le code « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre » du Dictionnaire des Codes homosexuels), c’est-à-dire à la double appartenance du personnage homosexuel à des classes sociales dites « opposées ». « Quand c’est pas la Boche, c’est la Juive. » (Laurent Spielvogel imitant Marlène Dietrich puis Barbara, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Mon frère homo va épouser un des sujets de sa majesté. » (l’avocat dans le film « Non-stop » (2014) de Jaume Collet-Serra) ; etc. À la fin du film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, par exemple, la juxtaposition des deux enterrements (d’un côté les funérailles carnavalesques du père des parias homosexuels, Bob ; de l’autre la mise en bière totalement guindée et triste du Maire de la ville) montre la division intérieure vécue par le personnage homosexuel de Scott (Keanu Reeves), fils du maire côté jour et délinquant queer côté nuit. Dans le dessin animé South Park, Herbert Garrison discute à la façon d’un ventriloque avec une marionnette actionnée par sa main droite, qu’il appelle « M. Toque ». Pendant quelques épisodes, Garrison remplace « M. Toque » par « M. T-shirt », une simple brindille vêtue d’un T-shirt, qui porte sur elle le triangle rose, référence directe au symbole cousu sur la chemise des personnes homosexuelles sous l’Allemagne nazie. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le couple homosexuel est composé d’un tyran et d’un bras droit qui lui est soumis… et bien sûr, les rôles s’interchangent : « J’attire sans souci les hommes des plus exigeants. » (Gatal, le héros homo, parlant à ses deux « pères ») ; « Tu seras mon soldat si tu veux bien. » (Gatal s’adressant à son fiancé, qui est aussi son directeur à qui il obéissait comme un subalterne). Le fiancé de Gatal, en lui tendant sa main, lui fait le salut nazi.

 

Film "Peter Pan" de Walt Disney

Film « Peter Pan » de Walt Disney


 

Un jeu d’honneurs à sauver s’instaure parfois entre les partenaires homosexuels. La paranoïa amoureuse aussi. L’amant gay n’accepte pas la Règle d’or de l’Amour qui consiste à consentir à appartenir, à se donner entièrement soi-même sans peur de mal se livrer : « Je l’aime beaucoup et c’est quelqu’un de très important pour moi. Mais ça ne lui donne pas le droit de régenter ma vie. » (Bryan à propos de son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 192) ; « Je suis voleur. Vous êtes Roi. Autrement dit, nous sommes deux frères. » (cf. le poème de Lacenaire adressé au Roi, dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; etc. Par exemple, dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, met sur le même plan sa relation de subordination au commandant de bord de l’avion qu’il occupe avec la fellation : « Ben c’est le commandant… » dit-il avec un geste obscène.

 

Un bras de fer commence, en dépit du plaisir que les amants semblent partager ensemble. La comparaison (« je suis meilleur que toi/je suis un gros nul par rapport à toi ») est la condition de leur fusion, le centre névralgique de leur querelle. Ils ne peuvent rester ensemble que parce qu’ils se jaugent l’un l’autre et se reprochent sans cesse de trop se ressembler/de ne pas assez se ressembler. Leur conflit est par conséquent éminemment gémellaire, narcissique. Il suffit d’une pique de comparaison, d’une remarque-serpent où les points de suspension et les jugements implicites appuient là où ça fait mal (genre : « MOI, je suis aimable et attentionné. Contrairement à toi… ») pour réveiller l’autre de son sommeil et subir ses foudres. La comédie de pestes que se jouent le bouffon et le tyran, dans laquelle il n’y en a pas un pour rattraper l’autre, nous montre que l’amour homosexuel n’est pas un lien valorisant, mais un amour de la comparaison dépréciative : « Je me sens toujours nul à tes côtés. » (Bryan s’adressant à son amant Kevin, idem, p. 218) ; « J’ai tout pouvoir sur toi ! » (idem, p. 163) ; « En général, elle se plie à ma volonté. » (Vera l’héroïne lesbienne parlant de son amante Lola, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Si je comprends bien, ma relation avec Lola est sous ton contrôle ? » (Nina s’adressant à Vera, idem) ; « Je me demande si tu ne manœuvres pas dans l’ombre pour manipuler Lola. » (Nina s’adressant à Vera, idem) ; « Ta dépendance et ta soumission avec cette fille me gêne profondément. » (Nina s’adressant à son amante Lola, idem) ; etc. Trop se comparer aux autres témoigne d’un gros complexe d’infériorité/de supériorité ; ne pas assez se comparer aux autres rend tout aussi orgueilleux et indifférent.

 

Un rapport de force s’établit très vite entre le maître et l’esclave : selon le schéma dialectique hégélien, l’esclave dépasse son bourreau et cherche à le soumettre. Montent chez le picaresque valet des désirs de symbiose avec son chef : « Voglio far il gentiluomo/Et non voglio più servir. » (« Je veux moi-même être le maître et ne veux plus servir. », c’est la première phrase de Leporello dans l’Acte I, scène I, de l’Opéra Don Juan de Mozart, 1787) Le tyran et sa laquais sont unis dans un mariage fictionnel grotesquement forcé, comme on peut le constater dans le roman Le Corps du soldat (1993) d’Hugo Marsan, le roman Pompes funèbres (1947) de Jean Genet, le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, la bande dessinée Rocky & Hudson, les cowboys gays (2013) d’Adao Iturrusgarai, etc. On retrouve l’amour entre le prisonnier et le policier dans le film « East Palace West Palace » (1996) de Yuan Zhang, le film « Shoot Me Angel » (1995) d’Amal Bedjaoui, le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault, le film « Hellbent » (2005) de Paul Etheredge-Ouzts, le film « À couteau tiré » (1983) de Roberto Faenza, le film « Le dernier saut » (1969) d’Édouard Luntz, le film « Lang Tao Sha » (1936) de Wu Yonggang, etc. Le dominant et le dominé sont unis à l’amour à la mort ! : « Maître et esclave côte à côte : elle le maître et moi l’esclave. » (Laura par rapport à son couple avec Sylvia, dans le roman Deux Femmes (1975) de Harry Muslisch, p. 38) ; « Who is the master ? Who is the slave ? » (cf. la chanson « Voices » de Madonna) ; « Les garçons préfèrent toujours ceux qui les malmènent. » (Laurent Spielvogel imitant André, un homme gay d’un certain âge, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « On n’arrive jamais à s’aimer sans se marcher sur les pieds. Moi, je suis avec toi parce que tu m’fais du bien. Toi, tu te sers de moi pour arriver à tes fins. On fait tout ce qu’on peut pour pouvoir se rendre heureux mais on n’est jamais contents tous les deux en même temps. Ego trip, toi tu fais ton Ego trip. Ego trip, moi je fais mon ego trip. Comment veux-tu qu’on s’aime ? » (Stella Spotlight et Zéro Janvier, dans la chanson « Egotrip » de l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; « Parfois je me demande si je suis un des acteurs du scénario ou si je suis en train de rêver. Suis-je une victime, pauvre victime innocente de l’intrigue ? Ou bien suis-je, à mon corps défendant mais à mon esprit consentant, en train de manipuler les autres ? » (François, un des héros homos du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 109) ; « Toi et moi on est pareils. On se ménage parce qu’on joue chacun très bien au jeu de l’autre. Je connais très bien ton jeu. J’y joue très bien. Toi aussi d’ailleurs. Mais tu sais, je suis meilleur que toi. Je te bats quand je veux. Alors, ne me provoque pas. Je te préviens. » (Harold, le héros homo s’adressant à son colocataire gay Michael, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; etc.

 

Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, la relation bouffon/tyran entre Omar et Hassan II est transposée sur le terrain amoureux, entre Khalid/Omar : « Je suis au pied du trône. Aux pieds de mon commandeur. Mon bonheur n’est plus. Mon amour n’est plus. Je suis un condamné. Un fou du Roi. » (Omar face à Hassan II, p. 13) ; « Dans la nuit du mardi au mercredi, le palais est venu à moi. Cela a duré toute la nuit. C’était comme dans une pièce de théâtre. Un casting était organisé afin de choisir un bouffon pour le Roi. Un fou du roi. On est venu me chercher. » (Omar, p. 24) ; « Non, je ne serais jamais un bouffon du roi. Pourtant, au fond de moi, j’aurais bien aimé le devenir. » (idem, p. 25) À la fin du roman, les rapports s’inversent : Karim, l’amant riche qui couchait avec Omar, le gars du peuple, finit par devenir le bouffon : « Je n’étais pas la victime de Khalid. J’étais son bourreau. » (idem, p. 171) Dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi, Jeanne n’arrête pas de demander au facteur de « cesser de la contredire ». Dans le film « The Servant » (1963) de Joseph Losey, on observe le même revirement brutal entre bouffon et tyran : un jeune et riche aristocrate engage un valet de chambre qui, peu à peu, exerce une totale domination sur lui. Les bourreaux et les victimes du film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 Jours de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini se mélangent également, et collaborent en vue d’illustrer la dualité violente de la dictature de Salò. Dans le roman Radcliffe (1963) de David Storey, Léonard Radcliffe, soumis au joug de son amant Vic, avoue son propre despotisme sous-jacent : « Le pire dans tout ça, c’est qu’une partie de moi l’aime et l’autre partie de moi ne lui sera jamais soumise. » (Gregory Woods, Historia De La Literatura Gay (1998), pp. 132-133) D’ailleurs, à la fin de l’histoire, Léonard, jadis homosexuel soumis et passif, finit par tuer Vic et par devenir l’homosexuel actif et prédateur une fois incarcéré. Ici, le violé devient violeur. Presque systématiquement, l’androgynie bouffon/tyran n’est que la figuration fantasmatique d’un conflit paranoïaque et hystérique qui se joue à l’intérieur d’un même personnage, comme c’est le cas par exemple avec le protagoniste de la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, qui rêve d’être « à la fois gibier et chasseur ». Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, c’est la guerre entre les deux rivales Doris (l’héroïne lesbienne) et Peggy/Truddy (qui se dit elle-même « schizophrène ») : Truddy se fait passer pour la secrétaire de Doris, avant de dévoiler sa véritable identité et son plan machiavélique pour humilier sa maîtresse : « Alors comme ça, je ne sais pas jouer ? […] Moi, je ne sais pas jouer. Mais j’ai su te réduire en poussière rien qu’en jouant. » (Truddy) ; « Il est clair, Truddy Hobson, que tu es folle comme un âne. » (Doris) ; etc. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, Jenko (le grand beau gosse) et son collègue Schmidt (le gros petit) se disputent beaucoup : « Tu me tires vers le bas. » (Jenko) ; « Tu étais une petite fleur et je t’étouffais. » (Schmidt) Dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin, Antoine vit en couple depuis longtemps avec Adar, un gars gentil mais fade, qu’il maltraite par son impatience, son exaspération croissante. Il le juge ennuyeux, empoté en voiture, un peu trop plat, et finit par le tromper. Louis, le frère d’Antoine, s’étonne que leur couple prétende encore en être un : « Je ne comprendrai jamais comment un type aussi gentil peut te supporter… »

 

ANDROGYNIE Guignol

 

Dans les fictions homo-érotiques, la présence du bouffon et du tyran démontre plus fondamentalement que le héros homosexuel vit un conflit spirituel, voire une possession diabolique. « Il faut au moins un mentor et un disciple pour réussir une quête. » (la voix-off d’Audrey, l’agresseur homophobe, parlant d’Anton ou de Vlad, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; « Chacun de nous porte en lui le Ciel et l’enfer. » (Dorian dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Comme le diable et son valet, on marche ensemble. Nous sommes unis comme un vieux couple. Pour le meilleur… après le pire. » (Lacenaire s’adressant à son complice Avril, dans la pièce Lacenaire (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt) ; etc. Par exemple, dans la pièce Nationale 666 (2009) de Lilian Lloyd, Sophie est en lutte entre ses deux consciences, Louise la diablesse et Angélique l’ange. Dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, Maxence, le héros homosexuel, est entouré du diable et de l’ange. Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, le psy (Dr Apsey) comme l’amant (Jonathan) sont tous deux les petites « voix » diaboliques de la conscience torturée du héros homosexuel Frank. Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, à la fois le Rat est une simple marionnette en mousse inoffensive qui n’a que le pouvoir que Vicky, sa maîtresse, lui confère (« Ce Rat n’est qu’une marionnette, il est animé par une main, vous le savez mieux que personne, puisque vous l’avez fabriqué. Il serait incapable de tuer tout seul. » dira l’Auteur), mais il dépasse et domine Vicky qui soutient qu’il « a un esprit. C’est le Diable ! ».

 
 

b) Le bouffon :

La figure du bouffon, qui – soit dit en passant – est davantage une allégorie de la folie (dans le sens homosexuel du terme) qu’une allégorie de la joie, apparaît dans le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (avec l’acrobate-paysan Uloomji), le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron (avec Paulo faisant le clown devant son amant), le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or » (1967) de John Huston (avec Anacleton, le farfelu serviteur du Major), le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti (avec les deux bouffons viscontiens face à la grande bourgeoisie), le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini (avec le facteur fou), le roman Le Fou du Père (1988) de Robert Lalonde, le spectacle musical Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, le film « Le Fou du Roi » (1983) d’Yvan Chiffre, le film « Le Roi danse » (2000) de Gérard Corbiau (avec l’attachement de Lully à Louis XIV), le film « Casanova » (1976) de Federico Fellini, la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays, le film « Gosford Park » (2001) de Robert Altman (avec Arthur, le valet homo), la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard (avec Dzav déguisé en joker Jean Sans Peur), la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier (avec Bernard, le héros homo déguisé en bouffon), la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, etc.

 
 

Michèle – « Et vous Malcolm, que faites-vous ?

Malcolm – À vrai dire, en ce moment pas grand-chose, je distrais, comme dirait Adrien. »

(cf. le dialogue entre Malcolm, l’amant d’Adrien, et Michèle, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 55)

 
 

Par exemple, dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, Mrs Venable, en parlant du fauteuil de son fils homosexuel Sébastien dans lequel le Dr Cukrowiz s’assoit, signale que « c’est un siège de bouffon, très rare, qui date du XVe siècle ». Dans le film « Monsieur Max » (2007) de Gabriel Aghion, Max Jacob se définit comme un « clown triste », un « pitre ». Oscar est surnommé « bouffon » par Charles Newman, son patron, dans le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano. Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, le protagoniste homo Jason se présente comme un « bouffon » face à une Varia despotique. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros homosexuel, est traité par Brad, le méchant du film, de « Cendrillon » et de « bouffon ». Dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, le duo Bill/Étienne est qualifié de « lutins farfelus et fantoches ».

 

La figure du bouffon peut indiquer un désir de soumission ou l’impression de ne pas exister pour soi-même : « J’ai grandi en coulisses. Mon grand-père était un clown. » (le Machiniste de la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « J’ai besoin d’un mentor et j’ai besoin que tu m’épaules. » (Jean-Jacques s’adressant à son amant-bras-droit Jean-Marc, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; etc. Par exemple, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Yoann est l’assistant soumis de Julien, son maître qui le méprise : « Mais qu’il est con… » ; « Tu vas répondre, feignasse ?! » ; « Toi, t’es nul. » ; etc. Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, le cri final d’amour que pousse Rachel à Luce pour l’appeler en plein embouteillages est en réalité une insulte que son amante lui avait appris sur un stade de foot américain : « T’es qu’un branleur n°9 !!! » Le tout est filmé comme une magnifique déclaration d’amour…

 
 

c) Le maître cruel, le gendarme Flageolet :

N.B. : Je vous renvoie également au code « Homosexuels psychorigides » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

On retrouve le motif du méchant maître dans la pièce Les Bonnes (1947) de Jean Genet (avec la coalition explosive entre les deux servantes Solange et Claire, tramant une machination pour se débarrasser de « Madame », leur maîtresse despotique et invisible), le roman Mon valet et moi (1991) d’Hervé Guibert, le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec le glacial Major Weldon interprété par Marlon Brando), le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, le film « Burlesk King » (1999) de Mel Chionglo, etc.

 
 

Cyrille – « Comment me trouvez-vous, Hubert ?

Hubert – Effrayant, maître !

Cyrille – Vous serez toujours mon meilleur public. »

(Copi, Une Visite inopportune, 1988)

 
 

La tyrannie s’applique au moins à l’un des deux membres du couple homosexuel, sinon aux deux : « Nous sommes deux personnes. Nous sommes deux bourreaux aussi. » (Louis et son frère siamois, dans la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Vous savez ce que ça fait de vivre avec la Gestapo ? » (Larry, en parlant de Hank, son amant qui l’aime et qui ne supporte pas de le voir infidèle, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « J’avais l’impression d’avoir donné mon âme à un être qui met une fleur à sa boutonnière. » (Basile le peintre par rapport à Dorian Gray, dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; etc. Le bouffon menteur est bien souvent le « tyran du tyran », comme c’est le cas du personnage homosexuel Frank de la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes : le Dr Apsey, qu’il mène en bourrique, avoue leur gémellité : « À vos yeux, je suis un tyran […]. Mais la restriction vient de vous. Pas de moi. » Les jambes de Flageolet flageolent face à son nouvel arroseur…

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

N.B. : Je vous renvoie également au code « Défense du tyran » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles se sont d’abord senties méprisées, considérées comme des pauvres types ou des bouffons. « J’étais le clown de service… […] On m’incluait dans l’équipe non parce que j’étais bon, mais parce que j’étais drôle. Ce rôle me plaisait, je l’entretenais. […] Être le Guignol de service, brouiller sans cesse mon identité, c’était insupportable. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 22-30) Dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), Jean-Louis Chardans rappelle que « joker » a été, aux États-Unis, un des synonymes d’« homosexuel » (p. 271).

 

Une fois arrivées à l’âge adulte, pour se venger de ce ressenti ou de ce vécu honteux, certaines inversent la vapeur et se comportent en bouffons vengeurs. « Après dîner, nous faisons un enregistrement de L’École des femmes avec Jouvet. Cette pièce souvent si comique est proprement déchirante. Le vrai sujet est l’incompréhension humaine, Agnès victime et bourreau, ou précisément bourrelle de son bourreau. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, mars 1981, p. 19)

 

Pièce Les Bonnes de Jean Genet

Pièce Les Bonnes de Jean Genet


 

La scission androgynique bouffon/tyran du psychisme homosexuel/humain est décrite par bien plus de célébrités homosexuelles qu’on ne pourrait le croire : « J’ai déjà un titre provisoire : Confession d’un masque, et je voudrais, en écrivant là mon premier roman autobiographique, me disséquer moi-même, avec la double résolution dont parle Baudelaire : être ‘et la victime et le bourreau’. » (Yukio Mishima, Correspondance 1945-1970 (1997), p. 73) ; « Je trouvais les personnages de valets de chambre fascinants. Ils vivaient dans l’intimité de leurs maîtres, connaissaient d’eux leurs caractéristiques les moins avouables. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des Singes (2000), p. 277) ; « C’est lui-même qui sera en même temps le tribunal et l’accusé, le gendarme et le voleur. » (Jean-Paul Sartre en parlant de Jean Genet, dans la biographie Saint Genet (1952), p. 31) ; « Farceur et espiègle, mais avant tout irrévérencieux, il a quelque chose d’un fou du roi dont les grelots seraient fêlés. » (Thibaut d’Anthonay à propos de Jean Lorrain, cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, pp. 313-314) ; « Cette expérience m’était à tel point incroyable que, je préférais me taire, craignant sans doute de passer pour un être anormal et déséquilibré. Mais rien ne pouvait jamais m’ôter l’absolue certitude, que je n’avais pas rêvé ni été victime d’une hallucination. J’étais la victime et le témoin, c’est sûr, la cible d’un amour impossible. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 70) ; « Bien entendu, je ne suis pas dupe. Je sais très bien que je sers d’alibi au Système. À la limite je sais très bien que je sers d’alibi – je peux être méchant ? – à une société que je déteste. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc. Par exemple, Copi a joué à de nombreuses reprises Les Bonnes de Genet (et pas seulement en français ; il est allé les interpréter en italien à Turin). Dans le biopic « Noureev, le Corbeau blanc » (2019) de Ralph Fiennes, le danseur et chorégraphe homo Rudolf Noureev, très despotique (« Je préfère mourir qu’obéir. ») passe son temps à se faire passer pour la victime, en particulier de son mentor et amant Constantin Sergueïev (« Il m’opprime/m’oppresse. »).

 

Le présentateur homosexuel français Laurent Ruquier a quelque chose du bouffon toujours hilare… mais hilare de balancer les autres et d’organiser des arènes où sont dévorés ses invités.

 
 

Des rôles de bouffon/tyran, de dominé/dominant, de passif/actif, clairement identifiables dans le couple homo ?

Cette fusion entre le bouffon et le tyran n’est pas qu’identitaire. Elle a pu être relationnelle. Il est déjà arrivé dans l’histoire humaine que le serviteur et son maître « fricotent » ensemble. C’est le cas très connu des « mignons » efféminés qui entouraient rois et autres chefs. Par exemple, Lorenzo de Médicis (qui devint le personnage de la pièce d’Alfred de Musset Lorenzaccio en 1834) a été l’amant de son cousin Alexandre de Médicis, avant de l’assassiner par un complot. « La passion homosexuelle amène les accouplements les plus monstrueux. Le maître et son domestique, le voleur et l’homme sans casier judiciaire, le goujat en guenilles et l’élégant, s’acceptent comme s’ils appartenaient à la même classe de la société. Le millionnaire et le va-nu-pieds fraternisent ; le fonctionnaire et le repris de justice échangent leurs ignorantes caresses. » (cf. l’article « Criminel » de Michael Sibalis, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 111) ; « J’aime l’aventure, l’ambition. J’aime commander. Et les femmes soumises. » (Maïté, femme lesbienne, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.

 

Hegel serait ravi de voir l’apparent équilibre qu’ont trouvé Hitler et Röhm à s’utiliser l’un l’autre comme tyran et bouffon. « Il y aurait une raison pour laquelle Hitler choisit et prend le risque d’utiliser Röhm à un si haut niveau. Comme le dira Franz Pfeffer von Salomon, un ancien chef des SA, Hitler préfère choisir des hommes avec des points faibles, de sorte qu’il puisse actionner le ‘frein d’urgence’ en cas de nécessité. Grâce au point faible de Röhm, mais aussi toute la clique homosexuelle de la SA seraient sous contrôle. Röhm est lui-même conscient de sa dépendance à l’égard d’Hitler, à cause de sa propre homosexualité. En 1932, dans un accès de profonde résignation, il avoue franchement à Kurt Lüdecke, un compagnon d’Hitler à Munich dans les années 1920 : ‘Je le reconnais, pour ma honte que la vulnérabilité que tu m’as mentionnée m’a livré entre ses mains. C’est une chose terrible… J’ai perdu mon indépendance pour toujours… Tu sais comme moi comment Hitler peut jeter quelqu’un par terre… Et c’est nous, nous-mêmes, qui avons fait de lui ce qu’il est… Ma position est si précaire… Je fais mon job, le suivant aveuglément, loyal jusqu’au bout – il n’y a rien d’autre que je puisse faire.’. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), pp. 229-230) ; « Jamais dans l’histoire de l’Allemagne un homosexuel avoué n’avait accédé à ce niveau du pouvoir suprême, tout fragilisé qu’il fût, nous l’avons dit, par d’éventuelles menaces de chantage suspendues par Hitler lui-même au-dessus de sa tête comme autant d’épées de Damoclès. Dès lors un combat mortel est engagé ente Hitler et son ‘second’. » (idem, pp. 243-244)
 

Beaucoup de personnes homosexuelles soupirent d’agacement dès qu’on aborde la question de la domination et de la soumission au sein de leurs couples. En général, pour imposer une censure sur leurs actes, elles préfèrent caricaturer la gêne de leur société par rapport à la pourtant très marquée inégalité des rôles sexuels pendant le coït génital homosexuel (« plus marquée » ? Assurément ! Il suffit de faire un petit tour sur les sites de rencontres Internet gays, où la mention de la « passivité » et de l’« activité » revient bien plus souvent que le « 50/50 » ou l’« auto-reverse », pour s’en convaincre : l’inégalité génitale dans les couples homos, quoi qu’on en dise, est plus marquée entre deux hommes ou entre deux femmes qu’entre une femme et un homme) sous forme de questions stupides – « Qui fait l’homme ? Qui fait la femme ? » – pour ne pas avoir à y répondre, ou pour aboyer que le couple homo est totalement démocratique, que la question n’est pas de savoir qui fait quoi au lit, qui pénètre qui, mais uniquement de « tout faire » sans se poser de question, d’« inventer », de ne pas s’attribuer de rôles précis, de « sortir des carcans hétérosexistes », d’« improviser ». Pendant le coït homosexuel, tout serait question d’« amour », d’« échanges ». Ce n’est pas aussi simple. On voit bien au niveau des pratiques déjà simplement génitales qu’à l’intérieur des couples homos, les face-à-face se font plus rares, les « emboîtements » corporels sont moins évidents, la « syntaxe naturelle des corps » s’opère avec moins de poésie, la réciprocité est encore moins marquée, le réel occupe à priori moins de place, que dans un couple qui intègre la différence des sexes. Le fantasme, le jeu puéril, la mise en scène violente et humiliante, la sexualité régressive, la bestialité (dans les positions – à quatre pattes, contre le dos de l’autre, en fœtus – tout comme dans les pratiques – suçons, morsures, masturbation, fellation, sodomie, parfois même fist-fucking, scatologie et coprophagie), prédominent. La ressemblance physique entre les partenaires rassure dans un premier temps, mais sans la bouffée d’oxygène et l’espace qu’offrent les différences – et notamment la différence des sexes –, l’air vient vite à manquer dans le couple homosexuel, y compris pendant les coïts génitaux ; et cette carence ressurgit en violence, en pratiques de bouffon/tyran concrètes. « Il y a toujours des bars fétichistes, des clubs SM, avec des donjons et des esclaves. » (Bryan Safi, homosexuel, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Out » (2014) de Maxime Donzel) Dans les films pornos gays, on ne voit quasiment pas de rapport égalitaire entre les partenaires : ils sont toujours de type soumission/domination (exactement comme dans le porno hétéro). Nous ne pouvons pas faire l’économie de parler également des rôles génitaux pris par chacun des membres du couple homosexuel lors des coïts (j’évoquais un peu plus haut les adjectifs substantivés « Actif », « Passif », « Auto-reverse »), que ces coïts soient gays ou lesbiens importent peu d’ailleurs… même si une certaine idéologie sexiste et misandre cherche de plus en plus à nous faire croire aujourd’hui que cette répartition n’est due qu’à une affaire de pénétration et de possession d’un pénis, et que donc la tentation des rapports de domination/soumission ne menacerait que les hommes homosexuels, et pas du tout les femmes lesbiennes. Rien de plus faux ! Un autre régime de pouvoirs s’installe entre les femmes lesbiennes, tout aussi malsain et déséquilibré que pour leurs homologues mâles. J’en tiens pour preuve la place prédominante que peut occuper le sadomasochisme dans les sphères relationnelles et conjugales lesbiennes. Les femmes ne sont pas naturellement plus douces et plus sentimentales d’être dépourvues d’un pénis ! Bien au contraire ! Mes amies lesbiennes vous confirmeront en masse que les femmes lesbiennes, en général, se comportent entre elles en vraies harpies et despotes ! Dans le secret de l’alcôve comme en société !

 

Pour revenir plus largement aux rapports de domination amoureux, il me semble que l’absence de la différence des sexes dans tout couple homosexuel incite les partenaires à « marquer la différence » autrement… et de manière justement pas très heureuse, pas très maîtrisée, au final. On voit que des mécanismes comportementaux étranges, agressifs, se mettent en place, sans que les acteurs les décident vraiment. « Pour le psychanalyste Alfred Adler, la tendance à la dépréciation du partenaire, généralement normal, ne manque jamais. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 197) Des fossés inédits, qui ne seront pas forcément sexuels ou physiques d’ailleurs, apparaissent entre les amants : chacun se place en victime et reconnaît de plus en plus en l’autre son tyran. Et se profile le début de la fin de la relation. Par exemple, dans l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008) d’Abdellah Taïa, les relations amoureuses se suivent et se ressemblent inlassablement. On dirait que l’écrivain se cherche toujours des couples qui obéissent au même fonctionnement bancal, où l’un des amants endosse le rôle de la victime passive et complaisante, et l’autre partenaire plutôt le rôle du dominateur (parfois dominé par sa ventouse d’amant puéril et trop maternant !) : « J’étais dans la dictature amoureuse. Je précipitais les choses. Je ne voulais pas attendre. Il fallait le forcer à se révéler. » (Abdellah à propos de Javier, p. 41) Le plus bizarre dans cet arrangement déséquilibré, c’est que chacun semble apparemment y trouver son compte : « J’étais heureux et j’avais peur. Tu étais l’homme, le roi. J’acceptais ton pouvoir. » (Abdellah s’adressant virtuellement à son « ex » Slimane, p. 114) On entend Abdellah Taïa s’exprimer comme une amoureuse éconduite casse-pied, possessive, « attachiante », saoulante… aussi tyrannique que ladite « tyrannie » qu’il dénonce chez Slimane : « Je dois toutefois avouer que, même en plein enfer, une partie de moi était heureuse, aimait ça, ce machisme, cette dictature… Je me disais alors : ‘C’est ça l’amour, c’est ça l’amour… j’ai de la chance… Il faut tenir le coup… C’est ça l’amour…» (idem, p. 117)

 

Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves Saint-Laurent consent à ce que, dans son couple chaotique avec Pierre Bergé, ce dernier prenne la place du dictateur : « Un tyran, ça me va. » Et lorsqu’il trompe Pierre avec Jacques (l’amant de Karl Lagerfeld), Jacques le rassure : « Avec Karl, je fais le clown. Toi, en revanche, tu m’inquiètes. Tu me troubles. » Ce à quoi Yves lui répond : « Quand on aime, on est en danger. Moi, c’est ça qui me plaît. » Pierre Bergé n’hésite pas à brider et à humilier Yves quand ce dernier ne répond pas comme il faudrait aux journalistes : « Si c’est pour dire des conneries pareilles… » Le duo Bergé/Saint-Laurent a vraiment fonctionné concrètement sur le modèle inversant du dominant/dominé.

 

Autre exemple, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy diffusé dans l’émission Tel Quel sur la chaîne France 4 le 14 mai 2012, Charlotte et Marion, en « couple », s’engueulent souvent parce que Charlotte ne se sent pas libre et que Marion veut l’aider ; même si elles veulent donner une image positive de leur couple, on les voit se prendre la tête devant les caméras : « Mais laisse-moi ! T’es chiante !! » (Charlotte)

 

Film "Les Enfants terribles" de Jean-Pierre Melville

Film « Les Enfants terribles » de Jean-Pierre Melville


 

L’échange des masques bouffon/tyran est parfois vécu dans le cadre de la relation simplement filiale, comme on le constate entre Didier Éribon et son père en fin de vie : « L’homme que j’avais connu, vociférant à tout propos, stupide et violent, […] dans les mois, les années peut-être, qui avaient précédé sa mort, avait cessé d’être la personne que j’avais détestée pour devenir cet être pathétique : un ancien tyran domestique déchu, inoffensif et sans forces, vaincu par l’âge et la maladie. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 31)

 

Quel que soit le type de relation (de parenté, amoureux, professionnel, politique…), on constate finalement que ces mises en scène bouffon/tyran, relatées très souvent par des personnes homosexuelles, visent à démontrer/occulter des réalités sexuelles et psychiques violentes telles que le viol, l’inceste, la prostitution, le sadomasochisme, l’infidélité, la schizophrénie, etc. Nous aurions tort de n’y voir qu’un vaudeville divertissant.

 
 

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Code n°11 – Animaux empaillés (sous-codes : Taxidermiste homo / Bestiaire / Homme-animal / Zoophilie)

animaux empaillés

Animaux empaillés

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

J’ouvre ici le dossier surprenant des animaux empaillés et des taxidermistes dans les créations artistiques parlant d’homosexualité. Comment se fait-il qu’on en voie autant dans les films et les romans ? Y a-t-il un lien entre homosexualité et animalité, ce lien qui fait tant peur à la communauté homosexuelle – puisque le spectre de la zoophilie refait surface –, mais auquel elle tient beaucoup parce qu’elle cherche à prouver que le désir homosexuel est naturel et que l’amour homo est bon, instinctif, évident ?

 

Ce qui est sûr, c’est que le fait de vouloir figer ainsi Mère-Nature pour s’en rendre créateur, comme le fait le taxidermiste avec ses animaux morts, c’est un projet osé, qui n’apparaît pas d’emblée comme particulièrement scandaleux ou violent aux yeux de celui qui l’entreprend. En effet, par l’art, l’audiovisuel, les progrès techniques, et les bonnes intentions, on croit magnifier la Nature, L’immortaliser, Lui donner un second souffle, en Lui enlevant de surcroît ses aspérités et ses finitudes. Ceci n’est vrai que sur le terrain des intentions, car concrètement parlant, il se trouve qu’en La réifiant, on La dévitalise vraiment, on La tue. Mettez la Nature sous verre ou en cage, et Elle meurt de ne pas être libre. Nous ne sommes que des créatures et non Créateur. Comme nous n’avons pas ce pouvoir divin d’insuffler la vie aux êtres vivants, notre entreprise de possession de la Nature se révèle bien souvent désastreuse et monstrueuse. Il n’y a qu’à se fier aux visages grimaçants et effrayants (dignes des plus célèbres films d’épouvante !) qu’affichent les animaux empaillés du taxidermiste des fictions homosexuelles, pour en avoir la confirmation ! Il n’y a qu’à voir l’effet refroidissant et déshumanisant des animalisations d’êtres humains, pour comprendre que c’est quand l’Homme rejoint l’animal qu’il devient le plus inconsciemment machinal et violent.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Cannibalisme », « Coït homosexuel = viol », « Désir désordonné », « Entre-deux-guerres », « « Plus que naturel » », « Jardins synthétiques », « Chiens », « Chat », « Aigle noir », « Araignée », « Femme-Araignée », « Corrida amoureuse », « Cheval », « Poupées », « Adeptes des pratiques SM », « Clown et Masques blancs », « Ennemi de la Nature » et « Fantasmagorie de l’épouvante », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le taxidermiste homosexuel est un personnage habituel des fictions homo-érotiques :

Norman Bates dans le film "Psychose" d'Alfred Hitchcock

Norman Bates dans le film « Psychose » d’Alfred Hitchcock


 

On retrouve des taxidermistes ou des animaux empaillés dans le film « Exotica » (1994) d’Atom Egoyan, les films « Psychose » (1960), « L’Homme qui en savait trop » (1955), et « Les Oiseaux » (1963) d’Alfred Hitchcock, la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, le film « L’Étrange Monsieur Peppino » (2003) de Matteo Garrone, la chanson « Tigre de porcelaine » de Jean Guidoni, la pièce La Ménagerie de verre (1944) de Tennessee Williams, la chanson « Des gens stricts » du groupe Animo (où la discothèque ressemble à un Muséum d’Histoire Naturelle), le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé (avec le moineau statufié), le vidéo-clip de la chanson « Sobreviveré » de Mónica Naranjo, le film « Le Génie du mal » (1959) de Richard Fleischer, la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt, le film « Insatisfaites poupées érotiques du professeur Hitchcock » (1971) de Fernando Di Leo, le film « Cher Disparu » (1965) de Tony Richardson (avec l’embaumeur), le film « Sex Revelations » (2000) de Jane Anderson (avec la passion du couple lesbien pour les oiseaux), le téléfilm « Marie Besnard, l’Empoisonneuse » (2006) de Christian Faure (avec Monsieur Leclerc et son salon rempli d’animaux empaillés), la pochette de l’album Bijoux et babioles de la chanteuse Juliette, la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron (avec le chien empaillé), le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch (avec la chouette-bijou), le film « Hush ! » (2002) de Ryosuke Hashiguchi (avec le coiffeur animalier homo), le film « Un autre homme » (2008) de Lionel Baier (avec le renard mort tué par François), le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant (avec la passion pour les oiseaux et les chats), le film « Les Biches » (1967) de Claude Chabrol (Jacqueline Sassard dessine des biches sur le Pont des Arts), le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee (avec la biche en bois), le film « Dans le village » (2009) de Patricia Godal (avec les cochons sauvages), le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall (avec le renard empaillé du Colonel Antrim, ainsi que l’énorme peau d’ours polaire surplombée d’une tête empaillée appartenant à Stephen), la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec le Dr Lebrun, taxidermiste), le film « Monster Butler » (2013) de Doug Rath (avec Wiggy, le taxidermiste, qui aidera Roy Fontaine, le criminel homosexuel, à effectuer ses meurtres), le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou (dans la déco de la maison des amants Richard et Kai), la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas (avec Léo, le taxidermiste homo), le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (et l’oiseleur avec des canaris), le film « L’Ornithologue » (2016) de João Pedro Rodrigues, la chanson « Monsieur Vénus » de Juliette (avec l’amante lesbienne empaillée) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce « Copains navrants » (2011) de Patrick Hernandez, Grégoire, le cousin homosexuel de Vivien vivant à la campagne, est taxidermiste : « Il empaille les animaux. Il a toutes sortes de bêtes dans sa maison. » explique Vivien. Il est suspecté d’être un « Rural Killer » par Stéphane, un des amis homos de Vivien. Dans le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, Madame Sutphin est fanatique des oiseaux et lit des ouvrages ornithologiques. Dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, la grande folle cruelle, le Baron Lovejoy, vit entouré de ses « camarades empaillés ». Théron est collectionneur d’oiseaux dans le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli. Dans la pièce Le Clan des divorcées (2008) d’Alil Vardar, Brigitte, l’homme travesti, parle d’empailler des hommes. Dans la pièce Coming out (2007) de Patrick Hernandez, Jeannot affirme que « Les Oiseaux » d’Hitchcock est son film préféré. Brian, dans le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, se retrouve face au cadavre pétrifié d’une vache morte. Dans le film « Prisonnier » (2004) d’Étienne Faure, la maison de Julien est remplie d’oiseaux empaillés. Dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, Laura et Sylvia décident d’aller au zoo exprès pour « se prendre en photo avec les animaux » (p. 43) : Laura choisit les oiseaux ; Sylvia, les reptiles. Dans le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, Camille, l’héroïne lesbienne, « a l’impression d’être un oiseau ivre ou mort ». Dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry ne se remet pas de la mort son animal de compagnie : « J’ai retrouvé Canardo sur le buffet du salon. Il avait été empaillé ! » Dans le roman À ta place (2006), Cécile, l’héroïne lesbienne, a, elle aussi, une drôle de surprise quand elle revient dans la domicile familial : « Je retournais de temps en temps chez mes parents, ils essayaient de rattraper les choses. La perruche morte, ils avaient acheté des oiseaux postiches, de cire et de plumes, c’était macabre. » (p. 78) Dans le one-woman-show La folle parenthèse (2008) de Liane Foly, c’est précisément au moment où la figure de Jeanne Moreau tient une conversation avec son ami homosexuel Pedro qu’elle lui parle de taxidermie : « Pedro, qu’en pensez-vous ? Je vais me faire empailler. » Dans le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, le jeune narrateur fait un drôle de cauchemar : « Une fois, j’ai réveillé tout le monde tellement j’ai crié fort. Je me rappelle que c’était à cause d’une pluie d’oiseaux morts qui tombaient sur moi. » (p. 14) Dans le film « New York City Inferno » (1978) de Marvin Merkins, Paul se rend chez un amant taxidermiste, un peu marabout, possédant chez lui des animaux empaillés, des têtes de sanglier, de cerf, d’oiseaux inquiétants. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, on voit Gabriel courir comme une folle perdue dans la forêt autrichienne : il tombe nez à nez sur une sculpture de cerf transpercée de flèches. Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, la mère de Tom (le héros homo) possède un canard en plastique. Tom a enterré son lapin, sa poule, son chien. Et la mamie a continué le trafic d’animaux : « Pour le chien, j’ai revendu ses vêtements et fait un cerf-volant avec sa peau. »… même si elle conclut : « On n’est pas au Musée Grévin ! » Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, se retrouve à un moment prisonnier de deux animaux empaillés censés être fixés au mur du manoir. Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, l’équipe de water-polo gay mange dans un restaurant autrichien avec plein d’animaux empaillés, et loge dans une auberge également remplie d’animaux morts. Jean, le capitaine, se réveille même en serrant une tête de cerf empaillée contre lui. « La queue du crocodile est très recherchée dans le commerce de luxe. » Dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet, Raymond, le personnage homo refoulé, fait du « commerce de peaux » avec l’Australie.

 

Appliqués au couple homo, les animaux empaillés peuvent signifier deux choses : d’une part, le désir de fusion et de possession de l’autre (… qui se traduira souvent par une infidélité entre partenaires) : « Exactement comme les chats portent leurs chatons, tu t’occupes de moi comme un animal de compagnie » (Judy Minx dans son one-woman-show au 3e Festigay au Théâtre Côté Cour en avril 2009) ; « Il [Adrien] considérait la fidélité sous un jour nouveau. La sexualité masculine conservait toujours quelque chose d’animal. Ni la tendresse ni l’amour – ce que transmettent les femmes – ne parvenaient totalement à dompter la puissance d’un désir brut, primitif, captivant. Ce désir de pénétrer et d’envahir la différence de l’autre ; de ne pas laisser la proie s’échapper. Car c’est elle, la proie, qui donne l’impression d’exister mieux. Elle est comme une extension de soi, un poids ajouté au sien. Certains ont le goût de l’argent, d’autres du pouvoir et d’autres encore de conquérir les corps et parfois les âmes avec. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 51) ; et d’autre part, la bestialité dans les rapports charnels : « C’est un masochiste anal ! Il baise comme un animal ! » (Mimi en parlant de Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) Par exemple, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Pierre s’avoue animal avec son amant Benjamin : « S’il y en a qui connaît l’animal qui est en moi, c’est bien toi, non ? » Et il dira de lui : « Il n’est gentil qu’avec les animaux, j’ai remarqué. » Même si le fait de se faire empailler ressemble à un élan fétichiste valorisant et positif – le protagoniste s’embaume et se dorlote comme une momie –, il exprime souvent un sentiment d’abandon et un désir de mort : « À moins que je finisse dans un musée et que je me fasse empailler. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012)

 

Jean Marais et son chien

Jean Marais et son chien


 

L’animal empaillé est cet amant que le personnage homosexuel fait parler, sur qui il projette ses fantasmes amoureux les plus narcissiques, les plus réifiants : « Stephen commençait à s’abandonner à des rêveries kaléidoscopiques […]. Des chiens de porcelaine… Il y a, chez Langley, de jolis chiens de porcelaine… Cela fait penser à quelqu’un… oh, oui, à Collins, naturellement. » (Stephen la lesbienne parlant de sa nourrice Collins, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 47) ; « Quand je l’ai vu dans sa cage à l’animalerie, j’ai eu envie de le rendre heureux. Ce qui m’a le plus retourné, c’était son regard de mendiant. Il avait l’air tellement triste… Il était immobile. Il n’aboyait pas mais il me suppliait. Enfin, c’est ce que j’ai cru. » (Bryan, le héros homosexuel, en parlant de son chien Nicky, dans le roman Si tu avais été…(2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 68 ; d’ailleurs, quelques pages plus loin, Bryan dira cette fois à son amant humain Kévin : « Tu es irréel et moi animal. », p. 212) ; « Et puis après, il va l’empailler. » (Bernard, le héros homosexuel, en parlant de la « bite » du trans M to F Géraldine, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Mon p’tit doigt me dit que t’étais branché nounours… » (Martin, hétéro, s’adressant à son pote gay Simon, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti) ; etc.

 

Les animaux empaillés – mais ce que je vais dire est une évidence – indiquent également que le désir homosexuel est un élan infantilisant/puéril. Par exemple, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, lorsque le psychiatre présente à Guillaume, le héros bisexuel, un dessin d’un papillon, ce dernier y voit « deux rats qui se mangent »… restant ainsi sur le registre de la fusion infantile. Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, l’un des héros homosexuels, le peintre d’art contemporain, se fait surnommer « Nounours ». Il est fréquent dans les œuvres homosexuelles que les héros parlent à leur peluche comme si elle était leur amoureux (comme Steevy Boulay avec son Bourriquet !) : cf. la chanson « Parler tout bas » d’Alizée (« Je voudrais dire, pas pour de rire, même si c’est con, ‘Je l’aime lui. »), le vidéo-clip de la chanson « Je suis gay » de Samy Messaoud (avec les peluches), etc. Ils symbolisent à mon sens le désir d’être objet. Par exemple, dans la nouvelle « La Carapace » d’Essobal Lenoir (publiée dans le recueil Le Mariage de Bertrand, 2010), le protagoniste homo rêve d’un vieillard qui le fixe du regard comme s’il faisait partie d’une collection d’animaux empaillés : « La nuit, je m’imaginais hypnotisé, épinglé dans ses collections, entre un papillon et une mygale. » (p. 14) ; « Tu es peut-être tout simplement dans ta chambre, avec cet ours stupide qui te regarde. Il ne connaît pas son bonheur ! Il veille sur toi depuis si longtemps. J’aimerais tellement être à sa place. » (Bryan s’adressant à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 303) ; etc.

 
 

b) Les animaux sont mis sous verre dans un musée, ou exposés sous forme de bestiaire dans la collection du personnage homosexuel :

Dany dans le film "Xenia" de Koutras

Dany dans le film « Xenia » de Koutras


 

Même si cela peut paraître très étonnant, il est souvent question de bestiaires et d’animaleries quand le sujet de l’homosexualité est traité dans les fictions. Pensez au roman Les Bestiaires (1926) d’Henri de Montherlant, au film « Zoolander » (2003) de Ben Stiller, au film « Toto Che Visse Due Volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto (où zoophilie et homosexualité se marient sans problème), à la pièce The Zoo Story (1958) d’Edward Franklin Albee, au film « Jin Nian Xia Tian » (« Fish And Elephant », 2001) de Yu Li (avec la gardienne du Zoo de Pékin), au film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier (qui débute au Muséum d’Histoire Naturelle), au film « Zéro Patience » (1993) de John Greyson (toujours avec le Muséum d’Histoire Naturelle), à l’opéra Le Carnaval des Animaux (1886) de Camille Saint-Saëns, à la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (vers 1650) de Savinien de Cyrano de Bergerac, au roman Le Livre de la Jungle (1894) de Rudyard Kipling, au film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (l’un des héros homos travaille au zoo), à la pochette de l’album Histoires naturelles (2005) de Nolwenn Leroy, à la pochette de l’album Ersatz (2008) de Julien Doré, à la pièce Animales Feroces (1963) d’Isaac Chocrón, au film « Je suis curieuse » (1967) de Vilgot Sjöman, au film « Animal Factory » (2000) de Steve Buscemi, au film « Les Minets sauvages » (1984) de Jean-Daniel Cadinot, à la chanson « Jesus Is Gay » de Gaël (où le « milieu homo » est baptisé de « l’Arche Delanoë »), la pièce Loretta Strong (1978) de Copi (avec Loretta Strong et son « rat en porcelaine »), le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard (avec le coiffeur homosexuel secondé de son yorkshire « Joséphine »), la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez (avec Nono, le héros homosexuel, et son calendrier du facteur avec des photos d’animaux), le roman Les Animaux sentimentaux (2016) de Cédric Duroux, etc.

 

On retrouve les bestiaires dans les créations de Léonard de Vinci, Vladimir Maïakovski, Copi, Alfred Hitchcock, Mylène Farmer, Néstor Perlongher, Colette, Salvador Dalí, Jean de La Fontaine, Jean-Luc Hennig, etc. Beaucoup de personnages homosexuels se présentent comme les amis des bêtes (pas toujours vivantes, d’ailleurs !) : « J’adore tous les oiseaux. » (Océane Rose Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « J’aime les gens qui aiment les bêtes. Sans mes loups, je ne me sentirais pas tout à fait humain, juste un peu ado, juste un peu stupide. Les animaux te poussent sans cesse à s’interroger sur la joie, la simplicité, la fidélité, les inégalités, la dépendance. » (Chris s’adressant à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 134) ; « Fais comme Arnaud. Achète une perruche. Ce sera plus simple ! » (Stef s’adressant à son pote Vivi, homo lui aussi, et qui veut un enfant, dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez) ; etc. Par exemple, dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, Jeanne avoue avoir rêvé de « coït avec les animaux du zoo » : le lion et l’éléphant la « font jouir » (je cite). Dans la pièce En panne d’excuses (2014) de Jonathan Dos Santos, au moment où Guillaume doit faire du bouche à bouche à son meilleur ami Louis qui s’asphyxie, il pense immédiatement à mal : « Ça devient du porno gay, ton truc… On n’est pas des bêtes ! ». Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Bill, l’étrange voisin de Frankie, qui lui fait des avances et lui taille une pipe, possède une perruche blanche. Frankie, le héros homosexuel, a décoré sa chambre de plein d’animaux morts, photographiés ou peints : souris, hibou, poisson rouge aux dents pointues, etc. Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, regarde avec fascination une coccinelle sous verre dans sa chambre. Par ailleurs, Dianne, la sœur jumelle de Phil, attire à elle magiquement tous les animaux. Elle tient ce don de leur père disparu. Cela fascine Phil : « Comment tu fais pour attirer les animaux ? »

 

Concernant la zoophilie à proprement parler, elle fait l’objet d’une étude encore plus approfondie de ma part dans le code « Chiens » du Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Sacha Baron Cohen

Sacha Baron Cohen


 

Je m’attarderai un peu plus sur un artiste homosexuel que je connais bien et qui nous donne les bonnes clés de la signification des bestiaires homosexuels : le dessinateur Copi. Pour moi, il est le Spécialiste des bébêtes. À tel point que Loretta Strong, l’un des personnages les plus emblématiques de son univers décalé, sort dans la pièce éponyme (1978) une réplique qui résume bien toute l’œuvre de l’Argentin (et peut-être même toute la production artistique homosexuelle !) : « Il n’y a que des bêtes mortes ! » (p. 131)

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Dans toute sa production défilent les animaux, des plus domestiques aux plus insolites : cela va du rat à la langouste, en passant par l’escargot et l’araignée (cf. les albums Kang (1984), Du côté des violés (1976), toute la série des Femme assise, etc.) Ce sont en général de faux animaux : des marionnettes à main, des bestioles réifiés, des peluches, des déguisements animalier d’adultes, etc. Copi voit le monde et la Nature comme une salle de jeux en carton pâte déshumanisé : « Ensuite il est entré une petite fille de six ans environ avec mon chien empaillé dans les bras et elle me l’a donné. […] Je suis sorti dans la rue comme tous les jours. Ça n’a pas tellement changé par rapport à avant la catastrophe, exceptant le fait que tous les gens sont morts et empaillés. » (la voix narrative dans le roman L’Uruguayen (1972), pp. 31-32) Dans la tête de Copi, tout ce qui est vivant fini empaillé ! « Le bien, le mal n’existent pas dans le bonheur, dans le malheur. Les hommes sont des animaux, les femmes sont des animales. » (Cachafaz dans la pièce Cachafaz, 1993) ; « C’est une voyante ! Elle a une boule de cristal sur une petite table ronde, un hibou empaillé sur une perche. » (le narrateur homosexuel à propos de Delphine Audieu, dans le roman Le Bal des Folles (1977), p. 80) ; « À côté du hibou sur la cheminée je vois une photo de Marilyn petite, avec le hibou (celui qui est à présent empaillé ou bien un autre qui lui ressemble beaucoup) accroché à son épaule. C’est une petite fille maigre au nez crochu, on dirait un aigle, elle ressemble beaucoup à sa mère d’à présent. » (idem, pp. 81-82) ; « Quand j’étais petite, je mettais tous les jours une robe de communiante pour l’heure du thé, ainsi que mes sœurs. Nous avions chacune un petit pigeon empaillé au bord de la tasse. » (Jeanne dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968), p. 87) ; « Regarde comme elle [la mouette] flotte ! On dirait un canard en Celluloïd ! » (Ahmed à Jean dans la pièce La Tour de la Défense, 1974) ; etc. Le bestiaire de Copi agit comme un totem, le totem du dieu Schizophrénie, à l’image d’un carnaval des animaux que compose le Dieu des Hommes dans le roman La Cité des Rats (1979) : « Nous vîmes de notre cachette […] un thon à pieds de cochon et tête de mule, un éléphant à tête d’homme dont la trompe finissait par un ongle, un crapaud à queue de paon et tête de dinde, un griffon tel quel, une femme à queue et tête de kangourou portant un grand scorpion à tête de coq dans sa poche, et parmi eux le Dieu des Hommes avec les deux têtes du caniche et du fox-terrier à la place de la sienne, et une queue de lézard, et j’en passe des plus bizarres, telle une tortue de mer à tête de queue de poisson. » (Gouri, p. 135) Les animaux empaillés sont la preuve « vivante » (si on peut dire…) que le désir homosexuel est un désir idolâtre, puisqu’on les voit dépeints comme des veaux d’or : « On raconte que quand les ‘Boludos’ vous regardent dans les yeux vous restez figés dans la même position pour l’éternité. On a trouvé sur leur chemin d’innombrables statues en lave représentant des êtres humains et des animaux à l’expression effrayée. » (cf. la nouvelle « La Déification de Jean-Rémy de la Salle », dans le recueil Virginia Woolf a encore frappé (1983), p. 58) ; « Je suis rivé à la tête du boa dont les yeux de chien mort me font plus peur que jamais, je m’évanouis dans l’ambulance. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977), p. 59) Les animaux chez Copi sont en général des symboles du viol tant ils sont capables de réagir avec la cruauté humaine et de se mener une terrible guerre entre eux : je pense notamment au boa constrictor de la pièce La Tour de la Défense (1974) ; ou bien au Rat crevant un œil au renard en fourrure de « L. » dans la pièce Le Frigo (1983). L’homme-animal est une référence voilée à l’irrespect de la différence des générations, aux rapports inversés mère/enfant (si souvent traités par l’artiste !), à l’inceste : « J’ai peur qu’il naisse anormal, avec la tête de ma mère et le corps d’un animal ! » (Lou en accouchant de son bébé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986), p. 360) ; « La fille dévisagea son père et Jane se rappela le renard qu’elle avait trouvé à Londres sur le pas de sa porte en hiver en fin d’après-midi. Elle rentrait de la librairie, un sac de commissions à la main. L’animal s’était figé et elle avait été frappée par sa beauté. Jane s’était accroupie, sans quitter des yeux la tête au museau pointu. […] Le renard l’avait regardée dans les yeux et, l’espace d’un instant, elle avait cru qu’il allait la prendre dans sa main, mais il avait tressailli et s’était enfoui dans la nuit. » (Jane décrivant le rapport incestueux entre la jeune Anna et son père, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, pp. 44-45) ; etc. Dans la pièce Le Frigo (1983), Copi envisage même les unions zoophiles comme une forme d’amour homosexuel incestueux : le personnage de « L. » veut se marier avec le Rat (« Je pourrais te faire passer pour mon fils adoptif. », p. 47) Dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, les hommes de la secte du Nouvel Ordre (présidée par le père de Smith, le héros homosexuel) portent des masques de tigre, de gorille, d’éléphant, de biche.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 
 

c) Le personnage homosexuel se présente sous les traits d’une créature hybride mi-humaine mi-animale :

C’est le cas dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig (Molina, le protagoniste homosexuel principal, se définit comme la femme-araignée), les pièces de Bernard-Marie Koltès (l’homme-chien ou l’homme-cerf dans Combat de nègre et de chiens (1979) et Le Roi des Aulnes (1970)), les tableaux du peintre Paul (avec le motif récurrent de l’homme-singe), le film « La Femme Scorpion » (1972) de Shunya Ito, toute l’œuvre de Jean Cocteau (le Centaure y occupe une grande place), le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le film « La Criatura » (1977) d’Eloy de la Iglesia (avec la jeune femme et son chien-loup), le conte Lisa-Loup et le Conteur (2003) de Mylène Farmer, le film « La Féline » (1942) de Jacques Tourneur (avec Irena la femme-panthère), la B.D. homo-érotique Batman (1939) de Bob Kane et Bill Finger (avec l’homme-chauve-souris), le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato, les tableaux du peintre Claude Ganiage, le conte La Petite Sirène d’Hans Christian Andersen, le vidéo-clip de la chanson « Frozen » de Madonna (avec la femme-chien), le vidéo-clip de la chanson « Comme j’ai mal » de Mylène Farmer (avec la femme-insecte), la pièce Loretta Strong (1974) de Copi (avec les hommes-singes ou les hommes-rats), la chanson « Allan » de Mylène Farmer (avec l’homme-oiseau), la pochette de l’album L’Autre de Mylène Farmer (avec la femme-corbeau), le film « Aimée et Jaguar » (1998) de Max Farberbock, le film « La Femme Reptile » (1966) de John Gilling, le film « Tropical Malady » (2004) d’Apichatpong Weerasethakul, le roman La Dame à la Louve (1904) de Renée Vivien, le one-(wo)man-show Madame H. raconte la saga des transpédégouines (2007) (avec Madame H., le travesti M to F, et sa peau de renard baptisée « Montherlant », à qui elle s’adresse comme si elle était vivante), le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec la femme-cheval amazone), le film « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) d’Alfred Hitchcock (toujours avec la femme-cheval), la pièce Entre Fous Émois (2008) de Gilles Tourman (avec l’homme-pingouin), le film « Johnny Minotaur » (1971) de Charles-Henri Ford, la chanson « Jardin de Vienne » de Mylène Farmer (avec le pendu qui se métamorphose en oiseau), les tableaux du peintre Éric Raspaut, la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner (avec l’homme-singe), le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus (où Tchang fusionne avec son cheval : « Il fait corps avec l’animal. », p. 141), la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, le film « Horse Women Dog » (1990) d’Hisayasu Sato, la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud (avec les personnages homosexuels pourtant tous sur le dos, comme des ailes, des bois de cerfs), la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars gays (avec Steeve l’homme-canard), les poèmes scatologiques de Raúl Gómez Jattin, Néstor Perlongher, Reinaldo Arenas, racontant des aventures zoophiles, etc. Par exemple, dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Lukacz joue à cache-cache avec Adam pour le draguer. Ils imitent des cris de chiens et de singes pour se retrouver au beau milieu d’un champ de maïs. Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, beaucoup de personnages sont transformés en êtres hybrides mi-humain mi animaux : le chasseur en cerf (à cause de son voyeurisme pour un transsexuel M to F), les jeunes vierges en génisse, en oiseaux. Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, le perroquet surnommé « Barclay » de Géraldine, la bourgeoise, dit tout haut les phrases les plus vraies et les plus compromettantes des personnages. Dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le héros homosexuel, se déguise en âne.

 

La comédie musicale La "Nuit d’Elliot Fall" de Vincent Daenen

La comédie musicale La « Nuit d’Elliot Fall » de Vincent Daenen


 

« Que laisserons-nous de nous, moitié-anges moitié-loups, quand nos corps seront dissous dans la langueur monotone du premier frisson d’automne ? » (le protagoniste homosexuel dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Mais parmi les chacals, les panthères, les lices, les singes, les scorpions, les vautours, les serpents, les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants, dans la ménagerie infâme de nos vices, il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde : c’est l’ennui. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire)

 

Si, dans les fictions homo-érotiques, l’Homme est parfois animalisé, à l’inverse, les animaux seront aussi très souvent personnifiés, voire homosexualisés : on peut penser au lapin gay de Caroline dans le film « Gelée précoce » (1999) de Pierre Pinaud, aux loups homos du film « Les Loups de Kromer » (2003) de Will Gould, aux plantes carnivores des films « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz et « Les Filles du Botaniste » (2006) de Daï Sijie, au canard gay dans le film « Queer Duck : The Movie » (2005) de Xeth Feinberg, le film « Le Baiser de la Lune » (2010) de Sébastien Watel (racontant l’amour entre Félix, un poisson-chat, et Léon, un poisson-lune), etc. Dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011), Dubernet sort une devinette qui, blague mise à part, rapproche le désir homosexuel de l’instinct animal : « Comment appelle-t-on un dinosaure homosexuel ? Un tripothanus. » Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Dodo raconte une histoire d’un ours polaire homosexuel qui visite l’Afrique, ou encore celle d’un « cochon pédé ». Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Vanessa, dont le frère Nicolas est gay, emploie l’expression « pédé comme un pingouin ».

 

L’Homme est réduit à définir comme un « individu » (la notion d’individu définissant tout être vivant, qu’il soit animal, végétal ou minéral) et non plus une « personne » (c’est-à-dire un être humain, le plus grand et le plus libre des vivants).

 

Par ailleurs, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les œuvres homosexuelles nous expliquent que s’animaliser revient à se robotiser. Par exemple, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homosexuel immature, a un rapport très particulier aux animaux qu’il voit partout (le renard dans la chambre de l’hôtel désaffecté, le lapin en peluche blanc géant Dido qui lui apparaît en rêve, les animaux de la forêt entourant la barque, etc.), un rapport qu’on pourrait qualifier d’idolâtre : tandis qu’il les prend pour des dieux vivants (par exemple, Dany se voit tout petit devant Dido : « Mais tu es devenu énorme ! »), il cherche aussi à les vider de vie (le jeune homme confond son vrai lapin blanc Dido avec un objet-peluche qu’il enterre sous un arbre). Dans le roman Joyeux animaux de la misère (2014) de Pierre Guyotat, le monde du bas peuplé d’animaux et de monstres répond et soutient le monde du haut, futuriste et techniciste, créé par les humains.

 

Cette inversion humain >< animal illustre généralement un processus de robotisation de l’être humain par l’envahissement d’un monde végétal virtuel, comme le démontre la brillante nouvelle de Manuel Rivas El Pez Doncella, parue en 1998 dans le journal espagnol El País. Il est étonnant de voir que plus l’Homme prétend revenir radicalement à la Nature et développer son côté animal, plus il en perd son âme et rejoint la machine. Le lien de coïncidence entre l’animalisation et le « devenir objet », mal connu de notre époque, est pourtant manifeste dans énormément de créations artistiques traitant d’homosexualité, et mériterait d’être davantage approfondi.

 

La présence des animaux dans la vie du héros homosexuel peut être mentale, symbolique, et renvoie à l’animalité, à son comportement sexuel, à un désir désordonné qui l’habite. « La bête est plutôt du genre étalon. » (Bernard parlant à son nouvel amant, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « Belle bête ! » (Jean-Paul, le pédé bourgeois, à la vue du docteur Louis, dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, la rencontre entre Antonietta, la femme au foyer soumise, et Gabriele, le héros homosexuel qui allait se tirer une balle dans la tête, se fait grâce à l’escapade de sa cage du mainate d’Antonietta, « Rosemonde », un perroquet mâle mais qui porte un prénom de femme. L’oiseau est ici la métaphore du désir de liberté et d’asexualité d’Antonietta. Il est aussi la voix de sa conscience qu’elle refoule, et la voix de la conscience qui ramène Gabriele à la vie : « Il y a toujours un petit perroquet qui vient vous rappeler que la vie est belle. » (Gabriele) Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, le perroquet surnommé « Barclay » de Géraldine, la bourgeoise, dit tout haut les phrases les plus vraies et les plus compromettantes des personnages.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Photo noir et blanc prise par Hervé Guibert

Photo noir et blanc prise par Hervé Guibert


 

Un certain nombre de personnalités homosexuelles sont taxidermistes, sculpteurs ou peintres animaliers : c’est le cas de Christa Winsloe, Rosa Bonheur, Jean Cocteau, etc. Et beaucoup d’entre elles pratiquent la taxidermie : Pierre Loti, Vladimir Maïakovski, Hervé Guibert, Claude Cahun, Jeffrey Dammer (le tueur en série homosexuel qui était fasciné, petit, par les animaux morts), etc. Au niveau de la mode, Karl Lagerfeld a révolutionné la fourrure, la rendant bohème alors qu’elle n’était que chic. Dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, l’homme transsexuel M to F Concha Bonita (p. 30) « aime les oiseaux en porcelaine ». Jean-Claude Dreyfus fait une collection de cochons. Francis Bacon, quant à lui, adore prendre des photos d’animaux sauvages. Les noms choisis par les groupes musicaux homosexuels (tels que The Animals, Pet Shop Boys, etc.) ne sont pas non plus anodins. Le cinéaste et écrivain Christophe Honoré, se parlant à lui-même dans son autobiographie Le Livre pour enfants (2005), laisse justement libre cours à son inconscient de « taxidermiste qui s’ignore » : « Êtes-vous un grand amateur d’oiseaux ? Voilà, vous êtes-vous occupé d’oiseaux parce que les oiseaux ont captivé votre imagination […] ? » (p. 26) Dans le documentaire « Zucht Und Ordnung » (« Law And Order », 2012) de Jan Soldat, traitant du sadomasochisme, on voit des statues d’animaux dans l’appartement des deux interviewés. Je pense également aux pastiches de comptines chez Pierre Louÿs (notamment celui d’un Algérien pratiquant la zoophilie sur son âne). Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, les personnes homosexuelles sont comparées à un documentaire animalier sur les flamands roses. Tom, l’un des héros, est vétérinaire par misanthropie : « La vérité, c’est que je ne suis pas très à l’aise… sauf avec les animaux. Je ne suis pas très à l’aise dans ma propre peau. » Dans l’émission d’hôtellerie Bienvenue chez nous diffusée sur la chaîne TF1 le 23 août 2018, les hôteliers Stéphane et Patrick, en couple homo, possèdent un hôtel rempli d’animaux empaillés. Dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, Déborah, personne intersexe élevée en fille, et son amie Audrey, elle aussi intersexe, se baladent au Muséum d’Histoires Naturelles de Lausanne (en Suisse), et y observent les animaux empaillés, et notamment un « Chat : Monstre à tête double ».

 

Photo "Military Tailors" (1936) de Claude Cahun

Photo « Military Tailors » (1936) de Claude Cahun


 

Le lien entre l’homosexualité et les bestiaires, ou entre l’homosexualité et la zoophilie est identifié par des scientifiques et des sociologues de renom. « L’homosexualité et la masturbation proviennent en partie des conditions de la captivité. […] On retrouve les mêmes réactions chez les bêtes à cornes parquées (béliers ou taureaux). » (Paul Guillaume, La Psychologie des singes, 1941) ; « Les leçons de charme des lesbiennes ressemblent à une longue parade animale. » (Sigmund Freud) ; etc. Il se recoupe avec le concept d’« homosexualité de circonstance » que je développe dans le code « Entre-deux-guerres » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) et ne vient pas que de chercheurs dits « homophobes ».

 

Il est repris et causalisé par beaucoup d’« intellectuels » homosexuels et gay friendly pour prouver le bien fondé de l’homosexualité, et soutenir que le désir homosexuel est inné, naturel, et qu’il n’est pas un choix à condamner moralement : je vous renvoie au traitement de l’« homosexualité » dans le monde animal par André Gide dans Corydon (1920), aux travaux de Jean-Pierre Otte, ainsi qu’au documentaire « L’Homosexualité animale » (2001) de Bertrand Loyer, à l’essai Christianisme, tolérance sociale et Homosexualité (1985) de John Boswell, etc. « On a observé un comportement homosexuel chez 13 espèces appartenant à 5 ordres de Mammifères (Beach, 1968). En voici quelques exemples. Il se produit chez la truie, la vache, la chienne, la chatte, la lionne et les femmes du singe Rhésus et du Chimpanzé. » (Claude Aron, « Les Facteurs neuro-hormonaux », Bisexualité et Différence des sexes (1973), pp. 161-162) Pour prouver la pourtant évidente réalité que « l’homosexualité n’est pas contre-nature » (elle est justement très/trop naturelle chez l’Homme !), le Musée d’Histoire Naturelle d’Oslo (Norvège) présente une expo sur les « Animaux-homos » en octobre 2006. Dans son documentaire « Des Filles entre elles » (2010), Jeanne Broyon est toute fière d’interroger un paysan au Salon de l’Agriculture pour montrer que l’homosexualité féminine est normale : « Chez les animaux, l’homosexualité, ça se passe beaucoup » assure-t-il.

 

En plus de l’animalisation des personnes homosexuelles par elles-mêmes grâce à la « science » (plutôt la technique, à proprement parler), elles se servent du prétexte « artistique » ou « militant » pour laisser libre cours à leur déshumanisation par l’« amour » : « Queer est plus généralement cet art même du déplacement, touristique ou zoophilique, stylistique ou corporel, l’art d’être où rien ne vous attend. » (François Cusset, Queer Critics (2002), p. 15) ; Dans le documentaire « Homo et alors ?!? » (2015) de Peter Gehardt, Tamàs Dombos, militant homosexuel hongrois, raconte son sentiment d’enfermement par la protection policière lors des premières Gay Pride de Budapest : « On avance dans des cages, comme les animaux d’un zoo. Voilà ce qu’on ressent quand on manifeste en Hongrie. » ; etc.

 

Les personnes homosexuelles défendant la légitimité des actes homosexuels en s’animalisant elles-mêmes (je vous dirige par exemple vers le récent article, mi-intox, mi-sérieux « Un Couple manchots gays adopte un petit avec succès » dans le journal Le Monde du 3 juin 2009), ne se rendent pas compte que, même si elles sortent dans un premier temps l’identité homosexuelle de la moralité, et donc de la culpabilité, elles l’engouffrent du coup sur le terrain très glissant et homophobe de la pathologie, de la zoophilie, de la pulsion bestiale, de la violence (quand bien même celle-ci, parce qu’elle est rendue instinctive, sera dé-moralisée, ne mériterait pas d’être condamnée). Ce n’est pas par hasard si le réalisateur de films X gays Jean-Daniel Cadinot affirme très sérieusement dans la revue Triangul’Ère 4 (2003) qu’il « serait plutôt comme un cinéaste animalier. » (p. 70) Il existe des liens entre homosexualité et zoophilie (le récent film « La Sonde urinaire » (2006) de la très queer Camille Ducellier nous le rappelle !), quand bien même les « human pets », qui aiment sexuellement les animaux, forment une minorité dans les communautés homosexuelles et hétérosexuelles. Ce sont les personnes homosexuelles elles-mêmes – et non, comme elles se plaisent à le croire, les « méchants homophobes » extérieurs – qui, en cherchant à tout prix à « naturaliser » et à banaliser les actes homosexuels en s’appuyant sur la science et la faune, construisent l’absurde amalgame entre homosexualité et zoophilie. « À l’école, c’étaient les débuts de l’éducation sexuelle et ce n’est pas avec ce que l’on nous disait que j’aurais pu comprendre grand-chose… l’acte homosexuel, par contre, m’était inconnu. C’est lors de vacances scolaires que je l’ai découvert à l’âge de douze ans, avec un homme d’une trentaine d’années… Il m’a proposé de monter dans sa chambre pour me montrer quelque chose. Les choses en question, c’étaient des photos pornographiques que ce monsieur faisait venir de Suède, de Hollande, de tous ces pays qui ont une réputation de mœurs très libérales. Ces photos… il y en avait pour tous les goûts : homosexualité masculine, féminine, enfant en cours de puberté en état d’érection, et même des photos de femmes en train de ‘faire l’amour’ avec des animaux. » (Philippe, homosexuel séropositif, dans son autobiographie L’enfer est à vos portes, 1991) Même si elles se la jouent « rebelles sociaux » à travers l’animalité (« L’homosexuel demeure un loup, libre et fier, farouchement indépendant et sans doute encore sauvage, et rien ne l’oblige à se faire chien, animal domestique, embourgeoisé et de bonne compagnie. » Dominique Fernandez, Le Loup et le Chien, 1999), elles scient la branche sur laquelle elles sont assises !

 

Nolwenn Leroy

Nolwenn Leroy


 

Pour en revenir aux animaux empaillés, on peut également comprendre pourquoi l’association de la taxidermie et de l’homosexualité ne plaît en général pas beaucoup aux personnes homosexuelles. En plus de faire un peu psychopathe sur les bords (à la fin du film « Psychose » d’Alfred Hitchcock, Norman Bates, le taxidermiste déséquilibré, se voit quand même fortement suspecté d’être « un inverti »…), la fascination homosexuelle pour les bêtes pétrifiées indique que le désir homosexuel est un élan de mort plus qu’une force de vie. Et ça, en effet, ce n’est pas très réjouissant, et ça ne vient pas redorer le blason de l’homosexualité ! Quand Hervé Guibert, dans son autobiographie À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie (1990), explique sa passion pour les animaux empaillés, on comprend pourtant bien que la morbidité est certes magnifiée par l’esthétisme, mais qu’elle est quand même palpable ! : « Depuis que j’ai douze ans, et depuis qu’elle est une terreur, la mort est une marotte. […] Je ne cessai de rechercher les attributs les plus spectaculaires de la mort, suppliant mon père de me céder le crâne qui avait accompagné mes études de médecine, m’hypnotisant de films d’épouvante et commençant à écrire, sous le pseudonyme d’Hector Lenoir, un conte qui racontait les affres d’un fantôme enchaîné dans les oubliettes du château des Hohenzollern, me grisant de lectures macabres jusqu’aux stories sélectionnées par Hitchcock, errant dans les cimetières et étrennant mon premier appareil avec des photographies de tombes d’enfants, me déplaçant jusqu’à Palerme uniquement pour contempler les momies des Capucins, collectionnant les rapaces empaillés comme Anthony Perkins dans ‘Psychose, la mort me semblait horriblement belle, féeriquement atroce… » (p.158-159)

 
 

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Code n°12 – Appel déguisé

appel déguisé

Appel déguisé

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Ça hurle en moi « J’ai mal ! »… mais personne, pas même moi, n’y prête attention !

 

Le paradoxe du cri au secours du personnage homosexuel (et, a fortiori, de son émetteur artistique réel), c’est qu’il dénonce un viol/un fantasme de viol en même temps qu’il ordonne, par une injonction mi-sérieuse mi-cynique, qu’on le cache. Exactement comme l’injonction paradoxale de la demande de silence (l’interjection « Chuuut !!! ») qui, si elle est faite avec excès, finit par faire plus de bruit que le calme initialement réclamé. Sous prétexte que les personnes homosexuelles ne seraient pas les seules à souffrir, ou que le malheur ne serait pas typiquement homosexuel (ce qui est totalement vrai), beaucoup d’entre elles, par phobie d’une pathologisation de l’homosexualité sur leur personne, par peur d’une nouvelle stigmatisation victimisante/misérabiliste à leur encontre, vont par conséquent défendre avec véhémence l’idée inverse qui consiste à dire qu’elles et leurs pairs ne souffriraient jamais (ce qui n’est pas moins absurde). Mais leur hargne les trahit. Provocation, intimidations, obscénités, travestissement, colère pour « normaliser » un désir homosexuel qui n’a justement rien de « normal » (cf. « Mais on ne souffre pas !!! » hurlent les militants du FHAR), exhibition provocatrice, rires gras, scotch sur la bouche des « fouilleurs de merde », etc. : la communauté homo appelle avec insistance à ce qu’on ne l’écoute pas… mais paradoxalement, cette insistance appelle.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Manège », « Déni », « Solitude », « Milieu homosexuel infernal », « Homosexualité noire et glorieuse », et « Désir désordonné » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le personnage homosexuel lance un S.O.S. :

APPEL Copi Difficulté

 

On entend parfois les artistes homosexuels crier leur douleur, sur le mode dramatique ou parodique, comme par exemple dans le roman Biographie d’une douleur (2007) de Didier Mansuy, le roman La Difficulté d’être (1947) de Jean Cocteau, la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) de Copi, le film « Quels adultes savent ? » (2003) de Jonathan Wald, le film « Keiner Liebt Mich » (« Personne ne m’aime », 1993) de Doris Dörrie, le film « Lost And Delirious » (« La Rage au cœur », 2001) de Léa Pool, le film « Ich Will Doch Nur, Daß Ihr Mich Liebt » (« Je veux seulement que vous m’aimiez », 1976) de Rainer Werner Fassbinder, la pièce Love ! Valour ! Compassion ! (1994) de Terrence McNally, le film « ¿ Por Qué Le Llaman Amor Cuando Quieren Decir Sexo ? » (1993) de Manuel Gómez Pereira, « ¿ Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? » (« Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », 1984) de Pedro Almodóvar, la chanson « Comme j’ai mal » de Mylène Farmer, le film « Tu crois qu’on peut parler d’autre chose que d’amour ? » (1999) de Sylvie Ballyot, le film « Help » (2009) de Marc Abi Rached, le roman Une douleur normale (2013) de Walter Siti, la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, la chanson « Au secours » de Véronique Rivière, la pièce Orage (et des espoirs) (2017) d’Alexis Matthews, le one-man-show Aimez-moi ! (2018) de Pierre Palmade, etc.

 

« Ma longue agonie n’est pas celle de ma vie mais celle d’une lignée de filles incapables de la flamme qui soutient une famille. » (Copi, Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « C’est terrible. Je suis tout seul. Dans le noir. » (Tom, le héros homosexuel, dans le film « The Talented Mister Ripley », « Le Talentueux M. Ripley » (1999) d’Anthony Minghella) ; « Il fait toujours nuit pour moi. » (Léo, le héros homosexuel du film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho », « Au premier regard » (2014) de Daniel Ribeiro) ; « Maintenant, je pleure. » (Jean-Pierre, l’homme rejeté par les deux femmes lesbiennes qui l’entourent, dont Fanny sa femme, dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; « Tu crois qu’on sera heureux un jour ? » (cf. la réplique finale de Vincent à son amant Stéphane, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Dans cette ville, on ne pouvait jamais être sûr de ce qui s’était passé. La souffrance s’imprégnait-elle dans les murs des bâtiments, les cris capturés telle une image sur une plaque photographique ? » (Jane, l’héroïne lesbienne, à propos de Berlin, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 39) ; « J’étais pas épanoui totalement. Il me manquait quelque chose. » (Jeanfi, le steward homo dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; « J’ai jamais eu de chance avec les p’tits copains. J’ai toujours été spolié. » (idem) ; « Tante Eva, pensez-vous qu’aucune société ne veuille de moi ? » (Anthony, le héros homosexuel du roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « Je me suis toujours trompé dans mes choix. » (George s’adressant à son amant Paul, dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner) ; « Être un homme libéré, tu sais, c’est pas si facile. » (Jérémy Lorca dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; « C’est pas drôle d’être homo. Y’a des mecs dans la salle, ce soir ? Bande de salauds ! C’est vous qui nous faites souffrir ! » (Fabien Tucci, homosexuel, en pleurs, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Devenir gay, c’est pas très gai. » (idem) ; « ta vie est une période transitoire. » (Guen, homosexuel, s’adressant avec mépris à son amie lesbienne Ninon, dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt) ; « Arrête de faire semblant d’être ce que tu n’es pas. » (Ninon, idem) ; « Même si la racine de cet amour est bonne, comme l’est la racine de tout autre amour humain, son tronc et ses branches ont été courbés. Je ne sais pas pourquoi je suis attiré par ce désir déréglé. J’en souffre. Mais je refuse d’appeler l’arbre courbé un arbre droit. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, repoussant son élan physique et sentimental pour le jeune David, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 419) ; « Il y a une partie bonne et l’autre partie est une blessure infligée par le sitra ahra. Cette blessure, est-ce qu’elle vous fait mal ? Oui, elle me fait mal. » (Pawel parlant de son élan homosexuel, idem, p. 477) ; « C’est moi que je n’aimais plus. » (Louise, le personnage trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « J’aimerais être sous morphine tout le temps. » (Thibault, malade du Sida, dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo) ; « Vous pensez que j’ai un problème ? » (Virginia Woolf confiant sa gêne par rapport à son incapacité à aimer et au désir passionnel que lui voue son amante Vita Sackville-West, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc.
 

Un dessin de Jean Cocteau de 1926, dans l’album Maison de Santé, représente un gnome nu tracé d’un trait tremblé, avec une bulle où figure un « J’ai mal ! » Dans son spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008), Michel Hermon parle du cri de l’enfant qui retentit dans la nuit parce qu’il est laissé seul : le spectateur comprend que l’enfant, c’est l’artiste lui-même. Dans le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André, la petite Marie vit super mal d’avoir été conçue sans amour par ses quatre « parents » homosexuels.

 

À la fin de son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le comédien homosexuel, filme son public en leur demandant de compléter sa phrase « Le coming out… », par un hurlement collectif euphorique « ÇA PEUT FAIRE MAL ! ».
 

L’icône gay par excellence en France, Mylène Farmer, n’a pas été choisie comme porte-parole de la communauté homosexuelle par hasard. En effet, elle est la plus plaintive des chanteuses françaises : « 8, j’ai mal. » (cf. la chanson « Maman a tort ») ; « Pauvre humanité muette… » (cf. la chanson « Leïla ») ; « Comme j’ai mal, je ne saurai plus comme j’ai mal. » (cf. la chanson « Comme j’ai mal ») ; « Je suis saignée aux quatre veines. » (cf. la chanson « Agnus Dei ») ; « Elle a deux vies mais pas de chance, pas d’équilibre, mais elle fait de son mieux, elle penche. » (cf. la chanson « Lonely Lisa ») ; « C’est bien ma veine, je souffre en douce. » (cf. la chanson « Je t’aime Mélancolie ») ; « Je cherche une âme qui pourra m’aider. » (cf. la chanson « Désenchantée ») ; « Un sentiment de n’être rien du tout. » (cf. la chanson « J’ai essayé de vivre ») ; « Si je suis en prison, et j’y suis, pourquoi pas une autre. Délivrez-moi, ta, talala. Je suis pas là, suis pas de ce monde. » (cf. la chanson « Monkey Me ») ; etc. Elle donne corps et voix à la plainte cachée de beaucoup d’individus homo-sensibles.

 
 

b) Que lamente le personnage homosexuel ?

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

C’est d’abord l’expression d’un vide existentiel, d’un dégoût de vivre, qui ne se rapporte pas à quelque chose de précis. Un malaise global qui renvoie à un Tout dont les contours sont difficiles à cerner, mais qui certainement touche un peu à l’ensemble des domaines de la vie (affectif, amical, professionnel, spirituel, etc.) : « Je suis dans le vide. J’ai rien. » (Didier à sa maman, dans le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé) ; « J’étais une épave. Je me sentais vraiment mal. » (Emory, le héros homo efféminé évoquant son adolescence, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Je préfèrerais être heureuse. » (Petra, l’héroïne lesbienne du film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant », « Les Larmes amères de Petra von Kant » (1972) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Quand je réfléchis, j’ai 38 ans et je n’ai rien vécu. […] Je suis en jachère. » (Marcy, l’héroïne lesbienne de la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim) ; « J’ai l’impression d’être un tableau… abstrait. » (François parlant de Dominique qui le prend pour une bête curieuse parce qu’il est homo, dans la pièce On la pend cette crémaillère ? (2010) de Jonathan Dos Santos) ; « Je suis une caricature. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; « J’ai besoin qu’on me tienne la main. Je suis fatiguée. […] J’me sens tellement seule, fragile, et provisoire. » (Charlène Duval, le travesti M to F, dans son one-(wo)man-show Entre copines, 2011) ; « Ma vie est un échec. Et je ne sais même pas comment j’en suis arrivé là… » (Hugo, l’homosexuel refoulé de la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) ; « Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? Je ne sais rien faire. » (Gwendoline à la fin du one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit) ; « L’enfant sent en lui qu’il est porteur d’une minuscule fissure. […] C’est une chance et une souffrance. » (Damien, le travesti M to F racontant son adolescence et la perception de sa « transsidentité », dans le pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine) ; « Quant à moi, je serai la conteuse de ces malheurs. » (l’actrice parlant de la vie de Dorian Gray, dans la pièce Le Portrait de Dorian Gray (2012) d’Imago) ; « Ah si ! J’ai une vie privée ! Privée de tout, c’est vrai… mais privée quand même. » (cf. le sketch « La Solitude » de Muriel Robin) ; « Elle doit être triste, ta vie. » (Greg, le héros gay s’adressant à son amie bisexuelle Jézabel, dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco) ; « Je n’en peux plus de toute cette merde. Je ne sais plus à quoi m’accrocher ! » (Mélodie, l’héroïne bisexuelle dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; « Personne ne m’a jamais respecté. » (Loïc, personnage homo, dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Pierre, le héros homosexuel, passe aux aveux : « Je ne suis pas sûr de m’aimer. » Quand Isabelle le flatte (« Vous n’avez jamais rien raté ? »), il lui répond laconiquement et cyniquement : « Seulement ma vie privée. » Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, Adineh l’héroïne transsexuelle F to M envie Rana la femme mariée, et pense s’exiler en Allemagne pour se faire opérer et changer de sexe : « Tu crois que ta vie sera meilleure une fois que tu seras opérée ? » lui demande Rana. « Non, je n’en suis pas sûre. » rétorque Adineh.

 

Souvent, les plaintes du personnage homosexuel s’originent dans son insatisfaction personnelle par rapport au désir homosexuel, et à la relation amoureuse homosexuelle en général, même si la part de lui-même qui veut encore « y croire » vient les démentir : « Comment peut-on arriver à être heureux quand on est gay ? » (Didier dans le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé) ; « J’aurais aimé être un pédé heureux. » (Éric Caravaca dans le film « Dedans » (1996) de Marion Vernoux) ; « Qui a dit ‘Montre-moi un homosexuel heureux, je vous montrerai son cadavre.’ ? » (Michael, le héros homo du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Pourquoi être gay est-ce si difficile ? » (Eddie, déçu que Scott, qui l’a dépucelé, ne le rappelle plus et l’ait pris pour un simple « plan », dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Bon, vous savez quoi ? Être homo, c’est pas toujours gai/gay. » (Samuel Laroque dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Tu cherches ta vie entière un amour, et quand tu l’as trouvé, tu souffres. Tu souffres autant que tu es heureuse. » (la voix narrative de la pièce musicale Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; « Ma vie ne se résume à rien. Personne à aimer. J’ai été toute ma vie un homme seul. Un homosexuel. » (Hanz dans la pièce Entre vos murs (2008) de Samuel Ganes) ; « Un homosexuel est un homme qui souffre et qui a mal. […] Depuis que je suis petit, mon existence est un calvaire. […] Personne ne m’a jamais dit je t’aime. » (Bernard, le héros homosexuel déclaré de la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia) ; « J’arrive pas à déchiffrer les raisons de cet amour-là. » (Stéphane, le héros homosexuel s’adressant à son jeune amant Vincent, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson); « Est-ce que je ne suis pas en train de m’attacher artificiellement à un lien qui finalement ne vaut rien ? » (Adrien en parlant de sa relation foireuse avec Malcolm, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 59) ; « Vous savez, dans la vie, j’ai couché avec plus d’hommes qu’on peut en dénombrer dans la Bible. Jamais un homme m’a dit ‘Je t’aime’… et que j’ai cru. Ça m’embête énormément. » (Arnold, le héros homosexuel du film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart) ; « Ça fait cinq, […] si je repense à mes amours. […] Ils m’ont tous détesté à la fin […] on ne s’est pas vraiment aimés. » (Willie, le héros homosexuel du roman La meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 279) ; « Plus je vieillis, moins le sexe m’intéresse. Je cherche quelqu’un à qui parler. C’est dur à trouver. » (le protagoniste du film « À la recherche de Garbo » (1984) de Sidney Lumet) ; « Cette succession d’états riches en émotions avait rythmé nos vies jusqu’à ce qu’elles s’y résumassent, sans autre perspective qu’attendre, jouir puis pleurer. » (la voix narrative lesbienne, dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 8) ; « Je souffre de ne pas savoir quelle blessure vous me faites. » (le narrateur homosexuel parlant à l’inconnu du parc, dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès) ; « Mais de quoi étais-je donc le complice ?? […] Mais de qui étais-je donc complice ? » (Luca, le chanteur homosexuel du spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Tu sais très bien que la vie que tu m’offres n’est faite que de pleurs, de déchirures et de tracas. » (Fanchette à son amante Agathe, dans la pièce Les Amours de Fanchette (2012) d’Imago) ; « Y’a toujours au fond de moi une petite voix qui disait non à tout ça. » (Tom, le héros homo catho par rapport à la pratique homo, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; « J’aurais mieux fait de me casser une jambe le soir de notre rencontre. » (Thomas s’adressant à son amant François, dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy) ; « L’homosexualité, c’est pas pour moi. » (idem) ; « Amour, étoile que je n’ai pas. » (le chœur des prostitués homosexuels chantant dans la voiture, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « L’Amore Te fotte. » (cf. une inscription sur le mur dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Personne ne semble se rendre compte que j’existe. » (Nina, l’héroïne lesbienne dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Je ne suis rien. Je n’existe pas. » (idem) ; « Personne ne m’aime. Personne ne m’entend. » (idem) ; « J’ai peur de partir à la dérive. » (Lola l’héroïne lesbienne s’adressant en pleurs à son amante Vera, idem) ; etc.
 

Par exemple, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, les deux amants homosexuels s’avouent l’un à l’autre la souffrance qu’ils s’infligent en restant ensemble : « Je ne vais pas bien. » dit Franz à Léopold qui lui répond : « Moi non plus. » À la fin de l’intrigue, Franz est tellement au fond du trou (« Je suis malheureux ! Personne ne peut me comprendre. ») et tellement mal consolé par son ex-compagne Vera (« Pourquoi pleures-tu ? » lui demande-t-elle… ce à quoi Franz rétorque : « Parce que je suis malheureux ! Je passe par toute la gamme de la souffrance. Tant de malheur ! ») qu’il finit par se suicider par empoisonnement.

 

La détresse du protagoniste homosexuel est souvent profonde et superficielle, les deux à la fois, puisqu’il est complice de son propre malheur (et de la censure de celui-ci !) : c’est ce qui la rend amère et difficilement détectable. « J’ai pleuré. De vraies larmes, parce que Loche était parti sans moi, et de fausses larmes, parce que je voulais qu’on m’arrête, qu’on m’interroge. » (Julien Brévaille, le héros homosexuel du roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 69) ; « Je suis terriblement heureux et insatisfait. » (idem, p. 14)

 

Dessin de Keith Haring

Dessin de Keith Haring


 

Bizarrement, et contre toute attente, ce n’est pas l’homophobie sociale qui attriste le plus le héros homosexuel : son vrai problème, sa réelle souffrance, c’est l’homophobie intériorisée, c’est la méchanceté des personnes homosexuelles entre elles, c’est la lâcheté et la faiblesse de l’amour homo. Dans la B.D. Kiwi au paradis (1999) de Teddy of Paris, par exemple, les derniers mots du dessinateur après avoir dépeint le désenchantement de la découverte du monde homosexuel, s’adressent aux lecteurs en ces termes : « Bon courage à tous, il vous en faudra. » (Christophe Gendron, Triangul’Ère 1 (1999), p. 151) Difficile d’être plus clair.

 

Les personnages homosexuels se plaignent de leur communauté homosexuelle. Avec eux, on oscille entre jérémiades peu crédibles et invocation très sérieuse : « Quand je pense à la souffrance de tout le peuple gay… » (Omar, le héros homosexuel de la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; « Si seulement nous pouvions ne pas nous haïr autant… C’est ça notre drame. » (Michael, le héros homo du film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin) ; « J’ai pour amis des folles comme moi, des amis pour passer un moment, pour rigoler un peu. Mais dès que nous devenons dramatiques… nous nous fuyons. Je t’ai déjà raconté comment c’est, chacune se voit reflétée dans l’autre, et est épouvantée. Nous nous déprimons comme des chiennes, tu peux pas savoir. » (Molina à son amant Valentín, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig, p. 205)

 

Enfin, le cri poussé par le personnage homosexuel est un appel lancé à toute sa société pour qu’elle ne le laisse pas tomber, mais aussi, vu qu’elle ne répond pas comme lui l’espère, et qu’elle fait l’autruche, l’expression d’une profonde déception : « Et sous les apparences, le prix du vêtement, personne ne voit les plaies et le sang de celui qui survit. » (cf. la chanson « Retour à toi » d’Étienne Daho) ; « Personne ne sait consoler un vague à l’âme trop singulier. On vous répond que ça va passer, mais moi je sais que ça va rester. » (cf. la chanson « Pleurer en silence » de Mélissa Mars) ; « Pendant très longtemps, j’ai pas eu le droit de m’exprimer. » (Karine Dubernet dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate !, 2011) ; « On m’accuse de distribuer ce que chacun vient déposer en moi. » (Julien Brévaille dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 176) ; « Il faut que je me rende à l’autre bout de la ville pour le baby-sitting : personne n’a encore compris que c’était plutôt moi qui avais besoin de me faire garder. » (Karin Bernfeld, Apologie de la passivité (1999), p. 24) ; « Je suis jalouse, envieuse, pourquoi voudrait-on que je ne le sois pas ? Qu’est-ce que j’ai à moi, qu’est-ce qu’on m’a donné ? » (Cécile, l’héroïne lesbienne face à une famille, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 142) ; « Je ne suis pas seulement ta fille, mais une fille de la terre ! Tu me parles de misère, mais est-ce que tu connais la terre ? La terre de la pissotière, tu en connais l’odeur, ma mère ? » (Lou, l’héroïne lesbienne s’adressant à Solitaire dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « L’énorme bêtise, elle l’a faite en me quittant. Elle m’a trop fait souffrir. Elle m’a largué sans aucun état d’âme. » (Julien, le héros bisexuel, parlant de Zoé, la femme qui l’a quitté, avant qu’il ne devienne homosexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; etc.

 
 

c) Comment le personnage pousse son cri ?

D’abord, l’appel du personnage homosexuel est silencieux. Il passe par un murmure discret, et surtout par les regards de détresse. Des regards comme ceux que Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, perçoit dans le « milieu homosexuel » de son époque : « Et leurs yeux, Stephen n’oublia jamais leurs yeux, ses yeux d’obsédés, ces yeux tourmentés des invertis… […] Stephen apercevait leurs faces ravagées et pleines de reproches, aux yeux mélancoliques et obsédés d’invertis […] Des fusées de douleur, de brûlantes fusées de douleur… leur douleur, sa douleur, soudées ensemble en une immense et dévorante agonie. […] toute la misère de chez Alec. Et l’envahissement et les clameurs de ces autres êtres innombrables… » (pp. 562-571) On entend le monologue intérieur de certains héros homosexuels insatisfaits de leur relation amoureuse du moment. Leur appel prend alors la forme de l’exaspération contenue, du sentiment paniquant et assommant à la fois de ne pas se sentir à leur place, du malaise ruminé dans le secret et difficile à exprimer (parce qu’il concerne la personne soi-disant « aimée ») : « Michael ronflotait doucement à côté de moi. Sa main gauche était plaquée contre ma poitrine comme s’il avait voulu m’empêcher de bouger, me clouer sur place. Une angoisse suffocante m’étreignait le cœur. Je regardais le si beau profil de Michael, je pensais aux cadavres de codoms [préservatifs] dans le fond de la poubelle de la salle de bains et je me disais c’est pas ça, c’est pas ça que je voulais, c’est pas ce que je veux. » (Jean-Marc parlant de son amant Michael dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 260) ; « Je savais que c’était faux, que je n’aimais pas Michael d’amour mais là, juste à ce moment-là, je voulais le croire. » (idem, p. 299) ; « Arrête avec ces bouquins. Ça fait du mal à tout le monde. Même à toi, ça te fait du mal. Au fond, je suis sûr que tu souffres encore plus que moi. » (Suki s’adressant à son amie lesbienne Juna à propos de ses livres de magie, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; etc.

 

Il arrive cependant que le cri de détresse du personnage homosexuel se fasse visible et bruyant. Il prend alors davantage la forme de l’exclamation quand il exprime la révolte, et la forme de l’interrogation (qui n’attend pas forcément de réponse, d’ailleurs ; cela peut être une posture esthétique, ou une provocation « gratuite » et agressive) pour la dénonciation et les appels à l’aide : « C’est moi, Linda ! Mais moi je crie ! Vous m’entendez ?!? Allô !!! » (cf. une réplique de la pièce Loretta Strong (1974) de Copi) ; « Mais qu’est-ce qu’elle a, ma p’tite chanson ? » (un des protagonistes homos, parlant de la comédie d’amour qu’il sert à tous ses amants successifs, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Pourquoi est-ce que tu m’as laissé dans le noir pendant toutes ces années ? » (le héros homosexuel s’adressant à son père dans la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan) ; « M’entendez-vous ? Je crie, je hurle que vous ne m’aurez pas. Je lutterai. De toutes mes forces, je vous défie. » (Cyril dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 52) ; « Je suis sûr d’être dans le vrai. Où est le mal Julien ? » (Pierre s’adressant à son amant Julien, dans la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener) ; « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ?!? Si seulement j’étais un pervers, je mériterais qu’on me crache dessus ! Mais si à l’intérieur de moi je me sens doux et femme ! » (José María, le transsexuel M to F du roman El Ángel De Sodoma (1928) d’Hernández Catá) ; « Alors putain, qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ?!? » (Louis dans la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner) ; « Et ma vie, quand est-ce qu’elle commencera ? Quand est-ce que ce sera mon tour d’avoir quelque chose à moi ? » (Molina, le héros homosexuel efféminé du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig, p. 239) ; « Il faut que je sache la vérité. La vérité sur la vie et sur l’amour. La vérité sur la vérité. J’étais au bord des larmes. Pourquoi une personne qui savait tout ne pouvait-elle pas me prendre à part et tout m’expliquer ? Comment se fait-il que les gens ne sachent rien ? Comment des milliards de personnes avaient-elles pu passer sur cette Terre pendant des milliers d’années sans jamais avoir trouvé la réponse à ces questions ? Je mourrais s’il me fallait encore attendre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 193) ; « Non, mais franchement. Sincèrement. Il faut que je comprenne. » (Jarry dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Je me suis laissé aller à vivre mes sentiments. Est-ce un crime ? Je n’ai pas le droit d’aimer ? Si ! Mais pas lui, c’est ça ? Seulement, on ne choisit pas. Tu crois qu’on peut lutter contre ? Tu crois que je n’ai pas essayé ? Mais plus je me refusais d’y croire et plus je l’aimais ! Qu’est-ce que j’y peux ? » (Bryan, le héros homosexuel s’adressant à sa mère, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 336)

 

Souvent, le cri du héros homo s’épuise en mélancolie, en isolement de bête farouche, en auto-mutilation, en déni de souffrance. Son entreprise de destruction est dirigée essentiellement vers lui-même. Voilà le drame. « Cet isolement, c’est une sauvagerie, rien d’autre. Oui, une barbarie. Mais inoffensive. À la fin, ça ne détruira que moi. Ce qui m’attend, c’est de me consumer, de m’annuler. » (Leo, le héros homosexuel dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 66) ; « Tu dis : je suis l’homme sans ascendance, ni fraternité, ni descendance. Je suis cette chose posée au milieu du monde mais non reliée au monde. Je suis celui qui ne sait pas d’où il vient, qui n’a personne avec qui partager son histoire et qui ne laissera pas de traces. Ainsi, quand je serai mort, c’est davantage que le nom que je porte qui disparaîtra, c’est mon existence même qui sera niée, jetée aux oubliettes. » (la figure de Marcel Proust s’adressant à son jeune amant Vincent dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Les personnes homosexuelles lancent un S.O.S.:

Étant donné la dureté des relations dans le « milieu homosexuel », et les tensions au sein de leur(s) couple(s), beaucoup de personnes homosexuelles crient leur souffrance, même si elles préfèrent bien souvent extérioriser leurs problèmes sur « les clichés »… et « la société » (dont elles font pourtant bien partie elles aussi, malgré ce qu’elles croient ; et sûrement, en effet, que la société, par son silence et son indifférence à leur douleur, pèchent par omission dans cette affaire !). Sans misérabilisme, sans faire du malheur une spécificité typiquement homosexuelle – les personnes homosexuelles ont bien assez tendance à se définir elles-mêmes comme une « race maudite » pour qu’on en rajoute une couche ! –, je vais simplement vous dresser maintenant une liste des lamentations de la communauté homosexuelle, celle que la presse gay spécialisée, et même S.O.S. Homophobie dans ses rapports annuels !, ne publient jamais (Si je ne le fais pas, de toute façon, un jour, les pierres crieront !) :

 

« De quel droit je m’inflige une telle douleur quotidiennement ? » (Keegan après son « changement de sexe », dans le documentaire « Boy I Am » (2006) de Sam Feder et Julie Hollar) ; « Je me pose des questions, moi qui ai toujours crié sur les toits n’avoir aucun problème d’identité. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 16) ; « Seul le passé me donne le vertige. […] Si je me penche sur la réalité de ma vie affective et sexuelle, elle est beaucoup moins rose. Idem pour ma solitude. […] Allons donc, ma vie ne sera donc qu’une suite de malentendus ?! » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 9, puis p. 78, et enfin p. 111) ; « Je suis juste en train de mourir et je n’ai pas d’amour vers qui me tourner pour me poser des questions. […] C’est dommage, tout cet amour disponible… » (Jean-Luc Lagarce dans son Journal, mis en scène dans la pièce Ébauche d’un portrait, 2008) ; « Personne ne peut prétendre vivre la marginalité dans le bonheur. On peut simplement parfois en éprouver une jouissance. » (Jean-Paul Aron, « Mon Sida », dans Le Nouvel Observateur, 30 octobre 1987) ; « Je regrette toujours ensuite cet épisode sordide où je fais chaque fois l’épreuve de mon délaissement. » (le philosophe Roland Barthes concernant son expérience des backrooms) ; « Je dessine pour ne pas entendre. Les cris. » (Yves Saint-Laurent dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert) ; « J’aimerais partir. Ne rien faire. Pour tout oublier. Devenir sage. […] La vie est un enfer. » (Yves Saint-Laurent dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton) ; « Oui, j’ai une vie ratée. » (Jean-Pierre, homme homosexuel de 68 ans, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; « Ses pulsions et ses désirs aplanis, il vécut totalement hors du circuit qui avait tant abîmé sa vie auparavant. » (Prologue à l’essai d’Henry Creyx, Propos décousus, propos à coudre et propos à découdre d’un chrétien homosexuel (2005), p. 9) ; « Dès son enfance, m’a raconté Maurice Pinguet, il avait compris qu’il était homo, mais il croyait que c’était là un rare malheur et qu’il n’aurait jamais la chance de rencontrer son semblable. » (Paul Veyne, Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), p. 64-65) ; « J’ai eu le sentiment d’une intensité terrible que j’avais gâché ma vie entière en ne suivant pas le Christ comme il le voulait. Alors où en suis-je à quatre-vingt ans ? Que vaut cette accumulation de livres que je laisse derrière moi ? » (Julien Green face au Saint Suaire de Turin, dans son autobiographie L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, 12 juillet 1981, p. 50) ; « Où trouverai-je la paix ? » (la Reine Christine, pseudo « lesbienne », dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; « L’existence que je mène me semble insignifiante et inutile. Totalement dépourvue de sens. » (Alexandre, jeune témoin homo de 24 ans, dans l’émission Temps présent spéciale « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne, diffusée sur la chaîne RTS le 24 juin 2010) ; « Je cherche à comprendre ce qui en moi te dérange. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, s’adressant aux gens, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc.

 

Le 5 juillet 1869, Carl Ernest Wilhelm von Zastrow (1821-1877), dans le box des accusés pour un viol homosexuel qu’il a commis : « J’appartiens à ces malheureux qui à cause d’un défaut de leur nature ne ressentent aucune inclination pour le sexe féminin. J’ai souvent parlé de ça avec des hommes, qui alors m’ont traité froidement et inamicalement, de telle sorte que je me suis retrouvé seul au monde. »
 
APPEL Cocteau
 

Il est rare que ce soit les personnes homosexuelles qui disent elles-mêmes leur souffrance… ce qui est plutôt logique, et pas spécifiquement homosexuel d’ailleurs : la souffrance reste une chose difficile à extraire de soi, quelle que soit notre orientation sexuelle. C’est à travers les témoignages des proches que nous apprenons le calvaire que vivent certaines d’entre elles, non du fait d’être simplement homosexuelles, mais de vivre leur homosexualité en couple. « Jean Genet est le garçon le plus angoissé que j’ai jamais connu de ma vie. Et le plus malheureux. » (Jacques Guérin, cité dans l’article « Jacques Guérin : souvenirs d’un collectionneur » de Valérie Marin La Meslée, dans le Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 72) ; « Un homme émasculé n’est pas une femme, c’est un homme désespéré. » (Robert J. Stoller, en parlant des hommes transsexuels M to F, dans « Faits et hypothèses », Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 218) ; « Cocteau souffrait énormément, et déguisait cette souffrance sous les calembours. » (Pierre Bergé, cité dans l’article « Cocteau est aujourd’hui le plus moderne » de Gérard de Cortanze, dans le Magazine littéraire, n°423, septembre 2003, p. 39) ; « Il y a de la souffrance que la scène communique. » (Georges Banu, « Jeux théâtraux et enjeux de société », dans l’ouvrage collectif Le Corps travesti (2007), p. 5)

 

Souvent, c’est une blessure familiale et en lien avec la différence des sexes que les personnes homosexuelles montrent. Par exemple, À la fin de son one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015), Jefferey Jordan avoue qu’à travers son spectacle, il a essayé de réunir ses parents divorcés, le temps d’une heure fictionnelle.
 

À ce sujet, j’aimerais vous partager une anecdote personnelle. Je me souviendrai longtemps de la réaction du président de mon association homo angevine Tonic’s, Stéphane, à la fin de la brillante conférence sur la vision de l’Église catholique sur l’homosexualité, donnée par la sœur dominicaine Véronique Margron, le 4 mars 2002, au Centre spirituel de la Pommeraye (Maine-et-Loire). Toute une délégation de l’asso était venue armée jusqu’aux dents, en ayant pour but de régler son compte à la religieuse, parce que l’un des membres de Tonic’s avait « sensiblement » modifié l’intitulé du débat (initialement très neutre : « Homosexualité : qu’en dit l’Église ? » ; aux oreilles du jeune homme qui aurait entendu l’annonce à l’église Saint-Laud, la conférence s’intitulait « Comment lutter contre le fléau de l’homosexualité ? ». No comment…). Et comme le discours de Véronique Margron était non seulement juste mais en plus pas du tout jugeant, la bande de pirates homosexuels que j’accompagnais a baissé les armes au fur et à mesure du débat, et s’est même adoucie au point de n’avoir plus rien à dire (c’était drôle à voir !). Et au moment des questions et de l’échange avec le public, j’ai vu le chef de Tonic’s se lever précipitamment de sa chaise (il était assis juste à côté de moi). Stéphane, spontanément, a pris la parole. Je craignais le pire. Je m’attendais à l’éclat de voix, à l’injure, à la révolte. Mais en échange, on n’a eu droit qu’à une petite phrase, poignante, presque sanglotante, pure, dépouillée de toute théâtralité. Une sorte de « mécresse, j’ai bobo là » : « Vous savez, eh bien c’est pas facile tous les jours… » Et Stéphane s’est rassis tout de suite après, sans rien rajouter d’autre. Intérieurement, j’étais « soufflé ». Le beau gosse de Tonic’s, le modèle de tous dans l’asso, celui qui donnait une image reluisante et enviée de l’homosexualité (homme engagé associativement, en couple durable avec un autre jeune et bel homme, vivant une vie apparemment normale – labrador, boulot correct, entourage amical solide, etc.) venait de passer naturellement aux aveux. C’était magnifique. Et tellement révélateur !

 

Certaines personnes LGBT pleurent au fond leur non-acceptation d’elles-mêmes telles qu’elles sont. Par exemple, dans le film biographique « Girl » (2018) de Lukas Dhont, Lara/Victor, garçon trans M to F de 16 ans, ne semble avoir aucune intériorité : il a du mal à parler, est très introverti, ne peut pas dire ce qu’il ressent, n’a aucun avis sur rien. Quand il est triste ou bien souffre, il a du mal à pleurer (« Je ne sais pas pourquoi je pleure. Les hormones… »), à extérioriser ses émotions. Ce sont les autres qui crient à sa place. Par exemple, sa prof et chorégraphe de danse classique, Marie-Louise Wilderijckx, vient vers lui, plein de compassion après l’avoir maltraité pendant un cours : « Je sais que tu souffres. »
 
 

b) Que lamente la personne homosexuelle ?

Souvent, les plaintes des personnes homosexuelles s’originent dans leur insatisfaction personnelle par rapport au désir homosexuel, et à la relation amoureuse homosexuelle en général, même si la part d’elles-mêmes qui veut encore « y croire » vient les démentir : « Ce sont mon sentiment, ma faiblesse qui ont fait de moi un monstre. Oui, un monstre, puisque, au moment où je fais le bilan de mon existence, je m’aperçois que je n’ai jamais rien compris de la vie… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 80) ; « Votre devoir à vous qui lirez ces lignes, c’est de vous approcher de ceux qui vivent actuellement dans l’erreur, de détester cette erreur enfin mise à nu. » (idem, p. 93) ; « Vous avez déjà vu, vous, de l’homosexualité épanouie ? Et même si cela arrive quelquefois, on ne fait pas un film sur une situation homosexuelle heureuse. » (le réalisateur homo Patrice Chéreau à propos de son film « L’homme blessé », tourné en 1983) ; « Maintenant je ne suis même plus attiré par quelque corps que ce soit. Comme si j’étais un asexué sans âme, comme si la tristesse avait pris possession de tout mon être. […] Alors c’est ça ma vie que je dois vivre ?!? C’est ça mon chemin de vie ? Vivre avec des types, ressortir mon sexe plein de merde, me faire défoncer le cul ?!? C’est ça la beauté de cette vie, de ma vie ?!? » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; « Par rapport à la relation affective, j’arrive pas à trouver une relation stable, fidèle. J’arrive pas à trouver une relation affective. Ça ne marche pas. Je ne savais pas que le chemin était si tortueux. » (Pascal, homosexuel et séropositif, mettant en grande partie sur le compte du Sida l’échec de ses « amours » homos, dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon) ; etc.

 

Les personnes homosexuelles réclament en général que vérité soit faite sur l’Amour et la sexualité. Même si elles ne savent pas le demander, elles souhaitent tout simplement qu’on les aime, et pas seulement qu’on les aime pour qui elles croient être, en tant qu’« homosexuels », mais qu’on les aime pour ce qu’elles sont. Le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan, par exemple, termine par une phrase accablante d’un homme transsexuel, Claire, qui nous met devant l’urgence de ne pas prendre les binarismes identitaires « homo » et surtout « hétéro » actuels comme base de notre morale humaine : « Si ces codes (féminin/masculin ; hétéro/homo) n’existaient pas, je n’aurais peut-être pas eu besoin de me transformer. » Car cela crée des drames réels, lourds de conséquences.

 

Le bilan sur le couple homosexuel qu’on a l’occasion d’entendre de la part des personnes homosexuelles de notre entourage, est sensiblement le même : en amour, très peu ont trouvé/trouvent ce qu’elles cherchaient/cherchent. « Que vouloir de plus ? L’amour. C’est le point obscur de ma vie. » (Brahim Naït-Balk, Un homo dans la cité (2009), p. 11) ; « Jamais personne ne me dit que je suis belle. » (la femme transsexuelle F to M, dans le documentaire « Le Genre qui doute » (2011) de Julie Carlier) C’est comme si l’insatisfaction concernant le couple homosexuel (mais c’est sensiblement pareil pour le couple hétérosexuel) était généralisée. Quand bien même elles s’estiment parfois très bien servies, elles exposent à un moment ou un autre la vanité de leur désir et souffrent sur la durée des affres du désenchantement amoureux. Quelquefois, le retour en arrière sur leur parcours sentimental, même s’il n’est pas désespéré, leur donne le vertige. Certaines se fourrent dans de beaux draps en s’engageant dans une relation avec une personne qui semble les aimer davantage qu’elles ne l’aiment. Elles la trouvent « bien », l’apprécient beaucoup, c’est sûr … mais ne sont pas vraiment emballées ni spontanément attirées par elle. Elles expérimentent souvent un décalage culpabilisant, paniquant. Elles voudraient en théorie combler le vide horrible de leur célibat, et pourtant, dès qu’il y a quelqu’un dans leur vie, elles étouffent, et se demandent pourquoi on ne leur fiche pas la paix !

 

Certains auteurs homosexuels, dans leurs autobiographies, se désarment enfin, osent se mettre à nu sans pleurnicherie, juste pour dire que leurs aventures amoureuses sont révélatrices chez eux d’une « grande fragilité dans le domaine sentimental » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), pp. 115) : « Si mon homosexualité consiste à chercher à combler la carence affective dont j’ai souffert quand j’étais petite, je me demande aujourd’hui s’il ne vaut pas mieux renoncer à la quête, vouée d’avance à l’échec, d’une compagne susceptible de panser les blessures de la petite fille que j’ai été il y a plus de cinquante ans. Car la gamine en souffrance sera de toute manière toujours là, à gémir sur ses plaies… » (idem, p. 114) ; « Quel gâchis que mes amours ! » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 134) ; « Pendant des années, je pensais : ‘Je ne connais pas ce garçon’. » (André parlant de Laurent avec qui il est resté dix ans en couple, dans le film « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; « Tu sais, si ça n’a pas marché entre nous, c’est qu’il y avait des raisons. » (André s’adressant à Laurent, idem) ; etc.

 

Banderole d'Act Up

Banderole d’Act Up


 

Concernant maintenant le « milieu homosexuel », beaucoup de personnes homosexuelles ne se retrouvent pas dans leur communauté d’adoption. Pour vous l’illustrer, je voudrais vous retranscrire tel quel un extrait d’un mail qu’un ami homo, qui avait 40 ans à l’époque, m’a envoyé. C’était en 2002, pendant ma période étudiante dans la ville d’Angers, où je commençais à fréquenter les associations LGBT, et que j’allais au bar-boîte homosexuel Le Cargo : « C’est dur pour moi : je suis un affectif et la solitude me pèse… et puis les années sont là malgré tout. En 2 ans, je n’ai jamais réussi à construire une relation d’amour. Que de tentatives, d’espoirs vains, d’illusions et de désillusions ! et ce soir je vais rentrer seul… En fait, je n’aime pas aller au Cargo. L’ambiance festive me plaît et parler ‘homo’ m’est utile, mais le côté pathétique des homos me déprime. Je me sens totalement en décalage, perdu dans tout ça, noyé dans cette souffrance sous-jacente. J’ai juste envie de bonheur, de rire, de plaisir partagé, de douceur. Je connais trop la solitude, et même quand j’étais en couple je vivais seul. Parfois c’était pire qu’aujourd’hui. »

 

Ce que je ressens très fort de la part de mes frères communautaires, c’est un appel à témoin(s) pour que des personnes homosexuelles exemplaires, dont on puisse être fier, se lèvent et montrent un visage BEAU de l’homosexualité, délivrent un message fort et juste. « Pourquoi n’existe-t-il pas de modèles forts de la vie et de l’amour homosexuels ? » (Jean-Luc Hennig cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 8) La soif de modèles est profonde dans le « milieu homosexuel ». Peu de personnes gay ou lesbiennes osent formuler tout haut, comme Laura dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, un mécontentement relativement général : « Ce que j’ai perçu du milieu homosexuel et du monde homosexuel, ça ne me plaît pas. Je ne me reconnais pas là-dedans. […] L’homosexualité, ce n’est pas très net… Je me dis : ‘Ils sont frappés’. Moi, j’ai rarement connu des homos bien dans leur tête, en couple depuis des années. C’est n’importe quoi. […] Tu vois, moi, j’ai grandi et je n’ai pas eu de modèle homosexuel… Là, aujourd’hui, il n’y a pas un mec ou une nana que j’admire en tant qu’homosexuels. Pourtant, j’en ai croisé des gens ! Moi, j’aimerais qu’il y ait des modèles, des mecs intelligents, des mecs instruits, des mecs simples, artistes qui se fassent connaître. Moi, j’en ai marre des gens destroy. » (pp. 281-282) Ce qui est difficile et paradoxal dans cet appel à candidatures, c’est que presqu’à chaque fois qu’une personne homosexuelle s’avance pour parler de l’homosexualité en vérité dans les media, elle est très vite critiquée, jalousée, détruite, traînée en procès de haute trahison, accusée de crime de lèse majesté, par les communautaires homosexuels soi-disant « hors milieu » (comme ils disent tous d’ailleurs !) parce qu’elle ose montrer que le désir homosexuel est signe d’une blessure, d’une souffrance !

 

Pourtant, certaines personnes homosexuelles en appellent indirectement à entreprendre un travail d’homotextualité sur leurs œuvres artistique. « Quel lien a l’homosexualité avec la presse, les comédies musicales, les films de Disney, Judy Garland, Alaska ? » (Alberto Mira, De Sodoma A Chueca (2004), p. 330) C’est toujours le même discours qui revient de la part des créateurs homosexuels : « Ma vie doit être légende, c’est-à-dire lisible. » dit Jean Genet ; Gus Van Sant, de son côté, assure que « tout est dans ses films » ; Andy Warhol affirme que l’essentiel se trouve dans ses toiles, qu’il n’y a pas de sens caché ; François Ozon déclare que l’homosexualité n’est pas problématisée dans ses films (« Dans mes courts-métrages, elle est donnée telle quelle. » cf. l’entretien avec Philippe Rouyer et Claire Vassé, « La Vérité des corps », dans la revue Positif, n°521/522, juillet/août 2004, p. 41) ; « Je crois que mon travail est un chaos parfaitement ordonné. » explique Bacon (cf. le documentaire « Francis Bacon » (1985) de David Hinton)

 
 

c) Comment la personne homosexuelle pousse son cri ?

APPEL culs à l'air

Documentaire « Sex Life In L.A. » de Jochen Hick


 

D’abord, l’appel au secours est silencieux. Il passe par un murmure discret, un cri réprimé : « À moi aussi on me demandait ‘Pourquoi tu parles comme ça [= avec autant de manières efféminées] ?’ Je feignais l’incompréhension, encore, restais silencieux – puis l’envie de hurler sans être capable de le faire, le cri, comme un corps étranger et brûlant bloqué dans mon œsophage. » (le narrateur homosexuel du roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p.p. 84)

 

Plus tard, c’est souvent la voie de la question (agressive), voire de l’exclamation colérique qui est empruntée. « Je veux scandaliser les purs, les petits enfants, les vieillards par ma nudité, ma voix rauque, le réflexe évident du désir. » (Claude Cahun, Aveux non avenus, 1930) ; « Je ne suis pas heureux et je ne tiens pas à l’être. Le spectacle des gens heureux ou qui croient l’être autour de moi me paraît tellement répugnant que je le crains terriblement. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; etc. Je vous dirige par exemple vers le documentaire « Je suis homo et alors ? » (2006) de Ted Anspach. Il y a aussi le fameux « pétage de plombs » de Christophe Martet face à Philippe Douste-Blazy pendant le Sidaction de 1996, qui a fait chuter les promesses de don (« Je suis en colère, merde ! C’est quoi ce pays de merde !?! ») L’appel homosexuel à la société se fait sous forme de cri : « Il y a une énorme violence à l’intérieur d’Act Up, à cause du désespoir, de la colère, des deuils. On utilise ce désespoir pour le diriger quelque part. » (Didier Lestrade cité dans l’essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel, p. 519)

 

Même les femmes lesbiennes toquent inconsciemment à la porte des hommes pour qu’ils les respectent davantage dans leur identité de femmes, qu’ils les reconnaissent dans la douceur et le souci de leur plaisir à elles… y compris quand certaines hurlent « Osez le clito ! » pour réhabiliter l’importance du clitoris dans la sexualité conjugale lesbienne. « C’est avant tout un message adressé aux hommes… pour leur dire : Wouhou, l’oubliez pas ! » lance une militante à l’antenne de l’émission Homo Micro de Paris Plurielle du 3 avril 2006.

 

C’est en plein cœur de la nuit des années de découverte du Sida (fin des années 1980 – début des années 1990) que la communauté homosexuelle a lancé ses plus beaux appels de désespoir, à la fois aux personnes aimées (« Je veux que tu vives ! » est l’un des slogans choisis par Act Up lors des premières Gay Pride) et à sa société qui se défile (« Silence =Mort »).

 

Parmi les fréquentes « fausses questions » que les personnes homosexuelles dirigent à leur société par rapport à l’homosexualité, on trouve beaucoup celle-ci : « Pourquoi ce serait mal ? » : « Si encore c’était un crime… mais là, je vois pas où est le mal ? » (Jérôme, invité à l’émission Jour après Jour, spéciale « Coming out : Le Jour où j’ai révélé mon homosexualité à mes proches »), France 2, novembre 2000) Elles jouent les interloquées, pour cacher l’objet d’indignation derrière la monstration de leur propre indignation. Cette manière de fuir la quête du meilleur, et de se rassurer dans la comparaison au mal ou au pire, est à mon sens typique de l’interjection homosexuelle.

 
 

d) Un dépassement des frontières homosexuelles:

L’appel des personnes homosexuelles n’est manifestement pas entendu par les personnes non-homosexuelles, comme le souligne Alain Minc dans Épîtres à nos nouveaux maîtres (2002) qui qualifie les secondes de « mol-pensants » : « Mol-pensants’, nous le sommes, non parce que nous pensons faux, mais parce que nous ne pensons plus. ‘Mol-pensants’, car nous avons abdiqué devant les minorités. » (p. 8) ; « Une fois de plus, vous n’avez même pas eu à revendiquer. Par lassitude ou manque de réflexion, nous ciselons, de notre propre chef, les instruments dont vous avez besoin. » (idem, p. 97)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles poussent leur entourage à bout pour tester jusqu’où il est capable d’aller pour les aimer. Celui-ci peut entendre, en lisant leur prose, un appel agressif dissonant qui n’emploie pas les moyens que son but requiert, qui cherche l’autre en feignant de ne pas le chercher. On a reproché à des Hervé Guibert ou des Guillaume Dustan l’exhibitionnisme violent, au lieu de voir dans leur impudeur un mime des mécanismes d’exclusion dont les personnes homosexuelles sont parfois victimes. À mon avis, tout a un sens, et à plus forte raison l’agressivité. Dans ce que profère l’autre, il y a toujours une part de Vérité, même s’il me l’exprime méchamment et que sa volonté est justement d’évacuer la Vérité. Y compris en me jetant une pierre ou en m’agressant verbalement, il me dit quelque chose de la beauté de l’Homme sans même le savoir, car la grâce de son humanité de lui appartient pas, et dépasse sa cruauté. C’est pourquoi la Gay Pride et la visibilité tapageuse des personnes homosexuelles n’ont absolument pas à nous choquer : elles sont juste temporairement dignes d’intérêt, et fondamentalement secondaires et inutiles. Nous devrions nous laisser toucher par les appels au secours de certains individus homosexuels, souvent camouflés dans un discours stéréotypé et lapidaire, qui ne se donnent pas les moyens de leur plainte, qui s’auto-sabordent par le cynisme et l’ironie. Ils attendent une parole, une réaction de notre part. On retrouve cette demande malhabile chez l’Eva Perón de Copi qui, derrière la farce agressive, s’adresse à notre indifférence laxiste face à l’homosexualité : « Je suis devenue folle, folle, comme la fois où j’ai fait donner une voiture de course à chaque putain que vous m’avez laissé faire. Folle. Et ni toi ni lui ne m’avez dit de m’arrêter. […] Quand j’allais dans les bidonvilles […] et que je rentrais comme une folle toute nue en taxi montrant le cul par la fenêtre, vous m’avez laissé faire. Comme si j’étais déjà morte, comme si je n’étais plus qu’un souvenir d’une morte. » (Copi, Eva Perón, 1970) Il y a dans l’attitude de provocation de nombreuses personnes homosexuelles un acte d’illustration visant à exposer aux autres ce qu’ils leur laissent impunément faire, un miroir brisé qui se veut le reflet de la lâcheté sociale. Au fond, elles regrettent amèrement le silence de leurs proches concernant leur situation souvent dramatique. « Mes parents n’entendent pas mon murmure. Mes chuchotements ne parviennent pas jusqu’à leurs oreilles. Ils n’entendaient déjà pas mes cris, il y a des années de cela. » (Luca, le héros homosexuel du roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 168) ; « Il m’arrive parfois de me poser la question sur ce que cela signifiait réellement : un groupe d’adultes qui feint ou qui ignore totalement nos complicités sexuelles. » (Berthrand Nguyen Matoko soulignant le silence complice de ceux qui n’ont pas dénoncé sa relation pédophile entre le père Basile et lui, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 37) ; « Je n’ai pas été un enfant à qui on disait qu’il était merveilleux. » (Stéphane Bern, Paris Match, août 2015) ; « À sept ans, ce garçonnet subit des attouchements sexuels de la part d’un collègue de travail de son père. Malheureusement, sachant que personne ne s’intéresserait à son problème, il ne put se confier. Adesse, sa mère, ne détectait pas les soucis de son fils, ni à quel point il était martyrisé par son frère. Il ne put jamais trouver les mots pour exprimer son désarroi et sa souffrance. […] Et voilà qu’en plus de toutes ces difficultés, un autre drame s’ajouta à son calvaire. Une nouvelle tentative d’agression sexuelle perpétrée par Octave [23 ans], l’un des meilleurs copains de son frère Hugues. À onze ans, la vie d’Ednar commençait par une descente aux enfers, cet abîme qui déjà le convoitait en le livrant à la merci et à l’incompréhension des personnes censées l’aimer et le protéger. Affecté par ce sentiment de culpabilité, cet enfant ne put dévoiler les secrets trop lourds à porter dans son cœur. Jamais dans sa famille il n’osa avouer son malheur dans le sous-bois. Il en parla à demi mots à ses copains de classe, qui eux non plus n’avaient pas le droit de répéter ces choses-là aux grandes personnes. À l’époque, il n’était pas permis aux jeunes enfants de dénoncer les perversités ni les égarements des anciens. […] Ce traumatisme inavouable fut l’un des plus grands secrets de sa vie. Et lorsqu’il devint adulte lui-même, il évoqua cette mauvaise rencontre comme ‘l’incident’ qui n’aurait jamais dû être […]. Décidément, le malheur s’acharnait sur cet enfant ; l’adolescent venait d’avoir treize ans, lorsqu’il tomba dans un autre piège. Cette fois un ancien collègue de son père l’attira chez lui dans un guet-apens ; lorsqu’il comprit le but de l’invitation, il voulut s’enfuir. L’homme le retint ; il se débattit, parvint à se libérer et, enjambant la fenêtre, il s’enfuit et escalada le mur du cimetière voisin. Dans le crépuscule, il prit la poudre d’escampette pour échapper au viol. L’homme le poursuivit, en vain. Là non plus, il ne put se confier à un adulte et, pire, c’est lui qui culpabilisait. » (Jean-Claude Janvier-Modeste parlant de lui à la troisième personne, dans son autobiographie Un Fils différent (2011), pp. 12-14) ; « Il souffrait en silence ; personne ne décelait son mal-être, même pas Adesse, la mère aimante proche de son petit poète. » (idem, p. 16) ; « Cet enfant différent qui n’osait pas lui dire : ‘Maman, je souffre, j’ai besoin de savoir pourquoi la vie pour moi est synonyme de désarroi, et aussi pourquoi ma sexualité embarrasse autant les autres ? » (idem, p. 78) ; etc.

 

Face au mutisme social, elles se demandent quelles personnes seront vraiment capables de se laisser toucher par leurs appels. Elles font tout pour dissimuler leur souffrance, mais paradoxalement, elles regrettent que les autres ne la perçoivent pas, et leur reprocheront parfois d’y être indifférents !

 

Je reste convaincu que malgré leur auto-censure sur leur souffrance, les personnes homosexuelles sont finalement profondément blessées que leur société rentre dans leur jeu de la banalisation de l’homosexualité, qu’elle n’entende pas leur cri derrière leurs vociférations enjouées de Gay Pride : « C’est un poids de moins pour nous. Moi, je m’attendais à plus de cris et d’opposition. C’est cool ! » (Bryan s’adressant à sa mère et à la mère de son copain Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 358) ; « J’étais vraiment déçu… Si tout le monde accepte… » (Patrick, expliquant en boutade l’acceptation guillerette de son homosexualité par sa famille, lors du débat « Toutes et tous citoyen-ne-s engagé-e-s », le samedi 10 octobre 2009, à la Mairie du XIème arrondissement de Paris) ; « On voulait juste s’amuser. On ne pensait pas avoir autant de succès. On s’attendait même à provoquer plus d’indignation, de scandale en affichant notre homosexualité. » (Jimmy Somerville dans l’émission Sex’n’Pop 4 (2004) de Christian Bettges) ; « Le premier défilé d’homosexuels à Paris eut lieu en juin 1977. Je me souviens de notre départ de la rue Bonaparte jusqu’à Montparnasse ; cette marche eut lieu dans une ambiance festive et plutôt carnavalesque. Les pédés dans les rues, c’était du jamais vu ! Les badauds alignés sur le trottoir, ébahis, applaudissaient notre culot. Certains nous encourageaient à poursuivre le combat, pendant que d’autres exaspérés nous manifestaient leur hostilité. Cette première marche eut surtout un impact médiatique inespéré ; la presse écrite de gauche plaidait notre cause et la télévision commentait la ‘provocation’ : le courage de la minorité silencieuse prenait des proportions extraordinaires. » (Jean-Claude Janvier-Modeste parlant de sa participation au FHAR, dans son autobiographie Un Fils différent (2011), p. 173)

 

Et c’est vrai que la tolérance gay friendly de notre « démocratie de l’indifférence mutuelle », ainsi que les applaudissement actuels face à ce cri des sans-voix (que les sans-voix eux-mêmes renient !), sont révoltants. Il faut bien quelqu’un comme moi pour l’écrire, quand bien même les plaignants concernés se défilent et pourraient le faire mieux que moi !

 
 

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Code n°13 – Araignée

Araignée

Araignée

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Cela ne vous aura pas échappé, notamment avec le nom de ce site : j’entretiens avec l’araignée une relation très privilégiée. Pourtant, rien ne nous prédestinait à faire bon ménage. Je n’aime pas plus que ça cette bébête. Je crois que c’est elle qui est montée, montée, montée vers moi, plus que moi vers elle ; et avec le temps, nous nous sommes habitués l’un à l’autre, comme je me suis fait à la compagnie de mon désir homosexuel. L’araignée occupe une place importante dans ma vie, et vous m’avez peut-être déjà entendu poser parfois la question « Est-ce que vous aimez les araignées ? » à certains invités de l’émission radiophonique Homo Micro sur Fréquence Paris Plurielle quand j’y étais chroniqueur, ou bien vu photographié avec mon animal-fétiche (l’un des 4 animaux du Quatuor homosexuel) par le photographe Franck Levey.

 

ARAIGNÉE 3 Violet moi

Photo Franck Levey, Rennes


 

Pour moi, l’araignée est la métaphore de la conscience humaine qui revient quand on la refoule. C’est pour ça que elle a tendance à être la symbolisation de la mauvaise conscience. Vous voyez la représentation qu’on fait parfois des amnésiques, des insomniaques, ou des sorcières avec l’araignée qui pend de leur chapeau ? Et bien l’araignée a quelque chose de la conscience humaine au repos, de la connaissance voilée d’un viol. C’est la voix qui crie dans le désert. Elle crie quoi ? Que le désir homo est un désir à la fois d’amour et de viol. Elle crie que les personnes homos ont pu subir un viol ou qu’elles l’ont en tout cas fantasmé pour s’identifier à la femme violée cinématographique. Et j’en viens justement à parler de la figure de la femme-araignée dans les œuvres homosexuelles, qui est un code récurrent, et qui symbolise presque toujours le personnage homosexuel. Je pense en particulier au personnage gay de Molina dans le roman de Manuel Puig El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femmes-Araignée, 1976), qui dit précisément de lui-même : « Je suis la femme-araignée ». Et cette femme-araignée cinématographique auquel l’homosexuel s’identifie, c’est en général une femme qui a jadis été pure, qui a perdu sa virginité dans une forêt (= la forêt de la sexualité), et qui, en vraie Catwoman ou Mante religieuse, vient se venger des hommes qui l’auraient violée. C’est une figure maléfique qui montre qu’une victime n’est jamais éternellement victime, du simple fait qu’elle est libre.

 

Les personnes homosexuelles sont les mauvaises consciences de la société, de magnifiques araignées. Par leur désir et ce qu’elles sont, elles ont le pouvoir de dévoiler des conflits enfouis dans les familles, la communauté humaine, et le monde.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Femme-Araignée », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée des bois », « Ombre », « Extase », « Chat », « Aigle noir », « Quatuor » et à la partie « Taureau » du code « Corrida amoureuse », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

L’araignée apparaît souvent au fil des fictions homo-érotiques : on la voit notamment dans le roman Le Pire des mondes (2004) d’Ann Scott, le film « Nosferatu » (1922) de Friedrich Wilhelm Murnau, le film « Les Araignées » (1919) de Fritz Lang, le film « La Toile d’Araignée » (1975) de Stuart Rosenberg, le film « La Veuve noire » (1986) de Bob Rafelson, le film « Les Corps ouverts » (1997) de Sébastien Lifshitz, le film « Araignée de Satin » (1985) de Jacques Baratier, le roman Une Saison en enfer (1873) d’Arthur Rimbaud, la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau (avec Spiderman), la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, la chanson « Magie noire » de Philippe Russo, la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand (il est question de toile d’araignée), la B.D. Kang (1984) de Copi, la pièce Lacenaire (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt (avec Lacenaire tissant autour du décor de sa grande toile d’araignée sur scène), la B.D.Journal 1 (1996) de Fabrice Neaud, le roman La Tarántula (1988) d’Hugo Argüelles, le film « Spider Lilie » (2007) de Zero Chou, la chanson « En miettes » d’Oshen, le film « Tchernobyl » (2009) de Pascal Alex-Vincent, le vidéo-clip de la chanson « Ghosttown » de Madonna, etc.

 

En général, la présence de l’Araignée n’est pas bon signe. « Fais attention aux toiles d’araignée. » (Stef, l’un des héros homo, à Vivi dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez) ; « J’ai tissé la toile de mon propre piège. » (Lacenaire dans la pièce éponyme (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt) ; « Une fois, Serge et moi, on avait essayé avec une araignée de mer. » (Rodolphe Sand imitant une femme hétéro mère porteuse, par rapport au coït avec son mari, dans le one-man-show Tout en finesse , 2014) ; etc. Par exemple, dans le film « Bug Chaser » (2012) de Ian Wolfley, Nathan, le beau héros homosexuel, a un problème à l’anus qui s’aggrave de plus en plus et dont on ignore l’origine. On nous fait croire que c’est un furoncle ; ou que ça ressemble à une piqûre d’araignée. Dans le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa, Suze, l’héroïne lesbienne, se dit arachnophobe : elle prend son Chanel n°5 pour asperger et tuer une grosse araignée.

 

Film "Spider Lilies" de Zero Chou

Film « Spider Lilies » de Zero Chou


 

Il est curieux de constater que le personnage homosexuel se définit lui-même comme l’homme-araignée ou la femme-araignée : ceci est visible par exemple dans le film « Une Affaire de goût » (1999) de Bernard Rapp, les chansons « La Veuve Noire » et « Alice » de Mylène Farmer, le film « Sherlock Holmes II : Jeu d’ombres » (2011) de Guy Ritchie, etc. Cette identification de l’homosexuel à l’araignée transparaît dans beaucoup d’ouvrages : « Toi, tu es la femme-araignée, qui attrape les hommes dans sa toile. » (Valentín s’adressant à son amant Molina, dans le roman Le Baiser de la femme-araignée (1976) de Manuel Puig, p. 245) ; « Comme tu me manques, l’araignée… » (cf. la chanson « Alice » de Mylène Farmer) ; « C’est vous, l’araignée. » (la voix narrative homosexuelle du roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, p. 101) ; « Ne quittez jamais ce ventre de toile. » (la voix narrative dans la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet) ; « Avec Cyril, la toile dissimule toujours l’araignée. » (la voix narrative du roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 30) ; « J’ai cru un temps que j’étais une mygale. » (Cyril, idem, p. 208) ; « Roger pense que vous avez plutôt une araignée au cerveau. » (Violet par rapport à l’homosexualité de Stephen, dans le roman Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 228) ; « Je suis comme une araignée qui arpente votre toile. Faites de moi ce qu’il vous plaira ! » (cf. le poème en espagnol « Polvareda » de Copi) ; « Je ne suis pas Spider-man ! » (Schmidt dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller) ; etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Dans les fictions, l’araignée se marie très bien avec les thématiques de l’androgynie et de l’homosexualité, même si son sens reste parfois difficile à décrypter. « Trente ans dans la police contre un mec en combinaison de danse. » (le chef de la police parlant ironiquement de Spider-Man, dans le film « The Amazing Spider-Man » (2012) de Marc Webb) ; « Je me demande pourquoi tous les surfeurs sont de beaux garçons aux visages ravageurs. Leur corps, n’en parlons pas. Lorsqu’ils montent sur leurs planches, les muscles de leurs cuisses bandent et tendent la toile élastique de leur combinaison dessinant chaque muscle, quant à leur torse et leurs bras ils sont fins et secs comme un coup de trique. Pas une molécule de graisse. Ils me font penser à des spiders man. » (cf. la nouvelle « Surf à Oléron » (2014) sur le site La Passion des garçons) ; etc. Par exemple, dans la série nord-américaine Modern Family (saison 5, épisode 22) de Christopher Lloyd II et Steven Levitan, l’un des personnages du couple gay, Mitchell, doit vendre un objet auquel il tient beaucoup, un album de BD très rare dont il a du mal à se défaire : Spiderman ! : « Je m’identifiais à lui. […] Ça parle d’un ado bizarre, qui a une facette secrète dont il ne peut parler à personne. Un peu comme moi. […] Spiderman m’a donné le sentiment qu’on avait le droit de se démarquer. […] Il m’a donné la force de surmonter des moment difficiles. » En tout cas, la seule chose dont on peut être sûr, c’est que l’araignée est là, et que sa présence est souhaitée par les artistes homosensibles ! Par exemple, dans la nouvelle « La Carapace » (2010) d’Essobal Lenoir, le protagoniste homo rêve d’un vieillard qui le fixe du regard comme s’il faisait partie d’une collection d’animaux mise sous verre, aux côtés d’araignées : « La nuit, je m’imaginais hypnotisé, épinglé dans ses collections, entre un papillon et une mygale. » (p. 14) Dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, quand les héroïnes lesbiennes se trouvent à l’intérieur du taxi, la main de Veronika vient comme une araignée (genre « la petite bête qui monte, qui monte… ») toucher Nina pour la faire jouir. En 1969, David Bowie invente le Major Tom, un cosmonaute qui ne veut pas revenir sur Terre, mais qui préfère s’incarner en Ziggy Stardust, un androgyne accompagné de ses araignées de Mars (ce délire psychédélique donnera d’ailleurs naissance au célèbre album The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars). Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, le héros homo refoulé, rêve qu’il se fait draguer par « Vincent Cassel qui prend la tête d’une armée d’araignées géantes à l’assaut de New-York ». Dans le film « À travers le miroir » (1961) d’Ingmar Bergman, Karin a des visions d’un mystérieux dieu-araignée. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance a accroché dans sa chambre trois posters : un de la Joconde, un d’un regard d’actrice, et un d’une araignée. Dans le film « Mauvaises fréquentations » (2000) d’Antonio Hens, une énorme araignée noire en plastique est posée sur la pile de revues homosexuelles de Guillermo pour en interdire l’accès. Dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, le scorpion enfermé dans le bocal de la petite Jennifer « n’a jamais mangé une araignée ».

 

David Bowie en Ziggy Stardust

David Bowie en Ziggy Stardust


 

L’araignée peut parfois symboliser la conscience humaine endormie, un élan cannibale, ou bien le désir homosexuel : « Elle [Marilyn] allume la télé. Il y a un feuilleton où une araignée dévore un petit Tarzan. » (la voix narrative du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 54) ; « J’ai senti une araignée dans mes cheveux. Je la sentais. Mais je ne la voyais pas. » (le héros du roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 101) ; « Le cœur de l’homme est touché par la beauté, si infime soit-elle, de la taille d’une fourmi ou d’une araignée. » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), p. 259) ; « Je savais pas c’qu’y avait dans ta caboche : une araignée cruelle. Mais ta toile s’effiloche. » (cf. la chanson « Va t’en » d’Étienne Daho) ; « Un petit baiser, comme une folle araignée, te courra par le cou… Et tu me diras : ‘Cherche !’ en inclinant la tête, et nous prendrons du temps à trouver cette bête qui voyage beaucoup… » (cf. le poème « Rêve pour l’hiver » d’Arthur Rimbaud, écrit en wagon le 7 octobre 1870)

 

Baiser homo dans la B.D. "Spiderman"

Baiser homo dans la B.D. « Spiderman »


 

Dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, les migraines de Perón sont décrites comme « des toiles d’araignée à l’intérieur du crâne » par sa femme Evita. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, le héros homosexuel Bryan est chargé par sa mère de tuer l’araignée de la cuisine pendant qu’elle s’absente faire des courses : « À peine était-elle descendue que ma mère m’appelait au secours dans l’escalier, il y avait un monstre noir dans la cuisine : une araignée ! Elle en avait horreur. Je n’ai jamais compris ce genre de panique devant des bestioles aussi fragiles, qu’un simple coup de pantoufle suffit à estourbire ! […] Je mis mon ordinateur en marche. J’avais le temps : l’araignée n’allait pas se sauver. […] Je changeai de priorité : d’abord tuer l’araignée. Elle était au plafond au-dessus des meubles de cuisine. Il me fallait un escabeau. J’allais le chercher dans le garage. En le prenant, je fis tomber d’une étagère un bocal en verre vide qui se brisa au sol… Je verrai plus tard, d’abord l’araignée. Ma mère avait tout prévu, la bombe paralysante était déjà sur la table. Elle avait raison car ces grosses araignées sont d’une nervosité surprenante. Je lui réglai son compte et l’inhumai dans la poubelle. […] Lorsque ma mère revint, je n’avais qu’ […] éclaté une araignée ! […] Bon, à part l’araignée, je n’avais pas eu le temps de tout ranger ! » (pp. 148-150) Le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami s’ouvre sur une très longue description d’une araignée (une vingtaine de pages… quand même !) : « L’araignée était là. […] Pascal la détesta immédiatement. » (p. 15) ; « Les araignées n’avaient plus de secret pour lui. Combien de fois, fasciné, avait-il assisté à leur charge foudroyante, d’avance victorieuse ?… » (p. 27) Cette araignée est, à mon sens, la métaphore du désir homosexuel qui naît à l’intérieur du jeune héros.

 

Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, le père inconnu de Phil, le héros homo, a tout de l’homme-araignée luciférien dont la fragilité sexuelle fait peur et paraît monstrueuse (d’ailleurs, ce dernier attire magiquement les animaux à lui). Glass, la maman de Phil, parle à son fils de son géniteur qui l’a mise enceinte à 16 ans, et qu’elle a fui, en des termes bien mystérieux qui donneraient presque à croire qu’il était lui-même homosexuel à l’instar de son fils : « Il était si bon enfant, si sensible. Quand il touchait une fleur, elle se mettait à fleurir peu après, je te le jure ! Je l’ai vu. Les papillons de jour et de nuit, tous les insectes… [On voit à l’écran une image d’araignée sur sa toile], il les attirait comme la lumière. La question, ce n’est pas ces bestioles à quatre pattes, mais cette sensibilité excessive. Cette vulnérabilité. Tu ne vois pas ce qui arrive à ces êtres-là ? J’avais constamment peur pour lui. Après, je suis tombée enceinte. Et j’ai eu peur pour vous [Elle parle de Phil et de sa sœur jumelle Dianne]. Et là, j’ai compris que je n’y arriverais pas avec lui. J’ai filé. »
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

l'acteur Bryan Singer

l’acteur Bryan Singer


 

Certaines personnalités du monde homosexuel ont une histoire avec l’arachnide aux pattes velues. Dans son Journal, Paul Bowles nous parle beaucoup de son araignée (le 24 avril 1988, et le 5 mai 1988) : « Si je dévoile à quelqu’un son existence, c’est sûr qu’ils la tueront. » Le compositeur et auteur nord-américain a d’ailleurs écrit un roman qui s’intitule La Maison de l’Araignée en 1955. Certains auteurs homosexuels comparent l’écriture à un travail de tisserand arachnéen : « J’ai écrit le premier acte de cette pièce il y a 3 ans. À sa fin, la situation était tellement ouverte, j’avais tissé une telle toile d’araignée, que j’ai pu écrire 10 versions différentes du second acte. » (Copi, en parlant de sa pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur, 1990) En 1918, Federico García Lorca publie son premier livre Impresiones Y Paisajes, et choisit une couverture bien particulière : une toile d’araignée avec sa fileuse au travail (on peut voir cette illustration dans l’essai Enfances et mort de García Lorca (1968) de Marcelle Auclair, p. 63). Dans son ouvrage Les homosexuels font-ils encore peur ? (2010), Xavier Rinaldi met d’emblée l’arachnophobie sur le même plan que l’homophobie : « Comme l’agoraphobie (la peur de la foule), comme l’arachnophobie (la peur des araignées), existe l’homophobie : la peur des homosexuels. » (p. 13) Dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), Alfredo Arias mentionne l’araignée comme un facteur psychique déterminant : « Miguel, le cinéaste, s’enferma dans sa chambre avec Angelito […] Il lui proposa un rôle dans le film qu’il préparait. Angelito lui demanda par gestes ce que racontait le film. Miguel lui expliqua que c’était l’histoire d’une araignée qui se logeait dans la tête d’un homme normal et qui, peu à peu, le transformait en archéologue qui finissait par découvrir une bibliothèque au fond de la mer […]. » (p. 99) Dans son autobiographie Roland Barthes par Roland Barthes (1975), Roland Barthes associe à juste titre l’araignée à la fameuse peur de la castration chez les personnes homosexuelles : « L’Araignée, c’est la castration. Elle me sidère. » (p. 112) Dans son livre La Maison de Claudine (1922), la romancière Colette écrit qu’elle guette avec impatience dans son lit le retour de l’araignée qui loge dans la chambre de sa mère, Sido : « S’il fallait privilégier un animal dans le bestiaire de Colette, je délaisserais un instant les chats pour retenir une araignée. Son fil conduit tout droit à Sido qui en hébergeait une dans sa chambre à coucher. » (cf. la revue Magazine littéraire, n°266, juin 1989, p. 17) En juillet 2013, Julius Carter, l’acteur homosexuel nord-américain, est l’un des sept comédiens qui incarnent Spiderman dans la comédie musicale Spiderman : Turn Off The Dark sur Broadway (États-Unis). L’orientation sexuelle de Spiderman n’a pas fini de faire débat et d’être peu à peu forcée à l’homosexualité.

 

Sur la Radio France Inter, la chroniqueuse Nicole Ferroni, en mai 2013, fait un parallélisme inconscient entre arachnophobie et homophobie, en définissant « les homos » (comme elle dit) comme des araignées (« J’ai appris à connaître les araignées. Les araignées c’est comme les homosexuels, tolérons les ! »), sans comprendre toute la signifiance de sa comparaison (car son boboïsme abyssal et méprisant l’aveugle totalement). Mais bon, voilà, même les abrutis font cette corrélation entre araignée et homosexualité.
 

 

Dans le documentaire « Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse, la mandarine » (2009) de Marion Cajori et Amei Wallach, la sculptrice Louise Bourgeois se fait surnommer l’Araignée. Elle a d’ailleurs réalisé la série d’Araignées géantes en 1997. « L’araignée est ma mère. […] L’araignée est une ode à ma mère. Elle représente une réconciliation. » déclare-t-elle. Pour l’artiste, c’est une manière d’être au monde que de se choisir l’araignée comme totem : « L’araignée est une forme de tempérament ; les araignées sont partout. » Les araignées sont en effet des puissants pêcheurs d’Hommes. Je le crois volontiers !

 

Michael Jackson

Michael Jackson


 

L’araignée est une voix intérieure qui dénonce une agression, un amour possessif : « Inconsciemment, voilà ce que tu me fais dans tes pattes. » (Dr Geneviève Loison, psychanalyste, prenant une araignée géante en plastique dans un coffre à peluches, dans le documentaire « Le Mur : La Psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » (2011) de Sophie Robert) Nicolaus Sombart rencontre Carl Schmitt (beaucoup plus âgé que lui) qui tombe sous son charme : « Comme un papillon, je volai, irrésistiblement attiré dans la toile qu’il avait tissée. » (Nicolaus Sombart, cité dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 272) L’araignée peut aussi protéger du viol, comme ce fut le cas avec le Roi David – celui du fameux duo homophile avec Jonathan – dans l’Ancien Testament ! (le commentaire du Talmud signale ceci : « La signification du bouclier de David veut que lorsque David était recherché par Saül, il s’est caché dans une grotte où, lorsque les soldats entrèrent, une araignée aurait tissé une toile prenant la forme d’une étoile à six branches cachant David. »)

 

B.D. "Journal 1" de Fabrice Neaud

B.D. « Journal 1 » de Fabrice Neaud

 
 

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Code n°14 – Artiste raté

artiste raté

Artiste raté

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

sensibilité

B.D. « Femme assise » de Copi (le canari parle des homosexuels)


 

« Les homosexuels sont tous des artistes car ils sont plus sensibles et esthètes que les autres. » Qu’est-ce que c’est que cette blague ? Cela en étonnera plus d’un, mais je le dis quand même : il y a beaucoup de faux artistes, de créateurs sans talent, de rois du kitsch, de chanteurs de pacotille, parmi nous, gens « homosensibles » qui avons pourtant investi en grand nombre le monde des Arts comme si c’était « notre » fief privé. D’ailleurs, il est stupéfiant de voir en masse dans les fictions homosexuelles la figure de l’artiste homosexuel raté. Surtout quand on sait que cela ne correspond pas du tout au cliché de l’Artiste qu’on prête à tout individu homosexuel, ou presque, qui aurait, depuis son plus jeune âge, une prédisposition artistique « naturelle », une sensibilité et une créativité hors du commun… En réalité, nous ne devrions pas être étonnés : celui qui se prend pour Dieu – alors qu’il ne l’est pas – finit toujours par mal agir et par afficher la médiocrité de son orgueil en créant du laid. Et à l’évidence, l’homosexualité est une crise d’orgueil de l’Homme qui n’a pas reconnu ses limites, qui n’a pas regardé son désir homo en face, et qui veut être Dieu à la place de Dieu (cf. le code « Se prendre pour Dieu » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels). Alors bien sûr, on me dira que c’est dans la nature-même de l’artiste d’être raté : le ratage n’a rien de typiquement homosexuel, il est humain, et il serait le moteur principal de toute Inspiration artistique ! Et puis le vrai créateur a toujours connu, même dans son parcours artistique brillant, des hauts et des bas, soit pour atteindre le succès (parfois post mortem), soit pour le conserver. MAIS je persiste en disant qu’un Homme est d’autant plus artiste qu’il intègre l’échec (chose que font rarement les personnes homosexuelles), qu’il crée du beau et du sensé (chose que peu de créateurs homos font), qu’il a affronté ses démons (chose que ne fait pas la grande majorité des personnes homosexuelles qui banalisent leur désir homo et qui veulent défendre l’amour homo), et qu’il n’oublie pas de toujours se reconnaître créature face au Créateur (qu’est Dieu) malgré l’illusion de toute-puissance et d’auto-création que lui confère son acte artistique (mégalomanie à laquelle peu de créateurs homosexuels échappent).

 

Qu’on m’entende : je ne dis pas que l’homosexualité est un critère de nullité artistique. J’écris bien qu’il y a des grands artistes homosexuels. Mais ceux-là n’ont ni pratiqué ni justifié leur homosexualité. Il faut arrêter de mentir aux personnes homosexuelles et arrêter de les anesthésier par la flatterie d’une homophobie positive.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Faux révolutionnaires », « Dilettante homo », « Bobo », « Faux intellectuels », « Se prendre pour Dieu », « Bovarysme », « Patrons de l’audiovisuel », « Déni », « Homosexualité, vérité télévisuelle ? », « Promotion ‘Canapédé’ », « Peinture », « Homosexualité noire et glorieuse », « Planeur », « Fantasmagorie de l’épouvante », « Amant narcissique », « Clown blanc et masques », à la partie « Divin Artiste » du code  « Pygmalion », et à la partie « Kitsch » du code « Fan de feuilletons », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

Je préfère vous prévenir tout de suite. Ce code que vous allez lire, et les constats qu’il me fait faire, peuvent paraître cruels de l’extérieur, surtout à une époque où le relativisme est roi, où on nous dit que l’art, les goûts et les couleurs ne se discutent jamais et sont sacrés, où on fait croire à la masse que le statut d’artiste appartient à tout le monde (« Réveillez l’artiste qui est en vous ! Vous avez tous un destin de star ! »). Cela peut paraître aussi complètement caricatural, généraliste, et homophobe de faire un jugement de valeurs sur le talent d’une communauté entière sur la seule base d’une orientation sexuelle. Je vous rassure tout de suite : je ne dis jamais que le désir homosexuel fait de mauvais artistes, ni qu’il n’y a aucun vrai artiste qui soit homosexuel (mais pour qu’il soit bon, en revanche, il faut à mon avis qu’il ait fait un sacré travail de réflexion sur le désir homo… et là, on est loin du compte et c’est en effet très rare !) ! L’unique chose que je tente de faire, c’est d’indiquer une tendance au manque de créativité que le désir homosexuel impulse, tendance qui ne doit en aucun cas être transformée en généralité ou en espèce humaine clairement identifiée. Je sais que la nuance entre « tendance » et « généralité », entre « désir » et « personne », entre « coïncidence » et « cause », est tenue et mal comprise par notre société… mais elle est capitale, et je me battrai pour l’expliquer.

 

La figure de l’artiste raté et méprisé, revenant fréquemment dans les films et les romans homo-érotiques, ressemble à ce que les personnes homosexuelles peuvent être parfois. En musique, pour commencer, beaucoup d’individus homosexuels passent maîtres dans les arrangements musicaux de mauvaise qualité, les paroles insensées, et leur manque de voix (la musique disco est d’ailleurs associée directement aux premiers mouvements homosexuels). Ils qualifient eux-mêmes leur musique de « commerciale » – ou d’« anti-commerciale », ce qui revient finalement au même (la chanson « On est tous des imbéciles » de Mylène Farmer en fournit un parfait exemple). Au cinéma et au théâtre, nous les retrouvons en masse dans les sous-genres : péplum, porno, épouvante, comédie musicale, parodie, music-hall, ou mélo. Ils tournent souvent ce qu’on pourrait appeler des « films carte postale » à la trame narrative très légère, n’ayant pour arguments principaux que l’auto-mise en scène et la nostalgie pop. Au niveau littéraire, ils ne font guère mieux : les auteurs homosexuels sont souvent les écrivains des genres bâtards du monde des Lettres : romans à l’eau de rose, autobiographie pornographique, bande dessinée, science fiction, poésie, etc. Dans les années 1960, ils ont même été les vilains petits canards des surréalistes… Qu’on ne s’étonne pas de les voir figurer aujourd’hui parmi les écrivains les plus cités de La Littérature sans estomac (2002) de Pierre Jourde. Les membres du « milieu homosexuel » ne s’y sont pas trompés : peu s’intéressent à la production littéraire « communautaire ». Et pour cause ! Il n’y a pas grand-chose à en tirer.

 

Les créations d’un certain nombre d’artistes homosexuels sont à l’image de la grande machine capitaliste : un immense travail à la chaîne qui place la quantité et le profit avant la qualité. « Je suis une machine » proclamera avec fierté Andy Warhol, enfermé dans sa Factory. L’alliance de l’art homosexuel avec le marketing est particulièrement bien illustrée par le mouvement Pop Art, apparu aux États-Unis en 1964. Certains artistes homosexuels transforment l’art en marché juteux sans être véritablement inventifs, et se cachent derrière l’excuse de l’excentricité humoristique ou du militantisme pour justifier leur business. C’est ce qui arrive par exemple à Pierre et Gilles, à Andy Warhol (je vous renvoie à l’article « Un Échantillon de bêtise moderne : la fortune critique d’Andy Warhol » de Jean-Philippe Domecq, dans la revue Esprit, L’Art aujourd’hui, n°173, Paris, juillet-août 1991), à Salvador Dalí (André Breton l’avait surnommé, non sans raison, par l’anagramme de son nom : « Avida Dollars »… et le tableau Dollar Sign (1981) d’Andy Warhol va dans le même sens), à Keith Haring, à Mylène Farmer, à Jean Cocteau, etc., particulièrement prolifiques artistiquement, mais peu ingénieux quand leurs désirs de surface se sont davantage exprimés que leurs désirs profonds.

 

ARTISTE 1 Avida Dollars

Avida Dollars


 

Les œuvres artistiques homosexuelles prennent souvent la forme d’un bric-à-brac désordonné pour prouver que la transmission et la création sont davantage possibles dans la destruction ou le merdique que dans le beau et le constructif. Nous identifions dans leurs compositions littéraires le baratin surréaliste obéissant au procédé du flux de la conscience soi-disant « spontané ». À maintes reprises, les poètes homosexuels rallongent la sauce, volontairement, et surtout involontairement, un peu comme les chorales médiocres qui, pour se donner l’illusion qu’elles chantent juste, ralentissent les chants, soit pour masquer leur faiblesse vocale, soit pour s’écouter narcissiquement chanter (la note est étirée jusqu’à l’asphyxie).

 

Baignée à l’excès dans l’idéologique (en l’occurrence l’anti-fascisme moralisant), leur production artistique se politise/poétise bien souvent à l’excès. De nombreux artistes gays et lesbiennes imposent « une sorte de dadaïsme homosexuel psychédélique, une idéologie de la dérision, violemment antiautoritaire » (Hélène Hazera, « Gazolines », dans le Dictionnaire des Cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 213), et remettent au goût du jour tout ce qui serait soi-disant attaqué par le conformisme. Mais comme le conformisme en question est souvent le fruit de leurs propres fantasmes, ils finissent par être conformistes dans l’anti-conformisme, en croyant faire ainsi œuvre de sauvetage héroïque de la merde flottant sur l’océan artistique. En énonçant que l’art n’a pas de règles et qu’il doit être un espace de liberté totale, ils formulent implicitement d’autres poncifs encore plus rigides que ceux qu’énonceraient le classicisme tant redouté : l’obligation du scandaleux, du frivole, de « l’effet schizo », du fragmentaire, de l’insolite, de la neutralité, du doute, de l’émotionnel, du pluralisme, de la prolifération, de l’opposition, de la rupture avec les techniques dites « traditionnelles », de la surcharge (pour masquer le manque de contenu) ou du minimalisme (pour mimer le contenu), de la sincérité, de l’exhibition (au moins un acteur à poil par pièce : c’est le quota), de l’originalité « conceptuelle », du loufoque, du torturé, du laid, de l’insensé, de l’autoparodie, de la caricature, du nihilisme, de la bêtise, du paradoxe, de l’ambiguïté, bref, l’obligation du faire agressivement/légèrement authentique pour se dispenser de l’être.

 

ARTISTE 25 Copi porno

B.D. « Kang » de Copi


 

Non pas que les genres pornographico-autobiographiques, scatologiques, gore, camp, parodiques, sentimentalistes, journalistiques, etc., soient en eux-mêmes condamnables. Aucun style artistique n’est mauvais en soi. Seulement, c’est la suffisance et l’impression de contenu que leur utilisation systématique donne à beaucoup de créateurs homosexuels qui prêtent à sourire. Le « sans concessions », l’opposition, et le scandale n’ont jamais été à eux seuls des garanties de qualité, ne libèrent pas automatiquement les esprits, ne délivrent pas plus de sens et ne touchent pas plus au vrai qu’une création qui montre moins tout en suggérant plus, qui défend un message intelligible, plein d’Espérance, et assumé.

 

C’est le fait qu’ils refassent souvent du même « parce que ça a marché/choqué une fois », que ça a rapporté des sous, et que ça a parfait leur image de marque d’artistes anti-normes, qui rend leurs œuvres si médiocres. Les meilleurs ennemis de l’art sont bien toujours les mêmes : le goût du paraître, l’attachement à l’argent (y compris en se focalisant sur les « gens de peu »), le fuite du risque, une vision manichéenne du monde, l’anti-conformisme de principe, le refus de tendre à la Réalité universelle, l’absence de prétention à la perfection et à la Vérité. « Entre eux et moi, l’argent s’imposait, c’est vrai. […]. Comme si la culture ou l’art se limitait à cela. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant du « milieu homosexuel » qu’il fréquente assidument, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 122)

 

Chez beaucoup d’artistes homosexuels, l’invocation du style est un prétexte pour ne pas en user, et évacuer ainsi le sens des œuvres. Leur passion du détail les entraîne dans le sempiternel verbiage autour de leurs textes pour dissimuler qu’ils n’ont rien à en dire. En plaçant le style avant le contenu, par un travail mythique de transformation « du sens en forme » (Roland Barthes, Mythologies (1957), p. 217), ils focalisent paradoxalement sur le fond au détriment de la forme… parce qu’implicitement, ils veulent signifier que le fond n’existe pas : n’oubliez pas que la majorité d’entre eux voient la Réalité comme un miroir sans fond et qu’ils cherchent pourtant à se convaincre de sa réelle profondeur. Ils se persuadent que la superficialité de leurs œuvres artistiques a quand même son utilité parce qu’elle « questionnerait l’art » : Peut-on tout faire d’un point de vue artistique ? À partir de quand est-il possible de parler d’œuvre d’art ? L’art a-t-il un sens ? Qu’est-ce que l’art finalement ? etc. Je ne vous cache pas que nous aurions très bien pu nous poser toutes ces questions avec des créations de meilleure qualité. Mais eux se plaisent à croire que ce sont leurs œuvres « génialement merdiques » qui amorcent ce débat, et que sans elles, nous n’aurions pas poussé aussi loin la réflexion. Comme ils n’en retirent en général qu’une pensée évasive sur le sens de l’art, ils finissent, après être pris de court, par se tourner vers leur public pour lui demander (en faisant mine de ne pas s’y intéresser, ou pour le responsabiliser démagogiquement : politique populiste et « participative » oblige…) la signification de ce qu’ils ont réalisé. « Ce sont les regardeurs qui font le tableau » assure Marcel Duchamp. Cela donne généralement une mise en scène assez pathétique de l’auto-questionnement de l’intellectuel qui prétend en connaître autant (sinon moins) que son public, autrement dit de « l’artiste-qui-a-honte-de-se-dire-artiste ». C’est pourquoi la majorité des spécialistes de la réflexion sur le camp (Susan Sontag en tête) affirment que dans quasiment toutes les œuvres homosexuelles, « l’accent est mis dans la réception » (cf. l’article « Andy Warhol » d’Élisabeth Lebovici, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 496). Généralement, un artiste homosexuel qui parvient au succès le doit davantage à la médiatisation autour de sa personnalité qu’à sa production. Par exemple, lors de sa conférence « Pierre Loti, l’Homme aux deux visages » à Savigny-sur-Orge, le 15 février 2007, le chercheur Georges Poisson explique que « Pierre Loti a été sauvé par sa personnalité plus que par son œuvre. »

 

ARTISTE 15 Copi Absence sens

B.D. « Kang » de Copi


 

Mais le grand public ne se laisse pas longtemps aveugler : il trouve plus intéressantes les réflexions suscitées par la critique des œuvres des artistes homosexuels que leurs œuvres en elles-mêmes. Le Saint-Genet (1952) de Jean-Paul Sartre l’illustre parfaitement puisque ce qui devait initialement n’être qu’une préface aux Œuvres complètes de Jean Genet a fini par dépasser l’œuvre maîtresse et par faire connaître l’auteur du Journal du voleur.

 

Je pense au final que les créations artistiques homosexuelles ne remportent pas un franc succès par leur manque d’idéal et d’Espérance, par la pauvreté de leur message, parce qu’elles ne se tournent pas assez vers l’universel incarné – Néstor Perlongher, par exemple, affirme que « la poésie n’est pas communication » et que « le poète doit faire des vers qui ne se comprennent pas » (Néstor Perlongher, « Poesía Y Éxtasis », dans Prosa Plebeya (1990), p. 149) –, parce qu’elles n’ont pas abordé la souffrance de manière dépassée et un minimum comprise. Moins le désir homosexuel est saisi dans toute son ambiguïté violente, plus la production artistique homosexuelle se transforme en plat sans saveur, et le public (gay ou pas d’ailleurs) ne s’y retrouve pas. Ce n’est évidemment pas l’homosexualité qui convertit beaucoup d’auteurs en artistes minables et cupides, mais bien un désir schizophrénique inconsciemment actualisé. Foncièrement, je n’ai rien contre Andy Warhol et ses alter ego (je me suis assez intéressé à leurs productions pour le dire !). Il est fort possible que dans d’autres circonstances, et une fois qu’ils auront fait jour sur certains désirs qui les aveuglent, certains artistes homosexuels qui se montrent encore médiocres, révèleront leur génie et leur humour avec brio. Je crois simplement qu’ils sont encore en dessous de ce qu’ils pourraient créer s’ils cessaient de s’inventer un personnage torturé qu’ils croient être eux et qui les divise en deux. Dans le cas précis de Salvador Dalí par exemple, Julien Green a tout à fait raison de défendre l’idée qu’« il y a deux Dalí » : l’un qui est un artiste artificiel assoiffé d’argent, et l’autre, plus profond, très généreux et créatif (cf. Julien Green dans l’émission Apostrophe diffusée le 20 mai 1983 sur la chaîne Antenne 2). Ce n’est qu’en mettant une certaine actuation de leur homosexualité de côté que les créateurs homosexuels décolleront et nous offrirons le meilleur d’eux-mêmes. Je ne désespère pas de connaître un jour le grand réveil artistique homosexuel (que des créateurs comme Patrice Chéreau, Manuel Puig, Cathy Bernheim, Hervé Guibert, Laurent Lafitte, Muriel Robin, Frédéric Martel, Jarry, Christian Faure, Océane Rose-Marie, ou Jean-Luc Revol, ont déjà bien amorcé) !

 

Je dois vous avouer ma « pathologie personnelle » concernant les œuvres sur l’homosexualité : je crois que je m’imposerai de les éplucher toute ma vie, car vraiment elles me passionnent, même si, d’un point de vue strictement personnel et gustatif, je les trouve dans leur ensemble de mauvaise qualité, nases, insipides, et affligeantes. Je peux rester planté devant une infinité de films qui agacent et ennuient la majorité des personnes homosexuelles, lire des navets de romans à l’eau de rose à tour de bras, j’ai quand même une endurance qui m’étonne moi-même pour ingurgiter la soupe artistique homosexuelle sans me révolter, sans bailler… tout cela si et seulement si on y parle d’homosexualité, bien sûr (si la création que je vois, en plus d’être nulle, ne parle même pas d’homosexualité, je me tortille sur mon fauteuil et m’impatiente comme tout le monde !). Suis-je maso ? Suis-je obsessivement homo-centré ? Peut-être bien ! Moi, je ne pense pas, puisque je ne vais pas aux œuvres homosexuelles dans une optique identitariste ou amoureuse, bref individualiste. Cependant, j’ai conscience que je peux donner l’impression que ma démarche de recherche du Désir par le biais du désir homosexuel est monomaniaque. En fait, si les gens pensent que je m’enferme dans mon thème, c’est qu’eux-mêmes ont tendance à vider l’homosexualité d’universalité, à enfermer les personnes homosexuelles dans « leurs » clichés, pour ne pas les analyser, ni voir ce qu’ils pourraient en tirer comme conclusions sur eux-mêmes. Ce que je constate pour mon cas, c’est que mon travail de recherche m’ouvre au contraire à l’Amour, même si j’avance à tâtons sur un chemin obscur, peu défriché et balisé, qui m’était à la fois totalement étranger et que j’apprends à rendre familier. Je peux m’intéresser pour ce qui n’attirerait pas d’emblée mes goûts (car si je désire vraiment aller vers ce que j’aime, si je veux réellement du contenu, de l’Art de qualité, il me suffit d’ouvrir ma Bible et d’écouter Jésus et ses saints !). Mais du coup, ce détachement affectif et sensitif narcissique de la plupart des « critiques » littéraires et artistiques actuels – qui pensent à tort qu’il faut forcément « adorer » ou « détester » une œuvre pour pouvoir en faire un bon papier, qu’il suffit de parler de ses petites impressions et de s’épancher sur ses vibrations du cœur (« j’aime/j’aime pas ») pour analyser une création à fond –, me permet de vraiment plonger au cœur des œuvres, en dehors de toute considération de goût, d’« avis », d’« opinion », d’« impression ». C’est cela, pour moi, le vrai travail d’analyse et de respect de l’œuvre artistique : s’appuyer sur ce qui est dit concrètement, et comment c’est dit. Le reste, c’est du blabla, de l’esbroufe, de la dégoulinade narcissique. J’ai trop vu pendant mes années de chroniqueur radio des pseudo critiques littéraires ou cinéma qui lisaient sans lire, qui voyaient sans voir, qui n’avaient aucun sens critique parce qu’ils se centraient sur leurs putains de goûts. J’avais envie de leur dire : « Qu’est-ce qu’on s’en fout de savoir si t’as aimé ou pas cette œuvre ! ‘De quoi elle parle et qu’elle est son sens ?’ C’est ça qui nous intéresse ! Putain de bordel de merde !!! » Alors, OUI, je ne suis pas un ennemi des œuvres homosexuelles, ni des artistes ratés. Je me rue dans leurs brancards pour qu’ils se réveillent. Car ils ont un cerveau pour aimer et pour créer ! Qu’ils ne l’oublient pas.

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

ARTISTE 2 Like it is

Film « Like It Is » de Paul Oremland


 

Le personnage homosexuel est un artiste raté dans énormément de productions homo-érotiques : le film « Like It Is » (1998) de Paul Oremland (avec Kelvin, le producteur de musique dance), le film « Días De Boda » (2002) de Juan Pinzás (avec le personnage de Nacho), le film « Le Grand Alibi » (2007) de Pascal Bonitzer (avec le personnage de Philippe), le film « Amour et mort à Long Island » (1997) de Richard Kwietniowski, le film « Un autre homme » (2008) de Lionel Baier (avec François, le journaliste plagiaire), le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee (avec Elliot, le peintre raté), le film « Ed Wood » (1994) de Tim Burton, le film « L’Ange bleu » (1930) de Josef Von Sternberg (avec le professeur Emmanuel Rath, humilié jusqu’au bout, en cours comme sur scène), la pièce Jeffrey (1993) de Paul Rudnick, le film « Presque célèbre » (2000) de Cameron Crowe, le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec la figure du poète raté), la pièce Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou (où Satie y est décrit comme un compositeur de « musique d’ameublement »), le film « 800 Tsu Rappu Rannazû, Fuyu No Kappa » (1994) de Kazama Shiori, le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti (Aschenbach, le musicien raté qui se fait lyncher lors de ses concerts), le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault (avec Angelo en scénariste de séries B), le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (avec le personnage de Tim), le film « Bouche à bouche » (1995) de Manuel Gómez Pereira (avec le personnage de Victor), le film « Le Placard » (2001) de Francis Veber (avec François Pignon, présenté comme un homme sans relief), le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar (avec Enrique, le cinéaste de seconde catégorie), le film « La Fleur de mon secret » (1995) de Pedro Almodóvar (avec Leo, l’écrivaine de roman à l’eau de rose), le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon (avec Romain, le photographe raté), le film « Billy’s Hollywood Screen Kiss » (1998) de Tommy O’Haver (avec le héros Billy, qui n’arrive pas à faire carrière), le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni (avec Pablo, le poète raté n’arrivant pas à se faire publier), la chanson « Blues du Businessman » dans le spectacle musical Starmania de Michel Berger (avec le businessman Zéro Janvier qui « aurait voulu être un artiste »), la pièce L’Anniversaire (2007) de Jules Vallauri (avec le personnage de Vincent, l’écrivain sans talent), le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011) de Karine Dubernet, le film « Diferente » (1962) de Luis María Delgado, la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne (avec France, l’écrivaine ratée), le spectacle musical Yvette Leglaire « Je reviendrai ! » (2007) de Dada et Olivier Denizet, le film « Quartet » (1948) d’Harold French, le film « Du mouron pour les petits oiseaux » (1962) de Marcel Carné (avec Jean Parédès, l’auteur de romans de gare), le film « Piège mortel » (1982) de Sidney Lumet, le film « La Tourneuse de pages » (2005) de Denis Dercourt, le film « Baba-It » (1987) de Jonathan Sagall, le film « Néa » (1976) de Nelly Kaplan (avec Sibylle Ashby, l’auteure de romans érotiques), la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd, le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay (avec Jean-Marc, l’écrivain frustré), la pièce Les Babas cadres (2008) de Christian Dob (avec Jeff, l’artisan des objets en bois inutiles), le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes (avec José, l’artiste contemporain aux meurtriers happening, et les très ambigus jumeaux Sulki et Sulku), la chanson « Fais-moi un chèque » (2011) de Jena Kanelle (où « le fric c’est chic »… au détriment de la qualité), la caricature Les artistes pédérastes (1880) d’Heidbrinck (avec les cercles artistiques homosexuels, dépeints comme malsains et frivoles), le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann (avec Robbie, le réalisateur homo raté), le one-woman-show Nana vend la mèche (2009) de Frédérique Quelven (avec la poétesse ratée), le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco (avec Jézabel, l’artiste bisexuelle évoluant dans un milieu beaux-ardeux branchouille), le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche (avec Emma, l’artiste peintre lesbienne, et ses amis « artistes » qui pensent que disserter sur Klimt et Egon Schiele c’est « hyper profond »…), la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder (avec tous les acteurs à poil sur scène), etc.

 

« Je mets donc toute mon âme dans la musique, et mon cœur sombre d’un seul coup dans le chagrin de ce peintre raté qui voit se défaire devant lui un couple d’amis. » (le narrateur homosexuel parlant de l’opéra La Bohème de Puccini dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 19) ; « Mais je ne suis pas un artiste. » (Benjamin, l’un des héros homosexuels, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc.

 

Même s’il prétend être un artiste, on voit très souvent que le personnage homosexuel a du mal à emballer les foules avec ses créations : « Rémi était romancier. Du moins se plaisait-il à l’affirmer. […] Il avait toujours aimé écrire, tout en sachant qu’il ne possédait pas le talent suffisant pour prétendre à l’originalité. » (Jean-Paul Tapie, Dix Petits Phoques (2003), p. 14) ; « Vous êtes un médiocre musicien. » (Wagner à Nietzsche, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres Cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « Parfois, par association d’idées, Gabrielle repensait à son dernier roman Dernier amour que tous les éditeurs avaient refusé à ce jour. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), pp. 198-199) ; « Tous les trois ans un bouquin publié avec une sinistre régularité. […] Beaucoup de jactance. Beaucoup trop. Pour un écrivain. » (Vincent Garbo parlant du romancier François Letailleur, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, pp. 26-27) ; « C’est un esprit médiocre. » (Saint Loup au sujet d’un de ses assistants coiffeurs gay, dans le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot) ; « Moi, je choisis des pièces contemporaines où il n’y a que des mecs à poil sur scène. » (Dominique dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « Il avait transcrit en japonais : ‘Quoi ? Zob, zut, love’, des bulles presque courantes, n’ayant pas envie de faire un véritable effort de concentration. L’empereur Hiro-Hito en fut bouleversé et décida de le sacrer Prince des poètes du Soleil Levant. […] Ninu-Nip craignit d’être victime d’une plaisanterie douteuse. » (le narrateur de la nouvelle « Quoi ? Zob, zut, love » (1983) de Copi, p. 14) ; « Qu’est-ce que tu fais encore nu ? » (Junon trouvant Jupiter à poil dans une prairie, dans le film pourri « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, où tous les acteurs jouent à poil) ; « Ouais, j’suis un comédien raté. Et alors ? » (Dodo dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz) ; « Benjamin est chorégraphe. Comme tous les mecs qui ont raté leur carrière de danseur… » (Pierre parlant de son amant, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Écoutez-moi, vous le marchand, siffla Smokrev. Vous êtes un échec. Vous étiez un artiste médiocre dont tout le monde se moquait en société. » (le Comte Smokrev, homosexuel, titillant l’homosexualité continente de Pawel Tarnowski, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 482) ; etc.

 

ARTISTE 3 L'Anniversaire

Pièce « L’Anniversaire » de Jules Vallauri


 

Par exemple, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Jules, le héros homo, se fait d’abord passer pour un artiste incroyable : il demande à être appelé pompeusement « le Prince des Poètes » ou « L’Homme en noir ». Et puis au fur et à mesure, on découvre que c’est un homme pédant, un beau-parleur alcoolique, sans succès : « Je suis écrivain de littérature philosophique internationale… dans le porno. » Michèle, l’actrice de séries B qui passe la soirée à ses côtés s’étonne même qu’il démente son côté artiste : « Comment ?? Drogué, alcoolique et gay… Et t’es pas comédien ??? » Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Guen, le héros homosexuel, crée un jeu improvisé « le Jeu des Favoris ». Ninon, la bisexuelle, ne mâche pas ses mots : « C’est scolaire, homo, nul. » Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel se moque du cliché « ‘Le gay est doué dans l’art’ : mon cul ! ». Il raconte son essai raté de devenir musicien : « Un vrai désastre ! » Dans la pièce Jardins secrets (2019) de Béatrice Collas, Maryline, l’héroïne bisexuelle, prof d’arts plastique, est présentée ironiquement par Sandra comme « une artiste fonctionnaire (le rêve pour tout intermittent du spectacle…) »… mais Anne-Charlotte, une amie de Maryline, prend sa défense : « Maryline n’est pas fonctionnaire ! C’est une artiste ! ».

 

Dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Kyril, le dandy avec son monocle, fait des dessins et des poésies anarchistes, et organise des spectacles scandaleux qui se finissent en baston. Quant à Atos Pezzini, le prof de chant homosexuel, c’est aussi une « vieille pédale » jouant dans des opéras-bouffe qui n’ont pas de succès et qui sortant avec des petits éphèbes dont il collectionne les photos de nus « Tout le monde se moque de vous. » lui balance le Noir Madelbos à propos d’Atos et de son jeune amant Alberto.
 

Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Nounours, l’un des héros homos, est un artiste d’art contemporain qui peint des vagins en forme de nénuphars roses. Tout le monde gaffe quand, spontanément, il trouve « ces trucs moches » ignobles à regarder.
 

Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, il n’y a que des trentenaires homosexuels bobos qui sont des artistes ratés : par exemple, Simon a présenté son film « A-mor(t) » en ouverture d’un festival à Beaubourg, et ce fut un gros bide : « Après le court-métrage de Simon, les gens huent. Nous sortons. Les yeux de Simon perlent, il se retient. » Polly, l’une d’entre eux, leur fait le reproche de ne « créer » que pour satisfaire au fond que leurs pulsions sexuelles : « Vous me faites penser aux gens qui regardent des photos d’art de modèles nus en ayant la gaule. Tous ces gens qui n’ont pas encore compris que l’art ne servait pas à bander lamentablement. » (p. 36) La fusion constante entre cul et monde artistique gâche les talents, et transforme ces beaux-ardeux (plasticiens, photographes, écrivains de fortune) en imposteurs sincères : « Tiens, c’est Léo Durand, il est un écrivain raté, vous avez le même âge et je sais pas pourquoi, j’ai l’impression que vous êtes faits l’un pour l’autre ! » (Vianney présentant un mec à Mike, op. cit., p. 94)

 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Pierre-André, un dentiste, prend Nina, l’héroïne lesbienne, pour « une grande artiste en mosaïques », ce qui fait bien glousser Lola l’amante de Nina, ainsi que Vera la copine de celle-ci : « Il lui a donné l’illusion d’être une artiste ! » (Lola) Nina se console comme elle peut : « Y’a au moins quelqu’un qui me reconnaît un peu de talent. »
 

Dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, Philippe de Monceys, le héros homosexuel, est auteur de romans de gare. Dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, Prentice, le jeune auto-stoppeur hétéro accompagnant le couple de vieilles lesbiennes, est un artiste de seconde zone : lors de ses shows de danseur, son chorégraphe lui demandait de pisser sur scène en guise de geste « artistique ». Dans la pièce En circuit fermé (2002) de Michel Tremblay, Nelligan Bougandrapeau, le héros homosexuel, dit qu’il a « passé son enfance à voir qu’il n’a aucun talent pour l’écriture ». Dans le film « Week-End » (2012) d’Andrew Haigh, Russell, le héros homosexuel, écrit des nouvelles de merde. Dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo, Duccio, le personnage homo, est un simple acteur figurant. Dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, Erik, le héros homosexuel, conçoit des documentaires, et son prochain projet est un reportage « À la recherche d’Avery Willard » retraçant le parcours d’un photographe homosexuel qui a fait des nus à New York et qui est décrit comme un homme sans talent par ses proches collaborateurs. Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Zach, le héros homosexuel, se décrit lui-même comme un réalisateur raté : « Je fais des films de mariage pourris et j’enchaîne les petits boulots. Je n’ai aucune relation stable. Je suis un 7 que les 9 rejettent. » Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Tedd, le héros homosexuel, est dramaturge et écrit des pièces rétro qui n’intéressent personne ; il ne cache pas qu’il ne fait ça que pour l’argent : « Moi ce que je vise, c’est le fric. » Dans la série nord-américain Modern Family (2009-2011), Cameron, un des héros homos, est un clown raté qui n’arrive pas à faire rire. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Rudolf, l’un des héros gays, a été jadis libraire, et écrit des romans narcissiques et indigents à souhait. Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Franz, le héros homosexuel, n’a pas de boulot mais veut vaguement faire « quelque chose qui ait un rapport avec l’art ». Dans le film « The Comedian » (2012) de Tom Shkolnik, Ed, le héros homo, galère à Londres comme comédien stand up. Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, se destine à aller dans une école artistique à Juilliard (Québec)… mais son parcours se révèlera de courte durée car c’est un caïd refusant de travailler et complètement instable. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Ben se demande s’il arrivera à devenir célèbre avec ses toiles. Son amant à la fois le rassure et lui dit que ce n’est pas très important : « Il y a un nouveau peintre à la mode toutes les semaines… J’adore tes tableaux. Et je me fiche de l’avis des autres. » Dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, Paul est comédien dans du théâtre contemporain merdique reprenant du Shakespeare : Rodney a trouvé ça d’une « nullité » incroyable. Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Vincent, le héros homosexuel, est montré comme un violoncelliste raté, qui ne gagne que des petits cachets. Dans l’épisode 1 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Éric le héros homo se ridiculise devant tout le monde en ratant sa prestation publique de trompette dans l’amphi de sa High-school. Il est d’ailleurs surnommé « Trompette en l’air » par ses camarades après cela. Dans le film « Le Journal de Bridget Jones » (2001) de Sharon Maguire, Tom, le meilleur ami gay de Bridget, est l’artiste d’un « tube » tombé dans l’oubli et datant d’un disque sorti il y a 9 ans.

 

Le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) égratigne les artistes bobos homosexuels qui organisent des ateliers artistiques bidon : Océane Rose-Marie évoque avec un brin d’ironie ses « copines lesbiennes profs de peinture sur soie dans la Creuse ». Dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, Lola la lesbienne est décrite comme une « comédienne ratée ». Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Levi fait partie d’un groupe de rock merdique, les Participe Présents, qu’il finira par quitter. Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Frank s’essaie à l’écriture (il dit qu’il « écrit sur les tulipes et les antiquités. »), et son copain, Jonathan, lui avoue qu’il ne sera pas un journaliste « assez doué ». Dans la pièce La Dernière danse (2011) d’Olivier Schmidt, quand Jack Spencer se vante à son amant Paul Wood d’« avoir du talent », celui-ci lui répond cyniquement : « C’est ce que tu crois… » Il finit quand même par réussir un peu dans le milieu de la danse, mais perd vite son titre, pour finir comme une misérable « star déchue » : « Jack Spencer, après avoir touché la lune, touche le fond » indique un article de journal. Paul Wood suit le même parcours que son copain : il était danseur de ballet de l’Opéra mais sa carrière a été de courte durée : « La roue tourne. Personne n’en sort indemne. » Dans le spectacle Charlène Duval… entre copines (2011), les journalistes se délectent à annoncer que « la carrière de Charlène Duval est finie ». Dans le roman Accointances, Connaissances, et Mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, Bertrand, homosexuel, est un acteur de seconde zone, subissant une retraite anticipée : « On ne parle plus beaucoup de lui dans les journaux à potins, sauf pour lui rappeler qu’il n’est plus rien, figurant dans le film de série B qu’est devenue sa vie. » (p. 36). Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, John, le héros homo, fait des séries B puis sombre dans l’oubli et meurt d’une overdose. Par ailleurs, à deux reprises au cinéma – dans le film « Fame » (2009) de Kevin Tancharoen et le dessin animé « Anastasia » (1997) de Don Bluth et Gary Goldman, pour être précis –, j’ai vu des mises en scène de casting où c’est le personnage homosexuel ou androgyne qui est recalé, se ridiculise, et déprime les sélectionneurs (mais il doit y en avoir bien d’autres, à en croire les « best of du pire » que l’on retrouve sur des émissions de télé-réalité comme La Nouvelle Star de la chaîne française M6)

 

ARTISTE 4 Sulky

Sulki et Sulku dans le film « Musée haut, Musée bas » de Jean-Michel Ribes


 

Et le pire, c’est que le protagoniste homosexuel se rend parfois compte qu’il n’a pas la vocation d’être artiste : « J’ai pas de talent. » (Jean-Marc, l’écrivain raté et « sans envergure » de la pièce Parfums d’intimité (2008) de Michel Tremblay) ; « J’étais même pas foutu de faire un cendrier qui était pas bancal. » (Jean-Luc, le héros homo ayant monté son propre atelier poterie, dans la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch) ; « Certains diront que j’ai écrit une œuvre illisible, inabordable, incompréhensible, inintéressante ou je ne sais quoi encore. Je ne cherche pas à nier qu’il s’agit d’une œuvre incommode […]. » (la figure de Marcel Proust, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 112) ; « Je ne suis qu’un violoneux de 3e ordre. » (la figure très queer de Sherlock Holmes dans le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder) ; « C’est pire que du Bacchus. » (cf. la chanson « Tango » dans le concert Chansons bleues ou à poing (2009) de Nicolas Bacchus) ; « J’ai essayé d’écrire, moi aussi. Un échec. » (Peter dans le film « Joyeuses Funérailles » (2007) de Franz Oz) ; « Vous savez, je n’avais pas une ombre de talent, je ne savais que m’habiller et m’efforcer de paraître jolie. » (Angela, lesbienne et artiste de music-hall, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 236) ; « J’ai essayé et échoué toute ma vie. » (l’écrivaine lesbienne Vita Sackville-West, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc. Les personnages lesbiens du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) sombrent dans la désespérance face à leurs limites de créateurs : « Je ne serai jamais un grand écrivain à cause de mon corps insupportable et mutilé… » (Stephen, p. 285) ; « Dégingandée, impuissante, désordonnée et terriblement découragée, Jamie luttait pour finir son opéra, mais, ces derniers temps, elle détruisait très souvent son travail, sachant que ce qu’elle avait écrit était sans valeur. » (p. 517) Dans les pièces de Tennessee Williams, en général, les artistes détruisent toujours leurs œuvres. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo arrive au même constat d’échec face à sa carrière de dessinateur : « J’ai raté ma vie. » Dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut, le professeur Foufoune, homosexuel, est un artiste frustré puisqu’il aurait voulu faire du cirque au lieu de travailler dans un asile psychiatrique. Dans le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ?, 2010) de Malu de Martino, Antonia, l’ex de Julia, se définit comme « poubellologue ». Dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, Max, le héros homosexuel, dit qu’il est un « acteur amateur en fin de droit ». Dans le film « Parking » (1985) de Jacques Demy, Orphée est un chanteur populaire qui sait qu’il mourra avec ses chansons, qui est souvent mécontent de ce qu’il produit, qui est tout aussi mécontent lorsqu’on lui fait savoir que ce qu’il produit est mauvais. Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon torpille les messes (« La messe est un spectacle. On raconte de la merde, ça rapporte de l’argent. »)… mais ensuite décrit son propre show comme un « mestacle »… Dans le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela, Leevi, le héros homosexuel, aimerait savoir bien écrire, et pensait que son arrivée à Paris allait l’inspirer… mais il avoue que ce n’est pas magique.

 

Il se dit parfois que pour être moins ridicule et visible, il lui suffit d’assumer, voire de grossir, la nullité de ses œuvres : illusion narcissique s’il en est ! « C’est sûrement pas être artiste que d’frapper sur un piano. C’est sûrement pas être poète que d’chagriner la p’tite fille assise au bord du Styx. […] Les producteurs trouvent ça bien. Toi et moi on l’sait quand même, on n’est pas loin d’l’enfer. […] On est tous des imbéciles. On est bien très bien débiles. C’qui nous sauve c’est le style : équivoques et aussi paradoxes, et ça suffit. » (cf. la chanson « On est tous des imbéciles » de Mylène Farmer) ; « Sur fond d’musique baba ou variété débile. Stratégie oblique oblige. » (cf. la chanson « Mes Amis et moi » d’Arnold Turboust) ; « Peu importe le fond, la forme… Admirez ma technique ! » (Leni Riefenstahl dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « Elle attribue le succès du livre, moins à son fond qu’à sa forme. » (Françoise Dorin, Les Julottes (2001), p. 85) ; « Y avait rien de politique, rien d’artistique dans ce que Willie disait. Il n’était pas cultivé. C’était de la bouillie. » (Tristan Garcia, La Meilleure part des hommes (2008), p. 55) ; « C’était devenu un style, le style : tant que je parle, j’ai raison, je peux mentir ou j’ai rien à dire, j’ai raison – j’ai la parole, et ça s’appelle un livre ; William allait bien là-dedans. » (idem, p. 135) ; « Tout art est parfaitement inutile. » (Oscar Wilde cité par la conteuse dans la pièce Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, mise en scène par Imago en 2012) ; « Moi, je suis une artiste brute. J’ai besoin d’aller jusqu’au bout de moi-même. » (David Forgit, le travesti M to F, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show, 2013) ; etc. Dans une auto-parodie qui sent l’aveu indirect, Essobal Lenoir, l’auteur du recueil Le Mariage de Bertrand(2010), arrive à s’étonner que son « éditeur ait accepté de publier son écœurant opuscule » (p. 168)

 

ARTISTE 5 Élie Sémoun

Saint-Brice par Élie Sémoun


 

Dans le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, le personnage de Pietro dévoile très bien les stratégies de camouflage de la supercherie artistique mises en place par l’Homme qui ne veut pas renoncer à son titre de « génie » : « Il faut inventer de nouvelles techniques, impossibles à reconnaître, qui ne ressemblent à aucune opération existante, pour éviter la puérilité du ridicule, se construire un monde propre, sans confrontation possible… pour lequel il n’existe pas de mesures de jugement… qui doivent être nouvelles comme les techniques. Nul ne doit comprendre qu’un auteur ne vaut rien, qu’il est anormal, inférieur, que comme un ver, il se tord et s’étire pour survivre. Nul ne doit le prendre en péché d’ingénuité. Tout doit paraître parfait, fondé sur des règles inconnues… donc, non mises en doute… comme chez un fou, oui, un fou. Verre sur verre, car je ne sais rien corriger… et nul ne doit s’en apercevoir. Un signe sur un verre… corrige sans le salir… un signe peint auparavant sur un autre verre. Il ne faut pas qu’on croit… à l’acte d’un incapable, d’un impuissant. Ce choix doit paraître sûr, solide, élevé et presque prépondérant. Nul ne doit se douter qu’un signe est réussi ‘par hasard’. ‘Par hasard’, c’est horrible. Lorsqu’un signe est réussi, par miracle, il faut immédiatement le garder, le conserver… Personne ne doit s’en percevoir. L’auteur est un idiot frissonnant, aussi mesquin que médiocre. Il vit dans le hasard et dans le risque, déshonoré comme un enfant. Sa vie se réduit à la mélancolie et au ridicule… d’un être qui survit dans l’impression… d’avoir perdu quelque chose pour toujours. » Comme Lourdes, l’héroïne de la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier, qui dit qu’elle « va remplir avec du vide », le faux artiste homosexuel essaie de substituer le travail de déguisement de la médiocrité de son œuvre artistique à l’œuvre artistique elle-même ! Dans Les Petites Annonces d’Élie Sémoun, Gérard Saint-Brice, le (très androgyne) directeur de théâtre contemporain proposant des mises en scène complètement rasoir et barrées, cultive une ambiguïté sexuelle qui parachève l’équation « théâtre-masturbation-intellectuelle = théâtre homosexuel ». Dans le film « À travers le miroir » (1961) d’Ingmar Bergman, la figure de l’artiste raté homosexuel renvoie clairement à l’inceste, puisqu’à un moment du film, Mino joue à son père écrivain une pièce intitulée Le Tombeau des illusions ou l’art fantôme. Il prononce ces mots : « Je suis roi d’un royaume qui est petit mais très pauvre. Je suis artiste ! Oui. Princesse. Artiste pur sang. Poète sans poèmes, peintre sans tableaux, musicien sans musique. Je méprise l’art fabriqué, résultat banal d’efforts vulgaires. Ma vie est mon œuvre vouée à mon amour pour toi. »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) L’artiste raté :

Les artistes homosexuels n’ont pas souvent bonne réputation. Ils sont connus comme faisant partie intégrante du paysage audiovisuel et artistique, certes, mais passent pour des amuseurs plus que pour des artistes compétents. Par exemple, dans Palimpseste – Mémoires (1995), Gore Vidal est décrit par Latouche comme le « Lope de Vega de la télévision » (p. 420) car fait un travail de nègre trop prolifique et commercial. Il ne dément pas cet avis. « On disait que j’étais ‘le petit pisse-copie de Hollywood’, ce qui n’était pas complètement faux. » (idem, p. 482) Dans l’essai De Sodoma A Chueca (2004) d’Alberto Mira, Jacinto Benavente est qualifié de basique « dramaturge de théâtre de boulevard » (p. 108). Josyane Savigneau, dans sa biographie de Carson McCullers (1995), rapporte que Carson McCullers est considérée comme une « auteure mineure » (p. 11). Les papiers écrits sur les célébrités homosexuelles ou les icônes de la communauté gay ne sont pas dithyrambiques, c’est le moins qu’on puisse dire… : « Chez Mylène Farmer, c’est la sensation d’un trop. Trop de cordes, trop de nappes, trop de chœurs, pas la place de respirer. » (cf. la revue Télérama, mai 1999) ; « Mylène Farmer, c’est un peu comme la Joconde. Tout le monde la voit, mais personne ne l’entend. » (Samuel Laroque dans le one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Oscar Wilde fut un créateur prolifique, public, commercial, de mauvaise qualité, trivial, répétitif. Il fut un plagiaire. » (Neil Bartlett, Who Was That Man ? A Present for Mr Oscar Wilde (1993), pp. 201-202) ; « Il n’a rien écrit, il ne chante pas, il ne peint ni ne joue, il ne fait que parler ! » (Richard Ellmann, Oscar Wilde, cité par Anne-Sylvie Homassel, « Le Soleil Wilde », dans Magazine littéraire, n°343, Paris, mai 1996, p. 30) ; « L’image que l’on retient de cet auteur est celle d’un raté, non seulement peu cultivé, mais aussi peu intelligent : un espèce de bouffon grotesque sans cour qui croit qu’il est difficile de comprendre la vérité et surtout qu’il est obligatoire de le dire. » (Pier Paolo Pasolini concernant Witold Gombrowicz, cité sur le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003)

 

Les critiques de la production artistique sur l’homosexualité fusent et concordent pour dire que les trois-quarts du temps elle rase les pâquerettes : « Les résultats ? Presque toujours médiocres, sinon consternants. Une grande partie de la production littéraire et artistique homosexuelle se confond avec les plus vulgaires manifestations de la sous-culture pornographique hétérosexuelle. […] L’homosexualité, à peine libérée, n’a rien eu de plus pressé que de débonder ses fantasmes en oubliant de se donner des contraintes intérieures, contraintes sans lesquelles il n’y a pas de véritable création. » (Dominique Fernandez, L’Amour qui ose dire son nom (2000), pp. 301-302) ; « Mièvrerie et fadeur de l’ensemble : plus le sentiment homosexuel cherche à s’exprimer, sans métaphores ni faux-semblants, plus il perd en force et en saveur. C’est une loi que nous aurons l’occasion de vérifier. » (idem, p. 69) ; « L’homosexualité a atteint un niveau de banalisation inimaginable précédemment. Cette normalisation tous azimuts ne va toutefois pas sans une forme d’affadissement, qu’on retrouve peu ou prou dans la plupart des cinématographies occidentales. » (Didier Roth-Bettoni, L’Homosexualité au cinéma (2007), p. 418) ; « Mal écrit surtout, et ennuyeux, pour ‘faire littéraire’. À de tels auteurs, la modernité a appris que la littérature n’avait rien à dire. Barthes leur a montré la ‘fatalité du signe littéraire, qui fait qu’un écrivain ne peut tracer un mot sans prendre la pose particulière du langage’. Il a appelé à une ‘écriture blanche’, ‘innocente’ par son ‘absence idéale de style’. » (Pierre Jourde, La Littérature sans estomac (2002), p. 189) ; « Les textes attaqués en deux principales espèces : parataxe voyante, minimalisme syntaxique, lexical et rhétorique (écriture blanche). Inversement, syntaxe complexe, métaphores flamboyantes, énumérations (écriture rouge). Ces deux manières a priori opposées, la blanche et la rouge, reviendraient plus ou moins au même. L’écriture blanche est un mélange de naturalisme et de romantisme dégradé au même titre que l’écriture rouge : du drapé, de la posture, de la déclamation, charriant des morceaux de réalisme. L’une cherche à se singulariser dans une affectation de détachement, l’autre dans le cabotinage. Dans les deux, le désir de la singularité pour elle-même engendre le poncif. À ces deux espèces de faux-semblants, on en a ajouté une troisième, plus récente. On pourrait la baptiser écriture écrue. […] Petits objets du quotidien, gens de peu, prose poétique, effets stylistiques discrets mais repérables. L’écriture écrue, elle aussi, part du principe de l’authenticité. Elle fait croire que son originalité tient à la modestie de ses objets. » (idem, pp. 38-39) Le bilan artistique homosexuel est tellement pitoyable que certains en arrivent à se demander : « Mais est-il vraiment indispensable d’être hétérosexuel pour avoir du talent, voire du génie ? » (Lionel Povert, Dictionnaire gay (1994), p. 11)

 

ARTISTE 6 Warhol Marilyn

La Marilyn Monroe d’Andy Warhol


 

L’artiste homosexuel connaît souvent « ce statut d’utilité frivole qui lui fait mesurer tout ce qui le sépare des véritables créateurs » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 299). Par exemple, sur l’aveu du « couple » Pierre Bergé/Yves Saint-Laurent, l’Empire YSL a démarré sur un gros coup de « bluff » et une manœuvre stratégique de Pierre Bergé. Saint-Laurent n’a eu le talent que du publiciste qui s’aligne et qui sent ce qu’attend de lui son époque. Et Pierre Bergé, le talent du gestionnaire cupide et profiteur. Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves le lui rappelle vertement : « Espèce de raté ! T’es un parasite ! » Francis Bacon, quant à lui, est très surpris d’avoir autant de succès. D’ailleurs, il affirme haïr ses toiles : « Je n’ai pas le sentiment d’être créatif. Je fais partie de ces gens qui ont reçu une grande dose de chance. » (cf. le documentaire « Francis Bacon » (1985) de David Hinton) Dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) Yves Riou et Philippe Pouchain, on apprend que Jean Marais « se voit traiter de plus mauvais acteur de France » quand il interprète Œdipe-Roi de son amant Jean Cocteau. Lui-même confirme : « J’étais très très très mauvais. » Et en effet, il a été refusé au conservatoire, n’a été connu que grâce à ses relations et sa réputation sulfureuse (c’était l’artiste raté qui osait jouer presque nu, à l’époque). Autre cas : celui du réalisateur italien Pier Paolo Pasolini. Plus que pour ce qu’il a écrit ou fait, c’est sur ses intentions qu’il a été jugé surtout. « Bien sûr, ça a fait scandale. Comme tout ce qu’il faisait. » (Dacia Maraini dans le documentaire « L’Affaire Pasolini » (2014) d’Andreas Pichler) Quelques jours avant sa mort, il interprétait le silence qui l’entourait comme un « symptôme d’incompétence » (idem). Bruno Ulmer, obnubilé par la publicité, fait un art pop de la redite, peu inventif (cf. le documentaire « Une Vie de couple avec un chien » (1997) de Joël Van Effenterre). « Je ne me sens pas un écrivain » dit Jean-Luc Lagarce dans son Journal : il déprime de ne pas parvenir à « vendre ses salades » (c’est comme cela qu’il qualifie ses livres). Andy Warhol, quant à lui, est très lucide sur la qualité de son œuvre : « Je suis peut-être célèbre mais c’est sûr que je ne produis pas du beau travail. Je ne produis rien. » (cf. le reportage « Vies et morts de Andy Warhol » (2005) de Jean-Michel Vecchiet) ; « Les choses que je désire montrer sont mécaniques. Les machines ont moins de problèmes. Je pense que quelqu’un devrait être capable de faire toutes mes toiles à ma place. » (Andy Warhol cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 452) Quentin Crisp ne déroge pas à la tendance homosexuelle à la médiocrité : « Emblème du ratage social, il ne fait rien de bien probant et se considère désormais comme un raté. À défaut de mettre son talent dans son œuvre, il va exceller à en mettre dans sa vie. » (Lionel Povert, Dictionnaire gay (1994), p. 151) ; etc.

 

Par exemple, dans son film « La Bête immonde » (2010), le chanteur et réalisateur Jann Halexander présente (avec sévérité ou réalisme ?) sa trilogie sur Stratoss Reichmann à travers son personnage d’Ariane : il lui fait dire qu’il fait des films et des romans de mauvaise qualité : Ariane parle en effet d’un artiste qui a écrit sur Stratoss Reichmann « un roman qui a donné lieu à un film en deux parties, sans grand intérêt d’ailleurs ».

 

Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, c’est assez pathétique : Bertrand Bonello se filme en train de douter de l’utilité de son travail, et en faire un reportage : « Je ne sais pas où ça va. ». Ses amis bobos essaient de le rassurer sur son projet vide comme ils peuvent : « C’est casse-gueule. Mais c’est ce que j’aime. Sans scénario. Sans rien d’écrit. » (Alice) Il se fait interroger par un journaliste homo sans discours, sans avis (« Je ne sais pas trop quoi dire… »), mal dans sa peau (« J’arrête pas de rougir… Je me demande ce que je vais devenir. » ; « J’ai même songé à disparaître. »), qui lui pose des questions creuses (« Est-ce que la contradiction est une valeur artistique, un espace ? »).
 

Pendant tout le film biographique « Howl » (2010) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, l’écrivain homosexuel Allen Ginsberg est décrit comme un auteur de pacotille : « Je pense qu’il n’a aucune valeur littéraire. » (une femme témoin s’exprimant au procès d’Allen Ginsberg par rapport au recueil de poèmes « Howl ») Il confirme sa réputation d’imposteur artistique puisqu’il dira lui-même de son vivant que son poème « Howl » n’est qu’un ramassis de « conneries sensibles » : « J’escroque un peu mon monde. » Et ses quelques défenseurs bobos ne trouvent, à sa décharge, que les intentions : ils ne parlent jamais de l’œuvre de Ginsberg en elle-même, mais de ce qu’elle « aurait voulu dire » : l’honnêteté, la sincérité, la provocation, une transcendance, la dénonciation sociale, la puissance des mots, etc.

 

Pour certains « artistes » homosexuels, la revendication de la nullité artistique agirait comme paravent voire comme une conjuration magique de cette même nullité. Tel artiste ose dire qu’il est médiocre = c’est donc qu’il est génial ! Par exemple, André Gide et Pierre Louÿs créent en 1889 la Potache-Revue. Paul Verlaine et Arthur Rimbaud inaugurent le mouvement littéraire « zutiste ». Andy Warhol vénère la « célébrité d’un quart d’heure ». Aymeric Peniguet de Stoutz dit qu’il « n’a absolument rien contre le léger et le ludique : ‘Le superflu, chose très nécessaire’ disait Voltaire ! » (cf. le Magazine Égéries, n° 1, décembre 2004/janvier 2005, p. 80) Vanité des vanités, tout est vanité ! (… surtout la vanité !)

 

Comme dans les fictions, c’est l’argument du style qui revient pour faire illusion, tout cela dans le but d’occulter le manque de fond. Roland Barthes souligne dans la pensée baroque « la prévalence de la forme sur le fond » (Roland Barthes, « La Face baroque », Le Bruissement de la langue, 1984). Selon ces pseudo artistes, l’Art n’aurait pas de but, ne devrait pas avoir de dialectique, sous prétexte qu’il n’a pas qu’un seul sens ni qu’une seule perception de Lui : l’Art « serait », de toute éternité. Par exemple, Gilles Deleuze et Félix Guattari, dans leur manifeste L’Anti-Œdipe (1973), pensent « l’art comme un processus sans but, mais qui s’accomplit comme tel. » (p. 443) ; « C’est cela le style, ou plutôt l’absence de style, l’asyntaxie, l’agrammaticalité : moment où le langage ne se définit plus par ce qu’il dit, encore moins par ce qui le rend signifiant, mais par ce qui le fait couler, fluer et éclater – le désir. Car la littérature est tout à fait comme la schizophrénie : un processus et non un but, une production et non pas une expression. » (idem, pp. 158-159) En général, le geste artistique que ces « artistes » cautionnent n’est pas maîtrisé, prémédité (la seule chose calculée, c’est le fait justement que ce ne soit pas calculé ! Belle hypocrisie !) : « Ma méthode de dessin ressemble à l’improvisation du jazz » déclare Jean Cocteau (cf. le documentaire « Cocteau et compagnie » (2003) de Jean-Paul Fargier). Parfois, cela donne des phrases qui ne veulent objectivement rien dire mais qui font profondes, une dégoulinade verbale ininterrompue et sans goût : « Le rôle de l’art consiste à saisir le sens de l’époque et à puiser dans le spectacle de cette sécheresse pratique un antidote contre la beauté de l’inutile qui encourage le superflu. » (Jean Cocteau cité par Gérard de Cortanze, « Le Journal de l’inconnu », dans Magazine littéraire, n°423, Paris, septembre 2003, p. 54) Vous comprenez cette phrase, vous ? (Moi pas). Comme l’explique à juste raison Élisabeth Lévy dans Les Maîtres censeurs (2002), « cette idéologie dominante qui se pense libérée de toutes les idéologies ne peut triompher qu’au prix d’une abdication fondamentale qui conduit à faire prévaloir l’émotion sur la compréhension, la morale sur l’analyse, la vibration sur la théorie. » (p. 17) Les artistes homosexuels s’appesantissent en général sur les sens pour délaisser le Sens.

 

ARTISTE 7 Cocteau

Lithographie de Jean Cocteau

 

Depuis un certain temps dans le cinéma homo-érotique, c’est la mode : beaucoup de réalisateurs (Pasolini dans « Salò ou les 120 journées de Sodome », Christophe Honoré dans « Métamorphoses », ou encore Karim Aïnouz dans « Praia Do Futuro ») se mettent à chapitrer leurs films. Le chapitrage, ça fait plus intello et un peu moins merdique. Ça donne un semblant de sens à ce qui ne prétend pas en avoir.
 

Le modèle du genre, dans le registre des œuvres homosexuelles bobos merdiques, c’est quand même les films de François Zabaleta. J’étale mes goûts, je m’écoute ressentir… et je vois ce que ça donne… et même si ça donne de la merde, ça serait quand même génial parce que je m’en rendrais compte. Par exemple, dans son film narcissique « Le Cimetière des mots usés » (2011), on y entend l’éloge du ratage artistique : « Julien s’abuse. Il n’a aucun talent. » (Daniel parlant d’un écrivain et ami à lui) ; « Dans le ratage, on est condamné à l’originalité. […] Le ratage n’est pas une stratégie. […] Il n’est pas donné à tout le monde d’être un vrai raté. » (Daniel) ; etc. Les héros de ce navet cinématographique s’écoutent parler, sans chercher à énoncer une quelconque vérité intelligente ou à donner un sens à leur verbiage. Leur manque de prétention suffit à leur tenir chaud : « Mots qui me viennent à l’esprit quand je pense à toi… » (Denis à son amant Luther) Zabaleta philosophe sur la nullité artistique. Il fait même créer à ses personnages homosexuels des « Musées des projets avortés ». L’un de ses héros, Denis, dit « s’entêter à être un artiste », mais comme il voit que ça ne marche pas, il finit par dénigrer tout talent artistique : « Le pire ennemi de l’artiste, c’est le savoir-faire. […] Est-ce que ça sert à quelque chose d’être un artiste ? »

 
 

b) On parle plus de l’image scandaleuse que va engendrer l’artiste que de l’œuvre en elle-même :

ARTISTE 13 Copi pages culturelles

B.D. « Kang » de Copi


 

« Ce n’est pas son œuvre qui faisait de Wilde un héros : c’était sa légende » dit-on du dandy britannique le plus connu de tous les temps, et célébré comme la crème de la crème des artistes homosexuels (cf. le documentaire « Pierre Louÿs : 1870-1925 » (2000) de Pierre Dumayet et de Robert Bober) Par exemple, l’essai Corydon (1905) d’André Gide semble avoir eu le succès de l’image, du scandale, mais n’a pas été jugé concrètement pour ce qu’il disait ; à propos de cet ouvrage, Guillermo de Torre affirme en 1956 que « Corydon n’est pas tant une œuvre absurde qu’une œuvre inutile » (cf. l’article « Anverso Y Reverso de André Gide », dans l’essai Metamórfosis De Proteo de Guillermo de Torre, 1956). Christine Angot est davantage connue pour le scandale suscité par L’Inceste (1999), et l’étonnement qu’un livre pareil puisse se vendre comme des petits pains, que pour la qualité de ce qu’elle a écrit. Dans son émission Apostrophe du 20 mai 1983 sur Antenne 2, Bernard Pivot dit combien le travail du peintre Salvador Dalí repose sur la fanfaronnade : « Dalí, c’est le fric, le scandale, l’esbroufe. » Dans le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, l’excentrique Brüno (un mélange de Steevy, de Nabila et d’Afida Turner, mais à la sauce nord-américaine), affublé de la méritée réputation de « crétin sans talent », joue de son bagou – et par la même occasion de ses déhanchés de mannequin, de sa gueule et de son cul – pour faire illusion sur la bêtise de ses propos et la violence de ses happening. Avec le vidéo-clip de la chanson « Je suis gay » de Samy Messaoud, on comprend que l’intention (militante, « artistique », « provocatrice ») passe avant la création.

 

La victoire du paraître sur l’être fait beaucoup de bruit et de sensation, mais tout le monde ne mord pas à l’hameçon. Dans ses articles très connus sur le camp, la philosophe nord-américaine Susan Sontag croque à souhait ce qu’on pourrait appeler la « prétention prétentieuse » de ces artistes (homosexuels ou hétérosexuels, peu importe ; surnommés aujourd’hui « artistes des genres » ou « queer ») qui s’attribuent le label d’« artistes d’avant-garde » sans que personne, pas même ceux qui sont censés évaluer leurs productions, ne leur résiste : « Les critiques qui entendent louer une œuvre d’art se croient tenus en général de démontrer que chaque partie est indispensable et qu’il serait impossible de rien changer. Mais l’artiste, qui se souvient du rôle que jouent la chance, la fatigue, les distractions, se rend bien compte que les déclarations du critique ne correspondent pas à la réalité, qu’en bien des points le résultat pouvait être fort différent. L’impression que tout dans un chef-d’œuvre est d’une nécessité absolue ne vient pas du fait que chaque partie devait être présente, mais de la cohérence du tout. » (cf. l’article « À propos du style » (1968), p. 63) Susan Sontag tourne en dérision le tour de passe-passe de ces artistes qui saturent leurs œuvres d’art de style et de forme pour nous faire oublier qu’elles proposent peu de sens : « Il existe, à mon sens, entre ‘style’ et ‘stylisation’ une différence du même ordre que celle qui distingue la volonté de la bonne volonté. » (idem, p. 64) ; « Mettre l’accent sur le style, c’est faire peu de cas du contenu, ou refuser tout engagement par rapport au contenu. Il va sans dire que le mode de sensibilité exprimé par le ‘Camp’ est entièrement non-engagé et dépolitisé, ou, à tout le moins, apolitique. » (cf. l’article « Le Style Camp » (1968), p. 424) ; « De nombreux exemples de ‘Camp’ sont, soit des œuvres ratées, soit des fumisteries. » (idem, pp. 426-427)

 

Enfin, pour vous convaincre de l’océan de nullité dans lequel la culture homosexuelle est tombée, je vous suggère une idée toute simple : il vous suffit d’ouvrir un numéro de Têtu, la revue censée nous représenter, nous, personnes homosexuelles. Et vous aurez l’illustration de ce que j’ai essayé de vous montrer !

 

L’Art véritable, par définition, a deux vocations : celle de refléter le Réel (visible et invisible : je n’ai rien contre l’art contemporain ou non-figuratif et non-naturaliste, encore une fois) et celle de révéler la beauté de l’Homme. Toute oeuvre qui ne respecte pas ces deux critères, n’est pas, à mon avis, artistique. Et comme la majorité des oeuvres faites par les personnes actuelles s’appuient sur la justification du désir homosexuel sous forme d’identité et d’amour alors que le désir homosexuel est éloigné du Réel et qu’il défigure l’Homme dès qu’il cherche à se pratiquer, il est difficile de trouver parmi elles de véritables artistes dignes de ce nom.

 
 

3 – COPI : L’EXEMPLE DU FAUX ARTISTE

ARTISTE 10 Copi

Copi


 

J’ai décidé de terminer cet article consacré au code de l’« Artiste raté » dans les œuvres homosexuelles par un focus spécial sur une vedette homosexuelle que je connais plutôt bien puisque j’avais amorcé une thèse sur elle : il s’agit du dessinateur, dramaturge, et romancier argentin Copi (1939-1987).

 

ARTISTE 9 livre blanc

 

Avec son air goguenard et son culot (corrosif pour son époque), il est parvenu à embobiner un peu son monde à propos de ses qualités artistiques… et il continue surtout de le faire post mortem, puisqu’on voit au sein du monde du théâtre contemporain actuel ses pièces exploitées jusqu’à épuisement complet des troupes dans les théâtres nationaux de France et de Navarre ! L’art de manipuler les autres et de faire croire à son talent fictif, est-ce aussi du talent, quand bien même cette vocation soit plus travaillée, plus tardive, plus artisanale, et plus volontariste, que véritablement innée ? Si certains veulent y croire dur comme fer et applaudir aveuglément à l’intention et au mérite, à la flagrance queer, moi je n’y crois pas du tout. Copi, à mon sens, est un « artiste raté ». Un artiste raté réussi, c’est vrai, mais un artiste raté quand même ! Un chanceux plus qu’un talentueux. Il y en a, des comme ça, qui passent par les mailles du tamis de la célébrité. Mais ne nous excitons pas sur leur compte : c’est par accident (et parce qu’ils font un moment recette) qu’ils jouent dans la cour des grands ; non par une manœuvre maîtrisée et la reconnaissance méritée d’un réel talent. Je le dis sans peur ni aigreur personnelle.

 

ARTISTE 11 Kang Jus de culture

B.D. « Kang » de Copi


 

Copi a cultivé toute sa vie le double jeu, la contrefaçon. Déjà, à l’âge de 10 ans, on le découvre plagiaire du poète Lorca alors qu’il se voit offrir une bicyclette pour son beau poème. Par la suite, artistiquement, sa vie de jeune artiste fils-à-papa commence très bas : il erre dans les rues de Paris, et vend ses collages sur le Pont des Arts ou à la Coupole. Il est le père de La Femme assise, bande dessinée publiée dans le Nouvel Observateur, et connaît une petite notoriété dans les années 1960 grâce à elle. Touche-à-tout du milieu artistique, il collabore avec le monde de la publicité (« Perrier c’est fou ! », c’est lui). Il devient l’auteur de quelques romans et de pièces de théâtre telles que La Tour de la Défense ou Eva Perón, passées à la postérité bien après sa mort, notamment grâce au metteur en scène Marcial Di Fonzo Bo. Quand Copi meurt en 1987, pas une ligne ou presque n’est traduite dans son pays.

 

ARTISTE 21 Femme assise Mauvais roman

B.D. « Femme assise »


 

Aujourd’hui, on déroule le tapis à l’œuvre de Copi, parce qu’il est l’un des premiers artistes homosexuels connus à être frappés violemment par le Sida, et que son franc-parler est irrévérencieux et d’une violence incroyable… mais il semblerait que notre intelligentsia artistique actuelle ait la mémoire courte : si on ne regarde que le public – qui, contrairement à ce qu’essaient de nous faire croire les adulateurs snobinards de Copi – est le principal roi à servir par les comédiens, et le meilleur juge d’une œuvre artistique, si on sort des considérations purement intellectualisantes d’artistes se flattant entre eux, on voit très bien que peu de spectateurs ressortent rassasiés par l’œuvre de Copi. Soit ils quittent précipitamment la salle (rappelons le tollé qu’a suscité la représentation de La Tour de la Défense au théâtre Fontaine de Paris, en 1981 ; ou bien le merveilleux flop de la version italienne de Loretta Strong au Théâtre Gerolamo de Milan ; ou encore les vives réactions au sein de la rédaction de Libé et parmi les lecteurs quand Copi a commencé à déraper avec son personnage de B.D. transsexuel « Libérette »…), soit ils s’emmerdent, soit ils ressortent choqués… et pour ne pas passer pour des cons, ils disent qu’ils ont adoré (ceux qui détestent n’ont pas trop l’énergie de chercher à dire pourquoi). Et pour cause ! Copi se fout bien de son public : « Je ne regarde jamais le public, cela me ferait retomber sur terre. » dit-il dans l’article « Copi lit sa copie, c’est du joli » de Jean-Jacques Samary, au journal Libération du 5 novembre 1994) Sinon, il lui offrirait davantage de qualité et de contenu dans ses œuvres !

 

ARTISTE 20 Copi Rien

B.D. « Femme assise »


 

Alors que le vrai artiste est toujours un chercheur de Vérité, Copi, lui, envisage le chemin de la Vérité comme une prétention. Par exemple, il présente son roman La Cité des rats (1979) comme un banal manuscrit qui n’a pas été écrit pour être publié et qui est retrouvé par hasard. Selon l’auteur, c’est une manière « d’innocenter la personne qui raconte, en ce qui concerne ses prétentions littéraires. Parce que rien n’est plus ridicule que les prétentions littéraires chez un personnage de fiction. » Copi préfère se cantonner à la médiocrité, à produire un « théâtre du pauvre » (cf. article « Entretien avec Michel Cressole : Un mauvais comédien, mais fidèle à l’auteur » (1987) de Michel Cressole dans Libération)… comme ça, pas de risque de tomber de haut ! Dans la pièce Cachafaz (1993), par ailleurs, le héros essaie d’écrire un tango et soutient « qu’il sent venir l’inspiration », alors que Raulito lui rétorque qu’« il ne sait même pas écrire ». Dans les créations de Copi, les personnages jouent même les stars involontaires, ou les écrivains du dimanche : « Je lui ai fait remarquer très poliment que mon succès à la télévision est tout à fait accidentel. » (la voix narrative le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 54) ; « J’avais déjà raté plus d’un roman, j’insistai, et puis je n’avais aucune idée de nouvelle, c’est tout. » (la voix narrative dans la nouvelle « Virginia Woolf a encore frappé », Virginia Woolf a encore frappé (1983), p. 78) ; « Je publiai mon premier roman qu’il adora mais qui n’eut aucun succès. » (la voix narrative en parlant de son éditeur dans le roman Le Bal des folles (1977), p. 9) ; « Est-ce que le lecteur soupçonne que j’oublie ce que j’écris ? En tout cas bon débarras, un roman de plus, une avance de plus. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des folles, p. 155) Les narrateurs de Copi font un livre comme un enfant « a fini » son dessin pour enchaîner sur un autre gribouillis… mais pour eux, ce sera pour un autre cachet : « Qu’est-ce que tu écris vite, me dit-il [l’éditeur]. Un roman en une semaine ! En effet, ça fait juste une semaine que j’ai commencé. Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Je n’en sais rien, je vais me mettre à dessiner, j’écrirai peut-être une autre pièce. Avec les 5000 francs qu’il me donne je partirai me reposer une semaine à Rome, j’ai envie de me balader. » (la voix narrative du roman Le Bal des folles, p. 163)

 

ARTISTE 8 Kang fric

B.D. « Kang »


 

Copi semble davantage attiré par l’argent qu’il peut se faire sur le dos de son statut d’exilé politique argentin persécuté par la junte militaire de son pays d’origine (l’Argentine, c’est « in » = l’argent-« in ») ou de son originalité homosexuelle, que soucieux de produire de la qualité. Déjà, dans toutes ses œuvres, l’obsession pour l’argent saute à la figure : cf. les B.D. Kang (1984), la Femme assise, l’Acte 2 de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986). Et puis certaines répliques de personnages ne trompent pas : « Nous sommes inondés de chèques ! » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne, 1986) ; « Je n’ai plus l’âge de présenter des modes de plage ! Mon éditeur attend mon manuscrit depuis l’année dernière ! Je ne suis le mannequin que vous avez connu, je suis devenue écrivain ! Comment qu’est-ce que j’écris ? Mes mémoires ! Qu’est-ce que j’ai d’autre à écrire ? En plus, je vis de ça, des avances de mon éditeur ! » (« L. » à Hugh dans la pièce Le Frigo, 1983) Par exemple, dans le roman La Cité des rats, la figure de Copi-Traducteur ne rêve que de mettre « le chèque de son éditeur dans sa poche » (p. 156). Copi, en bon intrus complexé, n’est pas dupe sur son succès : il comprend inconsciemment qu’il est reconnu non pas tant pour son talent que pour son étrangeté sexuelle et étrangère, celle qui amuse teeeeellement la bourgeoisie parisienne, qui le rend si « typique » et « folklorique » : « Je vais te présenter en ville comme un jeune artiste qui débarque d’un pays exotique. » (« L. » au Rat dans la pièce Le Frigo) ; « Je suis un mauvais comédien, mais je suis fidèle à l’auteur. » (Copi affirmant qu’il ne voit pas quelqu’un d’autre que lui jouer dans sa pièce Le Frigo, cité sur l’article « Entretien avec Michel Cressole : Un mauvais comédien, mais fidèle à l’auteur » de Michel Cressole, 1987) Mais Copi, sûrement par arrivisme, et pour ne pas contredire ses quelques fans, s’est lui-même servi de l’excuse de la différence culturelle pour gravir les marches de la gloire et de l’argent sans trop d’effort (et beaucoup de drogue !) : « Je ne suis pas un romancier à la façon française ou tout autre ; je ne suis pas non plus un écrivain d’Apostrophe et, si j’ai participé à cette émission une fois, c’est parce que je suis latino-américain. » (Copi, La Quinzaine littéraire, 16 janvier 1988)

 

ARTISTE 24 Copi fric

B.D. « Kang »


 

Copi ne cache absolument pas son arrivisme et le fait qu’il se laisse téléguider par son époque. Son but est d’être l’ère du temps : « J’ai le Sida. J’attrape toutes les modes. » (Copi s’adressant à Facundo Bo, et cité dans l’essai Le Rose et le Noir, les Homosexuels en France depuis 1968 (1996) de Frédéric Martel, p. 479)

 

ARTISTE 12 Copi mode

B.D. « Kang »


 

Le but de Copi n’est pas de porter son œuvre, d’y exprimer un Essentiel universel. Il l’abandonne comme une malpropre, accouche sous X. « Lorsque j’écris un roman […], il s’écrit presque tout seul, après quoi je l’oublie, car je ne garde pas en mémoire mes romans. » (Copi dans l’article « Copi : ‘Je suis un auteur argentin même si j’écris en français.’ » de Raquel Linenberg, journal La Quinzaine littéraire du 16 janvier 1988) « Toute création étant hasardeuse » (le Dieu des Hommes, dans le roman La Cité des rats, 1979), la technique « artistique » de Copi repose essentiellement sur l’écriture automatique (les répétitions phoniques automatiques, les associations de mots par sonorité, les calembours faciles, les interjections, les cris, les injures, les rimes décontextualisées, les improvisations, les happening… même si le dramaturge dira qu’il vomit les happening et qu’il n’en fait jamais).

 

ARTISTE 14 Copi Ygrèque

B.D. « Kang » de Copi


 

Chez Copi, il n’y a pas à proprement parler d’Art (ars en latin signifie « savoir-faire ») mais plutôt un « ignorer-faire ». Ses sources d’inspiration sont gangrenées de culture télévisuelle de bas étage et de presse people : « Je commence mon deuxième projet de roman. Rien que des images de la télévision italienne me viennent à la tête. Je n’avance guère. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des folles, p. 145) L’Eva Perón de Copi est d’ailleurs comparée à « une Lady Macbeth de soap bon marché » (cf. l’article « L’Eva Perón de Copi au Chili » de Maia Bouteillet, dans le journal Libération du 26 janvier 2001). Dans ses romans, on a l’impression de lire du Guillaume-Dustan-racontant-ses-courses-au-Monop’ avant l’heure : « Je rentre chez moi en zig-zag […] j’ai sommeil, je me fais un viandox […] Je décide de me coucher […] Je rentre dans la chambre. » (la voix narrative du roman Le Bal des folles, p. 37) Copi écrivait d’un trait. Alfredo Arias, son confrère argentin, nous dit bien qu’« il n’aimait pas se corriger. » Et c’est quand on regarde vraiment son écriture, sans idées préconçues, que la lumière se fait. « Il faut bien écouter le texte. Il est d’une pauvreté sans pareille, émaillé de grossièretés arbitraires. Comme si cela ne suffisait pas, les interprètes émettent par instants des cris inarticulés, des grognements, éructations, hurlements ou barrissements tels que l’on se croirait au zoo… En fin de compte, tout cela ne veut strictement rien dire. » (Maurice Rapin parlant de la pièce Eva Perón dans le journal Le Figaro, le 7 mars 1970) C’est pour cela qu’il est si facile de jouer du Copi, que ses pièces sont la manne des troupes amateur actuelles et des jeunes compagnies théâtrales qui sortent des Cours Florent. En effet, les comédiens ne sont pas obligés de coller au texte pour interpréter les pièces de Copi : même les trous de mémoire, les changements de texte, les impros, peuvent passer pour des reconstitutions fidèles du langage inénarrable du « génie révolutionnaire » du dramaturge.

 

ARTISTE 16 Copi Livre blanc nul

« Livre blanc » de Copi


 

Ce que fait Copi, c’est de l’art inversé, ni plus ni moins. Par exemple, dans le roman La Cité des rats, il explique très clairement que ses célèbres rats sont les allégories anagrammiques d’un art corrompu, travesti (cf. l’écriteau « RATS = ARTS »). On retrouve le même écho dans le dialogue entre « L. » et son Rat dans la pièce Le Frigo (1983) : « Hé bien, c’est ça l’art, mais on ne prononce pas ‘rat’, on prononce ‘art’. » Copi a tout de l’artiste « RATé » (même son gratte-papier de La Cité des rats s’appelle « Gouri » ! Ça ne s’invente pas !)

 

ARTISTE 19 Copi Fadaise femme assise

B.D. « Femme assise » de Copi


 

J’irai même plus loin en disant que l’« art » de Copi a pour but de détruire l’art même : « C’est le théâtre que je tue ! » déclame sa femme de ménage Madame Lucienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986). Les pièces de Copi sont généralement servies par une remarquable économie de moyen. Son théâtre n’est guère différent de son œuvre picturale, où prédomine la simplicité du trait. Côté bande dessinée, objectivement, même les dessins de Copi ne sont pas bien dessinés. Il a un mauvais coup de crayon, pas de technique, une mauvaise couleur, ils racontent des histoires parfois incompréhensibles. « On a cru assez longtemps que Copi dessinait parce qu’il ne savait pas écrire. Cette idée saugrenue empêchait de voir que Copi qui, en effet, ne sait pas écrire, ne dessinait pas non plus. » (Michel Cournot, « Des Cris à Montevideo », dans Le Nouvel Observateur, 3 décembre 1973) Tout comme pour le théâtre, on est invité, avec Copi, à un Concert du Vide, que même les amis de « l’artiste » ont bien du mal à défendre : « La conversation s’engage. Une conversation pleine de trous. Parce que, quand l’interlocuteur a envoyé sa réplique, s’ensuivent deux ou trois dessins où ça ne cause pas. […] On voit bien que ça pense, là-dedans. Copi a des silences éloquents, dirai-je. […] Déconcertant, voilà. Copi est déconcertant. » (Cavana parlant de la B.D. La Femme assise, 1988) Copi, selon René de Ceccatty, aurait même le génie de faire exprès d’être mauvais… (Si c’est pas géant, ça !) « Il y a peut-être dans l’arbitraire des rimes et du rythme des vers un équivalent de l’abstraction du dessin. Copi, comme chacun sait, était un faux-mauvais dessinateur. Il imitait l’hésitation du trait des enfants. Mais des détails qui ne trompaient pas indiquaient la maîtrise de l’expression. De la même manière, dans Cachafaz (comme il l’avait fait en français dans les Escaliers du Sacré-Cœur), il imite les ritournelles de l’opérette et les duos d’amour de l’opéra, les tirades tragi-comiques et les apartés mélodramatiques. Mais ce n’est pas pour autant une farce. Car à travers les excès de la situation théâtrale et sous le flots de sang, Copi avait en tête, aussi, un certain tableau social. » (Copi, Cachafaz (1993), p. 7) Quand on ne sait pas comment défendre un auteur, on lui invente des intentions militantes, on politise son œuvre, et le tour est joué !

 

ARTISTE 17 Copi Monde fantastique Goncourt

B.D. « Le Monde fantastique des gays »


 

La nudité (dans tous les sens du terme : rares sont les fois où on ne voit pas un comédien entièrement à poil dans les pièces copiennes) et la nullité de l’œuvre de Copi ont tout pour ravir les troupes de comédiens bobos, les artistes de seconde catégorie qui veulent « s’éclater » ensemble, se donner une image à la fois branchouille, incorrecte, révolutionnaire, MAIS professionnelle quand même. Avec Copi, c’est les copains d’abord. Comme l’explique Myriam Mezières, une de ses anciennes partenaires de scène, son théâtre permet de « militer tout en s’amusant » : « Jouer avec Copi c’était militer pour le pur plaisir. Ça tenait des jeux d’enfants. » (cf. la biographie Copi (1990) de Jorge Damonte, p. 71) Quand les défenseurs de Copi (= ses amis intimes) ne tarissent pas d’éloges pour son œuvre et son humour, on se demande toujours s’ils ne confondent pas les pièces et les romans qu’ils ont vus de lui avec les souvenirs de bringue vécus dans la sphère du privé : « Je me souviens de tant de verres bus ensemble, de tant de rencontres ratées dans mon bureau, du jeu compliqué passionnel et familial de nos rôles d’éditeur et d’écrivain. » (Christian Bourgois, dans la biographie Copi (1990) de Jorge Damonte, p. 6) La critique la plus lucide que j’ai lue sur le théâtre de Copi (et croyez-moi, ils sont rares, les articles qui n’encensent pas Copi, dans la presse d’aujourd’hui !), c’est celle du journaliste Gilles Sandier, qui ne se laisse pas du tout impressionner par l’épate-bourgeois qu’est l’œuvre du dramaturge argentin : « On dira que Grand-Guignol et folinguerie sont les masques de la pudeur de Copi. Soit. L’ensemble cependant, drame compris, constitue une amusette assez anodine, même si elle peut scandaliser encore quelques boétiens attardés. Cette amusette, drôle au début, ensuite s’éternise et s’appesantit. Elle ressortit au genre du théâtre pour copains, celui qu’on fait entre soi, dans le grenier, les soirs de nouvel an précisément. Mais on éprouve quelque gêne aussi à voir les homosexuels, au théâtre comme à la ville, non seulement se complaire à leur propre dérision (que les bien-pensants charitables diront « émouvante » ou tragique) mais surtout se conformer à l’image que les autres se font d’eux : des monstres assez dérisoires. Ces minauderies sophistiquées, ces hanches tortillées, ces piaillements appliqués, assortis de la drogue, de l’hystérie et de l’infanticide – avec tout l’humour noir qu’on voudra, celui qu’on reconnaît volontiers à Copi – n’amusent que deux sortes de gens : les copains et les poujadistes. Cela fait, il est vrai, de nombreux Français. » (cf. Gilles Sandier, « La Tour de la Défense de Copi : La Cage aux folles version rive gauche », dans Le Matin de Paris, le 26 novembre 1981)

 

ARTISTE 18 Copi Monde Fant Nègre

B.D. « Le Monde fantastique des gays »


 

S’il était encore vivant, Copi verrait certainement d’un très mauvais œil que je puisse porter un jugement de valeur sur son œuvre, et que je le présente comme un imposteur artistique, puisque pour lui, l’« Art » est incritiquable, et l’artiste est un demi-dieu (… camé et fumeur de marijuana) : « Je déteste l’introspection. Pourquoi jeter en pâture ce qui est au tréfonds de nous ? Cela tient généralement de la poubelle. La forme dramatique se suffit à elle-même. » (Copi par rapport à sa pièce Le Frigo, dans l’article « Au Festival d’Automne : Copi sur le ring », journal Le Figaro, le 8 octobre 1983) Il montre patte blanche et se désolidarise de toute forme d’intentions, comme si ses œuvres s’étaient créées toutes seules, sans lui : « Le théâtre est encore l’un des derniers arts où on réussit à faire scandale. Si je le recherche ? Non. Je n’ai ni perversité ni volonté de me venger de qui que ce soit. Je ne m’inspire de rien. Le Frigo est un spectacle avant tout visuel. […] Mon spectacle ne propose aucun symbole érotique. » (idem) Mais désolé, à moi, en tout cas, on ne la fait pas ! Toute création artistique a un sens (et plusieurs lectures pour tendre à ce sens, aussi imparfaites et innombrables soient-elles !) ; et si ses auteurs ne veulent pas qu’il y en ait un, c’est qu’elle en a un d’autant plus violent !

 

ARTISTE 23 Copi Cannes

B.D. « Kang » de Copi


 
 

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Code n°15 – Attraction pour la « foi » (sous-codes : Bouddhisme / Faux croyants / Religiosité de bazar / Églises « protestantes »)

attraction foi

Attraction pour la « foi »

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Le Pharisianisme rainbow

 

« On ne croit plus en Dieu mais on fait comme si. » (Philippe Muray, Festivus festivus, 2005)

 

Foi, ça vient de « fides » en latin, qui signifie « fidélité ». À partir de là, comment peut-on croire la majorité des personnes homosexuelles quand elles soutiennent mordicus qu’elles ont la foi (voire encore plus que les cathos pratiquants) alors même que tous les sondages et les discussions interpersonnelles prouvent qu’elles ne croient pas en la fidélité, en l’amour unique et éternel d’une vie, et encore moins en l’Église-Institution catholique ? (cf. Une étude BienEtreGay et le club TBM, réalisée auprès d’un panel de 1500 hommes gays en France – dont 16,4% interviewés sont en couple – en 2011, montre que 75% des gays ne croient pas au couple et à la fidélité) Bien entendu, seul Dieu sonde les cœurs et appelle chacun là où il est. Mais cela requiert un minimum de liberté, de choix et de cohérence. Dieu ne s’imposera jamais à nous.

 

Quand l’être humain cherche à aimer Dieu sans les hommes qui vont avec, ou bien les Hommes sans Dieu qui va avec, parce qu’il ne croit pas en l’hallucinante incarnation de Dieu en Jésus, il se coupe ET de Dieu ET des Hommes, pour devenir un pharisien, un croyant révolté ou planant. Les membres de la communauté homosexuelle, de par leur rejet quasi généralisé de l’Église-Institution catholique (= l’Incarnation et le prolongement même de Jésus), et de par leur déni du Réel et des Hommes (la plupart d’entre eux n’accueillent pas, une fois qu’ils se mettent en couple homo ou en recherche de couple, le roc principal du Réel qu’est la différence des sexes), deviennent alors, quand ils rentrent sincèrement dans une pratique religieuse occasionnelle, des parodies de croyants, ayant une foi superstitieuse et sensibleriste qui part dans tous les sens (cela peut aller de l’extase panthéiste dénuée de sens, au relativisme spirituel mettant toutes les religions sur le même plan, à l’animisme, à la sorcellerie, à l’occultisme, à l’idolâtrie pour l’art, à la voyance, à l’adhésion à une secte, à la création d’une Gay Church, au louvoiement avec les protestantismes modérés, à une religiosité matinée de psychologie, à l’art de vivre New Age ou bio, à la « bobo spiritualité » sans Dieu ni maître, en passant par la confusion entre art et foi ou entre sexe et foi, etc.), foi qui se retourne généralement violemment contre Dieu et contre les vrais croyants – jugés « hypocrites » et « prétentieux » – au moment où on s’y attend le moins. Les ennemis de l’Église sont bien à l’extérieur (le vers n’est pas dans le Fruit), mais le plus souvent, jouent à (se) faire croire qu’ils sont à l’intérieur (cf. je vous renvoie aux codes « Blasphème » et « Curé gay » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) et qu’ils sont même plus authentiques que les « pratiquants officiels ».

 

Comme la majorité des personnes homosexuelles, par peur de renoncer à certains actes et plaisirs de la chair auxquels leur désir homosexuel les appelle, n’obéissent pas concrètement à Dieu et à son Église, elles s’inventent des dérivatifs, des rituels vaguement religieux, des associations d’obédience chrétienne ou spirituelles (club de massage, groupes de parole, club de rencontres où l’on « prie Jésus », etc.) ou des couples dans lequel le nom de Dieu est invoqué, mais de manière suffisamment « light » pour que les modes de vie homosexuelle et les amours ne soient pas remis en cause.

 

Or, pour être un croyant authentique, l’important n’est pas de s’époumoner en criant vers Dieu, des larmes plein les yeux, « Seigneur ! Seigneur ! Je crois en Toi ! Je t’aime et je prie ! » sans bouger de son siège, mais d’aller concrètement vers Lui, de suivre Ses commandements, et de L’aimer non seulement Lui mais aussi à travers toute son humanité institutionnelle, communautaire, exigeante, fragile, défaillante, hypocrite parfois, infidèle parfois, incarnée, apostolique, catholique et romaine, bref, ecclésiale. Dieu ne se trouve pas que dans les étoiles ! Celui qui dit qu’il aime Dieu, qu’il est croyant, et qu’il aime les Hommes sans être pratiquant et sans aimer l’Église-Institution (y compris le Pape, les prêtres, et les fidèles catholiques), celui-là, j’ai maintes fois l’occasion de le constater, est un rêveur misanthrope, un menteur, un hypocrite, un faux humaniste, et un faux croyant. On n’est véritablement croyant que si on est pratiquant, et qu’on a choisi sa préférence confessionnelle. Non, je regrette, toutes les religions ne se valent pas. Ce n’est pas parce que beaucoup d’entre elles sont des reflets bénéfiques du Soleil que toutes Le laissent passer pareil/au mieux, et que le Soleil cesse d’être Un à travers l’une d’entre elles en particulier. Le problème est que beaucoup de relativistes religieux (prophètes de leur idée d’« œcuménisme » et du « dialogue inter-religieux ») diabolisent la préférence, en la présentant comme un fondamentalisme qu’elle n’est pas (tendre et croire en LA Vérité unique n’est certainement pas prétendre La détenir ; et choisir une religion en particulier, parce qu’on la juge meilleure, n’est pas exclure ni mépriser toutes les autres), parce qu’en réalité ce sont eux les fondamentalistes – de la neutralité, du non-choix – et qu’au fond ils souhaitent justifier leur propre dispersion et leurs fantasmes inavoués de possession de la Vérité.

 

La clé, pour une personne homosexuelle, pour s’accepter telle qu’elle est vraiment, en prenant en compte son désir homosexuel tout en restant fidèle à Dieu et à l’Église, c’est la continence. L’Église catholique la demande. Toutes les personnes homosexuelles que je connais qui ne la vivent pas, et qui restent dans l’illusion d’un parfait compromis, d’une solution intermédiaire (= « Je peux mettre Dieu au centre de mon couple, sans que ça n’altère ni mon amour pour mon conjoint, ni mon amour pour Dieu et son Église »), finissent par mettre l’Église-Institution à la trappe ou en veilleuse, par ne plus rayonner pleinement, et par être déchirées intérieurement. Personnellement, j’ai essayé, à une période de ma vie, de vivre ce « moyen terme » entre vie de couple homosexuel et vie de foi. Et je me suis rendu compte que, autant la reconnaissance de son désir homosexuel me paraît totalement compatible avec le don entier de sa personne à Dieu et au catholicisme, autant le désir homosexuel actualisé sous forme de couple ou de désir de couple n’est pas compatible avec l’accueil plein de l’Amour de Jésus. On ne peut pas servir deux maîtres. À un moment donné, il faut choisir, et mettre l’Église catholique et Jésus en premier !

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Blasphème », « Se prendre pour Dieu », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Curé gay », « Magicien », « Planeur », « Voyante extralucide », « Milieu homosexuel paradisiaque », « Artiste raté », à la partie « Sorcières » du code « Carmen », et à la partie « Bourgeoise-prostituée rentrant dans une église » du code « Bourgeoise », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Foi et homosexualité ont l’air de faire bon ménage :

Film "Avril" de Gérald Hustache Mathieu

Film « Avril » de Gérald Hustache Mathieu

 

Beaucoup de fictions traitant d’homosexualité abordent directement la question de la religion. En effet, un certain nombre de héros homosexuels montrent un attrait pour la « chose religieuse » : cf. le film « A Very Natural Thing » (1974) de Christopher Larkin (avec l’ex-séminariste homosexuel), l’opéra Litanies à la Vierge noire (1936) de Francis Poulenc, la B.D. Journal (1) (1997) de Fabrice Neaud, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le roman Moïra (1950) de Julien Green, le roman A Visitation Of Spirits (1989) de Randall Kenan, le film « Nos Vies heureuses » (1999) de Jacques Maillot (avec le héros homosexuel qui part aux JMJ et qui s’engage au Secours Catholique), le film « Bloody Mallory » (2002) de Julien Magnat, les chansons « Post Vacant » et « Ave Maria » de David Jean, la chanson « Prière païenne » de Céline Dion, le film « Nazarín » (1959) de Luis Buñuel, le film « L’Homme de désir » (1969) de Dominique Delouche (avec le personnage d’Étienne), le film « Maurice » (1987) de James Ivory (avec le personnage homosexuel de Maurice, déchiré entre sa foi et son homosexualité), le film « Sacré Cœur ! » (2008) de Baptiste Lamy, le film « Innocenti » (2008) de Jean-Baptiste Erreca, le film « Alleluia » (2008) de Stéphane Marti, le film « Molinier Is My Revolution » (2008) de Tom de Pékin, le film « Miracle de la chute » (2008) de Denis Guéguin, le film « Makwan, une lettre du paradis » (2008) de Roberto Malini et Dario Picciau, le film « Dev’nir prêtre » (2008) de Mino D.C., le film « Nue jamais » (2008) d’Awatef Fettar, le film « Marie » (2007) de Pascal Lièvre, le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine (avec le couple Fabrice/Bruno qui se rencontre pour la première fois dans une église), le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa (avec Steven qui fait du chant gospel), la pièce Cachafaz (1993) de Copi (avec Raulito en « homme-bonne-sœur »), le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, le film « 7e ciel » (2013) de Guillaume Foirest, le film « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls (avec le héros nu sous la douche, et qui porte une croix du Christ), le one-man-show Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau (où Bénureau chante le Christ-Roi), le vidéo-clip de la chanson « Perfect World » de Gossip, le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon (avec Paul, le héros homo, faisant preuve de piété dans une église), le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco (avec Jézabel, l’héroïne bisexuelle born again), la série Chappelle’s Show (2003) de Neal Brennan, le vidéo-clip de la chanson « Take Me To Church » d’Hozier, la chanson « Prière » de Mylène Farmer, le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion (avec le chœur de pédales chantant « Alléluia »), etc.

 

"Priscilla, folle du désert" de Stephan Elliott

« Priscilla, folle du désert » de Stephan Elliott

 

Par exemple, dans le film « Mon arbre » (2011) de Bérénice André, Marie, la « fille » de deux couples homosexuels, vit une dévotion mystique précoce pour la Vierge : elle voit des apparitions mariales dans sa chambre (d’ailleurs, sainte Marie a parfois des réactions de mère-fouettarde autoritaire), va à Lourdes, demande le baptême. Dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, Marie-Muriel est la caricature vivante de la grenouille de bénitier bourgeoise, coincée et sotte : elle chante « Jésus revient. » Et Max, le campeur homosexuel, a des visions mystiques : il voit la Vierge en Marie-Pierre, aperçoit Moïse et saint Pierre. Le roman Jours de mûres et de papillons (2014) de Marie Evkine, la narratrice lesbienne se retire dans un monastère. Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, Adineh l’héroïne transsexuelle F to M prie le chapelet musulman. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, a pour amant Palomino Cañedo, un instructeur en étude comparative des religions. Ce dernier va lui proposer de le sodomiser, de mettre en place « une cérémonie d’initiation ». Dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch (2015), Fabien, le héros homosexuel, fait résonner l’Alleluia de Haendel au moment de son coming out. Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018, Arthur, le héros homosexuel, chante du gospel en faisant la tournée des églises. Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Éric, le héros homo, chante à la chorale de son église protestante américaine. Il possède un cadre de Jésus au-dessus de son lit, que Lily, une de ses meilleures amies, trouve « sexy ». Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Xavier, héros homosexuel très efféminé, porte en pendentif une croix du Christ.

 

Les grenouilles de bénitier frustrées et superstitieuses ne manquent pas dans la fantasmagorie homosexuelle : cf. le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, le film « Nazarín » (1959) de Luis Buñuel, le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache, le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick, le film « La Ley Del Deseo » (« La Loi du désir », 1987) de Pedro Almodóvar (avec le personnage très dévot de Tina), le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar, la chanson « I Have A Dream » du groupe ABBA (« I believe in angels… »), etc.

 

Vidéo-clip de la chanson "Perfect World" de Gossip

Vidéo-clip de la chanson « Perfect World » de Gossip

 

Le héros homosexuel formule plus souvent qu’on ne pourrait le penser sa profession de foi à Dieu : « Je crois en toi, Dieu ! et je sais que tu crois en moi ! » (Claude dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; « Libérée de ce passé, elle [Gabrielle, l’héroïne lesbienne] s’aperçoit qu’elle croit encore aux miracles : retour de vigueur, espoir insensé. Elle croit à la naissance d’autres mots, d’autres émois. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 124) ; « There was a time that I pray to Jesus Christ. » (cf. la chanson « Mother & Father » de Madonna) ; « À l’époque, j’étais puceau et mystique. Je récitais des chapelets, à genou en prière. » (Guillaume, le héros homosexuel, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset) ; « J’ai très bien connu Michael… bibliquement. » (Guillaume parlant de son amour de jeunesse à 15 ans, idem) ; etc.

 

Dans le biopic « Noureev, le Corbeau blanc » (2019) de Ralph Fiennes, Rudolf Noureev, le danseur et chorégraphe homosexuel, en visitant la Sainte Chapelle de Paris, déclare : « J’aimerais vivre ici. » Son ami Pierre lui dit que c’est impossible : « Rudi, ce n’est pas si simple de vivre dans une église… » Mais Noureev insiste : « Je suis sérieux. ».
 

Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, le père Raymond, pourtant catholique, est en faveur de l’ordination des femmes. Et son « couple homo » (Bryan et Tom) de paroissiens cherche à le faire fléchir pour qu’il les marie… ce qu’il finira par faire : « C’est l’Amour de Dieu qui est là entre deux êtres qui s’aiment. ». Les héros homosexuels de cette pièce essaient de faire « évoluer » l’Église et d’avoir le beurre et l’argent du beurre : « Il s’agit d’une transition nécessaire. » ; « J’aime l’Église et je suis amoureux de Bryan. » (Tom) ; « On ne peut pas rajouter quelque chose à l’obéissance ? » (Tom ne parlant pas d’annuler l’obéissance à l’Église) ; etc. Ils sont même présentés/se présentent comme des croyants plus authentiques que les croyants traditionnels : « Bryan est le meilleur catholique que j’aie jamais rencontré ! » (Irène, la sœur gay friendly de Bryan, s’adressant au père Raymond) ; « J’avais tout organisé : l’avenir de l’Église. » (Bryan se prenant pour le pape) ; « Comme vous savez, on est tous les deux très croyants. On va à la messe tous les dimanches. On est des catholiques à la carte… » ; etc. Ils voient le coït homosexuel comme une célébration tout aussi catholique que les sacrements : « Pour Bryan, faire l’amour, c’est le huitième sacrement. » (Tom parlant de son amant « catho » avec qui il couche) ; « Je pense que faire l’amour c’est le huitième sacrement. » (Tom s’adressant au père Raymond) ; etc. À la fin, quand Tom met sa foi au second plan par rapport à l’acte homo, il fait son mea culpa auprès de Bryan : « Tu me pardonnes d’avoir cru en l’Église plus qu’en toi ? »
 
 

b) La religiosité de bazar : adolescente, superstitieuse, sectaire

Film "Entre Tinieblas" de Pedro Almodovar

Film « Entre Tinieblas » de Pedro Almodovar


 

Mais cette attraction vers la foi, observable chez beaucoup de personnages homosexuels, semble très passionnelle, excessive et éphémère. « Il était très vrai que les invertis étaient souvent religieux, mais aller à l’église était chez eux une forme de faiblesse ; ils devaient se faire, d’eux-mêmes, une religion s’ils en ressentaient un véritable besoin. Quant aux bénédictions, elles ne profitaient sans doute qu’aux églises et, pour le reste, n’étaient qu’affaire de superstition. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 532) ; « L’horoscope, ça ne peut être que moi. » (Yoann, le héros homosexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Moi, j’y crois, aux signes ! » (Carole, l’héroïne lesbienne supersticieuse, dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini) ; etc. Ils se donnent l’illusion qu’ils suivent à la lettre les commandements de la Loi évangélique, mais il leur manque l’Esprit de gratuité, un peu à l’image du jeune homme riche de la Bible qui obéit scolairement aux commandements de Jésus sans Lui donner entièrement sa personne. Par exemple, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, Fabien adopte une vision superstitieuse et clientéliste de l’Église catholique : il la prend pour une « grande magicienne » (p. 132) : « Sa vie était pure, mais d’une pureté aride et revêche, excluant toute charité […] » (p. 139) Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien, l’un des héros bisexuels, se dit pathologiquement superstitieux : « Je suis superstitieux. Dorénavant, il va falloir que je passe sous ce putain d’échaffaudage pour sortir de chez moi ! » ; « C’est pathologique chez moi. C’est ma mère qui m’a refilé cette superstition, avec son théâtre ! » Il croit aux horoscopes. Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Marcy, l’héroïne lesbienne, fait une lecture très personnelle et intéressée de la Bible en reprenant à son compte les Dix Commandements pour leur faire dire n’importe quoi ; et dès qu’elle a un souci, elle considère la Bible comme son prozac : « Vite ! Ma Bible ! » Dans son roman La Cité des Rats (1979), Copi propose une version totalement revisitée de la Genèse (p. 88). Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon présente son stand-up comme un « mestacle », c’est-à-dire un mélange entre « messe » et « spectacle ». Dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, Mona, femme lesbienne mariée, va voir une rebouteuse pour avoir un enfant.

 

Bien souvent, le héros homosexuel a un rapport de consommateur possessif, d’esthète, par rapport à Dieu : « J’attends Dieu avec gourmandise. » (la voix narrative du poème « Une Saison en enfer » (1873) d’Arthur Rimbaud) ; « Laurent est plus fidèle à son coiffeur qu’à la messe. » (cf. le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; etc. S’il n’est pas rassasié tout de suite par Celui qu’il appelle son « énergie vitale », il panique. Il change très vite de crémerie dès qu’il n’obtient pas les miracles visibles instantanés qu’il a réclamés. Il se raccroche fiévreusement à des signes spectaculaires qu’il trouve dans les sciences occultes, les superstitions populaires, la magie noire, la sorcellerie, l’astrologie : « Je suis superstitieux ? Superficiel ?? Je sais. » (le héros homosexuel métamorphosé en vitre, dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont) ; « Je suis très superstitieux. » (Frankie, le héros homosexuel du film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson) ; etc.

 
 

Khalid – « Tu me connais, Omar, je suis un peu superstitieux, un peu bizarre.

Omar – Pas plus que moi.

Khalid – Non, non, je le suis beaucoup plus que toi. »

(Khalid et Omar, les deux amants du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 131)

 
 

Par exemple, dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Angelo, l’un des héros homos (latents), est superstitieux et a peur de la série Paranormal Activity. Dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, Mona, l’une des héroïnes lesbiennes, pratique le spiritisme. Dans son one-man-show Elle est pas belle, ma vie ? (2012), Samuel Laroque exhibe une religiosité syncrétique qui part un peu dans tous les sens… ou plutôt dans le sens de la consommation, de la religion télévisuelle profane, de la superstition (« J’suis tellement dans la merde que du coup, j’suis allé voir une voyante, madame Moufassa. »). Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar adore un marabout qui pratique « la magie originelle » (p. 40). Dans la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks, l’astrologue d’Elisabeth est une grande tapette. Dans le film pornographique « New York City Infierno » (1978) de Jacques Scandelari, un devin/marchand d’encens invite Paul à coucher avec lui : « Vous aimeriez savoir quelque chose sur votre avenir ? » Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, Nono s’est fait tirer les cartes au lycée ; et Vivi pratique les sciences occultes et va voir un marabout « pour se rassurer ». Dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Marie-Ange, l’héroïne gay friendly, mêle prière et psychologie de bas étage. Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, les personnages sont des gardiens, des messagers mystérieux, des esprits : le gardien, la directrice, etc.

 

Beaucoup d’auteurs homosexuels jouent avec les codes de la superstition populaire (les sorcières, la voyante, les chats noirs, les échelles, les miroirs cassés, la numérologie, etc.) : cf. la pièce La Tour de la Défense (1981) de Copi (la scène se passe au 13e étage). Les lieux religieux où se déroulent des apparitions et des miracles non-encore reconnus font les délices de certains artistes homosexuels athées mais en quête de spirituel : cf. la chanson « San Damiano » de Jann Halexander.

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, le héros et maître de cérémonie, Michael, incarne le catho homo déchiré, qui culpabilise tous ses amis homos (parce qu’il les imite amoureusement et sexuellement sans se l’avouer à lui-même), qui « pratique religieusement » comme on va se soulager la conscience de continuer à mal agir parallèlement à la messe dominicale. Il a un discours assez ambigu vis à vis de Dieu : « J’ai trouvé Dieu. » dit-il à l’un de ses amis homos, Donald, qui lui répond : « Ou alors Dieu est mort ? », ce à quoi Michael lui rétorque « Oui, Dieu merci ! ». Harold, son colocataire, lui fait remarquer son incohérence : « Tu ne sais pas dans quel camp tu es. Si on dit un truc religieux, tu critiques. Si on nie Dieu, tu critiques. Tu sembles avoir des problèmes dans ce domaine. Tu ne peux vivre ni avec, ni sans. Tu t’accroches à cette compagnie d’assurances qu’est l’Église. » Michael lui répond : « Oui, je crois en Dieu. S’il n’existe pas, je n’ai rien perdu. S’il existe, je suis couvert. Je suis catho qui pèche la nuit et va à l’église le lendemain. […] Tu es un homme triste et pathétique. Tu es homosexuel et tu ne veux pas l’être. Mais tu ne peux rien y faire. Toutes les prières du monde, toutes les analyses n’y changeront rien. Tu sauras peut-être un jour ce qu’est une vie d’hétérosexuel, si tu le veux vraiment, si tu y mets la même volonté que celle de détruire. Mais tu resteras toujours un homo. Toujours Michael. Toujours. Jusqu’à ta mort. » Michael finit par nous offrir dans les dernières minutes du film une belle crise pédaloïde d’hystérie larmoyante, crise pédaloïde pseudo « catho » (je dis « pseudo catho », car dans les faits, la foi catholique vraiment vécue ne fait absolument pas déprimer par rapport à l’homosexualité : plutôt le contraire !) : « Donald !!! Donald !!! Qu’est-ce que j’ai fait ?? Qu’est-ce que j’ai fait ? Ça commence. L’angoisse. Je la sens. [Les yeux au Ciel] Seigneur, je n’y arriverai pas !! Je vais mourir. Je me sens si mal. » (Michael, icône de la culpabilité catho) Il termine sa soirée d’anniversaire par une messe de Minuit, pour prendre sa dose d’« opium du Peuple » : « Ça chassera peut-être mon angoisse… » Il n’a rien compris de l’Église puisqu’il s’en sert comme une solution-sparadrap sans lui obéir pleinement.

 

Michael et Donald à la fin du film "Les Garçons de la bande" de William Friedkin

Michael et Donald à la fin du film « Les Garçons de la bande » de William Friedkin


 

L’obsession spirituelle pour Dieu entraîne parfois le héros homosexuel à rentrer dans une secte, ou à être en contact avec des gens embrigadés dans des sectes. Les liens fictionnels entre homosexualité et sectes ne manquent pas : cf. la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner (avec les Mormons), le film « Family Fundamentals » (2002) d’Arthur Dong, le film « Prayers For Bobby » (« Bobby : seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy, le film « Hate Crime » (2005) de Tommy Stovall (avec le chrétien extrémiste), le roman My Guru And Myself (1980) de Christopher Isherwood, le film « Kaboom » (2011) de Gregg Araki, le roman Le Contenu du silence (2012) de Lucía Etxebarría, etc. « Il [Le prince Koulotô] était le chef spirituel de deux cents millions d’âmes extrêmement pieuses qui lui faisaient cadeau tous les vendredis de son poids en diamants et d’un oiseau en papier, l’emblème de sa dynastie. » (cf. la nouvelle « Les vieux travelos » (1978) de Copi, p. 93) ; « C’est vrai que ce phénomène [culpabilité par rapport à l’homosexualité] touche beaucoup de Mormons. » (Michael, le héros homo du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « La culpabilité. En général, ça nous prend le dimanche. » (Océane Rose-Marie, l’héroïne lesbienne du one-woman-show Chaton violents, 2015) ; etc. Par exemple, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, l’assistante appartient à la secte Moon. Dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, Smith, le héros homosexuel, est pris pour le Messie, l’Élu, et son père, le Suprême, est à la tête d’une secte hippie underground Le Nouvel Ordre. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Jim, l’un des jeunes héros homosexuels, est très catholique pratiquant ; mais il commence à « sécher » la messe dominicale dès qu’il va nager avec Doyler et tomber homosexuellement amoureux de lui. Le couple homosexuel plus âgé qu’eux, Anthony et Scrotes, essaie de les initier à la vénération d’une religion de substitution, la Phalange sacrée de Thèbes, mythe qu’Anthony raconte à Jim.

 
 

c) La tentation narcissico-pacifico-artistico-égocentrico amoureuse du bouddhisme (« Cause à un arbre ») :

L’attachement du héros homosexuel à une foi consumériste et narcissique anti-catholique prend souvent le visage de l’innocence, du flou artistique world, et de l’envolée lyrique vers le « Cosmos » et les pauvres-du-bout-du-monde : « J’ai prié, même si je ne crois plus en Dieu, mais plutôt à une sorte de grand tout englobant toutes les religions, la sagesse des anciens, le mystère de la vie, la beauté de la nature, la pureté de l’enfant qui naît. » (Cécile, une des héroïnes lesbiennes du roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 136) Par exemple, quand les personnages de Copi prient, ils invoquent le « Dieu du Monde » (Martin dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi).

 

Il est fréquent que le héros homosexuel choisisse l’art ou la Nature comme religions de substitution, comme voies de transcendance où ses émotions égocentriques vont pouvoir « s’éveiller » : « Écrire : c’est un sacerdoce, une entrée en religion. » (le narrateur homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 106) ; « Ma musique est une religion. » (la figure de Wagner dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; etc.

 

Pas étonnant que le personnage homosexuel trouve dans l’individualisme « universaliste », « humaniste » et coloré du bouddhisme – la « Religion de l’Ego » par excellence, la spiritualité de l’extinction du désir, de la liberté, de la notion de vie éternelle et unique – un nouveau moyen de se vouer un culte à lui-même sous prétexte de s’ouvrir aux autres. Le bouddhisme zen est pratiqué par de nombreux héros homosexuels : cf. la pièce L’Anniversaire (2007) de Jules Vallauri, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (avec le personnage homosexuel de Sébastien), le film « Pas de repos pour les braves » (2003) d’Alain Giraudie (avec le personnage de Basile Matin), le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (avec les héros homosexuels fumant le calumet de la paix, dans une ambiance très New Age), la chanson « Heures hindoues » d’Étienne Daho, la chanson « Zen » de Zazie, la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne (avec Maître Dong, le père spirituel de France, l’héroïne lesbienne), la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, le film « Bouddhi Bouddha » (2012) de Sophie Gallibert, le film « Bouddhi Bouddha » (2012) de Sophie Galibert (avec la séance de méditation bouddhiste qui dérape en sexe lesbien), le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic, etc. « Le bouddhisme, c’est mon dada. » (Olivier, un des héros homosexuels de la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc.

 

Par exemple, le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest présente la réincarnation comme une « réalité » (p. 303) ; et toute l’intrigue repose sur les « réincarnations passées » du peintre Jioseppe Campi. Dans le film « Une Petite zone de turbulence » (2009) d’Alfred Lot, Jean-Pierre pratique le « détachement bouddhiste ». Dans le film « Partisane » (2012) de Jule Japher Chiari), il y a énormément de sculptures bouddhistes dans la chambre de Mnesya : l’héroïne lesbienne fait ses exercices de méditation bouddhiste. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, la théorie du ying et du yang sert à justifier la supposée attraction homosexuelle entre les deux amis Schmidt et Jenko. Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, Orphée est le nouveau Christ des Cités, un peu Jésus, un peu Bouddha (car il parle de « briser le cercle des réincarnations »)… Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Sonia, l’héroïne lesbienne, pratique le taï-chi sur la plage. Dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin, Antoine, le héros homo, dans son boulot de publiciste, est chargé de faire un dossier sur le bouddhisme khmer. Dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, Paul, l’amant de George, suit des cours de yoga. Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le père du héros homosexuel pratique le bouddhisme. Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel allait proposer d’écrire Le Yoga pour les nuls avant de se lancer finalement dans la rédaction des Gays pour les nuls.

 

La louange du bouddhisme par bon nombre de personnages homosexuels rentre dans ce totalitarisme du neutralisme, de l’abandon du désir et de la liberté, de la mégalomanie pseudo minimaliste et pauvre, de l’indifférence à la souffrance des autres et à sa propre souffrance, du relativisme, dont ils se font les orgueilleux porte-parole : « Le bouddhisme, c’est précisément la neutralité. » (Japhy Ryder dans le roman Les Clochards célestes (1963) de Jack Kerouac, p. 75) La glorification du vide, du néant, et des bonnes intentions du libéralisme économique le plus matérialiste et individualiste, en somme.

 

Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi, le héros bisexuel, porte un sweat du Che Guevara, se dit attiré par le bouddhisme et les philosophies orientales. Quant à son ami Damien, il prend des cours de taï-chi… mais il évite de s’entraîner à l’hôpital où il travaille comme infirmier, car ça a rouvert une plaie d’un de ses jeunes patients.
 

Le héros homosexuel ne croit pas, mais « fait comme si ». Parce que ça fait esthétique. « Je ne me définis pas vraiment comme athée. Je dirais que je suis un musulman laïc. Je me sens complètement intégré à la République française, laïque, tout ça pour ça. Mais la religion, c’est un truc trop profondément ancré dans l’histoire de notre civilisation. C’est plus culturel que religieux, en fait. Je pense que je ne crois plus du tout en Dieu, pour tout te dire. En même temps, j’ai gardé comme une nostalgie de ça. Les rites. Les fêtes. La rupture du jeûne, par exemple, quand on fait le ramadan en famille. C’est un mouvement tellement convivial. Ça me manque vraiment. » (Mourad, l’un des personnages homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 354-355) ; « Là-dessus, le bon sens et la religion sont tombés d’accord. Et parfois, elle [Ronit, la protagoniste lesbienne] sacrifie au rituel. Quand ça lui chante. Elle prépare des soupers du shabbat, chez elle, allume des bougies dans les immenses chandeliers en argent, fait rôtir un poulet. Il lui arrive même de prier. Bien qu’elle appelle ça ‘discuter avec Dieu’ et qu’il ne soit pas évident que ce soit une leçon d’humilité pour son âme. Elle part en vacances dans le sud des États-Unis et s’émerveille de la quantité de ciel qui s’offre à elle, chaque fois qu’elle décide de lever la tête. Elle a cette pensée : que l’on regarde en haut, en bas, le ciel est là, partout où nous allons. Nous pouvons choisir de le regarder ou non, mais quoi que nous fassions, il sera toujours présent, un objet de beauté et de lumière. Elle en éprouve un étrange réconfort. » (Ronit, l’une des deux héroïnes lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 303)

 

Il n’a pas compris que la foi n’était pas un joli refuge contre la souffrance et la peur humaine de la mort, mais un chemin de Vie : celui de la Croix. Il pense qu’il lui suffit de pénétrer dans un lieu saint (hors des temps d’office, de préférence), de susurrer une petite prière improvisée du bout des lèvres, d’apprécier la beauté de la liturgie catholique, de donner une pièce au mendiant du coin de la rue, pour s’assurer un Salut confortable et s’étiqueter « croyant » : « Ça va aller. J’ai la foi. » (Ronit, l’une des deux héroïnes lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 305) Il vivote d’espoir et d’optimiste, à défaut de (re)connaître l’Espérance, Celle qui sous-tend la réalité de la Résurrection, de la victoire définitive de la Vie sur la mort.

 
 

d) L’homosexualité décrétée « don de Dieu » (« Dieu m’aime comme ça et m’a donné mon compagnon ») :

Toile "Requiem" de Steve Walker

Toile « Requiem » de Steve Walker


 

Comme le héros homosexuel a tendance à confondre ses désirs ou ses sensations épidermiques avec Dieu, il finit fatalement par interpréter ses pulsions homosexuelles comme des signes du Ciel. À l’entendre, son homosexualité serait un don de Dieu, irréfutable, divinement justifié, une citadelle inattaquable. « J’ai réfléchi à ces deux états – être homosexuel, être juif. Ils ont beaucoup de points communs. » (Ronit, l’une des deux héroïnes lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 303) Il fait parler Dieu à sa place, et Lui attribue son désir homosexuel : « Je sais désormais que Dieu aime ce que nous sommes. N’en déplaise à tous ces frustrés de l’Église qui ont érigé la chasteté en valeur suprême ! » (Adrien, le héros homosexuel dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 105) ; « Dieu aime ma liberté au point, je crois, qu’Il accepte de ne pas regarder où elle me mènera. » (idem, p. 36) ; etc.

 

Ce serait même Dieu qui lui aurait donné son amant homosexuel, et qui bénirait leur union bien plus directement et plus profondément que les hautes instances du Clergé catholique. Dans son discours, on perçoit souvent une totale confusion entre Dieu et le sexe, entre Dieu et l’amant homosexuel. « Je crois qu’Il approuve. » (Paul en parlant de Dieu, face à son couple dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Vous êtes une fille étrange. Tombée du ciel. » (Carol, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Thérèse, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; « Mon ange. Tombé du ciel. » (idem) ; etc. Son adhésion à la foi semble davantage obéir à des critères esthétiques et pulsionnels qu’à une vraie ferveur gratuite, dépassant le sensible : « Moi qui suis chrétien, je trouve ça beau d’aimer les corps : aimer la chair c’est aimer l’Homme. » (Chris s’adressant à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 127) ; « Pierre, on dirait un gros bouddha en mousse, sauf dans les moments où il pique ses crises et me casse des objets sur la tête. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 68) ; « Mea culpa. Et sur mes lèvres les sourires de Pierre, de Jean, de Casimir. » (cf. la chanson « Ce je ne sais quoi. » du Beau Claude) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Joyeuses Funérailles » (2007) de Franz Oz, à l’occasion de la cérémonie d’enterrement du père (homosexuel) de Daniel, on a droit à la lecture du passage de l’Ancien Testament sur l’amitié entre David et Jonathan. Dans le film « Contra-corriente » (2011 de Javier Fuentes-León, Santiago compare son amant Miguel à Jésus, et la toile qu’il a peinte de lui au « Corps du Christ ». Plus tard, le visage du curé et de Santiago se superposent à l’écran. Lors de l’enterrement de Santiago (désolé de vous raconter la fin…), Miguel porte la dépouille de son amant comme une croix, et on assiste à un via crucis « New Generation ». Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adam tombe amoureux de Lukacz qui a tout physiquement du Christ ; et inversement, Lukacz met la main sur le jeune prêtre. Le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino ne réunit que des couples homos juifs : Mounir et son amant Isaac, Oliver et Elio.

 

Le héros homosexuel attribue à Dieu l’amour homosexuel qu’il porte à son amant (cf. le code « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Et je prie… » (cf. la fin de la chanson « C’est lui » de Fred Actone ; s’il vous plait, on ne rigole pas…)

 

 

Il semble aimer la foi catholique pour les mauvaises raisons : « J’ai toujours gardé au fond du cœur une admiration pour Jésus, ce barbu au corps crucifié… Je ne veux pas blasphémer mais je ne peux pas non plus cacher mes fantasmes. » (Bjorn, un des personnages homosexuels du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 168) Par exemple, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon Alexandra, la narratrice lesbienne, cherche à draguer une nonne dans un train. Dans le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, Deusto, le personnage homosexuel, tombe amoureux du prêtre Pedro Miguel qui lui vient en aide.

 

Le héros homosexuel donne à ses pulsions sexuelles la valeur sacrée d’une foi religieuse exceptionnelle (car « en temps normal, assure-t-il, il ne croit ni Dieu ni en l’Amour ») : « Je n’ai jamais été quelqu’un de religieux, mais j’ai le sentiment qu’une puissance qui dépasse le seul hasard a réuni nos vies. » (Bob à son amant Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 237) ; « Est-ce que tu crois à la réincarnation ou aux rêves prémonitoires ? Moi non, mais aujourd’hui je ne peux que douter. » (Randall à son amant Ernest, op. cit., p. 239)

 

Le bobo homosexuel aime bien spiritualiser ses vils instincts sexuels par la poésie métaphysique, pour les blanchir à la dernière minute. Il a le culot sincère de dire que s’il veut coucher avec son prétendant, « ce n’est même pas sexuel » : ça pourra même être ascétique et chaste les premières fois ! Leur coït aura la gratuité et la sobriété d’une prière silencieuse dans une chapelle ! « Ce sont des silences religieux, je veux dire : des silences comme ceux des églises. Nous avons la ferveur des communiants, leur gravité. » (Arthur et son amant Vincent, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 119) L’hypocrisie pharisianiste dans toute sa splendeur ! Ce que le héros homosexuel appelle « la foi », c’est en réalité sa croyance superstitieuse aux « coups de foudre », son narcissisme esthétisant pseudo « sobre », sa sensiblerie, sa propre défaillance face à ses pulsions. Et bien sûr, toujours à la lueur d’une petite bougie… (cf. la partie « Bougie » du code « Bobo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Si on l’écoute, le héros homosexuel vivrait un sacrifice rédempteur même en se donnant sexuellement à n’importe qui, dans des lieux de débauche totale. Selon lui, on peut aller dans une backroom comme on rentre au couvent : cf. le vidéo-clip de la chanson « Jesus Is Gay » de Gaël, la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard (où le protagoniste a pour livre de chevet Itinéraire d’un enfant trop gâté : Des jésuites aux backroom), etc.

 

Pièce "L’Opération du Saint-Esprit" de Michel Heim

Pièce « L’Opération du Saint-Esprit » de Michel Heim


 

Dans les œuvres homo-érotiques, on assiste souvent à des détournements libertins – à la fois provocateurs et sincères – des sacrements religieux. Par exemple, dans le roman Sperme (2011) de Jacques Astruc, le narrateur homosexuel donne au sperme une dimension sacrée. Dans la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim, on retrouve la thèse de l’amour homosexuel entre saint Jean et le Christ. À chaque fois que dans les fictions homosexuelles le génital et le spirituel se rencontrent, on est très proche du blasphème (cf. je vous renvoie au code « Blasphème » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), mais avec, en plus, la volonté d’honorer et d’immortaliser ce qu’on détruit. « Ces chapelets de capotes enfilées inopinément par l’auteur de ce mauvais pastiche de Proust sur ces pines à peine pubères, faisaient capoter son plaisir. » (cf. la nouvelle « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 96) ; « Rien ne semble pouvoir briser le cycle monotone du quotidien mélancolique de Maria qui vit et travaille à Paris. Jusqu’au jour où cette prostituée anglaise, esseulée, sera élue et révélée par l’Annonciation. » (cf. la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris)

 
 

e) La Communauté homosexuelle décrétée « Église véritable » par rapport à la Curie romaine (« Malgré les apparences, on est des croyants plus authentiques que les ‘officiels’ ») :

ATTRACTION Foi
 

L’homosexualisation de la religion ne s’arrête pas à la sphère individuelle. Quelquefois, le héros associe le « milieu homosexuel » à une nouvelle fraternité religieuse, à un ordre monastique plus solide et profond que ne le serait l’Église catholique, à une communauté plus solidaire et justicière (elle lutterait contre le suicide des jeunes, les injustices sociales, le Sida, etc.) : « J’avais cru deviner à sa façon de parler qu’il était de la confrérie. » (Jean-Marc, l’un des personnages homosexuels dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 73) ; « De là à dire que nous les homos nous vivons dans le péché… Nous suivons bien mieux les Dix Commandements : Aimez-vous les uns les autres, Tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin, etc. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc. Par exemple, à la fin de son one-man-show Elle est pas belle, ma vie ? (2012), Samuel Laroque sombre dans l’émotionnel spiritualiste : il demande sincèrement à son public de se faire un baiser de paix, « comme à l’église ». Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, lorsque Polly, l’héroïne lesbienne, lui demande de faire une pub de prévention contre le Sida, Mike, son pote homo, ironise : « Pour le Saint Sida ? » (p. 62)

 

Dans beaucoup de films ou vidéos-clips traitant d’homosexualité, les héros homosexuels jouent à la messe ou au mariage à l’église (mariage de fortune présidé bien sûr par le bon pote hétéro gay friendly) : le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, le vidéo-clip de la chanson « The Edge Of Glory » de Lady Gaga, le vidéo-clip de la chanson « Je te rends ton amour » de Mylène Farmer, etc. « Pietro s’est décidé à changer définitivement de sexe, il veut devenir carmélite. » (le narrateur homosexuel parlant de son amant, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 146)

 

Film "La Mala Educacion" de Pedro Almodovar

Film « La Mala Educacion » de Pedro Almodovar


 

Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), le travesti M to F David Forgit reprend tous les symboles religieux pour les associer au libertinage et à la prostitution : il porte un pendentif en forme de croix christique, ou porte une grande croix de bois. Il fait même dire à un des personnages qu’il incarne (Mémé Huguette) : « Comment ça se fait qu’on soit les seuls vrais bons catholiques ? » À la fin du film « In & Out » (1997) de Frank Oz, on nous fait croire que Peter et Howard se préparent à leur propre mariage à l’église, avant que le spectateur découvre qu’il s’agit du mariage tardif de la mère d’Howard avec son compagnon.

 

Afin de se donner l’illusion qu’il est un vrai croyant plus authentique que les croyants officiels, le héros homosexuel se met esthétiquement en marge (un peu mais pas trop) de l’église-bâtiment, pendant des messes ou des cérémonies religieuses publiques (genre le personnage homosexuel de Leo dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, au moment de l’enterrement de son amant Luca). Il prend la place de l’outsider incorrect-pécheur-et-caché, du Zachée sur la route, soi-disant plus saint que ces croyants bourgeois bien propres sur eux, qui occupent les premiers bancs de l’église, qui jouent leur « mascarade sociale de la foi ». « Les derniers seront les premiers » (c’est sainte Céline Dion qui l’a dit). On retrouve souvent cet orgueil puant de la spiritualité marginale et anti-institutionnelle chez les icônes gay que la communauté homosexuelle s’est choisies (cf. les chansons « Au diable nos adieux » de Zazie, « La Petite Cantate » de Barbara, « Les Champs de peine » d’Anggun, « Ave Maria » de Noa dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris de Luc Plamondon, etc.), ainsi que dans la mise en scène de la prostituée rentrant dans une église (cf. la partie « Bourgeoise-prostituée rentrant dans une église » du code « Bourgeoise » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 
 

f) La séduction, la facilité, et l’excuse du protestantisme modéré :

Comme le personnage homosexuel veut quand même suivre une activité spirituelle et pieuse tout en ne perdant pas ses habitudes homosexuelles, il se rabat, en plus du bouddhisme, sur la branche du christianisme qui semble (je dis bien « qui semble ») la plus malléable et la moins claire sur la question de l’homosexualité, à savoir le protestantisme modéré. « On est de souche protestante. » (cf. la chanson « Chroniques d’une famille australienne » de Jann Halexander) ; « Nous lisions ou regardions la télévision. Sylvia aimait lorsque nous nous caressions devant le petit écran sous l’œil tristement compréhensif du prêtre ou du pasteur chargé de clore les émissions de la journée. » (Laura dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 42) ; « Un temps, j’avais été tenté par la scientologie, la méditation, la réflexion, le jeûne. » (Bjorn, l’un des héros homosexuels attaché aux protestants et à son pasteur le père Elvström, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 168)

 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, nombreux sont les héros qui se rapprochent de près ou de loin aux Églises réformées light (ou au contraire trop hard) : cf. le film « Elena » (2010) de Nicole Conn, le film « But I’m A Cheer Leader » (1999) de Jamie Babbit, la pièce Jeffrey (1993) de Paul Rudnick (avec le télévangéliste), le film « Ô Belle Amérique ! » (2002) d’Alan Brown, le film « When Night Is Falling » (1995) de Patricia Rozema, le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody, le film « The Prom’s Queen » (« La Reine du bal », 2004) de John L’Écuyer, le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky (avec Phil, le fondamentaliste évangéliste), le vidéo-clip de la chanson « Que mon cœur lâche » de Mylène Farmer (avec le Dieu-businessman), la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim (avec le Dieu chef d’entreprise), le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, le roman Sapphistry (1980) de Pat Califia, le roman Oranges Are Not The Only Fruit (1985) de Jeannette Winterson, le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier, le film « Les Oranges ne sont pas les seuls fruits » (1989) de Beeban Kidron, le film « L’Ultime Souper » (1996) de Stacy Title, le film « Une Ville trop tranquille » (1997) de David DeCoteau, le film « L’Affaire Matthew Shepard » (2001) de Roger Spottiswoode, la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier (avec la télé-évangéliste), la pièce The Importance Of Being Earnest (L’Importance d’être constant, 1895) d’Oscar Wilde (avec le Révérend Chasuble, très à cheval sur « l’Église primitive »… mais aussi sur Miss Prism), la pièce Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman, etc.

 

Par exemple, dans le film « Children Of God » (2010) de Kareem Mortimer, Lena est la femme d’un pasteur (Ralph) secrètement homosexuel. Le film « Elena » (2010) de Nicole Conn nous présente une ribambelle de faux croyants : des cul-bénis ressemblant à des protestants évangéliques, des gourous de l’ésotérisme contemporain (avec notamment Tyler Montague, auteur de livres sur la « symétrie des âmes », surnommé d’ailleurs « le gourou de l’Amour » parce qu’il promeut l’amour universel bisexuel asexualisant/désexualisé), des pseudo artistes lesbiennes qui voient dans l’art une transcendance qui se substitue à l’Amour même. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Henri allait à la messe avec ses costumes gothiques quand il était jeune ; et Edmond, le père d’Henri, réellement homosexuel pour le coup, s’est protestantisé, version charismatique. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, une sorte de pasteur célèbre le mariage de Ben et Georges : il parle de l’amour comme d’une « énergie ». Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, les deux héroïnes lesbiennes, Idgie et Ruth, évoluent dans l’univers très puritain et moraliste de l’Église baptiste (Ruth est d’ailleurs fille du Pasteur). Dans l’épisode 7 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, le pasteur de l’église évangélique que fréquente Éric le héros homo sort une prêche que le jeune garçon interprète comme gay friendly et comme un encouragement à pratiquer son homosexualité : « Nous devons tous apprendre à nous aimer nous-même avant de sincèrement aimer les autres. »

 

Dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, un flou est volontairement entretenu autour de l’appartenance religieuse des personnages homos (tout ça pour discréditer l’Église catholique et l’amalgamer avec d’autres mouvements beaucoup moins solides…) : on finit par découvrir que l’un des protagonistes (l’amant d’Eddie) a des parents mormons, et qu’il est lui-même mormon ; quant aux parents d’Eddie, ils sont baptistes et pas du tout catholiques.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Foi et homosexualité ont l’air de faire bon ménage :

Beaucoup de personnes homosexuelles dénigrent la religion, alors que leur désir de foi occupe paradoxalement une part importante de leur identité de femmes et d’hommes. « Il a une âme essentiellement religieuse et le sacré fait l’objet permanent de son souci. » (Jean-Paul Sartre en parlant de Jean Genet, dans sa biographie Saint Genet (1952), p. 205) Seul ce que nous idolâtrons et aimons mal en croyant l’aimer follement peut nous trahir, et donc mériter à nos yeux notre vengeance. Ce qu’écrit Marguerite Radclyffe Hall dans The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) est, pour cette raison, d’une étonnante actualité : « De nombreux invertis étaient profondément religieux et c’était sûrement l’un de leurs plus amers problèmes. » (p. 589)

 

Julien Green

Julien Green


 

Durant leur vie, certaines montrent un désir ardent de foi : pensons à Jean-Michel Othoniel, Maryse Choisy, Julien Green, Edward Carpenter, Randall Kenan, James Dean, Néstor Perlongher, Javier Gómez, Ernesto Jiménez, Julio Mariscal, Jean Delannoy, Gerard Reve, Nicolas Vitiello (qui a campé le personnage de l’Abbé Pierre au théâtre), Antoine Méry, etc. Par exemple, Andy Warhol allait tous les dimanches à la messe. Dans son film « Le Cimetière des mots usés » (2011), François Zabaleta filme longuement des images réelles de la grotte de Lourdes, en plan fixe, sans musique. Christophe Moulin, lors de son concert Petits Secrets (2007) au Palais des Glaces à Paris, dit son attrait pour Dieu.

 

Mais en général, les personnes homosexuelles aiment Dieu sans son incarnation, sans son Institution, sans sa matérialité humaine. « Aujourd’hui, je revendique le religieux. […] Il va de soi qu’il n’est lié à aucune pratique institutionnalisée. » (Gina Pane, Lettre à une inconnue (2003), p. 114) Elles ignorent ou bien oublient qu’« être croyant », ce n’est pas seulement « aider son prochain » et « avoir des valeurs », de jolis « principes humanistes ». C’est avant tout suivre Quelqu’un, Jésus. Un homme incarné qui nous a appris que son corps était l’Église-Institution catholique et romaine.

 

Comme elles ne voient l’Église que de loin, leur passion inavouée pour l’« Ennemi catholique » se traduit en général chez elles par une imitation inconsciente et volontaire des caricatures qu’elles se font de lui. Elles adoptent souvent de l’Église une version kitsch en ne choisissant de portraiturer que des grenouilles de bénitiers frustrées et superstitieuses auxquelles elles s’identifient, parce que ces grenouilles, ce sont partiellement elles quand elles obéissent à leur désir homosexuel : la bourgeoise-prostituée pénétrant dans une église après s’être fait violée est une icône gay classique (cf. la partie « Bourgeoise-prostituée rentrant dans une église » du code « Bourgeoise » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Les œuvres de José Pérez Ocaña, d’Antonio Roig, de Ronald Firbank, de Pedro Almodóvar, d’Alberto Cardín, de Nazario, de Pierre et Gilles, etc., empruntent abondamment à l’imagerie catholique pour la louer/la pervertir à la sauce kitsch et camp. Les personnes homosexuelles reprennent dans leurs écrits les thèses libertines traditionnelles – telles que l’union homosexuelle de Jésus et de saint Jean, la liaison entre Marie-Madeleine et Jésus, l’amitié biblique entre David et Jonathan, ou entre Ruth et Noémie, l’homosexualité de saint Paul, etc. –, regorgent de symboles christiques, fondent des congrégations – notamment les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (je vous parle tout de suite après) –, suivent fidèlement le Pape dans tous ses déplacements (l’Europride à Paris en 1997 juste après les Journées Mondiales de la Jeunesse ; la première Worldpride à Rome, toujours après les JMJ de Rome en 2000 ; la Worldpride de Jérusalem en 2005 ; la présence d’un groupe de militants homosexuels aux JMJ de Cologne en 2005 ; etc.), font de leurs rassemblements ou de leurs concerts de grandes messes-show. Elles réemploient (sans s’en rendre compte ?) le langage étiqueté religieux de leurs supposés ennemis, pour le détourner à leurs fins (on peut entendre des sujets transgenres dire avec une conviction grave qu’il nous faut « suivre le Droit Chemin de l’homosexualité » : cf. phrase de conclusion de l’exposé de l’homme transsexuel M to F Natacha aux Journées Annuelles de Réflexion (JAR) de l’association David et Jonathan au Mont Dore, en 2004). Elles ne font que reproduire ce qu’elles jugent aliénant chez les croyants pratiquants. « La naissance de Zohia est comme un miracle. » (la voix-off commentant l’arrivée au monde d’une petite fille obtenue par GPA au sein d’un couple lesbien, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy, diffusée dans l’émission Tel Quel, sur la chaîne France 4, le 14 mai 2012) ; « Et beaucoup plus tard, j’ai reconstitué ce que j’avais vécu naïvement, sans la moindre arrière-pensée, le schéma relationnel de cette communauté liée par un pacte dont le secret était l’érotisme masculin ou, pour m’exprimer sans voile, les relations homosexuelles qu’entretenaient les membres de son équipe de base, au centre de laquelle se trouvait le guide charismatique de base, le Männerheld – le héros des hommes. » (Nicolaus Sombart par rapport aux Wandervogel allemands, dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, p. 124) ; etc.

 
 

b) La religiosité de bazar : adolescente, superstitieuse, sectaire

La différence entre sensibilité à Dieu et sensiblerie, c’est que la seconde est égocentrée et peu tournée vers l’autre, le Tout Autre, alors que la première est aride, grave, pauvre, exigeante, réaliste et durable. Dieu nous demande de venir à Lui avec un « cœur d’enfant », certes, mais non pour autant un cœur de niais béat et capricieux, de diva pleurnicheuse en quête de sensations, d’adolescent pacifiste fuyant le monde et les autres, d’imbécile heureux anesthésié. Il nous veut attachés au Réel !

 

Or la foi de beaucoup de personnes homosexuelles a le goût de la bonne intention qui se fige en esthétisme, de la religiosité qui se disperse en syncrétisme métaphysique et artistique sans unité. Par exemple, dans son autobiographie Impotens Deus (2006), Michel Bellin avoue avoir une « piété pubère » (p. 79). Dans la biographie Federico Y Su Mundo (1980) que Francisco García Lorca dédie à son frère homosexuel Federico, il est bien dit que la croyance en Dieu de Federico García Lorca se limite à « une passion amoureuse religieuse où s’entremêlent le désir mystique, l’immersion dans un vague monde musical, le pathétisme et le désespoir, la sensibilité blessée, le panthéisme, la poésie, fondus en un accord exalté » (pp. 87-88) Une foi de midinette bien gentille… qui a parfois le goût de l’inceste ou du viol : « Au départ de presque toutes ces lamentables existences, il y a les mères. Les petites vies étriquées de ces êtres qui vivent à deux ou se contentent des sordides aventures d’urinoirs sont les résultats de la bonne éducation, les fruits de leçons trop bien suivies sur la crainte du péché, les dangers de la femme, tout ce qui fait la honte d’une religion mal comprise. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 104) ; « Pour m’éviter de sombrer dans un chagrin qui risquait d’éveiller de nombreux souvenirs, il [le père Basile] se contentait de marquer une priorité par des prières. […] Inconsciemment nos rapports se fortifiaient par le pouvoir infini de Dieu. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 38) ; etc. C’est comme si les personnes homosexuelles utilisaient Dieu comme un magicien pour en plus lui faire justifier leur homophobie, leur haine d’elles-mêmes : « Si Dieu voulait transformer un homo en hétéro, Il aurait le pouvoir de le faire, j’en suis certain. » (Alexander, homosexuel, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi)

 

Par exemple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz sont filmés des témoins homosexuels, dont certains sont issus de famille de tradition catholique, mais ils se sont éloignés eux-mêmes de la foi (c’est le cas de Pierre, qui projette ensuite sur ses proches son propre jugement de ses actes : « J’étais dans le péché. ») ; d’autres jouent encore à être croyants pratiquants et s’imaginent déjà le jour de leur mariage religieux, tandis qu’ils pénètrent dans une église abandonnée en plein cœur d’une forêt : « Ce sera bien pour se marier, comme chapelle ! On viendra là ! Adjugé ! » (Yann s’adressant à son compagnon Pierre) D’ailleurs, Yann et Pierre racontent que la première question qu’ils se sont posées l’un à l’autre lors de leur première rencontre amoureuse, c’était « Quel est ton signe zodiacal ? ». Ça commençait fort !

 

Aleister Crowley

Aleister Crowley


 

Pas mal de personnes homosexuelles sont portées sur l’ésotérisme, les spiritualités de supermarché, la religion à la carte. « Marie s’était entichée d’ésotérisme indien. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 99) ; « Notre communion spirituelle était précieuse à mes yeux. Tu croyais aux mêmes choses que moi. Les saints. Les djinns. La sorcellerie. La superstition. Les encens. » (Abdellah Taïa écrivant à son ex-amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 116) ; « Christine n’est pas particulièrement dévote. C’est davantage une soif de culture qui l’anime. » (la biographe Marie-Louise Rodén parlant de la Reine Christine, pseudo « lesbienne », dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; « Benoît Berthe bouquine le cinquième tome de la saga ‘Harry Potter’ qui le passionne en ce moment. » (Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre, Dieu est amour, Éd. Flammarion, Paris, 2019, p. 30) ; etc. Ce qui les attire dans la foi, c’est en général l’émotionnel collectif, la sensiblerie, la superstition, la magie, le spectaculaire, la sensation de bien-être (comme si on aimait Dieu « pour quelque chose » !), le refuge contre les épreuves de la vie, le recentrement sur soi, le côté « strict » ou « mise en scène »… bref, tout ce que la foi authentique n’est pas mais qu’elles prennent pour la foi réelle et qu’elles attribuent aux « mauvais croyants » (parce que le pire, c’est que beaucoup d’entre elles se prennent pour les seuls bons croyants !). Leur fascination pour la religiosité-loisir, l’occultisme, le paranormal, les bondieuseries, les miracles, les philosophies New Age, les messes noires, etc., est connue. Par exemple, Pavel Tchelitchew s’intéressa à l’occultisme. Le baron Friedrich Alfred Krupp était amateur de littérature sataniste et des « messes noires ». Charles Nebster Leadbeater pratiqua l’occultisme ; en 1883, il rejoignit à Londres la Lodge of the Theosophical Society ; il voyagea en Inde et au Sri Lanka où il assimila un nouvel enseignement de la magie. Érik Satie aimait beaucoup l’ésotérisme. Il est également étonnant de rencontrer un certain nombre de personnes homos dans la franc-maçonnerie. Et parmi mes amis homosexuels, j’en connais beaucoup qui consultent des voyantes et des astrologues. Par exemple, la romancière bisexuelle Lucía Etxebarría dit être fascinée par les sciences occultes. Nicolas Fraisse est homosexuel et magnétiseur. Par ailleurs, beaucoup de personnes homosexuelles font partie de la franc-maçonnerie.

 

Vidéo-clip de la chanson "Losing My Religion" de R.E.M.

Vidéo-clip de la chanson « Losing My Religion » de R.E.M.


 

L’obsession spirituelle pour Dieu entraîne parfois les individus homosexuels à rentrer dans une secte, ou à être en contact avec des gens embrigadés dans des sectes : « La plantureuse voisine avait trouvé une autre solution, une autre religion, proposée par une secte qui, selon la Chola, s’appelait l’‘Église scientifique’. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 187-188) Par exemple, le poète homosexuel argentin Néstor Perlongher a adhéré à la secte religieuse du Santo Daime au Brésil. Aleister Crowley se consacra à la magie noire et fonda une confrérie, l’Aurore Dorée. Schiller écrit Die Malteser, Les Maltais – et maintes rumeurs courent sur les relations entre l’Ordre de Malte et l’homosexualité. Dans le documentaire « Ma très chère sœur Olivia » (2012) de Pierre-Clément Julien, Olivia C., un transsexuel M to F, est franc-maçonne. J’ai rencontré pour ma part plein d’ex-Témoins de Jéhovah dans le « milieu homosexuel ». Et ça ne m’étonnerait pas qu’il y ait énormément de personnes homosexuelles chez les Mormons, les Scientologues, et autres membres de sectes. D’ailleurs, à Paris, juste en rentrant dans le quartier gay du Marais, non loin de la rue Sainte Croix de la Bretonnerie, on tombe comme par hasard sur le Centre mormon, juxtaposant les bars homos… (dingue, non ?) Quand j’ai étudié, en 2001, la question des sectes pentecôtistes au Guatemala (cf. Philippe Ariño, El Indio Ultramoderno. Las Sectas Pentecostales En Guatemala, 2002), j’ai été frappé de voir les similarités entre ces deux mondes que l’opinion publique oppose bêtement. J’ai eu l’impression que d’étudier les sectes, c’était exactement comme étudier les fonctionnements internes de la communauté homosexuelle !

 
 

c) La tentation narcissico-pacifico-artistico-égocentrico amoureuse du bouddhisme (« Cause à un arbre ») :

Documentaire "We Were Here" de David Weissman

Documentaire « We Were Here » de David Weissman


 

L’attachement des personnes homosexuelles à une foi consumériste et anti-catholique prend souvent le visage de l’innocence, du flou artistique world, et de l’envolée lyrique vers le « Cosmos » et le pauvre-du-bout-du-monde : « L’extase est sacrée. Tout Homme est un ange. » (Allen Ginsberg dans le film « Howl » (2010) de Rob Epstein) Le narcissisme New Age du bobo homosexuel se veut altruiste en théorie, « universel »… mais en pratique, son relativisme mou cache une vision très déçue, déterministe, pessimiste, manichéenne et misanthrope de l’Amour et du genre humain. Car si l’Amour était soi-disant « partout », même dans la guerre, la souffrance et le mal, si l’Amour, pour exister et devenir complet, avait absolument besoin du mal comme d’une moitié androgynique qui L’équilibrerait (Eros et Thanatos, le « Yin » et le « Yang », tous ces concepts manichéens…), Il ne serait plus Lui-même, plus aimant ; car l’Amour n’est qu’Amour !

 

Il est fréquent que les personnes homosexuelles choisissent l’art ou la Nature comme religions de substitution, comme voies de transcendance où leurs émotions égocentriques vont pouvoir « s’éveiller » (s’engouffrer, plutôt !). Par exemple, l’artiste performer lesbienne Gina Pane a suivi des études dans un atelier d’art sacré. Jean Cocteau, dans sa vie, a décoré de nombreuses chapelles.

 

Elles se piquent au jeu d’un holisme qui spiritualise les végétaux, les paysages naturels, les objets, les médias : « Je courais pour rencontrer le cinéma, entrer la bouche ouverte dans sa religion et ses images. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 31) ; « Sur le chemin, un cinéma populaire, Royal El-Guidida, s’est présenté devant moi. Sans réfléchir j’ai acheté un billet et j’y suis entré célébrer ma nouvelle vie, au milieu d’une salle remplie d’hommes de tous âges qui se donnaient les uns aux autres sans complexe, sans se cacher, non loin des agents de police qui surveillaient l’entrée. Retrouver ma première religion. Mon rêve de toujours. Le cinéma par la peau. La transgression naturelle. Les corps dans l’intensité sexuelle. Des va-et-vient entre la salle immense avec orchestre et balcon et les toilettes. Un film. Deux films. Des stars. Adil Imam. Yousra. Nour Cherif. Leïla Eloui. » (idem, pp. 98-99) ; « À l’Opéra, on s’est convertis. » (le couple homo de la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy)

 

Pas étonnant qu’un certain nombre d’individus homosexuels trouvent dans l’individualisme « universaliste », « humaniste » et coloré du bouddhisme – la « Religion de l’Ego » par excellence, la spiritualité de l’extinction du désir, de la liberté, de la notion de vie éternelle et unique – un nouveau moyen de se vouer un culte à eux-mêmes sous prétexte de s’ouvrir aux autres. Le bouddhisme zen est pratiqué par de nombreuses personnes homosexuelles : Pier Paolo Pasolini, Allen Ginsberg, Jacques Adelsward, Laurent Dispot, Guy Hocquenghem, Néstor Perlongher, Michel Foucault, Alain Daniélou, Jack Kerouac, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Yukio Mishima, etc. Mylène Farmer a lu le Livre tibétain de la Vie et de la Mort (2005) de Sogyal Rinpoché. J. R. Ackerley a été attiré par l’expérience hindoue (cf. Journal hindou en 1932). Dans sa photographie Autoportrait (1927), Claude Cahun se déguise en statue de Bouddha. Lors de ses voyages, Yves Saint-Laurent achetait des statues énormes de Bouddha. Je vous renvoie également au film « Better Sex Through Yoga For Gay Men » (2003) d’Aaron Star.

 

Documentaire "Hot Nude Yoga" d'Aaron Star

Documentaire « Hot Nude Yoga » d’Aaron Star


 

La louange du bouddhisme par bon nombre de sujets homosexuels rentre dans cette focalisation nombriliste sur la conscience individuelle, dans ce totalitarisme du neutralisme, de l’abandon du désir et de la liberté, de la mégalomanie pseudo minimaliste et pauvre, de l’indifférence à la souffrance des autres et à sa propre souffrance, du relativisme, dont ils se font les orgueilleux porte-parole. Bref, la glorification du vide, du néant, et des bonnes intentions engendrées par le libéralisme économique le plus féroce.

 

Documentaire "Yoga Secrets"

Documentaire « Yoga Secrets » de Raymond Lewis


 

Beaucoup de personnes homosexuelles ne croient pas, mais « font comme si ». Parce que ça fait esthétique. « Tu aimais aller à la mosquée de temps en temps. Tu disais que tu aimais la gymnastique de la prière, être au milieu des inconnus en prière, dans la parole simple et directe avec Dieu. Dès qu’on s’est rencontrés, tu as arrêté de le faire. Tu n’osais plus. Notre lien est sacrilège aux yeux de l’islam. Tu n’arrivais pas à te débarrasser de ce sentiment. Je n’ai pas essayé de te faire changer d’avis. Moi-même je vivais dans cette contradiction. Moi-même j’avais besoin de croire. Je voulais croire. On a fini par trouver une solution. Je t’ai emmené à l’église Saint-Bernard et on a regardé les autres prier. Les églises, ce n’était pas nous à l’origine, cela ne représentait rien dans notre mémoire spirituelle. Rien ne nous attachait à elles et, pourtant, nous y sommes retournés plusieurs fois et nous avons fini par y découvrir une nouvelle spiritualité. Nous l’avons inventée ensemble, cette religion, cette foi, cette chapelle, ce coin sombre et lumineux, ce temps en dehors du temps. Ce christianisme non loin de Barbès. » (Abdellah Taïa écrivant à son ex-amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 118)

 

Elles n’ont pas compris que la foi n’était pas un joli refuge contre la souffrance et la peur humaine de la mort, mais un chemin de Vie : celui de la Croix. Elles pensent qu’il leur suffit de pénétrer dans un lieu saint (hors des temps d’office, de préférence), de susurrer une petite prière improvisée du bout des lèvres, d’apprécier la beauté de la liturgie catholique, de donner une pièce au mendiant du coin de la rue, pour s’assurer un Salut confortable et s’étiqueter « croyant ». Elles vivotent d’espoir et d’optimiste, à défaut de (re)connaître l’Espérance, Celle qui sous-tend la réalité de la Résurrection, de la victoire définitive de la Vie sur la mort.

 
 

d) L’homosexualité décrétée « don de Dieu » (« Dieu m’aime comme ça et m’a donné mon compagnon ») :

Comme les personnes homosexuelles ont tendance à confondre leurs désirs ou leurs sensations épidermiques avec Dieu, elles finissent parfois par interpréter leurs pulsions homosexuelles comme des signes du Ciel. À les entendre, leur homosexualité serait un don de Dieu, irréfutable, divinement justifié. Leurs grandes prêtresses télévisuelles les encouragent d’ailleurs à cela : « Laissez votre identité être votre religion. » (Lady Gaga citée dans le journal Métro, n°2008, mardi 17 mai 2011, p. 3) ; « Rupaul est une sorte de gourou, de Dalaï Lama pour la communauté homo. Mais il y a beaucoup d’hétéros qui regardent aussi. » (Rich Juzwiak, homosexuel, parlant de l’émission de télé-réalité transsexuelle aux USA Rupaul’s Drag Race, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel)etc.

 

Certains curés défroqués, vivant (depuis leur sortie de l’Église) leur homosexualité au grand jour, jouent les prophètes de ce qui, selon eux, est le « Véritable Évangile », l’Évangile « humaniste », plus proche des gens et de leurs réalités temporelles que l’Évangile du « Clergé d’en haut », en décrétant que « les homos » sont des créations de Dieu. Ils essentialisent, via une théologie de comptoir, l’homosexualité sous des prétextes divins, quitte à s’exprimer à la place de Dieu : « Moi, je voulais annoncer cette Bonne Nouvelle […] : Dieu nous aime ainsi, (homosexuels), parce que c’est ainsi qu’Il nous a créés, et Il l’a fait par pur amour. […] Et j’avais besoin de transmettre cette merveilleuse joie (‘Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile’, disait Pierre de Tarse) à mes frères, à la société et au monde. » (cf. l’article « Doce Días De Febrero » de José Mantero, dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 190) ; « Je crois que dieu m’a fait comme je suis. » (Hezra, femme musulmane lesbienne, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc. Les beaux principes de la Bible sont parfois assez vite détournés, comme le démontrent ces propos d’Antonio Toig, ex-carmélite : « Mon engagement personnel consistait à m’accepter tel que je suis. Je ne pouvais pas me retenir davantage : je ne pouvais pas vivre dans le mensonge, je devais être libre et ce principe de liberté est celui qui se trouve dans la Bible. » (Antonio Toig dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, pp. 297-298)

 

Il existe même des prêtres catholiques gays friendly qui dénaturent le message de leur Église en disant qu’on peut être pleinement cathos et pleinement homos (sous-entendu « en couple »), pour faire croire qu’ils sont plus ouverts que le Vatican classique (cf. le documentaire « Monsieur le Curé de Saint-Eustache » (2001) de François Chilowicz, l’ouvrage collectif Dieu les aime tels qu’ils sont : Pastorale pour homophiles (1968) du pasteur baptiste Joseph Doucé, le livre Qui suis-je pour juger ? (2013) de Frigide Barjot détournant le sens complet des propos du Pape François, etc.). Par exemple, dans l’émission Infra-Rouge « Et Dieu dans tout ça ? » (2011) de Philomène Esposito, le curé de saint Merry (église parisienne accueillant l’association Devenir Un En Christ pour qu’elle puisse « fêter Dieu »), le père Jacques Mérienne, en appelle à la compromission : « Il faut créer un consensus. »

 

Et beaucoup d’individus homosexuels croyants reprennent à leur compte ce discours identitariste/amoureux simpliste mais aussi déculpabilisant : « Dieu nous a créés comme ça. » (les témoins homos ougandais dans le documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin) ; « Nous rejetons formellement tout a priori de péché en ce qui concerne l’homophilie… Les pulsions échappent à notre volonté; elles viennent de Dieu, notre Créateur. » (cf. phrase du premier bulletin de création de l’association David et Jonathan, en novembre 1983) ; « Ce n’est pas de leur faute, Allah les a créés comme ça. S’Il ne l’avait pas voulu, l’homosexualité n’existerait pas. » (la mère musulmane de Brahim Naït-Balk, dans l’autobiographie de ce dernier, Un Homo dans la cité (2009), p. 89) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta, diffusée en juin 2011 sur la chaîne espagnole Play Cuatro, Vicente dit que c’est Dieu qui l’a voulu gay, et tous les témoins pensent avec lui que « Dieu les aime tels qu’ils sont » (comprendre « pleinement homosexuels pratiquants »).

 

Ce serait même Dieu qui leur aurait donné leur partenaire amoureux/sexuel, et qui bénirait leur union bien plus directement et plus profondément que les hautes instances du Clergé catholique : « Quand je suis revenue à moi, j’ai vu Jackie, assise là, tel un ange. […] Même si j’ai voué ma vie à l’Église et au catholicisme, j’ai su que mon Dieu aimait Jackie, et qu’Il m’aimait de l’aimer, elle. » (une femme lesbienne à sa copine, témoignant dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « Pierre, c’est un don du Ciel. » (Bertrand parlant de son amant Pierre dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; « Juste comme vous, mes juges, qui avaient un droit d’aimer les femmes, moi aussi j’ai le droit d’aimer les hommes. Vous comme moi tenons ce droit de Dieu. Si vous refusez de reconnaître ce droit, allors vous attaquez la justice de Dieu, qui a mis ce besoin d’amour dans mon cœur, comme dans le vôtre. Vous avez le pouvoir de me condamner. Je dois vous contester le droit de le faire. » (Fritz Feldtmann, le directeur du théâtre de Brenne, arrêté par la police pour homosexualité, le 3 octobre 1867) ; etc.

 

Dans leur discours, on perçoit souvent une totale confusion entre Dieu et le sexe/l’amant homosexuel. Leur adhésion à la foi semble davantage obéir à des critères esthétiques et pulsionnels qu’à une vraie ferveur gratuite, dépassant le sensible : « Notre neveu [Alfredo] avait beaucoup aimé le pompier qui faisait le Christ sur la croix. » (les tantes d’Alfredo Arias, dans l’autobiographie de ce dernier Folies-Fantômes (1997), p. 141) ; « Ernestito tomba à genoux devant Nacho comme il aurait pu le faire devant un saint d’une religion inconnue. » (Alfredo Arias, op. cit., p. 260) ; « J’ai accueilli son sperme tiède dans ma bouche avec extase, comme une hostie. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 96) ; etc.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles, y compris celles qui se disent « athées » (surtout celles qui se disent athées, d’ailleurs !), donnent à leurs pulsions sexuelles la valeur sacrée d’une foi religieuse exceptionnelle (car « en temps normal, assurent-elles, elles ne croient ni Dieu ni en l’Amour »). Le mot « amour » étant pour elles plus sacré que la réalité qu’il recouvre, les personnes homosexuelles bobos vont se mettre à voir l’Amour partout et nulle part en même temps, surtout dans l’abstrait, loin de l’humain et des institutions ecclésiales (et toujours dans un discours saupoudré d’anglais et de références musicales vintage… « Tree Of Life », quand tu nous tiens…) : « L’amour de Dieu s’applique parfaitement dans l’amour d’un homme (cf. le passage du gospel à la soul séculaire), que le contact avec Dieu n’est jamais plus beau que quand on l’établit seul, selon sa propre inspiration, hors des dogmes… Dieu, il [ton « ex »] peut le trouver en allant se perdre dans les champs, en se recueillant sous un arbre. Les catholiques sont en fait trop peu entraînés à la méditation, trop engoncés par les règles de la prière, la liturgie. Invite-le à se perdre une fois de plus dans cette nature qui t’entoure, laisse-le, attends-le dans la maison… Hold on ! Le rapprochement de Dieu est presque un leurre. ‘Plus prés de toi Seigneur’… Dieu est partout, on n’est jamais aussi prés de lui qu’à chaque seconde, pour peu que l’on ait la Foi… Le séminaire est une voie respectable, mais c’est un choix dont l’explication engage d’autres considérations que la seule Foi (talk about it)… J’ai du mal à comprendre le choix de cet homme… En t’aimant , comme tu le racontes, il commet un acte sacré, et sa foi dans votre couple est induite par sa Foi en Dieu et la prolonge (il ne s’agit pas de te mettre sur un piédestal)… My prayers go to you two guys… » (cf. un certain « Anonyme », le 9 mai 2012, en réponse à l’article « Moi vs le Roi des rois » de Didier Lestrade, où ce dernier raconte sur son blog sa rupture avec un amant catholique qui l’a quitté pour suivre entièrement Jésus)

 

Certaines personnes homosexuelles sont même prêtes à tomber amoureuses d’un croyant pratiquant catho, et à épouser intellectuellement/esthétiquement la foi de ce dernier (« Même si je ne suis pas croyant, je te trouve très beau quand tu pries… »), pour « croire par procuration » (mais surtout pas par elles-mêmes, pleinement, avec leur cœur ! Ça ferait trop mal ! Ce serait trop demandé…), pour se justifier de ne pas pratiquer institutionnellement et d’être « athées » (« C’est riche, la diversité des croyances et des points de vue »…), pour cracher sur l’Institution catho quand même, du simple fait qu’elles auraient « le droit » de le faire puisqu’elles aimeraient vraiment un catho et qu’elles auraient le recul nécessaire pour connaître la réalité de l’Église de près, pour se persuader qu’elles sont de vrais croyants quand même, des « saints de l’ombre », d’humbles esprits pieux anonymes ! Le pastiche misérabiliste (mais ô combien prétentieux et pharisien !) de la veuve de l’Évangile qui donne son trésor de trois piécettes…

 

Pier Paolo Pasolini

Pier Paolo Pasolini


 

Quelquefois, la bondieuserie homosexuelle va même jusqu’à la louange d’une forme d’ascétisme, de discours où le corps et la sexualité-génitalité n’existeraient plus… mais c’est oublier que les individus qui le profèrent s’abaissent et s’adonnent à l’acte sensuel et génital homosexuel bien plus que de raison, alternent les moments de remords ascétiques et les phases de gourmandise sexuelle intense. Les bobos homosexuels aiment bien spiritualiser leurs vils instincts sexuels par la poésie métaphysique, pour les blanchir à la dernière minute. Ils ont le culot sincère de dire que s’ils veulent coucher avec leur prétendant, « ce n’est même pas sexuel » : ça pourra même être ascétique et chaste les premières fois ! Leur coït aurait la gratuité et la sobriété d’une prière silencieuse dans une chapelle, la beauté transcendante et artistique d’un massage trantrique, aryuvédique ! L’hypocrisie pharisianiste dans toute sa splendeur ! Ce qu’ils appellent « la foi », c’est en réalité leur croyance superstitieuse aux « coups de foudre », leur narcissisme esthétisant pseudo « sobre », leur sensiblerie, leur propre défaillance face à leurs pulsions et à la luxure. Mais attention ! Toujours à la lueur d’une petite bougie (cf. la partie « Bougie » du code « Bobo » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Si on les écoute, ils vivraient un sacrifice rédempteur même en se donnant sexuellement à n’importe qui, dans des lieux de débauche totale. Selon eux, on peut très bien aller dans une backroom comme on rentre au couvent : « J’étais au bordel comme au cloître. » (Olivier Py, L’Inachevé (2003), p. 41)

 

Par exemple, lorsque j’ai assisté à la visite guidée du cimetière du Père Labaise… pardon… Lachaise, à Paris, le 8 février 2012, le guide, lui-même homosexuel, m’a montré les « chapelles d’amour » où se rencontrent les garçons pour faire l’amour ensemble. Ce haut lieu de la vie homosexuelle parisienne clandestine a été le théâtre de drôles de pratiques occultes : messes noires, magie noire, spiritisme… Aujourd’hui, la « Chapelle des sucres Beghin Say » est une backroom fermée. Mais le cimetière demeure un lieu d’activité homosexuelle intense.

 
 

e) La Communauté homosexuelle décrétée « Église véritable » par rapport à la Curie romaine (« Malgré les apparences, on est des croyants plus authentiques que les ‘officiels’ ») :

La religion sécuritaire pour Saint Sida

La religion sécuritaire pour Saint Sida


 

L’homosexualisation de la religion ne s’arrête pas à la sphère individuelle. Quelquefois, les personnes homosexuelles associent le « milieu homosexuel » à une nouvelle fraternité religieuse, à un ordre monastique plus solide et profond que ne le serait l’Église catholique, à une seconde famille spirituelle qu’elles auraient la chargent de sanctifier : « Je me piquai le doigt avec la pointe du compas qui traînait sur mon bureau. Je traçai avec mon sang au dos de l’image : ‘Seigneur, je te donne ma vie, pour toutes les personnes homosexuelles du monde entier.’ » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 51)

 

Certains membres de la communauté homosexuelle voient en la Gay Pride, dans les ambiances de discothèque, et dans l’engagement politique militant, une nouvelle religion. La puissance communionnelle qui s’y vit/vivrait, pourtant inhérente à tout rassemblement humain un peu conséquent et amical, est comparée très sincèrement à une « émotionnante » Gay Church : « Malgré la nudité de tous et de toutes, l’ambiance était, selon ce qu’on décrit ceux qui étaient présents ce soir-là, aussi spirituel que celui d’une église. […] La Licorería’ est devenue avec le temps un sanctuaire, où certaines nuits, en préparation d’une révolution mondiale future, ont lieu de mystérieux rites. » (cf. l’article « Crónica Auténtica De Lo Acontecido En Un Pub De Chueca Una Noche De Verano » de J. A. Herrero Brasas, dans son essai Primera Plana (2007), pp. 123-124)

 

Comme la majorité des personnes homoexuelles ne veulent pas s’attacher à une institution ecclésiale en particulier, elles se plient en général à un fondamentalisme athée – elles disent « humaniste » –, à une religion qui n’est pas encore clairement cataloguée socialement comme telle, mais qu’elles pensent être la seule juste. Nous pourrions la baptiser comme on veut : « Home-made Gay Religion », ou bien « Culte de l’Être suprême (= l’androgyne) », « Spiritualités plurielles et cosmiques », « Religion désincarnée », « Individualisme hédoniste et universaliste », « Secte des Cultures homosexuelles », « Gay Church », etc. Par exemple, dans son essai Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005), Philippe Muray parle à juste titre des « sectes homosexuelles » (p. 51), religieuses pour une minorité d’entre elles, non-confessionnelles pour la majorité.

 

Comme certains protestants, beaucoup de personnes homosexuelles prétendent être plus croyantes et authentiques que leurs prédécesseurs catholiques : « Au bout du compte, je crois que les gays sont les gens les plus dévots. Ils devraient créer un saint gay. » (Víctor, témoin homosexuel s’exprimant dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta, diffusée en juin 2011 sur la chaîne espagnole Play Cuatro)

 

Le plus sérieusement du monde, certaines composent une parodie ecclésiale censée faire contrepoids à la réalité religieuse qu’elles ne connaissent pas – ou de trop près –, et qu’elles ont diabolisée à force de l’idéaliser. Par exemple, Michel Journiac, qui est passé à 18 ans par le petit et le grand séminaire, a organisé deux « Messes » en 1969 et 1975, c’est-à-dire deux « performances », intitulées Messes pour un corps ; il est allé jusqu’à faire communier son public au Corps du Christ avec du boudin qu’il avait confectionné avec son propre sang !

 

Loin de parler de rejet de la communauté homo par rapport à l’Église catholique, on pourrait dire qu’il s’agit plutôt d’une adoration inversée. Beaucoup de personnes homosexuelles construisent une version transversale de la religion pour se convaincre ensuite que la caricature nouvellement créée est fidèle à la vraie religion, et pour rejeter ouvertement devant les autres et la vraie religion et sa caricature… comme cela, elles se gargarisent de faire d’une pierre deux coups.

 

Dans le documentaire « Et ta sœur ! » (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, on voit bien que la caricature de croyants pratiquants reproduite par les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (mouvement associatif homosexuel créé à Castro en 1979, faisant de la prévention Sida en se déguisant en nonnes travesties ultra-maquillées) est tout sauf caricaturale dans l’esprit de ceux qui la construisent ou qui l’adulent (j’ai vu de mes propres yeux une salle de cinéma entière se lever pour ovationner le « courage » et la « sainteté profane » des Sœurs après la projection de leur documentaire, le 15 octobre 2011 au Forum des Images de Paris). Il s’agit bien, selon les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, de réactualiser le cliché vieillot de l’Église catholique « avec sérieux et avec dérision » : « Nous sommes un ordre agnostique. » ; « Nous sommes profondément sérieux. » Leur détournement des formules religieuses indique un attachement à ce qu’elles prétendent déformer (« Amen and the women ! »). Dans leur esprit, le déguisement prend le pas sur le Réel. « On n’est pas une parodie de bonnes sœurs. » (Sœur Belphégor) La dérision et le militantisme ne sont que les couvertures de leur schizophrénie spiritualiste. Une schizophrénie bien-intentionnée, qui prétend ne pas faire de mal à l’Église catho, voire même parfois L’honorer : « Je ne le fais pas par provocation. Même pas pour tirer sur l’Église. Si on voulait L’attaquer, l’Église, aujourd’hui, c’est comme tirer sur une ambulance ! » (Sœur Belphégor). Il y a de fortes chances que les Sœurs de la Perpétuelle Indulgente pensent qu’elles sont plus humanistes, et quelque part plus vraies, que les croyants pratiquants réels : « Nous apportons beaucoup de joie et de paix spirituelle. » Elles font apparemment tout comme eux : elles ont leurs « messes », c’est-à-dire des moments de présentation des actions de l’association, qu’elles affichent comme des moments « forts » et « profonds » (« J’ai vu la ‘messe’. Ça a été comme un électrochoc. »). Elles organisent des « ressourcements », comme dans les retraites monastiques classiques, pour que chacun de leurs membres et sympathisants puisse se « réapproprier son corps » Elles accueillent dans leurs rangs des curés défroqués (« J’avais un deuil. Car j’avais été moine pendant 3 ans » déclare Sœur Quéquette dans le reportage). En s’éloignant de l’Église catholique, elles font leur petite cuisine spirituelle pseudo engagée… mais en réalité, cela équivaut à la « militance de l’indifférence » digne d’une Miss France, celle qui donne de « l’espoir » et de « l’optimisme » au lieu de l’Espérance, celle qui « célèbre l’amour et la joie » (et la paix dans le monde…), celle qui ne donne pas de clés vraiment solides pour trouver l’amour, et qui laisse les gens livrés à eux-mêmes (« On n’a pas à orienter. On a à écouter et à pacifier les gens. C’est ça, le travail des Sœurs : l’écoute, l’amour. »), celle qui « fait du bien » sans tendre vers le Meilleur (« Ça fait du bien. Ça nous donne de l’espoir. Ça donne envie de vivre. » déclare un témoin ayant vécu les « ressourcements » des Sœurs).

 

Au sein du « milieu homosexuel » international, on trouve un certain nombre d’organismes religieux homosexuels beaucoup plus sérieux que les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, qui ne sont pas des associations d’Église à proprement parler (sauf Courage, survenue à la demande du cardinal Terence Cooke, archevêque de New York, à la fin des années 1970, et qui est la seule œuvre apostolique de l’Église catholique romaine, reconnue par le Saint-Siège), mais qui essaient de se faire entendre de Rome, tout en se défendant d’être des Gay Church : par exemple l’association Dignity (créée en 1969 aux États-Unis par le jésuite John McNeill), Catholics for equality (revendiquant actuellement l’introduction du mariage homosexuel aux États-Unis), Torrents de vie (une association protestante, mais qui n’est pas spécifiquement tournée vers le public homosexuel). David et Jonathan (créée en France en 1983, et qui est l’association chrétienne la plus rassemblante et fréquentée à l’heure actuelle), etc.

 

En règle générale, les associations chrétiennes d’accueil des personnes homosexuelles se montrent en théorie ouverte au dialogue avec l’Église-Institution, mais en pratique, elles restent encore fermées à Elle, étant donné qu’elles ne veulent pas encore poser de discours clair sur la question du couple homosexuel ni sur celle de l’appel ecclésial à la continence. En France, le statut quo est particulièrement visible avec David et Jonathan, qui reste campée sur ses positions par rapport à sa justification de l’identité homosexuelle et de la beauté du couple homosexuel, et qui marche au diapason du militantisme homosexuel profane. L’opposition à la Curie romaine est moins marquée chez des organismes LGBT chrétiens tels que Devenir Un En Christ (DUEC), la Communion Béthanie (créée par Jean-Michel Dunand, qui est une structure d’accueil et de prière qui veut se garder de tout discours interprétatif sur l’homosexualité), Aelred (à mon sens l’association homosexuelle catholique la plus solide qui existe en France, même si elle prône un ambigu « amour d’amitié », où l’amour platonique se mêle à un étrange brouillage de la frontière entre amitié et amour, quand bien même le passage à l’acte sexuel et au couple ne soit pas encouragé). Je ne dis que ces trois organismes ne sont pas encore clairs sur leur positionnement par rapport à l’Église, non du fait qu’ils se prononceraient « pour » le couple homosexuel (ils font déjà « moins pire » que David et Jonathan, et ont le mérite d’exister en tant que structures d’accueil chrétien), non du fait qu’ils s’opposeraient à l’Église-Institution (puisque ce n’est pas le cas), mais uniquement parce qu’ils ne se prononcent pas sur le couple homosexuel, et qu’ils ne proposent pas ouvertement la continence comme le meilleur chemin possible pour toute personne homosexuelle.

 
 

f) La séduction, la facilité, et l’excuse du protestantisme modéré :

Un peu après le bouddhisme, la confession religieuse qui a l’air de mieux « coller » avec la justification de la pratique homosexuelle conjugale, est le protestantisme. Je vous renvoie aux documentaires « Oranges Are Not The Only Fruit » (1989) de Melanie Chait et « Better Dead Than Gay » (1995) de Christopher O’Hare, au docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, ainsi qu’à la publicité « Love For All » pour la marque de vêtements Björn Borg (dans laquelle le spectateur découvre progressivement que le mariage religieux auquel l’assemblée va assister ne se fait pas entre un homme et une femme, mais entre deux prêtres devant une femme pasteure). Dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein » (« Tu ne seras pas gay », 2015) de Marco Giacopuzzi, on entend beaucoup d’interviewés homosexuels faisant partie du protestantisme : Alexander, Thomas, Sven (pasteur homo en couple avec Alexander)…

 

 

Pourquoi cela ? Parce que le protestantisme, contrairement au catholicisme, manque de docilité, d’unité, de chef clairement identifiable, de fermeté, mais aussi d’attaches au Réel et à l’Incarnation sacramentelle (cela me semble principalement dû au fait qu’il refuse de reconnaître la présence réelle de Jésus dans le Corps du Christ – autrement dit la transsubstantiation –, ce qui a forcément des conséquences sur son rapport au Réel, un rapport encore lointain, désincarné, livresque). Mais cette tolérance des Églises protestantes vis à vis du couple homosexuel n’est qu’un mirage que seuls les plus protestataires des protestants sont prêts à croire. Car si on écoute le protestantisme traditionnel (le plus nombreux), son refus de l’homosexualité pratiquée est identique à celui du catholicisme. J’ai entendu dire un jour que par rapport aux actes homosexuels, l’Église catholique formulait un « Non… mais… », alors que le protestantisme se situait plutôt dans le registre du « Oui… mais… », ce qui revient donc quasiment au même ! La majorité des Évangéliques, s’attachant littéralement aux écrits bibliques condamnant fermement les pratiques homosexuelles, se positionnent contre les bénédictions et le mariage des couples de même sexe. Pensons aux refus actuels de la bénédiction des couples homosexuels – et encore plus du mariage entre personnes de même sexe – de la part notamment de la Church of Scotland (Église presbytérienne d’Écosse, dite aussi The Kirk), de l’United Reformed Church (Église Réformée Unie, unissant les courants presbytérien anglais et congrégationnalistes britanniques), de la Fédération protestante de France et de l’Alliance évangélique, des Églises protestantes africaines (notamment nigérianes et rwandaises), de la Communion anglicane, de l’Église épiscopale des États-Unis, de l’Evangelical Lutheran Church in America (ELCA, Église luthérienne évangélique en Amérique, formée de quelques 10 000 congrégations totalisant 4,6 millions de fidèles), de l’United Methodist Church (UMC, Église méthodiste unie, deuxième plus grande Église protestante aux États-Unis avec 8 millions de fidèles), etc.

 

Seuls quelques groupuscules et Églises protestantes isolées donnent leur aval au couple homosexuel. Par exemple, aux États-Unis, les Églises Unitariennes-Universalistes bénissent des couples du même sexe depuis les années 1970. Les fameuses Metropolitan Community Churches (MCC), dont les membres sont majoritairement homosexuels, trouvent leur origine dans la première Église MCC fondée à Los Angeles par le révérend Troy Perry (lui-même homosexuel), avant les émeutes de Stonewall de 1969. Les MCC représentent, en 2003, plus de 300 églises à travers le monde, et plus de 40 000 membres répartis en 18 pays. Elles constituent également le lieu de naissance de douzaines d’organisations gay et lesbiennes ou de projets de justice sociale. Elles ont procédé à l’union de plusieurs couples de même sexe lors de la Gay/lesbien/bisexual Pride de New York en 1994, marche qui commémorait le 25e anniversaire de Stonewall. Un peu plus haut, l’Église Unie du Canada célèbre des mariages depuis que la loi le permet (2003). Des évêques anglicans canadiens ont béni en 2003 des unions de personnes du même sexe. En novembre de la même année, Gene Robinson qui vit ouvertement une relation homosexuelle durable, est élu évêque épiscopalien du New Hampshire. Mary Glasspool femme prêtre homosexuelle, élue en décembre 2010 évêque assistante du diocèse de Los Angeles, est ordonnée évêque le 15 mai 2010. Aux Pays-Bas, en 1986, la Remonstrantse Broedershap (Fraternité remonstante), la plus ancienne des Églises néerlandaises, fut la première Église européenne à accepter la bénédiction de couples non-mariés. Au début de 1997, le synode de l’Église Protestante du Nord de l’Allemagne (S.E.K.) décida de bénir des unions homosexuelles. Ce fut le cas, également, la même année, de Den Danske Folkekirke ou Folkekirken, l’Église évangélique-luthérienne nationale du Danemark. En octobre 2009, laSvenska kyrkan, l’Église évangélique luthérienne de Suède, approuva lors de son synode le mariage des couples homosexuels à l’église, autorisé par la loi suédoise depuis le 1er mai 2009. En 1998, au sein de la Confédération suisse, l’union synodale Berne-Jura, ainsi que la majorité des Églises cantonales alémaniques, acceptèrent la possibilité de bénir les couples homosexuels, sous condition de l’accord des communautés locales, et sans franchir le pas du mariage. En France, le pasteur baptiste (excommunié) Joseph Doucé célébrait les premières bénédictions d’unions homosexuelles en 1974, et créa le 10 octobre 1976 le Centre du Christ libérateur à Paris. En 2000 en Italie, la Chiesa Evangelica Valdese (Église évangélique vaudoise) accueillit favorablement l’organisation de la World Gay Pride, à Rome. Dernièrement, fin août 2010, le synode commun aux protestants vaudois et méthodistes italiens, réuni à Torre Pellice dans les vallées vaudoises italiennes, décida d’autoriser les bénédictions de couples homosexuels à l’église. En Grande-Bretagne, la Religious Society of Friends (Société religieuse des Amis ou Quakers) reconnaît en 2008 les partenariats homosexuels.

 

Il est logique que l’Église protestante, de par sa structure dispersée (que les plus optimistes appelleront plutôt « chance » et « ouverture à la diversité »), séduise davantage la communauté homosexuelle que l’Église catholique. La première offre davantage les brèches dont les personnes homosexuelles « croyantes », soucieuses de la reconnaissance religieuse de leurs unions amoureuses, rêvent pour justifier la « solidité sacrée » du désir homosexuel. Je connais un certain nombre d’amis homosexuels qui quittent précisément le catholicisme pour rejoindre le protestantisme modéré, voire le bouddhisme, parce qu’ils ont compris que l’Église catholique gardera fidèlement son cap, et ne justifiera jamais leur idéologie de l’identité homosexuelle éternelle, ou de l’amour homosexuel « sacré ». Néanmoins, ils se trompent en pensant que l’ouverture protestante à l’homosexualité ne soit pas homophobe : une grande majorité de protestants blesse et casse les personnes homosexuelles par un discours à la fois laxiste et rigide. Par exemple, dans l’émission Temps présent spéciale « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne, diffusée sur la chaîne RTS le 24 juin 2010, Alexandre, jeune témoin homo suisse de 24 ans, a été interné par des mouvements évangéliques : « Ils l’ont mis dans une clinique psychiatrique. » (le père d’Alexandre) Le pasteur de l’Église qu’il a fréquentée aux États-Unis lui a dit : « Tu es homosexuel. Tu es malade. Tu pourrais contaminer les autres. » Il lui a proposé une guérison.

 

 

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Code n°16 – Aube (sous-codes : Samedi / Minuit / Refus des fins)

aube

Aube

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

L’amie du petit déjeuner,

l’amie Aube Lalvée

 

AUBE Lalvée

la chanteuse Aube L (voir son site)


 

L’aube dans les fictions homo-érotiques – et parfois dans le réel – n’a en général pas l’éclat de la beauté du coucher de soleil de la veille, ni l’euphorie de la nuit de fête/de sexe. Plutôt le contraire ! Elle est le moment de l’atterrissage brutal dans le Réel, un atterrissage non-maîtrisé par le désir, par la liberté. L’heure du bilan de la violence et de la vanité de l’amour homosexuel pratiqué. Honteuses d’« avoir fait » sans en éprouver de culpabilité (puisque la société bisexuelle les a persuadées que c’était de l’amour), beaucoup de personnes homosexuelles demandent à rester dans le placard carnavalesque du samedi sans connaître la résurrectionnelle et concrète joie dominicale.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Vampirisme », « Ombre », « Morts-vivants », « Sommeil », « Mort = Épouse », « Drogues », « Funambulisme et Somnambulisme », « « Première fois » », à la partie « Haine de la Réalité » du code « Planeur », à la partie « Cendres » du code « Désert », à la partie « Carnaval » du code « Clown blanc et Masques », et à la partie « Festins non débarrassés » du code « Obèses anorexiques », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) L’horreur boréale :

Film "Les Promesses de l’aube" de Frédéric Chane-Son

Film « Les Promesses de l’aube » de Frédéric Chane-Son


 

Dans les œuvres fictionnelles homo-érotiques, l’aube est un leitmotiv : cf. le roman Celestino avant l’aube (1965) de Reinaldo Arenas, la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet (avec Alba –  « aube » en espagnol –, le personnage principal explosif qui se révèlera lesbienne au cours de l’intrigue), le roman Tous les matins du monde (1991) de Pascal Quignard, la pièce Minuit chrétien (2008) de François-Louis Tilly, la nouvelle La Nuit est tombée sur mon pays (2015) de Vincent Cheikh, la chanson « Les Filles de l’aurore » de William Sheller, le film « Howl » (2010) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, le roman Au vent crispé du matin (1913) de Francis Carco, le film « Petit Matin » (1970) de Jean-Gabriel Albicocco, les romans El Mañana Efímero (1957-1958) et Fin de Fiesta (1962) de Juan Goytisolo, le roman Fin De Fiesta (1930) de Federico García Lorca, le roman Termina El Desfile (1980) de Reinaldo Arenas, le film « Après après demain » (1990) de Gérard Frot Coutaz, le roman L’Horreur de l’aube (2000) de Philippe Olivier, le film « Out Back » (« Le Réveil dans la terreur », 1971) de Ted Kotcheff, les romans Partir avant le jour (1963), Demain n’existe pas (1979) et Minuit (1936) de Julien Green, le film « El Despertar » (1976) de Manuel Esteba, le film « La Fin de la nuit » (1996) d’Étienne Faure, le film « L’Aurore » (1927) de Friedrich Wilhelm Murnau, le roman Demain il fera jour (1949) d’Henry de Montherlant, les poèmes « La Murga » et « Polvo » de Néstor Perlongher (où la voix poétique veut en rester au samedi), le film « The Night Before » (1973) d’Arch Brown, la chanson « Les Enfants de l’aube » de Bruno Bisaro (périphrase pour désigner les hommes homosexuels du Marais), le recueil de poésies Como Quien Espera Al Alba (1941-1944) de Luis Cernuda, la pièce Canción Para Un Atardecer (1973) de Noel Coward, le roman L’Aube (1962) de Dominique Fernandez, le film « Minuit dans le jardin du bien et du mal » (1997) de Clint Eastwood, le film « Midnight Dancers » (1994) de Mel Chionglo, le film « When Night Is Falling » (1995) de Patricia Rozema, le film « Cold Light Of Day » (1990) de Fhiona Louise, le roman Médianoche amoureux (1985) de Michel Tournier, le film « L’Examen de minuit » (1997) de Danièle Dubroux, le film « Les Rencontres d’après-minuit » (2013) de Yann Gonzalez, le film « La Nuit de Varennes » (1981) d’Ettore Scola, le roman Jamais avant le coucher du soleil (2003) de Johanna Sinisalo, la chanson « last Night » de Britney Spears, le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin (avec le Tex, le gigolo-cowboy, censé à minuit pile débarquer dans l’appartement d’Harold pour lui rouler une pelle et pour être sa petite gâterie), le film « The Long Day Closes » (« Une longue journée qui s’achève », 1991) de Terence Davies, le film « Tout droit jusqu’au matin » (1990) d’Alain Guiraudie, la chanson « Les Lueurs matinales » d’Étienne Daho, la pièce The Milktrain Doesn’t Stop Any More (Le Train de l’aube ne s’arrête plus ici, 1963) de Tennessee Williams, le film « La Promesse de l’aube » (1970) de Jules Dassin, la chanson « L’Alba » de Jeanne Mas, le film « Tout droit jusqu’au matin » (1990) d’Alain Guiraudie, le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, le film « Nuits blanches sur la jetée » (année) de Paul Vecchiali, l’épisode 4 de la saison 3 de la série Black Mirror (« San Junipero ») insistant sur minuit, etc.

 

AUBE jules dassin

Film « La Promesse de l’aube » de Jules Dassin


 

Certains personnages, dès qu’ils s’homosexualisent, se mettent à refuser les fins (de nuit, ou d’autre chose) : c’est le cas par exemple de Valentín dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, de la soirée « Un point c’est tout » du Fistclub dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard, etc.

 

L’aube dont il est question dans les fictions homo-érotiques n’a rien d’une renaissance ou du nouveau commencement. Ce n’est pas un moment généralement positif. Elle met fin à l’orgie. « Fini le théâtre ! Finies les belles robes et les couronnes de strass […] Le théâtre est fini ! » (les dernières répliques de Madame Lucienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « C’est toujours embarrassant, les matins après. » (Stéphane ayant recouché avec son « ex » Vincent pour une nuit, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) « On n’est pas raisonnables, ni toi ni moi. » (Vincent, idem ) ; « Oui, c’est la fête, enfin… la fin de la fête. » (Luc dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Où étais-tu entre le coucher et l’aube ? » (Michaël, le héros trans M to F, dans le film Gun Hill Road (2011) de Rashaad Ernesto Green) ; etc. L’aube exprime la léthargie, l’engourdissement pénible, le vide, l’absence de bien ou l’absence à soi, autrement dit une expérience de l’enfer (cf. je vois renvoie également au code « Drogues » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « L’inconfort se réveille avec les premiers rayons du soleil, mais cette fois, le malaise dure à peine aussi longtemps que l’aube. » (Ahmed et son amant Saïd, après leur première nuit d’amour, dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, p. 47) ; « Trente-cinq jours sans voir la terre, pull rayé, mal rasé, on vient de débarquer. Trente-cinq jours de galère et deux nuits pour se vider. J’avance sur ce quai humide. La sueur brûle comme l’acide. L’enfer va commencer. Bière chaude et narguilé, ‘Chez Mario’, tout oublier. » (cf. la chanson « Cargo de nuit » d’Axel Bauer)

 

Par exemple, dans le film « Infidèles » (2010) de Claude Pérès, un réalisateur et un acteur s’enferment dans un appartement, seuls, avec une caméra, toute une nuit, jusqu’au lever du jour, pour mettre à l’épreuve leurs désirs… mais cela tourne mal. Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, le jour est associé à la folie : « Je préfère traîner la nuit dans les gares où au moins on choisit son délire du petit matin ! » Dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) de Copi, Madame Garbo veut entreprendre un voyage vers la Chine avec son amante Irina, périple qui n’aboutira jamais : « J’ai besoin de quarante chiens et d’un traîneau solide pour arriver au transsibérien avant demain à l’aube. » Dans le film « Quatre heures du matin » (1938) de Fernan Rivers, Durand-Bidon est surpris, à l’aube, par sa belle-mère acariâtre, dans une baignoire avec un homme, tandis qu’ils rentraient d’une soirée « bien arrosée » : elle le suspecte pour le coup d’être homosexuel.  Dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, l’aube est signe de malaise : Valentine roule tôt toute seule en montagne et ça la fait vomir ; Maria, quant à elle, a peur de l’aube (« Je veux bien me lever à l’aube, mais pas pour me perdre. »). Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Todd et Frankie, les deux amants homosexuels, font partie d’une troupe, Mc Manus Ballet, qui met en scène un spectacle intitulé After Dark. Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, après leur coït, le matin, Oliver et Elio sont submergés par la mélancolie.

 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, l’aube est en général l’expression du déni du viol vécu la veille, du ravissement amnésique après la nuit sexuelle fusionnelle : « Il n’est pas sûr du tout qu’il fera jour demain. Je ne distingue plus le jour ou la nuit. » (Nicolas Bacchus dans son concert Chansons bleues ou à poing, 2009) ; « Je veux que tu m’imagines à tes côtés, tel un éternel lever du jour. » (Carol, l’héroïne lesbienne s’adressant à son amante Thérèse, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; « Je rampais, recru, exsangue, la langue aussi râpeuse qu’un reg, jusqu’aux bottes du dernier garçon, jusqu’au dernier jean-braguette-slip-sperme avant l’aube laborieuse. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Au musée » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 107) ; « Margot se rappelle non sans effroi cette aube funeste aux pis glacés, où un très beau [taureau] vint la renifler sans crier gare, oubliant que le pavé du quai glisse plus que les touffes d’herbe, surtout mouillé d’une aube funeste aux plis lascifs. […] Alors, depuis : scronch, scronch ; tchouk, tchouk, tous les samedis soir, ni vue ni connue au milieu des taureaux qu’elle ignore de toute la morgue de son ruminant ministère. » (cf. la nouvelle « Margot, histoire vache » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 119-120) ; « Comme la balance du tonnerre les vagues de l’amour font des courbes qui nous jettent dans le corps l’une de l’autre jusqu’à l’aube. » (cf. la narratrice lesbienne du poème « Ton regard dans l’amour » (2008) d’Aude Legrand-Berriot) ; « C’est presque l’aube. […] C’est l’aube, et ta pensée me réveille. […] On ne tutoie pas l’aube. » (Daniel à son amant Luther dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta) ; « Avant la fin de la nuit, je reviens… » (cf. la chanson « Cap Falcon » d’Étienne Daho) ; « On était au bord d’un lac. On regardait un coucher de soleil. Soudain, tout s’est écroulé. On s’est endormis. Et ils nous ont trouvés. » (Graham en parlant de son amour d’adolescence avec Manadj, dans le film « Indian Palace » (2011) de John Madden) ; etc. Gueule et bite de bois assurées ! « Nous décidâmes de passer la nuit à Notre-Dame […] car nous craignions dans la nuit une attaque de l’ONU. Nous ne pûmes fermer l’œil de la nuit vu le vacarme général qui régnait à Notre-Dame et sur le parvis. Les prisonniers ayant fait sauter les verrous des caves de l’archevêché, ils organisèrent une fête au champagne dans la nef de la cathédrale. Les folles de Sainte-Anne jouaient de l’orgue à dix-huit mains et les autres buvaient et forniquaient partout, hommes et rats ensemble. » (Gouri, le narrateur bisexuel du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 95) ; « La nuit est une émancipation. » (cf. une réplique du film « Des jeunes gens mödernes » (2011) de Jérôme de Missolz) ; etc.

 

L’aube est l’instant de la rupture, de la fin de l’orgasme, des adieux (« Retiens la nuit » bis), de la prise de conscience amère de sa finitude et du caractère éphémère de l’amour qui est en train de se vivre : cf. le film « Une dernière nuit au Mans » (2010) de Jeff Bonnenfant et Jann Halexander, le roman Le Garçon enterré ce matin (1991) de Joseph Hansen, le film « Carne Trémula » (« En chair et en os », 1997) de Pedro Almodóvar (avec le lever du soleil accueilli dans les larmes), le film « Requiem à l’aube » (1976) d’Olivier Desbordes, la chanson « Regrets » de Mylène Farmer (« L’aube est là, reste là. »), la chanson « Mon Légionnaire » de Serge Gainsbourg (« J’rêvais pourtant que le destin me ramèn’rait un beau matin mon légionnaire »), le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh, etc.

 

« À l’heure où naît un jour nouveau, je rentre retrouver mon lot de solitude. J’ôte mes cils et mes cheveux comme un pauvre clown malheureux de lassitude. Je me couche mais ne dors pas. Je pense à mes amours sans joie, si dérisoires. » (cf. la chanson « Comme ils disent » de Charles Aznavour) ; « Ce soir, la dernière nuit du monde, restons tous ensemble regarder la lune. » (Claude dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; « On nous trouvera enlacés, bouch’ contre bouch’, galvanisés, incendiés et confondus comme un rocher contre un rocher, comm’ deux statues qu’aurait sculptées la lave ardente du matin. » (Cachafaz à son amant Raulito dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « J’aimerais que cette nuit dure toute la vie. » (cf. la chanson « Le Grand Sommeil » d’Étienne Daho) ; « Ça me fait de la peine que ce soit fini. » (Valentín à son amant Molina, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 44) ; « Je me nomme Sidonie Laborde. Je suis orpheline de père et de mère. Bientôt je ne serai plus personne. » (cf. la dernière phrase de Sidonie, l’héroïne lesbienne et lectrice de la reine Marie-Antoinette, le lendemain de la nuit où elle a quitté pour toujours son amante, dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot) ; « En quelques heures, tout bascule. Nous sommes réveillés à l’aube par des explosions. Leur violence fait vibrer mon lit et les meubles de ma chambre. » (Madeleine dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 186) ; « Je ne veux pas que demain arrive. » (Simone, l’héroïne lesbienne du film « 510 mètres sous la mer » (2008) de Kerstin Polte) ; « Les jours pouvaient être à Martin, mais les nuits étaient à Stephen. Et pourtant, Stephen restait éveillée jusqu’à l’aube avancée et sa victoire prenait l’aspect d’une défaite, se réduisait en cendres au souvenir des paroles de Martin : ‘Votre triomphe, s’il vient, viendra trop tard pour Mary.’ Au matin, elle allait à son bureau et se mettait à écrire, travaillant avec une sorte de frénésie, comme s’il s’agissait maintenant d’une course, épaule contre épaule, entre son ultime réalisation et le monde. » (Stephen, l’héroïne lesbienne se disputant son amante Mary avec Martin, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 560) ; « Voilà l’aube avec ses couteaux cinglants, une morsure à pleines dents. Une larme sur le miroir. Aucun son mais je crie dedans. » (cf. la chanson « Mon meilleur amour » d’Anggun) ; « ‘Je t’aime, Ednar, mais il m’est difficile de concevoir que tu aies trahi ma confiance !’ et sans attendre ma réponse, il disparut dans l’aube naissante sans se retourner. » (Dylan à son amant Ednar, après que celui-ci ait couché avec une fille, dans le roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 26) ; « Ces voleurs de sentiments, au petit matin ils s’enfuient. » (cf. la chanson « L’Amour et moi » de Jenifer) ; « Moi, mes histoires amoureuses, elles ne durent pas très longtemps. Il y a toujours un matin où j’en ai marre, ça me saoule, je prends mes affaires, et je dégage. » (Hugo Quéméré, dans l’épisode 435 de la série Demain Nous Appartient diffusée le 3 avril 2019) ; etc.

 
 

b) La peur du jour et du Réel, qui ressemble à une mort :

Souvent, l’aube est la porte d’entrée de la Réalité, de l’Humanité, de la Résurrection, d’un mercredi (des cendres) ou d’un dimanche (de Pâques), que l’héros homosexuel refuse de franchir par peur de sa liberté, par angoisse de renaître à la vie : « Parfois Dieu arrive si soudainement. » (cf. la toute dernière réplique de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, prononcée par le travesti Micheline) Il s’arrête, comme le vampire craignant la lumière, à l’obscurité (confortable et artificiellement éclairée) du samedi ou de l’aube (cf. je vous renvoie au code « Désert » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « J’aime pas les demains. Je veux rester dans aujourd’hui. » (Ada, l’héroïne lesbienne de la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) ; « Le lendemain s’est enfoui, s’est dérobé à mon approche. » (Geneviève Pastre citée dans la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; « Fasciné par les lointaines galaxies, je somnambulais sous un ciel noir que voilaient peu à peu les laiteuses brumes de l’aube. […] La nuit finissante transformait cette fenêtre en miroir, et c’était en soi-même qu’il semblait dangereux de se pencher. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Terminus Gare de Sens » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 63-64) ; « C’est souvent le plus beau moment de la journée. Quand le soleil est levé, toute la féerie s’envole. » (Yohann, l’amant homosexuel du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 260) ; « Tes lèvres sont fraîches comme la mer au clair de lune, mais le soleil levant succède à la lune. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 412) ; « La nuit se muait graduellement en aube, et l’aube brillait par la fenêtre ouverte, apportant avec elle l’intolérable chant des oiseaux. » (idem, p. 201) ; « Pour vaincre dimanche » (Yves Navarre, Portrait de Julien devant la fenêtre (1979), p. 154) ; « C’est le septième jour que la noce fut brisée. » (Pretorius, le vampire homosexuel de la pièce musicale Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « Voilà. J’y suis. C’est là. Ce point de non-retour que je fuyais de toutes mes forces ; que je me refusais à admettre, à regarder en face. Je suis arrivée à cette révélation indécente de moi-même. Tout m’y poussait depuis des mois. Dès l’aube, à ce constat, ma pensée s’est affolée, faisant écho à mon corps frissonnant. » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 166) ; « Esti [l’une des deux héroïnes lesbiennes] s’était réveillée à l’aube. C’était vendredi, elle avait beaucoup de choses à faire. Elle aurait dû commencer. Mais non. Elle restait allongée près de Dovid [le mari d’Esti] toujours plongé dans un sommeil profond, depuis la veille. Elle sentit son estomac se tordre. Elle songea aux travaux qui l’attendaient, aux repas à préparer. La nausée augmentait. » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), p. 256) ; « La nuit de mardi, j’ai fait un rêve ; un de ces rêves aussi familiers que ma propre peau, mais que je n’avais pas fait depuis longtemps. J’ai rêvé que je me préparais pour le shabbat, mais que j’étais en retard, très en retard. » (Ronit, l’héroïne lesbienne, idem, p. 221) ; « Les vendredis soir je dîne au Plaza mais le service est devenu bien mauvais depuis leur résurrection parce qu’ils vous servent la première chose qui leur passe par la tête. » (le narrateur homosexuel du roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 53) ; « Et au sixième jour, Dieu créa Karine. » (la voix-off de présentation du one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011) de Karine Dubernet) ; « Le moment était venu d’allumer les bougies. Le shabbat approchait. Tic. Tac. » (idem, p. 209) ; « Ce soir même, entre tous les soirs de l’année, il avait ce rendez-vous, un rendez-vous inespéré ; inespéré parce que, lui semblait-il, les occasions s’offraient invariablement aux autres, jamais à lui, et il fallait que, par un absurde caprice de sa mémoire, il eût oublié que le mercredi en question était le mercredi saint, le seul mercredi de toute l’année auquel il n’osât pas toucher. » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 23) ; « C’est curieux, pensa-t-il dans un moment de calme subit, on dirait qu’à la veille de communier j’essaie de commettre tous les péchés mortels l’un après l’autre… Ce serait tout de même bizarre de mourir un mercredi saint ! » (idem, p. 24) ; « Que se passe-t-il ? Quelle fièvre ! Où suis-je ? L’aube déjà ? Le monde et ses apparats ! Mon Dieu, éteins la lumière le temps de rentrer chez moi ! » (Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « C’est uniquement à lui que j’ai tout raconté. Mon rêve dans la nuit du mardi au mercredi. Ce rêve-réalité. » (Omar, l’un des deux héros homosexuels du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 24) ; « Mercredi matin, c’était comme le jour du Jugement dernier. On avait tous peur. Le Paradis. L’Enfer. Pas de purgatoire. » (Omar, op. cit., p. 40) ; « Le soleil était devenu, année après année, une grande obsession morbide pour Khalid [l’amant d’Omar], vivant toujours les volets fermés chez lui]. Il en parlait tout le temps. Il en avait une connaissance scientifique, intime, amoureuse. Il voyait le soleil comme une menace sérieuse, certaine. » (Abdellah Taïa, Le Jour du Roi (2010), pp. 69) ; « C’est le dernier samedi que je passerai avec Pietro, je prie la mère supérieure de m’accorder une dernière soirée avec lui. […] Je pleure sur son épaule, je sais que c’est la dernière nuit. […] Le matin je suis réveillé par les cloches, comme toujours à Rome, mais aujourd’hui elles n’arrêtent pas, c’est le jour de la résurrection, paraît-il. J’ai froid au bras, Pierre est mort. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, pp. 148-151) ; « Vous voyez poindre la lumière froide de l’aube ? » (le très queer Capitaine Dave dans le film « Good Morning England » (2009) de Richard Curtis) ; « Ce qu’il faut craindre, c’est la lumière du jour. […] Une beauté, c’est de la joie jusqu’au lever du jour. » (Arnold, le héros homosexuel du film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart) ; « Quelle lumière crue, implacable, quelle logique horrible ! » (José María après sa nuit de veille, dans le roman El Ángel De Sodoma (1928) d’Hernández Catá) ; « Le dégoût. Ce terrible dégoût. […] Demain sera une journée pleine de dégoût. » (Michael dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Quand vient l’mardi, la Grande Zoa met ses bijoux, ses chinchillas. Et puis à minuit, la Grande Zoa autour du coup s’met un boa. » (cf. la chanson « La Grande Zoa » de Régine) ; « Fais pas l’enfant. Rendez-vous à minuit. » (Oliver, la trentaine, s’adressant à Elio, son jeune amant de 17 ans, dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino) ; etc. Par exemple, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Clara, l’héroïne lesbienne, se fait surnommer « Mercredi » (de la Famille Addams) par ses propres parents. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, lorsque la narratrice transgenre F to M se travestit en moine ermite, « un samedi soir, la veille de Pâques ». Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Jim et Doyler couchent ensemble le matin de Pâques 1916, et à l’aube d’un conflit sanglant entre l’Irlande et l’Angleterre. Doyler a du mal à voir arriver le jour : « On est le soir du Vendredi Saint et je ne pense plus qu’à Jim. »

 
 

Donald – « Où vas-tu ?

Michael – Il y a une messe de minuit. Je vais y assister.

Donald (ironique) – Prie pour moi.

Michael (blême) – Ça chassera peut-être mon angoisse.

Donald (seul invité à rester dans le salon) – En tous cas, moi, je pars dès que la bouteille est finie.

Michael – On se voit samedi ?

Donald – Si tu n’as rien de prévu. »

 

 (cf. le dialogue final du film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin)

 

Par exemple, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, minuit est lié à la mort, à la prostitution, à la déchéance et à l’errance humaine : « Plus noir qu’à minuit. » (cf. la nom d’un chapitre du film) Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, l’aube est désignée comme un moment de crise.
 
 

Aube de Résurrection

Aube de Résurrection


 

La déprime matinale du héros homosexuel est souvent contrebalancée (et au final, confirmée !) par un optimisme forcé et désenchanté : cf. le film « Les Promesses de l’aube » (2009) de Marie-Lise Giraudet, la comédie musicale Amor, Amor, En Buenos Aires (2011) de Stéphan Druet (avec Octavia, le transsexuel M to F, et son « voile matinal »), etc. L’aube apparaît alors comme une charmante déesse sépulcrale sans sexe : « J’ai longtemps attendu Aurore. […] Le matin qui s’agrippe mais que jamais on ne retient. » (cf. la chanson « Aurore » de Bruno Bisaro) ; « Dans mes bras de chrysanthèmes, l’aube peine à me glisser doucement son requiem. » (cf. la chanson « Paradis inanimé » de Mylène Farmer) ; « Comme un fantôme qui se démène dans l’aube abîmée sans épiderme. Et nul n’a compris qu’on l’étreint à demi et… et nul n’a surpris son cri. Recommencer sa vie, aussi. » (cf. la chanson « Redonne-moi » de Mylène Farmer) ; « Et quand revient l’aube des hommes, je vous assure je reste belle. » (la prostituée-louve dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Quand je me réveille, je peux dire que j’ai fait la plus belle trouvaille de ma merdique existence : j’ai rencontré la Vénérable. Une petite vieille toute fripée de rides intelligentes. Avec deux rayons verts dans le regard. Comme depuis toujours, à cette aube elle m’apparaît sur fond noir, assise dans un fauteuil tapissé de velours rouge. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 96) ; « Quel maquillage porte à l’aube maman. » (Copi, Un Livre blanc (2002), p. 27) ; « Au matin du sixième jour, soit on ressuscite, soit on meurt. » (l’actrice jouant Dalida dans le spectacle musical Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini) ; « Après deux matins, à l’aube, Claude [l’héroïne lesbienne] se suicide. » (Mike Nietomertz, Des chiens (2011), p. 122) ; etc

 

On finit par comprendre que c’est à l’aube que le héros homosexuel se retrouve nez à nez avec la mort (… du désir). Par exemple, dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, Mimi, la « princesse » alitée et souffrant d’une mystérieuse maladie dont on a cherché pendant toute la pièce le remède, meurt à l’aube. Et contre toute attente, les chansons prétendument joviales « Je chante » de Charles Trénet (« Je chante, je chante soir et matin, je chante sur mon chemin. »), ainsi que « C’est une belle journée » de Mylène Farmer, évoquent contre toute attente le suicide. Dans le film « Les Lesbiennes ne portent pas de talons hauts » (2009) de Viktoria Dzurenkova, il est question de la « lumière froide de l’aube ». Dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, Michel, le héros homosexuel homophobe, ne veut surtout pas passer la nuit avec quelqu’un : il ne le supporte tellement pas qu’il tue les amants qui l’y obligent. Dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, l’aube désigne une idolâtrie passionnelle qui va conduire la personne aimée vers la mort : en effet, Dorian Gray, le personnage homosexuel, tombe amoureux de la comédienne Sibylle Vayne (il dira d’elle qu’elle « a toute l’extase de l’aube »), puis en la répudiant, la pousse au suicide.

 
« Les rideaux n’étaient pas complètement tirés et l’aube lugubre de novembre s’insinuait dans la chambre. » (Jane l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 19) ; « Jane se glissa sans bruit dans l’appartement, surprise de voir le gris de plus en plus pâle d’une aube hivernale s’étirer à travers les carreaux. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 68) ; « L’aube commençait à poindre, la pièce passait du noir au gris. » (idem, p. 241) ; « Jane se pencha dans la cage d’escalier et vit la fille qui descendait dans la lumière grise de l’aube. » (idem, p. 244) ; etc.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) L’horreur boréale :

Il faut reconnaître que l’aube est davantage mentionnée dans les fictions homo-érotiques que dans la réalité, étant par définition un moment de silence… Mais si on prête bien attention, on en entend quand même bien. « À cette époque (années 1950-1960), dans les villes américaines, les homosexuels se réfugient dans la vie nocturne et sont appelés ‘twilight people’ – ceux qui ne rentrent chez eux qu’à l’aube. » (Kate Davis et David Heilbroner, Stonewall Uprising, Éd. First Run Features, 2010). Je vous renvoie à l’autobiographie Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997) d’Annie Ernaux, au conte « Avant la nuit » (1893) de Marcel Proust (publié dans la Revue blanche), l’autobiographie Antes Que Anochezca (1992) de Reinaldo Arenas, etc.

 

Autobiographie "Antes Que Anochezca" de Reinaldo Arenas

 

Dans le discours du sujet homosexuel, l’aube n’a souvent rien d’une renaissance ou du nouveau commencement. Elle est l’instant de la rupture, de la fin de l’orgasme, des adieux (« Retiens la nuit » bis), de la prise de conscience amère de sa finitude et du caractère éphémère de l’amour qui est en train de se vivre : « Plus tard, à l’approche de la première lumière qui annonce le grand jour, je me retrouvais dans sa chambre sans trop savoir pourquoi. Sa forte ombre qui tournait autour de moi bourdonnait des mots incompréhensibles, tel un chanteur aux mâchoires serrées. […] La sensation de beauté qui m’avait ébloui la veille, laissa la place à un visage banalement masculin, pas nécessairement très beau mais sexy, avec un air d’ivresse dans les yeux. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant de sa première nuit de sexe homosexuel, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), pp. 66-67) ; « Combien de fois, à l’aube, alors que, sur les vieilles toitures de Clermont, l’affreux ciel des petits matins pâles cherchait sa vie, n’ai-je pas été saisi de nausées ? Tandis que je procédais à une toilette minutieuse, toujours comme ces femmes dont je me moque tant, j’ai vu dans mon miroir l’être de cendre que je suis vraiment. Par la porte entrouverte, j’apercevais un étranger, couché dans mon lit, satisfait après notre affreuse passion. Qui était-il ? qui nous avait poussés l’un vers l’autre, comme ‘les autres’ vers les putains ?… Quelle impasse ! » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 98) ; « Juste un bref commentaire sur le code « Aube » qui m’a rappelé ce patient qui revenait de ses escapades nocturnes au petit jour dans un état d’hébétude et d’amnésie après avoir subi les assauts de plusieurs hommes dans les boîtes du Marais pendant la nuit. » (un mail d’un ami reçu en 2010) ; « Les petites aubes sont terribles pour le cafard. Vers 3 heures du matin, c’est le moment que choisissent les idées noires pour vous foncer dessus. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc.

 
 

b) La peur du jour et du Réel, qui ressemble à une mort :

Capture d’écran 2013-12-12 à 11.06.23

B.D. « Kang » de Copi


 

Parfois, l’aube est la porte d’entrée de la Réalité, de l’Humanité, de la Résurrection, d’un mercredi (des cendres) ou d’un dimanche (de Pâques), que l’individu homosexuel refuse de franchir par peur de renaître à la vie : « Il est 23h, j’ai la tête pleine de cendres. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 93) ; « Mais comme le jour arrive… Le jour arrive toujours. » (la romancière lesbienne Nina Bouraoui dans l’émission Culture et Dépendances, sur la chaîne France 3, diffusée le 9 juin 2004) ; « Elle m’a quitté à minuit. » (Simone de Beauvoir, parlant de son amante Nathalie avec qui elle a fait l’amour, dans une lettre rapportée dans la pièce-biopic Pour l’amour de Simone (2017) d’Anne-Marie Philipe) ; « Hôpital général de Brazzaville. À deux heures dix, passées de minuit, des sanglots suffoqués évoquaient les instants fatidiques de ma vie. Dans une chambre à la lumière tamisée, où s’entassaient des nouveaux-nés dans des berceaux semblables les uns aux autres, j’étais comme quelque chose qui s’éveillait et combattait sa propre existence. » (cf. la première phrase de l’autobiographie Le Flamant noir (2004) de Berthrand Nguyen Matoko, p. 11).

 

Je vous renvoie à la partie « Cendres » du code « Désert » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

À Paris, le nom de la salle de spectacle la plus importante du quartier homo parisien du Marais, à savoir Le Point-Virgule, renvoie symboliquement, à mon avis, au refus des fins, des points finaux.

 

La déprime matinale que ressentent beaucoup de personnes homosexuelles (et hétérosexuelles !) est souvent contrebalancée (et au final, confirmée !) par l’optimisme forcé et désenchanté : « Le jour sourit mauvais derrière mon carreau. » (cf. le poème « Le Condamné à mort » (1942) de Jean Genet) Dans leur esprit, curieusement, l’aube apparaît alors comme une charmante déesse sépulcrale sans sexe, ou un homme invisible angélique : « Après ta mort, j’ai eu peur. Peur que tu m’apparaisses, comme ça, dans le lit, à côté du mien. Je lisais, tu sais quoi ? les programmes de théâtre et de cinéma. J’imaginais que tu me donnais rendez-vous. On se retrouvait toujours après le spectacle, quand tout était calme, quand le lit avait été rendu au fantôme. Après, on parlait, on parlait, jusqu’à l’aube. » (Alfredo Arias s’adressant à sa grand-mère morte, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 151) Par exemple, dans le documentaire « Ma Vie (séro)positive » (2012) de Florence Reynel, Vincent, 22 ans, homosexuel, à la fois pleure la misère affective dans laquelle il est constamment et périodiquement plongé, et tient quand même le discours combatif et gnangnan des contes de fée : « Un jour, j’aurai le Prince charmant. C’est tellement rassurant d’être avec quelqu’un, de passer une nuit avec quelqu’un. »

 

On finit par comprendre que c’est à l’aube que les individus homosexuels se retrouvent nez à nez avec la mort (… du désir/Désir).

 
aube
 
 

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Code n°17 – Bergère (sous-codes : Peau d’âne / Femme-objet / Joconde)

Icône 17

Bergère

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Pourquoi on a du mal à aimer une femme ? (La célébration homosexuelle de la femme-objet idéalisée… au détriment de la femme réelle : sois belle et tais-toi)

 

Rita Hayworth

Rita Hayworth

 

Les individus homosexuels aiment-ils particulièrement la femme ? Non. Ils peuvent la trouver « objectivement » belle, désirable, terriblement forte et attirante… mais en général, ils lui préfèrent la femme-objet (l’actrice, le mannequin, la chanteuse). Leur rapport avec la femme réelle, confondue avec la femme cinématographique, peut être passionnel, charnel, érotique, amoureux… mais en tous cas il n’est pas aimant : là est tout le paradoxe !
 

Même si la majorité des hommes gays n’ont pas d’attirance sexuelle pour les femmes, en revanche, il serait faux de dire qu’ils n’ont aucune attirance du tout, ni surtout aucune projection fantasmatique (voire érotisée) sur elles. Il y a du désir. Un désir idolâtre, peu fiable, misogyne en ses fonds, mais un désir quand même. Disons qu’ils sont fous de la femme-objet qu’ils ont confondue avec la femme réelle… si bien qu’ils méprisent inconsciemment la seconde en la réduisant à une équation esthétique et émotionnelle, à un montage sculptural, à une caricature de féminité, à un moule sur-féminin (qui force les femmes à être plus qu’elles-mêmes ! à être des hommes-objet ou des pères-objet !). Ayant parfois grandi dans des univers très féminins, dans des maisons de poupées bourgeoises, il arrive qu’ils soient à l’âge adulte les constructeurs et les annonciateurs de l’imagerie féminine qui sera adoptée par une société.
 

En général, l’égérie gay représente une vierge maternelle, une grand-mère transfigurée de lumière, la bergère gentillette des romans pastoraux, la Vénus végétale, la jumelle narcissique, l’Ophélie de Millais. Elle n’a pas de sexe et n’a jamais « péché » (comprendre « connu la génitalité »). Pour bon nombre de sujets homosexuels, le sexe et le corps des femmes a peu à voir avec « l’être femme », puisque n’importe qui peut être femme : il suffit, comme le recommande Néstor Perlongher, de « se laisser envahir par l’émotion du devenir femme » (Néstor Perlongher, « Sobre Alambres » (1988), p. 140) de se déguiser en star ultra-féminine, ou de faire intervenir la science, pour qu’un être né homme se convertisse en femme. Ce qui préoccupe la majorité des personnes homosexuelles, ce n’est pas tant la femme incarnée que son allégorie divine, scientifique et télévisuelle. « Je suis fascinée par les femmes hétérosexuelles » affirment certaines femmes lesbiennes (cf. le documentaire « Le Bal des chattes sauvages » (2005) de Véronika Minder). Elles ont pris l’exception de femme pour la femme universellement/uniformément exceptionnelle, si bien qu’elles sont tentées de délaisser les femmes réelles.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles s’identifient à la femme-objet, créature appartenant prioritairement au star system et qui se rêve sur-humaine : « J’ai voulu être hors du commun, dit-elle, dépasser la condition humaine. » (l’actrice française Jeanne Moreau citée dans l’essai Les Femmes et les homosexuels : la fausse indifférence (1996) de Virginie Mouseler, p. 166) Elles pensent vraiment qu’elle est l’incarnation de la femme réelle. Par exemple, Julien Green soutient que lorsqu’il voit jouer Brigitte Bardot, il ne peut plus parler de cinéma : « Dans les films d’elle que j’ai vus, elle ne joue pas, elle existe. » (cf. l’article « Julien Green, l’histoire d’un sudiste » de Philippe Vannini dans le Magazine littéraire, n°266, juin 1989, p. 103) Elles préfèrent la femme en photo qu’à table… même si la photo est parfois jolie et flatteuse pour la femme réelle. Ils glorifient la femme étrangère folklorique, l’extra-terrestre autiste et muette, la femme-musée qui fait tout pour ne pas être prise pour une potiche parce que précisément elle en est presque une. Le symbole le plus manifeste de leur désir de pétrifier la femme, de lui clouer le bec sans qu’elle cesse de sourire mystérieusement, c’est leur goût pour la Joconde.
 

Film "Xenia" de Panos H. Koutras

Film « Xenia » de Panos H. Koutras


 

Les personnes gays et lesbiennes (conjointement aux personnes hétérosexuelles machistes) sont souvent les parents de la femme-objet. Tout en rejetant son concept, elles le cautionnent par la photographie, la littérature, le théâtre, les arts plastiques, et le septième art. De nombreux réalisateurs homosexuels réactualisent le mythe de Don Juan en cherchant à s’entourer des plus belles femmes du monde et en les transformant en monstres sacrés du cinéma mondial.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles admirent la femme-objet au point de vouloir prendre sa place. Certaines études scientifiques avancent que 40% des garçons gays ont eu le désir d’être une femme (Jacques Corraze, L’Homosexualité (2000), p. 56). Ils le confessent rarement, car en effet, c’est un peu vrai et un peu faux à la fois. C’est faux dans les faits, puisqu’ils ne désirent pas être la femme réelle, mais la femme imagée qu’ils ont prise pour la femme réelle. C’est vrai en fantasme… et parfois un peu dans les faits, quand les désirs artificiels se sont partiellement actualisés par la chirurgie et l’artifice du travestissement ou des attitudes.

 

La majorité des personnes homosexuelles idéalisent la femme, et cette attitude, contrairement au cliché qui sévit surtout dans le « milieu » homosexuel, n’est pas proprement gay. Beaucoup de femmes lesbiennes croient tellement que la femme de magazine est la femme réelle qu’elles en déduisent, parce qu’elles n’atteindront jamais le degré de « perfection » de l’image, qu’elles ne sont pas de vraies femmes, ou même que la femme n’existe pas : « La féminité me paraissait assortie de tant de contraintes que je n’ai pas mis beaucoup de temps à décider que je ne voulais pas être une femme. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 54)

 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Poupées », « Reine », « Destruction des femmes », « Carmen », « Vierge », « Putain béatifiée », « Femme et homme en statues de cire », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Substitut d’identité », « Mère possessive », « Grand-Mère », « Tante-objet et Mère-objet », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Frankenstein », « Fleurs », « Jardins synthétiques », « FAP ‘fille à pédés’ », « Bourgeoise », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois », « Fan de feuilletons », « Télévore et Cinévore », « Femme allongée », « Actrice-Traîtresse », « Pygmalion », « Innocence » et « Don Juan », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

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FICTION

 

a) Le personnage homosexuel grandit dans une ambiance très féminine, et choisit la bergère comme femme idéale :

Tableau La Jeune Bergère de Georges Paul François Laurent Laugée

Tableau La Jeune Bergère de Georges Paul François Laurent Laugée

 

Dans les fictions traitant d’homosexualité apparaît souvent l’image d’Épinal kitsch et sucrée de la bergère de la pastorale : cf. le film « Peau d’âne » (1970) de Jacques Demy, le roman Peau d’âne (2003) de Christine Angot, la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) Philippe Cassand (avec la référence à Peau d’âne), le vidéo-clip de la chanson « Tristana » de Mylène Farmer, le recueil Les Quarante Bergères : Portraits satiriques en vers inédits (1925) de Robert de Montesquiou, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman (avec l’amour de Nietzsche pour les paysannes), le film « La Comtesse aux pieds nus » (1954) de Joseph Mankiewicz, le film d’animation « Toy Story 2 » (1999) de John Lasseter (avec le personnage de Bo Peep), le film « Totò Che Visse Due Volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto, le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent (avec Sarah, la lesbienne Cacharel), la chanson « Duo des dindons » de Charpini et Brancato, etc. Par exemple, dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset, Guillaume, le héros homosexuel, passe une heure à regarder une gravure d’une femme aux coquelicots. Et il ne touche pas à sa meilleure amie Mathilde parce qu’il la considère comme un bibelot : « Tu ferais la Madone de je ne sais quel tableau. »
 

« T’as vu ? C’est comme dans Peau d’âne. » (Anne, l’héroïne bisexuelle avalant dans sa bouche un bracelet à la bijouterie pour le voler, dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma) ; « Je les regardais s’engouffrer tous dans l’escalier qui menait au balcon, lorsque je reconnus Perrette Hallery de dos… accompagné d’une magnifique femme en manteau de poil de singe, rousse à mourir sous son chapeau à voilette, la peau laiteuse et la démarche assurée. Le cliché de la belle Irlandaise, Maureen O’Hara descendue de l’écran pour insuffler un peu de splendeur à l’ennuyeuse vie nocturne de Montréal, la Beauté visitant les Affreux. […]La fourrure de singe épousait chacun de ses mouvements et lui donnait un côté ‘flapper’ qui attirait bien des regards admiratifs. Les hommes ne regrettaient plus d’être là, tout à coup. […] Maureen tenait le bras de son fils et je crus d’abord qu’elle était aveugle. Mais elle promenait autour d’elle ce regard curieux de myope qui ne voit pas ce qui l’entoure et qui se fie au flou des contours pour se guider. Mon rouquin n’avait pas menti au guichet, sa mère avait bel et bien un problème de vision ! » (le narrateur homo parlant de la mère de son futur amant rouquin Perette Hallery, à l’opéra, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 44) ; etc.
 

Le héros homosexuel met la féminité sur un piédestal, sous verre ou sous cloche, dans un joli herbier : « Ce que j’aime en une femme, en une vierge, c’est la modestie sainte ; ce qui me fait bondir d’amour, c’est la pudeur et la piété ; c’est ce que j’adorai en toi, jeune bergère ! » (Arthur Rimbaud, Un Cœur sous une soutane (1870), p. 202) ; « Tu es très belle avec ton poncho qui sent l’âne. » (l’héroïne lesbienne s’adressant à Bérénice dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie) ; « Lady Anna Gordon est l’archétype de la femme parfaite que Dieu trouva bon de créer. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, pp. 17-18) ; « Je respecte toutes les femmes hétérosexuelles de la salle. » (Shirley Souagnon s’adressant à toutes les « femmes hétérosexuelles » dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « Y’a un proverbe antillais qui dit : ‘Avant d’épouser la bergère, regarde sa mère !’ J’ai regardé… et je me suis barré ! » (Rémi, le héros bisexuel, jadis en couple avec Marie, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza) ; etc.
 

Il n’est pas rare d’ailleurs qu’il cherche à reproduire le paradis de dînette dans lequel il a grandi, le cocon majoritairement féminin et déréalisant de l’enfance. « Je reste presque seul, dans l’évident triomphe de mes seize ans, entouré de femmes qui prennent soin de moi, de leur affection excessive et peureuse. » (Vincent, le jeune héros homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) Philippe Besson, p. 14) ; « Au fil des ans, je m’étais habituée à la compagnie de personnes beaucoup plus âgées que moi. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 13) ; « Dans mes nuits, j’étais la poupée qu’on habille et qu’on déshabille. Est-ce une maladie ordinaire, un garçon qui aime un garçon ? » (cf. la chanson « Le Privilège » de Michel Sardou)
 

Bo Peep et Woody dans le film d'animation "Toy Story" de Pixar

Bo Peep et Woody dans le film d’animation « Toy Story » de Pixar


 

Beaucoup de personnages homosexuels n’arrivent pas à se détacher du salon de thé de leur(s) mère(s) : cf. le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, le film « Morte A Venezia » (« Mort à Venise », 1971) de Luchino Visconti (avec la famille de Tadzio, où les hommes sont inexistants), le roman Du côté de chez Swann (1913) de Marcel Proust, la pièce La Casa De Bernarda Alba (1936) de Federico García Lorca, le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent (avec le camping des femmes esseulées ou lesbiennes), etc. Par exemple, Maurice, le héros du film éponyme (1987) de James Ivory, n’est entouré que de femmes (ses sœurs, sa mère, ses tantes) durant toute sa vie. Dans le film « Hey, Happy ! » (2001) de Noam Gonick, Sabu, le personnage homosexuel, a évolué pendant toute son adolescence dans le salon de coiffure de sa tante, en compagnie des clientes. Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, dit ironiquement qu’il incarne le cliché parfait du « gay » : « Pas de père. Et entouré de femmes dominantes… ». Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Éric le héros homo est le seul garçon de sa famille : il est entouré d’une longue lignée de sœurs.
 

L’attachement précoce pour la bergère préfigure parfois une homosexualité. Par exemple, dans la nouvelle « L’Histoire qui finit mal » (2010) d’Essobal Lenoir, un papa raconte à son jeune fils une histoire d’amour anodine entre un prince et une princesse ; mais l’enfant n’y croit pas, et ré-invente complètement le conte de fée pour que le prince ait le choix de renoncer tout d’abord à la princesse, mais aussi à la solution « éthique » de rechange trouvée par son père – à savoir la bergère pour que Roméo finisse dans les bras d’un homme ! « Ah ! alors une bergère. C’est un prince qui veut épouser une bergère. Mais tu sais, à la fin, la bergère c’est toujours une princesse abandonnée par ses parents. » (le père, p. 6) En quelque sorte, la bergère est le stade intermédiaire vers une homosexualité exclusive.
 
 

b) La passion pour la femme-objet folklorique et cinématographique :

B.D. "Kang" de Copi

B.D. Kang de Copi


 

Le thème de la femme-objet revient extrêmement souvent dans les fictions homosexuelles : cf. le film « Potiche » (2010) de François Ozon, la pièce La Pyramide (1975) de Copi (mise en scène par Adrien Utchanah en 2010, avec la parodie du concours de Miss de Beauté), le film « Little Miss Sunshine » (2006) de Jonathan Dayton (avec le concours de Miss America), la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier (dans laquelle le maquillage féminin est présenté comme une dictature esthétique imposé aux femmes), la chanson « Material Girl » de Madonna, le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen (avec Göran, fan homo de Dolly Parton), le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque (avec le narrateur, fan de chanteuses comme Dorothée, Chantal Goya, Mylène Farmer, Catherine Deneuve, etc.), le film « Miss Congeniality » (« Miss Détective », 2000) de Donald Petrie (avec Vic, le conseiller relookeur des Miss), la comédie musicale Ball Im Berlin (Bal au Savoy, 1932) de Paul Abraham (avec Madeleine, un genre de Lili Marleen), « Les filles, c’est des garçons » de Gabaroche, etc.
 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. Kang de Copi


 

En général, les personnages homosexuels entretiennent une relation passionnelle avec une femme-objet médiatique. « J’adore Audrey Hepburn. Audrey Hepburn, c’est la femme de ma vie. » (Nicolas, le héros gay du film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan) ; « Nous adorerons Evita. Son image sera reproduite à l’infini en peinture et en statue pour que son souvenir reste vivant dans chaque école, dans chaque endroit de travail, dans chaque foyer. » (Juan Domingo Perón dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, p. 86) ; « Pour moi sa vie était ma source d’inspiration ! Je n’ai jamais joué qu’un seul personnage : Madame Lucienne ! » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Je vous aime, Dalida. Je vous adore. Je peux vous embrasser ? » (la figure d’Élie Kakou dans le one-woman-show Sandrine Alexi imite les stars (2001) de Sandrine Alexi) ; « J’aime une comédienne : Sybil Vane. » (Dorian Gray dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « Ne trouvez-vous pas que seules les actrices sont dignes d’amour ? » (idem) ; « J’me voyais déjà monter des marches avec des stars. » (Fabien Tucci, homosexuel, originaire de Cannes, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « J’adore toutes les femmes. » (Simon, le héros homo, fan de Whitney Youston, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti) ; « J’adore Géraldine Pellas. » (Jacques, le héros homo, en parlant d’une cantatrice qu’il écoute fort chez lui, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; etc.
 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. Kang de Copi


 

Par exemple, dans le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache, le héros a une photo encadrée de Lady Di dans sa valise. Dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Quentin, le héros homo, sort avec Michèle, l’actrice de série B La Vie est plus moche. Dans le film « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, Giles, le personnage homo âgé, peint des actrices. Dans le one-man-show Parigot-Brucellois (2009) de Stéphane Cuvelier, le personnage transsexuel M to F est fan de Karen Cheryl et de Simone de Beauvoir. Dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan, Romain, le coiffeur homosexuel, regarde Julie Lescaut à la télé, et se déguise en Lady Gaga ou en Princesse Sarah dans ses soirées déguisées. Dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée, Rayon, le héros transsexuel M to F, a plein de photos d’actrices autour de sa glace. Dans le faux film « Servir et protéger » à l’intérieur du film « In & Out » (1997) de Frank Oz, Billy Stevens, un soldat homosexuel, est fan de la B.O. du film « Beaches » avec Bette Midler, et ce signe trahit auprès de sa hiérarchie militaire son homosexualité. Toujours dans le film « In & Out », Howard, le héros central de l’intrigue, est fan de Barbara Streisand et de Gloria Gaynor. Dans le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee, Elliot, le héros homosexuel, est fan de Judy Garland. Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, un hommage est rendu continuellement à la chanteuse Jackie Quartz (l’interprète de « Mise au point ») : Benoît, son fan homosexuel, a d’ailleurs placé un portrait d’elle pile au centre de son salon. Dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, David est fasciné par Catherine Deneuve. Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Marcy se compare sans arrêt à Amélie Poulain ; et Sébastien, son meilleur ami gay, se prosterne devant la photo de la chanteuse Madonna, icône qui a remplacé la statuette de la Vierge dans l’appartement. Dans le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, les deux protagonistes masculins s’identifient à Meg Ryan et à Julia Roberts. Dans le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar, Esteban voue un véritable culte à l’actrice Huma Rojo. Dans le film « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar, Benigno regarde Alicia à son cours de danse à travers la fenêtre de son immeuble, comme un inventeur sa ballerine enfermée dans une cloche de verre. On retrouve cette image avec le tableau de Pierre et Gilles dans lequel une femme miniature enfermée dans un sablier est regardée par un homme géant. Dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry exprime le désir de devenir majorette et pom-pom girl ; d’ailleurs, il compare la femme à « un beau tableau », « une belle statue ». Dans le sketch « Sacha » de Muriel Robin, Bruno, le héros homosexuel, imite ses idoles Dalida et Mylène Farmer à travers des play-back et des spectacles où il se travestit. Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand dépeint les différentes catégories d’homos qu’il a identifiées dans la communauté LGBT, dont « les fans de femmes avec un grand F ». Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, « M. », un des héros homos, dit « qu’il est amoureux d’Audrey Hepburn, l’actrice de Breakfast At Tiffany’s […] et fan de Lio » (p. 39). Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Angelo, l’un des héros homos refoulés, après sa tentative de kidnapping de Carla Bruni dont il dit être amoureux, manque de peu d’être interné dans un hôpital psychiatrique, et est activement recherché par la police. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, l’un des héros homosexuels, est fan de l’actrice María Montez, et la défend bec et ongles : « Qu’est-ce que tu reproches à cette femme formidable ? » Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Graziella, l’agent de Tom (le héros homo) qui veut le forcer à paraître hétéro, lui soumet un test de questions pour savoir s’il arrive à rentrer dans la peau de son personnage. Et l’un des questions lui impose un choix cornélien impossible : « Lady Gaga ou Madonna ? » Tom prend sur lui pour répondre une seule des deux… mais le « naturel » ne tarde pas à revenir au galop : « Les deux ! Je les adore ! » Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Petra, la femme du neveu de Ben (le héros homosexuel), est surnommée en boutade par Ben et George « Petra von Kant ». Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Antionetta se rend compte que Gabriele, son ami homosexuel, a l’esprit et le cœur contaminés « d’actrices, de chanteuses, de présentatrices ». Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le Dr Katzelblum suit en thérapie un couple gay Benjamin/Arnaud parce qu’Arnaud ne s’assume pas comme homo. Il leur propose trois options d’ateliers au choix : une visite au Musée de la Mode, un atelier de création de bougies parfumées, et un atelier Mylène Farmer. Dans le film « Sing » (« Tous en scène », 2016) de Garth Jennings, Gunther, le cochon homosexuel, se prend pour Lady Gaga.
 

Le héros homosexuel a tendance à considérer la star comme sa vraie mère biologique : « Toute l’année j’avais attendu de voir Mary Poppins avec mon idole, en vedette. » (Michael, le héros homosexuel du roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 89) ; « Dalida, ma Dali, mon idole. » (Karine Dubernet dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! , 2011) ; « J’me sens très proche d’elle. » (Philippe Mistral en parlant de Dalida, dans son one-man-show Changez d’air, 2011) ; « Oh ! C’est terrible !!! C’était comme une mère pour moi ! » (Romain, le coiffeur homosexuel, parlant de la cantatrice Isabelle, dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan) ; « Ma mère, c’est Chantal Goya. » (Claude, le personnage homosexuel de la pièce Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « Tu n’aimerais pas être actrice ? Si t’étais actrice, j’écrirais des rôles pour toi. » (Esteban, le héros homosexuel s’adressant à sa mère Manuela, dans le film « Todo Sobre Mi Madre », « Tout sur ma mère » (1998) de Pedro Almodóvar) ; « Le pire, maman, ce serait de devenir comme toi : une potiche. » (Joëlle s’adressant à sa mère Suzanne dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon) ; « C’est quoi le problème ? C’est sa mère, Sophie Marceau ? » (Alex par rapport à Gabriel le héros homosexuel, dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce) ; etc.
 

Par exemple, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le jeune héros homosexuel, délaisse sa vraie mère (il ne pleure même pas sa mort) pour lui préférer la chanteuse Patty Pravo, même si les deux femmes fusionnent : « Ma mère était chanteuse. Elle pouvait chanter. » ; « Patty, c’est mon idole. » Dans une vision onirique, le jeune homme voit sa star sur un paquebot, en rouge, qui s’adresse à lui à distance, d’un bateau à un autre, et qui ne pourra pas le rejoindre. Comme s’il s’agissait de sa mère, elle lui demande de se couvrir pour ne pas prendre froid. « Patty Bravo est mon porte bonheur. » À la fin, la limousine noire de Patty s’arrête au bureau de tabac pour acheter le journal : elle se contente de glisser à Dany un doux « Amore » puis de s’en aller sans en dire plus. Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Matthieu, le héros homosexuel, parle de sa mère en l’imitant comme s’il s’agissait de la mère cinématographique Loréal : « Parce que je le vaux bien. »
 

Pourtant, on l’avait mis en garde que la femme-objet n’est qu’une exception de femme qui n’est absolument pas représentative de toutes les femmes réelles. « Le portrait de votre femme n’est pas votre femme. » (Maria Casarès s’adressant à Orphée, dans le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau) On l’a aussi prévenu que cette conception de la femme n’honore pas les vraies femmes : « C’est facile de faire la femme, mais être une femme, c’est autre chose. » (Luis à son amant transformiste Paulo, dans le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron) Mais rien n’y a fait.
 

En général, la femme est regardée comme une star-objet (c’est pour cela qu’elle est représentée parfois de dos) : « L’idéal est une panoplie de majorettes. » (Denis, le héros homo du film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta ; « Hillary pose devant ce photographe qui s’applique pour immortaliser la beauté de la jeune femme. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 10) ; « Maria fait partie du décor, comme un meuble de la pièce. » (Cyril, le héros du roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 28) ; « Catherine D. [sous-entendu Catherine Deneuve] est en chantier. » (le héros homosexuel dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral) ; « Eva était incontestablement la plus séduisante dans son ensemble easy-wear Vivienne Wetswood en cachemire vert pâle orné de soieries noires. Elle ressemblait à une égérie des sixties. Ses lèvres avaient le goût du cappuccino. » (Antoine dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, p. 203) ; « Antoine aperçut Eva de dos, dans une splendide robe volantée mauve. » (idem, p. 216) ; « Je lui trouvais une froideur de vamp rétro. Quelque chose d’Eva Marie Saint dans ‘La Mort aux trousses’, l’exotisme slave en plus. […] Quand elle écrivait, elle devait appuyer très fort sur son stylo, car son ongle devenait blanc à l’extrémité, et rosissait à la base, sous l’afflux du sang. Ce détail me prouvait qu’elle n’était pas de marbre. Comme pour me confirmer cette découverte, en réalité sans doute parce que j’avais passé les bornes en la détaillant de manière assez insistante, elle est sortie de son immobilité de statue, a tourné la tête et m’a lancé un regard excédé. » (p. 54) ; « De toute évidence, je n’existais pas à ses yeux. » (Jason, le héros homosexuel décrivant la Russe vénéneuse Varia Andreïevskaïa, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 53-54) ; « Pour moi, Anna Morante est une image immobile, en deux dimensions. Seulement une image. » (Leo, le héros homosexuel du roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 106) ; « C’est bien ainsi que tu les préfères : froides, flasques. » (le héros gay s’adressant à Stan à propos des femmes, dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé). Par exemple, dans le film « Morte A Venezia » (« Mort à Venise », 1971) de Luchino Visconti, Aschenbach embrasse des cadres où se trouvent les photos des « femmes de sa vie ».
 

C’est une attitude, une sensation, une posture esthétique, une corporalité sans âme (mais avec du style et de la sensiblerie !), que le héros homosexuel recherche chez les femmes de son entourage : « J’aime l’esprit des femmes, Vincent. J’aime leur esprit avant toute chose. Et puis, bien sûr, je prise leur élégance. » (Marcel Proust s’adressant à son jeune amant Vincent dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 92-93) ; « Je suis une femme par mon odeur. » (Hadda dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 185) ; « Ça ne retire rien à l’amour que je porte aux femmes. Que dis-je à l’amour ? Au culte que je leur voue. J’aime la féminité. Je la vénère. Profondément. » (Jason, le héros homo du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 120) ; « Une femme est authentique quand elle ressemble à l’image qu’elle a rêvée d’elle-même. » (Agrado le transsexuel M to F dans le film « Todo Sobre Mi Madre », « Tout sur ma mère » (1998), de Pedro Almodóvar) ; « Aaaaah les femmes… Y’a toujours quelque chose de dérangé dans ces machines compliquées. » (Monsieur de Rênal, le mari efféminé de Louise, dans la comédie musicale Le Rouge et le Noir (2016) d’Alexandre Bonstein) ; « Quelle machine compliquée que la femme. » (idem) ; etc. Par exemple, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi et Damien, les deux héros bisexuels, prennent la femme pour une machine. Ils se rencontrent dans une laverie, et dès qu’ils percutent une machine à laver, ils s’excusent en l’appelant « Madame ».
 

Dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), le travesti Charlène Duval affirme qu’elle « connaît les femmes par cœur » ; en réalité, elle voit la femme comme « une espèce », une femelle qu’on peut disséquer, et se propose d’opérer « une coupe psychologique de l’intérieur de la femme ». C’est la sur-féminité – une « féminité de laboratoire », pour ainsi dire – plus que la féminité réelle qui est célébrée par le héros homosexuel. Dans l’idée, cette sur-féminité peut donc être tout à fait portée par des hommes. Dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet, Roberto le transsexuel M to F est défini par Yolanda comme son « idéal féminin ».
 

Le personnage homosexuel trouve dans la femme-objet la puissance de la matière – matière qu’il appellera inconsciemment « caractère » ou « personnalité » (cf. la chanson « Stronger » de Britney Spears, « Satreelex, The Iron Ladies » (2003) de Yongyooth Thongkonthun, la chanson « La Reine » de Lorie, etc.). En s’identifiant à elle, il a l’impression d’être une dame de fer (violée et prostituée !), armé(e) contre tous les obstacles du Réel, dur(e) comme du béton : « Nous, les tantes, nous sommes résistantes. » (Gérard, un des personnages homosexuels de la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim) ; « Nina Hagen, c’est nous ! » (Rudolf, le héros homosexuel s’adressant à ses deux amis Gabriel et Nicolas, à qui il offre les vinyles de la chanteuse, dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha) ; « Je suis sosie d’une chanteuse très très connue : je suis sosie de Mireille Matthieu. Et de Nana Mouskouri. » (Max, le héros homosexuel de la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; « J’ai toujours pensé que comme j’étais une pédé passif, alors je pouvais être un femme belle et désirette, c’est dans moi, comme jouer à la poupée quand j’étais enfant, essayer les robes de ma mother quand j’étais teen et sucer des bites maintenant, quoi ! […] Devant le miroir, Cody lève les cheveux de sa perruque blonde et dit ‘Je souis Catherine Denouve, non, dans une film de Bunuel ? ’ En me regardant, les cheveux toujours maintenus en l’air, il dit ‘Toi, tu es Vanessa ? Ça fait très français, ça, comme nom, quoi. Catherine Denouve et Vanessa de Paris, les putes gratuites qui cherchent les hommes pour leur vagina. » (Cody, le héros homosexuel américain efféminé s’adressant à son pote gay Mike, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 92 puis p. 101) ; « À partir de maintenant, je m’appelle Samantha. » (Shirin, l’une des héroïnes, dans le film « Circumstance » (2011) de Maryam Keshavarz) ; « T’es la première femme qui m’ait attiré… depuis Lary Swan. » (Maurice, le styliste homosexuel, s’adressant à Kate travestie en homme, dans le film « Les Douze Coups de Minuit », « After The Ball » (2015) de Sean Garrity) ; etc.
 

Par exemple, dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa dit qu’elle est le sosie noir de Marilyn Monroe. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, se compare, avec ses 4 amis, aux Desperate Housewives ; il joue à être le sosie de Madonna ; il participe à un concours de Miss France ; et avec son meilleur ami travelo « Annonciade », qui ressemble à une vraie femme-objet, une prostituée avec des bijoux et beau manteau de vison. Dans son one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013), le travesti M to F David Forgit à la fois célèbre la femme-objet et la détruit en incarnant trois générations de prostituée : la mère, la grand-mère et la fille. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Nicolas, Gabriel et Rudolf, les trois héros gays, forment le chœur fanatique d’une cantatrice transgenre des montagnes, une sorte de Sissi robotique : « Sissi est de retour !! » Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, la cantatrice trans M to F Louvre est fêtée pendant son concert comme une diva divine. Davide, le jeune héros homosexuel, s’y identifie complètement.
 

Le personnage homosexuel préfère l’hyper-féminité (donc en réalité le fantasme de viol, qui peut tout à fait être incarné par un homme ou un personnage transgenre/transsexuel) à la vulnérabilité de la femme réelle : « Les femmes sont plus féminines ici. » (Dai, le père de famille hétérosexuel, parlant des hommes homosexuels du cabaret transformiste où il fait un discours, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « Les filles qui se font violenter sont souvent hyper sexualisées. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 55) ; etc. « Arlette était la fille la plus belle que Silvano eût rencontrée à Paris, elle avait l’air d’un éphèbe. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 104) ; « Je ne sais pas ce que tu lui trouves à Marlène Dietrich. On dirait un vieux travelo. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; etc.
 

La réification de la femme n’est pas réservée aux personnages gays masculins. Par exemple, dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Stephen tombe amoureuse d’Angela, la femme-actrice lesbienne. Certaines héroïnes lesbiennes ont une conception de la femme tout aussi imagée et fanatique que leurs homologues homosexuels hommes. Pour elles, une personne ressemble d’autant plus à femme qu’elle devient glaciale et figée : « Elle fait plus femme, plus froide surtout. » (Ann Scott, Le Pire des mondes (2004), p. 77)
 

La femme-objet est même d’ailleurs bisexuelle ou lesbienne (je vous renvoie à la partie « prostituée lesbienne » du code « Putain béatifiée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. le vidéo-clip de la chanson « Comment t’appelles-tu ce matin ? » d’Élodie Frégé, la pièce D’habitude j’me marie pas ! (2008) de Stéphane Hénon et Philippe Hodora, le one-woman-show La Folle Parenthèse (2008) de Liane Foly (Jeanne Moreau est imitée en femme lesbienne), etc.
 

Chez les héroïnes lesbiennes, l’adoration de la femme-objet va souvent jusqu’à la (simulation de) destruction de cette dernière… donc jusqu’à l’absorption fusionnelle. La femme-objet hétérosexuelle est une femme lesbienne en devenir. Les héroïnes lesbiennes s’y sont identifiées à l’excès dans le rejet. « Une fois, j’ai vu dans un magazine une femme qui me ressemblait. Je n’arrêtais pas de me demander : Pourquoi cette femme me ressemble ? Pourquoi elle est dans le magazine et pas moi ?!? […] Elle me ressemblait, et ça me rendait malheureuse. Cette femme dans le magazine qui me ressemblait, je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a explosé à la figure. » (la chanteuse Oshen, habituellement la « lesbienne invisible » interprétée par Océane Rose-Marie, en concert à L’Européen de Paris, le 6 juin 2011) Comme je l’explique au sujet de l’homosexualisation de l’homme-objet qui s’hétérosexualise et incarne l’« Éternel Masculin » (dans le code « Don Juan » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), on constate exactement le même phénomène avec la femme-objet : plus une femme s’hétérosexualise et cherche à devenir objet, à représenter l’« Éternel Féminin », plus elle s’homosexualise et prend des traits androgynes, lesbiens.

 

Le héros homosexuel – ou dit homosexuel -, en s’identifiant à la femme-objet ou en étant identifié à elle, se met en danger de viol, car il est parfois pris pour une poupée gonflable à violer. Par exemple, dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, Mardonio féminise son pote Secundo après avoir appris que le père de ce dernier, Noé, était homo : « La petite chatte arrive[…]Regardez sa maison de Barbie »

 
 

c) La première femme-objet officiellement mondialisée, Mona Lisa, attire le personnage homosexuel :

Expo Marcel Duchamp au Centre Pompidou (Paris) de septembre 2014 à janvier 2015

Expo Marcel Duchamp au Centre Pompidou (Paris) de septembre 2014 à janvier 2015


 

C’est curieux comme la Muse de Léonard de Vinci fait l’unanimité dans les créations artistiques homosexuelles : on la retrouve dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau (avec le poster de la Joconde dans la chambre de Chance, le héros homosexuel), le film « My Summer Of Love » (2005) de Paul Pavlikovsky (avec Mona, la lesbienne), le film « Miss Mona » (1986) de Medhi Charef, la chanson « Les Liens d’Eros » d’Étienne Daho («Elle est là ma Vénus allongée, […] sourire de Joconde apaisée »), le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman (avec la caricature de la Joconde dans l’une des salles du manoir hanté), la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo, le roman Le Sourire de la Joconde (1953) de Jacento et Martinez Benavente, le film « Le Sourire de Mona Lisa » (2003) de Mike Newell, la chanson « La Joconde » de Juliette, le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, le film « Potains mondains et amnésie partielle » (2001) de Peter Chelsom, le film « Mona Lisa » (1986) de Neil Jordan, la chanson « Mona Lisa » dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, la photo Lisa Lyon (1982) de Robert Mapplethorpe, la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd, la chanson « Lonely Lisa » de Mylène Farmer, le film « Ce n’est pas un film de cowboys » (2012) de Benjamin Parent, la pièce Da Vinci contre Michel-Ange (2015) d’Alessandro Avellis, le film « La Princesse et la Sirène » (2017) de Charlotte Audebram (avec le poster de la Joconde dans l’appartement), etc.
 

La référence à Mona Lisa semble pourtant bien anodine. On l’entend parfois au détour d’une réplique, sans trop comprendre ce qu’elle vient faire dans le contexte d’énonciation : « Ne bousculez pas la Joconde. » (Henry dans le roman Les Clochards célestes (1963) de Jack Kerouac, p. 92) ; « La Joconde et les tableaux de Dalí sont très beaux mais ils ne me font pas cet effet-là. » (Bryan parlant de son émoi homosexuel pour son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 210) ; « Mona Lisa sin sonrisa » (Yolanda dans la pièce Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet) ; « T’as le sourire de la Joconde sur la figure. » (Mégane dans la pièce Baby Doll (1956) de Tennessee Williams) ; « Je suis allée la voir, la Joconde. Y’avait une queue. Mais une queue ! » (Mireille, dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet) ; « Enlève le soutif : c’est Mona Lisa. » (Riki, homosexuel, s’adressant à son amie Marie à propos de sa tenue, dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion) ; etc.
 

Mais en réalité, il existe souvent une parenté symbolique, désirante, de type amoureux et incestueux, entre la Joconde et le héros homosexuel. Ils ont couché ensemble… au moins spirituellement parlant ! « Romain ressemble au fils qu’aurait pu avoir dans un rêve la Joconde avec le Petit Prince de Saint-Exupéry. » (Dominique en parlant de Romain, le héros gay, dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, p. 16) ; « J’me fais James Bond… et la Joconde. » (un des protagonistes homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Je mélange parfois les toiles de l’appartement. Il y a des visages, des Joconde, des objets mystérieux qui me regardent. » (le Comédien de la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, Pédé dit que le tableau de la Joconde a été sa « grande passion anale ». Dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, Maxence, le peintre-poète « sensible », dit avoir « perdu son idéal féminin » : « De Vénus en Joconde, je ne l’ai pas trouvée. »
 

Dans la pièce Le Clan des Joyeux Désespérés (2011) de Karine de Mo, Mona Lisa indique l’inversion de sexes. En effet, au moment où Lili rentre dans l’appartement de Mona où celle-ci tente de se suicider au gaz et qu’elle repose inanimée, elle lit le pendentif de Mona à l’envers («Anom » = phonétiquement « à n’homme »)… et est tentée de lui faire un bouche-à-bouche lesbien, avant de se rétracter par acquis de conscience…
 

La Joconde est surtout l’être humain figé, empaillé, non-libre, violé… mais qui sourit quand même pour cacher son état. « Mylène Farmer, c’est un peu comme la Joconde. Tout le monde la voit, mais personne ne l’entend. » (Samuel Laroque dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ? , 2012) ; « If you were the Mona Lisa. You’d be hanging in the Louvre. Everyone would come to see you. You’d be impossible to move. » (cf. la chanson « Masterpiece » de Madonna) ; « Que si fuera un retratista, que si fuera un buen artista, yo sería su Mona Lisa y hasta un tango de Gardel… Y eso no lo trago yo. » (cf. la chanson « No Soy Para Ti » de Fanny Lú) ; « La Joconde, de près, c’est flou ! » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; etc. Elle est le paravent/le symbole du viol. Par exemple, dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor, Catherine joue Mona Lisa et Jean-Paul (le héros homo) Léonard de Vinci lui chantant « Ti Homo » à la place de « Ti Amo » : Léonard de Vinci finit par déclarer à Mona Lisa qu’elle est « du caca ».
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

a) Né dans une dînette et une ambiance féminine:

 

Beaucoup d’hommes gays et de femmes lesbiennes ont grandi dans une ambiance presque exclusivement féminine, un monde de petites filles modèles de la Comtesse de Ségur, entourés de leurs mères réelles et symboliques (les tantes, les cousines, les nourrices, les grands-mères, les sœurs, les voisines, les institutrices, les actrices, etc.). « J’avais 6 sœurs et une mère. J’ai grandi entouré de femmes. » (le chanteur homosexuel Halim Corto dans l’émission Je veux te connaître de la Radio de Nancy RCN, le 25 octobre 2011) ; « Je me sentais étouffer entre ma mère, mes sœurs, la voisine, l’amie de la famille qui était également notre professeur de piano, et ma grand-mère qui passait tous ses dimanches à la maison pour des après-midi de couture. » (Jean Le Bitoux, Citoyen de seconde zone (2003), p. 29) ; « Ma famille maternelle est au courant de mon homosexualité parce que je suis très proche d’eux. Ma mère, ma tante et ma grand-mère qui sont définitivement les femmes de ma vie. » (Maxime, « Mister gay » de juillet 2014 pour la revue Têtu); « À l’école maternelle, j’étais toujours avec les petites filles pour les embrasser et faire des touches pipi en nous cachant de peur que leurs parents ne nous surprennent. […] Dès la maternelle, collé aux instits pendant la récré j’étais en échec scolaire, un élève très sensible instable, ayant peur de tout et du regard des autres. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu juin 2014) ; etc. Ce fut le cas de Pierre Loti, Reinaldo Arenas (très proche de sa grand-mère qui faisait, selon lui, « pipi debout »), Pedro Almodóvar, Costas Taktsis, Miguel de Molina, Hart Crane, Louis II de Bavière (fortement attaché à sa nourrice), Edward Morgan Forster (en 1956, il dédiera un livre à sa tante Marianne Thornton), Marcel Carné, Michel Tremblay, Marcel Proust, André Gide (très proche de son institutrice Anna Schackleton), Edward Carpenter (qui a passé son enfance avec les six dernières filles de sa famille), Wilfred Owen, Edmund White (qui a grandi en compagnie d’une sœur hyper virile), etc.
 

Dans son article « Entre El Papel Y La Pluma » publié dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, Xosé Manuel Buxán, évoque son enfance où il était admiré pour ses mimiques, ses talents d’acteur, sa précocité, par son entourage féminin… et surtout les clientes du salon de coiffure de sa mère, fidèles lectrices de revues people. Le dramaturge argentin Copi fut très attaché à sa grand-mère maternelle (Salvadora Medina Onrubia) ; plus tard, il passera ses dimanches à jouer à la canasta avec elle et son cercle d’amies de 80 ans. L’écrivaine nord-américaine Carson McCullers vit toute sa vie sous les jupes de sa mère, et de toutes les mères de substitution qu’elle trouvera sur son chemin : sa belle-mère, sa prof de piano, etc. ; à son sujet, Janet Flanner parle de l’influence catastrophique de son abusive « abysmal mother ». Dès l’âge de 10 ans, le jeune Cecil Beaton photographie ses sœurs, s’inspirant des portraits d’actrices publiés dans la presse. Charles Trénet a grandi uniquement entouré de femmes.
 
 

b) La femme-objet est confondue avec la femme réelle, quand bien même elle soit BIEN sacralisée:

Lady Gaga pour le défilé de Thierry Mugler

Lady Gaga pour le défilé de Thierry Mugler


 

On entend souvent dire que la communauté homosexuelle est naturellement féministe, véritablement respectueuse de la gent féminine, spontanément du côté des femmes. Des femmes-objets, c’est une évidence ! (… des femmes réelles, je ré-évaluerais fortement à la baisse le lieu commun…) Rien qu’à Paris, dans le Marais, il existe une Boutique Madonna, et une Boutique Mylène Farmer. « Ma vie est un repaire de chanteuses dont personne ne se souvient que moi. » (Pascal Sevran, Tous les bonheurs sont provisoires, 2005) ; « Copi connaissait par cœur le théâtre de Tennessee Williams et s’intéressait aux femmes, à ce qu’est la féminité et aux actrices comme personne. » (Myriam Mezières dans la biographie Copi (1990) de Jorge Damonte, p. 77) ; « Le corps des femmes ne m’excite guère plus que n’importe quel autre objet de première nécessité et d’usage quotidien. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, ayant vécu toute sa vie entouré uniquement d’homme, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; « Tout est toujours l’idée d’une fille. » (Pierre Palmade, 7 janvier 2017, France 2, en préambule de la pièce Elles s’aiment depuis 20 ans de Pierre Palmade et Michèle Laroque) ; etc. Plusieurs créations homosexuelles se sont déjà consacrées directement à une actrice en particulier : le film « Callas Forever » (2001) de Franco Zeffirelli, le documentaire « Britney Baby, One More Time » (2001) de Ludi Boeken, les Marilyn Monroe d’Andy Warhol, etc. Je vous renvoie aux documentaires « Amoureuse de Greta Garbo » (2000) de Lena Einhorn, « Jodie : An Icon » (1996) de Pratibha Parmar, etc. Par exemple, Patrick Loiseau, le compagnon du chanteur Dave, vénère Françoise Hardy et se « looke » même comme elle. Lors de son concert à l’Essaïon (décembre 2007), Stéphane Corbin avoue s’identifier à Ally McBeal. Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), Laurent Spielvogel se met dans la peau de Marlène Dietrich, Edwige Feuillère, Sylvie Vartan, Barbara, toutes ces femmes sophistiquées.
 

Les personnes homosexuelles sont-elles des « hommes à femmes » (à femmes-objets en l’occurrence) ? On est en droit de le croire quand on les voit entourées des monstres sacrés du cinéma. Les réalisateurs dudit « Cinéma de femmes » sont nombreux à être homosexuels : Edmund Goulding, Irving Rapper, Mitchell Leisen, Vincente Minnelli, etc. Par exemple, Werner Schroeter devient ce « Roi des Roses » (1984) chouchouté par Isabelle Huppert, Maria Malibran, Carole Bouquet, etc. Pour son film « Der Tag Der Idioten » (1981), il a travaillé avec 30 femmes dont toutes celles avec qui il a collaboré pendant 13 ans. Pedro Almodóvar, quant à lui, fait jouer ensemble les actrices espagnoles les plus charismatiques du cinéma espagnol (Carmen Maura, Penelope Cruz, Marisa Paredes, Rosi de Palma, Victoria Abril, etc.). Il se fait plaisir en réunissant dans « Volver » (2006) et « Habla Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) toutes les comédiennes qui ont tourné dans ses films. François Ozon dirige les grandes dames du cinéma français (Fanny Ardant, Isabelle Huppert, Catherine Deneuve, Emmanuelle Béart, Charlotte Rampling, etc.). Il se taille la part du lion avec son film « Huit Femmes » en 2002, quand il réunit un casting des actrices françaises les plus fameuses. Pendant sa carrière, le cinéaste George Cukor construit un culte à la gent féminine toute entière (Marilyn Monrœ, Katherine Hepburn, Greta Garbo, Ingrid Bergman, Judy Garland, etc.). Dans le film « The Women » (1939), il met en scène rien moins qu’une centaine d’actrices (pas un seul homme à l’affiche !). Concernant Truman Capote, il fut aussi un homme à femmes (Jerry Hall, Deborah Harry, Bianca Jagger, Lee Radziwill, Marilyn Monroe, etc.). Le réalisateur Rainer Werner Fassbinder regroupe sur un même plateau les plus grandes artistes allemandes (Rosel Zech, Hanna Schygulla, Barbara Sukowa, etc.). Alfred Hitchcock a magnifié la femme – et notamment la femme fatale – à travers une pléiade d’actrices (Grace Kelly, Tippi Hedren, Janet Leigh, etc.). Youssef Chahine a travaillé avec beaucoup de grandes divas camp comme Dalida, Nebila Ebeid, Latifa… Bruce Benderson traduit une autobiographie de Céline Dion. Tout le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras est construit à la gloire des chanteuses italiennes des années 1950 : Patty Pravo, Raffaela Carrà, etc. À l’âge de 6 ans, le dramaturge homosexuel Copi a écrit un roman qui s’appelait Ce que sont les femmes : il dira de celui-ci qu’il est « un titre si génial qu’il n’en trouvera jamais d’aussi bon ». Mais dans son article « Désopilante » sur Le Quotidien de Paris daté du 11 février 1984, le journaliste Jacques Nerson souligne à juste titre que la Femme assise de Copi, le personnage qui a occupé le Nouvel Observateur pendant 10 ans, est « essentiellement passive ». Et ceci est vrai pour toutes les héroïnes copiennes.
 

« Les héroïnes du milieu sont souvent les stars qui symbolisent la femme-objet : cet être apprécié et sollicité pour ses qualités sexuelles tout en revendiquant d’être compris comme un être humain et fragile. » (Michael Pollack, Une Identité blessée (1993), p. 193) ; « Je n’étais pas épargné par l’identification aux stars de cinéma. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 275) ; « Mes goûts aussi, toujours automatiquement tournés vers des goûts féminins sans que je sache ou ne comprenne pourquoi. J’aimais le théâtre, les chanteuses de variétés, les poupées. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 29) ; « Moi. Petit. Adolescent des années 80. […] Je n’ai qu’une seule idée en tête. Une obsession. Une actrice égyptienne ; mythique, belle, plus belle que belle. Souad Hosni. Une réalité. Ma réalité. Je suis pressé d’aller dans mon autre vie, imaginaire, vraie, entrer en communion avec elle, chercher en elle mon âme inconnue. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 10) ; « Ce jour-là, je courais vers une image, une femme. L’actrice égyptienne. Une grande star. Une grande dame. Souad Hosni. Elle passait à la télévision dans un feuilleton que j’adorais. Houa et Hiya : Elle et Lui. Je courais vers elle pour l’embrasser. Être pendant une heure avec elle, amoureux en pleurs, danseur libre, comédien de ma propre vie. » (idem, p. 32) ; « Voilà une belle femme. » (le dramaturge argentin Copi parlant de l’actrice Brigitte Bardot, dans l’article « Au Festival d’Automne : Copi sur le ring » publié dans le journal Le Figaro du 8 octobre 1983) ; « Il y a un nom qui revient sans cesse dans mes livres, c’est celui d’Isabelle Adjani, qui est une sorte de déesse pour moi. » (Abdellah Taïa, interviewé dans l’émission Homo Micro sur Radio Paris Plurielle, le 25 septembre 2006) ; etc. Par exemple, en 2009, Eytan Fox a dirigé la série musicale Mary Lou, d’après les chansons de la célèbre chanteuse Tzvika Pik, fable moderne où un jeune homosexuel part à la recherche de sa mère.
 

Dans l’esprit de beaucoup de personnes homosexuelles, ce sont les fantasmes esthétiques et les accessoires (déguisements, maquillages, vêtements, images, etc.) qui font la femme ; pas l’être ni le corps sexué. « Être femme c’est seulement cela… s’habiller en femme. » (Copi, cité dans l’essai Habla Copi (1998) d’Osvaldo Tcherkaski, p. 50) ; « Le plus beau vêtement d’une femme, c’est sa nudité. » (Yves Saint Laurent, cité dans la revue Têtu, n°135, juillet-août 2008, p. 54) Il suffit d’écouter le couturier français Yves Saint Laurent commenter son « invention » de la femme en smoking pour comprendre qu’il prend la femme pour un bibelot… un jolie bibelot, certes… mais un bibelot quand même («Cette femme androgyne, égale à l’homme par son vêtement, bouleverse l’image traditionnelle d’une féminité classique et déploie toutes les armes secrètes qui n’appartiennent qu’à elle. » cf. l’article « Yves Saint Laurent » d’Anne Boulay et Marie Colmant, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 414) Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, le goût du couturier homosexuel pour les femmes-bibelot est manifeste : « Magnifiques, ces bijoux. Le toc, j’adore. » s’exclame-t-il face à son amie Loulou en Algérie, par exemple. Mais dès qu’une femme prouve un peu son libre arbitre et son caractère, il s’en débarrasse. C’est ce qui arriva avec Victoire, son égérie de défilés, qu’il finit par jeter comme une malpropre, sans trop d’explication (à part une vague histoire de jalousie) : « Tu n’es belle que sophistiquée. […] Avec des cheveux comme ça, on dirait une souillon. Tu es d’une vulgarité, ma pauvre, c’est effarant. […] Laissez-la partir. Son style, ce qu’elle est, c’est déjà dépassé. »
 

 

La différence des sexes n’est plus reconnue comme un fondement du Réel, mais envisagée sous le prisme du paraître, de la subjectivité, de l’illusion, de la superficialité : « Qu’est-ce que c’est, un homme ? Qu’est-ce que c’est, une femme ? C’est ce qu’on en voit. » (la femme trans F to M, interviewée dans le documentaire « Le Genre qui doute » (2011) de Julie Carlier)
 

C’est la femme – dans le sens de corporalité, de carcasse en acier, ou à l’extrême inverse, d’esprit – qui est célébrée par les sujets homosexuels, plutôt qu’une personne entière, une entité habitée par une âme et un mystère concret (celui de la sexualité, de l’Amour) : cf. le documentaire « Apparence féminine » (1979) de Richard Rein, les chorégraphes hyper efféminés Mehdi Kerkouche et Stéphane Jarny pour la cérémonie de Miss France 2016, etc. « Le corps de la femme que j’aime éveille en moi le respect et le sentiment du sacré. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 106) ; « Il est de ces hommes qui croient que les comédiennes sont des magiciennes. » (Jeanne Moreau parlant de Jean-Claude Brialy, dans l’autobiographie de ce dernier, Le Ruisseau des singes (2000), p. 9) ; « J’existais, pour ces femmes traditionnelles, fortes quand il le faut, prisonnières malgré elles des règles, comme moi. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 60) ; « En accordant dorénavant beaucoup de temps à mon entourage professionnel notamment féminin, je m’intronisais aussi plus que jamais en femme, au point que les conversations que je tenais ressemblaient aux leurs. En effet, lorsque j’arrivais le matin, c’était pour parler de vêtements ou de cuisine ; de même que pendant les heures de déjeuner, je traînais les magasins avec ce même entourage à la recherche de petits bibelots de décoration. Ma condition était l’archétype voulu d’une vie de femme, mes propos et mes réactions, ceux d’une fille vivant seule. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 130) ; etc.
 

Dans son article « Copi : Le Théâtre exaltant » (1983), Michel Cressole décrit la Madame Lisca de Copi (héroïne de sa toute première pièce) non pas comme une femme de chair et de sang mais comme une « idée de femme, une odalisque ». Dans son biopic « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013), Guillaume Gallienne, le narrateur bisexuel, imite les femmes par cercles concentriques grossissants (d’abord sa mère puis sa grand-mère puis ses tantes puis toutes les femmes) et les réduit toutes à une attitude, à un souffle, à du vent : « Elles ont toutes quelque chose d’unique. Toutes. Chacune de leurs attitudes. […] La plus grande différence des femmes, c’est leur souffle. Il varie tout le temps. »
 

Pourtant, il y a un paradoxe dans cette idolâtrie homosexuelle désincarnante pour la femme-objet. Par rapport à celle-ci, il arrive aux personnes homosexuelles de parler d’excitation sexuelle, comme Werner Schroeter qui assure à propos de la cantatrice Maria Callas qu’« elle est la vision érotique de son enfance, sa passion totale » (cf. l’article « Conversation avec Werner Schroeter » de Michel Foucault, dans Dits et écrits II (2001), p. 1079). « J’ai toujours aimé les femmes. […] J’étais sensible à la séduction du corps féminin et il m’arrivait d’en rêver la nuit. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 274) ; « Ce sont des fans très fidèles. » (Michael Michalsky, homosexuel, parlant de la relation des personnes homosexuelles avec leurs égéries féminines, dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « J’écrivis à Danielle Darrieux. Elle était belle, spirituelle, charmante, drôle, élégante, pleine de talent, j’étais fou amoureux d’elle. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des singes (2000), p. 54) ; « J’avais dix, douze ans, j’étais déjà amoureux d’elle. » (Pascal Sevran à propos de l’actrice Jacqueline Joubert, dans son autobiographie Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 32) ; etc.
 

Mais elles idolâtrent à ce point son corps qu’elles n’envisagent pas de la toucher. La femme-objet est cette mère symbolique sur laquelle pèse l’interdit de l’inceste fantasmé : « Il m’a fallu beaucoup de temps pour trouver sa tombe. Face à elle, j’ai prié machinalement. J’ai lu des versets du Coran. J’ai dit des mots de ma mère. » (Abdellah Taïa parlant de l’actrice Souad Hosni, dans l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 91) Elles vivent avec leur actrice une forme de dépucelage à distance, de viol par l’image (qu’elles ré-écrivent souvent en idyllique coucherie symbolique) : « Mon innocence, je l’ai perdue en compagnie de Béatrice Dalle, elle est désormais pour moi ma marraine, ma référence, mon premier amour, […] mon totem. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 131) ; etc. Par exemple, dans la bande dessinée La Femme assise (2002), l’héroïne se fait appeler « Madame Copi » ; Copi, son auteur, a décidé de se marier à sa propre créature.
 

En réalité, les personnes homosexuelles, même si elles sont attirées émotionnellement et fantasmatiquement par les femmes, leur préfèrent la femme-objet et n’ont pas de désir érotique pour elle (c’est bien la seule chose qui manque tant, sur les autre plan, l’adoration, l’affectivité et la sensibilité sont là !) C’est l’hyper-féminité qu’elles célèbrent : « Je me suis souvent demandé pourquoi les gays aimaient autant les femmes hétérosexuelles. Il s’agit moins de la femme hétérosexuelle que de la femme hétérosexuelle au look exubérant. Elles ne ressemblent pas à la plupart des femmes de notre entourage. Elles sont excessives. » (Jan Noll, homosexuel, interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) Ce n’est pas tant la femme que l’androgyne transgenre condensant à lui seul la différence des sexes, que les individus homosexuels cherchent à devenir. « Beaucoup d’égéries gays jouent avec la sexualité de manière outrancière. Or le sexe occupe une place très importante chez les homos. C’est presque une caricature. Par certains côtés, ça fait un peu penser aux drag-queens. » (Michael Michalsky, homosexuel, idem) Par exemple, toujours dans ce documentaire « Somewhere Over The Rainbow », le fameux chanteur noir homosexuel Sylvester est décrit par Steve Blame comme une « Diva masculine ».
 

La réification de la femme n’est pas propre aux hommes gays. Je connais beaucoup de femmes lesbiennes qui sont tombées amoureuses de la femme-objet cinématographique. On le voit aussi dans les reportages télévisés. Par exemple, dans l’émission Ça se discute (spéciale « l’homosexualité féminine », diffusée sur la chaîne France 2, le 18 février 2004), une des invités lesbiennes dit sa fascination amoureuse pour la beauté de Céline Dion. Dans le documentaire « Des filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger, Oriane, une jeune femme lesbienne de 21 ans, présente avec humour aux spectateurs ce qu’elle appelle son « Mur des Lamentations », c’est-à-dire des modèles de mode féminins qui tapissent tous les murs de sa chambre. Toujours dans ce même documentaire, la fameuse série de bandes dessinées Martine est désignée par la réalisatrice comme le déclencheur du désir lesbien.
 

Parfois, beaucoup de femmes-objets venues du cinéma, de la mode, de la chanson, se lesbianisent, d’ailleurs. Par exemple, couronnée Miss Espagne deux fois, en 2008 et 2013, Patricia Yurena Rodríguez a fait son coming out en publiant sur Instagram une photo intitulée « Roméo et Juliette » où l’on peut la voir dans une posture très romantique en compagnie de la DJ et chanteuse espagnole Vanesa Klein.
 

Certaines femmes lesbiennes adoptent une conception de la femme tout aussi imagée, fanatique, et machiste, que leurs homologues homosexuels hommes. Pour elles, une personne ressemble d’autant plus à femme qu’elle devient glaciale et figée. La confusion entre la Femme-objet médiatique et la femme réelle revient fréquemment dans leur discours. « La femme n’existe pas, mais les femmes, bel et bien. » (Hélène Bregani dans le documentaire « Debout ! Une Histoire du Mouvement de Libération des Femmes 1970-1980 » (1999) de Carole Roussopoulos) Beaucoup d’entre elles déifient la femme (Teresa de Lauretis, par exemple, lui met un « F » majuscule) pour finalement mieux la faire disparaître, nier la réalité de la sexuation, et imposer les femmes-objets comme les seules représentantes (méprisables) des femmes réelles. Autre exemple: Stefan Sweig, l’écrivain allemand, a écrit en 1935 un seul opéra dont le titre est signifiant : La Femme silencieuse.
 

Chez elles, l’adoration de la femme-objet va souvent jusqu’à la (simulation de) destruction de cette dernière… donc jusqu’à l’absorption fusionnelle. « La pire faute de goût selon moi : essayer de ressembler à Britney Spears. » (Mylène, une femme lesbienne de 25 ans, dans la revue Têtu, n°135, juillet-août 2008, p. 191) ; « Qu’en était-il des autres, asservies à leur mari et à leurs enfants, sans ressources personnelles, sans voiture, sans autre nourriture spirituelle que Marie-Claire, Elle ou Femme d’Aujourd’hui ? Bonne Déesse, quel obscurantisme ! » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 242) La femme-objet hétérosexuelle – et cela surprendra sûrement nos amies lesbiennes – est une femme lesbienne en devenir. Les femmes lesbiennes réelles s’y sont identifiées à l’excès dans le rejet. Comme je l’explique au sujet de l’homosexualisation de l’homme-objet qui s’hétérosexualise et incarne l’« Éternel Masculin » (dans le code « Don Juan » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), on constate exactement le même phénomène avec la femme-objet : plus une femme s’hétérosexualise et cherche à devenir objet, à représenter l’« Éternel Féminin », plus elle prend des traits androgynes et lesbiens. Je me faisais encore la remarque en voyant les nombreux clichés de Grace Jones au vernissage de l’Exposition Jean-Paul Goude au Musée des Arts Décoratifs de Paris, le 10 novembre 2011. Il existe des liens très forts entre le monde de la prostitution féminine et le lesbianisme. Par exemple, dans le docu-fiction « Tierra Madre » (2011) de Dylan Verrechia, Aidee, l’héroïne, est lesbienne de jour, et strip-teaseuse de nuit dans une boîte. Je développe plus largement l’idée de la parenté femme-objet/lesbienne dans le code « Putain béatifiée » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.
 
 

c) Devenir la Joconde :

La Joconde d'Andy Warhol

La Joconde d’Andy Warhol


 

Ce n’est pas un hasard si la Joconde a été récupérée par de nombreux artistes homosexuels. Certains disent qu’elle était en réalité l’amant caché de Léonard de Vinci, Salai. Pour commencer, l’homosexualité de Léonard de Vinci, le père de La Joconde, est passée à la postérité et fut même étudiée par Sigmund Freud. Et ensuite, comme le désir homosexuel dit un désir de devenir objet, et qu’à mon sens, Mona Lisa est la première femme-objet officiellement mondialisée de l’Histoire de l’Humanité, il est logique qu’on la retrouve énormément dans l’univers artistique homosexuel : cf. la sérigraphie Mona Lisa (1963) d’Andy Warhol (on dit d’ailleurs que la Marilyn Monroe de Warhol est la « Mona Lisa du XXe siècle »), la photo La Joconde aux moustaches (1919) de Marcel Duchamp, le tableau photographique Autoportrait à la Mona Lisa (1973) de Salvador Dalí, etc. Pour la petite histoire, le Mona Lisa était une résidence de luxe hébergeant des personnes homosexuelles à Nice. Plus proche de nous, le chroniqueur homosexuel français Steevy Boulay a une représentation de La Joconde dans sa cuisine.
 

Le tableau Autoportrait à la Mona Lisa de Salvador Dalí

Le tableau Autoportrait à la Mona Lisa de Salvador Dalí


 

Si on y réfléchit bien, Mona Lisa est un costume de travelo à elle toute seule : « Et cette Joconde du kabuki qu’est Tamasaburo, le plus célèbre onnagata, ne répond-il pas à un vœu de perfection aussi bien qu’à un désir homosexuel, comme Mishima lui-même le reconnaissait lorsqu’il lui dédiait une nouvelle. » (Georges Banu, « Jeux théâtraux et enjeux de société », dans l’essai Le Corps travesti (2007) de Georges Banu, p. 3) D’ailleurs, elle ne brille pas par sa féminité. Elle a un visage bien à elle, reconnaissable parmi mille, … et pourtant asexué.
 

La Joconde est également l’être humain violé, femme comme homme, figé et utilisé comme un objet : « J’attendis le moment idéal pour réaffirmer au père Basile, mon intention de tout quitter […], avec cet aspect froid que mon regard soutenait, l’ironie de mon sourire ; ce sourire qu’il appréciait à chacune de nos rencontres et qu’il comparait à celui, éternellement figé, de la Joconde. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant du prêtre pédophile qui abusait de lui, dans l’autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 47)
 
 

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Code n°18 – Blasphème

blasphème

Blasphème

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La haine jalouse de l’Église

 

Madonna en concert sur sa croix disco

Madonna en concert sur sa croix disco


 

Voici un code intrigant car il traite de toute la haine que les personnes homosexuelles pratiquant les actes homosexuels ont pour l’Église catholique… même si paradoxalement elles prennent très sincèrement leurs destructions pour un hommage.

 

Les dissensions entre la grande majorité des personnes homosexuelles et l’Église catholique ne datent pas d’hier. Lorsque les artistes homosexuels abordent iconographiquement le sujet religieux, ils choisissent presque toujours en toile de fond la perte de la foi et le blasphème. Mais parfois, la frontière entre agression picturale envers le clergé et agression réelle est franchie, et ceci, de plus en plus ouvertement et impunément (cf. l’interruption de la messe de Notre-Dame de Paris en 1991 par Act-Up, le mépris quasi systématique des ecclésiastiques ou des théologiens moralistes lors des débats télévisés, les pillages et provocations des Femen depuis 2013 en France et partout en France, etc.). Beaucoup de personnes homosexuelles dénigrent la religion, alors que leur désir de foi occupe paradoxalement une part importante de leur identité de femmes et d’hommes. Seul ce que nous idolâtrons et aimons mal en croyant l’aimer follement peut nous trahir, et donc mériter à nos yeux notre vengeance. Ce qu’écrit Marguerite Radclyffe Hall dans The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) est, pour cette raison, d’une étonnante actualité : « De nombreux invertis étaient profondément religieux et c’était sûrement l’un de leurs plus amers problèmes. » (p. 589)

 

L’Église catholique en veut-elle vraiment aux personnes homosexuelles ? Vu ce qu’en montrent certains médias, elles ont apparemment toutes les raisons de le croire. Et dans les faits, quelques-unes ont fait l’objet de réels rejets de la part d’ecclésiastiques et de certains fidèles à une époque où elles cherchaient une main tendue. Par conséquent, elles en déduisent que foi et homosexualité sont totalement incompatibles. Pourtant, leur déchaînement de haine anticléricale ne repose quasiment que sur leurs propres fantasmes cinématographiques (puisqu’elles n’ont pas mis les pieds à l’église depuis des lustres), sur leur mauvaise application (sincère et jalouse) des préceptes aimants et justes de l’Église catholique (Église qui les aime concrètement : je suis bien placé pour en témoigner !), et sur une violence à sens unique (cette violence hystérique qui les guide et qui reste totalement impunie par nos gouvernements occidentaux). Étonnant paradoxe : ceux qui condamnent les cathos de « fachos ! » sont les personnes les plus susceptibles d’agir en fachos.

 
 

 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Attraction pour la ‘foi’ », « Focalisation sur le péché », « Vampirisme », « Mort », « Se prendre pour le diable », « Se prendre pour Dieu », « Curé gay », à la partie « Viol de la vierge » du code « Vierge », et à la partie « Bourgeoise-prostituée pénétrant dans une église » du code « Bourgeoise », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) L’attaque anticléricale frontale :

En général, le personnage homosexuel des fictions homo-érotiques ne porte pas Jésus, son Père et l’Esprit-Saint, et leur Église, dans son cœur. « Du haut de ta croix, tu fais moins le malin ! » (Didier Bénureau s’adressant à Jésus en ricanant, dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau) ; « Il n’y avait plus de place pour Dieu, je l’ai chassé, il en avait trop pris pendant toutes ces années d’obscurantisme. » (Cécile après sa rencontre amoureuse avec Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 42) ; « Surtout pas. J’ai horreur de ce mot ‘au-delà’. ‘Au-delà’, c’est la mort. » (Thierry, le héros homosexuel de la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche ; épisode 8, « Une Famille pour Noël ») ; « Tant pis pour la Bible. Je veux mettre ma dent dans la pomme d’Adam. J’aime les filles et les garçons, j’aime tout ce qui est bon. Je suis bi-zarrement faite. » (Anne Cadilhac dans son concert Tirez sur la pianiste, 2011) ; « Tu oublies mon enfance athée ? » (Lou, l’héroïne lesbienne s’adressant à sa mère Solitaire, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Dieu a-t-il les oreilles décollées ? » (Nicolas Bacchus pendant son concert Chansons bleues ou à poing, 2009) ; « Il n’aime ni Collins ni moi. Il veut garder pour Lui toute la douleur ; Il ne veut pas la partager ! » (Stephen, l’héroïne lesbienne jalousant Jésus sur la Croix, dans le roman dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 43) ; « Stephen s’obstinait à crier en parlant au Seigneur, dans une sorte d’impuissant défi. » (idem, p. 51) ; « Dieu pourri ! » (Cachafaz, le héros homosexuel de la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Bien parlé ! On va bouffer Dieu ! Ainsi s’achèvera le schisme entre curés et athéisme. »  (Raulito s’adressant à son amant Cachafaz, idem) ; « Je me suis mise à croire en Dieu. Quitte à croire à des conneries, autant y aller jusqu’au bout ! » (Karine Dubernet dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate !, 2011) ; « Tu m’as fait gay ! » (un personnage s’adressant à Dieu, dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « C’est un connard, vulgaire, raciste. » (Pretorius, le vampire homosexuel parlant de Dieu, dans la pièce Confessions d’un Vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « Je me fous de Jésus. » (Frank, le héros homosexuel de la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; « Croire au Big Boss providentiel, dieu de carton, pâte à modeler. » (cf. la chanson « Les Chiens perdus » du Beau Claude) ; « La messe est un spectacle. On raconte de la merde, ça rapporte de l’argent. » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « J’ai cessé de détester Dieu. J’ai fait une sorte de pèlerinage. » (Jimmy, un des héros homosexuels, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc.

 

Le personnage homosexuel ne se contente pas d’ignorer Jésus et son Église. Vexé de ne pas rester fidèle à son identité d’Enfant de Dieu, à sa royauté et à la pratique qu’induit celle-ci, il se montre particulièrement agressif envers les membres du Clergé, qu’il ridiculise : cf. le roman L’Agneau carnivore (1975) d’Agustín Gómez Arcos, le vidéo-clip de la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer (avec la statue de la vierge qui se brise au sol), le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier, le film « Le Quatrième Homme » (1983) de Paul Verhoeven, le film « Nazarín » (1959) de Luis Buñuel, le film « Niqâb, ni choix, ni kippa, ni Bouddha » (2008) de Laurence Chanfro et Hervé-Joseph Lebrun, le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, le one-man-show Petit cours d’éducation sexuelle (2009) de Samuel Ganes (attaquant la Bible), la performance Golgotha (2009) de Steven Cohen (avec la croix détruite par un espèce de mutant de l’Espace), la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel (avec des attaques gratuites contre l’Église), la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré (avec le mépris affiché des protagonistes pour les paroissiens catholiques réguliers, qui ne donnent rien aux mendiants en sortant de la messe), film « Jesús, petit criminel » (2016) de Fernando Guzzoni, etc.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Il est fréquent que le héros homosexuel présente Dieu et son Église comme de grands méchants ou des gens ennuyeux et inexistants qui ont la perversion/l’hypocrisie de se faire passer pour l’Amour : cf. le film « A Hard God » (1981) de William Fitwater, le film « Le Messie sauvage » (1972) de Ken Russell et Derek Jarman, le film « Bloody Mallory » (2002) de Julien Magnat, etc. « La religion m’inspirait une horreur instinctive. » (Roger dans le roman L’Autre (1971) de Julien Green, p. 41) ; « Dieu est cruel. » (Mrs Venable, la mère de Sébastien, dans le film « Suddenly Last Summer », « Soudain l’été dernier » (1960) de Joseph Mankiewicz) ; « Where are you, God of the Death ? » (Didier Bénureau s’adressant à Jésus en ricanant, dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau) ; « J’aime le Seigneur, mais Il ne m’aime pas. Il n’aime pas que je sois gay. Et Il ne m’aimera pas tant que je ne changerai pas. » (Steve, l’un des héros homos, dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Laetitia, je suis parvenu à la conclusion que l’Église primitive était dans l’erreur sur certains points. Il semble que des interprétations hérétiques se soient glissées dans le texte. Je sollicite l’honneur de vous demander votre main. » (Dr Chasuble dans la pièce The Importance To Being Earnest, L’Importance d’être Constant (1895) d’Oscar Wilde) ; « Qu’est-ce que j’ai à faire de votre religion, moi, déesse de la mienne ? » (la Reine s’adressant au Jésuite, dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « J’ai été élevée dans l’orthodoxie juive, moi, et parfois, j’ai besoin d’afficher un symbole clair de rébellion. […] J’ai commencé à marcher, en femme indépendante que je suis. » (Ronit, l’héroïne lesbienne, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 91) ; « Le pape, dont le vrai nom est Mister Puppy, est en réalité un dangereux trafiquant de blanches. » (le narrateur homosexuel dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 62) ; « Je m’étais toujours moqué de la religion comme d’une béquille destinée aux masses. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 27) ; « Finalement, la seule chose qui a définitivement crevé en moi, au cours de cette crise, ça a été ma foi. Je me suis réveillé affamé d’une bonne faim, assoiffé d’une bonne soif, et réconcilié avec la vie. Je ne croyais plus en Dieu. Je ne croyais plus qu’à la force de mon amour. » (Mourad, le héros homosexuel, au moment de s’assumer en tant qu’homo, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 339) ; « Il fait froid là-dedans. Je n’y comprends rien et ça n’apporte rien. » (Bryan, le héros homosexuel rentrant dans une église, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 378) ; « C’est un peu contraire à mes principes, les trucs religieux. » (Hugo, le héros homosexuel de la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) ; « Ma mère, elle m’a rejeté. Elle est croyante. » (Geth dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « Le clocher se dressait, haut et menaçant, au-dessus des tombes, tel un instrument de vengeance. Il ne manquait qu’une fille terrifiée courant dans l’allée en chemise de nuit pour la transformer en véritable affiche de film d’épouvante. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 72) ; « Jane n’arrivait pas à croire en Dieu et elle n’avait jamais vraiment été douée en sciences. » (idem, p. 86) ; « Au-dessus, Jésus levait les yeux au ciel depusi sa croix, avec l’air de vouloir maudire ce père qui l’avait cloué là. » (idem, p. 199) ; « Le père Walter leva la main droite et il redevint l’illusionniste qui avait hypnotisé les fidèles pour leur faire croire que leur dieu était parmi eux. » (idem, p. 209) ; « ’L’enfer n’existe pas’, dit Jane. ‘Avant, je faisais des cauchemars à propos des Russes, et après, j’ai fait des cauchemars dans lesquels Greta Mann m’attirait à une fête avec le diable. Parfois, les rêves se mélangeaient et les Russes étaient là avec Greta, en train de m’attendre. » (Frau Becker et Jane, idem, p. 215) ; « Ils ont trouvé le père Walter dans le cimetière avec les poignets tailladés. » (idem, p. 224) ; « Je ne sais pas ce qu’il y a de pire : l’Église ou la taule… » (Idgie, l’héroïne lesbienne du film « Fried Green Tomatoes », « Beignets de tomates vertes » (1991) de John Avnet) ; etc.

 

BLASPHÈME Caves du Vatican

 

Par exemple, dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, Dieu est « le Dieu des Hommes », à savoir une pure invention humaine, qui ne mourra pas « tant qu’il sera dans les mémoires » (p. 89). Dans le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli, Kyril, le dandy anarchiste efféminé, scande qu’il ne veut « plus de religion ! ». Dans son roman Les Caves du Vatican (1914), André Gide décrit le Pape comme un imposteur, un usurpateur diabolique. Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, Kanojo, l’héroïne lesbienne, tourne en dérision la « récitation des curés ». Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, Vicky affirme que c’est Dieu qui est l’auteur de l’attentat qui l’a défigurée ; elle Le voit comme un extra-terrestre dans sa soucoupe volante : « Dieu périclite ». Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, les parents de Guillaume, pour le viriliser, l’envoient dans un pensionnat tenu par les Frères des Écoles Chrétiennes : il dit qu’il y vivra un calvaire. Dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi, l’image du clergé catholique (et soi-disant homosexuel refoulé) est affligeante : les curés sont infantilisants, tyranniques et pervers. Dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, Lacenaire soutient que « Dieu tue tout le monde ». Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand présente le film « Des hommes et des dieux », mais aussi la vie de monastère, comme rasoir. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, dans l’établissement scolaire où George travaille (Saint Grace), le prêtre catholique qui connaît George depuis 12 ans, licencie ce dernier à cause de son récent mariage gay. La décision du prêtre semble motivée uniquement par l’image, la peur du scandale, le qu’en dira-t-on, et la bondieuserie (puisqu’il propose à la fin de l’échange de rupture avec George de « prier » : « Je crois toujours en Jésus-Christ notre Sauveur. Mais je préfère prier tout seul. » rétorque George à son confesseur. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Todd et Frankie, les amants homos, se lâchent contre les cathos. Frankie dit que sa mère « ne se saoule qu’au vin de messe ». Et Todd déverse sa haine plus franchement : « Saletés de cathos ! » Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Delphine et Carole, les amantes lesbiennes, participent à des opérations-commando contre des conférenciers pro-Life réunis dans des églises. Plus tard, Carole se débarrasse de la croix du Christ qui se trouve sur la table de chevet de sa chambre, en la rangeant dans le tiroir. Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien se moque de la foi chrétienne de son ami Rémi : « Quand t’étais petit, tu gobais un peu n’importe quoi ! » Dans le film « Dieu, ma mère et moi » (2016) de Federico Veiroj, Gonzalo, le héros homo, décide de se faire débaptiser (ce film fait l’éloge de l’apostasie). Dans le film « La Passion d’Augustine » (2016) de Léa Pool, Augustine, religieuse directrice d’un couvent-conservatoire, est féministe (elle rêve d’une « Papesse), désobéit à ses supérieurs, a vécu une fausse couche, délaisse l’habit religieux puis carrément ses vœux. Dans le film « Thelma » (2017) de Joachim Trier, la belle Anja va attirer dans ses filets la jeune et timide Thelma. Leur liaison donne lieu à des phénomènes physiques (crises d’épilepsie d’une grande violence pour Thelma) mais également surnaturelles, de nature démoniaque. La famille catholique et l’Église sont attaquées comme des repères sataniques du non-dit. Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, le pasteur catholique de la paroisse des deux héroïnes lesbiennes Kena et Ziki est fortement homophobe et fait des prêches anti-mariage-pour-tous. Par ailleurs, Mercy, la mère de Kena l’héroïne lesbienne, est très croyante et catholique : on dirait même qu’elle est possédée. Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Éric, le héros homo noir, « ne croit plus en Dieu. » (dans l’épisode 3 de la saison 1). Il refuse le bénédicité et ne donne pas la main aux membres de sa famille (dans l’épisode 6 de la saison 1). Il ne veut plus se rendre au culte évangélique protestant (« Tu sais très bien que maintenant je ne vais plus à l’église, maman. », c.f. épisode 7)… même s’il finit quand même par y aller en traînant les pieds.

 

Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Bram, le héros homo juif, déplore « sa triste tradition familiale ». Il voit la religion comme un terrible carcan qui l’empêche d’aimer : « On va devoir faire toutes nos traditions horriblement gênantes. » Le message-phare du film, c’est que l’homophobie vient des religions. Un autre personnage homo du film, Eytan, a lui aussi des soucis avec les résistances catholiques de ses parents et grands-parents « pratiquants ».
 

Dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015), Pierre Fatus pointe du doigt toutes les confessions religieuses comme autant de fondamentalistes du capitalisme spirituel mondialisé. L’ennemi, c’est clairement les religions, qui créeraient des guerres et qui agressent le narrateur par leur diversité.
 

Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, le curé Mgr Lanu, qui est censé présider l’enterrement est un homme invisible, que le public n’entend qu’en voix-off, se prend toutes les critiques des autres personnages : « On se tape Lanu à cause de toi ![…] On va devoir se frapper deux messes ! » (Franck s’adressant à Nicolas, le héros homo). Mgr Lanu est présenté comme un prêtre fouineur, démissionnaire, pervers, homosexuel.
 

Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, Tom et Bryan, le couple homo « catho », s’en prennent à leur curé pour le forcer à les marier. La sœur de Bryan y va plus franco : « Nique l’Église ! » Bryan refuse de parler à sa mère bigote qui met des cierges à l’église pour qu’il cesse d’être homo. C’est l’Église-Institution qui est mise au pilori : « Il faut que le père Raymond soit attaqué de tous les côtés ! » (Irène, la sœur gay friendly de Bryan) Tous les croyants pratiquants de la pièce sont présentés comme des doux rêveurs, des bébés, des gens frustrés et tétanisés par le corps, le sexe : « C’est l’Église qui vit dans un rêve. » (Irène s’adressant au père Raymond) Et le père Raymond est porté responsable de la rupture entre Bryan et Tom quand il les appelle à la « chasteté ». En revanche, la désobéissance à l’Église est montrée comme une sainteté : « Obéir, on va peut-être pas le garder, ce mot-là… » (Tom s’adressant à son amant Bryan) ; « On ne peut pas rajouter quelque chose à l’obéissance ? » (Tom s’adressant au père, et ne parlant pas d’annuler l’obéissance à l’Église) ; etc.
 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael, le héros homosexuel catholique, est bourré de contradictions vis à vis de sa foi. Tandis qu’il pratique et va à la messe, à côté il fait les 400 coups ; il est capable, dans un même mouvement, de déclarer « J’ai trouvé Dieu. » et « Dieu est mort. Dieu merci ! » Rien d’étonnant qu’il soit alors présenté par son groupe de potes gays comme l’allégorie de la culpabilité mal vécue, de la soi-disant contradiction/hypocrisie religieuse : « Tu culpabilisais  parce que tu étais catho. C’est tout. » (Donald) ; « Tu ne sais pas dans quel camp tu es. Si on dit un truc religieux, tu critiques. Si on nie Dieu, tu critiques. Tu sembles avoir des problèmes dans ce domaine. Tu ne peux vivre ni avec, ni sans. Tu t’accroches à cette compagnie d’assurances qu’est l’Église. Tu es un homme triste et pathétique. Tu es homosexuel et tu ne veux pas l’être. Mais tu ne peux rien y faire. Toutes les prières du monde, toutes les analyses n’y changeront rien. Tu sauras peut-être un jour ce qu’est une vie d’hétérosexuel, si tu le veux vraiment, si tu y mets la même volonté que celle de détruire. Mais tu resteras toujours un homo. Toujours Michael. Toujours. Jusqu’à ta mort. » (Harold, le colocataire de Michael) Cyniquement et sans conviction, Michael les conteste à peine : « Oui, je crois en Dieu. S’il n’existe pas, je n’ai rien perdu. S’il existe, je suis couvert. Je suis catho qui pèche la nuit et va à l’église le lendemain. »

 

Et plus spécifiquement sur l’homosexualité, l’Église, dans la fantasmagorie homosexuelle, est désignée comme une cruelle institution homophobe, qui ferait semblant d’accueillir ses fidèles homosexuels pour mieux les étouffer et les pousser au suicide : cf. le téléfilm « Prayers For Bobby » (« Bobby, seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy, le film « Prom Queen » (« La Reine du Bal », 2004) de John L’Ecuyer, etc. « S’ils étaient intelligents, et charitables, et réalistes ! » (Pierre, le héros homosexuel à propos des catholiques, dans la pièce Homosexualité (2008) de Jean-Luc Jeener) ; « Il faudrait que l’Église l’accepte. Un point c’est tout ! » (Pierre, idem) ; « Je suis normal. Tu es normal. Ce sont eux qui ne sont pas normaux de nous condamner ainsi ! » (Julien à son amant Pierre, idem) ; « Je ne changerai pas pour vous, mon Dieu. Je veux que vous m’aimiez tel quel. » (Steve, l’un des héros homos, dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Essobal ne luttera jamais assez contre ce pape rétrograde et opposé à l’usage des préservatifs dans le tiers monde, et contre l’Église catholique dont on sait tout le mal que depuis des siècles elle a causé à la civilisation et à la pensée occidentales, qui sans elle pourraient rivaliser avec les plus grandes cultures. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « Une Vie de lutte » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 170) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Paresse » (2000) de Frank Mosvold, pour prouver que l’Église ne comprend pas les personnes homosexuelles, on nous montre un curé relativement jeune, campé sur ses positions, simulant la compassion, mais qui au final opère un chantage aux sentiments inhumain, et pousse ses ouailles à se haïr eux-mêmes, à refouler leur homosexualité. Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Anne-Lise attribue au Pape des paroles qu’il n’a jamais prononcées : « Je vous signale que le Pape qualifie encore l’homosexualité d’aberration. » Dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, Eve et Adam sont caricaturés comme un couple hétéro jaloux des homos et qui, par leur « invention » de la Bible, décident d’« apprendre à leurs descendants à haïr les gays » pour des millénaires. Dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm, Jocelyn, l’étudiant roux ultra-anticlérical et pro-«laïcité» qui veut virer le groupe de séminaristes intégré aux cours réguliers de philo à la fac, se trouve être précisément homosexuel.

 

Au départ, le blasphème opéré par le héros homosexuel ne se traduit pas directement par l’attaque du Clergé mais par la (simulation de) destruction de ses symboles religieux (statues, cimetières, lieux de culte, etc.). C’est souvent que les personnages homosexuels pratiquent des actes de vandalisme à l’intérieur des églises : cf. le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine (avec le vol de bougies), le film « Unveiled » d’Angelina Maccarone (avec l’héroïne lesbienne dérobant des cierges), le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon (on pisse dans le bénitier…), le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec le caniche et le fox-terrier urinant contre l’autel de la Sainte-Chapelle), le vidéo-clip de la chanson « Alejandro » de Lady Gaga, etc. « J’irai cracher sur vos tombes » (cf. la chanson « Rêver » de Mylène Farmer) ; « Si j’étais un bon pédé, je jetterais des capotes à la tête du Pape. » (Frank, le héros homosexuel de la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes) ; etc. Par exemple, dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Floriane offre sa médaille de baptême en pendentif à son amante Marie : « De toute façon, je n’y crois plus. T’y crois, toi ? » « Non » lui répond Marie.

 

L’étau peu à peu se resserre autour des héros prêtres ou bien croyants catholiques. Les injures verbales fusent. « Ta gueule, China ! Ne prie pas en ma présence, vu ! » (Venceslao s’adressant à sa fille China, dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) Par exemple, dans la pièce Entre vos murs (2008) de Samuel Ganes, Pierre, le héros homosexuel interné dans un camp de concentration, attaque l’Église avec virulence. Dans le one-man-show Chroniques d’un Homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Didier s’en prend à un ami prêtre et le force au silence. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, pendant le cours de français d’Adèle (l’héroïne homosexuelle), les catholiques sont associés à la bien-pensance et à une censure de la pensée. Dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso, Patty qualifie les catholiques de « poivrots ». Dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, la bonne du curé congédie son amant prêtre : « Ne m’appelez plus Marie-France ! La Marie-France, vous l’avez laissée tomber ! »

 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Nathan, le héros homosexuel, fait croire à son futur amant Jonas qu’il a été abusé dès la classe de CM1 dans son école catholique de Saint Cyprien par un prêtre, qui l’aurait forcé à lui faire une fellation et qu’il aurait mordu au sexe : « Tu veux la suite ? Eh bien je l’ai mordu. J’étais comme un chien avec son os, tu vois ce que je veux dire ? » Et ce prêtre, en représailles, lui aurait donné un coup de calice coupant sur le visage : « Du coup, il a pris la coupe qui était posée sur l’autel. Schlaaa… Il m’a fait ça. » On découvrira plus tard que la balafre que Nathan porte sur sa joue ne vient pas du prêtre (« T’y avais quand même pas cru à cette histoire de curé ? ») mais d’un lynchage collectif qu’il a subi aux autos tamponneuses à l’âge de 9 ans dans un parc d’attractions appelé Magic World. Nathan n’est pas le seul personnage à manquer de respect à la religion : son jeune frère, Léonard, a placé une figurine sur ressorts ridicule de Jésus sur la plage avant de sa voiture, sous le pare-brise.
 

Et puis parfois, le blasphème vire au cauchemar. Certains héros homosexuels finissent par violer ou abattre les curés et les religieuses : cf. la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan (avec le prêtre défenestré). « Les bons apôtres, je les mange. » (cf. la chanson « C’est dans l’air » de Mylène Farmer) ; « Tu parles du Sacré-Cœur ! Ici, c’est la Sacrée-Queue et tu vas me la sucer ! » (Mimi s’adressant à Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je me précipite sur lui et je lui tord le nez jusqu’à le faire saigner. » (le narrateur homosexuel avec le Pape, dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 57) ; etc.

 
 

 

b) Le blasphème par le pastiche provocateur :

Vidéo-clip de la chanson "Que mon coeur lâche" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Que mon coeur lâche » de Mylène Farmer


 

Le pire, c’est que l’acte de destruction de l’Église par le héros homosexuel se veut paradoxalement un hommage, un mimétisme qui prétend faire mieux qu’Elle (cf. je vous renvoie au code « Attraction pour la ‘foi’ » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). La sincérité de l’Homme qui obéit au mal va jusque-là : il singe un respect de façade pour l’Église (il y reste, d’ailleurs) afin de masquer sa jalousie de ne pas être aussi humble, doux et miséricordieux qu’Elle ; et surtout, afin, aux yeux du monde, de s’attribuer à lui seul les fruits positifs de l’Église. Le premier des blasphèmes, c’est bien celui de se substituer à Dieu ! Les pastiches homosexuels de l’Église (à la sauce libertine dix-huitièmiste) sont légion dans les œuvres homosexuelles : cf. le film « La Religieuse » (1966) de Jacques Rivette, le vidéo-clip de la chanson « Losing My Religion » du groupe R.E.M., la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, le film « Children, Madonna And Child, Death And Transfiguration » (1983) de Terence Davies, le film « Dogma » (1999) de Kevin Smith, le film « La Bible de Néon » (1995) de Terence Davies, le film « La Sonde urinaire » (2006) de Camille Ducellier, l’opéra La Passion selon Sade (1965) de Sylvano Bussotti, le film « Les Diables » (1971) de Ken Russell et Derek Jarman, le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky (avec Mona pratiquant le spiritisme), le film « Good As You » (2012) de Mariano Lamberti, le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André (avec le Christ crucifié féminisé), le film « Totò Che Visse Due Volte » (« Toto qui vécut deux fois, 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto, la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado (avec la reprise d’un chant pseudo religieux qui n’est en réalité qu’une ode à la « masturbation » et à l’« orgasme », qu’Aldebert, le maître de cérémonie, veut que tout le public reprenne en chœur, comme à la messe), la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis, etc.

 

B.D. "Le Monde fantastique des Gays" de Copi (planche "Prie-Dieu")

B.D. « Le Monde fantastique des Gays » de Copi (planche « Prie-Dieu »)


 

« Je voulais ma nuit avec une femme, comme l’on veut sa naissance. Une nuit de noces, comme celle où je perdis ma virginité et décidai, pour cette occasion, de me choisir un nouveau prénom… Alexandra. Ce serait désormais par ce choix secret que je marquerais ma différence, comme l’avant et l’après du baptême. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 56-57) ; « J’ai vu Dieu dans ton cul. » (Yanowski et Fred Parker, Le Cirque des Mirages, 2009) ; « J’ai branlé ce qu’il fallait pour obtenir le saint chrême et j’en ai déposé trois gouttes sur ses lèvres. » (Vincent Garbo en parlant de son amant Emmanuel, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 199) ; « J’avais une ribambelle de godes : ‘I believe in you ! » (Nathalie Rhéa dans le one-woman-show Wonderfolle Show, 2012) ; « La Jean-Paul II, la Pie XII, la Paul VI. La Benoît XVI, c’est différent : c’est une pédophile. » (cf. une réplique d’un des personnes homos de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Onze mille cierges, alcool et barbiturique. Je flotte dans les rues comme sous analgésique. Mon costume souillé de larmes et de suie, de la rue des Saints Pères à Soho tu me poursuis. » (cf. la chanson « Onze mille vierges » d’Étienne Daho) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, Wagner réutilise les éléments religieux à sa sauce en le présentant comme une religion : « Ma musique est une religion. » Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Marcy, l’héroïne lesbienne (qui a sa phase de grenouille de bénitier) revisite la Bible en faisant dire aux Dix Commandements ce qui arrange ses fantasmes. Dans son spectacle Madame H. raconte la saga des transpédégouines (2007), Madame H. (travesti M to F) nous fait une relecture biaisée de la Bible. Dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, Luca, le héros homosexuel, mêle libertinage et religiosité d’apparat : on le voit asperger les tombes de son sperme (« Sur vos tombes, j’irai cracher. Chacun, je les souillerai de mes déjections de pédé. »), se balader dans des monastères enflammés, vivre ses coïts homosexuels comme des messes (« Pour tes regards éperdus, mon sperme s’est répandu. » dit-il en prenant la position du Crucifié), insulter la morale (« La morale est une vermine. »). Dans le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André, le jeune Marie (qui a 4 « parents : deux couples formés de 2 hommes homos et de 2 femmes lesbiennes) fait une bataille d’eau bénite de Lourdes avec une de ses mères, « Mamoune » ; et Jean-Paul, l’un des deux « papas », s’auto-flagelle parodiquement : « Blasphème ! Blasphème ! » pour surjouer ironiquement l’indignation. Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Emmanuel et un Noir sont en train de copuler pendant qu’ils se font lire un texte épiscopal ( = d’un évêque).

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Beaucoup de héros homosexuels, par provocation adolescente, ricanent en travestissant les gens d’Église, ou en s’imaginant faire l’amour avec Jésus ou un religieux : cf. le film « Le Cavalier noir » (1961) de Roy Ward Baker (où le personnage homo tombe amoureux du curé qui lui vient en aide), etc. « Appelle-moi Dieu. Appelle-moi Gode. » (cf. une réplique de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Mimile se souleva la soutane et nous montra son postérieur. » (le narrateur homosexuel parlant de Mimile, déguisé en faux curé, dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 115) ; « Quand je lis ma Bible, je pète. » (Claudia dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet) ; « Ces chapelets de capotes enfilées inopinément par l’auteur de ce mauvais pastiche de Proust sur ces pines à peine pubères, faisaient capoter son plaisir. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 96) ; « Ce n’était pas l’avis de Sa Satiété la Pipesse Jeanne-Paul II qui, cessant selon le principe d’Onan de sucer un vieux rabbin vierge et intégriste bien que circoncis, protesta que le préservatif, sous quelque avatar qu’il se présentât, constituait une offense à Dieu tout puissant, lequel n’avait pas eu besoin de ce vil ustensile pour engrosser Marie tout en la laissant impollué et séronégative. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « L’Apocalypse des gérontes » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 130) ; « Oh je n’ai fait que prendre exemple sur Jésus… mais si vous voyez… Jésus (elle mime une folle sur la Croix – mime les clous, la couronne, la chaleur) » (Lise, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Dieu et le rat : ne forniquez pas sur l’antenne ! Nous sommes sujets à la censure interplanétaire. » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Tchaïkovski fait une bonne sodomie à Jean Réno dans un presbytère. » (Rodolphe Sand dans le one-man-show Tout en finesse, 2014) ; etc.

 

Parfois, leur plaisir du blasphème passe par la tentative d’entraîner une âme consacrée à Dieu dans leur chute : « La religieuse était pleine de vie et, bien qu’elle ne fût pas jolie, je fus attirée par elle. […] J’étais insensiblement attirée et sous le charme de la sœur. […] Je concentrai mon esprit sur les pensées choquantes qui me traversaient l’esprit. Je l’imaginais déshabillée et en situation de me donner ce que j’aurais voulu d’elle sur l’instant. […] J’avais souvent pensé que dans les couvents, parmi ces femmes enfermées, certaines devaient entre elles trouver un peu de satisfaction… […] Face à cette fille sans coquetterie, je me voyais dans la peau d’un diable venu pour la tenter. […] Sachant qu’elle allait partir, avec une énergie et une détermination qui m’étonnèrent moi-même, je me précipitai pour lui prendre un baiser. Elle n’en fut pas surprise et se laissa faire, mais sans participer en rien. Aussi furtif que fût ce baiser, je compris qu’elle n’avait jamais embrassé personne avant moi. J’en ressentis instantanément comme une sorte de tristesse et j’eus le sentiment qu’il émanait d’elle une pureté à jamais inaccessible. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 221-224)

 

 

On retrouve la thèse de l’amour homosexuel entre saint Jean et le Christ dans la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim. Dans le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, Deusto, le personnage homosexuel, tombe amoureux du prêtre Pedro Miguel. Dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, le bel héros homosexuel, pousse un prêtre qu’il séduit, à la débauche, par pure provocation et défi.

 

BLASPHÈME Aime

Film « W…imie » de Malgorzata Szumowska


 

Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adam, le prêtre homosexuel refoulé, tombe amoureux du jeune et beau barbu Lukasz qui a tout du Christ physiquement ; et inversement, Lukasz drague le représentant du Christ qu’est Adam. Chez Adam, l’arrivée de l’homosexualité active qui pervertit son ministère arrive subrepticement à petits pas : d’abord, il se masturbe dans son bain ; puis, par accident, il surprend deux de ses gars dont il a la charge dans son centre de jeunes adultes, en train de se sodomiser (il tombe dans les filets du chantage diabolique d’Adrian) ; il se met à nier en boutade et en public la force du message christique (« Vous pensez que Jésus a parlé à quelqu’un d’autre qu’à lui-même ? »), en étant presque pris au sérieux ; et une fois saoul comme un Polonais, il danse la valse avec le portrait de Benoît XVI, dans une scène qui se veut à la fois touchante et pathétique. L’image de Dieu donnée dans ce film se veut a priori respectueuse et pudique ; mais au final, les protagonistes ne Le suivent pas, fuient Son Église, n’en font qu’à leur tête « par amour », et propagent l’idée d’un Jésus censeur et incompris par Ses scolaires suiveurs hétérosexuels : « Le Seigneur est tout près. Garde le silence. » indique un écriteau.

 

Le blasphème gay friendly des héros homosexuels est pétri de bonnes intentions, de spiritualité de bas étage, de bons sentiments. Par exemple, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche (épisode 8, « Une Famille pour Noël »), la jeune Sandrine allume une bougie dans une église, devant la statue de saint Antoine de Padoue, afin que son père revienne avec sa mère, que leur famille soit à nouveau unie, et que son papa abandonne sa récente vie homosexuelle ; Joséphine ange-gardien la voit faire, et une fois qu’elle est partie, elle arrive devant saint Antoine, éteint la flamme de la bougie, et, en gros, essaie de briser l’union de prière entre Sandrine et le saint : « De toute façon, on ne peut pas être deux sur le même coup. Joyeux Noël quand même, mon Toinou. » Comme quoi : il existe bien des anges diaboliques (qui se font passer pour des justiciers blancs)…

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) L’attaque anticléricale frontale :

En général, les personnes homosexuelles pratiquant les actes homos et croyant en l’« identité homo éternelle » ne portent pas Jésus, son Père et l’Esprit-Saint, et leur Église, dans leur cœur.

 
BLASPHÈME Fourest
 

« Je suis né comme ça. Je suppose. Je ne me pose pas la question. […] C’est, je pense, l’intérieur qui commande. […] Il s’agit d’aimer. […] Dieu, c’est rien. » (Pierrot, homosexuel de 83 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Dans mon affreuse solitude, je ne pensais pas retourner à l’église ; il serait trop facile d’employer l’hostie comme un remède et de prendre à la Sainte Table un ressort négatif, trop facile de nous tourner vers le ciel chaque fois que nous perdons ce qui nous enchantait sur la terre. » (Jean Cocteau dans le Livre blanc, 1928) ; « C’est à cette époque que je suis devenue ce que je suis, à savoir agnostique, pour ne pas écrire franchement athée. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 70) ; « Je pensais que Dieu était un menteur. Je voulais qu’il meure. » (Dan, homme homosexuel converti au catholicisme, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; « Michel Foucault s’amusait, non des ridicules de chacun, mais des illusions de tous : aux yeux de cet incroyant qui regrettait peut-être la foi de son enfance, rien ni personne ne paraissait être sérieux en ce bas monde. Serein en toutes circonstances, il était persuadé de la médiocrité de toutes choses. Il n’en avait pas moins le sens de l’engagement, comme on verra ; le scepticisme n’a jamais empêché les prises de parti les plus résolues. » (Paul Veyne, Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), pp. 67-68) ; « Il n’y a pas de problème de l’homosexualité. Notre problème, c’est les autres. En pays chrétien, bien entendu. Ce problème, il n’existe que dans les pays judéo-chrétiens. En dehors de cela, il n’existe pas. » (Nedra, homme homosexuel, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; « Combien de milliers d’homos j’ai vus pour qui la foi était une angoisse démesurée ! Au confessionnal, on leur dit : ‘Tu es LE pécheur.’ Pas ‘un’ pécheur. LE pécheur, qui peut se relever, avoir la Grâce divine’. Non ! Tu es le pécheur, pour l’éternité. Tu ne t’admets pas !’ Et c’est ainsi encore maintenant. » (André Baudry, homosexuel, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; « On m’a virée de l’Église. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Par exemple, pendant le concert Météor Tour du groupe Indochine à Bercy le 16 septembre 2010, les images d’un gros « FUCK GOD » inscrit sur le synthétiseur étaient projetées sur les trois écrans géants en gros plan. Dans la chanson « Les Mantes religieuses » de Jann Halexander, il est question de « Dieu insecticide ». La Gay Pride de São Paulo (Brésil) en 2015 a battu tous les records de vulgarité blasphématoire en affichant des Christs crucifiés.

 

Action d'Act-Up au Sacré-Coeur (Paris)

Action d’Act-Up au Sacré-Coeur (Paris)


 

La majorité des personnes homosexuelles ne se contentent pas d’ignorer Jésus et son Église. Vexées de ne pas rester fidèles à leur identité d’Enfants de Dieu, à leur royauté et à la pratique qu’induit celle-ci, elles se montrent particulièrement agressives envers les membres du Clergé : cf. l’essai Pamphlet contre les Catholiques de France (1924) de Julien Green, tous les films et propos du réalisateur espagnol Pedro Almodóvar (apparemment traumatisé par son passage scolaire chez les Jésuites…), l’essai Vidente En Rebeldía : Un Proceso En La Iglesia (1978) d’Antonio Roig, l’autobiographie Libre : De la honte à la lumière (2011) de Jean-Michel Dunand (avec la critique de l’habit monastique, p. 55), etc. Par exemple, Magnus Hirschfeld est connu pour son anticléricalisme et son rejet de l’ascétisme chrétien. Sergueï Eisenstein, le cinéaste russe homosexuel, a fait des dessins obscènes de la crucifixion. Le couturier Yves Saint-Laurent, avec La Vilaine Lulu, a également versé dans le satanisme « naïf ».

 

« Je bouffe du curé. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 23) ; « Les prêtres, on les trouve tels des mouches, aussi bien posés sur les uniformes de militaires que sur le caca des torturés politiques, courtisant riches et pauvres pour gonfler les caisses de leurs innombrables affaires en Éternelle Faillite. Ils sont influents dans toutes les couches de la population. Tout homme politique, syndicaliste ou militaire a un discret confesseur ou ami curé à travers lequel il règle ses affaires avec l’Église. Le confesseur du général Camps, tristement célèbre, a été inculpé récemment pour avoir participé à des tortures sur des prisonniers. Il n’est pas le seul prêtre dans sa situation. Si le vieux fantôme de Marx mettait jamais un pied en Argentine, c’est la classe du clergé qui s’accommoderait le plus vite d’une situation à la russe. L’Église est argentine, elle n’est pas séparée de l’État ! Le divorce n’existe pas, la contraception et l’avortement sont interdits. » (Copi à Paris en août 1984) ; « Je peux vous dire que j’insulte tous les jours le tout-puissant de cette merde qu’il a implantée en moi, moi qui est idolâtré sexuellement, attendant avec impatience mon premier rapport sexuel avec ces douces créatures qui sont les femmes. J’ai la rage. Je me dis quelquefois que je vais me faire sauter le caisson pour aller régler mes comptes là-haut, qu’il n’y a pas d’amour sans femme et que je mourrai sans leur amour. J’injure le seigneur car c’est lui qui nous a programmé ainsi, et si c’est son choix, Il ne peut pas s’amuser avec nous de la sorte. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu le juin 2014) ; etc.

 

Par exemple, lors de sa conférence au Centre LGBT de Paris à l’occasion de la sortie de son essai Délinquance juvénile et discrimination sexuelle en janvier 2012, le « sociologue » Sébastien Carpentier critique sévèrement les désastres humains que la psychiatrie et l’Église auraient engendrés depuis des siècles. Dans son roman autobiographique Par d’autres chemins (2009), Hugues Pouyé, prêtre défroqué ayant fait son coming out, règle ses comptes avec « la théologie et son lourd contenu dogmatique », avec l’Église et « ses données figées en vérités éternelles » (p. 31) : « L’Église a raté un tournant. Elle n’aime pas franchement le monde qui l’entoure. L’époque moderne lui fait peur. » (p. 74)

 

Et plus spécifiquement sur l’homosexualité, l’Église est désignée par les communautaires homosexuels comme une cruelle institution homophobe, qui ferait semblant d’accueillir ses personnes homosexuelles pour mieux les étouffer et les pousser au suicide : cf. le documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin, le documentaire Les Règles du Vatican (2007) d’Alessandro Avellis (sa projection à la Médiathèque Fafala de Reims le 15 mai 2010, suivie d’un débat « Religions et Homophobie », a été prétexte à un déchaînement anticlérical), etc. « Pour moi, toute religion, quelle qu’elle soit, est synonyme d’obscurantisme, de conformisme, de conservatisme, de misogynie et d’homophobie. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 71) Il n’y a qu’à voir, sur Twitter, toutes les accusations infondées dont je fais les frais simplement parce que j’explique l’homosexualité avec un regard catholique (je pousserais les jeunes au suicide par mes conférences dans les établissements scolaires !).

 

Dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein » (« Tu ne seras pas gay », 2015) de Marco Giacopuzzi, Gaalh, la star norvégienne de dark metal, ouvertement homosexuel, explique que l’origine du mal ce sont les religions, et que pour cette raison « elles méritent d’être combattues » : « Il est important de se battre contre les religions pour faire comprendre au grand public qu’elles fonctionnent sur la séduction. » Toutes les Églises institutionnelles sont pointées du doigt dans ce documentaire… et tout le monde y passe : Dieu et ses prophètes ! : « Je me suis senti abandonné de Dieu. Je me suis souvent disputé avec lui. Dans ma chambre, face à la Croix. Je l’ai même traité un peu de tous les noms, parce que je ne savais plus ce qu’il attendait de moi. » (Daniel Bühling, jeune prêtre défroqué) ; « Qu’est-ce qu’un théologien ou un prêtre peut avoir à me dire sur ma sexualité ? et même sur la sexualité en général ?[…] Il faut que les non-croyants s’organisent. » (Ralf König, le dessinateur homosexuel) ; « Tout ça, au fond, c’est de la faute de saint Paul. Sa morale rigide est la source de nombreuses incompréhensions. » (la voix-off du documentaire) ; « C’était un type coincé qui n’a même pas connu Jésus. » (le dessinateur homosexuel Ralf König parlant de Saint Paul, idem)
 

De plus en plus de films actuels traitant du thème homosexuel pointent du doigt un unique ennemi au « bonheur » homo : l’Église Catholique (et un peu après, « les religions »). J’ai vu « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer. Et c’est d’autant plus vrai avec le film « Come as you are » (2018) de Desiree Akhavan, qui présente clairement la foi catholique comme la grande méchante. La propagande anti-catholique et gay friendly resserre son étau sur nous catholiques, désignés comme les principaux homophobes que la terre ait comptés (plus encore, même, que les Juifs et les Musulmans).
 

Globalement, l’Église est jugée d’office comme « dangereuse » pour les personnes homosexuelles. Par exemple, le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta, diffusée en juin 2011 sur la chaîne espagnole Play Cuatro, attaque le Pape qui n’accepterait pas « les » homos. Dans l’émission Infra-Rouge intitulée « Et Dieu dans tout ça ? » (2011) de Philomène Esposito, l’essayiste homosexuel Henri de Portzamparc traite le Pape Benoît XVI de « Benoît treize et trois » : « L’Église est obligée de se moderniser et de s’adapter aux réalités du monde ! […] Ce que dit le Pape, c’est une abomination pour nous ! ». Par ailleurs, dans le même reportage, le père Jacques Mérienne, le curé de saint Merry, à Paris, très branché David et Jonathan et Devenir Un En Christ, en appelle à la compromission : « Il faut créer un consensus. »

 

Agression de Mgr Léonard par les Femen à Bruxelles

Agression de Mgr Léonard par les Femen à Bruxelles


 

Au départ, le blasphème chez la plupart des personnes homosexuelles ne se traduit pas directement par l’attaque du Clergé mais par la (simulation de) destruction de ses symboles religieux (statues, cimetières, lieux de culte, etc.) : cf. le vidéo-clip de la chanson « Je te rends ton amour » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « Que mon cœur lâche » de Mylène Farmer, etc. Par exemple, dans la scène de la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, il y a une affiche « Dieu m’énerve ! » dans l’appartement de Pierre, le héros homosexuel. Dans l’émission Homo-Micro diffusée sur Radio Paris Plurielle le 15 mai 2006, Loïc, le régisseur, donne carrément à l’antenne la marche à suivre pour l’apostasie (= se faire débaptiser).

 

C’est souvent que les personnes homosexuelles – qui se gardent bien de dévoiler leur homosexualité – pratiquent des actes de vandalisme à l’intérieur des églises. Le phénomène iconoclaste hyper violent des Pussy Riot ou des Femen (ces prostituées ukrainiennes débarquant dans les églises et sciant des croix de calvaire à la tronçonneuse) n’aura échappé à personne ces dernières années.

 

Femen à ND de Paris le 12 février 2013

Femen à ND de Paris le 12 février 2013 (et toujours impunies par la loi française)


 

On voit bien que depuis une dizaine d’années (je ne vous remonterai pas jusqu’à la Révolution Française…), l’étau peu à peu se resserre autour des croyants catholiques et des prêtres. Les injures verbales fusent, dans une impunité totale et une indifférence quasi générale. « C’est fini, les familles hétéros, blanches et catholiques !!! » (Sergio Coronado sur la chaîne LCI le 3 février 2014 au Journal de 23 heures de Damien Givelet et Katherine Colley) À 16 ans, quand Arthur Rimbaud écrivait dans les jardins publics, il blasphémait tout haut « Merde à Dieu ! ». Aujourd’hui, les catholiques se font insulter à tour de bras (de « fascistes », d’« hétéros », d’« homophobes », d’« extrémistes », de « criminels »), et le pire, c’est que personne ne semble réaliser que l’insulte, la violence et l’homophobie ne se trouve quasiment que du côté de ceux qui prétendent les combattre. Les mass medias sont d’ailleurs en grande partie complices de cette désinformation sur l’origine des violences, en faisant croire qu’elles seraient réparties de manière équitable dans les deux camps qu’ils caricaturent, et que donc les « casseurs de cathos » ont bien le droit de se venger. Mais de se venger de qui et de quelles attaques, au juste ? Pour l’instant, la violence concrète, je l’ai surtout vue du côté des anti-cathos et des pro-mariage-pour-tous ; quasiment jamais chez les catholiques.

 

 

Et puis parfois, le blasphème vire au cauchemar : certaines personnes homosexuelles vont jusqu’à violer, maltraiter des prêtres et des moniales (cf. je vous renvoie au code « Violeur homosexuel » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « Dans ma prochaine nouvelle, j’me tape des curés dans la grotte de Lourdes. » (l’écrivain Ron l’Infirmier dans l’émission Homo Micro le 12 février 2007) Par exemple, Monseigneur Léonard (évêque belge) a souffert pas moins de 4 entartages ; des groupes commando perturbent les conférences des personnalités cathos telles que Christine Boutin ; mes interventions en « milieu scolaire » pour informer sur ce que sont vraiment l’homosexualité et l’homophobie sont censurées (et les établissements scolaires qui m’invitent reçoivent de nombreuses menaces) ; les Femen débarquent dans la rue pour gazer ceux qu’elles affublent de la réputation de « terroristes catholiques d’extrême droite » (cf. la « Manif de Civitas » le 18 novembre 2012 à Paris). En Italie, Rocco Buttiglione, député catho, est accusé en 2004 d’homophobie, tout comme le député Christian Vanneste en France, qui en 2007 a été attaqué en justice.

 

Les Femen sont des "victimes" selon Caroline Fourest, et sont "touchantes" selon Anne Hidalgo...

Les Femen sont des « victimes » selon Caroline Fourest, et sont « touchantes » selon Anne Hidalgo…


 
 

b) Le blasphème par le pastiche provocateur :

Le pire, c’est que l’acte de destruction de l’Église par les personnes homosexuelles pratiquant leur homosexualité se veut paradoxalement un hommage, un mimétisme qui prétend faire mieux qu’Elle (cf. je vous renvoie au code « Attraction pour la ‘foi’ » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, Aleister Crowley se consacre à la magie noire et fonde une confrérie, l’Aurore Dorée. Pavel Tchelitchew s’intéresse à l’occultisme. Le baron Friedrich Alfred Krupp est amateur de littérature sataniste et des « messes noires ». « Aujourd’hui encore, certains groupuscules néonazis entretiennent une forme d’ambiguïté. De nombreuses histoires circulent, sur fond de messes noires ou de satanisme. Dans leur esprit, nazisme et homosexualité participent de la même ambiance, d’une même esthétique. » (Philippe Broussard, Le Monde, 18 juin 1997) Charles Nebster Leadbeater pratique l’occultisme. En 1883, il rejoint à Londres la Lodge of the Theosophical Society. Il voyage en Inde et au Sri Lanka où il assimile un nouvel enseignement de la magie.

 

La sincérité de l’Homme qui obéit au mal va jusque-là : il singe un respect de façade pour l’Église (il reste à proximité d’Elle, d’ailleurs) afin de masquer sa jalousie de ne pas être aussi humble, doux et miséricordieux qu’Elle ; et surtout, afin, aux yeux du monde, de s’attribuer à lui seul les fruits positifs de l’Église. Le premier des blasphèmes, c’est bien celui de se substituer à Dieu ! « Laissez votre identité être votre religion. » (Lady Gaga dans le journal Métro, n°2008, le 17 mai 2011, p. 3) ; « Je ne pouvais plus me contenter de ce Dieu d’amour qui faisait toujours le bien. Je voulais connaître le vrai dieu, le dieu couroucé qui punit. C’est pour ça que j’ai choisi la Fraternité Saint Pie X. » (David Berger, homosexuel attiré par le sadomasochisme et ancien clerc, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc. Les pastiches homosexuels de l’Église (à la sauce libertine dix-huitièmiste) sont légion dans les discours et dans le monde artistico-médiatique LGBT. Dans leurs œuvres, José Pérez Ocaña, Antonio Roig, Ronald Firbank, Pedro Almodóvar, Alberto Cardín, Nazario, utilisent abondamment l’imagerie catholique pour la pervertir à la sauce kitsch et camp. Le meilleur exemple de détournement blasphématoire mimétique (et sincère), c’est quand même à ce jour la congrégation des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, ces religieuses gays très maquillées qu’on voit souvent aux Marches des Fiertés. Cette confrérie parodique été créée à Castro en 1979 : les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence se sont auto-ordonnées, et se présentent comme les prêtresses travesties d’une religion profane anti-cléricale : « Nous sommes un ordre agnostique. » (une Sœur de la Perpétuelle Indulgence, dans le documentaire Et ta sœur (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin) ; « Par les pouvoirs que nous nous sommes octroyés » (les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, idem).

 

Une Soeur de la Perpétuelle Indulgence

Une Soeur de la Perpétuelle Indulgence


 

Les exemples de pastiches provocateurs de l’Église catholique fleurissent dans les festivals de cinéma LGBTI. Par exemple, dans le générique du 18e Festival « Chéries-Chéris » au Forum des Images de Paris, on voit un militant LGBT habillé en évêque, avec un tee-shirt « No Pasarán ».

 

Dans le docu-fiction « Les Majorettes de l’Espace » (1996) de David Fourier, la critique du Pape par rapport au préservatif est opérée sans détour : Jean-Paul II serait le responsable de la pandémie du Sida dans les pays du Tiers-Monde. Le réalisateur fait parler le portrait du Pape réduit à une marionnette de carton animée. On est parfaitement dans le pastiche de détournement, ici !

 

Vidéo-clip de la chanson "Je te rends ton amour" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Je te rends ton amour » de Mylène Farmer


 

Beaucoup de personnes homosexuelles, par provocation adolescente, ricanent en moquant leurs quelques souvenirs d’enfance dévots, en s’imaginant faire l’amour avec Jésus ou un religieux. « Les journées de vacances ont passé ainsi, remplies de randonnées, de débats organisés ou informels, de projections de films et d’émissions de télévision sur le lesbianisme, de repas où nous nous attardions à table, raclant un fond de plat en déclarant avec allégresse : ‘Encore un que les hétéros n’ont pas eu !’ Ou parodiant des chansons, ou mieux encore, des cantiques, remis à jour pour les besoins de la cause. Celui qui m’a laissé le plus impérissable souvenir, c’est : ‘Je suis lesbienne c’est là ma gloire / Mon espérance et mon soutien / Mon chant d’amour et de victoire / Je suis lesbienne, je suis lesbienne.’ » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 240) Par exemple, Max Jacob appelle le Christ « Chéri » : « J’aime à sentir ton corps dans mes bras. » Il dira à Jean Cocteau : « Sois obstinément chrétien au travers des péchés, je t’en prie […] Crois-tu que les saints ne pèchent pas septante fois par jour ? » (Max Jacob cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 277) Le Christ est pour l’écrivain Michel Bellin le concurrent idéalisé de sa mère : cette dernière lui semble trop focalisée « sur son Christ, oui, son Christ chéri, son époux de substitution, cet étrange voleur d’énergies » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), p. 98), et c’est sans doute la raison pour laquelle il a voulu jalousement être ordonné prêtre (il ne l’est plus depuis) : pour être le mari de sa mère… ou bien le mari de Jésus !

 

Certains ex-prêtres ou ex-fidèles vivant ensuite leur homosexualité au grand jour jouent les prophètes de ce qui, selon eux, est le « Véritable Évangile », l’Évangile « humaniste », plus proche des gens et de leurs réalités que l’Évangile du « Clergé d’en haut », en décrétant que « les homos » sont des créations de Dieu. Ils essentialisent, via une théologie de comptoir, l’homosexualité sous des prétextes divins, en faisant parler Dieu à sa place : « Moi, je voulais annoncer cette Bonne Nouvelle […] : Dieu nous aime ainsi, (homosexuels), parce que c’est ainsi qu’Il nous a créés, et Il l’a fait par pur amour. […] Et j’avais besoin de transmettre cette merveilleuse joie (‘Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile’, disait Pierre de Tarse) à mes frères, à la société et au monde. » (cf. l’article « Doce Días De Febrero » de José Mantero, dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 190) Ils détournent les belles vérités de la Bible pour justifier leurs fantasmes non conformes à l’Incarnation christique (toutes celles qui, sans leur citation complète, donnent à croire à la justesse de l’extinction de la raison et de l’Amour incarné : « Aime et fais ce que tu veux », « Ne juge pas et tu ne seras pas jugé », etc.) : « Mon engagement personnel consistait à m’accepter tel que je suis. Je ne pouvais pas me retenir davantage : je ne pouvais pas vivre dans le mensonge, je devais être libre et ce principe de liberté est celui qui se trouve dans la Bible. » (Antonio Toig, ex-carmélite, cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, pp. 297-298) Ils sont persuadés, dans leur erreur et leur rébellion, qu’ils sont meilleurs et plus concrètement aimants que les catholiques pratiquants, que leur libertinage et leurs actes blasphématoires les conduiront à la rédemption : « Les gens pensent que c’est de l’érotisme mais c’est stupide. C’est profondément religieux. » (Edwarda face au tableau de la jeune fille à la salle de bain de Balthus, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; « J’ai accueilli son sperme tiède dans ma bouche avec extase, comme une hostie. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 96) ; « Malgré la nudité de tous et de toutes, l’ambiance était, selon ce qu’on décrit ceux qui étaient présents ce soir-là, aussi spirituel que celui d’une église. […] La Licorería’ est devenue avec le temps un sanctuaire, où certaines nuits, en préparation d’une révolution mondiale future, ont lieu de mystérieux rites. » (cf. l’article « Crónica Auténtica De Lo Acontecido En Un Pub De Chueca Una Noche De Verano » dans l’essai Primera Plana (2007) de J. A. Herrero Brasas, pp. 123-124) ; etc. Par le blasphème, ils injurient le Seigneur et désobéissent à son Église… mais avec des étoiles dans les yeux.

 
 

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